L`Architecture en Pans de Bois

Transcription

L`Architecture en Pans de Bois
Programme - Sommaire
Ouverture de la 1ère Journée Thématique
M. BENOIT, Président de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire
et des Villes Historiques de Bretagne, Maire de Dinan
………... page 7
Introduction sur l'architecture en pans de bois en Bretagne ………... page 13
M. LELOUP, Architecte
. Un patrimoine d'exception sur le plan régional, national et
européen :
ancienneté, originalité, décors ; éléments de typologie
. Une architecture identifiant fortement le patrimoine urbain
breton
. De l'importance de protéger ce patrimoine, aujourd'hui
encore menacé
Protéger l'architecture en pans de bois : moyens,
avantages, limites
Historique de la protection de l'architecture en pans de
bois en Bretagne
………... page 29
M. LELOUP
Classement Monument Historique, secteur sauvegardé,
Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et
Paysager : quels outils, pour quels objectifs ?
………... page 30
M. GARRETA, Architecte des Bâtiments de France – SDAP
Morbihan
1er témoignage : le secteur sauvegardé de Tréguier
M. TOULARASTEL, Maire de Tréguier
………... page 34
2nd témoignage : la ZPPAUP de Quimper
Mme POSTEC, Conseillère Municipale de Quimper
………... page 38
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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Restaurer l'architecture en pans de bois
Problématiques liées à la spécificité de ce patrimoine, à son
utilisation et partis de restauration
………... page 51
M. LELOUP
Valoriser l'architecture en pans de bois
Mme IRVOAS-DANTEC, Animatrice du Patrimoine de Rennes
………... page 51
Sensibiliser publics et acteurs pour légitimer la protection et la
restauration de ce patrimoine : les différentes actions menées par
le Service Patrimoine de l'Office de Tourisme de Rennes
Métropole
Problématiques liées à la spécificité de ce patrimoine, à son
utilisation et partis de restauration (reprise)
………... page 54
M. LELOUP
1er témoignage : la restauration de la "maison de l'Isle" à Vitré
Mme BRACQ, Propriétaire
………... page 56
De l'importance de traiter le bâtiment à restaurer dans son
ensemble ; prescription ou incitation ?
2nd témoignage : l'Opération Programmée d'Amélioration de
l'Habitat à thématique patrimoine des Petites Cités de Caractère
de Bretagne
………... page 61
Mme QUERO, Ingénieur des Services Culturels et du Patrimoine SDAP Côtes d'Armor
Déjeuner
Visite de Terrain
Débat et questions diverses
………... page 67
Propositions et conclusions
………... page 73
Annexes à l'Intervention sur la ZPPAUP de Quimper
………... page 79
Dossier Presse
………... page 85
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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Avant Propos
Au cours de cette première Journée Thématique des Villes d'Art et d'Histoire et des
Villes Historiques de Bretagne sur le thème de l'Architecture en Pans de Bois,
différents exposés et témoignages se sont succédé.
Ceux-ci sont retranscrits dans ce document ; l'expression orale a été volontairement
conservée.
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
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ACCUEIL DES PARTICIPANTS
René BENOIT, Maire de Dinan, Président de l'Union des Villes d'Art et
d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne
Merci à vous d'être là pour cette première journée thématique,
organisée par l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes
Historiques de Bretagne. C'est une journée que nous avons voulu
intéressante sûrement, d'actualité sûrement également, puisque c'est
un sujet qui nous préoccupe tous dans nos villes respectives.
Nous avons, pour traiter ce sujet, des interlocuteurs de très haut
niveau. J'aurai le plaisir tout à l'heure d'inviter M. LELOUP, qui est
l'homme de la journée. Il ne sera pas le seul, mais il animera cette
journée avec le concours de M. VIGHETTI qui est notre conseiller
permanent, depuis l'origine, des Villes d'Art et d'Histoire, mais
également des Petites Cités de Caractère. Vous savez que nous
poursuivons avec les Petites Cités de Caractère, le même but et les
mêmes objectifs, que nous travaillons dans les mêmes bureaux, que
nous travaillons presque avec les mêmes collaborateurs, avec les
mêmes financeurs, et que enfin, il y a une amitié et une symbiose
très forte entre les Petites Cités et les Villes d'Art. Je suis content
qu'aujourd'hui, tout le monde soit rassemblé.
“Cinq départements bretons ;
1 554 maisons en pans de
bois des 15ème, 16ème, 17ème,
18ème siècles.”
“Si Dinan peut s'enorgueillir
d'un habitat en pans de bois
exceptionnel […] et si Dinan
avait quelque raison d'être
choisi pour être la villetémoin de cette journée
d'étude, j'en suis très fier.
Avec l'un des patrimoines
architecturaux les plus riches
de Bretagne, Dinan met tout
en œuvre depuis très
longtemps pour préserver,
restaurer, mettre en valeur,
animer l'héritage des siècles
passés.”
Je laisserai M. VIGHETTI présenter M. LELOUP, mais, vous le
savez tous, M. LELOUP est l'auteur d'un remarquable ouvrage qui
a retracé, avec un réel brio, l'histoire d'un type d'architecture
urbaine, dont nous avons conservé un certain nombre
d'exemplaires. Vous êtes les représentants des 75 communes des
cinq départements bretons -nous sommes très attachés aux cinq
départements bretons- ce qui nous fait –et ce n'est pas moi qui les
ai dénombrées, c'est M. LELOUP- 1 554 maisons en pans de bois
des 15ème, 16ème, 17ème, 18ème siècles. Cinq villes dépassent la
centaine, et c'est la capitale, Rennes qui en a le plus, avec 286. Nous
sommes, à Dinan, le petit dernier des six ; nous sommes presque
ex-æquo quand même avec 115 maisons en pans de bois, 119 à
Vitré et 127 à Morlaix ; Vannes en a 171.
J'arrête ce décompte anecdotique, et le Maire que je suis, et plus
encore le Président de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des
Villes Historiques de Bretagne est évidemment particulièrement
heureux de vous accueillir aujourd'hui, pour cette première journée
thématique. Si Dinan peut s'enorgueillir d'un habitat en pans de
bois exceptionnel -ce n'est pas moi qui le dis, c'est M. LELOUP- et
si Dinan avait quelque raison d'être choisi pour être la ville-témoin
de cette journée d'étude, j'en suis très fier. Avec l'un des
patrimoines architecturaux les plus riches de Bretagne, Dinan met
tout en œuvre depuis très longtemps pour préserver, restaurer,
mettre en valeur, animer l'héritage des siècles passés.
Il y a 75 ans, Dinan a eu la chance d'avoir un Maire,
Michel GEISTDOERFER, que M. LELOUP -qui en fait un large
éloge, présente comme un Maire avant-gardiste de la protection et
de la mise en valeur du patrimoine, et plus particulièrement des
maisons en pans de bois. En devenant Maire il y a aujourd'hui un
peu plus de 20 ans, je pense avoir mérité la dédicace que
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M. LELOUP a bien voulu inscrire sur la première page de son
ouvrage, en me présentant comme le continuateur de la sauvegarde
du patrimoine dinannais.
En lançant, dès 1983, une étude sur les remparts de Dinan, réalisée
par M. RONSSERAY et traduite dans un très remarquable livre
blanc, j'ai pu dès cette date engager une très importante opération
de rénovation de l'imposante muraille dinannaise.
En 1984, j'ai pu également faire entrer Dinan dans le cercle envié
des Villes d'Art et d'Histoire et créer à Dinan, en décembre de cette
année 1984, l'Union des Villes d'Art et d'Histoire de Bretagne, que
j'ai le plaisir de présider depuis cette date.
Quelques années plus tard, j'ai eu aussi la satisfaction de faire
aboutir une demande qui était depuis très longtemps espérée, celle
de classer 90 hectares du centre ancien de Dinan, en secteur
sauvegardé. J'ai eu enfin le plaisir, entre autres choses bien sûr, de
voir la Fête des Remparts -lancée dès 1983 par une simple porte
ouverte sur les travaux de restauration et de nettoyage des
remparts- devenir une fête de grand renom qui, depuis 20 ans,
contribue à la promotion de la cité et à la mise en valeur du concept
de tourisme culturel urbain, concept que M. VIGHETTI a lancé au
niveau européen.
J'espère que lors de la visite des maisons en pans de bois de notre
ville -que nous effectuerons tous ensemble cet après-midi, par
petits groupes, sous la conduite de guides éclairés- le nombre, la
diversité, l'éventail des époques que vous pourrez découvrir, du
15ème au 18ème siècles, vous apporteront les satisfactions que vous
attendez de cette journée.
Les conférenciers qui vont, tout au long de la matinée, nous dire
tout sur les maisons en pans de bois, auront eu le mérite de nous
mettre l'eau à la bouche. Je vais leur laisser la parole, en étant
content d'accueillir M. LELOUP bien sûr, mais également le
second intervenant de la matinée, M. GARRETA, Architecte des
Bâtiments de France dans le Morbihan, dinannais d'origine,
puisqu'il a été mon élève lorsque j'enseignais le sport. Je retrouverai
donc avec plaisir mon élève, brillant Architecte DPLG ; ce sera une
grande joie de retrouver celui qui fut un excellent élève en sixième,
il y a hélas déjà un certain temps.
Je vais maintenant laisser la parole à M. VIGHETTI, puis à
M. LELOUP et à M. GARRETA. Bonne matinée.
Pendant qu'ils montent à la tribune, je voudrais remercier l'équipe
d'organisation qui, sous l'impulsion de Florence LE THERISIEN,
a mis cette journée au point, avec le concours de toute l'équipe qui
l'entoure à Rennes. Je remercierai également nos services qui ont
participé à la décoration de cette salle, à la préparation et à la mise
en place de cet ensemble que vous avez devant vous.
Voilà, c'est fini pour l'instant, je cède la parole à M. VIGHETTI.
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Jean-Bernard VIGHETTI, Directeur de l'Office de Tourisme de Rennes
Métropole, Secrétaire Général de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des
Villes Historiques de Bretagne
Merci. Bonjour. Je vais donc vous donner le programme de cette
matinée, que vous avez probablement tous reçu, mais il n'est peutêtre pas mauvais d'en rappeler les temps forts.
“Il s'agit pour nous […] de
créer un électrochoc,
notamment sur les élus de
l'Union des Villes d'Art et
d'Histoire et des Villes
Historiques de Bretagne, et
aussi sur ceux de
l'Association des Petites Cités
de Caractère de Bretagne.”
“Ce qui contribue à qualifier
nos villes, qu'elles soient
petites ou qu'elles soient
grandes, c'est […] un habitat
plus ancien du 15ème siècle, du
16ème voire du 17ème siècle, en
pans de bois.”
“Il semblait nécessaire
d'attirer l'attention sur le
risque qu'encoure encore
aujourd'hui ce patrimoine
bâti, pendant longtemps
considéré comme secondaire,
et qui de ce fait a été
largement détruit. Il n'y a pas
encore si longtemps que cela,
même après la guerre, il y a
eu des destructions assez
massives de maisons en pans
de bois. Ce qui fait qu'il nous
reste en Bretagne un
patrimoine certes encore
important, mais très modeste
par rapport à ce qu'il était
préalablement.”
“Ce pan de bois qui contribue
à qualifier la Bretagne, il faut
s'en occuper sérieusement.”
Auparavant, je voudrais, dans un premier temps, rappeler ce qui
nous a amenés à organiser cette journée. Certaines personnes n'ont
pas forcément bien pris cette initiative, considérant que l'Union des
Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne
n'était pas une structure chargée de la formation. Il est bien clair
que cette réunion n'a pas pour but de former les personnes ici
présentes.
Il s'agit plutôt pour nous, à partir de l'ouvrage qu'a publié
M. LELOUP -je ne pense pas qu'il y ait eu en Bretagne, ou sur le
plan national, de contribution de cette nature- de créer un
électrochoc, notamment sur les élus de l'Union des Villes d'Art et
d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne, et aussi, comme le
disait le Président BENOIT, sur ceux de l'Association des Petites
Cités de Caractère de Bretagne.
Ce qui contribue à qualifier en partie nos communes, nos villes,
qu'elles soient petites ou qu'elles soient grandes, c'est, bien sûr, la
richesse patrimoniale, la richesse de l'habitat. Et, dans cet habitat, à
coté de celui du 17ème siècle, du 18ème siècle, d'essence classique en
pierre, on a aussi dans beaucoup de nos cités, un habitat plus
ancien encore du 15ème siècle, du 16ème voire du 17ème siècle, en pans
de bois.
Après avoir lu l'ouvrage de M. LELOUP, après avoir vu qu'en dépit
de ce que nous faisions les uns et les autres dans chacune de nos
cités, il semblait nécessaire d'attirer l'attention sur le risque
qu'encoure encore aujourd'hui ce patrimoine bâti, pendant
longtemps considéré comme secondaire, et qui de ce fait a été
largement détruit. Il n'y a pas encore si longtemps que cela, même
après la guerre, il y a eu des destructions assez massives de maisons
en pans de bois. Ce qui fait qu'il nous reste en Bretagne un
patrimoine certes encore important, mais très modeste par rapport
à ce qu'il était préalablement. Et on a perdu, M. LELOUP nous le
dira tout à l'heure, on a perdu des pièces uniques de ce patrimoine,
parce qu'il n'était pas suffisamment considéré, notamment par les
élus, sauf peut-être à Dinan, comme le soulignait tout à l'heure
M. BENOIT.
Voilà notre objectif, et on verra à travers les propos de
M. LELOUP qu'il ne suffit pas simplement d'entretenir une façade,
qu'il ne suffit pas de retrouver une vocation d'aujourd'hui sur le
plan commercial, au rez-de-chaussée, pour que le bâtiment soit
sauvé. Il y a plus à faire, et ce pan de bois qui contribue à qualifier
beaucoup de nos communes, qui contribue à qualifier la Bretagne,
il faut s'en occuper sérieusement. C'est là l'objectif de la réunion de
ce matin.
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Je tiens à le redire, de façon claire, nette et précise ; il ne faut pas
chercher à travers cette initiative la volonté de notre Union de se
positionner sur des actions, sur des missions qui ne sont pas les
nôtres, même si, par ailleurs, nous sommes amenés à travailler avec
des organismes de formation.
Voilà ce que je tenais à dire d'entrée de jeu, de façon à ce qu'il n'y
ait pas d'ambiguïté. Merci à M. LELOUP d'avoir accepté, comme le
disait notre Président, d'animer cette grande journée où il sera très
sollicité.
Il me semble qu'avant d'aborder le problème de l'entretien, de la
mise en valeur et du devenir de ces maisons en pans de bois, il faut
d'abord commencer par le commencement, c'est-à-dire rappeler les
origines, les grands principes de ces constructions en pans de bois.
Je vous donne lecture du programme de cette matinée :
M. LELOUP va intervenir avec un peu de retard, mais c'est assez
classique dans les colloques.
Tout d'abord, sur le thème de "l'architecture en pans de bois en
Bretagne, un patrimoine d'exception sur le plan régional, national et
européen". Il va nous dire en quoi ce patrimoine est effectivement
un patrimoine d'exception, une architecture identifiant fortement le
patrimoine urbain breton. Il est vrai qu'en Bretagne, le pan de bois
se retrouve pour l'essentiel en ville, contrairement à la Normandie
par exemple. Ce pan de bois est donc un pan de bois de type urbain
pour l'essentiel. Ensuite, sur l'importance de protéger ce patrimoine
encore menacé aujourd'hui.
Nous passerons, pour développer concrètement ce sujet, à une
table ronde, toujours avec M. LELOUP : "comment protéger
l'architecture, les moyens, les avantages et les limites". A coté de
M. LELOUP, il y aura, comme cela l'a été souligné tout à l'heure,
M. GARRETA, Architecte des Bâtiments de France -dont c'est le
métier que de veiller à la préservation de ce patrimoine.
Témoignera ensuite un élu, pas d'une Ville d'Art et d'Histoire, mais
d'une Petite Cité de Caractère, M. TOULARASTEL, Maire de
Tréguier, qui est le tout nouveau Président de l'Association des
Petites Cités de Caractère de Bretagne. Il a remplacé M. BELLIOT
qui, pendant 20 ans, a mené de main de maître l'Association des
Petites Cités de Caractère de Bretagne. Enfin, autre témoignage
aussi, celui de Mme POSTEC qui nous présentera la Zone de
Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager de
Quimper. La ZPPAUP est un mode de protection au même titre
que les secteurs sauvegardés, au même titre également que les 500
mètres autour des monuments classés ou inscrits, mais qui est bien
particulièrement adapté à la protection de ce type de patrimoine.
Après la pause, un autre thème sera traité : "restaurer l'architecture
en pans de bois", évoquant notamment les problématiques liées à la
spécificité de ce patrimoine, à son utilisation et aux partis de
restauration. Nous aurons le témoignage de Mme BRACQ,
Propriétaire à Vitré de la Maison de l'Isle, en tandem avec
M. LELOUP qui traitera ensuite "de l'importance de considérer le
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bâtiment à restaurer dans son ensemble, intérieur et extérieur,
prescription ou incitation ?". Puis, un autre témoignage sur la
politique de restauration des immeubles en pans de bois du centre
historique de Rennes. Enfin, un dernier témoignage sur l'Opération
Programmée d'Amélioration de l'Habitat à thématique patrimoine
des Petites Cités de Caractère de Bretagne sera développé par
Mme QUERO, Ingénieur des Services Culturels et du Patrimoine.
Voilà, comment s'organisera cette matinée. Il y aura, en dernier
thème, "valoriser l'architecture en pans de bois", avec
Mme IRVOAS-DANTEC, Animatrice du Patrimoine de Rennes,
mais qui est aussi mon Adjointe à l'Office de Tourisme de Rennes
Métropole.
Après le déjeuner, nous aurons une visite sur le terrain. Puis, la
journée se terminera par des débats et questions, suite aux visites et
suite aux interventions du matin. Nous essaierons évidemment de
tirer des conclusions de cette journée : quelle politique pour la
sauvegarde, la mise en valeur, l'animation, la réutilisation, la réexploitation de ce patrimoine, encore une fois tout à fait
remarquable, que nous avons en Bretagne ?
Je vais demander à M. LELOUP de bien vouloir monter sur
l'estrade. Je rappelle qu'il est Enseignant à l'Université de Haute
Bretagne, et que cela fait 12 ans qu'il travaille sur ce sujet. Je pense
que tous les gens qui s'intéressent à la Bretagne avaient, ou ont
noté, ses communications, extrêmement intéressantes, notamment
dans la revue Armen, biais par lequel il communiquait auprès du
grand public. Je pense que la communication de ce matin
permettra, pour ceux qui n'ont pas acheté son ouvrage sur les
maisons en pans de bois, de se le procurer, soit en l'empruntant,
soit en le prenant dans une médiathèque. D'ores et déjà, on peut
dire que cet ouvrage fonctionne bien, même s'il pouvait apparaître
volumineux, et même peut-être difficile d'accès, en dépit de ses
nombreuses illustrations. Le public accroche très bien à cet
ouvrage, ce qui montre l'intérêt que portent les Bretons, et les
autres, à leur patrimoine.
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I - L'ARCHITECTURE EN PANS DE BOIS EN BRETAGNE
Daniel LELOUP, Architecte
Je vais commencer, ce matin, en essayant de brosser, du mieux que
je peux le faire, et dans un laps de temps relativement court,
l'histoire de ce patrimoine en pans de bois.
Car je pense qu'il est essentiel, avant de débattre des problèmes de
restauration, de comprendre ce qu'est ce patrimoine. On ne peut
faire de bonne restauration que si l'on sait d'abord pourquoi ce
patrimoine a été construit, comment il a été fait. Cette notion de
compréhension de ce patrimoine est absolument essentielle.
“ Vraisemblablement, la
Bretagne est la région de
France, et peut-être même
d'Europe qui, au 17ème siècle,
a produit la plus grande
diversité de modèles.”
Il est vrai que pour la plupart des gens non-spécialistes de la
question, quand on parle de maisons en pans de bois, on les voit
toutes pareilles. Or, comme on l'a rappelé en préambule, il existe
des maisons de différentes époques, des 15ème, 16ème, 17ème et 18ème
siècles. Quatre siècles, c'est quand même long. Les techniques ont
quelque peu évolué au cours de ces siècles, le type de plan qui a
servi pour ces constructions également, ainsi que le décor. A
l'arrivée, je dirais que l'on devrait parler d'architectures -au plurielen pans de bois, plutôt que d'une architecture en pans de bois. La
diversité est extrêmement grande, surtout au 17ème siècle où l'on va
nous proposer des ensembles de modèles très particuliers qui font,
aujourd'hui, l'une des richesses exceptionnelles de ce type
d'architecture dans cette région. Vraisemblablement, la Bretagne est
la région de France, et peut-être même d'Europe qui, au 17ème
siècle, a produit la plus grande diversité de modèles ; ceux-ci vont
des maisons à porches, mais également des maisons à vitrines, aux
maisons particulières, comme on verra à Rennes, avec des escaliers
extraordinaires, etc, etc…
Donc, c'est évidemment un vaste sujet, on m'a prévu 35 minutes
pour essayer d'expliquer cette évolution générale, c'est très peu, je
vais essayer de ne pas trop déborder.
En commençant, je voudrais rappeler que l'une des particularités
techniques fondamentales de ces architectures, c'est l'unicité du
mode de construction qui a été utilisée en Bretagne.
 On a une construction, des constructions qui sont faites
exclusivement suivant la technique qu'on appelle "à poteaux
courts". Or, cette technique n'est pas la seule dans la construction
en pans de bois. Il existe une autre technique, plus ancienne, qu'on
appelle la technique "à poteaux longs", dont vous avez une
reproduction sur cette diapositive, qui n'existe pas, ou, plutôt, qui
n'existe plus dans cette région, car rien, à priori, ne peut faire
penser qu'elle n'ait pas existé à un moment donné.
On a rappelé que cette architecture commençait au 15ème siècle. Il y
avait, très probablement, des maisons en pans de bois antérieures à
cette époque, mais, malheureusement, nous n'en trouvons aucune
trace aujourd'hui. C'est pour cela que l'on fait commencer cette
architecture simplement au 15ème siècle. Mais il existait
vraisemblablement auparavant d'autres modèles, du type de celui à
poteaux longs, comme sur cette diapositive qui représente un
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manoir en Normandie.
Cette différence technique est absolument fondamentale. Dans le
cas présent, il s'agit d'utiliser des poteaux qui montent de fond
jusqu'en haut du bâtiment, ce qui nécessite des arbres de très haute
futaie, des arbres de 11, 12, voire 13 ou 14 mètres, alors que la
technique "à poteaux courts" utilise des pièces de bois courtes,
comme son nom l'indique, de 2.80 mètres à 3.20 mètres environ.
Deux techniques, donc, qui sont tout à fait différentes l'une de
l'autre, et qui ont des conséquences sur la construction elle-même.
Car, à partir du moment où l'on utilise des poteaux longs, comme
ici, il va de soi qu'on ne peut pas avoir d'encorbellements, le poteau
filant du rez-de-chaussée jusque sous les combles. La technique de
l'encorbellement va apparaître avec l'invention de la technique "à
poteaux courts", que l'on situe, habituellement, au 14ème siècle. C'est
une limite qui reste, encore aujourd'hui, assez floue ; il est possible
qu'avant même le 14ème siècle, on ait utilisé des techniques "à
poteaux courts".
Pourquoi, à un moment donné, a-t-on changé de technique ? Pour
des raisons assez simples à comprendre. Il fallait trouver des arbres
très importants pour construire des maisons à poteaux longs, mais,
à cette époque-là, il y avait des forêts partout autour des villes, et
autour de Dinan, il y en avait comme partout ailleurs. Ce n'est donc
pas tant le problème des arbres et de leur rareté qui se posait, que le
problème de la mise en œuvre.
Pour imaginer ce qu'était une ville médiévale aux 14ème et 15ème
siècles, il suffit de regarder nos centres anciens. Lorsqu'il fallait
lever des arbres avec des poteaux de 12-13 mètres, dans des ruelles
extrêmement étroites, c'était un problème, évidemment qui,
techniquement, était extrêmement difficile à résoudre. De même,
une fois qu'on les avait dressés, il fallait les haubaner -ils ne tenaient
pas tout seuls- le temps de faire les assemblages.
Ce problème technique va disparaître avec l'utilisation du poteau
court. Avec les petites sections de bois qu'on va utiliser à partir de
ce moment-là, on va pouvoir assembler au sol les étages les uns
après les autres, et, comme un puzzle, monter les étages les uns audessus des autres.
C'est donc ce problème de fonctionnement qui explique le succès
de cette seconde technique. Très certainement dès la fin du 14ème
siècle, et en tous cas dès le début du 15ème siècle, on peut dire que la
technique "à poteaux courts" a définitivement supplanté la
technique "à poteaux longs", qui meurt de sa belle mort. Elle
disparaît complètement. Et ceci pas seulement en Bretagne, pas
seulement en France, c'est un phénomène qu'on observe dans tout
le Nord de l'Europe, de la Bretagne jusqu'à la Pologne. Ces
avantages techniques sont, évidemment, tout à fait logiques.
Je voudrais rappeler le deuxième élément qui est absolument
fondamental, si l'on veut comprendre ce que c'est que ces maisons
en pans de bois : c'est le problème du tissu urbain dans lequel elles
ont dû s'insérer, à un moment donné de leur histoire.
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Vous le savez, les villes ont été découpées au haut Moyen Age,
pour que l'on puisse construire un certain nombre de maisons. Or,
ce parcellaire primitif va jouer un rôle fondamental. Une fois mis en
place, on aura énormément de mal à le remembrer, à le
transformer, au cours des siècles. Cela va conditionner l'évolution
des modes de construction dans nos villes jusqu'au 18ème siècle,
date à laquelle on va entreprendre des grands remembrements
urbains, qui vont transformer un certain nombre de centres
historiques.
Mais, pendant un temps très long, quasiment jusqu'à la fin de
l'Ancien Régime, il va falloir tenir compte de ce parcellaire découpé
au haut Moyen Age. Car, pour le remembrer, il faut que les
propriétaires voisins se mettent d'accord, ou qu'une autorité décide
d'effectuer un remembrement, ce qui n'a pas existé avant la fin de
l'époque moderne.
 Je vous ai mis cette diapositive, de la rue de Penhoët à Rennes,
qui rappelle ce qu'était ce parcellaire : à l'origine, des parcelles
extrêmement étroites -certaines font moins de cinq mètres- alors
que les maisons qui y sont construites sont vraisemblablement des
maisons du 17ème siècle. Pourquoi ? Et bien pour la raison que j'ai
évoquée : on va avoir énormément de mal à remembrer ces
parcelles, ce qui va freiner considérablement l'évolution de
l'architecture à l'intérieur de nos villes.
 A Lamballe, cette petite maison, qui existe toujours aujourd'hui,
vous montre ce parcellaire, sur lequel est construite une très belle
maison du 15ème siècle. C'est un phénomène fondamental qui va
gêner l'évolution des modèles, et freiner la restructuration des villes.
 Ce très beau plan de la ville de Morlaix, rare plan du 17ème siècle,
vous montre une image de nos villes à cette époque, avec leurs
maisons à pignon, serrées les unes contre les autres. Cette image est
tout à fait représentative de ce qui existait partout dans les villes de
Bretagne, jusqu'au 18ème siècle. On comprend bien ce phénomène
de structure urbaine, avec ce parcellaire très découpé, dans lequel il
faut obligatoirement s'insérer. Et, au 16ème siècle, voire au 17ème
siècle, lorsqu'un propriétaire voudra faire un autre modèle de
maison à l'intérieur des villes closes, sa première préoccupation sera
d'acquérir les parcelles voisines pour pouvoir faire autre chose. Car
sans maîtrise du foncier, on ne peut absolument rien faire.
C'est un problème général, pas seulement pour les villes de
Bretagne, puisque les Rois eux-mêmes y ont été confrontés. Je vous
renverrai simplement à Marie de Médicis et aux difficultés qu'elle a
eu à acquérir du terrain, quand elle a voulu construire le Palais du
Luxembourg, raison pour laquelle le jardin derrière est désaxé par
rapport au Palais. Ces difficultés existent dans toutes les villes, et
vont conditionner l'évolution de ces architectures.
 Le 15ème siècle nous a laissé, en Bretagne, un certain nombre de
constructions, que l'on peut définir assez simplement, du moins en
ce qui concerne la façade. Ce sont des maisons "à pignon", comme
sur cette diapositive, rue Saint-Sauveur à Rennes. Pourquoi "à
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« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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pignon" ? Tout simplement parce que l'on s'est adapté au
parcellaire : étroit sur la façade et tout en profondeur, il a déterminé
cette forme de maison. Mais, avec une façade étroite et un plan en
profondeur, on a, sur les murs mitoyens, des chéneaux qui posent
des problèmes d'entretien considérables. Lorsque l'on lit les
archives, on s'aperçoit que les propriétaires riverains sont
perpétuellement en procès. En effet, les chéneaux sont difficiles à
entretenir ; étant tout à fait en haut des maisons, ils se bouchent, et,
vous le savez, quand une gouttière est bouchée, elle déborde, et
c'est toujours de la faute du voisin.
