Mise en page 1 - 56e Rallye Le Touquet Pas-de
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Mise en page 1 - 56e Rallye Le Touquet Pas-de
François Delecour, pilote automobile Aujourd’hui résidant dans le Var, François Delecour reste le seul pilote du Nord Pas de Calais ayant réussi à haut niveau. C’est vers Cassel qu’il commence à prendre goût aux dérapages. Il débute la compétition en 1981 sur une Autobianchi A112 Abarth, puis sur une Samba avant de participer à la Coupe Peugeot. Après de brillantes courses, François est repéré par l’écurie Ford qui lui offre un volant en Championnat du Monde des Rallyes. Il sera vice champion derrière le Finlandais Juha Kankkunen en 1993. Il a bien sûr participé, à ses débuts et plus tard, à plusieurs éditions du Rallye du Touquet. J’ai très tôt baigné dans le milieu des rallyes. Dès 7/8 ans, j’assistais au Rallye des Routes du Nord. J’ai immédiatement accroché. Ma famille ne comprenait pas cette passion ! A 14 ans, je venais en stop de Cassel pour suivre le Rallye du Touquet. On passait la nuit dans des granges. Je me souviens qu’avec mes copains de l’époque, nous avions dormi à Saint Aubin, le fermier nous avait réveillés manu militari ! Je n’ai jamais raté une édition avant d’y prendre part. En 1984, avec la Samba Groupe A et Anne Chantal Pauwels comme copilote, nous terminons dixièmes scratch, premiers du Groupe A et premiers de classe. C’était la grande version du rallye. On passait par Maubeuge, Croix. Les reconnaissances, c’était quelque chose ! Je suis revenu avec la 205 Groupe N en 86, je crois. Bien plus tard, en 1996, courir avec la Peugeot 306 Maxi, reste le plus grand moment. Cette année là, alors en tête, nous avons laissé Panizzi gagner en nous arrêtant dans la dernière spéciale. La voiture était fabuleuse, sous la pluie, le gras, il fallait un grand cœur. En 1997, avec Daniel Grataloup, nous étions premiers avant d’abandonner sur bris de boîte de vitesses. Je suis revenu en 2007 avec la Porsche GT3. Par manque de budget, la voiture n’était pas au point. Dommage, elle avait du potentiel ! J’étais à deux doigts de venir courir en 2009 sur une S2000. A quelques jours du départ, l’affaire a capoté… Avec la 306 Maxi, et Gilles Panizzi peut en témoigner, c’est le seul rallye où l’aileron, avec la vitesse (près de 200 km/h), nous donnait de l’appui. On pouvait le ressentir. Avec le train arrière collé à la route, certaines courbes passaient à fond absolu ! Un plaisir jamais retrouvé. Le revêtement est difficile à lire, on trouve des grandes courbes en appuis, du relief, c’est rapide mais jamais droit. Le rallye d’Ypres par exemple, est tout en freinages, changements de directions et relances. A mon avis, il est du coup moins intéressant pour le pilotage. On le répète depuis toujours, mais le Touquet est vraiment un rallye atypique. Pour moi, le plus beau de ceux tracés en plaines. Bon anniversaire au rallye et à ses acteurs, en espérant qu’il puisse exister encore longtemps. La région le mérite, la région en a besoin. François Delecour 1 Jean-Pierre Lengagne, Président du Touquet Auto Club Jean-Pierre Lengagne a endossé de multiples responsabilités au fil du temps. Partenaire au début des années 1990, il passe aux commandes de la « voiture sono » avant de devenir, pendant quasiment deux décennies, le Monsieur Sécurité d’une épreuve dont il prit finalement les rênes en 2007. « Je m’intéresse au sport automobile depuis que je suis tout petit. Je ne sais pas pourquoi mais je garde en moi les images de la R8 Gordini d’Orsini au Tour de Corse. Elles ont fait tilt dans ma tête ! Habitant la région, j’ai quasiment toujours suivi le Rallye du Touquet en spectateur. Puis à la fin des années 1980, le Touquet Auto Club m’a sollicité pour devenir partenaire. J’ai accepté et décidé dans la foulée de m’impliquer aussi dans l’organisation. Après une expérience en voiture sono, nous avons mis en place une batterie de moyens de