Et maintenant, « que faire - Haut-Rhin
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Et maintenant, « que faire - Haut-Rhin
40 Région [email protected] Dimanche 21 décembre 2014 RÉFORME TERRITORIALE Et maintenant, « que faire » ? Comment s’organiser une fois que le recours contre la fusion entre l’Alsace, la Lorraine et Champagne-Ardenne (Alca) sera purgé ? En montrant « plus d’unité », affirme le maire UMP de Mulhouse, Jean Rottner, tandis que son homologue PS de Strasbourg, Roland Ries, veut veiller à « panser les plaies ». Région. Mais ce vote a « déclenché des réactions des autres villes qui veulent obtenir des compensations, pas forcément le siège de la Région », explique Roland Ries qui a eu des contacts avec certains élus. Il « souhaiteorganiserunetableronde aveclesmairesetprésidentsd’agglomération de Châlons, Metz et Strasbourg, sièges des trois Régions actuelles, en intégrant Mulhouse et Nancy ». L’objectif est d’éviter « l’éparpillement » des fonctions… Yolande Baldeweck « Que faire ? » Le maire de Strasbourg, Roland Ries, fin lettré, cite en souriant le Traité politique écrit par Lénine, en 1902, qui posait la question : « Par où commencer » ? Après le vote définitif de la réforme territoriale s’entend, « même s’il faut attendre le résultat du Conseil constitutionnel », prend soin de préciser l’ancien sénateur socialiste. Créer un pôle alsacien Même précaution chez son homologue mulhousien, Jean Rottner, qui n’exclut pas que le recours puisse aboutir (lire page 42). Cela n’enlève rien à sa réflexion. Que l’Alsace soit ou non englobée dans une grande Région à partir du 1er janvier 2016, l’hypothèse la plus vraisemblable, « nous devons être unis sur une stratégie », affirme Jean Rottner. Il n’écarte pas non plus la possibilité d’une alternance en 2017, avec la promesse d’un retour en arrière. Mais en attendant, il se veut « pragmatique », rencontrant ainsi la volonté des élus strasbourgeois. « L’Alsaceamanquéd’unitédepuisle référendum,etdestratégie.Ilyatoujours eu quelques voix discordantes, ce qui fait que, de l’extérieur, nous avons manqué de lisibilité », regrette-t-il, persuadé qu’il faille « créer un pôle alsacien extrêmement fort, avec la Région actuelle, les deux métropoles et les deux Départements ». Travail plus fin Roland Ries en discussion avec Jean Rottner, lors de la séance d installation du Pôle métropolitain Strasbourg-Mulhouse, le 21 juin dernier, à la Société industrielle de Mulhouse. Photo Archives L’Alsace/Jean François Frey Ce qui n’empêche pas d’englober les autres bassins de vie dans cette réflexion, ni d’élargir la stratégie aux relations avec les agglomérations voisines du Rhin supérieur. Mais le pôle métropolitain Strasbourg-Mulhouse – dont les élus se sont réunis hier – pourra jouer un rôle moteur. D’autant, relève-t-il, qu’« il n’y a pas de dissensions politiques » entre les exécutifs, même si les uns sont dans la majorité, les autres dans l’opposition… « Le sens de ma pétition était de se prendre en charge, de renforcer la polarité alsacienne, pour ne pas se diluer dans la grande Région, si elle Des signes de ralliement déroutants Des coiffes noires, des costumes alsaciens,desdrapeauxrotunwiss… Lessignesderalliementdumouvement anti-fusion en laissent plus d’un (e) perplexe, mal à l’aise. Des signes ringards, réactionnaires ? Avec ou sans cocarde. - « La coiffe atoujoursétéprésenteenAlsace », rappelle François Igersheim, professeur émérite d’histoire de l’Alsace à l’université de Strasbourg. Elle figure sur l’étiquette d’Elsass Cola, sur les affiches de la Foire aux vins de Colmar de 2009 ou sur celles d’Alsace d’Abord. Flanquée de la cocarde tricolore, elle était le marqueur de l’attachement à la France, à partir de 1871 ou à la Libération. Des photos prises pendant la guerre montrent que la coiffe, sans la cocarde tricolore bien sûr, se portait aussi aux côtés des dignitaires nazis. « La coiffe et le costume alsaciens n’ont rien de subversif, ils ne signifient pas le repli : ils montrent que les AlsacienssontdesFrançaiscomme lesautresavecl’Alsacecommeréférence régionale », assure l’historien. Drapeau du Reichsland. - Et le drapeau rouge et blanc ? Il a