L'autre élément qui caractérise cet habitat primitif à poteaux courts,
ce sont les encorbellements. Les encorbellements résultent de la
nouvelle technique de construction en pans de bois. Car pour
assembler, pour pouvoir réunir des éléments de charpenterie qui ne
se prolongent pas, comme dans les poteaux longs, du bas jusqu'en
haut, il faut trouver des systèmes qui permettent de faire des tenons
et des mortaises. Effectivement, on ne peut pas assembler des
poteaux courts l'un au-dessus de l'autre, car on affaiblirait beaucoup
trop les sections du fait des percements. Le succès de ce type de
construction va être considérable, et on rencontre ce modèle dans
toutes les villes de Bretagne :
 A Vannes, ces deux maisons mitoyennes (c'est quasiment la
même maison qui se répète),
 Quimperlé, avec ces maisons du même modèle,
 Lamballe,
“Pontrieux,…
 Pontrieux,…
Et si, sur chacune de ces
maisons, il y a des
particularités au niveau des
assemblages et du décor, le
fondement même du système
de charpenterie reste toujours
le même : une ferme
débordante, des
encorbellements profonds, et
un type d'assemblage qui, du
point de vue technique, ne
varie pas.”
Et si, sur chacune de ces maisons, il y a des particularités au niveau
des assemblages et du décor, le fondement même du système de
charpenterie reste toujours le même : une ferme débordante, des
encorbellements profonds, et un type d'assemblage qui, du point de
vue technique, ne varie pas.
 Quimper.
Ce qui va fixer, en réalité, les limites de ce mode constructif, c'est la
profondeur des encorbellements. Au 15ème siècle, on va trouver
l'encorbellement très pratique. Pourquoi pratique ? Parce que
l'avancée de la maison sur la rue permet de protéger le rez-dechaussée. Je sais que l'on a souvent dit, dans un certain nombre
d'ouvrages, que l'encorbellement permettait de gagner de la place
sur la rue. En réalité, c'est plutôt une résultante, et ce n'est
certainement pas le point de départ du système constructif, qui est,
comme je l'ai dit, d'ordre technique. Mais ce système est, en plus,
intéressant pour le rez-de-chaussée. Il ne faut pas oublier que
l'essentiel de ces maisons, à l'origine, possédait des commerces en
rez-de-chaussée, et que le choix de l'emplacement dans la ville était
déterminé par l'importance de ce commerce. Or, le fait d'avoir un
encorbellement profond protège les commerces, et permet
"d'étaler" à l'extérieur. Je dis "étaler" au sens propre, puisque,
comme vous le savez, la partie qui se trouve en bas s'appelle l'étal.
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Dinan – 9 février 2004
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Cette maison de Quimper montre donc une construction avec des
encorbellements particulièrement profonds, puisque du haut en bas
de la maison, on gagne environ deux mètres.
Ceci a également des conséquences sur la structure même de la
maison. Car, plus les étages avancent sur la rue, plus on a un
phénomène de basculement qui peut s'opérer, compte tenu du
poids de ces différents éléments de charpente. Et vous le voyez, ici
-c'est la même maison de Quimper- on a dû ajouter une jambe de
force en-dessous, pour reprendre les solives qui débordent, et qui
ont tendance à fléchir sous le poids de la construction. Ce
problème de structure a également fixé, à un moment donné,
l'importance des encorbellements qu'il était possible de réaliser avec
ce mode de construction.
 En voilà un autre exemple, à Guingamp, avec des décors ; le
système reste partout le même, il est simplement plus ou moins
sophistiqué.
Du point de vue du plan, on a aussi une espèce d'unicité générale,
en Bretagne comme en Europe. En effet, il est assez étonnant de
savoir que ces modèles se transmettaient dans toute l'Europe du
Nord, aussi bien en ce qui concerne le mode de construction que le
plan et une partie des décors.
 Vous avez là une maison tout à fait typique, que j'ai relevée à
Guingamp, mais qu'on trouve absolument partout, avec une pièce à
gauche qui donne sur la rue -boutique avec un étal- une pièce sur
l'arrière, et, au milieu, une cage d'escalier. C'est une maison d'angle,
donc il n'y a pas de couloir ou d'allée, mais le principe reste le
même. Vous avez, complètement à droite en haut du plan, des
latrines, élément de confort sur lequel je reviendrai tout à l'heure.
On a un mur de refend partiel, en bas, qui sépare les pièces de
devant des pièces de derrière. Ce plan est un plan absolument
universel, qui caractérise cette architecture du 15ème siècle. Les
maisons les plus pauvres n'ont simplement qu'une seule pièce au
lieu d'en avoir deux, mais tant en ce qui concerne le mode de
construction que le mode de fonctionnement de la maison, il s'agit
exactement de la même chose.
 Sur cette image, on a des maisons en bande, accolées les unes aux
autres, avec une technique de double mur, peu courante, mais qui
ne change rien en réalité : maison à deux pièces, maison à une pièce
et une autre maison à une pièce tout en haut,… Vous le voyez, le
parcellaire a un rôle fondamental dans l'organisation de ces maisons
en général, et de la ville en particulier.
Quels sont les éléments que l'on trouve à l'intérieur ? Le premier
élément commun, c'est l'escalier qui est toujours en vis, et presque
toujours en bois. Les escaliers en pierre, à cette époque-là, sont
extrêmement minoritaires (moins de 5 %).
 Cet escalier est tout à fait représentatif de ce qu'on trouve dans
95 % des maisons à cette époque-là : étroit, avec un emmarchement
qui varie de 60 centimètres à 80 centimètres, et qui dessert tous les
étages.
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 Autres éléments de confort, les cheminées -là, du début du 16ème
siècle-. Les cheminées sont essentielles, parce qu'on y fait tout : on
se chauffe, on fait également la cuisine.
 Et puis un élément de confort qu'on oublie souvent, mais qui est
tout à fait essentiel à cette époque-là, ce sont les latrines. Vous avez
ici des latrines tout à fait typiques, comme on en rencontre partout :
une simple pierre percée, avec une colonne. Ces latrines allaient
généralement se déverser directement dans les douves, parfois dans
des fosses qu'il fallait vider. Dans la plupart des villes, il y a des
conduits maçonnés que l'on prend parfois pour des souterrains : ce
sont simplement des conduits de latrines.
 Cette petite photo vous montre un évier -celui-là exceptionnel
parce qu'il est décoré- qui existe, là aussi, dans la plupart des
maisons. Il fallait, en effet, pouvoir se rincer les doigts à une
époque où l'on n'utilisait pas encore la fourchette en Bretagne, et,
également, laver les plats après les avoir utilisés.
Je reviens sur un élément fondamental, qu'on a souvent oublié, c'est
le problème de la boutique. Les gens qui viennent construire ces
maisons choisissent un emplacement où ils vont pouvoir faire du
commerce. Et plus l'emplacement commercial est important,
notamment autour des halles, plus la valeur du terrain est grande.
Et ceci explique, par exemple, qu'on trouve aujourd'hui de très
belles constructions qui ont des façades entièrement au Nord, sans
soleil. La question de l'ensoleillement n'était pas une préoccupation
de l'époque, car on choisissait l'emplacement en fonction de sa
valeur commerciale. Plus on était près de la place centrale, la place
des halles, plus le terrain valait cher.
 Cette gravure, que j'ai tirée d'un ouvrage de Viollet-le-Duc, vous
montre comment étaient faites ces boutiques : avec des volets qui
s'abattaient, qui servaient d'étal, et des volets levant qui
protégeaient la marchandise étalée à l'extérieur. D'où l'intérêt de
l'encorbellement dans un pays au climat très pluvieux. En Bretagne,
le fait de pouvoir protéger la marchandise que l'on met à l'extérieur
est un élément tout à fait important.
Autre détail : souvent, au rez-de-chaussée, on ne trouve pas de
cheminée. Les gens s'en étonnent, et considèrent ou pensent qu'on
les a détruites. Ce n'est pas le cas, et très souvent, à l'origine, il n'y
avait pas de cheminée au rez-de-chaussée ; pourquoi ? Parce que la
boutique, comme vous le voyez, est ouverte sur l'extérieur. Le
commerce ne se faisait pas à cette époque-là comme aujourd'hui en rentrant dans la boutique- mais les acheteurs restaient dans la
rue et le vendeur était dans la boutique, celle-ci restant
complètement ouverte. Une cheminée ne chauffe déjà pas
beaucoup, mais en plus, si tout est ouvert sur l'extérieur, cela
représente un intérêt extrêmement limité, voire totalement
négligeable. Il existe deux maisons, en Bretagne, qui reproduisent
ces volets, que je vous montrerai après.
 Je vous ai mis ici une miniature tirée d'un livre, "Ethique, Politiques
et Economiques" d'Aristote, qui nous montre un élément tout à fait
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“Ce qui caractérise
l'iconographie de cette
époque, ce sont des sujets
religieux récurrents, mais
également des sujets
"populaires" qui viennent s'y
mélanger.”
“Cette belle maison de
Quimper, détruite vers 1860,
est tout à fait caractéristique,
avec une série de personnages
qui sont pour l'essentiel des
saints.”
intéressant : en bas, des marchands vendent à l'extérieur, suivant le
système que je viens d'évoquer, et, en haut, vous apercevez une
maison en pans de bois avec des emplacements de fenêtres plus ou
moins fermées. Ce sont des emplacements qui vous montrent en
fait des volets coulissants plus ou moins relevés à l'intérieur des
fenêtres. Contrairement aux idées reçues, à cette époque-là, un
certain nombre de bâtiments n'avait pas de fenêtres. Elles vont
apparaître un peu plus tard. On se contentait simplement, la nuit,
de relever les volets coulissants, ce que vous montre ce document.
Cela peut paraître étonnant d'imaginer des bâtiments dépourvus de
fenêtres pour fermer, mais c'est un élément absolument certain. J'ai
eu l'occasion, comme un certain nombre de personnes dans cette
salle, de travailler sur ces maisons-là, et nous n'avons trouvé aucune
trace de fermeture existante. On est absolument sûr qu'il n'y en
avait pas. Ceci est conforté par un certain nombre de sources
iconographiques, comme celle que vous avez sur cet écran. Il faut
donc se rendre compte que ces maisons étaient particulièrement
ouvertes sur l'extérieur, et que le mode de vie qui en découlait, à
l'intérieur, n'était pas le même que le nôtre.
 En Bretagne, on a restauré deux maisons avec des volets levants
et abattants : celle-ci qui est au 9, Grand'rue à Morlaix, et une autre
qui est à Dinan, rue du Jerzual, que l'on verra peut-être cet aprèsmidi. C'est une maison un peu plus récente -elle semble dater du
16ème siècle- qui montre cette disposition, avec un volet bas qui sert
d'étal, et un volet haut qui sert à protéger. On comprend bien, sur
cette diapositive, l'intérêt d'avoir des encorbellements profonds, qui
viennent protéger encore davantage le système du rez-de-chaussée,
essentiel dans le fonctionnement de ces maisons.
L'autre élément de cette époque, c'est le décor. Là aussi, on a un
décor tout à fait particulier qui va disparaître avec la Renaissance.
 Le décor est extrêmement important sur cette maison, mais elles
n'étaient pas toutes décorées car cela représentait un coût
supplémentaire pour le propriétaire. Ainsi, les propriétaires les
moins fortunés ne décorent pas leurs maisons.
Ce qui caractérise l'iconographie de cette époque, ce sont des sujets
religieux récurrents, mais également des sujets "populaires" qui
viennent s'y mélanger.
 Cette belle maison de Quimper, détruite vers 1860, est tout à fait
caractéristique, avec une série de personnages qui sont pour
l'essentiel des saints.
[…]
 Voilà une sculpture qui provient d'une autre maison de Nantes, et
qui vous montre un sujet civil : c'est un apothicaire en train de piler
ses drogues. Voyez le très beau décor gothique flamboyant du dais
au-dessus, caractéristique de cette fin du Moyen Age.
On trouve des sujets plus amusants :
 A Vannes, ce lion en train de rire,
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 Ce personnage, à Malestroit, qui tient un gourdin,
 La "truie qui file", également à Malestroit…
On trouve une grande variété de personnages au travers de ces
deux grandes catégories : sujets religieux et sujets de la fête ou de
l'amusement. Là aussi, on peut dire que ces deux grands thèmes se
retrouvent dans tout le Nord de l'Europe. Mais évidemment, en
fonction des régions et des particularités locales, les saints évoluent,
et les sujets traités, plus civils, évoluent également.
 Vous avez reconnu Quintin, le bonhomme qui grimace.
Cette architecture a connu un succès considérable en Bretagne,
mais aussi dans tout le Nord de l'Europe. Les maisons gothiques
ont connu un succès tel qu'en Bretagne, on va répéter ces modèles
pendant des temps extrêmement longs. C'est une des difficultés
pour les historiens de l'architecture, car on a tendance à mélanger
les dates, ou, du moins, c'est un élément qui peut nous induire en
erreur.
“La "truie qui file", à
Malestroit…”
 Quand on regarde la partie qui est à droite de cette très belle
maison de Landerneau, on est tout à fait dans les caractéristiques de
ce que j'ai défini tout à l'heure comme une maison gothique : petite
façade, pignon, encorbellement. Or cette maison est datée et la date
est certaine : 1664. On est donc dans la seconde moitié du 17ème
siècle, sous Louis XIV. Cela peut sembler incompréhensible, voire
complètement en décalage par rapport à l'époque. Il faut cependant
se remémorer que ces modèles ont connu un succès considérable y
compris dans le temps.
 Une maison de Saint-Brieuc, vraisemblablement du milieu du
16ème siècle,
 Vannes, l'Office de Tourisme que vous connaissez, là aussi
maison du 17ème siècle, répondant à des lois de l'époque gothique qui se termine à la fin du 15ème siècle-. C'est un phénomène général
car on en trouve absolument partout, dans toutes les villes de
Bretagne.
 Ici Carhaix, peut-être encore plus caractéristique, compte tenu de
l'importance des encorbellements : c'est une maison comparable à
celle de Quimper que je vous ai montrée tout à l'heure. Or, elle date
du milieu du 16ème siècle, peut-être même des années 1570-1580,
car une partie du décor de cette maison est très Renaissant. On
aperçoit le rez-de-chaussée, ainsi qu'un détail de l'étage, avec ces
personnages engainés qui caractérisent la Renaissance. Il s'agit donc
évidemment d'une maison du 16ème siècle, alors que la structure du
pan de bois en façade est de type médiéval.
 Cette maison de Quimper, datée de 1552, apparaît également
comme une maison de type gothique.
 A titre d'illustration, voici deux exemples pour vous rappeler que
c'est un phénomène général : cette très grande maison qui est à
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Dinan – 9 février 2004
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Angers, au plein cœur de la ville, avec le même type de pans de bois
au niveau de la composition, et des décors qui rejoignent ceux que
j'ai évoqués : thème religieux, ou thème plus léger, comme celui que
l'on a en bas. Voici un dessin ancien -puisque vous voyez qu'il est
en pieds et en pouces- qui est un relevé d'une maison de Bourges,
et qui montre des éléments tout à fait comparables à ce que j'ai pu
vous montrer jusqu'à présent.
Au début du 16ème siècle, les choses vont évoluer, mais lentement.
La Renaissance arrive en France ; de nouveaux modèles vont
apparaître à partir de cette époque, et un certain nombre de choses
vont changer. Le premier élément qui va disparaître, peut-être être
le plus visible, c'est le décor. A partir du début du 16ème siècle, le
décor traditionnel -et notamment celui qui traite de sujets religieuxva disparaître assez rapidement.
 On a encore, comme ici, des sujets religieux -c'est la fameuse
maison "Ti Coz" à Rennes- mais on voit apparaître sur le piédestal
des éléments décoratifs renaissants, puisés dans les répertoires
gréco-romains, et, de l'autre coté, ce personnage avec des motifs
tout à fait caractéristiques de la Renaissance.
En même temps, un phénomène va apparaître, sur le plan de la
structure des maisons. On va essayer, pour donner plus de confort
à l'intérieur, de faire des façades plus grandes, opération difficile
pour les raisons que j'ai évoquées précédemment : compte tenu du
parcellaire, pour réaliser une grande façade sur la rue, il faut
obligatoirement réunir deux maisons.
 Nous avons ici cette très belle maison de Quimperlé, qui vous
montre la recherche en cours.
Le fait de pouvoir construire des maisons à larges façades va
permettre de les faire moins profondes, et, surtout, de beaucoup
mieux les éclairer à partir de la rue et de l'arrière.
C'est évidemment un progrès qui correspond à l'évolution des
mœurs de l'époque, une recherche de confort qui arrive dans le Val
de Loire avec la Renaissance, et qui est caractérisée par seulement
quelques maisons au milieu du 16ème siècle. Ceci s'explique par les
difficultés d'insérer des maisons à grandes façades à l'intérieur d'un
tissu urbain complètement sclérosé, lié au parcellaire étroit. Cette
maison de Quimperlé est donc tout à fait intéressante. On en
trouve quelques autres, disséminées çà et là dans les villes.
 Ici à Rennes, à l'entrée de la rue Saint-Georges, l'Hôtel de la
Houssaye.
Ces maisons à mur gouttereau sur rue, c'est-à-dire où l'eau s'égoutte
sur la rue, règle le problème des anciens chéneaux qu'on avait de
part et d'autre des maisons. On assiste à une sorte de
"retournement" de la maison, puisqu'au lieu d'être tout en
profondeur, le volume bâti est en largeur le long de la voie. C'est un
changement important qui permet, dans le même temps, de faire
évoluer le fameux plan à deux pièces.
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 Sur cette maison de la rue Saint-Georges, on voit l'un des derniers
sujets religieux traités à Rennes : Adam, sur le serpent, tient la
pomme ; en même temps, ce n'est plus un dais gothique mais un
chapiteau ionique qui coiffe notre cher Adam.
A partir du milieu du 16ème siècle, à chaque fois qu'on va pouvoir le
faire, on va construire des maisons à larges façades qui changent
totalement, au point de vue formel, des maisons du 15ème siècle.
 Ici c'est Pontivy, ville assez représentative de ces maisons à façade
gouttereau sur rue : on a des alignements complets de maisons
construites sur ce modèle.
 Saint-Brieuc, avec une maison construite en deux temps : la partie
la plus ancienne, à droite, est une maison de type médiéval, avec
son pignon ; on l'a agrandie à gauche, dans l'esprit de ce que l'on
faisait au 16ème siècle ; on a donc un modèle hybride, d'esprit
médiéval d'un côté, et de l'autre d'esprit renaissant, ce qui donne un
cachet particulier à cette construction.
 A Landerneau, voici encore la juxtaposition de deux maisons du
15ème siècle et d'une maison construite ultérieurement, au 16ème
siècle. Vous voyez bien ce problème de la rupture du tissu urbain.
 Je vous ai mis ce dessin de Dinan, qui est dans mon livre, et qui
vous explique la nouvelle organisation à l'intérieur des maisons. En
effet, cette modification des façades s'accompagne d'une
modification du plan ; à partir de cette époque-là, on va se poser
une question essentielle pour l'époque, mais dont on ne trouvera la
réponse définitive qu'au siècle suivant : le problème de l'escalier. Au
15ème siècle, l'escalier est en vis. Dans cette maison, que j'ai datée du
début du 16ème siècle, l'escalier se trouve au milieu de la
construction ; c'est une place tout à fait inhabituelle par rapport à
ce qui se faisait auparavant. On est, en fait, en pleine recherche
pour savoir ce que l'on va faire de l'escalier, comment va-t-il
pouvoir évoluer.
 Autre exemple à La Roche-Derrien, où on a carrément rejeté
l'escalier en vis à l'extérieur de la maison, dans une espèce de tour.
Vous le voyez, dans les deux cas, l'escalier reste en vis, car on ne
sait pas faire à cette époque-là -ou du moins on ne fait pas à cette
époque-là- d'escalier droit dans les maisons en pans de bois. Ils
apparaîtront simplement au début du 17ème siècle, et vont changer
une nouvelle fois l'organisation générale des maisons.
 Cette maison, qui est à Josselin, est la plus ancienne maison datée
en Bretagne à porter un décor renaissant. Son type général reste
médiéval, mais elle est datée de 1538 et montre un nouveau
vocabulaire architectural, qui se mélange à des décors encore
gothiques.
 Voici la même maison, avec ces nouveaux décors d'entrelacs, de
feuillages et cette tête, caractéristique de l'Ecole de Fontainebleau.
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 Une autre maison, à porche, que vous connaissez bien : l'Hôtel
Kératry. C'est une des plus belles maisons de cette époque qui nous
soit parvenue, car tout son décor est Renaissant, ce qui n'était pas le
cas du modèle précédent. Elle atteste que toutes les leçons de la
Renaissance sont parfaitement connues dès 1559 en Bretagne, date
assez précoce.
Ce nouveau décor renaissant va se généraliser, surtout dans la
seconde moitié du 16ème siècle.
 Voici une maison de Ploërmel, datée de 1586, présentant des
personnages sur des piédestaux en feuilles d'acanthe, vocabulaire de
la Renaissance que l'on retrouve partout en Bretagne.
 On est ici à Vannes, au numéro 2 rue du Port. Le décor regroupe
un chapiteau triangulaire, un petit pilastre en-dessous, un chapiteau
ionique stylisé, mais aussi des éléments transformés tout à fait
étonnants, qui montrent bien que les registres du nouveau
vocabulaire architectural soient parfaitement connus en Bretagne.
 A Rennes, on trouve également des maisons extraordinaires, car
c'est peut-être là que les décors sont les mieux conservés. Je vous ai
mis cette maison du 22 rue du Chapitre, que tout le monde connaît,
avec le détail de ses décors.
On a une répétition des thèmes en Bretagne. Celui de la tête de
lion, que l'on retrouve partout, est traité de façon plus ou moins
sophistiquée en fonction de la qualité des ateliers qui sont en place.
Je vous en ai mis plusieurs :
“A Rennes, on trouve
également des maisons
extraordinaires, car c'est peutêtre là que les décors sont les  A Rennes, rue Saint-Michel, voici un très bel exemple de lions
mieux conservés. [Comme] 22 affrontés, tenant le blason du propriétaire. Voici également celui du
22 rue du Chapitre.
rue du Chapitre.”
 Ici à Quimper, le thème est traité de façon beaucoup moins
habile, par un atelier qui n'était certainement pas aussi habitué à la
décoration qu'à Rennes : les lions sont assez grossièrement
exécutés, et les feuilles d'acanthe ne sont pas très fines.
 On est à Lannion, avec une colonne à chapiteau corinthien qui
est inclinée, mais qui montre une bonne connaissance de ces
modèles.
 Toujours à Lannion, sur la même maison, voici une sorte de
planche d'architecture, où sont répétés les modèles de la
Renaissance ; il n'y a absolument plus aucun décor religieux.
A partir des années 1540, le décor religieux disparaît totalement et
définitivement de l'architecture en pans de bois. Ce sont les
modèles puisés dans l'Antiquité qui prennent le relais et que l'on va
répéter de façon systématique.
 Vous avez ici un personnage sur un piédestal à entrelacs, assez
surprenant. En effet, cette maison a probablement été construite à
la fin du 16ème siècle, juste après les guerres de la Ligue : le
personnage a une tête "Louis XIII", avec ses moustaches, et on lui
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« L’architecture en pans de bois »
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a fait une poitrine qu'on a bûchée par la suite.
 Je n'ai pas voulu oublier Vitré, avec cette cheminée, datée de
1583, qui est un bel exemple de cette sculpture de la Renaissance.
Elle montre qu'à cette époque, le décor est un phénomène général
en Bretagne, et qu'il revêt des formes tout à fait variées.
“ Vitré, avec cette cheminée,
datée de 1583, qui est un bel
exemple de cette sculpture de
la Renaissance.”
Un autre élément que l'on oublie souvent, ce sont les portes qui
changent. Dès la fin du 16ème siècle, on voit apparaître, dans toute la
Bretagne, des portes à panneaux.
 Celle-ci est à Rennes, mais il y en a à Saint-Malo, à Vannes…
Aucune grande ville ne semble échapper à la diffusion de ces
modèles.
D'une manière générale, on peut dire qu'à partir de la fin du 16ème
siècle, il y a une espèce de bouillonnement qui existe dans cette
région. Tout d'abord le décor est extrêmement riche, mais, en
même temps, on sent que les ateliers d'architecture sont en quête
de nouveaux modèles, qu'ils veulent transformer les modèles
existants. C'est ce qui va se passer dès le début du 17ème siècle.
Déjà, on a un certain nombre de maisons qui, dès la fin du 16ème
siècle, perdent complètement leurs encorbellements, ou presque.
 Ici, cette maison, datée de 1609, vous montre une façade avec des
encorbellements quasiment inexistants. On n'est plus du tout dans
le cas de figure que je vous ai montré tout à l'heure, avec des
encorbellements profonds qui avaient une fonction technique, mais
également une fonction économique, puisqu'on s'en servait pour les
raisons que j'ai évoquées. Là, on voit bien que c'est un simple
décor, qui n'a plus d'autre sens qu'une poursuite de la tradition,
tradition qui va rapidement être abandonnée complètement. Dans
le même temps, il y a en Bretagne d'importants ateliers de
charpenterie, qui ont un remarquable savoir-faire.
 Cette photo présentant une cour, à Rennes, avec des maisons sur
six niveaux, montre la capacité de construire en bois qu'avaient les
ateliers à cette époque-là. C'est une technicité exceptionnelle que
l'on a oubliée. Aujourd'hui en effet, on pense à des maisons à un ou
deux étages, mais on sait que dans les grandes villes notamment, il y
avait des maisons beaucoup plus hautes, à Rennes, à Nantes, qui
montraient un savoir-faire technique de très grande qualité. Ce
savoir-faire va se transmettre sous des formes différentes.
 A Rennes, voici des maisons -fin 16ème-début 17ème siècles- sans
encorbellements : les façades sont entièrement plates. C'est un
nouveau type d'architecture qui apparaît, car dans le même temps,
on est en train d'ouvrir les façades pour avoir plus de lumière, plus
de confort à l'intérieur, ce qui est bien naturel.
 Voici une de ces maisons, datée de 1599, et vous voyez que son
décor est exclusivement renaissant. On est donc à la fois dans la
logique de la fin de la Renaissance, et en même temps, on sent que
les ateliers d'architecture ont un potentiel qui va déboucher sur
autre chose.
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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 Je vous ai montré beaucoup de photos rennaises sur ce sujet, mais
ce n'est pas un phénomène exclusivement rennais. Vous avez ici
une maison qui est datée de 1616 et qui se trouve dans une Petite
Cité de Caractère : Moncontour. On est pratiquement dans le
même créneau de date que ce que je vous ai montré à Rennes. Vous
voyez, la façade est entièrement plate et très ouverte pour l'époque,
alors qu'on est à Moncontour et non pas dans la capitale bretonne.
Evidemment, ce qui représente le plus peut-être, dans l'imagination
des gens, l'évolution de cette architecture, c'est la place des Lices,
avec ses grandes maisons en bois et les énormes escaliers qui sont à
l'intérieur. Les constructions changent complètement l'image
traditionnelle de la maison en pans de bois, puisque ici tout est
différent, l'emplacement de l'escalier et l'importance qui lui est
donnée. Il n'est pas simplement un moyen de communication pour
monter du bas jusqu'en haut, mais c'est un élément de sculpture et
un élément ostentatoire à l'intérieur de la maison. Le plan est
différent également, car, pour la première fois, on va voir apparaître
des plans à double profondeur, avec des pièces sur la rue et des
pièces sur la cour.
 Ce dessin, qui est dans mon livre, explique bien les choses ; je ne
vais pas être trop long là-dessus.
 Je vous ai mis un escalier, pour vous rappeler quand même qu'il
s'agit d'un phénomène tout à fait extraordinaire, qui n'est pas un
phénomène provincial. A Paris, à la même époque, on fait des
escaliers exactement sur le même modèle ; je connais un certain
nombre d'hôtels particuliers parisiens où on a les mêmes escaliers
qu'à Rennes, ni plus beaux, ni moins beaux, ce sont exactement les
mêmes. Cela montre l'importance de ces ateliers qui, à cette
époque, ont une très grande réputation et qui sont connus bien audelà des limites de la Province.
 Ce plan vous montre qu'on va essayer d'adapter un certain
nombre de maisons anciennes au goût du jour : il s'agit d'une
maison de Tréguier. Vous avez son état initial en bas, avec son
escalier en vis dans l'un des angles de la pièce unique ;
probablement au début du 17ème siècle, on va ajouter un escalier
rampe sur rampe, moderne, à l'arrière de la construction, car on ne
peut pas l'intégrer à l'intérieur de la maison. A la même période,
beaucoup de constructions vont être modernisées, avec des
résultats plus ou moins satisfaisants. Le nouvel escalier devient un
élément fondamental en ce qui concerne l'image de la maison.