sécurité, tout d’abord aux endroits connus pour rassembler beaucoup de spectateurs. Puis petit à petit, le dispositif s’est très largement étendu. Ensuite, quelques années plus tard, j’ai travaillé aux côtés de Philippe Flament avant de prendre la présidence du Comité d’Organisation. Avec l’équipe actuellement en place, nous avons tout mis en œuvre pour poursuivre le travail entrepris par nos prédécesseurs et maintenir le ral- lye au niveau auquel ils l’ont amené ! Nous sommes heureux que notre manifestation attire aujourd’hui plus de 250.000 personnes et assure des retombées financières qui se chiffrent en millions d’euros. Nous ne faisons ni assez savoir, ni assez valoir ces solides arguments ! Au nom des membres du Touquet Auto Club, j’adresse mes plus sincères remerciements à la municipalité du Touquet qui, de tout temps, a toujours répondu par sa présence, au Conseil Général du Pas de Calais et au Conseil Régional Nord Pas de Calais. Et enfin à tous ceux qui nous ont ou nous font toujours confiance. Enfin, quant à cet ouvrage, il a été réalisé pour toutes celles et tous ceux qui ont connu les premières éditions du Rallye du Touquet et qui sont toujours à nos côtés aujourd’hui. Pour eux et par devoir de conservation de ce patrimoine exceptionnel, nous nous devions de réaliser ce livre sur les cinquante ans du rallye. Bonne lecture ! ». Jean-Paul Maillard, Président délégué de la FFSA et Président du Comité Régional Nord Picardie Pilote de slaloms, de rallye et enfin d’autocross ; Président du Calais Auto Racing dès 1970 ; membre fondateur de l’Association Sportive Automobile Artois Littoral, puis de l’ASA du Détroit avant de devenir Président de la Ligue (devenue aujourd’hui Comité) Régionale Nord-Picardie au début des années 1980, Jean-Paul Maillard entretient une relation très particulière avec le Rallye du Touquet. Et pas seulement en sa qualité de responsable fédéral. « Le Rallye du Touquet et moi, c’est une très vieille histoire ! Quand j’étais gamin, ma grand-mère tenait un café à Hucqueliers. Les voitures du rallye passaient juste devant sa fenêtre. A l’heure de l’épreuve, je passais mes journées à les regarder… Un peu plus tard, lorsque j’étais commercial chez Peugeot Lille, un certain Dominique Perrard m’a proposé, un jour, d’aller le voir courir. Vu mon “passé”, cela m’a tout de suite plu. Un peu plus tard encore, j’ai acheté une Renault 8 Gordini et j’ai un peu roulé en slalom. J’ai ensuite copiloté Michel Hénaut. Parallèlement, tout en continuant à courir – en course de côte, puis pour finir en Autocross – , j’ai débuté ma carrière de bénévole en prenant la présidence du Calais Auto Racing. Puis, en écourtant quelques étapes, j’ai été élu à la présidence de la Ligue au début des années 1980. Pour revenir au Rallye du Touquet, j’y ai exercé un peu toutes les fonctions. De commissaire de 2 route à directeur de course. A titre personnel, cette épreuve évoque plein de bons souvenirs. Les reconnaissances avec Jean-Louis Clarr et les copains. On ne se prenait pas au sérieux et on rigolait vraiment beaucoup ! Si je prends ma casquette d’élu régional, le Touquet est une épreuve importante du Comité Nord-Picardie. Ce rallye est vraiment atypique et, je pense, fait partie des références nationales. Maintenant, j’espère simplement que l’histoire pourra continuer encore très longtemps ! C’est devenu de plus en plus complexe d’organiser mais le Rallye du Touquet a quelques atouts dans son jeu pour perdurer. A en croire une étude parue dans la Voix des Sports début 2010, il avait généré des retombées économiques de l’ordre de 6,9 millions d’euros en 2008. Cela me semble être un argument de taille ! Sans parler de l’impact médiatique de cet événement qui n’a pas franchi le cap du demi-siècle d’existence par hasard. ». Yvonne Faure, copilote de l’équipage victorieux en 1959 Aux côtés de René-Philippe, son regretté époux,Yvonne Faure a inauguré le palmarès du Rallye du