propos sur la censure
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PROPOS SUR LA CENSURE ∎ « Il est plus facile d’interdire de voir que de permettre de penser. On décide de contrôler l’image pour s’assurer du silence de la pensée et puis, quand la pensée a perdu ses droits, on accuse l’image de tous les maux, sous prétexte qu’elle est incontrôlée. » Marie-José MONDZAIN L’image peut-elle tuer ?, éd. Bayard, 2002 ∎ Jean-Luc DOUIN Dictionnaire de la censure au cinéma, éd. puf, coll. Quadrige, 2001 « Tout a commencé par une projection : celle d’un enfant hors du ventre de sa mère. Et pourtant, tout commence par un son. L’enfant crie, avant de voir. Le corps est précédé par le mot. La chair par le verbe. Avant l’irruption du palpable, il y a son annonciation. Le sujet avant l’objet. Avant l’être, son nom. Avant son nom, son prénom. Avant son prénom, une pré/vision. A la Vierge Marie, un ange dit : « Ecoute, et tu verras. » Il y a, ainsi, une loi : la parole, avant l’image. Les religions, en particulier la religion chrétienne, ont condamné la représentation, suspecte d’attirer l’idolâtrie. Les dieux ont voulu que leur nom soit béni, et leur image proscrite. Ils sont restés derrière l’écran, invisibles, irreprésentables. Adam et Eve furent punis d’avoir vu ce qu’ils ne devaient pas voir. Leur péché, c’est d’avoir ouvert la porte au monde du miroir, à ces reflets qui suscitent convoitise, séduction, mal. Ils se sont découverts : se sont vus nus. Ils ont entamé le cycle infernal de la persécution puritaine. Depuis la nuit des temps, la loi s’écrit, se proclame, on doit l’écouter. La société des hommes s’est bâtie sur le culte de la parole. La vérité soit se dire, non se montrer. Trop voir serait trop savoir. Le savoir est un monopole. Le premier texte censuré sous l’Ancien Régime fut la Bible. Le clergé s’en voulait l’unique interprète. Avoir accès au texte sacré, c’était se donner le pouvoir de contester l’ordre établi. Or, s’obstiner à voir, ce serait comme écouter aux portes. Les hiérarchies disent : fermez les yeux ! La liberté d’expression, c’est d’abord la liberté orale ou écrite. Une loi kazakh des steppes, datant du XVe siècle, stipulait que l’on pouvait couper la tête de quelqu’un, mais pas sa langue. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 a inscrit dans son préambule la « liberté de parler et de croire ». Parler d’abord. Voir ensuite. Car les images sont pires. On a peur du spectacles cru : on risquerait d’y croire. Hier, les nudités de la chapelle Sixtine furent priées de se reculotter. Aujourd’hui, on rechigne à montrer les camps de concentration de la dernière guerre. Les hommes préfèrent crier, promettre, menacer (de telles horreurs, ils n’en veulent « jamais plus ! »), plutôt que de faire parler l’image, brandir le visible, montrer l’incroyable. Or, depuis un siècle, on a la possibilité de « croire à l’incroyable » : grâce au cinéma. » L'ACRIF est soutenue par la DRAC Ile-de-France CINESSONNE est soutenue par le Conseil général de l'Essonne Propos sur la censure 1. Tout film français ouétranger de ∎ Rappel historique des réformes de la commission de court ou long métrage doit être classification des œuvres cinématographiques présenté à la commission de Par Hervé BERARD classification. Cela représente environ un millier de visas par an. Le film est présenté en première vision à une des 10 sous-commissions. Décret du 3 Juillet 1945 : La commission de contrôle retourne à l’autorité civile avec une commission paritaire comprenant 7 représentants des ministères et 7 membres de la profession. Refus de visa Modifications ou coupure Interdiction aux mineurs de 16 ans Composée de 5 ou 6 personnes, leur rôle est de faire le tri entre les films qui ne posent aucun problème et ceux qui paraissent nécessiter une mesure de restriction. Sur chaque film l’un des membres de la sous commission établit un rapport qui exprime l’avis des examinateurs. La désignation des membres des sous-commissions reste assez opaque. Siègent d’anciens membres Décret du 13 avril 1950 : La parité est rompue. Siègent désormais 18 membres : 