Lettre 123 - Initiative France
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Lettre 123 - Initiative France
129 FRANCE I N I T I AT I V E Mai 2008 Communication Une signature pour porter « notre grande cause » nence et de fierté : c’est le « à nous » de la formule, qui a donné lieu à des débats mais que toute la commission s’est vite approprié. L’expression englobe enfin tous ceux qui participent à cette grande cause – les collectivités locales, les partenaires techniques, les entreprises et les banques – ou qui souhaitent la rejoindre, à titre de partenaires ou de bénévoles. Les représentants des banques au conseil d’administration ne s’y sont pas trompés : ils ont vite adhéré à la proposition dont ils ont perçu à la fois la pertinence et l’originalité. Accélérateur de notoriété En exprimant en quelques mots la personnalité du mouvement et en affichant NOTRE GRANDE CAUSE À NOUS, C’EST FAIRE NAÎTRE VOTRE ENTREPRISE : FRANCE INITIATIVE une fierté qui devrait être partagée par SE DOTE D’UNE SIGNATURE DE MARQUE POUR ACCOMPAGNER SA COMMUNICATION. le plus grand nombre, cette signature s’efforce de remplir le cahier des charges fixé au démarrage du chantier. e conseil d’administration de de son entreprise. L’expression « faire « Vous avez des contraintes fortes », a France Initiative a adopté, le 2 avril, naître » dit bien le rôle singulier que rem- expliqué Jean-Luc Gronner devant le la proposition d’une signature de plissent les plateformes aux côtés des conseil d’administration. « Vous soufmarque pour accompagner la communicréateurs-repreneurs. Elle rend aussi frez d’une notoriété faible. Vous ne discation de France Initiative, Notre grande compte de la prise de risque du créa- posez pas de moyens de communicacause à nous, c’est faire naître votre enteur, à qui s’adresse direction puissants. Votre image treprise. Cette préconisation est issue tement la signature (« votre est éclatée du fait de la multiVous avez des atouts tude de vos “marques filles ” : des travaux de la commission communientreprise »). à faire valoir : votre caractère très décentracation, mise en place en septembre Imper tinence vous remplissez lisé est l’une de vos richesses, 2007 et coprésidée par Christian Douis une formidable mais il complique votre comet fier té (Montpellier Initiative Entreprise) et DaUne signature est un mission, votre munication. » Dans ces condiniel Durand (Alpha Dil) ; en son sein, un des trois « fondamentaux » succès est tions, la signature ne réglera petit groupe de travail, associant des repas tous les problèmes. présentants de plateformes 1, a planché d’une marque, avec le nom quantifiable, pendant plusieurs semaines, avec l’ap« Mais, a-t-il poursuivi, vous et le logo. Pour être vec- vous pouvez pui précieux d’un professionnel reconnu avez des atouts à faire valoir : teur de notoriété, elle doit vous appuyer sur Une campagne venu du monde de la publicité et spésurprendre et séduire. l’implication forte vous remplissez une formid’affiches portera la cialiste de la signature de marque : Pour ce faire, la phrase re- de vos bénévoles. » dable mission, votre succès signature de France Initiative (voir aussi Jean-Luc Gronner 2 , créateur de est quantifiable, vous pouvez tenue met l’aide à la créaen dernière page). l’agence Sous le logo. tion d’entreprises telle que la pratique vous appuyer sur l’implication forte de Après avoir exploré de nomFrance Initiative au niveau d’une vos bénévoles. Enfin, n’oubliez pas que breuses pistes, le « grande cause nationale », au même vous organisez de très nombreux évégroupe s’est arrêté titre que d’autres causes reconnues nements en régions, dans lesquels sur cette signature comme telles, qu’elles soient à carac- vous pourrez utiliser cette signature. qui présente des catère médical, social ou humanitaire. Celle-ci peut jouer son rôle d’accéléraractéristiques intéresEn cette année placée sous la ban- teur de notoriété. » santes. D’abord, la nière du bénévolat économique, D’ores et déjà, la réalisation d’un enphrase retenue dit France Initiative innove donc en por- semble d’affiches portant cette signaclairement la mission tant cette « grande cause » écono- ture et à l’usage des plateformes est en première de France Inimique au cœur des débats. chantier. Par ailleurs, elle va être instaltiative : l’aide à la créaLa signature évoque lée prochainement sur l’ensemble des tion d’entreprises. Mais ainsi la singularité de supports de communication de France elle évite d’utiliser cette France Initiative : celle Initiative. Enfin, cette Année du bénévoexpression, assez comd’être un mouvement as- lat sera l’occasion pour tous, au sein du mune aujourd’hui, pour sociatif, construit autour mouvement, de porter haut et fort cette la remplacer par l’idée, de valeurs et de l’engage- grande cause pour la faire partager par plus poétique, de naisment, aux côtés des créa- le plus grand nombre. J.-M. M. sance. La « naissance » ne teurs d’entreprises, de bédésigne pas ici la seule névoles et des permanents 1. Calaisis Initiative, Etic 85, Haute-Vienne Initiative, Initiative, VNEI, Centre Guyane Initiative création ex nihilo et endes plateformes. Enfin, elle Somme ainsi que l’équipe communication de la tête de globe aussi la reprise : du le dit de façon sympathique réseau. Ancien président et directeur de la création de point de vue du repreneur, en privilégiant la forme 2. l’agence DDB&Co, on lui doit notamment la signail s’agit bien de la naissance orale, avec un peu d’imperti- ture « L’artisanat, première entreprise de France ». L Notre grande cause à nous, c’est faire naître votre entreprise la lettre F R A N C E n° 129 I N I T I A T I V E Fusion ■ Rapport annuel 2007 Telex Naissance de Var Initiative VAR INITIATIVE, PLATEFORME DÉPARTEMENTALE, VIENT DE VOIR LE JOUR DU REGROUPEMENT DE TROIS PLATEFORMES. e 10 avril, au Cannet-des-Maures, les trois assemblées générales extraordinaires d’Est Var Initiative (Fréjus), d’Initiatives Entreprises en Dracénie (Draguignan) et d’Atire (Toulon), qui se sont tenues simultanément, ont adopté le principe de leur fusion. La première assemblée de Var Initiative s’est tenue dans la foulée. Cette importante fusion, adoptée à l’unanimité, est l’aboutissement d’un rapprochement entamé depuis le mois de juin 2007. Encouragé par le Conseil régional, le Conseil général et la Caisse des Dépôts, le regroupement des plateformes du Var poursuit plusieurs objectifs : consolider le fonds de prêts, optimiser les coûts de fonctionnement et faciliter la mise en valeur des partenaires. D’ores