Touquet, lancé le 13 juin 1959.Toujours aussi vive et pétillante, Madame Faure revient avec émotion sur son expérience de copilote d’un week-end… « Mon mari a toujours été passionné par les belles mécaniques. Il a couru aux quatre coins de l’Europe, notamment au volant de Stanguellini et de Ferrari. Il a participé au Mile Miglia, au Monte Carlo, au Liège-Rome-Liège, aux Routes du Nord… et bien sûr aux 24 Heures du Mans. A l’époque, les pilotes couraient aussi bien en rallye qu’en circuit. Comme Philippe était l’enfant du pays et comptait parmi les fondateurs du Touquet Auto Moto, il se devait de participer au premier Rallye du Touquet. Il m’a sollicité pour le naviguer. Ce fut ma seule expérience à ses côtés. Par contre, j’ai effectué la reconnaissance du parcours seule. Je pense que je ne me suis pas trop mal débrouillée puisque nous avons gagné ! Mon mari n’avait pas spécialement préparé cette épreuve mais tout de même, pour que la Ferrari soit la plus légère possible, le réservoir était rempli au minimum. Je me souviens qu’au sommet de la côte de Camiers, c’est ma bellemère qui attendait avec les bidons… En tous les cas, cela n’a pas été simple de gagner car en vitesse pure, nous avions la voiture idéale mais dans les secteurs de sélection, là où le terrain était gras, il y avait un peu trop de chevaux et l’auto n’était pas trop un modèle d’agilité… C’est surtout un souvenir… auditif qui me vient à l’esprit à propos de ce rallye. Il y avait une épreuve d’accélération sur l’aéroport du Touquet. Le bruit des plaques de béton sur notre passage raisonnent encore dans ma tête ! En plus des félicitations de nos rivaux, des membres du club et de la municipalité, nous avons été surpris de recevoir celles d’Enzo Ferrari en personne ! Je ne sais pas comment il a su que nous avions gagné mais en tous les cas il nous a envoyé une jolie lettre à en tête de la marque dans laquelle il se réjouissait que nous ayons amené l’une de ses automobiles sur la plus haute marche du podium ! Avec Philippe, nous n’avons fait qu’écrire les premières lignes de cette épreuve dont la pérennité me semble assurer tant elle est particulière et représentative. Longue vie au Rallye du Touquet ! ». Jacques Desseaux, membre actif du Touquet Auto Club L’ex-patron de la « Royale » (une institution au Touquet) a apporté un concours inestimable à l’organisation du Rallye du Touquet, en plus d’avoir été l’un de ses plus fidèles partenaires. Rencontre avec un Grand Monsieur, exceptionnel pour son dévouement et sa sympathie… « Mon père faisait partie de la bande de copains qui a crée le club. A l’époque, il s’agissait de soutenir Philippe Faure qui brillait en sport auto. Les réunions servaient surtout à répartir les rôles pour le rallye. J’ai vite suivi les traces paternelles et en quasiment cinquante ans de Rallye du Touquet, j’ai à peu près occupé toutes les fonctions : commissaire de route, chargé du parc fermé ou de la mise en place, chronométreur, délégué aux contacts avec les maires, chargé de la réfection des routes… Je garde en mémoire tout un tas d’émotions très agréables sur le vif. Comme des flashes ! Le rallye créait vraiment beaucoup d’animation dans les villages et était très festif. Et nous, les commissaires, nous étions un peu considérés comme des “vedettes”. Je me souviens d’omelettes au lard mémorables. Du côté des pilotes, c’était aussi très décontracté. Puis les choses ont évolué et sont devenues de plus en plus professionnelles au fil des années. C’est ainsi. J’aimais beaucoup l’ambiance de ces années 1960/1970. Je me rappelle que pour l’épreuve de vitesse d’Offrethun, il y avait tout au plus cinq policiers. L’esprit était sportif et les plus petits rôles, et ceux qui les incarnaient, étaient reconnus. Il m’arrivait assez souvent de faire à manger pour tout le monde. Une fois, j’avais fait une choucroute.Tout le monde se connaissait et il y avait vraiment beaucoup d’amitié et de camaraderie. Aujourd’hui, à l’heure de ses cinquante ans, je n’ai qu’un souhait pour le Rallye du Touquet : qu’il perdure et que l’amitié soude toujours ses acteurs principaux. Enfin, j’insiste auprès du public : respecter les consignes des commissaires et des officiels, c’est assurer l’avenir de cette épreuve qui nous a tant donné. Merci pour nous ! ». 