Exposé - Des Mathématiques à Nantes
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Exposé - Des Mathématiques à Nantes
Projecteurs spectraux et quasimodes des opérateurs non-autoadjoints Joe Viola Laboratoire de Mathématiques Jean Leray Université de Nantes [email protected] 8 avr 2014 Outline Introduction L’opérateur oscillateur harmonique tourné Croissance faible Quasimodes Conclusion et perspectives Une des conséquences les plus utiles de la théorie spectrale est la possibilité de analyser un opérateur par sa décomposition spectrale. Par exemple, on pose A : D(A) ⊂ H → H un opérateur compact, ou fermé et à résolvante compacte, sur un espace de Hilbert sépérable. Aujourd’hui, on parle surtout sur les opérateurs différentiels sur L2 (Rn ) avec n = 1. Si A est un opérateur normal, il existe un base orthonormé des vecteurs propres (ej )j∈N correspondant aux valeurs propres (λj )j∈N (peut-être répétées). Les vecteurs propres donnent projecteurs naturels Πj u = hu, ej iej desquels on déduit p. ex. le calcul fonctionel : X f (A)u = f (λj )Πj u. j∈N Si A n’est pas normal mais reste compact (ou sa résolvante l’est) la théorie spectrale est toujours gouvernée par les valeurs et vecteurs propres : Spec A = {λj : j ∈ N} et chaque valeur propre correspond à un espace de vecteurs propres généralisés de dimension finie. On peut même définir les projecteurs spectraux pour chaque valeur propre (forcement isolée) : Z 1 (z − A)−1 u dz. Πj u = 2πi |z−λj |=εj En revanche, il y a quelques problèmes qui font barrage à l’usage des données spectrales pour analyser un opérateur non-autoadjoint. I Les blocs de Jordan peuvent paraître et compliquer l’action de l’opérateur. I Les projecteurs peuvent ne pas être orthogonaux, même aux normes croissantes. P Donc la developpement u = Πj u peut ne pas être convergente. I I Le spectre peut même être vide ! I Le spectre peut être très instable par rapport aux incertitudes de l’opérateur. Un exemple simple mais surprennant est l’opérateur d’Airy imaginaire sur L2 (R) : A=− d2 + ix. dx2 On peut démontrer que D(A) = {u ∈ L2 (R) : u00 , xu ∈ L2 (R)} et donc la résolvante de A est compacte. S’il existait une valeur propre λ de A et une fonction u ∈ D(A) telle que (A − λ)u = 0, on aurait (A − (λ + ic))u(x − c) = 0, Alors λ ne serait pas isolée et donc Spec A = ∅. c ∈ R. Ces difficultés nous amène à faire distinction entre des propriétés possedées par vecteurs propres des opérateurs non-normals.1 Soit (un )n∈N une suite de vecteurs dans un espace de Hilbert H. On dit que (un ) est un ensemble complet minimal si Vect(un ) = H et (un ) est minimale par rapport à cette propriété. Une condition équivalente est l’existence d’une suite (vn )n∈N telle que hun , vm i = δn,m . On dit que (un ) est un base si de plus, comme une série convergente, X u= hu, vn iun . n∈N D’après le théorème de Banach-Steinhaus, cela n’est possible que quand les sommes partielles font une suite d’opérateurs bornés uniformement. 1 Voir [Sect. 3.3, Davies 2007] Outline Introduction L’opérateur oscillateur harmonique tourné Croissance faible Quasimodes Conclusion et perspectives Définition Comparons les traitements de l’oscillateur harmonique tourné (appelé celui "de Davies") Pθ = − d2 + e2iθ x2 , dx2 |θ| < π/2 comme opérateur sur L2 (R) muni de domaine D(Pθ ) = {u ∈ L2 (R) : x2 u, u00 ∈ L2 (R)}. L’opérateur Pθ n’est normal que si θ = 0. L’oscillateur harmonique Le cas θ = 0 donne l’opérateur autoadjoint celebré, l’oscillateur harmonique d2 P0 = − 2 + x2 , dx dont le spectre est Spec P0 = {1 + 2k : k ∈ N} et qui a les vecteurs propres (orthonormés), les fonctions d’Hermite : 1 d 2 hk (x) = p (x − )k e−x /2 . √ dx 2k k! π