et déjà, le président de Var Initiative a annoncé un objectif de 250 prêts d’honneur par an et deux nouvelles banques ont rejoint les partenaires de la plateforme. Présent à ces assemblées générales, L Bernard Brunhes a insisté sur l’importance pour les plateformes d’atteindre une taille critique tout en conservant l’ancrage territorial. Ce sera le cas dans le Var : l’ensemble des comités de tutorat, techniques et les quatre comités d’agrément présents sur le territoire sont maintenus sous leurs formes, prérogatives et compositions actuelles. Var Initiative est présidé par Thierry Tassery, auparavant président d’Atire. Il est appuyé par cinq vice-présidents : les deux anciens présidents d’Est Var Initiative et d’Initiatives Entreprises en Dracénie, et les trois anciens vice-présidents des trois plateformes. Quant à l’équipe de la plateforme, elle est dirigée par Eugénie Delmas, auparavant directrice d’Atire, et composée de six chargés de mission (deux par territoire), d’une assistante de gestion et d’une secrétaire. ■ Var Initiative • Eugénie Delmas [email protected] Aux côtés de Bernard Brunhes, les trois présidents des plateformes du Var qui ont fusionné dans Var Initiative : Maurice Chabert (Initiatives Entreprises en Dracénie), Nadine Helegouarch (Est Var Initiative) et Thierry Tassery (Atire), devenu le président de la nouvelle plateforme (à gauche). Le Rapport annuel synthétique 2007 de France Initiative, vient de sortir sous le titre « Notre grande cause à nous, c’est faire naître votre entreprise ». Ce titre reprend la conclusion du message du président qui ouvre le Rapport… et, bien évidemment, la toute nouvelle signature de France Initiative. Une manière aussi de montrer que la forme orale de la signature permet son utilisation dans les discours de présentation de France Initiative et des plateformes. Ce rapport de 16 pages détaille par le menu les principaux chiffres de l’activité du mouvement en 2007. À noter l’existence d’une nouvelle double page consacrée aux bénévoles, Année du bénévolat oblige. Quelques témoignages de bénévoles ponctuent les données chiffrées. Ce rapport fait l’objet d’une diffusion en nombre auprès des plateformes France Initiative. Innovation de cette édition : les plateformes ont également pu commander des exemplaires supplémentaires pour le diffuser plus largement à leurs partenaires et, surtout, utiliser à cette occasion un papier préimprimé inspiré du visuel du Rapport annuel pour présenter leurs propres chiffres d’activité. Noémie Marshall [email protected] Un fonds de prêts régional pour les éco-activités SCIENTIPÔLE INITIATIVE VEUT FAVORISER LA CRÉATION D’ENTREPRISES ÉCO-INNOVANTES. n fonds spécifique de prêts d’honneur vient d’être lancé par Scientipôle Initiative pour favoriser l’émergence et la création d’entreprises éco-innovantes, en partenariat avec le Conseil régional d’Île-de-France (qui dotera ce fonds de 500 000 €) et de contributeurs du secteur privé (BP France, Hewlett Packard et Suez Environnement). Ce nouveau fonds, qui dispose U 2 d’une capacité de prêts supérieure à 1 million d’euros, a été officiellement annoncé le 1 er avril, premier jour de la Semaine du développement durable en France. Ce second fonds complète le fonds de prêt d’honneur de cette plateforme francilienne, spécialisée dans les jeunes entreprises innovantes. L’éco-innovation se définit comme l’ensemble des activités innovantes assurant « la fourniture de biens et de services permettant de mesurer, de prévenir, de limiter ou de corriger les atteintes à l’environnement : pollution de l’eau, de l’air, du sol, dégradation des milieux naturels et des écosystèmes, effets du changement climatique, problèmes de déchets, de nuisance sonore ou olfactive ». ■ sophie.sirven@scientipôle-initiative.org F R A N C E M a i I N I T I A T I V E 2008 ÉTHIQUE dossier la lettre Lors d’un comité d’agrément de Charente Initiatives, Malika Brahmi, vice-présidente, et Didier Chevaucherie, trésorier. Témoins de valeurs A L’Année du bénévolat économique est l’occasion de revisiter les valeurs de France Initiative en donnant la parole à des bénévoles qui ont créé leur entreprise grâce à l’appui d’une plateforme. doptée en 2000, la Charte éthique a été le premier texte à formaliser les fondamentaux de France Initiative. « France Initiative fonde toute son action sur l’échange social, la confiance, la réciprocité, la reconnaissance de la particularité de chacun », explique Jean-Pierre Worms, vice-président de France Initiative. « Cette approche est aux antipodes d’une culture de la défiance qui fonde trop souvent la coopération entre acteurs économiques et sociaux. Nous sommes aussi en rupture avec une culture publique dominante où l’on attend de l’État qu’il assume l’ensemble des fonctions de solidarité. » Ce sociologue, l’un des penseurs historiques du mouvement, est aussi l’un des auteurs de la Charte. Au cœur de ce texte : le droit à l’initiative pour chacun, le respect de l’autonomie et de la dignité et des créateurs d’entreprises, d’une part ; la solidarité et la coopération entre acteurs, d’autre part. En cette Année du bénévolat économique, qui peut mieux parler de ces va- leurs, que des entrepreneurs ayant créé leur entreprise grâce à un prêt d’honneur de France Initiative et qui ont choisi ensuite de s’engager bénévolement dans les plateformes comme parrain, membre de comité d’agrément, administrateur ou président ? ■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■ De la reconnaissance à l’échange M ALIKA B RAHMI CHEF D ’ ENTREPRISE , VICE - PRÉSIDENTE DE C HARENTE I NITIATIVES Avez-vous vu Les Triplettes de Belleville ? Derrière ce film d’animation, sélectionné au Festival de Cannes en 2003 et qui a remporté un succès public, se cache le savoir-faire de 2d3D Animations, société de prestations et de production de films d’animation, installée à Angoulême. Au cœur du pôle image Magélis, le studio intervient dans la fabrication de séries et de longs-métrages destinés ... suite p. 4 3 F R A N C E dossier la lettre n° 129 I N I T I A T I V E ... à la télévision ou au cinéma. Sa directrice générale, Malika Brahmi, est aussi vice-présidente de Charente Initiatives. Elle a créé sa société en collaboration avec Florent Mounier, en 1999, grâce à deux prêts d’honneur de la plateforme. Aujourd’hui, 2d3D Animations réalise 2 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie dix salariés permanents tout en accueillant en renfort jusqu’à quarante intermittents. Elle fait partie des petits studios d’animation qui