3 Bon anniversaire au Rallye Touquet Pas-de-Calais ! Rallye Le Touquet Pas-de-Calais, 50e édition ! En 1959, quelques pionniers lançaient au sein d’une association « La cinquantième édition du Rallye du Touquet / Pas-de-Calais de passionnés baptisée « Touquet Auto Moto » la première constitue un anniversaire symbolique dans l’histoire de cette édition. 46 voitures étaient alors sur la ligne de départ pour belle épreuve sportive dont il me plait de souligner l’indéniable 561 km de parcours allant du Touquet au Boulonnais, en passant renommée en France et en dehors de nos frontières. Le par la Côte Picarde, l’Hesdinois et sillonnant le Montreuillois. palmarès des pilotes qui y ont participé en atteste : Guy Aujourd’hui, ce sont environ 180 voitures qui partent à l’assaut des routes du Montreuillois à chaque édition. Avec autant de pilotes, de copilotes, sans compter l’assistance technique. Le premier ingrédient du Rallye, ce sont tous ces passionnés, le plus souvent anonymes, qui y consacrent tout au long de l’année beaucoup de temps, d’argent et d’énergie. Des passionnés venant de toute la France, voire même du Royaume Uni, de Belgique ou des Pays-Bas. Des femmes (car le Rallye se féminise) et des hommes de tous âges : trois générations de pilotes rivalisent dans la même course ! Le second ingrédient du Rallye, c’est ce parcours routier, l’un des plus beaux, surprenants et exigeants du Championnat de France.La beauté de ses paysages, la difficulté de ses chemins, les poussées d’adrénaline, qu’ils suscitent tout au long de la course en font un rendez-vous unique en France. Fréquelin, le régional François Delecourt, Gilles Panizzi et bien évidemment Sébastien Loeb notre multiple champion du monde des rallyes. Tout au long de ces années le Rallye du Touquet Pas-de-Calais a su maintenir son authenticité et son caractère d’épreuve sportive de haut-niveau. A ce titre je me dois également de souligner la qualité et l’investissement des organisateurs tout au long de ces années afin de maintenir le déroulement de l’épreuve dans des conditions optimales de sécurité pour le public et les participants. Le partenariat entre les organisateurs de cette compétition et le Département constitue un témoignage de nos politiques volontaristes. C’est aussi pour moi l’occasion de témoigner de l’attachement de la collectivité que je représente à cette épreuve populaire qui traverse les routes du Pas-de-Calais et notamment le Montreuillois et le Boulonnais. Chaque année ce sont des milliers de spectateurs et de touristes qui viennent Le troisième ingrédient du Rallye, ce sont tous ces grands découvrir nos terroirs et bénéficient de la qualité de l’accueil champions qui sont venus y concourir. Certains d’entre eux se des habitants et des hôteliers du Pas-de-Calais. sont même révélés au Touquet. Le Rallye résonne encore de ces grands noms qui ont contribué à sa légende : Sabine, Chatriot, Barbara, Panizzi, Bugalski mais également Darniche, Andruet, Delecour, Ragnotti, Béguin, ou encore Loeb. J’invite donc toutes et tous à assister à la cinquantième édition du Rallye du Touquet Pas-de-Calais, première manche du Championnat de France. ». Alors, un très bon anniversaire au Rallye ! Longue route à lui ! Dominique Dupilet Daniel Fasquelle Président du Département du Pas-de-Calais Membre honoraire du Parlement. Maire du Touquet-Paris-Plage Député du Pas-de-Calais 4 5 Un demi-siècle de passion ... Rallyes Le Touquet / Pas-de-Calais PUB IGOL Historique Un demi-siècle de grandes et belles histoires ..................................... pages 8 à 11 1959 – 1969 