Extraits du débat en 2ème Partie
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Extraits du débat en 2ème Partie
LE LIEN ASSEMBLEE GENERALE DU LIEN DU SAMEDI 28 SEPTEMBRE 2013 2ème PARTIE : LE DEBAT La Violence Quelles causes ? Quelles situations générées par notre société ? Quel impact sur notre sport ? Le débat a été introduit et animé par Alain COCHARD & Jean-Luc MAHÉ, psychanalystes Responsable de l’association qu’ils ont crée « Culture, Art et Psychanalyse » AC : « j’ai bien peur que le mot « psychanalyste » ait fait peur aux dirigeants du football et espère que ce n’est pas ce qui les a freiné pour venir à cette réunion ! » - Nous avons crée cette association avec Jean-Luc, à la faveur de rencontres de professionnels qui avaient à cœur de traiter de sujets divers en mettant la psychanalyse au niveau le plus simple et pour des populations les plus diverses - A partir de notre connaissance du fonctionnement psychique, nous travaillons avec des entités telles que la ‘Sauvegarde de l’enfance’, ‘la Maison départementale de l’enfance et de l’adolescence’, à l’intersection de la santé, du social et de la culture et des arts LE LIEN - - Nous n’avons jamais pensé à travailler avec le milieu du foot et c’est pourquoi l’initiative d’Yves Bonin et du Lien nous a paru tout de suite intéressante. On ne sait pas donner de recettes aux questions « en général », car on travaille plutôt le « cas par cas ». Le travail autour du sujet permet toujours d’émettre des hypothèses, des pistes à explorer. Le fait même d’avoir réfléchi avec les acteurs au sujet et aux pistes potentielles permet déjà de redonner le « désir » de traiter le problème….et c’est déjà une partie de la solution Il faut déjà savoir que la VIOLENCE est spécifique à l’être parlant, notamment dans le sport où il faut de l’agressivité pour batte son adversaire. On ne pourra pas éradiquer la violence chez l’humain: contrairement aux animaux, l’humain met en action des systèmes complexes pour assouvir sa violence, ce que les animaux ne savent pas faire à ce niveau. Mais l’homme a l’intelligence et la raison pour encadrer cette violence et la maîtriser. JLM : « Comment prendre le problème ?. je vous propose de trouver qui a dit la phrase suivante et dans quel contexte « on n’a jamais pensé aux morts »….René Bonnet est le premier à indiquer qu’il s’agi de Michel Platini après le Drame du Heysel lors de la finale du 29 mai 1985 à Bruxelles entre la Juventus de Turin et Liverpool FC - J’ai voulu partir de cet évènement, parce que dans le monde du foot il y a un « avant et un après le Drame du Heysel ». Pourquoi ? - 1ère dimension : le spectaculaire ; la mort en direct de 39 supporters italiens et 600 blessés au total, et alors que ce match était considéré comme le match su siècle un nombre considérable de personnes suivaient l’évènement en direct à la télé - 2ème dimension : la violence fait effraction dans l’intimité de chacun, en direct - 3ème dimension : la banalisation du mal : le match a lieu quand même ‘comment et pourquoi a –t-on pu accepter cela ?’ - Les 2 TV allemandes ont stoppé le programme, en France sur la Une, Alain Denvers le directeur des programmes dit ‘le problème moral se pose aux organisateurs de faire jouer ou non le match’ - Le Football a été crée par des collèges anglais vers 1850 pour tenter de juguler ou encadrer les pulsions agressives inhérentes à l’être humain. Il s’agissait pour ces collèges de former des gentlemen et donc de savoir maitriser ces pulsions pour mieux gouverner les autres. - En 1863, le football professionnel est crée dans une taverne anglaise - C’est à peu près à la même époque que se crée aussi la psychanalyse : en effet dans ces années-là un docteur autrichien, Sigmund Freud reçoit de nombreux patients pour constituer la base de la psychanalyse. - Sur les comportements de foule, Freud écrit que ‘dans la constitution d’une foule, l’individu subit une modification de son psychisme : il y a une exaltation des ses affects, ses émotions et une diminution de son intelligence, de sa capacité à raisonner ; la raison diminue, la passion prend le dessus LE LIEN - - - - - Souvent, la foule engendre une exacerbation par un objet extérieur (dans le cas d’un match : l’équipe adverse) et chacun s’identifie à l’objet de son désir (son équipe : exemple les supporters de Liverpool s’habille en rouge, se grime en rouge, etc..) 3 éléments important gèrent le MOI ! o Le symbolique = le langage, la parole, la cadre de référence o L’imaginaire = les images, sa propre image de soi, l’image de l’autre o Le réel = ce qui n’est ni moi, ni l’autre Dans le foot, (le sport en général) le but est de prendre l’ascendant sur l’autre, or, poussé à l’extrême, tous les coups sont permis, si le cadre de référence n’est pas posé ou rappelé Autre point de violence, l’injure. Exemple lors du match du heysel, les italiens avaioent déployés une banderole mentionnant ’Reds = Animals’ ! c’est une violence faite au ‘symbolique’ car çà brise net tout discours tout échange de parole, car cela ne vise qu’à réduire ceux à qui s’adresse le message. Le cas de l’injure est aussi illustré par le ‘coup de boule de Zidane’ : les italiens et Materrazzi en particulier connaissent très bien Zidane