SOUTENANCE A CRETEIL
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SOUTENANCE A CRETEIL
SOUTENANCE A CRETEIL UNIVERSITE PARIS VAL-DE-MARNE FACULTE DE MEDECINE DE CRETEIL ****************** ANNEE 2006 N° THESE POUR LE DIPLOME D'ETAT DE DOCTEUR EN MEDECINE Discipline : Médecine Générale ------------ Présentée et soutenue publiquement le à CRETEIL (PARIS XII) -----------Par COPIN Alan Né le 16/07/1976 à LES LILAS ------------TITRE : EVALUATION DE LA PRISE EN CHARGE LORS D’UNE PREMIERE CONSULTATION POUR EPISODE DEPRESSIF MAJEUR EN MEDECINE GENERALE DIRECTEUR DE THESE : M. le Docteur Olivier BISMUTH Signature du Directeur de thèse LE CONSERVATEUR DE LA BIBLIOTHEQUE UNIVERSITAIRE Cachet de la bibliothèque universitaire -1REMERCIEMENTS A ma mère, Raymonde, celle qui m’a toujours porté, encouragé, aimé sans jamais faillir, A mon père, Michel, juste parmi les justes, père modèle à l’image de celui que je veux être, A mon frère, Dan, qui a été, qui est et qui sera toujours un «grand » frère, A ma belle sœur, Christelle, pour son amour et son aide plus que nécessaire, A Do, ma deuxième maman, pour son amour, A la femme de ma vie, Sandra, qui m’a permis de croire à nouveau, A ma jolie fille, Sabrina, qui est pour moi comme ma propre fille, Au petit être pour son arrivée, A mon grand père, Roger, pour sa présence permanente dans mon cœur, A mon grand père, Raphaël, pour ses conseils et son amour, A mes grands-mères, Laure et Rose, pour leur amour, A Bernard, Christophe, Laurent, Raffik, Sitapha pour…tout, A tous mes autres amis, pour leur présence dans les bons moments et les temps difficiles depuis si longtemps, A mon oncle André, pour son indéfectible soutien, A mon directeur de thèse, Dr Olivier Bismuth, pour m’avoir suivi et guidé dans cette aventure, A toutes les personnes ayant participé à mon projet (Dr Atalli, Dr Cittée, Maryline, Gabriela, David) pour leur aide… -1- TABLE DES MATIERES 1 – INTRODUCTION -------------------------------------------------------------------------- 2 1.1. Rappel de définition ------------------------------------------------------------------ 2 2 – BIBLIOGRAPHIE --------------------------------------------------------------------------- 4 2.1. Analyse de la littérature ------------------------------------------------------------ 4 3 – OBJECTIF ----------------------------------------------------------------------------------- 7 4 – METHODE --------------------------------------------------------------------------------- 7 4.1. Type d’étude --------------------------------------------------------------------------- 7 4.2. Sujets participants à l’étude -------------------------------------------------------- 7 4.3. Sélection des participants -------------------------------------------------------- 7 4.4. Critères des patients ---------------------------------------------------------------- 8 4.5. Déroulement -------------------------------------------------------------------------- 8 4.6. Outils utilisés -------------------------------------------------------------------------- 9 4.7. Analyse des données --------------------------------------------------------------- 9 4.8. Critères de jugements --------------------------------------------------------------- 10 5 – RESULTATS OBTENUS --------------------------------------------------------------- 10 5.1. Généralités ---------------------------------------------------------------------------- 10 5.2. Réponses des patients ------------------------------------------------------------- 11 5.3 Réponses des médecins ------------------------------------------------------------- 13 5.4. Congruence ---------------------------------------------------------------------------- 16 6 – DISCUSSION ------------------------------------------------------------------------------- 17 6.1. Recommandations sur la prise en charge ambulatoire d’un Episode Dépressif Caractérisé -------------------------------------------------------------- 17 6.1.1. Principes généraux --------------------------------------------------------- 17 6.1.2. Intensité ----------------------------------------------------------------------- 18 6.1.3. Recommandations en première intention ---------------------------- 18 6.2. Eléments constatés ----------------------------------------------------------------- 21 6.2.1. Sur la globalité --------------------------------------------------------------- 21 6.2.2. Sur l’atteinte décrite par le patient -------------------------------------- 21 6.2.3. Sur la prise en charge du praticien -------------------------------------- 21 6.2.4. Sur la corrélation « prise en charge du médecin » versus « atteinte réelle du patient » -------------------------------------- 23 7 – BIAIS DE L’ETUDE 8 – CONCLUSIONS ----------------------------------------------------------------------- 27 --------------------------------------------------------------------------- 27 8.1. Concernant la prescription d’antidépresseurs ------------------------------ 27 8.2. Concernant le suivi des patients ------------------------------------------------ 29 8.3. Concernant les co-prescriptions ------------------------------------------------ 29 8.4. Concernant la prise en charge non-médicamenteuse -------------------- 30 8.5. Concernant les autres pratiques ------------------------------------------------ 32 9 – REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ------------------------------------------------ 33 ANNEXES ---------------------------------------------------------------------------------------- 36 -21 – INTRODUCTION 1.1. Rappel de définition(1) L’épisode dépressif, selon la 10ème classification internationale des maladies (CIM-10), est défini par la présence d’un nombre minimum de symptômes (critère de sévérité) durant les 15 derniers jours (critère de durée). L’épisode dépressif caractérisé (EDC), selon le Diagnostic and Statistical Manual for Mental Disorders (DSM-4R), répond à une définition similaire. Le terme « major » a été traduit par « caractérisé » (ou « constitué ») pour éviter la confusion avec le qualificatif français « majeur » qui fait référence à une notion de sévérité. La CIM-10 répond aux aspects réglementaires du codage des pathologies. Le DSM-IV est plus habituellement utilisé dans les études. Quelle que soit la classification utilisée, l’épisode est « isolé » s’il n’y a pas d’épisode antérieur connu, « récurrent » dans le cas contraire. Chez le sujet âgé, le diagnostic d’un épisode dépressif est souvent difficile du fait de plaintes somatiques, d’un tableau pauci-symptomatique ou pseudo-démentiel. Les critères diagnostiques d’un épisode