L’ère des rallyes dit de «week-end» ............................................................................... pages 12 à 33 ....................................................................................................... pages 34 à 61 1970 – 1984 Les années Porsche et Alpine 1985 L’ascension manquée .......................................................................................................................................... pages 62 à 63 1986 – 1992 L’accession au plus haut niveau .............................................................................................. pages 64 à 77 1993 – 2009 Le Touquet, épreuve majeure du Championnat de France ............................................................................ pages 78 à 145 6 7 Un demi-siècle de grandes et belles histoires Qu’y-a-t-il de commun entre ce qu’ont vécu René-Philippe Faure, vainqueur de la première édition le 14 juin 1959 et Pieter Tsjoen, lauréat le 4 octobre 2009 ? Une passion partagée des belles mécaniques, une sacrée soif de compétition et un périple délicat à boucler dans une région de caractère. Pour le reste, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts… d’épreuves à moyenne chronométrée et d’épreuves d’accélération. Le classement général s’établit alors par addition des points de pénalités encaissés sur le routier et durant les épreuves de sélection. Un second classement, dit à l’Indice de Performance, est également établi, un coefficient bien senti « lissant » la cylindrée des véhicules. Boucles nocturnes Un rallye du Touquet était apparemment déjà programmé en 1935 ! U NE BANDE DE QUATORzE COPAINS, férus de mécaniques à tendance sportive, surfe sur la vague du succès naissant des rallyes automobiles pour fonder, en mars 1958, un club d’automobilistes. Au-delà de la mise en place d’une course de… lenteur, l’organisation d’un rallye est immédiatement projetée. Sous couvert de l’Automobile Club du Nord de la France, le premier Rallye du Touquet voit le jour le 13 juin 1959. Pour planter le décor, l’automobile est devenue de plus en plus démocratique. Son prolongement naturel qu’est le rallye suit évidemment la même tendance. Avant cette fameuse année 1959, quelques fameuses épreuves, tels que le Trophée Herkomer (devenu Coupe des Alpes un peu plus tard), le Mille Miglia, le Liège-Rome-Liège et bien sûr le Rallye Monte Carlo, ont offert à la discipline ses premières lettres de noblesse. De leurs balbutiements dans les années 1900 jusqu’au milieu des années 1960, les rallyes adoptent alors un schéma « standard ». Le programme comprend un parcours de régularité plus ou moins long selon la notoriété de l’épreuve. Celui-ci est entrecoupé de courses de côte, 8 Les premières éditions du Rallye du Touquet n’échappent pas à ces codes. Les courses de côte de Camiers et Licques auxquelles s’ajoute l’épreuve d’accélération du Touquet (tracée à l’aéroport, sur la corniche ou sur la digue) constituent l’ossature des premiers « Touquet ». La longueur totale du parcours est d’environ 400 kilomètres, divisés en deux ou trois boucles distinctes, ponctuées par un retour systématique dans la station balnéaire. De 1959 à 1986, la majeure partie de l’épreuve se déroule de nuit avec, généralement, un départ programmé le samedi en milieu d’après-midi et une arrivée jugée le lendemain à l’aube. Le rythme adopté en nos temps modernes (deux ou trois étapes et plus guère de spéciales nocturnes) sera beaucoup plus confortable… Du côté des voitures admises en ces années 1960, elles sont sériées en deux ou trois catégories : le Grand Tourisme (les autos les plus sportives), les Tourisme (ou encore Tourisme Spéciales) et les Tourisme de série. Deux classements sont établis : un scratch et un dit à l’indice pour chaque catégorie. Le classement toutes catégories confondues arrivera quant à lui au début des années 1970. Placé sous la houlette de Louis Quételart, le premier président