Approche interculturelle du tourisme et du développement
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Approche interculturelle du tourisme et du développement
UNIVERSITÉ DE TOULOUSE II - LE MIRAIL – CENTRE D’ÉTUDES DU TOURISME, DE L’HÔTELLERIE ET DES INDUSTRIES DE L’ALIMENTATION MASTER TOURISME & DÉVELOPPEMENT Approche interculturelle du tourisme et du développement Dans quelles mesures le tourisme peut-il être vecteur de développement dans un contexte interculturel ? MÉMOIRE DE PREMIÈRE ANNÉE Présenté par : Mélanie Pépin Année universitaire : 2010 - 2011 Sous la direction de : Laurence Tibère Le CÉTIA de l’Université de Toulouse II–Le Mirail n’entend donner aucune approbation, ni improbation aux opinions émises dans les mémoires de recherche. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur(e) UNIVERSITÉ DE TOULOUSE II - LE MIRAIL – CENTRE D’ÉTUDES DU TOURISME, DE L’HÔTELLERIE ET DES INDUSTRIES DE L’ALIMENTATION MASTER TOURISME & DÉVELOPPEMENT Approche interculturelle du tourisme et du développement Dans quelles mesures le tourisme peut-il être vecteur de développement dans un contexte interculturel ? MÉMOIRE DE PREMIÈRE ANNÉE Présenté par : Mélanie Pépin Année universitaire : 2010 - 2011 Sous la direction de : Laurence Tibère Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 3 REMERCIMENTS Ce travail de recherche et de rédaction n’aurait pu être possible sans le soutien et l’encouragement d’un entourage autant professionnel que personnel. Je souhaite remercier particulièrement Laurence Tibère, maître de mémoire pour sa disponibilité et ses encouragements, source de motivation dans un climat de confiance. Elle m’a apporté son savoir, m’a suivi dans mes recherches, accompagné et conseillé avec une vision à la fois globale et critique de mon travail. Je remercie également les professionnels qui ont accepté de répondre à mes questions, en particulier Tamby Riana de l’association Aina Madagascar et Claire Rosier d’AFS Vivre Sans Frontière, ainsi que toute l’équipe pédagogique du Centre d’ Etude du Tourisme, de l’Hôtellerie et des Industries de l’Alimentation (CETIA) pour avoir éclairé mes interrogations. Je souhaite aussi adresser mes remercîments à ma famille, Jean-Pierre, Catherine et Renée pour leur soutien, leur patience, et leurs relectures efficaces. Merci à mes amis et colocataires en particulier Gaëlle, Mathieu et Milou pour leurs encouragements quotidiens. Enfin, un grand merci à Brice pour son investissement, sa présence, son soutien et ses conseils pertinents et utiles. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 4 Sommaire Introduction Partie I : L’interculturalité dans le tourisme et le développement : définition et interactions Chapitre 1 : Les échanges interculturels et interculturalité Chapitre 2 : Les échanges interculturels dans le tourisme Chapitre 3 : Développement et interculturalité : des relations complexes Partie II : Approche interculturelle du tourisme : enjeux pour un développement des territoires d’accueil. Chapitre 1 : Le tourisme vecteur de développement : la nécessité de la nouvelle gouvernance Chapitre 2 : Pour une marchandisation raisonné de la culture Chapitre 3 : L’éducation interculturelle par les voyages et le tourisme pour des pratiques plus responsable Partie II : Approche interculturel comparative des associations Aina Madagascar et AFS Vivre Sans Frontière Chapitre 1 :L’association Aina Madagascar : pour un tourisme solidaire Chapitre 2 : L’association AFS Vivre Sans Frontière : une éducation interculturelle par les voyages Chapitre 3 : Synthèse générale Conclusion Annexes Tables des matières Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 5 Introduction général : « Montaigne est le premier touriste *…+ Montaigne en voyage était impliqué à tout voir, tout regarder *…+ très attentif à se conformer aux usages du pays, *…+ il prenait celle de chaque endroit où il passait » (Sainte-Beuve – « Histoire du tourisme » par Marc Boyer) Depuis sa naissance, le tourisme permet un contact entre des individus porteurs de cultures différentes, exposant voyageurs et habitants à un contexte interculturel, riche et captivant dans sa pluralité. Source de plaisir, de découverte et d’apprentissage le voyage s’est développer et transformé au cours de son histoire. Le tourisme est aujourd’hui un phénomène économique mondial plus qu’une découverte avec l’altérité avec plus de 850 millions de touriste internationaux en 2008 pour 700 milliards de recettes. Dans ces conditions, beaucoup de pays appréhendent le tourisme comme un facteur clef du développement, associant ce dernier à la croissance économique et à la modernité. Dans ces conditions, une approche interculturelle permet d’apporter une cohérence face à un tourisme international où le développement est un objectif important. La question de départ à l’origine de cette étude se penche donc sur les interrelations entre interculturalité, tourisme et développement. Pour débuter cette étude, une recherche sur la notion d’interculturalité nous a permis d’aborder un certains nombre de notions, utiles dans la compréhension des relations entre plusieurs individus de cultures différentes. Des recherches en tourisme nous ont ensuite permis d’apprécier les échanges interculturels entre voyageurs et populations locales. Ceci étant, rapprocher le développement aux échanges interculturels touristiques est une manœuvre difficile. Le développement est aujourd’hui un concept controversé, donc difficile à saisir. Nous avons alors cherché à le rapprocher de l’interculturalité avant de le lier au tourisme international. L’interculturalité dans le tourisme se caractérise donc par des échanges interculturels et le développement, replacé dans un contexte international, se décline en deux notions : le développement durable et le développement local. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 6 Face à ces observations cette étude fût alors dirigée vers la place et le rôle des échanges interculturels dans le tourisme pour favoriser un développement. Afin d’apporter des éléments de réponses, nous examinerons dans une première partie les notions se rapportant à l’interculturalité afin de les intégrer et les appliquer au tourisme d’un côté et au développement de l’autre. Nous aborderons le tourisme sous l’angle interculturel en suivant l’histoire touristique face à l’évolution des échanges interculturels. Nous essayerons de définir le développement sous deux approches critiques de la scène internationale : Le développement durable visant les aspects environnemental, économique, social et culturel dans un monde pluriel, et le développement local, réponse à une mondialisation. Cette première approche permettra de replacer le tourisme dans un contexte international où il aspire à être un levier pour le développement autant durable que locale. Une deuxième partie conduira alors à analyser les conditions pour que le tourisme soit un vecteur de développement en plaçant les échanges interculturelles au cœur de la synergie tourisme et développement. Notre réflexion serra complété dans une dernière partie par l’étude et la comparaison entre deux associations ayant les échanges interculturels au cœur de leurs activités. Elles travaillent cependant à des échelles différentes pour des objectifs de développement divergents, permettant une complémentarité dans notre étude. Une schématisation de notre pensée conduira en dernière lieu à clarifier notre cheminement vers de nouveaux questionnements, pistes de réflexions pour le mémoire de deuxième année et approfondissement de cette étude sur le lieu de stage. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 7 PARTIE l L’interculturalité dans le tourisme et le . développement : définition et interactions Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 8 Introduction de la première partie L’objectif de cette première partie est d’approcher le tourisme et le développement sous un angle interculturel. Le tourisme international met en contact des populations porteuses de cultures à la fois différentes et similaires. D’un autre côté la mondialisation des échanges fait apparaitre des réflexions sur l’émergence de nouveaux développements. Au regard de ces constats nous étudierons les notions de culture, d’interculturalité et d’échanges interculturels afin de comprendre les objectifs du tourisme et du développement dans un contexte interculturel. Face à ces objectifs, nous présenterons le tourisme dans un deuxième chapitre, en essayant de comprendre l’évolution des échanges interculturels dans l’industrie touristique depuis sa naissance. Le troisième chapitre permettra de comprendre la complexité du développement, notion décliné et parfois controversé, dans un contexte de mondialisation des échanges. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 9 CHAPITRE I : Les échanges interculturels et interculturalité Nous avons souhaité expliquer dans un premier chapitre les notions se rapportant aux échanges interculturels afin de pouvoir les rapprocher de la dimension touristique dans un deuxième chapitre et du développement dans un troisième. Nous avons choisi de commencer par définir la culture pour comprendre ensuite les interrelations entre les différentes cultures. Nous verrons comment étudier les similitudes culturelles pour comprendre les ponts importants à analyser en contexte interculturel. Cette démarche nous permettra d’introduire notre deuxième chapitre qui traitera d’échanges internationaux dans un secteur spécifique, le tourisme. I- La notion de culture : Avant de comprendre les relations et interactions qui peuvent apparaitre dans la rencontre entre deux cultures, il est nécessaire de comprendre cette notion avec ses définitions, ses problématiques et ses enjeux. 1) La culture E. Taylor décrit la culture, en 1871, comme l’ensemble des « connaissances, croyances, arts, lois, de morale, de coutume, et tous autres capacités ou habitudes acquises par l’homme en tant que membre de la société »1. Pour E. Taylor, c’est la société qui porte la culture et ainsi, inculque les habitudes et valeurs aux membres de cette société2. C’est la première définition scientifique. Un siècle plus tard, M. Douglas apporte la notion de l’évolution de la culture : « La culture est cette activité caractéristique de l’homme qui consiste à classer, évoluer, hiérarchiser ». Ainsi, la culture se nourrit notamment d’autres cultures et évolue en fonction de facteurs à la fois internes et externes. 1 TIBERE LAURENCE – Cours de socio-anthropologie du tourisme et des loisirs – Licence 3 Tourisme et Développement 2009/2010 – UTM CETIA 2 Ibidem Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 10 Exemples de facteurs externes : contact avec d’autres cultures, le climat… Exemples de facteurs internes : Psychologique, démographique… Enfin, La culture est une boussole « sans laquelle les membres d’une société ne sauraient ni d’où ils viennent, ni où ils vont ou souhaitent aller, ni comment ils leur convient de se comporter » explique JP. Warnier en 1997. Les individus d’une même culture développent donc des comportements, des croyances, des valeurs identiques que l’on caractérise de traits culturels. 2) Les traits culturels et les aires culturelles L’étude des traits culturels permet de s’intéresser jusqu’aux plus petites composantes de la culture. Selon Alfred Kroeber et Clark Wissler les aires culturelles sont une répartition spatiale des traits culturels. Au centre d’une aire, les traits sont très caractéristiques à la population vivant dans cette aire. Par contre, en périphérie, les traits culturels se mélangent avec d’autres traits des aires environnantes.3 Rencontre entre 2 cultures Centre d’une aire culturelle Schéma de Mélanie Pépin, selon la définition des aires culturelles d’Alfred Kroeber et Clark Wissler Centre d’une aire culturelle 3 CUCHE DENYS – « La notion de culture dans les sciences sociales » - édition La découverte – collection Grands Repères – Paris – mars 2010 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 11 Chaque population de ces aires se définit comme une entité ayant une identité propre, c’est l’identité culturelle. 