dépressif caractérisé (EDC) selon la CIM10(2) sont les suivants : A - Critères généraux : L’épisode dépressif doit persister au moins 2 semaines, absence de symptômes hypomaniaques ou maniaques répondant aux critères d’un épisode maniaque ou hypomaniaque à un moment quelconque de la vie du sujet, critères d’exclusions les plus couramment utilisés : l’épisode n’est pas imputable à l’utilisation d’une substance psychoactive ou à un trouble mental organique. -3- B - Présence d’au moins deux des trois symptômes suivants : o Humeur dépressive à un degré nettement anormal pour le sujet, présente pratiquement toute la journée et presque tous les jours, dans une large mesure non influencée par les circonstances, et persistant pendant au moins 2 semaines, o diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour des activités habituellement agréables, o réduction de l’énergie ou augmentation de la fatigabilité. C. Présence d’au moins un des sept symptômes suivants, pour atteindre un total d’au moins quatre symptômes : 1) perte de la confiance en soi ou de l’estime de soi, 2) sentiments injustifiés de culpabilité excessive ou inappropriée, 3) pensées de mort ou idées suicidaires récurrentes, ou comportement suicidaire de n’importe quel type, 4) diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer (signalée par le sujet ou observée par les autres), se manifestant, par exemple, par une indécision ou des hésitations, 5) modification de l’activité psychomotrice, caractérisée par une agitation ou un ralentissement (signalés ou observés), 6) perturbations du sommeil de n’importe quel type, 7) modification de l’appétit (diminution ou augmentation) avec variation pondérale correspondante. -42 - BIBLIOGRAPHIE 2.1. Analyse de la littérature Elle avait pour objectif d’identifier les travaux portant sur : 1) l’épidémiologie de la dépression 2) les modalités de prescription dans cette pathologie 3) la première consultation 4) les modalités de la prise en charge La stratégie de recherche documentaire a été la suivante : plusieurs bases de données différentes ont été interrogées : Medline Mesh Site Internet de la Haute Autorité Sanitaire (HAS) Site Internet de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) Site internet de l’Institut de Recherche et de Documentation en Economie de la Santé (IRDES) La recherche a été limitée aux années 1995/2005 pour Medline. Les mots clés utilisés sont : Dépression, diagnostic, thérapeutique, antidépresseurs, évaluation, prise en charge, épidémiologie, évolution, première consultation. Avec ces mots clés, 65 articles ont été identifiés dans la base Medline, 5 sur la base Internet. -5Après lecture des titres et résumés, 23 articles ou rapports ont été retenus, selon qu’il s’agissait d’études : descriptives et analytiques de la prise en charge d’EDC en médecine générale dans un pays européen ou d’Amérique du Nord sur les troubles dépressifs (mesurés à partir d’outils diagnostiques validés)(3,4,5,6,7,8,9,10,11,12), pharmaco épidémiologiques réalisées en France sur la prescription ou la consommation d’antidépresseurs (ATD)(13, 14,15,16), épidémiologiques des EDC ainsi que leur évolution depuis les années 70(17), sur l’analyse de la prise en charge globale d’EDC en France(1,2,314,18,). De plus, ont été pris en compte les articles de référence de la HAS et l’AFSSAPS(1,16). Il en ressort plusieurs faits marquants : L’intérêt d’un diagnostic précis avec évaluation de l’intensité : Le diagnostic précis est peu aisé ; il semble cependant nécessaire de le faire avec une évaluation correcte de l’intensité. On retrouve des patients déprimés n’étant pas sous antidépresseurs et, à l’inverse, des patients non déprimés sous antidépresseurs(13,15). Une étude(13) a, en effet, souligné le fait qu'il existe plus de patients déprimés ne prenant pas de traitement que de patients non déprimés consommant des antidépresseurs. Dans cette étude plus d’un tiers des prescriptions d’antidépresseurs se font en dehors des indications de l’AMM(13), environ 20 % des patients sous antidépresseurs (prescrits par un médecin généraliste dans plus de deux tiers des cas) ne présentent aucun diagnostic psychiatrique caractérisé selon les critères du DSM-4R. -6- La thérapeutique semble aussi discutée et le recours à un accord professionnel pour un consensus est dominant sur l’utilisation du niveau de preuve A, B ou C (utilisé plus fréquemment dans l’Evidence Based Médecine). Le praticien, dans le cadre des soins primaires, se retrouve en première ligne d’une pathologie difficile à la fois dans son diagnostic et dans sa prise en charge. Nécessité d’améliorer la prise en charge et de poursuivre la réalisation d’études complémentaires prioritairement dans les domaines suivants(1,9) : 1) repérage des patients déprimés en médecine générale et formation à l’utilisation des outils diagnostiques, 2) évaluation clinique et économique des différentes stratégies de prise en charge des malades déprimés, 3) organisation et évaluation de réseaux de soins ayant pour objectif la prise en charge coordonnée des malades déprimés. En axant l’étude sur la première consultation, on peut appréhender comment cette prise en charge va s’orienter. Or, dans mes recherches, je n’ai rien retrouvé concernant la première consultation. Lors de cette première consultation, la problématique se situera à plusieurs niveaux : Diagnostic (vrai positif, faux positif). Thérapeutique : y’a-t-il eu prescription d’ATD, est-il fait recours à la psychothérapie, d’autres traitements sont-ils présents ? Cette thérapeutique est-elle en adéquation avec les recommandations officielles ? -7Le sujet de ma thèse sera cerné sur les deux derniers points suscités. En conséquence, je vais étudier les situations où au préalable le diagnostic d’EDC a été porté et pour lesquels un traitement a été prescrit. La question est donc : « la prise en charge lors d’une première consultation pour Episode Dépressif Caractérisé en Médecine Générale est-elle en adéquation avec les recommandations officielles ?» 3 – OBJECTIF Evaluer la prise en charge des médecins généralistes lors de la première consultation pour EDC et la comparer aux recommandations de l’HAS. 4 – METHODE 4.1. Type d’étude Etude descriptive transversale à partir d’un échantillon de médecins généralistes en consultation de patient pour état dépressif. 4.2. Sujets participants à l’étude Médecins généralistes du 94, un patient inclus par médecin selon critères d’exclusion et d’inclusion. 