Ainsi, rue du Chapitre à Rennes, on va tenter d'intégrer dans la
plupart des maisons des escaliers rampe sur rampe -à l'italienne-,
alors qu'elles avaient à l'origine des escaliers en vis.
Ce phénomène des escaliers n'est pas propre à Rennes. Dans
d'autres villes, on va essayer de trouver de nouveaux modèles
d'architecture, qui connaîtront des succès plus ou moins
importants, plus ou moins limités.
 On est ici à Lannion, avec cette maison très connue qui montre
un modèle unique en Bretagne. Il est d'influence anglaise, et nous
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« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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montre une tentative pour faire évoluer le pan de bois vers d'autres
éléments.
 Toujours à Lannion, voici des sculptures dont j'ai retrouvé les
modèles en Angleterre. Cela montre que cette ville se tourne alors
vers ce qui se fait de l'autre coté de la Manche, pour essayer de
créer une nouvelle architecture en bois.
D'autres modèles vont apparaître dans d'autres villes, notamment
les fameuses maisons à vitrines dont on a quelques exemples ici.
Elles constituent une véritable "révolution", puisque ces fameuses
vitrines sont désolidarisées de l'ossature en bois et sont accrochées
aux façades une fois que l'ossature est montée. Du point de vue de
la conception même de ces maisons, c'est quelque chose de tout à
fait nouveau, qui n'a rien à voir avec ce qui se faisait auparavant.
Tous ces éléments sont déjà préexistants à la fin du 16ème siècle,
mais il est vrai que le 17ème siècle va proposer des modèles
extrêmement intéressants et nouveaux.
 Je n'oublie pas Dinan avec ses maisons à vitrines, car, comme les
grands escaliers rennais, ce sont des modèles particuliers, qui
caractérisent notre architecture en Bretagne, que beaucoup d'autres
régions peuvent nous envier. Au jour d'aujourd'hui, on ne connaît
ce type de modèle qu'en Bretagne. Peut-être en découvrira-t-on
ailleurs, c'est possible, nos recherches ne sont pas assez avancées
dans les autres provinces. Je vous montre donc ces maisons qu'on
reverra cet après-midi : celle-ci est sur les quais, sur le port, et voici
le Jerzual, ou plutôt le Petit Fort.
Tout à l'heure en commençant, je disais qu'il serait mieux de parler
des architectures en pans de bois. Vous voyez bien, en réalité, la
diversité des modèles qu'on a à partir du 15ème siècle, qui aboutit, à
la fin du 17ème siècle, à une richesse de modèles tout à fait
étonnante.
“Il serait mieux de parler des
architectures en pans de bois.
Vous voyez bien, en réalité, la
diversité des modèles qu'on a
à partir du 15ème siècle, qui
aboutit, à la fin du 17ème siècle,
à une richesse de modèles
tout à fait étonnante.”
 Saint-Malo, avec ses maisons à vitrines qui constituent un
patrimoine particulier, extrêmement précieux, et qu'il faut à tout
prix sauvegarder.
 Je vous ai mis là aussi une autre tentative pour faire évoluer les
modèles. Dans la région de Saint-Brieuc, apparaît ce décor de
grosses colonnes, qui n'est pas la réplique d'un modèle antique,
mais une interprétation locale faite par un atelier de charpenterie de
Saint-Brieuc. Ce modèle, qu'on va retrouver dans toute la région notamment à Lamballe et à Moncontour- va donner au final cette
étonnante maison de Tréguier, qui est la maison natale d'Ernest
Renan. On y voit une forme d'interprétation extrêmement libre,
d'un modèle que l'on ne peut rattacher qu'aux maisons de SaintBrieuc à cause de ce décor unique de colonnes.
Tout cela signifie qu'au 17ème siècle, on a une richesse conceptuelle
extraordinaire. Malheureusement, cette très grande architecture, qui
était promise à un avenir encore plus grand, va s'arrêter assez
brusquement à la fin du 17ème siècle, pour différentes raisons. A
Rennes, l'affaire du papier timbré et l'exil du Parlement à Vannes,
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« L’architecture en pans de bois »
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va entraîner la dispersion des ateliers d'architecture qui étaient sur
place. Mais d'autres raisons, en particulier les incendies qui éclatent
à la fin du 17ème siècle et surtout au 18ème siècle, vont entraîner des
interdictions de construire en bois. Elles vont faire disparaître les
ateliers, et décimer cette grande architecture en Bretagne. Au 18ème
siècle, le pan de bois va devenir simplement un élément de
construction qu'on va cacher.
 On a restauré un certain nombre de maisons -c'est un sujet sur
lequel on reviendra un peu plus tard-, comme celle-ci, où l'on voit
bien que l'ossature en bois est ce que j'appelle une ossature
"pauvre", avec des pièces de bois qui sont de dimensions faibles,
mal équarries, et qui ont été assemblées pour être recouvertes avec
un enduit.
A partir du moment où l'on cache les choses, il va de soit qu'elles
vont disparaître d'elles-mêmes car elles n'ont plus d'intérêt ; il n'y a
plus de sculpture, plus rien.
“Saint-Malo, avec ses maisons
à vitrines qui constituent un
patrimoine particulier,
extrêmement précieux, et
qu'il faut à tout prix
sauvegarder.”
 On a donc, à partir de la fin du 17ème siècle et surtout du début du
18ème siècle, une sorte de construction -ici à Vannes- dont le pan de
bois, extrêmement simplifié et réduit, a perdu toutes les qualités
esthétiques qu'il avait auparavant. Ce n'est plus qu'un moyen, qu'un
simple matériau de construction pour élever des bâtiments.
 Ici, on est à Saint-Brieuc. C'est quand même tout à fait étonnant
de voir ces simples petites pièces de bois verticales, ces potelets, qui
ne servent qu'à tenir l'enduit.
 Ici, à Moncontour. Vous voyez, le phénomène est général, et je
pourrais donner de nombreux exemples sur ce sujet.
Voilà. J'espère que je n'ai pas trop débordé sur le temps qui m'était
imparti. J'ai débordé un peu mais je voulais quand même vous faire
une présentation générale de cette architecture en pans de bois, car
il y a une telle diversité, une telle richesse, qu'il faut évidemment
protéger et conserver ce patrimoine. Nous irons voir cet après-midi
une petite maison de Dinan, qui n'est pas une belle maison, mais je
vous expliquerai pourquoi elle est importante et pourquoi il faut
absolument la sauver et la réhabiliter. Elle a en effet une grande
valeur, pour des raisons historiques, pour des raisons de type
d'architecture qu'elle cache, et elle explique l'évolution de différents
phénomènes. Je vais peut-être m'arrêter là pour cette présentation.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci pour ce balayage magistral, effectué en un temps record. Il
n'était pas évident d'évoquer l'évolution de cette architecture en si
peu de temps. La journée va être dense, mais on a voulu créer, par
ce biais, d'abord un électrochoc. Pour cela, il ne fallait pas se
contenter d'une simple présentation patrimoniale. Il fallait aussi
voir comment les choses évoluaient aujourd'hui. Quel avenir pour
ce pan de bois, et pour commencer, comment le restaurer ?
Pour cela, il nous faut aborder la protection de l'architecture en
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« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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pans de bois, ses moyens, ses avantages et ses limites.
C'est la première communication de la matinée sous forme de table
ronde et elle sera répétée car elle nous semble plus vivante. Elle
concerne l'historique de la protection de l'architecture en pans de
bois en Bretagne par M. LELOUP. Ensuite, "classement au titre
des Monuments Historiques, les secteurs sauvegardés, ZPPAU et
ZPPAUP, les différents outils de protection d'aujourd'hui, quels
outils pour quels objectifs". C'est M. GARRETA qui va intervenir
sur le sujet, Architecte des Bâtiments de France au Service
Départemental de l'Architecture et du Patrimoine du Morbihan.
Puis, M. TOULARASTEL interviendra sur le secteur sauvegardé
de Tréguier, et Mme POSTEC sur la ZPPAUP de Quimper. En ce
qui concerne le secteur sauvegardé de Vannes, peut-être que
M. GARRETA pourra en dire deux mots.
M. LELOUP, c'est à vous de commencer, pour rappeler l'histoire
de la protection de l'architecture en pans de bois.
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« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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II – PROTEGER L'ARCHITECTURE EN PANS DE BOIS
Histoire de la protection de l'architecture en pans de bois en Bretagne
Daniel LELOUP
Quelques mots pour introduire cette deuxième partie sur l'histoire
de la protection de l'architecture en pans de bois.
Comme je l'ai dit longuement dans mon livre, pendant tout le 19ème
siècle, personne ne s'intéresse à ce patrimoine. On considère que
c'est un patrimoine mineur, qui ne présente pas d'intérêt. Plusieurs
raisons expliquent ce désintérêt. Le 19ème siècle est, vous le savez, le
siècle de l'industrie et de l'hygiène, et on considère que ce
patrimoine est insalubre, impropre. A l'ère des grandes mutations
industrielles, les maisons en pans de bois sont, pour l'essentiel,
occupées par des gens de condition extrêmement modeste, qui
viennent des milieux ruraux pour travailler dans les villes, et qui
n'entretiennent pas ce patrimoine, car ils sont locataires. De plus,
les propriétaires ne font pas de travaux dans ces bâtiments, qui
tombent souvent en ruines ou qui sont dans des états extrêmement
pitoyables.
“L'image que l'on a de ces
bâtiments au 19èmesiècle,
quand on regarde notamment
les premières photographies
des années 1860, est celle d'un
habitat insalubre. On peut
comprendre les réactions de
cette époque, et le souci qu'a
un certain nombre d'édiles de
raser ce patrimoine pour
construire des immeubles
propres, neufs, qui
correspondent à une nouvelle
norme d'hygiène et à la
nouvelle idée que l'on a de la
ville.”
De ce fait, l'image que l'on a de ces bâtiments au 19èmesiècle, quand
on regarde notamment les premières photographies des années
1860, est celle d'un habitat insalubre. On peut comprendre les
réactions de cette époque, et le souci qu'a un certain nombre
d'édiles de raser ce patrimoine pour construire des immeubles
propres, neufs, qui correspondent à une nouvelle norme d'hygiène
et à la nouvelle idée que l'on a de la ville.
Le 19ème siècle, c'est aussi le siècle de la création des Monuments
Historiques avec Prosper MERIMEE, et le début de la protection
d'un certain nombre de monuments.
Malheureusement pour le patrimoine qui nous occupe,
Prosper MERIMEE, qui va régner en maître sur les Monuments
Historiques pendant un demi-siècle, ne va pas du tout s'intéresser à
ces maisons. Là aussi, on peut lui trouver un certain nombre
d'excuses. Il y avait tellement à faire, après la Révolution, pour
rénover nombre de monuments qui avaient été mis en péril et qui
menaçaient de s'effondrer. On pourrait en citer quelques-uns, et
non des moindres, comme l'Abbaye de Vézelay, Notre-Dame de
Paris, etc…
Il y a des raisons qui sont un peu plus complexes, notamment au
point de vue légal, comme le fait que ces maisons appartiennent à
des propriétaires privés et qu'il était difficile d'intervenir sur des
propriétés privées.
“Le bilan du 19ème siècle est
un bilan extrêmement négatif,
car en 1900, il n'y avait que
deux maisons en pans de bois
classées en Bretagne.”
Bref, le bilan du 19ème siècle est un bilan extrêmement négatif, car
en 1900, il n'y avait que deux maisons en pans de bois classées en
Bretagne. La première a été la maison dite "de la Reine Anne" à
Morlaix, et la seconde, "l'Hôtel des Ducs de Bretagne" à SaintBrieuc. Deux maisons, c'est peu. Monsieur le Maire de Dinan a
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« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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“Au milieu du 20ème siècle, il
n'y a guère qu'une trentaine
de maisons classées, et ceci
explique leur disparition en
nombre.”
rappelé tout à l'heure qu'il y avait un peu plus de 1 500 maisons en
pans de bois en Bretagne, mais à cette époque-là, on peut
considérer qu'il y en avait au moins le double, voire plus, car le
nombre de 3 000 est certainement en dessous de la réalité. Deux
maisons donc, c'est évidemment extrêmement peu et ce
phénomène va malheureusement se poursuivre pendant toute la
première moitié du 20ème siècle, sauf à Dinan, qui constitue une
exception comme on l'a rappelé tout à l'heure.
Au milieu du 20ème siècle, il n'y a guère qu'une trentaine de maisons
classées, et ceci explique leur disparition en nombre. On va
continuer à en démolir jusqu'à la deuxième guerre mondiale, sans
aucun problème. J'ai évoqué deux villes qui ont été particulièrement
terribles pour la disparition des maisons en pans de bois à cette
époque : Nantes d'abord, qui a quasiment achevé la disparition
complète de son architecture en pans de bois (elle en avait quand
même encore un certain nombre dans les années 1900, qu'elle a
démoli, ou qui se sont effondrées, faute d'entretien), et SaintBrieuc, qui a organisé une destruction systématique de son pan de
bois entre les deux guerres, pour essayer de le faire disparaître du
centre ville et le remplacer par des architectures dites "plus
modernes".
“Nantes a quasiment achevé
la disparition complète de son
architecture en pans de bois ;
elle en avait quand même
encore un certain nombre
dans les années 1900, qu'elle a
démoli, ou qui se sont
effondrées, faute d'entretien.”
Alors évidemment, il faut resituer ces événements et cette façon de
voir les choses dans leur contexte, mais c'est vrai qu'aujourd'hui, au
3ème millénaire, on a quand même un peu de mal à comprendre que
les protections soient arrivées si tardivement.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci. M. LELOUP vient de rappeler effectivement la situation du
pan de bois au 19ème siècle et au début du 20ème siècle : très peu
protégé. Qu'en est-il aujourd'hui ? C'est à cette question que va
répondre M. GARRETA, à travers les différents dispositifs qui se
sont mis en place successivement, depuis le rayon des 500 mètres
de protection autour d'un monument classé, en passant par les
secteurs sauvegardés et par les ZPPAUP, etc.
Classement Monument Historique, secteur sauvegardé et Zone de Protection du
Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager : quels outils, pour quels objectifs ?
Christophe GARRETA, Architecte des Bâtiments de France
Je voudrais tout d'abord remercier Monsieur le Maire de son beau
mot d'accueil, et je voudrais lui rappeler aussi que si j'ai pu être un
bon élève, au moins en sport -parce que dans les autres matières ce
n'était pas forcément le cas-, c'est parce que j'avais un bon
professeur, qui a su nous donner l'exemple et nous entraîner. Je suis
également ravi de revenir dans cette bonne ville de Dinan, où j'ai
effectivement traîné mes guêtres bien longtemps.
Je dois donc vous parler rapidement des quelques outils de
protection du patrimoine dont nous disposons en France, à savoir
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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les Monuments Historiques, les secteurs sauvegardés et les ZPPAU,
qui sont trois outils différents.
Je pourrais commencer par vous donner une lecture rapide de la
préface d'un ouvrage sur les Monuments Historiques, établie par
notre Ministre actuel Jean-Jacques AILLAGON, qui rappelle que la
protection des immeubles au titre des Monuments Historiques en
France a une longue histoire. Ses débuts datent de 1830, lorsque
GUIZOT, alors Ministre de l'Intérieur, proposa la création d'un
poste d'Inspecteur Général des Monuments Historiques, pour
recenser les monuments à entretenir et à restaurer, ainsi que pour
répartir les crédits destinés à leur sauvegarde. Ce poste fut d'abord
confié à Ludovic VITET, Archéologue, Historien d'Art, auquel
succéda, en 1834, Prosper MERIMEE, dont le bicentenaire de la
naissance est célébré cette année. Les lois du 30 mars 1887, puis
surtout du 31 décembre 1913 ont donné un cadre législatif aux
procédures de protection ; celles-ci ont été conduites par
l'administration centrale du Ministère de la Culture jusqu'en 1984.
Depuis cette date, la procédure d'inscription sur l'Inventaire
Supplémentaire des Monuments Historiques est entièrement
déconcentrée au niveau du Préfet de Région, et celle relative au
classement l'est partiellement.
Aujourd'hui, la réflexion sur la décentralisation a conduit le
Gouvernement à considérer que, pour les Monuments Historiques,
la protection devait demeurer une responsabilité de l'Etat.
Néanmoins, le rôle des collectivités territoriales devra être
développé dans les années qui viennent, tant dans l'instruction des
demandes de protection qu'en matière de gestion des monuments
et de leur mise en valeur.
“Les immeubles dont la
conservation présente, au
point de vue de l'histoire ou
de l'art, un intérêt public, sont
classés comme Monuments
Historiques.”
“Les critères et notions de
protection ont évolué, sur les
sujets, sur les époques et sur
les méthodes. Si on peut
considérer que pendant un
bon siècle, les protections
étaient plutôt d'ordre intuitif,
les méthodes se sont
améliorées et très précisées ;
aujourd'hui, les critères sont
Et puis, je voudrais vous donner la formulation qui débute la loi
fondamentale du 31 décembre 1913, qui dit : "les immeubles dont
la conservation présente, au point de vue de l'histoire ou de l'art, un
intérêt public, sont classés comme Monuments Historiques".
Simplement pour rappeler les notions essentielles : intérêt public, et
intérêt public au regard de l'histoire ou de l'art.
Vous savez que pour les Monuments Historiques, on distingue
deux niveaux de protection : le classement sur une première liste et
l'inscription sur un inventaire supplémentaire. Ces deux niveaux ont
donc une valeur différente, la valeur la plus forte étant celle du
classement, l'inscription étant une valeur plus faible, mais qui
reconnaît un intérêt aux édifices d'un point de vue historique ou
artistique. Pour faire court, disons qu'en Bretagne, il y a -depuis on
a bien évolué tout de même- environ 3 000 édifices protégés, soit
classés, soit inscrits, dont un tiers, à peu près, est classé. Ces
protections sont décidées aujourd'hui, soit au niveau national pour
le classement, soit au niveau régional pour l'inscription, après avis
de la Commission Supérieure des Monuments Historiques ou de la
Commission Régionale du Patrimoine et des Sites.
Les critères et notions de protection ont effectivement évolué, sur
les sujets, sur les époques et sur les méthodes. Si on peut considérer
que pendant un bon siècle, les protections étaient plutôt d'ordre
intuitif, les méthodes se sont améliorées et très précisées ;
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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plus rigoureux. […]
On peut dire que les
protections Monuments
Historiques apportent un
soin, un suivi et une attention
aux édifices concernés […]
La protection de ces
Monuments Historiques
génère un périmètre de
protection autour des édifices
eux-mêmes, constitué par un
cercle d'un rayon de 500
mètres […] Cela représente
une superficie d'à peu près 80
hectares. Il faut donc
effectivement mesurer les
conséquences d'une
protection.”
“La loi du 4 août 1962, dite loi
MALRAUX a consacré
l'extension du champ
patrimonial, limité à des
édifices, aux ensembles bâtis.
Cette loi a institué la
possibilité pour l'Etat de créer
et de délimiter des secteurs
sauvegardés lorsque ceux-ci
présentent un caractère
historique, esthétique ou de
nature à justifier la
conservation, la restauration
et la mise en valeur de tout ou
partie d'un ensemble
d'immeubles.”
“Les secteurs sauvegardés
sont des documents
d'urbanisme qui traitent à la
fois de la connaissance, de la
préservation et de la mise en
valeur du patrimoine, mais
aussi des développements, de
l'aménagement et de
l'urbanisme du secteur
concerné.”
aujourd'hui, les critères sont plus rigoureux. Je ne vais pas trop
m'étendre sur le reste, mais si je fais des oublis, peut-être que vos
questions m'y ramèneront. On peut dire que les protections
Monuments Historiques apportent un soin, un suivi et une
attention aux édifices concernés, via l'Architecte en Chef des
Monuments Historiques, chargé d'en assurer les travaux de grosse
réparation, ou via l'Architecte des Bâtiments de France, chargé d'en
assurer le strict entretien, c'est-à-dire les petits travaux ; le tout avec
l'autorisation et sous la surveillance du service des Monuments
Historiques situé en région, qu'on appelle la Conservation
Régionale des Monuments Historiques. Vous savez aussi que ces
travaux sont susceptibles d'aides publiques et de subventions de
l'Etat ou des collectivités territoriales. D'autre part, la protection de
ces Monuments Historiques génère un périmètre de protection
autour des édifices eux-mêmes, constitué par un cercle d'un rayon
de 500 mètres, le fameux "périmètre des 500 mètres" comme on dit
en abrégé. En fait, c'est le rayon qui fait 500 mètres. Je vous
rappelle, à propos de ce périmètre, que cela représente une
superficie d'à peu près 80 hectares. Il faut donc effectivement
mesurer les conséquences d'une protection.
Cela nous amène justement aux ZPPAUP qui permettent de définir
des périmètres non plus arbitraires, comme ce cercle, mais, au
contraire, adaptés à la topographie et à la configuration des secteurs
concernés. Avant d'en arriver aux ZPPAUP, et pour rester dans un
ordre plus chronologique, il y a d'abord eu les secteurs sauvegardés.
Ils sont apparus en 1964 ou, plus exactement, par la loi du 4 août
1962, dite loi MALRAUX. Celle-ci a consacré l'extension du champ
patrimonial, limité à des édifices, aux ensembles bâtis. Cette loi a
institué la possibilité pour l'Etat de créer et de délimiter des
secteurs sauvegardés -c'est ainsi qu'ils sont appelés-, lorsque ceux-ci
présentent un caractère historique, esthétique ou de nature à
justifier la conservation, la restauration et la mise en valeur de tout
ou partie d'un ensemble d'immeubles. Et, dans ces secteurs
sauvegardés, est appliqué le régime particulier d'autorisations
spéciales préalables, autorisations qui sont délivrées par les
Architectes des Bâtiments de France, et qui caractérisent les
législations de protection du patrimoine. Ce régime d'autorisation
était jusqu'alors réservé aux Monuments Historiques et à leurs
abords par les lois de 1913, et aux sites et aux monuments naturels
par les lois sur les sites et sur les monuments naturels. Oui, les sites
ne sont pas aujourd'hui le sujet, mais vous savez qu'à côté des
protections des Monuments Historiques, il y a aussi les protections
des sites naturels.
Les secteurs sauvegardés sont des documents d'urbanisme qui
traitent à la fois de la connaissance, de la préservation et de la mise
en valeur du patrimoine, mais aussi des développements, de
l'aménagement et de l'urbanisme du secteur concerné. C'est
pourquoi, ils sont précisément étudiés -enfin le plus possible- et
qu'ils ont force d'urbanisme, comme un document d'urbanisme,
comme les Plans d'Occupation des Sols ou les actuels ou futurs
PLU, Plans Locaux d'Urbanisme. En Bretagne, il y a, je crois,
quatre ou cinq secteurs sauvegardés. Sur l'ensemble de la France, il
y en a à peu près 90. En Bretagne, les secteurs sauvegardés sont
ceux de Tréguier, de Rennes, de Vitré, de Vannes et de Dinan, bien
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
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sûr.
“Les ZPPAUP sont apparues
en 1983 avec les lois de
décentralisation ; [leur]
objectif est de remplacer les
périmètres arbitraires de 500
mètres par des périmètres
plus adaptés et, également, de
donner un contenu aux règles
ou aux avis des Architectes
des Bâtiments de France qui,
jusqu'alors, s'imposent
simplement et seulement. La
ZPPAUP se veut un
document de réflexion
concertée entre la Commune
et l'Etat. C'est donc une
sensibilisation conjointe et
une prise en main conjointe
du patrimoine, par la
collectivité et par les services
de l'Etat chargés de mettre en
place ces protections.”
“Quand on fait la
comparaison entre ces
périmètres anciens de 500
mètres et les périmètres
nouveaux de la ZPPAU, on
s'aperçoit qu'au final, les
zones protégées sont aussi
développées aujourd'hui que
précédemment. Ceci avec un
grand changement, c'est qu'il
y a une volonté communale
d'assurer cette prise en
compte du patrimoine et de
sa protection. Ce n'est plus
une décision parachutée du
niveau central.”
En ce qui concerne les ZPPAUP -qui sont apparues en 1983 avec
les lois de décentralisation-, l'objectif est de remplacer les
périmètres arbitraires de 500 mètres par des périmètres plus adaptés
et, également, de donner un contenu aux règles ou aux avis des
Architectes des Bâtiments de France qui, jusqu'alors, s'imposent
simplement et seulement.
La ZPPAUP se veut un document de réflexion concertée entre la
Commune et l'Etat. C'est donc une sensibilisation conjointe et une
prise en main conjointe du patrimoine, par la collectivité et par les
services de l'Etat chargés de mettre en place ces protections. Sachez
que la Bretagne est une région pilote dans la mise en place de ces
ZPPAU, depuis leur naissance en 1983, et plus particulièrement le
département du Finistère, où j'ai été en fonction un moment, et où
nous avons, à la demande des élus, développé ce type de
documents.
Evidemment, l'objectif des ZPPAU était peut-être, dans la tête des
élus, de réduire au départ cette emprise exorbitante des avis des
Architectes des Bâtiments de France sur leur territoire. C'était bien
compréhensible lorsque la protection portait sur un menhir, ou sur
un dolmen, enchâssé dans un talus, qu'on connaissait à peine, et qui
couvrait tous les lotissements qu'il y avait autour. Donc, du coup, il
pouvait être tout à fait légitime de rendre ces périmètres de
protection plus rationnels et plus adaptés au territoire.
Mais, il est vrai que –peut-être en reparlera-t-on à propos de la
ZPPAUP de Quimper-, quand on fait la comparaison entre ces
périmètres anciens de 500 mètres et les périmètres nouveaux de la
ZPPAU, on s'aperçoit qu'au final, les zones protégées sont aussi
développées aujourd'hui que précédemment. Ceci avec un grand
changement, c'est qu'il y a une volonté communale d'assurer cette
prise en compte du patrimoine et de sa protection. Ce n'est plus
une décision parachutée du niveau central.
En ce qui concerne les travaux, vous voyez que les maisons en pans
de bois sont un des éléments du patrimoine, mais ce n'est pas le
seul, et que les outils de protection dont je vous parle ici
s'appliquent indépendamment des caractères de chaque édifice. Les
aides sont surtout importantes quand l'édifice lui-même est protégé
et reconnu en tant que tel -soit classé, soit inscrit. Il y a également
dans les secteurs sauvegardés un système d'aides qui est mis en
place, ainsi que, dans une moindre mesure, dans les ZPPAU. Voilà
ce que je peux vous dire pour faire court, en préliminaire, et peutêtre que si vous voulez d'autres explications, je pourrais vous
apporter des réponses.
Jean-Bernard VIGHETTI
Y a-t-il des questions à M. GARRETA sur cette présentation des
différentes formes de protection ?
Ce que je retiens de ce que vous avez dit, c'est qu'on est passé
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
33
progressivement d'une protection de monuments à une protection
plus tournée vers des ensembles architecturaux, surtout depuis une
quarantaine d'années, notamment dans les villes. Jusqu'alors, c'était
en fonction du monument qu'on protégeait l'environnement et là,
du coup, on a pris en compte beaucoup plus l'habitat qui se trouve
autour du monument, ce que je qualifierai -peut-être abusivementd'habitat vernaculaire. Et même, le monument ne devient plus
forcément la raison de la protection.
“Du monument, de l'objet
isolé avec ses abords, mais ses
abords étant considérés
comme l'écrin de l'objet isolé,
on a largement évolué pour
considérer un ensemble. Le
monument existe également
par son ensemble et cet
ensemble est à la fois
architecture et urbanisme.
D'ailleurs, c'est l'intitulé de la
ZPPAUP : Zone de Protection
du Patrimoine Architectural,
Urbain et Paysager.”
Christophe GARRETA
Oui, bien sûr, c'est ce que je vous ai dit. Au départ, il s'agissait
effectivement surtout d'architecture remarquable, ce qu'on peut
appeler "l'architecture savante", et depuis plus d'un siècle et demi, la
notion a largement évolué. Du monument, de l'objet isolé avec ses
abords, mais ses abords étant considérés comme l'écrin de l'objet
isolé, on a largement évolué pour considérer un ensemble. Le
monument existe également par son ensemble et cet ensemble est à
la fois architecture et urbanisme. D'ailleurs, c'est l'intitulé de la
ZPPAUP : Zone de Protection du Patrimoine Architectural,
Urbain et Paysager. On en ajoute tous les ans.
C'est donc effectivement la notion d'ensemble qui est prise en
compte. Reste que les Monuments Historiques, protégés en tant
que tels, continuent à exister et ont toujours leur système de
protection, d'aides, de conservation et de restauration.
Jean-Bernard VIGHETTI
J'en profite pour saluer la présence de M. SIMONNET,
Conservateur Régional des Monuments Historiques, et de Madame
la Directrice Régionale des Affaires Culturelles.