montent et son catalogue est impressionnant. Neuf ans après la création de 2d3D, Malika Brahmi se lance dans la production déléguée d’un long-métrage, aux côtés de partenaires allemands et italiens, Trois amis mènent l’enquête. Sortie en salle prévue au premier semestre 2009. Avant d’en arriver là, sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille… D’abord infirmière psychiatrique en Seine-Saint-Denis, puis institutrice, directrice de production dans l’audiovisuel à Paris, avant d’ouvrir à Angoulême le studio d’animation d’une société parisienne puis de créer son propre studio, Malika Brahmi incarne ce droit à l’initiative que permettent les plateformes. C’est formidable que des personnes que vous ne connaissez pas, qui ne connaissent pas le secteur dans lequel vous voulez entreprendre et à qui vous expliquez ce que vous voulez faire, vous accordent leur confiance. » « Charente Initiatives est la première institution où j’ai rencontré des personnes qui m’ont aidée à devenir chef d’entreprise. Elles ont été mes parrains. Et je me rends compte en avançant dans la vie que je suis profondément reconnaissante à ceux qui m’ont accompagnée au long de mon parcours. » Cette fille de harki, née dans un foyer Sonacotra, qui a appris le français à l’école et qui n’était pas allée au cinéma avant 18 ans, le reconnaît : « Quand on vient de là, on se rappelle très bien qui vous a aidé. » ■ Elle se souvient du prêt d’honneur comme si c’était hier. « Le comité d’agrément était pour l’essentiel composé d’industriels locaux qui ignoraient tout de notre métier. Pour ne rien arranger, nous avions l’image de Parisiens arrivés depuis peu, même si nous avions vécu en province. Ils ont misé sur nos personnalités, bien plus que sur l’activité elle-même. Je crois que nous les avons convaincus et mis en confiance. Et, peut-être sans qu’ils s’en rendent compte, ils nous ont donné confiance, ne serait-ce que par la qualité de leur écoute ! C’est formidable que des personnes que vous ne connaissez pas, qui ne connaissent pas le secteur dans lequel vous voulez entreprendre et à qui vous expliquez ce que vous voulez faire, vous accordent leur confiance. Être crédible à leurs yeux, c’était immense ! » Passée de l’autre côté, elle n’a rien oublié : « Je sais ce que c’est d’être porteur de projet. J’ai toujours beaucoup de respect pour eux, pour leur courage. Partir de rien pour créer son entreprise nécessite un très important travail personnel, une démarche très forte. C’est cela qui me plaît dans France Initiative : on tient compte de l’individu. France Ini- Questions a Jean-Jaques Martin Les valeurs se partagent par l’expérience LES EXPLICATIONS DE JEAN-JACQUES MARTIN, PRÉSIDENT DE RHÔNE DÉVELOPPEMENT INITIATIVES, DE RHÔNE-ALPES INITIATIVE ET DE LA COMMISSION ÉTHIQUE DE FRANCE INITIATIVE. En quoi les valeurs de France Initiative sont-elles toujours d’actualité ? Tout au long des vingt-trois ans d’existence de France Initiative, elles ont été à la base du métier des plateformes, puis de la réussite du mouvement et de son développement. Elles ont fait la preuve de leur pertinence pour le développement économique des territoires. Elles restent fondées sur une solidarité bien comprise, à l’opposé de l’assistanat, et procèdent avant tout du souci de donner aux porteurs de projets la possibilité d’intégrer le circuit économique dans les conditions les moins risquées possibles. Comment s’assurer qu’elles sont mises en œuvre ? Dans chaque plateforme, elles sont mises en œuvre par le respect du référentiel métier, en particulier au sein des comités d’agrément. C’est là que l’on comprend le mieux, selon moi, le souci majeur qui doit être le nôtre d’apporter des éléments constructifs aux créateurs. Cela se manifeste tout au long de la relation avec ceux-ci. Plus que par des textes, les valeurs se partagent par l’expérience. Dans ma plateforme, nous sommes sollicités par d’anciens chefs d’entreprises ou par des cadres qui souhaitent devenir parrains. Nous leur expliquons ce que nous faisons et comment, en insistant sur le sens du prêt d’honneur et sur le fait que ce n’est pas une formule creuse. Nous les invitons à participer à un comité d’engagement pour comprendre la typologie des créateurs que nous recevons et, surtout, la manière dont le dialogue s’installe. C’est très éclairant : lors de la première réunion, ils se cantonnent dans une approche économique, avec un regard très sévère ; dès la deuxième 4 fois, ils entrent dans la logique du dialogue. Ils comprennent alors que nous intervenons pour limiter les risques, dans l’intérêt du créateur, et lui permettre de voir son dossier accepté par les banques. Rien ne remplace la pratique, même si elle doit être complétée par des échanges et des témoignages sur le sens de notre action. La commission éthique que vous présidez, est-elle le gardien du temple ? Certainement pas. C’est un groupe de travail qui est saisi par les instances de France Initiative ou par les plateformes sur des questions techniques dont les réponses méritent d’être éclairées par les valeurs. Par exemple : comment traiter les impayés ? Dans l’avis rendu, nous avons privilégié l’aide à apporter à l’entrepreneur pour sauver son entreprise sur une approche contentieuse. La commission a été également consultée sur le projet de statut des personnels des plateformes : nous avons cherché un statut qui se rapproche de notre activité et de notre structuration territoriale, mais nous avons surtout incité les plateformes à se doter d’un tel statut. Cela nous semble conforme à nos valeurs. Dernier exemple : la reprise d’entreprises. Face au dossier d’un repreneur, nous proposons que la plateforme reçoive le cédant pour s’assurer que la reprise se passera le plus harmonieusement possible. Ce qui nous guide, c’est l’intérêt du repreneur. La reprise comporte des risques juridiques, comptables et financiers plus élevés que la création. Les plateformes doivent donc mobiliser les compétences requises et mettre en place, si besoin, les formations nécessaires. M a i 2008 ÉTHIQUE tiative fait aujourd’hui partie des associations dans lesquelles je passe du temps. Je participe au conseil d’administration de Charente Initiatives et aux comités d’agrément. Pour moi, c’est d’abord une plateforme d’échanges. Je peux apporter mon expérience, mon expertise ; le bureau et le conseil me renvoient des choses positives. » Et Malika Brahmi poursuit : « La plateforme est un lieu où l’on parle d’avenir. Nous sommes dans la construction, nous analysons les dossiers pour