4.3. Sélection des participants Concernant les médecins : envoi d’une demande de participation par courrier (annexe 1) à tous les médecins inscrits sur une liste fournie par le Centre d’Investigation Clinique de Créteil (avec explications du déroulement et définitions des critères d’inclusion et d’exclusion). -8Seuls les médecins répondant OUI ont participé à cette étude. Concernant les patients : premier patient consultant pour EDC isolé et répondant aux critères. 4.4. Critères des patients Les critères d’inclusion sont : première consultation pour EDC (nouveau patient ou entrée dans la maladie pour un patient déjà suivi), patient d’âge compris entre 18 et 65 ans, prescription d’un antidépresseur lors la consultation. Un seul critère d’exclusion : Patient ne parlant peu ou pas le français (inapte à comprendre le questionnaire). 4.5. Déroulement Le médecin ayant accepté débutera l’étude par le premier patient pour lequel il prescrira un antidépresseur selon autorisation de mise sur le marché (AMM) pour EDC. Pour cela, il reçoit deux questionnaires : l’un pour lui : composé de cinq questions permettant d’évaluer son comportement thérapeutique, (annexe 2) l’autre pour le patient : questionnaire standardisé qu’il devra remplir tout seul (sans l’aide du praticien), dans la salle d’attente immédiatement à la fin de la consultation, et qu’il devra ensuite lui remettre dans une enveloppe fermée (fournie) et avant de quitter le cabinet. (annexe 3) Le délai de réponse fixé était de deux mois (dès la demande de participation à la réponse aux questionnaires). -94.6. Outils utilisés Le questionnaire du médecin porte sur : la prescription réalisée son évaluation de l’intensité de l’épisode actuel les co-prescriptions la prescription d’un arrêt de travail le recours à une psychothérapie le recours à une structure hospitalière autres traitements proposés Le questionnaire du patient est un outil standardisé permettant le diagnostic et l’évaluation d’un EDC. Il va servir pour affirmer l’EDC et évaluer son intensité. Il s’agit du BDI ou Inventaire de la Dépression de Beck (la présentation de ce questionnaire a été extraite de l’ouvrage de J.D. Guelfi) sous une forme abrégée de 13 items(19,20,21). Pour chacun des patients et médecins, l’age et le sexe seront spécifiés. 4.7. Analyse des données Etude descriptive transversale à partir d’un échantillon de médecins généralistes incluant un patient. Après cette première consultation, le questionnaire du patient permettra de confirmer la présence d’un EDC, selon 2 critères : durée supérieure à 2 semaines Score de Beck >4 Il permettra également d’en connaître son intensité. Cette intensité sera comparée à celle retrouvée par le praticien (congruence ou non). La prise en charge pourra être analysée et comparée aux recommandations de l’HAS. - 10 4.8. Critères de jugements Mon enquête va retrouver des vrais positifs (EDC+) et des faux positifs (EDC-). Parmi ces vrais positifs, on aura différentes intensités de l’épisode (légère, modérée et sévère). Parmi les EDC+, on va étudier le comportement des médecins généralistes selon l’intensité. Par conséquent, les critères retenus pour répondre à la question sont les suivants : pourcentage d’EDC+ (vrais positifs), pourcentage de patients EDC+ en congruence diagnostic quelque soit l’intensité, pourcentage de patients EDC+ en congruence diagnostic selon l’intensité, répartition des autres interventions (recours aux spécialistes, autres prescriptions médicamenteuses), pourcentage de praticiens ayant suivi les recommandations de l’HAS parmi les EDC+ correctement évalués (pour toutes les thérapies). Ces critères permettront de comparer les pratiques aux recommandations au cours de cette première consultation. 5 – RESULTATS OBTENUS 5.1. Généralités Cette étude a été réalisée de février à avril 2006. Sur les 877 médecins généralistes du Val de Marne contactés par courrier pour demander une participation, 94 ont répondu (avec enveloppe pré-timbrée fournie). Sur les 94 répondants, 60 ont accepté de participer à l’étude et 34 ont refusé. En réalité, après deux mois d’attente et de multiples relances, le nombre exact de médecins généralistes ayant inclus un patient est de 49. Les 11 non-répondants contactés par téléphone n’ont pas eu de patient à inclure durant la période de deux mois. - 11 5.2. Réponses des patients (annexe 4) REPARTITION HOMMES / FEMMES Figure 1 1 21 NON DEFINI HOMMES FEMMES 27 On constate (figure 1) : 27 femmes 55 % 21 hommes 43 % Un patient n’ayant pas répondu. Moyenne d’âge La moyenne d’âge par sexe est de 50 ans pour les hommes, 46 ans pour les femmes et de 49 ans tout sexe confondu. Répartition de l’intensité en fonction du score de Beck Le score de Beck abrégé, comme il a été utilisé ici, est basé sur le DSM4R. Il permet de confirmer la présence d’un EDM ainsi que son intensité selon le score obtenu. Il est impératif (au même titre que le DSM-4R) que le patient ait un trouble d’une durée supérieure à deux semaines. DEPRESSION Figure 2 4 45 OUI NON - 12 On distingue 4 patients (figure 2) inclus par le praticien ne correspondant pas à un EDC+ puisque la durée de leur trouble n’excédait pas 15 jours, ces derniers représentants 8% des cas. Tous les autres patients, soit 92%, sont bien dans le cadre d’un EDC confirmé (EDC+). Le score du BDI varie de 0 à 39, Il permet de confirmer le diagnostic et l’intensité de la façon suivante : 0 à 4 : pas de dépression 4 à 7 : dépression légère 8 à 15 : dépression modérée 16 et plus : dépression sévère Parmi les 45 patients dépressifs, il ressort les résultats suivants (figure 3): REPARTITION DE L'INTENSITE Figure 3 LEGERE 25 20 MODEREE SEVERE 15 10 5 0 LEGERE MODEREE Légère 1 2% Modérée 19 42% Sévère 25 56% SEVERE - 13 - 5.3 Réponses des médecins (annexe 5) Répartition homme/femme REPARTITION HOMMES/FEMMES Figure 4 13 HOMMES FEMMES 36 On constate (figure 4): 13 femmes 27 % 36 hommes 73 % Moyenne d’âge La moyenne d’âge est respectivement de 50 ans pour les hommes et 46 ans pour les femmes. Répartition de l’intensité (figure 5): REPARTITION DE L'INTENSITE Figure 5 LEGERE MODEREE LEGERE Légère 8 16% SEVERE Modérée 33 68% MODEREE Sévère 8 16% SEVERE 0 5 10 15 20 25 30 35 - 14 Prescriptions médicamenteuses (figure6) : CLASSES PHARMACOLOGIQUES Figure 6 IRS 45 VITAMINE 40 IMIPRAMINIQ 35 30 25 20 15 10 5 0 IRS VITAMINE IMIPRAMINIQUE TRICYCLIQUE 88% d’inhibiteur de la recapture de la sérotonine (IRS) 8% d’ATD imipraminique 2% d’ATD tricycliques (ADT) 2% de vitamines notées comme ATD par le médecin La co-prescription d’anxiolytique (toute intensité confondue) : Figure 7 43% ANXIOLYTIQUE OUI 57% NON 57% des patients ont reçu cette co-prescription (figure 7) La co-prescription d’autres traitements (toute intensité confondue): Homéopathie 8% Hypnotiques 