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Convaincre…
– Comparez leurs propos : le fond, la teneur de ce qu’ils disent, mais
aussi leur façon de s’exprimer.
– Quelle est la réaction du spectateur à leur égard : antipathie ?
mépris ? pitié ?
– Lequel a une dimension philosophique ?
– Comparez les buts des deux auteurs (voir ci-dessus la définition).
Pour réussir le commentaire comparé : voir guide méthodologique.
Le théâtre : voir lexique des notions.
Le burlesque : voir lexique des notions.
Le tragique : voir lexique des notions.
Le pathétique : voir lexique des notions.
Le théâtre
DÉNONCER LA NOIRCEUR DES HOMMES… • COMMENTAIRE • SUJET
La poésie
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Sujets d’oral
Les réécritures
Amorce : Parce qu’ils sont plus marquants, le théâtre met en scène des personnages exceptionnels, héros de l’extrême ; mais ce peut être dans le
bien, comme dans le mal. Ce sont d’ailleurs curieusement ces derniers qui,
le plus souvent, attirent le plus le public. Ainsi, le théâtre abonde en
« monstres », « naissants » comme le Néron de Britannicus, ou déjà
confirmés comme Don Salluste dans Ruy Blas de Hugo.
Les textes : Le théâtre du XXe siècle a lui aussi projeté au-devant de la scène
des monstres : Caligula, le tyran naissant, l’empereur fou et cruel de l’Antiquité, dont Camus fait un personnage tragique, désespéré par l’absurdité de
la condition humaine. Jarry, lui, met en scène un roi redoutable déjà bien
assis dans sa folie : Ubu, fantoche à l’image d’un professeur de physique de
Jarry, qu’il chahutait avec ses camarades et dont il fait un Macbeth polonais aussi bouffon que sanguinaire. Les deux dramaturges mettent leurs
créatures face à ceux qu’ils oppriment dans des scènes de confrontation
cruelle : Ubu et Caligula prennent tous deux plaisir à torturer l’un les Nobles
de son royaume, l’autre l’intendant qui le sert avec zèle.
Annonce du plan : Si la situation dans les deux scènes présente bien des
ressemblances, elles peignent des univers bien différents et les deux protagonistes ne créent pas sur le spectateur la même impression : l’effet sur
Le roman
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scène est bien différent, prouvant que le théâtre peut dénoncer la noirceur
des hommes et du monde aussi bien par la farce que par la tragédie
philosophique.
I. Ubu et Caligula : au-delà des ressemblances,
deux univers bien différents
1. Des similitudes
a. Deux tyrans
Deux tyrans dans l’exercice de leur pouvoir absolu et l’exécution d’exactions
• pour « enrichir le royaume » et prendre les « biens » des « Nobles » pour
Ubu.
• le projet de Caligula est moins spectaculaire et immédiat que celui d’Ubu,
mais avec le même résultat : obliger les « Patriciens » (nobles romains) à
désigner comme héritier l’État avant qu’il ne les fasse tuer, selon ses
besoins financiers.
b. Des personnages secondaires analogues
• des serviteurs : le « greffier » dans Ubu, l’« intendant » dans Caligula.
• des personnages féminins qui essayent de modérer la violence des
tyrans : la mère Ubu et Caesonia, la maîtresse de Caligula.
c. La violence et la mort omniprésentes
• en direct, brutale et spectaculaire dans Ubu : « périr », « condamnés à
mort », « décervellera », « exécuter ». Commenter les didascalies qui
« mettent en scène » les mises à mort.
• mort annoncée, non montrée sur scène, dans Caligula : « nous ferons
mourir », « exécutions », « compter leur vie pour rien », « j’exterminerai » (futur).
2. Des scènes qui ont leur spécificité : des atmosphères
et des univers très différents
a. Ubu, une farce
• Un monde de fantaisie, de bouffonnerie
– Exotisme de pacotille, avec titres de noblesse grandiloquents des condamnés,
(« margraviat », « palatinat ») ; noms de lieux authentiques mais à consonance
étrangère et… étrange (« Vitepsk », « Posen », « Polok », « Sandomir ») ; nom de
monnaie ancienne « rixdale » (pas du tout inventée mais bien réelle !).
– Contraste entre instruments de torture imaginaires, combinaison de
termes familiers et plus officiels (« caisse à Nobles », « bouquin à noble »,
« pince-porc », « Chambre-à-sous »), caractère inoffensif du terme et la brutalité du supplice.
• Un comique de farce
– Le langage : néologismes injurieux que Ubu affectionne (« bouffre »), familiarité, vulgarité, trivialité de Père Ubu (« tu as une sale tête ») qui contrastent
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avec le langage soutenu de Mère Ubu (« de grâce, modère-toi », « Quelle
basse férocité » !).
