Otto Wagner - arc.hist.art
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Otto Wagner - arc.hist.art
WAGNER (Otto) 1841-1918 Article écrit par Harald R. STÜHLINGER Prise de vue Témoin des dernières années très agitées de l'empire austro-hongrois, architecte à la croisée de l'historicisme et de la modernité, Otto Wagner fut une force de proposition architecturale qui modela Vienne. Au cours de sa carrière, il fut professeur à l'académie des Beaux-Arts de Vienne et surtout l'un des plus grands urbanistes de la capitale autrichienne. À l'exception d'une synagogue à Budapest et d'une villa à Bad Vöslau en Basse-Autriche, son œuvre entière se concentre dans la métropole du Danube. I-Maître d'ouvrage et architecte Otto Wagner est né le 13 juillet 1841, à Vienne, dans une famille bourgeoise. Il commence ses études dans la capitale autrichienne à l'Institut polytechnique (aujourd'hui université technique), les poursuit à Berlin, avant de revenir à l'académie des Beaux-Arts de Vienne chez August Sicard von Sicardsburg (1813-1868) et Eduard van der Nüll (1812-1868), les architectes de l'Opéra impérial et de beaucoup d'autres bâtiments historiques. Un an avant d'obtenir son diplôme, il entre dans l'atelier de Ludwig Förster (1797-1863), l'architecte de la Ringstrasse et l'urbaniste alors le plus célèbre de Vienne. En 1868, il remporte le concours public pour la construction d'une synagogue à Budapest, où il bâtit un édifice sacré aux allures mauresques avec, donnant sur la rue, des tourelles en forme de minarets et un oratoire octogonal sur cour. Wagner se fait remarquer en 1879 en créant les décorations destinées au jubilé des noces d'argent du couple impérial. Dans les années 1880, il construit quelques habitations dans le style de la Renaissance italienne le long et autour de la prestigieuse Ringstrasse. Notons que Wagner, issu d'une famille aisée, peut non seulement créer ses projets mais aussi les cofinancer. En 1882-1884, il conçoit le centre administratif de la Österreichische Länderbank, qui inaugure sa période la plus créative. Pour ce projet, il sait habilement tirer partie d'un terrain difficile qu'il partage en trois parties. L'édifice offre sur la rue une façade de style Renaissance, avec un ordre colossal, tandis que la cour témoigne d'une grande sobriété. Ce dernier style n'a pas encore de nom, mais il anticipe par sa modernité le scandale provoqué par l'immeuble avant-gardiste que construira Adolf Loos sur la Michaelerplatz, trente ans plus tard. Entre les deux espaces principaux – la partie côté rue étant de forme rectangulaire, et la partie côté cour formant un demi-cercle allongé – est situé un escalier généreux et élégant. En 1886, Otto Wagner édifie la première villa estivale pour sa famille à côté de Vienne, dans le style néo-palladien. La deuxième villa, construite juste à côté en 1912, marque une évolution de son style : matériaux modernes, décorations simples, chambres hautes et éclairées en vue d'un meilleur confort. II-Entre art nouveau floral et géométrique Dans son ouvrage en quatre tomes publiés entre 1890 et 1922, Einige Skizzen, Projecte und ausgeführte Bauwerke (Quelques esquisses, projets et édifices réalisés), Otto Wagner détaille sa nouvelle conception de l'architecture. De plus en plus et selon sa devise, « Artis sola domina necessitas » : la nécessité est seule maître de l'art, il délaisse en effet les conventions de l'historicisme au profit de la stricte fonctionnalité du bâtiment. On nomme ce style le « Nutzstil », ou style utilitaire. En 1892-1893, Wagner remporte le concours public pour le plan d'aménagement de Vienne qui marque l'un des sommets d'une carrière devenue brillante. En 1894, il est nommé professeur d'architecture à l'académie des Beaux-Arts et il est chargé, à la même époque, de deux projets majeurs : la régulation du canal du Danube et la construction de la plus grande infrastructure de la métropole, le métro de Vienne. Étant donné l'importance de ces chantiers entrepris entre 1894 et 1901, Otto Wagner va associer ses collaborateurs, Joseph Maria Olbrich et Joseph Hoffmann, et ses étudiants les plus doués à son travail. L'architecte conçoit le réseau de transport viennois avec ses trente stations, ses voies, ses ponts, dans un style utilitaire simple et fonctionnel privilégiant la clarté technique. Une attention particulière est cependant apportée aux « stations clés » qui sont parées de décorations : la station pour la cour impériale à Hietzing, près du château de Schönbrunn et, plus encore, celle de la Karlsplatz (1898), deviennent ainsi les emblèmes publics de l'Art nouveau viennois. La décoration composée de courbes végétales, caractéristique familière à l'Art nouveau de l'Europe de l'Ouest – par exemple chez Victor Horta – revêt ici des formes plus géométriques et leur association à la luxueuse élégance de motifs classiques font sensation. Otto Wagner devient ainsi l'architecte le plus représentatif du style Sécession à Vienne, la variante autrichienne de l'Art nouveau, qui regroupe ces artistes autour de son ami Gustav Klimt. Cette même année 1898, Otto Wagner édifie deux immeubles sur la Linke Wienzeile, un boulevard reliant le centre de Vienne à Schönbrunn. Dans le premier d'entre eux, l'accent est mis sur l'abstraction formelle au service d'un style clair et intemporel. Les étages supérieurs sont dépourvus de décorations sculptées, et les surfaces restent planes, mais Wagner y applique des