Voilà, y a-t-il des questions ou on passe tout de suite aux exemples
concrets ?
Voici donc les secteurs sauvegardés, première procédure de
protection en concertation avec les élus.
Le secteur sauvegardé de Tréguier
Patrick TOULARASTEL, Maire de Tréguier, Président de l'Association des
Petites Cités de Caractère de Bretagne
Je voudrais tout simplement rappeler que c'est en 1962 que
MALRAUX, Ministre de la Culture, a proposé une loi et des outils
pour sauvegarder environ 4 000 sites. Il est important de rappeler
ce chiffre, parce que, 40 ans plus tard, celui qui voulait contrecarrer
la rénovation urbaine quelque peu radicale de l'après-guerre et
sauver des centres anciens de la destruction pure et simple, serait
certainement surpris de voir que son texte, faute de moyens, ne
concerne aujourd'hui que 95 sites. Tréguier est très fier d'être dans
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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ces 95 sites.
“Le Plan de Sauvegarde et de
Mise en Valeur est très
important pour les Trégorrois,
même si ce travail, datant de
1966 a généré beaucoup de
contestations, notamment des
résidents, parce qu'il
chamboulait toute la vie de
notre cité.”
Mon témoignage est simple. Il est évident que prendre en charge
une Mairie, c'est prendre en charge tout ce qui a été établi
précédemment. Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur est très
important pour les Trégorrois, même si ce travail, datant de 1966
(c'est l'année où le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur a été
créé sur notre commune), a généré beaucoup de contestations,
notamment des résidents, parce qu'il chamboulait toute la vie de
notre cité. Le périmètre a été revu à la baisse en 1985 et, depuis ce
temps-là, c'est Jean-Pierre DUTOIT, Architecte en charge de
l'élaboration de ce PSMV, qui a dressé un inventaire complet de
l'ensemble du secteur sauvegardé. Je crois que c'est un travail
remarquable, parce qu'il est très détaillé. Il concerne plus de 350
parcelles, avec 650 immeubles répertoriés qui ont tous fait l'objet
d'une fiche d'analyse, ainsi que d'un dossier photographique. Un
travail vraiment pointilleux, maison par maison, étage par étage,
intérieur comme extérieur. Evidemment, comme l'a dit mon voisin,
toutes les demandes de permis de construire à l'heure actuelle, les
déclarations de travaux, les certificats d'urbanisme reçoivent l'avis
de ce Chargé d'étude, en lien avec le Service Départemental de
l'Architecture et du Patrimoine.
Seul un sixième de la ville est couvert par ce PSMV. Cela ne fait
donc pas un grand territoire, puisque je vous rappellerai que la cité
trégorroise ne fait que 152.50 hectares, quasiment entièrement
urbanisés, avec le cœur de ville qui comprend ce plan de sauvegarde
et de mise en valeur. Ce cœur de ville n'a guère évolué depuis le
18ème siècle, le patrimoine bâti est homogène et constitué de
constructions des 16ème et 17ème siècles. On a pu voir tout à l'heure
quelques photos ou quelques plans, dans l'intervention de
M. LELOUP. Je rappellerais, par ailleurs, qu'il a fait une étude sur
la maison du duc Jean V à Tréguier -que j'ai le grand bonheur
d'habiter- et qu'il en a fait une communication dans la revue
Armen, revue que je garde précieusement. C'est au cours du 18ème
siècle que l'activité économique a été modifiée sur Tréguier. Ce que
vous disiez tout à l'heure à propos des commerces qui se trouvent
dans les rez-de-chaussée est très visible sur Tréguier, notamment
place du Martray, rue Renan, rue Colvestre et rue Saint-Yves qui
sont les rues principales où se trouvent des maisons à pans de bois.
“Le Plan de Sauvegarde et de
Mise en Valeur, matérialisé
sur des plans et sur des
notices explicatives pour
chacune des maisons, permet
de travailler en étroite
collaboration avec les services
de l'Architecte des Bâtiments
de France, mais aussi avec les
Je suis un peu gêné de parler des maisons à pans de bois, car c'est
vrai qu'il y en a beaucoup à Tréguier (37) et parce qu'il y en a qui
ont plus ou moins d'intérêt, comme vous l'avez dit tout à l'heure.
Elles ont été modifiées au cours des années et le Plan de
Sauvegarde et de Mise en Valeur est justement là pour maintenir le
caractère intéressant des maisons à encorbellements. Il y a aussi le
problème de la superposition des façades, parce qu'au 19ème siècle,
on a modifié les façades et, parfois, il est difficile, lorsqu'il faut
classer notre bâti, de savoir s'il faut conserver cette façade du 19ème
siècle qui a un intérêt architectural, ou s'il faut venir par derrière
retrouver les façades du 16ème ou du 17ème siècle.
Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur, matérialisé sur des
plans et sur des notices explicatives pour chacune des maisons,
permet de travailler en étroite collaboration avec les services de
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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Architectes du CAUE, pour
conseiller les personnes qui
désirent rénover les bâtis.”
l'Architecte des Bâtiments de France, mais aussi avec les
Architectes du CAUE, pour conseiller les personnes qui désirent
rénover les bâtis. A Tréguier, les pans de bois les plus visibles sont
sur la place du Martray -c'est la place de la Cathédrale-. Vous savez
que les maisons en pans de bois sont très difficiles d'entretien. Il y a
des problèmes d'étanchéité et d'humidité et je crois que la
restauration donne beaucoup de mal aux propriétaires, puisqu'il
faut rentrer dans des travaux d'intérêt architectural importants.
Les aides qui ont été mises en place sont particulièrement
appréciées, ainsi que les efforts que font les Communautés de
Communes ou les Communes pour mettre en place des opérations
programmées, grâce aux aides de l'Etat ; bien sûr, cela contribue à
l'enrichissement du patrimoine architectural sur nos cités.
Maintenant, la priorité est donnée à l'habitabilité, parce que c'est
aussi un phénomène important. Tout à l'heure, vous disiez que les
maisons étaient construites sur des parcelles qui sont en lanières,
des parcelles très étroites, donc pas de possibilité d'habiter dans les
étages à partir du moment où il y a un commerce qui utilise le rezde-chaussée. Et là, il faut trouver des compromis, pour pénétrer
dans les maisons par les arrières, par les cours. Il existe donc des
parcelles très longues, et quand on regarde une photo aérienne de
notre cité, on s'aperçoit qu'il y a de très grands jardins, d'autant plus
qu'il y a une déclivité importante dans notre commune, ce qui
forme des jardins en espaliers. C'est remarquable, notamment dans
la rue Renan.
René BENOIT
“Quand on est secteur
sauvegardé, nous avons une
sorte de dictionnaire de toutes
les maisons, intérieur et
extérieur, sur 90 hectares.
Nous avons analysé
parfaitement 2 000 et
quelques maisons et, quand il
y a une demande de permis
de construire, il suffit d'ouvrir
le dictionnaire à la page de la
rue, au numéro de la rue : on
ouvre et tout est décrit, ce
qu'on peut faire, ce qu'on ne
Tréguier, peut-être bien la première ville à secteur sauvegardé de
Bretagne, a un lien avec Dinan, et un lien avec ce que vient de dire
tout à l'heure Monsieur le Maire. Solliciter un classement en
ZPPAUP ou en secteur sauvegardé, qui est encore plus réglementé,
peut faire peur et a fait peur. La ville de Dinan était dans les 26
premières villes de France proposées pour être classées en secteur
sauvegardé. Tréguier venait de l'être, et cela a été dur, à tel point
que mon prédécesseur, avec qui j'ai été élu en 1965, quand on lui a
proposé de créer un secteur sauvegardé à Dinan, est allé à Tréguier.
Il a eu des contacts avec le Maire d'alors qui lui a dit : "oh, surtout
pas, c'est terrible". La révolution était dans Tréguier, tout le monde
criait. Avec l'Architecte des Bâtiments de France, cela se passait de
façon beaucoup plus brutale que maintenant. Vous avez, vous les
Architectes des Bâtiments de France, atténué la dureté des
contacts ; auparavant, c'était comme cela et on ne discutait pas.
Maintenant, c'est comme ça, mais on parle, on prévient, on
dialogue, etc.…
Il a fallu attendre 1986 où, élu Député, j'ai pu raccrocher le dossier
du secteur sauvegardé, c'est-à-dire 20 ans plus tard. Ce fut très
long : quatre ans d'études. Je rappelle que c'est une décision du
Conseil d'Etat au final. Quand on est secteur sauvegardé, nous
avons une sorte de dictionnaire de toutes les maisons, intérieur et
extérieur, sur 90 hectares. Nous avons analysé parfaitement 2 000
et quelques maisons et, quand il y a une demande de permis de
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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doit pas faire, ce qui est
conseillé, ce qui n'est pas
conseillé.”
construire, il suffit d'ouvrir le dictionnaire à la page de la rue, au
numéro de la rue : on ouvre et tout est décrit, ce qu'on peut faire,
ce qu'on ne doit pas faire, ce qui est conseillé, ce qui n'est pas
conseillé. C'est très intéressant. Dinan, Tréguier, même combat.
Patrick TOULARASTEL
Voilà. Ce qui est important à dire, c'est que le secteur sauvegardé de
Tréguier n'est toujours pas voté en Conseil d'Etat ; il nous reste
encore deux ans de travail.
Jean-Bernard VIGHETTI
C'est la question que je voulais poser, parce qu'il me semblait qu'il
n'avait toujours pas été adopté.
Patrick TOULARASTEL
Non. Cela date de 1966 et voyez…
“Ce qu'il y a d'intéressant à la
fois dans le secteur
sauvegardé et dans les
ZPPAUP, c'est cet inventaire
minutieux qui est fait du
patrimoine bâti, donc
forcément du patrimoine en
pans de bois. Cela a permis
d'attirer l'attention des élus
sur l'intérêt de ce type de
patrimoine.”
Jean-Bernard VIGHETTI
Il n'est donc pas étonnant qu'il n'y ait que 90 villes en France qui
aient un secteur sauvegardé avec cette longueur de procédure. Ce
que l'on peut dire déjà, avant que Quimper n'intervienne, c'est que
ce qu'il y a d'intéressant à la fois dans le secteur sauvegardé et dans
les ZPPAUP, c'est cet inventaire minutieux qui est fait du
patrimoine bâti, donc forcément du patrimoine en pans de bois.
Cela a permis d'attirer l'attention des élus sur l'intérêt de ce type de
patrimoine. Effectivement, depuis 40 ans, l'accent est mieux mis sur
ce patrimoine qui était peut-être laissé un peu de côté jusqu'alors.
Patrick TOULARASTEL
“Aujourd'hui, tout a changé,
parce que l'on s'aperçoit que
les contraintes qui étaient
alors imposées ont été
modifiées. On s'est plus
attaché au bâti lui-même,
qu'à recréer des ruelles qui
n'existaient pas et qui étaient
une atteinte à la propriété
privée.”
Monsieur le Maire de Dinan a mis le doigt tout à l'heure sur les
choses qui ont fâché à une certaine époque. Il est vrai que c'était
une contrainte énorme, et je m'en rappelle puisque mon père était à
l'époque dans le Conseil Municipal et avait voté contre le secteur
sauvegardé. Aujourd'hui, tout a changé, parce que l'on s'aperçoit
que les contraintes qui étaient alors imposées ont été modifiées. On
s'est plus attaché au bâti lui-même, qu'à recréer des ruelles qui
n'existaient pas et qui étaient une atteinte à la propriété privée. Je
crois que c'est ce qui avait fait peur à l'époque : les contraintes
énormes et l'atteinte à la propriété privée. C'est ce qui avait nourri
le combat de l'époque.
Jean-Bernard VIGHETTI
Juste avant que Mme POSTEC n'intervienne, un dernier petit
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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commentaire. Je crois que l'organisation des villes en deux réseaux
(celui des Petites Cités de Caractère et celui des Villes d'Art et
d'Histoire et des Villes Historiques), regroupant une quarantaine de
communes d'origine urbaine en Bretagne, a permis de mettre
l'accent sur l'intérêt qu'il y avait à engager des politiques de
protection, ne serait-ce que si elles entendaient être homologuées.
Et si les relations avec les Architectes ont évolué, c'est d'une part
peut-être parce qu'on avait des outils plus adaptés, mais aussi et
surtout parce qu'il y a une meilleure prise de conscience de la part
des élus de l'enjeu que représente le patrimoine.
Voilà donc Mme POSTEC qui va nous présenter l'exemple de la
ZPPAUP de Quimper.
La Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager de
Quimper
Marie-Paule POSTEC, Conseillère Municipale
Merci. J'ai le plaisir -vous avez déjà vu cette image apparaître sur
l'écran- de représenter la ville de Quimper qui est, M. LELOUP
nous le dira, vraisemblablement la seule, en Bretagne, en France, en
Europe, à avoir une maison portant la date de 2000 ! Donc, une
maison à pans de bois de l'an 2000, on y reviendra, l'ouvrage de
M. LELOUP, de toute façon, présente bien l'historique de cette
affaire-là.
Je vais donc brièvement, puisque nous avons 10 minutes, parler de
la mise en place de cette ZPPAU. Un bref rappel historique parce
que, par rapport à ce qui a été dit, vous allez voir qu'il y a là des
échos, concernant les choses qui vont poser problème, celles qui
n'en posent pas, ce qui a été bien fait, etc.… Une deuxième partie
sera consacrée aux pans de bois de Quimper. Puis, on finira sur un
bref élément de bilan ou, du moins, un état des lieux.
Annexe 1
“Ce que j'ai voulu montrer
aussi par ce tableau, c'est la
concordance qu'il y eut dans
la réflexion entre le POS, la
ZPPAU et la mise en place de
la convention Ville d'Art et
 D'abord, un tableau (cf. annexe 1) pour rappeler un petit peu
l'historique de la mise en place de la ZPPAUP de Quimper, pour
montrer que bien que vous ayez des villes françaises qui sont
entrées plus tôt dans ce dispositif, Quimper a quand même été dans
les toutes premières, puisque l'étude a été mise en place très
rapidement et qu'elle a été adoptée en 1988. Il y a d'ailleurs une
inexactitude, puisque le "P" pour paysager n'y était pas à ce
moment-là. Donc la ville de Quimper a été précoce dans cette
démarche, ce qui lui a valu de servir quelques fois de référence.
C'est pour ça que j'ai mis aussi deux dates, qui sont celles du
colloque de 1991, et de celui de 2001, qui n'est pas du tout dans
notre région, pour montrer qu'on n'a pas à rougir de la
comparaison : le premier à Quimper, le deuxième à Lyon. Les
choses ont évolué aussi entre temps. Ce que j'ai voulu montrer
aussi par ce tableau, c'est la concordance qu'il y eut dans la réflexion
entre le POS, la ZPPAU et la mise en place de la convention Ville
d'Art et d'Histoire. Les différents modes d'intervention dans
l'urbanisme font que, quelquefois, il a pu y avoir des préconisations
contradictoires, des frictions qui viennent de dispositifs différents
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
38
d'Histoire.”
pouvant entrer en concurrence, voire en conflit. L'étude ayant été
menée en concomitance, des accords ont été trouvés, des
règlements ont été harmonisés, et je crois pouvoir dire que cette
simultanéité a marqué l'histoire de la ZPPAU de Quimper. Je ne dis
pas que tout s'est bien passé. Je suppose qu'il y a eu aussi des
difficultés pour cette mise en place, mais tout cela a été gommé.
Car, l'une des forces de la ZPPAU de Quimper, j'en suis témoin
maintenant en tant qu'élue, c'est la collaboration très proche, très
féconde qu'il y a entre l'Architecte des Bâtiments de France -qui est
d'ailleurs présent dans la salle, M. ALEXANDRE-, les Services
d'urbanisme de la Ville, mais aussi le Service du patrimoine
(M. BRUMEAUX se charge de la partie pédagogique, la dernière
exposition qu'il ait mise en place, il y a quelques mois, portait sur
les maisons en pans de bois), et collaboration avec bien sûr les élus.
Donc cette entente, ces concertations incessantes rendent les
choses plus efficaces.
Tout à l'heure, Monsieur le Maire de Tréguier et M. BENOIT ont
parlé d'un dictionnaire qu'ils avaient pour leurs villes, où il y avait
des plans de secteurs sauvegardés. Nous n'avons pas de secteur
sauvegardé à Quimper, il y a cette ZPPAUP. Ça va moins loin je
pense que ce que vous décrivez, mais il n'en reste pas moins que
dans le document de la ZPPAUP, il y a un plan de zonage. Il y a
des zones qui ont été délimitées ; ZH : Zone Historique, ZA : Zone
aux Abords directs du centre, Zone Monumentale et Zone de
Transition. Tout ce zonage mis en place, à l'intérieur de chacune de
ces zones ou de ces quartiers, il y a des préconisations d'ordre
général et des recommandations particulières sur certaines maisons.
Annexe 2
 J'ai pris ici (cf. annexe 2), pas tout à fait au hasard, l'exemple
d'une maison de la rue du Frout, qui est une maison en pans de
bois. C'est une photocopie de photocopie. J'ai donc ajouté la
traduction -en quelque sorte- de ce texte illisible, qui montre
jusqu'où va l'étude de chacune des maisons qui ont été ainsi
répertoriées comme étant intéressantes d'un point de vue
architectural. On reparlera peut-être de la qualité et de la
réactualisation nécessaire de ce document, mais c'est quand même
un instrument de travail et de pédagogie puisque auprès des
pétitionnaires, auprès des services chargés des travaux d'urbanisme,
auprès de tous ceux qui ont en charge ce patrimoine, il y a là une
règle, moins précise que ce qui existe dans les secteurs sauvegardés,
mais qui donne cependant un schéma à partir duquel un travail
peut être fait de façon plus précise.
“[Ce document] montre
jusqu'où va l'étude de
chacune des maisons qui ont
été ainsi répertoriées comme
étant intéressantes d'un point
de vue architectural. […] c'est
quand même un instrument
de travail et de pédagogie
puisque auprès des
pétitionnaires, auprès des
services chargés des travaux
d'urbanisme, auprès de tous
ceux qui ont en charge ce
 Les maisons en pans de bois sont toutes dans la ZPPAUP. Il y en
patrimoine, il y a là une
a au total 73, dont 43 dans la ville intra-muros -pour ceux qui
règle.”
connaissent Quimper, c'est le secteur place Maubert, rue Kereon, et
place au Beurre-. Puisque Quimper avait un double noyau
historiquement -c'est-à-dire la terre de l'évêque, à l'intérieur des
murailles, et la "terre au duc" vers l'Ouest- les maisons se trouvent
dans ces deux secteurs. Deux maisons seulement sont classées (rue
Kereon), 34 sont inscrites. Pour le reste, M. LELOUP a
suffisamment parlé des datations, ici c'est comme ailleurs, je ne
m'attarde pas là-dessus, mais j'insiste quand même sur celle de l'an
2000 !
Annexe 3
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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 La localisation (cf. annexe 3). On va pouvoir là aussi passer assez
rapidement. Je dis quand même au passage qu'il s'agit d'un des
panneaux que M. BRUMEAUX, notre Animateur du Patrimoine, a
mis en exposition cette année, et qui, si je ne me trompe pas,
circule actuellement dans des établissements scolaires. Vous avez là
la localisation, et en même temps quelques photos, de maisons en
pans de bois dans la ville de Quimper.
Pour ce qui est des aides et de tout ce qu'un système comme la
ZPPAU met en place, pour le patrimoine en général et pour les
maisons en pans de bois en particulier, M. GARRETA en a parlé.
Ce qui est d'ordre général, je n'y reviens pas, c'est la même règle
que partout.
Je dirais quand même que les mesures concernant les maisons en
pans de bois dans la ZPPAUP ne vont pas très loin, en ce sens que
les règles qui s'appliquent aux autres maisons s'appliquent aux
maisons en pans de bois. Il y a quand même des petits plus, en
particulier dans les règlements -cahiers de recommandation et de
préconisation- de la ZPPAU : on trouve des injonctions
particulières concernant le traitement des façades, des
recommandations concernant l'entretien, alertant les propriétaires
sur les parties fragiles des édifices, celles qui peuvent être en butte
aux intempéries, celles qui peuvent être sujettes à des attaques de
l'humidité ou des attaques parasitaires… Pour des dispositions
précises, c'est la règle générale, avec toutefois des mesures
particulières, que M. GARRETA a expliquées, quand les bâtiments
sont classés ou inscrits.
Annexe 4
“Je préfère insister sur
quelque chose qui n'est pas
non plus une spécificité
totalement quimpéroise, mais
qui a été mis en place à
Quimper comme dans un
certain nombre d'autres
villes : les campagnes de
ravalement.”
Je préfère insister un petit peu sur quelque chose qui n'est pas non
plus une spécificité totalement quimpéroise, mais qui a été mis en
place à Quimper comme dans un certain nombre d'autres villes : les
campagnes de ravalement.
 Nous sommes, vous le voyez (cf. annexe 4), au troisième stade, et
il y en aura sans doute un quatrième. Au budget primitif, voté ce
mois de janvier 2003, figure la somme de 38 000 € pour la troisième
tranche de ce plan de ravalement. Vous avez les dates devant vous ;
on peut espérer que plus de maisons, et en particulier plus de
maisons à pans de bois, bénéficient de ces aides, parce qu'elles
finissent par être assez substantielles quand on ajoute aux aides de
l'Etat, celles des collectivités territoriales, plus les 10 % du
ravalement. En effet, actuellement, les maisons en pans de bois
bénéficient d'un régime de faveur de ce point de vue, c'est-à-dire
10 % des travaux et un plafonnement qui est de l'ordre -je vais le
dire en francs- de 40 000 F, ce qui fait 6 000 € et quelques je crois.
Il y a donc là quelque chose de particulièrement favorable aux
maisons en pans de bois.
 La première tranche a été lancée en 1993, la deuxième tranche est
terminée, on en est au troisième stade et le quatrième sera la rue
Kereon. La troisième tranche est assez étendue. Cette campagne-là
vient d'être lancée. Les travaux qui sont faits au titre du ravalement
concernent à la fois les pans de bois et les remplissages, avec des
cas de figure très différents selon l'état des façades. Quelquefois, ils
s'accompagnent des travaux de rénovation et quelquefois c'est un
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
40
simple ravalement.
Nous avons là des choses dans des états différents :
Annexes 5 et 6
Annexes 7 et 8
 Vous avez peut-être eu le temps de voir que là où vous avez la
statue de la quimpéroise, il y a eu un changement de couleur (cf.
annexes 5 et 6). Quelquefois, ça concerne les pans de bois, qui ici
ont été mis en jaune, et quelquefois il s'agit des zones de
remplissage.
 La suivante est à proximité de la maison de l'an 2000. Nous
sommes à l'angle de la place Saint-Corentin, et vous avez une
maison en pans de bois qui a gardé son crépi, du 18ème siècle je
suppose. La suivante nous montre qu'il y a eu quand même un
important travail qui a été fait (cf. annexes 7 et 8).
“Effectivement, les efforts
sont faits, mais il faut garder
la vigilance, la volonté de le
faire, et je pense qu'elle est
présente chez tous ceux qui
ont en charge le maintien
d'un patrimoine auquel nous
tenons tous à Quimper.”
“La question est de savoir s'il
est envisageable de réformer
une ZPPAUP ? […] Est-il
possible de revoir un peu la
forme sans en même temps
revoir le fond ?”
Nous allons conclure sur un élément de bilan du travail qui a été
fait. Je dirais que si on faisait un classement, comme on peut en
faire dans une classe, on dirait que Quimper, je crois pouvoir le
dire, n'est ni dans les meilleurs élèves, ni dans les plus mauvais,
mais se situe dans une honnête moyenne. Vous avez vu sur les
images de tout à l'heure, où on voyait des ravalements en cours,
qu'il y avait aussi des cas de délabrement. Quand on lève le nez à
Quimper, tout n'est pas parfait, mais pour un élève, on dirait dans
le bulletin trimestriel : "peut mieux faire, mais a commencé à faire
des efforts". Effectivement, les efforts sont faits, mais il faut garder
la vigilance, la volonté de le faire, et je pense qu'elle est présente
chez tous ceux qui ont en charge le maintien d'un patrimoine
auquel nous tenons tous à Quimper.
Dernier élément cette fois. La ZPPAUP, telle qu'elle a été mise en
place, vous voyez, a été bien pensée. Elle reste un instrument de
travail et de concertation, mais c'est comme tout ce qui a été un
petit peu devancier, c'est un instrument qui était assez bien pensé et
qu'on ne remet pas forcément en question, sauf qu'il y a un
vieillissement, peut-être du fond lui-même mais surtout de la
forme, et la question qui est posée est qu'il faut sans doute revoir la
forme. Les méthodes ont changé, on est passé à une ère où les
moyens et les médias ne sont plus les fiches comme celles que vous
avez vues tout à l'heure. C'était une mauvaise photocopie, mais il
n'en reste pas moins que ce sont des documents en noir et blanc,
qui sont inertes et que, disposant désormais d'un cadastre numérisé,
de logiciels, de possibilités d'interactivité, de documents couleur en
Cd-rom -je ne vous fais pas une description de tous les moyens,
vous les connaissez aussi bien que moi- il y aurait certainement la
possibilité de rajeunir un petit peu ce document. La question -je
vais finir sur une question avant que vous n'en posiez- est de savoir
s'il est envisageable de réformer une ZPPAUP ? J'ai cru
comprendre qu'une ZPPAUP ne se révise pas, mais se refait, c'està-dire qu'on part du point de départ : on refait l'étude, on remet en
place tout le dispositif, ce qui est relativement lourd. Est-il possible
de revoir un peu la forme sans en même temps revoir le fond ? J'ai
quelques doutes, parce qu'à chaque fois qu'il m'est arrivé, dans
d'autres domaines, de dire "on change simplement la présentation",
à cette occasion-là, toutes les lacunes -et il y en a forcémentremontent et on se dit qu'il faut aller plus loin.
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
41
Voilà. Nous avons encore du travail à faire, mais il y a du travail
également derrière nous qui a été déjà fait, et qui laisse bien augurer
de la suite.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci. Peut-être y a-t-il des réactions déjà à chaud sur les
différentes tables rondes ? M. GARRETA, peut-être, par rapport à
ces expériences qui ont été relatées ?
“[Au sujet] des contraintes :
cela va mieux, par la
conjonction de différents
phénomènes. D'abord, il y a
eu les lois de décentralisation
[…] : ce n'est plus l'Etat
centralisateur, mais les
Communes et avec, à leur
tête, les Maires qui décident.
Et puis, il y a peut-être eu de
notre part une évolution, et
une prise de conscience qu'il
fallait expliquer et convaincre.
[…]
La grande évolution, c'est
surtout que la population a
pris en considération l'intérêt
de la connaissance et de la
reconnaissance de son
patrimoine, le rôle
économique -au sens large- et
touristique que le patrimoine
pouvait jouer.”
Christophe GARRETA
Vous vouliez parler des révisions, moi je voudrais surtout réagir
d'abord sur ce mot "contrainte". Des contraintes, des avis des
Architectes des Bâtiments de France, vous en avez parlé, Monsieur
le Maire, en disant d'abord que cela a, semble-t-il, évolué depuis
une période rigoureuse, très dure, presque d'incompréhension,
jusqu'à aujourd'hui, où cela a l'air d'aller mieux. Evidemment cela va
mieux, par la conjonction de différents phénomènes. D'abord, il y a
eu les lois de décentralisation qui ont quand même changé la donne
des pouvoirs : ce n'est plus l'Etat centralisateur, mais beaucoup
maintenant les Communes et avec, à leur tête, les Maires qui
décident. Et puis, il y a peut-être eu de notre part, dans notre corps
de fonctionnaires, une évolution, et une prise de conscience qu'il
fallait expliquer et convaincre, que c'était notre seul but, et non pas
donner des ordres et des contraintes. Nous avons donc peut-être
évolué, mais je pense que la grande évolution, c'est surtout que la
population, et donc les Communes elles-mêmes, a pris en
considération, beaucoup plus qu'auparavant, l'intérêt de la
connaissance et de la reconnaissance de son patrimoine, le rôle
économique -au sens large- et touristique que le patrimoine pouvait
jouer. On y regarde maintenant de beaucoup plus près. Vous êtes
sans doute plus prêts également à accepter ou à travailler en
concertation avec nous. Et "contrainte" : avant de parler de
contraintes réglementaires, les contraintes sont celles qu'on se
donne. Et quand on regarde tout ce que M. LELOUP nous a
montré, on se dit qu'il n'est pas simple de conserver et de restaurer.
Les premières contraintes sont avant tout les contraintes techniques
et celles du patrimoine.
En tous cas, je rejoins ce que vous disiez, Monsieur le Maire :
aujourd'hui il y a beaucoup plus de concertation et de travail en
commun. Aujourd'hui, je n'imagine guère mon travail d'Architecte
des Bâtiments de France indépendamment de celui du Maire, et je
sais que tous mes avis, je les lui donne, et qu'il prend la décision.