8% Neuroleptique 2 % Vitamines 2% - 15 - Arrêts de travail : La proportion de prescription d’arrêts de travail par les médecins généralistes est de 10%. Nouvelle Consultation : Parmi les médecins participants, 93% ont désiré revoir le patient lors d’une deuxième consultation. Le délai moyen pour cette deuxième consultation est de 18,54 jours avec des variations allant de 5 à 45 jours (médiane de 15 jours). Recours au spécialiste (figure 8): Figure 8 NOMBRE DE CONSULTATIONS PSYCHOTHERAPEUTIQUES DEMANDEES 10 OUI NON 39 20 % des praticiens ont eu recours à une psychothérapie. Parmi ces 20% ; l’intensité évaluée par les praticiens était modérée dans 8 cas et sévère dans 2 cas. - 16 Recours à une structure spécialisée : Une hospitalisation a été demandée par un praticien ayant jugé l’épisode actuel comme sévère. Autre conduite thérapeutique : 10 % des médecins ont proposé le principe d’écoute et de dialogue, 8 % ont demandé un bilan biologique, 2% ont prescrit la reprise de sport et la relaxation. 5.4. Congruence (annexe 6) Cette analyse compare les résultats des praticiens à ceux des patients, en fonction de la présence ou non d’un EDC, de l’évaluation de l’intensité, de la prise en charge réalisée et de celle attendue par les recommandations. Dans un premier temps, on remarque que (annexes 7 et 8) : quatre patients ont été identifiés comme EDC+ alors qu’il ne rentre pas dans la définition officielle. Ceci donne une congruence de diagnostic d’EDC+ de 92%, l’intensité évaluée par le praticien et celle du BDI est congruente dans 19 cas sur tout l’échantillon de 49 patients, soit 39%, la corrélation d’intensité est de 19 cas sur 45 patients réellement dépressifs, soit 42 %, chez les EDC+, les praticiens ont tendance à la sous-évaluation de l’intensité. - 17 6 – DISCUSSION 6.1. Recommandations sur la prise en charge ambulatoire d’un Episode Dépressif Caractérisé 6.1.1. Principes généraux(1) La démarche à suivre et les objectifs à atteindre sont les suivants : Affirmer le diagnostic de dépression et apprécier le risque suicidaire (accord professionnel), rechercher des troubles psychiatriques (y compris la prise d’alcool ou de drogues) ou somatiques (en particulier des troubles vasculaires, endocriniens, ou des maladies neurologiques dégénératives) antérieurs ou associés, qui, s’ils sont présents, sont à prendre en compte dans le choix du traitement (accord professionnel) ; évaluer les incapacités fonctionnelles : une décision d’arrêt de travail, ou d’aménagement des horaires de travail, la mise en place d’aides sociales, dépendent de cette évaluation (accord professionnel), informer le patient, et s’il en est d’accord son entourage, sur la nature des troubles dépressifs, les effets bénéfiques et indésirables du traitement (grade A), et définir avec lui un projet thérapeutique qui doit obtenir son adhésion afin d’éviter les abandons de traitement et être réévalué régulièrement (accord professionnel), informer le patient, après amélioration symptomatique, et s’il en est d’accord son entourage, des signes précoces de rechute (accord professionnel). - 18 6.1.2. Intensité La CIM-10 et le DSM-4R qualifient l’épisode dépressif selon la sévérité des symptômes de : « légère » lorsqu’il y a peu ou pas de symptômes supplémentaires par rapport au nombre nécessaire pour répondre au diagnostic : l’altération des activités professionnelles, des activités sociales courantes, ou des relations avec les autres est seulement mineure, « sévère sans caractéristique psychotique » lorsque plusieurs symptômes supplémentaires par rapport au nombre nécessaire pour répondre au diagnostic sont présentes et que les symptômes perturbent nettement les activités professionnelles, les activités sociales courantes ou les relations avec les autres, « sévère avec caractéristiques psychotiques » lorsque s’ajoutent aux symptômes typiques de l’épisode dépressif sévère des idées délirantes ou des hallucinations, concordant ou non avec le trouble de l’humeur, « modéré » lorsque les symptômes et altérations des activités professionnelles, des activités sociales courantes ou des relations avec les autres sont comprises entre ces deux extrêmes. 6.1.3. Recommandations en première intention Dans l’épisode dépressif léger à modéré, les antidépresseurs et les psychothérapies sont efficaces (grade A pour les antidépresseurs, grade B pour les psychothérapies cognitivocomportementales, grade C pour les autres psychothérapies, accord professionnel pour la psychanalyse). L’association antidépresseurs-psychothérapie n’a pas fait la preuve d’une plus grande efficacité que la psychothérapie seule dans ces formes légères à modérées (grade C). - 19 - En cas d’épisode dépressif léger, une psychothérapie est proposée en première intention en fonction de l’accessibilité de ce type de traitement et des préférences du patient (accord professionnel) ; sinon, les antidépresseurs peuvent être proposés. En cas d’épisode dépressif modéré, les antidépresseurs sont proposés en première intention (accord professionnel) ; l’association antidépresseurs- psychothérapie peut être proposée en cas de difficultés psycho-sociales ayant un retentissement marqué sur la vie du patient (accord professionnel). Dans l’épisode dépressif sévère, les antidépresseurs sont indispensables (grade A). L’association antidépresseurs-psychothérapie peut être proposée (grade C). Les antidépresseurs peuvent être associés aux neuroleptiques dans les formes psychotiques (accord professionnel). Une consultation psychiatrique est recommandée pour une « intensité sévère » (accord professionnel) : quand la situation nécessite un avis psychiatrique, notamment s’il existe une possible incidence médico-légale, en cas de contexte familial difficile, ou en cas de comorbidité psychiatrique, quand il n’est pas possible d’instaurer une véritable « alliance thérapeutique » ; en cas de réponse insuffisante au traitement dans les 8 à 12 semaines, ou plus tôt selon la sévérité des symptômes ; à n’importe quel moment de la prise en charge si le patient le souhaite. - 20 L’hospitalisation en milieu psychiatrique est recommandée dans les cas suivants (accord professionnel) : en cas de risque suicidaire correspondant à la crise suicidaire « d'urgence élevée » selon les propositions de la conférence de consensus d’octobre 2000 sur la crise suicidaire, toute autre situation devant être évaluée au cas par cas ; il peut être nécessaire de recourir aux dispositions de la loi du 27 juin 1990 ; dans certaines formes sévères, en cas de symptômes psychotiques ou somatiques sévères associés ; à chaque fois qu’une situation particulière l’exige : un