fait son apparition après l’annexion de 1871, pour se démarquer des couleursallemandes.Quand,en1911, l’Alsace et la Moselle ont obtenu leur autonomie et leur constitution, le parlement du Reichsland a adopté ce drapeau rot un wiss. Mais le Kaiser a refusé de le reconnaître. « Le drapeau n’a pas été oublié pour autant, il était même présent il y a peu encore, dans des devait voir le jour. Philippe Richert est dans le même état d’esprit. Notre bassin de vie, c’est l’Alsace », assure Jean Rottner. Les élus du Pôle métropolitain devraient organiser une séance de travail, au début de l’année, pour « avancer concrètement », avant de rencontrer leurs collègues d’outre-Vosges. « Il y a eu des dérapages assez sérieux en Alsace qui vont laisser des traces en Lorraine et en ChampagneArdenne. Il faut panser les plaies, et faire oublier les excès de langage qui sont surtout le fait des autonomis- Pour le musicien Daniel Muringer, fin connaisseur de l’histoire, de la culture et de la langue alsaciennes, la diversité des cultures de notre région en fait sa richesse. Le dialecte pourrait en être le ciment. Connaissiez-vous « Das elsässische Fahnenlied », l’hymne alsacien composé par Emil Woerth en 1911, diffusé sur le web par certains militants anti-fusion ? À Altkirch 16 décembre dernier. églises, à côté de celui du Vatican. C’estluifairehonneurquedel’utiliser », estime l’historien. Préjugésetconfusion.- Pournombre d’Alsaciens ballottés entre la nationalitéallemandeetlafrançaise, ce drapeau signifiait, durant la première moitié du XXe siècle, l’aspiration à vivre librement leurs singularités culturelles et linguistiques. Il a été brandi par touteslesfractionspolitiquesautono-mistes, des communistes à l’extrê-me-droite en passant par les modérés. Aujourd’hui, l’autonomie est revendiquée par Unser Land, et par des groupes identitaires, opposés à l’immigration non européenne comme Alsace d’Abord et Jeune Alsacie. Les symboles ne sont jamais chargés que du sens qu’on leur donne. Ils peuvent faire l’objet de manipulations. De leur utilisation par des groupes extrémistes et de l’ignorance par le plus grand nombre de l’histoire alsacienne naissent les préjugés et la confusion. Le changement de statut de l’Eurométropole va-t-il peser sur le Pôle Pour l’heure, le siège du conseil ré- métropolitain ? « L’une vient renforgional et son administration centra- cer l’autre », soutient Jean Rottner le sont à Strasbourg, où ont lieu les qui veut « afficher une ambition » plénières et les réunions de commis- pour le Sud Alsace dans les négociasion… L’amendement du député PS tions qui vont commencer. On peut Philippe Bies, faisant de Strasbourg parier que le président de M2A, le le chef-lieu de la nouvelle Région, sénateur Jean-Marie Bockel (UDI), conforte le siège de la préfecture de partage ce projet. Après le député PS de Strasbourg, Philippe Bies, le secrétaire d’État André Vallini a suggéré aux Alsaciens de fusionner le Bas-Rhin et le HautRhin, « en un seul département fort », au sein de la Grande Région Est. « On ne peut pas envisager une telle fusion sans débat. Déjà les Régions ont été fusionnées sans consultation des assemblées », a réagi le président du conseil régional, Philippe Richert (UMP), pour qui il appartiendra aux conseils départementaux, élus fin mars, de se saisir de cette question. Sans oublier qu’il faudra des délibérations concordantes, adoptées par 60 % des élus. « D’accord pour le Département unique, à condition qu’il ait les compétences des conseils généraux et du conseil régional », estime le député Éric Straumann, en rappelant que la clause de compétence générale sera supprimée. Pour sa part, le président du CéserAlsace, Marcel Czaja, appelle à « ne pas louper le coche ». Et à « réfléchir à fusionner les deux Départements alsaciens, mais aussi la Moselle » où le droit local s’applique… Quelle sera la réponse des Mosellans ? « Défendre la diversité » Propos recueillis par Elisabeth Schulthess Photo L’Alsace/Thierry Gachon tes, et moins celui de la droite républicaine, même si le président du conseil général du Haut-Rhin est allé assez loin », analyse le maire de Strasbourg, Roland Ries, en première ligne