3) L’identité culturelle Selon Frederick Barth en 1969, l’identité culturelle « est un construit qui s’élabore dans une relation qui oppose un groupe aux autres groupes avec lesquels il est en contact »4 . L’identité culturelle est donc la conséquence de plusieurs cultures en contact et la manifestation des traits culturels mis en avant pour se différencier. F.Barth a une vision de l’identité relevant de la conception relationnelle, c'est-à-dire que les membres d’un groupe revendiquant leur identité mettent en avant leurs différences culturelles dans les relations qu’ils entretiennent avec les autres cultures. L’identité est donc en constante évolution grâce aux échanges sociaux entre les membres d’un groupe et entre plusieurs groupes en contact. C’est une vision très dynamique de l’identité, cette dernière évoluant tout comme la culture au fur et à mesure des contacts relationnels extérieurs. L’étude des relations est donc au cœur de l’analyse si l’on souhaite comprendre les évolutions des identités et des cultures.5 On parle d’interculturalité lorsqu’il s’agit de rencontre et d’échange entre plusieurs cultures. Ces notions amènent à un paradoxe où d’un côté la culture est associée au changement, à l’évolution et d’un autre côté, l’identité est rattachée à la stabilité car afin de pouvoir s’identifier à une identité culturelle, il faut que cette dernière ne soit pas mouvante pour plus de facilité. Entre une identité souvent mise en avant et une culture évolutive, que ce passe-t-il en situation interculturelle ? 4 5 CUCHE DENYS – op. cit. p.11 Ibidem Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 12 II- L’interculturalité : Nous verrons dans un deuxième chapitre que l’interculturalité et le tourisme international sont intimement liés, c’est pourquoi il est important de définir en amont cette notion et analyser ses différentes composantes et ses conséquences. 1) L’interculturalité, essai de définition : Cette notion complexe met en jeux d’autres concepts comme le multiculturalisme et l’altérité. a) Le multiculturalisme Il nous a paru intéressant de nous pencher sur le multiculturalisme qui suppose la pluralité des cultures au sein d’une même société. Le terme apparaît dans les années 60 aux Etats-Unis où l’on constate le mélange de plusieurs identités culturelles. Le multiculturalisme soulève le problème du contact entre plusieurs groupes de cultures différentes mélangés au sein d’une société et donc d’une entité unique régissant des mêmes droits et mêmes lois. Ce deuxième aspect relève du domaine politique et social quant à la gestion de plusieurs cultures dans un même territoire. Le problème principal que nous pouvons observer dans l’utilisation du terme multiculturalisme se trouve dans son préfixe « multi » qui prend en compte la pluralité sans la différenciation de chaque culture.6 b) L’interculturalité Contrairement au concept du multiculturalisme, le préfixe « inter » introduit à la fois une liaison et à la fois une séparation. En d’autres termes, il y a une relation entre les différentes cultures présentes mais chacune d’elles est considérée à part, elle se distingue les unes des autres. 6 Dictionnaire de sociologie – Larousse – France Loisir – Paris – Janvier 2001 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 13 Clanet définit en 1993 l’interculturation comme tous les processus d’interactions entre les groupes ou individus de différentes cultures. C’est donc un terme représentant des actions dynamiques entre plusieurs personnes ou groupes.7 L’interculturalité représente la rencontre entre cultures différentes, caractérisée par une dynamique issue de plusieurs identités culturelles. Cette notion est à l’origine d’un renversement scientifique concernant la culture. Au début du 20ième siècle, la culture fait l’individu, l’interculturalité annonce le contraire en partant du constat que l’individu fait la culture. L’individu devient alors acteur. Selon Abdallah-Pretceille l’interculturalité s’inscrit dans un processus de communication où l’on apprend à échanger, à rencontrer « l’Autre » qui a sa propre identité culturelle. L’interculturalité peut ainsi analyser l’interaction de plusieurs cultures en contact dans des rencontres interculturelles, on parle d’altérité. c) L’altérité L’altérité est intéressante à étudier puisqu’elle met concrètement en scène la rencontre de cultures différentes à échelle humaine. Tout le monde peut expérimenter l’altérité avec le rapport à une autre culture dans son quotidien (dans le cadre de son travail ou de ses études) ou plus ponctuellement (en vacances). Il existe plusieurs niveaux d’altérité8 allant d’un niveau pratiquement nul appelé « altérité minimale » où l’individu ne rencontre pas d’autres cultures, à un niveau d’altérité dit « très partagée » où des rapports intimes vont se former entre personnes de cultures différentes. Il existe trois niveaux intermédiaires. L’altérité relative où le contact va être très restreint s’il survient, l’altérité distanciée où la rencontre existe mais sans échange réel même superficiel et enfin l’altérité partagée où les individus commencent à échanger entre eux. L’altérité a deux visages9. Le premier attire le côté exotique souvent pas anodin, la différence attirant, l’individu cherche à s’identifier à l’autre. Il est séduit par cette différence. Le deuxième concerne la rencontre interculturelle. Elle peut avoir un côté plus sombre car il y a toujours un 7 THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – « les faces cachées de l’interculturel : de la rencontre des porteurs de culture » - édition l’Harmattan – Paris mai 2010 – collection Espaces Interculturels – 247 pages 8 9 TIBERE LAURENCE – op.cit p.10 THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – op.cit Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 14 écart entre ce qu’on attend trouver chez l’autre, nourrit par les stéréotypes, et par ce qu’on trouve réellement. De cet écart, peut naître un conflit provoqué par une incompréhension suscitant de la méfiance chez l’autre. Ce conflit se matérialise par le choc culturel caractérisant ce phénomène. Il est une réaction à la différence de l’Autre10, il se traduit concrètement par la perte de ces propres repères. La culture étant une boussole, ce choc serait une boussole défaillante. L’individu est donc complètement perdu. Il perd ces repères dans l’espace, dans le temps, ces repères sociaux au niveau de la hiérarchisation ou du rapport au pouvoir par exemple. Le choc culturel est un résultat parfois néfaste du phénomène d’interculturalité parmi d’autres qui ne sont pas forcement négatifs. L’altérité entre plusieurs individus, le croisement des traits culturels amène à de nombreux phénomènes résultant du phénomène d’acculturation. 2) Processus dynamique interculturel : l’acculturation L’acculturation est le processus dynamique modifiant les cultures en contact. Quels sont les différentes mutations et les résultats possibles d’un tel phénomène ? a) L’acculturation Ce terme est défini dans le « mémorandum pour l’étude de l’acculturation »11 en 1936 par Robert Redfield, Ralph Linton et Melveille Herskovits comme « l’ensemble des phénomènes qui résultent d’un contact continu et direct entre des groupes d’individus de cultures différentes et qui entraînent des changements dans les modèles culturels initiaux de l’un ou des deux groupes. » L’acculturation est le processus exogène participant à cette évolution de manière positive ou négative. Le Mémorandum établi un classement des contacts culturels permettant de mieux appréhender le contexte d’une acculturation : Selon la taille des populations : contacts entre groupes ou populations ; contacts entre groupes de même taille ou de taille très différentes. 10 THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – op.cit p.14 11 CUCHE DENYS – op. cit p.11 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 15 Selon la nature des contacts : contacts amicaux ou hostiles ; contacts résultant de la colonisation, du tourisme, de l’immigration. Grâce à ce classement, il est plus facile d’analyser l’acculturation et de mieux comprendre ses aspects positifs ou négatifs. Par exemple, en s’intéressant à la nature des contacts, dans le cas d’une colonisation, il y a un rapport de dominants à dominés, l’effet de l’acculturation peut dans ce cas conduire à un ethnocide. Ce dernier est le résultat le plus négatif de l’acculturation puisqu’on assiste à la disparition totale d’une des cultures. Le phénomène d’acculturation se traduit le plus souvent par l’emprunt de certains traits culturels. Mais les individus de la culture d’origine gardent leur logique interne, leurs principales caractéristiques sans aboutir à l’uniformisation12. Les éléments matériels ou techniques (comme les vêtements) sont plus facilement intégrés que les éléments symboliques comme les religions ou des idéologies. L’acculturation admet plusieurs processus observables et observés transformant les cultures en contacts de différentes manières et de différentes intensités. b) Différents processus du phénomène d’acculturation13 Guillebaud compte 7 processus pouvant être imaginés lorsqu’on analyse les cultures et leurs relations réciproques. Tout d’abord le décentrement, où la culture la plus faible se laisse influencer par la plus forte. A l’inverse, la réverbération est le terme expliquant que la culture la plus forte emprunte certains traits culturels de l’autre. Ainsi la capoeira est devenue la danse symbolique brésilienne alors qu’elle est née avec l’esclavagisme en Afrique noir. Le troisième processus est la réappropriation, souvent léguée par les anciennes colonies, consistant pour les anciens pays colonisés à apprécier et à s’approprier les anciennes pratiques des colons. Ainsi la langue française est considérée comme un bénéfice pour certains pays d’Afrique. Dans certains cas d’interculturalité où la culture dominante est très forte, il y a le rapatriement, où la culture la plus faible réaffirme ces propres traditions. Le cinquième processus est l’entrelacement, une forme d’hybridation. Le syncrétisme est un mélange, un accommodement à l’autre culture. Enfin, 12 CUCHE DENYS – op. cit p.11 13 THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – op. cit p. 14 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 16 le dernier processus est l’interprétation, une culture reprenant certains traits de l’autre en transformant le sens. C’est long processus aboutissent à des situations particulières. c) Résultats du phénomène d’acculturation Les résultats de ce phénomène complexe sont multiples et dépendent des situations interculturelles, du lieu de la rencontre, des cultures concernées, de l’histoire personnelle de chaque individu… Cependant, nous pouvons parler de types de résultat14. Le premier est le résultat matériel, il concerne l’adoption par une des cultures des moyens de transport, des tenues vestimentaires ou du mode d’alimentation. Nous pouvons trouver par exemple des Mac’Donald et du coca-cola dans la plupart des pays du monde, témoignant de l’adoption de certains traits d’une culture américaine dominante. Le résultat peut également être plus formel et une nouvelle culture peut apparaître de la fusion des deux autres. Ce phénomène caractérise le métissage culturel, comme au Brésil qui regroupe à la fois des cultures occidentales et des cultures africaines. L’acculturation peut avoir des effets beaucoup plus négatifs comme la déculturation. On assiste alors à une déstructuration sociale, culturelle et économique où la culture dominante absorbe l’autre, pouvant complètement disparaître. On parle alors d’ethnocide. Le documentaire de Dennis O’rourke15 illustre bien ce phénomène. Des anciennes tribus cannibales font l’objet d’un circuit touristique mais n’ont plus aucune tradition. Leurs objets sacrés ont été pillés, leur liberté d’exercer leurs rites et coutumes leurs ont été enlevés. Ils ne comprennent pas ce qui se passe, les touristes peuvent leurs rapporter une richesse éphémère pour continuer à vivre ou plutôt survivre. Ce dernier phénomène peut amener à la contre acculturation qui est un renforcement de sa propre culture en réaction à la culture dominante. L’interculturalité est un sujet vaste et complexe mettant en scène des cultures et des relations qu’elles entretiennent. L’acculturation, permet d’analyser les changements et effets dans un contexte interculturels. 