Télécharger l`article en PDF
Transcription
Télécharger l`article en PDF
23/29 NOV 11 Hebdomadaire Paris OJD : 436702 29 RUE DE CHATEAUDUN 75308 PARIS CEDEX 9 - 01 75 55 10 00 Surface approx. (cm²) : 1888 N° de page : 130 Page 1/4 HOYOS 3656620300524/GAB/MMI/2 Eléments de recherche : EL POEMA DEL CANTE ou EL POEMA DEL CANTE JONDO EN EL CAFE DE CHINITAS : ballet de flamenco avec la troupe de Cristina Hoyos du 29/11 au 03/12/11 au Palais des Congrès à Paris 17ème, toutes citations 23/29 NOV 11 Hebdomadaire Paris OJD : 436702 29 RUE DE CHATEAUDUN 75308 PARIS CEDEX 9 - 01 75 55 10 00 Surface approx. (cm²) : 1888 N° de page : 130 Page 2/4 HOYOS 3656620300524/GAB/MMI/2 Eléments de recherche : EL POEMA DEL CANTE ou EL POEMA DEL CANTE JONDO EN EL CAFE DE CHINITAS : ballet de flamenco avec la troupe de Cristina Hoyos du 29/11 au 03/12/11 au Palais des Congrès à Paris 17ème, toutes citations 23/29 NOV 11 Hebdomadaire Paris OJD : 436702 29 RUE DE CHATEAUDUN 75308 PARIS CEDEX 9 - 01 75 55 10 00 Surface approx. (cm²) : 1888 N° de page : 130 Page 3/4 DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE LAURENCE LIBAN REPORTAGE PHOTO : BERTRAND DESPREZ/AGENCE VU POUR L'EXPRESS I est midi au soleil de septembre. Imperturbable sur son siège, Camaron de la Isla regarde les heures passer sur la place de San Fernando, son village natal, proche de Cadix. Il atout son temps. Parfois, quelqu'un dépose une gerbe à ses pieds. Ça ne le dérange pas. Il est mort. Ainsi le pèlerinage flamenco commence-t-il par une visite au Jim Morrison du cante jondo, ce chant plus profond que « tous les puits et toutes les mers », selon Federico Garcia Lorca Poète, mentor et amour éternel de la grande bailaora Cristina Hoyos, Lorca a inspire à la dame de Séville un spectacle intitulé En el café de Chinitas. Elle vient le présenter à Paris, là où demeurent ses aficionados les plus fervents, là où, contre l'avis de Noureïev, elle fit entrer le flamenco dans le saint des saints de l'Opéra Garnier. Camaron, elle le connaît mieux que personne. Combien de fois n'at-elle pas dansé au son de sa voix ? Mort à 42 ans, en 1992, les poumons crames par la cigarette, l'idole a mis le feu, jadis, avec son ami Paco de Lucia, à une brassée de générations. Le restaurant Venta de Vargas, qui fut son QG, entretient son I HOYOS 3656620300524/GAB/MMI/2 culte dans une chapelle laïque saturée de photographies. Le dimanche, on va s'y recueillir, la bouche encore pleine de beignets de crevette. Puis on pousse les chaises et comme ça, sur le pouce, on sacrifie au grand art andalou devant un parterre de matrones virtuoses dans l'art des palmas, les battements de mains. Alors le son enfle, ample, brutal et généreux, porté par dix, vingt personnes formant peuplade. Le monde est aboli. Vivre, c'est ça. CULTE Cristina Hoyos (ci-dessus) est la papesse endiablée du flamenco, qui a ses repaires dans toute l'Andalousie (en haut, à Osuna). Des dynasties le perpétuent, comme celle des Farruco, dont la Faraona (ci-contre) est une des matriarches. Jerc/, excitant clixir Ici, c'est autre chose. La mer est loin. Le sol se soulève un peu pour rehausser les églises plantées au hasard des ruelles ponctuées de plaques évoquant le gotha chantant et dansant de la ville. Peu de monde ce soir-là, à la Taberna flamenca. Deux hommes et trois femmes assurent le spectacle. En face d'eux, une poignée de touristes sirote une sangria en écoutant d'une oreille anorexique. Mais comment flamboyer sans être allumé par le désir du public, par l'impudeur nécessaire de sa voracité ? « Notre quotidien est ainsi, répond une fille en robe violette. Il y a des jours avec et des jours sans.» Azo euros la soirée, c'est vrai qu'il faut y croire. Mais à Jerez de la Frontera, le flamenco a le coeur large. A côté de légendes disparues GRISTINA HOYOS 1946 Naissance à Séville (Espagne). 1969 Rencontre Antonio Gades, qui fait d'elle une star internationale avec Noces de sang, filmé par Carlos Saura. 1989 Crée sa propre compagnie. 1991 Triomphe à l'Opéra de Paris avec Suenos flamencos. 1992 Ouverture des Jeux olympiques de Barcelone. 