Nodules du nouveau-né
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Nodules du nouveau-né
La peau du nouveau-né Mise au point thématique Ann Dermatol Venereol 1999;126:965–74 Nodules du nouveau-né Ch. BODEMER (1), S. FRAITAG (2) L es nodules sont des élevures rondes saillantes, fermes à la palpation, dont la taille est supérieure à 1 cm. Ils peuvent faire nettement saillie sur la peau ou être plus profonds. Les nodules hypodermiques sont plus palpables que visibles. A la naissance, et en période néonatale immédiate (âge < 1 mois), les lésions nodulaires correspondent le plus souvent à des hamartomes (angiomes et nævus), des dysplasies circonscrites d’origine embryonnaire, des tumeurs malignes. Les moins exceptionnelles sont représentées par les localisations cutanées des neuroblastomes et par les histiocytoses langerhansiennes ; suivent les tumeurs mésenchymateuses (rhabdomyosarcomes, fibrosarcomes) et les localisations cutanées des leucémies aiguës. La plupart de ces tumeurs peuvent se révéler ou apparaître un peu plus tardivement chez le nourrisson. En période néonatale, les nodules infectieux sont beaucoup moins fréquents, mais peuvent correspondre à une entité bien particulière : le TORCH syndrome. C’est également sur ce terrain que l’on pourra observer des entités particulières comme l’adiponécrose. Nous n’aborderons pas le problème des maladies infiltratives du tissu sous-cutané (mucopolysaccharidoses, amyloses, mucinoses ...), ni celui des grandes dysembryoplasies complexes (syndrome de Protée...) où l’atteinte diffuse ne correspond plus au cadre des lésions nodulaires. Diagnostic des lésions nodulaires du nouveau-né L’examen clinique et une analyse sémiologique fine orientent généralement le diagnostic. Mais aucun élément clinique n’est formel et, au moindre doute, une biopsie est nécessaire. Il est important de souligner que l’expérience de l’anatomopathologiste dans le diagnostic des tumeurs néonatales est essentielle, et que la taille du fragment cutané prélevé peut être très limitative dans l’interprétation histologique, d’où l’importance, fréquemment, d’une biopsie chirurgicale profonde, voire d’une biopsie exérèse. Les notions suivantes sont fondamentales à la démarche diagnostique ; elles donnent des orientations étiologiques très précises : (1) Service de Dermatologie, (2) Service d’Anatomie Pathologique, Hopital NeckerEnfants Malades, 149, rue de Sèvres, 75015 Paris. Tirés à part : Ch. BODEMER, à l’adresse ci-dessus. E-mail : [email protected] − la topographie de la ou des lésion(s) ; les dysembryoplasies sont de topographie très systématisée (médiane, latérale, symétrique), − le caractère évolutif (caractère souvent explosif d’une éruption nodulaire métastatique néonatale), − l’état général de l’enfant (adénopathies, hépatosplénomégalie). Quoique moins spécifiques, d’autres notions sont à prendre en compte : − la couleur : rouge (inflammatoire, vasculaire ?), bleue (vasculaire avec veines de drainage ?), bleue et de consistance dure (pilomatricome ?...), violacée (tumeur maligne ?), aubergine à presque noire (tumeur vasculaire du syndrome de Kasabach-Merritt ?), orangée (xanthogranulome ?), avec signe de Darier (mastocytome ?...), noire (mélanome ?...), − la palpation : dépressible (angiome veineux ?), dure, mamelonnée peu mobile (tumeur maligne ?), dure et mobile (pilomatricome), ... − l’auscultation (souffle des lésions vasculaires ?...). Cette analyse, et en particulier la palpation, se fera toujours prudemment, en restant attentif aux différentes manifestations cliniques éventuellement déclenchées par cet examen clinique : en particulier, la décharge en catécholamines d’un neuroblastome. Faute d’éléments sémiologiques formellement discriminatifs, la classification des nodules cutanés a été classiquement histologique, distinguant schématiquement : les nodules tumoraux et hamartomateux, et les nodules inflammatoires. Cette classification ne saurait être sousestimée, étant donné l’importance très fréquente de l’analyse histologique au diagnostic. Cependant, dans le souci d’une réflexion clinique, nous avons souhaité que le regroupement étiologique repose sur la démarche diagnostique clinique et sur le pronostic. Ainsi, chez le nouveau-né, une lésion de topographie médiane ou systématisée est d’emblée hautement évocatrice d’un dysraphisme. Par ailleurs, si le souci constant est de ne pas passer à côté d’une tumeur maligne, beaucoup moins exceptionnelle que chez le nourrisson, certaines lésions correspondant histologiquement à une tumeur « bénigne » peuvent mettre en jeu le pronostic vital par la possibilité d’une atteinte multiviscérale (ex : myofibromatoses infantiles). Volontairement, nous avons donc regroupé les nodules tumoraux en fonction de leur pronostic clinique, en introduisant la notion de tumeurs à pronostic variable, notion qui reflète les problèmes de prise en charge de certaines de ces affections. 