Calvin

Transcription

Calvin
Les
principales
villes de Calvin
/ Sur les pas de Calvin
Noyon
1509-1523
Paris
1523-1528
1531-1533
1534
POF TE 12
No 162 - Dimanche 12 juillet 2009
Orléans
1528-1529
Bourges
1529-1531
Angoulême
1533-1534
Bâle
1535-1536
Genève
1536-1538
1541-1564
Infographie
Politique 12
Strasbourg
1538-1541
S. Pfeiffer 12/07/09
A STRASBOURG
UN « DRESSEUR D’ÉGLISE »
Le 10 juillet 1509 naissait Jean Calvin. Cinq siècles après, la planète porte encore l’empreinte du « grand second » de la Réforme protestante lancée par
son aîné Martin Luther. Calvin a réussi à Genève, mais il avait grandi, appris et réfléchi à Noyon, Paris, Bourges, Orléans, Angoulême, Poitiers, Bâle, Strasbourg... Pendant sept jours, les DNA proposent un « carnet de route » sur les pas du grand réformateur.
■ « C’est à Strasbourg que Calvin devint Calvin ! ». La phrase
est de l’historien Bernard
Cottret. Elle résume bien ce
qui se passe pour le réformateur entre 1538 et 1541,
quand, après son échec à Genève, il gagne l’Alsace. Il répond à l’appel insistant qu’a
renouvelé Martin Bucer : l’ancien dominicain de Sélestat,
de dix-huit ans son aîné, est
une figure de la Réforme. Il
est chez lui à Strasbourg, cité
de 22 000 habitants, villephare du protestantisme rhénan. L’évêque est réfugié à
Saverne, le culte catholique
est interdit depuis 1529.
Le charme du presbytère
et l’éclat du jardin
Bucer à Strasbourg, comme
Farel à Genève deux ans plus
tôt, réussit à vaincre les hésitations de Calvin. Là aussi, il
lui parle de Jonas, le prophète fuyant de la bible. Calvin
signe pour Strasbourg. Sa tâche, plutôt modeste et mal
payée, sera de s’occuper des
réfugiés huguenots – donc
francophones – qui fuient les
persécutions et arrivent à
Strasbourg, où il se sentent
en sécurité. Ils forment une
petite communauté en croissance de 100 à 200 personnes : « dresseur d’Église » (*),
Calvin va les organiser en paroisse.
Où ont-ils prié ? Ce sera
d’abord à Saint-Nicolas, brièvement. Était-ce Saint-Nicolas-aux-Ondes, chapelle du
monastère des dominicains,
aujourd’hui disparu sous le
lycée Jean-Rostand. Cette hypothèse revient sous la plume de nombreux historiens.
Étonnant, car le couvent du
même nom était un farouche
îlot de résistance à la Réforme.
De fait, il s’agit plus probablement de Saint-Nicolas, sur
le quai du même nom, église
alors nourrie des idées réformées de Jean Steilin – cette
même église qui accueillera
plus tard Albert Schweitzer.
En tous cas, Jean Sturm, témoin direct des événements,
écrira en 1580 que Calvin a
prêché à « Saint-Nicolas », tout
court.
Ce sera ensuite l’église des
Pénitentes de Sainte-Madeleine à la Krutenau. Elle a brûlé
en 1904. Les restes du chœur
ont été intégrés dans la nou-
velle église, elle-même détruite en 1944, reconstruite
depuis. Ensuite, la ville attribue aux réfugiés le chœur de
l’église des dominicains, près
du Gymnase Jean-Sturm. De
là date le nom de TempleNeuf. Mais l’actuel est encore
plus neuf (1877), puisque son
prédécesseur a été incendié,
avec la prestigieuse bibliothèque qui y était accolée, lors
du siège de Strasbourg en
août 1870.
Où vécut Calvin ? Les historiens sont partagés. Il fut accueilli probablement au domicile de Capiton (l’actuel
presbytère de Saint-Pierrele-Jeune, rue de la NuéeBleue), à celui de Martin Bucer (3, rue Salzmann), puis,
peut-être, rue des Hannetons,
et, sans doute, après son mariage, au 2, rue du Bouclier –
l’actuel presbytère à colombages, plutôt XVIIe, y donne
toujours sur un petit jardin
bucolique au cœur de la ville
(**).