Ainsi, si mes avis ne sont pas expliqués, ne sont pas concertés, ils
ne passeront pas.
“Il ne faut pas modifier [les
ZPPAUP] trop vite, sinon
elles n'ont plus tellement de
sens. Si la révision nous
amène à refaire la procédure,
L'autre réaction, sur ce que vous disiez Madame, sur les possibilités
de révision des ZPPAU et la lourdeur de cette procédure de
révision, tout cela est relatif, me semble-t-il. Il faut se rappeler que
par rapport à un document d'urbanisme local, comme le Plan
d'Occupation des Sols ou le PLU, qui est totalement laissé à
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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[…] c'est pour cette
concertation, ce moment
d'échange et de remise sur le
tapis. En effet, une ZPPAUP
doit être un travail permanent
d'échange avec la
population.”
l'initiative de la Commune et qu'elle peut amender et modifier à son
gré, la dimension patrimoniale nous ramène à un peu plus de temps
et de considération pour les ZPPAU. C'est qu'il ne faut pas trop les
modifier trop vite, sinon elles n'ont plus tellement de sens. Et puis,
si la révision nous amène à refaire la procédure, ce n'est pas
forcément pour sa forme administrative, mais surtout, ce qui me
paraît important, c'est pour cette concertation, ce moment
d'échange et de remise sur le tapis. En effet, une ZPPAUP doit être
un travail permanent d'échange avec la population, par le biais des
expositions et des enquêtes publiques, et surtout par celui de la
consultance architecturale. On sait bien que quand on a un
document, il faut le faire vivre.
Daniel LELOUP
Je voudrais dire à Mme POSTEC que tout d'abord, sa ville n'est pas
un mauvais élève du pan de bois. Les "mauvaises" villes sont celles
qui ne font rien, celles qui font quelque chose sont les "bonnes"
villes. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus rien à faire, mais il y a
des choses qui sont en cours et je voudrais rappeler que Quimper a
fait quand même beaucoup dans le domaine des arts, avec son
Musée Départemental et son Musée des Beaux Arts. Je pense qu'il
se passe des choses intéressantes à Quimper, à ce niveau-là, et je
crois qu'il faut quand même le rappeler.
“Ces protections […] ont
permis une prise de
conscience d'un certain
nombre de problèmes, de ce
qu'était le patrimoine.”
Sur le problème des protections, je pense que c'était tout à fait
essentiel que l'Etat mette en place des systèmes de protection du
patrimoine, car si aujourd'hui les secteurs sauvegardés n'existaient
pas, et les ZPPAUP non plus, je me demande où en serait le
patrimoine en pans de bois. Certes, ces protections sont arrivées
tard et elles ont mis longtemps à se mettre en place, pour les
raisons qu'on a évoquées. Mais comme l'a rappelé M. GARRETA
tout à l'heure, elles ont permis une prise de conscience d'un certain
nombre de problèmes, de ce qu'était le patrimoine. Il est vrai
qu'aujourd'hui, tout paraît simple, tout le monde parle de
patrimoine, c'est une notion qui paraît tout à fait évidente. Je
voudrais rappeler simplement un chiffre en ce qui concerne les
associations qui s'occupent de patrimoine dans le département du
Morbihan : en 1947 ou 48, je crois qu'il y avait simplement deux
associations qui s'occupaient de patrimoine dans ce département, et
aujourd'hui, elles doivent être environ 250, tous patrimoines
confondus. C'est dire cette espèce de bond spectaculaire qui a eu
lieu en 50 ans. Les secteurs sauvegardés et les ZPPAUP sont, à
mon avis, arrivés à un bon moment, car ils ont effectivement fait
prendre conscience à tout le monde, et en particulier aux élus, de la
nécessité de protéger ce patrimoine.
Nous pouvons peut-être rajouter que, dans le même domaine,
malheureusement, la deuxième guerre mondiale a eu un effet assez
positif sur le patrimoine de notre région : car notre région a été
confrontée à de nombreux bombardements, comme vous le savez,
et à la disparition de certaines villes sur la côte ; je pense à Lorient,
Brest, Saint-Malo, etc.… Et ce phénomène a permis, à mon avis,
une certaine prise de conscience qu'il fallait à tout prix garder ses
racines et son patrimoine. Quand on discute aujourd'hui avec des
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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élus de l'autre bout de la France, dans des régions où il n'y a plus de
patrimoine, et bien, c'est un véritable traumatisme qui, 50 ans après
la fin de la guerre, existe toujours. Je crois qu'avec quelques années
de retard, ce phénomène a joué un rôle très positif dans la prise de
conscience par notre région de la préservation de notre patrimoine
au sens large, et pas seulement du pan de bois. Les protections de
l'Etat d'un côté, ces phénomènes inattendus de l'autre, ont, je
pense, joué un rôle déterminant dans la protection de nos villes en
Bretagne. On dit souvent et c'est vrai, même si je suis parfois
critique avec un certain nombre de choses qui se réalisent ici, que
l'on a quand même une région qui a conservé un patrimoine
extraordinaire par rapport à d'autres. Je crois qu'il faut le rappeler,
car c'est tout à fait positif.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci. Je crois que M. SIMONNET, Conservateur Régional des
Monuments Historiques, veut intervenir.
Nicolas SIMONNET, Conservateur Régional
Monuments Historiques
des
Merci. Je voudrais relativiser un petit peu ce qu'a dit M. LELOUP,
lorsqu'il dit que l'Etat est intervenu tard sur les maisons en pans de
bois, que la protection est intervenue tardivement. D'abord, je crois
de façon générale que l'on ne peut pas séparer la notion de
Monument Historique de la façon de faire l'histoire et, au 19ème
siècle, l'histoire c'est l'histoire des lieux de pouvoir, qu'ils soient
religieux ou politiques. Alors, on protège des églises et des
châteaux. L'histoire, c'est celle qu'écrit LAVISSE à la fin du 19ème
siècle, pour constituer la Nation Française, et ce n'est que bien
après, dans les années 1920-1930 que sont apparues les notions
d'histoire économique, d'histoire sociale, qui ont fait sortir la façon
même d'écrire l'histoire de ce petit cercle des châteaux et des
églises.
“La protection des maisons
en pans de bois [intervient]
plus tôt que vous ne l'avez dit,
puisque je crois que dans mes
listes, c'est en 1926 que je vois
apparaître par dizaine des
maisons en pans de bois.”
Je crois que la découverte de la maison en pans de bois comme
Monument Historique va de pair avec la mutation de l'histoire, qui
la fait passer de l'histoire politique à l'histoire économique et
sociale. Tout à coup, on s'est intéressé à d'autres couches de la
société, à d'autres classes sociales, on s'est intéressé non seulement
à ceux qui dirigeaient mais aussi au peuple et aux maisons qui
étaient occupées par le peuple en question. Alors il est normal, à
partir de là, que la protection des maisons en pans de bois
intervienne, plus tôt que vous ne l'avez dit, puisque je crois que
dans mes listes, c'est en 1926 que je vois apparaître par dizaine des
maisons en pans de bois. Il y a eu des Inspecteurs Généraux des
Monuments Historiques qui, à l'époque, se sont promenés à travers
la Bretagne, et on retrouve des maisons protégées simplement au
vu d'un rapport, d'une lettre de l'Inspecteur Général disant "telle
maison est pittoresque et il faudrait la protéger au titre des
Monuments Historiques".
La deuxième chose que je voudrais dire, c'est développer la notion
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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qu'a donnée M. GARRETA tout à l'heure "d'intérêt public". Sont
classés parmi les Monuments Historiques les immeubles dont la
conservation présente un intérêt public du point de vue de l'histoire
ou de l'art. Et ça, je crois que c'est la réponse à ce que disais
M. TOULARASTEL sur les contraintes qui pèsent sur les
propriétaires privés : la conservation du patrimoine a-t-elle un
intérêt public, un intérêt collectif qui s'impose au-delà de l'intérêt
des propriétaires privés ? Je crois que c'est le choix qui a été fait par
la loi de 1913 sur les Monuments Historiques. Mais, ce qui me
frappe, c'est que les Architectes des Bâtiments de France, qui ont
dû se battre pendant des années, je dirais seuls contre tous, et pas
seulement à la suite de la guerre, mais aussi à la suite de l'immobilier
triomphant des années 1960 et 1970, sont aujourd'hui nettement
plus soutenus. Cela explique peut-être aussi pourquoi leurs avis
sont mieux compris. Ce que je remarque, Monsieur le Maire, c'est
qu'aujourd'hui les recours qui sont présentés ne sont plus
seulement des recours contre les décisions négatives des ABF, mais
des recours contre les décisions positives. Aujourd'hui, les gens se
plaignent, reprochent à l'ABF d'avoir donné des autorisations. C'est
très neuf et c'est une évolution, croyez-le, qui nous fait très plaisir.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci. Y a-t-il d'autres questions dans la salle ?
Jacques
DABRETEAU,
Renaissance
Association
Nantes
Je voulais poser une question concernant Quimper. J'ai vu qu'il y a
des campagnes de ravalement de façades qui ont été mises en place
et, sur le texte, il est marqué à un moment qu'assez récemment
vous avez fait des injonctions. La question que je poserais c'est :
est-ce que vous avez été jusqu'à vous substituer aux propriétaires
défaillants dans ce cas ?
Marie-Paule POSTEC
“La politique [de ravalement
des façades de Quimper] est
une politique d'incitation,
consistant à donner des
subventions qui s'ajoutent à
celles que donnent l'Etat et
les collectivités territoriales
comme la Région et le
Conseil Général. Il y a un
secteur, que vous avez vu, qui
a été défini, et les
propriétaires reçoivent des
documents les incitant à faire
ces travaux de ravalement. S'il
n'y a pas eu d'intervention
La politique est une politique d'incitation, consistant à donner des
subventions qui s'ajoutent à celles que donnent l'Etat et les
collectivités territoriales comme la Région et le Conseil Général. Il y
a un secteur, que vous avez vu, qui a été défini, et les propriétaires
reçoivent des documents les incitant à faire ces travaux de
ravalement. S'il n'y a pas eu d'intervention depuis dix ans, ils ont
l'injonction de le faire. Il s'agit d'incitation plus que de contrainte.
Moi, je n'ai pas parlé de contrainte jusqu'à présent. Mais, il y a
évidemment, contre la notion d'obligation qui apparaît dans les
textes qu'ils reçoivent, une compensation qui est financière et qui
n'est pas négligeable. Je vous l'ai dit, pour les maisons en pans de
bois, c'est 10 % des frais de ravalement qui sont pris en charge par
la Ville.
Ce que je n'ai pas dit non plus là-dessus qui est intéressant, c'est
que ce n'est pas fait au hasard. La Ville de Quimper a fait appel à
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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depuis dix ans, ils ont
l'injonction de le faire. Il
s'agit d'incitation plus que de
contrainte.”
un cabinet brestois, qui a chargé une personne de faire une étude
des couleurs sur la ville de Quimper. Cette personne dispense
également ses conseils sur les couleurs qui sont à mettre -on a vu
quelques exemples- de façon à ce qu'il y ait une harmonisation de
l'ensemble, que cela ne tourne pas à la cacophonie colorée, si je
puis m'exprimer ainsi. Cette étude est consultable et, bien entendu,
le choix se fait avec avis conforme de l'ABF qui garde un regard làdessus, de façon à ce que cela s'intègre bien dans un urbanisme
harmonieux et cohérent.
Jacques DABRETEAU
Excusez-moi, mais ce que je voulais vous dire, c'est que vous avez
lancé des campagnes de ravalements de façades obligatoires.
Maintenant, comme c'est le cas sur Nantes aussi, au bout de dix
ans, je crois que cela fait à peu près dix ans que vous êtes sur la
campagne, il y a des immeubles qui ne se sont pas faits…
Marie-Paule POSTEC
Oui, c'est exact…
Jacques DABRETEAU
Donc, le problème qui se pose, et il se pose à Nantes aussi, l'effet
campagne de ravalements de façades obligatoires perd son sens à
un moment, parce que les propriétaires disent que de toutes les
façons, comme la collectivité nous incite uniquement, nous ne
sommes pas obligés de faire ces opérations.
Marie-Paule POSTEC
“Il est certain que si vraiment
il y avait contrainte, peut-être
que ce serait plus efficace,
mais mal perçu et, au bout du
compte, je ne suis pas sûre
qu'on arriverait à une plus
grande efficacité. Ce qui a été
beaucoup dit ici, c'est qu'il
fallait beaucoup de
persuasion, de prise de
conscience, de prise en
compte des valeurs de ce
patrimoine, et, que par
l'explication et la pédagogie,
on y arrive. […] sur la durée,
il n'y a pas usure du système,
mais plutôt mise en place
d'une dynamique qui monte
en puissance.”
Je n'irais pas si loin que ça. Il est certain que si vraiment il y avait
contrainte, cette fois-là, j'emploie le mot, peut-être que ce serait
plus efficace, mais mal perçu et, au bout du compte, je ne suis pas
sûre qu'on arriverait à une plus grande efficacité. Ce qui a été
beaucoup dit ici, quand même, c'est qu'il fallait beaucoup de
persuasion, de prise de conscience, de prise en compte des valeurs
de ce patrimoine, et, que par l'explication et la pédagogie, on y
arrive. Peut-être faut-il être un peu patient et, à chaque fois, à l'aide
de campagnes d'incitation et d'explication auprès de la population,
on s'aperçoit quand même que les propriétaires se décident. Il y a
aussi une question de possibilité financière, d'occasions, comme le
changement d'occupant des maisons, etc.… Tout cela intervient,
mais je ne crois pas que ces actions perdent leur sens, et je pense
que l'on gagne un peu de campagne en campagne, quitte d'ailleurs à
ce que les propriétaires qui n'ont rien fait lors de la première
tranche, j'en connais, se disent : on a un peu traîné les pieds, et
prennent conscience à cette occasion de la valeur de ce patrimoine valeur architecturale sur un plan esthétique, mais aussi valeur
marchande-. Je pense que sur la durée, il n'y a pas usure du système,
si c'est ce que vous voulez dire, mais plutôt mise en place d'une
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
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dynamique qui monte en puissance.
Jacques DABRETEAU
Je ne partage pas votre avis, tout simplement parce que je suis
confronté à des propriétaires qui sont récalcitrants de fait depuis 15
ans, et qui le resteront si la collectivité ne se substitue pas à eux. Je
ne parle pas des propriétaires qui sont dans des situations
économiques et sociales difficiles, mais des propriétaires qui ont un
gros patrimoine, qui ne comprennent pas l'outil "campagne de
ravalements de façades obligatoires", et qui ne font absolument
rien. De cette manière, nous nous retrouvons dans des situations
où ce patrimoine est de plus en plus en mauvais état, sans parler de
la pérennité même de celui-ci.
Marie-Paule POSTEC
Je ne dis pas qu'il n'y a pas, quand même, des cas récalcitrants, mais
quand vous parlez de gens qui ont des gros moyens, la diapo que je
n'ai pas fait passer finalement –ce n'est plus la peine maintenantmais sur laquelle on a commencé, montre quand même que les
gens qui ont les moyens sont généralement conscients qu'ils
peuvent les mettre au service du patrimoine. J'allais passer la
maison du Minuélou à Quimper, qui est une restauration
remarquable. Je pense que tout n'est pas parfait, mais il y a quand
même des propriétaires qui sont conscients et, bon an mal an, ça
avance plutôt bien.
Jean-Louis JOSSIC, Conseiller Municipal de Nantes
Je suis élu au patrimoine pour la ville de Nantes, et donc héritier
des mauvais élèves, puisque j'ai vu que l'on n'avait que 1 % de
maisons en pans de bois sauvegardées sur la ville, ce qui est
tristement vrai.
“Est-ce que les enduits ont
été rajoutés au cours des
siècles, ou est-ce que les
enduits étaient d'origine ?
[…] Les ABF sont-ils plutôt
pour ou contre le retour à ces
crépis ?”
J'ai une question technique qui s'adresse à M. LELOUP et à
M. GARRETA. On a vu sur des documents photos du début du
20ème siècle qu'un certain nombre de maisons en pans de bois
étaient recouvertes d'un enduit. Or, nous nous posons toujours la
question, et je n'ai jamais eu de réponse là-dessus, est-ce que les
enduits ont été rajoutés au cours des siècles, ou est-ce que les
enduits étaient d'origine ? Je ne parle pas d'enduits sur les surfaces
de remplissage, je parle des enduits lorsqu'ils recouvrent également
les parties en pans de bois. Enfin, si la réponse est qu'il y a une
réalité historique à cela, la deuxième partie se pose à
M. GARRETA : les ABF, dans leurs avis, sont-ils plutôt pour ou
contre le retour à ces crépis ?
Daniel LELOUP
“A partir de la fin du 17ème et
surtout du 18ème siècle, on a
Je vais répondre à la première partie de la question. Il faut savoir de
quelle époque date la construction. Parce qu'à partir de la fin du
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
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systématiquement recouvert
avec des enduits les maisons
pour essayer de retarder la
propagation des incendies.”
17ème et surtout du 18ème siècle, on a systématiquement recouvert
avec des enduits les maisons pour essayer de retarder la
propagation des incendies. Mais les pans de bois qui ont été
construits au 18ème siècle ont pour la plupart, dès le départ, été
recouverts avec un enduit. Une restauration, quelle qu'elle soit,
commence d'abord par une analyse archéologique du bâtiment,
pour savoir de quelle époque il date et pour savoir également si
l'enduit peut être d'origine ou pas. En effet, certains enduits sont
d'origine et, je pense que M. GARRETA sera d'accord avec moi, on
doit alors les refaire.
Christophe GARRETA
“Il n'y a pas d'archétype de la
maison en pans de bois, c'est
une technique de
construction, un type de
structure. On peut faire ce
que l'on veut sur la peau, et
une solution n'est pas plus
inacceptable qu'une autre. […
] Il est nécessaire de trouver ce
qui s'approprie le plus au cas
particulier […] Nous tâchons
de trouver des arguments
objectifs”
Oui, je suis d'accord. C'est une question que l'on se pose souvent
quand on est devant un pan de bois, mais je dirais que c'est une
question analogue que l'on se pose quand on est devant une maison
en pierre : avec enduit ou sans enduit ? C'est l'éternelle question. En
ce qui concerne les origines -comment était-ce au départ- la
réponse a été apportée. On peut également fouiller, mais ce n'est
pas forcément le seul critère. Il faut peut-être se dire qu'il n'y a pas
d'archétype de la maison en pans de bois, que c'est une technique
de construction, un type de structure. Au-delà, on peut faire ce que
l'on veut sur la peau, et une solution n'est pas plus inacceptable
qu'une autre. Nous avons vu toutes sortes de bardages et de
revêtements pour ces pans de bois-là. Ce qui compte, sans doute,
c'est effectivement de ne pas trop se tromper dans nos
interventions contemporaines en essayant de connaître l'histoire du
bâtiment. M. LELOUP nous rappelait que si nous remontons à
l'origine, effectivement, il existait des enduits. Nous pouvons très
bien concevoir, et ce n'est pas du tout iconoclaste, que les pans de
bois étaient protégés par des enduits. Mais ceux-ci ont cohabité
avec des pans de bois sans enduit, et avec d'autres formes de
revêtement. Tout a existé, il est nécessaire de trouver ce qui
s'approprie le plus au cas particulier. Pour ne pas faire trop long,
l'autre partie de votre question était de savoir ce que nous
aimions…
Jean-Louis JOSSIC
…Ne pas vouloir retourner à l'enduit parce que, finalement, on
trouve plus esthétique de voir les "arêtes du poisson" ?
Christophe GARRETA
Oui, mais c'est un phénomène de mode. C'est comme l'enduit sur
la maison en maçonnerie. Ce qui m'amusait, c'était votre question
sur le goût des ABF. Elle me donne l'occasion de vous rappeler que
nous essayons de ne pas faire passer nos goûts personnels dans nos
avis. Nous tâchons de trouver des arguments objectifs.
René BENOIT
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
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“Je crois beaucoup aux
phénomènes de l'exemplarité
et de la contagion.”
Une petite question. Je rebondis sur les difficultés que vous avez
avec les propriétaires. Je crois que l'on connaît tous ce type de
difficultés. Moi, je crois beaucoup aux phénomènes de l'exemplarité
et de la contagion. Lorsqu'une maison est bien rénovée, le
propriétaire d'à côté se dit "la mienne a mauvaise figure à côté". Et,
l'année suivante, on peut voir celle d'à côté changer, puis celle d'à
côté, etc.… C'est un premier début de réponse, qui peut échouer.
Nous avons aussi des propriétaires récalcitrants, je vais dire très
mauvais coucheurs, qui font des bêtises parce que les crédits
n'arrivent pas assez vite. Il est vrai qu'il n'y a pas toujours de
participation de l'Etat par exemple. Il ne suffit pas de claquer dans
les doigts pour que les crédits soient dès le lendemain matin
disponibles. Cela peut mal tomber une année, et il faut attendre
l'année suivante. Alors, si le propriétaire ne veut pas attendre,
effectivement, il finit par faire quelque chose, mais ce n'est pas ce
que nous aurions souhaité.
La deuxième chose concerne les gens en grande difficulté. Nous
allons voir cet après-midi, dans un angle de la place de l'Apport à
Dinan, une maison très récemment restaurée, appartenant à deux
propriétaires manifestement désargentés. L'un avait un peu
d'argent, l'autre n'en avait pas du tout. Le coût de la réparation
s'élevait à 2 800 000 F. Sur ces 2 800 000 F, les deux propriétaires
n'ont mis que 300 000 F. Autrement dit, ce sont l'Etat et les
collectivités qui ont financé tout le reste. Il y a donc toujours la
possibilité de faire quelque chose, dans un cas comme celui-ci : la
maison allait tomber en cœur de ville. Et pour ne pas la laisser
tomber, tout le monde a pris conscience de la nécessité de faire
quelque chose. M. SIMONNET témoignera de cela, lui qui a
certainement joué un rôle important dans la décision d'une grosse
participation de l'Etat, du Conseil Général, du Conseil Régional et
de la Ville également.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci. On va passer maintenant à l'autre table ronde. Je conclurais
simplement en disant que les mesures de sauvegarde proposées
aujourd'hui, secteurs sauvegardés et ZPPAUP, sont effectivement
de bons outils. Je me rappellerai toujours de ce que m'avait dit le
Maire de Quintin, en 1983-1984, quand la loi est sortie : "voilà au
moins un mode de protection bien adapté à nos villes". C'est pour
cela aussi que beaucoup de Petites Cités de Caractère ont adopté ce
principe de protection. Aujourd'hui, dans la charte qui les lie à
l'Association, il y a l'obligation d'avoir une Zone de Protection du
Patrimoine Architectural Urbain et Paysager. Du moins pour les
communes qui ne bénéficient pas d'un secteur sauvegardé. Mais, on
a vu que cette procédure était encore plus longue que pour la
ZPPAUP.
Nous allons passer maintenant à l'autre point à l'ordre du jour, qui
est la restauration de l'architecture en pans de bois. Je demanderai
aussi à Mme DANTEC de venir, puisqu'il y a un autre thème
prévu, concernant la valorisation de l'architecture en pans de bois,
notamment pas le biais des visites guidées. Nous allons regrouper
tout cela, d'abord la restauration et puis son exploitation, une forme
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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d'exploitation possible parmi d'autres.
Je vais laisser le soin à M. LELOUP de nous parler de la
restauration de l'architecture en pans de bois, des problématiques
liées à la spécificité de ce patrimoine, à son utilisation, etc.… Nous
allons appeler Mme BRACQ, propriétaire de la maison de l'Isle à
Vitré, pour un premier témoignage qu'elle fera en tandem avec
M. LELOUP. Puis, nous aurons un deuxième témoignage sur
l'OPAH à thématique patrimoine des Petites Cités de Caractère des
Côtes d'Armor, à travers le regard de Mme QUERO, Ingénieur des
Services Culturels et du Patrimoine en Côtes d'Armor.
La Ville de Rennes, ou le PACT ARIM d'Ille-et-Vilaine, devait
intervenir sur la politique de restauration des immeubles en pans de
bois du centre historique de Rennes. Finalement, les personnes qui
devaient venir, nous prient de les excuser. Résultat des courses,
nous n'avons personne pour témoigner de cette politique, et c'est
bien dommage, puisque effectivement, à Rennes est menée depuis
une trentaine d'années une politique volontariste de réhabilitation et
de valorisation du patrimoine avec obligation pour les propriétaires
de restaurer ce patrimoine. Certains résultats, intéressants, auraient
peut-être été un début de réponse aux questions que posait
l'Association Nantes Renaissance tout à l'heure.
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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III – RESTAURER L'ARCHITECTURE EN PANS DE BOIS
Restaurer l'Architecture en pans de bois ; problématiques liées à la spécificité de
ce patrimoine, à son utilisation et partis de restauration
Daniel LELOUP
“Pour bien restaurer un
patrimoine, ce qui est
important avant toutes
choses, c'est de le
comprendre.”
“La question est de savoir s'il
faut garder les
transformations ultérieures au
monument, ou les supprimer.
[…] il faut travailler au coup
par coup, il n'y a pas de
réponses toutes faites à ces
problèmes.”
Nous avons déjà un peu commencé à aborder la question de la
restauration du patrimoine en pans de bois. Je voudrais aborder
cette deuxième partie en vous montrant deux ou trois diapositives
qui vont poser le problème, en commençant par un mauvais
exemple. Pour bien restaurer un patrimoine, ce qui est important
avant toutes choses, c'est de le comprendre. Comme je l'ai rappelé
tout à l'heure, et comme l'a dit également M. GARRETA, il existe
une multitude de patrimoines en pans de bois et, évidemment, il ne
faut pas avoir d'idées toutes faites sur la façon dont on va restaurer
le monument. Or, au point de départ, quand on approche une
maison en pans de bois, qu'elle soit enduite ou non, la façon dont
on va la restaurer n'est pas toujours évidente. Car la problématique
posée par le monument n'est pas évidente. Il faut observer toutes
sortes d'éléments et, en particulier, l'élément historique. Comme
nous avons pu le voir au cours de la première partie, au fil des
siècles, si la technique en pans de bois est restée la même, les
bâtiments ont évolué. Il ne faut pas oublier que depuis quatre ou
cinq siècles que ces bâtiments ont été construits, il y a eu un certain
nombre de transformations qui ont été faites, des "modernisations"
liées aux époques. La question est de savoir, comme on l'a dit, s'il
faut garder les transformations ultérieures au monument, ou les
supprimer. Autant de questions auxquelles il n'est pas facile
d'apporter des réponses. Je suis tout à fait d'accord avec ce qu'a dit
M. GARRETA, en disant qu'il faut travailler au coup par coup, et
qu'il n'y a pas de réponses toutes faites à ces problèmes. Je voulais
vous montrer une maison qui a été restaurée il y a environ une
vingtaine d'années à Morlaix, où visiblement l'architecte
responsable de cette restauration n'a rien compris au monument, et
a réalisé une restauration totalement absurde. Mais je crois que
nous avons quelques problèmes pour illustrer ce propos…
Jean-Bernard VIGHETTI
Ce que je propose, si cela ne vous ennuie pas, c'est que l'on
demande à Mme DANTEC d'intervenir sur la pédagogie du
patrimoine. Nous pourrions peut-être passer à l'exploitation du
patrimoine et à sa mise en valeur à des fins pédagogiques ou
touristiques. Nous reviendrons ensuite sur l'aspect restauration.
Valoriser l'Architecture en pans de bois
Dominique IRVOAS-DANTEC, Animatrice du Patrimoine à l'Office de Tourisme
de Rennes Métropole
Il est vrai que nous ne sommes pas la seule ville à travailler en
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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matière de pédagogie du patrimoine sur le thème du pan de bois :
Vitré, Quimper, Dinan et Vannes, d'autres, ailleurs, le font. Peutêtre peut-on lister ou énumérer la diversité des outils dont on peut
se servir pour essayer de sensibiliser à la fois les adultes, mais aussi
les enfants, à la qualité patrimoniale.
La diversité des outils pour
essayer de sensibiliser à la fois
les adultes, mais aussi les
enfants, à la qualité
patrimoniale.