travailler dans le consensus. Nous discutons beaucoup. Chacun est important dans le processus. Nous prenons très au sérieux notre rôle. Nous nous impliquons dans les décisions que nous prenons. Dans le même temps, autour de la table du comité d’agrément, on perd les étiquettes, on ne garde que les compétences. » ■ La plateforme, outil de coopération entre les acteurs : ce n’est pas une formule. « Je suis très attachée à la neutralité politique de la plateforme. Elle nous oblige à travailler avec tout le monde : la CCI – dont nous sommes très proches puisque le président de la plateforme est vice-président de la CCI et que l’animatrice en est détachée –, la chambre de métiers, les collectivités locales, les autres réseaux… Il faut rester ouvert à toutes les possibilités qu’offrent les acteurs. Un exemple : sous l’impulsion de la Caisse des Dépôts, le bureau – Germain Vinuesa, Didier Chevaucherie et moimême, avec Véronique Auxire – a choisi de rapprocher la plateforme de Poitou-Charentes Entreprendre. Nous pensons avant tout aux porteurs de projets. Car nous avons tous la même finalité : créer de l’emploi. Un dossier aidé par Réseau Entreprendre doit pouvoir aussi être aidé par nous et réciproquement. Nous voulons agir en complémentarité. » Malika Brahmi milite pour que chacun ait le droit d’accéder à la liberté de créer. Là encore, rien n’est simple : « Que faire face à un dossier qui présente des défauts ? Nous en discutons entre nous. C’est là que ça devient intéressant. Il n’y a jamais d’attribution automatique de prêt d’honneur. Mais face à ceux qui portent leur projet, qui ont mené une longue démarche, qui viennent l’exposer au comité – pour certains, c’est la première prise de parole en public –, peut-on casser le rêve ? Certains choix sont difficiles. De toute façon, Charente Initiatives demande au créateur de s’engager personnellement et nous l’accompagnons financièrement à hauteur de cet engagement personnel. » ■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■ Rendre ce qui a été apporté B ÉATRICE M ELIN CHEF D ’ ENTREPRISE ET MARRAINE AU CPEM Savez-vous ce qu’est une alidade ? C’est, sur un bateau, le repère d’un compas de navigation. Béatrice Melin a choisi ce nom pour sa société de coaching, individuel et en équipe, de cadres et dirigeants et de formation au management, qu’elle a créée en 2004 avec l’aide d’un prêt d’honneur du CPEM, à Marseille. Aujourd’hui, elle est bénévole de la plateforme et « marraine » sept chefs d’entreprises ! Un choix lié à son métier de coach. Mais pas seulement. Cette ancienne directrice commerciale d’un touropérateur se souvient : « La décision du comité d’agrément de m’accorder un prêt d’honneur a été la marque de reconnaissance de la viabilité de mon projet et de ma capacité à le mener à bien ! Aussi difficile qu’il ait été, ce passage devant le comité a été bien plus enrichissant qu’une discussion avec des banquiers. Le fait que ce comité réunisse des experts venus d’horizons différents, qu’il soit ouvert dans son approche et qu’il ait un regard transversal est très intéressant. Je suis très attachée à cette notion de prêt d’honneur, accordé sans garantie à la personne du créateur. Ce prêt d’honneur, ce n’est évidemment pas qu’une histoire d’argent. » Peu après, le nouveau directeur de la plateforme, Stéphane Rizzo, souhaitait impliquer davantage d’actifs parmi les bénévoles et il a fait appel à elle. « Je participais à l’accompagnement de créatrices issues des quartiers sensibles de Marseille, via le dispositif Chrysalide. J’ai voulu avoir la même démarche avec des bénéficiaires de prêts d’honneur. » Elle-même avait bénéficié de l’appui d’un tuteur au moment de la création d’Alidade. Mais les deux protagonistes n’étaient pas en phase... Et elle a, de son côté, beaucoup réfléchi à la bonne posture du parrain. « Mon intervention permet de faire bénéficier de prestations de coaching des personnes qui n’y auraient pas accès pour des raisons culturelles ou parce que c’est trop cher. » ■ C’est une autre façon de pratiquer son métier. Deux de ses filleules bénéficient ainsi gratuitement d’un dispositif collectif mis au point par Béatrice Melin dans le cadre d’Alidade. À Marseille, le parrainage s’appelle tutorat. Et les tuteurs sont réunis dans un comité de tutorat, animé par Georges Armandi, qui réunit deux fois par mois Béatrice Melin (au centre) et deux jeunes femmes entrepreneurs qu’elle « marraine », Céline Ligot (à gauche) et Céline Giordano (à droite). Le fait que ce comité réunisse des experts venus d’horizons différents, qu’il soit ouvert dans son approche et qu’il ait un regard transversal est très intéressant. » 5 F R A N C E dossier la lettre I N I T I A T I V E une trentaine de tuteurs. « Mon intervention comme tutrice est un acte civique, une façon de rendre ce qui m’a été apporté. Ces relations sont riches d’échanges. Il s’agit d’aider les créateurs accompagnés à trouver leur voie. » Cela ne va pas toujours de soi : « Il est parfois difficile d’établir avec eux une relation de confiance et d’accompagnement. C’est un vrai travail que de leur faire percevoir l’atout de cette relation. » n° 129 Sur le stand du Salon des entrepreneurs, Alain Foret, chef d’entreprise, aujourd’hui président de Carrefour Entreprise Sarthe, aux côtés de Daniel Girandier, ancien président, et de Christophe Lopez, chef d’entreprise et membre du bureau (de gauche à droite). ■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■ La confraternité et le respect A LAIN F ORET CHEF D ’ ENTREPRISE ET PRÉSIDENT DE C ARREFOUR E NTREPRISE S ARTHE Tout commence toujours par le comité d’agrément. Alain Foret, PDG d’Ouest Fixation, entreprise de négoce de fournitures industrielles reprise en 1999 grâce à un prêt d’honneur de Carrefour Entreprise Sarthe, n’échappe pas à la règle. « Comme tout créateur ou repreneur, je croyais à mon projet. Le passage en comité d’agrément m’a obligé à convaincre des gens venus d’horizons différents. J’avais tout risqué pour reprendre l’entreprise, j’allais sauter à pieds joints dans DE L’ÉTHIQUE À L A QUALITÉ Les nombreuses applications concrètes Entre les valeurs de France Initiative, les exigences de la norme NF et les critères de qualification des plateformes, il existe une très étroite corrélation. Ce qu’explique Jean-Pierre Worms : « La démarche qualité est une façon de transformer nos valeurs en pratiques professionnelles. Pour chacune d’elles, nous avons trouvé un équivalent opérationnel. La mise en œuvre de la charte qualité devient l’instrument de mise en œuvre