ET SI ON jOUAIT AvEc DES TROUS PLUS GRANDS

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ET SI ON jOUAIT AvEc DES TROUS PLUS GRANDS
Architecture
journaldugolf.fr
octobre 2012
Véritable hérésie pour les puristes, l’idée d’agrandir les trous fait l’objet de débats réguliers aux États-Unis. Ses partisans
y voient le moyen de rendre le jeu moins stressant et plus rapide, une vraie bouffée d’oxygène pour une industrie du golf
atone. Faut-il rendre notre jeu plus facile pour recruter davantage de pratiquants ? Du golf ascèse au golf loisir, il revient aux
architectes de trouver le juste équilibre entre difficulté et jouabilité.
S
elon des chiffres de la National Golf Foundation, près de 5 millions de golfeurs
américains auraient abandonné le jeu depuis 2005, soit une baisse de 15 % de
la principale population golfique mondiale. Les deux segments contribuant le
plus fortement à son renouvellement, à savoir les femmes et les jeunes, auraient même
respectivement chuté de 23 % et 35 %. Les études chargées d’élucider ce phénomène
s’accordent à dire qu’un grand nombre de pratiquants reprochent au golf d’être un sport
trop dur, trop consommateur de temps et, dans une moindre mesure, trop cher. À la
recherche de solutions susceptibles d’inverser cette tendance, les principales associations
américaines (USGA, PGA of America, etc.) expérimentent divers programmes destinés
à promouvoir le plaisir et la détente davantage que la course au score. Par exemple, jouer
des trous plus courts sur des parcours réduits à 6, 9 ou 12 trous (« executive courses ») fait
partie des pistes en cours d’exploration. Beaucoup plus révolutionnaire, l’agrandissement
des trous compte également parmi les options envisagées pour résoudre la crise du golf
outre-Atlantique.
La seconde initiative est venue de Jack Nicklaus en personne, pourtant fervent défenseur
de la tradition, mais également soucieux de contribuer au bon développement du jeu.
Dans son club de Muirfield Village (Ohio), il a organisé une compétition sur 12 trous
avec départs avancés et pénalités pour toute partie dépassant 2 h 30 de temps. Dernier
détail, tous les trous avaient été agrandis à 8 inches (20 cm), soit près du double du format
habituel, un diamètre correspondant précisément à celui recommandé dès les années
vingt par Gene Sarazen qui s’estimait piètre putteur et souhaitait amoindrir l’importance
du putting dans le jeu professionnel. Beaucoup d’entre nous connaissent bien ce format
puisqu’il est fréquemment utilisé sur nos greens d’hiver. Originale et amusante,
l’opération de Nicklaus fut couronnée de succès, si bien qu’il envisage de l’installer dans
la durée en réservant un jour par semaine au golf extra large. En attendant, il a déjà fait
imprimer des cartes de scores ramenées à 12 trous pour les membres désireux de réduire
leur temps de jeu.
DES TROUS 4 FOIS PLUS GRANDS !
Le diamètre officiel du trou de golf n’a pas changé depuis 1891, date où il fut fixé à
4,25 inches (10,8 cm) par décret du Royal & Ancient. Pourquoi ce chiffre ? Pourquoi pas
plus grand ? Pourquoi pas plus petit ? On raconte que les sages prirent leur décision sur
la base d’un appareil utilisé depuis 1829 pour creuser les trous du vénérable parcours
de Musselburgh, non loin de Saint Andrews. On peut se demander à quoi ressemblerait
le jeu de golf aujourd’hui si ce club avait développé un outil de 8, 10 ou 12 inches ?