Concentration Les √fonctions √ d’Hermite (hk ) sont concentrées sur l’intervalle [− 1 + 2k, 1 + 2k], d’après la developpement asymptotique Plancherel-Rotach. Pour tirer une intuition sur cette concentration, regardons une suite des courbes après un changement d’échelle : √ h̃k (x) = (2k + 1)1/4 hk ( 2k + 1x). Comportement des fonctions d’Hermite Comportement des fonctions d’Hermite Comportement des fonctions d’Hermite Comportement des fonctions d’Hermite Comportement des fonctions d’Hermite Comportement des fonctions d’Hermite Comportement des fonctions d’Hermite Comportement des fonctions d’Hermite Comportement des fonctions d’Hermite Valeurs et fonctions propres Pour n’importe quel θ vérifiant |θ| < π/2 on a Spec Pθ = {eiθ (1 + 2k) : k ∈ N} et ker(Pθ − eiθ (1 + 2k)) = Vect(hk (eiθ x)). (Voir un résultat bien plus général dans [Sjöstrand 1974].) L’approche de [Davies et Kuijlaars, 2004] Davies (qui a démarré l’etude des oscillateurs tournés au bout des années 90) et Kuijlaars ont utilisé la rélation Πk u(x) = hu, hk (e−iθ ·)ihk (eiθ x) et le fait conséquent kΠk k = khk (eiθ ·)kkhk (e−iθ ·)k pour découvrir la comportement pour k grand des normes de projecteurs spectraux. La démonstration repose sur les asymptotiques connues pour les fonctions d’Hermite. Résultat Theorem (Davies, Kuijlaars 2004) Soit Πk le projecteur spectral associé à Pθ (sur L2 (R)) à la valeur propre λk = 1 + 2k. Donc 1 kΠk k = 2<(f (r(θ)eiθ/2 )), k→∞ k lim où r(θ) = √ 2 cos θ et f (z) = log(z + p p z2 − 1) − z z2 − 1. On peut améliorer le résultat un peu avec les asymptotiques plus précises des fonctions d’Hermite : 1 kΠk k = p 2πk| sin θ| 1 + | sin θ| cos θ k+1/2 (1 + o(1)). Voir [Krejčiřík, Siegl, Tater, V. 2014], basé sur [Bagarello, 2010]. Valeurs propres simples et normes des vecteurs propres On peut également analyser la norme d’un projecteur spectral pour une valeur propre (algébriquement) simple avec la norme des vecteurs propres correspondant. Autrement dit, si λ est une valeur propre simple d’un opérateur P (à résolvante compacte sur un espace de Hilbert, disons) il existe deux vecteurs u, u∗ tels que ker(P − λ) = Vect u, ker(P∗ − λ̄) = Vect u∗ . Alors pour Πλ le projecteur spectral associé à λ, on a kΠλ k = kukku∗ k . hu, u∗ i Analyse de R. Henry pour une famille d’oscillateurs En [Henry 2013, Henry 2013] on regarde les valeurs propres des oscillateurs anharmoniques complexes Pm,θ = − d2 + eiθ |x|m , dx2 m ∈ {1} ∪ 2N∗ (et de l’oscillateur cubique complexe) comme solutions BKW à une équation semiclassique : p. ex., pour m ∈ 2N∗ , d2 m −h 2 + |x| − 1 ψh = 0, h → 0+ dx c 1 =⇒ ψh (z) = m exp − S(z) (1+o(1)), h (z − 1)1/4 2 z = reiθ , r → ∞. Au-dessus, S(z) est l’intégrale d’action dans le plan complexe : Z z √ S(z) = xm − 1 dx. 1 Résultats de l’analyse BKW On a donc les facteurs exponentiels décrivant la croissance des normes de projecteurs spectraux, ainsi qu’une développement asymptotique pour le reste. Theorem (Henry 2013) Soit m ∈ 2N ∗ et 0 < |θ| < (1+m/2)π . On pose λk la k-ième valeur m propre de Pm,θ et Πk le projecteur spectral associé. Alors kPk k ∼ k −1/2 cm (θ)k e ∞ X aj k−j . j=0 Le facteur cm (θ) vient d’une intégrale d’action (comme S(z)) qui nous donne un sens géométrique de la fonction compliquée qui paraît dans la formule de Davies et Kuijlaars. Espaces de Bargmann-Fock On peut traiter les projecteurs spectraux des oscillateurs harmoniques tournés, ainsi que beaucoup d’autres opératerurs quadratiques, dans les espaces de Bargmann-Fock. Bref, on constate que le rôle de (hk (eiθ ·), hk (e−iθ ·)) est équivalent à celui joué par (zk , Ck zk ) dans certains espaces ponderés de fonctions holomorphes. Comme consequence, 1 (cos