des valeurs. Nous sommes dans une démarche qui vise à nourrir les pratiques du sens et à donner du sens aux pratiques. » En voici quelques exemples. ■ LE RESPECT ET L’AUTONOMIE DU CRÉATEUR La Charte éthique place la plateforme « au service des créateurs », en précisant : « Elle respecte l'autonomie et la dignité personnelle de chaque créateur, 6 tout en cherchant à lui assurer les meilleures chances de succès. » De nombreuses exigences posées par la norme découlent de ce principe : depuis l’accueil du porteur de projet jusqu’au droit qu’il a de venir défendre son projet devant le comité d’agrément. De son côté, celui-ci doit mobiliser une pluralité de compétences (financière, commerciale, juridique, de management, etc.) pour donner ■ LES EXIGENCES D’UNE VRAIE VIE ASSOCIATIVE au créateur toutes ses chances. L’accompagnement du nouvel entrepreneur sous toutes ses formes (suivi technique, parrainage) relève de la même exigence. La Charte éthique ne s’arrête pas là et précise qu’une plateforme « valorise, chez tout créateur, la capacité de Concrètement, l’application de la Charte éthique elle-même fait partie des critères de qualification des plateformes. Ils prévoient également, autre exemple, que les collectivités territoriales finançant l’association ne puissent siéger au sein du comité d’agrément. L’existence d’une vraie vie associative, associant les partenaires de la plateforme organisés par collège, figure parmi les autres principes intangibles. Cela passe par le respect des développement économique de son entreprise, support d’autres emplois, et sa capacité d'innovation ». La Charte éthique de France Initiative pose un principe : « C’est son organisation associative et une déontologie partagée par l’ensemble de ses plateformes qui assurent à France Initiative (et à ses adhérents) reconnaissance, efficacité et capacité de développement. Ces références éthiques caractérisent son projet et son identité. » M a i 2008 ÉTHIQUE le grand bain : la valiJe crois surtout que, quand on a reçu, il faut donner. Sinon, le système dation de mon projet ne marche plus. D’autant que, derrière le partage, il y a un échange par le comité d’agrément m’a conforté et positif pour tous ceux qui participent. Mon engagement au sein de la plateforme le prêt d’honneur m’a me fait progresser. Dans le management, notamment. J’apprends beaucoup crédibilisé aux yeux des discussions du bureau, des problématiques posées. » des banques. En réalité, j’en n’en avais pas besoin pour boucler mon plan de fi- ment au sein de la plateforme me fait nouvelle étape. « Elle me permet d’aller nancement – le prêt d’honneur était sur- progresser. Dans le management, no- au bout de ma démarche. Le choix des tout pour moi un moyen d’avoir un droit tamment. J’apprends beaucoup des dis- administrateurs me donne une nouvelle à l’erreur. Mais ce prêt m’a donné cussions du bureau, des probléma- légitimité. » Son engagement garde un tiques posées. » sens très clair. « Les chefs d’entreprises confiance et il m’a même libéré. » doivent se mobiliser pour assurer un À Carrefour Entreprise Sarthe, plus de la moitié des créateurs aidés deviennent ■ Avant de se lancer dans la re- meilleur fonctionnement du tissu éconodes adhérents et l’équipe de CES a logi- prise de son entreprise, Alain mique local. Cela fait partie de nos misquement sollicité Alain Foret quelques Foret était cadre dans une banque. Il a sions. Sinon, le système n’avance pas. » années plus tard pour participer au co- pu mesurer la différence des approches. De ce point de vue, le positionnement mité d’agrément et même le présider, « Ce n’est pas un tableau Excel qu’on re- de la plateforme le comble. « Carrefour ainsi qu’au conseil d’administration et garde dans un comité d’agrément. C’est Entreprise Sarthe est au plan départeau bureau. « C’était dans la continuité l’adéquation de la personne et de son mental une structure fédératrice. Cette d’autres engagements associatifs tels projet. Bien sûr, il faut que le projet soit dimension essentielle est reconnue par que Mini-entreprises, qui fait découvrir bon. Mais le facteur personnel compte tous les acteurs locaux, publics et privés. la création d’entreprises à des lycéens. tout autant, si ce n’est plus. Plus que Les banques attendent notre feu vert pour Bien sûr, c’est intéressant de participer de solidarité, je préfère parler de confra- donner leur accord, les comités de pays aux aventures des autres et de se ternité, de compréhension, de respect font de même quand ils ont des disposiconfronter à d’autres regards dans les par rapport à celui qui prend le risque, tifs complémentaires du prêt d’honneur. comités. Mais je crois surtout que, de partage, d’écoute, y compris sur les Notre indépendance garantit ce caractère fédérateur. La plateforme est un enquand on a reçu, il faut donner. Sinon, faiblesses de son projet. » le système ne marche plus. Derrière le Aujourd’hui, avec la présidence de la droit d’unification des compétences au partage, il y a un échange positif pour plateforme qu’il occupe depuis le début service d’un projet de développement tous ceux qui participent. Mon engage- du mois d’avril, Alain Foret franchit une économique du département. » des valeurs de France Initiative une plateforme ne doit pas être dans une dépendance financière à l’égard d’un de ses partenaires. ■ UN OUTIL PARTENARIAL AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE L’exigence d’une démocratie associative. statuts types qui stipulent un nombre minimal d’adhérents (20), représentants les différentes catégories d’acteurs que la plateforme doit associer à son action, ou qui précisent que les plateformes ne peuvent avoir des membres de droit. La Charte éthique rappelle par ailleurs qu’une plateforme France Initiative « veille à la qualité démocratique de sa vie associative et à la préservation de son indépendance et de celle des créateurs ». Concrètement, « Une plateforme France Initiative est au service d'un territoire ; à ce titre, elle insère son action dans une démarche de développement local et dans les réseaux de compétences qu'elle mobilise », stipule la Charte éthique. Concrètement, une plateforme doit obligatoirement mobiliser un nombre minimal d’acteurs économiques parmi ses partenaires et assurer leur représentation dans le fonctionnement de la vie des territoires. Autre principe : une plateforme doit, pour remplir les conditions de qualification de France Initiative, se fixer des objectifs d’activité cohérents avec les besoins de son territoire. ■ AU SERVICE DES