Reste que la valeur de 4,25 inches fut retenue et qu’elle est pratiquement la plus petite
taille possible pour un trou de golf : en effet, compte tenu du diamètre des balles (1,68
inch, soit 4,3 cm) et du drapeau (près de 2 cm), quelques millimètres de moins et il ne
serait plus possible de rentrer un coup d’en dehors du green avec le drapeau dans le
trou. Étonnant constat tout de même qu’à l’heure où les golfeurs fixèrent les règles de
leur jeu, ils optèrent tout simplement pour la plus grande difficulté possible. Ne dit-on
pas que tout golfeur est un peu masochiste ? De tous les sports, le swing de golf est
sans doute un des gestes les plus difficiles à acquérir (beaucoup n’y parviennent jamais
vraiment), mais la petite taille des trous que nous visons reste malgré tout la plus grande
En 2011, deux opérations visant à tester cette idée furent particulièrement commentées.
Le premier événement, baptisé WIDE Open Championship, est une compétition
organisée par le magazine Golf Digest et l’équipementier TaylorMade : 18 trous sur
le parcours de Pine Needles (Caroline du Nord) avec des trous agrandis à 15 inches
(38 cm), soit près de quatre fois le diamètre normal. Scorant 8 à 10 points de moins
qu’à leur habitude, les participants disent avoir pris beaucoup de plaisir à voir le golf en
grand : avec un florilège de birdies à coup de chips rentrés, de putts de 20 mètres et la
disparition des 3 putts, ils ont pu goûter à des joies normalement réservées aux pros. Plus
confiants dans leur jeu grâce à des cibles plus faciles à atteindre, nos cobayes ont eu le
sentiment de mieux jouer et de prendre beaucoup de plaisir à pratiquer un golf relâché.
Pour ne rien gâcher, aucune partie n’a dépassé 4 heures, avec une moyenne située autour
de 3 h 15. Il faut dire qu’avec des trous de cette taille, il n’est même plus nécessaire
d’enlever le drapeau avant de putter.
Le golf en XXL :
et si on jouait avec
des trous plus grands ?
LES PLUS PETITS TROUS POSSIBLES
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Architecture
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le golfeur au pauvre Sisyphe condamné à rouler sa pierre pour l’éternité :
95 % du temps, ce parallèle est juste mais la beauté du golf repose dans
ces derniers 5 %, ces moments de grâce où la balle parfaitement touchée
se dirige tout droit vers un trou minuscule. À la différence de Sisyphe, le
tourment du golfeur s’éclipse parfois pour laisser place à un bref moment
de bonheur, fragile mais bien réel. Le golf est un jeu spécial parce qu’il peut
faire défiler le temps d’un parcours toute la panoplie de nos espoirs et de
nos illusions. Il est le théâtre de nos désirs et de nos doutes, le moment où
nos rêves de grandeur percutent la réalité de nos limites.
De manière quasi certaine, faciliter le golf reviendrait à en diminuer la
saveur. On peut supposer que sans le charme « so British » de sa difficulté,
nombre de pratiquants passionnés s’en détourneraient et, de la même
manière, rien ne prouve que les débutants accrocheraient davantage au jeu
s’ils rentraient plus de putts. Même s’il faut tout faire pour proposer notre
sport au plus grand nombre, le golf est un jeu exigeant et il est normal
qu’une certaine proportion de ceux qui s’y essayent n’y prennent pas goût.
N’allons pas changer un diamètre qui a fait ses preuves et sur lequel s’est
bâti tout le succès de notre sport depuis plus d’un siècle ! Qui penserait à
reculer les lignes des courts de tennis ? Les 10,8 centimètres de nos trous
sont difficiles à atteindre mais ils restent malgré tout accessibles, ce qui fait
toute la justesse de leur format. Statistiquement, lorsqu’un joueur de très
haut niveau se présente au départ d’un par 3, il a en moyenne 1 chance sur
3 000 de réaliser un trou en un. Avec un trou de 20 centimètres, l’exploit
serait nettement plus fréquent mais encore assez rare pour être savouré.
Avec un trou de 40 centimètres, on peut imaginer que les professionnels
réussiraient pratiquement un « ace » par semaine ! Où serait alors la
jouissance de l’exploit ? Même avec seulement quelques millimètres de
plus, nous rentrerions beaucoup plus de putts, et tout le fragile équilibre de
notre jeu se trouverait menacé.
