L`Architecture en Pans de Bois
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L`Architecture en Pans de Bois
Programme - Sommaire Ouverture de la 1ère Journée Thématique M. BENOIT, Président de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne, Maire de Dinan ………... page 7 Introduction sur l'architecture en pans de bois en Bretagne ………... page 13 M. LELOUP, Architecte . Un patrimoine d'exception sur le plan régional, national et européen : ancienneté, originalité, décors ; éléments de typologie . Une architecture identifiant fortement le patrimoine urbain breton . De l'importance de protéger ce patrimoine, aujourd'hui encore menacé Protéger l'architecture en pans de bois : moyens, avantages, limites Historique de la protection de l'architecture en pans de bois en Bretagne ………... page 29 M. LELOUP Classement Monument Historique, secteur sauvegardé, Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager : quels outils, pour quels objectifs ? ………... page 30 M. GARRETA, Architecte des Bâtiments de France – SDAP Morbihan 1er témoignage : le secteur sauvegardé de Tréguier M. TOULARASTEL, Maire de Tréguier ………... page 34 2nd témoignage : la ZPPAUP de Quimper Mme POSTEC, Conseillère Municipale de Quimper ………... page 38 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 2 Restaurer l'architecture en pans de bois Problématiques liées à la spécificité de ce patrimoine, à son utilisation et partis de restauration ………... page 51 M. LELOUP Valoriser l'architecture en pans de bois Mme IRVOAS-DANTEC, Animatrice du Patrimoine de Rennes ………... page 51 Sensibiliser publics et acteurs pour légitimer la protection et la restauration de ce patrimoine : les différentes actions menées par le Service Patrimoine de l'Office de Tourisme de Rennes Métropole Problématiques liées à la spécificité de ce patrimoine, à son utilisation et partis de restauration (reprise) ………... page 54 M. LELOUP 1er témoignage : la restauration de la "maison de l'Isle" à Vitré Mme BRACQ, Propriétaire ………... page 56 De l'importance de traiter le bâtiment à restaurer dans son ensemble ; prescription ou incitation ? 2nd témoignage : l'Opération Programmée d'Amélioration de l'Habitat à thématique patrimoine des Petites Cités de Caractère de Bretagne ………... page 61 Mme QUERO, Ingénieur des Services Culturels et du Patrimoine SDAP Côtes d'Armor Déjeuner Visite de Terrain Débat et questions diverses ………... page 67 Propositions et conclusions ………... page 73 Annexes à l'Intervention sur la ZPPAUP de Quimper ………... page 79 Dossier Presse ………... page 85 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 3 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 4 Avant Propos Au cours de cette première Journée Thématique des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne sur le thème de l'Architecture en Pans de Bois, différents exposés et témoignages se sont succédé. Ceux-ci sont retranscrits dans ce document ; l'expression orale a été volontairement conservée. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 5 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 6 ACCUEIL DES PARTICIPANTS René BENOIT, Maire de Dinan, Président de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne Merci à vous d'être là pour cette première journée thématique, organisée par l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne. C'est une journée que nous avons voulu intéressante sûrement, d'actualité sûrement également, puisque c'est un sujet qui nous préoccupe tous dans nos villes respectives. Nous avons, pour traiter ce sujet, des interlocuteurs de très haut niveau. J'aurai le plaisir tout à l'heure d'inviter M. LELOUP, qui est l'homme de la journée. Il ne sera pas le seul, mais il animera cette journée avec le concours de M. VIGHETTI qui est notre conseiller permanent, depuis l'origine, des Villes d'Art et d'Histoire, mais également des Petites Cités de Caractère. Vous savez que nous poursuivons avec les Petites Cités de Caractère, le même but et les mêmes objectifs, que nous travaillons dans les mêmes bureaux, que nous travaillons presque avec les mêmes collaborateurs, avec les mêmes financeurs, et que enfin, il y a une amitié et une symbiose très forte entre les Petites Cités et les Villes d'Art. Je suis content qu'aujourd'hui, tout le monde soit rassemblé. “Cinq départements bretons ; 1 554 maisons en pans de bois des 15ème, 16ème, 17ème, 18ème siècles.” “Si Dinan peut s'enorgueillir d'un habitat en pans de bois exceptionnel […] et si Dinan avait quelque raison d'être choisi pour être la villetémoin de cette journée d'étude, j'en suis très fier. Avec l'un des patrimoines architecturaux les plus riches de Bretagne, Dinan met tout en œuvre depuis très longtemps pour préserver, restaurer, mettre en valeur, animer l'héritage des siècles passés.” Je laisserai M. VIGHETTI présenter M. LELOUP, mais, vous le savez tous, M. LELOUP est l'auteur d'un remarquable ouvrage qui a retracé, avec un réel brio, l'histoire d'un type d'architecture urbaine, dont nous avons conservé un certain nombre d'exemplaires. Vous êtes les représentants des 75 communes des cinq départements bretons -nous sommes très attachés aux cinq départements bretons- ce qui nous fait –et ce n'est pas moi qui les ai dénombrées, c'est M. LELOUP- 1 554 maisons en pans de bois des 15ème, 16ème, 17ème, 18ème siècles. Cinq villes dépassent la centaine, et c'est la capitale, Rennes qui en a le plus, avec 286. Nous sommes, à Dinan, le petit dernier des six ; nous sommes presque ex-æquo quand même avec 115 maisons en pans de bois, 119 à Vitré et 127 à Morlaix ; Vannes en a 171. J'arrête ce décompte anecdotique, et le Maire que je suis, et plus encore le Président de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne est évidemment particulièrement heureux de vous accueillir aujourd'hui, pour cette première journée thématique. Si Dinan peut s'enorgueillir d'un habitat en pans de bois exceptionnel -ce n'est pas moi qui le dis, c'est M. LELOUP- et si Dinan avait quelque raison d'être choisi pour être la ville-témoin de cette journée d'étude, j'en suis très fier. Avec l'un des patrimoines architecturaux les plus riches de Bretagne, Dinan met tout en œuvre depuis très longtemps pour préserver, restaurer, mettre en valeur, animer l'héritage des siècles passés. Il y a 75 ans, Dinan a eu la chance d'avoir un Maire, Michel GEISTDOERFER, que M. LELOUP -qui en fait un large éloge, présente comme un Maire avant-gardiste de la protection et de la mise en valeur du patrimoine, et plus particulièrement des maisons en pans de bois. En devenant Maire il y a aujourd'hui un peu plus de 20 ans, je pense avoir mérité la dédicace que Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 7 M. LELOUP a bien voulu inscrire sur la première page de son ouvrage, en me présentant comme le continuateur de la sauvegarde du patrimoine dinannais. En lançant, dès 1983, une étude sur les remparts de Dinan, réalisée par M. RONSSERAY et traduite dans un très remarquable livre blanc, j'ai pu dès cette date engager une très importante opération de rénovation de l'imposante muraille dinannaise. En 1984, j'ai pu également faire entrer Dinan dans le cercle envié des Villes d'Art et d'Histoire et créer à Dinan, en décembre de cette année 1984, l'Union des Villes d'Art et d'Histoire de Bretagne, que j'ai le plaisir de présider depuis cette date. Quelques années plus tard, j'ai eu aussi la satisfaction de faire aboutir une demande qui était depuis très longtemps espérée, celle de classer 90 hectares du centre ancien de Dinan, en secteur sauvegardé. J'ai eu enfin le plaisir, entre autres choses bien sûr, de voir la Fête des Remparts -lancée dès 1983 par une simple porte ouverte sur les travaux de restauration et de nettoyage des remparts- devenir une fête de grand renom qui, depuis 20 ans, contribue à la promotion de la cité et à la mise en valeur du concept de tourisme culturel urbain, concept que M. VIGHETTI a lancé au niveau européen. J'espère que lors de la visite des maisons en pans de bois de notre ville -que nous effectuerons tous ensemble cet après-midi, par petits groupes, sous la conduite de guides éclairés- le nombre, la diversité, l'éventail des époques que vous pourrez découvrir, du 15ème au 18ème siècles, vous apporteront les satisfactions que vous attendez de cette journée. Les conférenciers qui vont, tout au long de la matinée, nous dire tout sur les maisons en pans de bois, auront eu le mérite de nous mettre l'eau à la bouche. Je vais leur laisser la parole, en étant content d'accueillir M. LELOUP bien sûr, mais également le second intervenant de la matinée, M. GARRETA, Architecte des Bâtiments de France dans le Morbihan, dinannais d'origine, puisqu'il a été mon élève lorsque j'enseignais le sport. Je retrouverai donc avec plaisir mon élève, brillant Architecte DPLG ; ce sera une grande joie de retrouver celui qui fut un excellent élève en sixième, il y a hélas déjà un certain temps. Je vais maintenant laisser la parole à M. VIGHETTI, puis à M. LELOUP et à M. GARRETA. Bonne matinée. Pendant qu'ils montent à la tribune, je voudrais remercier l'équipe d'organisation qui, sous l'impulsion de Florence LE THERISIEN, a mis cette journée au point, avec le concours de toute l'équipe qui l'entoure à Rennes. Je remercierai également nos services qui ont participé à la décoration de cette salle, à la préparation et à la mise en place de cet ensemble que vous avez devant vous. Voilà, c'est fini pour l'instant, je cède la parole à M. VIGHETTI. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 8 Jean-Bernard VIGHETTI, Directeur de l'Office de Tourisme de Rennes Métropole, Secrétaire Général de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne Merci. Bonjour. Je vais donc vous donner le programme de cette matinée, que vous avez probablement tous reçu, mais il n'est peutêtre pas mauvais d'en rappeler les temps forts. “Il s'agit pour nous […] de créer un électrochoc, notamment sur les élus de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne, et aussi sur ceux de l'Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne.” “Ce qui contribue à qualifier nos villes, qu'elles soient petites ou qu'elles soient grandes, c'est […] un habitat plus ancien du 15ème siècle, du 16ème voire du 17ème siècle, en pans de bois.” “Il semblait nécessaire d'attirer l'attention sur le risque qu'encoure encore aujourd'hui ce patrimoine bâti, pendant longtemps considéré comme secondaire, et qui de ce fait a été largement détruit. Il n'y a pas encore si longtemps que cela, même après la guerre, il y a eu des destructions assez massives de maisons en pans de bois. Ce qui fait qu'il nous reste en Bretagne un patrimoine certes encore important, mais très modeste par rapport à ce qu'il était préalablement.” “Ce pan de bois qui contribue à qualifier la Bretagne, il faut s'en occuper sérieusement.” Auparavant, je voudrais, dans un premier temps, rappeler ce qui nous a amenés à organiser cette journée. Certaines personnes n'ont pas forcément bien pris cette initiative, considérant que l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne n'était pas une structure chargée de la formation. Il est bien clair que cette réunion n'a pas pour but de former les personnes ici présentes. Il s'agit plutôt pour nous, à partir de l'ouvrage qu'a publié M. LELOUP -je ne pense pas qu'il y ait eu en Bretagne, ou sur le plan national, de contribution de cette nature- de créer un électrochoc, notamment sur les élus de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne, et aussi, comme le disait le Président BENOIT, sur ceux de l'Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne. Ce qui contribue à qualifier en partie nos communes, nos villes, qu'elles soient petites ou qu'elles soient grandes, c'est, bien sûr, la richesse patrimoniale, la richesse de l'habitat. Et, dans cet habitat, à coté de celui du 17ème siècle, du 18ème siècle, d'essence classique en pierre, on a aussi dans beaucoup de nos cités, un habitat plus ancien encore du 15ème siècle, du 16ème voire du 17ème siècle, en pans de bois. Après avoir lu l'ouvrage de M. LELOUP, après avoir vu qu'en dépit de ce que nous faisions les uns et les autres dans chacune de nos cités, il semblait nécessaire d'attirer l'attention sur le risque qu'encoure encore aujourd'hui ce patrimoine bâti, pendant longtemps considéré comme secondaire, et qui de ce fait a été largement détruit. Il n'y a pas encore si longtemps que cela, même après la guerre, il y a eu des destructions assez massives de maisons en pans de bois. Ce qui fait qu'il nous reste en Bretagne un patrimoine certes encore important, mais très modeste par rapport à ce qu'il était préalablement. Et on a perdu, M. LELOUP nous le dira tout à l'heure, on a perdu des pièces uniques de ce patrimoine, parce qu'il n'était pas suffisamment considéré, notamment par les élus, sauf peut-être à Dinan, comme le soulignait tout à l'heure M. BENOIT. Voilà notre objectif, et on verra à travers les propos de M. LELOUP qu'il ne suffit pas simplement d'entretenir une façade, qu'il ne suffit pas de retrouver une vocation d'aujourd'hui sur le plan commercial, au rez-de-chaussée, pour que le bâtiment soit sauvé. Il y a plus à faire, et ce pan de bois qui contribue à qualifier beaucoup de nos communes, qui contribue à qualifier la Bretagne, il faut s'en occuper sérieusement. C'est là l'objectif de la réunion de ce matin. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 9 Je tiens à le redire, de façon claire, nette et précise ; il ne faut pas chercher à travers cette initiative la volonté de notre Union de se positionner sur des actions, sur des missions qui ne sont pas les nôtres, même si, par ailleurs, nous sommes amenés à travailler avec des organismes de formation. Voilà ce que je tenais à dire d'entrée de jeu, de façon à ce qu'il n'y ait pas d'ambiguïté. Merci à M. LELOUP d'avoir accepté, comme le disait notre Président, d'animer cette grande journée où il sera très sollicité. Il me semble qu'avant d'aborder le problème de l'entretien, de la mise en valeur et du devenir de ces maisons en pans de bois, il faut d'abord commencer par le commencement, c'est-à-dire rappeler les origines, les grands principes de ces constructions en pans de bois. Je vous donne lecture du programme de cette matinée : M. LELOUP va intervenir avec un peu de retard, mais c'est assez classique dans les colloques. Tout d'abord, sur le thème de "l'architecture en pans de bois en Bretagne, un patrimoine d'exception sur le plan régional, national et européen". Il va nous dire en quoi ce patrimoine est effectivement un patrimoine d'exception, une architecture identifiant fortement le patrimoine urbain breton. Il est vrai qu'en Bretagne, le pan de bois se retrouve pour l'essentiel en ville, contrairement à la Normandie par exemple. Ce pan de bois est donc un pan de bois de type urbain pour l'essentiel. Ensuite, sur l'importance de protéger ce patrimoine encore menacé aujourd'hui. Nous passerons, pour développer concrètement ce sujet, à une table ronde, toujours avec M. LELOUP : "comment protéger l'architecture, les moyens, les avantages et les limites". A coté de M. LELOUP, il y aura, comme cela l'a été souligné tout à l'heure, M. GARRETA, Architecte des Bâtiments de France -dont c'est le métier que de veiller à la préservation de ce patrimoine. Témoignera ensuite un élu, pas d'une Ville d'Art et d'Histoire, mais d'une Petite Cité de Caractère, M. TOULARASTEL, Maire de Tréguier, qui est le tout nouveau Président de l'Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne. Il a remplacé M. BELLIOT qui, pendant 20 ans, a mené de main de maître l'Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne. Enfin, autre témoignage aussi, celui de Mme POSTEC qui nous présentera la Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager de Quimper. La ZPPAUP est un mode de protection au même titre que les secteurs sauvegardés, au même titre également que les 500 mètres autour des monuments classés ou inscrits, mais qui est bien particulièrement adapté à la protection de ce type de patrimoine. Après la pause, un autre thème sera traité : "restaurer l'architecture en pans de bois", évoquant notamment les problématiques liées à la spécificité de ce patrimoine, à son utilisation et aux partis de restauration. Nous aurons le témoignage de Mme BRACQ, Propriétaire à Vitré de la Maison de l'Isle, en tandem avec M. LELOUP qui traitera ensuite "de l'importance de considérer le Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 10 bâtiment à restaurer dans son ensemble, intérieur et extérieur, prescription ou incitation ?". Puis, un autre témoignage sur la politique de restauration des immeubles en pans de bois du centre historique de Rennes. Enfin, un dernier témoignage sur l'Opération Programmée d'Amélioration de l'Habitat à thématique patrimoine des Petites Cités de Caractère de Bretagne sera développé par Mme QUERO, Ingénieur des Services Culturels et du Patrimoine. Voilà, comment s'organisera cette matinée. Il y aura, en dernier thème, "valoriser l'architecture en pans de bois", avec Mme IRVOAS-DANTEC, Animatrice du Patrimoine de Rennes, mais qui est aussi mon Adjointe à l'Office de Tourisme de Rennes Métropole. Après le déjeuner, nous aurons une visite sur le terrain. Puis, la journée se terminera par des débats et questions, suite aux visites et suite aux interventions du matin. Nous essaierons évidemment de tirer des conclusions de cette journée : quelle politique pour la sauvegarde, la mise en valeur, l'animation, la réutilisation, la réexploitation de ce patrimoine, encore une fois tout à fait remarquable, que nous avons en Bretagne ? Je vais demander à M. LELOUP de bien vouloir monter sur l'estrade. Je rappelle qu'il est Enseignant à l'Université de Haute Bretagne, et que cela fait 12 ans qu'il travaille sur ce sujet. Je pense que tous les gens qui s'intéressent à la Bretagne avaient, ou ont noté, ses communications, extrêmement intéressantes, notamment dans la revue Armen, biais par lequel il communiquait auprès du grand public. Je pense que la communication de ce matin permettra, pour ceux qui n'ont pas acheté son ouvrage sur les maisons en pans de bois, de se le procurer, soit en l'empruntant, soit en le prenant dans une médiathèque. D'ores et déjà, on peut dire que cet ouvrage fonctionne bien, même s'il pouvait apparaître volumineux, et même peut-être difficile d'accès, en dépit de ses nombreuses illustrations. Le public accroche très bien à cet ouvrage, ce qui montre l'intérêt que portent les Bretons, et les autres, à leur patrimoine. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 11 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 12 I - L'ARCHITECTURE EN PANS DE BOIS EN BRETAGNE Daniel LELOUP, Architecte Je vais commencer, ce matin, en essayant de brosser, du mieux que je peux le faire, et dans un laps de temps relativement court, l'histoire de ce patrimoine en pans de bois. Car je pense qu'il est essentiel, avant de débattre des problèmes de restauration, de comprendre ce qu'est ce patrimoine. On ne peut faire de bonne restauration que si l'on sait d'abord pourquoi ce patrimoine a été construit, comment il a été fait. Cette notion de compréhension de ce patrimoine est absolument essentielle. “ Vraisemblablement, la Bretagne est la région de France, et peut-être même d'Europe qui, au 17ème siècle, a produit la plus grande diversité de modèles.” Il est vrai que pour la plupart des gens non-spécialistes de la question, quand on parle de maisons en pans de bois, on les voit toutes pareilles. Or, comme on l'a rappelé en préambule, il existe des maisons de différentes époques, des 15ème, 16ème, 17ème et 18ème siècles. Quatre siècles, c'est quand même long. Les techniques ont quelque peu évolué au cours de ces siècles, le type de plan qui a servi pour ces constructions également, ainsi que le décor. A l'arrivée, je dirais que l'on devrait parler d'architectures -au plurielen pans de bois, plutôt que d'une architecture en pans de bois. La diversité est extrêmement grande, surtout au 17ème siècle où l'on va nous proposer des ensembles de modèles très particuliers qui font, aujourd'hui, l'une des richesses exceptionnelles de ce type d'architecture dans cette région. Vraisemblablement, la Bretagne est la région de France, et peut-être même d'Europe qui, au 17ème siècle, a produit la plus grande diversité de modèles ; ceux-ci vont des maisons à porches, mais également des maisons à vitrines, aux maisons particulières, comme on verra à Rennes, avec des escaliers extraordinaires, etc, etc… Donc, c'est évidemment un vaste sujet, on m'a prévu 35 minutes pour essayer d'expliquer cette évolution générale, c'est très peu, je vais essayer de ne pas trop déborder. En commençant, je voudrais rappeler que l'une des particularités techniques fondamentales de ces architectures, c'est l'unicité du mode de construction qui a été utilisée en Bretagne. On a une construction, des constructions qui sont faites exclusivement suivant la technique qu'on appelle "à poteaux courts". Or, cette technique n'est pas la seule dans la construction en pans de bois. Il existe une autre technique, plus ancienne, qu'on appelle la technique "à poteaux longs", dont vous avez une reproduction sur cette diapositive, qui n'existe pas, ou, plutôt, qui n'existe plus dans cette région, car rien, à priori, ne peut faire penser qu'elle n'ait pas existé à un moment donné. On a rappelé que cette architecture commençait au 15ème siècle. Il y avait, très probablement, des maisons en pans de bois antérieures à cette époque, mais, malheureusement, nous n'en trouvons aucune trace aujourd'hui. C'est pour cela que l'on fait commencer cette architecture simplement au 15ème siècle. Mais il existait vraisemblablement auparavant d'autres modèles, du type de celui à poteaux longs, comme sur cette diapositive qui représente un Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 13 manoir en Normandie. Cette différence technique est absolument fondamentale. Dans le cas présent, il s'agit d'utiliser des poteaux qui montent de fond jusqu'en haut du bâtiment, ce qui nécessite des arbres de très haute futaie, des arbres de 11, 12, voire 13 ou 14 mètres, alors que la technique "à poteaux courts" utilise des pièces de bois courtes, comme son nom l'indique, de 2.80 mètres à 3.20 mètres environ. Deux techniques, donc, qui sont tout à fait différentes l'une de l'autre, et qui ont des conséquences sur la construction elle-même. Car, à partir du moment où l'on utilise des poteaux longs, comme ici, il va de soi qu'on ne peut pas avoir d'encorbellements, le poteau filant du rez-de-chaussée jusque sous les combles. La technique de l'encorbellement va apparaître avec l'invention de la technique "à poteaux courts", que l'on situe, habituellement, au 14ème siècle. C'est une limite qui reste, encore aujourd'hui, assez floue ; il est possible qu'avant même le 14ème siècle, on ait utilisé des techniques "à poteaux courts". Pourquoi, à un moment donné, a-t-on changé de technique ? Pour des raisons assez simples à comprendre. Il fallait trouver des arbres très importants pour construire des maisons à poteaux longs, mais, à cette époque-là, il y avait des forêts partout autour des villes, et autour de Dinan, il y en avait comme partout ailleurs. Ce n'est donc pas tant le problème des arbres et de leur rareté qui se posait, que le problème de la mise en œuvre. Pour imaginer ce qu'était une ville médiévale aux 14ème et 15ème siècles, il suffit de regarder nos centres anciens. Lorsqu'il fallait lever des arbres avec des poteaux de 12-13 mètres, dans des ruelles extrêmement étroites, c'était un problème, évidemment qui, techniquement, était extrêmement difficile à résoudre. De même, une fois qu'on les avait dressés, il fallait les haubaner -ils ne tenaient pas tout seuls- le temps de faire les assemblages. Ce problème technique va disparaître avec l'utilisation du poteau court. Avec les petites sections de bois qu'on va utiliser à partir de ce moment-là, on va pouvoir assembler au sol les étages les uns après les autres, et, comme un puzzle, monter les étages les uns audessus des autres. C'est donc ce problème de fonctionnement qui explique le succès de cette seconde technique. Très certainement dès la fin du 14ème siècle, et en tous cas dès le début du 15ème siècle, on peut dire que la technique "à poteaux courts" a définitivement supplanté la technique "à poteaux longs", qui meurt de sa belle mort. Elle disparaît complètement. Et ceci pas seulement en Bretagne, pas seulement en France, c'est un phénomène qu'on observe dans tout le Nord de l'Europe, de la Bretagne jusqu'à la Pologne. Ces avantages techniques sont, évidemment, tout à fait logiques. Je voudrais rappeler le deuxième élément qui est absolument fondamental, si l'on veut comprendre ce que c'est que ces maisons en pans de bois : c'est le problème du tissu urbain dans lequel elles ont dû s'insérer, à un moment donné de leur histoire. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 14 Vous le savez, les villes ont été découpées au haut Moyen Age, pour que l'on puisse construire un certain nombre de maisons. Or, ce parcellaire primitif va jouer un rôle fondamental. Une fois mis en place, on aura énormément de mal à le remembrer, à le transformer, au cours des siècles. Cela va conditionner l'évolution des modes de construction dans nos villes jusqu'au 18ème siècle, date à laquelle on va entreprendre des grands remembrements urbains, qui vont transformer un certain nombre de centres historiques. Mais, pendant un temps très long, quasiment jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, il va falloir tenir compte de ce parcellaire découpé au haut Moyen Age. Car, pour le remembrer, il faut que les propriétaires voisins se mettent d'accord, ou qu'une autorité décide d'effectuer un remembrement, ce qui n'a pas existé avant la fin de l'époque moderne. Je vous ai mis cette diapositive, de la rue de Penhoët à Rennes, qui rappelle ce qu'était ce parcellaire : à l'origine, des parcelles extrêmement étroites -certaines font moins de cinq mètres- alors que les maisons qui y sont construites sont vraisemblablement des maisons du 17ème siècle. Pourquoi ? Et bien pour la raison que j'ai évoquée : on va avoir énormément de mal à remembrer ces parcelles, ce qui va freiner considérablement l'évolution de l'architecture à l'intérieur de nos villes. A Lamballe, cette petite maison, qui existe toujours aujourd'hui, vous montre ce parcellaire, sur lequel est construite une très belle maison du 15ème siècle. C'est un phénomène fondamental qui va gêner l'évolution des modèles, et freiner la restructuration des villes. Ce très beau plan de la ville de Morlaix, rare plan du 17ème siècle, vous montre une image de nos villes à cette époque, avec leurs maisons à pignon, serrées les unes contre les autres. Cette image est tout à fait représentative de ce qui existait partout dans les villes de Bretagne, jusqu'au 18ème siècle. On comprend bien ce phénomène de structure urbaine, avec ce parcellaire très découpé, dans lequel il faut obligatoirement s'insérer. Et, au 16ème siècle, voire au 17ème siècle, lorsqu'un propriétaire voudra faire un autre modèle de maison à l'intérieur des villes closes, sa première préoccupation sera d'acquérir les parcelles voisines pour pouvoir faire autre chose. Car sans maîtrise du foncier, on ne peut absolument rien faire. C'est un problème général, pas seulement pour les villes de Bretagne, puisque les Rois eux-mêmes y ont été confrontés. Je vous renverrai simplement à Marie de Médicis et aux difficultés qu'elle a eu à acquérir du terrain, quand elle a voulu construire le Palais du Luxembourg, raison pour laquelle le jardin derrière est désaxé par rapport au Palais. Ces difficultés existent dans toutes les villes, et vont conditionner l'évolution de ces architectures. Le 15ème siècle nous a laissé, en Bretagne, un certain nombre de constructions, que l'on peut définir assez simplement, du moins en ce qui concerne la façade. Ce sont des maisons "à pignon", comme sur cette diapositive, rue Saint-Sauveur à Rennes. Pourquoi "à Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 15 pignon" ? Tout simplement parce que l'on s'est adapté au parcellaire : étroit sur la façade et tout en profondeur, il a déterminé cette forme de maison. Mais, avec une façade étroite et un plan en profondeur, on a, sur les murs mitoyens, des chéneaux qui posent des problèmes d'entretien considérables. Lorsque l'on lit les archives, on s'aperçoit que les propriétaires riverains sont perpétuellement en procès. En effet, les chéneaux sont difficiles à entretenir ; étant tout à fait en haut des maisons, ils se bouchent, et, vous le savez, quand une gouttière est bouchée, elle déborde, et c'est toujours de la faute du voisin. L'autre élément qui caractérise cet habitat primitif à poteaux courts, ce sont les encorbellements. Les encorbellements résultent de la nouvelle technique de construction en pans de bois. Car pour assembler, pour pouvoir réunir des éléments de charpenterie qui ne se prolongent pas, comme dans les poteaux longs, du bas jusqu'en haut, il faut trouver des systèmes qui permettent de faire des tenons et des mortaises. Effectivement, on ne peut pas assembler des poteaux courts l'un au-dessus de l'autre, car on affaiblirait beaucoup trop les sections du fait des percements. Le succès de ce type de construction va être considérable, et on rencontre ce modèle dans toutes les villes de Bretagne : A Vannes, ces deux maisons mitoyennes (c'est quasiment la même maison qui se répète), Quimperlé, avec ces maisons du même modèle, Lamballe, “Pontrieux,… Pontrieux,… Et si, sur chacune de ces maisons, il y a des particularités au niveau des assemblages et du décor, le fondement même du système de charpenterie reste toujours le même : une ferme débordante, des encorbellements profonds, et un type d'assemblage qui, du point de vue technique, ne varie pas.” Et si, sur chacune de ces maisons, il y a des particularités au niveau des assemblages et du décor, le fondement même du système de charpenterie reste toujours le même : une ferme débordante, des encorbellements profonds, et un type d'assemblage qui, du point de vue technique, ne varie pas. Quimper. Ce qui va fixer, en réalité, les limites de ce mode constructif, c'est la profondeur des encorbellements. Au 15ème siècle, on va trouver l'encorbellement très pratique. Pourquoi pratique ? Parce que l'avancée de la maison sur la rue permet de protéger le rez-dechaussée. Je sais que l'on a souvent dit, dans un certain nombre d'ouvrages, que l'encorbellement permettait de gagner de la place sur la rue. En réalité, c'est plutôt une résultante, et ce n'est certainement pas le point de départ du système constructif, qui est, comme je l'ai dit, d'ordre technique. Mais ce système est, en plus, intéressant pour le rez-de-chaussée. Il ne faut pas oublier que l'essentiel de ces maisons, à l'origine, possédait des commerces en rez-de-chaussée, et que le choix de l'emplacement dans la ville était déterminé par l'importance de ce commerce. Or, le fait d'avoir un encorbellement profond protège les commerces, et permet "d'étaler" à l'extérieur. Je dis "étaler" au sens propre, puisque, comme vous le savez, la partie qui se trouve en bas s'appelle l'étal. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 16 Cette maison de Quimper montre donc une construction avec des encorbellements particulièrement profonds, puisque du haut en bas de la maison, on gagne environ deux mètres. Ceci a également des conséquences sur la structure même de la maison. Car, plus les étages avancent sur la rue, plus on a un phénomène de basculement qui peut s'opérer, compte tenu du poids de ces différents éléments de charpente. Et vous le voyez, ici -c'est la même maison de Quimper- on a dû ajouter une jambe de force en-dessous, pour reprendre les solives qui débordent, et qui ont tendance à fléchir sous le poids de la construction. Ce problème de structure a également fixé, à un moment donné, l'importance des encorbellements qu'il était possible de réaliser avec ce mode de construction. En voilà un autre exemple, à Guingamp, avec des décors ; le système reste partout le même, il est simplement plus ou moins sophistiqué. Du point de vue du plan, on a aussi une espèce d'unicité générale, en Bretagne comme en Europe. En effet, il est assez étonnant de savoir que ces modèles se transmettaient dans toute l'Europe du Nord, aussi bien en ce qui concerne le mode de construction que le plan et une partie des décors. Vous avez là une maison tout à fait typique, que j'ai relevée à Guingamp, mais qu'on trouve absolument partout, avec une pièce à gauche qui donne sur la rue -boutique avec un étal- une pièce sur l'arrière, et, au milieu, une cage d'escalier. C'est une maison d'angle, donc il n'y a pas de couloir ou d'allée, mais le principe reste le même. Vous avez, complètement à droite en haut du plan, des latrines, élément de confort sur lequel je reviendrai tout à l'heure. On a un mur de refend partiel, en bas, qui sépare les pièces de devant des pièces de derrière. Ce plan est un plan absolument universel, qui caractérise cette architecture du 15ème siècle. Les maisons les plus pauvres n'ont simplement qu'une seule pièce au lieu d'en avoir deux, mais tant en ce qui concerne le mode de construction que le mode de fonctionnement de la maison, il s'agit exactement de la même chose. Sur cette image, on a des maisons en bande, accolées les unes aux autres, avec une technique de double mur, peu courante, mais qui ne change rien en réalité : maison à deux pièces, maison à une pièce et une autre maison à une pièce tout en haut,… Vous le voyez, le parcellaire a un rôle fondamental dans l'organisation de ces maisons en général, et de la ville en particulier. Quels sont les éléments que l'on trouve à l'intérieur ? Le premier élément commun, c'est l'escalier qui est toujours en vis, et presque toujours en bois. Les escaliers en pierre, à cette époque-là, sont extrêmement minoritaires (moins de 5 %). Cet escalier est tout à fait représentatif de ce qu'on trouve dans 95 % des maisons à cette époque-là : étroit, avec un emmarchement qui varie de 60 centimètres à 80 centimètres, et qui dessert tous les étages. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 17 Autres éléments de confort, les cheminées -là, du début du 16ème siècle-. Les cheminées sont essentielles, parce qu'on y fait tout : on se chauffe, on fait également la cuisine. Et puis un élément de confort qu'on oublie souvent, mais qui est tout à fait essentiel à cette époque-là, ce sont les latrines. Vous avez ici des latrines tout à fait typiques, comme on en rencontre partout : une simple pierre percée, avec une colonne. Ces latrines allaient généralement se déverser directement dans les douves, parfois dans des fosses qu'il fallait vider. Dans la plupart des villes, il y a des conduits maçonnés que l'on prend parfois pour des souterrains : ce sont simplement des conduits de latrines. Cette petite photo vous montre un évier -celui-là exceptionnel parce qu'il est décoré- qui existe, là aussi, dans la plupart des maisons. Il fallait, en effet, pouvoir se rincer les doigts à une époque où l'on n'utilisait pas encore la fourchette en Bretagne, et, également, laver les plats après les avoir utilisés. Je reviens sur un élément fondamental, qu'on a souvent oublié, c'est le problème de la boutique. Les gens qui viennent construire ces maisons choisissent un emplacement où ils vont pouvoir faire du commerce. Et plus l'emplacement commercial est important, notamment autour des halles, plus la valeur du terrain est grande. Et ceci explique, par exemple, qu'on trouve aujourd'hui de très belles constructions qui ont des façades entièrement au Nord, sans soleil. La question de l'ensoleillement n'était pas une préoccupation de l'époque, car on choisissait l'emplacement en fonction de sa valeur commerciale. Plus on était près de la place centrale, la place des halles, plus le terrain valait cher. Cette gravure, que j'ai tirée d'un ouvrage de Viollet-le-Duc, vous montre comment étaient faites ces boutiques : avec des volets qui s'abattaient, qui servaient d'étal, et des volets levant qui protégeaient la marchandise étalée à l'extérieur. D'où l'intérêt de l'encorbellement dans un pays au climat très pluvieux. En Bretagne, le fait de pouvoir protéger la marchandise que l'on met à l'extérieur est un élément tout à fait important. Autre détail : souvent, au rez-de-chaussée, on ne trouve pas de cheminée. Les gens s'en étonnent, et considèrent ou pensent qu'on les a détruites. Ce n'est pas le cas, et très souvent, à l'origine, il n'y avait pas de cheminée au rez-de-chaussée ; pourquoi ? Parce que la boutique, comme vous le voyez, est ouverte sur l'extérieur. Le commerce ne se faisait pas à cette époque-là comme aujourd'hui en rentrant dans la boutique- mais les acheteurs restaient dans la rue et le vendeur était dans la boutique, celle-ci restant complètement ouverte. Une cheminée ne chauffe déjà pas beaucoup, mais en plus, si tout est ouvert sur l'extérieur, cela représente un intérêt extrêmement limité, voire totalement négligeable. Il existe deux maisons, en Bretagne, qui reproduisent ces volets, que je vous montrerai après. Je vous ai mis ici une miniature tirée d'un livre, "Ethique, Politiques et Economiques" d'Aristote, qui nous montre un élément tout à fait Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 18 “Ce qui caractérise l'iconographie de cette époque, ce sont des sujets religieux récurrents, mais également des sujets "populaires" qui viennent s'y mélanger.” “Cette belle maison de Quimper, détruite vers 1860, est tout à fait caractéristique, avec une série de personnages qui sont pour l'essentiel des saints.” intéressant : en bas, des marchands vendent à l'extérieur, suivant le système que je viens d'évoquer, et, en haut, vous apercevez une maison en pans de bois avec des emplacements de fenêtres plus ou moins fermées. Ce sont des emplacements qui vous montrent en fait des volets coulissants plus ou moins relevés à l'intérieur des fenêtres. Contrairement aux idées reçues, à cette époque-là, un certain nombre de bâtiments n'avait pas de fenêtres. Elles vont apparaître un peu plus tard. On se contentait simplement, la nuit, de relever les volets coulissants, ce que vous montre ce document. Cela peut paraître étonnant d'imaginer des bâtiments dépourvus de fenêtres pour fermer, mais c'est un élément absolument certain. J'ai eu l'occasion, comme un certain nombre de personnes dans cette salle, de travailler sur ces maisons-là, et nous n'avons trouvé aucune trace de fermeture existante. On est absolument sûr qu'il n'y en avait pas. Ceci est conforté par un certain nombre de sources iconographiques, comme celle que vous avez sur cet écran. Il faut donc se rendre compte que ces maisons étaient particulièrement ouvertes sur l'extérieur, et que le mode de vie qui en découlait, à l'intérieur, n'était pas le même que le nôtre. En Bretagne, on a restauré deux maisons avec des volets levants et abattants : celle-ci qui est au 9, Grand'rue à Morlaix, et une autre qui est à Dinan, rue du Jerzual, que l'on verra peut-être cet aprèsmidi. C'est une maison un peu plus récente -elle semble dater du 16ème siècle- qui montre cette disposition, avec un volet bas qui sert d'étal, et un volet haut qui sert à protéger. On comprend bien, sur cette diapositive, l'intérêt d'avoir des encorbellements profonds, qui viennent protéger encore davantage le système du rez-de-chaussée, essentiel dans le fonctionnement de ces maisons. L'autre élément de cette époque, c'est le décor. Là aussi, on a un décor tout à fait particulier qui va disparaître avec la Renaissance. Le décor est extrêmement important sur cette maison, mais elles n'étaient pas toutes décorées car cela représentait un coût supplémentaire pour le propriétaire. Ainsi, les propriétaires les moins fortunés ne décorent pas leurs maisons. Ce qui caractérise l'iconographie de cette époque, ce sont des sujets religieux récurrents, mais également des sujets "populaires" qui viennent s'y mélanger. Cette belle maison de Quimper, détruite vers 1860, est tout à fait caractéristique, avec une série de personnages qui sont pour l'essentiel des saints. […] Voilà une sculpture qui provient d'une autre maison de Nantes, et qui vous montre un sujet civil : c'est un apothicaire en train de piler ses drogues. Voyez le très beau décor gothique flamboyant du dais au-dessus, caractéristique de cette fin du Moyen Age. On trouve des sujets plus amusants : A Vannes, ce lion en train de rire, Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 19 Ce personnage, à Malestroit, qui tient un gourdin, La "truie qui file", également à Malestroit… On trouve une grande variété de personnages au travers de ces deux grandes catégories : sujets religieux et sujets de la fête ou de l'amusement. Là aussi, on peut dire que ces deux grands thèmes se retrouvent dans tout le Nord de l'Europe. Mais évidemment, en fonction des régions et des particularités locales, les saints évoluent, et les sujets traités, plus civils, évoluent également. Vous avez reconnu Quintin, le bonhomme qui grimace. Cette architecture a connu un succès considérable en Bretagne, mais aussi dans tout le Nord de l'Europe. Les maisons gothiques ont connu un succès tel qu'en Bretagne, on va répéter ces modèles pendant des temps extrêmement longs. C'est une des difficultés pour les historiens de l'architecture, car on a tendance à mélanger les dates, ou, du moins, c'est un élément qui peut nous induire en erreur. “La "truie qui file", à Malestroit…” Quand on regarde la partie qui est à droite de cette très belle maison de Landerneau, on est tout à fait dans les caractéristiques de ce que j'ai défini tout à l'heure comme une maison gothique : petite façade, pignon, encorbellement. Or cette maison est datée et la date est certaine : 1664. On est donc dans la seconde moitié du 17ème siècle, sous Louis XIV. Cela peut sembler incompréhensible, voire complètement en décalage par rapport à l'époque. Il faut cependant se remémorer que ces modèles ont connu un succès considérable y compris dans le temps. Une maison de Saint-Brieuc, vraisemblablement du milieu du 16ème siècle, Vannes, l'Office de Tourisme que vous connaissez, là aussi maison du 17ème siècle, répondant à des lois de l'époque gothique qui se termine à la fin du 15ème siècle-. C'est un phénomène général car on en trouve absolument partout, dans toutes les villes de Bretagne. Ici Carhaix, peut-être encore plus caractéristique, compte tenu de l'importance des encorbellements : c'est une maison comparable à celle de Quimper que je vous ai montrée tout à l'heure. Or, elle date du milieu du 16ème siècle, peut-être même des années 1570-1580, car une partie du décor de cette maison est très Renaissant. On aperçoit le rez-de-chaussée, ainsi qu'un détail de l'étage, avec ces personnages engainés qui caractérisent la Renaissance. Il s'agit donc évidemment d'une maison du 16ème siècle, alors que la structure du pan de bois en façade est de type médiéval. Cette maison de Quimper, datée de 1552, apparaît également comme une maison de type gothique. A titre d'illustration, voici deux exemples pour vous rappeler que c'est un phénomène général : cette très grande maison qui est à Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 20 Angers, au plein cœur de la ville, avec le même type de pans de bois au niveau de la composition, et des décors qui rejoignent ceux que j'ai évoqués : thème religieux, ou thème plus léger, comme celui que l'on a en bas. Voici un dessin ancien -puisque vous voyez qu'il est en pieds et en pouces- qui est un relevé d'une maison de Bourges, et qui montre des éléments tout à fait comparables à ce que j'ai pu vous montrer jusqu'à présent. Au début du 16ème siècle, les choses vont évoluer, mais lentement. La Renaissance arrive en France ; de nouveaux modèles vont apparaître à partir de cette époque, et un certain nombre de choses vont changer. Le premier élément qui va disparaître, peut-être être le plus visible, c'est le décor. A partir du début du 16ème siècle, le décor traditionnel -et notamment celui qui traite de sujets religieuxva disparaître assez rapidement. On a encore, comme ici, des sujets religieux -c'est la fameuse maison "Ti Coz" à Rennes- mais on voit apparaître sur le piédestal des éléments décoratifs renaissants, puisés dans les répertoires gréco-romains, et, de l'autre coté, ce personnage avec des motifs tout à fait caractéristiques de la Renaissance. En même temps, un phénomène va apparaître, sur le plan de la structure des maisons. On va essayer, pour donner plus de confort à l'intérieur, de faire des façades plus grandes, opération difficile pour les raisons que j'ai évoquées précédemment : compte tenu du parcellaire, pour réaliser une grande façade sur la rue, il faut obligatoirement réunir deux maisons. Nous avons ici cette très belle maison de Quimperlé, qui vous montre la recherche en cours. Le fait de pouvoir construire des maisons à larges façades va permettre de les faire moins profondes, et, surtout, de beaucoup mieux les éclairer à partir de la rue et de l'arrière. C'est évidemment un progrès qui correspond à l'évolution des mœurs de l'époque, une recherche de confort qui arrive dans le Val de Loire avec la Renaissance, et qui est caractérisée par seulement quelques maisons au milieu du 16ème siècle. Ceci s'explique par les difficultés d'insérer des maisons à grandes façades à l'intérieur d'un tissu urbain complètement sclérosé, lié au parcellaire étroit. Cette maison de Quimperlé est donc tout à fait intéressante. On en trouve quelques autres, disséminées çà et là dans les villes. Ici à Rennes, à l'entrée de la rue Saint-Georges, l'Hôtel de la Houssaye. Ces maisons à mur gouttereau sur rue, c'est-à-dire où l'eau s'égoutte sur la rue, règle le problème des anciens chéneaux qu'on avait de part et d'autre des maisons. On assiste à une sorte de "retournement" de la maison, puisqu'au lieu d'être tout en profondeur, le volume bâti est en largeur le long de la voie. C'est un changement important qui permet, dans le même temps, de faire évoluer le fameux plan à deux pièces. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 21 Sur cette maison de la rue Saint-Georges, on voit l'un des derniers sujets religieux traités à Rennes : Adam, sur le serpent, tient la pomme ; en même temps, ce n'est plus un dais gothique mais un chapiteau ionique qui coiffe notre cher Adam. A partir du milieu du 16ème siècle, à chaque fois qu'on va pouvoir le faire, on va construire des maisons à larges façades qui changent totalement, au point de vue formel, des maisons du 15ème siècle. Ici c'est Pontivy, ville assez représentative de ces maisons à façade gouttereau sur rue : on a des alignements complets de maisons construites sur ce modèle. Saint-Brieuc, avec une maison construite en deux temps : la partie la plus ancienne, à droite, est une maison de type médiéval, avec son pignon ; on l'a agrandie à gauche, dans l'esprit de ce que l'on faisait au 16ème siècle ; on a donc un modèle hybride, d'esprit médiéval d'un côté, et de l'autre d'esprit renaissant, ce qui donne un cachet particulier à cette construction. A Landerneau, voici encore la juxtaposition de deux maisons du 15ème siècle et d'une maison construite ultérieurement, au 16ème siècle. Vous voyez bien ce problème de la rupture du tissu urbain. Je vous ai mis ce dessin de Dinan, qui est dans mon livre, et qui vous explique la nouvelle organisation à l'intérieur des maisons. En effet, cette modification des façades s'accompagne d'une modification du plan ; à partir de cette époque-là, on va se poser une question essentielle pour l'époque, mais dont on ne trouvera la réponse définitive qu'au siècle suivant : le problème de l'escalier. Au 15ème siècle, l'escalier est en vis. Dans cette maison, que j'ai datée du début du 16ème siècle, l'escalier se trouve au milieu de la construction ; c'est une place tout à fait inhabituelle par rapport à ce qui se faisait auparavant. On est, en fait, en pleine recherche pour savoir ce que l'on va faire de l'escalier, comment va-t-il pouvoir évoluer. Autre exemple à La Roche-Derrien, où on a carrément rejeté l'escalier en vis à l'extérieur de la maison, dans une espèce de tour. Vous le voyez, dans les deux cas, l'escalier reste en vis, car on ne sait pas faire à cette époque-là -ou du moins on ne fait pas à cette époque-là- d'escalier droit dans les maisons en pans de bois. Ils apparaîtront simplement au début du 17ème siècle, et vont changer une nouvelle fois l'organisation générale des maisons. Cette maison, qui est à Josselin, est la plus ancienne maison datée en Bretagne à porter un décor renaissant. Son type général reste médiéval, mais elle est datée de 1538 et montre un nouveau vocabulaire architectural, qui se mélange à des décors encore gothiques. Voici la même maison, avec ces nouveaux décors d'entrelacs, de feuillages et cette tête, caractéristique de l'Ecole de Fontainebleau. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 22 Une autre maison, à porche, que vous connaissez bien : l'Hôtel Kératry. C'est une des plus belles maisons de cette époque qui nous soit parvenue, car tout son décor est Renaissant, ce qui n'était pas le cas du modèle précédent. Elle atteste que toutes les leçons de la Renaissance sont parfaitement connues dès 1559 en Bretagne, date assez précoce. Ce nouveau décor renaissant va se généraliser, surtout dans la seconde moitié du 16ème siècle. Voici une maison de Ploërmel, datée de 1586, présentant des personnages sur des piédestaux en feuilles d'acanthe, vocabulaire de la Renaissance que l'on retrouve partout en Bretagne. On est ici à Vannes, au numéro 2 rue du Port. Le décor regroupe un chapiteau triangulaire, un petit pilastre en-dessous, un chapiteau ionique stylisé, mais aussi des éléments transformés tout à fait étonnants, qui montrent bien que les registres du nouveau vocabulaire architectural soient parfaitement connus en Bretagne. A Rennes, on trouve également des maisons extraordinaires, car c'est peut-être là que les décors sont les mieux conservés. Je vous ai mis cette maison du 22 rue du Chapitre, que tout le monde connaît, avec le détail de ses décors. On a une répétition des thèmes en Bretagne. Celui de la tête de lion, que l'on retrouve partout, est traité de façon plus ou moins sophistiquée en fonction de la qualité des ateliers qui sont en place. Je vous en ai mis plusieurs : “A Rennes, on trouve également des maisons extraordinaires, car c'est peutêtre là que les décors sont les A Rennes, rue Saint-Michel, voici un très bel exemple de lions mieux conservés. [Comme] 22 affrontés, tenant le blason du propriétaire. Voici également celui du 22 rue du Chapitre. rue du Chapitre.” Ici à Quimper, le thème est traité de façon beaucoup moins habile, par un atelier qui n'était certainement pas aussi habitué à la décoration qu'à Rennes : les lions sont assez grossièrement exécutés, et les feuilles d'acanthe ne sont pas très fines. On est à Lannion, avec une colonne à chapiteau corinthien qui est inclinée, mais qui montre une bonne connaissance de ces modèles. Toujours à Lannion, sur la même maison, voici une sorte de planche d'architecture, où sont répétés les modèles de la Renaissance ; il n'y a absolument plus aucun décor religieux. A partir des années 1540, le décor religieux disparaît totalement et définitivement de l'architecture en pans de bois. Ce sont les modèles puisés dans l'Antiquité qui prennent le relais et que l'on va répéter de façon systématique. Vous avez ici un personnage sur un piédestal à entrelacs, assez surprenant. En effet, cette maison a probablement été construite à la fin du 16ème siècle, juste après les guerres de la Ligue : le personnage a une tête "Louis XIII", avec ses moustaches, et on lui Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 23 a fait une poitrine qu'on a bûchée par la suite. Je n'ai pas voulu oublier Vitré, avec cette cheminée, datée de 1583, qui est un bel exemple de cette sculpture de la Renaissance. Elle montre qu'à cette époque, le décor est un phénomène général en Bretagne, et qu'il revêt des formes tout à fait variées. “ Vitré, avec cette cheminée, datée de 1583, qui est un bel exemple de cette sculpture de la Renaissance.” Un autre élément que l'on oublie souvent, ce sont les portes qui changent. Dès la fin du 16ème siècle, on voit apparaître, dans toute la Bretagne, des portes à panneaux. Celle-ci est à Rennes, mais il y en a à Saint-Malo, à Vannes… Aucune grande ville ne semble échapper à la diffusion de ces modèles. D'une manière générale, on peut dire qu'à partir de la fin du 16ème siècle, il y a une espèce de bouillonnement qui existe dans cette région. Tout d'abord le décor est extrêmement riche, mais, en même temps, on sent que les ateliers d'architecture sont en quête de nouveaux modèles, qu'ils veulent transformer les modèles existants. C'est ce qui va se passer dès le début du 17ème siècle. Déjà, on a un certain nombre de maisons qui, dès la fin du 16ème siècle, perdent complètement leurs encorbellements, ou presque. Ici, cette maison, datée de 1609, vous montre une façade avec des encorbellements quasiment inexistants. On n'est plus du tout dans le cas de figure que je vous ai montré tout à l'heure, avec des encorbellements profonds qui avaient une fonction technique, mais également une fonction économique, puisqu'on s'en servait pour les raisons que j'ai évoquées. Là, on voit bien que c'est un simple décor, qui n'a plus d'autre sens qu'une poursuite de la tradition, tradition qui va rapidement être abandonnée complètement. Dans le même temps, il y a en Bretagne d'importants ateliers de charpenterie, qui ont un remarquable savoir-faire. Cette photo présentant une cour, à Rennes, avec des maisons sur six niveaux, montre la capacité de construire en bois qu'avaient les ateliers à cette époque-là. C'est une technicité exceptionnelle que l'on a oubliée. Aujourd'hui en effet, on pense à des maisons à un ou deux étages, mais on sait que dans les grandes villes notamment, il y avait des maisons beaucoup plus hautes, à Rennes, à Nantes, qui montraient un savoir-faire technique de très grande qualité. Ce savoir-faire va se transmettre sous des formes différentes. A Rennes, voici des maisons -fin 16ème-début 17ème siècles- sans encorbellements : les façades sont entièrement plates. C'est un nouveau type d'architecture qui apparaît, car dans le même temps, on est en train d'ouvrir les façades pour avoir plus de lumière, plus de confort à l'intérieur, ce qui est bien naturel. Voici une de ces maisons, datée de 1599, et vous voyez que son décor est exclusivement renaissant. On est donc à la fois dans la logique de la fin de la Renaissance, et en même temps, on sent que les ateliers d'architecture ont un potentiel qui va déboucher sur autre chose. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 24 Je vous ai montré beaucoup de photos rennaises sur ce sujet, mais ce n'est pas un phénomène exclusivement rennais. Vous avez ici une maison qui est datée de 1616 et qui se trouve dans une Petite Cité de Caractère : Moncontour. On est pratiquement dans le même créneau de date que ce que je vous ai montré à Rennes. Vous voyez, la façade est entièrement plate et très ouverte pour l'époque, alors qu'on est à Moncontour et non pas dans la capitale bretonne. Evidemment, ce qui représente le plus peut-être, dans l'imagination des gens, l'évolution de cette architecture, c'est la place des Lices, avec ses grandes maisons en bois et les énormes escaliers qui sont à l'intérieur. Les constructions changent complètement l'image traditionnelle de la maison en pans de bois, puisque ici tout est différent, l'emplacement de l'escalier et l'importance qui lui est donnée. Il n'est pas simplement un moyen de communication pour monter du bas jusqu'en haut, mais c'est un élément de sculpture et un élément ostentatoire à l'intérieur de la maison. Le plan est différent également, car, pour la première fois, on va voir apparaître des plans à double profondeur, avec des pièces sur la rue et des pièces sur la cour. Ce dessin, qui est dans mon livre, explique bien les choses ; je ne vais pas être trop long là-dessus. Je vous ai mis un escalier, pour vous rappeler quand même qu'il s'agit d'un phénomène tout à fait extraordinaire, qui n'est pas un phénomène provincial. A Paris, à la même époque, on fait des escaliers exactement sur le même modèle ; je connais un certain nombre d'hôtels particuliers parisiens où on a les mêmes escaliers qu'à Rennes, ni plus beaux, ni moins beaux, ce sont exactement les mêmes. Cela montre l'importance de ces ateliers qui, à cette époque, ont une très grande réputation et qui sont connus bien audelà des limites de la Province. Ce plan vous montre qu'on va essayer d'adapter un certain nombre de maisons anciennes au goût du jour : il s'agit d'une maison de Tréguier. Vous avez son état initial en bas, avec son escalier en vis dans l'un des angles de la pièce unique ; probablement au début du 17ème siècle, on va ajouter un escalier rampe sur rampe, moderne, à l'arrière de la construction, car on ne peut pas l'intégrer à l'intérieur de la maison. A la même période, beaucoup de constructions vont être modernisées, avec des résultats plus ou moins satisfaisants. Le nouvel escalier devient un élément fondamental en ce qui concerne l'image de la maison. Ainsi, rue du Chapitre à Rennes, on va tenter d'intégrer dans la plupart des maisons des escaliers rampe sur rampe -à l'italienne-, alors qu'elles avaient à l'origine des escaliers en vis. Ce phénomène des escaliers n'est pas propre à Rennes. Dans d'autres villes, on va essayer de trouver de nouveaux modèles d'architecture, qui connaîtront des succès plus ou moins importants, plus ou moins limités. On est ici à Lannion, avec cette maison très connue qui montre un modèle unique en Bretagne. Il est d'influence anglaise, et nous Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 25 montre une tentative pour faire évoluer le pan de bois vers d'autres éléments. Toujours à Lannion, voici des sculptures dont j'ai retrouvé les modèles en Angleterre. Cela montre que cette ville se tourne alors vers ce qui se fait de l'autre coté de la Manche, pour essayer de créer une nouvelle architecture en bois. D'autres modèles vont apparaître dans d'autres villes, notamment les fameuses maisons à vitrines dont on a quelques exemples ici. Elles constituent une véritable "révolution", puisque ces fameuses vitrines sont désolidarisées de l'ossature en bois et sont accrochées aux façades une fois que l'ossature est montée. Du point de vue de la conception même de ces maisons, c'est quelque chose de tout à fait nouveau, qui n'a rien à voir avec ce qui se faisait auparavant. Tous ces éléments sont déjà préexistants à la fin du 16ème siècle, mais il est vrai que le 17ème siècle va proposer des modèles extrêmement intéressants et nouveaux. Je n'oublie pas Dinan avec ses maisons à vitrines, car, comme les grands escaliers rennais, ce sont des modèles particuliers, qui caractérisent notre architecture en Bretagne, que beaucoup d'autres régions peuvent nous envier. Au jour d'aujourd'hui, on ne connaît ce type de modèle qu'en Bretagne. Peut-être en découvrira-t-on ailleurs, c'est possible, nos recherches ne sont pas assez avancées dans les autres provinces. Je vous montre donc ces maisons qu'on reverra cet après-midi : celle-ci est sur les quais, sur le port, et voici le Jerzual, ou plutôt le Petit Fort. Tout à l'heure en commençant, je disais qu'il serait mieux de parler des architectures en pans de bois. Vous voyez bien, en réalité, la diversité des modèles qu'on a à partir du 15ème siècle, qui aboutit, à la fin du 17ème siècle, à une richesse de modèles tout à fait étonnante. “Il serait mieux de parler des architectures en pans de bois. Vous voyez bien, en réalité, la diversité des modèles qu'on a à partir du 15ème siècle, qui aboutit, à la fin du 17ème siècle, à une richesse de modèles tout à fait étonnante.” Saint-Malo, avec ses maisons à vitrines qui constituent un patrimoine particulier, extrêmement précieux, et qu'il faut à tout prix sauvegarder. Je vous ai mis là aussi une autre tentative pour faire évoluer les modèles. Dans la région de Saint-Brieuc, apparaît ce décor de grosses colonnes, qui n'est pas la réplique d'un modèle antique, mais une interprétation locale faite par un atelier de charpenterie de Saint-Brieuc. Ce modèle, qu'on va retrouver dans toute la région notamment à Lamballe et à Moncontour- va donner au final cette étonnante maison de Tréguier, qui est la maison natale d'Ernest Renan. On y voit une forme d'interprétation extrêmement libre, d'un modèle que l'on ne peut rattacher qu'aux maisons de SaintBrieuc à cause de ce décor unique de colonnes. Tout cela signifie qu'au 17ème siècle, on a une richesse conceptuelle extraordinaire. Malheureusement, cette très grande architecture, qui était promise à un avenir encore plus grand, va s'arrêter assez brusquement à la fin du 17ème siècle, pour différentes raisons. A Rennes, l'affaire du papier timbré et l'exil du Parlement à Vannes, Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 26 va entraîner la dispersion des ateliers d'architecture qui étaient sur place. Mais d'autres raisons, en particulier les incendies qui éclatent à la fin du 17ème siècle et surtout au 18ème siècle, vont entraîner des interdictions de construire en bois. Elles vont faire disparaître les ateliers, et décimer cette grande architecture en Bretagne. Au 18ème siècle, le pan de bois va devenir simplement un élément de construction qu'on va cacher. On a restauré un certain nombre de maisons -c'est un sujet sur lequel on reviendra un peu plus tard-, comme celle-ci, où l'on voit bien que l'ossature en bois est ce que j'appelle une ossature "pauvre", avec des pièces de bois qui sont de dimensions faibles, mal équarries, et qui ont été assemblées pour être recouvertes avec un enduit. A partir du moment où l'on cache les choses, il va de soit qu'elles vont disparaître d'elles-mêmes car elles n'ont plus d'intérêt ; il n'y a plus de sculpture, plus rien. “Saint-Malo, avec ses maisons à vitrines qui constituent un patrimoine particulier, extrêmement précieux, et qu'il faut à tout prix sauvegarder.” On a donc, à partir de la fin du 17ème siècle et surtout du début du 18ème siècle, une sorte de construction -ici à Vannes- dont le pan de bois, extrêmement simplifié et réduit, a perdu toutes les qualités esthétiques qu'il avait auparavant. Ce n'est plus qu'un moyen, qu'un simple matériau de construction pour élever des bâtiments. Ici, on est à Saint-Brieuc. C'est quand même tout à fait étonnant de voir ces simples petites pièces de bois verticales, ces potelets, qui ne servent qu'à tenir l'enduit. Ici, à Moncontour. Vous voyez, le phénomène est général, et je pourrais donner de nombreux exemples sur ce sujet. Voilà. J'espère que je n'ai pas trop débordé sur le temps qui m'était imparti. J'ai débordé un peu mais je voulais quand même vous faire une présentation générale de cette architecture en pans de bois, car il y a une telle diversité, une telle richesse, qu'il faut évidemment protéger et conserver ce patrimoine. Nous irons voir cet après-midi une petite maison de Dinan, qui n'est pas une belle maison, mais je vous expliquerai pourquoi elle est importante et pourquoi il faut absolument la sauver et la réhabiliter. Elle a en effet une grande valeur, pour des raisons historiques, pour des raisons de type d'architecture qu'elle cache, et elle explique l'évolution de différents phénomènes. Je vais peut-être m'arrêter là pour cette présentation. Jean-Bernard VIGHETTI Merci pour ce balayage magistral, effectué en un temps record. Il n'était pas évident d'évoquer l'évolution de cette architecture en si peu de temps. La journée va être dense, mais on a voulu créer, par ce biais, d'abord un électrochoc. Pour cela, il ne fallait pas se contenter d'une simple présentation patrimoniale. Il fallait aussi voir comment les choses évoluaient aujourd'hui. Quel avenir pour ce pan de bois, et pour commencer, comment le restaurer ? Pour cela, il nous faut aborder la protection de l'architecture en Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 27 pans de bois, ses moyens, ses avantages et ses limites. C'est la première communication de la matinée sous forme de table ronde et elle sera répétée car elle nous semble plus vivante. Elle concerne l'historique de la protection de l'architecture en pans de bois en Bretagne par M. LELOUP. Ensuite, "classement au titre des Monuments Historiques, les secteurs sauvegardés, ZPPAU et ZPPAUP, les différents outils de protection d'aujourd'hui, quels outils pour quels objectifs". C'est M. GARRETA qui va intervenir sur le sujet, Architecte des Bâtiments de France au Service Départemental de l'Architecture et du Patrimoine du Morbihan. Puis, M. TOULARASTEL interviendra sur le secteur sauvegardé de Tréguier, et Mme POSTEC sur la ZPPAUP de Quimper. En ce qui concerne le secteur sauvegardé de Vannes, peut-être que M. GARRETA pourra en dire deux mots. M. LELOUP, c'est à vous de commencer, pour rappeler l'histoire de la protection de l'architecture en pans de bois. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 28 II – PROTEGER L'ARCHITECTURE EN PANS DE BOIS Histoire de la protection de l'architecture en pans de bois en Bretagne Daniel LELOUP Quelques mots pour introduire cette deuxième partie sur l'histoire de la protection de l'architecture en pans de bois. Comme je l'ai dit longuement dans mon livre, pendant tout le 19ème siècle, personne ne s'intéresse à ce patrimoine. On considère que c'est un patrimoine mineur, qui ne présente pas d'intérêt. Plusieurs raisons expliquent ce désintérêt. Le 19ème siècle est, vous le savez, le siècle de l'industrie et de l'hygiène, et on considère que ce patrimoine est insalubre, impropre. A l'ère des grandes mutations industrielles, les maisons en pans de bois sont, pour l'essentiel, occupées par des gens de condition extrêmement modeste, qui viennent des milieux ruraux pour travailler dans les villes, et qui n'entretiennent pas ce patrimoine, car ils sont locataires. De plus, les propriétaires ne font pas de travaux dans ces bâtiments, qui tombent souvent en ruines ou qui sont dans des états extrêmement pitoyables. “L'image que l'on a de ces bâtiments au 19èmesiècle, quand on regarde notamment les premières photographies des années 1860, est celle d'un habitat insalubre. On peut comprendre les réactions de cette époque, et le souci qu'a un certain nombre d'édiles de raser ce patrimoine pour construire des immeubles propres, neufs, qui correspondent à une nouvelle norme d'hygiène et à la nouvelle idée que l'on a de la ville.” De ce fait, l'image que l'on a de ces bâtiments au 19èmesiècle, quand on regarde notamment les premières photographies des années 1860, est celle d'un habitat insalubre. On peut comprendre les réactions de cette époque, et le souci qu'a un certain nombre d'édiles de raser ce patrimoine pour construire des immeubles propres, neufs, qui correspondent à une nouvelle norme d'hygiène et à la nouvelle idée que l'on a de la ville. Le 19ème siècle, c'est aussi le siècle de la création des Monuments Historiques avec Prosper MERIMEE, et le début de la protection d'un certain nombre de monuments. Malheureusement pour le patrimoine qui nous occupe, Prosper MERIMEE, qui va régner en maître sur les Monuments Historiques pendant un demi-siècle, ne va pas du tout s'intéresser à ces maisons. Là aussi, on peut lui trouver un certain nombre d'excuses. Il y avait tellement à faire, après la Révolution, pour rénover nombre de monuments qui avaient été mis en péril et qui menaçaient de s'effondrer. On pourrait en citer quelques-uns, et non des moindres, comme l'Abbaye de Vézelay, Notre-Dame de Paris, etc… Il y a des raisons qui sont un peu plus complexes, notamment au point de vue légal, comme le fait que ces maisons appartiennent à des propriétaires privés et qu'il était difficile d'intervenir sur des propriétés privées. “Le bilan du 19ème siècle est un bilan extrêmement négatif, car en 1900, il n'y avait que deux maisons en pans de bois classées en Bretagne.” Bref, le bilan du 19ème siècle est un bilan extrêmement négatif, car en 1900, il n'y avait que deux maisons en pans de bois classées en Bretagne. La première a été la maison dite "de la Reine Anne" à Morlaix, et la seconde, "l'Hôtel des Ducs de Bretagne" à SaintBrieuc. Deux maisons, c'est peu. Monsieur le Maire de Dinan a Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 29 “Au milieu du 20ème siècle, il n'y a guère qu'une trentaine de maisons classées, et ceci explique leur disparition en nombre.” rappelé tout à l'heure qu'il y avait un peu plus de 1 500 maisons en pans de bois en Bretagne, mais à cette époque-là, on peut considérer qu'il y en avait au moins le double, voire plus, car le nombre de 3 000 est certainement en dessous de la réalité. Deux maisons donc, c'est évidemment extrêmement peu et ce phénomène va malheureusement se poursuivre pendant toute la première moitié du 20ème siècle, sauf à Dinan, qui constitue une exception comme on l'a rappelé tout à l'heure. Au milieu du 20ème siècle, il n'y a guère qu'une trentaine de maisons classées, et ceci explique leur disparition en nombre. On va continuer à en démolir jusqu'à la deuxième guerre mondiale, sans aucun problème. J'ai évoqué deux villes qui ont été particulièrement terribles pour la disparition des maisons en pans de bois à cette époque : Nantes d'abord, qui a quasiment achevé la disparition complète de son architecture en pans de bois (elle en avait quand même encore un certain nombre dans les années 1900, qu'elle a démoli, ou qui se sont effondrées, faute d'entretien), et SaintBrieuc, qui a organisé une destruction systématique de son pan de bois entre les deux guerres, pour essayer de le faire disparaître du centre ville et le remplacer par des architectures dites "plus modernes". “Nantes a quasiment achevé la disparition complète de son architecture en pans de bois ; elle en avait quand même encore un certain nombre dans les années 1900, qu'elle a démoli, ou qui se sont effondrées, faute d'entretien.” Alors évidemment, il faut resituer ces événements et cette façon de voir les choses dans leur contexte, mais c'est vrai qu'aujourd'hui, au 3ème millénaire, on a quand même un peu de mal à comprendre que les protections soient arrivées si tardivement. Jean-Bernard VIGHETTI Merci. M. LELOUP vient de rappeler effectivement la situation du pan de bois au 19ème siècle et au début du 20ème siècle : très peu protégé. Qu'en est-il aujourd'hui ? C'est à cette question que va répondre M. GARRETA, à travers les différents dispositifs qui se sont mis en place successivement, depuis le rayon des 500 mètres de protection autour d'un monument classé, en passant par les secteurs sauvegardés et par les ZPPAUP, etc. Classement Monument Historique, secteur sauvegardé et Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager : quels outils, pour quels objectifs ? Christophe GARRETA, Architecte des Bâtiments de France Je voudrais tout d'abord remercier Monsieur le Maire de son beau mot d'accueil, et je voudrais lui rappeler aussi que si j'ai pu être un bon élève, au moins en sport -parce que dans les autres matières ce n'était pas forcément le cas-, c'est parce que j'avais un bon professeur, qui a su nous donner l'exemple et nous entraîner. Je suis également ravi de revenir dans cette bonne ville de Dinan, où j'ai effectivement traîné mes guêtres bien longtemps. Je dois donc vous parler rapidement des quelques outils de protection du patrimoine dont nous disposons en France, à savoir Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 30 les Monuments Historiques, les secteurs sauvegardés et les ZPPAU, qui sont trois outils différents. Je pourrais commencer par vous donner une lecture rapide de la préface d'un ouvrage sur les Monuments Historiques, établie par notre Ministre actuel Jean-Jacques AILLAGON, qui rappelle que la protection des immeubles au titre des Monuments Historiques en France a une longue histoire. Ses débuts datent de 1830, lorsque GUIZOT, alors Ministre de l'Intérieur, proposa la création d'un poste d'Inspecteur Général des Monuments Historiques, pour recenser les monuments à entretenir et à restaurer, ainsi que pour répartir les crédits destinés à leur sauvegarde. Ce poste fut d'abord confié à Ludovic VITET, Archéologue, Historien d'Art, auquel succéda, en 1834, Prosper MERIMEE, dont le bicentenaire de la naissance est célébré cette année. Les lois du 30 mars 1887, puis surtout du 31 décembre 1913 ont donné un cadre législatif aux procédures de protection ; celles-ci ont été conduites par l'administration centrale du Ministère de la Culture jusqu'en 1984. Depuis cette date, la procédure d'inscription sur l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques est entièrement déconcentrée au niveau du Préfet de Région, et celle relative au classement l'est partiellement. Aujourd'hui, la réflexion sur la décentralisation a conduit le Gouvernement à considérer que, pour les Monuments Historiques, la protection devait demeurer une responsabilité de l'Etat. Néanmoins, le rôle des collectivités territoriales devra être développé dans les années qui viennent, tant dans l'instruction des demandes de protection qu'en matière de gestion des monuments et de leur mise en valeur. “Les immeubles dont la conservation présente, au point de vue de l'histoire ou de l'art, un intérêt public, sont classés comme Monuments Historiques.” “Les critères et notions de protection ont évolué, sur les sujets, sur les époques et sur les méthodes. Si on peut considérer que pendant un bon siècle, les protections étaient plutôt d'ordre intuitif, les méthodes se sont améliorées et très précisées ; aujourd'hui, les critères sont Et puis, je voudrais vous donner la formulation qui débute la loi fondamentale du 31 décembre 1913, qui dit : "les immeubles dont la conservation présente, au point de vue de l'histoire ou de l'art, un intérêt public, sont classés comme Monuments Historiques". Simplement pour rappeler les notions essentielles : intérêt public, et intérêt public au regard de l'histoire ou de l'art. Vous savez que pour les Monuments Historiques, on distingue deux niveaux de protection : le classement sur une première liste et l'inscription sur un inventaire supplémentaire. Ces deux niveaux ont donc une valeur différente, la valeur la plus forte étant celle du classement, l'inscription étant une valeur plus faible, mais qui reconnaît un intérêt aux édifices d'un point de vue historique ou artistique. Pour faire court, disons qu'en Bretagne, il y a -depuis on a bien évolué tout de même- environ 3 000 édifices protégés, soit classés, soit inscrits, dont un tiers, à peu près, est classé. Ces protections sont décidées aujourd'hui, soit au niveau national pour le classement, soit au niveau régional pour l'inscription, après avis de la Commission Supérieure des Monuments Historiques ou de la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites. Les critères et notions de protection ont effectivement évolué, sur les sujets, sur les époques et sur les méthodes. Si on peut considérer que pendant un bon siècle, les protections étaient plutôt d'ordre intuitif, les méthodes se sont améliorées et très précisées ; Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 31 plus rigoureux. […] On peut dire que les protections Monuments Historiques apportent un soin, un suivi et une attention aux édifices concernés […] La protection de ces Monuments Historiques génère un périmètre de protection autour des édifices eux-mêmes, constitué par un cercle d'un rayon de 500 mètres […] Cela représente une superficie d'à peu près 80 hectares. Il faut donc effectivement mesurer les conséquences d'une protection.” “La loi du 4 août 1962, dite loi MALRAUX a consacré l'extension du champ patrimonial, limité à des édifices, aux ensembles bâtis. Cette loi a institué la possibilité pour l'Etat de créer et de délimiter des secteurs sauvegardés lorsque ceux-ci présentent un caractère historique, esthétique ou de nature à justifier la conservation, la restauration et la mise en valeur de tout ou partie d'un ensemble d'immeubles.” “Les secteurs sauvegardés sont des documents d'urbanisme qui traitent à la fois de la connaissance, de la préservation et de la mise en valeur du patrimoine, mais aussi des développements, de l'aménagement et de l'urbanisme du secteur concerné.” aujourd'hui, les critères sont plus rigoureux. Je ne vais pas trop m'étendre sur le reste, mais si je fais des oublis, peut-être que vos questions m'y ramèneront. On peut dire que les protections Monuments Historiques apportent un soin, un suivi et une attention aux édifices concernés, via l'Architecte en Chef des Monuments Historiques, chargé d'en assurer les travaux de grosse réparation, ou via l'Architecte des Bâtiments de France, chargé d'en assurer le strict entretien, c'est-à-dire les petits travaux ; le tout avec l'autorisation et sous la surveillance du service des Monuments Historiques situé en région, qu'on appelle la Conservation Régionale des Monuments Historiques. Vous savez aussi que ces travaux sont susceptibles d'aides publiques et de subventions de l'Etat ou des collectivités territoriales. D'autre part, la protection de ces Monuments Historiques génère un périmètre de protection autour des édifices eux-mêmes, constitué par un cercle d'un rayon de 500 mètres, le fameux "périmètre des 500 mètres" comme on dit en abrégé. En fait, c'est le rayon qui fait 500 mètres. Je vous rappelle, à propos de ce périmètre, que cela représente une superficie d'à peu près 80 hectares. Il faut donc effectivement mesurer les conséquences d'une protection. Cela nous amène justement aux ZPPAUP qui permettent de définir des périmètres non plus arbitraires, comme ce cercle, mais, au contraire, adaptés à la topographie et à la configuration des secteurs concernés. Avant d'en arriver aux ZPPAUP, et pour rester dans un ordre plus chronologique, il y a d'abord eu les secteurs sauvegardés. Ils sont apparus en 1964 ou, plus exactement, par la loi du 4 août 1962, dite loi MALRAUX. Celle-ci a consacré l'extension du champ patrimonial, limité à des édifices, aux ensembles bâtis. Cette loi a institué la possibilité pour l'Etat de créer et de délimiter des secteurs sauvegardés -c'est ainsi qu'ils sont appelés-, lorsque ceux-ci présentent un caractère historique, esthétique ou de nature à justifier la conservation, la restauration et la mise en valeur de tout ou partie d'un ensemble d'immeubles. Et, dans ces secteurs sauvegardés, est appliqué le régime particulier d'autorisations spéciales préalables, autorisations qui sont délivrées par les Architectes des Bâtiments de France, et qui caractérisent les législations de protection du patrimoine. Ce régime d'autorisation était jusqu'alors réservé aux Monuments Historiques et à leurs abords par les lois de 1913, et aux sites et aux monuments naturels par les lois sur les sites et sur les monuments naturels. Oui, les sites ne sont pas aujourd'hui le sujet, mais vous savez qu'à côté des protections des Monuments Historiques, il y a aussi les protections des sites naturels. Les secteurs sauvegardés sont des documents d'urbanisme qui traitent à la fois de la connaissance, de la préservation et de la mise en valeur du patrimoine, mais aussi des développements, de l'aménagement et de l'urbanisme du secteur concerné. C'est pourquoi, ils sont précisément étudiés -enfin le plus possible- et qu'ils ont force d'urbanisme, comme un document d'urbanisme, comme les Plans d'Occupation des Sols ou les actuels ou futurs PLU, Plans Locaux d'Urbanisme. En Bretagne, il y a, je crois, quatre ou cinq secteurs sauvegardés. Sur l'ensemble de la France, il y en a à peu près 90. En Bretagne, les secteurs sauvegardés sont ceux de Tréguier, de Rennes, de Vitré, de Vannes et de Dinan, bien Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 32 sûr. “Les ZPPAUP sont apparues en 1983 avec les lois de décentralisation ; [leur] objectif est de remplacer les périmètres arbitraires de 500 mètres par des périmètres plus adaptés et, également, de donner un contenu aux règles ou aux avis des Architectes des Bâtiments de France qui, jusqu'alors, s'imposent simplement et seulement. La ZPPAUP se veut un document de réflexion concertée entre la Commune et l'Etat. C'est donc une sensibilisation conjointe et une prise en main conjointe du patrimoine, par la collectivité et par les services de l'Etat chargés de mettre en place ces protections.” “Quand on fait la comparaison entre ces périmètres anciens de 500 mètres et les périmètres nouveaux de la ZPPAU, on s'aperçoit qu'au final, les zones protégées sont aussi développées aujourd'hui que précédemment. Ceci avec un grand changement, c'est qu'il y a une volonté communale d'assurer cette prise en compte du patrimoine et de sa protection. Ce n'est plus une décision parachutée du niveau central.” En ce qui concerne les ZPPAUP -qui sont apparues en 1983 avec les lois de décentralisation-, l'objectif est de remplacer les périmètres arbitraires de 500 mètres par des périmètres plus adaptés et, également, de donner un contenu aux règles ou aux avis des Architectes des Bâtiments de France qui, jusqu'alors, s'imposent simplement et seulement. La ZPPAUP se veut un document de réflexion concertée entre la Commune et l'Etat. C'est donc une sensibilisation conjointe et une prise en main conjointe du patrimoine, par la collectivité et par les services de l'Etat chargés de mettre en place ces protections. Sachez que la Bretagne est une région pilote dans la mise en place de ces ZPPAU, depuis leur naissance en 1983, et plus particulièrement le département du Finistère, où j'ai été en fonction un moment, et où nous avons, à la demande des élus, développé ce type de documents. Evidemment, l'objectif des ZPPAU était peut-être, dans la tête des élus, de réduire au départ cette emprise exorbitante des avis des Architectes des Bâtiments de France sur leur territoire. C'était bien compréhensible lorsque la protection portait sur un menhir, ou sur un dolmen, enchâssé dans un talus, qu'on connaissait à peine, et qui couvrait tous les lotissements qu'il y avait autour. Donc, du coup, il pouvait être tout à fait légitime de rendre ces périmètres de protection plus rationnels et plus adaptés au territoire. Mais, il est vrai que –peut-être en reparlera-t-on à propos de la ZPPAUP de Quimper-, quand on fait la comparaison entre ces périmètres anciens de 500 mètres et les périmètres nouveaux de la ZPPAU, on s'aperçoit qu'au final, les zones protégées sont aussi développées aujourd'hui que précédemment. Ceci avec un grand changement, c'est qu'il y a une volonté communale d'assurer cette prise en compte du patrimoine et de sa protection. Ce n'est plus une décision parachutée du niveau central. En ce qui concerne les travaux, vous voyez que les maisons en pans de bois sont un des éléments du patrimoine, mais ce n'est pas le seul, et que les outils de protection dont je vous parle ici s'appliquent indépendamment des caractères de chaque édifice. Les aides sont surtout importantes quand l'édifice lui-même est protégé et reconnu en tant que tel -soit classé, soit inscrit. Il y a également dans les secteurs sauvegardés un système d'aides qui est mis en place, ainsi que, dans une moindre mesure, dans les ZPPAU. Voilà ce que je peux vous dire pour faire court, en préliminaire, et peutêtre que si vous voulez d'autres explications, je pourrais vous apporter des réponses. Jean-Bernard VIGHETTI Y a-t-il des questions à M. GARRETA sur cette présentation des différentes formes de protection ? Ce que je retiens de ce que vous avez dit, c'est qu'on est passé Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 33 progressivement d'une protection de monuments à une protection plus tournée vers des ensembles architecturaux, surtout depuis une quarantaine d'années, notamment dans les villes. Jusqu'alors, c'était en fonction du monument qu'on protégeait l'environnement et là, du coup, on a pris en compte beaucoup plus l'habitat qui se trouve autour du monument, ce que je qualifierai -peut-être abusivementd'habitat vernaculaire. Et même, le monument ne devient plus forcément la raison de la protection. “Du monument, de l'objet isolé avec ses abords, mais ses abords étant considérés comme l'écrin de l'objet isolé, on a largement évolué pour considérer un ensemble. Le monument existe également par son ensemble et cet ensemble est à la fois architecture et urbanisme. D'ailleurs, c'est l'intitulé de la ZPPAUP : Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager.” Christophe GARRETA Oui, bien sûr, c'est ce que je vous ai dit. Au départ, il s'agissait effectivement surtout d'architecture remarquable, ce qu'on peut appeler "l'architecture savante", et depuis plus d'un siècle et demi, la notion a largement évolué. Du monument, de l'objet isolé avec ses abords, mais ses abords étant considérés comme l'écrin de l'objet isolé, on a largement évolué pour considérer un ensemble. Le monument existe également par son ensemble et cet ensemble est à la fois architecture et urbanisme. D'ailleurs, c'est l'intitulé de la ZPPAUP : Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager. On en ajoute tous les ans. C'est donc effectivement la notion d'ensemble qui est prise en compte. Reste que les Monuments Historiques, protégés en tant que tels, continuent à exister et ont toujours leur système de protection, d'aides, de conservation et de restauration. Jean-Bernard VIGHETTI J'en profite pour saluer la présence de M. SIMONNET, Conservateur Régional des Monuments Historiques, et de Madame la Directrice Régionale des Affaires Culturelles. Voilà, y a-t-il des questions ou on passe tout de suite aux exemples concrets ? Voici donc les secteurs sauvegardés, première procédure de protection en concertation avec les élus. Le secteur sauvegardé de Tréguier Patrick TOULARASTEL, Maire de Tréguier, Président de l'Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne Je voudrais tout simplement rappeler que c'est en 1962 que MALRAUX, Ministre de la Culture, a proposé une loi et des outils pour sauvegarder environ 4 000 sites. Il est important de rappeler ce chiffre, parce que, 40 ans plus tard, celui qui voulait contrecarrer la rénovation urbaine quelque peu radicale de l'après-guerre et sauver des centres anciens de la destruction pure et simple, serait certainement surpris de voir que son texte, faute de moyens, ne concerne aujourd'hui que 95 sites. Tréguier est très fier d'être dans Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 34 ces 95 sites. “Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur est très important pour les Trégorrois, même si ce travail, datant de 1966 a généré beaucoup de contestations, notamment des résidents, parce qu'il chamboulait toute la vie de notre cité.” Mon témoignage est simple. Il est évident que prendre en charge une Mairie, c'est prendre en charge tout ce qui a été établi précédemment. Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur est très important pour les Trégorrois, même si ce travail, datant de 1966 (c'est l'année où le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur a été créé sur notre commune), a généré beaucoup de contestations, notamment des résidents, parce qu'il chamboulait toute la vie de notre cité. Le périmètre a été revu à la baisse en 1985 et, depuis ce temps-là, c'est Jean-Pierre DUTOIT, Architecte en charge de l'élaboration de ce PSMV, qui a dressé un inventaire complet de l'ensemble du secteur sauvegardé. Je crois que c'est un travail remarquable, parce qu'il est très détaillé. Il concerne plus de 350 parcelles, avec 650 immeubles répertoriés qui ont tous fait l'objet d'une fiche d'analyse, ainsi que d'un dossier photographique. Un travail vraiment pointilleux, maison par maison, étage par étage, intérieur comme extérieur. Evidemment, comme l'a dit mon voisin, toutes les demandes de permis de construire à l'heure actuelle, les déclarations de travaux, les certificats d'urbanisme reçoivent l'avis de ce Chargé d'étude, en lien avec le Service Départemental de l'Architecture et du Patrimoine. Seul un sixième de la ville est couvert par ce PSMV. Cela ne fait donc pas un grand territoire, puisque je vous rappellerai que la cité trégorroise ne fait que 152.50 hectares, quasiment entièrement urbanisés, avec le cœur de ville qui comprend ce plan de sauvegarde et de mise en valeur. Ce cœur de ville n'a guère évolué depuis le 18ème siècle, le patrimoine bâti est homogène et constitué de constructions des 16ème et 17ème siècles. On a pu voir tout à l'heure quelques photos ou quelques plans, dans l'intervention de M. LELOUP. Je rappellerais, par ailleurs, qu'il a fait une étude sur la maison du duc Jean V à Tréguier -que j'ai le grand bonheur d'habiter- et qu'il en a fait une communication dans la revue Armen, revue que je garde précieusement. C'est au cours du 18ème siècle que l'activité économique a été modifiée sur Tréguier. Ce que vous disiez tout à l'heure à propos des commerces qui se trouvent dans les rez-de-chaussée est très visible sur Tréguier, notamment place du Martray, rue Renan, rue Colvestre et rue Saint-Yves qui sont les rues principales où se trouvent des maisons à pans de bois. “Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur, matérialisé sur des plans et sur des notices explicatives pour chacune des maisons, permet de travailler en étroite collaboration avec les services de l'Architecte des Bâtiments de France, mais aussi avec les Je suis un peu gêné de parler des maisons à pans de bois, car c'est vrai qu'il y en a beaucoup à Tréguier (37) et parce qu'il y en a qui ont plus ou moins d'intérêt, comme vous l'avez dit tout à l'heure. Elles ont été modifiées au cours des années et le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur est justement là pour maintenir le caractère intéressant des maisons à encorbellements. Il y a aussi le problème de la superposition des façades, parce qu'au 19ème siècle, on a modifié les façades et, parfois, il est difficile, lorsqu'il faut classer notre bâti, de savoir s'il faut conserver cette façade du 19ème siècle qui a un intérêt architectural, ou s'il faut venir par derrière retrouver les façades du 16ème ou du 17ème siècle. Le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur, matérialisé sur des plans et sur des notices explicatives pour chacune des maisons, permet de travailler en étroite collaboration avec les services de Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 35 Architectes du CAUE, pour conseiller les personnes qui désirent rénover les bâtis.” l'Architecte des Bâtiments de France, mais aussi avec les Architectes du CAUE, pour conseiller les personnes qui désirent rénover les bâtis. A Tréguier, les pans de bois les plus visibles sont sur la place du Martray -c'est la place de la Cathédrale-. Vous savez que les maisons en pans de bois sont très difficiles d'entretien. Il y a des problèmes d'étanchéité et d'humidité et je crois que la restauration donne beaucoup de mal aux propriétaires, puisqu'il faut rentrer dans des travaux d'intérêt architectural importants. Les aides qui ont été mises en place sont particulièrement appréciées, ainsi que les efforts que font les Communautés de Communes ou les Communes pour mettre en place des opérations programmées, grâce aux aides de l'Etat ; bien sûr, cela contribue à l'enrichissement du patrimoine architectural sur nos cités. Maintenant, la priorité est donnée à l'habitabilité, parce que c'est aussi un phénomène important. Tout à l'heure, vous disiez que les maisons étaient construites sur des parcelles qui sont en lanières, des parcelles très étroites, donc pas de possibilité d'habiter dans les étages à partir du moment où il y a un commerce qui utilise le rezde-chaussée. Et là, il faut trouver des compromis, pour pénétrer dans les maisons par les arrières, par les cours. Il existe donc des parcelles très longues, et quand on regarde une photo aérienne de notre cité, on s'aperçoit qu'il y a de très grands jardins, d'autant plus qu'il y a une déclivité importante dans notre commune, ce qui forme des jardins en espaliers. C'est remarquable, notamment dans la rue Renan. René BENOIT “Quand on est secteur sauvegardé, nous avons une sorte de dictionnaire de toutes les maisons, intérieur et extérieur, sur 90 hectares. Nous avons analysé parfaitement 2 000 et quelques maisons et, quand il y a une demande de permis de construire, il suffit d'ouvrir le dictionnaire à la page de la rue, au numéro de la rue : on ouvre et tout est décrit, ce qu'on peut faire, ce qu'on ne Tréguier, peut-être bien la première ville à secteur sauvegardé de Bretagne, a un lien avec Dinan, et un lien avec ce que vient de dire tout à l'heure Monsieur le Maire. Solliciter un classement en ZPPAUP ou en secteur sauvegardé, qui est encore plus réglementé, peut faire peur et a fait peur. La ville de Dinan était dans les 26 premières villes de France proposées pour être classées en secteur sauvegardé. Tréguier venait de l'être, et cela a été dur, à tel point que mon prédécesseur, avec qui j'ai été élu en 1965, quand on lui a proposé de créer un secteur sauvegardé à Dinan, est allé à Tréguier. Il a eu des contacts avec le Maire d'alors qui lui a dit : "oh, surtout pas, c'est terrible". La révolution était dans Tréguier, tout le monde criait. Avec l'Architecte des Bâtiments de France, cela se passait de façon beaucoup plus brutale que maintenant. Vous avez, vous les Architectes des Bâtiments de France, atténué la dureté des contacts ; auparavant, c'était comme cela et on ne discutait pas. Maintenant, c'est comme ça, mais on parle, on prévient, on dialogue, etc.… Il a fallu attendre 1986 où, élu Député, j'ai pu raccrocher le dossier du secteur sauvegardé, c'est-à-dire 20 ans plus tard. Ce fut très long : quatre ans d'études. Je rappelle que c'est une décision du Conseil d'Etat au final. Quand on est secteur sauvegardé, nous avons une sorte de dictionnaire de toutes les maisons, intérieur et extérieur, sur 90 hectares. Nous avons analysé parfaitement 2 000 et quelques maisons et, quand il y a une demande de permis de Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 36 doit pas faire, ce qui est conseillé, ce qui n'est pas conseillé.” construire, il suffit d'ouvrir le dictionnaire à la page de la rue, au numéro de la rue : on ouvre et tout est décrit, ce qu'on peut faire, ce qu'on ne doit pas faire, ce qui est conseillé, ce qui n'est pas conseillé. C'est très intéressant. Dinan, Tréguier, même combat. Patrick TOULARASTEL Voilà. Ce qui est important à dire, c'est que le secteur sauvegardé de Tréguier n'est toujours pas voté en Conseil d'Etat ; il nous reste encore deux ans de travail. Jean-Bernard VIGHETTI C'est la question que je voulais poser, parce qu'il me semblait qu'il n'avait toujours pas été adopté. Patrick TOULARASTEL Non. Cela date de 1966 et voyez… “Ce qu'il y a d'intéressant à la fois dans le secteur sauvegardé et dans les ZPPAUP, c'est cet inventaire minutieux qui est fait du patrimoine bâti, donc forcément du patrimoine en pans de bois. Cela a permis d'attirer l'attention des élus sur l'intérêt de ce type de patrimoine.” Jean-Bernard VIGHETTI Il n'est donc pas étonnant qu'il n'y ait que 90 villes en France qui aient un secteur sauvegardé avec cette longueur de procédure. Ce que l'on peut dire déjà, avant que Quimper n'intervienne, c'est que ce qu'il y a d'intéressant à la fois dans le secteur sauvegardé et dans les ZPPAUP, c'est cet inventaire minutieux qui est fait du patrimoine bâti, donc forcément du patrimoine en pans de bois. Cela a permis d'attirer l'attention des élus sur l'intérêt de ce type de patrimoine. Effectivement, depuis 40 ans, l'accent est mieux mis sur ce patrimoine qui était peut-être laissé un peu de côté jusqu'alors. Patrick TOULARASTEL “Aujourd'hui, tout a changé, parce que l'on s'aperçoit que les contraintes qui étaient alors imposées ont été modifiées. On s'est plus attaché au bâti lui-même, qu'à recréer des ruelles qui n'existaient pas et qui étaient une atteinte à la propriété privée.” Monsieur le Maire de Dinan a mis le doigt tout à l'heure sur les choses qui ont fâché à une certaine époque. Il est vrai que c'était une contrainte énorme, et je m'en rappelle puisque mon père était à l'époque dans le Conseil Municipal et avait voté contre le secteur sauvegardé. Aujourd'hui, tout a changé, parce que l'on s'aperçoit que les contraintes qui étaient alors imposées ont été modifiées. On s'est plus attaché au bâti lui-même, qu'à recréer des ruelles qui n'existaient pas et qui étaient une atteinte à la propriété privée. Je crois que c'est ce qui avait fait peur à l'époque : les contraintes énormes et l'atteinte à la propriété privée. C'est ce qui avait nourri le combat de l'époque. Jean-Bernard VIGHETTI Juste avant que Mme POSTEC n'intervienne, un dernier petit Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 37 commentaire. Je crois que l'organisation des villes en deux réseaux (celui des Petites Cités de Caractère et celui des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques), regroupant une quarantaine de communes d'origine urbaine en Bretagne, a permis de mettre l'accent sur l'intérêt qu'il y avait à engager des politiques de protection, ne serait-ce que si elles entendaient être homologuées. Et si les relations avec les Architectes ont évolué, c'est d'une part peut-être parce qu'on avait des outils plus adaptés, mais aussi et surtout parce qu'il y a une meilleure prise de conscience de la part des élus de l'enjeu que représente le patrimoine. Voilà donc Mme POSTEC qui va nous présenter l'exemple de la ZPPAUP de Quimper. La Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager de Quimper Marie-Paule POSTEC, Conseillère Municipale Merci. J'ai le plaisir -vous avez déjà vu cette image apparaître sur l'écran- de représenter la ville de Quimper qui est, M. LELOUP nous le dira, vraisemblablement la seule, en Bretagne, en France, en Europe, à avoir une maison portant la date de 2000 ! Donc, une maison à pans de bois de l'an 2000, on y reviendra, l'ouvrage de M. LELOUP, de toute façon, présente bien l'historique de cette affaire-là. Je vais donc brièvement, puisque nous avons 10 minutes, parler de la mise en place de cette ZPPAU. Un bref rappel historique parce que, par rapport à ce qui a été dit, vous allez voir qu'il y a là des échos, concernant les choses qui vont poser problème, celles qui n'en posent pas, ce qui a été bien fait, etc.… Une deuxième partie sera consacrée aux pans de bois de Quimper. Puis, on finira sur un bref élément de bilan ou, du moins, un état des lieux. Annexe 1 “Ce que j'ai voulu montrer aussi par ce tableau, c'est la concordance qu'il y eut dans la réflexion entre le POS, la ZPPAU et la mise en place de la convention Ville d'Art et D'abord, un tableau (cf. annexe 1) pour rappeler un petit peu l'historique de la mise en place de la ZPPAUP de Quimper, pour montrer que bien que vous ayez des villes françaises qui sont entrées plus tôt dans ce dispositif, Quimper a quand même été dans les toutes premières, puisque l'étude a été mise en place très rapidement et qu'elle a été adoptée en 1988. Il y a d'ailleurs une inexactitude, puisque le "P" pour paysager n'y était pas à ce moment-là. Donc la ville de Quimper a été précoce dans cette démarche, ce qui lui a valu de servir quelques fois de référence. C'est pour ça que j'ai mis aussi deux dates, qui sont celles du colloque de 1991, et de celui de 2001, qui n'est pas du tout dans notre région, pour montrer qu'on n'a pas à rougir de la comparaison : le premier à Quimper, le deuxième à Lyon. Les choses ont évolué aussi entre temps. Ce que j'ai voulu montrer aussi par ce tableau, c'est la concordance qu'il y eut dans la réflexion entre le POS, la ZPPAU et la mise en place de la convention Ville d'Art et d'Histoire. Les différents modes d'intervention dans l'urbanisme font que, quelquefois, il a pu y avoir des préconisations contradictoires, des frictions qui viennent de dispositifs différents Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 38 d'Histoire.” pouvant entrer en concurrence, voire en conflit. L'étude ayant été menée en concomitance, des accords ont été trouvés, des règlements ont été harmonisés, et je crois pouvoir dire que cette simultanéité a marqué l'histoire de la ZPPAU de Quimper. Je ne dis pas que tout s'est bien passé. Je suppose qu'il y a eu aussi des difficultés pour cette mise en place, mais tout cela a été gommé. Car, l'une des forces de la ZPPAU de Quimper, j'en suis témoin maintenant en tant qu'élue, c'est la collaboration très proche, très féconde qu'il y a entre l'Architecte des Bâtiments de France -qui est d'ailleurs présent dans la salle, M. ALEXANDRE-, les Services d'urbanisme de la Ville, mais aussi le Service du patrimoine (M. BRUMEAUX se charge de la partie pédagogique, la dernière exposition qu'il ait mise en place, il y a quelques mois, portait sur les maisons en pans de bois), et collaboration avec bien sûr les élus. Donc cette entente, ces concertations incessantes rendent les choses plus efficaces. Tout à l'heure, Monsieur le Maire de Tréguier et M. BENOIT ont parlé d'un dictionnaire qu'ils avaient pour leurs villes, où il y avait des plans de secteurs sauvegardés. Nous n'avons pas de secteur sauvegardé à Quimper, il y a cette ZPPAUP. Ça va moins loin je pense que ce que vous décrivez, mais il n'en reste pas moins que dans le document de la ZPPAUP, il y a un plan de zonage. Il y a des zones qui ont été délimitées ; ZH : Zone Historique, ZA : Zone aux Abords directs du centre, Zone Monumentale et Zone de Transition. Tout ce zonage mis en place, à l'intérieur de chacune de ces zones ou de ces quartiers, il y a des préconisations d'ordre général et des recommandations particulières sur certaines maisons. Annexe 2 J'ai pris ici (cf. annexe 2), pas tout à fait au hasard, l'exemple d'une maison de la rue du Frout, qui est une maison en pans de bois. C'est une photocopie de photocopie. J'ai donc ajouté la traduction -en quelque sorte- de ce texte illisible, qui montre jusqu'où va l'étude de chacune des maisons qui ont été ainsi répertoriées comme étant intéressantes d'un point de vue architectural. On reparlera peut-être de la qualité et de la réactualisation nécessaire de ce document, mais c'est quand même un instrument de travail et de pédagogie puisque auprès des pétitionnaires, auprès des services chargés des travaux d'urbanisme, auprès de tous ceux qui ont en charge ce patrimoine, il y a là une règle, moins précise que ce qui existe dans les secteurs sauvegardés, mais qui donne cependant un schéma à partir duquel un travail peut être fait de façon plus précise. “[Ce document] montre jusqu'où va l'étude de chacune des maisons qui ont été ainsi répertoriées comme étant intéressantes d'un point de vue architectural. […] c'est quand même un instrument de travail et de pédagogie puisque auprès des pétitionnaires, auprès des services chargés des travaux d'urbanisme, auprès de tous ceux qui ont en charge ce Les maisons en pans de bois sont toutes dans la ZPPAUP. Il y en patrimoine, il y a là une a au total 73, dont 43 dans la ville intra-muros -pour ceux qui règle.” connaissent Quimper, c'est le secteur place Maubert, rue Kereon, et place au Beurre-. Puisque Quimper avait un double noyau historiquement -c'est-à-dire la terre de l'évêque, à l'intérieur des murailles, et la "terre au duc" vers l'Ouest- les maisons se trouvent dans ces deux secteurs. Deux maisons seulement sont classées (rue Kereon), 34 sont inscrites. Pour le reste, M. LELOUP a suffisamment parlé des datations, ici c'est comme ailleurs, je ne m'attarde pas là-dessus, mais j'insiste quand même sur celle de l'an 2000 ! Annexe 3 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 39 La localisation (cf. annexe 3). On va pouvoir là aussi passer assez rapidement. Je dis quand même au passage qu'il s'agit d'un des panneaux que M. BRUMEAUX, notre Animateur du Patrimoine, a mis en exposition cette année, et qui, si je ne me trompe pas, circule actuellement dans des établissements scolaires. Vous avez là la localisation, et en même temps quelques photos, de maisons en pans de bois dans la ville de Quimper. Pour ce qui est des aides et de tout ce qu'un système comme la ZPPAU met en place, pour le patrimoine en général et pour les maisons en pans de bois en particulier, M. GARRETA en a parlé. Ce qui est d'ordre général, je n'y reviens pas, c'est la même règle que partout. Je dirais quand même que les mesures concernant les maisons en pans de bois dans la ZPPAUP ne vont pas très loin, en ce sens que les règles qui s'appliquent aux autres maisons s'appliquent aux maisons en pans de bois. Il y a quand même des petits plus, en particulier dans les règlements -cahiers de recommandation et de préconisation- de la ZPPAU : on trouve des injonctions particulières concernant le traitement des façades, des recommandations concernant l'entretien, alertant les propriétaires sur les parties fragiles des édifices, celles qui peuvent être en butte aux intempéries, celles qui peuvent être sujettes à des attaques de l'humidité ou des attaques parasitaires… Pour des dispositions précises, c'est la règle générale, avec toutefois des mesures particulières, que M. GARRETA a expliquées, quand les bâtiments sont classés ou inscrits. Annexe 4 “Je préfère insister sur quelque chose qui n'est pas non plus une spécificité totalement quimpéroise, mais qui a été mis en place à Quimper comme dans un certain nombre d'autres villes : les campagnes de ravalement.” Je préfère insister un petit peu sur quelque chose qui n'est pas non plus une spécificité totalement quimpéroise, mais qui a été mis en place à Quimper comme dans un certain nombre d'autres villes : les campagnes de ravalement. Nous sommes, vous le voyez (cf. annexe 4), au troisième stade, et il y en aura sans doute un quatrième. Au budget primitif, voté ce mois de janvier 2003, figure la somme de 38 000 € pour la troisième tranche de ce plan de ravalement. Vous avez les dates devant vous ; on peut espérer que plus de maisons, et en particulier plus de maisons à pans de bois, bénéficient de ces aides, parce qu'elles finissent par être assez substantielles quand on ajoute aux aides de l'Etat, celles des collectivités territoriales, plus les 10 % du ravalement. En effet, actuellement, les maisons en pans de bois bénéficient d'un régime de faveur de ce point de vue, c'est-à-dire 10 % des travaux et un plafonnement qui est de l'ordre -je vais le dire en francs- de 40 000 F, ce qui fait 6 000 € et quelques je crois. Il y a donc là quelque chose de particulièrement favorable aux maisons en pans de bois. La première tranche a été lancée en 1993, la deuxième tranche est terminée, on en est au troisième stade et le quatrième sera la rue Kereon. La troisième tranche est assez étendue. Cette campagne-là vient d'être lancée. Les travaux qui sont faits au titre du ravalement concernent à la fois les pans de bois et les remplissages, avec des cas de figure très différents selon l'état des façades. Quelquefois, ils s'accompagnent des travaux de rénovation et quelquefois c'est un Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 40 simple ravalement. Nous avons là des choses dans des états différents : Annexes 5 et 6 Annexes 7 et 8 Vous avez peut-être eu le temps de voir que là où vous avez la statue de la quimpéroise, il y a eu un changement de couleur (cf. annexes 5 et 6). Quelquefois, ça concerne les pans de bois, qui ici ont été mis en jaune, et quelquefois il s'agit des zones de remplissage. La suivante est à proximité de la maison de l'an 2000. Nous sommes à l'angle de la place Saint-Corentin, et vous avez une maison en pans de bois qui a gardé son crépi, du 18ème siècle je suppose. La suivante nous montre qu'il y a eu quand même un important travail qui a été fait (cf. annexes 7 et 8). “Effectivement, les efforts sont faits, mais il faut garder la vigilance, la volonté de le faire, et je pense qu'elle est présente chez tous ceux qui ont en charge le maintien d'un patrimoine auquel nous tenons tous à Quimper.” “La question est de savoir s'il est envisageable de réformer une ZPPAUP ? […] Est-il possible de revoir un peu la forme sans en même temps revoir le fond ?” Nous allons conclure sur un élément de bilan du travail qui a été fait. Je dirais que si on faisait un classement, comme on peut en faire dans une classe, on dirait que Quimper, je crois pouvoir le dire, n'est ni dans les meilleurs élèves, ni dans les plus mauvais, mais se situe dans une honnête moyenne. Vous avez vu sur les images de tout à l'heure, où on voyait des ravalements en cours, qu'il y avait aussi des cas de délabrement. Quand on lève le nez à Quimper, tout n'est pas parfait, mais pour un élève, on dirait dans le bulletin trimestriel : "peut mieux faire, mais a commencé à faire des efforts". Effectivement, les efforts sont faits, mais il faut garder la vigilance, la volonté de le faire, et je pense qu'elle est présente chez tous ceux qui ont en charge le maintien d'un patrimoine auquel nous tenons tous à Quimper. Dernier élément cette fois. La ZPPAUP, telle qu'elle a été mise en place, vous voyez, a été bien pensée. Elle reste un instrument de travail et de concertation, mais c'est comme tout ce qui a été un petit peu devancier, c'est un instrument qui était assez bien pensé et qu'on ne remet pas forcément en question, sauf qu'il y a un vieillissement, peut-être du fond lui-même mais surtout de la forme, et la question qui est posée est qu'il faut sans doute revoir la forme. Les méthodes ont changé, on est passé à une ère où les moyens et les médias ne sont plus les fiches comme celles que vous avez vues tout à l'heure. C'était une mauvaise photocopie, mais il n'en reste pas moins que ce sont des documents en noir et blanc, qui sont inertes et que, disposant désormais d'un cadastre numérisé, de logiciels, de possibilités d'interactivité, de documents couleur en Cd-rom -je ne vous fais pas une description de tous les moyens, vous les connaissez aussi bien que moi- il y aurait certainement la possibilité de rajeunir un petit peu ce document. La question -je vais finir sur une question avant que vous n'en posiez- est de savoir s'il est envisageable de réformer une ZPPAUP ? J'ai cru comprendre qu'une ZPPAUP ne se révise pas, mais se refait, c'està-dire qu'on part du point de départ : on refait l'étude, on remet en place tout le dispositif, ce qui est relativement lourd. Est-il possible de revoir un peu la forme sans en même temps revoir le fond ? J'ai quelques doutes, parce qu'à chaque fois qu'il m'est arrivé, dans d'autres domaines, de dire "on change simplement la présentation", à cette occasion-là, toutes les lacunes -et il y en a forcémentremontent et on se dit qu'il faut aller plus loin. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 41 Voilà. Nous avons encore du travail à faire, mais il y a du travail également derrière nous qui a été déjà fait, et qui laisse bien augurer de la suite. Jean-Bernard VIGHETTI Merci. Peut-être y a-t-il des réactions déjà à chaud sur les différentes tables rondes ? M. GARRETA, peut-être, par rapport à ces expériences qui ont été relatées ? “[Au sujet] des contraintes : cela va mieux, par la conjonction de différents phénomènes. D'abord, il y a eu les lois de décentralisation […] : ce n'est plus l'Etat centralisateur, mais les Communes et avec, à leur tête, les Maires qui décident. Et puis, il y a peut-être eu de notre part une évolution, et une prise de conscience qu'il fallait expliquer et convaincre. […] La grande évolution, c'est surtout que la population a pris en considération l'intérêt de la connaissance et de la reconnaissance de son patrimoine, le rôle économique -au sens large- et touristique que le patrimoine pouvait jouer.” Christophe GARRETA Vous vouliez parler des révisions, moi je voudrais surtout réagir d'abord sur ce mot "contrainte". Des contraintes, des avis des Architectes des Bâtiments de France, vous en avez parlé, Monsieur le Maire, en disant d'abord que cela a, semble-t-il, évolué depuis une période rigoureuse, très dure, presque d'incompréhension, jusqu'à aujourd'hui, où cela a l'air d'aller mieux. Evidemment cela va mieux, par la conjonction de différents phénomènes. D'abord, il y a eu les lois de décentralisation qui ont quand même changé la donne des pouvoirs : ce n'est plus l'Etat centralisateur, mais beaucoup maintenant les Communes et avec, à leur tête, les Maires qui décident. Et puis, il y a peut-être eu de notre part, dans notre corps de fonctionnaires, une évolution, et une prise de conscience qu'il fallait expliquer et convaincre, que c'était notre seul but, et non pas donner des ordres et des contraintes. Nous avons donc peut-être évolué, mais je pense que la grande évolution, c'est surtout que la population, et donc les Communes elles-mêmes, a pris en considération, beaucoup plus qu'auparavant, l'intérêt de la connaissance et de la reconnaissance de son patrimoine, le rôle économique -au sens large- et touristique que le patrimoine pouvait jouer. On y regarde maintenant de beaucoup plus près. Vous êtes sans doute plus prêts également à accepter ou à travailler en concertation avec nous. Et "contrainte" : avant de parler de contraintes réglementaires, les contraintes sont celles qu'on se donne. Et quand on regarde tout ce que M. LELOUP nous a montré, on se dit qu'il n'est pas simple de conserver et de restaurer. Les premières contraintes sont avant tout les contraintes techniques et celles du patrimoine. En tous cas, je rejoins ce que vous disiez, Monsieur le Maire : aujourd'hui il y a beaucoup plus de concertation et de travail en commun. Aujourd'hui, je n'imagine guère mon travail d'Architecte des Bâtiments de France indépendamment de celui du Maire, et je sais que tous mes avis, je les lui donne, et qu'il prend la décision. Ainsi, si mes avis ne sont pas expliqués, ne sont pas concertés, ils ne passeront pas. “Il ne faut pas modifier [les ZPPAUP] trop vite, sinon elles n'ont plus tellement de sens. Si la révision nous amène à refaire la procédure, L'autre réaction, sur ce que vous disiez Madame, sur les possibilités de révision des ZPPAU et la lourdeur de cette procédure de révision, tout cela est relatif, me semble-t-il. Il faut se rappeler que par rapport à un document d'urbanisme local, comme le Plan d'Occupation des Sols ou le PLU, qui est totalement laissé à Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 42 […] c'est pour cette concertation, ce moment d'échange et de remise sur le tapis. En effet, une ZPPAUP doit être un travail permanent d'échange avec la population.” l'initiative de la Commune et qu'elle peut amender et modifier à son gré, la dimension patrimoniale nous ramène à un peu plus de temps et de considération pour les ZPPAU. C'est qu'il ne faut pas trop les modifier trop vite, sinon elles n'ont plus tellement de sens. Et puis, si la révision nous amène à refaire la procédure, ce n'est pas forcément pour sa forme administrative, mais surtout, ce qui me paraît important, c'est pour cette concertation, ce moment d'échange et de remise sur le tapis. En effet, une ZPPAUP doit être un travail permanent d'échange avec la population, par le biais des expositions et des enquêtes publiques, et surtout par celui de la consultance architecturale. On sait bien que quand on a un document, il faut le faire vivre. Daniel LELOUP Je voudrais dire à Mme POSTEC que tout d'abord, sa ville n'est pas un mauvais élève du pan de bois. Les "mauvaises" villes sont celles qui ne font rien, celles qui font quelque chose sont les "bonnes" villes. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus rien à faire, mais il y a des choses qui sont en cours et je voudrais rappeler que Quimper a fait quand même beaucoup dans le domaine des arts, avec son Musée Départemental et son Musée des Beaux Arts. Je pense qu'il se passe des choses intéressantes à Quimper, à ce niveau-là, et je crois qu'il faut quand même le rappeler. “Ces protections […] ont permis une prise de conscience d'un certain nombre de problèmes, de ce qu'était le patrimoine.” Sur le problème des protections, je pense que c'était tout à fait essentiel que l'Etat mette en place des systèmes de protection du patrimoine, car si aujourd'hui les secteurs sauvegardés n'existaient pas, et les ZPPAUP non plus, je me demande où en serait le patrimoine en pans de bois. Certes, ces protections sont arrivées tard et elles ont mis longtemps à se mettre en place, pour les raisons qu'on a évoquées. Mais comme l'a rappelé M. GARRETA tout à l'heure, elles ont permis une prise de conscience d'un certain nombre de problèmes, de ce qu'était le patrimoine. Il est vrai qu'aujourd'hui, tout paraît simple, tout le monde parle de patrimoine, c'est une notion qui paraît tout à fait évidente. Je voudrais rappeler simplement un chiffre en ce qui concerne les associations qui s'occupent de patrimoine dans le département du Morbihan : en 1947 ou 48, je crois qu'il y avait simplement deux associations qui s'occupaient de patrimoine dans ce département, et aujourd'hui, elles doivent être environ 250, tous patrimoines confondus. C'est dire cette espèce de bond spectaculaire qui a eu lieu en 50 ans. Les secteurs sauvegardés et les ZPPAUP sont, à mon avis, arrivés à un bon moment, car ils ont effectivement fait prendre conscience à tout le monde, et en particulier aux élus, de la nécessité de protéger ce patrimoine. Nous pouvons peut-être rajouter que, dans le même domaine, malheureusement, la deuxième guerre mondiale a eu un effet assez positif sur le patrimoine de notre région : car notre région a été confrontée à de nombreux bombardements, comme vous le savez, et à la disparition de certaines villes sur la côte ; je pense à Lorient, Brest, Saint-Malo, etc.… Et ce phénomène a permis, à mon avis, une certaine prise de conscience qu'il fallait à tout prix garder ses racines et son patrimoine. Quand on discute aujourd'hui avec des Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 43 élus de l'autre bout de la France, dans des régions où il n'y a plus de patrimoine, et bien, c'est un véritable traumatisme qui, 50 ans après la fin de la guerre, existe toujours. Je crois qu'avec quelques années de retard, ce phénomène a joué un rôle très positif dans la prise de conscience par notre région de la préservation de notre patrimoine au sens large, et pas seulement du pan de bois. Les protections de l'Etat d'un côté, ces phénomènes inattendus de l'autre, ont, je pense, joué un rôle déterminant dans la protection de nos villes en Bretagne. On dit souvent et c'est vrai, même si je suis parfois critique avec un certain nombre de choses qui se réalisent ici, que l'on a quand même une région qui a conservé un patrimoine extraordinaire par rapport à d'autres. Je crois qu'il faut le rappeler, car c'est tout à fait positif. Jean-Bernard VIGHETTI Merci. Je crois que M. SIMONNET, Conservateur Régional des Monuments Historiques, veut intervenir. Nicolas SIMONNET, Conservateur Régional Monuments Historiques des Merci. Je voudrais relativiser un petit peu ce qu'a dit M. LELOUP, lorsqu'il dit que l'Etat est intervenu tard sur les maisons en pans de bois, que la protection est intervenue tardivement. D'abord, je crois de façon générale que l'on ne peut pas séparer la notion de Monument Historique de la façon de faire l'histoire et, au 19ème siècle, l'histoire c'est l'histoire des lieux de pouvoir, qu'ils soient religieux ou politiques. Alors, on protège des églises et des châteaux. L'histoire, c'est celle qu'écrit LAVISSE à la fin du 19ème siècle, pour constituer la Nation Française, et ce n'est que bien après, dans les années 1920-1930 que sont apparues les notions d'histoire économique, d'histoire sociale, qui ont fait sortir la façon même d'écrire l'histoire de ce petit cercle des châteaux et des églises. “La protection des maisons en pans de bois [intervient] plus tôt que vous ne l'avez dit, puisque je crois que dans mes listes, c'est en 1926 que je vois apparaître par dizaine des maisons en pans de bois.” Je crois que la découverte de la maison en pans de bois comme Monument Historique va de pair avec la mutation de l'histoire, qui la fait passer de l'histoire politique à l'histoire économique et sociale. Tout à coup, on s'est intéressé à d'autres couches de la société, à d'autres classes sociales, on s'est intéressé non seulement à ceux qui dirigeaient mais aussi au peuple et aux maisons qui étaient occupées par le peuple en question. Alors il est normal, à partir de là, que la protection des maisons en pans de bois intervienne, plus tôt que vous ne l'avez dit, puisque je crois que dans mes listes, c'est en 1926 que je vois apparaître par dizaine des maisons en pans de bois. Il y a eu des Inspecteurs Généraux des Monuments Historiques qui, à l'époque, se sont promenés à travers la Bretagne, et on retrouve des maisons protégées simplement au vu d'un rapport, d'une lettre de l'Inspecteur Général disant "telle maison est pittoresque et il faudrait la protéger au titre des Monuments Historiques". La deuxième chose que je voudrais dire, c'est développer la notion Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 44 qu'a donnée M. GARRETA tout à l'heure "d'intérêt public". Sont classés parmi les Monuments Historiques les immeubles dont la conservation présente un intérêt public du point de vue de l'histoire ou de l'art. Et ça, je crois que c'est la réponse à ce que disais M. TOULARASTEL sur les contraintes qui pèsent sur les propriétaires privés : la conservation du patrimoine a-t-elle un intérêt public, un intérêt collectif qui s'impose au-delà de l'intérêt des propriétaires privés ? Je crois que c'est le choix qui a été fait par la loi de 1913 sur les Monuments Historiques. Mais, ce qui me frappe, c'est que les Architectes des Bâtiments de France, qui ont dû se battre pendant des années, je dirais seuls contre tous, et pas seulement à la suite de la guerre, mais aussi à la suite de l'immobilier triomphant des années 1960 et 1970, sont aujourd'hui nettement plus soutenus. Cela explique peut-être aussi pourquoi leurs avis sont mieux compris. Ce que je remarque, Monsieur le Maire, c'est qu'aujourd'hui les recours qui sont présentés ne sont plus seulement des recours contre les décisions négatives des ABF, mais des recours contre les décisions positives. Aujourd'hui, les gens se plaignent, reprochent à l'ABF d'avoir donné des autorisations. C'est très neuf et c'est une évolution, croyez-le, qui nous fait très plaisir. Jean-Bernard VIGHETTI Merci. Y a-t-il d'autres questions dans la salle ? Jacques DABRETEAU, Renaissance Association Nantes Je voulais poser une question concernant Quimper. J'ai vu qu'il y a des campagnes de ravalement de façades qui ont été mises en place et, sur le texte, il est marqué à un moment qu'assez récemment vous avez fait des injonctions. La question que je poserais c'est : est-ce que vous avez été jusqu'à vous substituer aux propriétaires défaillants dans ce cas ? Marie-Paule POSTEC “La politique [de ravalement des façades de Quimper] est une politique d'incitation, consistant à donner des subventions qui s'ajoutent à celles que donnent l'Etat et les collectivités territoriales comme la Région et le Conseil Général. Il y a un secteur, que vous avez vu, qui a été défini, et les propriétaires reçoivent des documents les incitant à faire ces travaux de ravalement. S'il n'y a pas eu d'intervention La politique est une politique d'incitation, consistant à donner des subventions qui s'ajoutent à celles que donnent l'Etat et les collectivités territoriales comme la Région et le Conseil Général. Il y a un secteur, que vous avez vu, qui a été défini, et les propriétaires reçoivent des documents les incitant à faire ces travaux de ravalement. S'il n'y a pas eu d'intervention depuis dix ans, ils ont l'injonction de le faire. Il s'agit d'incitation plus que de contrainte. Moi, je n'ai pas parlé de contrainte jusqu'à présent. Mais, il y a évidemment, contre la notion d'obligation qui apparaît dans les textes qu'ils reçoivent, une compensation qui est financière et qui n'est pas négligeable. Je vous l'ai dit, pour les maisons en pans de bois, c'est 10 % des frais de ravalement qui sont pris en charge par la Ville. Ce que je n'ai pas dit non plus là-dessus qui est intéressant, c'est que ce n'est pas fait au hasard. La Ville de Quimper a fait appel à Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 45 depuis dix ans, ils ont l'injonction de le faire. Il s'agit d'incitation plus que de contrainte.” un cabinet brestois, qui a chargé une personne de faire une étude des couleurs sur la ville de Quimper. Cette personne dispense également ses conseils sur les couleurs qui sont à mettre -on a vu quelques exemples- de façon à ce qu'il y ait une harmonisation de l'ensemble, que cela ne tourne pas à la cacophonie colorée, si je puis m'exprimer ainsi. Cette étude est consultable et, bien entendu, le choix se fait avec avis conforme de l'ABF qui garde un regard làdessus, de façon à ce que cela s'intègre bien dans un urbanisme harmonieux et cohérent. Jacques DABRETEAU Excusez-moi, mais ce que je voulais vous dire, c'est que vous avez lancé des campagnes de ravalements de façades obligatoires. Maintenant, comme c'est le cas sur Nantes aussi, au bout de dix ans, je crois que cela fait à peu près dix ans que vous êtes sur la campagne, il y a des immeubles qui ne se sont pas faits… Marie-Paule POSTEC Oui, c'est exact… Jacques DABRETEAU Donc, le problème qui se pose, et il se pose à Nantes aussi, l'effet campagne de ravalements de façades obligatoires perd son sens à un moment, parce que les propriétaires disent que de toutes les façons, comme la collectivité nous incite uniquement, nous ne sommes pas obligés de faire ces opérations. Marie-Paule POSTEC “Il est certain que si vraiment il y avait contrainte, peut-être que ce serait plus efficace, mais mal perçu et, au bout du compte, je ne suis pas sûre qu'on arriverait à une plus grande efficacité. Ce qui a été beaucoup dit ici, c'est qu'il fallait beaucoup de persuasion, de prise de conscience, de prise en compte des valeurs de ce patrimoine, et, que par l'explication et la pédagogie, on y arrive. […] sur la durée, il n'y a pas usure du système, mais plutôt mise en place d'une dynamique qui monte en puissance.” Je n'irais pas si loin que ça. Il est certain que si vraiment il y avait contrainte, cette fois-là, j'emploie le mot, peut-être que ce serait plus efficace, mais mal perçu et, au bout du compte, je ne suis pas sûre qu'on arriverait à une plus grande efficacité. Ce qui a été beaucoup dit ici, quand même, c'est qu'il fallait beaucoup de persuasion, de prise de conscience, de prise en compte des valeurs de ce patrimoine, et, que par l'explication et la pédagogie, on y arrive. Peut-être faut-il être un peu patient et, à chaque fois, à l'aide de campagnes d'incitation et d'explication auprès de la population, on s'aperçoit quand même que les propriétaires se décident. Il y a aussi une question de possibilité financière, d'occasions, comme le changement d'occupant des maisons, etc.… Tout cela intervient, mais je ne crois pas que ces actions perdent leur sens, et je pense que l'on gagne un peu de campagne en campagne, quitte d'ailleurs à ce que les propriétaires qui n'ont rien fait lors de la première tranche, j'en connais, se disent : on a un peu traîné les pieds, et prennent conscience à cette occasion de la valeur de ce patrimoine valeur architecturale sur un plan esthétique, mais aussi valeur marchande-. Je pense que sur la durée, il n'y a pas usure du système, si c'est ce que vous voulez dire, mais plutôt mise en place d'une Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 46 dynamique qui monte en puissance. Jacques DABRETEAU Je ne partage pas votre avis, tout simplement parce que je suis confronté à des propriétaires qui sont récalcitrants de fait depuis 15 ans, et qui le resteront si la collectivité ne se substitue pas à eux. Je ne parle pas des propriétaires qui sont dans des situations économiques et sociales difficiles, mais des propriétaires qui ont un gros patrimoine, qui ne comprennent pas l'outil "campagne de ravalements de façades obligatoires", et qui ne font absolument rien. De cette manière, nous nous retrouvons dans des situations où ce patrimoine est de plus en plus en mauvais état, sans parler de la pérennité même de celui-ci. Marie-Paule POSTEC Je ne dis pas qu'il n'y a pas, quand même, des cas récalcitrants, mais quand vous parlez de gens qui ont des gros moyens, la diapo que je n'ai pas fait passer finalement –ce n'est plus la peine maintenantmais sur laquelle on a commencé, montre quand même que les gens qui ont les moyens sont généralement conscients qu'ils peuvent les mettre au service du patrimoine. J'allais passer la maison du Minuélou à Quimper, qui est une restauration remarquable. Je pense que tout n'est pas parfait, mais il y a quand même des propriétaires qui sont conscients et, bon an mal an, ça avance plutôt bien. Jean-Louis JOSSIC, Conseiller Municipal de Nantes Je suis élu au patrimoine pour la ville de Nantes, et donc héritier des mauvais élèves, puisque j'ai vu que l'on n'avait que 1 % de maisons en pans de bois sauvegardées sur la ville, ce qui est tristement vrai. “Est-ce que les enduits ont été rajoutés au cours des siècles, ou est-ce que les enduits étaient d'origine ? […] Les ABF sont-ils plutôt pour ou contre le retour à ces crépis ?” J'ai une question technique qui s'adresse à M. LELOUP et à M. GARRETA. On a vu sur des documents photos du début du 20ème siècle qu'un certain nombre de maisons en pans de bois étaient recouvertes d'un enduit. Or, nous nous posons toujours la question, et je n'ai jamais eu de réponse là-dessus, est-ce que les enduits ont été rajoutés au cours des siècles, ou est-ce que les enduits étaient d'origine ? Je ne parle pas d'enduits sur les surfaces de remplissage, je parle des enduits lorsqu'ils recouvrent également les parties en pans de bois. Enfin, si la réponse est qu'il y a une réalité historique à cela, la deuxième partie se pose à M. GARRETA : les ABF, dans leurs avis, sont-ils plutôt pour ou contre le retour à ces crépis ? Daniel LELOUP “A partir de la fin du 17ème et surtout du 18ème siècle, on a Je vais répondre à la première partie de la question. Il faut savoir de quelle époque date la construction. Parce qu'à partir de la fin du Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 47 systématiquement recouvert avec des enduits les maisons pour essayer de retarder la propagation des incendies.” 17ème et surtout du 18ème siècle, on a systématiquement recouvert avec des enduits les maisons pour essayer de retarder la propagation des incendies. Mais les pans de bois qui ont été construits au 18ème siècle ont pour la plupart, dès le départ, été recouverts avec un enduit. Une restauration, quelle qu'elle soit, commence d'abord par une analyse archéologique du bâtiment, pour savoir de quelle époque il date et pour savoir également si l'enduit peut être d'origine ou pas. En effet, certains enduits sont d'origine et, je pense que M. GARRETA sera d'accord avec moi, on doit alors les refaire. Christophe GARRETA “Il n'y a pas d'archétype de la maison en pans de bois, c'est une technique de construction, un type de structure. On peut faire ce que l'on veut sur la peau, et une solution n'est pas plus inacceptable qu'une autre. [… ] Il est nécessaire de trouver ce qui s'approprie le plus au cas particulier […] Nous tâchons de trouver des arguments objectifs” Oui, je suis d'accord. C'est une question que l'on se pose souvent quand on est devant un pan de bois, mais je dirais que c'est une question analogue que l'on se pose quand on est devant une maison en pierre : avec enduit ou sans enduit ? C'est l'éternelle question. En ce qui concerne les origines -comment était-ce au départ- la réponse a été apportée. On peut également fouiller, mais ce n'est pas forcément le seul critère. Il faut peut-être se dire qu'il n'y a pas d'archétype de la maison en pans de bois, que c'est une technique de construction, un type de structure. Au-delà, on peut faire ce que l'on veut sur la peau, et une solution n'est pas plus inacceptable qu'une autre. Nous avons vu toutes sortes de bardages et de revêtements pour ces pans de bois-là. Ce qui compte, sans doute, c'est effectivement de ne pas trop se tromper dans nos interventions contemporaines en essayant de connaître l'histoire du bâtiment. M. LELOUP nous rappelait que si nous remontons à l'origine, effectivement, il existait des enduits. Nous pouvons très bien concevoir, et ce n'est pas du tout iconoclaste, que les pans de bois étaient protégés par des enduits. Mais ceux-ci ont cohabité avec des pans de bois sans enduit, et avec d'autres formes de revêtement. Tout a existé, il est nécessaire de trouver ce qui s'approprie le plus au cas particulier. Pour ne pas faire trop long, l'autre partie de votre question était de savoir ce que nous aimions… Jean-Louis JOSSIC …Ne pas vouloir retourner à l'enduit parce que, finalement, on trouve plus esthétique de voir les "arêtes du poisson" ? Christophe GARRETA Oui, mais c'est un phénomène de mode. C'est comme l'enduit sur la maison en maçonnerie. Ce qui m'amusait, c'était votre question sur le goût des ABF. Elle me donne l'occasion de vous rappeler que nous essayons de ne pas faire passer nos goûts personnels dans nos avis. Nous tâchons de trouver des arguments objectifs. René BENOIT Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 48 “Je crois beaucoup aux phénomènes de l'exemplarité et de la contagion.” Une petite question. Je rebondis sur les difficultés que vous avez avec les propriétaires. Je crois que l'on connaît tous ce type de difficultés. Moi, je crois beaucoup aux phénomènes de l'exemplarité et de la contagion. Lorsqu'une maison est bien rénovée, le propriétaire d'à côté se dit "la mienne a mauvaise figure à côté". Et, l'année suivante, on peut voir celle d'à côté changer, puis celle d'à côté, etc.… C'est un premier début de réponse, qui peut échouer. Nous avons aussi des propriétaires récalcitrants, je vais dire très mauvais coucheurs, qui font des bêtises parce que les crédits n'arrivent pas assez vite. Il est vrai qu'il n'y a pas toujours de participation de l'Etat par exemple. Il ne suffit pas de claquer dans les doigts pour que les crédits soient dès le lendemain matin disponibles. Cela peut mal tomber une année, et il faut attendre l'année suivante. Alors, si le propriétaire ne veut pas attendre, effectivement, il finit par faire quelque chose, mais ce n'est pas ce que nous aurions souhaité. La deuxième chose concerne les gens en grande difficulté. Nous allons voir cet après-midi, dans un angle de la place de l'Apport à Dinan, une maison très récemment restaurée, appartenant à deux propriétaires manifestement désargentés. L'un avait un peu d'argent, l'autre n'en avait pas du tout. Le coût de la réparation s'élevait à 2 800 000 F. Sur ces 2 800 000 F, les deux propriétaires n'ont mis que 300 000 F. Autrement dit, ce sont l'Etat et les collectivités qui ont financé tout le reste. Il y a donc toujours la possibilité de faire quelque chose, dans un cas comme celui-ci : la maison allait tomber en cœur de ville. Et pour ne pas la laisser tomber, tout le monde a pris conscience de la nécessité de faire quelque chose. M. SIMONNET témoignera de cela, lui qui a certainement joué un rôle important dans la décision d'une grosse participation de l'Etat, du Conseil Général, du Conseil Régional et de la Ville également. Jean-Bernard VIGHETTI Merci. On va passer maintenant à l'autre table ronde. Je conclurais simplement en disant que les mesures de sauvegarde proposées aujourd'hui, secteurs sauvegardés et ZPPAUP, sont effectivement de bons outils. Je me rappellerai toujours de ce que m'avait dit le Maire de Quintin, en 1983-1984, quand la loi est sortie : "voilà au moins un mode de protection bien adapté à nos villes". C'est pour cela aussi que beaucoup de Petites Cités de Caractère ont adopté ce principe de protection. Aujourd'hui, dans la charte qui les lie à l'Association, il y a l'obligation d'avoir une Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager. Du moins pour les communes qui ne bénéficient pas d'un secteur sauvegardé. Mais, on a vu que cette procédure était encore plus longue que pour la ZPPAUP. Nous allons passer maintenant à l'autre point à l'ordre du jour, qui est la restauration de l'architecture en pans de bois. Je demanderai aussi à Mme DANTEC de venir, puisqu'il y a un autre thème prévu, concernant la valorisation de l'architecture en pans de bois, notamment pas le biais des visites guidées. Nous allons regrouper tout cela, d'abord la restauration et puis son exploitation, une forme Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 49 d'exploitation possible parmi d'autres. Je vais laisser le soin à M. LELOUP de nous parler de la restauration de l'architecture en pans de bois, des problématiques liées à la spécificité de ce patrimoine, à son utilisation, etc.… Nous allons appeler Mme BRACQ, propriétaire de la maison de l'Isle à Vitré, pour un premier témoignage qu'elle fera en tandem avec M. LELOUP. Puis, nous aurons un deuxième témoignage sur l'OPAH à thématique patrimoine des Petites Cités de Caractère des Côtes d'Armor, à travers le regard de Mme QUERO, Ingénieur des Services Culturels et du Patrimoine en Côtes d'Armor. La Ville de Rennes, ou le PACT ARIM d'Ille-et-Vilaine, devait intervenir sur la politique de restauration des immeubles en pans de bois du centre historique de Rennes. Finalement, les personnes qui devaient venir, nous prient de les excuser. Résultat des courses, nous n'avons personne pour témoigner de cette politique, et c'est bien dommage, puisque effectivement, à Rennes est menée depuis une trentaine d'années une politique volontariste de réhabilitation et de valorisation du patrimoine avec obligation pour les propriétaires de restaurer ce patrimoine. Certains résultats, intéressants, auraient peut-être été un début de réponse aux questions que posait l'Association Nantes Renaissance tout à l'heure. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 50 III – RESTAURER L'ARCHITECTURE EN PANS DE BOIS Restaurer l'Architecture en pans de bois ; problématiques liées à la spécificité de ce patrimoine, à son utilisation et partis de restauration Daniel LELOUP “Pour bien restaurer un patrimoine, ce qui est important avant toutes choses, c'est de le comprendre.” “La question est de savoir s'il faut garder les transformations ultérieures au monument, ou les supprimer. […] il faut travailler au coup par coup, il n'y a pas de réponses toutes faites à ces problèmes.” Nous avons déjà un peu commencé à aborder la question de la restauration du patrimoine en pans de bois. Je voudrais aborder cette deuxième partie en vous montrant deux ou trois diapositives qui vont poser le problème, en commençant par un mauvais exemple. Pour bien restaurer un patrimoine, ce qui est important avant toutes choses, c'est de le comprendre. Comme je l'ai rappelé tout à l'heure, et comme l'a dit également M. GARRETA, il existe une multitude de patrimoines en pans de bois et, évidemment, il ne faut pas avoir d'idées toutes faites sur la façon dont on va restaurer le monument. Or, au point de départ, quand on approche une maison en pans de bois, qu'elle soit enduite ou non, la façon dont on va la restaurer n'est pas toujours évidente. Car la problématique posée par le monument n'est pas évidente. Il faut observer toutes sortes d'éléments et, en particulier, l'élément historique. Comme nous avons pu le voir au cours de la première partie, au fil des siècles, si la technique en pans de bois est restée la même, les bâtiments ont évolué. Il ne faut pas oublier que depuis quatre ou cinq siècles que ces bâtiments ont été construits, il y a eu un certain nombre de transformations qui ont été faites, des "modernisations" liées aux époques. La question est de savoir, comme on l'a dit, s'il faut garder les transformations ultérieures au monument, ou les supprimer. Autant de questions auxquelles il n'est pas facile d'apporter des réponses. Je suis tout à fait d'accord avec ce qu'a dit M. GARRETA, en disant qu'il faut travailler au coup par coup, et qu'il n'y a pas de réponses toutes faites à ces problèmes. Je voulais vous montrer une maison qui a été restaurée il y a environ une vingtaine d'années à Morlaix, où visiblement l'architecte responsable de cette restauration n'a rien compris au monument, et a réalisé une restauration totalement absurde. Mais je crois que nous avons quelques problèmes pour illustrer ce propos… Jean-Bernard VIGHETTI Ce que je propose, si cela ne vous ennuie pas, c'est que l'on demande à Mme DANTEC d'intervenir sur la pédagogie du patrimoine. Nous pourrions peut-être passer à l'exploitation du patrimoine et à sa mise en valeur à des fins pédagogiques ou touristiques. Nous reviendrons ensuite sur l'aspect restauration. Valoriser l'Architecture en pans de bois Dominique IRVOAS-DANTEC, Animatrice du Patrimoine à l'Office de Tourisme de Rennes Métropole Il est vrai que nous ne sommes pas la seule ville à travailler en Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 51 matière de pédagogie du patrimoine sur le thème du pan de bois : Vitré, Quimper, Dinan et Vannes, d'autres, ailleurs, le font. Peutêtre peut-on lister ou énumérer la diversité des outils dont on peut se servir pour essayer de sensibiliser à la fois les adultes, mais aussi les enfants, à la qualité patrimoniale. La diversité des outils pour essayer de sensibiliser à la fois les adultes, mais aussi les enfants, à la qualité patrimoniale. Dans un premier temps, les adultes : nous avons proposé, assez Les adultes : Thématique développée lors des Journées du Patrimoine : "citoyen dans sa ville, qu'estce qu'un secteur sauvegardé." régulièrement, une thématique que l'on avait développée il y a quelques années lors des Journées du Patrimoine : "citoyen dans sa ville, qu'est-ce qu'un secteur sauvegardé". Nous avions alors fait appel, pour former les guides, à M. SIMONNET, qui avait expliqué pourquoi on classait tel élément, pourquoi on inscrivait tel autre, et pourquoi nous devions peut-être nous efforcer de ne pas parler que de contrainte. Il fallait justement voir les choses de manière plus positive. Car les gens sont, tout de même, très sensibles à la qualité des lieux, des rues dans la ville, des enseignes, qui vont s'afficher sur ces maisons à pans de bois. Cette formation a été bénéfique dans la mesure où, par rapport à d'autres thématiques de Journées du Patrimoine, les gens étaient particulièrement intéressés, et se sentaient interpellés par des questions telles que : quel est le coût d'une restauration, quelle est la subvention possible, qui fait quoi, comment fait-on pour atteindre une harmonie colorée de cette qualité ?... Et d'autres problématiques, comme celle évoquée tout à l'heure, sur la place des Lices, à Rennes. M. LELOUP nous a montré deux hôtels