et son agressivité sous-jacente ; la finale FranceItalie en 2006 est à son paroxysme, pour les italiens, éliminer Zidane c’est un gros facteur de victoire. Materrazzi l’insulte et Zidane ne peut contenir sa violence et est expulsé. Le Foot dans la société : la ségrégation est là pour diviser et exacerber les rivalités entre communautés. Dans notre monde actuel, les idéaux communs sont en berne et ce sont les objets qui ont pris leur place. Débat et questions de la salle Salle : Pourquoi le football exacerbe-t-il plus de violence que d’autres sports ? AC : D’abord parce que c’est le sport le plus pratiqué au monde et parmi les plus anciens. C’est aussi un de ceux qui est le plus abordable par le plus grand nombre à la fois dans sa facilité d’accès LE LIEN (une balle de chiffon et ses 2 pieds), d’autre part par le nombre d’image via la médiatisation et les enjeux économiques énormes Salle : Le cadre familial n’est plus aussi ferme dans les règles d’éducation des enfants qui sont désormais au centre des préoccupations des parents (l’enfant-roi) Salle : le jeu vidéo qui banalise la violence et permet toute sorte de crimes (ex : Grand Theft Auto) AC : oui, il est certain que ces jeux devraient comporter des modérateurs, mais la logique commerciale, qui prévaut dans notre monde, s’appuie sur des principes (intéressant pour eux) établissant que l’homme fait le distingo entre le jeu qui n’est que de l’imaginaire et le réel. Ainsi, ces jeux permettent un défouloir des pulsions. Mais ils créent, en fait un flou dangereux entre imaginaire et réalité. JLM : Pour les jeunes qui viennent dans vos clubs, quel est le moteur qui les pousse vers le football ? le désir de ce sport, le désir d’être les meilleurs dans ce sport, et peut-être l’imaginaire d’ariver au sommet. Il faut donc se servir de ce désir en essayant de promouvoir : - des petits rituels de protocoles de respect - en faisant la promotion d’un discours (cadre de référence) qui ne déchoit pas l’adversaire ou le perdant mais en en faisant un partenaire de rencontre - les grandes équipes ont cette démarche (Barcelone, le jeu à la nantaise) ; le beau jeu annihile la violence parce que tous les acteurs s’inscrivent dans le cadre de référence des pratiques du foot et les supporters, s’identifiant à l’objet de leur désir ne font pas entrer la violence dans leur comportement Salle : dans nos clubs, la mise en place du protocole répond à cette dédramatisation du résultat et la prise en compte du partenaire de rencontre, mais il y a parfois des gens dans l’environnement de la rencontre qui sont difficiles à gérer et influent sur les joueurs. Mickaël Chevalier indique qu’en tant qu’arbitre, l’agressivité ou violence individuelle est plutôt facile à gérer, mais c’est la violence de groupe qui est compliquée LE LIEN Salle : Pourquoi la « main courante » sert souvent de limite à l’expression de violence ‘moi, je peux dire ce que je veux, puisque je suis derrière la :main courante !’ JLM : la main courant est la ligne symbolique qui démarque les acteurs du jeu de la masse anonyme, revenant ainsi aux comportements de la foule (régression de la raison, exacerbation de la passion) Salle : Désormais, les nouvelles règles Ligue permettent de sanctionner aussi les violences physiques ou verbales de l’environnement des matches, c’est nouveau, il faut que cela se mette en place Salle : Les jeunes ont du mal à comprendre que leur sport plaisir soit beaucoup plus cadré que les règles qu’ils ont à la maison AC : il faut leur faire comprendre que s’ils viennent d’eux-mêmes c’est pour assouvir un désir, et qu’ils respectent le cadre. C’est beaucoup plus compliqué par exemple pour l’école où les jeunes n’y vont pas forcément par plaisir, et les règles sont donc plus difficiles à faire respecter. Il faut faire attention aussi pour vous, dirigeants, éducateurs de foot, de ne pas vous mettre sur le dos une mission éducative que n’assure plus tout à fait l’environnement familial du jeune. L’exemple de mettre en place et faire respecter des petits rituels dans vos clubs est tout à fait une piste à votre mesure (dire bonjour, respect du matériels et équipement, rangement, etc…) JLM : Le langage, les mots ont une fonction sur le corps. Sur un terrain de foot, pas de mots, ce sont les corps qui s’expriment, c’est la dimension symbolique qui prévaut. La dimension cadrage est donnée par les règles de pratique, mais le cadrage par les mots est levé, c’est donc une régression du symbolique qui est une difficulté pour l’homme. -Faire visionner des boutes de matches peut aussi être une piste pour faire comprendre les comportements et illustrer la dimension du symbolique sur l’imaginaire. En conclusion, Les animateurs rappellent que la Violence est inhérente à l’être humain et que notre devoir d’éducateur et de dirigeant consistera à faire entrer les ‘acteurs’ dans un travail consistant à mettre en équilibre le désir qu’ils ont à pratiquer ce sport. Cela peut et doit permettre d’ouvrir un champ considérable de réflexions et de pistes d’action. Rien que le fait de rassembler les acteurs et réfléchir un tant soit peu à ce sujet peut créer le désir de contribuer à y remédier…..et nous espérons que çà été le but atteint de ce débat.