entourage social ou familial insuffisant, l’impossibilité de maintenir les nombreux contacts nécessaires à la réassurance du patient, l’insuffisance de réponse au traitement en sont des exemples. En résumé, l’HAS spécifie que : en cas d’épisode dépressif léger, une psychothérapie est proposée en première intention, en cas d’épisode dépressif modéré, les antidépresseurs (ATD) sont proposés en première intention, en cas d’épisode dépressif sévère, les ATD sont indispensables, la consultation psychiatrique est fortement recommandée ainsi qu’un recours à l’hospitalisation (en cas de risque suicidaire élevé), L’association d’antidépresseurs et d’anxiolytique ne fait pas partie des recommandations officielles(1,15,) (quelque soit l’intensité). - 21 6.2. Eléments constatés 6.2.1. Sur la globalité Peu de médecins ont accepté de participer à l’étude, parmi eux, 11 n’ont pas trouvé de patients à inclure. L’échantillon des médecins ayant participé à l’étude est représentatif de la population médicale de l’île-de-France(23) (répartition par tranche d’age et de sexe). 6.2.2. Sur l’atteinte décrite par le patient (annexe 8) L’analyse des résultats obtenus par le questionnaire permet de montrer que l’échantillon des patients est de 56 % pour les femmes et de 43 % pour les hommes ; ce qui correspond à peu près aux résultats obtenus dans l’enquête Santé Mentale en Population Générale(15), où les épisodes dépressifs, récurrents ou non, sont plus fréquemment repérés chez les femmes que chez les hommes. Avec les mêmes caractéristiques sociodémographiques une femme a 1,4 fois plus de risques qu’un homme d’avoir un épisode dépressif. La répartition des âges montre une moyenne de 42,5 ans et un ratio de 21 femmes pour 27 hommes. Comparé aux chiffres du IRDES(17) on retrouve un échantillon représentatif. Il apparaît une légère prédominance de dépressions sévères par rapport aux dépressions modérées et une très faible proportion de dépressions légères. 6.2.3. Sur la prise en charge du praticien On observe que la prescription d’ATD (principal critère d’inclusion) a été respectée dans 48 cas sur 49. La prescription prédominante d’IRS rejoint le rapport de l’Observatoire National des Prescriptions et Consommations des Médicaments sur l’étude des prescriptions des ATD(15). - 22 Dans 8 cas reconnus d’intensité légère par le médecin : Il a été prescrit majoritairement des IRS mais aucun praticien n’a jugé utile d’avoir recours à une psychothérapie. Dans 33 cas reconnus d’intensité modérée par le médecin : En supplément de la prescription des IRS : seulement 8 praticiens ont prescrit une prise en charge psychothérapeutique, soit 24%, l’écoute et le dialogue ont été pratiqués dans 4 cas sur 33, un arrêt de travail a complété la prise en charge dans 3 cas sur 33. Dans 8 cas reconnus d’intensité sévère par le médecin : La prescription d’IRS s’accompagne : d’un recours à l’hospitalisation spécialisée, de 2 prises en charge psychothérapeutiques, d’un arrêt de travail complétant la prise en charge dans 2 cas sur 8 d’un délai moyen de deuxième consultation paradoxalement plus long (22,2 jours contre 18,54 jours toute intensité confondue), d’une co-prescription vitaminique pour un seul patient. Le recours à la co-prescription d’anxiolytique est majoritaire quelque soit le stade. Le chiffre de 57% est identique à celui retrouvé selon l’AFSSAPS. Cependant, selon les recommandations de l’AFSSAPS(16) et les Références Médicales Opposables (RMO), cette association n’a pas lieu d’être. - 23 Les autres co-prescriptions : En dehors des anxiolytiques, les co-prescriptions médicamenteuses sont plus élevées lorsque le praticien conclut à une dépression d’intensité modérée. Aucune recommandation ne mentionne la nécessité de leur utilisation. Concernant les psychotropes, leur utilisation abusive était déjà soulignée par l’AFSSAPS, en comparaison avec les pays tel que l’Allemagne et le RoyaumeUni(16). En effet, les IRS ayant une efficacité sur les troubles du sommeil leur ordonnance ne se justifie pas. 6.2.4. Sur la corrélation « prise en charge du médecin » versus « atteinte réelle du patient » Cette analyse permet de comparer la pratique à la réalité du patient (confirmé par le BDI) et de pouvoir y opposer les recommandations de l’HAS. Le point d’intérêt est la proportion de patients ayant un EDC confirmé par le BDI (EDC+) et qui présente une congruence d’intensité. Pourcentage de patients réellement dépressifs : 92% sont EDC+, soit 45 cas sur 49 (annexe 8 – tableau 1). Il en résulte une détection adaptée des patients ayant un EDC+. La prescription d’antidépresseurs pour ces patients est justifiée et en adéquation avec les recommandations. - 24 Congruence d’intensité : Le nombre de patients correctement évalué dans leur diagnostic et leur intensité est de 19. Sur l’ensemble des praticiens, 39 % ont établi le bon diagnostic et la bonne intensité, soit 19 sur 49 (annexe 8 – tableau 3), le pourcentage de patients EDC+ ayant une intensité correctement évaluée par le praticien s’élève à 42%, soit 19 sur 45 (annexe 8 – tableau 3), le pourcentage de patients EDC+ n’ayant pas une intensité correctement évaluée par le praticien s’élève à 58%, soit 26 sur 45 (annexe 8 – tableau 3), parmi tous les patients non-congruents, on observe une tendance à la sous-évaluation (figure 9- annexe 7). Figure 9 Intensités retrouvées par le BDI versus Praticiens - 25 Analyse prescription pour chaque groupe d’intensité : o Episodes légers selon BECK (annexe 8 – tableaux 2 & 4) : a) 1 cas retrouvé, b) 8 diagnostics portés par le médecin, 1 sur évalué puisque EDC- 7 sous-évalués : 6 modérés et 1 sévère Prescription : ATD 37% ont bénéficié de co-prescription d’anxiolytiques Aucun recours au spécialiste La seule prescription de vitamine comme traitement initial s’avère en fait ne pas être un EDC Le taux de congruence pour les formes légères est de 0 % (annexe 8 – tableau 4) ; ce qui signifie qu’au cours de l’étude, les médecins concluent à 8 dépressions légères, cependant l’une d’entre elle n’est pas un EDC et les 7 autres ne sont pas évaluées correctement. Or, les recommandations spécifient pourtant que pour les épisodes légers une psychothérapie reste la première intention (1). De plus, l’AFSSAPS stipule qu’il n’est pas nécessaire de prescrire un ATD dans les stades légers (16). - 26 o Episodes modérés selon BDI (annexe 8 – tableaux 2 & 4) : a) 19 cas retrouvés b) 33 diagnostics portés par le médecin 12 congruents 4 sur évalués : 3 cas EDC- 17 sous-évalués Prescription : systématique d’ATD 8 recours au spécialiste (dont 1 cas EDC-) 57% ont bénéficié d’une co-prescription d’anxiolytiques Le taux de congruence pour les formes modérées : 63% (12 cas sur 19) (annexe 8 – tableau 4). o Episodes sévères selon BDI (annexe 8 – tableaux 2 & 4) : a) 25 cas retrouvés b) 8 diagnostics portés par le médecin : 7 congruents 1 sur évalué Prescription : 2 recours au spécialiste 1 hospitalisation a été demandée 75% ont bénéficié d’une co-prescription d’anxiolytique - 27 Le taux de congruence pour les formes sévères est de 28% (7 cas sur 25) (annexe 8 – tableau 4). En l’occurrence, le médecin sous-évalue 72% des patients dépressifs sévères. A ce stade important de la pathologie, le recours à la psychothérapie faisant partie des recommandations, n’est pratiquement jamais employé. 