Lettre 123 - Initiative France

Transcription

Lettre 123 - Initiative France
129
FRANCE I N I T I AT I V E
Mai
2008
Communication
Une signature pour porter
« notre grande cause »
nence et de fierté : c’est le « à nous » de
la formule, qui a donné lieu à des débats
mais que toute la commission s’est vite
approprié.
L’expression englobe enfin tous ceux
qui participent à cette grande cause
– les collectivités locales, les partenaires
techniques, les entreprises et les
banques – ou qui souhaitent la rejoindre,
à titre de partenaires ou de bénévoles.
Les représentants des banques au
conseil d’administration ne s’y sont pas
trompés : ils ont vite adhéré à la proposition dont ils ont perçu à la fois la pertinence et l’originalité.
Accélérateur
de notoriété
En exprimant en quelques mots la personnalité du mouvement et en affichant
NOTRE GRANDE CAUSE À NOUS, C’EST FAIRE NAÎTRE VOTRE ENTREPRISE : FRANCE INITIATIVE
une fierté qui devrait être partagée par
SE DOTE D’UNE SIGNATURE DE MARQUE POUR ACCOMPAGNER SA COMMUNICATION.
le plus grand nombre, cette signature
s’efforce de remplir le cahier des
charges fixé au démarrage du chantier.
e conseil d’administration de
de son entreprise. L’expression « faire « Vous avez des contraintes fortes », a
France Initiative a adopté, le 2 avril,
naître » dit bien le rôle singulier que rem- expliqué Jean-Luc Gronner devant le
la proposition d’une signature de
plissent les plateformes aux côtés des conseil d’administration. « Vous soufmarque pour accompagner la communicréateurs-repreneurs. Elle rend aussi frez d’une notoriété faible. Vous ne discation de France Initiative, Notre grande
compte de la prise de risque du créa- posez pas de moyens de communicacause à nous, c’est faire naître votre enteur, à qui s’adresse direction puissants. Votre image
treprise. Cette préconisation est issue
tement la signature (« votre
est éclatée du fait de la multiVous avez
des atouts
tude de vos “marques filles ” :
des travaux de la commission communientreprise »).
à faire valoir :
votre caractère très décentracation, mise en place en septembre
Imper tinence
vous remplissez
lisé est l’une de vos richesses,
2007 et coprésidée par Christian Douis
une formidable
mais il complique votre comet fier té
(Montpellier Initiative Entreprise) et DaUne signature est un mission, votre
munication. » Dans ces condiniel Durand (Alpha Dil) ; en son sein, un
des trois « fondamentaux » succès est
tions, la signature ne réglera
petit groupe de travail, associant des repas tous les problèmes.
présentants de plateformes 1, a planché
d’une marque, avec le nom quantifiable,
pendant plusieurs semaines, avec l’ap« Mais, a-t-il poursuivi, vous
et le logo. Pour être vec- vous pouvez
pui précieux d’un professionnel reconnu
avez des atouts à faire valoir :
teur de notoriété, elle doit vous appuyer sur
Une campagne
venu du monde de la publicité et spésurprendre et séduire. l’implication forte vous remplissez une formid’affiches portera la
cialiste de la signature de marque :
Pour ce faire, la phrase re- de vos bénévoles. » dable mission, votre succès
signature de France
Initiative (voir aussi
Jean-Luc Gronner 2 , créateur de
est quantifiable, vous pouvez
tenue met l’aide à la créaen dernière page).
l’agence Sous le logo.
tion d’entreprises telle que la pratique vous appuyer sur l’implication forte de
Après avoir exploré de nomFrance Initiative au niveau d’une vos bénévoles. Enfin, n’oubliez pas que
breuses pistes, le
« grande cause nationale », au même vous organisez de très nombreux évégroupe s’est arrêté
titre que d’autres causes reconnues nements en régions, dans lesquels
sur cette signature
comme telles, qu’elles soient à carac- vous pourrez utiliser cette signature.
qui présente des catère médical, social ou humanitaire. Celle-ci peut jouer son rôle d’accéléraractéristiques intéresEn cette année placée sous la ban- teur de notoriété. »
santes. D’abord, la
nière du bénévolat économique, D’ores et déjà, la réalisation d’un enphrase retenue dit
France Initiative innove donc en por- semble d’affiches portant cette signaclairement la mission
tant cette « grande cause » écono- ture et à l’usage des plateformes est en
première de France Inimique au cœur des débats.
chantier. Par ailleurs, elle va être instaltiative : l’aide à la créaLa signature évoque lée prochainement sur l’ensemble des
tion d’entreprises. Mais
ainsi la singularité de supports de communication de France
elle évite d’utiliser cette
France Initiative : celle Initiative. Enfin, cette Année du bénévoexpression, assez comd’être un mouvement as- lat sera l’occasion pour tous, au sein du
mune aujourd’hui, pour
sociatif, construit autour mouvement, de porter haut et fort cette
la remplacer par l’idée,
de valeurs et de l’engage- grande cause pour la faire partager par
plus poétique, de naisment, aux côtés des créa- le plus grand nombre.
J.-M. M.
sance. La « naissance » ne
teurs d’entreprises, de bédésigne pas ici la seule
névoles et des permanents 1. Calaisis Initiative, Etic 85, Haute-Vienne Initiative,
Initiative, VNEI, Centre Guyane Initiative
création ex nihilo et endes plateformes. Enfin, elle Somme
ainsi que l’équipe communication de la tête de
globe aussi la reprise : du
le dit de façon sympathique réseau.
Ancien président et directeur de la création de
point de vue du repreneur,
en privilégiant la forme 2.
l’agence DDB&Co, on lui doit notamment la signail s’agit bien de la naissance
orale, avec un peu d’imperti- ture « L’artisanat, première entreprise de France ».
L
Notre grande cause à nous, c’est faire naître votre entreprise
la lettre
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Fusion
■ Rapport annuel 2007
Telex
Naissance de Var Initiative
VAR INITIATIVE, PLATEFORME DÉPARTEMENTALE, VIENT DE VOIR LE JOUR
DU REGROUPEMENT DE TROIS PLATEFORMES.
e 10 avril, au Cannet-des-Maures,
les trois assemblées générales extraordinaires d’Est Var Initiative
(Fréjus), d’Initiatives Entreprises en Dracénie (Draguignan) et d’Atire (Toulon),
qui se sont tenues simultanément, ont
adopté le principe de leur fusion. La première assemblée de Var Initiative s’est
tenue dans la foulée. Cette importante
fusion, adoptée à l’unanimité, est l’aboutissement d’un rapprochement entamé
depuis le mois de juin 2007.
Encouragé par le Conseil régional, le
Conseil général et la Caisse des Dépôts,
le regroupement des plateformes du Var
poursuit plusieurs objectifs : consolider
le fonds de prêts, optimiser les coûts de
fonctionnement et faciliter la mise en valeur des partenaires. D’ores et déjà, le
président de Var Initiative a annoncé un
objectif de 250 prêts d’honneur par an
et deux nouvelles banques ont rejoint
les partenaires de la plateforme.