LE SECRET DE L’ARCHITECTURE :
FABRIQUER LA JUSTE DIFFICULTÉ
Le juste dosage des difficultés reste sans doute le plus grand enjeu auquel
sont confrontés les architectes. Un parcours trop facile n’obtiendra pas la
reconnaissance nécessaire à son succès tandis qu’un tracé trop difficile
risquerait de décourager les joueurs et limiter sa fréquentation. Sur un golf
facile, on ne peut pas donner le meilleur de soi-même, faute de motivation
et d’inspiration. Même constat lorsque le parcours est trop dur : pourquoi
lutter si le combat est inégal ? Tout ceci est heureusement assez théorique
et on ne connaît pratiquement pas de golf auquel des golfeurs refuseraient
de se confronter. Pour un architecte, il n’y a rien de plus facile que de
concevoir un parcours difficile. Avec des drapeaux plantés sur des greens
à fortes pentes, on peut même aisément flirter avec l’injouable, ce qui
n’aurait évidemment aucun sens. Un bon parcours doit avant tout être
amusant, donc jouable, et stimulant, c’est-à-dire qu’il doit proposer des
défis nombreux, variés, et adaptés au niveau de chaque joueur. Chaque
coup doit être la tentative de relever un défi dont le résultat déterminera
difficulté à laquelle nous sommes confrontés. Si le golf en XXL peut contribuer à rendre
le jeu plus rapide et moins stressant, force est de constater qu’il peut aussi s’avérer très
amusant. D’abord, en multipliant les pars et les birdies, le golf passerait d’un jeu où l’on
gère ses échecs et ses frustrations à un jeu où l’on réussit. Selon certaines hypothèses,
cela réduirait le nombre de débutants découragés dès leurs premiers mois de pratique.
Sur le parcours, cela permettrait d’expérimenter des positions de drapeaux impensables
avec des trous standard, soit dans des pentes importantes, soit en périphérie des greens,
encore plus près des obstacles. Avec un peu d’imagination, pourquoi ne pas varier les
diamètres d’un trou à l’autre et proposer une plus grande variété de challenges ? Sur
un court par 3 avec un trou de 40 centimètres, objectif trou en 1 ! Au trou suivant en
revanche, difficulté maximale sur un long par 4 avec un trou de taille standard. Et
pourquoi ne pas aller encore plus loin en proposant deux ou trois drapeaux par green,
chacun jouant celui qu’il souhaite à condition bien sûr d’avoir annoncé son choix au
préalable ? Si on ajoute à cela la possibilité de choisir ses boules de départ, on s’aperçoit
qu’un seul tracé peut en réalité proposer des centaines de parcours différents. Du golf à
la carte pour davantage de plaisir, qui trouverait à y redire ?
LA TAILLE DES TROUS :
LA SEULE MESURE FIGÉE EN GOLF
Par habitude, le diamètre des trous semble gravé dans le marbre et on sourit à l’idée de
toucher un jour à cette sacro-sainte mesure. Tout cela ressemble à de la science-fiction,
et la généralisation d’un nouveau format à l’ensemble de la planète golf reste pour le
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moment très improbable. Mais l’affaire mérite considération, car pourquoi la taille des
trous serait-elle la seule règle immuable dans un sport qui offre en réalité beaucoup
de flexibilité ? Tous les parcours sont différents, le par n’est pas une notion figée, pas
plus que la longueur des trous ni leur forme ou leur dénivelé. Plusieurs formules de jeu
sont possibles, le matériel évolue, et les règles elles-mêmes sont moins rigides qu’elles
n’y paraissent puisqu’elles font l’objet de révisions régulières. Un parcours de golf peut
mesurer 5 000 mètres comme 7 000, il peut se trouver en plaine comme en forêt, en
altitude comme au niveau de la mer, plat ou chahuté, large ou étroit, avec ou sans
bunkers, etc. Alors pourquoi ne pas aussi jouer sur le diamètre des trous ? Pourquoi
s’interdire de faire évoluer notre sport selon les contraintes et les aspirations de notre
époque ?