965 Ann Dermatol Venereol 1999;126:965–74 Ch. BODEMER, S. FRAITAG Fig. 1. Kyste dermoïde de la queue du sourcil. Malformations nodulaires dysraphiques TOPOGRAPHIE MÉDIANE, OU SYSTÉMATISÉE SUR LES LIGNES DE FUSION EMBRYONNAIRE Cette topographie évoque très particulièrement sur ce terrain la possibilité d’un dysraphisme, et l’important sera de ne pas passer à côté d’une urgence neurochirurgicale. Toute lésion nodulaire de la ligne médiane doit ainsi conduire à une exploration radiologique : échographie, scanner ou IRM. L’examen neurologique complet est nécessaire. Les différentes lésions sont, en fait, plus fréquemment extériorisées après la naissance et, en particulier, chez le nourrisson. Cependant, elles peuvent s’observer dès la période néonatale. En fonction de la topographie, on évoquera plus particulièrement au niveau de la tête : les kystes dysraphiques (kystes dermoïdes), les méningo- et encéphalocèles, le tissu cérébral hétérotopique, le gliome nasal ; au niveau du cou : les kystes bronchogénique et thyréoglosse ; au niveau du tronc : la dysraphie omphalomésentérique, le spinalipome. AU NIVEAU DE LA TÊTE Fig. 2. Méningocèle occipital. environ de 1/4 000 naissances. Les méningocèles sont plus fréquents. Il faut particulièrement y penser, dans cette topographie, devant une petite tuméfaction en dôme, souvent à tégument glabre anormal, translucide et atrophique, volontiers entourée par une touffe de cheveux différents du reste de la chevelure (plus longs, plus drus et foncés). L’anomalie est parfois inaperçue dans les premières semaines de vie, et s’extériorise progressivement, en particulier lors des cris et de la toux. Les antécédents familiaux sont importants, les lésions survenant plus fréquemment dans les familles avec antécédents de malformation du système nerveux central, de spina bifida,... Une notion de méningite à répétitions doit faire rechercher ce type de dysraphie. La localisation préférentielle, mais non exclusive, des encéphalocèles et méningocèles est médiane et postérieure (fig. 2). Médiane et antérieure, en particulier proche de la racine du nez, ils posent le problème du diagnostic différentiel avec un gliome nasal. Les kystes dysraphiques : kystes dermoïdes Le tissu cérébral hétérotopique Ce sont les nodules du crâne les plus fréquents de l’enfant, parfois présents dès la naissance. Ces kystes sont situés en regard des lignes de fusion embryonnaire, et donc non seulement au niveau de la ligne médiane, mais également au niveau de la queue du sourcil et en regard des sutures de la calotte crânienne (fig. 1). La localisation médiane préférentielle, mais non exclusive, des kystes dermoïdes est en regard de la fontanelle antérieure. Cependant, on peut également les observer, chez le nouveau-né, dans d’autres topographies : queue du sourcil, zone péri-orbitaire, cou, sternum, sacrum, raphé périnéal, région génitale. Il correspond à du tissu cérébral extra-crânien, qui a perdu ses connexions avec le cerveau. Il se présente comme une lésion arrondie alopécique, assez proche sémiologiquement des lésions précédentes, parfois franchement nodulaire, sensible au toucher, de couleur de peau normale, ou rosée ou bleutée, et de siège pariétal ou occipital. L’IRM s’assure de l’absence de connection et l’exérèse neurochirurgicale est simple. Les méningocèles et encéphalocèles Ces lésions sont dues à un défaut de la fermeture encéphalique du tube neural. La fréquence des encéphalocèles serait 966 Le gliome nasal Il apparaît sous la forme d’un nodule congénital paramédian dans l’angle naso-orbitaire, pouvant refouler l’orbite en dehors par compression, ce qui est un bon argument diagnostique. Il peut révéler un encéphalocèle du neuropore antérieur. Ann Dermatol Venereol 1999;126:0–0 Nodules du nouveau-né Fig. 3. Angiolipome. Fig. 4. Spina lipome intramedullaire (IRM). AU NIVEAU DU COU Nodules tumoraux à pronostic bénin Le kyste bronchogénique Il siège le plus souvent au niveau de la fourchette sternale ou du manubrium ; plus exceptionnellement, il peut être acromial ou scapulaire. Il apparaît sous la forme d’un nodule congénital asymptomatique qui peut fistuliser à la peau. Le kyste thyréoglosse Il est localisé sur la ligne médiane entre le menton et le sternum, solidaire de l’os hyoïde ; il se déplace lors de la déglutition. AU NIVEAU DU TRONC La dysraphie omphalomésentérique Défaut de fermeture du canal omphalomésentérique qui relie le sac vitellin au tractus digestif, elle peut se traduire par un nodule rouge, une fistule ou un polype ombilical hémorragique suintant ou sécrétant un matériel muqueux. Histologiquement, il y a une intrication de structures épidermiques et intestinales mucipares. Il faut donc se méfier d’un aspect inhabituel de « botriomycome » ombilical chez un nouveau-né et dans les premières semaines de vie à la chute du cordon. Le moindre doute impose une exérèse chirurgicale, sachant la possibilité d’une lésion complexe dysembryoplasique. Le spinalipome Il apparaît comme une tuméfaction sous-cutanée, discrète ou volumineuse, associée ou non à un angiome plan, congénitale, qui doit conduire à réaliser une IRM qui permettra de conforter la suspicion diagnostique et orienter l’enfant en neurochirurgie (fig. 3, 4). Telles sont les principales dysraphies, caractérisées, quand elles se révèlent par un nodule néonatal, par une lésion unique et médiane ou systématisée. Ces caractéristiques ne sont cependant pas univoques : un angiome, un xanthogranulome, etc. peuvent également siéger en regard d’une fontanelle. L’important est d’avoir une attitude très systématique d’explorations radiologiques et d’approche pluridisciplinaire en fonction du diagnostic suspecté. HAMARTOMES Leur diagnostic est habituellement clinique, chez un nouveau-né en bon état général, sans adénopathies sans hépatosplénomégalie, et