Présent à ces assemblées générales,
L
Bernard Brunhes a insisté sur l’importance pour les plateformes d’atteindre
une taille critique tout en conservant
l’ancrage territorial. Ce sera le cas dans
le Var : l’ensemble des comités de tutorat, techniques et les quatre comités
d’agrément présents sur le territoire
sont maintenus sous leurs formes, prérogatives et compositions actuelles.
Var Initiative est présidé par Thierry Tassery, auparavant président d’Atire. Il est
appuyé par cinq vice-présidents : les
deux anciens présidents d’Est Var Initiative et d’Initiatives Entreprises en
Dracénie, et les trois anciens vice-présidents des trois plateformes. Quant à
l’équipe de la plateforme, elle est dirigée par Eugénie Delmas, auparavant
directrice d’Atire, et composée de six
chargés de mission (deux par territoire), d’une assistante de gestion et
d’une secrétaire. ■
Var Initiative • Eugénie Delmas
[email protected]
Aux côtés de
Bernard Brunhes,
les trois présidents
des plateformes
du Var qui ont
fusionné dans Var
Initiative : Maurice
Chabert (Initiatives
Entreprises en
Dracénie), Nadine
Helegouarch
(Est Var Initiative)
et Thierry Tassery
(Atire), devenu
le président
de la nouvelle
plateforme
(à gauche).
Le Rapport annuel synthétique 2007
de France Initiative, vient de sortir
sous le titre « Notre grande cause
à nous, c’est faire naître votre
entreprise ». Ce titre reprend
la conclusion du message du président
qui ouvre le Rapport… et, bien
évidemment, la toute nouvelle
signature de
France Initiative.
Une manière
aussi de montrer
que la forme orale
de la signature
permet son
utilisation
dans les discours
de présentation
de France
Initiative
et des plateformes. Ce rapport
de 16 pages détaille par le menu
les principaux chiffres de l’activité
du mouvement en 2007.
À noter l’existence d’une nouvelle
double page consacrée aux bénévoles,
Année du bénévolat oblige.
Quelques témoignages de bénévoles
ponctuent les données chiffrées.
Ce rapport fait l’objet d’une diffusion
en nombre auprès des plateformes
France Initiative. Innovation de cette
édition : les plateformes ont également
pu commander des exemplaires
supplémentaires pour le diffuser
plus largement à leurs partenaires
et, surtout, utiliser à cette occasion
un papier préimprimé inspiré du visuel
du Rapport annuel pour présenter
leurs propres chiffres d’activité.
Noémie Marshall
[email protected]
Un fonds de prêts régional pour les éco-activités
SCIENTIPÔLE INITIATIVE VEUT FAVORISER LA CRÉATION D’ENTREPRISES ÉCO-INNOVANTES.
n fonds spécifique de prêts d’honneur vient d’être lancé par Scientipôle Initiative pour favoriser
l’émergence et la création d’entreprises
éco-innovantes, en partenariat avec le
Conseil régional d’Île-de-France (qui dotera ce fonds de 500 000 €) et de contributeurs du secteur privé (BP France,
Hewlett Packard et Suez Environnement). Ce nouveau fonds, qui dispose
U
2
d’une capacité de prêts supérieure à
1 million d’euros, a été officiellement annoncé le 1 er avril, premier jour de la Semaine du développement durable en
France. Ce second fonds complète le
fonds de prêt d’honneur de cette plateforme francilienne, spécialisée dans les
jeunes entreprises innovantes. L’éco-innovation se définit comme l’ensemble
des activités innovantes assurant « la
fourniture de biens et de services permettant de mesurer, de prévenir, de limiter ou de corriger les atteintes à l’environnement : pollution de l’eau, de l’air,
du sol, dégradation des milieux naturels
et des écosystèmes, effets du changement climatique, problèmes de déchets,
de nuisance sonore ou olfactive ». ■
sophie.sirven@scientipôle-initiative.org
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ÉTHIQUE
dossier
la lettre
Lors d’un comité d’agrément de Charente Initiatives, Malika Brahmi, vice-présidente, et Didier Chevaucherie, trésorier.
Témoins de valeurs
A
L’Année du bénévolat
économique
est l’occasion
de revisiter les valeurs
de France Initiative
en donnant la parole
à des bénévoles
qui ont créé leur
entreprise grâce
à l’appui d’une
plateforme.
doptée en 2000, la Charte
éthique a été le premier texte à
formaliser les fondamentaux
de France Initiative. « France
Initiative fonde toute son action
sur l’échange social, la confiance, la réciprocité, la reconnaissance de la particularité de chacun », explique Jean-Pierre
Worms, vice-président de France Initiative. « Cette approche est aux antipodes
d’une culture de la défiance qui fonde
trop souvent la coopération entre acteurs
économiques et sociaux. Nous sommes
aussi en rupture avec une culture publique dominante où l’on attend de l’État
qu’il assume l’ensemble des fonctions de
solidarité. » Ce sociologue, l’un des penseurs historiques du mouvement, est
aussi l’un des auteurs de la Charte. Au
cœur de ce texte : le droit à l’initiative
pour chacun, le respect de l’autonomie
et de la dignité et des créateurs d’entreprises, d’une part ; la solidarité et la coopération entre acteurs, d’autre part.
En cette Année du bénévolat économique, qui peut mieux parler de ces va-
leurs, que des entrepreneurs ayant créé
leur entreprise grâce à un prêt d’honneur de France Initiative et qui ont choisi
ensuite de s’engager bénévolement
dans les plateformes comme parrain,
membre de comité d’agrément, administrateur ou président ?
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De la reconnaissance
à l’échange
M ALIKA B RAHMI
CHEF D ’ ENTREPRISE , VICE - PRÉSIDENTE
DE C HARENTE I NITIATIVES
Avez-vous vu Les Triplettes de Belleville ?
Derrière ce film d’animation, sélectionné
au Festival de Cannes en 2003 et qui a
remporté un succès public, se cache le
savoir-faire de 2d3D Animations, société
de prestations et de production de films
d’animation, installée à Angoulême. Au
cœur du pôle image Magélis, le studio
intervient dans la fabrication de séries et
de longs-métrages destinés ... suite p. 4
3
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dossier
la lettre
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... à la télévision ou au cinéma. Sa directrice générale, Malika Brahmi, est
aussi vice-présidente de Charente Initiatives. Elle a créé sa société en collaboration avec Florent Mounier, en 1999,
grâce à deux prêts d’honneur de la plateforme. Aujourd’hui, 2d3D Animations
réalise 2 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie dix salariés permanents
tout en accueillant en renfort jusqu’à quarante intermittents. Elle fait partie des
petits studios d’animation qui montent
et son catalogue est impressionnant.