14 TIBERE LAURENCE – op. cit p. 10 15 DENNIS O’ROURKE – « Cannibal Tour » - Film documentaire – 1988 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 17 III- Similitudes interculturelles Les échanges interculturels sont influencés par des représentations et des valeurs. Ces dernières influencent différentes façons de voir, de regarder, d’interpréter et donc de se comporter. Il est quand même possible de rapprocher des traits culturels pour plusieurs airs. 1) Perception de l’espace-temps et de l’environnement16 Certaines cultures identifient le temps comme rare et précieux comme nos sociétés modernes occidentales pour qui le temps doit être bien géré et bien organisé. Les nouvelles technologies ont accentué cette tendance. Au niveau des transports par exemple, il est possible de partir toujours plus vite, toujours plus loin. A l’inverse, les sociétés traditionnelles comme certains peuples d’Afrique, d’Asie appréhendent le temps comme un élément naturel incontrôlable. L’homme s’y adapte même si le temps est un élément important. De la même manière les sociétés occidentales cherchent à contrôler la nature. C’est une culture de l’être, la nature doit se soumettre et s’adapter à l’homme afin de subvenir à ses besoins. Dans sociétés traditionnelles, l’homme est une partie intégrante de la nature, il ne peut pas la contrôler, c’est une culture de vénération de la nature. Dans la culture tibétaine, toute forme de vie est respectée au même titre que l’homme, la religion étant basée sur la réincarnation. Le contrôle de la nature est donc une atteinte à l’idéologie religieuse. La perception de l’espace et du temps conditionne les termes de l’échange tout comme la perception des rapports et des relations humaines. 2) Les rapports humains, communications et relations humaines17 Les relations humaines varient selon la culture. Etudier les similitudes permet d’éviter des malaises et malentendus. Identifier s’il s’agit d’une culture individualiste ou solidaire permet dans 16 RABASSO CARLOS, RABASSO JAVIER – « Introduction au management interculturel : pour une gestion de la diversité » - édition Ellipses – 2007 – 208 pages 17 TIBERE LAURENCE – op. cit p.10 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 18 de comprendre la sensibilité de la personne. Les cultures individualistes privilégient l’individu seul, avec une possible coopération, mais, toujours en attente d’un retour. L’échange de services est basé sur la réciprocité, la compétition est souvent présente. A l’opposé, certaines sociétés favorisent le lien entre les personnes. L’approche en est plus communautaire et la famille et les groupes sont d’une grande importance. Le type de langage est souvent lié au type de société. L’environnement de communication et les comportements sont des éléments clefs dans les cultures traditionnelles dites à haut contexte. Les informations sont explicites, la communication est informelle et subjective. Pour des cultures à bas contexte où les paroles vont être les principales sources du message, les informations sont plus précises et formelles, l’accent est mis sur la fixation d’objectifs avec des indicateurs et des plannings à respecter. Dans l’analyse des rapports humains intéressons-nous à la proxémique culturelle, distance physique acceptable entre les individus. Cette distance diffère d’une culture à l’autre dans une communication interpersonnelle. De même la distance au pouvoir est le degré d’acceptation d’un pouvoir réparti inégalement entre les individus d’une même société. Ces différents comportements dans les relations humaines se complètent par une analyse de la gestion de la vie et l’organisation dans le travail. 3) La gestion de la vie et l’organisation du travail18 Des incompréhensions liées à un mode de vie particulier, peuvent apparaitre au cours des tâches quotidiennes. Certaines sociétés (Amérique du nord, Europe) sont mono-chroniques, elles ont un mode de gestion séquentiel et linéaire, les tâches sont traitées les unes après les autres, on ne fait pas deux choses à la fois. A l’inverse, dans les cultures polychromiques (au Brésil ou en Afrique…), les tâches peuvent être traitées simultanément. Certaines cultures ont une orientation à court ou à long terme au niveau de l’appréhension du futur. Ce paramètre fait référence à la stabilité personnelle de l’individu. Ainsi les occidentaux ont du mal à comprendre pourquoi certains africains ne pensent pas à ce qu’ils vont faire dans un ou deux ans. 18 RABASSO CARLOS, RABASSO JAVIER – op. cit p18 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 19 Un paramètre également observable est la culture masculine ou féminine. Dans cette dernière, les valeurs sont plus axées sur la solidarité avec le souci de l’autre, la protection de l’environnement et du social alors que les valeurs masculines sont plus orientées vers la quête de croissance, du pouvoir, de la réussite et de la performance. L’analyse de ces différents comportements permet une connaissance du contexte interculturel. CONCLUSION DU CHAPITRE I : L’interculturalité est un phénomène complexe mettant en relation des cultures. Ces relations, issues de l’altérité vécue par des individus, sont des processus dynamiques résultant de la notion d’acculturation mettant en scène plusieurs processus et résultats. Durant les échanges interculturels, il est possible de mettre en lumière des similitudes comme la façon d’appréhender le temps et l’espace. Les échanges internationaux sont effectués entre plusieurs cultures où chaque acteur, chaque individu a sa propre perception, ses propres valeurs. Ces échanges créent des processus dynamiques, phénomène d’acculturation. Le tourisme met en contact des populations de cultures différentes, des individus non spécialisés dans les relations internationales. Il est alors intéressant d’étudier le domaine touristique d’un point de vue interculturel. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 20 CHAPITRE II : Les échanges interculturels dans le tourisme Les voyages et le tourisme placent les visiteurs et les visités en situations interculturelles. Etudier le phénomène touristique sous l’angle de l’interculturalité permet une analyse à la fois sociologique et ethnologique. En d’autre termes nous proposons d’étudier les échanges entre visiteurs et visités dans le cadre du tourisme international. Nous reviendrons tout d’abord sur l’histoire du tourisme afin de déceler l’évolution des échanges interculturels. Les nouvelles formes de tourisme dites durables essayent d’intégrer l’interculturalité de manière consciente mais nous verrons dans quelles mesures elles remplissent cet objectif. Nous ferrons ensuite une comparaison critique entre le tourisme et les voyages avec l’intégration de la notion d’éthique. I- Histoire du tourisme, évolution des échanges et des rencontres interculturelles Sans revenir sur l’histoire détaillée du tourisme, il nous a paru intéressant d’analyser l’évolution des rencontres interculturelles depuis l’invention du phénomène touristique au 19ième siècle jusqu’à l’apparition du tourisme durable. 1) Le tourisme anglais au 19ième Siècle Selon Marc Boyer le phénomène touristique voit le jour au 19ième siècle. Les hommes ont voyagé avant cette époque mais selon l’auteur spécialiste dans l’histoire du tourisme, l’avant 19ième relève plus de la préhistoire du tourisme. a) Les tours des anglais au 19ième siècle et le tourisme de villégiature. Le terme « touriste », né au début du 19ième Siècle en Angleterre, est employé pour la première fois par Littré et recopié par Larousse en 1875 comme « une personne qui voyage par curiosité et par désœuvrement ». Le touriste est également décrit en 1889 « comme celui qui voyage à pied Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 21 pour son plaisir et son instruction »19. Le tourisme est donc bien associé aux loisirs ainsi qu’à la notion d’éducation. Afin de terminer leurs éducations, les jeunes aristocrates partaient découvrir l’Europe par le concept des « grands tours » d’où l’expression « les voyages forment la jeunesse ». Elie de Beaumont souligne cette idée en affirmant que « les voyages sont le complément de l’éducation des anglais et forment pour ainsi dire leur éducation pratique», cette dernière étant le fruit du frottement à l’altérité.20 L’aristocratie anglaise introduit également en Europe et principalement en France, le concept d’hivernage. Les aristocrates anglais venaient passer l’hiver, si rude dans leur pays, dans un lieu au climat plus propice comme la côte d’Azur ou le pays Basques. Ainsi, les stations thermales renaissent. Le Premier produit touristique apparaît grâce à la famille royale anglaise qui développe le complexe balnéaire de Bath. D’autres produits se créent, mais réservés exclusivement à une petite minorité, une élite.21 Cette première période touristique permet de comprendre que les échanges interculturels et l’altérité ont été des composantes importantes dans les prémices du tourisme. b) Intérêt pour les rencontres : le tourisme, une forme d’éducation Les jeunes aristocrates anglais sont aidés dans leurs voyages par des guides. Dans les livres, les auteurs décrivent les itinéraires, les pays à visiter pour des voyages les plus éducatifs possibles. Sur les pas de Montaigne, le comte de Cassini22 écrit en 1778 un « manuel de l’étranger qui voyage en Italie » dans lequel elle est décrite comme le pays Européen le plus instructif, « le plus nécessaire pour tout homme instruit ». Le comte de Cassini légitime ces propos, expliquant que la péninsule italienne offre une diversité culturelle extrêmement intéressante. Les jeunes voyageurs pouvaient se nourrir de différentes richesses, avoir d’autres visions du monde, expérimenter différents modes de vie. 19 Revue bio contact de mai 2010, n°202 article « tourisme, équitable, écologique, durable, solidaire… de quoi parle-ton ? » 20 FRANCK MICHEL – « histoire et avenir du tourisme : la fin de l’idée d’un voyage pour tous » - Revue « L’autre voie » N°2 – http://www.deroutes.com/Findetrip.htm -Site visité le 22.12.2010 21 TORRENTE PIERRE – cours de fondements de la démarche projet – Licence 3 Tourisme et Développement 2009/2010 – UTM CETIA 22 Cité par BOYER MARC –«Histoire générale du tourisme : du XVIe au XXIe siècle » - éditions l’Harmattan - 2005 – 321 pages Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 22 Le Marquis de Caraccioli confirme la nécessité de se frotter à différentes cultures. Il affirme d’ailleurs vouloir « faire connaître les mœurs et les usages de différents pays »23. Le tourisme nait dans un souci d’éducation se traduisant par la recherche des différences culturelles, l’envie de confrontation face à d’autres populations avec leurs mœurs, leurs coutumes, leurs rites et leurs croyances. Cependant, en parallèle, un tourisme de villégiature se développe sans recherche éducative, mais ayant des répercutions sur les territoires d’accueil. c) Construction de nouvelles infrastructures dans le tourisme de villégiature et changement socio-structurels. Nous pouvons déjà observer, à l’époque, que cette nouvelle activité touristique transforme des quartiers de ville au niveau économique, social et environnemental, puisque certains aménagements sont construits en fonction de ce tourisme naissant (promenades des anglais à Nice ou les hôtels luxurieux de Genève). Cette nouvelle activité créait alors des emplois sans pour autant déstructurer l’organisation économique, sociale et culturelle des territoires d’accueil puisque qu’elle reste encore à très petite échelle. Cependant des changements socioculturels s’opèrent ; dans un premier temps, une nouvelle forme d’activité économique va petit à petit transformer le modèle social. Certains locaux vont abandonner leurs activités traditionnelles pour se consacrer au tourisme. L’impact du tourisme sur les populations d’accueil a existé, mais reste minime ; l’activité thermale était diffuse, tout comme les grands tours. Le tourisme du 19ième siècle est donc double. D’un côté les jeunes gentlemans anglais finissaient leur éducation par des voyages en profitant du frottement avec l’altérité. De l’autre côté, un tourisme de villégiature transformait des territoires d’accueil bien qu’à une échelle minime sans conséquence massive sur l’environnement général de la région. Mais l’élite a attiré la masse et, les événements du début du 20ième siècle vont conduire à l’accession aux vacances. 