9 pour les ministères et 9 pour la profession, mais parmi ces derniers il faut compter un représentant de l’Unaf, l’"Union Nationale des Associations Familiales" nommé par le ministre de la Santé publique et de la Population. Mis en minorité, les représentants de la profession décident le 3 Mai 1950 de donner leur démission qui sera effective durant un et demi. Le décret précise en outre qu’en cas de partage des voix c’est celle du président, haut fonctionnaire nommé par la Présidence du Conseil qui sera prépondérante. Interdiction - 16 ans Interdiction totale ou exiger des coupes de la plénière. Toute mesure de restriction à la diffusion d’un film doit être proposée par la commission en séance plénière. Les avis de cette commission sont rendus par consensus ou lorsqu’il y a divergence des opinions, par un vote à bulletins secrets. L’abstention n’y est pas admise et la voix du président est prépondérante en cas de partage égal des suffrages. Pour proposer un vote, il suffit d’être deux. Le quorum requis pour délibérer est de 13 sièges. L’avis est rédigé par le président, à partir des discussions ; il est transmis au ministre de la culture qui l’entérine et le notifie au distributeur. 1952 : La parité est rétablie grâce à la nomination d’un nouveau membre dit "représentant de la Pensée Française", la profession revient. Décret du 18 janvier 1961 : Pour sauvegarder "la santé morale de la jeunesse en péril", le pouvoir incarné par Michel Debré répond par un décret qui institue "l'interdiction aux moins de 18 ans" en lieu et place du "moins de 16 ans" jusqu'alors en vigueur, ainsi qu’une nouvelle interdiction aux moins de 13 ans. Parallèlement, il réforme la commission, démolit le système paritaire entre profession et pouvoirs publics et établit une censure sur scénario. Nouvelle composition : sur 23 membres, seuls 7 sont de la profession (7 membres de la profession, 7 représentants des ministères, 5 experts magistrats ou médecins, 3 membres de l’Unaf, du Haut Comité de la Jeunesse et de l’Association des maires de France). contrôle local, ne serait-ce de façon tactique. Il n’en fut rien.1 1969 : Elu président de la république en 1969, Georges Pompidou confie la responsabilité des Affaires culturelles à Jacques Duhamel et à son directeur de cabinet Jacques Rigaud, et la commission de contrôle des films à Pierre Soudet, quatre membres du Conseil d’Etat. Avec Jacques Duhamel et Jacques Rigaud, Pierre Soudet participe à la rédaction d’un projet de loi sur le cinéma, qui proclamait la liberté de l’expression cinématographique. Ce projet n’aboutit pas. 1970 : Le CNC propose toute une série de mesures libérales pour réformer la commission : - Présence du réalisateur ou du producteur du film à la projection de la séance plénière sans pour autant participer à la délibération. - Abaissement de la limite d’âge actuelle de 18 ans à 16 ans. - Les films interdits aux mineurs pouvant être vus par des enfants accompagnés d’un adulte. - Mise en place d’une parité entre les professionnels et les pouvoirs publics : 14 membres de la profession, 14 membres nommés à titre de représentants de l’Etat ou d’experts, ces derniers étant notamment choisis parmi des sociologues, éducateurs, pédagogues. Le CNC indique que ces mesures proposées ci-dessus sont encore en de ça de ce que la plupart des branches professionnelles ont réclamé jusqu’alors. 1974 : Michel Guy a décidé qu’il ne signerait pas d’interdiction totale. En 1975, 40 interdictions totales furent demandées contre des films porno. Michel Guy n’en accepte aucune ; tous ces films sortirent avec une simple interdiction aux mineurs. 1975 : Article 11 et 12 de la loi de finance du 30 décembre 1975 : (classement X) Pré-censure sur scénario Interdiction aux moins de 13 ans Interdiction aux moins de 18 ans Interdiction totale On avait pu penser un moment que la participation d’un membre de l’Association des maires de France à la commission de contrôle allait mettre un point final au Propos sur la censure 2. 