Neuf ans après la création de 2d3D, Malika Brahmi se lance dans la production
déléguée d’un long-métrage, aux côtés
de partenaires allemands et italiens,
Trois amis mènent l’enquête. Sortie en
salle prévue au premier semestre 2009.
Avant d’en arriver là, sa vie ne fut pas un
long fleuve tranquille…
D’abord infirmière psychiatrique en
Seine-Saint-Denis, puis institutrice, directrice de production dans l’audiovisuel
à Paris, avant d’ouvrir à Angoulême le
studio d’animation d’une société parisienne puis de créer son propre studio,
Malika Brahmi incarne ce droit à l’initiative que permettent les plateformes.
C’est formidable que des personnes que vous ne connaissez
pas, qui ne connaissent pas le secteur dans lequel vous
voulez entreprendre et à qui vous expliquez ce que vous voulez
faire, vous accordent leur confiance. »
« Charente Initiatives est la première institution où j’ai rencontré des personnes
qui m’ont aidée à devenir chef d’entreprise. Elles ont été mes parrains. Et je
me rends compte en avançant dans la
vie que je suis profondément reconnaissante à ceux qui m’ont accompagnée au
long de mon parcours. » Cette fille de
harki, née dans un foyer Sonacotra, qui
a appris le français à l’école et qui n’était
pas allée au cinéma avant 18 ans, le reconnaît : « Quand on vient de là, on se
rappelle très bien qui vous a aidé. »
■ Elle se souvient du prêt d’honneur comme si c’était hier. « Le
comité d’agrément était pour l’essentiel
composé d’industriels locaux qui ignoraient tout de notre métier. Pour ne rien
arranger, nous avions l’image de Parisiens arrivés depuis peu, même si nous
avions vécu en province. Ils ont misé
sur nos personnalités, bien plus que sur
l’activité elle-même. Je crois que nous
les avons convaincus et mis en confiance. Et, peut-être sans qu’ils s’en rendent
compte, ils nous ont donné confiance,
ne serait-ce que par la qualité de leur
écoute ! C’est formidable que des personnes que vous ne connaissez pas,
qui ne connaissent pas le secteur dans
lequel vous voulez entreprendre et à qui
vous expliquez ce que vous voulez faire,
vous accordent leur confiance. Être crédible à leurs yeux, c’était immense ! »
Passée de l’autre côté, elle n’a rien oublié : « Je sais ce que c’est d’être porteur de projet. J’ai toujours beaucoup
de respect pour eux, pour leur courage.
Partir de rien pour créer son entreprise
nécessite un très important travail personnel, une démarche très forte. C’est
cela qui me plaît dans France Initiative :
on tient compte de l’individu. France Ini-
Questions a Jean-Jaques Martin
Les valeurs se partagent par l’expérience
LES EXPLICATIONS DE JEAN-JACQUES MARTIN, PRÉSIDENT DE RHÔNE DÉVELOPPEMENT INITIATIVES,
DE RHÔNE-ALPES INITIATIVE ET DE LA COMMISSION ÉTHIQUE DE FRANCE INITIATIVE.
En quoi les valeurs de France Initiative sont-elles
toujours d’actualité ?
Tout au long des vingt-trois ans d’existence de France Initiative,
elles ont été à la base du métier des plateformes, puis de la réussite
du mouvement et de son développement. Elles ont fait la preuve
de leur pertinence pour le développement économique des
territoires. Elles restent fondées sur une solidarité bien comprise,
à l’opposé de l’assistanat, et procèdent avant tout du souci
de donner aux porteurs de projets la possibilité d’intégrer le circuit
économique dans les conditions les moins risquées possibles.
Comment s’assurer qu’elles sont mises en œuvre ?
Dans chaque plateforme, elles sont mises en œuvre par le respect
du référentiel métier, en particulier au sein des comités d’agrément.
C’est là que l’on comprend le mieux, selon moi, le souci majeur qui
doit être le nôtre d’apporter des éléments constructifs aux créateurs.
Cela se manifeste tout au long de la relation avec ceux-ci.
Plus que par des textes, les valeurs se partagent par l’expérience.
Dans ma plateforme, nous sommes sollicités par d’anciens chefs
d’entreprises ou par des cadres qui souhaitent devenir parrains.
Nous leur expliquons ce que nous faisons et comment, en insistant
sur le sens du prêt d’honneur et sur le fait que ce n’est pas
une formule creuse. Nous les invitons à participer à un comité
d’engagement pour comprendre la typologie des créateurs que nous
recevons et, surtout, la manière dont le dialogue s’installe. C’est très
éclairant : lors de la première réunion, ils se cantonnent dans une
approche économique, avec un regard très sévère ; dès la deuxième
4
fois, ils entrent dans la logique du dialogue. Ils comprennent
alors que nous intervenons pour limiter les risques, dans l’intérêt du
créateur, et lui permettre de voir son dossier accepté par les banques.
Rien ne remplace la pratique, même si elle doit être complétée
par des échanges et des témoignages sur le sens de notre action.
La commission éthique que vous présidez,
est-elle le gardien du temple ?
Certainement pas. C’est un groupe de travail qui est saisi
par les instances de France Initiative ou par les plateformes
sur des questions techniques dont les réponses méritent d’être
éclairées par les valeurs. Par exemple : comment traiter les
impayés ? Dans l’avis rendu, nous avons privilégié l’aide à apporter
à l’entrepreneur pour sauver son entreprise sur une approche
contentieuse. La commission a été également consultée sur le projet
de statut des personnels des plateformes : nous avons cherché
un statut qui se rapproche de notre activité et de notre structuration
territoriale, mais nous avons surtout incité les plateformes
à se doter d’un tel statut. Cela nous semble conforme à nos valeurs.
Dernier exemple : la reprise d’entreprises. Face au dossier d’un
repreneur, nous proposons que la plateforme reçoive le cédant
pour s’assurer que la reprise se passera le plus harmonieusement
possible. Ce qui nous guide, c’est l’intérêt du repreneur. La reprise
comporte des risques juridiques, comptables et financiers plus
élevés que la création. Les plateformes doivent donc mobiliser
les compétences requises et mettre en place, si besoin,
les formations nécessaires.
M a i
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ÉTHIQUE
tiative fait aujourd’hui partie des associations dans lesquelles je passe du
temps. Je participe au conseil d’administration de Charente Initiatives et aux
comités d’agrément. Pour moi, c’est
d’abord une plateforme d’échanges. Je
peux apporter mon expérience, mon expertise ; le bureau et le conseil me renvoient des choses positives. »
Et Malika Brahmi poursuit : « La plateforme est un lieu où l’on parle d’avenir.
Nous sommes dans la construction,
nous analysons les dossiers pour travailler dans le consensus. Nous discutons beaucoup. Chacun est important
dans le processus. Nous prenons très au
sérieux notre rôle. Nous nous impliquons
dans les décisions que nous prenons.