23 BOYER MARC –«Histoire générale du tourisme : du XVIe au XXIe siècle » - éditions l’Harmattan - 2005 – 321 pages Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 23 2) Le tourisme de masse Cette deuxième période touristique se traduit par une demande toute puissante qui conditionne les aménagements des zones d’accueil, sans se soucier des populations locales qui seront très vite marginalisées. a) L’avènement des vacances Le début du 20ième Siècle assiste à l’avènement des vacances, puis l’invention des congés payés en 1936 fait amène le tourisme social24. Le tourisme perd alors son aspect éducatif pour devenir une activité indispensable aux plus grands nombres. Avec la perte de la notion d’éducation dans les voyages, la nécessité de rencontrer les autochtones est également abandonnée. En 1951 on passe de 8 millions de vacanciers citadins français à 20 millions en 1966, on parle alors de massification ou tourisme de masse. La demande conditionne l’offre et tous les aménagements et organisations du territoire français s’effectuent en fonction de cette nouvelle activité économique (comme le plan racine ou le plan neige). C’est également la naissance des grandes industries du tourisme comme le club Méditerranée ou FRAM. Tout va alors très vite. D’autre part, l’hivernage réservé à la classe la plus aisée au 19ième Siècle fait rêver la classe populaire. Maintenant que ces pratiques sont accessibles à un plus grand nombre et que les vacances sont reconnues, pour leur pouvoir de guérison selon Dumazedier, les vacanciers s’empressent vers la mer et la montagne afin de se reposer, pour leur seul bien être. Finalement le voyage est devenu une nécessité afin de travailler plus efficacement au retour de vacances. Dans d’autres pays, notamment dans l’hémisphère sud, se développent des complexes touristiques intégrés afin de répondre au mieux à cette clientèle recherchant soleil et tranquillité, loin de la masse populaire. Mais cette dernière à tendance à suivre l’élite, et beaucoup de vacanciers commencent à se déplacer vers ces pays de soleil. On commence alors à s’apercevoir des effets négatifs sur ces territoires d’accueil principalement lorsque le tourisme devient la seule économie pour ces régions du monde. 24 BESSIERE JACINTHE – Cours de sociologie de tourisme et de développement – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 – UTM CETIA Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 24 b) Tout pour le tourisme, désastre pour les territoires d’accueil. Cette arrivée massive de touristes provoque des effets pervers. D’un point de vue économique, l’augmentation de la fréquentation de ces lieux de vacances fait baisser la qualité et donc les prix. Les retombées financières diminuent alors que la fréquentation augmente. Les territoires d’accueil essaieront donc d’attirer encore plus de vacanciers afin de pallier à la baisse des prix et ainsi la qualité va encore baisser avec une autre chute des prix. C’est le principe cyclique de la dérégulation du tourisme de masse25. Certains territoires basent toute leur économie sur le tourisme faisant de celui-ci la seule ressource monétaire. Le jour où le tourisme manque, il n’y plus de rentrer d’argent. Le tourisme va déstructurer certaines économies locales ainsi que la structure sociale des sociétés. Les activités traditionnelles rémunèrent la population locale d’une certaine façon alors que le tourisme non contrôlé rémunère une minorité en grande quantité ce qui, à long terme, tue les activités traditionnelles. Ces territoires déstructurés socialement, économiquement et culturellement dépendent entièrement du tourisme. Le tourisme structurant des villes entières, engendre une certaine marginalisation des populations d’accueil. c) Marginalisation des populations locales Dans cette recherche du soleil et de la détente, la demande, qui conditionne l’offre, ne cherche pas à connaître les populations locales des lieux visités. Dans les pays en voie de développement, le constat est alarmant. Les vacanciers sont dans des complexes intégrés, des « resort » avec toutes les commodités nécessaires. Certaines excursions sont proposées, l’espace d’une journée, où les « touristes » peuvent visiter les alentours et voir la vie locale. Les rapports entre visiteurs et visités restent très succincts, chacun s’observe sans pour autant se parler sauf pour quelques échanges commerciaux. Les échanges interculturels sont alors basés exclusivement sur des rapports mercantiles. Le tourisme dit de masse a des répercutions négatives sur les territoires et il ne s’intéresse pas aux relations interculturelles, contrairement au tourisme du 19ième siècle. On remarque aujourd’hui une troisième phase où l’aspect interculturel semble reprendre de l’importance. 25 TORRENTE PIERRE – cours de la démarche projet – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 – UTM CETIA Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 25 II- Les nouvelles formes de tourisme, vers un retour du voyage ? Cette troisième phase se caractérise par des nouvelles formes de tourisme, se développant en parallèle du tourisme de masse, voir par opposition, en cherchant à « réparer » ses erreurs et impacts négatifs. Nous regroupons ces nouvelles formes sous l’appellation générale de tourisme durable. Nous n’opposons pas directement le tourisme de masse au tourisme durable car nous verrons dans notre deuxième partie que les impacts négatifs viennent du tourisme et pas seulement du tourisme de masse. Nous proposons d’étudier ce nouveau tourisme sous l’angle interculturel et d’interpréter la fine différence entre ces tourismes et le « Voyage ». 1) Les nouvelles formes de tourisme sur la scène internationale : un retour vers l’autre. Suite aux constats alarmants, des conséquences négatives du tourisme sur les environnements d’accueil (autant naturel, social que culturel), le tourisme durable essaie de proposer des solutions pour faire du tourisme un vecteur de développement vers les territoires d’accueil. a) Un tourisme international26 Après la démocratisation des vacances, le vingt-unième siècle fait le bilan critique d’un tourisme mondial faisant prendre conscience aux touristes de la complexité d’un monde bipolaire dominé par le nord. Les flux touristiques sont surtout concentrés, au nord, entre 3 régions principales : Méditerranée, mer de la Chine et Amérique du nord. De nouvelles destinations apparaissent timidement, les quinze premières concentrant toujours plus de 50% des flux contre 68% en 1990. Les pays du sud, non développés économiquement, semblent effrayer les touristes soucieux de leur confort et de leur sécurité. Outre les hôtels clubs toujours orientés vers les 4 S (Sun, Sea, Sex, Sand), des formes de tourisme plus soucieuses des populations locales semblent tout de même se développer dans ces pays. 26 OLIVIER DEHOORNE, PASCAL SAFFACHE, CORINA TATAR – Etude carabéebbes – « Le tourisme international dans le monde : logiques des flux et confins de la touristicité » - http://etudescaribeennes.revues.org/882#tocto2n2 – Site visité le 20/03/2011. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 26 b) Le tourisme durable Plusieurs tourismes apparaissent, sensiblement semblables, il existe tout de même quelques différences entre eux. L’écotourisme est proposé dans les zones naturelles avec une forte composante culturelle. Il est un outil de protection de la nature mais incorpore progressivement des objectifs locaux de nature sociale, culturelle et économique. Le tourisme solidaire se pratique hors zone touristique, il est un outil de financement de projet de développement local. Le tourisme équitable se pratique hors des zones du tourisme de masse, il est un outil pour rééquilibrer les rapports commerciaux nord/sud et améliorer des conditions de travail. Le tourisme en faveur des pauvres les implique dans le projet touristique à un niveau maximum. Le tourisme communautaire se pratique dans les zones défavorisées, enclavées pour une activité gérée par des communautés locales marginalisées. Le tourisme durable se situe à une échelle supranationale avec une planification globale mais il a tendance aujourd’hui à s’ouvrir aussi sur le « micro ». Nous retiendrons le terme général de tourisme durable pour représenter toutes ces nouvelles formes pour plus de praticité. D’un point de vue interculturel ces formes de tourisme rapprochent le visiteur au visité. L’objectif du touriste est de découvrir de nouveaux paysages, de nouveaux environnements autant naturels que culturels. Ces motivations rapprochent le tourisme des formes de voyages d’antan. c) Du tourisme au voyage, du voyage au tourisme Ces nouvelles formes de tourisme sont très axées sur la protection de l’environnement naturel mais aussi culturel et social. L’éco-tourisme recherche plus la préservation des espaces naturels mais cherche également à protéger la population vivant sur ces territoires. Les tourismes solidaires et équitables sont plus partisans du respect des locaux et cherchent à leur faire bénéficier d’un maximum de retombées économiques. Les touristes, choisissant ces formes de voyages, veulent donc participer à l’épanouissement des habitants des pays qu’ils visitent. Ces nouveaux voyageurs qui se déplacent, sans risque ou presque avec une structure touristique, Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 27 peuvent rencontrer les populations locales. On remarque alors que ces nouvelles formes de tourisme s’apparentent aux voyages d’antan, version moderne où, la durée du séjour ou de l’errance, est réduite à un mois voir moins parfois, par manque de temps. Le voyage peut être synonyme de découverte, d’aventure, d’errance. 2) Le voyage, la quête de l’autre et de l’ailleurs Afin de comprendre les relations et le rôle de l’interculturalité dans le voyage, nous pensons nécessaire de connaître le voyageur, ses attentes et ses motivations : l’esprit du voyage. a) L’esprit du voyage27 Le voyage a une connotation magique faisant souvent référence aux grands explorateurs du 15ième Siècle. Le voyageur part pour découvrir un nouveau monde, de nouvelles terres, de nouveaux horizons. Malheureusement, aujourd’hui, tous les recoins de notre planète, ou presque, ont été visités. Le voyage s’est alors transformé en une découverte de lieux insolites, de cultures et de rencontres avec d’autres personnes. Ainsi, le voyageur se frotte à l’altérité en acceptant les différences. Il observe, regarde, se détache de ses certitudes et va vers l’Autre. Finalement, il choisit la solitude pour se rapprocher de l’Autre. Il devient hybride en quelque sorte afin de pouvoir s’ouvrir. C’est l’esprit du voyage qui s’apparente un peu à un septième sens. Ainsi, il n’est pas forcement nécessaire de voyager à l’autre bout « Le voyage commence là où s’arrête nos certitudes » du monde pour devenir un voyageur (même si ça aide). Des personnes peuvent à l’inverse avoir visité 40 pays dans le monde mais n’avoir que l’apparence d’un voyageur. Ces dernières sont souvent très heureux en rentrant chez elles, de raconter leurs exploits : « j’ai fait l’Amérique, j’ai fait la Chine… ». Cette tournure de phrase est une manière de s’approprier le pays visité. Mac Cannell qualifie ces visiteurs de « touristes cannibales » qui cherchent non pas à consommer juste des biens matériels mais, à engloutir une culture en se l’appropriant. Le voyageur lui, se démuni de ses certitudes pour ré- apprendre à vivre, il ne s’approprie pas les territoires visités qu’il traverse mais il essaie plutôt de se fondre dans le paysage et la culture locale. 