2006 Ouverture du musée du Flamenco à Séville. telles la Perla de Jerez, morte trop tôt, la Paquera, avec ses seins comme des miracles, ou la Faraona, dont le Christ aux outrages frôle la statue lors des processions du vendredi saint, il y a place pour le petit peuple. Pas besoin d'avoir la plastique d'une Pénélope Cruz pour mettre le feu, hormis en scène, et encore. « Le corps flamenco, c'est celui de la femme qui a trimé, torché les enfants, ri, pleuré et compte l'argent pour finir le mois », expliquera plus tard Cristina Hoyos dont le maître et danseur préféré, Enrique el Cojo, était petit et gros, chauve et boiteux. La banlieue du « petit prince » Labyrinthe de bagnoles et de garages, hangar peuplé de mecs mal rasés, trop souriants pour être honnêtes. Voici le studio de répétition de la famille Montoya. Noblesse gitane, dynastie Eléments de recherche : EL POEMA DEL CANTE ou EL POEMA DEL CANTE JONDO EN EL CAFE DE CHINITAS : ballet de flamenco avec la troupe de Cristina Hoyos du 29/11 au 03/12/11 au Palais des Congrès à Paris 17ème, toutes citations 23/29 NOV 11 Hebdomadaire Paris OJD : 436702 29 RUE DE CHATEAUDUN 75308 PARIS CEDEX 9 - 01 75 55 10 00 Surface approx. (cm²) : 1888 N° de page : 130 Page 4/4 < TRANSE Certains soirs, la magie est palpable à la Taberna Flamenca (ci-contre). Un musée bien fragile fondée par le patriarche, El Farruco, Dieu ait son âme. Accompagnée de la Faraona, sa soeur, la Farruca, 50 ans, présente son dernier-né, El Carpeta, 14 ans, star des scènes ibériques depuis ses 8 ans. Petite gueule d'amour, le gamin est réputé meilleur encore que ses frères, El Farruquito et El Farruco. Il l'est et le prouve. « El camino, camino, camino », chante Pedro. Palmas, sourires, guitare. Les bras levés, l'enfant frotte doucement ses mains l'une contre l'autre, puis les fait remonter le long de sa veste, et d'un coup fulgure. Assis à le toucher, on ouvre des yeux comme des soucoupes. On attendait la révélation, les stigmates. Mais non. Que peut porter un fin petit corps vierge encore couvé ? Ce gaminlà est pourtant capable de mettre des foules en transe. Le soir approche. Incapables de résister, les femmes se mettent à danser. Soulevant ses quintaux par le seul effet de sa joie, la Faraona s'envole, ou peu s'en faut. Quand HOYOS 3656620300524/GAB/MMI/2 elle s'arrête, c'est comme si on avait éteint la lumière. Sévillanc à Séville Capitale des Rois Catholiques, Séville, c'est un peu le Lourdes du flamenco. Les poupées en robes à volant y côtoient des vierges endiamantées et, tandis que Madame rêve devant les vitrines saturées de froufrous, Monsieur s'offre une Financé par Cristina Hoyos grâce à 5,5 millions d'euros garantis par l'hypothèque de ses biens, ce lieu n'est soutenu ni par la région d'Andalousie ni par la ville de Séville. Pour Kurt Grôtsch, son directeur, la raison tient aux archaïsmes de la société andalouse:« Voilà une femme venue du peuple et du flamenco, donc une analphabète, qui a l'audace de créer, non pas u ne fondation, mais une entreprise ! Et quelle entreprise ? Un musée, chasse gardée de la noblesse, toujours active dans un pays où les classes moyennes n'existent pas ! » Prise en étau entre la droite et la gauche, Cristina Hoyos fait l'objet d'attaques féroces. Pas sûr qu'elle tienne longtemps.» LL. En el café de Chinitas, par le ballet Cristina Hoyos. Du 29 novembre au 3 décembre, palais des Congrès, Paris (XVI le). couronne d'épines à sa taille. Au musée du Flamenco, créé par Cristina Hoyos, en 2006 (voir ci-contre), trois couples d'Anglais prennent leur premier cours en pouffant sous la férule d'une reine andalouse. Ole n'est pas anglais, certes, mais les voici gagnés par la fièvre ibère, émus par la traîne bleue de la défunte Pilar Lopez et troubles par l'habit blanc de Pandrogyne Carmen Amaya. Après le spectacle, où une beauté implacable les fusille des yeux sous l'injonction d'une chanteuse maigre et comme échappée d'une pièce de Garcia Lorca, ils se demanderont si la flamenca est une femme en colère. Bonne question. Cristina Hoyos, elle qui, lors de l'inauguration des Jeux olympiques espagnols de 1992, montra à la terre entière de quel bois se chauffe l'Andalouse, reconnaît qu'il y a de cela : « Le ccmtejondo exprime les souffrances et les persécutions du peuple, dit-elle. C'est un peu notre cahier de doléances. » Ce jour-là, l'ancienne muse d'Antonio Gades, 65 ans, monte en scène. On admire sa fougue et l'extraordinaire finesse de son jeu de bras. D'un coup, elle éclipse les soleils pourtant éblouissants de ses danseurs. Ainsi, au-delà de l'adversité et de la maladie, la petite Sévillane dont les parents se saignèrent aux quatre veines, lajeune femme éprise de Garcia Lorca en plein franquisme, la grande d'Espagne, enfin, a gardé le feu sacré. • L. L. STARS A Jerez de la Frontera, les rues sont ponctuées de plaques et de statues à la gloire des grands du flamenco. A14 ans, El Carpeta (ici, en répétition) en est déjà un. Eléments de recherche : EL POEMA DEL CANTE ou EL POEMA DEL CANTE JONDO EN EL CAFE DE CHINITAS : ballet de flamenco avec la troupe de Cristina Hoyos du 29/11 au 03/12/11 au Palais des Congrès à Paris 17ème, toutes citations