7 – BIAIS DE L’ETUDE 1. médecins : biais de recrutement : les médecins ayant accepté de participer avaient une affinité pour ce type de pathologie, pouvant entraîner un biais dans l’analyse des prescriptions. La pratique des médecins ne prescrivant jamais d’ATD (quelque soit le stade de l’EDC), lors de la première consultation aurait été intéressante. 2. patients : biais de sélection : seuls les patients mis sous ATD pouvaient être inclus. Les patients ayant consulté avec un EDC et non-identifié, n’ont pu être observés et n’apparaissent pas dans mon étude. 8 – CONCLUSIONS L’objectif initial de l’étude étant d’« évaluer la prise en charge thérapeutique des médecins généralistes lors de la première consultation pour EDC et de la comparer aux recommandations de l’HAS », la thèse fournit des éléments de réponse : 8.1. Concernant la prescription d’antidépresseurs Je constate que lorsque 8 médecins retrouvent un EDC+ de stade léger, 7 prescrivent un traitement antidépresseur. Or, je tiens à souligner qu’ils ne sont pas obligatoirement à prescrire, en première intention dans les stades légers. - 28 En réalité, aucun de ces 8 patients n’est en congruence avec le BDI (annexe 8 – tableau 3) : 1 n’est pas dépressif 7 sont dépressifs mais aucun en stade léger Parmi tous les patients inclus, 45 étaient des EDC+ ; 44 étaient d’intensité supérieure à légère et justifiant un traitement antidépresseur. Le seul patient effectivement dépressif léger aurait pu ne pas se voir prescrire des antidépresseurs. Lors de la première consultation, la prescription d’antidépresseurs est en adéquation avec les recommandations dans 90%, soit 44 cas sur 49. Mon étude concorde avec les résultats trouvés par celle de l’ IRDES (13) qui, ellemême, concluait à une bonne utilisation des ATD (voire même à une sous utilisation) devant une pathologie toujours en constante évolution (figure 10). Figure 10 Taux de dépressifs déclarés selon l'âge et le sexe Evolution 1970- 1997 dépression déclarée ou repérée par consommation d'antidépresseurs Hommes Femmes cf. rapport 1277 | - 29 8.2. Concernant le suivi des patients Mon étude met en évidence que le délai moyen entre la première et la seconde consultation est de 18,54 jours. Après l’instauration du traitement antidépresseur, il est nécessaire de réévaluer le patient(16) : quelques jours après, afin d’évaluer la tolérance à court terme et le risque suicidaire, au cours des deux premières semaines, pour évaluer l’évolution clinique, la tolérance, l’observance et, notamment, la réponse au traitement, pour dépister une aggravation possible de la symptomatologie dépressive, à 4 semaines pour évaluer l’efficacité. Lors de la première consultation le suivi instauré est en accord avec les recommandations. 8.3. Concernant les co-prescriptions S’agissant des anxiolytiques, leur co-prescription est présente plus d’une fois sur 2 (ce chiffre augmente si on exclut les patients non-dépressifs). En revanche, aucune recommandation ne mentionne la nécessité de leur prescription. Pour les psychotropes présents dans 8% des cas, leur utilisation abusive était déjà soulignée par l’AFSSAPS et ceci en comparaison avec les pays tel que l’Allemagne et le Royaume-Uni. En effet, les IRS ayant une efficacité sur les troubles du sommeil leur coprescription ne se justifie pas. - 30 Lors de la première consultation, la co-prescription, d’anxiolytiques et/ou de psychotropes (dans 57% des cas) n’est pas en accord avec les recommandations. 8.4. Concernant la prise en charge non-médicamenteuse Il apparaît dans cette enquête que l’évaluation de l’intensité de l’EDC par le praticien est inadaptée ; ce qui entraîne une insuffisance de prise en charge non-médicamenteuse (consistant au recours à la psychothérapie et/ou l’hospitalisation en milieu spécialisé). Les recommandations spécifient que la psychothérapie est recommandée dès le stade modéré et devient indispensable au stade sévère(1). Sur 33 patients identifiés modérés par le praticien, seuls 30 étaient EDC+ Sur ces mêmes patients, 12 ont été correctement évalués (annexe 8 – tableaux 1 & 3). Parmi ces derniers, 2 médecins ont eu recours à une psychothérapie (annexe 8 – tableau 5). Sur 8 patients identifiés sévères : 2 proposent un recours à une psychothérapie et 1 seul à l’hospitalisation (concomitante au recours du spécialiste). Le nombre de patients réellement sévères est de 25, seuls 7 patients ont été effectivement reconnus comme tel par les praticiens (annexe 8 – tableaux 1 & 3). Parmi ces derniers, 2 praticiens ont suivi les recommandations en prescrivant le recours à la psychothérapie et 1 seul à l’hospitalisation (annexe 8 – tableau 5). Cela dénote une lacune, à la fois dans la formation des praticiens, et dans le suivi des recommandations puisque même lorsqu’ils diagnostiquent parfaitement l’EDC et son intensité, ceux-ci ne suivent pas les recommandations. - 31 Lors de la première consultation d’un patient atteint d’un épisode dépressif caractérisé, le bon diagnostic et la bonne intensité sont posés dans 42% des cas (19/45) (annexe 8 – tableau 3). Lors d’une première consultation, lorsque le bon diagnostic et la bonne intensité sont posés, le praticien suit les recommandations dans 21% des cas (4/19) (annexe 8 – tableau 5). Lors d’une première consultation d’un patient atteint d’un EDC+ de stade léger, aucun praticien ne l’identifie comme tel et ne suit les recommandations (annexe 8 – tableau 4). Lors de la première consultation, le praticien décèle parfaitement un EDC modéré dans 63% des cas et ne suit les recommandations que dans 17% des cas (2/12) (annexe 8 – tableau 4). Lors de la première consultation, le praticien décèle parfaitement un EDC sévère dans 27 % des cas (7/25) et ne suit, alors, les recommandations que dans 29 % des cas (2/7) (annexe 8 – tableaux 4 & 5). Lors d’une première consultation, la tendance est à la sous-évaluation de l’intensité de l’épisode par le praticien (annexe 7). Parmi les