27 FRANCK MICHEL - « Désirs d’ailleurs » - édition Armand Colin – collection Chemin de Traverse - 272 pages Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 28 b) La quête de l’autre et de l’ailleurs Le voyage est parfois une manière de s’affirmer, l’accueil du nouveau prend alors un sens différent où le voyageur cherche à tout savoir, à tout connaître de l’Autre et sa culture. Jean Chesneaux appelle cela de l’auto-célébration : « c’est en faisant l’expérience des autres qu’on avance vers un autre soi ».28 Finalement, dans le voyage d’aujourd’hui, l’Autre et l’envie de rencontre rencontres et d’échanges remplace l’ailleurs et l’envie de découvrir de nouveaux paysages. Mais il est plus dur de provoquer une rencontre que de voyager en terres vierges. Dans la rencontre de l’autre en voyage, il y a le « je », le « nous » et le « eux ». Dans le cadre de l’autocélébration, il n’y a pas le « nous », la rencontre reste en général artificielle. Laburthe Tolra rappelle que « qui veut voyager autrement change son regard et modifie son comportement »29. « Être seul à des milieux de miles de tout, c’est être responsable de se que je suis : cela me rend plus forte, plus riche, et cela me rapproche des autres car, quand le lien humain devient fragile, il est plus intense. Tous le monde devrait faire cela au moins une fois dans sa vie » Isabelle Autissier Ainsi, le voyageur passe au « nous » et rejoint l’esprit du voyage. L’analyse de l’itinérance récréative peut être une bonne démonstration du voyage moderne où les échanges interculturels sont favorisés par la lenteur des moyens de déplacements, encourageant l’esprit du voyage. c) De retour aux Grands tours, l’itinérance moderne30 ? Ce retour au voyage peut être synonyme d’errance, d’itinérance donc lié au loisir et au tourisme. Nous faisons ici référence aux Grands tours du 19ième siècle lorsque les anglais partaient découvrir l’Europe. C’est l’idée de mouvance, création d’un itinéraire à l’avance ou pas, le voyageur se 28 CHESNEAUX JEAN - « L’art du Voyage » - éditions Bayard – Paris – 1999 – 276 pages. 29 Ibidem p 184 30 Ibidem Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 29 déplace dans l’espace en faisant une boucle, un chemin linéaire ou en étoile. Finalement, il se déplace comme les gentlemans du 19ième siècle et entretient ainsi le mythe de la route accompagnée de l’apprentissage, de la liberté et de la vie en général31. C’est un parcours initiatique invitant à l’exploration de soi. Le voyage itinérant est basé sur le rite du passage impliquant une meilleure connaissance et acceptation de soi après efforts, agonie, concessions, épuisement physique et moral. C’est dans la difficulté que le lien humain devient plus fort, plus intense et le voyageur itinérant, doit alors se tourner vers l’Autre pour atténuer son malaise ou du moins le rendre plus agréable, moins brutale. Si le voyageur itinérant ne rentre pas dans un « moi itinérant » provoquant l’autocélébration, ces rencontres seront basées sur la réciprocité et la solidarité. Dans une société duale planétaire, le voyageur rencontre la pauvreté. Il est alors confronté à un choix moral lourd, soit il détourne le regard et rejoint ainsi le processus d’exclusion, soit il regarde en face avec le risque d’être un « voyageur-voyeur », mais ce regard est souvent réciproque. Dans tous les cas, ces deux précédents choix ne font que détourner le problème lié à un monde bipolaire. Le voyageur itinérant est confronté au fossé entre la planète des riches et celle des pauvres. Le tourisme durable s’inquiète de son impact sur les territoires d’accueil, donc des populations locales. Il essaie de minimiser les aspects négatifs de son activité, et va même proposer dans certains cas d’améliorer les conditions de vie des habitants, suivant une certaine éthique. III- Tourisme et éthique Les échanges interculturels présents dans ces nouvelles formes de tourisme impliquent de la tolérance et du respect, un côté éthique se présente à l’industrie touristique. Quelle est la relation entre tourisme et éthique, existe-il une forme de tourisme reliant l’industrie touristique à la notion d’éthique ? 31 FRANCK MICHEL - « Voyage au bout de la route » - éditions de l’Aube – collection Monde en cours – 2004 – 277 pages Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 30 1) L’éthique : essai de définition L’éthique, est avant tout le respect de l’autre quelque soit sa culture, sa façon de penser, son mode de vie, ses croyances et ses coutumes avec ces normes et ces valeurs. Aujourd’hui la notion d’éthique est intégrée dans les rapports entre les pays du nord et du sud et tente d’effacer des rapports déséquilibrés entre les deux. Le tourisme est souvent vécu comme un second colonialisme, la question d’éthique est très importante dans ce domaine. De plus le voyageur est confronté à la misère du monde, qu’il la regarde en face ou qu’il détourne le regard. Dans un monde bipolaire, le voyageur du nord ne peut ignorer la question de l’éthique dans le tourisme et les voyages. 2) L’éthique dans le tourisme : une nouvelle façon de respecter l’autre Afin de comprendre le rapport entre tourisme et éthique il faut tout d’abord se pencher sur les motivations du visiteur à voyager et du visité à accueillir. Le tourisme d’aujourd’hui est souvent comparé à une nouvelle colonisation du nord envers le sud. Les touristes, en recherche d’exotisme et d’authenticité, incitent les populations du sud à bouleverser leur habitudes. Dans le documentaire « Cannibal tour »32 les visiteurs sont soucieux de ramener des souvenirs en marchandant avec les autochtones. Ces derniers ne comprennent pas toujours le principe de cette pratique, ils sont alors victimes des touristes quelquefois peu scrupuleux. Dans ce cas, le touriste est montré du doigt coupable d’accabler la communauté d’accueil33. Le respect est absent faute de communication et de compréhension de l’Autre. En réponse à ces problèmes, l’éthique s’introduit dans le tourisme avec la notion de respect et de politesse. L’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) édite un code mondial d’éthique du tourisme le 1er octobre 1999 à Santiago du Chili34. Elle instaure la nécessité du respect mutuel entre autochtones et voyageurs avec des efforts de compréhension de la culture de l’Autre pour un épanouissement collectif. Elle soumet également l’idée de l’intégration des populations locales, des notions de liberté, de coopération entre les acteurs et rejoint ainsi certains principes du développement durable que nous analyserons dans notre troisième chapitre. 32 DENNIS O’ROURKE – op. cit. p17 33 Revue espace – « Tourisme et éthique » - n°171 – Mai 2000 – « Des hôtes et des autres : Tourisme et altérité » - Franck Michel 34 Revue espace – « Tourisme et éthique » - n°171 – Mai 2000 – « Un code mondiale pour le tourisme » - Francesco Frangiali Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 31 3) Quelle forme de tourisme pour un tourisme éthique ? Lorsqu’il s’agit de tourisme et d’éthique, il est souvent question d’éthnotourisme. Pour pratiquer l’éthnotourisme, le voyageur doit s’oublier pour s’ouvrir ensuite à l’Autre. Mais Franck Michel critique ce terme, mettant en avant sa connotation négative35. Cette forme de tourisme peut être une façon plus humaine et aussi plus rentable d’utiliser les habitants d’un territoire à des fins touristiques. L’ethnotourisme peut aussi avoir une image plus positive. Geniève Clastres explique en 1999 que cette forme de tourisme permet aussi de valoriser les cultures traditionnelles. Les personnes âgées deviennent des relais pour enseigner les traditions et les coutumes, oubliées dans un contexte de mondialisation. Afin de marier parfaitement tourisme et éthique Franck Michel propose « un tourisme d’échanges et de rencontres partagées » ou « l’altéritourisme » pour un tourisme éthique pérenne. Pour favoriser ce nouveau tourisme, le remède est de laisser aux populations locales, dans un premier temps le choix d’accueillir et dans un deuxième temps le pouvoir de décision. CONCLUSION CHAPITRE ll : Le tourisme entretient des relations avec le concept d’interculturalité depuis ses origines. Les Grands Tours avaient pour objectif de finir l’éducation de ces jeunes aristocrates anglais, notamment par le frottement avec l’altérité. L’accès aux loisirs à un plus grand nombre, a laissé de côté cet aspect interculturel pour orienter le tourisme vers une pratique sociale pour une meilleure productivité du travail. Les effets négatifs du tourisme étant jugés trop importants, de nouvelles formes voient le jour en parallèle au tourisme de masse afin d’améliorer les impacts sur les territoires et les populations d’accueil. Les échanges interculturels du tourisme durable sont remis au cœur d’une pratique où le visiteur rencontre l’habitant, permettant un contexte favorable à l’interculturalité. La question d’éthique se pose dans le domaine touristique pour un tourisme d’échange pouvant participer à l’amélioration de la vie dans les lieux d’accueil. L’ethnotourisme et le « tourisme de rencontres partagées » peuvent être des solutions pour un respect mutuel entre voyageur et habitant. Ces nouvelles formes de tourisme visent aussi à générer du développement, c’est pourquoi nous proposons dans un troisième chapitre d’identifier ce concept et de le relier à l’interculturalité. 35 RANCK MICHEL – op. cit. p 28 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 32 CHAPITRE III : Développement et interculturalité, des relations complexes. La notion de développement est complexe, multidimensionnel et reçoit plusieurs définitions autant compliquées que controversées. Au début associé à la croissance économique, le développement prend d’autres chemins intégrant des caractères sociaux, environnementaux, culturels…. La notion fait par fois référence à un mode de gouvernance plus national ou plus local. Nous essayerons de comprendre les différentes théories et critiques concernant le développement. Nous mettrons ensuite en relation le développement et l’interculturalité afin de clarifier les enjeux d’une telle approche dans un contexte de mondialisation. I- Le développement durable, un concept controversé La conférence internationale de Río de Janeiro en 1998 au Brésil montre une volonté internationale de se tourner vers un développement durable. Mais soumis à de fortes critiques, essayons d’abord de comprendre la naissance de cette notion et de sa définition pour ensuite apprécier ses limites. 