Pesticides - Eau Secours
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Pesticides - Eau Secours Janvier 2006 Avec cet article, votre Mouvement communal ouvre une série de rubriques consacrées à la pollution des eaux par les pesticides, ponctuées par des recommandations directement adressées aux décideurs, responsables des Services "Travaux" et/ou "Environnement" et utilisateurs d’herbicides au sein des communes. Le premier volet de ce mois dresse un état des lieux de la qualité des eaux en Région wallonne. Rédaction collective associant la SA Aquawal, le Comité régional Phyto, le CRA-W & la SPGeet coordonnée par Ph. Guillaume (SA Aquawal) Contamination des eaux par les pesticides: état de la situation Nos eaux de surface et souterraines sont contaminées par des pesticides à usage agricole et non agricole. L’amélioration des pratiques en agriculture et des dispositions réglementaires relatives à la commercialisation et à l’utilisation des pesticides laissent entrevoir des perspectives encourageantes. Cependant, leurs utilisations dans les domaines privé et public méritent également la plus grande attention. Parmi les pesticides, les herbicides fréquemment appliqués directement sur le sol se retrouvent le plus souvent dans les eaux. Généralement, ce sont les produits les plus utilisés par les communes; c'est pourquoi, même quand le terme "pesticides" est utilisé, ce sont surtout les herbicides qui sont visés par cet article. Le choix des herbicides selon les usages agréés et le respect de règles élémentaires de précaution lors de leur manipulation constituent les bases d’une utilisation raisonnée. Pourquoi ne pas envisager à l’avenir, au niveau communal, un choix plus judicieux d’herbicides, voire même d’autres techniques de désherbage. Bref historique et contexte législatif général Parmi la très large gamme de pesticides, la famille des herbicides permet d’éliminer les plantes appelées communément "mauvaises herbes". L’utilisation des herbicides en agriculture, aux abords des voies ferrées, pour l’entretien des espaces publics ou même au jardin, représente un gain de temps et une certaine facilité d’usage. De ce fait, il semble difficile d’envisager de s’en passer. L’une des propriétés recherchées pour un herbicide, outre sa sélectivité, est sa durée d’action après traitement, voilà pourquoi sa persistance dans l’environnement est parfois assez longue. D’autre part, les plus solubles d’entre eux sont susceptibles d’être entraînés par les précipitations, soit par ruissellement vers les cours d’eau, soit par infiltration lente en profondeur jusqu’aux nappes phréatiques. Depuis plus d’une vingtaine d’années, le développement de techniques analytiques toujours plus performantes permet la détection de ces herbicides dans notre environnement, ceux-ci pouvant entraîner des risques pour la chaîne alimentaire et la santé humaine en particulier. Sous l’impulsion de directives européennes, un arsenal législatif relativement complet protège le consommateur; les directives 91/414/CEE et 98/8/CEE relatives à la mise sur le marché, respectivement, des pesticides à usage agricole et des biocides (les biocides sont les pesticides qui ne sont pas des herbicides ou des produits de protection des plantes) sont transposées en droit belge par les arrêtés royaux des 28 février 1994 et 22 mai 2003. Le récent programme fédéral instituant le premier plan de réduction des pesticides à usage agricole et des biocides (A.R. 22.2.2005) détermine les objectifs d’une utilisation plus raisonnée. Selon le décret relatif au Code de l’eau, le distributeur est tenu de contrôler la qualité de l’eau sortant du robinet du consommateur. D’une manière générale, l’objectif des gestionnaires des réseaux de distribution d’eau potable est de pouvoir anticiper les pollutions de la ressource pour limiter le recours aux traitements de décontamination et/ou de désinfection. En Région wallonne, à l’exception des espaces pavés ou recouverts de gravier et des allées de cimetière, l’emploi d’herbicides est interdit sur la voie publique, les accotements et les talus (A.E.R.W. 27.1.1984 mod. par A.E.R.W. 24.4.1986); cette interdiction est trop peu connue et pourrait être mieux respectée. Par ailleurs, l’article D. 161 du Code de l’eau interdit d’appliquer dans les égouts publics, les collecteurs et les eaux de surface d’autres matières que des eaux usées, et par conséquent des herbicides. Enfin, le Code de l’eau (Titre VII - Protection de l’eau, chapitre III - Protection des eaux souterraines et des eaux utilisées pour le captage d’eau potabilisable) détermine aussi une série de mesures de précaution dans les zones de protection (rapprochée et éloignée) définies autour des captages. Le coût de la pollution Malgré ces efforts de prévention, les teneurs en herbicides de certaines prises d’eau en Région wallonne dépassent les seuils limites de potabilité. Soucieux de garantir en permanence une eau de qualité à tout abonné du réseau de distribution, le producteur d’eau doit alors mettre en œuvre des solutions curatives. Si d’autres captages ne peuvent assurer l’alimentation du réseau dans l’attente d’un retour à la normale, des techniques spécifiques de traitement doivent être appliquées afin d’éliminer les herbicides. Le coût de ces traitements est