θ)k+1/2 kΠk k = 2π Z 2π (1 − sin θ cos 2t)−k−1 dt 0 et on peut en déduire une developpement asymptotique d’après la méthode de Laplace. Voir [V. 2013]. Outline Introduction L’opérateur oscillateur harmonique tourné Croissance faible Quasimodes Conclusion et perspectives Définition de l’oscillateur harmonique décalé Un opérateur naturel ”entre” l’oscillateur harmonique tourné et l’oscillateur harmonique autoadjoint est l’oscillateur harmonique décalé : d2 Pa = − 2 + (x + ia)2 dx régardé comme opérateur sur L2 (R). Parce que d2 <Pa = − 2 + x2 − a2 , dx =Pa = 2iax, on peut démontrer que =Pa est ”1/2-subordonée à <Pa ”, c’est-à-dire k=Pa uk ≤ Ckuk1/2 k(<Pa + C)uk1/2 , ∀u ∈ D(<Pa ) ⊂ L2 (R). Les vecteurs propres À partir de cette propriété de subordination, on sait que D(Pa ) = D(<Pa ) et l’opérateur Pa a une résolvante compacte etc. De plus, on peut vérifier que fk (x) = hk (x + ia) gk (x) = hk (x − ia) font des ensembles complets des vecteurs propres pour Pa et P∗a . Décalage complexe La transformée de Fourier nous donne une équivalence entre décalage et multiplication par des fonctions exponentielles (à l’argument imaginaire). Pour les fonctions d’Hermite, cela reste vrai pour les décalages complexes. De plus, l’invariance de l’oscillateur harmonique sous la transformée de Fourier donne également une invariance (à une puissance de i près) aux fonctions d’Hermite. Donc Ffk (ξ) = e−aξ Fhk (ξ) = (−i)k e−aξ hk (ξ). Asymptotiques Theorem (Mityagin, Siegl, V. 2013) Soit Πk le projecteur spectrale pour l’opérateur Pa = − d2 + (x + ia)2 dx2 sur L2 (R) à la valeur propre λ = 1 + 2k. Donc kΠk k = √ p exp 23/2 |a| k (1 + O(k−1/2 )), 2(2k)1/4 |a|π 1 et comme consequence 1 lim √ log kΠk k = 23/2 |a|. k→∞ k k→∞ N’import quel ordre de croissance inférieur à exponentielle On peut suivre la même recette pour trouver en effet tous ordres de croissance entre 1 et exp(k/C). Nous avons pris un oscillateur anharmonique L=− d2 + |x|β , dx2 β>2 et nous avons consideré les perturbations B = B(p) = p00 (x) − (p0 (x))2 + 2p0 (x) d . dx Rélation pour les fonctions propres La perturbation est choisie afin d’avoir (L + B − λ)ep(x) u(x) = 0 lorsque (L − λ)u(x) = 0 et on peut créer les croissances variées en choissisant les p(x) de croissances différentes. (On prend la perturbation toujours majorée par L pour garder la propriété de subordination !) Outline Introduction L’opérateur oscillateur harmonique tourné Croissance faible Quasimodes Conclusion et perspectives Equations de Schrödinger et solutions BKW On des outils les plus importants pour l’analyse des fonctions propres aux opérateurs de type Schrödinger est la developpement BKW. On considère l’extension aux potentiels non-réels.2 Soit d2 P = −h2 2 + V(x) − E. dx un opérateur semiclassique (c’est-à-dire, consideré lorsque h → 0+ ) et E une énergie admissible au sens qu’il existe x0 tel que =V 0 (x0 ) 6= 0, V(x0 ) − E > 0. 2 Pour l’étude récent, voir [Davies, 1999], [Zworski, 2001], [Dencker, Sjöstrand, Zworski, 2004] On pose une solution (ansatz) de forme u(x; h) = eiϕ(x)/h a(x; h), N(h) a(x, h) = X aj (x). j=0 La motivation vient de la forme de l’équation réduite : e−iϕ/h Peiϕ/h a = ((ϕ0 )2 + V − E)a − 2ihϕ0 a0 − ihϕ00 a − h2 a00 . Choix de ϕ et aj On choisit ϕ(x) pour avoir (ϕ0 (x))2 + V(x) − E = 0. Avec 1 i ϕ0 (x)a0j (x) + ϕ00 (x)aj (x) = a00j−1 (x), 2 2 on calcule que e−iϕ/h Peiϕ/h a(x; h) = −hN(h)+2 a00N(h) . Estimations essentielles Les équations pour aj peut étre resolues de façon élémentaire et, en supposant V(x) est holomorphe, on peut montrer que |aj (x)| ≤ Cj+1 jj . On choisit donc N(h) = 1/(Ceh) pour avoir une série (localement) uniformement convergente. Pour introduire