devant des caractéristiques sémiologiques très évocatrices. En dehors d’une topographie entraînant une gêne fonctionnelle ou d’une évolutivité particulière, une surveillance seule est nécessaire dans les premières années de vie. Nodule angiomateux Il est en effet exceptionnel qu’un nodule angiomateux paraisse suffisamment atypique au clinicien pour qu’une biopsie s’impose. L’angiome est de consistance parfois ferme mais jamais dure, complètement dépressible au palper profond ou en position de « vidange », en cas d’angiome veineux ; de couleur de peau normale, rose-rouge, ou bleuté avec des veines de drainage bien visibles, parfois entouré d’un halo blanchâtre, ou recouvert de télangiectasies ; de volume variable. L’échographie Doppler permet généralement de confirmer le diagnostic. Lorsque un doute diagnostique persiste, la question qui se pose est souvent celle d’un éventuel angiosarcome, rarissime, ou d’un rhabdomyosarcome, moins exceptionnel. La biopsie est indispensable. Il faut être prudent lors de ce geste biopsique en raison du risque réel d’une poussée évolutive de l’angiome, en particulier lorsqu’il s’agit d’un hémangiome. Au plan histologique, un angiome observé en période néonatale peut être extrêmement cellulaire, pouvant prendre des aspects d’hémangioendothéliome, avec des cavités vasculaires mal visibles, parfois virtuelles et des cellules intercavitaires pouvant présenter des noyaux volumineux et même quelques figures de mitoses. Le diagnostic différentiel peut parfois se poser avec le très rare hémangiopéricytome congénital, dont le pronostic chez le nouveau-né semble généralement bon [1]. De nombreuses tumeurs vasculaires sont d’individualisation récente. On peut probablement entrer dans ce cadre des lésions souvent nodulaires, à début néonatal, que l’on considérait il y a quelques années comme des hémangiomes, mais qui correspondent probablement davantage à des tumeurs vasculaires, dont les frontières 967 Ann Dermatol Venereol 1999;126:965–74 Ch. BODEMER, S. FRAITAG Fig. 5. Nævus congénital géant avec de multiples nodules hamartomateux, noirs et fermes, inquiétants cliniquement. nosologiques seront à mieux définir dans l’avenir : hémangioendothéliomes kaposiformes, angiomes en touffes... Ces tumeurs vasculaires pourraient se classer également dans les tumeurs à pronostic variable, sachant la gravité potentielle de certains syndromes de Kasabach-Merritt, dans le cadre duquel elles peuvent s’observer. Soulignons que les biopsies réalisées sur ces lésions « angiomateuses » néonatales doivent être réalisées après une numération de plaquettes devant le moindre doute diagnostique de syndrome de KasabachMeritt, c’est-à-dire devant une lésion présentant une augmentation rapide de volume, une coloration bleu-violacé, une induration chaude. Nævus congénitaux La situation est assez semblable pour les nævus congénitaux dont la biopsie n’a souvent que peu d’intérêt, la transformation maligne étant exceptionnelle dans cette tranche d’âge. Il est vrai que certains nævus géants peuvent comporter de volumineux nodules cliniquement inquiétants (fig. 5), dont la traduction histologique peut également inquiéter un pathologiste non averti [2]. On peut, en effet, observer des foyers de cellules næviques atypiques, de grande taille, pourvues d’un noyau volumineux et d’un nucléole proéminent. Les mitoses ne sont pas rares (Ac Mi B1+). Les foyers de nodules atypiques sont très difficiles à différencier d’une transformation maligne. Quoi qu’il en soit, la nécessité d’une exérèse systématique et précoce des nævus congénitaux géants est admise, chaque fois qu’elle est possible, en raison du risque possible de transformation maligne secondaire (10 p. 100). On peut en rapprocher la tumeur neuro-ectodermique pigmentée (ancien progonome mélanotique), tumeur congénitale de bon pronostic, intéressant rarement le revêtement cutané, et caractérisée par une double population cellulaire ayant pour particularité d’exprimer conjointement la cytokératine et l’HMB45 [3]. Hamartomes conjonctifs Les hamartomes conjonctifs sont des malformations comportant une trop grande quantité de collagène (collagénomes), de fibres élastiques (élastomes) ou de tissu adipeux, de tissu musculaire lisse [4]. Cliniquement, ils peuvent être 968 congénitaux, solitaires ou multiples. Ils sont asymptomatiques, jaunâtres ou couleur « peau normale », formant des nodules et également des plaques et des papules de taille et de forme variables. Leur surface est parfois mamelonnée. Ils se situent souvent sur le tronc et les extrémités. L’examen histologique met en évidence une altération qualitative et quantitative du tissu collagène ou élastique en l’absence de tout processus inflammatoire ou néoplasique. Les hamartomes fibreux correspondent cliniquement à des plaques fermes et non inflammatoires, parfois rétractées et mamelonnées au palper. Les hamartomes élastiques apparaissent comme une plaque allongée, un peu jaunâtre, avec souvent un renforcement papuleux péripilaire. Les régions les plus fréquentes sont pectorales ou dorsales. Les anomalies histologiques sont observées, au mieux, après coloration des fibres élastiques (Orcéine), coloration qu’il faut penser à faire systématiquement devant une biopsie paraissant « normale » à l’HES. KYSTES ÉPIDERMIQUES ET KYSTES DERMOÏDES Ces lésions ont été abordées dans le