particulièrement élevé et est directement répercuté sur le coût-vérité à la distribution (CVD), conformément à la nouvelle structure tarifaire en Région wallonne. En effet, une unité de traitement des eaux brutes au captage sur charbon actif représente un investissement s’élevant à 500.000 euros, auquel on ajoute les coûts de fonctionnement estimés à 0,10 euro/m³ d’eau traitée. Ces implications financières devraient inciter tous les utilisateurs d’herbicides à une plus grande prise de conscience. Evolution de certaines contaminations et apparition de nouveaux problèmes Pour les eaux de surface: En ce qui concerne les eaux de surface, le ruissellement pluvial sur les surfaces peu ou pas perméables est un facteur de contamination important: les pics de teneurs en herbicides relevés aux points de mesures du réseau de contrôle permettent de suivre une contamination quelques jours à peine après une pulvérisation. Le dernier Tableau de bord de l’environnement wallon (2005) établit que les deux herbicides les plus problématiques sont le diuron (herbicide total à usage principalement non agricole) et l’atrazine. Il relève aussi la présence de plus en plus fréquente de glyphosate en concentration importante dans les cours d’eau, c’est-à-dire l’un des herbicides les plus fréquemment utilisés par les particuliers. D’une manière générale, les bassins au nord du sillon Sambre-et-Meuse (Dendre, Dyle-Gette, Escaut, Haine, Sambre, Senne) caractérisés par une densité de population élevée, et par corollaire une plus importante activité humaine, sont plus contaminés par les herbicides que les bassins situés au sud du même sillon Sambre-et-Meuse. Cependant, selon le bilan annuel dressé par le Livre vert Belgaqua-Phytofar, une amélioration progressive de la qualité des eaux de la Meuse du point de vue de "résidus d’herbicides" est enregistrée depuis le début des observations en 1990 grâce aux restrictions et/ou retraits d’agréation intervenus depuis lors. Les concentrations de simazine, d’isoproturon, et dans une moindre mesure de déséthylatrazine (produit de dégradation de l’atrazine), sont en diminution. Pour les eaux souterraines: En Région wallonne, 83 % des abonnés au réseau de distribution publique consomment une eau captée dans nos nappes phréatiques. En ce qui concerne les eaux souterraines, globalement la comparaison sur le moyen terme entre les périodes 1996-1999 et 2000-2003 montre une tendance à la hausse pour la pollution par les pesticides. L’indice de qualité d’un nombre plus important de prises d’eau a diminué (21 % avec aggravation contre 11 % avec amélioration). Les principaux herbicides posant problème dans les eaux souterraines en Région wallonne sont la déséthylatrazine (49 % des contaminations), l’atrazine (32 % des contaminations), la bentazone (6 %), le diuron et le bromacile (< 5 %). Attention: restrictions et retraits d’agréation! * L’atrazine ne pouvait plus être utilisé comme désherbant total dès 1991; depuis ce 10 septembre 2005, toute utilisation d’atrazine n’est plus autorisée. * Le bromacile ne peut plus être utilisé depuis le 31 décembre 2003. * A l’avenir, l’agréation du diuron, utilisé comme herbicide total (avec rémanence), pourrait également être supprimée. De plus, de nouveaux problèmes apparaissent. D’une part, la présence d’un produit de dégradation du dichlobenil (le 2 - 6 dichlorobenzamide) analysé depuis 2003 est confirmée en 2004 dans près de 20% de 321 sites en service exploités par les principaux producteurs - distributeurs d'eau associés à Aquawal (Aquasambre, Cibe, Cile, IECBW, Inasep et SWDE) à une concentration supérieure à 50% de la norme. En conséquence, la dose d’emploi du dichlobenil utilisé comme produit de substitution du diuron en désherbage des terrains non cultivés devrait être revue à la baisse au printemps 2006. D’autre part, des augmentations de teneurs en bentazone étant constatées, son usage principal en culture de pommes de terre a été retiré à la fin de la saison 2004 pour tenter d’y remédier. Néanmoins, l’examen du taux de présence des herbicides dans les nappes en Wallonie (v. fig. 1 illustrant l’impact des pesticides en termes de taux de captages affectés sur une échelle variant entre 0 et 3) permet de déceler une évolution positive. En effet, les derniers résultats annuels laissent apparaître une réduction significative des pollutions par l’atrazine et la déséthylatrazine. L’isoproturon et le chlortoluron sont également deux molécules dont les teneurs sont en recul. Figure 1: Evolution du taux de présence des pesticides dans les nappes en Wallonie – Source DGR NE Les nappes les plus touchées sont les sables bruxelliens, les graviers de Meuse, les calcaires du Synclinorium de Dinant et les craies de Hesbaye. En effet, certaines nappes phréatiques bénéficient d’une protection naturelle plus efficace grâce au rôle filtrant du sol. D’une manière générale et à l’inverse de la très rapide réaction des eaux de surface, considérant le laps de temps de transfert de l’eau dans le sous-sol avant d’arriver à la nappe, dix à quinze années peuvent s’écouler entre un évènement en surface et la mise en lumière d’une pollution de la nappe ou de l'amélioration de la qualité. Le problème mérite d’être considéré avec attention quand on sait que 4 % des eaux souterraines doivent