Biographie complète publiée dans le nouveau
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Bertrand BURGALAT par Philippe Auclair dans Le nouveau dictionnaire du rock (2014) Compositeur, chanteur, multi-instrumentiste, arrangeur et producteur de pop, rock et variétés français, 2000 (en solo) : né le 19-7-1963 à Bastia. Sous son nom ou associé à d’autres, ce musicien parisien bâtit depuis le milieu des années 90 une œuvre inclassable. Il s’est inspiré de la musique classique du XXe siècle, de la musique progressive, de la soul, de la pop électronique et de la variété internationale, pour un résultat dont l’originalité a peu d’équivalents en France ou ailleurs. Inspirateur de ce qu’on a appelé la « French touch », il a animé le label Tricatel, accueillant notamment des collaborations avec l’écrivain Michel Houellebecq et la comédienne Valérie Lemercier. En 2007, l’immense succès de Christophe Willem, dont il a écrit, arrangé et produit le simple « Élu produit de l’année », a révélé sa musique au grand public. Bertrand Burgalat doit peut-être à sa mère une oreille que lui envient tous les musiciens avec lesquels il a collaboré. Artiste lyrique, elle l’initia très tôt à la « grande » musique, ce qui le dégoûtera pour toujours du chant classique, mais pas des compositeurs comme Maurice Ravel, l’un de ses dieux. Le choc d’un concert de Pink Floyd, alors qu’il n’a que dix ans, lui montre mieux comment utiliser son don. Fils de préfet, il s’égare un temps à écrire les discours de quelques élus gaullistes de la région parisienne ; mais il se ressaisit, revient à la musique, et supervise l’étonnant Let It Be (1988) de Laibach, où le groupe slovène reprend la presque intégralité de l’album des Beatles du même nom. Cette collaboration lui ouvre les porte de Mute, un label pour lequel il tient ensuite le rôle d’arrangeur et de producteur pour de nombreux artistes maison, comme Mick Harvey (guitariste des Bad Seeds de Nick Cave), Einstürzende Neubauten et Renegade Soundwave. Ces noms pourraient faire croire que l’univers sonore de Burgalat tend vers un rock aux tons sombres, à fort parfum électronique et industriel, mais ce serait inexact. Son goût pour les sons artificiels, particulièrement sensible dans ses albums solo – The Sssound of Mmmusic (2000), Portrait-robot (2005) et Chéri B.B. (2007)-, doit beaucoup aux influences d’Olivier Messiaen et de ses Ondes Martenot, du compositeur de musiques de film Michel Magne (Les Barbouzes), et du « folk de la Ruhr » de Kraftwerk, pour reprendre l’expression d’Yves Adrien, un critique de rock et écrivain qui eut une grande influence sur les idées du jeune producteur. La richesse de sa palette sonore, où un grand orchestre de cordes peut s’acoquiner avec une rythmique à la Giorgio Moroder, s’explique par celle de ses intérêts musicaux: la variété française (de Serge Gainsbourg à Patrick Juvet), la pop excentrique de labels comme la Compact Organisation de Tot Taylor et él Records de Mike Alway, et bien d’autres, à l’exception notable du jazz sous sa forme improvisée. Bloqué par une industrie du disque qui se sert et, parfois, abuse de son talent (il arrange et produit Jad Wio et Dalcan en France, Louis Philippe- l’auteur de cette notice – en Angleterre, ainsi que l’énorme succès de Kahimi Karie, «I Am a Kitten », attribué à tort à Momus), il créé son propre label Tricatel, en 1995, le principal débouché de son activité depuis. Certains disques sont des succès: Valérie Lemercier fait un tube de « Goûte mes frites », extrait de l’album Valérie Lemercier chante (1996) – il écrit aussi la BO de son film Quadrille en 1997, dans un style entre Prokofiev et André Popp ; l’Américaine April March, à qui il offre l’une de ses plus belles chansons, « Superbagnères », se fait remarquer avec Chrominance Decoder (1996); et sa rencontre avec l’écrivain Michel Houellebecq (Présence humaine, 2000) est une réussite sur le plan artistique. Mais Tricatel, pour survivre, doit puiser dans les ressources personnelles de son propriétaire, et Burgalat n’a d’autre choix que de revoir à la baisse ses ambitions pour le label, qui révélera les groupes A.S Dragon puis les Shades. En revanche, sa cote personnelle ne cesse de monter. Son « son » si particulier, avec ses cordes, ses claviers « cheap » et ses basses jouées au médiator, inspire une multitude de groupes dits « lounge », ou « easy listening », comme Air, parfois jusqu’au plagiat. Il manque généralement dans ces copies l’originalité des canevas d’accords de Burgalat, souvent proches de la dissonance ; son humour, aussi, et un lyrisme surprenant, celui de mélodies magnifiques comme celle du simple « Gris métal » (2000). Impossible à étiqueter, Burgalat a enfin connu la revanche d’un immense succès avec Christophe Willem, le lauréat de l’émission de télévision « Nouvelle Star ». Sa composition, « Élu produit de l’année», a été très diffusée ; et l’album dont il est extrait, Inventaire, fut certifié double platine en 2007. Le dernier album en date de Bertrand Burgalat, Toutes Directions (2012), est sans doute son meilleur, incluant notamment sa plus belle mélodie, « Dubaï My Love », sur de très belles paroles de Matthias Debureaux. Philippe Auclair.
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