praticiens ayant évalué parfaitement le diagnostic et l’intensité de l’EDC, seulement 1 a prescrit un traitement en adéquation avec les recommandations, soit 5%. (Il s’agissait d’un patient souffrant d’une atteinte sévère reconnue comme telle et traitée par ATD, psychothérapie, structure spécialisée et sans association d’anxiolytique.) Ce pourcentage passe à 2 % (1/49) s’il se rapporte à l’ensemble des patients vus. Ma thèse corrobore de nombreuses études déjà réalisées sur le niveau de formations des praticiens et laissant entendre un défaut dans la formation des praticiens (2,3). - 32 Pour mémoire, 50 à 80 % des tentatives de suicide(22) surviennent chez des patients souffrant de troubles mentaux, principalement les troubles dépressifs pour lesquels le médecin généraliste est le premier interlocuteur. La dépression multiplie par 30 le risque de suicides, avec un taux annuel moyen de mortalité de 3 % dont un tiers est imputable au suicide, soit une prévalence annuelle du suicide chez les déprimés de l’ordre de 1 %. Des auteurs ont rapporté les résultats d’études de cohortes prospectives de déprimés qui montrent que 15 % des patients décèdent par suicide. L’étude réalisée va dans le sens de la nécessité d’une prise en charge optimum. 8.5. Concernant les autres pratiques L’écoute et le dialogue ont été proposés dans 10% des cas. 66,3 % des médecins ont déjà déclaré avoir des besoins liés à la pathologie avec, en priorité, le besoin d’une consultation plus longue, d’une offre de soins locale et, enfin, l’utilisation de référentiel plus proche de la pratique (9) en complément du défaut de formation et du suivi des recommandations retrouvé lors de cette étude. Pour la pratique en soins primaires, on peut conclure des résultats apportés par cette étude, la nécessité : d’affiner le diagnostic (temps de consultation allongé ?), de mieux évaluer l’intensité, d’utiliser des instruments validés d’aide au diagnostic (usage du BDI abrégé ?), d’améliorer la formation (Formation Médicale Continue), d’accroître la coordination Soins Primaires/spécialiste. Les biais et les limites de cette étude imposent de souligner l’importance de réaliser des études plus globales et précises sur la prise en charge des EDC dès la première consultation. - 33 9 – REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 1. Prise en charge ambulatoire d’un épisode dépressif isolé chez l’adulte.Haute Autorité Sanitaire - mai 2002 2. Boyer P, Dardennes R, Even C et al.-Dépression et santé publique : données et réflexions.Paris, Masson,1955 3. Rapport d’élaboration de référentiel d’évaluation des pratiques professionnelles. Prise en charge par le médecin généraliste en ambulatoire d’un épisode dépressif isolé de l’adulte. -Haute Autorité Sanitaire.-Dec ;2004 4. Lublin H.K, Nielsen UJ, Vittrup P, Bach-Dal C, Larsen JK.- Diagnosis and treatment of depression in general practice. A questionnaire study.-Ugeskr Laeger. 2002 Jun 24;164(26) : 3440-4 5. Etudes et résultats. Troubles mentaux et représentation de la santé mentale – DREES.-octobre 2004 ; 347 6. Mojtabai R.-Diagnosing Depression and Prescribing Antidepressants by Primary Care Physicians : The Impact of Practice Style Variations- Mental Health Services Research, June 2002 : Vol. 4, No. 2 7. Willliams JW, Rost K , Dietrich A.J, Ciotti M.C, Zyzanski S, Cornell J.Primary care physician’s approach to depressif disorders ; Effets of physician specialty and practice structure”. Arch fam med:1999 ; 8:58-67 8. Hansen D-G,Søndergaard J,Vach W, Freng Gram L, Rosholm JU,Kragstrup J.-Antidepressant drug use in general practice : inter-practice variation and association with practice characteristics.- Eur J Clin Pharmacol (2003) 59 : 143–149 - 34 - 9. Linden M, Lecrubier Y, Bellantuono C, Benkert O, Kisely S, Simon G.- The prescribing of psychotropic drugs by primary care physicians : an international collaborative study.- J Clin Psychopharmacol. 1999 Apr;19(2):132-40. 10. Druss BG, Hoff RA, Rosenheck RA.- Underuse of antidepressants in major depression : prevalence and correlates in a national sample of young adults.- J Clin Psychiatry. 2000 Mar ; 61(3):234-7; quiz 238-9 11. Katon W, Rutter CM, Lin E, Simon G, Von Korff M, Bush T, Walker E, Ludman E. -Are there detectable differences in quality of care or outcome of depression across primary care providers ?.-Med Care. 2000 Jun;38(6):549-51. 12. Simon GE, Von Korff M, Rutter CM, Peterson DA.- Treatment process and outcomes for managed care patients receiving new antidepressant prescriptions from psychiatrists and primary care physicians.- Arch Gen Psychiatry. 2001 Apr;58(4) : 395-401. 13. Le Pape A, Lecomte T.- Prévalence et prise en charge médicale de la dépression : .-IRDES 1999 ; 1277 14. Prise en charge ambulatoire de la dépression chez l’adulte.Expression des besoins par les médecins généralistes-synthèse phase I - Urcam Ile de France.- septembre 2005 15. Etude de la prescription et de la consommation des antidépresseurs en ambulatoire.- Observatoire National des Prescriptions et Consommations des Médicaments - juillet 1998 16. Bon usage des antidépresseurs au cours des troubles dépressifs chez l’adulte.-Agence Francaise de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé.Avril 2005 - 35 17. La prise en charge médicale des dépressifs.-IRDES.-rapport 1277 ; http://www.irdes.fr/En_ligne/Chiffres/Depression/prisechargemed/prisechme d.html 18. La prise en charge des patients dépressifs. Deuxième temps : Evaluation clinique, qualité de vie Association pour le Développement de l’information médicalisée. 2001 19. Cottraux J. Inventaire abrégé de dépression de Beck (13 items). In Guelfi J.D. L’évaluation clinique standardisée en Psychiatrie, tome I. Pierre Fabre éd. S.I.A., Lavaur. 1996. 20. Collet L. et J.Cottraux. 1986. Inventaire abrégé de la dépression de Beck (13 items). Étude de la validité concurrente avec les échelles de Hamilton et de ralentissement de Widlöcher. L’Encéphale. 12.77-79 21. Lempérière T., Lépine J.-P., Rouillon F. et al.. 1984. Comparaison de différents instruments d’évaluation de la dépression à l’occasion d’une étude sur l’Athymil 30 mg. Ann.Médico-Psychol. 142. 1206-1212 22. Lejoyeux M, Léon E, Rouillon F.-Prévalence et facteurs de risque du suicide et des tentatives de suicide.-Encéphale 1994; 20:495-503 23. Démographie médicale française.Situation au 1er Janvier 2004.-Odre National des Médecins.