du TAC, le rallye est inscrit au calendrier national en 1959, puis également en international dès l’année suivante. En schématisant, le « national » se destine aux néophytes alors que l’inter réunit les équipages les plus aguerris. Rapidement, le Touquet devient l’un des rallyes dit de « week-end » les plus appréciés de la région, voire de l’hexagone. La difficulté de son parcours, la beauté des contrées qu’il visite et la rigueur de son organisation sont sans doute les raisons majeures de son succès. Un premier pic de participation à hauteur de 156 partants est ainsi atteint en 1966 ! Une ébauche de règlement existait déjà en 1955. Les Championnats de France 2002 et 2003 furent réservés aux seules Super 1600. entière et laisser place aux épreuves spéciales. Le tracé de ces ES devint libre et s’étira de plus en plus au fil des années pour dépasser les 100 kilomètres sur certaines épreuves (au Tour de Corse, par exemple) et en atteindre 55 au Touquet en 2004. Corollaire de cette « révolution », les unités de temps remplacèrent les points dans les classements, le classement général tous groupes confondus devenant par ailleurs LE classement de référence. La première affiche du rallye ! Premier tournant L’année 1967 marque un tournant décisif dans l’histoire de la discipline. La Fédération Internationale de l’Automobile publie alors la fameuse annexe J qui classifie désormais les voitures de rallye en six Groupes. Les Groupes 1 et 3 sont respectivement réservés aux autos de quatre et deux places et n’autorisent aucune modification. Les Groupes 2 et 4 (modèles à quatre et deux places) permettent de nombreux changements d’ordre mécanique. Les Groupes 5 et 6 (rares) sont réservés aux prototypes. Les constructeurs (à l’image d’Alpine ou de Porsche) investiront de façon conséquente sur le Groupe 4, le refuge des vraies autos de rallye de la décennie 1970. Parallèlement, les fondements du rallye ont eux aussi largement évolué. Les progrès de l’automobile ont amoindri, pour ne pas dire annihilé, les effets du parcours routier, censé engendrer des pénalités. Les moyennes imposées s’avérant largement réalisables, plus personne ne finit par encaisser la moindre pénalité… Les « contre la montre » (en côte par exemple) qui étaient sensés départager les ex-aequo s’avérèrent de plus en plus décisifs ! En clair, les performances (et plus seulement la fiabilité de la mécanique et l’endurance des pilotes) devinrent cruciales pour le scratch. Depuis cette fameuse année 1967, le routier sert uniquement à se rendre, à allure modérée, d’un secteur chronométré à un autre. Les courses de côte disparurent elles aussi (ou ne furent plus qu’une partie des nouveaux tronçons chronométrés) pour se constituer en une discipline à part Annulé en raison des événements sociaux de mai, le rallye de 1968 était prêt ! Jean-Claude Lefebvre et l’Alpine, un modèle qui a marqué l’histoire du Rallye du Touquet. 9 De la Ferrari 250 GT à la Berlinette Ces nouvelles règles n’entrèrent pas en vigueur au Touquet autorisées),A (voitures de tourisme, modifications possibles avant 1970. Aux Ferrari 250 GT, Morgan et autres Lotus mais limitées) et surtout B (modifications sans limite ou Elan qui raflaient la mise sur la Côte d’Opale succédèrent presque) dont Messieurs Chatriot, Bouscary, Ivens et Maainsi les fameuses Groupes 4. Berlinette Alpine et autres thon firent le meilleur usage sur les routes touquettoises. Porsche Carrera devinrent alors les reines. Les épreuves Les constructeurs se ruent sur ce dernier groupe. Audi spéciales qui forgent le caractère bien trempé de l’épreuve développe la Quattro, Lancia la 037 puis la S4, Renault la 5 nordiste apparurent par la même occasion. Certaines Turbo ou encore Peugeot la 205 T16. Mais très vite, la désont aujourd’hui devenues des hauts lieux mesure est atteinte, les performances se faisant du meeting. On pense bien sûr à Inxent, toujours plus impressionnantes, parfois