Dans un premier temps, les adultes : nous avons proposé, assez
Les adultes :
Thématique développée lors
des Journées du Patrimoine :
"citoyen dans sa ville, qu'estce qu'un secteur sauvegardé."
régulièrement, une thématique que l'on avait développée il y a
quelques années lors des Journées du Patrimoine : "citoyen dans sa
ville, qu'est-ce qu'un secteur sauvegardé". Nous avions alors fait
appel, pour former les guides, à M. SIMONNET, qui avait expliqué
pourquoi on classait tel élément, pourquoi on inscrivait tel autre, et
pourquoi nous devions peut-être nous efforcer de ne pas parler que
de contrainte. Il fallait justement voir les choses de manière plus
positive. Car les gens sont, tout de même, très sensibles à la qualité
des lieux, des rues dans la ville, des enseignes, qui vont s'afficher
sur ces maisons à pans de bois. Cette formation a été bénéfique
dans la mesure où, par rapport à d'autres thématiques de Journées
du Patrimoine, les gens étaient particulièrement intéressés, et se
sentaient interpellés par des questions telles que : quel est le coût
d'une restauration, quelle est la subvention possible, qui fait quoi,
comment fait-on pour atteindre une harmonie colorée de cette
qualité ?... Et d'autres problématiques, comme celle évoquée tout à
l'heure, sur la place des Lices, à Rennes. M. LELOUP nous a
montré deux hôtels particuliers de parlementaires en pans de bois
qui se jouxtent. L'un était fait pour être crépi, alors que l'autre
constituait le chant du cygne de l'architecture en pans de bois ;
mais, aujourd'hui, aucun des deux n'est crépi, et cela ne choque
personne.
Publications légères
Guides promenades
Toute cette approche a été également expliquée et prise en compte
au travers de publications légères, à savoir des petits fascicules que
l'on offre aux gens à l'Office de Tourisme ou lors de journées
comme celle d'hier sur le Parlement. Nous avons également des
guides promenades sur cette thématique, "à travers le Rennes
médiéval", réalisé avec Jean-Jacques RIOULT, Conservateur à
l'Inventaire. Un autre guide promenade, intitulé "façades et
couleurs", et édité en partenariat avec Ouest-France, a été fait par
celui qui devait, ce matin, intervenir sur la politique de ravalements
des façades de la ville de Rennes, à savoir M. BOSSARD, pour le
PACT ARIM. Il explique comment a été mise sur pied cette
politique de ravalements obligatoires, en tenant compte du fait que
dans le secteur sauvegardé de Rennes -soit 35 hectares- 65 des
propriétaires ne sont pas occupants. Ils sont donc peu soucieux du
fait d'avoir une qualité des lieux exemplaire, puisqu'ils n'y vivent
pas.
Télévision locale
La télévision locale, TV Rennes, nous aide dans cette démarche de
sensibilisation des publics au travers d’émissions très régulières.
L'une d'entre elles porte justement sur la diversité du pan de bois, à
savoir la tradition gothique, la première Renaissance, la deuxième
Renaissance, les différentes époques du pan de bois jusqu'à l'édit
royal qui demande de crépir.
Les enfants, une palette plus
large :
Pour les enfants, il est vrai que la palette est plus large. Avec les
maternelles, nous nous servons d'outils "pédagogiques", tels que la
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« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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Outils pédagogique, tels que
la pâte à modeler
pâte à modeler. Chaque fois, dans un premier temps, nous les
mettons en immersion dans le patrimoine de la ville, c'est-à-dire en
contact avec ce qu'ils ont véritablement sous les yeux et dont ils
n'ont pas souvent conscience. Dans un second temps, nous leur
donnons à faire une réalisation. Elle peut être plastique -nous avons
un plasticien dans le service- et passer de la pâte à modeler aux
modèles de maisons à pans de bois -nous avons, pour ce faire, des
modèles de maisons à pans de bois-. Cela permet, avec le travail en
atelier de pratique artistique ou en atelier de classe de patrimoine,
de vérifier, après avoir été sur le terrain, les acquis de l'enfant.
Travail fait avec la CAPEB et
les Compagnons du Devoir
Mais, l'approche la plus intéressante et la plus rigoureuse est le
travail fait avec la CAPEB et les Compagnons du Devoir ; je pense
à l'entreprise PELLOIS par exemple, pour ne pas la citer. Nous
disposons dans ce cas de vrais matériaux, sous la main, sous les
yeux, qui permettent aux enfants de toucher, de voir les éléments
d'une façade. Ils peuvent même essayer de les assembler et de les
monter avec les artisans. Nous diversifions cette approche avec les
Compagnons du Devoir, en allant jusqu'à un travail sur les décors
et les enseignes, qui sont aussi un moyen de revenir sur la maison à
pans de bois. Les enfants peuvent choisir de réaliser une enseigne,
si, dans la rue qu’ils étudient, l’une d’entre elles leur paraît inadaptée
ou, du moins, peu harmonieuse. Pour ce faire, ils utilisent, entre
autres, des matériaux comme le chocolat ; cette sensibilisation est la
plus efficace que nous ayons pu trouver jusqu'à présent !
Thématique "habiter
autrement"
En dehors de cette approche, il y a aussi le fait d'aborder la
tradition du pan de bois par une thématique complètement
différente, que l'on intitule "habiter autrement". Prenons par
exemple l'auberge Saint-Sauveur que vous nous avez montrée tout
à l'heure. Les personnes qui travaillent dans cette maison à pans de
bois sont tout à fait enclines à ouvrir leur porte et à répondre aux
enfants, en leur montrant comment est distribuée une maison
ancienne, comment on y habite,… ce qui les surprend toujours (les
primaires vont jusqu'à demander s'il y a des souris dans la maison !).
Parallèlement, les enfants visitent un immeuble ou une maison
contemporaine : l'objectif est de leur montrer deux manières
d'habiter.
Les sondages
Les sondages constituent une autre approche : nous leur montrons
un habitat qui peut poser problème ou dont la restauration est en
cours. A partir de là, ils doivent faire des sondages autour d'eux :
auprès des gens qui passent dans la rue, auprès des propriétaires et
auprès des Rennais ou des touristes. Les réponses sont en général
très diverses sur le résultat à obtenir. Cette expérience sur le pan de
bois est pratiquée sur la place royale du palais du Parlement de
Bretagne. Face à la multiplicité des réponses, les enfants se
demandent comment on peut trouver une solution, puisque
personne ne veut la même chose.
Exercer un métier à travers
des jeux de rôle
Autre entrée possible : les métiers d'hier et d'aujourd'hui. Parce que
ces enfants vont un jour envisager d’exercer un métier, nous leur en
faisons découvrir la diversité à travers des jeux de rôle où ils ont à
construire la ville de demain, dans laquelle ils devront vivre
ensemble. C'est une thématique qui peut être intéressante, mais à
pratiquer lors des classes européennes ou internationales au niveau
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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du collège et du lycée.
Jean-Bernard VIGHETTI
Avez-vous des questions sur ce sujet, ou fait-on plutôt un paquet
cadeau en fin de table ronde ? Pas de questions ? M. LELOUP,
vous allez démarrer maintenant avec les images.
Restaurer l'Architecture en pans de bois ; problématiques liées à la spécificité de
ce patrimoine, à son utilisation et partis de restauration (reprise)
Daniel LELOUP
Je vous ai apporté deux ou trois exemples, pour essayer de poser ce
problème de restauration.
 Il s'agit d'une diapositive vous montrant une façade de maison qui
se trouve rue Longue de Bourret, à Morlaix, et qui a été restaurée
dans les années 80. C'est l'exemple type de l'incompréhension
devant un patrimoine en pans de bois et une restauration qui à mon
avis est totalement ratée. L'architecte a cru que cette colonne à
chapiteau corinthien était un décor de façade, alors qu'en réalité il
s'agissait d'un poteau de soutènement à l'intérieur d'une maison à
vitrines.
 Diapositive suivante : on est à Morlaix, avec une gravure ancienne
qui vous montre des maisons à vitrines comme je vous en ai
montré quelques-unes à Dinan et à Saint-Malo tout à l'heure. Et le
poteau que l'on a vu précédemment se trouvait évidemment
derrière cette vitrine.
“Il s'agit d'une diapositive
montrant une façade de
maison qui se trouve rue
Longue de Bourret, à Morlaix,
et qui a été restaurée dans les
années 80. C'est l'exemple
type de l'incompréhension
devant un patrimoine en pans
de bois et une restauration
totalement ratée. L'architecte
a cru que cette colonne à
chapiteau corinthien était un
décor de façade, alors qu'en
réalité il s'agissait d'un
poteau de soutènement à
l'intérieur d'une maison à
vitrines.”
 Je vous ai mis comme exemple la maison du 5 rue Pélicot, à
Saint-Malo, sur laquelle on voit effectivement la fonction de cette
colonne portant la maîtresse poutre qui est au-dessus.
 Cet exemple est tout à fait édifiant. Il est sans doute excessif car,
heureusement, cela n'arrive pas souvent, mais montre une
restauration ratée, dans la mesure où la personne qui a eu en charge
la restauration de l'édifice n'a pas compris comment était faite la
maison.
Donc, je l'ai dit et je le répète, il existe de multiples architectures en
pans de bois et, évidemment, la première chose à faire, c'est
d'essayer de comprendre l'édifice : comment il était à l'origine,
même si on ne peut pas toujours le restaurer dans son état
d'origine. Si, au point de départ, on ne comprend pas les raisons qui
ont amené un certain nombre de dispositions, on peut être sûr qu'à
l'arrivée, le résultat sera catastrophique.
 Cette maison de Quimper, on l'a déjà aperçue tout à l'heure, je
voudrais en dire deux mots. C'est une maison qui est tout à fait
intéressante par rapport à l'idée qu'on doit en avoir pour sa
restauration. Il s'agit d'une maison construite sur un tout petit
parcellaire, comme celui que je vous ai montré, certainement créé
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« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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dès l'origine de la ville, et sur lequel on a construit une maison au
16ème siècle : la partie supérieure de la maison porte un décor du
début de la Renaissance. Dans les niveaux bas, le rez-de-chaussée et
le premier étage, on voit qu'il s'agit de façades en pierre. Ce ne sont
évidemment pas les façades d'origine, ce sont des façades qui ont
été vraisemblablement transformées au 18ème siècle, peut-être au
début du 19ème siècle. La question que pose cette diapositive, c'est
comment doit-on restaurer une telle maison ? Je crois que la
réponse s'impose d'elle-même, dans un cas comme ça : dans la
mesure où on ignore tout à fait comment était le pan de bois à
l'origine au-dessous, je vois mal comment on pourrait ne pas
conserver l'état existant de cette maison, qui fait partie intégrante
du patrimoine quimpérois. C'est une réponse simple à une question
qui nous paraît simple, mais, au travers de ces exemples, j'essaie de
vous montrer la difficulté qu'on peut avoir, vu la multitude de
réponses que l'on peut apporter à un problème donné.
 Voici un autre exemple à Dinan qui, à mon avis, est également un
mauvais exemple. Nous avons un manque de cohérence entre les
différentes parties de ce bâtiment et la cohésion de la façade est
tout à fait inexistante dans cette restauration. C'est une ancienne
restauration rue du Jerzual, je crois, ou rue du Petit Fort, je ne sais
plus. Elle montre, là aussi, une mauvaise interprétation du bâti, avec
une succession de formes qui, à mon sens, ne correspondent pas à
grand chose.
 Voici quelques maisons en pans de bois, rue Vasselot à Rennes,
dont les façades ont été ré-enduites. Ce sont des maisons de la fin
du 17ème ou du début du 18ème siècles et on a eu parfaitement raison
de ré-enduire ces façades. L'une d'entre elles a été découverte, sur la
partie gauche de la diapositive, et vous voyez que le pan de bois qui
est derrière est constitué de pièces de bois de mauvaise qualité, mal
équarries, qui, visiblement, n'avaient jamais été destinées à rester
apparentes. Il aurait donc été logique de ré-enduire ce pan de bois
aux qualités extrêmement faibles.
 Une autre maison de Rennes, en pans de bois, du 18ème siècle et
que l'on a ré-enduite, ce qui me semble tout à fait logique.
 Une autre maison encore, où on a essayé de "faire ancien". Elle
est rue de Saint-Malo à Rennes, pour ceux qui ne la connaissent
pas. A mon avis, on a pêché par excès, car on a rajouté des fenêtres
qui n'existaient certainement pas à l'origine ; on a déplacé la porte
d'entrée de cette maison qui était à droite : l'allée se trouvait là, on
peut le voir encore aujourd'hui, il y a un écu qui se trouve au-dessus
de la porte, correspondant à l'allée, comme dans la plupart des
maisons.
“La façon dont on considère
certains éléments
patrimoniaux doit toujours
rester modeste.”
Deux exemples pour terminer rapidement cette présentation, pour
vous montrer que la façon dont on considère certains éléments
patrimoniaux doit toujours rester modeste. Souvent, lorsque l'on
aborde la question de la réhabilitation de ces bâtiments, cela ne
s'avère absolument pas évident.
 Cette photographie a été prise vers 1900 à Tréguier, et montre
une maison qui a été restaurée depuis. Il est vrai que cette
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« L’architecture en pans de bois »
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construction n'a pas fière allure. La voilà après restauration, ce qui
montre bien qu'il faut approcher avec modestie ces bâtiments, car
le résultat d'une restauration n'est jamais évident au point de départ.
Ce ne peut être que l'aboutissement d'une réflexion historique,
archéologique, technique,…
 Deuxième bon exemple de restauration, à Quintin, dans la rue au
Lait. La diapo n'est pas de bonne qualité, mais je peux vous dire
que le pan de bois est très bien restauré. Voici l'état ancien de la
maison vers 1900. On comprend bien l'impression qu'avaient les
gens à cette époque-là : il est vrai que quand on voit ça, on n'est pas
tenté par la restauration.
“Le problème de la
restauration est un problème
difficile, auquel il n'y a pas de
réponse toute faite. Ce ne
peut être qu'une réponse au
cas par cas, qui doit faire
intervenir un certain nombre
de critères historiques, mais
surtout, il faut essayer de
comprendre la logique de la
maison. Car souvent, on est
face à des constructions qui
ont subi de multiples
modifications.”
Voilà ce que je voulais vous montrer en ce qui concerne le
problème de la restauration. C'est un problème difficile, auquel il
n'y a pas de réponse toute faite. Ce ne peut être qu'une réponse au
cas par cas, qui doit faire intervenir un certain nombre de critères,
historiques je l'ai dit, mais, surtout, il faut essayer de comprendre la
logique de la maison. Car souvent, on est face à des constructions
qui ont subi de multiples modifications. Nous n'avons parlé là que
des façades, mais à l'intérieur également, les éléments qui auraient
pu nous permettre de dater la maison -pour savoir à quelle logique
elle répondait- ont disparu. Plus particulièrement, un élément qui
est très important pour les historiens de l'architecture, ce sont les
charpentes qui, pour des raisons évidentes, ont malheureusement
souvent disparu à cause des infiltrations d'eau, etc. Elles nous
privent aujourd'hui d'un élément de datation extrêmement
important, et qui aurait pu être utile pour l'orientation des
recherches en vue d'une réhabilitation du monument.
Jean-Bernard VIGHETTI
Nous allons enchaîner avec la présentation de la restauration de la
Maison de l'Isle à Vitré.
La restauration de la Maison de l'Isle à Vitré
Madame BRACQ, Propriétaire
L'histoire du monument ? Comment nous sommes devenus
propriétaires ? C'est assez amusant, et ce fut très rapide. La maison
était en vente, paraît-il, mais nous n'étions pas au courant. Nous
avions eu l'électrochoc avant, en achetant une maison rue
Baudrairie que nous avions fait restaurer, mais de façon beaucoup
moins exemplaire que la deuxième. Peut-être qu'on apprend, et
surtout, nous avons eu des ouvriers absolument extraordinaires
pour la restauration de la Maison de l'Isle. En fait, nous étions
partis tranquillement en vacances, lorsque nous avons reçu un coup
de téléphone de M. FORGET qui nous dit "voulez-vous acheter la
Maison de l'Isle ?". Nous sommes tombés de notre hauteur, en
disant "mais quoi, qu'est ce qui se passe ?". Cette maison était
effectivement à vendre et il y avait une jeune femme qui avait déjà
signé une promesse d'achat. Apprenant qu'il y avait à l'intérieur de
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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cette maison un panoramique peint -de moins grande valeur qu'un
panoramique imprimé et qui avait surtout subi de tristes repeintsqu'on lui demandait de conserver, la personne qui voulait acheter
dit : "je ne peux pas conserver ce panoramique, il faut que je répare
les murs, il y a des trous qui donnent sur l'extérieur, ça fait quelques
courants d'air, l'été ça peut être agréable, mais pas l'hiver".
[…]
Devant ces contraintes, l'acheteuse prit la poudre d'escampette.
Voyant cela, nous avons demandé conseil à un ami antiquaire qui
nous dit "écoutez, ce panoramique est intéressant, mais il n'a pas
une très grande valeur, parce qu'il a eu des repeints et qu'il a besoin
d'une restauration". Puis, nous avons reçu un nouveau coup de
téléphone nous disant "l'acheteuse n'en veut plus, on vous
demandera un petit peu plus cher à cause du panoramique, mais
enfin, pas beaucoup plus cher au total". Alors, nous l'avons achetée.
Cela ne nous a pas coûté très cher à l'achat, mais nous a coûté
beaucoup plus cher au total. Cette restauration a été fructueuse en
découvertes et s'est révélée passionnante pour mon mari qui a passé
des heures sur le chantier. J'aurais voulu que ce soit lui évidemment
qui puisse répondre à vos questions, mais il n'est plus là, et j'ai été
l'oreille attentive à tout ce qu'il me racontait avec un enthousiasme
débordant. Voilà l'historique. Quant au panoramique, il a été
déposé, restauré, mais n'a pas été replacé dans la maison, faute de
place après la restauration intérieure.
Daniel LELOUP
Bien. Je pense que tout le monde connaît cette maison qui forme
une tête d'îlot entre deux rues, dans le quartier historique de Vitré.
Il s'agit vraisemblablement d'une maison de la fin du 15ème siècle, et
nous apercevons à droite l'escalier en vis du même type que ceux
que j'ai évoqués tout à l'heure.
Les difficultés techniques liées à cette maison étaient grandes, car il
y avait tout un côté du premier étage du pan de bois qui était en
très mauvais état et qui penchait dangereusement sur la rue. Il a été,
je crois, déposé entièrement et remonté.
“Lorsque l'on voit les photos
qui ont été prises de la
maison, une fois désossée,
c'est vraiment effrayant. On
se demande comment elle
tenait encore debout, étant
donné qu'il y avait des
poutres maîtresses
complètement rongées […]
Mais nous avons alors eu à
faire avec des ouvriers
absolument remarquables.
Madame BRACQ
Non, pas tout à fait. Nous avons tiré dessus avec un "tire fort".
Cela a été possible parce que la plupart des poutres qui soutenaient
la toiture étaient pourries et tout était étayé. Nous avons tiré dessus,
ça s'est remis droit, ce qui a permis de tout consolider ; il y en avait
grand besoin.
Daniel LELOUP
Il faut toujours improviser sur ces chantiers, tout n'est pas écrit.
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C'est un charpentier de très
grande qualité qui a trouvé la
solution de tous les
problèmes.”
Madame BRACQ
Lorsque l'on voit les photos qui ont été prises de la maison, une
fois désossée, c'est vraiment effrayant. On se demande comment
elle tenait encore debout, étant donné qu'il y avait des poutres
maîtresses complètement rongées, et qui avaient peut-être
l'épaisseur de deux ou trois doigts pour soutenir la totalité de la
charpente. C'était impressionnant. Mais nous avons alors eu à faire
avec des ouvriers absolument remarquables. C'est un charpentier de
très grande qualité qui a trouvé la solution de tous les problèmes ;
et ce ne sont pas les problèmes qui ont manqué : forcément, étant
donné l'état des bois et l'état de la maison dans son ensemble.
Daniel LELOUP
“Cette diapositive montre
quelque chose de tout à fait
intéressant, qu'on ne refait
malheureusement que très
rarement : c'est un ouvrier qui
est en train de porter une
quenouille. C'est une espèce
de petite tige de bois entourée
de torchis et de terre, qu'on
met entre les pans de bois
avant de les enduire pour faire
le hourdis du pan de bois.”
Cette diapositive nous montre quelque chose de tout à fait
intéressant, qu'on ne refait malheureusement que très rarement :
c'est un ouvrier qui est en train de porter une quenouille. C'est une
espèce de petite tige de bois entourée de torchis et de terre, qu'on
met entre les pans de bois avant de les enduire pour faire le hourdis
du pan de bois. Le voilà qui est en train de le mettre en place. C'est
la technique ancestrale qui a été réutilisée pour les hourdis des pans
de bois de cette construction. C'est une chose qui ne se fait que
rarement et je ne sais pas où vous avez trouvé des ouvriers pour
faire ça.
Madame BRACQ
Ce travail a été fait par des ouvriers de Vitré, par un entrepreneur
de Vitré à qui nous avons montré comment faire, qui s'est très bien
débrouillé et qui s'est passionné pour cette histoire. De nombreuses
photos ont été prises montrant la fabrication et la pose des
quenouilles.
“Ce travail a été fait par un
entrepreneur de Vitré à qui
nous avons montré comment
faire, qui s'est très bien
débrouillé et qui s'est
passionné pour cette
histoire.”
Daniel LELOUP
Voilà, nous sommes à l'extérieur : on est en train de reposer des
coyaux, comme ils étaient, je suppose, à l'origine, pour la
couverture.
Madame BRACQ
Il y a eu beaucoup de bois neuf qui a été mis.
Daniel LELOUP
Et voilà donc le résultat final, après la fin des travaux.
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« L’architecture en pans de bois »
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Madame BRACQ
“Et voilà donc le résultat
final, après la fin des
travaux.”.
On a retrouvé à l'intérieur les coulisses des volets, qui devaient
fermer les fenêtres, parce qu'à l'époque de la construction il n'y
avait pas de vitres, comme vous l'avez dit tout à l'heure. Et on a
retrouvé les glissières, si bien que tout a été refait avec des volets
coulissants "in situ".
Daniel LELOUP
Oui. C'était quelque chose de tout à fait courant. J'en connais à
Vannes, à Quimper, à Morlaix, à Quintin, à Vitré, il y en avait
absolument partout. Le seul problème souvent, c'est qu'on a parfois
retaillé les pans de bois de sorte qu'on ne retrouve plus les glissières
et donc on ne peut pas avoir de certitudes.
Madame BRACQ
Il y avait aussi au premier étage une porte qui donnait directement
sur le vide, et qui était la porte par laquelle on entrait les meubles.
Evidemment, nous l'avons bien verrouillée pour les locataires. Mais
on l'a gardée.
“Cela a duré assez longtemps
et l'intérieur est vraiment très
joli. Du premier étage, en
regardant par la fenêtre côté
Est, au-dessus de la porte du
magasin, on a bien
l'impression d'être sur une
île…”
Daniel LELOUP
Voilà. Je ne sais pas si vous voulez dire quelque chose de plus sur
cette maison. Les problèmes techniques ont finalement tous été
résolus.
Madame BRACQ
Cela a duré assez longtemps et l'intérieur est vraiment très joli. Du
premier étage, en regardant par la fenêtre côté Est, au-dessus de la
porte du magasin, on a bien l'impression d'être sur une île…
Daniel LELOUP
Vous évoquiez les problèmes financiers pour faire ces travaux…
Madame BRACQ
Les problèmes financiers. Nous avons quand même eu beaucoup
d'aides. Je rends hommage à la Ville de Vitré ; le fait que ce soit la
Maison de l'Isle et qu'elle ait quatre façades visibles, nous a permis
de bénéficier de plus de subventions que s'il n'y avait eu qu'une
façade sur la rue. Je ne sais pas si nous avons été payés pour quatre
façades, mais, tout de même, nous avons eu des subventions,
beaucoup de subventions. Pour le reste, nous avons eu quelques
capitaux qui y sont passés. Je dois dire que je ne les regrette pas : ce
n'était pas cher de l'heure pour le plaisir que cela a donné à mon
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
59
mari !
Jean-Bernard VIGHETTI
Voilà un exemple de restauration individuelle. Maintenant, vous
voulez peut-être enchaîner, M. LELOUP, sur la nécessité de
considérer la maison dans son ensemble -vous l'avez montré
magistralement si je puis dire à travers cet exemple-là- et, quand il y
a des ensembles architecturaux, sur celle d'envisager des procédures
globales. En ce qui concerne la restauration, peut-être avez-vous
aussi des prescriptions, des recommandations etc.…
Daniel LELOUP
Oui, je voudrais dire un mot à propos de ces rénovations. Il est vrai
qu'on a beaucoup parlé, depuis ce matin, des façades, mais il ne faut
pas oublier qu'une maison en pans de bois, ce n'est pas seulement
une façade, qui n'est qu'un aspect de la maison, et qu'il existe
évidemment tout ce qu'il y a derrière, le plan, les étages…
Beaucoup de restaurations, et en ce sens-là la restauration de la
Maison de l'Isle est exemplaire, ont pris en compte la maison dans
sa globalité et pas seulement la façade.
“Les campagnes de
restauration de façades ne
sont pas suffisantes. D'autant
plus que dans un certain
nombre de villes […] il se
pose un problème de fond
pour la pérennité de cet
habitat. Dans la plupart de
ces maisons, […] seul le rezde-chaussée est occupé par
des commerces et les étages
sont vides. Or, on sait qu'un
habitat, quel qu'il soit, […]
s'il n'est pas occupé, il se
dégrade.”
Tout à l'heure, on l'a vu avec Quimper, nous avons parlé des
campagnes de restauration de façades. Mais, à mon avis, les
campagnes de restauration de façades ne sont pas suffisantes, ce
n'est qu'un élément. D'autant plus que dans un certain nombre de
villes -à Quimper en particulier, je parle de cette ville parce que je la
connais bien- il se pose un problème de fond pour la pérennité de
cet habitat. Dans la plupart de ces maisons, rue Kéréon
notamment, seul le rez-de-chaussée est occupé par des commerces
et les étages sont vides. Or, on sait qu'un habitat, quel qu'il soit,
qu'il soit en pans de bois, qu'il soit en pierre ou en métal, s'il n'est
pas occupé, il se dégrade. Les propriétaires ne font pas de travaux
et, souvent, on arrive à la catastrophe. C'est un problème général
qu'on rencontre dans toutes les villes de Bretagne. Petit à petit, les
locataires sont partis des étages, et souvent, le commerçant a
occupé tout le rez-de-chaussée, n'occupant les étages que pour faire
ses réserves.
“Il faudra, dans les années à
venir, qu'on réfléchisse à cette
question de réouvrir les
couloirs qui se trouvent au
rez-de-chaussée, de les
restituer, pour pouvoir
réhabiliter les étages et en
faire des logements tout à fait
normaux. Car, si les
politiques qu'on mène dans
un certain nombre de villes ne
concernent que les façades, à
terme, c'est une menace pour
Je pense qu'il faudra, dans les années à venir, qu'on réfléchisse à
cette question de réouvrir les couloirs qui se trouvent au rez-dechaussée, de les restituer, pour pouvoir réhabiliter les étages et en
faire des logements tout à fait normaux. Car, si les politiques qu'on
mène dans un certain nombre de villes ne concernent que les
façades, à terme, c'est une menace pour le patrimoine en pans de
bois. Que ce soit dans les Petites Cités de Caractère, mais
également dans les grandes villes. Et je vous donnerai un exemple
que je connais bien, celui de la rue Saint-Michel à Rennes, que sans
doute la plupart d'entre vous connaissent. Cette rue Saint-Michel a
connu plusieurs campagnes de rénovation de façades, mais la
plupart des appartements sont dans un état absolument
catastrophique et, à mon sens, plusieurs immeubles sont mêmes sur
le point de s'effondrer sur l'arrière. Il est vrai que, comme on l'a
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
60
le patrimoine en pans de
bois.”
évoqué avec Mme BRACQ, les restaurations coûtent cher. Mais je
pense que si on veut conserver ce patrimoine pour les générations
futures, et je le souhaite, compte tenu du peu de maisons qu'il reste
aujourd'hui, il faut que l'on envisage des campagnes de restauration
différentes. Je crois, comme l'a dit Monsieur le Maire de Dinan tout
à l'heure, à l'exemplarité des restaurations. Je pense qu'il faut
réaliser des restaurations complètes de monuments et ces
restaurations complètes commencent par l'accès aux étages. Les
deux politiques doivent être menées de front, car si l'on ne règle
pas la première, on ne pourra pas régler la seconde.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci. Pour illustrer le propos, nous allons évoquer avec
Mme QUERO la politique qui est engagée actuellement dans les
Côtes d'Armor, à l'initiative des Petites Cités de Caractère de
Bretagne. Leurs élus ne souhaitent pas que leurs villes deviennent
des villes musées. Ils veulent que dans leur ville, les jeunes puissent
s'installer, que des résidents permanents puissent aussi y vivre,
etc.… L'association a donc engagé une négociation pied à pied avec
l'Agence Nationale pour l'Amélioration de l'Habitat, pour essayer
d'obtenir le déplafonnement du montant des travaux habituels des
opérations de rénovation de l'habitat à des fins locatives : l'objectif
était que ce plafond du montant des dépenses soit levé quand le
bâtiment présentait un intérêt patrimonial.
