La femme co
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La femme co
P ortrait 8 Sous les projecteurs ou dans l’ombre, ils défendent et font évoluer la profession de médecin coordonnateur et la gériatrie en Ehpad. Portrait de Nathalie Maubourguet, présidente de la fédération des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad, la Ffamco. La femme co L a Ffamco c’est elle. Elle fait corps avec sa fonction, à la tête de la Ffamco depuis bientôt dix ans. Certains lui reprochent son jeu perso, sa grande gueule, voire son despotisme. « Vous êtes en face de moi là, j’ai l’air d’un despote ? » Elle a la tchatche bordelaise en tout cas. « Je parle fort quand il le faut. Je n’ai rien à perdre. Je ne suis payée par personne pour cette activité. Je dis ce que j’ai à dire. C’est bien, ça met de l’ambiance ! A plusieurs reprises, on a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Je suis totalement indépendante. » Réussites Vous êtes en face de moi là, j’ai l’air d’un despote ? Biographie •• 1967 : Naissance à Chaumont en Haute Marne •• 1998 : Doctorat en médecine, qualification médecine générale, inscrite à l’Ordre des médecins de la Gironde •• 2002 2005 : Capacité de gériatrie •• 2003 : Création de l’association des médecins coordonnateurs du Sud ouest avec Xavier Gervais •• 2006 : Création et présidence de la Ffamco •• 2013 : Devient vice-présidente du CNP de gériatrie •• 2014 : Préside l’office gestionnaire de l’école de ses trois enfants Comme à la tribune d’une des nombreuses conférences qu’elle donne sur la gériatrie en Ehpad, elle est à l’aise, à l’anecdote généreuse, rodée. Comme cette fois, à ses débuts, où il s’agissait de revoir les missions du médecin coordonnateur, dans un sous-sol du ministère. Parmi les huiles, un PUPH lance, docte : « Si j’étais médecin coordonnateur, je ferais… ». « Attendez, moi je suis médecin coordonnateur, je peux vous dire…! », le coupe-t-elle. « C’est à ce moment-là qu’ils ont réalisé que, fait incroyable, il y avait un médecin co dans la salle ! » s’esclaffe-t-elle, hilare. On ne s’ennuie pas avec elle. On comprend aussi que certains à la Ffamco aient eu du mal à s’exprimer face à ce rouleau compresseur. Le bilan de la Ffamco, dont elle est fière, plaide certes en sa faveur. Par trois fois, la fédération a réussi à modifier les missions du médecin coordonnateur, à l’avantage de ce dernier. Elle a obtenu qu’il y ait un temps de présence minimal du médecin coordonnateur par nombre de lit, soit 0,25 ETP pour une capacité autorisée inférieure à 44 places. Idem pour la réalisation des coupes Pathos, qui est devenue une mission officielle alors qu’elle était faite officieusement, au détriment des autres missions. Enfin, la prescription en cas de risque exceptionnel fait partie des luttes gagnées par la fédération. La fédération a aussi fait avancer le statut d’infirmier coordonnateur et obtenu la présence du psychologue en établissement. Ses prochains chevaux de bataille ? Engagements L’époque est à une approche holistique du patient. Elle aimerait qu’en parallèle de la Commission de coordination gériatrique, abordant l’organisation des systèmes, une réu-nion de synthèse pluridisciplinaire ait lieu une fois par an, concernant chaque patient. En présence du médecin traitant, elle serait rémunérée en tant que telle. La Ffamco a proposé l’idée à la Cnamts et aux syndicats depuis longtemps. Elle fait son chemin mais il reste encore à l’officialiser et à trouver une nomenclature. La présidente de la Ffamco voudrait aussi que le médecin coordonnateur ait la possibilité de prescrire des examens complémentaires afin de soulager les quotas de prescription des médecins traitants. « Les généralistes ne veulent pas prescrire d’examens n°63 I JUILLET - AOÛT - SEPTEMBRE 2015 complémentaires par peur des contrôles de la Sécurité sociale, mais moi je leur sors les recos de la HAS ! » Elle aimerait que le médecin coordonnateur soit davantage reconnu par les autres professions médicales. Pour cela, elle milite pour un diplôme national de coordination médicale remplaçant la capacité de gériatrie, amenée à disparaître. Il ne s’agirait pas non plus d’un D.U (diplôme d’Université) mais d’un diplôme national validé par l’Etat. Elle exerce à temps complet dans trois Ehpad de campagne, à 60 km de Bordeaux. On se dit que sa situation géographique a dû être bien pratique lorsque l’ex-ministre déléguée aux Personnes âgées, Michèle Delaunay, elle aussi bordelaise, était en poste. « Ah oui, c’était super ! On faisait nos réunions aussi bien à Bordeaux qu’au ministère ! Cela a été une vraie chance de collaborer avec deux ministres médecins. Ce n’est plus pareil… » Décrocher Aujourd’hui, quand elle est à Paris, pour une visite éclair aux principales institutions partenaires, elle rend plutôt visite à la DGCS qu’aux cabinets ministériels. « Il y a peu de chance qu’un grand chantier concernant les EHPAD soit ouvert d’ici la fin du quinquennat. Maintenant on se prépare et on attend 2017, c’est sûr ! » On rit de la franchise et de la désinvolture avec laquelle elle assène ces vérités assassines. Comment fait-elle pour allier cette activité bénévole et chronophage à son temps complet de médecin coordonnateur ? « Je dors en moyenne quatre heures par nuit. », déclare-t-elle, goguenarde. « Mais bon, quand j’ai commencé à la Ffamco, je n’avais pas d’enfants, maintenant j’en ai trois et ils grandissent. J’envisage d’arrêter dans deux ou quatre ans. » Un aveu inquiet arraché à mi mots, comme une accro qui dirait « demain j’arrête. ». D’autant que la présidence de la Ffamco n’est pas sa seule fonction. La liste est longue. Outre son temps complet de médecin coordonnateur, elle est aussi viceprésidente du CNP de gériatrie, trésorière adjointe de la SFGG, conseillère ordinale de Gironde au Conseil de l’Ordre, présidente de l’association locale de médecins coordonnateurs et présidente de l’office gestionnaire de l’école primaire de ses enfants. Aveux Après quoi court-elle ? La reconnaissance, il semble, d’elle et de sa profession, dans laquelle elle paraît se fondre. Hormis la gestion de l’école de ses enfants, toutes ces fonctions tournent autour de la gériatrie, « un monde particulier, avec une vraie convivialité et un regard sur la vie. C’est rare, on ne retrouve pas cela dans les autres spécialités… » Sur le pas de la porte, avant de se quitter, une dernière question, vache, la plus difficile : « Et la question des résidents psychiatriques vieillissants, vous en pensez quoi ? » Cette fois elle botte en touche. « C’est un vrai problème, il va falloir se bouger ! » Le rôle peut-être de la nouvelle association issue de dissidents de la Ffamco et née cet été, le MCOOR ? « Pour l’heure, il y a encore des tensions mais ça va se tasser. Je regrette surtout beaucoup Stephen (Meyer) et Odile (Reynaud-Lévy). Mais peutêtre fallait-il se diviser pour réussir sur différents chantiers. Comme sur le bassin d’Arcachon, un grain de sable qui se fixe sur l’huître, la fait réagir et devient une perle… ». Marie Pragout Simplicité d’utilisation Informations accessibles en 1 clic Logiciel personnalisable Hotline 24h/24 et 7j/7 Mobilité ouverte (tablette, scannette, etc.). Accès à distance médecins / pharmaciens. Liaison laboratoire et PDA. Module télémédecine. Certification LAP et DMP compatible. 9