Dans le même temps, autour de la table
du comité d’agrément, on perd les étiquettes, on ne garde que les compétences. »
■ La plateforme, outil de coopération entre les acteurs : ce
n’est pas une formule. « Je suis très attachée à la neutralité politique de la plateforme. Elle nous oblige à travailler
avec tout le monde : la CCI – dont nous
sommes très proches puisque le président de la plateforme est vice-président
de la CCI et que l’animatrice en est détachée –, la chambre de métiers, les
collectivités locales, les autres réseaux… Il faut rester ouvert à toutes les
possibilités qu’offrent les acteurs. Un
exemple : sous l’impulsion de la Caisse
des Dépôts, le bureau – Germain Vinuesa, Didier Chevaucherie et moimême, avec Véronique Auxire – a
choisi de rapprocher la plateforme de
Poitou-Charentes Entreprendre. Nous
pensons avant tout aux porteurs de
projets. Car nous avons tous la même
finalité : créer de l’emploi. Un dossier
aidé par Réseau Entreprendre doit
pouvoir aussi être aidé par nous et réciproquement. Nous voulons agir en
complémentarité. »
Malika Brahmi milite pour que chacun
ait le droit d’accéder à la liberté de créer.
Là encore, rien n’est simple : « Que faire
face à un dossier qui présente des défauts ? Nous en discutons entre nous.
C’est là que ça devient intéressant. Il n’y
a jamais d’attribution automatique de
prêt d’honneur. Mais face à ceux qui portent leur projet, qui ont mené une longue
démarche, qui viennent l’exposer au comité – pour certains, c’est la première
prise de parole en public –, peut-on casser le rêve ? Certains choix sont difficiles. De toute façon, Charente Initiatives
demande au créateur de s’engager personnellement et nous l’accompagnons
financièrement à hauteur de cet engagement personnel. »
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Rendre ce
qui a été apporté
B ÉATRICE M ELIN
CHEF D ’ ENTREPRISE ET MARRAINE
AU
CPEM
Savez-vous ce qu’est une alidade ?
C’est, sur un bateau, le repère d’un compas de navigation. Béatrice Melin a choisi
ce nom pour sa société de coaching, individuel et en équipe, de cadres et dirigeants et de formation au management,
qu’elle a créée en 2004 avec l’aide d’un
prêt d’honneur du CPEM, à Marseille.
Aujourd’hui, elle est bénévole de la plateforme et « marraine » sept chefs d’entreprises ! Un choix lié à son métier de
coach. Mais pas seulement. Cette ancienne directrice commerciale d’un touropérateur se souvient : « La décision du
comité d’agrément de m’accorder un
prêt d’honneur a été la marque de reconnaissance de la viabilité de mon projet et de ma capacité à le mener à bien !
Aussi difficile qu’il ait été, ce passage
devant le comité a été bien plus enrichissant qu’une discussion avec des banquiers. Le fait que ce comité réunisse
des experts venus d’horizons différents,
qu’il soit ouvert dans son approche et
qu’il ait un regard transversal est très intéressant. Je suis très attachée à cette
notion de prêt d’honneur, accordé sans
garantie à la personne du créateur. Ce
prêt d’honneur, ce n’est évidemment pas
qu’une histoire d’argent. »
Peu après, le nouveau directeur de la
plateforme, Stéphane Rizzo, souhaitait
impliquer davantage d’actifs parmi les
bénévoles et il a fait appel à elle. « Je
participais à l’accompagnement de
créatrices issues des quartiers sensibles
de Marseille, via le dispositif Chrysalide.
J’ai voulu avoir la même démarche avec
des bénéficiaires de prêts d’honneur. »
Elle-même avait bénéficié de l’appui
d’un tuteur au moment de la création
d’Alidade.
Mais les deux protagonistes n’étaient pas
en phase... Et elle a, de son côté, beaucoup réfléchi à la bonne posture du parrain. « Mon intervention permet de faire
bénéficier de prestations de coaching
des personnes qui n’y auraient pas accès
pour des raisons culturelles ou parce
que c’est trop cher. »
■ C’est une autre façon de pratiquer son métier. Deux de ses filleules bénéficient ainsi gratuitement d’un
dispositif collectif mis au point par Béatrice Melin dans le cadre d’Alidade.
À Marseille, le parrainage s’appelle tutorat. Et les tuteurs sont réunis dans un
comité de tutorat, animé par Georges
Armandi, qui réunit deux fois par mois
Béatrice Melin (au
centre) et deux jeunes
femmes entrepreneurs
qu’elle « marraine »,
Céline Ligot (à gauche)
et Céline Giordano
(à droite).
Le fait que ce comité réunisse des experts venus d’horizons
différents, qu’il soit ouvert dans son approche et qu’il ait
un regard transversal est très intéressant. »
5
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dossier
la lettre
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une trentaine de tuteurs. « Mon intervention comme tutrice est un acte civique,
une façon de rendre ce qui m’a été apporté. Ces relations sont riches d’échanges. Il s’agit d’aider les créateurs accompagnés à trouver leur voie. » Cela ne va
pas toujours de soi : « Il est parfois difficile d’établir avec eux une relation de
confiance et d’accompagnement. C’est
un vrai travail que de leur faire percevoir
l’atout de cette relation. »
n° 129
Sur le stand du Salon des entrepreneurs,
Alain Foret, chef d’entreprise, aujourd’hui
président de Carrefour Entreprise Sarthe, aux
côtés de Daniel Girandier, ancien président, et
de Christophe Lopez, chef d’entreprise et
membre du bureau (de gauche à droite).
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La confraternité
et le respect
A LAIN F ORET
CHEF D ’ ENTREPRISE ET PRÉSIDENT
DE C ARREFOUR E NTREPRISE S ARTHE
Tout commence toujours par le comité
d’agrément. Alain Foret, PDG d’Ouest
Fixation, entreprise de négoce de fournitures industrielles reprise en 1999 grâce
à un prêt d’honneur de Carrefour Entreprise Sarthe, n’échappe pas à la règle.
« Comme tout créateur ou repreneur, je
croyais à mon projet. Le passage en comité d’agrément m’a obligé à convaincre
des gens venus d’horizons différents.
J’avais tout risqué pour reprendre l’entreprise, j’allais sauter à pieds joints dans
DE L’ÉTHIQUE À L A QUALITÉ
Les nombreuses applications concrètes
Entre les valeurs de France Initiative,
les exigences de la norme NF
et les critères de qualification
des plateformes, il existe une très
étroite corrélation. Ce qu’explique
Jean-Pierre Worms : « La démarche
qualité est une façon de transformer
nos valeurs en pratiques
professionnelles. Pour chacune
d’elles, nous avons trouvé
un équivalent opérationnel.
La mise en œuvre de la charte
qualité devient l’instrument de mise
en œuvre des valeurs. Nous sommes
dans une démarche qui vise à
nourrir les pratiques du sens
et à donner du sens aux pratiques. »
En voici quelques exemples.