1981 : Jack Lang met en route une réforme de la commission de contrôle sur une triple finalité : 1. Mettre fin à la possibilité d’interdire totalement un film. 2. Désengager l’état du contrôle. Une commission où les représentants du public, ceux de la profession et les experts nécessaires auraient seuls voix au chapitre, écartant du débat les représentants de l’Etat qui seraient remplacés par des jeunes. 3. Rajeunir les cadres. Jack Lang souhaite que la moitié au moins de ses membres n’aient pas dépassé l’âge de 25 ans au jour de leur nomination 4. Réforme de l’âge de référence, 12 et 16 ans au lieu de 13 et 18 ans. Le CNC établit un projet de décret qui mettait en œuvre les principes souhaités par le ministre. Le projet alla jusqu’en comité interministériel, pas plus loin car il s’y heurta à l’opposition résolue de certains ministères. Début de mise en pratique de cette réforme ; une trentaine de jeunes volontaires de moins de 25 ans furent adjoints à la Commission à titre d’invités permanents, dotés d’une voix consultative dont ils usèrent largement.2 Avertissement Interdiction - 12 ans (au lieu de 13 ans) Interdiction - 16 ans (au lieu de -18 ans) Classement X porno ou X violence Interdiction totale En l’absence d’une réforme réelle en profondeur du contrôle des films, le BLIC reste favorable au maintien de l’interdiction totale, faisant observer "que la suppression de l’interdiction totale risquait d’entraîner une recrudescence à des fins politiques directes ou indirectes des décisions locales d’interdictions des maires, ainsi que des recours aux poursuites pénales par des associations diverses en mal d’activité..."3 Décret 12 juillet 2001 : Pour que l'interdiction aux mineurs reste exceptionnelle, elle est votée à une majorité qualifiée, d'au moins 2/3 des voix. Avertissement Interdiction - 12 ans Interdiction - 16 ans Int. - 18 ans (avec majorité qualifiée) Classement X porno ou X violence (avec majorité qualifiée) Int. totale (avec majorité qualifiée) 1987 : Au cours de l’été 87, les membres de la commission de contrôle ont manifesté de nouveau, à une forte majorité (65%) leur souhait de voir adopter la barre à moins de 16 ans. Réflexion aussi autour de la signalétique "film déconseillé aux enfants", "film interdit aux enfants de moins de 12 ans non accompagnés", "film autorisé à partir de 12 ans..." du Rétablissement de la mesure d’interdiction "aux moins de 18 ans" à la suite de l’affaire "Baise-moi". Cette mesure est réservée à des films qui peuvent tomber sous le coup de la loi du nouveau code pénal de 1994 (article 227-24). Décret du 28 juillet 2002 : Le Défenseur des enfants siège à la commission en remplacement d’un expert. Projet du décret de 2003 : La présence de l’Etat sera renforcée avec la participation (inédite) des ministères de la Santé et de la Famille. La commission plénière augmente de 2 sièges, (passant de 26 à 28 membres) l’un étant attribué à un expert de la Famille, l’autre au collège de la profession. La mesure "du moins de 18 ans" perd son caractère exceptionnel puisque sa validation se fera à la majorité simple. Le collège jeune sera faussement rajeuni (âge limité à 24 ans au lieu de 25 ans) et sera nommé par trois ministères distincts (famille, éducation nationale, jeunesse). Les titulaires du collège jeune auront un 3e suppléant (au lieu de 2). Avertissement Interdiction - 12 ans Interdiction - 16 ans Interdiction - 18 ans Classement X porno ou X violence Interdiction totale Décret du 23 février 1990 : Le désengagement de l’état souhaité par Jack Lang en 1981, sera amorcé, mais non achevé. La commission rajeunit et change de nom. Il est désormais interdit d’effectuer des coupes dans les films. Création d’un collège jeune malgré l’opposition des membres de la profession. Symboliquement, le Ministère de la Culture se retire de la commission pour affirmer l’indépendance de cette dernière. Les ministères de la défense et des affaires étrangères ne continueront d’y siéger qu’en observateurs. Les ministères impliqués dans la protection de l’enfance et de l’adolescence (Affaires sociales, Justice, Education nationale, Jeunesse et sports et Intérieur) continueront d’être membres. En contrepartie, 4 sièges y seront réservés aux représentants des jeunes générations. Un nouveau siège pour le CSA. Autres projets de réforme : Philippe J.Maarek, La censure cinématographique, Litec, 1982 1 Jean-François Théry : "Lorsqu’en 1981, Jack Lang ouvrit les portes de la commission de contrôle à des jeunes de moins 25 ans, nous fûmes très étonnés d’une très grande sévérité de certains d’entre eux à l’égard de films d’une très grande banalité, parfois ridicules et parfaitement dépourvus de toute crédibilité..." 