cadre des kystes dysraphiques. Ce paragraphe est là pour rappeler que leur topographie n’est pas toujours médiane et pour évoquer leurs caractéristiques histologiques qui permettent de les classer au plan anatomopathologique dans le cadre des tumeurs bénignes. Les kystes épidermiques peuvent être présents à la naissance ou apparaître durant l’enfance. Ils sont particulièrement nombreux et d’apparition précoce au cours du syndrome de Gardner. Leur localisation la plus fréquente est la région périorbitaire, en particulier le bord libre de la paupière. Histologiquement, ils ne sont pas différents des kystes épidermiques de l’adulte. Les kystes dermoïdes se différencient histologiquement des kystes épidermiques par la présence de débris de tiges pilaires et de matériel sébacé au sein de la cavité kystique, et par une bordure épithéliale à laquelle s’annexent des glandes sébacées atrophiques, des structures folliculaires et parfois des glandes apocrines. MASTOCYTOSES Fréquentes chez l’enfant, elles peuvent prendre, en particulier chez le nouveau-né, une forme nodulaire ou tumorale (mastocytome) (fig. 6), sous forme d’un ou plusieurs éléments jaune chamois, fermes à la palpation [5]. La lésion est généralement unique chez le nouveau-né et multiple chez le nourrisson. Des poussées bulleuses sont fréquentes en regard du ou des élément(s). Le diagnostic est généralement clinique, mais le signe de Darier, élément sémiologique clé de cette pathologie (urticaire apparaissant au frottement de la lésion), peut manquer dans cette forme. Lorsque l’examen histologique est réalisé, le diagnostic est facile. On observe une infiltration cellulaire dense et monomorphe occupant le derme mais respectant le derme papillaire et pouvant s’étendre à l’hypoderme. L’infiltrat prédomine aux zones périsudorales et péripilaires. Les cellules sont volumineuses, ovalaires Nodules du nouveau-né Ann Dermatol Venereol 1999;126:965–74 Fig. 7. Xanthogranulome juvénile, nodulaire, congénital. Fig. 6. Mastocytome congénital. ou cubiques par tassement les unes contre les autres, à noyau arrondi et au cytoplasme éosinophile. Il s’y associe volontiers quelques polynucléaires éosinophiles. La coloration par le bleu de toluidine met en évidence les granulations intracytoplasmiques et est indispensable au diagnostic de certitude. TUMEURS NERVEUSES Elles sont essentiellement représentées chez le très jeune enfant par les neurofibromes qui peuvent même s’observer exceptionnellement dès la naissance au cours des neurofibromatoses. Ils forment des nodules mous, compressibles, recouverts d’une peau normale. Histologiquement, l’image est la même, quel que soit l’âge : infiltrat monomorphe d’éléments de petite taille, au cytoplasme mal visible et au noyau allongé, accompagné d’un feutrage assez lâche de fines fibrilles pâles, ondulées, parallèles ou enchevêtrées, et d’assez nombreux mastocytes. Nodules tumoraux à pronostic variable SYNDROMES HISTIOCYTAIRES Histiocytoses non langerhansiennes Chez le nouveau-né, elles sont essentiellement représentées par les xanthogranulomes, juvéniles (XGJ). Les xanthomes sont moins fréquents et ne sont pas différents histologiquement de ceux de l’adulte. Exceptionnellement, on peut rencontrer une histiocytose bénigne céphalique [6]. Les xanthogranulomes juvéniles sont des tumeurs bénignes relativement fréquentes chez le petit enfant, présentes à la naissance dans 20 p. 100 des cas, caractérisées par une accumulation intra-dermique de macrophages xanthomisés. Cliniquement, on distingue 2 formes : la forme à petits nodules comprend de très nombreux éléments de 2 à 5 mm de diamètre, hémisphériques, dont la couleur va du brun au jaune. La muqueuse oculaire est parfois atteinte et doit donc être recherchée (le diagnostic de lésions iriennes nécessite un examen au biomicroscope). L’association à une maladie de Recklinghausen doit être connue, car dans ces formes peut apparaître une leucémie myélomonocytaire aiguë ou monocytaire chronique (généralement entre 3 mois et 2 ans), surtout dans les formes familiales de neurofibromatose. En période néonatale, les signes cliniques sont souvent limités à quelques taches café-au-lait ; il faut donc examiner les parents. La forme à gros nodules est caractérisée par une ou quelques lésions nodulaires de 10 à 20 mm de diamètre, de couleur rouge, recouvertes de télangiectasies (fig. 7). Les muqueuses peuvent être atteintes et, dans certains cas, il existe une dissémination systémique. L’évolution se fait vers la régression spontanée et lente après 12 mois. Cliniquement, on peut hésiter avec un xanthome, un mastocytome, un nævus de Spitz. L’histologie permet de trancher. Au début, on note dans le derme, un infiltrat histiocytaire monomorphe dont les cellules ne contiennent pas de lipides. A la phase d’état, l’infiltrat est plus polymorphe, comportant des cellules xanthomisées, des éléments multinucléés, des cellules de Touton mêlées à des éosinophiles, des plasmocytes, des neutrophiles. Les histiocytes sont protéine S100-, CD1-. Ils sont marqués par les anti-CD 68 (KP1, KiM7). Le diagnostic peut être difficile sur une lésion ancienne où l’infiltrat est progressivement remplacé par de la fibrose et une prolifération fibroblastique [7]. Sur une lésion récente, le diagnostic peut se poser avec un xanthome, toutefois moins riche en cellules inflammatoires et en cellules