■ LE RESPECT ET L’AUTONOMIE
DU CRÉATEUR
La Charte éthique place
la plateforme « au service
des créateurs », en précisant : « Elle
respecte l'autonomie et la dignité
personnelle de chaque créateur,
6
tout en cherchant à lui assurer
les meilleures chances de succès. »
De nombreuses exigences posées
par la norme découlent de ce
principe : depuis l’accueil du porteur
de projet jusqu’au droit qu’il a
de venir défendre son projet devant
le comité d’agrément. De son côté,
celui-ci doit mobiliser une pluralité
de compétences (financière,
commerciale, juridique,
de management, etc.) pour donner
■ LES EXIGENCES
D’UNE VRAIE VIE ASSOCIATIVE
au créateur toutes ses chances.
L’accompagnement du nouvel
entrepreneur sous toutes ses formes
(suivi technique, parrainage) relève
de la même exigence. La Charte
éthique ne s’arrête pas là et précise
qu’une plateforme « valorise, chez
tout créateur, la capacité de
Concrètement, l’application
de la Charte éthique elle-même fait
partie des critères de qualification
des plateformes. Ils prévoient
également, autre exemple,
que les collectivités territoriales
finançant l’association ne puissent
siéger au sein du comité d’agrément.
L’existence d’une vraie vie
associative, associant les
partenaires de la plateforme
organisés par collège, figure parmi
les autres principes intangibles.
Cela passe par le respect des
développement économique de son
entreprise, support d’autres emplois,
et sa capacité d'innovation ».
La Charte éthique de France
Initiative pose un principe : « C’est
son organisation associative et une
déontologie partagée par l’ensemble
de ses plateformes qui assurent à
France Initiative (et à ses adhérents)
reconnaissance, efficacité et
capacité de développement. Ces
références éthiques caractérisent
son projet et son identité. »
M a i
2008
ÉTHIQUE
le grand bain : la valiJe crois surtout que, quand on a reçu, il faut donner. Sinon, le système
dation de mon projet
ne marche plus. D’autant que, derrière le partage, il y a un échange
par le comité d’agrément m’a conforté et
positif pour tous ceux qui participent. Mon engagement au sein de la plateforme
le prêt d’honneur m’a
me fait progresser. Dans le management, notamment. J’apprends beaucoup
crédibilisé aux yeux
des discussions du bureau, des problématiques posées. »
des banques. En réalité, j’en n’en avais
pas besoin pour boucler mon plan de fi- ment au sein de la plateforme me fait nouvelle étape. « Elle me permet d’aller
nancement – le prêt d’honneur était sur- progresser. Dans le management, no- au bout de ma démarche. Le choix des
tout pour moi un moyen d’avoir un droit tamment. J’apprends beaucoup des dis- administrateurs me donne une nouvelle
à l’erreur. Mais ce prêt m’a donné cussions du bureau, des probléma- légitimité. » Son engagement garde un
tiques posées. »
sens très clair. « Les chefs d’entreprises
confiance et il m’a même libéré. »
doivent se mobiliser pour assurer un
À Carrefour Entreprise Sarthe, plus de
la moitié des créateurs aidés deviennent ■ Avant de se lancer dans la re- meilleur fonctionnement du tissu éconodes adhérents et l’équipe de CES a logi- prise de son entreprise, Alain mique local. Cela fait partie de nos misquement sollicité Alain Foret quelques Foret était cadre dans une banque. Il a sions. Sinon, le système n’avance pas. »
années plus tard pour participer au co- pu mesurer la différence des approches. De ce point de vue, le positionnement
mité d’agrément et même le présider, « Ce n’est pas un tableau Excel qu’on re- de la plateforme le comble. « Carrefour
ainsi qu’au conseil d’administration et garde dans un comité d’agrément. C’est Entreprise Sarthe est au plan départeau bureau. « C’était dans la continuité l’adéquation de la personne et de son mental une structure fédératrice. Cette
d’autres engagements associatifs tels projet. Bien sûr, il faut que le projet soit dimension essentielle est reconnue par
que Mini-entreprises, qui fait découvrir bon. Mais le facteur personnel compte tous les acteurs locaux, publics et privés.
la création d’entreprises à des lycéens. tout autant, si ce n’est plus. Plus que Les banques attendent notre feu vert pour
Bien sûr, c’est intéressant de participer de solidarité, je préfère parler de confra- donner leur accord, les comités de pays
aux aventures des autres et de se ternité, de compréhension, de respect font de même quand ils ont des disposiconfronter à d’autres regards dans les par rapport à celui qui prend le risque, tifs complémentaires du prêt d’honneur.
comités. Mais je crois surtout que, de partage, d’écoute, y compris sur les Notre indépendance garantit ce caractère fédérateur. La plateforme est un enquand on a reçu, il faut donner. Sinon, faiblesses de son projet. »
le système ne marche plus. Derrière le Aujourd’hui, avec la présidence de la droit d’unification des compétences au
partage, il y a un échange positif pour plateforme qu’il occupe depuis le début service d’un projet de développement
tous ceux qui participent. Mon engage- du mois d’avril, Alain Foret franchit une économique du département. »
des valeurs de France Initiative
une plateforme ne doit pas être
dans une dépendance financière
à l’égard d’un de ses partenaires.
■ UN OUTIL PARTENARIAL AU
SERVICE DU DÉVELOPPEMENT
ÉCONOMIQUE
L’exigence d’une démocratie associative.
statuts types qui stipulent un
nombre minimal d’adhérents (20),
représentants les différentes
catégories d’acteurs que
la plateforme doit associer
à son action, ou qui précisent que
les plateformes ne peuvent avoir
des membres de droit. La Charte
éthique rappelle par ailleurs qu’une
plateforme France Initiative « veille
à la qualité démocratique de sa vie
associative et à la préservation
de son indépendance et de celle
des créateurs ». Concrètement,
« Une plateforme France Initiative
est au service d'un territoire ; à ce
titre, elle insère son action dans une
démarche de développement local
et dans les réseaux de compétences
qu'elle mobilise », stipule la Charte
éthique. Concrètement, une plateforme doit obligatoirement mobiliser
un nombre minimal d’acteurs
économiques parmi ses partenaires
et assurer leur représentation
dans le fonctionnement de la vie
des territoires.
Autre principe : une plateforme
doit, pour remplir les conditions
de qualification de France Initiative,
se fixer des objectifs d’activité
cohérents avec les besoins
de son territoire.
■ AU SERVICE DES SOLIDARITÉS
COLLECTIVES
Les « solidarités collectives » dont
parle la Charte éthique concernent
les plateformes France Initiative
entre elles, les relations avec
les autres opérateurs de l’aide
à la création d'entreprises
et tous les agents économiques
du territoire. Cette exigence
a une traduction très concrète
dans l’appartenance au mouvement
et le respect qu’elle impose, pour
le bénéfice de tous, de la charte
graphique ou de l’engagement
à répondre aux enquêtes conduites
par France Initiative… Dans un
autre registre, parmi les critères
de qualification des plateformes,
figure une règle de non-concurrence
entre les plateformes.