– Exécution à la chaîne : des pantins, des marionnettes (ce que la pièce est
à l’origine) dont la mort ne prête pas à conséquence (pas de sang !) et qui
apparaissent et disparaissent comme dans une représentation de guignol,
avec accélération dans un paroxysme de violence.
– Un dialogue élémentaire, réduit au minimum, pas de phrases complètes.
b. Caligula : une tragédie historique avec une dimension philosophique
• Un cadre historique cohérent : un empereur réel, des repères géographiques, (« Rome », les provinces romaines), des éléments de civilisation
(« patriciens », « Trésor public », on envoie « des courriers »).
• Pas de comique
– Mais du tragique : on sent que Caligula va mettre inexorablement ses
projets à exécution ; un sentiment de malaise.
– Du pathétique : on se sent plus proche de l’Intendant qui est un personnage à part entière, qui a une épaisseur ; donc le spectateur est plus touché
par ce personnage que par les Nobles de Jarry.
II. Les protagonistes, deux monstres différents :
Ubu, un pantin grotesque ; Caligula, un écorché vif
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b. Obéit à une logique absurde et bouffonne
• Il condamne les nobles pour leur richesse, pour leur pauvreté…
• Une violence aveugle dont Ubu est lui-même le bourreau frénétique.
• L’absurde par le comique ou le comique au service de l’absurde.
• Univers qui se nourrit de sa propre logique.
c. Ubu fait rire
• Ses excès le rendent peu crédible, invraisemblable, il n’inquiète pas le
spectateur ;
• qui, peut-être à tort, n’y croit pas (l’histoire récente montre en effet que ce
type de tyran n’est pas si improbable).
Sujets d’oral
a. Un personnage sans profondeur, caricatural
• Seulement avidité, cruauté, arrogance, vulgarité ;
• pas spécialement difficile à jouer… ; ne pas le jouer en finesse.
Le roman
1. Ubu, un pantin grotesque
a. Caligula – un personnage historique
• Comme Néron, autre empereur monstrueux, lui-même protagoniste de
Britannicus de Racine. Biographie par l’écrivain romain Tacite, avec des éléments concrets sur ses crimes, son comportement.
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Les réécritures
2. Caligula : criminel par désespoir
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• Camus « réécrit » ce personnage, mais en humanisant le monstre : il lui
donne une vraie sensibilité : amoureux de Cæsonia.
b. Un tyran éloquent
S’exprime longuement, change de ton :
• brutalité et injures : « écoute-moi bien, imbécile » ;
• ironie faussement courtoise : « la preuve, […] objet de méditation » ;
parodie une maxime politique « gouverner c’est voler » (cf. « gouverner,
c’est prévoir ») ; utilise tantôt le « nous » de majesté, tantôt le « je ».
c. Folie, désespoir mais aussi logique supérieure
• Une logique implacable : « j’ai décidé d’être logique » ; multiplie les rapports logiques (« en effet », « ce qui entraîne », « d’ailleurs », « mais », « si le
Trésor […], alors […] », « La preuve, […] »).
• Une philosophie désespérée
– sa cruauté = manifestation noire d’une aspiration à l’absolu, au bonheur ;
– par sa tyrannie, il n’exprime pas seulement l’absurdité de sa condition, il
révèle aussi la lâcheté et l’enfermement des autres « si le Trésor […], alors
[…] » ;
– aspire à un monde où la vie serait la valeur absolue, mais comme il ne
trouve pas un monde selon son cœur, sa déception se transforme en violence criminelle.
d. Paradoxalement, le spectateur a pitié de Caligula
En fait, Caligula le monstre, à la fin de la pièce, meurt assassiné à son tour :
il s’était donc trompé en disant qu’il avait cru que tuer était « la solution ».
Conclusion
• Ubu, personnage imaginaire, a pris rang dans la galerie des tyrans sanguinaires – eux malheureusement bien réels – et son nom a même servi à
former l’adjectif « ubuesque » pour désigner des situations ou des comportements absurdes, grotesques.
• Camus, lui, nous a presque réconciliés avec Caligula et lui a redonné la
part d’humanité que l’histoire et la vie ne lui avaient pas accordée. Il pourrait
prendre à son compte les paroles de Meursault, son frère littéraire en
absurde dans L’Étranger : avant de mourir, Meursault retrouve le bonheur et
dit : « Devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la
première fois à la tendre indifférence du monde. »
• Le théâtre a plusieurs voies – et voix ? – pour dénoncer la noirceur des
hommes : le tragique, qui inspire la terreur, le comique, dont les anciens
disaient déjà : Castigat ridendo mores (corriger les mœurs par le rire). Qui
sait lequel est le plus efficace ?
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