SOLIDARITÉS COLLECTIVES Les « solidarités collectives » dont parle la Charte éthique concernent les plateformes France Initiative entre elles, les relations avec les autres opérateurs de l’aide à la création d'entreprises et tous les agents économiques du territoire. Cette exigence a une traduction très concrète dans l’appartenance au mouvement et le respect qu’elle impose, pour le bénéfice de tous, de la charte graphique ou de l’engagement à répondre aux enquêtes conduites par France Initiative… Dans un autre registre, parmi les critères de qualification des plateformes, figure une règle de non-concurrence entre les plateformes. La Charte éthique est en ligne sur le site Internet de France Initiative : http://www.france-initiative.fr/index.php/ france_initiative/qui_nous_sommes 7 la lettre F R A N C E I N I T I A T I V E n° 129 ÉTHIQUE vité. Là, c’est moins le cas. C’est une façon de travailler pour le développement de la vallée de la Drôme, en apportant de l’humain. Au fond, je m’implique dans la plateforme parce qu’elle me ressemble. » Au sein du comité, le patron du Jardin d’Este va découvrir un dilemme : « Il faut partir du prévisionnel, voir s’il est réaliste et à quelles conditions. Car c’est la viabilité de l’entreprise qui est en cause. Et en même temps, on ne peut pas oublier d’où vient celui qui est en face de nous, qu’il défend un projet de vie qu’il a mûri souvent pendant une année, voire plus. Cette difficulté se règle assez facilement dans la mesure où, autour de la table, nous sommes différents. Certains s’attachent surtout au volet financier ; d’autres, comme moi, regardent le choix de vie que représente la création de l’entreprise. J’ai noté d’ailleurs une évolution dans nos façons de voir : les banquiers qui sont là ne fonctionnent plus de la même façon qu’au début et accordent plus d’importance au facteur humain. Et moi-même, plus le temps passe, plus je considère que les chiffres sont importants. Participer à un comité d’agrément nous transforme ! » Sébastien Dragan dans son restaurant. ■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■ Apprendre à travailler ensemble S ÉBASTIEN D RAGAN CHEF D ’ ENTREPRISE , MEMBRE DE D ’ AGRÉMENT ET ADMINISTRATEUR DE D RÔME D IOIS I NITIATIVE COMITÉ DE V AL Sébastien Dragan ne garde pas un très bon souvenir de son passage en comité d’agrément. Il est vrai que le repreneur du Jardin d’Este, restaurant-pizzeria installé à Saillans, au cœur de la vallée de la Drôme, a essuyé les plâtres, en août 1998 : premier porteur de projet à passer en comité d’agrément et premier prêt d’honneur de Val de Drôme Diois Initiative (VDDI) qui venait tout juste de se créer. « L’accueil était un peu froid. Ce n’était pas facile d’exposer en vingt minutes un projet de vie devant vingt personnes. Les membres du comité d’agrément découvraient leur nouveau rôle. Aujourd’hui, l’ambiance a bien changé ! J’avais besoin d’un prêt d’honneur pour boucler mon financement. Je ne savais rien d’autre de la plateforme. » Sébastien Dragan plonge ensuite pendant trois années dans l’aventure de son restaurant sans avoir le temps de lever la tête… La personnalité de Sophie Fourquin, animatrice de VDDI, va faire le reste. « Mon 8 engagement à VDDI, c’est d’abord l’histoire de ma rencontre avec elle. Au fil des discussions et des rencontres, moi qui venais d’un milieu de fonctionnaires et d’employés, j’ai découvert que des chefs d’entreprises, que je pensais uniquement préoccupés par le gain, pouvaient aider d’autres chefs d’entreprises. » En 2002, le restaurateur franchit le pas en rejoignant le comité d’agrément du Crestois et du Pays de Saillans. Sa commune venait de se doter d’un chargé de mission pour le développement économique et le bureau de VDDI a souhaité en conséquence que le territoire de la communauté de communes puisse être représenté au comité d’agrément. ■ « Ma motivation est surtout d’être utile. Moralement, le principe selon lequel des chefs d’entreprises en aident d’autres est excellent. Cela permet aussi de changer l’image que nous avons. C’est très difficile quand on est restaurateur de s’engager. On est vite “sanctionnable” sur son acti- ■ Sébastien est devenu en même temps administrateur de la plateforme et il est depuis un an au bureau. « Ici, comme au comité d’agrément, j’ai appris sur le tas. J’ai beaucoup écouté, j’ai découvert les problèmes de fonctionnement ou de budget de l’association. Aujourd’hui, je participe activement aux décisions. » Pour lui, pas de doute : VDDI joue un rôle unique en son genre sur ce territoire très étendu qui s’étend de Loriol au Diois, où vivent 52 000 habitants. « La plateforme permet de se relier les uns aux autres. VDDI a permis aussi que les chargés de mission des communautés de communes apprennent à travailler ensemble. Tout n’est pas rose, cela avance lentement, mais la plateforme permet de dépasser les antagonismes. Sophie Fourquin y est évidemment pour beaucoup ! La plateforme contribue à ce que les élus des différentes communes apprennent à agir ensemble sur le développement de leur territoire avec des chefs d’entreprises. L’appui de la Région est également essentiel : elle pousse les élus locaux à aller tous dans le même sens pour développer la vallée. » La plateforme permet de se relier les uns aux autres. Elle a permis aussi que des chargés de mission des communautés de communes apprennent à travailler ensemble. » ■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■■ Un engagement citoyen, une posture bienveillante F RÉDÉRIC D UPLES SY CHEF D ’ ENTREPRISE , PRÉSIDENT DE H AUTE -V IENNE I NITIATIVE ET DE L IMOUSIN I NITIATIVE de la plateforme. « Nous travaillons avec tous les acteurs du développement local, dans un esprit constructif. Pour moi, c’est un des fondamentaux de la plateforme que de participer au maillage du territoire. La Région Limousin et le Conseil général sont très attachés à cette dimension de renouvellement de la vie économique dans les territoires. Elle justifie les financements qu’ils nous apportent. » plateforme est un organisme particulier. Le conseil d’administration et le bureau en sont le cerveau ; le comité d’agrément, le cœur ; et les nouvelles entreprises qui nous rejoignent, le poumon. Mon rôle est d’irriguer tous ces organes. » Comment convaincre d’autres chefs d’entreprises de rejoindre le mouvement ? « Ce que nous faisons relève d’un engagement citoyen à dimension économique. Or, paradoxalement, plus que les valeurs, ce sont les performances de la plateforme qui intéressent les chefs d’entreprises : nombre de prêts, nombre d’emplois, taux de pérennité des entreprises… Il y a un chiffre que je mets en avant : l’ensemble des entrepreneurs que nous avons aidés depuis la création de Haute-Vienne Initiative ont généré 4,5 millions d’euros de salaires en 2007. Les chefs d’entreprises sont étonnés de ce chiffre ! C’est après coup qu’ils font le lien avec nos valeurs. » Dossier réalisé par Jean-Michel Mestres Dans quelques semaines, comme il s’y était engagé en devenant président de Haute-Vienne Initiative, Frédéric Du■ Administrateur de France Iniplessy va passer la main. Il passera égatiative et membre de la confélement le flambeau de Limousin Initiarence des présidents, il a découtive à la prochaine assemblée générale. vert la valeur ajoutée du réseau, l’intérêt Mais il ne quittera pas la plateforme qui du partage des expériences, l’imporlui a permis de créer son agence de tance de la vision nationale. « C’est enricommunication il y a cinq ans et qui emchissant d’intervenir dans les deux diploie six salariés. « Après un parcours mensions. On a parfois l’impression, vu dans la publicité et après avoir dévedu terrain, qu’il existe un décalage : on loppé une activité de commerce électrose rend compte qu’il n’en est rien ! » nique, je venais de rejoindre une société La très forte implication d’une équipe de contrôle technique qui a dû fermer autour de lui amène Frédéric Duplessy brutalement, mettant quarante perà développer une vision originale : « Une sonnes au chômage. Nous avons voulu créer une société avec d’autres salariés, en sauCe que nous faisons relève d’un engagement citoyen à dimension vant dix emplois, mais les banques ne nous ont économique. Or, paradoxalement, plus que les valeurs, ce sont d’abord les pas suivis pour la reprise performances de la plateforme qui intéressent les chefs d’entreprises. » de l’équipe communication. D’autres ont poursuivi cette aventure et moi-même, j’ai décidé de créer ma propre agence, tout en devenant prestataire de leur société. Je manquais de fonds propres. La plateforme et Pierre Wadier, son président, ont eu une attitude très positive et très réactive. Sans eux, je ne serais pas à la tête de Point Carré ! » 2008 dossier M a i ■ Frédéric Duplessy confirme : « La reconnaissance est un moteur très important. Mon engagement vient de là ! Je me souviens que les membres du comité d’agrément étaient prêts à m’aider, mais ne comprenaient pas mes projets de diversification, notamment l’idée d’une banque d’images en ligne. Ils m’ont néanmoins fait confiance. Et cette confiance m’a permis de convaincre les banquiers. » Et le patron de Point Carré de poursuivre : « Plus que de solidarité, je préfère parler de bienveillance. Un comité d’agrément, ce n’est pas un jury : on y aborde les projets autrement que les banques ne peuvent le faire. Notre objectif est bien de renforcer les fonds propres du créateur. Nous sommes là pour l’aider. Si le comité d’agrément ne lui accorde pas de prêt d’honneur, il lui expliquera ce qui lui reste à faire pour l’obtenir la prochaine fois. » Ses responsabilités départementales et régionales l’ont évidemment amené à travailler sur la dimension partenariale Frédéric Duplessy, dans son agence de communication. 9 la lettre F R A N C E n° 129 I N I T I A T I V E Carrefour Entreprise Sarthe Bénévoles et labellisés L’AG DE LA PLATEFORME DE LA SARTHE A ÉTÉ L’OCCASION D’IMPLIQUER LES ANCIENS LABELLISÉS. Daniel Girandier, président sortant, a reçu un Label d’or des mains de Bernard Brunhes. ous les ans, l’assemblée générale de Carrefour Entreprise Sarthe est l’occasion de mettre deux entrepreneurs et un parrain à l’honneur, en attribuant à chacun un des Labels d’or de la plateforme. Cette année, le 9 avril dernier, un label supplémentaire est venu s’ajouter aux labels offerts à Alain Mousset, parrain de trois entrepreneurs (label parrainage), à Frédéric Miquet, repreneur d’ES BTP, entreprise de maçonnerie passée de- T puis de 50 à 70 salariés (label gestion) et à Bernard Poussin, dirigeant de Créalyst qui a mis au point un système de chargement pour les raffineurs (label innovation). Ce quatrième label a été remis par Bernard Brunhes, invité d’honneur de l’AG, à Daniel Girandier, président de la plateforme depuis 2001. Son mandat s’achevait le même jour et l’équipe de la plateforme voulait lui rendre un hommage. Son successeur est Alain Foret, chef d’entre- prise lui-même labellisé il y a quelques années par Carrefour Entreprise Sarthe (lire son portait p. 6). L’Année du bénévolat économique était évidemment l’occasion pour le président de France Initiative de réexpliquer le sens de l’engagement singulier des bénévoles des plateformes, véritables militants de la cause de la création d’entreprises et du développement économique local, mais aussi la philosophie de France Initiative et ses résultats. Autre innovation de la soirée : l’invitation lancée à des porteurs de projets, avant même qu’ils soient labellisés par la plateforme. Parmi ceux que la plateforme a reçus récemment, 25 ont été ainsi accueillis par des chefs d’entreprises, euxmêmes anciens bénéficiaires de l’aide de la plateforme : en vrais passeurs, ces derniers ont pu expliquer la raison d’être des exigences de la plateforme, parfois mal comprises, et leur montrer l’importance du réseau. En marge de l’AG, le Conseil régional Pays de la Loire s’est engagé auprès de Carrefour Entreprise Sarthe à abonder le fonds de prêts à hauteur de 400 000 euros sur deux ans. Sylvie Eslan, sa viceprésidente, a tenu à marquer ainsi l’engagement de la Région auprès de la plateforme et du développement économique de la Sarthe. Environ 130 projets devraient en bénéficier sur deux ans. ■ Régionalisation Rhône-Alpes Initiative affiche ses engagements LA RÉGION, LES PARTENAIRES ET LE MOUVEMENT MOBILISÉS À SES CÔTÉS. eux ans après avoir signé une charte de partenariat avec la Région Rhône-Alpes, la coordination des plateformes et son partenaire régional avaient donné rendez-vous dans les locaux de la Région, le 11 avril, aux plateformes et à leurs partenaires pour un point d’étape, en présence de Bernard Brunhes. Cette charte fixait plusieurs objectifs ambitieux, rappelés par JeanJacques Martin, président de la coordination : le doublement des entreprises aidées, le parrainage d’un créateur sur deux et l’optimisation de la couverture du territoire. Des engagements en bonne voie puisque l’activité a crû de 19 % en 2007 en nombre d’entreprises financées (1 534 pour l’ensemble de la région) et de 27 % en nombre de prêts d’honneur (1 