La Charte éthique est en ligne
sur le site Internet de France Initiative :
http://www.france-initiative.fr/index.php/
france_initiative/qui_nous_sommes
7
la lettre
F R A N C E
I N I T I A T I V E
n° 129
ÉTHIQUE
vité. Là, c’est moins le cas. C’est une
façon de travailler pour le développement de la vallée de la Drôme, en apportant de l’humain. Au fond, je m’implique dans la plateforme parce qu’elle
me ressemble. »
Au sein du comité, le patron du Jardin
d’Este va découvrir un dilemme : « Il faut
partir du prévisionnel, voir s’il est réaliste et à quelles conditions. Car c’est la
viabilité de l’entreprise qui est en cause.
Et en même temps, on ne peut pas oublier d’où vient celui qui est en face de
nous, qu’il défend un projet de vie qu’il
a mûri souvent pendant une année,
voire plus. Cette difficulté se règle assez
facilement dans la mesure où, autour de
la table, nous sommes différents. Certains s’attachent surtout au volet financier ; d’autres, comme moi, regardent le
choix de vie que représente la création
de l’entreprise. J’ai noté d’ailleurs une
évolution dans nos façons de voir : les
banquiers qui sont là ne fonctionnent
plus de la même façon qu’au début et
accordent plus d’importance au facteur
humain. Et moi-même, plus le temps
passe, plus je considère que les chiffres
sont importants. Participer à un comité
d’agrément nous transforme ! »
Sébastien Dragan
dans son
restaurant.
■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■
Apprendre à travailler
ensemble
S ÉBASTIEN D RAGAN
CHEF D ’ ENTREPRISE , MEMBRE DE
D ’ AGRÉMENT ET ADMINISTRATEUR
DE D RÔME D IOIS I NITIATIVE
COMITÉ
DE V AL
Sébastien Dragan ne garde pas un très
bon souvenir de son passage en comité
d’agrément. Il est vrai que le repreneur
du Jardin d’Este, restaurant-pizzeria installé à Saillans, au cœur de la vallée de
la Drôme, a essuyé les plâtres, en août
1998 : premier porteur de projet à passer en comité d’agrément et premier prêt
d’honneur de Val de Drôme Diois Initiative (VDDI) qui venait tout juste de se
créer. « L’accueil était un peu froid. Ce
n’était pas facile d’exposer en vingt minutes un projet de vie devant vingt personnes. Les membres du comité d’agrément découvraient leur nouveau rôle.
Aujourd’hui, l’ambiance a bien changé !
J’avais besoin d’un prêt d’honneur pour
boucler mon financement. Je ne savais
rien d’autre de la plateforme. » Sébastien Dragan plonge ensuite pendant trois
années dans l’aventure de son restaurant sans avoir le temps de lever la tête…
La personnalité de Sophie Fourquin, animatrice de VDDI, va faire le reste. « Mon
8
engagement à VDDI, c’est d’abord l’histoire de ma rencontre avec elle. Au fil des
discussions et des rencontres, moi qui
venais d’un milieu de fonctionnaires et
d’employés, j’ai découvert que des chefs
d’entreprises, que je pensais uniquement préoccupés par le gain, pouvaient
aider d’autres chefs d’entreprises. » En
2002, le restaurateur franchit le pas en
rejoignant le comité d’agrément du Crestois et du Pays de Saillans. Sa commune
venait de se doter d’un chargé de mission pour le développement économique
et le bureau de VDDI a souhaité en
conséquence que le territoire de la communauté de communes puisse être représenté au comité d’agrément.
■ « Ma motivation est surtout
d’être utile. Moralement, le principe selon lequel des chefs d’entreprises en aident d’autres est excellent.
Cela permet aussi de changer l’image
que nous avons. C’est très difficile
quand on est restaurateur de s’engager.
On est vite “sanctionnable” sur son acti-
■ Sébastien est devenu en
même temps administrateur de
la plateforme et il est depuis un
an au bureau. « Ici, comme au comité d’agrément, j’ai appris sur le tas.
J’ai beaucoup écouté, j’ai découvert les
problèmes de fonctionnement ou de
budget de l’association. Aujourd’hui, je
participe activement aux décisions. »
Pour lui, pas de doute : VDDI joue un
rôle unique en son genre sur ce territoire très étendu qui s’étend de Loriol
au Diois, où vivent 52 000 habitants.
« La plateforme permet de se relier les
uns aux autres. VDDI a permis aussi
que les chargés de mission des communautés de communes apprennent à
travailler ensemble. Tout n’est pas rose,
cela avance lentement, mais la plateforme permet de dépasser les antagonismes. Sophie Fourquin y est évidemment pour beaucoup ! La plateforme
contribue à ce que les élus des différentes communes apprennent à agir
ensemble sur le développement de leur
territoire avec des chefs d’entreprises.
L’appui de la Région est également essentiel : elle pousse les élus locaux à
aller tous dans le même sens pour développer la vallée. »
La plateforme permet de se relier les uns aux autres.
Elle a permis aussi que des chargés de mission des
communautés de communes apprennent à travailler ensemble. »
■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■
Un engagement
citoyen, une posture
bienveillante
F RÉDÉRIC D UPLES SY
CHEF D ’ ENTREPRISE , PRÉSIDENT
DE H AUTE -V IENNE I NITIATIVE
ET DE L IMOUSIN I NITIATIVE
de la plateforme. « Nous travaillons avec
tous les acteurs du développement local,
dans un esprit constructif. Pour moi,
c’est un des fondamentaux de la plateforme que de participer au maillage du
territoire. La Région Limousin et le Conseil
général sont très attachés à cette dimension de renouvellement de la vie économique dans les territoires. Elle justifie
les financements qu’ils nous apportent. »
plateforme est un organisme particulier.
Le conseil d’administration et le bureau
en sont le cerveau ; le comité d’agrément, le cœur ; et les nouvelles entreprises qui nous rejoignent, le poumon. Mon
rôle est d’irriguer tous ces organes. »
Comment convaincre d’autres chefs d’entreprises de rejoindre le mouvement ?
« Ce que nous faisons relève d’un engagement citoyen à dimension économique. Or, paradoxalement, plus que les valeurs, ce sont les performances de la
plateforme qui intéressent les chefs
d’entreprises : nombre de prêts, nombre
d’emplois, taux de pérennité des entreprises… Il y a un chiffre que je mets en
avant : l’ensemble des entrepreneurs
que nous avons aidés depuis la création
de Haute-Vienne Initiative ont généré
4,5 millions d’euros de salaires en 2007.