géantes, et surtout avec une histiocytose langerhansienne. Dans le cas du XGJ, l’atteinte épidermique est exceptionnelle, l’infiltrat est beaucoup plus riche en éosinophiles et en cellules géantes. Si le doute persiste, l’immunomarquage permet de trancher relativement aisément. L’histiocytose céphalique bénigne, maladie exceptionnelle, se rencontre chez le jeune enfant et se traduit par des lésions plus papuleuses que nodulaires sur l’extrémité céphalique, le cou et les épaules, qui disparaissent spontanément en quelques années [8]. Histologiquement, on observe une infiltration dermique collée à l’épiderme qui est aminci. Les cellules sont des histiocytes pléomorphes, quelques cellules géantes et quelques lymphocytes. L’anti-CD1 est négatif. Dans les lésions anciennes, sont notées quelques cellules géantes sans 969 Ch. BODEMER, S. FRAITAG lipides et des lymphocytes en nombre plus élevé. En ultrastructure, on décrit des corps en virgule ou hélicoïdaux intracytoplasmiques dans 20 p. 100 des cellules. Histiocytoses langerhansiennes L’histiocytose congénitale de Hashimoto-Pritzker apparaît à la naissance ou dans les premiers jours de vie, sous forme de multiples papulo-nodules de couleur rouge sombre, épars sur le corps mais prédominant sur le visage et sur le cuir chevelu. Les lésions augmentent en nombre et en volume pendant les premières semaines chez un enfant en parfait état général. L’évolution se fait vers l’ulcération et la disparition spontanée et totale des lésions en 2 à 3 mois. Histologiquement, on observe un infiltrat de cellules de grande taille, au cytoplasme abondant éosinophile, tantôt multinucléées, mais plus souvent centrées par un noyau unique volontiers réniforme. Ces cellules infiltrent le derme papillaire et peuvent également infiltrer le derme réticulaire et même le tissu graisseux sous-cutané. Elles se disposent volontiers autour des annexes sans les détruire. L’épidermotropisme est inconstant mais peut s’observer de façon intense pouvant aboutir à une ulcération de l’épiderme. Il s’y associe fréquemment un infiltrat inflammatoire polymorphe comportant des lymphocytes, des éosinophiles et, rarement, des polynucléaires neutrophiles. La plupart de ces cellules expriment les marqueurs des cellules langerhansiennes (PS100, anti-CD1) et renferment des granules de Birbeck en ultrastructure. Certaines cellules contiennent, en outre, des corps denses laminés (corps en virgule) mais qui n’ont aucune spécificité. Par conséquent, un tel aspect histologique peut être indiscernable d’une prolifération langerhansienne maligne telle qu’une maladie de Letterer-Siwe. C’est pourquoi il est particulièrement important dans cette pathologie d’avoir le maximum de renseignements cliniques afin de ne pas entraîner le clinicien dans un bilan inutile, voire une thérapeutique agressive. Le diagnostic de certitude ne pourra cependant être porté qu’après la complète régression des lésions [9, 10]. L’histiocytose disséminée (maladie de Letterer-Siwe) n’est pas rare chez le nourrisson, débutant dans les premiers mois de vie, mais beaucoup plus exceptionnelle chez le nouveau-né et le tableau clinique est souvent atypique. Il peut s’agir de lésions nodulaires, vésiculo-pustuleuses. Si l’image histologique est en général caractéristique, le diagnostic peut être délicat sur une biopsie de très petite taille ne rapportant que peu de matériel tumoral [11, 12]. C’est pourquoi il est indispensable, à l’heure actuelle, de confirmer le diagnostic avec les techniques d’immunomarquage par l’anticorps antiCD1 donnant avec une très grande fiabilité un diagnostic de certitude. Récemment, est apparu sur le marché un anticorps anti-CD1 utilisable sur coupe fixée (anticorps O10). La recherche de granules de Birbeck dans les cellules, par microscopie électronique, a actuellement perdu son intérêt pour le diagnostic. FIBROMATOSES Au sein du vaste chapitre des fibromatoses, de classification mal aisée, on distingue un groupe appelé « fibromatoses 970 Ann Dermatol Venereol 1999;126:965–74 juvéniles », particulier par la survenue très précoce des lésions. Ces proliférations fibroblastiques ou myofibroblastiques sont très rares et posent régulièrement des problèmes d’interprétation. Certaines intéressent particulièrement le tissu cutané et peuvent être congénitales ou survenir au cours des 2 premières années de vie. Les caractères communs à ces fibromatoses sont leur siège (tissu sous-cutané, plans aponévrotiques et musculaires, fascias) et leur caractère mal limité, infiltrant mais peu destructeur. Myofibromatoses infantiles Encore appelées fibromatoses congénitales, elles apparaissent souvent dès la naissance mais également au cours des premières années de vie [13]. Il existe des formes familiales par transmission autosomique récessive. Les lésions peuvent être solitaires ou multiples. Lorsqu’elles sont multiples, on en distingue schématiquement 2 formes d’évolution différente suivant la topographie des lésions : la forme multiple avec atteinte sous-cutanée et osseuse, et la forme généralisée avec localisations sous-cutanées, osseuses et viscérales, en particulier pulmonaires. En effet, dans la forme solitaire ou multiple, on observe une régression spontanée des lésions, alors que dans les atteintes généralisées multiviscérales le pronostic peut être extrêmement réservé, en particulier si l’atteinte est