particuliers de parlementaires en pans de bois qui se jouxtent. L'un était fait pour être crépi, alors que l'autre constituait le chant du cygne de l'architecture en pans de bois ; mais, aujourd'hui, aucun des deux n'est crépi, et cela ne choque personne. Publications légères Guides promenades Toute cette approche a été également expliquée et prise en compte au travers de publications légères, à savoir des petits fascicules que l'on offre aux gens à l'Office de Tourisme ou lors de journées comme celle d'hier sur le Parlement. Nous avons également des guides promenades sur cette thématique, "à travers le Rennes médiéval", réalisé avec Jean-Jacques RIOULT, Conservateur à l'Inventaire. Un autre guide promenade, intitulé "façades et couleurs", et édité en partenariat avec Ouest-France, a été fait par celui qui devait, ce matin, intervenir sur la politique de ravalements des façades de la ville de Rennes, à savoir M. BOSSARD, pour le PACT ARIM. Il explique comment a été mise sur pied cette politique de ravalements obligatoires, en tenant compte du fait que dans le secteur sauvegardé de Rennes -soit 35 hectares- 65 des propriétaires ne sont pas occupants. Ils sont donc peu soucieux du fait d'avoir une qualité des lieux exemplaire, puisqu'ils n'y vivent pas. Télévision locale La télévision locale, TV Rennes, nous aide dans cette démarche de sensibilisation des publics au travers d’émissions très régulières. L'une d'entre elles porte justement sur la diversité du pan de bois, à savoir la tradition gothique, la première Renaissance, la deuxième Renaissance, les différentes époques du pan de bois jusqu'à l'édit royal qui demande de crépir. Les enfants, une palette plus large : Pour les enfants, il est vrai que la palette est plus large. Avec les maternelles, nous nous servons d'outils "pédagogiques", tels que la Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 52 Outils pédagogique, tels que la pâte à modeler pâte à modeler. Chaque fois, dans un premier temps, nous les mettons en immersion dans le patrimoine de la ville, c'est-à-dire en contact avec ce qu'ils ont véritablement sous les yeux et dont ils n'ont pas souvent conscience. Dans un second temps, nous leur donnons à faire une réalisation. Elle peut être plastique -nous avons un plasticien dans le service- et passer de la pâte à modeler aux modèles de maisons à pans de bois -nous avons, pour ce faire, des modèles de maisons à pans de bois-. Cela permet, avec le travail en atelier de pratique artistique ou en atelier de classe de patrimoine, de vérifier, après avoir été sur le terrain, les acquis de l'enfant. Travail fait avec la CAPEB et les Compagnons du Devoir Mais, l'approche la plus intéressante et la plus rigoureuse est le travail fait avec la CAPEB et les Compagnons du Devoir ; je pense à l'entreprise PELLOIS par exemple, pour ne pas la citer. Nous disposons dans ce cas de vrais matériaux, sous la main, sous les yeux, qui permettent aux enfants de toucher, de voir les éléments d'une façade. Ils peuvent même essayer de les assembler et de les monter avec les artisans. Nous diversifions cette approche avec les Compagnons du Devoir, en allant jusqu'à un travail sur les décors et les enseignes, qui sont aussi un moyen de revenir sur la maison à pans de bois. Les enfants peuvent choisir de réaliser une enseigne, si, dans la rue qu’ils étudient, l’une d’entre elles leur paraît inadaptée ou, du moins, peu harmonieuse. Pour ce faire, ils utilisent, entre autres, des matériaux comme le chocolat ; cette sensibilisation est la plus efficace que nous ayons pu trouver jusqu'à présent ! Thématique "habiter autrement" En dehors de cette approche, il y a aussi le fait d'aborder la tradition du pan de bois par une thématique complètement différente, que l'on intitule "habiter autrement". Prenons par exemple l'auberge Saint-Sauveur que vous nous avez montrée tout à l'heure. Les personnes qui travaillent dans cette maison à pans de bois sont tout à fait enclines à ouvrir leur porte et à répondre aux enfants, en leur montrant comment est distribuée une maison ancienne, comment on y habite,… ce qui les surprend toujours (les primaires vont jusqu'à demander s'il y a des souris dans la maison !). Parallèlement, les enfants visitent un immeuble ou une maison contemporaine : l'objectif est de leur montrer deux manières d'habiter. Les sondages Les sondages constituent une autre approche : nous leur montrons un habitat qui peut poser problème ou dont la restauration est en cours. A partir de là, ils doivent faire des sondages autour d'eux : auprès des gens qui passent dans la rue, auprès des propriétaires et auprès des Rennais ou des touristes. Les réponses sont en général très diverses sur le résultat à obtenir. Cette expérience sur le pan de bois est pratiquée sur la place royale du palais du Parlement de Bretagne. Face à la multiplicité des réponses, les enfants se demandent comment on peut trouver une solution, puisque personne ne veut la même chose. Exercer un métier à travers des jeux de rôle Autre entrée possible : les métiers d'hier et d'aujourd'hui. Parce que ces enfants vont un jour envisager d’exercer un métier, nous leur en faisons découvrir la diversité à travers des jeux de rôle où ils ont à construire la ville de demain, dans laquelle ils devront vivre ensemble. C'est une thématique qui peut être intéressante, mais à pratiquer lors des classes européennes ou internationales au niveau Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 53 du collège et du lycée. Jean-Bernard VIGHETTI Avez-vous des questions sur ce sujet, ou fait-on plutôt un paquet cadeau en fin de table ronde ? Pas de questions ? M. LELOUP, vous allez démarrer maintenant avec les images. Restaurer l'Architecture en pans de bois ; problématiques liées à la spécificité de ce patrimoine, à son utilisation et partis de restauration (reprise) Daniel LELOUP Je vous ai apporté deux ou trois exemples, pour essayer de poser ce problème de restauration. Il s'agit d'une diapositive vous montrant une façade de maison qui se trouve rue Longue de Bourret, à Morlaix, et qui a été restaurée dans les années 80. C'est l'exemple type de l'incompréhension devant un patrimoine en pans de bois et une restauration qui à mon avis est totalement ratée. L'architecte a cru que cette colonne à chapiteau corinthien était un décor de façade, alors qu'en réalité il s'agissait d'un poteau de soutènement à l'intérieur d'une maison à vitrines. Diapositive suivante : on est à Morlaix, avec une gravure ancienne qui vous montre des maisons à vitrines comme je vous en ai montré quelques-unes à Dinan et à Saint-Malo tout à l'heure. Et le poteau que l'on a vu précédemment se trouvait évidemment derrière cette vitrine. “Il s'agit d'une diapositive montrant une façade de maison qui se trouve rue Longue de Bourret, à Morlaix, et qui a été restaurée dans les années 80. C'est l'exemple type de l'incompréhension devant un patrimoine en pans de bois et une restauration totalement ratée. L'architecte a cru que cette colonne à chapiteau corinthien était un décor de façade, alors qu'en réalité il s'agissait d'un poteau de soutènement à l'intérieur d'une maison à vitrines.” Je vous ai mis comme exemple la maison du 5 rue Pélicot, à Saint-Malo, sur laquelle on voit effectivement la fonction de cette colonne portant la maîtresse poutre qui est au-dessus. Cet exemple est tout à fait édifiant. Il est sans doute excessif car, heureusement, cela n'arrive pas souvent, mais montre une restauration ratée, dans la mesure où la personne qui a eu en charge la restauration de l'édifice n'a pas compris comment était faite la maison. Donc, je l'ai dit et je le répète, il existe de multiples architectures en pans de bois et, évidemment, la première chose à faire, c'est d'essayer de comprendre l'édifice : comment il était à l'origine, même si on ne peut pas toujours le restaurer dans son état d'origine. Si, au point de départ, on ne comprend pas les raisons qui ont amené un certain nombre de dispositions, on peut être sûr qu'à l'arrivée, le résultat sera catastrophique. Cette maison de Quimper, on l'a déjà aperçue tout à l'heure, je voudrais en dire deux mots. C'est une maison qui est tout à fait intéressante par rapport à l'idée qu'on doit en avoir pour sa restauration. Il s'agit d'une maison construite sur un tout petit parcellaire, comme celui que je vous ai montré, certainement créé Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 54 dès l'origine de la ville, et sur lequel on a construit une maison au 16ème siècle : la partie supérieure de la maison porte un décor du début de la Renaissance. Dans les niveaux bas, le rez-de-chaussée et le premier étage, on voit qu'il s'agit de façades en pierre. Ce ne sont évidemment pas les façades d'origine, ce sont des façades qui ont été vraisemblablement transformées au 18ème siècle, peut-être au début du 19ème siècle. La question que pose cette diapositive, c'est comment doit-on restaurer une telle maison ? Je crois que la réponse s'impose d'elle-même, dans un cas comme ça : dans la mesure où on ignore tout à fait comment était le pan de bois à l'origine au-dessous, je vois mal comment on pourrait ne pas conserver l'état existant de cette maison, qui fait partie intégrante du patrimoine quimpérois. C'est une réponse simple à une question qui nous paraît simple, mais, au travers de ces exemples, j'essaie de vous montrer la difficulté qu'on peut avoir, vu la multitude de réponses que l'on peut apporter à un problème donné. Voici un autre exemple à Dinan qui, à mon avis, est également un mauvais exemple. Nous avons un manque de cohérence entre les différentes parties de ce bâtiment et la cohésion de la façade est tout à fait inexistante dans cette restauration. C'est une ancienne restauration rue du Jerzual, je crois, ou rue du Petit Fort, je ne sais plus. Elle montre, là aussi, une mauvaise interprétation du bâti, avec une succession de formes qui, à mon sens, ne correspondent pas à grand chose. Voici quelques maisons en pans de bois, rue Vasselot à Rennes, dont les façades ont été ré-enduites. Ce sont des maisons de la fin du 17ème ou du début du 18ème siècles et on a eu parfaitement raison de ré-enduire ces façades. L'une d'entre elles a été découverte, sur la partie gauche de la diapositive, et vous voyez que le pan de bois qui est derrière est constitué de pièces de bois de mauvaise qualité, mal équarries, qui, visiblement, n'avaient jamais été destinées à rester apparentes. Il aurait donc été logique de ré-enduire ce pan de bois aux qualités extrêmement faibles. Une autre maison de Rennes, en pans de bois, du 18ème siècle et que l'on a ré-enduite, ce qui me semble tout à fait logique. Une autre maison encore, où on a essayé de "faire ancien". Elle est rue de Saint-Malo à Rennes, pour ceux qui ne la connaissent pas. A mon avis, on a pêché par excès, car on a rajouté des fenêtres qui n'existaient certainement pas à l'origine ; on a déplacé la porte d'entrée de cette maison qui était à droite : l'allée se trouvait là, on peut le voir encore aujourd'hui, il y a un écu qui se trouve au-dessus de la porte, correspondant à l'allée, comme dans la plupart des maisons. “La façon dont on considère certains éléments patrimoniaux doit toujours rester modeste.” Deux exemples pour terminer rapidement cette présentation, pour vous montrer que la façon dont on considère certains éléments patrimoniaux doit toujours rester modeste. Souvent, lorsque l'on aborde la question de la réhabilitation de ces bâtiments, cela ne s'avère absolument pas évident. Cette photographie a été prise vers 1900 à Tréguier, et montre une maison qui a été restaurée depuis. Il est vrai que cette Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 55 construction n'a pas fière allure. La voilà après restauration, ce qui montre bien qu'il faut approcher avec modestie ces bâtiments, car le résultat d'une restauration n'est jamais évident au point de départ. Ce ne peut être que l'aboutissement d'une réflexion historique, archéologique, technique,… Deuxième bon exemple de restauration, à Quintin, dans la rue au Lait. La diapo n'est pas de bonne qualité, mais je peux vous dire que le pan de bois est très bien restauré. Voici l'état ancien de la maison vers 1900. On comprend bien l'impression qu'avaient les gens à cette époque-là : il est vrai que quand on voit ça, on n'est pas tenté par la restauration. “Le problème de la restauration est un problème difficile, auquel il n'y a pas de réponse toute faite. Ce ne peut être qu'une réponse au cas par cas, qui doit faire intervenir un certain nombre de critères historiques, mais surtout, il faut essayer de comprendre la logique de la maison. Car souvent, on est face à des constructions qui ont subi de multiples modifications.” Voilà ce que je voulais vous montrer en ce qui concerne le problème de la restauration. C'est un problème difficile, auquel il n'y a pas de réponse toute faite. Ce ne peut être qu'une réponse au cas par cas, qui doit faire intervenir un certain nombre de critères, historiques je l'ai dit, mais, surtout, il faut essayer de comprendre la logique de la maison. Car souvent, on est face à des constructions qui ont subi de multiples modifications. Nous n'avons parlé là que des façades, mais à l'intérieur également, les éléments qui auraient pu nous permettre de dater la maison -pour savoir à quelle logique elle répondait- ont disparu. Plus particulièrement, un élément qui est très important pour les historiens de l'architecture, ce sont les charpentes qui, pour des raisons évidentes, ont malheureusement souvent disparu à cause des infiltrations d'eau, etc. Elles nous privent aujourd'hui d'un élément de datation extrêmement important, et qui aurait pu être utile pour l'orientation des recherches en vue d'une réhabilitation du monument. Jean-Bernard VIGHETTI Nous allons enchaîner avec la présentation de la restauration de la Maison de l'Isle à Vitré. La restauration de la Maison de l'Isle à Vitré Madame BRACQ, Propriétaire L'histoire du monument ? Comment nous sommes devenus propriétaires ? C'est assez amusant, et ce fut très rapide. La maison était en vente, paraît-il, mais nous n'étions pas au courant. Nous avions eu l'électrochoc avant, en achetant une maison rue Baudrairie que nous avions fait restaurer, mais de façon beaucoup moins exemplaire que la deuxième. Peut-être qu'on apprend, et surtout, nous avons eu des ouvriers absolument extraordinaires pour la restauration de la Maison de l'Isle. En fait, nous étions partis tranquillement en vacances, lorsque nous avons reçu un coup de téléphone de M. FORGET qui nous dit "voulez-vous acheter la Maison de l'Isle ?". Nous sommes tombés de notre hauteur, en disant "mais quoi, qu'est ce qui se passe ?". Cette maison était effectivement à vendre et il y avait une jeune femme qui avait déjà signé une promesse d'achat. Apprenant qu'il y avait à l'intérieur de Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 56 cette maison un panoramique peint -de moins grande valeur qu'un panoramique imprimé et qui avait surtout subi de tristes repeintsqu'on lui demandait de conserver, la personne qui voulait acheter dit : "je ne peux pas conserver ce panoramique, il faut que je répare les murs, il y a des trous qui donnent sur l'extérieur, ça fait quelques courants d'air, l'été ça peut être agréable, mais pas l'hiver". […] Devant ces contraintes, l'acheteuse prit la poudre d'escampette. Voyant cela, nous avons demandé conseil à un ami antiquaire qui nous dit "écoutez, ce panoramique est intéressant, mais il n'a pas une très grande valeur, parce qu'il a eu des repeints et qu'il a besoin d'une restauration". Puis, nous avons reçu un nouveau coup de téléphone nous disant "l'acheteuse n'en veut plus, on vous demandera un petit peu plus cher à cause du panoramique, mais enfin, pas beaucoup plus cher au total". Alors, nous l'avons achetée. Cela ne nous a pas coûté très cher à l'achat, mais nous a coûté beaucoup plus cher au total. Cette restauration a été fructueuse en découvertes et s'est révélée passionnante pour mon mari qui a passé des heures sur le chantier. J'aurais voulu que ce soit lui évidemment qui puisse répondre à vos questions, mais il n'est plus là, et j'ai été l'oreille attentive à tout ce qu'il me racontait avec un enthousiasme débordant. Voilà l'historique. Quant au panoramique, il a été déposé, restauré, mais n'a pas été replacé dans la maison, faute de place après la restauration intérieure. Daniel LELOUP Bien. Je pense que tout le monde connaît cette maison qui forme une tête d'îlot entre deux rues, dans le quartier historique de Vitré. Il s'agit vraisemblablement d'une maison de la fin du 15ème siècle, et nous apercevons à droite l'escalier en vis du même type que ceux que j'ai évoqués tout à l'heure. Les difficultés techniques liées à cette maison étaient grandes, car il y avait tout un côté du premier étage du pan de bois qui était en très mauvais état et qui penchait dangereusement sur la rue. Il a été, je crois, déposé entièrement et remonté. “Lorsque l'on voit les photos qui ont été prises de la maison, une fois désossée, c'est vraiment effrayant. On se demande comment elle tenait encore debout, étant donné qu'il y avait des poutres maîtresses complètement rongées […] Mais nous avons alors eu à faire avec des ouvriers absolument remarquables. Madame BRACQ Non, pas tout à fait. Nous avons tiré dessus avec un "tire fort". Cela a été possible parce que la plupart des poutres qui soutenaient la toiture étaient pourries et tout était étayé. Nous avons tiré dessus, ça s'est remis droit, ce qui a permis de tout consolider ; il y en avait grand besoin. Daniel LELOUP Il faut toujours improviser sur ces chantiers, tout n'est pas écrit. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 57 C'est un charpentier de très grande qualité qui a trouvé la solution de tous les problèmes.” Madame BRACQ Lorsque l'on voit les photos qui ont été prises de la maison, une fois désossée, c'est vraiment effrayant. On se demande comment elle tenait encore debout, étant donné qu'il y avait des poutres maîtresses complètement rongées, et qui avaient peut-être l'épaisseur de deux ou trois doigts pour soutenir la totalité de la charpente. C'était impressionnant. Mais nous avons alors eu à faire avec des ouvriers absolument remarquables. C'est un charpentier de très grande qualité qui a trouvé la solution de tous les problèmes ; et ce ne sont pas les problèmes qui ont manqué : forcément, étant donné l'état des bois et l'état de la maison dans son ensemble. Daniel LELOUP “Cette diapositive montre quelque chose de tout à fait intéressant, qu'on ne refait malheureusement que très rarement : c'est un ouvrier qui est en train de porter une quenouille. C'est une espèce de petite tige de bois entourée de torchis et de terre, qu'on met entre les pans de bois avant de les enduire pour faire le hourdis du pan de bois.” Cette diapositive nous montre quelque chose de tout à fait intéressant, qu'on ne refait malheureusement que très rarement : c'est un ouvrier qui est en train de porter une quenouille. C'est une espèce de petite tige de bois entourée de torchis et de terre, qu'on met entre les pans de bois avant de les enduire pour faire le hourdis du pan de bois. Le voilà qui est en train de le mettre en place. C'est la technique ancestrale qui a été réutilisée pour les hourdis des pans de bois de cette construction. C'est une chose qui ne se fait que rarement et je ne sais pas où vous avez trouvé des ouvriers pour faire ça. Madame BRACQ Ce travail a été fait par des ouvriers de Vitré, par un entrepreneur de Vitré à qui nous avons montré comment faire, qui s'est très bien débrouillé et qui s'est passionné pour cette histoire. De nombreuses photos ont été prises montrant la fabrication et la pose des quenouilles. “Ce travail a été fait par un entrepreneur de Vitré à qui nous avons montré comment faire, qui s'est très bien débrouillé et qui s'est passionné pour cette histoire.” Daniel LELOUP Voilà, nous sommes à l'extérieur : on est en train de reposer des coyaux, comme ils étaient, je suppose, à l'origine, pour la couverture. Madame BRACQ Il y a eu beaucoup de bois neuf qui a été mis. Daniel LELOUP Et voilà donc le résultat final, après la fin des travaux. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 58 Madame BRACQ “Et voilà donc le résultat final, après la fin des travaux.”. On a retrouvé à l'intérieur les coulisses des volets, qui devaient fermer les fenêtres, parce qu'à l'époque de la construction il n'y avait pas de vitres, comme vous l'avez dit tout à l'heure. Et on a retrouvé les glissières, si bien que tout a été refait avec des volets coulissants "in situ". Daniel LELOUP Oui. C'était quelque chose de tout à fait courant. J'en connais à Vannes, à Quimper, à Morlaix, à Quintin, à Vitré, il y en avait absolument partout. Le seul problème souvent, c'est qu'on a parfois retaillé les pans de bois de sorte qu'on ne retrouve plus les glissières et donc on ne peut pas avoir de certitudes. Madame BRACQ Il y avait aussi au premier étage une porte qui donnait directement sur le vide, et qui était la porte par laquelle on entrait les meubles. Evidemment, nous l'avons bien verrouillée pour les locataires. Mais on l'a gardée. “Cela a duré assez longtemps et l'intérieur est vraiment très joli. Du premier étage, en regardant par la fenêtre côté Est, au-dessus de la porte du magasin, on a bien l'impression d'être sur une île…” Daniel LELOUP Voilà. Je ne sais pas si vous voulez dire quelque chose de plus sur cette maison. Les problèmes techniques ont finalement tous été résolus. Madame BRACQ Cela a duré assez longtemps et l'intérieur est vraiment très joli. Du premier étage, en regardant par la fenêtre côté Est, au-dessus de la porte du magasin, on a bien l'impression d'être sur une île… Daniel LELOUP Vous évoquiez les problèmes financiers pour faire ces travaux… Madame BRACQ Les problèmes financiers. Nous avons quand même eu beaucoup d'aides. Je rends hommage à la Ville de Vitré ; le fait que ce soit la Maison de l'Isle et qu'elle ait quatre façades visibles, nous a permis de bénéficier de plus de subventions que s'il n'y avait eu qu'une façade sur la rue. Je ne sais pas si nous avons été payés pour quatre façades, mais, tout de même, nous avons eu des subventions, beaucoup de subventions. Pour le reste, nous avons eu quelques capitaux qui y sont passés. Je dois dire que je ne les regrette pas : ce n'était pas cher de l'heure pour le plaisir que cela a donné à mon Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 59 mari ! Jean-Bernard VIGHETTI Voilà un exemple de restauration individuelle. Maintenant, vous voulez peut-être enchaîner, M. LELOUP, sur la nécessité de considérer la maison dans son ensemble -vous l'avez montré magistralement si je puis dire à travers cet exemple-là- et, quand il y a des ensembles architecturaux, sur celle d'envisager des procédures globales. En ce qui concerne la restauration, peut-être avez-vous aussi des prescriptions, des recommandations etc.… Daniel LELOUP Oui, je voudrais dire un mot à propos de ces rénovations. Il est vrai qu'on a beaucoup parlé, depuis ce matin, des façades, mais il ne faut pas oublier qu'une maison en pans de bois, ce n'est pas seulement une façade, qui n'est qu'un aspect de la maison, et qu'il existe évidemment tout ce qu'il y a derrière, le plan, les étages… Beaucoup de restaurations, et en ce sens-là la restauration de la Maison de l'Isle est exemplaire, ont pris en compte la maison dans sa globalité et pas seulement la façade. “Les campagnes de restauration de façades ne sont pas suffisantes. D'autant plus que dans un certain nombre de villes […] il se pose un problème de fond pour la pérennité de cet habitat. Dans la plupart de ces maisons, […] seul le rezde-chaussée est occupé par des commerces et les étages sont vides. Or, on sait qu'un habitat, quel qu'il soit, […] s'il n'est pas occupé, il se dégrade.” Tout à l'heure, on l'a vu avec Quimper, nous avons parlé des campagnes de restauration de façades. Mais, à mon avis, les campagnes de restauration de façades ne sont pas suffisantes, ce n'est qu'un élément. D'autant plus que dans un certain nombre de villes -à Quimper en particulier, je parle de cette ville parce que je la connais bien- il se pose un problème de fond pour la pérennité de cet habitat. Dans la plupart de ces maisons, rue Kéréon notamment, seul le rez-de-chaussée est occupé par des commerces et les étages sont vides. Or, on sait qu'un habitat, quel qu'il soit, qu'il soit en pans de bois, qu'il soit en pierre ou en métal, s'il n'est pas occupé, il se dégrade. Les propriétaires ne font pas de travaux et, souvent, on arrive à la catastrophe. C'est un problème général qu'on rencontre dans toutes les villes de Bretagne. Petit à petit, les locataires sont partis des étages, et souvent, le commerçant a occupé tout le rez-de-chaussée, n'occupant les étages que pour faire ses réserves. “Il faudra, dans les années à venir, qu'on réfléchisse à cette question de réouvrir les couloirs qui se trouvent au rez-de-chaussée, de les restituer, pour pouvoir réhabiliter les étages et en faire des logements tout à fait normaux. Car, si les politiques qu'on mène dans un certain nombre de villes ne concernent que les façades, à terme, c'est une menace pour Je pense qu'il faudra, dans les années à venir, qu'on réfléchisse à cette question de réouvrir les couloirs qui se trouvent au rez-dechaussée, de les restituer, pour pouvoir réhabiliter les étages et en faire des logements tout à fait normaux. Car, si les politiques qu'on mène dans un certain nombre de villes ne concernent que les façades, à terme, c'est une menace pour le patrimoine en pans de bois. Que ce soit dans les Petites Cités de Caractère, mais également dans les grandes villes. Et je vous donnerai un exemple que je connais bien, celui de la rue Saint-Michel à Rennes, que sans doute la plupart d'entre vous connaissent. Cette rue Saint-Michel a connu plusieurs campagnes de rénovation de façades, mais la plupart des appartements sont dans un état absolument catastrophique et, à mon sens, plusieurs immeubles sont mêmes sur le point de s'effondrer sur l'arrière. Il est vrai que, comme on l'a Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 60 le patrimoine en pans de bois.” évoqué avec Mme BRACQ, les restaurations coûtent cher. Mais je pense que si on veut conserver ce patrimoine pour les générations futures, et je le souhaite, compte tenu du peu de maisons qu'il reste aujourd'hui, il faut que l'on envisage des campagnes de restauration différentes. Je crois, comme l'a dit Monsieur le Maire de Dinan tout à l'heure, à l'exemplarité des restaurations. Je pense qu'il faut réaliser des restaurations complètes de monuments et ces restaurations complètes commencent par l'accès aux étages. Les deux politiques doivent être menées de front, car si l'on ne règle pas la première, on ne pourra pas régler la seconde. Jean-Bernard VIGHETTI Merci. Pour illustrer le propos, nous allons évoquer avec Mme QUERO la politique qui est engagée actuellement dans les Côtes d'Armor, à l'initiative des Petites Cités de Caractère de Bretagne. Leurs élus ne souhaitent pas que leurs villes deviennent des villes musées. Ils veulent que dans leur ville, les jeunes puissent s'installer, que des résidents permanents puissent aussi y vivre, etc.