Les chefs d’entreprises sont étonnés de
ce chiffre ! C’est après coup qu’ils font
le lien avec nos valeurs. »
Dossier réalisé par Jean-Michel Mestres
Dans quelques semaines, comme il s’y
était engagé en devenant président de
Haute-Vienne Initiative, Frédéric Du■ Administrateur de France Iniplessy va passer la main. Il passera égatiative et membre de la confélement le flambeau de Limousin Initiarence des présidents, il a découtive à la prochaine assemblée générale.
vert la valeur ajoutée du réseau, l’intérêt
Mais il ne quittera pas la plateforme qui
du partage des expériences, l’imporlui a permis de créer son agence de
tance de la vision nationale. « C’est enricommunication il y a cinq ans et qui emchissant d’intervenir dans les deux diploie six salariés. « Après un parcours
mensions. On a parfois l’impression, vu
dans la publicité et après avoir dévedu terrain, qu’il existe un décalage : on
loppé une activité de commerce électrose rend compte qu’il n’en est rien ! »
nique, je venais de rejoindre une société
La très forte implication d’une équipe
de contrôle technique qui a dû fermer
autour de lui amène Frédéric Duplessy
brutalement, mettant quarante perà développer une vision originale : « Une
sonnes au chômage. Nous avons voulu
créer une société avec
d’autres salariés, en sauCe que nous faisons relève d’un engagement citoyen à dimension
vant dix emplois, mais
les banques ne nous ont
économique. Or, paradoxalement, plus que les valeurs, ce sont d’abord les
pas suivis pour la reprise
performances de la plateforme qui intéressent les chefs d’entreprises. »
de l’équipe communication. D’autres ont poursuivi cette aventure et moi-même, j’ai
décidé de créer ma propre agence, tout
en devenant prestataire de leur société.
Je manquais de fonds propres. La plateforme et Pierre Wadier, son président,
ont eu une attitude très positive et très
réactive. Sans eux, je ne serais pas à la
tête de Point Carré ! »
2008
dossier
M a i
■ Frédéric Duplessy confirme :
« La reconnaissance est un moteur très important. Mon engagement vient de là ! Je me souviens que les
membres du comité d’agrément étaient
prêts à m’aider, mais ne comprenaient
pas mes projets de diversification, notamment l’idée d’une banque d’images
en ligne. Ils m’ont néanmoins fait
confiance. Et cette confiance m’a permis de convaincre les banquiers. »
Et le patron de Point Carré de poursuivre : « Plus que de solidarité, je préfère parler de bienveillance. Un comité
d’agrément, ce n’est pas un jury : on y
aborde les projets autrement que les
banques ne peuvent le faire. Notre objectif est bien de renforcer les fonds
propres du créateur. Nous sommes là
pour l’aider. Si le comité d’agrément ne
lui accorde pas de prêt d’honneur, il lui
expliquera ce qui lui reste à faire pour
l’obtenir la prochaine fois. »
Ses responsabilités départementales et
régionales l’ont évidemment amené à
travailler sur la dimension partenariale
Frédéric
Duplessy,
dans son
agence de
communication.
9
la lettre
F R A N C E
n° 129
I N I T I A T I V E
Carrefour Entreprise Sarthe
Bénévoles et labellisés
L’AG DE LA PLATEFORME DE LA SARTHE A ÉTÉ L’OCCASION D’IMPLIQUER LES ANCIENS LABELLISÉS.
Daniel Girandier,
président sortant,
a reçu un Label d’or
des mains de Bernard
Brunhes.
ous les ans, l’assemblée générale
de Carrefour Entreprise Sarthe est
l’occasion de mettre deux entrepreneurs et un parrain à l’honneur, en attribuant à chacun un des Labels d’or de la
plateforme. Cette année, le 9 avril dernier,
un label supplémentaire est venu s’ajouter aux labels offerts à Alain Mousset, parrain de trois entrepreneurs (label parrainage), à Frédéric Miquet, repreneur d’ES
BTP, entreprise de maçonnerie passée de-
T
puis de 50 à 70 salariés (label gestion) et
à Bernard Poussin, dirigeant de Créalyst
qui a mis au point un système de chargement pour les raffineurs (label innovation).
Ce quatrième label a été remis par Bernard Brunhes, invité d’honneur de l’AG, à
Daniel Girandier, président de la plateforme depuis 2001. Son mandat s’achevait le même jour et l’équipe de la plateforme voulait lui rendre un hommage. Son
successeur est Alain Foret, chef d’entre-
prise lui-même labellisé il y a quelques
années par Carrefour Entreprise Sarthe
(lire son portait p. 6).
L’Année du bénévolat économique était
évidemment l’occasion pour le président
de France Initiative de réexpliquer le
sens de l’engagement singulier des bénévoles des plateformes, véritables militants de la cause de la création d’entreprises et du développement économique
local, mais aussi la philosophie de
France Initiative et ses résultats.
Autre innovation de la soirée : l’invitation
lancée à des porteurs de projets, avant
même qu’ils soient labellisés par la plateforme. Parmi ceux que la plateforme a
reçus récemment, 25 ont été ainsi accueillis par des chefs d’entreprises, euxmêmes anciens bénéficiaires de l’aide
de la plateforme : en vrais passeurs, ces
derniers ont pu expliquer la raison d’être
des exigences de la plateforme, parfois
mal comprises, et leur montrer l’importance du réseau.
En marge de l’AG, le Conseil régional
Pays de la Loire s’est engagé auprès de
Carrefour Entreprise Sarthe à abonder le
fonds de prêts à hauteur de 400 000 euros sur deux ans. Sylvie Eslan, sa viceprésidente, a tenu à marquer ainsi l’engagement de la Région auprès de la
plateforme et du développement économique de la Sarthe. Environ 130 projets
devraient en bénéficier sur deux ans. ■
Régionalisation
Rhône-Alpes Initiative
affiche ses engagements
LA RÉGION, LES PARTENAIRES ET LE MOUVEMENT MOBILISÉS À SES CÔTÉS.
eux ans après avoir signé une
charte de partenariat avec la Région Rhône-Alpes, la coordination
des plateformes et son partenaire régional avaient donné rendez-vous dans les
locaux de la Région, le 11 avril, aux plateformes et à leurs partenaires pour un
point d’étape, en présence de Bernard
Brunhes. Cette charte fixait plusieurs objectifs ambitieux, rappelés par JeanJacques Martin, président de la coordination : le doublement des entreprises
aidées, le parrainage d’un créateur sur
deux et l’optimisation de la couverture
du territoire. Des engagements en bonne
voie puisque l’activité a crû de 19 % en
2007 en nombre d’entreprises financées
(1 534 pour l’ensemble de la région) et
de 27 % en nombre de prêts d’honneur
(1 169) et que 650 parrainages sont en
cours (lire aussi p. 11). S’agissant de la
D
10
couverture territoriale, deux projets de
plateformes sont bien avancés dans
l’Ain et un troisième devrait permettre
une couverture quasi totale du territoire
régional au début de 2009.