pulmonaire. Les nodules siègent électivement sur le tronc, le cuir chevelu et la partie proximale des membres. Ils sont recouverts d’une peau normale ou parcouru de fines télangiectasies pouvant évoquer un diagnostic clinique d’angiome, mais la fermeté à la palpation inquiète et incite à la biopsie d’autant plus que les lésions volumineuses peuvent s’ulcérer (fig. 8). Histologiquement, on distingue 2 zones. A la périphérie, on observe une prolifération de cellules fusiformes se disposant en faisceaux et comportant fréquemment un cytoplasme fortement éosinophile suggérant une différenciation myofibroblastique. La zone centrale est très différente, montrant des cellules moins bien différenciées, disposées en nappe ou s’associant à une prolifération vasculaire donnant un aspect d’hémangiopéricytome [13]. Ces zones peu différenciées doivent être connues car elles entraînent fréquemment des erreurs de diagnostic, en particulier avec des fibrosarcomes, la présence fréquente de zones nécrotico-hémorragiques et calcifiées venant également appuyer ce diagnostic. En outre, dans 1/5 des cas, on peut observer une extension intra-vasculaire n’ayant aucune valeur péjorative. Hamartome fibreux du nourrisson Initialement classée dans les fibromatoses, cette tumeur s’en démarque par son évolution toujours bénigne sans récidive après exérèse totale. Survenant avant l’âge de 2 ans, elle est très rare, en général unique, et se situe avec prédilection au creux axillaire, au membre supérieur, au cou ou sur le tronc, sans jamais atteindre les doigts et les orteils. Histologiquement, la lésion est composée d’un mélange équilibré de 3 types tissulaires infiltrant le derme profond ou le tissu sous-cutané : tissu adipeux mature étroitement mêlé à d’épais tractus fibreux contenant des cellules fusiformes, et coexistant avec des plages cellulaires « mésenchymateuses » Nodules du nouveau-né Ann Dermatol Venereol 1999;126:965–74 avoisinants. Ces formes peuvent être difficiles à distinguer d’un fibrosarcome. Cependant, dans le cas des fibromatoses desmoïdes, la proportion en collagène est bien supérieure et, au sein de la prolifération, s’observent des îlots adipocytaires résiduels. Bien que la tumeur ne métastasie pas, sa capacité à infiltrer progressivement les tissus profonds doit inciter à une complète et large excision chaque fois que cela est possible. Nodules tumoraux à pronostic malin Fig. 8. Myofibromatose infantile : lésion nécrosée. comprenant des cellules ovalaires ou étoilées plongeant dans un stroma myxoïde. Fibromatose infantile digitale Elle survient dans 1/3 des cas dès la naissance. C’est une des plus fréquentes fibromatoses juvéniles. Les lésions n’apparaissent que sur les doigts ou les orteils. Les nodules sont petits et indolores et se disposent volontiers au niveau des articulations distales et moyennes des 3e, 4e et 5e doigts. Histologiquement, le diagnostic est aisé. On observe une prolifération dermique et sous-cutanée uniforme entourant les annexes cutanées, comportant des fibroblastes normaux dans un stroma fibreux dense. La clé du diagnostic est la présence d’une inclusion intracytoplasmique périnucléaire, petite, arrondie, colorée en rouge vif, dans certains fibroblastes. Cette inclusion présente un aspect proche de celui d’une hématie mais avec une plus grande variabilité dans la taille (3 à 15 µm et une absence de biréfringence. Cette formation est fibrillaire et correspond à des filaments d’actine. Le pronostic est excellent, malgré un taux de récidive de près de 60 p. 100 après exérèse. Certaines lésions régressant spontanément ; une simple surveillance peut être proposée. Fibromatose infantile desmoïde Rare, elle se voit chez le petit enfant, de la naissance à 5 ans [14]. Si initialement la lésion se localise au muscle squelettique, lors de son évolution elle peut intéresser le fascia, l’aponévrose, et le tissu sous-cutané et, dès lors, se présenter sous la forme d’une masse sous-cutanée unique, mal limitée, d’évolution rapide. Cette lésion progresse souvent rapidement, pouvant induire une gène locale ou même une douleur liée à l’infiltration des structures nerveuses. Les zones d’élection sont la tête, le cou, les épaules, les cuisses. Histologiquement, deux aspects peuvent s’observer : une forme « immature », contenant des cellules d’allure mésenchymateuse dans un stroma myxoïde, et une forme plus « mature » où coexistent de façon variable des faisceaux de cellules fusiformes et des trousseaux de collagène. Dans les 2 types, il existe une infiltration dense et diffuse des tissus Les nodules sous-cutanés en rapport avec des localisations cutanées de processus tumoraux malins sont, dans la grande majorité des cas, présents à la naissance. Ils représentent, bien entendu, un souci constant. D’une manière schématique, on peut retenir certains arguments cliniques en faveur de la malignité : le caractère « explosif » de l’éruption nodulaire, avec multiplication rapide du nombre d’éléments ; l’altération rapide de l’état général de l’enfant avec une absence de prise de poids, des adénopathies, une hépatosplénomégalie ; la couleur bleutée, violacée ; la consistance dure, mamelonnée des lésions... Lorsqu’on suspecte à l’examen clinique une tumeur maligne, il est important de prévoir systématiquement, en supplément de la biopsie fixée, un prélèvement frais pour une étude