Dans les Côtes d'Armor, il y a eu un travail de fond extrêmement
intéressant qui a été mené, pas exclusivement sur des maisons en
pans de bois, mais je pense qu'il y a eu quelques exemples dans ce
domaine. Je vais laisser le soin à Mme QUERO de les présenter.
L'Opération Programmée d'Amélioration de l'Habitat à Thématique Patrimoniale
des Petites Cités de Caractère de Bretagne
Marie-Line QUERO, Ingénieur des Services Culturels et du Patrimoine au Service
Départemental de l'Architecture et du Patrimoine des Côtes d'Armor
“Dans certaines communes,
on retrouvait des édifices,
dont certains sont à pans de
bois et d'autres non, qui
restaient de côté, faute de
moyens ou faute d'une
restauration jugée trop
complexe et trop coûteuse.
Cette [OPAH] avait donc
comme objectif initial de
sauvegarder des immeubles
d'intérêt patrimonial par la
création de logements
Je vais donc vous parler de cette OPAH Patrimoine, puisqu'elle
s'est appelée comme ça. Il est vrai que l'on peut remercier
l'Association des Petites Cités de Caractère du travail qui a été
mené avant 2002, puisque c'est en juin 2002 qu'une convention a
été signée entre l'ANAH, représentant l'Etat, et l'Association des
Petites Cités de Caractère, ainsi que les Communes du Patrimoine
Rural. Nous avons là deux entités qui sont parties prenantes et
volontaires. Elles sont parties d'un constat : dans les OPAH qui
existaient déjà, qui se faisaient déjà, certains bâtiments restaient de
côté parce qu'ils se trouvaient un peu complexes -si je puis dire- par
rapport à une restauration patrimoniale. Ainsi, dans certaines
communes, on retrouvait des édifices, dont certains sont à pans de
bois et d'autres non, qui restaient de côté, faute de moyens ou faute
d'une restauration jugée trop complexe et trop coûteuse. Cette
volonté affichée avait donc comme objectif initial de sauvegarder
des immeubles d'intérêt patrimonial par la création de logements
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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locatifs.”
locatifs. J'y reviendrai au moment de faire un peu le bilan de cette
opération.
Depuis juin 2002, grâce à une volonté forte en Côtes d'Armor,
l'OPAH marche très bien, contrairement à d'autres départements,
puisque je crois que cette opération était initiée sur les quatre
départements bretons. Ici, nous avons une entité composée de
plusieurs Petites Cités de Caractère qui sont vraiment menées avec
une volonté de travailler ensemble, tout comme les Communes du
Patrimoine Rural. A l'intérieur de ces deux entités, nous avons la
Ville de Pontrieux d'une part, et la Commune de Bulat-Pestivien
d'autre part, qui ont accepté d'être les locomotives du projet, de
prendre en charge la convention signée avec l'ANAH, pour la
manager. Elles ont accepté également d'être les interlocuteurs du
PACT ARIM et d'Habitat et Développement, organismes
missionnés pour animer ces conventions. Car, il est vrai que signer
une convention c'est bien, mais après, sur le terrain, il faut qu'il y ait
un relais.
Ce relais a été souhaité et a été mis en place par l'intermédiaire du
PACT ARIM et d'Habitat et Développement. Les deux organismes
ont fait un inventaire du patrimoine, ce qui était déjà très important
parce que, sans inventaire, on avait du mal à avancer, puis ils ont vu
avec les propriétaires ou acheteurs éventuels ce que l'on pouvait
faire avec ces logements, quelles étaient les contraintes aussi. Nous
avons dit tout à l'heure qu'on ne voulait pas parler de contraintes,
mais si on veut parler de patrimoine, on y viendra forcément. Il est
vrai que ce ne sont pas des mots qui plaisent, mais
malheureusement, il y a un moment où on y arrive. Au travers de
ces études, et au travers de ces divers dossiers, on a vu apparaître
une volonté de restauration, à condition qu'elle soit aidée. Les aides
ont alors eu un rôle incitatif.
“Pour ces projets -maisons à
pans de bois et autres- on a
réussi, au travers de la
convention, à mettre en place
un déplafonnement sur
certains travaux, appelés
travaux d'intérêts
architecturaux qui
permettent, au travers de
prescriptions, d'obtenir une
certaine qualité de
restauration. […] C'est la
raison pour laquelle la
mission de l'architecte a été
intégrée de fait dans les
travaux.”
L'ANAH avait accepté de financer cette opération en 2002, 2003 et
2004, soit sur trois années. Se sont ajoutés à ces financements de
l'ANAH, ceux du Conseil Régional, du Conseil Général, des
Communes et même, quelques fois, des Communautés de
Communes. Ainsi, nous arrivons à des opérations, malgré des
plafonnements, qui sont intéressantes pour les propriétaires ou les
sociétés. Il y a donc des immeubles assez conséquents qui étaient
abandonnés et qui, de ce fait, ont retrouvé un certain intérêt pour
des acquéreurs. Depuis l'année dernière, on a un certain nombre de
projets qui ont vu le jour, parce que 2002 a été surtout l'année
d'inventaire et de mise en place. Pour ces projets -maisons à pans
de bois et autres- on a réussi, au travers de la convention, à mettre
en place un déplafonnement sur certains travaux, appelés travaux
d'intérêts architecturaux qui permettent, au travers de prescriptions,
d'obtenir une certaine qualité de restauration.
Et c'est ce que nous, nous essayons de gérer au niveau du Service
Départemental d'Architecture et du Patrimoine. C'est-à-dire que
nous intervenons sur ces projets où le bâti est jugé intéressant d'un
point de vue patrimonial et où justement, par certaines
prescriptions, nous allons demander que certains travaux soient
réalisés de telle ou telle manière, ce qui va générer des aides
supplémentaires. Par cette attractivité financière, nous arrivons à
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
62
obtenir que les travaux soient faits –disons- dans les règles de l'art,
selon des normes qui sont plus intéressantes pour le respect du
bâti. Ainsi, à travers cette convention, nous avons un certain
nombre de bâtiments qui, pour les Communes, au lieu d'être
fermés et laissés à l'abandon, vont être restaurés avec une certaine
qualité de restauration.
Je pense que l'objectif est atteint dans les Côtes d'Armor. Je pense
même, d'après ce qui nous a été dit lors du dernier bilan semestriel
fait par les opérateurs, que nous allons dépasser les espérances. En
effet, sur trois communes, il se trouve qu'il y a trois bâtiments
importants qui font l'objet d'un projet ; et si ces trois bâtiments
étaient retenus, on dépasserait les subventions allouées par
l'ANAH ; il va donc y avoir une discussion en parallèle. Mais pour
revenir à cette OPAH Patrimoine, il est vrai que sur les pans de
bois par exemple, elle nous a permis, lorsque nous étions sollicités
par les opérateurs (lorsque les bâtiments étaient jugés d'intérêt
patrimonial), de demander à ce qu'il y ait un architecte qui s'occupe
de ces travaux, qui suive ces travaux, et pas simplement une
démarche directe avec des entreprises. Parce que justement, comme
le dit M. LELOUP, notamment sur les pans de bois, mais aussi sur
d'autres immeubles, le travail de l'architecte est très important : il
permet cette réflexion avant d'attaquer les travaux. C'est la raison
pour laquelle la mission de l'architecte a été intégrée de fait dans les
travaux.
Une autre démarche intéressante, c'est de pouvoir discuter avec les
propriétaires, c'est-à-dire d'avoir des rencontres, de pouvoir leur
expliquer justement pourquoi on aura telle ou telle contrainte,
pourquoi on souhaite qu'il y ait plutôt tels ou tels matériaux
d'utilisés. En ce qui concerne le patrimoine des maisons à pans de
bois, je peux dire que nous n'avons pas eu vraiment de problèmes,
peut-être parce que justement il y a peu de maisons qui ont été
préservées et que de fait, le caractère singulier de ces maisons fait
qu'on les respecte. Alors, même s'il peut y avoir des erreurs qui sont
faites, on a quand même un certain respect par rapport à ce type de
restaurations. De plus, comme ce sont des maisons à pans de bois,
on utilise quand même peu de ces matériaux nouveaux que l'on voit
malheureusement arriver dans pas mal de villes, sur pas mal de
façades. Car, le problème que nous avons à traiter au travers des
restaurations en général, ce n'est pas du tout de pouvoir avoir des
enduits à la chaux, de pouvoir avoir des joints qui soient bien faits,
de pouvoir conserver des ferronneries, de refaire la toiture
correctement en ardoises, c'est vraiment de pouvoir conserver des
menuiseries. Le problème des occultations se pose rarement pour
les maisons à pans de bois parce que déjà, dans pans de bois, il y a
bois, donc les propriétaires se disent "on va peut-être quand même
laisser du bois" ; alors que sur d'autres projets, dans cette OPAH
Patrimoine, nous avons beaucoup de difficultés à faire respecter
des matériaux, des modénatures, et je pense que les quelques
Maires qui sont dans la salle rencontrent ce problème tous les jours.
C'est là que la notion de contrainte arrive. C'est-à-dire que si nous
voulons conserver ce patrimoine, le préserver, il faut à un moment
que cette notion de contrainte soit intégrée pour les menuiseries.
Parce que nous ne pourrons pas avoir un patrimoine intéressant et
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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“Il faut profiter de cette
opération pour faire des
exemples qui deviennent des
locomotives. […]
L'occasion de faire des
exemples, c'est lorsque l'on a
des aides pouvant aller
jusqu'à 50, 55 ou 60 % du
montant des travaux, et qui en
plus, ne concernent pas que la
façade, mais également les
intérieurs.”
préservé, si nous n'allons pas jusqu'au bout. Il n'y a pas que la
façade, il y a aussi ces fenêtres et ces ouvertures, qui font partie de
l'architecture. Et autant cette OPAH Patrimoine est tout à fait
positive parce qu'elle a permis de préserver du bâti et de faire
renaître des bâtiments qui étaient certainement voués à l'abandon,
autant je crois qu'il faut profiter -et Monsieur le Maire a vraiment
mis l'accent là-dessus- de cette opération pour faire des exemples
qui deviennent des locomotives. Si nous n'en profitons pas, si nous
nous disons "et bien oui, mais on va quand même sauver le
bâtiment, donc on peut peut-être leur laisser mettre des fenêtres
comme ils veulent", ce n'est pas la peine. L'occasion de faire des
exemples, c'est lorsque l'on a des aides pouvant aller jusqu'à 50, 55
ou 60 % du montant des travaux, et qui en plus, ne concernent pas
que la façade, mais également les intérieurs puisque la volonté c'est
de faire du locatif, voire même du locatif conventionné.
Mon bilan là dessus, c'est de dire que cette opération est très
intéressante et qu'elle a vraiment marché dans les Côtes d'Armor,
parce qu'ici, on a une volonté d'y arriver et des communes
motivées. Je crois qu'il faut vraiment tirer l'opération par le haut.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci. Quelques questions peut-être ? M. SIMONNET ?
Nicolas SIMONNET
Merci. Juste pour dire que le problème du rapport entre l'intérieur
et l'extérieur du bâtiment n'est pas qu'un problème d'utilisation et
d'abandon de l'intérieur. Nous avons vécu sur un des immeubles les
plus prestigieux de Rennes une situation qui était catastrophique
puisque sur un des immeubles de la Place des Lices, la cage
d'escalier s'effondrait. On a cherché à comprendre pourquoi. Et
bien si elle s'effondrait, c'est tout simplement qu'un propriétaire,
une dizaine d'années plus tôt, avait coupé une cloison à l'intérieur
d'un appartement d'une façon relativement éloignée de la cage
d'escalier. Il faut se rendre compte que dans ce type de bâtiments,
l'ossature de bois est une et comprend aussi bien les cloisons
intérieures, les planchers, que la façade. De telle sorte que toute
modification apportée à l'intérieur peut se révéler absolument
dramatique. C'est pourquoi, sur un certain nombre d'immeubles
que vous protégez au titre des Monuments Historiques uniquement
pour leurs façades et leurs toitures -Monsieur le Maire de Dinan
parlait tout à l'heure de la maison de la rue de l'Apport, cela en est
un exemple- et bien, nous, Direction Régionale des Affaires
Culturelles, avons subventionné aussi les travaux de reprise de la
structure intérieure ; nous en avons même été les maîtres d'ouvrage.
Parce que restaurer la façade en pans de bois sans la structure
interne, ça n'a aucun sens.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci. Une autre question ou un autre commentaire ?
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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Fabrice VIVIER, Adjoint au Maire de Quimperlé
Bonjour, Fabrice VIVIER, Maire Adjoint à la Ville de Quimperlé.
Nous avons reçu quelques chiffres dans le dossier que l'on a reçu,
et on se rend compte que nous avons 1 554 maisons à pans de bois
en Bretagne. Ce que je voulais savoir c'est sur les 1 554 maisons,
combien appartiennent à des privés ? Combien appartiennent à des
collectivités locales ? Parce que l'on parle beaucoup de fonds
publics, de subventions, mais je voulais connaître ce qu'il en est
dans les autres communes bretonnes quant à l'entretien et à
l'acquisition éventuelle d'un nouveau patrimoine de ce type.
Daniel LELOUP
Je peux vous répondre brièvement. Je n'ai pas le chiffre précis làdessus, mais pour l'essentiel, ce sont des propriétés privées à plus
de 90 %, sans doute 95 %. Il y a très peu de collectivités qui sont
propriétaires de maisons ; il y a Dinan, évidemment, qui est
exemplaire, ou Pontrieux, qui est propriétaire d'une. Mais, c'est très
peu de chose finalement, la plupart des maisons sont des propriétés
privées.
Fabrice VIVIER
A Quimperlé, par exemple, nous avons récupéré dans notre
patrimoine des maisons en pans de bois, parce que les propriétaires
ne pouvaient plus en assumer justement l'entretien. Cela nous pose
un problème, puisqu'il faut ensuite les entretenir, et nous tombons
dans la même logique, c'est-à-dire la course aux subventions.
J'aurais aimé savoir Madame, s'il était possible de faire une
comparaison entre une collectivité et un privé, puisqu'il semblerait
que les privés ont peut-être plus de facilités à récupérer -du moins
dans le temps- un appui financier pour leur projet.
Jean-Bernard VIGHETTI
C'est un vaste sujet. Il est un peu tard et nous allons peut-être
pouvoir le reprendre après la visite que nous allons faire dans
Dinan. Disons simplement que les deux réseaux -des Villes d'Art et
d'Histoire et des Petites Cités de Caractère-, ayant considéré que ce
patrimoine est un patrimoine privé, ont beaucoup mis l'accent sur
les aides à apporter aux particuliers. La Région, par exemple, n'a pu
techniquement et juridiquement financer les ravalements de façades
privées qu'à partir du moment où elle avait l'autorisation de le faire,
c'est-à-dire à partir de la fin des années 80. Après, effectivement,
nous avons réussi à convaincre l'ANAH de mettre aussi l'accent sur
la coque des patrimoines bâtis intéressants existant dans nos cités,
mais c'est un phénomène relativement récent. En effet, à une
époque, l'ANAH négligeait complètement la restauration extérieure
du bâtiment. Seul l'intérieur comptait, avec tous les risques que cela
pouvait engendrer ou impliquer en termes d'infiltrations. Il y a donc
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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eu un changement dans l'approche du patrimoine bâti par l'ANAH.
Nous pourrons y revenir tout à l'heure si vous le voulez, mais
maintenant, nous allons passer au repas qui va être écourté d'à peu
près une heure. Je laisse le soin à M. BENOIT de l'annoncer…
IV - VISITE DE TERRAIN
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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V - QUESTIONS
Jean-Bernard VIGHETTI
Nous avons une heure de retard ! On ne va donc pas trop allonger
la discussion. C'est le moment du débat et des questions diverses. Je
pense qu'il y a peut-être, suite à la visite que nous avons faite, des
questions à poser. Ensuite, nous aurons à tirer les enseignements de
cette journée.
. La colorisation des pans de bois ?
. La datation ? Nous avons en effet -je crois que c'est à l'Université
de Rennes 2-, l'un des endroits spécialisés en datation.
M. LELOUP va peut-être pouvoir répondre à cette question. Je sais
qu'il est intéressé d'un coté, mais il faut, selon lui, mettre des
bémols sur ce type d'approche.
. Les techniques de restauration, et surtout d'entretien, à envisager ?
Daniel LELOUP
“La dendrochronologie est
une technique qui consiste à
dater les bois d'après leurs
cernes. Mais, c'est la date à
laquelle l'arbre a été abattu, et
non pas celle à laquelle il a été
mis en œuvre.”
Je vais commencer par la question évoquée, sur les problèmes de
datation des bois par une méthode scientifique qu'on appelle la
dendrochronologie. C'est une technique qui consiste à dater les bois
d'après leurs cernes. C'est donc une technique scientifique,
extrêmement fiable, puisque à une année près, on peut connaître la
date du bois. Mais, quand je dis la date du bois, c'est la date à
laquelle l'arbre a été abattu, et non pas celle à laquelle il a été mis en
œuvre. C'est pour cela que je disais qu'il faut faire attention à cette
méthode, car elle donne, comme je viens de le dire, la date
d'abattage du bois. Or, le bois n'a pas forcément été mis en œuvre
juste après que l'arbre ait été abattu. Notamment en Bretagne, où
on avait l'habitude de faire des abattages prévisionnels pour les
générations suivantes. Souvent, certains propriétaires nobles
faisaient abattre des chênes, en sachant que ce n'est pas eux qui s'en
serviraient pour construire des bâtiments, mais leurs fils, voire leurs
petits-fils. On a donc souvent un décalage de temps d'une
génération, voire de 50 ou 60 ans entre la date de l'abattage et la
date de la mise en œuvre.
D'autre part, cette technique a également une autre limite, celle du
réemploi. Vous le savez, jusqu'au 20ème siècle, on réutilisait les
matériaux. Nous l'avons vu sur un certain nombre de maisons en
pans de bois du 18ème siècle, où sont réutilisés les bois de
différentes maisons. Ainsi, on peut trouver des datations
extrêmement variables lorsque l'on utilise cette méthode. Par
contre, pour un certain nombre de maisons construites de façon
homogène, c'est une technique tout à fait fiable, puisque
effectivement, à une année près, on peut connaître la date de
construction de la maison. Voilà pour cette première question.
On m'a posé une seconde question sur les problèmes de la
colorisation. Là aussi, j'ai plusieurs réponses à faire à cette question.
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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“La colorisation. […] Cela
dépend de l'époque de
construction du bâtiment.
[Les maisons] du 15ème
siècle n'étaient pas toutes
peintes. […] Dans les
époques les plus reculées du
pan de bois, on assiste
souvent à une colorisation
monochrome. […] Le fait
d'utiliser plusieurs couleurs
[…] aura tendance à se
généraliser au 17ème siècle.”
“L'essentiel des désordres
qu'on a sur les maisons à
pans de bois vient de
problèmes souvent liés aux
tuyaux de descente qui ont
été posés à partir du 19ème
siècle et qui, à un moment
donné, sont bouchés ou mal
entretenus, voire pas du tout.
Ils finissent par déborder et
l'eau attaque les pièces de
structure en se mettant
notamment dans les tenons et
mortaises, ce qui va faire
pourrir les assemblages et
donc la maison elle-même.
C'est la chose la plus
importante du point de vue de
Tout d'abord, cela dépend de l'époque de construction du bâtiment.
On peut observer que les constructions les plus anciennes,
notamment celles du 15ème siècle, n'étaient pas toutes peintes. J'ai
eu l'occasion d'en démonter plusieurs, et ce qui ne trompe pas, c'est
effectivement l'absence de traces de peinture dans les mortaises :
dans certains cas, nous n'avons trouvé aucune trace de peinture, sur
aucune pièce de bois, mortaises y compris, en démontant les pans
de bois. Cela veut dire très clairement que ces maisons n'étaient pas
peintes, ce qui n'est peut-être pas surprenant car, à cette époque-là
comme aujourd'hui, un certain nombre de propriétaires, en fin de
chantier, ne devaient plus avoir d'argent. Ils ont donc supprimé la
peinture. On peut également observer, d'une façon générale, que
dans les époques les plus reculées du pan de bois, on assiste
souvent à une colorisation monochrome. C'est-à-dire que l'on
utilise une seule couleur et non plusieurs. Le fait d'utiliser plusieurs
couleurs apparaîtra plus tardivement, au 16ème siècle, et surtout,
aura tendance à se généraliser au 17ème siècle. Il faut donc faire
attention, là aussi, à l'époque dont on parle, car les goûts ont
changé au cours des siècles. Il faut adapter les couleurs en fonction
de l'époque de construction du bâti. Par ailleurs, on observe que
plus on avance dans le temps, plus le nombre de couleurs utilisées à
tendance à augmenter. Nous évoquions tout à l'heure le problème
de certains bleus qui n'apparaissent qu'au 18ème siècle : il est vrai
qu'il y a certaines couleurs qui n'étaient pas utilisées auparavant, et
qui ne vont apparaître qu'au 17ème, voire au 18ème siècle. La
palette va avoir tendance à s'enrichir. Je fais un peu une réponse de
Normand, mais il faut voir au cas par cas, en fonction évidemment
de la maison. Quand on ne sait pas, il faut essayer de faire des tests,
le meilleur test étant de démonter un petit bout de pan de bois pour
voir s'il y a des traces de peinture. Si on ne le fait pas, on a très peu
de chance de trouver la réponse à la question.
Voilà. C'est une réponse très générale, mais je crois qu'il n'y a pas
de réponse toute faite. Comme nous avons pu le voir tout au long
de cette journée, la diversité de cette architecture est telle qu'il faut
regarder au cas par cas les solutions à adapter. Je le dis et je le
répète, pour certaines maisons du 15ème siècle, à mon avis,
certaines n'étaient pas peintes et donc, il ne faut peut-être pas
systématiquement peindre toutes les maisons à l'intérieur d'une
ville. Il faut peut-être laisser les plus anciennes en bois brut, sans
peinture, comme elles étaient probablement, pour certaines d'entre
elles, à l'origine.
En ce qui concerne les techniques de restauration, c'est un vaste
sujet dont on ne peut pas tellement débattre en quelques minutes.
Pour les techniques d'entretien, il y a surtout quelque chose qu'il
faut surveiller, qui est le plus important de tout, c'est l'état des
gouttières sur les maisons. Vous le savez sans doute, toutes ces
maisons sont construites en chêne, en cœur de chêne, et ce bois a la
particularité de durcir à l'air. Plus il est vieux, plus il est dur, et il ne
craint qu'une seule chose : humidité, séchage, humidité, séchage,
qui l'attaque et fini par le faire pourrir. L'essentiel des désordres
qu'on a sur les maisons à pans de bois vient de problèmes souvent
liés aux tuyaux de descente qui ont été posés à partir du 19ème
siècle et qui, à un moment donné, sont bouchés ou mal entretenus,
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
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l'entretien.”
voire pas du tout. Ils finissent par déborder et l'eau attaque les
pièces de structure en se mettant notamment dans les tenons et
mortaises, ce qui va faire pourrir les assemblages et donc la maison
elle-même. C'est la chose la plus importante du point de vue de
l'entretien. Le reste, je dirais, consiste en des entretiens légers,
périodiques, comme dans toute maison. Il faut revoir un certain
nombre de détails, mais les plus gros problèmes que l'on rencontre
sont des problèmes de pourrissement, notamment par le biais des
gouttières qui se bouchent et qui finissent par entraîner des
désordres extrêmement importants, sans aucun rapport avec le
faible coût d'entretien et de réparation de ces tuyaux de descente.
Jacques DABRETEAU
Existe-t-il une typologie de peinture ? On a parlé d'huile de lin dans
certains cas, de peinture à la chaux,… En fonction des différentes
époques, quel type de peinture est utilisé ? Aujourd'hui, se pose le
problème de la pérennité de ces peintures dans le temps, lié à une
atmosphère beaucoup plus polluée. Les peintures tiennent donc
beaucoup moins longtemps.
Daniel LELOUP
Je crois qu'à l'époque elles tenaient peut-être un peu plus
longtemps, mais c'est comme toute peinture, il faut les refaire à un
moment donné. Ces peintures sont à base d'ocre et finissent donc
par ternir au bout d'un certain temps. Nous avons vu quelques
maisons, avec ceux qui étaient dans mon groupe, qui ont changé de
couleur au fil des ans, mais c'est quelque chose de général, qu'on ne
peut pas éviter. Autrement, ce que l'on fait, c'est mettre des
peintures modernes, comme nous avons pu le voir sur la maison
bleue rue du Jerzual, qui ne correspondent absolument pas à ce qui
existait à l'origine, et qu'il faut absolument éviter. Ce n'est pas grave
si une peinture change de couleur. Si elle s'altère avec le temps, c'est
normal : les ultras violets vieillissent naturellement les peintures. Je
crois que c'est un faux problème, tout fini par vieillir. Ce qui est
important, c'est qu'elles restent en place.
Je ne suis pas un spécialiste des peintures sur le pan de bois ! J'ai lu
et je connais un certain nombre de choses, mais je ne connais pas
tout ; peut-être qu'un Architecte en Chef des Monuments
Historiques pourrait répondre plus précisément sur la mise en
œuvre de ces peintures. Je pense qu'il est plus à même de le faire
que moi-même. Vous voulez répondre ?
Dominique RONSSERAY, Architecte en Chef des
Monuments Historiques
“La première chose à faire et
la plus simple, c'est de passer
Au sujet de l'entretien strict, il y a une chose dont nous parlions
tout à l'heure sur la place Saint-Sauveur, devant une maison qui
présentait un pan de bois délavé et visiblement endommagé : la
première chose à faire et la plus simple, c'est de passer de l'huile de
lin chaude. Je ne vous raconterai pas mon histoire, mais
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« L’architecture en pans de bois »
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de l'huile de lin chaude.”
maintenant, on a des procédés pour pouvoir appliquer ce produit
qui nourrit le bois et qui empêche l'eau de rentrer à l'intérieur du
bois et de se glisser. La chose très importante, dont a parlé
M. LELOUP, c'est de vérifier que l'eau ne s'infiltre pas dans les
tenons et les mortaises et dans les assemblages. Sinon, c'est la
catastrophe. Il faut remastiquer ou parfois re-siliconer à l'intérieur ;
c'est un peu du bricolage, mais cela permet d'éviter que l'eau ne
s'infiltre.
Au niveau des couleurs, nous en avons effectivement parlé pendant
la visite, nous savons à peu près, depuis les Romains, époque par
époque, siècle par siècle, les couleurs non pas qui étaient à la mode,
mais qui pouvaient être utilisées en fonction des produits qu'ils
pouvaient extraire. Je ne citerai pas le pourpre des Romains, mais
on a des nuances : le blanc de céruse, arrivé dès le 11ème siècle -on a
les écrits du moine Théophile, si ma mémoire est bonne-, puis
Agrippa d'Aubigné qui nous raconte, au 16ème siècle, les couleurs
employées ; nous avons également la Marquise de La
Rochefoucauld, qui nous raconte qu'après avoir fait faire sa
chambre en rouge, elle allait la peindre dans une autre couleur. Il y
avait toutes sortes de traditions, et nous avons la possibilité de
retrouver des références dans les écrits qui nous informent ainsi des
nuances à employer ou à ne surtout pas employer. Nous avons
évoqué le bleu de Prusse : celui-ci est arrivé au 18ème siècle ; utiliser
du bleu de Prusse sur une structure plus ancienne est donc un
anachronisme, une chose à ne pas faire. Il est évident que le plus
utilisé était la terre de Bourgogne, la terre de Berry mélangée avec
de l'huile de lin chaude. Nos villes anciennes avaient alors des
nuances généralisées, puisque je me souviens du surnom qu'on
donnait à la ville du Mans qu'on appelait la "ville rouge", ce qui
laisse entendre que toutes les maisons en pans de bois, peut-être y
compris celle de la Reine Bérengère, étaient sans doute passées avec
différentes nuances d'ocres. Cela ne veut pas dire que l'ensemble
était homogène : on pouvait plus ou moins diluer le pigment. Mais,
il est certain qu'il y avait premièrement une nécessité de protection,
deuxièmement une nécessité de reconnaissance et troisièmement
une nécessité, ou plutôt un désir, de magnificence. Et j'aimerais que
l'on puisse en parler, parce qu'il est dit que, très souvent, quand on
ne pouvait pas faire du vrai, on faisait du faux. Ainsi, sur des
façades un peu plates, on faisait des rehauts de couleur pour
augmenter l'impression de présence visuelle, de richesse du
propriétaire. C'était un peu du faux, comme on a fait sous Louis
XIV et Louis XV du faux marbre sur les plinthes. Je pense même
qu'avant le 16ème siècle, cette notion de faux, de mouchetis, existait
pour une autre raison, c'est qu'ils n'arrivaient pas à avoir des
mélanges homogènes dans les couleurs. Très vite, et cela s'est vu à
la Renaissance, on trouve des décors intérieurs et extérieurs avec
des mouchetis imitant des faux marbres ; c'était justement dû à ces
matériaux.