au déParenty, Wailly-Beaucamp, Lépine ou la Catriment de la sécurité… L’accident qui couta lotterie qui prirent diverses appellations au la vie à Henri Toivonen et Sergio Cresto au fil des éditions. Francis Converset, entré au Tour de Corse 1986 mit un coup d’arrêt au Touquet Auto Club au milieu des années groupe B, décrété par Jean-Marie Balestre 1970 et qui succéda au Président Quételart (alors président de la FIA) pour la fin de n’est pas étranger à l’affaire. Cet artisan l’année 1987. plombier touquettois passa en effet de Ce fût dès lors l’avènement du groupe A. longues soirées au dessus de ses cartes Après des débuts difficiles en raison du manque d’état major... Lui et son équipe firent en patent de voitures turbocompressés à transtous les cas entrer le Rallye du Touquet mission intégrale dans les catalogues construcdans le gotha des épreuves françaises. teurs, il prit peu à peu son rythme de croisière. Avant le choc pétrolier qui provoqua son Mazda, Lancia, Ford, Subaru, Toyota… se lanannulation en 1974, le taux de participation cèrent dans l’aventure. De 1987 à 1997, leurs Francis Converset, venait de franchir la barre des 200 engagés modèles dominent les rallyes, à deux exceptions maitre d’œuvre du rallye durant quatre années d’affilée ! Rendez-vous inprès pour notre Championnat national. Une quasiment deux décennies. contournable pour les pilotes de la région première en 1996 et 1997 parce que le Chamdès sa création, le Touquet attira petit à pionnat est alors réservé aux deux litres, petit la fine fleur de la discipline. Manche du Championnat deux roues motrices à moteur atmosphérique. Une de France Deuxième Division dès 1981, il en devint vite seconde en 2002 et 2003 lorsqu’il admet uniquement les l’une des plus sûres références. Ambitieuse, l’équipe de Super 1600. Francis Converset ne pouvait pas s’arrêter en si bon Et oui, pour en revenir à notre cher Rallye du Touquet, chemin. Elle décrocha le Graal en 1985, année de l’intégration c’est bel et bien de Championnat de France dont il est du Rallye du Touquet au calendrier du Championnat de question ! Remise sur pied avec le concours actif des AssoFrance Première Division. L’expérience n’ayant pas été ciations Sportives du Comité Régional après l’épisode doutrès concluante, le Rallye du Touquet traversa alors la loureux de 1985, l’épreuve réintègre le Championnat de période la plus critique de ces cinquante premières années. France Deuxième Division trois ans plus tard. Dans le Alors que son annulation avait été sérieusement envisagée même temps ou presque, Louis Trollé succéde à Francis pour 1986, l’épreuve dut sans doute son salut à l’opiniâtreté Converset, lassé par des années de dur labeur, à la tête du Touquet Auto Moto. Un TAM qui devint quelques saisons de Francis Converset… plus tard, TAC (Touquet Auto Club), les motocyclistes se La seconde ascension vers le sommet faisant rarissimes. Mais c’est surtout Michel Trollé, le fils de Ouvrons une nouvelle parenthèse. L’ère des groupes 1 à 6 Louis, qui prit les rênes du rallye. Stoppé dans sa carrière s’éteint avec l’année 1982. Elle laisse alors place aux sportive suite à un terrible accident sur le circuit de Groupes N (voitures de série, sans modifications techniques Brands Hatch en 1988 alors qu’il évoluait en F3000, le bouillant Michel s’avéra être un organisateur hors pair. En 1992, il convia le Président de la FFSA, Jean-Marie Balestre, L'une des images choc des années 1990 : François Delecour, à assister à l’épreuve. Et avec la complicité de Léonce arrêté à quelques mètres de l'ultime ligne d'arrivée pour Deprez, maire de la station des quatre saisons et des permettre à son équipier (Gilles Panizzi) d'enlever l'édition 1996. membres du TAC, il réussit à le convaincre de réintégrer le Rallye du Touquet au calendrier du « grand » Championnat. De puissants arguments De gauche à droite : Léonce Deprez (Maire du Touquet), Michel Trollé et Jean-Marie