Car Strasbourg fut aussi le
lieu du mariage de Calvin.
L’épouse s’appelait Idelette
de Bure, veuve d’un réfugié
anabaptiste de Liège mort de
la peste – que Calvin avait
connu et converti. Calvin, qui
a dépassé les trente ans, ne
semble pas très « débrouillard » avec les femmes : ce
sont ses amis qui lui cherchent épouse. Il écarte un
jeune fille noble début 1540,
se fait lui-même repousser
par une autre, et finalement
épouse Idelette, qui a déjà
deux enfants.
Au 2, rue du Bouclier, à Strasbourg, un bâtiment à colombages, plutôt XVIIe , donne sur un jardin bucolique qui a pu être celui de Calvin. (Photo
DNA - Cédric Joubert)
par exemple la confession
par un examen avant la Cène.
Il prend le meilleur de ce
qu’il voit et entend dans les
autres paroisses de Strasbourg, y combine sa propre
empreinte, bref, invente le
calvinisme. Il se fâche parfois
avec Bucer, qu’il juge trop tiède.
Le nouvel appel de Genève
Quand Calvin inventait le
calvinisme
Théodore de Bèze écrit que
Calvin a vécu « neuf ans en
mariage en toute chasteté ».
Chasteté ne veut pas dire
continence : le couple aura
un ou plusieurs enfants, tous
morts en bas-âge. On est sûr
d’un petit Jacques en 1542
(donc à Genève), moins sûr
de ses éventuels frères ou
sœurs. Jean Calvin n’aura pas
de descendance. Idelette
mourra elle-même en 1549,
quinze ans avant son mari.
Ce que Calvin avait raté,
dans un premier temps, à Genève, il va le réussir à Strasbourg : organiser concrètement une Église. On l’a dit :
l’« Église des Français » de
A Strasbourg, Calvin a sa statue sur le palais universitaire, mais aussi – moins connu – son portrait en fresque dans le narthex de l’église
réformée Saint-Paul. (Photo DNA- Bernard Meyer)
Strasbourg (ecclesiola gallicana) fut sa paroisse-laboratoire. Pour elle, il prêche quatre
fois par semaine, constitue
un recueil de psaumes et de
cantiques, compose une liturgie, prépare un catéchisme,
expérimente – remplaçant
◗ Mardi, septième et dernière étape sur les pas de Jean Calvin : « A Genève : un zélateur pour la cité de Dieu ».
A Strasbourg, Calvin, reçu
bourgeois en 1539, enseigne :
il intervient dans la Haute
École qu’a fondée Jean Sturm
(l’actuel Gymnase) sur le
Nouveau Testament. On y
montre encore sa chaire professorale, dans le hall d’entrée. Il écrit aussi : deuxième
édition de L’Institution (la
première qui sera traduite en
français), commentaire de
l’Épître aux Romain, petit
Traité de la Cène du Seigneur,
lettre au cardinal Sadolet où
il affirme que les Réformés
reconstruisent la vraie Église
du Christ.
Et enfin, il voyage, pour les
colloques théologiques qui,
sous pression de Charles
Quint, tentent alors de récon-
cilier catholiques et protestants : Francfort – où il se lie
d’amitié avec Philippe Melanchton, proche de Luther –,
Haguenau, Worms, Ratisbonne.
Mais Genève, où la majorité a basculé, le réclame. Calvin hésite, décline, fait durer,
se fait prier – il se sent si bien
à Strasbourg –, puis cède. Au
début de l’automne 1541, il
reprend la route vers Genève,
via Bâle et Neuchâtel. Il a 32
ans. Strasbourg lui a donné
ce qui lui manquait : en plus
d’une épouse, une stature internationale, et une formation pratique au rude et beau
métier de pasteur.
Jacques Fortier
(*) L’expression est de Calvin
lui-même, citée par Marianne
Carbonnier-Burkard (Institut
protestant de théologie de Paris), au sens de « redresser, remettre d’aplomb ».
(**) L’actuelle église du Bouclier,
héritière de la paroisse de Calvin, a été construite bien plus
tard, en 1789, après l’arrêt de
Tolérance de Louis XVI qui avait
permis aux calvinistes de revenir en ville. Mais leur église ne
devait pas être visible de la rue.
Cette construction a modifié le
pâté de maisons.