… L'association a donc engagé une négociation pied à pied avec l'Agence Nationale pour l'Amélioration de l'Habitat, pour essayer d'obtenir le déplafonnement du montant des travaux habituels des opérations de rénovation de l'habitat à des fins locatives : l'objectif était que ce plafond du montant des dépenses soit levé quand le bâtiment présentait un intérêt patrimonial. Dans les Côtes d'Armor, il y a eu un travail de fond extrêmement intéressant qui a été mené, pas exclusivement sur des maisons en pans de bois, mais je pense qu'il y a eu quelques exemples dans ce domaine. Je vais laisser le soin à Mme QUERO de les présenter. L'Opération Programmée d'Amélioration de l'Habitat à Thématique Patrimoniale des Petites Cités de Caractère de Bretagne Marie-Line QUERO, Ingénieur des Services Culturels et du Patrimoine au Service Départemental de l'Architecture et du Patrimoine des Côtes d'Armor “Dans certaines communes, on retrouvait des édifices, dont certains sont à pans de bois et d'autres non, qui restaient de côté, faute de moyens ou faute d'une restauration jugée trop complexe et trop coûteuse. Cette [OPAH] avait donc comme objectif initial de sauvegarder des immeubles d'intérêt patrimonial par la création de logements Je vais donc vous parler de cette OPAH Patrimoine, puisqu'elle s'est appelée comme ça. Il est vrai que l'on peut remercier l'Association des Petites Cités de Caractère du travail qui a été mené avant 2002, puisque c'est en juin 2002 qu'une convention a été signée entre l'ANAH, représentant l'Etat, et l'Association des Petites Cités de Caractère, ainsi que les Communes du Patrimoine Rural. Nous avons là deux entités qui sont parties prenantes et volontaires. Elles sont parties d'un constat : dans les OPAH qui existaient déjà, qui se faisaient déjà, certains bâtiments restaient de côté parce qu'ils se trouvaient un peu complexes -si je puis dire- par rapport à une restauration patrimoniale. Ainsi, dans certaines communes, on retrouvait des édifices, dont certains sont à pans de bois et d'autres non, qui restaient de côté, faute de moyens ou faute d'une restauration jugée trop complexe et trop coûteuse. Cette volonté affichée avait donc comme objectif initial de sauvegarder des immeubles d'intérêt patrimonial par la création de logements Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 61 locatifs.” locatifs. J'y reviendrai au moment de faire un peu le bilan de cette opération. Depuis juin 2002, grâce à une volonté forte en Côtes d'Armor, l'OPAH marche très bien, contrairement à d'autres départements, puisque je crois que cette opération était initiée sur les quatre départements bretons. Ici, nous avons une entité composée de plusieurs Petites Cités de Caractère qui sont vraiment menées avec une volonté de travailler ensemble, tout comme les Communes du Patrimoine Rural. A l'intérieur de ces deux entités, nous avons la Ville de Pontrieux d'une part, et la Commune de Bulat-Pestivien d'autre part, qui ont accepté d'être les locomotives du projet, de prendre en charge la convention signée avec l'ANAH, pour la manager. Elles ont accepté également d'être les interlocuteurs du PACT ARIM et d'Habitat et Développement, organismes missionnés pour animer ces conventions. Car, il est vrai que signer une convention c'est bien, mais après, sur le terrain, il faut qu'il y ait un relais. Ce relais a été souhaité et a été mis en place par l'intermédiaire du PACT ARIM et d'Habitat et Développement. Les deux organismes ont fait un inventaire du patrimoine, ce qui était déjà très important parce que, sans inventaire, on avait du mal à avancer, puis ils ont vu avec les propriétaires ou acheteurs éventuels ce que l'on pouvait faire avec ces logements, quelles étaient les contraintes aussi. Nous avons dit tout à l'heure qu'on ne voulait pas parler de contraintes, mais si on veut parler de patrimoine, on y viendra forcément. Il est vrai que ce ne sont pas des mots qui plaisent, mais malheureusement, il y a un moment où on y arrive. Au travers de ces études, et au travers de ces divers dossiers, on a vu apparaître une volonté de restauration, à condition qu'elle soit aidée. Les aides ont alors eu un rôle incitatif. “Pour ces projets -maisons à pans de bois et autres- on a réussi, au travers de la convention, à mettre en place un déplafonnement sur certains travaux, appelés travaux d'intérêts architecturaux qui permettent, au travers de prescriptions, d'obtenir une certaine qualité de restauration. […] C'est la raison pour laquelle la mission de l'architecte a été intégrée de fait dans les travaux.” L'ANAH avait accepté de financer cette opération en 2002, 2003 et 2004, soit sur trois années. Se sont ajoutés à ces financements de l'ANAH, ceux du Conseil Régional, du Conseil Général, des Communes et même, quelques fois, des Communautés de Communes. Ainsi, nous arrivons à des opérations, malgré des plafonnements, qui sont intéressantes pour les propriétaires ou les sociétés. Il y a donc des immeubles assez conséquents qui étaient abandonnés et qui, de ce fait, ont retrouvé un certain intérêt pour des acquéreurs. Depuis l'année dernière, on a un certain nombre de projets qui ont vu le jour, parce que 2002 a été surtout l'année d'inventaire et de mise en place. Pour ces projets -maisons à pans de bois et autres- on a réussi, au travers de la convention, à mettre en place un déplafonnement sur certains travaux, appelés travaux d'intérêts architecturaux qui permettent, au travers de prescriptions, d'obtenir une certaine qualité de restauration. Et c'est ce que nous, nous essayons de gérer au niveau du Service Départemental d'Architecture et du Patrimoine. C'est-à-dire que nous intervenons sur ces projets où le bâti est jugé intéressant d'un point de vue patrimonial et où justement, par certaines prescriptions, nous allons demander que certains travaux soient réalisés de telle ou telle manière, ce qui va générer des aides supplémentaires. Par cette attractivité financière, nous arrivons à Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 62 obtenir que les travaux soient faits –disons- dans les règles de l'art, selon des normes qui sont plus intéressantes pour le respect du bâti. Ainsi, à travers cette convention, nous avons un certain nombre de bâtiments qui, pour les Communes, au lieu d'être fermés et laissés à l'abandon, vont être restaurés avec une certaine qualité de restauration. Je pense que l'objectif est atteint dans les Côtes d'Armor. Je pense même, d'après ce qui nous a été dit lors du dernier bilan semestriel fait par les opérateurs, que nous allons dépasser les espérances. En effet, sur trois communes, il se trouve qu'il y a trois bâtiments importants qui font l'objet d'un projet ; et si ces trois bâtiments étaient retenus, on dépasserait les subventions allouées par l'ANAH ; il va donc y avoir une discussion en parallèle. Mais pour revenir à cette OPAH Patrimoine, il est vrai que sur les pans de bois par exemple, elle nous a permis, lorsque nous étions sollicités par les opérateurs (lorsque les bâtiments étaient jugés d'intérêt patrimonial), de demander à ce qu'il y ait un architecte qui s'occupe de ces travaux, qui suive ces travaux, et pas simplement une démarche directe avec des entreprises. Parce que justement, comme le dit M. LELOUP, notamment sur les pans de bois, mais aussi sur d'autres immeubles, le travail de l'architecte est très important : il permet cette réflexion avant d'attaquer les travaux. C'est la raison pour laquelle la mission de l'architecte a été intégrée de fait dans les travaux. Une autre démarche intéressante, c'est de pouvoir discuter avec les propriétaires, c'est-à-dire d'avoir des rencontres, de pouvoir leur expliquer justement pourquoi on aura telle ou telle contrainte, pourquoi on souhaite qu'il y ait plutôt tels ou tels matériaux d'utilisés. En ce qui concerne le patrimoine des maisons à pans de bois, je peux dire que nous n'avons pas eu vraiment de problèmes, peut-être parce que justement il y a peu de maisons qui ont été préservées et que de fait, le caractère singulier de ces maisons fait qu'on les respecte. Alors, même s'il peut y avoir des erreurs qui sont faites, on a quand même un certain respect par rapport à ce type de restaurations. De plus, comme ce sont des maisons à pans de bois, on utilise quand même peu de ces matériaux nouveaux que l'on voit malheureusement arriver dans pas mal de villes, sur pas mal de façades. Car, le problème que nous avons à traiter au travers des restaurations en général, ce n'est pas du tout de pouvoir avoir des enduits à la chaux, de pouvoir avoir des joints qui soient bien faits, de pouvoir conserver des ferronneries, de refaire la toiture correctement en ardoises, c'est vraiment de pouvoir conserver des menuiseries. Le problème des occultations se pose rarement pour les maisons à pans de bois parce que déjà, dans pans de bois, il y a bois, donc les propriétaires se disent "on va peut-être quand même laisser du bois" ; alors que sur d'autres projets, dans cette OPAH Patrimoine, nous avons beaucoup de difficultés à faire respecter des matériaux, des modénatures, et je pense que les quelques Maires qui sont dans la salle rencontrent ce problème tous les jours. C'est là que la notion de contrainte arrive. C'est-à-dire que si nous voulons conserver ce patrimoine, le préserver, il faut à un moment que cette notion de contrainte soit intégrée pour les menuiseries. Parce que nous ne pourrons pas avoir un patrimoine intéressant et Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 63 “Il faut profiter de cette opération pour faire des exemples qui deviennent des locomotives. […] L'occasion de faire des exemples, c'est lorsque l'on a des aides pouvant aller jusqu'à 50, 55 ou 60 % du montant des travaux, et qui en plus, ne concernent pas que la façade, mais également les intérieurs.” préservé, si nous n'allons pas jusqu'au bout. Il n'y a pas que la façade, il y a aussi ces fenêtres et ces ouvertures, qui font partie de l'architecture. Et autant cette OPAH Patrimoine est tout à fait positive parce qu'elle a permis de préserver du bâti et de faire renaître des bâtiments qui étaient certainement voués à l'abandon, autant je crois qu'il faut profiter -et Monsieur le Maire a vraiment mis l'accent là-dessus- de cette opération pour faire des exemples qui deviennent des locomotives. Si nous n'en profitons pas, si nous nous disons "et bien oui, mais on va quand même sauver le bâtiment, donc on peut peut-être leur laisser mettre des fenêtres comme ils veulent", ce n'est pas la peine. L'occasion de faire des exemples, c'est lorsque l'on a des aides pouvant aller jusqu'à 50, 55 ou 60 % du montant des travaux, et qui en plus, ne concernent pas que la façade, mais également les intérieurs puisque la volonté c'est de faire du locatif, voire même du locatif conventionné. Mon bilan là dessus, c'est de dire que cette opération est très intéressante et qu'elle a vraiment marché dans les Côtes d'Armor, parce qu'ici, on a une volonté d'y arriver et des communes motivées. Je crois qu'il faut vraiment tirer l'opération par le haut. Jean-Bernard VIGHETTI Merci. Quelques questions peut-être ? M. SIMONNET ? Nicolas SIMONNET Merci. Juste pour dire que le problème du rapport entre l'intérieur et l'extérieur du bâtiment n'est pas qu'un problème d'utilisation et d'abandon de l'intérieur. Nous avons vécu sur un des immeubles les plus prestigieux de Rennes une situation qui était catastrophique puisque sur un des immeubles de la Place des Lices, la cage d'escalier s'effondrait. On a cherché à comprendre pourquoi. Et bien si elle s'effondrait, c'est tout simplement qu'un propriétaire, une dizaine d'années plus tôt, avait coupé une cloison à l'intérieur d'un appartement d'une façon relativement éloignée de la cage d'escalier. Il faut se rendre compte que dans ce type de bâtiments, l'ossature de bois est une et comprend aussi bien les cloisons intérieures, les planchers, que la façade. De telle sorte que toute modification apportée à l'intérieur peut se révéler absolument dramatique. C'est pourquoi, sur un certain nombre d'immeubles que vous protégez au titre des Monuments Historiques uniquement pour leurs façades et leurs toitures -Monsieur le Maire de Dinan parlait tout à l'heure de la maison de la rue de l'Apport, cela en est un exemple- et bien, nous, Direction Régionale des Affaires Culturelles, avons subventionné aussi les travaux de reprise de la structure intérieure ; nous en avons même été les maîtres d'ouvrage. Parce que restaurer la façade en pans de bois sans la structure interne, ça n'a aucun sens. Jean-Bernard VIGHETTI Merci. Une autre question ou un autre commentaire ? Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 64 Fabrice VIVIER, Adjoint au Maire de Quimperlé Bonjour, Fabrice VIVIER, Maire Adjoint à la Ville de Quimperlé. Nous avons reçu quelques chiffres dans le dossier que l'on a reçu, et on se rend compte que nous avons 1 554 maisons à pans de bois en Bretagne. Ce que je voulais savoir c'est sur les 1 554 maisons, combien appartiennent à des privés ? Combien appartiennent à des collectivités locales ? Parce que l'on parle beaucoup de fonds publics, de subventions, mais je voulais connaître ce qu'il en est dans les autres communes bretonnes quant à l'entretien et à l'acquisition éventuelle d'un nouveau patrimoine de ce type. Daniel LELOUP Je peux vous répondre brièvement. Je n'ai pas le chiffre précis làdessus, mais pour l'essentiel, ce sont des propriétés privées à plus de 90 %, sans doute 95 %. Il y a très peu de collectivités qui sont propriétaires de maisons ; il y a Dinan, évidemment, qui est exemplaire, ou Pontrieux, qui est propriétaire d'une. Mais, c'est très peu de chose finalement, la plupart des maisons sont des propriétés privées. Fabrice VIVIER A Quimperlé, par exemple, nous avons récupéré dans notre patrimoine des maisons en pans de bois, parce que les propriétaires ne pouvaient plus en assumer justement l'entretien. Cela nous pose un problème, puisqu'il faut ensuite les entretenir, et nous tombons dans la même logique, c'est-à-dire la course aux subventions. J'aurais aimé savoir Madame, s'il était possible de faire une comparaison entre une collectivité et un privé, puisqu'il semblerait que les privés ont peut-être plus de facilités à récupérer -du moins dans le temps- un appui financier pour leur projet. Jean-Bernard VIGHETTI C'est un vaste sujet. Il est un peu tard et nous allons peut-être pouvoir le reprendre après la visite que nous allons faire dans Dinan. Disons simplement que les deux réseaux -des Villes d'Art et d'Histoire et des Petites Cités de Caractère-, ayant considéré que ce patrimoine est un patrimoine privé, ont beaucoup mis l'accent sur les aides à apporter aux particuliers. La Région, par exemple, n'a pu techniquement et juridiquement financer les ravalements de façades privées qu'à partir du moment où elle avait l'autorisation de le faire, c'est-à-dire à partir de la fin des années 80. Après, effectivement, nous avons réussi à convaincre l'ANAH de mettre aussi l'accent sur la coque des patrimoines bâtis intéressants existant dans nos cités, mais c'est un phénomène relativement récent. En effet, à une époque, l'ANAH négligeait complètement la restauration extérieure du bâtiment. Seul l'intérieur comptait, avec tous les risques que cela pouvait engendrer ou impliquer en termes d'infiltrations. Il y a donc Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 65 eu un changement dans l'approche du patrimoine bâti par l'ANAH. Nous pourrons y revenir tout à l'heure si vous le voulez, mais maintenant, nous allons passer au repas qui va être écourté d'à peu près une heure. Je laisse le soin à M. BENOIT de l'annoncer… IV - VISITE DE TERRAIN Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 66 V - QUESTIONS Jean-Bernard VIGHETTI Nous avons une heure de retard ! On ne va donc pas trop allonger la discussion. C'est le moment du débat et des questions diverses. Je pense qu'il y a peut-être, suite à la visite que nous avons faite, des questions à poser. Ensuite, nous aurons à tirer les enseignements de cette journée. . La colorisation des pans de bois ? . La datation ? Nous avons en effet -je crois que c'est à l'Université de Rennes 2-, l'un des endroits spécialisés en datation. M. LELOUP va peut-être pouvoir répondre à cette question. Je sais qu'il est intéressé d'un coté, mais il faut, selon lui, mettre des bémols sur ce type d'approche. . Les techniques de restauration, et surtout d'entretien, à envisager ? Daniel LELOUP “La dendrochronologie est une technique qui consiste à dater les bois d'après leurs cernes. Mais, c'est la date à laquelle l'arbre a été abattu, et non pas celle à laquelle il a été mis en œuvre.” Je vais commencer par la question évoquée, sur les problèmes de datation des bois par une méthode scientifique qu'on appelle la dendrochronologie. C'est une technique qui consiste à dater les bois d'après leurs cernes. C'est donc une technique scientifique, extrêmement fiable, puisque à une année près, on peut connaître la date du bois. Mais, quand je dis la date du bois, c'est la date à laquelle l'arbre a été abattu, et non pas celle à laquelle il a été mis en œuvre. C'est pour cela que je disais qu'il faut faire attention à cette méthode, car elle donne, comme je viens de le dire, la date d'abattage du bois. Or, le bois n'a pas forcément été mis en œuvre juste après que l'arbre ait été abattu. Notamment en Bretagne, où on avait l'habitude de faire des abattages prévisionnels pour les générations suivantes. Souvent, certains propriétaires nobles faisaient abattre des chênes, en sachant que ce n'est pas eux qui s'en serviraient pour construire des bâtiments, mais leurs fils, voire leurs petits-fils. On a donc souvent un décalage de temps d'une génération, voire de 50 ou 60 ans entre la date de l'abattage et la date de la mise en œuvre. D'autre part, cette technique a également une autre limite, celle du réemploi. Vous le savez, jusqu'au 20ème siècle, on réutilisait les matériaux. Nous l'avons vu sur un certain nombre de maisons en pans de bois du 18ème siècle, où sont réutilisés les bois de différentes maisons. Ainsi, on peut trouver des datations extrêmement variables lorsque l'on utilise cette méthode. Par contre, pour un certain nombre de maisons construites de façon homogène, c'est une technique tout à fait fiable, puisque effectivement, à une année près, on peut connaître la date de construction de la maison. Voilà pour cette première question. On m'a posé une seconde question sur les problèmes de la colorisation. Là aussi, j'ai plusieurs réponses à faire à cette question. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 67 “La colorisation. […] Cela dépend de l'époque de construction du bâtiment. [Les maisons] du 15ème siècle n'étaient pas toutes peintes. […] Dans les époques les plus reculées du pan de bois, on assiste souvent à une colorisation monochrome. […] Le fait d'utiliser plusieurs couleurs […] aura tendance à se généraliser au 17ème siècle.” “L'essentiel des désordres qu'on a sur les maisons à pans de bois vient de problèmes souvent liés aux tuyaux de descente qui ont été posés à partir du 19ème siècle et qui, à un moment donné, sont bouchés ou mal entretenus, voire pas du tout. Ils finissent par déborder et l'eau attaque les pièces de structure en se mettant notamment dans les tenons et mortaises, ce qui va faire pourrir les assemblages et donc la maison elle-même. C'est la chose la plus importante du point de vue de Tout d'abord, cela dépend de l'époque de construction du bâtiment. On peut observer que les constructions les plus anciennes, notamment celles du 15ème siècle, n'étaient pas toutes peintes. J'ai eu l'occasion d'en démonter plusieurs, et ce qui ne trompe pas, c'est effectivement l'absence de traces de peinture dans les mortaises : dans certains cas, nous n'avons trouvé aucune trace de peinture, sur aucune pièce de bois, mortaises y compris, en démontant les pans de bois. Cela veut dire très clairement que ces maisons n'étaient pas peintes, ce qui n'est peut-être pas surprenant car, à cette époque-là comme aujourd'hui, un certain nombre de propriétaires, en fin de chantier, ne devaient plus avoir d'argent. Ils ont donc supprimé la peinture. On peut également observer, d'une façon générale, que dans les époques les plus reculées du pan de bois, on assiste souvent à une colorisation monochrome. C'est-à-dire que l'on utilise une seule couleur et non plusieurs. Le fait d'utiliser plusieurs couleurs apparaîtra plus tardivement, au 16ème siècle, et surtout, aura tendance à se généraliser au 17ème siècle. Il faut donc faire attention, là aussi, à l'époque dont on parle, car les goûts ont changé au cours des siècles. Il faut adapter les couleurs en fonction de l'époque de construction du bâti. Par ailleurs, on observe que plus on avance dans le temps, plus le nombre de couleurs utilisées à tendance à augmenter. Nous évoquions tout à l'heure le problème de certains bleus qui n'apparaissent qu'au 18ème siècle : il est vrai qu'il y a certaines couleurs qui n'étaient pas utilisées auparavant, et qui ne vont apparaître qu'au 17ème, voire au 18ème siècle. La palette va avoir tendance à s'enrichir. Je fais un peu une réponse de Normand, mais il faut voir au cas par cas, en fonction évidemment de la maison. Quand on ne sait pas, il faut essayer de faire des tests, le meilleur test étant de démonter un petit bout de pan de bois pour voir s'il y a des traces de peinture. Si on ne le fait pas, on a très peu de chance de trouver la réponse à la question. Voilà. C'est une réponse très générale, mais je crois qu'il n'y a pas de réponse toute faite. Comme nous avons pu le voir tout au long de cette journée, la diversité de cette architecture est telle qu'il faut regarder au cas par cas les solutions à adapter. Je le dis et je le répète, pour certaines maisons du 15ème siècle, à mon avis, certaines n'étaient pas peintes et donc, il ne faut peut-être pas systématiquement peindre toutes les maisons à l'intérieur d'une ville. Il faut peut-être laisser les plus anciennes en bois brut, sans peinture, comme elles étaient probablement, pour certaines d'entre elles, à l'origine. En ce qui concerne les techniques de restauration, c'est un vaste sujet dont on ne peut pas tellement débattre en quelques minutes. Pour les techniques d'entretien, il y a surtout quelque chose qu'il faut surveiller, qui est le plus important de tout, c'est l'état des gouttières sur les maisons. Vous le savez sans doute, toutes ces maisons sont construites en chêne, en cœur de chêne, et ce bois a la particularité de durcir à l'air. Plus il est vieux, plus il est dur, et il ne craint qu'une seule chose : humidité, séchage, humidité, séchage, qui l'attaque et fini par le faire pourrir. L'essentiel des désordres qu'on a sur les maisons à pans de bois vient de problèmes souvent liés aux tuyaux de descente qui ont été posés à partir du 19ème siècle et qui, à un moment donné, sont bouchés ou mal entretenus, Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 68 l'entretien.” voire pas du tout. Ils finissent par déborder et l'eau attaque les pièces de structure en se mettant notamment dans les tenons et mortaises, ce qui va faire pourrir les assemblages et donc la maison elle-même. C'est la chose la plus importante du point de vue de l'entretien. Le reste, je dirais, consiste en des entretiens légers, périodiques, comme dans toute maison. Il faut revoir un certain nombre de détails, mais les plus gros problèmes que l'on rencontre sont des problèmes de pourrissement, notamment par le biais des gouttières qui se bouchent et qui finissent par entraîner des désordres extrêmement importants, sans aucun rapport avec le faible coût d'entretien et de réparation de ces tuyaux de descente. Jacques DABRETEAU Existe-t-il une typologie de peinture ? On a parlé d'huile de lin dans certains cas, de peinture à la chaux,… En fonction des différentes époques, quel type de peinture est utilisé ? Aujourd'hui, se pose le problème de la pérennité de ces peintures dans le temps, lié à une atmosphère beaucoup plus polluée. Les peintures tiennent donc beaucoup moins longtemps. Daniel LELOUP Je crois qu'à l'époque elles tenaient peut-être un peu plus longtemps, mais c'est comme toute peinture, il faut les refaire à un moment donné. Ces peintures sont à base d'ocre et finissent donc par ternir au bout d'un certain temps. Nous avons vu quelques maisons, avec ceux qui étaient dans mon groupe, qui ont changé de couleur au fil des ans, mais c'est quelque chose de général, qu'on ne peut pas éviter. Autrement, ce que l'on fait, c'est mettre des peintures modernes, comme nous avons pu le voir sur la maison bleue rue du Jerzual, qui ne correspondent absolument pas à ce qui existait à l'origine, et qu'il faut absolument éviter. Ce n'est pas grave si une peinture change de couleur. Si elle s'altère avec le temps, c'est normal : les ultras violets vieillissent naturellement les peintures. Je crois que c'est un faux problème, tout fini par vieillir. Ce qui est important, c'est qu'elles restent en place. Je ne suis pas un spécialiste des peintures sur le pan de bois ! J'ai lu et je connais un certain nombre de choses, mais je ne connais pas tout ; peut-être qu'un Architecte en Chef des Monuments Historiques pourrait répondre plus précisément sur la mise en œuvre de ces peintures. Je pense qu'il est plus à même de le faire que moi-même. Vous voulez répondre ? Dominique RONSSERAY, Architecte en Chef des Monuments Historiques “La première chose à faire et la plus simple, c'est de passer Au sujet de l'entretien strict, il y a une chose dont nous parlions tout à l'heure sur la place Saint-Sauveur, devant une maison qui présentait un pan de bois délavé et visiblement endommagé : la première chose à faire et la plus simple, c'est de passer de l'huile de lin chaude. Je ne vous raconterai pas mon histoire, mais Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 69 de l'huile de lin chaude.” maintenant, on a des procédés pour pouvoir appliquer ce produit qui nourrit le bois et qui empêche l'eau de rentrer à l'intérieur du bois et de se glisser. La chose très importante, dont a parlé M. LELOUP, c'est de vérifier que l'eau ne s'infiltre pas dans les tenons et les mortaises et dans les assemblages. Sinon, c'est la catastrophe. Il faut remastiquer ou parfois re-siliconer à l'intérieur ; c'est un peu du bricolage, mais cela permet d'éviter que l'eau ne s'infiltre. Au niveau des couleurs, nous en avons effectivement parlé pendant la visite, nous savons à peu près, depuis les Romains, époque par époque, siècle par siècle, les couleurs non pas qui étaient à la mode, mais qui pouvaient être utilisées en fonction des produits qu'ils pouvaient extraire. Je ne citerai pas le pourpre des Romains, mais on a des nuances : le blanc de céruse, arrivé dès le 11ème siècle -on a les écrits du moine Théophile, si ma mémoire est bonne-, puis Agrippa d'Aubigné qui nous raconte, au 16ème siècle, les couleurs employées ; nous avons également la Marquise de La Rochefoucauld, qui nous raconte qu'après avoir fait faire sa chambre en rouge, elle allait la peindre dans une autre couleur. Il y avait toutes sortes de traditions, et nous avons la possibilité de retrouver des références dans les écrits qui nous informent ainsi des nuances à employer ou à ne surtout pas employer. Nous avons évoqué le bleu de Prusse : celui-ci est arrivé au 18ème siècle ; utiliser du bleu de Prusse sur une structure plus ancienne est donc un anachronisme, une chose à ne pas faire. Il est évident que le plus utilisé était la terre de Bourgogne, la terre de Berry mélangée avec de l'huile de lin chaude. Nos villes anciennes avaient alors des nuances généralisées, puisque je me souviens du surnom qu'on donnait à la ville du Mans qu'on appelait la "ville rouge", ce qui laisse entendre que toutes les maisons en pans de bois, peut-être y compris celle de la Reine Bérengère, étaient sans doute passées avec différentes nuances d'ocres. Cela ne veut pas dire que l'ensemble était homogène : on pouvait plus ou moins diluer le pigment. Mais, il est certain qu'il y avait premièrement une nécessité de protection, deuxièmement une nécessité de reconnaissance et troisièmement une nécessité, ou plutôt un désir, de magnificence. Et j'aimerais que l'on puisse en parler, parce qu'il est dit que, très souvent, quand on ne pouvait pas faire du vrai, on faisait du faux. Ainsi, sur des façades un peu plates, on faisait des rehauts de couleur pour augmenter l'impression de présence visuelle, de richesse du propriétaire. C'était un peu du faux, comme on a fait sous Louis XIV et Louis XV du faux marbre sur les plinthes. Je pense même qu'avant le 16ème siècle, cette notion de faux, de mouchetis, existait pour une autre raison, c'est qu'ils n'arrivaient pas à avoir des mélanges homogènes dans les couleurs. Très vite, et cela s'est vu à la Renaissance, on trouve des décors intérieurs et extérieurs avec des mouchetis imitant des faux marbres ; c'était justement dû à ces matériaux. Pour les matériaux contemporains, je suis très réservé. Au sujet des peintures microporeuses qui ont été proposées pendant un certain temps, je lisais en vue de la réunion d'aujourd'hui un rapport hier soir : c'est relativement catastrophique sur un terme de dix ans, ça étouffe le bois malgré sa pseudo microporosité et on a des désordres qui viennent apparaître derrière. C'est un peu pareil pour Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 70 les peintures au polyuréthane, qui empêchent le bois de respirer. Lorsque l'on passe ces produits sur des structures, si on a une fissure importante, une gerçure qui fait entrer l'eau dedans, ou des infiltrations qui viennent, même si la poutre paraît saine, le bois pourrit. Quand ensuite on dégage la poutre, on se rend compte qu'on peut poser son bras à l'intérieur du vide pourri qui existe dans les poutres, ce qui arrive souvent puisque cette partie-là ne respire plus. Il faut donc être très vigilant et je reste traditionnellement attaché soit au lait de chaux en façade, soit à l'eau forte ; l'huile de lin chaude1 reste la meilleure solution, avec un entretien courant, ça ne coûte rien du tout. Voilà mon sentiment. Jean-Bernard VIGHETTI D'autres questions ? Est-ce qu'on passe à la conclusion ? 