Balestre en 1992, soit un an avant le retour du Rallye du Touquet au calendrier du Championnat de France. Un instant historique… Parmi les éditions les plus remarquables de la période récente, il est difficile d’oublier 1999 où, dans des conditions dantesques, Arnaud Mordacq réussit à vaincre les pilotes de l’équipe officielle Citroën.Vainqueur vingt-quatre années après son père, Bernard, le jeune imprimeur entrait lui aussi dans l’histoire. Difficile également ne pas retenir la dernière victoire en date, acquise par le Belge Pieter Tsjoen en 2009. Quarante deux ans après que l’un de ses compatriotes, Roger Vanderschrik, ait devancé Jean-Pierre Gaban et Mauro Bianchi, eux-aussi d’Outre-Quiévrain. En tous les cas, ce succès de Tsjoen constitue la transition idéale pour vous parler de l’ultime étape marquante (à ce jour) de l’évolution de la discipline. Alors que Philippe Flament a pris la relève de Michel Trollé aux commandes du rallye en association avec Jean-Pierre Lengagne, la FIA décide de l’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation, dénommée World Rally Car (WRC). Celle-ci permet notamment aux constructeurs d’ajouter un turbo et une transmission intégrale à des modèles qui n’en sont pas équipés de série. Peugeot avec la 206 puis la 307 ou encore Citroën avec la Xsara puis la C4 s’engouffreront dans cet espace de liberté. Et le Lion de faire ainsi indirectement le bonheur de Benoit Rousselot, Nicolas Bernardi ou Jean-Marie Cuoq sur les routes du Pas de Calais. Aujourd’hui placé sous la houlette de Jean-Pierre Lengagne, le Rallye du Touquet semble couler des jours heureux. Sa popularité ne s’est jamais tarie depuis sa création. Bien au contraire. Une enquête menée en 2008 révélait que 250.000 spectateurs avaient été recensés lors des trois jours de la compétition ! Son impact médiatique demeure très fort, et pas seulement à l’échelle de la région où il compte parmi les manifestations annuelles majeures. Par delà, ses retombées économiques (estimées à quasiment 7 millions d’euros pour la seule année 2008 par l’enquête précitée) sont loin d’être quantité négligeable pour les enseignes commerciales de la région. Malgré ces arguments forts, il convient d’aller au-delà des apparences. Comme pour l’ensemble des épreuves routières françaises, le Rallye du Touquet voit son avenir conditionné par la mise en place d’une sécurité optimale, et par l’obtention auprès des municipalités concernées des autorisations de passage sur leur territoire. Si le problème de la sécurité a été pris à bras le corps très tôt par le Touquet Auto Club, résoudre le second problème ne repose pas seulement sur la volonté, aussi indéfectible soit elle, des membres actifs de l’association… Enfin, pour en revenir à notre point de départ qui consistait à déterminer les liens entre ce qu’ont vécu Messieurs Faure et Tsjoen à cinquante ans d’intervalle, il en est un qui perdure. L’un comme l’autre ont bénéficié de l’ouvrage, des moyens et des infrastructures déployés par des équipes bénévoles. Il convenait de le souligner. Au moins pour dédier cet ouvrage à tous ceux qui, avec courage et abnégation, ont fabriqué ces cinquante premières années de l’histoire du Rallye du Touquet ! La couverture du programme de l’édition 1993, grand tournant de l’histoire du Rallye. José et Chantal Barbara pointent en tête du palmarès de l’épreuve avec pas moins de cinq succès. Le Touquet, ancré au plus haut niveau Le 22 octobre de l’année 1993, la Côte d’Opale reçoit ainsi la visite des Polo, Bugalski, Ragnotti, Loubet et consorts. Le Touquet ne quitta dès lors plus le Championnat de France (au moins jusqu’à la date de parution de cet ouvrage en 2010) et mieux encore, en devint l’une des manches les plus représentatives. Atypique, redoutée par tous pour la difficulté et la sélectivité de ses spéciales (toutes conditions météorologiques confondues !), elle réserva au fil des ans de multiples surprises. 10 11