169) et que 650 parrainages sont en cours (lire aussi p. 11). S’agissant de la D 10 couverture territoriale, deux projets de plateformes sont bien avancés dans l’Ain et un troisième devrait permettre une couverture quasi totale du territoire régional au début de 2009. De quoi valoir aux plateformes de RhôneAlpes le satisfecit de Jean-Louis Gagnaire, vice-président de la Région chargé de l’économie, qui a lancé à la tribune : « Je serai toujours à vos côtés pour plaider la cause de la création d’entreprises. » Malgré les contraintes budgétaires, la Région se dit prête à continuer à accompagner la montée en puissance des différents dispositifs. La manifestation était aussi l’occasion, pour Bernard Brunhes et Jean-Jacques Martin, de rappeler devant les partenaires les axes du Projet stratégique de France Initiative et sa déclinaison régionale. La convention signée ce jour-là par les deux présidents conforte les relations entre les deux niveaux. D’autant que Craira (qui coordonne aussi l’action des fonds France Active) a décidé, lors de son AG, de communiquer désormais sous le nom de Rhône-Alpes Initiative pour tout ce qui relève de l’action des plateformes. Enfin, Année du bénévolat oblige, Bernard Brunhes a rappelé le sens du bénévolat économique et l’ambition du mouvement en la matière avant que deux bénévoles et une filleule n’apportent leur témoignage sur leur engagement ou l’importance du parrainage. ■ Autour de Jean-Louis Gagnaire, viceprésident de la Région (2 e en partant de la droite), Michel Berthier, président d’Isère Sud Initiative et trésorier de RhôneAlpes Initiative (à dr.), Jean-Jacques Martin, président de RDI et de la coordination régionale, et Bernard Brunhes (à gauche). M a i 2008 Parrainage De l’avantage de ne pas rester seul Un chef d’entreprise participant, les yeux bandés, au parcours polysensoriel. LES PLATEFORMES FRANCE INITIATIVE DE LA DRÔME (IEDV, FORCE SUD INITIATIVE, VDDI, 5 e PÔLE INITIATIVE - DRÔME PROVENÇALE), EN PARTENARIAT AVEC LA CCI ET LE RÉSEAU ENTREPRENDRE, ONT CRÉÉ L’ÉVÉNEMENT EN LANÇANT LEUR SOIRÉE « OBJECTIF PARRAINAGE DRÔME ». mbiance détendue à Portes-lèsValence, le 3 avril dernier. Une centaine de chefs d’entreprises drômois (artisans, commerçants, dirigeants de PME-PMI) ont répondu présent à l’invitation de trois réseaux : les plateformes locales France Initiative, la CCI et le réseau Entreprendre Drôme Ardèche. L’objectif de cet événement ? Sensibiliser les chefs d’entreprises à la question du parrainage afin que les 2 600 entreprises créées chaque année dans la Drôme mettent toutes les chances de leur côté. Cette soirée a été organisée suite à un appel d’offres lancé en septembre 2007 par la Région Rhône-Alpes, qui souhaitait que les différents acteurs de la création d’entreprises travaillent en partenariat. Le financement s’élève à près de 60 000 € (plan de communication, réunions d’animation du réseau, soirée) auquel vient s’ajouter une subvention de fonctionnement de deux ans de 6 000 € pour chaque structure partenaire. L’objectif est ambitieux : « Nous souhaitons recruter cent nouveaux parrains pour accompagner les jeunes créateurs sur le chemin de la réussite », affirme Aurélie Gaggini (FSI). Un vrai challenge quand on sait que les plateformes de la Drôme ont quelques difficultés à mobiliser des chefs d’entreprises souvent peu disponibles. Actuellement, même si des efforts sont faits dans ce sens, le nombre de créateurs parrainés reste relativement faible. A Une soirée-événement Les organisateurs ont souhaité faire preuve d’originalité. Au programme, pas de discours solennels mais un message simple et efficace lors de cette soirée placée sous le signe du divertissement. À l’arrivée, les participants sont dirigés les yeux bandés, à travers un parcours polysensoriel (reconnaissance d’aliments par l’odorat et le toucher), simplement guidés par une animatrice. L’idée derrière cet atelier interactif et ludique ? « Alerter les chefs d’entreprises sur le fait qu’un jeune entrepreneur désorienté avance mieux en étant épaulé par la bonne personne », ex- 1 plique Sophie Fourquin (VDDI). Car les jeunes dirigeants doivent acquérir une nouvelle compétence qui ne s’apprend pas ailleurs que sur le terrain : la gestion d’une entreprise dans toutes ses dimensions. La soirée continue avec des petites scènes de théâtre, des témoignages vidéo de parrains et de créateurs, et des interventions des représentants des réseaux d’aide à la création d’entreprises. C’est Bernadette Sozet, directrice d’IEDV, le pilote de l’opération, qui prend la parole au nom des plateformes France Initiative de la Drôme pour présenter leurs actions et leurs besoins. 2 Filleul recherche parrain désespérément… Faire appel à des comédiens pour sensibiliser les chefs d’entreprises drômois aux enjeux du parrainage, est un dispositif original et prometteur. La représentation théâtrale a permis aux participants d’être plus réceptifs aux difficultés rencontrées par le jeune entrepreneur (problèmes de trésorerie, de délais, de gestion, etc.) et de mieux percevoir l’aide précieuse que peut apporter un parrain sur les spécificités du métier de chef d’entreprise. Les écueils à éviter ont été l’occasion de petites scènes amusantes, bien plus explicites qu’un long discours. Rachid Lafria (5e Pôle Initiative) l’exprime ainsi : « Le parrain n’est en aucun cas un expert ou un formateur qui se substitue au parrainé. Il est au contraire dans une position d’écoute. La décision reste entre les mains du nouveau chef d’entreprise. » Un buffet a clôturé agréablement la manifestation et a permis aux chefs d’entreprises d’échanger leurs impressions. Cette soirée aura-t-elle fait naître quelques vocations de parrains ? « Nous avons eu un retour positif. Environ 40 chefs d’entreprises ont rempli un bulletin “Je veux être parrain” en repartant. » Il faut espérer que ces bonnes volontés fassent très bientôt des émules ! Carole Bourset Nathalie Lefaivre [email protected] Participants à la soirée. Le parrainage mis en scène. DIRECTRICE DE LA PUBLICATION Anne Chatauret RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Michel Mestres ([email protected]) RÉDACTION Carole Bourset ([email protected]) MAQUETTE • RÉALISATION Edire (Barbara Starita • Sylvie Truffaut) PHOTOS DR IMPRESSION Imprimerie Mouquet • 93350 Le Bourget FRANCE INITIATIVE 55, rue des Francs-Bourgeois • 75181 Paris cedex 04 TÉL . 01 40 64 10 20 • FAX 01 43 20 58 34 EMAIL [email protected] SITE INTERNET www.france-initiative.fr ABONNEMENT ANNUEL 30 € • 3 € le numéro ISSN 1951-9672 11