De quoi valoir aux plateformes de RhôneAlpes le satisfecit de Jean-Louis Gagnaire, vice-président de la Région
chargé de l’économie, qui a lancé à la
tribune : « Je serai toujours à vos côtés
pour plaider la cause de la création d’entreprises. » Malgré les contraintes budgétaires, la Région se dit prête à continuer à accompagner la montée en
puissance des différents dispositifs.
La manifestation était aussi l’occasion,
pour Bernard Brunhes et Jean-Jacques
Martin, de rappeler devant les partenaires les axes du Projet stratégique de
France Initiative et sa déclinaison régionale. La convention signée ce jour-là par
les deux présidents conforte les relations entre les deux niveaux. D’autant
que Craira (qui coordonne aussi l’action
des fonds France Active) a décidé, lors
de son AG, de communiquer désormais
sous le nom de Rhône-Alpes Initiative
pour tout ce qui relève de l’action des
plateformes.
Enfin, Année du bénévolat oblige, Bernard Brunhes a rappelé le sens du bénévolat économique et l’ambition du
mouvement en la matière avant que
deux bénévoles et une filleule n’apportent leur témoignage sur leur engagement ou l’importance du parrainage. ■
Autour de Jean-Louis
Gagnaire, viceprésident de la Région
(2 e en partant de
la droite), Michel
Berthier, président
d’Isère Sud Initiative
et trésorier de RhôneAlpes Initiative (à dr.),
Jean-Jacques Martin,
président de RDI
et de la coordination
régionale, et Bernard
Brunhes (à gauche).
M a i
2008
Parrainage
De l’avantage
de ne pas rester seul
Un chef d’entreprise
participant, les yeux
bandés, au parcours
polysensoriel.
LES PLATEFORMES FRANCE INITIATIVE DE LA DRÔME (IEDV, FORCE SUD
INITIATIVE, VDDI, 5 e PÔLE INITIATIVE - DRÔME PROVENÇALE), EN PARTENARIAT AVEC LA CCI ET LE RÉSEAU ENTREPRENDRE, ONT CRÉÉ L’ÉVÉNEMENT EN LANÇANT LEUR SOIRÉE « OBJECTIF PARRAINAGE DRÔME ».
mbiance détendue à Portes-lèsValence, le 3 avril dernier. Une
centaine de chefs d’entreprises
drômois (artisans, commerçants, dirigeants de PME-PMI) ont répondu présent à l’invitation de trois réseaux : les
plateformes locales France Initiative, la
CCI et le réseau Entreprendre Drôme
Ardèche. L’objectif de cet événement ?
Sensibiliser les chefs d’entreprises à la
question du parrainage afin que les
2 600 entreprises créées chaque année
dans la Drôme mettent toutes les
chances de leur côté. Cette soirée a été
organisée suite à un appel d’offres
lancé en septembre 2007 par la Région
Rhône-Alpes, qui souhaitait que les différents acteurs de la création d’entreprises travaillent en partenariat. Le financement s’élève à près de 60 000 €
(plan de communication, réunions
d’animation du réseau, soirée) auquel
vient s’ajouter une subvention de fonctionnement de deux ans de 6 000 €
pour chaque structure partenaire.
L’objectif est ambitieux : « Nous souhaitons recruter cent nouveaux parrains
pour accompagner les jeunes créateurs
sur le chemin de la réussite », affirme Aurélie Gaggini (FSI). Un vrai challenge
quand on sait que les plateformes de la
Drôme ont quelques difficultés à mobiliser des chefs d’entreprises souvent peu
disponibles. Actuellement, même si des
efforts sont faits dans ce sens, le nombre
de créateurs parrainés reste relativement faible.
A
Une soirée-événement
Les organisateurs ont souhaité faire
preuve d’originalité. Au programme, pas
de discours solennels mais un message
simple et efficace lors de cette soirée
placée sous le signe du divertissement.
À l’arrivée, les participants sont dirigés
les yeux bandés, à travers un parcours
polysensoriel (reconnaissance d’aliments par l’odorat et le toucher), simplement guidés par une animatrice.
L’idée derrière cet atelier interactif et
ludique ? « Alerter les chefs d’entreprises sur le fait qu’un jeune entrepreneur désorienté avance mieux en étant
épaulé par la bonne personne », ex-
1
plique Sophie Fourquin (VDDI).
Car les jeunes dirigeants doivent
acquérir une nouvelle compétence qui ne s’apprend pas
ailleurs que sur le terrain : la
gestion d’une entreprise dans
toutes ses dimensions. La soirée continue avec des petites
scènes de théâtre, des témoignages vidéo de parrains et de créateurs, et des interventions des représentants des réseaux d’aide à la
création d’entreprises. C’est Bernadette Sozet, directrice d’IEDV, le pilote
de l’opération, qui prend la parole au
nom des plateformes France Initiative
de la Drôme pour présenter leurs actions et leurs besoins.
2
Filleul recherche parrain
désespérément…
Faire appel à des comédiens pour sensibiliser les chefs d’entreprises drômois
aux enjeux du parrainage, est un dispositif original et prometteur. La représentation théâtrale a permis aux participants
d’être plus réceptifs aux difficultés rencontrées par le jeune entrepreneur (problèmes de trésorerie, de délais, de gestion, etc.) et de mieux percevoir l’aide
précieuse que peut apporter un parrain
sur les spécificités du métier de chef
d’entreprise. Les écueils à éviter ont été
l’occasion de petites scènes amusantes,
bien plus explicites qu’un long discours.
Rachid Lafria (5e Pôle Initiative) l’exprime
ainsi : « Le parrain n’est en aucun cas un
expert ou un formateur qui se substitue
au parrainé. Il est au contraire dans une
position d’écoute. La décision reste entre
les mains du nouveau chef d’entreprise. »
Un buffet a clôturé agréablement la manifestation et a permis aux chefs d’entreprises d’échanger leurs impressions.
Cette soirée aura-t-elle fait naître quelques
vocations de parrains ? « Nous avons eu
un retour positif. Environ 40 chefs d’entreprises ont rempli un bulletin “Je veux
être parrain” en repartant. » Il faut espérer que ces bonnes volontés fassent très
bientôt des émules !
Carole Bourset
Nathalie Lefaivre
[email protected]
Participants
à la soirée.
Le parrainage
mis en scène.
DIRECTRICE DE LA PUBLICATION Anne Chatauret
RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Michel Mestres
([email protected])
RÉDACTION Carole Bourset ([email protected])
MAQUETTE • RÉALISATION Edire (Barbara Starita • Sylvie Truffaut)
PHOTOS DR
IMPRESSION Imprimerie Mouquet • 93350 Le Bourget
FRANCE INITIATIVE
55, rue des Francs-Bourgeois • 75181 Paris cedex 04
TÉL . 01 40 64 10 20 • FAX 01 43 20 58 34
EMAIL [email protected]
SITE INTERNET www.france-initiative.fr
ABONNEMENT ANNUEL 30 € • 3 € le numéro
ISSN 1951-9672
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