-Decembre 2004 ;Etude n°37 ; 129-130 - 36 - ANNEXES - 37 ANNEXE 1 : DEMANDE DE PARTICIPATION UNIVERSITE PARIS XII-VAL-DE-MARNE DEPARTEMENT D’ENSEIGNEMENT ET DE RECHERCHE EN MEDECINE GENERALE Direction : Claude ATTALI, Professeur associé des universités - 38 ANNEXE 2 : QUESTIONNAIRE MEDECIN - 39 ANNEXE 3 : QUESTIONNAIRE PATIENT INVENTAIRE DE DEPRESSION DE BECK ABREGE Ce test est réalisé dans le cadre d’une thèse de médecine générale. Il est totalement anonyme, et permettra de mieux comprendre la prise en charge des troubles que vous présentez. Les résultats n’influenceront ni ne modifieront votre prise en charge et votre traitement : quelque soit les résultats. Ce questionnaire comporte plusieurs séries de quatre propositions. Pour chaque série, lisez les quatre propositions, puis choisissez celle qui décrit le mieux votre état actuel. Entourez le numéro qui correspond à la proposition choisie : Votre trouble dure t’il depuis plus de 2 semaines ? : (Entourez votre réponse) Oui Non Je ne me sens pas triste. 0 Je me sens cafardeux(se) ou triste. 1 Je me sens tout le temps cafardeux(se) ou triste, et je n’arrive pas à en sortir. 2 Je suis si triste et si malheureux(se), que je ne peux pas le supporter. 3 Je ne suis pas particulièrement découragé(e), ni pessimiste au sujet de l’avenir. 0 J’ai un sentiment de découragement au sujet de l’avenir. 1 Pour mon avenir, je n’ai aucun motif d’espérer. 2 Je sens qu’il n’y a aucun espoir pour mon avenir et que la situation ne peut s’améliorer. 3 Je n’ai aucun sentiment d’échec de ma vie. 0 J’ai l’impression que j’ai échoué dans ma vie plus que la plupart des gens. 1 Quand je regarde ma vie passée, tout ce que j’y découvre n’est qu’échecs. 2 J’ai un sentiment d’échec complet dans toute ma vie personnelle (dans mes relations avec mes parents, mon mari, ma femme mes enfants). 3 Je ne me sens pas particulièrement insatisfait(e). 0 Je ne sais pas profiter agréablement des circonstances. 1 Je ne tire plus aucune satisfaction de quoi que ce soit. 2 Je suis mécontent(e) de tout. 3 Je ne me sens pas coupable. 0 Je me sens mauvais(e) ou indigne une bonne partie du temps. 1 Je me sens coupable. 2 Je me juge très mauvais(e), et j’ai l’impression que je ne vaux rien. 3 Je ne suis pas déçu(e) par moi-même. 0 Je suis déçu(e) par moi-même. 1 Je me dégoûte moi-même. 2 Je me hais. 3 1 2 3 4 5 6 Page n°1 du questionnaire - 40 - Je ne pense pas à me faire du mal. 0 Je pense que la mort me libèrerait. 1 J’ai des plans précis pour me suicider. 2 Si je le pouvais, je me tuerais. 3 Je n’ai pas perdu l’intérêt pour les autres gens. 0 Maintenant, je m’intéresse moins aux autres gens qu’autrefois. 1 J’ai perdu tout l’intérêt que je portais aux gens et j’ai peu de sentiments pour eux. 2 J’ai perdu tout l’intérêt pour les autres, et ils m’indiffèrent totalement. 3 Je suis capable de me décider aussi facilement que de coutume. 0 J’essaie de ne pas avoir à prendre de décision. 1 J’ai de grandes difficultés à prendre des décisions. 2 Je ne suis plus capable de prendre la moindre décision. 3 Je n’ai pas le sentiment d’être plus laid(e) qu’avant. 0 J’ai peur de paraître vieux ou disgracieux. 1 J’ai l’impression qu’il y a un changement permanent dans mon apparence physique, qui me fait paraître disgracieux(se). 2 7 8 9 10 3 J’ai l’impression d’être laid(e) et repoussant(e). Je travaille aussi facilement qu’auparavant. 0 Il me faut faire un effort supplémentaire pour commencer à faire quelque chose. 1 Il faut que je fasse un très grand effort pour faire quoi que ce soit. 2 Je suis incapable de faire le moindre travail. 3 Je ne suis pas plus fatigué(e) que d’habitude. 0 Je suis fatigué(e) plus facilement que d’habitude. 1 Faire quoi que ce soit me fatigue. 2 Je suis incapable de faire le moindre travail. 3 Mon appétit est toujours aussi bon. 0 Mon appétit n’est pas aussi bon que d’habitude. 1 Mon appétit est beaucoup moins bon maintenant. 2 Je n’ai plus du tout d’appétit. 3 11 12 13 Merci. Page n°2 du questionnaire - 41 ANNEXE 4 : RESULTATS PATIENTS L : Légère M : Modérée S : Sévère NC : Non Commnuiqué - 42 ANNEXE 5 : RESULTATS MEDECINS ATD :antidépresseur ; A.T :arrêt de travail, CS : consultation, SPE :spécialisée, IRS :inhibiteur de la recapture de la sérotonine, ADT : tricyclique, NC : non communiqué - 43 ANNEXE 6 : TABLEAU DES CONGRUENCES L : Légère M : Modérée S : Sévère A: Absent v - 44 ANNEXE 7 : TABLEAU DES ECARTS D’INTENSITE Nombres de patients 25 22 20 19 15 10 4 5 2 1 1 0 IF ES ES CE UE UE SS LU LU AL AL EN E V V A A U V V R PR -E -E S-E US R -E DE UR NG U U S O O N S O S C T NO TS SS INT OIN T N I P O N O 1 OI 1P 2P 2P 1 Point = écart d’un stade entre résultat du médecin et celui du BDI 2 Points = écart de deux stades entre résultat du médecin et celui du BDI - 45 ANNEXE 8 : TABLEAUX RECAPITULATIFS Tableau 1 : Répartition de l’intensité identifiée par les médecins chez tous les patients Tableau 2 : Répartition d’intensité BDI versus médecins Tableau 3 : Répartition des congruences selon l’intensité évaluée par le médecin chez les EDC+ Tableau 4 : Pourcentage congruence selon l’intensité Tableau 5 : Recours à la psychothérapie adaptée selon les recommandations officielles - 46 - SOUTENANCE A CRETEIL ANNEE : 2006 NOM ET PRENOM DE L’AUTEUR : COPIN ALAN DIRECTEUR DE THESE : MONSIEUR LE DOCTEUR BISMUTH OLIVIER TITRE DE LA THESE : Evaluation de la prise en charge, lors de la première consultation, d’un épisode dépressif caractérisé majeur en Médecine Générale Etude descriptive transversale, parmi un échantillon de médecins généralistes du 94 ayant accepté de participer et d’inclure un patient pour lequel ils instauraient un traitement par antidépresseurs. L’objectif était l’évaluation de la prise en charge d’un épisode dépressif caractérisé (EDC) en comparaison avec les recommandations officielles. L’attitude thérapeutique du praticien a été analysée à l’aide d’un questionnaire. L’état du patient a été évalué à l’aide d’un outil standardisé (l’inventaire de dépression de Beck). On a pu comparer et analyser les résultats de ces deux questionnaires. Il apparaît une bonne évaluation du diagnostic de dépression et une discordance dans l’évaluation de l’intensité. La prescription d’antidépresseurs suit les recommandations. La prise en charge psychothérapeutique n’est pas en adéquation avec les recommandations due à une interprétation erronée de l’intensité. Les co-prescriptions restent majoritaires et hors recommandations. L’étude réalisée permet de souligner la nécessité d’affiner le diagnostic, de mieux évaluer l’intensité, d’utiliser des instruments validés d’aide au diagnostic, d’améliorer la formation et d’accroître la coordination Soins Primaires/Spécialiste. MOTS-CLES : -Dépression-Thérapeutique -Médecine familiale -Evaluation résultats traitement -Questionnaire ADRESSE DE L’U.F.R. : 8, Rue du Général SARRAIL 94010 CRETEIL CEDEX