subir un traitement spécifique pour les herbicides avant d’être distribuées au robinet. Choix raisonné des herbicides et bonnes pratiques de pulvérisation Dans la lutte contre une plante envahissante, la phytopharmacie offre des solutions variées avec des compositions, des formulations, des dosages, des voies de pénétration dans la plante, adaptées aux circonstances et à l’espèce. Voilà pourquoi, il convient de procéder à un examen attentif de l’ensemble des moyens disponibles pour un même objectif et d’intégrer, au-delà de la préoccupation initiale d’ordre économique, d’autres considérations relatives au respect de la qualité de nos ressources en eau. Pour ce faire, faites-vous conseiller au moment de l’achat de vos herbicides! Pourquoi ne pas poser d’autres choix lors de la prochaine commande des herbicides qui seront utilisés au sein de la commune? (V. l’une de nos prochaines éditions du Mouvement communal). Les utilisateurs d’herbicides sont multiples et il est souvent difficile de les identifier. Une recherche menée autour d’un ruisseau en Brabant wallon a établi que les pertes directes lors des manipulations avant le traitement (préparation de la bouillie, remplissage du pulvérisateur) ou après le traitement (rinçage de la cuve de pulvérisation, élimination des surplus de bouillie) réalisées sur des surfaces dures (cours de ferme, …) contribuaient pour 50 à 75 % de la charge en herbicides retrouvés dans les eaux du bassin versant du ruisseau. Il convient donc de sensibiliser tous les utilisateurs aux précautions d’usage lors des différents travaux avec des herbicides afin de se protéger eux-mêmes et de prévenir toute pollution des eaux. Enfin, la même étude précise encore que la plupart des cas récents de forte contamination locale sont d’origine non agricole. Vers des mesures pro-actives de la part des communes wallonnes… Opérateur public de premier rang, la commune peut être actionnaire, parfois directement gestionnaire de la distribution d’eau, voire même de sa production. Par ailleurs garante de la sécurité de ses citoyens, elle est aussi responsable d’un approvisionnement de qualité en quantité suffisante. Coût-vérité oblige, les traitements de décontamination de l’eau potable entraînent un surcoût pour le consommateur. Autant y penser, notre santé et celle de nos finances sont directement concernées… En tant qu’utilisateurs d’herbicides, les communes pourraient aussi apporter leur contribution à l’amélioration de la qualité des eaux souterraines et de surface en réduisant par exemple l’impact des désherbages des espaces verts et surtout des surfaces imperméables (voiries, trottoirs, parkings,…) favorisant le ruissellement. Un prochain article publié au printemps dans le Mouvement communal présentera d’ailleurs les diverses actions qui peuvent être entreprises dans ce cadre Conclusion En Région wallonne, comme dans toute l’Europe, la contamination des nappes souterraines requiert la plus grande attention. La sensibilisation des agriculteurs, de meilleures pratiques de pulvérisation et surtout la restriction ou l’interdiction de l’utilisation de certains herbicides conduisent à des résultats encourageants au niveau de la qualité des eaux. On attend à présent une réaction du secteur non agricole. Il est indispensable de conseiller et de former ces autres utilisateurs à une utilisation responsable et en toute sécurité des herbicides, sous peine de se voir retirer cet outil économiquement important. De prochaines éditions du Mouvement communal illustreront la bonne utilisation des herbicides afin d’encore mieux protéger notre eau. Sources: Sources: Belgaqua-Phytofar (2004). Rapport scientifique Livre Vert Belgaqua-Phytofar 2004,14 p. Cellule Etat de l’environnement wallon (2004 et 2005). Tableau de bord de l’environnement wallon 2004 et 2005. Ed. MRW – DGRNE, 160 p. Cerva (2004). Prévention de la pollution des eaux par les pesticides en RW. Partie 1: prévention de la pollution des eaux par les pesticides en RW, 57 p. Cerva (2004). Prévention de la pollution des eaux par les pesticides en RW. Partie 3: recherche des causes de cas de contamination des eaux potabilisables en RW, 22 p. DGRNE / Direction des Eaux souterraines, Direction de la Coordination informatique, Observatoire des Eaux souterraines (2005). Etat des nappes d’eau souterraines de la Wallonie. Liens: http://mrw.wallonie.be/dgrne/eew http://www.uvcw.be http://www.aquawal.be http://www.fymy.ucl.ac.be/crp http://www.health.fgov.be/biocids liste des biocides autorisés http://www.phytoweb.fgov.be législations, produits agréés http://www.spge.be "Eau Secours" est le titre d’une campagne de sensibilisation initiée et financée par la SPGE. Un prospectus d’information sur les bonnes pratiques d’utilisation des herbicides à destination des communes est disponible sur demande à la SPGE (v. "Liens"). Articles connexes Votre geste pour l’environnement, les anciens pesticides et leurs emballages au parc à conteneurs Ce document, imprimé le 15-02-2017, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be). Les textes, illustrations, données, bases de données, logiciels, noms, appellations commerciales et noms de domaines, marques et logos sont protégés par des droits de propriété intellectuelles. 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