immunohistochimique sur coupe congelée. Il peut être prudent de prévoir aussi un petit fragment pour l’étude ultrastructurale, bien qu’actuellement cette technique ait perdu de son intérêt dans la majorité des cas. En pathologie néonatale tumorale, il convient également de prévoir une étude cytogénétique de la tumeur et du tissu normal à partir de tissu frais [6]. NEUROBLASTOME MÉTASTATIQUE En période néo-natale, le neuroblastome est révélé par des métastases sous-cutanées dans environ 32 p. 100 des cas. Le neuroblastome est la tumeur la plus fréquente chez l’enfant. Il s’agit d’une tumeur embryonnaire, d’où le développement de métastases placentaires. Les lésions sont des nodules fermes et indolores, souvent mamelonnés, en général mobiles sur les plans profonds, et particulier par leur aspect volontiers violacé, entourés d’un halo de vasoconstriction, angiomateux (fig. 9). Leur palpation entraîne la libération parfois massive de catécholamines avec blanchiment de la lésion et risque de poussée hypertensive. Le caractère « malin » est suspecté devant l’apparition rapide et multifocale de nouvelles lésions chez des enfants dont l’état général peut être conservé. La biopsie s’impose impérativement [6]. L’examen histologique permet de faire le diagnostic [15]. Les diagnostics différentiels principaux sont essentiellement la localisation cutanée d’un rhabdomyosarcome embryonnaire ou d’une leucémie. Les marqueurs cellulaires prennent là toute leur importance, montrant la négativité des marqueurs mésenchymateux (vimentine), musculaires (desmine, myoglobine) et leucocytaires (antigène commun leucocytaire) et la positivité très fréquente et marquée des cellules pour la neuron specific enolase, ainsi que pour les neurofilaments. 971 Ch. BODEMER, S. FRAITAG Ann Dermatol Venereol 1999;126:965–74 Fig. 9. Métastase cutanée de neuroblastome. Fig. 10. Leucémie congénitale (LAM5) révélée par des localisations cutanées. Celle-ci peut cependant rester négative lorsque on est en présence d’une tumeur très indifférenciée [16]. Cette tumeur dérive de la crête neurale, et la localisation primitive peut s’observer sur tout le trajet du système nerveux sympathique (en rétropéritonéal dans 60 p. 100 des cas). Le pronostic dépend de l’âge de survenue du neuroblastome et des localisations secondaires. Il y aurait même, avant l’âge de 3 mois, des cas de rémission spontanée liée à l’acquisition par ce nouveau-né de ses propres défenses immunitaires. Les maladies de Kaposi sont exceptionnelles chez le petit enfant [19]. RHABDOMYOSARCOMES Le rhabdomyosarcome est le sarcome le plus fréquent de l’enfant. Les cas congénitaux sont très rares (2 à 3 p. 100). Les localisations les plus fréquentes sont les extrémités et l’orbite, des localisations cutanées survenant dans 5 à 12 p. 100 des cas. Cliniquement, elles n’ont rien de spécifique, se présentant comme des nodules sous-cutanés de croissance rapide [17]. Histologiquement, le type embryonnaire prédomine nettement (70-80 p. 100). Lorsque la lésion est bien différenciée, le diagnostic est aisé. Le problème diagnostique peut se poser devant une tumeur indifférenciée. Les tumeurs présentant une ébauche de différenciation myogène peuvent être marquées par l’anti-desmine, l’anti-myoglobine, l’antimyosine. Néanmoins, les tumeurs indifférenciées peuvent être négatives avec ces anticorps. Moyennant un traitement lourd associant excision large, polychimiothérapie et, éventuellement, radiothérapie, le pronostic est assez favorable avec environ 70 p. 100 de rémission à 2 ans [17]. AUTRES SARCOMES Les autres sarcomes sont très rares chez le jeune enfant. Le dermatofibrosarcome de Darier-Ferrand est très rare chez le jeune enfant et est exceptionnellement congénital. Il ne se différencie guère, au plan clinique et histologique, de celui de l’adulte, si ce n’est que le diagnostic histologique initial est souvent erroné, donnant lieu à des diagnostics de fibromatoses ou de neurofibromes. C’est pourquoi, malgré sa rareté, il convient de connaître son existence possible chez le nourrisson [18]. 972 LEUCÉMIES Les leucémies sont rares chez le nouveau-né. Dans cette tranche d’âge, elles sont représentées, dans 50 p. 100 des cas, par des leucémies à composante monocytaire (LAM4 et LAM5), caractérisées par une fréquence élevée des localisations extramédullaires, en particulier cutanées [20]. Ces lésions spécifiques peuvent être la première manifestation de la leucémie à un stade où la NFS est encore normale, et la biopsie peut permettre d’en faire le diagnostic précoce. Il s’agit de nodules souvent bleutés et de plaques (fig. 10), d’apparition rapide et se multipliant rapidement, vite accompagnés par des signes généraux. L’examen histologique montre un infiltrat cellulaire dermo-hypodermique, respectant généralement le derme papillaire et s’infiltrant en coulées péri-annexielles et péri-vasculaires. L’aspect des cellules varie selon le type de la leucémie. Elles présentent un noyau hyperchromatique posant le problème du diagnostic des tumeurs à cellules rondes de l’enfant (neuroblastome, rhabdomyosarcome embryonnaire). L’antigène leucocytaire commun est inconstamment positif sur ces cellules peu différenciées. L’examen histologique permet essentiellement d’orienter le diagnostic qui est réellement confirmé par le myélogramme. Nodules inflammatoires Chez le nouveau-né ces lésions sont liées