majoliques, ces carreaux à motif floral, qui ont donné son nom à l'immeuble : « Maison des majoliques ». L'immeuble voisin, construit également par l'architecte, offre quant à lui une façade de crépi sobre et fluide, mais décorée avec fantaisie de gerbes dorées et de plumes de paon stylisées. Wagner innove également par le traitement de l'angle du bâtiment, auquel il donne une forme arrondie. Le point culminant du style Art nouveau de l'architecte est atteint avec un édifice sacré, l'église Sankt Leopold am Steinhof (1902-1904). Le bâtiment s'inspire des modèles byzantins, mais la coupole dorée garde sa légèreté et sa clarté. Une armature métallique recouverte de blocs de marbre soutient l'église. L'intérieur respire la beauté et la sérénité : Otto Wagner, ici, a pensé chaque détail et visé la perfection : angles aigus inexistants, carrelage résistant, mobilier simple. Église Am Steinhof Église Am Steinhof (Saint-Léopold), Vienne (Autriche). Architecte : Otto Wagner, 1905.(The Bridgeman Art Library/ Getty) III-Approche réaliste et abstraction formelle pour une architecture rationnelle Afin d'appliquer ses idées, il était important pour Wagner de participer aux concours publics nationaux et internationaux. Il remporte celui du siège de la Caisse d'épargne de la poste autrichienne en 1904. Ses idéaux architecturaux atteignent leur apogée avec ce bâtiment construit en deux temps : 1904-1906 pour le bâtiment principal, puis 1910-1912 pour l'agrandissement à l'arrière. La façade est revêtue de plaques de marbre et de granite fixées au béton armé par des boulons apparents en aluminium, d'une réelle beauté décorative. La salle des caisses a déconcerté les contemporains. Le plafond de verre et d'acier laisse passer la lumière qui emplit la salle et redescend par des briques de verre à l'étage inférieur ; une incroyable audace technique orchestre ainsi l'espace. L'équipement du bâtiment en électricité et climatisation, la force des piliers métalliques unie à la transparence du verre, font de cette œuvre l'une des plus modernes de l'architecture viennoise et l'élément phare de la carrière de Wagner. L'architecte réalise deux derniers projets à soixante-huit ans, à nouveau comme architecte-financier : il s'agit de deux maisons d'habitation (1909-1911) dans la Döblergasse, quartier bourgeois près de la Ringstrasse, et dans la Neustiftgasse. Jusqu'à sa mort en 1918, il vivra dans cette dernière, dans un appartement de 280 mètres carrés avec un atelier de 220 mètres carrés. La façade de cette maison demeure très simple avec des plaques de verre qui forment un grand panneau rectangulaire sur lequel on peut lire l'adresse de la maison, « Neustiftgasse 40 ». Ainsi, la décoration de la façade contribue à l'implantation consciente du bâtiment dans la ville ; l'adresse même, comme fait ontologique d'une maison de ville, devient ici l'ornement. Aujourd'hui encore, la conception des façades reste redevable à cette pensée de Wagner. À la même époque, Otto Wagner part aux États-Unis à New York pour participer au congrès de l'urbanisme et donner un cours à l'université de Columbia. Ce cours sera publié l'année suivante dans le livre Die Grossstadt (La Métropole), dans lequel l'architecte livre sa pensée théorique sur l'urbanisme, et exprime sa fascination pour les projets visionnaires. Prenant l'exemple de Vienne, il y simule l'agrandissement d'une ville s'élargissant en cercles concentriques et créant des nouveaux arrondissements. Environ 150 000 personnes pourraient vivre dans chacun d'eux, dans des maisons semblables à celle de la Neustiftgasse 40, intégrées dans des espaces verts et disposant d'une infrastructure moderne. Il envisage même un métro qui aurait amené les habitants avec une seule correspondance à chaque point de la ville, ainsi que la construction d'écoles, d'hôpitaux, de centres culturels, de monuments, de théâtres... Ce plan restera cependant à l'état de dessins. La Première Guerre mondiale et la chute de l'empire austro-hongrois ont mis fin à l'évolution de Vienne, mais pas à l'influence d'Otto Wagner et de sa pensée. En plaçant l'authenticité des matériaux et la clarté technique au service d'une architecture limpide, fonctionnelle, progressiste, il a ouvert la voie au fonctionnalisme du XXe siècle. Nombre de ses élèves travailleront ensuite dans la tradition du maître, notamment pour la construction des habitations des quartiers de la Rotes Wien (Vienne Rouge) durant l'entre-deux-guerres. La plupart des interventions architecturales, urbanistiques et des infrastructures de Wagner relatives à la circulation et à l'architecture imprègnent toujours fortement l'image de Vienne. Harald R. STÜHLINGER Bibliographie • O. A. GRAF, Otto Wagner, das Werk des Architekten, vol. 1-7, H. Böhlaus Nachf, Vienne, 1985-2000 • O. A. GRAF & S. MASAAKI, Otto Wagner, Buildings and Projects, vol. 1-4, Bunkensha, Tōkyō, 1998 • H. GERETSEGGER & M. PEINTNER, Otto Wagner. La grande ville à croissance illimitée : une origine de l'architecture moderne, Mardaga, Liège-Bruxelles, 1995 • H. F. MALLGRAVE dir., Otto Wagner, reflections on the raiment of modernity, Getty center for the history of art and the humanities, Santa Monica, 1993 • A. SARNITZ, Otto Wagner, précurseur de l'architecture moderne, Taschen, Cologne-Londres-Paris, 2005 • Otto Wagner, esquisses, projets, construction, reproduction intégrale des quatre volumes originaux de 1889, 1897, 1906, 1922, Mardaga, Liège-Bruxelles, 1987.