Pérou - Cnipt
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Pérou - Cnipt
Pérou La pomme de terre péruvienne : un patrimoine sous-exploité Le Pérou connaît une croissance soutenue depuis 5 ans, portée par les exportations (notamment du secteur agro-alimentaire) et la demande intérieure. Mais c’est un pays qui, malgré son embellie économique, laisse un Péruvien sur deux en dessous du seuil de pauvreté. Dans ce pays de contrastes, la pomme de terre, première culture vivrière depuis des temps immémoriaux, devrait être amenée à jouer un rôle de plus en plus important. Production péruvienne En 2006, la production de papas, cultivées sur 264 000 ha, a atteint 3,3 millions de tonnes soit un rendement de 12,46 t/ha, l’équivalent de 1% de la production mondiale et des chiffres comparables à ceux de 2002. On distingue deux types de production : - Celle des Andes, la plus importante, située entre 2500 et 4000 m d’altitude, fait vivre de nombreux petits cultivateurs. Leurs pommes de terre sont produites selon des méthodes biologiques en petite quantité. Elles sont d’une grande richesse variétale : il y a les douces, consommées directement au sortir du champ, et les amères qui, une fois déshydratées, deviennent les "chuno" et se conservent pendant des années. - Celle des vallées côtières, moins diversifiée (25 variétés cultivées) mais plus mécanisée, est consacrée à la production commerciale irriguée et destinée aux consommateurs urbains. Commerce extérieur et perspectives économiques En 2007, l’asperge, le paprika et l’artichaut sont les produits phares du Pérou à l'International tandis que la pomme de terre s’est peu exportée (elle n'a rapporté au Pérou que 500 000 dollars). Le Pérou pourrait cependant exporter plus de tubercules dans les années à venir avec la notoriété grandissante de la cuisine péruvienne, qui fait la part belle à la pomme de terre des Andes, très appréciée. Mais l’exportation de ce type de pommes de terre (notamment vers le Brésil) se heurte aux difficultés de production à grande échelle et de lutte contre les insectes et les maladies fongiques. Selon le gouvernement péruvien, une autre piste de développement à l’export réside dans l’installation d’usines de transformation (qui produiraient de la fécule et de la poudre de pommes de terre) avec la mise en place d’une appellation d’origine pour une trentaine de variétés. L’une d’entre elles, financée par l’Europe, soulève cependant des interrogations au niveau local dans un contexte de prix de récolte en berne et de coût des engrais en hausse. De la même manière, l’accord de libre échange avec les EtatsUnis fait redouter un flot d’importations américaines subventionnées. Consommation On pourrait s’attendre, venant de la part du pays de la pomme de terre, à un plébiscite du tubercule dans les assiettes péruviennes. Pourtant, si sa consommation s'élève à 80 kilos par habitant et par an, celle-ci est principalement localisée dans la partie andine du pays, sur l’Altiplano. Sur la côte, où se trouve la capitale Lima ainsi que le tiers des habitants du Pérou, on consomme beaucoup de riz, de pâtes ainsi que des frites surgelées (souvent importées des Etats-Unis) que l’on trouve dans les supermarchés où dans les établissements de restauration rapide. Comme le déclare le président du Pérou M. Garcia : « Le Pérou doit se réapproprier la pomme de terre, parce que nous lui tournons le dos depuis trop longtemps ». Dans ce but et dans le cadre de l’Année internationale, le gouvernement a souhaité encourager la population à consommer du pain à base de farine de pommes de terre pour pallier la réduction des importations de blé, devenu trop cher. Ainsi, il a offert des repas à base de chuno (voir plus haut) aux plus démunis et a notamment organisé avec le CIP des spectacles et démonstrations culinaires de chefs péruviens. Le Pérou a en effet une culture gastronomique très riche. Parmi de nombreux autres produits (hérités des influences espagnole, arabe, africaine, italienne, japonaise et chinoise), la pomme de terre, le produit des racines indiennes et de la terre nourricière, est à la base de nombreux plats traditionnels ouvrant l’appétit des Péruviens. Parmi eux, on peut citer le Pachamanca (dans un trou creusé dans le sol et tapissé de feuilles de bananiers, des viandes et des légumes, dont plusieurs sortes de papas, cuisent sur un lit de pierres chauffées à blanc). Les Péruviens aiment également beaucoup la pomme de terre jaune, l’ « olluco », une variété que l’on ne trouve qu’au Pérou, qu’ils mangent sous forme de purée froide avec du poisson et des avocats. La pomme de terre s’accommode également très bien de sauces au piment ou aux cacahouètes. Si le rôle et la légitimité du Pérou (et du Centre international de la Pomme de terre installé à Lima) en terme de recherche et de préservation des ressources naturelles est incontestable sur le plan international, en revanche l’activité économique du tubercule peine à s’imposer sur les terres péruviennes. Il est à espérer que le pays andin saura tirer profit de l’Année internationale, dont on doit l’idée au Représentant Permanent du Pérou auprès de la FAO à Rome, afin de permettre à ses habitants de se réapproprier leur immense patrimoine. Céline Arsac - CNIPT Source : www.cipotato.org, www.fao.org, Ambassade du Pérou en France, The Economist mars 2008