LE PLAISIR NAÎT DE LA DIFFICULTÉ
Répondre à cette question suppose d’explorer en profondeur la dimension psychique du
jeu de golf et d’examiner comment, paradoxalement, la difficulté est au cœur de notre
passion. Beaucoup pensent que jouer au golf se résume à travailler son swing, mais
notre jeu ne serait pas le plus grand sport individuel au monde s’il se résumait à ce seul
exercice physique. En réalité, la magie du golf repose sur sa difficulté : le sentiment de
réussite est si rare et difficile à atteindre que, lorsque nous l’éprouvons ne serait-ce que le
temps d’un coup ou d’un trou, la sensation d’absolu que nous ressentons est inégalable.
Du golf « facile » s’apparenterait à du croquet : un loisir amusant et convivial mais
plutôt insipide et certainement pas digne qu’on y consacre sa vie. On compare souvent
octobre 2012
la nature et la difficulté du suivant. Les plus grands parcours proposent
les défis les plus exaltants ainsi que le meilleur équilibre entre les peines et
les récompenses. Les parcours les plus difficiles comme Pine Valley dans
le New Jersey ou Royal Hague aux Pays-Bas versent davantage dans la
punition, mais ceci est compensé par l’excitation hors norme que propose
leur tracé.
Toute l’architecture de golf, qu’elle date d’hier ou d’aujourd’hui, a été
pensée autour de trous de 10,8 centimètres. Avec le temps, les designers
ont appris à régler les difficultés en fonction de ce diamètre pour que tous
les trous de tous les tracés testent les joueurs tout en restant jouables. Dans
les années récentes, on a pu voir de nombreux parcours devenir obsolètes
suite à l’allongement des distances au drive. Évitons qu’un phénomène
similaire ne se produise si on touchait au diamètre des trous. Le projet n’est
heureusement pas vraiment à l’ordre du jour, mais restons vigilants : qui
aurait cru il y a 50 ans que certains clubs imposeraient l’usage de voiturettes ?
Modifier le format des trous provoquerait un séisme inimaginable. Ce ne
serait tout simplement plus le même jeu. Toute son histoire, ses palmarès et
ses statistiques seraient subitement effacés. Nos index seraient à recalculer
et tous nos souvenirs soudainement frappés d’obsolescence. Mais surtout,
que vaudrait le golf s’il cessait d’être une vaine recherche de perfection ?
Que serait-il sans l’effort et l’ascèse qui l’accompagnent ?
Plutôt que de jouer avec des trous plus grands, les golfeurs gagneraient
davantage à étudier l’architecture des parcours. Une connaissance même
superficielle des grands principes de cette discipline permet de « lire » la
stratégie des trous et de comprendre les pièges tendus par l’architecte.
Lorsqu’un bunker se trouve au milieu du fairway à la retombée du drive,
combien de golfeurs se plaignent que cet obstacle pénalise le coup parfait ?
Or c’est précisément l’inverse qu’il faut comprendre : un bunker au milieu
du fairway force le joueur à choisir une voie pour le contourner. Sur un
parcours bien pensé, chaque route aura ses avantages et ses inconvénients.
De la même manière, trop peu de joueurs réalisent combien le jeu est plus
amusant lorsqu’on évite les pièges par la ruse ou lorsqu’on prend un risque
calculé en vraie connaissance de cause. Observer l’architecture des golfs
est un plaisir sans fin qui, à défaut de nous faire mieux jouer, peut nous
permettre de mieux scorer, et surtout de
savourer encore plus nos parties de golf,
y compris quand il pleut ou quand notre
swing nous a laissés tomber.
Pour contacter Patrice Boissonnas :
[email protected]
Patrice Boissonnas