2 L’article 97 de la loi municipale, aujourd’hui codifié à l’article L.131-2 du code des communes, donne au maire un pouvoir de police générale pour maintenir l’ordre et la tranquillité. 3 Novembre et décembre 2002 : Les rapports de Blandine Kriegel et de Claire Brisset demandent l’abolition de l’interdiction totale. Refus du ministre de la culture. Décembre 2002 : Claire Brisset ainsi que l’UNAF et le CIEM proposent l’instauration d’une nouvelle mesure d’interdiction aux moins de 6-7 ans. Mars 2003 : Signé par de nombreuses personnalités et associations, le manifeste de l’Observatoire de la liberté d’expression en matière de création, demande au pouvoirs publics l’exclusion expresse des œuvres du champ d’application de l’article 227-24 du code pénal. Cela remettrait en cause la mesure du moins de 18 ans Propos sur la censure 3. ∎ Le cinéma et la mission Kriegel : un meurtre par accident ? Jean-Michel Frodon et Thomas Sotinel, Le Monde du 17.11.20 «E n mai, Jean-Jacques Aillagon avait célébré son entrée au gouvernement par un voyage au Festival de Cannes, éphémère patrie de la création cinématographique. Il se trouve aujourd’hui dans la position d’avoir commandité ce qui pourrait ce révéler comme étant une machine de guerre contre cette création cinématographique, en l’occurrence le rapport de la mission présidée par Blandine Kriegel sur "La violence à la Télévision" (Le Monde des 15 et 16 novembre). Cette ambivalence procède sans doute de l’intitulé même de son ministère : de la culture et de la communication. Au nom de cette prééminence absolue de la communication sur la culture, le texte qu’il a entre les mains depuis le 14 novembre parvient à ne rien traiter de son sujet – la violence à la télévision – tout en désignant un art – le cinéma – et des artistes – les cinéastes – comme les moteurs principaux de la "dérive de la violence dans notre société républicaine et démocratique". La mission n’a pas manifesté grand intérêt pour les programmes télévisés. Des paragraphes entiers sont consacrés au rappel (d’ailleurs contestable) des textes antiques et classiques, mais il suffit d’une ligne pour décider que "le journal télévisé est déjà de l'éducation à l'image", en raison de la présence à l'écran d'un présentateur, que l'on suppose omniscient (contrairement aux cinéastes, les journalistes de télévision étaient représentés, au nombre de trois). Ainsi réconfortée côté actualité, la mission prétend ne s'intéresser qu'à la fiction et aux émissions de plateaux, mais c'est pour mieux les évacuer en quelques considérations où l'approximation le dispute souvent à l'anecdotique : "La mère maquerelle, la star du porno, est plus souvent présente que le –on remarquera le masculin- président d'une association méritante." Il faut "remettre en cause le racolage assuré grâce à un titre comme L'Amour au 5e âge"… Le rapport cite largement les initiatives citoyennes de patrons de la télévision (publique et privée), nommément désignés à l'admiration de tous pour leur grandeur d'esprit et leur détermination à combattre les fléaux qui menacent "le pacte social" – il est vrai que la mission compte nombre d'éminents représentants des mêmes chaînes. Il ne reste plus dès lors qu'à se tourner contre un ennemi – qui, lui, n'est pas représenté à la commission (Carole Desbarats, directrice des études à la Femis, l'école des métiers de l'image et du son, a préféré ne pas y siéger ; elle a été auditionnée "une demi-heure", selon l'intéressée, et le rapport cite très approximativement son intervention). Dès les premiers paragraphes du texte, le glissement s'opère. Après