à une infection congénitale materno-fœtale dont la présentation clinique est souvent stéréotypée quel qu’en soit l’agent responsable. Cette entité, bien définie cliniquement et associant une fœtopathie à l’éruption cutanée, est actuellement dénommée : TORCHsyndrome (toxoplasmose, other, rubéole, cytomégalovirus, herpès). L’éruption de type « blueberry muffin syndrome » correspond à des papulo-nodules disséminés, présents à la naissance et caractérisés par des éléments allant du rouge vif Ann Dermatol Venereol 1999;126:965–74 Nodules du nouveau-né Tableau I. − Diagnostic étiologique du « blueberry muffin baby ». ERYTHROPOIÈSE INTRA-DERMIQUE • Infections congénitales – Toxoplasmose – Rubéole – Cytomégalovirus • Maladies hémolytiques du nouveau-né – Incompatibilité Rh – Incompatibilité ABO • Sphérocytose héréditaire • Syndrome de transfusion de jumeau à jumeau MALADIES TUMORALES • Neuroblastomes • Leucémies • Syndromes histiocytaires – Maladie de Letterer-Siwe – Histiocytose spontanément régressive d’Hashimoto-Pritzker au bleu-gris. Initialement, le « blueberry muffin syndrome » avait été décrit chez des enfants atteints de purpura thrombopénique associé à une rubéole congénitale. En fait, cette appellation s’est actuellement étendue à toutes les éruptions nodulaires congénitales dont les éléments prennent cette teinte caractéristique, incluant les atteintes tumorales, représentées essentiellement par les localisations cutanées des leucémies (fig. 10) et des neuroblastomes (tableau I). Dans la majorité des cas, cependant, l’atteinte est liée à un syndrome TORCH ou à une dyscrasie hématologique congénitale, et les lésions correspondent alors à des foyers d’hématopoïèse intra-dermique [21]. L’examen histologique découvre des îlots d’érythroblastes dans le derme profond et l’hypoderme, parfois associés à des précurseurs de la lignée myéloïde. Autres nodules NODULES SOUS-CUTANÉS LIÉS À UNE HYPODERMITE Chez le nouveau-né, ce paragraphe se résume à l’adiponécrose sous-cutanée. Cette panniculite survient dans les premiers jours ou les premières semaines de vie, sous forme de nodules rouges violacés pouvant confluer en placards sur le dos, la racine des membres ou les joues [22] (fig. 11). Ces lésions sont de taille variable parfois très impressionnante. Elles sont favorisées par les traumatismes obstétricaux (forceps), l’hypoxie et le refroidissement cutané chez des nouveau-nés, bien souvent en bon état général. L’explication serait liée à la teneur riche en acides gras saturés du tissu graisseux du nouveau-né, dont la température de solidification (de cristallisation) est plus élevée que celle des graisses de stockage de l’adulte. Ces lésions régressent spontanément en quelques mois ; elles peuvent cependant se fistuliser, et laisser des cicatrices, voire être à l’origine d’une hypercalcémie à rechercher si l’atteinte est étendue. L’examen histologique n’est en général pas indispensable au diagnostic. Fig. 11. Adiponécrose sous-cutanée : plaque dorsale érythémateuse, dure à la palpation. L’image en est cependant caractéristique : hypodermite nodulaire avec images de nécrose et de cristallisation des adipocytes. Leur cytoplasme est occupé par des cristaux faiblement éosinophiles correspondant à une dissolution des lipides. Il s’y associe une intense réaction inflammatoire polymorphe, riche en cellules géantes lipophagiques. L’échographie peut aider au diagnostic clinique. CÉPHALHÉMATOMES DÉFORMANTS Ils correspondent à des hématomes liés aux manœuvres d’accouchement, et posent, en fait, peu de problèmes de diagnostic clinique. Leur localisation est fréquemment pariétale, ne se superposant pas aux lignes des sutures. Ils peuvent se calcifier dans l’évolution. NODULES CALCIFIÉS Les calcifications tissulaires sous-cutanées et/ou intradermiques ne sont pas rares chez l’enfant. Elles résultent de mécanismes multiples. Les calcifications localisées sont les plus fréquentes : tantôt elles correspondent à un phénomène de calcification d’une tumeur sous-jacente (pilomatricome, kyste sébacé, hématome), tantôt elles succèdent à des injections de solutions de chlorure ou de gluconate de calcium, en particulier chez le nouveau-né. Elles peuvent être idiopathiques. Histologiquement, les dépôts de calcium se reconnaissent facilement au sein du derme ou de l’hypoderme, soit à l’hématéine-éosine, soit après coloration de Von Kossa. Ils peuvent induire une réaction macrophagique à cellules géantes. L’osteoma cutis est très rare. Il peut être unique ou multiple, parfois associé au syndrome d’Albright. L’image histologique est celle d’une vaste plage intra-dermique d’ossification. Références 1. Hayes MMM, Dietrich BE, Uys CJ : Congenital hemangiopericytomas of the skin. Am J Dermatopathol 1986;8:148-53. 973 Ann Dermatol Venereol 1999;126:965–74 Ch. BODEMER, S. FRAITAG 2. Caputo R, Ackerman AB, Sison-Torre EQ. 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La consultation est gratuite pour les sommaires, les résumés des articles et pour les articles in extenso traduits en anglais (4 ou 5 par numéro). La consultation de la revue complète nécessite un abonnement annuel (129 FF TTC pour les lecteurs déjà abonnés aux exemplaires papier). Une recherche d’articles des années précédentes (depuis 1997) peut aussi être effectuée dans le cadre de cet abonnement. Une recherche par mots clés est possible. 974