1 Pour obtenir une huile de lin à bonne température, il faut suivre la recette des anciens. Y plonger une gousse d'ail : quand l'ail est frit et remonte à la surface, c'est la bonne température. Car trop chaude, l'huile noircit le bois ; pas assez, elle est poreuse et encrasse le matériau tout en étant difficile à appliquer. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 71 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 72 VI - CONCLUSIONS René BENOIT Je ne sais pas s'il faut conclure maintenant, ni qui va conclure de nous trois. Ce que je vais dire dans une première conclusion -je n'en ferais pas deux- c'est que je voudrais remercier très sincèrement M. LELOUP, M. GARRETA, et ceux qui ont apporté leurs connaissances tout au long de cette journée. Tout ce que j'ai entendu ce midi est un compliment unanime sur l'intérêt de la journée. Il fallait sûrement la faire, je nous remercie de l'avoir initiée et, surtout, je vous remercie, M. LELOUP, d'être venu nous apporter, tout au long de cette journée, vos connaissances dans ce domaine-là. On se rend bien compte, quand on voit les réponses de gens spécialistes, que ce n'est pas évident, qu'il y a beaucoup de choses qui ne sont pas évidentes, alors mettez-vous à la place des élus lorsqu'il faut prendre ou accepter telle ou telle chose. Encourager des propriétaires à restaurer c'est une chose, mais quand ils nous poussent un petit peu dans nos retranchements en disant "qu'est-ce qu'il faut faire ?", là on commence à hésiter, et notamment lorsque vient la fameuse question finale : "on peint ou on ne peint pas ?" A une époque, à Dinan, il y avait un Secrétaire Général Adjoint qui était contre, donc on ne peignait pas, c'était comme ça, point. Après il y a eu une maison peinte, puis deux, parce que M. MONNERIE a commencé à nous inciter à colorer un peu nos maisons à pans de bois. Et puis voilà que la mode serait de tout colorer maintenant ! Là non plus, ce n'est pas évident : quelle couleur choisir ? Quel matériau choisir ? Quelle peinture ? Voyez, même vous êtes hésitant entre tel ou tel type de peinture, alors ce n'est évidemment pas nous qui allons le dire. Par contre, nous avons appris beaucoup de choses. D'abord à regarder autrement nos maisons à pans de bois ; on croyait qu'elles étaient une, elles sont extrêmement diverses ; on croyait que c'était une époque, elles sont de trois ou quatre époques différentes, trois ou quatre siècles différents. C'est terriblement intéressant et instructif, également quand on fait le tour de ville et qu'on commence à regarder nos maisons : et bien, on ne voit que des défauts, que des "pourrait mieux faire". Il y en a des choses à faire. Autrement dit, durant un mandat, on peut faire plein de choses, il en restera pour les autres encore après. A l'évidence, la partie est longue, et on ne fait pas de miracles : tout cela est le résultat d'années et d'années de travail. J'ai repris le flambeau d'un prédécesseur qui l'avait également repris d'un autre. Je pense qu'avant Michel GEISTDOËRFER, c'est-à-dire avant il y a 75 ans, d'autres ont fait aussi des choses pas mal, peut-être simplement en ne détruisant pas, ce qui nous a permis d'hériter de monuments en plus ou moins bon état. Depuis près de 100 ou 120 ans à Dinan, depuis qu'on a classé les remparts Monuments Historiques, tous les Maires ont fait un peu attention. On ne fait jamais que reprendre le travail de nos prédécesseurs, en réactivant plus ou moins. J'ai plutôt été un Maire Patrimoine, et je ne sais pas ce que sera le suivant. Les élus jouent un rôle d'incitation important, très fort. Ce sont eux qui disent "on va faire" ou ce sont eux qui disent "ce n'est pas intéressant, on va faire autre chose". Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 73 Après, il y a beaucoup de relais sur le terrain. Les relais, ce sont les mouvements associatifs, ce sont les propriétaires qui y croient ou qui n'y croient pas. Je crois que tout relève d'un état d'esprit, long à mettre en place. Je pense qu'aujourd'hui, tous les propriétaires et habitants de Dinan, même si quelques-uns font des bêtises, dans l'ensemble, comprennent nos remarques. Autrement dit, le patrimoine est intégré à la démarche, les commerçants qui sont déjà là depuis quelques temps savent qu'ils sont dans une belle ville et qu'il ne faut pas la massacrer, et que si on peut mettre une belle enseigne, il vaut mieux mettre une belle enseigne. Ils savent qu'il y a un règlement et finalement, ils l'acceptent, même si de temps en temps il faut se battre un peu. Mais, cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il ne suffit pas de sortir un règlement pour se dire le lendemain, tout le monde va y croire. Non, c'est long, c'est lent et, à titre d'exemple, la Fête a contribué à montrer le rempart. Avant la fête, certains Dinannais ne savaient même pas qu'il y avait un rempart autour de Dinan ; ils passaient sans le voir. Faire la fête dans le vieux Dinan, c'est regarder les maisons autrement, se costumer en personnes du Moyen Age, c'est déjà intégrer un petit morceau d'histoire. Quand la fête est finie, on se retrouve avec la réalité et on comprend qu'on est quand même dans une belle ville, qu'il faut la préserver, parce que les journaux le disent, parce qu'il y a des reportages à la télévision. Après, la technique et le règlement arrivent, et les Architectes des Bâtiments de France, les Architectes en Chef des Monuments Historiques, les architectes tout court, les maîtres d'œuvres et les artisans participent à tout cela. Il y a également d'autres personnes auxquelles il faut que nous nous adressions : ce sont les artisans, les couvreurs, les poseurs d'antennes, etc., qui font aussi de grosses bêtises. Combien de fois il m'arrive d'être en rage parce qu'ils ont posé une parabole à un endroit où ils pouvaient la poser autrement. Il n'y a pas nécessité de la plaquer sur le haut de la cheminée. Ça ne marche pas partout mais à certains endroits, oui. Il y a beaucoup de gens qui font des erreurs : des poseurs d'enseignes, qui donnent de mauvais conseils alors qu'on leur a envoyé le règlement du secteur sauvegardé ; des notaires ou des agents immobiliers, qui vendent des maisons sans dire qu'il y a un règlement, ou alors, après la vente ; les silencieux, qui volontairement ne vont surtout rien dire, parce qu'ils ont peur de ne pas faire une affaire. C'est un ensemble, c'est un tout, et une journée comme aujourd'hui devrait être intéressante. Je ne sais pas comment la presse va relater cela, mais nous avons eu un petit reportage télévisé de TV Breizh sur cette journée. Ouest-France était là également. J'espère que nous aurons un relais positif de cette journée. En tous les cas, elle doit nous servir, à nous, les élus, pour imposer, avec la négociation qui va de soit, un certain nombre de choses. Vous avez pu voir des maisons un peu laissées en plan, place des Cordeliers par exemple : difficultés financières du propriétaire, on met des contreplaqués en attendant de trouver une solution. Et on en trouvera : il y a un projet, donc on solutionnera le problème. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 74 Merci véritablement à toi, Jean-Bernard, à vous, M. LELOUP, à vous toutes et à vous tous. Je souhaite qu'on trouve d'autres thèmes, aussi intéressants que celui-là, dans les années qui viennent. Jean-Bernard VIGHETTI Merci. Je ne sais pas si on peut se permettre de parler après toi ? Ce que je retiens finalement des communications de M. LELOUP et puis des échanges divers et variés que nous avons eus aujourd'hui, c'est plusieurs conclusions. “Il ne suffit pas de prendre en compte la façade pour la sauvegarder. L'architecture en pans de bois, c'est un ensemble et c'est cet ensemble-là qui doit être restauré.” “On ne pourra pas échapper à une participation de la puissance publique. Cela paraît évident, dans la mesure où ce qui a été réussi dans ce domaine n'a pu se faire que parce qu'il y avait des participations financières importantes.” Tout d'abord, en ce qui concerne ce patrimoine à pans de bois, il est important qu'on ait tous à l'esprit -je ne parle pas évidemment des Architectes des Bâtiments de France, ni des Monuments Historiques, ni de M. LELOUP, bien entendu- qu'il ne suffit pas de prendre en compte la façade pour la sauvegarder. L'architecture en pans de bois, c'est un ensemble et c'est cet ensemble-là qui doit être restauré. Sinon, on risque d'arriver à de gros désagréments. La prise en compte des étages supérieurs est très importante, comme l'a dit et redit M. LELOUP. Je crois qu'il faut aussi que nous fassions vivre ce patrimoine de façon contemporaine, d'où l'importance des opérations expérimentales du type 'OPAH qui ont été engagées sur les Cotes d'Armor, via les Petites Cités de Caractère. D'où, l'intérêt aussi de ce qui s'est passé à Vitré ou à Dinan, où il y a de beaux exemples de restauration. La question qui se pose, c'est de savoir si on peut modéliser cela, s'il y a des recettes, car j'ai le sentiment que chaque maison est un cas particulier. Comme le signalait M. LELOUP, il faut d'abord bien étudier, bien observer le bâtiment et ensuite, essayer de trouver les moyens de lui donner un usage contemporain adapté. En plus de ce problème d'usage, se pose aussi celui du coût de la restauration de ce patrimoine, coût qui paraît extrêmement lourd, notamment pour les édifices les plus significatifs. Et là, je pense qu'on ne pourra pas échapper à une participation de la puissance publique. Cela paraît évident, dans la mesure où ce qui a été réussi dans ce domaine n'a pu se faire que parce qu'il y avait des participations financières importantes. Autre conclusion que je retire de cette journée, c'est qu'on ne peut pas intervenir sur le patrimoine en pans de bois sans le concours d'une multitude de compétences. Ces compétences étaient réunies aujourd'hui et chacune a attiré l'attention sur tel ou tel aspect important à traiter de ce patrimoine. Personnellement, je suis heureux que les membres des réseaux, celui des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques, mais aussi celui des Petites Cités de Caractère soient présents et soient à l'origine de cette rencontre forte avec un chercheur comme M. LELOUP, avec les Architectes des Monuments Historiques, des Bâtiments de France, les Conservateurs, etc.… Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 75 “Compte tenu du fait qu'il ne nous reste plus que 1 554 maisons en pans de bois en Bretagne, faut-il essayer de le faire inscrire sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO ?” L'objectif est de sauver ce patrimoine et c'est de bon augure, je crois, que de voir les choses fonctionner comme cela aujourd'hui. Je pense qu'on doit pouvoir aller plus loin. Je me demande s'il ne serait pas important, compte tenu du fait qu'il ne nous reste plus que 1 554 maisons en pans de bois en Bretagne, de lancer quelques grandes idées -qui valent ce qu'elles valent- qui pourraient peut-être contribuer à sensibiliser à la fragilité de ce patrimoine : faut-il essayer de le faire inscrire sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO ? Faut-il le proposer en programme européen ? Par exemple, trouver des lignes à Bruxelles pour apporter des concours à la réhabilitation de ce patrimoine ? Une chose est certaine, et vous avez beaucoup insisté là-dessus ce matin, c'est que ce patrimoine contribue à qualifier notre région sur le plan patrimonial. Vous avez dit aussi que ce patrimoine avait des caractéristiques qu'on ne retrouvait pas dans le reste de l'Europe et une diversité particulièrement intéressante. C'est ce que je retiens ; et je crois que pour les personnes qui se battent tant pour le devenir culturel, touristique et économique de cette région, ce patrimoine semble avoir une importance capitale. Il va falloir que, dans nos prochaines réunions, nous retravaillions un peu le sujet, pour voir comment aller plus loin dans ce domaine. Peut-être pourriez-vous rappeler ce qui vous semble être les caractéristiques très fortes de ce patrimoine, et conclure sur ce que la journée vous a apporté, M. LELOUP. René BENOIT Ce que je crains actuellement, quand on parle de crédits européens, c'est que les jours de tous ces petits subventionnements ne soient comptés. D'après ce qu'on nous dit, il n'y aura plus de subventions européennes pour ce genre -excusez le terme- de petites choses. Les subventions européennes resteront sans doute accrochées à de très grands projets et il n'y aura plus de zones privilégiées. Avant, il y avait des zones qui y avaient droit, d'autres qui n'y avaient pas droit. Aujourd'hui, c'est terminé ! Tout le monde y aura droit, mais seulement sur des grands projets. Toutes les petites opérations, salles des fêtes et autres piscines ludiques, c'est terminé, ça ne sera plus subventionné. Voilà ce qu'on nous dit, en tous les cas pour après 2006. Jusqu'en 2006, c'est encore à l'ordre du jour, mais il y a eu tellement et tellement de projets que c'est plus la commission de la hache qui travaille que le reste. Ne rêvons donc pas trop pour demain sur des crédits européens qui viendraient abonder nos opérations. Dominique IRVOAS-DANTEC Je voulais seulement préciser qu’une trentaine de villes appartient au réseau AVEC (Alliance des Villes Européennes de Culture) et travaille sur le patrimoine. Rennes en fait partie. Nous allons, dans le cadre de ce réseau, déposer un projet européen sur le thème des "Terres de savoir-faire en Europe", en proposant pour ce qui Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 76 concerne la Métropole rennaise, l’Habitat de Terre et ses Spécificités, thématique qui correspond à un véritable savoir-faire et par conséquent à des métiers. Un lien avec le pôle universitaire doit être démontré. A travers l’école d’architecture, ce lien existe, notamment entre cette dernière et les entreprises de la CAPEB (ex. : entreprise de Denis MALLEJAC). Les étudiants de l’école d’architecture font des stages dans ces structures. Autour des typologies patrimoniales sont donc associés entreprises, pôle de recherche universitaire, savoir-faire et éléments de territoire. Des villes adhèrent à ce projet comme Nancy sur le vitrail, Limoges sur la porcelaine et Rostov en Russie. Au sein du réseau, le projet est porté par Mme Françoise SABATIER, ancienne Directrice de la CNMHS et spécialiste des métiers d’art. Peut-être la carte des maisons à pans de bois pourrait-elle se jouer sur la spécificité patrimoniale "d’un savoir-faire" en lien avec les différents pôles pré-cités sur un territoire ? Daniel LELOUP “Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, car je crois que tous les élus qui ont un patrimoine en pans de bois ont pris conscience de l'intérêt de ce patrimoine […] On a déjà pris conscience depuis un certain temps du problème des façades des maisons, […] mais je crois qu'il est extrêmement important de penser globalement les maisons en pans de bois. […] Je crois que la tâche des élus qui protègent ce patrimoine, dans les années à venir, sera de redonner vie à l'ensemble de ces maisons, pas seulement en façade, pas seulement en magasin, mais à l'entité globale que constituent ces Je vais faire une petite conclusion courte pour cette journée. Ce matin, j'ai évoqué l'évolution du patrimoine à pans de bois et les difficultés de ce patrimoine à travers les âges jusqu'à la seconde guerre mondiale on va dire. Aujourd'hui par contre, on peut être extrêmement optimiste, car je crois que l'ère des destructions des maisons même individuelles est passée. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, car je crois que tous les élus qui ont un patrimoine en pans de bois ont pris conscience de l'intérêt de ce patrimoine pour le développement culturel et économique de leur commune. Cette nouvelle ère va être importante dans les décennies à venir. On a déjà pris conscience depuis un certain temps du problème des façades des maisons, car c'est sans doute la chose la plus facile à réaliser, ce qui se voit le plus de l'extérieur, notamment pour les touristes. Mais je crois, comme l'a rappelé M. VIGHETTI tout à l'heure, qu'il est extrêmement important de penser globalement les maisons en pans de bois. La visite de cet après-midi à la maison du Gouverneur, rue du Petit Fort, a bien montré qu'on ne peut bien restaurer ces maisons qu'en comprenant ce qui se passait à l'intérieur, et là, nous avons pu constater qu'il s'agissait d'une véritable maison de rapport avec ses cheminées, ses vaisseliers, etc.… et que tout cela n'est pas anodin. On ne peut comprendre le parti architectural et choisir le parti de restauration que l'on doit adopter qu'en ayant une connaissance du monument et en sachant pourquoi il a été réalisé. Je répète ce que je disais ce matin, et ce qu'avait évoqué Monsieur le Maire en commençant la séance. Je crois assez à l'exemplarité de quelques rénovations. Je pense qu'il est très important de montrer l'exemple au travers de quelques cas exemplaires, pour donner envie aux gens de réaliser des choses identiques. Car, il faut bien l'avouer, ce n'est pas toujours évident, lorsque l'on a des maisons en mauvais état, de savoir comment on va traiter des problématiques contemporaines, à savoir, amener le téléphone, faire des salles d'eau, des toilettes, etc.… Ce sont des problèmes qui préoccupent les gens et on sait que les travaux font souvent peur aux propriétaires. Je crois donc que des rénovations bien faites et Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 77 ensembles patrimoniaux. […] Il est vrai que ce sera long, car ces maisons-là posent de multiples problèmes. […] Cela va se faire petit à petit. Nous avons les instruments réglementaires. Nous connaissons les techniques et je crois qu'il y a suffisamment de personnes qui sont passionnées par ce patrimoine pour que ces choses-là se fassent.” exemplaires sont incitatives, car ce sont des exemples dont peuvent s'inspirer les gens ; et les gens, dans le domaine de l'architecture en général et du pan de bois en particulier, ont besoin de repères. Il faut bien dire qu'ils ne voient pas du tout par quel bout ils vont rénover ce type de maisons. Je crois que la tâche des élus qui protègent ce patrimoine, dans les années à venir, sera de redonner vie à l'ensemble de ces maisons, pas seulement en façade, pas seulement en magasin, mais à l'entité globale que constituent ces ensembles patrimoniaux. Je crois que nous sommes sur la bonne voie, que le plus dur est passé. Mais il est vrai que ce sera long, car ces maisons-là posent de multiples problèmes. Ce sont des problèmes historiques, qu'on a évoqué, des problèmes de rénovation, qui ne sont pas toujours évidents même pour des spécialistes, et des problèmes de mise aux normes ; car la conception -que je vous ai montrée- du 15ème siècle sur des parcellaires laniérés est quand même une conception qu'il est assez difficile aujourd'hui de rendre agréable à habiter, compte tenu de nos normes contemporaines. Cela va se faire petit à petit. Nous avons les instruments réglementaires. Nous connaissons les techniques et je crois qu'il y a suffisamment de personnes qui sont passionnées par ce patrimoine pour que ces choses-là se fassent dans des délais raisonnables. Voilà, c'est sur cette note optimiste que je terminerai mon intervention. Merci de m'avoir écouté avec autant d'attention. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 78 L'Architecture en Pans de Bois ANNEXES A L'INTERVENTION SUR LA ZPPAUP DE QUIMPER Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 79 ANNEXE 1 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 80 ANNEXE 2 ANNEXE 3 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 81 ANNEXE 4 ANNEXE 5 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 82 ANNEXE 6 ANNEXE 7 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 83 ANNEXE 8 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 84 Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 85 L'Architecture en Pans de Bois DOSSIER PRESSE Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 86 COMMUNIQUE Les Journées Thématiques Les Journées Thématiques des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne sont initiées à la demande des représentants des villes (Elus, Techniciens) membres du réseau, souhaitant la mise en place d'une rencontre annuelle entre les villes, sur un thème commun, en matière, notamment, d'entretien et de mise en valeur du patrimoine architectural urbain. L'Architecture en Pans de Bois, premier thème retenu Parmi les différents thèmes pouvant être développés à l'occasion de ces journées, celui de l'architecture en pans de bois est apparu comme particulièrement adéquat pour la première journée. En effet, ce type d'architecture remarquable, et identifiant fortement le patrimoine urbain breton, est présent dans la plupart des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne qui totalisent, à elles seules, plus de 60 % des maisons en pans de bois de Bretagne. Cette première journée a pour objectifs : - d'alerter les acteurs locaux quant à la fragilité d'un patrimoine majeur sur le plan régional, national et européen ; Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 87 - de tenter d'apporter des éléments de réponse à la question de la sauvegarde d'un patrimoine encore menacé, par le biais d'études de cas des différentes villes, et avec le concours de professionnels du patrimoine. La manifestation Après une introduction présentant l'architecture en pans de bois en Bretagne, trois thèmes seront développés, concernant la protection, la restauration et la valorisation de cette architecture urbaine. L'intervenant principal est M. Daniel LELOUP, Architecte, auteur du remarquable ouvrage Maisons en Pan-de-bois de Bretagne, Histoire d'un Type d'Architecture Urbaine ; des intervenants ponctuels devant illustrer le propos par leur expérience sur des cas précis. Une visite de terrain, à l'issue des échanges, aura pour objectif d'illustrer ceux-ci. La Ville de Dinan a donc été retenue pour accueillir cette manifestation, en raison de la diversité de son patrimoine, et en qualité de ville pionnière pour la protection et la restauration de ses maisons en pans de bois. Cette journée est destinée aux représentants des villes membres de l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne (Elus, Animateurs du Patrimoine, Guide-Conférenciers, Responsables de Services de Collectivités et d'Offices de Tourisme), aux représentants de l'Association des Petites Cités de Caractère de Bretagne, et aux partenaires de l'Union (Conseil Régional de Bretagne, Conseils Généraux, Direction Régionale des Affaires Culturelles, Services Départementaux de l'Architecture et du Patrimoine, Conseils d'Architecture, d'Urbanisme et d'Environnement,…). Sont également associés des étudiants susceptibles d'être intéressés par l'opération (Ecole d'Architecture de Rennes, Université de Rennes 2 – Haute Bretagne,…). Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 88 Dinan Dinan est la quatrième ville de Bretagne en quantité de maisons en pans de bois, avec 115 bâtiments. C'est une des villes dont le patrimoine est le plus diversifié, et l'on compte une grande variété de styles, de types (porches et vitrines notamment) et d'époques (du XVe au XVIIIe siècle, sans interruption). De plus, Dinan a été la première ville de Bretagne à prendre conscience de l'intérêt majeur de ce patrimoine, en mettant en place une politique très volontariste de sauvegarde, de protection et de restauration des maisons en pans de bois : dès 1929, Michel GEISTDOERFER, Maire, met en place une politique avantgardiste de mise en valeur du cœur historique de Dinan. La Municipalité adopte une méthode systématique : acquisition, classement, rénovation et reconstruction. Cette attitude originale, pionnière en Bretagne, a permis à Dinan de conserver un fonds significatif de ce patrimoine en pans de bois, et de bénéficier aujourd'hui d'une réputation internationale. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 89 L'ARCHITECTURE EN PANS DE BOIS ET LES VILLES D'ART ET D'HISTOIRE ET LES VILLES HISTORIQUES DE BRETAGNE Au cours du XXème siècle, l'histoire de la maison de ville en pans de bois n'a pas fait l'objet d'une large publication. Considérée comme un art mineur, cette architecture a peu motivé les chercheurs. Seules, quelques publications (ouvrages et articles) traitent de ce patrimoine spécifique. Il n'existe pas non plus de synthèse nationale, même dans des collections de vulgarisation. Ces éléments expliquent pourquoi l'architecture urbaine en pans de bois reste encore un domaine méconnu du grand public. Ainsi, le livre de Daniel LELOUP, Maisons en Pan-de-bois de Bretagne, Histoire d'un Type d'Architecture Urbaine, résultat d'une douzaine d'années de recherches, est le premier ouvrage, en France, à aborder le sujet de façon globale. Cette méconnaissance est probablement à l'origine de la perte d'une grande partie de ce patrimoine. Dévalorisé au fil des siècles, il s'est réduit comme peau de chagrin, depuis les grands incendies jusqu'aux plans d'alignement et aux destructions systématiques menées par les villes. Aujourd'hui encore, l'architecture en pans de bois est bien souvent menacée par des restaurations exclusivement "de façades", sans compter les difficultés liées à son adaptation aux conditions de confort moderne. Or, cette architecture s'avère être un patrimoine majeur par bien des aspects (savoirfaire, qualité de la mise en œuvre, originalité, variété de types et de styles, sculpture, Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 90 ancienneté,…), qui qualifie et identifie fortement le paysage urbain breton. Sur le plan européen, ce fonds patrimonial est une déclinaison originale d'un type d'architecture commun à de nombreuses régions de France et d'Europe, qui pourrait, riche de son ancienneté et de sa diversité, devenir un fondement identitaire européen. Il appartenait donc à l'Union des Villes d'Art et d'Histoire et des Villes Historiques de Bretagne, dont les 19 adhérents représentent plus de 60 % des maisons en pans de bois que compte encore la Bretagne Historique, d'organiser une journée d'échange autour de cette architecture fédératrice. Y sont associées les Petites Cités de Caractère, dont certaines (Châteaugiron, Josselin et Tréguier), avec chacune une cinquantaine de ces bâtiments, n'ont rien à envier à leurs grandes sœurs, même si elles ont généralement perdu leur statut de ville. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 91 QUELQUES CHIFFRES L'architecture en pans de bois dans les Cités d'Art, c'est… …1 199 maisons en pans de bois sur les 1 554 que compte la Bretagne historique, soit 77 % de ce fonds patrimonial. Sur ces 1 199 maisons, 10 Villes d'Art et d'Histoire en regroupent 833, 12 Petites Cités de Caractère 238, et 8 Villes Historiques 128. La ville de Rennes compte à elle seule 286 maisons en pans de bois ; viennent ensuite les villes de Vannes (171), de Vitré (119), de Dinan (115) ; la ville de Morlaix, qui n'appartient pas au réseau, en compte 127. Depuis la Révolution, seulement 5 % environ des maisons en pans de bois de Bretagne ont survécu. La ville de Nantes, notamment, a conservé moins de 1 % de son patrimoine en pans de bois. Les Cités d'Art totalisent 268 maisons en pans de bois protégées au titre des monuments historiques sur les 314 que compte la Bretagne historique. C'est la ville de Vitré qui en a le plus (50), mais seule la cité de Le Faou a la totalité de ses maisons classées ou inscrites (14). Toutes les Cités d'Art disposent de dispositifs de protection : secteurs sauvegardés (Dinan, Nantes, Rennes, Vannes, Vitré et Tréguier -en cours-), Zones de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager (Auray, Bécherel, Châteaugiron, Châtelaudren, Concarneau, Fougères, Josselin, Landerneau, Le Faou, Moncontour, Pontivy, Pontrieux, Quimper, Quimperlé, Quintin), et périmètre de protection de Monuments Historiques. Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 92 Ouest-France du mardi 10 février 2004 page régionale Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 93 Le Petit Bleu du jeudi 12 février 2004 page régionale Première Journée Thématique de l’Union des Villes d’Art et d’Histoire et des Villes Historiques de Bretagne : « L’architecture en pans de bois » Dinan – 9 février 2004 94