Pour les matériaux contemporains, je suis très réservé. Au sujet des
peintures microporeuses qui ont été proposées pendant un certain
temps, je lisais en vue de la réunion d'aujourd'hui un rapport hier
soir : c'est relativement catastrophique sur un terme de dix ans, ça
étouffe le bois malgré sa pseudo microporosité et on a des
désordres qui viennent apparaître derrière. C'est un peu pareil pour
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« L’architecture en pans de bois »
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les peintures au polyuréthane, qui empêchent le bois de respirer.
Lorsque l'on passe ces produits sur des structures, si on a une
fissure importante, une gerçure qui fait entrer l'eau dedans, ou des
infiltrations qui viennent, même si la poutre paraît saine, le bois
pourrit. Quand ensuite on dégage la poutre, on se rend compte
qu'on peut poser son bras à l'intérieur du vide pourri qui existe
dans les poutres, ce qui arrive souvent puisque cette partie-là ne
respire plus. Il faut donc être très vigilant et je reste
traditionnellement attaché soit au lait de chaux en façade, soit à
l'eau forte ; l'huile de lin chaude1 reste la meilleure solution, avec un
entretien courant, ça ne coûte rien du tout. Voilà mon sentiment.
Jean-Bernard VIGHETTI
D'autres questions ? Est-ce qu'on passe à la conclusion ?
1
Pour obtenir une huile de lin à bonne température, il faut suivre la recette des anciens. Y plonger une
gousse d'ail : quand l'ail est frit et remonte à la surface, c'est la bonne température. Car trop chaude,
l'huile noircit le bois ; pas assez, elle est poreuse et encrasse le matériau tout en étant difficile à appliquer.
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VI - CONCLUSIONS
René BENOIT
Je ne sais pas s'il faut conclure maintenant, ni qui va conclure de
nous trois. Ce que je vais dire dans une première conclusion -je
n'en ferais pas deux- c'est que je voudrais remercier très
sincèrement M. LELOUP, M. GARRETA, et ceux qui ont apporté
leurs connaissances tout au long de cette journée. Tout ce que j'ai
entendu ce midi est un compliment unanime sur l'intérêt de la
journée. Il fallait sûrement la faire, je nous remercie de l'avoir
initiée et, surtout, je vous remercie, M. LELOUP, d'être venu nous
apporter, tout au long de cette journée, vos connaissances dans ce
domaine-là. On se rend bien compte, quand on voit les réponses
de gens spécialistes, que ce n'est pas évident, qu'il y a beaucoup de
choses qui ne sont pas évidentes, alors mettez-vous à la place des
élus lorsqu'il faut prendre ou accepter telle ou telle chose.
Encourager des propriétaires à restaurer c'est une chose, mais
quand ils nous poussent un petit peu dans nos retranchements en
disant "qu'est-ce qu'il faut faire ?", là on commence à hésiter, et
notamment lorsque vient la fameuse question finale : "on peint ou
on ne peint pas ?" A une époque, à Dinan, il y avait un Secrétaire
Général Adjoint qui était contre, donc on ne peignait pas, c'était
comme ça, point. Après il y a eu une maison peinte, puis deux,
parce que M. MONNERIE a commencé à nous inciter à colorer
un peu nos maisons à pans de bois. Et puis voilà que la mode
serait de tout colorer maintenant ! Là non plus, ce n'est pas
évident : quelle couleur choisir ? Quel matériau choisir ? Quelle
peinture ? Voyez, même vous êtes hésitant entre tel ou tel type de
peinture, alors ce n'est évidemment pas nous qui allons le dire.
Par contre, nous avons appris beaucoup de choses. D'abord à
regarder autrement nos maisons à pans de bois ; on croyait qu'elles
étaient une, elles sont extrêmement diverses ; on croyait que c'était
une époque, elles sont de trois ou quatre époques différentes, trois
ou quatre siècles différents. C'est terriblement intéressant et
instructif, également quand on fait le tour de ville et qu'on
commence à regarder nos maisons : et bien, on ne voit que des
défauts, que des "pourrait mieux faire". Il y en a des choses à faire.
Autrement dit, durant un mandat, on peut faire plein de choses, il
en restera pour les autres encore après. A l'évidence, la partie est
longue, et on ne fait pas de miracles : tout cela est le résultat
d'années et d'années de travail. J'ai repris le flambeau d'un
prédécesseur qui l'avait également repris d'un autre. Je pense
qu'avant Michel GEISTDOËRFER, c'est-à-dire avant il y a 75 ans,
d'autres ont fait aussi des choses pas mal, peut-être simplement en
ne détruisant pas, ce qui nous a permis d'hériter de monuments en
plus ou moins bon état. Depuis près de 100 ou 120 ans à Dinan,
depuis qu'on a classé les remparts Monuments Historiques, tous
les Maires ont fait un peu attention. On ne fait jamais que
reprendre le travail de nos prédécesseurs, en réactivant plus ou
moins. J'ai plutôt été un Maire Patrimoine, et je ne sais pas ce que
sera le suivant. Les élus jouent un rôle d'incitation important, très
fort. Ce sont eux qui disent "on va faire" ou ce sont eux qui disent
"ce n'est pas intéressant, on va faire autre chose".
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« L’architecture en pans de bois »
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Après, il y a beaucoup de relais sur le terrain. Les relais, ce sont les
mouvements associatifs, ce sont les propriétaires qui y croient ou
qui n'y croient pas. Je crois que tout relève d'un état d'esprit, long à
mettre en place. Je pense qu'aujourd'hui, tous les propriétaires et
habitants de Dinan, même si quelques-uns font des bêtises, dans
l'ensemble, comprennent nos remarques. Autrement dit, le
patrimoine est intégré à la démarche, les commerçants qui sont
déjà là depuis quelques temps savent qu'ils sont dans une belle ville
et qu'il ne faut pas la massacrer, et que si on peut mettre une belle
enseigne, il vaut mieux mettre une belle enseigne. Ils savent qu'il y
a un règlement et finalement, ils l'acceptent, même si de temps en
temps il faut se battre un peu. Mais, cela ne se fait pas du jour au
lendemain. Il ne suffit pas de sortir un règlement pour se dire le
lendemain, tout le monde va y croire. Non, c'est long, c'est lent et,
à titre d'exemple, la Fête a contribué à montrer le rempart. Avant la
fête, certains Dinannais ne savaient même pas qu'il y avait un
rempart autour de Dinan ; ils passaient sans le voir. Faire la fête
dans le vieux Dinan, c'est regarder les maisons autrement, se
costumer en personnes du Moyen Age, c'est déjà intégrer un petit
morceau d'histoire. Quand la fête est finie, on se retrouve avec la
réalité et on comprend qu'on est quand même dans une belle ville,
qu'il faut la préserver, parce que les journaux le disent, parce qu'il y
a des reportages à la télévision.
Après, la technique et le règlement arrivent, et les Architectes des
Bâtiments de France, les Architectes en Chef des Monuments
Historiques, les architectes tout court, les maîtres d'œuvres et les
artisans participent à tout cela.
Il y a également d'autres personnes auxquelles il faut que nous
nous adressions : ce sont les artisans, les couvreurs, les poseurs
d'antennes, etc., qui font aussi de grosses bêtises. Combien de fois
il m'arrive d'être en rage parce qu'ils ont posé une parabole à un
endroit où ils pouvaient la poser autrement. Il n'y a pas nécessité
de la plaquer sur le haut de la cheminée. Ça ne marche pas partout
mais à certains endroits, oui. Il y a beaucoup de gens qui font des
erreurs : des poseurs d'enseignes, qui donnent de mauvais conseils
alors qu'on leur a envoyé le règlement du secteur sauvegardé ; des
notaires ou des agents immobiliers, qui vendent des maisons sans
dire qu'il y a un règlement, ou alors, après la vente ; les silencieux,
qui volontairement ne vont surtout rien dire, parce qu'ils ont peur
de ne pas faire une affaire.
C'est un ensemble, c'est un tout, et une journée comme aujourd'hui
devrait être intéressante. Je ne sais pas comment la presse va relater
cela, mais nous avons eu un petit reportage télévisé de TV Breizh
sur cette journée. Ouest-France était là également. J'espère que
nous aurons un relais positif de cette journée.
En tous les cas, elle doit nous servir, à nous, les élus, pour imposer,
avec la négociation qui va de soit, un certain nombre de choses.
Vous avez pu voir des maisons un peu laissées en plan, place des
Cordeliers par exemple : difficultés financières du propriétaire, on
met des contreplaqués en attendant de trouver une solution. Et on
en trouvera : il y a un projet, donc on solutionnera le problème.
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
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Merci véritablement à toi, Jean-Bernard, à vous, M. LELOUP, à
vous toutes et à vous tous. Je souhaite qu'on trouve d'autres
thèmes, aussi intéressants que celui-là, dans les années qui
viennent.
Jean-Bernard VIGHETTI
Merci. Je ne sais pas si on peut se permettre de parler après toi ?
Ce que je retiens finalement des communications de M. LELOUP
et puis des échanges divers et variés que nous avons eus
aujourd'hui, c'est plusieurs conclusions.
“Il ne suffit pas de prendre en
compte la façade pour la
sauvegarder. L'architecture en
pans de bois, c'est un
ensemble et c'est cet
ensemble-là qui doit être
restauré.”
“On ne pourra pas échapper à
une participation de la
puissance publique. Cela
paraît évident, dans la mesure
où ce qui a été réussi dans ce
domaine n'a pu se faire que
parce qu'il y avait des
participations financières
importantes.”
Tout d'abord, en ce qui concerne ce patrimoine à pans de bois, il
est important qu'on ait tous à l'esprit -je ne parle pas évidemment
des Architectes des Bâtiments de France, ni des Monuments
Historiques, ni de M. LELOUP, bien entendu- qu'il ne suffit pas
de prendre en compte la façade pour la sauvegarder. L'architecture
en pans de bois, c'est un ensemble et c'est cet ensemble-là qui doit
être restauré. Sinon, on risque d'arriver à de gros désagréments. La
prise en compte des étages supérieurs est très importante, comme
l'a dit et redit M. LELOUP. Je crois qu'il faut aussi que nous
fassions vivre ce patrimoine de façon contemporaine, d'où
l'importance des opérations expérimentales du type 'OPAH qui
ont été engagées sur les Cotes d'Armor, via les Petites Cités de
Caractère. D'où, l'intérêt aussi de ce qui s'est passé à Vitré ou à
Dinan, où il y a de beaux exemples de restauration.
La question qui se pose, c'est de savoir si on peut modéliser cela,
s'il y a des recettes, car j'ai le sentiment que chaque maison est un
cas particulier. Comme le signalait M. LELOUP, il faut d'abord
bien étudier, bien observer le bâtiment et ensuite, essayer de
trouver les moyens de lui donner un usage contemporain adapté.
En plus de ce problème d'usage, se pose aussi celui du coût de la
restauration de ce patrimoine, coût qui paraît extrêmement lourd,
notamment pour les édifices les plus significatifs. Et là, je pense
qu'on ne pourra pas échapper à une participation de la puissance
publique. Cela paraît évident, dans la mesure où ce qui a été réussi
dans ce domaine n'a pu se faire que parce qu'il y avait des
participations financières importantes.
Autre conclusion que je retire de cette journée, c'est qu'on ne peut
pas intervenir sur le patrimoine en pans de bois sans le concours
d'une multitude de compétences. Ces compétences étaient réunies
aujourd'hui et chacune a attiré l'attention sur tel ou tel aspect
important à traiter de ce patrimoine.
Personnellement, je suis heureux que les membres des réseaux,
celui des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques, mais
aussi celui des Petites Cités de Caractère soient présents et soient à
l'origine de cette rencontre forte avec un chercheur comme
M. LELOUP, avec les Architectes des Monuments Historiques,
des Bâtiments de France, les Conservateurs, etc.…
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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“Compte tenu du fait qu'il ne
nous reste plus que 1 554
maisons en pans de bois en
Bretagne, faut-il essayer de le
faire inscrire sur la liste du
patrimoine mondial de
l'UNESCO ?”
L'objectif est de sauver ce patrimoine et c'est de bon augure, je
crois, que de voir les choses fonctionner comme cela aujourd'hui.
Je pense qu'on doit pouvoir aller plus loin. Je me demande s'il ne
serait pas important, compte tenu du fait qu'il ne nous reste plus
que 1 554 maisons en pans de bois en Bretagne, de lancer quelques
grandes idées -qui valent ce qu'elles valent- qui pourraient peut-être
contribuer à sensibiliser à la fragilité de ce patrimoine : faut-il
essayer de le faire inscrire sur la liste du patrimoine mondial de
l'UNESCO ? Faut-il le proposer en programme européen ? Par
exemple, trouver des lignes à Bruxelles pour apporter des concours
à la réhabilitation de ce patrimoine ?
Une chose est certaine, et vous avez beaucoup insisté là-dessus ce
matin, c'est que ce patrimoine contribue à qualifier notre région sur
le plan patrimonial. Vous avez dit aussi que ce patrimoine avait des
caractéristiques qu'on ne retrouvait pas dans le reste de l'Europe et
une diversité particulièrement intéressante. C'est ce que je retiens ;
et je crois que pour les personnes qui se battent tant pour le
devenir culturel, touristique et économique de cette région, ce
patrimoine semble avoir une importance capitale. Il va falloir que,
dans nos prochaines réunions, nous retravaillions un peu le sujet,
pour voir comment aller plus loin dans ce domaine.
Peut-être pourriez-vous rappeler ce qui vous semble être les
caractéristiques très fortes de ce patrimoine, et conclure sur ce que
la journée vous a apporté, M. LELOUP.
René BENOIT
Ce que je crains actuellement, quand on parle de crédits européens,
c'est que les jours de tous ces petits subventionnements ne soient
comptés. D'après ce qu'on nous dit, il n'y aura plus de subventions
européennes pour ce genre -excusez le terme- de petites choses.
Les subventions européennes resteront sans doute accrochées à de
très grands projets et il n'y aura plus de zones privilégiées. Avant, il
y avait des zones qui y avaient droit, d'autres qui n'y avaient pas
droit. Aujourd'hui, c'est terminé ! Tout le monde y aura droit, mais
seulement sur des grands projets. Toutes les petites opérations,
salles des fêtes et autres piscines ludiques, c'est terminé, ça ne sera
plus subventionné. Voilà ce qu'on nous dit, en tous les cas pour
après 2006. Jusqu'en 2006, c'est encore à l'ordre du jour, mais il y a
eu tellement et tellement de projets que c'est plus la commission de
la hache qui travaille que le reste. Ne rêvons donc pas trop pour
demain sur des crédits européens qui viendraient abonder nos
opérations.
Dominique IRVOAS-DANTEC
Je voulais seulement préciser qu’une trentaine de villes appartient
au réseau AVEC (Alliance des Villes Européennes de Culture) et
travaille sur le patrimoine. Rennes en fait partie. Nous allons, dans
le cadre de ce réseau, déposer un projet européen sur le thème des
"Terres de savoir-faire en Europe", en proposant pour ce qui
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« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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concerne la Métropole rennaise, l’Habitat de Terre et ses
Spécificités, thématique qui correspond à un véritable savoir-faire
et par conséquent à des métiers. Un lien avec le pôle universitaire
doit être démontré. A travers l’école d’architecture, ce lien existe,
notamment entre cette dernière et les entreprises de la CAPEB
(ex. : entreprise de Denis MALLEJAC). Les étudiants de l’école
d’architecture font des stages dans ces structures. Autour des
typologies patrimoniales sont donc associés entreprises, pôle de
recherche universitaire, savoir-faire et éléments de territoire. Des
villes adhèrent à ce projet comme Nancy sur le vitrail, Limoges sur
la porcelaine et Rostov en Russie. Au sein du réseau, le projet est
porté par Mme Françoise SABATIER, ancienne Directrice de la
CNMHS et spécialiste des métiers d’art.
Peut-être la carte des maisons à pans de bois pourrait-elle se jouer
sur la spécificité patrimoniale "d’un savoir-faire" en lien avec les
différents pôles pré-cités sur un territoire ?
Daniel LELOUP
“Nous sommes entrés dans
une nouvelle ère, car je crois
que tous les élus qui ont un
patrimoine en pans de bois
ont pris conscience de l'intérêt
de ce patrimoine […] On a
déjà pris conscience depuis un
certain temps du problème
des façades des maisons, […]
mais je crois qu'il est
extrêmement important de
penser globalement les
maisons en pans de bois.
[…]
Je crois que la tâche des élus
qui protègent ce patrimoine,
dans les années à venir, sera
de redonner vie à l'ensemble
de ces maisons, pas seulement
en façade, pas seulement en
magasin, mais à l'entité
globale que constituent ces
Je vais faire une petite conclusion courte pour cette journée. Ce
matin, j'ai évoqué l'évolution du patrimoine à pans de bois et les
difficultés de ce patrimoine à travers les âges jusqu'à la seconde
guerre mondiale on va dire. Aujourd'hui par contre, on peut être
extrêmement optimiste, car je crois que l'ère des destructions des
maisons même individuelles est passée. Nous sommes entrés dans
une nouvelle ère, car je crois que tous les élus qui ont un
patrimoine en pans de bois ont pris conscience de l'intérêt de ce
patrimoine pour le développement culturel et économique de leur
commune. Cette nouvelle ère va être importante dans les
décennies à venir. On a déjà pris conscience depuis un certain
temps du problème des façades des maisons, car c'est sans doute la
chose la plus facile à réaliser, ce qui se voit le plus de l'extérieur,
notamment pour les touristes. Mais je crois, comme l'a rappelé
M. VIGHETTI tout à l'heure, qu'il est extrêmement important de
penser globalement les maisons en pans de bois. La visite de cet
après-midi à la maison du Gouverneur, rue du Petit Fort, a bien
montré qu'on ne peut bien restaurer ces maisons qu'en
comprenant ce qui se passait à l'intérieur, et là, nous avons pu
constater qu'il s'agissait d'une véritable maison de rapport avec ses
cheminées, ses vaisseliers, etc.… et que tout cela n'est pas anodin.
On ne peut comprendre le parti architectural et choisir le parti de
restauration que l'on doit adopter qu'en ayant une connaissance du
monument et en sachant pourquoi il a été réalisé. Je répète ce que
je disais ce matin, et ce qu'avait évoqué Monsieur le Maire en
commençant la séance. Je crois assez à l'exemplarité de quelques
rénovations. Je pense qu'il est très important de montrer l'exemple
au travers de quelques cas exemplaires, pour donner envie aux
gens de réaliser des choses identiques. Car, il faut bien l'avouer, ce
n'est pas toujours évident, lorsque l'on a des maisons en mauvais
état, de savoir comment on va traiter des problématiques
contemporaines, à savoir, amener le téléphone, faire des salles
d'eau, des toilettes, etc.… Ce sont des problèmes qui préoccupent
les gens et on sait que les travaux font souvent peur aux
propriétaires. Je crois donc que des rénovations bien faites et
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
Dinan – 9 février 2004
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ensembles patrimoniaux.
[…] Il est vrai que ce sera
long, car ces maisons-là
posent de multiples
problèmes. […] Cela va se
faire petit à petit. Nous avons
les instruments
réglementaires. Nous
connaissons les techniques et
je crois qu'il y a suffisamment
de personnes qui sont
passionnées par ce patrimoine
pour que ces choses-là se
fassent.”
exemplaires sont incitatives, car ce sont des exemples dont peuvent
s'inspirer les gens ; et les gens, dans le domaine de l'architecture en
général et du pan de bois en particulier, ont besoin de repères. Il
faut bien dire qu'ils ne voient pas du tout par quel bout ils vont
rénover ce type de maisons. Je crois que la tâche des élus qui
protègent ce patrimoine, dans les années à venir, sera de redonner
vie à l'ensemble de ces maisons, pas seulement en façade, pas
seulement en magasin, mais à l'entité globale que constituent ces
ensembles patrimoniaux. Je crois que nous sommes sur la bonne
voie, que le plus dur est passé. Mais il est vrai que ce sera long, car
ces maisons-là posent de multiples problèmes. Ce sont des
problèmes historiques, qu'on a évoqué, des problèmes de
rénovation, qui ne sont pas toujours évidents même pour des
spécialistes, et des problèmes de mise aux normes ; car la
conception -que je vous ai montrée- du 15ème siècle sur des
parcellaires laniérés est quand même une conception qu'il est assez
difficile aujourd'hui de rendre agréable à habiter, compte tenu de
nos normes contemporaines. Cela va se faire petit à petit. Nous
avons les instruments réglementaires. Nous connaissons les
techniques et je crois qu'il y a suffisamment de personnes qui sont
passionnées par ce patrimoine pour que ces choses-là se fassent
dans des délais raisonnables. Voilà, c'est sur cette note optimiste
que je terminerai mon intervention. Merci de m'avoir écouté avec
autant d'attention.
Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne :
« L’architecture en pans de bois »
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L'Architecture en Pans de Bois
ANNEXES A L'INTERVENTION SUR LA ZPPAUP DE QUIMPER
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ANNEXE 1
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ANNEXE 2
ANNEXE 3
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ANNEXE 4
ANNEXE 5
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ANNEXE 6
ANNEXE 7
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ANNEXE 8
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L'Architecture en Pans de Bois
DOSSIER PRESSE
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COMMUNIQUE
Les Journées Thématiques
Les Journées Thématiques des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes
Historiques de Bretagne sont initiées à la demande des représentants des villes
(Elus, Techniciens) membres du réseau, souhaitant la mise en place d'une rencontre
annuelle entre les villes, sur un thème commun, en matière, notamment, d'entretien
et de mise en valeur du patrimoine architectural urbain.
L'Architecture en Pans de Bois, premier thème retenu
Parmi les différents thèmes pouvant être développés à l'occasion de ces journées,
celui de l'architecture en pans de bois est apparu comme particulièrement adéquat
pour la première journée.
En effet, ce type d'architecture remarquable, et identifiant fortement le patrimoine
urbain breton, est présent dans la plupart des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes
Historiques de Bretagne qui totalisent, à elles seules, plus de 60 % des maisons en
pans de bois de Bretagne.
Cette première journée a pour objectifs :
-
d'alerter les acteurs locaux quant à la fragilité d'un patrimoine majeur sur le
plan régional, national et européen ;
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-
de tenter d'apporter des éléments de réponse à la question de la sauvegarde
d'un patrimoine encore menacé, par le biais d'études de cas des différentes
villes, et avec le concours de professionnels du patrimoine.
La manifestation
Après une introduction présentant l'architecture en pans de bois en Bretagne,
trois thèmes seront développés, concernant la protection, la restauration et la
valorisation de cette architecture urbaine.
L'intervenant principal est M. Daniel LELOUP, Architecte, auteur du remarquable
ouvrage Maisons en Pan-de-bois de Bretagne, Histoire d'un Type d'Architecture
Urbaine ; des intervenants ponctuels devant illustrer le propos par leur expérience
sur des cas précis. Une visite de terrain, à l'issue des échanges, aura pour
objectif d'illustrer ceux-ci. La Ville de Dinan a donc été retenue pour accueillir cette
manifestation, en raison de la diversité de son patrimoine, et en qualité de ville
pionnière pour la protection et la restauration de ses maisons en pans de bois.
Cette journée est destinée aux représentants des villes membres de l'Union des
Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne (Elus, Animateurs
du Patrimoine, Guide-Conférenciers, Responsables de Services de Collectivités et
d'Offices de Tourisme), aux représentants de l'Association des Petites Cités de
Caractère de Bretagne, et aux partenaires de l'Union (Conseil Régional de
Bretagne, Conseils Généraux, Direction Régionale des Affaires Culturelles, Services
Départementaux de l'Architecture et du Patrimoine, Conseils d'Architecture,
d'Urbanisme et d'Environnement,…).
Sont également associés des étudiants susceptibles d'être intéressés par
l'opération (Ecole d'Architecture de Rennes, Université de Rennes 2 – Haute
Bretagne,…).
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Dinan
Dinan est la quatrième ville de Bretagne en quantité de maisons en pans de bois,
avec 115 bâtiments. C'est une des villes dont le patrimoine est le plus diversifié,
et l'on compte une grande variété de styles, de types (porches et vitrines notamment)
et d'époques (du XVe au XVIIIe siècle, sans interruption).
De plus, Dinan a été la première ville de Bretagne à prendre conscience de
l'intérêt majeur de ce patrimoine, en mettant en place une politique très
volontariste de sauvegarde, de protection et de restauration des maisons en pans de
bois : dès 1929, Michel GEISTDOERFER, Maire, met en place une politique avantgardiste de mise en valeur du cœur historique de Dinan. La Municipalité adopte une
méthode systématique : acquisition, classement, rénovation et reconstruction. Cette
attitude originale, pionnière en Bretagne, a permis à Dinan de conserver un
fonds significatif de ce patrimoine en pans de bois, et de bénéficier aujourd'hui
d'une réputation internationale.
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L'ARCHITECTURE EN PANS DE BOIS
ET
LES VILLES D'ART ET D'HISTOIRE ET
LES VILLES HISTORIQUES
DE BRETAGNE
Au cours du XXème siècle, l'histoire de la maison de ville en pans de bois n'a pas fait
l'objet d'une large publication. Considérée comme un art mineur, cette architecture a
peu motivé les chercheurs. Seules, quelques publications (ouvrages et articles)
traitent de ce patrimoine spécifique. Il n'existe pas non plus de synthèse nationale,
même dans des collections de vulgarisation. Ces éléments expliquent pourquoi
l'architecture urbaine en pans de bois reste encore un domaine méconnu du grand
public. Ainsi, le livre de Daniel LELOUP, Maisons en Pan-de-bois de Bretagne,
Histoire d'un Type d'Architecture Urbaine, résultat d'une douzaine d'années de
recherches, est le premier ouvrage, en France, à aborder le sujet de façon globale.
Cette méconnaissance est probablement à l'origine de la perte d'une grande partie
de ce patrimoine. Dévalorisé au fil des siècles, il s'est réduit comme peau de chagrin,
depuis les grands incendies jusqu'aux plans d'alignement et aux destructions
systématiques menées par les villes.
Aujourd'hui encore, l'architecture en pans de bois est bien souvent menacée par des
restaurations exclusivement "de façades", sans compter les difficultés liées à son
adaptation aux conditions de confort moderne.
Or, cette architecture s'avère être un patrimoine majeur par bien des aspects (savoirfaire, qualité de la mise en œuvre, originalité, variété de types et de styles, sculpture,
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ancienneté,…), qui qualifie et identifie fortement le paysage urbain breton. Sur le
plan européen, ce fonds patrimonial est une déclinaison originale d'un type
d'architecture commun à de nombreuses régions de France et d'Europe, qui pourrait,
riche de son ancienneté et de sa diversité, devenir un fondement identitaire
européen.
Il appartenait donc à l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de
Bretagne, dont les 19 adhérents représentent plus de 60 % des maisons en pans de
bois que compte encore la Bretagne Historique, d'organiser une journée d'échange
autour de cette architecture fédératrice. Y sont associées les Petites Cités de
Caractère, dont certaines (Châteaugiron, Josselin et Tréguier), avec chacune une
cinquantaine de ces bâtiments, n'ont rien à envier à leurs grandes sœurs, même si
elles ont généralement perdu leur statut de ville.
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QUELQUES CHIFFRES
L'architecture en pans de bois dans les Cités d'Art, c'est…
…1 199 maisons en pans de bois sur les 1 554 que compte la Bretagne historique,
soit 77 % de ce fonds patrimonial.
Sur ces 1 199 maisons, 10 Villes d'Art et d'Histoire en regroupent 833, 12 Petites
Cités de Caractère 238, et 8 Villes Historiques 128.
La ville de Rennes compte à elle seule 286 maisons en pans de bois ; viennent
ensuite les villes de Vannes (171), de Vitré (119), de Dinan (115) ; la ville de Morlaix,
qui n'appartient pas au réseau, en compte 127.
Depuis la Révolution, seulement 5 % environ des maisons en pans de bois de
Bretagne ont survécu. La ville de Nantes, notamment, a conservé moins de 1 % de
son patrimoine en pans de bois.
Les Cités d'Art totalisent 268 maisons en pans de bois protégées au titre des
monuments historiques sur les 314 que compte la Bretagne historique. C'est la ville
de Vitré qui en a le plus (50), mais seule la cité de Le Faou a la totalité de ses
maisons classées ou inscrites (14).
Toutes les Cités d'Art disposent de dispositifs de protection : secteurs sauvegardés
(Dinan, Nantes, Rennes, Vannes, Vitré et Tréguier -en cours-), Zones de Protection
du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager (Auray, Bécherel, Châteaugiron,
Châtelaudren, Concarneau, Fougères, Josselin, Landerneau, Le Faou, Moncontour,
Pontivy, Pontrieux, Quimper, Quimperlé, Quintin), et périmètre de protection de
Monuments Historiques.
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Ouest-France
du mardi 10 février 2004
page régionale
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Le Petit Bleu
du jeudi 12 février 2004
page régionale
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