1) Le développement durable, évolution du développement. La notion de développement précède celle d’un développement durable. Qu’est ce que le développement ? Pourquoi cette notion n’est plus d’actualité aujourd’hui ? a) Le développement : essai de définition Le développement peut être défini comme le passage d’une situation à une autre qui serait plus favorable36. Cette définition fait de ce concept une notion très subjective, car une situation très favorable va dépendre de la sensibilité de chacun, de la culture, de l’histoire…. La notion de 36 TORRENTE PIERRE – op. cit. p 22 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 33 culture joue ici un rôle primordial dans la subjectivité de la notion de développement. La culture occidentale dominante a imposé sa vision d’un développement associé à la croissance économique et à la modernité technologique, rapidement intégrée à l’échelle planétaire. Un pays est dit développé lorsqu’il aune forte croissance, permettant à ces habitants de jouir d’un certain niveau de confort. Cette approche est évidente lorsque le concept est replacé dans son contexte initial. Au cours de la guerre froide, les Etats-Unis lance l’idée d’aider « les pays sous développés », donc pauvres. La nouvelle puissance mondiale lance des politiques d’aide envers ces états invités à passer de la pauvreté à une société de consommation de masse, fruit de la société capitaliste américaine. La croissance est synonyme de développement et cette idée devient une norme universelle. D’autres chercheurs intègrent d’autres notions que la croissance dans le développement. En 1986 la Déclaration des Nations Unis, sur le droit au Développement, en donne une première définition : « Le développement est un processus global, économiques, social, culturel et politique qui vise à améliorer sans cesse le bien-être de l’ensemble de la population et de tous les individus, sur la base de leur participation active, libre et significative au développement et au partage équitable des bien fait qui en découle37 ». Finalement, le développement vise selon cette définition au bien-être équitable des populations d’un territoire. Ce concept va s’essouffler dans la deuxième moitié du 20ième siècle et permettra au développent durable de naître. b) Naissance du développement durable Le développement durable nait dans les années 1970. Les pays riches, qui ont peur de la diminution des ressources de la planète avec la poussée démographique des pays du sud, cessent progressivement l’aide au développement des pays pauvres. L’occident trouve alors des alternatives pour optimiser l’agriculture à l’aide de techniques scientifiques et chimiques, ce sont les « 30 glorieuses ». L’immigration massive dans les pays du nord contribue à augmenter le chômage. Dans ce contexte environnemental, économique et social, nait la notion de développement durable doublée d’une forte connotation écologique. En 1980, le développement durable apparaît pour la première fois dans un document officiel intitulé « La stratégie de la conservation mondiale, la conservation des ressources vivantes au service du développement 37 ième BRUNEL SYLVIE – « Le développement durable » - 3 pages – np 8 collection Que sais-je ? – édition PUF – octobre 2009 – 123 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 34 durable »38 produit par deux Organisations non Gouvernementales (l’Union internationale de Conservation de la Nature et le WWF (World Wide Fund)). Le rapport Brundtland de l’ONU en 1987, définit le développement durable comme devant : «répondre aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs ».39 Plus précisément le développement durable est souvent représenté dans sa définition par un schéma représentant trois dimensions. 1) Les dimensions du développement durable40 Ces trois dimensions sont reliées entre elles et indissociables les unes des autres pour représenter le développement durable. Il s’agit des dimensions environnementale, économique et socioculturelle. ECONOMIE Equitable SOCIAL Durable Vivable Vivable ENVIRONEMENT Source : Mélanie pépin selon la représentation du développement durable par Alain Laurent 38 BRUNEL SYLVIE – op. cit. p 34 39 Rapport établi par la commission mondiale pour l’environnement et le développement. 40 LAURENT ALAIN – Cours de développement durable – Master 1 Tourisme et développement 2010/2011 – UTM CETIA Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 35 a) Dimension environnementale On associe souvent le développement durable à sa dimension environnementale. Le réchauffement climatique, la diminution des ressources naturelles et de la biodiversité, l’augmentation de la pollution en sont les thèmes principaux. Des rapports sont présentés au grand public où les catastrophes ne sont plus naturelles mais écologiques. Les conférences internationales, sur le développement durable, mettent en place des conventions visant à réduire les effets nuisibles de la production de l’homme. Le but de ces accords tend à diminuer la pollution, donc du réchauffement climatique ; de préserver la biodiversité par le biais de parcs naturels et des réserves, d’aller vers une croissance verte. Les activités humaines suivent alors des normes de production avec les énergies vertes comme les éoliennes, les panneaux solaires…. b) Dimension économique La diversification des activités est la base de la dimension économique. Les territoires s’orientant vers une seule activité touristique, mettant de côté l’agriculture et les autres activités traditionnelles, risquent de perdre toutes ressources financières avec un tourisme en baisse pour raisons d’instabilité politique, sanitaires, écologiques ou autres…. Les activités traditionnelles doivent donc être préservées. Les activités économiques doivent optimiser l’utilisation des ressources naturelles et les revenus doivent être réinvestis dans d’autres projets de développement durable. c) Dimension socioculturelle Cette dimension vise à la lutter contre la pauvreté en favorisant la solidarité entre les peuples des pays riches et des pays pauvres. A l’échelle d’un pays, d’une région ou d’un territoire plus petit, il s’agit de donner un accès juste aux ressources et de redistribuer les revenus équitablement afin de baisser le taux de non alphabétisation mais aussi de la mortalité infantile. En ce qui concerne l’aspect culturel, la notion de développement durable cherche à préserver les éléments de la culture aussi bien d’un point de vue matériel (vestimentaire, alimentaire…) qu’immatériel (traditions, coutumes et idéologies). Il est primordial de préserver les identités culturelles, richesse d’un pays. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 36 Au niveau du tourisme, le développement durable vise à assurer une croissance économique, une répartition équitable des revenus générés par l’activité touristique, tout en préservant la nature et la biodiversité des territoires d’accueil. Le niveau de vie des populations locales augmentera tout en préservant leur culture et leur identité. Les nouvelles formes de tourisme, que nous avons étudiées dans notre deuxième chapitre, tentent de s’inscrire dans un processus de développement durable des territoires. Afin de construire une argumentation objective du développement durable, il est intéressant de comprendre les critiques qui lui sont faites. 2) Les critiques du développement durable Des critiques faites au développement durable sont constructives et permettent de prendre du recul sur cette notion que beaucoup d’acteurs s’accaparent. La théorie d’un concept contradictoire et le mouvement de la décroissance analysent certains aspects du développement durable. a) Le développement durable : concept contradictoire ou pléonasme ? L’objectif d’évoluer vers une meilleur situation, est complété par une vision à long terme. La notion de développement est donc par nature liée à la durabilité, le développement durable est alors un pléonasme. D’autre par, le développement, synonyme de croissance économique, est opposé à la durabilité puisqu’il participe à l’épuisement des ressources naturelles. Le développement durable vise à utiliser l’énergie de façon plus responsable, notamment grâce à l’utilisation des nouvelles technologies, mais en créant d’autres sources de pollution. La charge en énergie est très importante pour un ordinateur, plus que l’utilisation du papier, surtout si les textes tapés sont destinés à être imprimés… Cette critique est largement soulevée par les partisans de la décroissance. Le développement durable suit la logique du marché, dans la mondialisation capitaliste, certains pays ou organisations ne respectant pas les conventions et règles internationales, payent une amende pour continuer à polluer. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 37 b) La décroissance41 Pour les partisans de la décroissance, le développement est associé à la baisse de la consommation de masse. Chaque individu devrait consommer moins, juste le strict nécessaire afin de subvenir à ses besoins. Pour protéger la planète et ses habitants, les individus devraient se regrouper en communautés basées sur la solidarité. Les transports polluants étant à bannir, le tourisme se limiterait à un tourisme de proximité avec déplacements en bicyclette, à pied ou à cheval ; les distances seraient alors allongées donnant au facteur temps une importance primordiale. Le développement durable est une notion permettant de mettre en interaction les aspects économiques, environnementaux et socioculturels du développement. Les critiques de ce concept poussent à chercher d’autres formes de croissance. Avec la mondialisation, une autre forme de croissance voit le jour : le développement local. II- Développement local et mondialisation, affirmation des identités culturelles Le développement local peut être opposé à la mondialisation pour éviter par exemple un contrôle extérieur du territoire. Nous avons choisi de définir la mondialisation en amont pour mieux comprendre le développement locale et ses limites par la suite. 1) La mondialisation42 La mondialisation est l’élargissement des zones d’échanges et l’augmentation des interdépendances entre les territoires du monde. La mondialisation s’appréhende sous trois aspects : une démographie croissante, l’emballement des nouvelles technologies et une globalisation financière des relations et des échanges entre les civilisations. 41 CHINAL MARC – « Le buzz décroissant » - Film documentaire – site www.decroissance.org – site visité le 26/02/2011 42 HOUEE PAUL – « Le développement local au défi de la mondialisation » - édition l’harmattan – collection questions contemporaines – juillet 2006 – 250 pages. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 38 a) Le défi démographique La croissance démographique n’a jamais été aussi forte qu’au 21ième siècle grâce au progrès de la médecine et d’une vision politique nataliste persistante dans la plupart des pays. Cette explosion des naissances s’accompagne par l’accroissement des zones urbanisées, cause du manque de travail en zone rurale et de la modernisation des villes. La problématique est de nourrir toute l’humanité. Avec la modernité des industries agro-alimentaires, la production suffirait à nourrir toute la planète or la répartition actuelle montre une inégalité planétaire. b) L’économie et les nouvelles technologies L’emballement des nouvelles technologies donnent accès à une masse d’informations mais, là encore l’écart entre le nord et le sud se creuse avec l’outil internet. L’informatique permet d’augmenter des connaissances dans la plupart des domaines, des angoisses apparaissent dans le domaine génétique au niveau de la médecine et de la production alimentaire. L’économie connaît une mondialisation géographique, une globalisation financière et commerciale dans des marchés rentables. Les villages du Tiers Monde hors de cette globalisation se tournent vers le tourisme afin de répondre à une demande d’aventure, d’authenticité et d’altérité. Cette réflexion nous amène à problématiser la mondialisation et la culture. c) La mondialisation socioculturelle Après l’effondrement du bloc soviétique, un monde multiculturel apparaît avec plusieurs aires réunies autour d’un état principal. On distingue huit civilisations : Chinoise avec une morale confucéenne, japonaise dérivée de l’espace chinois, hindoue, musulmane, africaine avec des réalités multiples, occidentales (américaine, européenne), latino-américaine avec de nombreux métissages et enfin une civilisation orthodoxe, émergente. Il existe des tensions mondiales entre ces aires culturelles principalement entre l’occident méprisant, l’intolérance islamique et la Chine qui s’est affirmée avec un pouvoir politique non démocratique. Mais les tensions sont surtout internes aux aires culturelles avec des conflits ethniques, des guerres politiques pour la liberté, la terre, l’eau ou pour des identités communautaires. Il y a une supériorité de la société occidentale, incapable de réguler les changements qu’elle a provoqués. Noyée sous une consommation de masse, l’humanité vit le jour présent de plus en plus vite, sans penser au futur. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 39 La mondialisation est finalement une nouvelle façon de produire et d’échanger mais avec une croissance mal répartie, une bulle financière autonome et volatile, un marché livré à lui-même qui perturbe l’environnement et l’équilibre naturel et social. 