avoir annoncé son intention de cerner le phénomène de la violence à la télévision, la rapporteuse livre sa première volée d'exemples : Tueurs-nés, Orange mécanique, Nikita, Reservoir Dogs, Trainspotting, Baise-moi et Scream, des films diffusés en salles tous interdits aux moins de 16 ans (à l'exception de Scream, interdit aux moins de 12 ans, et de Nikita, assorti d'un avertissement aux mineurs) et en conséquence diffusés selon les règlements en vigueur sur les chaînes de télévision, quand ils l'ont été. Définissant bien rapidement son corpus d'analyse ("un certain nombre de films récents"), appelant à la rescousse Jacques Rivette ou Serge Daney, au mépris de la pensée réelle de ces auteurs, le rapport consacre une longue digression à l'état général du cinéma contemporain. C'est ainsi, par exemple, que le rapport de la mission Kriegel pointe "la violence dérégulée" et son incarnation contemporaine "l'imaginaire terroriste" : "La Ville et la Cité -les majuscules sont des auteurs- sont le plus souvent visées. (…) Pour mémoire, New York est ravagé à plusieurs reprises : Mars Attacks, Godzilla, Independence Day, Armageddon, Deep Impact, Couvre-feu". Parmi ces films, un seul, Couvre-feu, évoque une opération terroriste. Les autres mettent en cause des facteurs bien connus de désintégration de la société : les extra-terrestres et les météorites géantes… Au fil de la lecture du rapport sur "La violence à la télévision", on pourra découvrir des dizaines de ces approximations, parfois comiques, parfois navrantes, (le chanteur Marilyn Manson est "accusé par certains d'inciter au meurtre de personnes fragiles" sans indication de sources). Mais les jeux n'ont qu'un temps, et le texte propose des travaux dirigés beaucoup plus inquiétants. Les auteurs déplorent que la France soit "en retard" sur d'autres pays européens, et particulièrement sur la Grande-Bretagne en matière de contrôle des œuvres cinématographiques. A ce compte, la France est en retard sur la Chine en matière de répression de la criminalité. En septembre dernier, le British Board of Censors a interdit le dernier film de Ken Loach, Sweet Sixteen, aux moins de 18 ans, ce qui entraîne automatiquement l'interdiction de sa diffusion avant 22 heures sur les télévisions publiques. Ce portrait de la dérive d'un adolescent abandonné par les siens avait pour défaut d'être dialogué à force de gros mots. Trop de "fuck" dans les dialogues, pas de Sweet Sixteen à la télévision. Au terme de cette équipée sauvage à travers ce que le rapport appelle "la société des écrans" en se gardant bien de la définir, la mission de défense contre la violence propose une mesure qui, mise en œuvre, porterait un coup quasi-fatal au cinéma : pas en voulant mettre la pornographie lors de portée des enfants, une mesure déjà en cours d'application ; pas en développant l'éducation qui n'avait pas attendu la mission Kriegel ; et pas, non plus, en imaginant une nouvelle manière de réguler la diffusion des films à la télévision, ce que le rapport n'envisage même pas. UN POUVOIR DE VIE OU DE MORT Emportés par la confusion qui préside à leur réflexion, les auteurs du rapport sur "La violence à la télévision" veulent transformer la commission de contrôle des œuvres cinématographiques en commission de contrôle de l'ensemble des images, celles que génèrent les consoles de jeu. Cette commission, qui devra juger à la même aune la nouvelle version du jeu Mortal Kombat et le prochain film de Michael Haneke, devrait, selon le rapport, intégrer les représentants des diffuseurs, c'est-à-dire des chaînes de télévision. En d'autres termes : donner aux exigences de la diffusion télévisuelle un pouvoir de vie ou de mort sur le cinéma. Il revient maintenant au ministre de la culture et de la communication de choisir entre la fonction, héritée d'André Malraux, de représentant de la puissance publique dans le monde des arts, et celle de policier des médias. Entre mettre le force publique au service des exigences des puissances de l'audiovisuel, et défendre la liberté nécessaire à l'épanouissement de la création. Propos sur la censure 4.