une fonction de troncature χ à support près de x0 , il faut assurer que eiϕ/h 1, sur supp χ0 . En choissisant le signe de ϕ0 (x0 ), on a la borne supérieure e−1/(Ch) grâce à la partie imaginaire de V. “Scaling” Pour un opérateur non-semiclassique comme celui de Davies, Pθ = − d2 + e2iθ x2 , dx2 on peut utiliser un argument de “scaling” pour démontrer que pour chaque φ ∈]0, 2θ[ on a k(Pθ − reiφ )−1 k ≥ 1 r/C e , C r → ∞. Croissance intérmédiaires On peut modifier la démonstration pour traiter une perturbation subordonée. Theorem (Krejčiřík, Siegl, Tater, V. 2014) Soit d2 + (x + i)2 dx2 et soit ε > 0 fixé. Donc il existe une constante C > 0 telle que quand <z > C et √ |=z| ≤ 2(1 − ε) <z, P=− on a k(P − z)−1 k ≥ 1 √<z/C e . C Justification de changement d’ordre La raison principale pour la croissance plus lente est la décroissance plus faible de la phase ϕ(x). En fait, sur supp χ0 , on n’a que √ =ϕ(x) ∼ h1/2 =⇒ eiϕ(x)/h ∼ e−1/ h . On voit que les propriétés de la résolvante vont avec celles des projecteurs spectraux. Bien sûr, on attend que certaines perturbations peuvent donner les croissances intérmédiaires jusqu’à exponentielle ! Publicité : Chebfun Dans [Krejčiřík, Siegl, Tater, V. 2014] on utilise Chebfun, http://www2.maths.ox.ac.uk/chebfun/ pour faire des ”éxperiences” avec des solutions BKW. C’est possible grâce à la combinasion des formules explicites pour ϕ, a et le logiciel bien adapté à étudier le calcul avec des fonctions continues / lisses par morceaux. Commencons avec une quasimode BKW à 2 2 d 2 −h 2 + ix − z u ≈ 0, dx z = 1/2 + i, h = 2−5 . Quasimode pour oscillateur harmonique tourné u(x;h) (P−z)u(x;h) −4 1.5 4 x 10 3 1 2 1 0.5 0 0 −1 −2 −0.5 −3 −1 0 0.5 1 1.5 2 −4 0 0.5 1 1.5 2 Paramètres pour l’oscillateur harmonique décalé On peut faire la même chose avec le quasimode très oscillante pour l’oscillateur harmonique décalé : 2 2 d 2 1/2 −h 2 + x + 2ih x − h − z u ≈ 0, dx √ z ≈ 2 + 2i h, h = 2−8 . Quasimode pour oscillateur harmonique décalé u(x;h) 6 1 4 0.5 2 0 0 −0.5 −2 −1 −4 −1.5 0 0.5 1 (P−z)u(x;h) −3 1.5 1.5 2 x 10 −6 0 0.5 1 1.5 2 Des advantages On peut rapidement voir I les effets de la fonction de troncature, I la choix de N = N(h) optimale, I les régions où =ϕ est petite ou grande I etc. Connexion quasimode-résolvante Un travail récent [Bordeaux-Montrieux 2013] donne une développement asymptotique de la norme de la résolvante pour quelques opérateurs pseudodifferentiels dans dimension 1. Elle tient la forme 1 −1 −1/2 `(z) (1 + o(1)) k(P − z) k ∼ C(P)h exp h pour certains z ∈ C. Comme toujours, `(z) représente une intégrale d’action. La stragégie, en grandes lignes, est à utiliser un problème de Grushin pour démontrer que la contribution principale est celle entre quasimodes pour P et P∗ , qui est donnée par l’intégrale. Voir aussi les travaux de Hager ; Hager, Sjöstrand ; Sjöstrand ; Vogel. Outline Introduction L’opérateur oscillateur harmonique tourné Croissance faible Quasimodes Conclusion et perspectives Ce que l’on sait déjà I En général, les opérateurs non-autoadjoints ont l’air d’avoir les projecteurs spectraux à norme croissante rapidement. I On peut les expliciter dans plusieurs cas speciaux, notamment en dimension 1. I On peut voir une connexion entre les projecteurs, la résolvante et l’intégrale d’action qui vient de l’analyse BKW. Le reste I Les liens résolvante – projecteur ne sont pas clairs ! I Dans dimension > 1, on ne comprend que quelques opérateurs de forme speciale. I Notamment, il y a des opérateurs qui ont des blocs de Jordan qui casse la rélation entre la norme de la résolvante et la norme des projecteurs spectraux. I (Et beaucoup d’autres !) Merci de votre attention!