pour défendre Strasbourg, capitale de la grande Région. Le maire de Strasbourg, tout comme le président de la Cus, Robert Herrmann, sont mobilisés par la mise en place de l’Eurométropole, au 1er janvier, avec des transferts de compétences de l’État, et entre le Département et la métropole. « Soit on adopte le modèle lyonnais, et la métropolerécupèrelescompétences etlafiscalitéduDépartementsurson territoire, soit on travaille plus finement, compétence par compétence, par accord mutuel », explique Roland Ries… Avec la Moselle Je viens de le découvrir. Parmi les centaines de chansons du répertoire alsacien, il y a bien mieux que celle-ci : texte et musique sont très pauvres. Je pense à des chansons des Stöber, comme Elsass unser Land, ou Wo ist ein Land so schön. Ou encore à Das schönste Land d’un auteur anonyme, à Das Elsass ist das beste Land, écrit avant 1848. coup porté à notre culture spécifique, au bilinguisme. C’est la dernière touche à l’éradication de la langue qui établissait un pont avec les pays voisins. Le pouvoir politique nous dénie l’appellation de peuple, le droit de garder notre culture et notre langue. Voulonsnous un monde « mac donaldisé », uniformisé ? Nous avons quelque chose à défendre au nom de la diversité, et non pas du particularisme et du nombrilisme. La France est construite à partir d’un noyau centralisé : c’est d’une autre France dont nous avons besoin, d’une France qui accepte ses différences comme éléments constitutifs de sa personnalité. « Le peuple alsacien, ce sont toutes les personnes qui habitent en Alsace » Que signifient la coiffe alsacienne et le drapeau rouge et blanc dans ces manifestations ? La coiffe est un symbole, ce n’est pas très important. Le drapeau, tant qu’il est rouge, me convient… Ce qui me dérange dans ce mouvement, c’est qu’il rassemble des groupes composites sans conscience sociale et ni base minimale de culture. Je ne partage pas tous leurs arguments. Celui de « on va devoir payer pour les pauvres », par exemple. Je suis attaché à la redistribution des richesses pour réduire les inégalités. Partagez-vous les craintes de voir disparaître la langue et la culture alsaciennes ? E. S. Cette réforme territoriale est un Qu’est-ce que le peuple alsacien, selon vous ? Ce sont tous les gens qui habitent en Alsace, quelle que soit leur origine. Pendant des décennies, nous avons eu la capacité d’intégrer les Italiens, puis les Polonais, puis les Maghrébins. La langue française est le passe-partout de tous les habitants. Mais on aurait pu créer une communauté qui intègre aussi les nouveaux arrivants avec la langue alsacienne comme ciment. On ne l’a pas fait : il en découle des sentiments de frustration qui entraînent le vote d’extrême-droite. IRE04 Daniel Muringer : « Nous avons quelque chose à défendre au nom de la diversité, et non pas du particularisme et du nombrilisme. » Photo L’Alsace/Denis Sollier Êtes-vous partisan de l’autonomie ? C’est une idée politique comme une autre, qui n’est pas forcément la solution aux problèmes actuels. Ce qui m’insupporte, c’est l’amalgame entre autonomisme et extrême-droite qui perdure depuis les années 1930, quand certains autonomistes sont passés du côté nazi. D’autres autonomistes étaient antifascistes. L’autonomisme, c’est tout le contraire du fascisme. C’est un marqueur de liberté : en nov e m b r e 1 9 1 8 , le s co n s e i l s d’ouvriers et de soldats avaient appelé à l’autonomie de l’Alsace. Cette autonomie peut s’inscrire dans un ensemble plus vaste comme la France, l’Europe. Aujour- d’hui, le parti autonomiste Unser Land n’est pas clair et il ne prend pas en compte la question sociale. Le conseil unique aurait-il été une meilleure solution ? Non. La division Haut-Rhin et BasRhin existe depuis les Romains, elle a existé du temps des Mérovingiens, des Habsbourg. C’est la limite administrative la plus stable de notre histoire. L’Alsace était la seule région administrative qui coïncidait avec une réalité culturelle. La région telle qu’elle est, ses deux départements et ses communes sont des lieux de démocratie. La grande région est un outil antidémocratique, qui éloignera les citoyens des élus. C’est une horreur.