2) Le développement local Face à ce constat, des territoires souhaitent contrôler eux-mêmes leur développement afin d’éviter les problèmes liés à la mondialisation et à la globalisation financière. a) De la mondialisation au développement local43 Pour survivre dans un monde mondialisé, des projets ont émergé de partout dans le monde à l’échelle d’un quartier, d’un village. Ce développement altératif donne un sens à la mondialisation, le local s’oppose au global en s’inscrivant dans sa logique. Le développement des nouvelles technologies de l’information a permis à moult projets de se connecter et d’échanger des renseignements et astuces, créant ainsi un réseau. A l’échelle des nations, le développement local trouve sa légitimité dans des systèmes décentralisés avec la participation efficace des populations locales. Le projet local, créé par des individus vivants le territoire au quotidien, s’inscrit dans une dynamique plus globale, pouvant être politique (par exemple les appels à projets en France) ou culturelle pour la reconnaissance d’une identité. Le développement local est né dans les années 70 dans ce contexte de mondialisation. La tendance à la globalisation a donc poussé les identités locales à se manifester et à impulser des initiatives locales. b) Définition du développement local Le développement local est une démarche ascendante, le pouvoir central ne prend plus les décisions pour les territoires locaux. Les acteurs locaux s’occupent du développement de leur propre territoire car ils en connaissent les enjeux et les problématiques, autant au niveau 43 HOUEE PAUL – op. cit. p 38 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 40 économique, culturel que social ou environnemental44. « Le développement local met l’homme à la source et au centre du développement.»45 Plusieurs définitions officielles du développement local existent selon les zones géographiques du monde : La DATAR place le développement local à l’échelle intercommunale le définissant comme un projet économique, culturel et social à l’initiative d’élus locaux en concertation avec les citoyens et partenaires pour un ouvrage commun. La définition, établie par les centres concept de Dakar et Djoliba de Bamako est sensiblement la même mais introduit la notion de « projet d’avenir au territoire »46. Le développement local a donc une dimension à long terme, rejoignant alors le concept de développement durable à échelle locale. c) Des limites au développement local47 Alain Piveteau met cependant en garde dans son article concernant la décentralisation et le développement local au Sénégal. Le développement local peut être un facteur d’exclusion d’un territoire dans une zone économique, politique, culturelle ou sociale plus importante. Il peut construire un espace polico-administratif à échelle locale risquant un renfermement du territoire sur lui même. Il est important d’avoir des intervenants extérieurs afin d’avoir une autre approche du territoire, plus globale. D’autre part, le développement local donne de façon systématique du travail aux natifs. Ceci n’est pas une critique en soi, sauf lorsque les habitants sont persuadés que le territoire leurs offrira un travail. Ils perdent la conscience professionnelle et ne cherchent pas à acquérir des compétences particulières.48. Avoir la possibilité de conduire des programmes hors du territoire pour les jeunes locaux permet de leur donner une autre approche du développement et du monde professionnel. Le développement local trouve finalement sa signification dans la mondialisation : une réponse locale pour un monde globalisé émanant des populations vivant le territoire. 44 VIOLIER PHILIPPE – « Tourisme et développement local » - édition Belin – 2008 – 191 pages 45 HOUEE PAUL Op.cit. p 38 – np 109 46 HOUEE PAUL Op.cit. p 38 – np 108 47 ALAIN PIVETEAU – Persee – « Décentralisation et développement local au Sénégal. Chronique d’un couple hypothétique » - http://www.persee.fr/web/revues/home - site visité le 13 avril 2011 48 TORRENTE PIERRE – op. cit p 25 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 41 Le développement façonne les territoires d’un monde multiculturel nous amenant à réfléchir sur les enjeux d’intégrer l’interculturalité dans la notion de développement. III- L’interculturalité dans le développement : quels enjeux L’interculturalité est au cœur de l’économie mondiale de par ces échanges internationaux et présente dans une mondialisation où les identités ont peur d’une homogénéisation culturelle. 1) Mondialisation économique et échanges internationaux Les échanges internationaux, de plus en plus importants, intègrent la notion d’interculturalité. Nous étudierons le management interculturel et le marketing international, ils sont des ouvertures vers le domaine touristique. a) Vendre à l’étranger : du marketing international49 Le marketing international se concrétise par deux pratiques. La première consiste à homogénéiser une marque, un produit ou un service dans le monde entier. Le groupe Accor, par exemple, utilise les mêmes chambres et services pour ces hôtels Ibis ou formule 1 comme beaucoup d’autres hôtels clubs à travers le monde. La deuxième pratique prend en compte les différences socioculturelles afin d’éviter des impairs. Ce marketing interculturel consiste à adapter les produits et services aux valeurs et attentes des clients du marché visé. Une position médiane peut-être choisie entre la standardisation systématique et l’adaptation des cultures locales. Cette technique permet à la fois de satisfaire une demande spécifique locale et en même temps d’effectuer une meilleure rentabilité commerciale et financière, notamment en faisant des économies d’échelle. L’entreprise s’implantant à l’étranger va travailler avec des natifs, et sera amenée à gérer des équipes internationales. 49 PICHON PAUL – cours de marketing – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 – UTM CETIA Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 42 b) Gérer des équipe internationales : du management interculturel50 Un projet monté hors des frontières nationales a plus de chance de réussite s’il adapte le management au contexte international évitant les échecs liés à des conflits d’incompréhension interculturelle. Le management interculturel prend en compte les diversités culturelles dans les modèles de gestion d’équipes. Il est une réponse à la mondialisation du monde du travail où se mélangent des nationalités, des cultures, des pensées. Le management interculturel est un outil au service des organisations internationales, y compris des organisations touristiques. A l’inverse d’une diversité prise en compte par les multinationales, les organisations locales ont parfois peur d’une mondialisation culturelle. 2) Le développement local face à la mondialisation culturelle. Le développement local, face à une potentielle mondialisation culturelle, guide les identités locales vers un renforcement identitaire parfois générateur de développement. a) L’imaginaire d’une mondialisation culturelle51 La mondialisation est loin d’avoir provoqué l’homogénéisation culturelle prévue. Rachid Amirou explique ce phénomène par l’imaginaire d’une mondialisation pour l’instant inexistante. Croire à l’apparition d’une culture mondiale participe à sa mise en place et contribue aux revendications des identités culturelles. Ce phénomène est une contre-acculturation face à une potentielle mondialisation culturelle dominée par la surconsommation occidentale. La culture est alors reliée à l’économie, la politique et autres aspects comme le développement. Les identités peuvent chercher un moyen de renforcer leur culture en générant du développement identitaire. 50 THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – op. cit. p 14 AMIROU RACHID – « Imaginaire de la mondialisation et reconnaissance culturelle » - document produit en version numérique par Jean –Marie Tremblay – juin 2004 51 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 43 b) Renforcement identitaire : développement local identitaire52 Dans l‘histoire, les paysages ont été façonnés par des croyances, des valeurs et des pratiques culturelles. Le mode de développement était en fonction de la culture. Des actions et des projets sont mis en place, soit en réaction à une culture occidentale omniprésente, soit pour un retour aux croyances et à des valeurs passées perdues pour un développement local identitaire. L’imaginaire d’une mondialisation culturelle, se traduisant par une homogénéité culturelle, pousse les identités régionales ou locales à revendiquer leurs différences. Elles ont la volonté de générer du développement local en mettant en relation la culture avec un territoire projet. CONCLUSION CHAPITRE III : Le développement est une notion complexe évoluant dans le temps avec ou sans association d’autres concepts (durable ou local). Nous retiendrons, tout de même, une définition simple du développement comme le passage d’une situation à une autre évaluée comme meilleure. Les conditions de vie des habitants du territoire qui se développe, s’en trouvent améliorées. Cette définition générale nous permet de relier l’interculturalité au développement sous des formes et des réalités très différentes. Elle garde une vision globale du développement en appréciant toutes ces limites et critiques. Dans un développement local, la volonté des affirmations culturelles pousse au développement, face à la mondialisation et par une peur de l’homogénéisation culturelle mondiale. 52 HOUEE PAUL – op. cit. p38 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 44 Conclusion de la première partie Une approche interculturelle du tourisme et du développement parait cohérente face à une mondialisation des échanges. Le Tourisme permet une rencontre entre les peuples, problématisant alors l’interculturalité au sein de son activité. Depuis sa naissance, le tourisme a permis des échanges interculturels, utilisé au 19ième Siècle par l’aristocratie anglaise afin de finir l’éduction de ses jeunes par le frottement avec l’altérité. Le tourisme de masse marginalise les populations locales mais, face à ses effets néfastes, le tourisme du 21ième Siècle s’oriente vers des formes nouvelles permettant de nouveau le rapport entre les peuples. L’histoire du tourisme semble ainsi boucler un cercle où le tourisme durable rappelle dans certain cas le voyage d’antan où le voyageur est en immersion dans le territoire d’accueil. La mondialisation des échanges, qu’il soit touristique ou non, amène de nouvelles réflexions quant au développement. La croissance mondiale fait subir des conséquences environnementales, culturelles, sociales et économiques sur les territoires. Le développement durable fait ainsi son apparition de manière à recentrer l’homme au cœur du développement. Les identités et autorités locales cherchent le moyen de contrôler leur développement afin qu’il reste local au regard d’une mondialisation envahissante. De façon générale, nous retiendrons que le développement est le passage d’une situation à une autre meilleure, améliorant la vie quotidienne. Une fois cette familiarisation effectuée avec le tourisme d’un côté et le développement de l’autre, il est intéressant de se poser la question du rapport entre tourisme et développement dans cette mondialisation des échanges nécessitant une approche interculturelle. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 45 PARTIE II Approche interculturelle du tourisme : e n j e u x p o u r u n d é v el o p p e m e n t d e s . territoires d’accueil Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 46 Introduction de la deuxième partie : Le tourisme est souvent perçu comme vecteur de développement, de nombreux pays voient dans cette activité une opportunité de sortir rapidement de la pauvreté. Dans notre approche interculturelle, le tourisme international met des populations en contact, des touristes du nord visitant le sud. Dans ces conditions, le tourisme suit la logique de la mondialisation dans des rapports souvent de dominants à dominés, empêchant la réalisation du développement souhaité. Qu’es-ce qu’un tourisme vecteur de développement dans le cadre d’une mondialisation des échanges et d’un contexte interculturel ? Quelles sont les relations entretenues entre touristes et autochtones ? Dans quelles mesures ces échanges interculturels peuvent-ils participer à un développement ? Il est ici question de mettre en relation le tourisme et le développement sous l’angle d’approche interculturel. Nous étudierons dans cette partie, les conditions nécessaires pour un tourisme vecteur de développement dans le cadre d’une nouvelle gouvernance dans un premier chapitre, puis d’une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges dans un deuxième. Notre troisième chapitre portera sur une éducation interculturelle par les voyages pour un développement durable. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 47 CHAPITRE I : Le tourisme vecteur de développement : la nécessité d’une nouvelle gouvernance Le tourisme est souvent perçu comme un vecteur de développement. Il s’agit d’analyser dans ce chapitre la réalité contestée de cette affirmation en considérant les impacts négatifs du tourisme sur le développement. L’objectif est de proposer dans un deuxième temps un mode de gouvernance nécessaire pour pallier aux effets néfastes d’un tourisme envahissant sous le jouc d’une diversification et d’une gouvernance locale. Mais nous verrons aussi que cette approche présente des limites rappelant encore une domination nord/sud. I- Le tourisme : des impacts néfastes sur le développement Le tourisme n’est pas un levier de développement systématique. De nombreux auteurs le démontrent comme Georges Cazes dans son ouvrage « Tourisme et Tiers Monde : un bilan Controversé ». Nous verrons ces impacts négatifs pour l’environnement physique, économique et socioculturel des territoires d’accueil. 1) Les impacts de l’environnement physique Les impacts de l’environnement physique sont aujourd’hui les plus dénoncés avec les mouvements écologiques en termes de pollutions et d’aménageur d’espace. a) La pollution touristique53 Le tourisme apporte de nombreuses nuisances sur l’environnement physique. Les touristes sont souvent moins respectueux en vacances ; s’ils recyclent chez eux, ils veulent être sans contrainte pour leur voyage. La dégradation des sites, de la faune, de la flore et des éléments patrimoniaux (le bâti) nécessite le calcul de la capacité de charge touristique pour éviter une sur-fréquentation. 53 CAZES GEORGES – « Tourisme et Tiers-Monde un bilan controversé » - collection Tourisme et Société – édition l’Harmattan – novembre 2006 – 207 pages Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 48 Cette capacité est le nombre de touristes qu’un territoire peut accueillir. Tout espace a intérêt à la calculer pour minimiser l’impact du tourisme. b) Un tourisme réducteur et aménageur d’espace L’industrie touristique réduit des espaces dédiés à l’agriculture et autres activités traditionnelles. Ceci peut conduire à des conflits d’intérêts concernant la destination des espaces du territoire d’accueil. Le tourisme international a tendance à s’installer sur une petite partie du territoire et le submerge. Au Baléares, les premières stations sont installées sur les côtes jusqu’à utiliser tout l’espace. Il s’en suit des conflits d’intérêts entre les promoteurs, les acteurs touristiques et les populations locales vivant d’activités traditionnelles comme la pêche. Les locaux ont fini par ne plus se sentir chez eux cause d’un tourisme trop envahissant.54 c) Un tourisme intégré ou des pôles touristiques Les pôles touristiques sont des stations intégrées dénaturant le paysage. Ils utilisent souvent des circuits longs, ils ne se soucient guère d’une eau rare utilisée en abondance par des piscines et douches, dans des pays désertiques. Ces pôles touristiques ont tout de même l’avantage de concentrer tous les problèmes au même endroit…. Le tourisme intégré se fond dans le paysage local. Il se matérialise par des hébergements chez l’habitant, une alimentation issue de circuits courts et donne lieu à une multitude d’entrepreneurs touristiques, mais sans cohérence territoriale. Ce tourisme plus intégré dans le panorama local est moins nocif. L’augmentation d’individus sur le territoire induit tout de même une gestion de l’eau, des déchets plus importants et des moyens de transports appropriés. Les nouvelles formes de tourisme associées au développement durable sont plus respectueuses de l’environnement mais les touristes occidentaux ne sont toujours pas prêts à vivre un séjour aux normes et coutumes locales. 54 MIGUEL SEGUI LLINAS, collectif d’auteur – « Tourisme et soucis de l’autre » - éditions l’Harmattan – collection - 2005 - 368 pages Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 49 2) Les impacts économiques : La question principale en matière d’économie est : à qui profite le tourisme, quels sont les bénéficiaires des recettes issues du tourisme ? a) La bourgeoisie commerçante : Lorsqu’une nouvelle destination apparaît, les individus du territoire déjà tournés vers l’étranger vont investir dans le tourisme afin de profiter des recettes. Ce sont des commerçants, les sociétés d’’import-export, des investisseurs travaillant déjà avec l’international ou des investisseurs étrangers. Au Maroc, les investissements touristiques ont été réalisés par 5 sociétés en 1975. Le profit des capitaux touristiques est partagé entre ces sociétés détenant la plupart des hôtels, agences réceptives et tours opérateurs. Le tourisme profite donc à une catégorie sociale supérieure déjà tournée vers l’international, favorisant ainsi la fuite des capitaux. b) Les propriétaires et promoteurs immobiliers Le tourisme amène des capitaux étrangers en grande quantité dans les pays en voie de développement avec un pouvoir d’achat des touristes occidentaux beaucoup plus élevé que celui des locaux. Ce constat amène des entrepreneurs à investir dans de nouveaux bâtiments à destination touristique. Le prix de l’habitat flambe, la population locale ne peut plus se loger faute de moyens, résultat d’une politique de marché basée sur l’offre et la demande. A côté de ces grands promoteurs, une multitude de petits entrepreneurs et de fabricants locaux se développent. c) La multiplication des petits entrepreneurs ou fabricants L’importation de devises étrangères plus avantageuses nécessite des contacts avec l’extérieur. Dans les activités économiques traditionnelles (industrie, agriculture), seuls l’exportation de produits permet d’obtenir ces devises, réservées aux individus travaillant dans le commerce international. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 50 La devise est plus accessible dans un tourisme où le client est sur place. Une arrivée massive d’argent pousse de multiples individus à se tourner vers le secteur touristique par le biais de l’artisanat et de services annexes comme le guidage, location de véhicule… Il y a une déstructuration du tissu sociale nourrit par la perte des activités traditionnelles au profit d’une tertiarisation parfois total de l’économie se traduisant aussi par une déstructuration socioculturelle. 3) Impacts socioculturels: Plusieurs impacts socioculturels sont observables, fruit d’un résultat d’acculturation négatif par le tourisme. Nous retiendrons trois résultats socioculturels issus du phénomène touristique : l’imitation, la perversion et la subversion55. a) L’imitation d’une culture dominante attirante Les locaux en contact direct avec la manne touristique procèdent à des comportements d’imitation associant la culture occidentale au confort et à la modernité (téléphones portables et coca cola), dans une acculturation matérielle. Ces nouvelles attitudes de consommation se répandent vers les proches, attirés par plus de confort pour une culture de consommation de masse. Ce processus peut aussi se traduire par une frustration lorsque le désir d’imitation est freiné financièrement. Cette déception peut engendrer la violence, la délinquance ou la prostitution. b) La perversion touristique D’autre part, il a été observé qu’aux termes d’échanges mercantiles entre visiteurs et visités, les derniers trouvent de nombreuses et curieuses façons de satisfaire le visiteur afin qu’il sorte son portefeuille. Ainsi, des rites religieux sont célébrés chaque fois qu’un car de touristes passe et les habitations sont transformées en véritables musées où la plupart des objets traditionnels sont exposés. Les marchés locaux sont envahis d’artisanat suite à la chosification, tendance du touriste 55 CAZES GEORGES – op.cit. p 48 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 51 à ramener un souvenir de voyage comme le trophée des explorateurs d’antan. On assiste à une commercialisation des rapports humains. c) La commercialisation des rapports humains Dans les rapports entre visiteurs et visités, le premier verra une opportunité d’agrémenter son voyage par un échange, le second verra une source supplémentaire et ponctuel de revenu. Dans un lieu à forte fréquentation touristique, l’autochtone proposera de multiples objets à vendre. Ne trouvant rien à vendre, il peut détourner ces activités vers un côté plus obscur comme la mendicité, la délinquance, la drogue ou la prostitution déjà citées. Nous pouvons ici faire le rapprochement avec les Grands tours lorsque les gentlemans anglais se rendaient en Italie pour des aventures de nature triviales : « un pays principalement peuplé par des ducs déments, des cardinaux lascifs, des amants incestueux et de grandes courtisanes »56. Aujourd’hui certains tours opérateurs mettent en place des « sex tour » en Thaïlande notamment.57 Contrairement à des idées préconçues, le tourisme n’est pas systématiquement vecteur de développement. Il est souvent contrôlé par des entrepreneurs extérieurs et il a tendance à éradiquer toutes autres formes d’activités. Nous proposons une nouvelle gouvernance afin de changer son fonctionnement et d’atténuer ces effets néfastes. II – Un nouvelle gouvernance pour un tourisme vecteur de développement. Nous verrons les points clefs d’une nouvelle gouvernance pour un tourisme plus responsable, avec une diversification économique, une gouvernance locale et un management interculturel, nécessaire dans le cadre du tourisme international. 1) La diversification pour éviter la dépendance La dépendance est dangereuse, nous verrons pourquoi et comment intégrer le tourisme dans un système économique diversifié. 56 CAZES GEORGES – op. cit. p 48 – np 105 57 AMIROU RACHID, BACHIMON PHILIPPE, DEWAILLY JEAN-MICHEL, MALEZIEUX JACQUES, collectif d’auteurs – « Tourisme et soucis de l’autre » - éditions l’Harmattan – collection - 2005 - 368 page Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 52 a) Une dépendance touristique dangereuse58 Focaliser toute les activités sur le tourisme entraine un déséquilibre économique et socioculturel. La mono-activité incite les habitants à tous travailler dans le même domaine. Y aura-t-il du travail pour tout le monde ? Que se passera-t-il si cette activité s’arrête ? Le secteur touristique incertain, dépend de variables extérieurs comme la météo ou les tours opérateurs. Ces derniers peuvent orienter leur clientèle vers des destinations plus rentables, plus à la mode. Dans ce cas, la société d’accueil, ayant développé une mono activité touristique, subit la destruction de son économie locale. Afin d’éviter ce scénario dramatique, il est préférable d’inscrire le tourisme dans un système. b) Le tourisme dans un système Parmi différentes définitions du système nous en retiendrons une, correspondant à notre pensée. « Ensemble d'éléments considérés dans leur relation avec un tout fonctionnant de manière unitaire »59 L’idée d’unité est ici intéressante. Les éléments sont en interrelation et fonctionnent ensemble pour ne faire qu’un. L’intégration du tourisme dans un système revient à le transformer en un élément à part entière en lien et au même titre que les autres secteurs économique (industrie, agriculture). L’agri tourisme est un très bon exemple de l’intégration du tourisme dans un système, mais beaucoup d’agriculteurs ont progressivement glissé vers une mono activité touristique. Insérer dans un système global, l’industrie touristique peut être vecteur de développement sans risque de détruire un équilibre local tout en évitant le drame de la mono activité en difficulté. Pour les mêmes raisons, il est aussi préférable de diversifier les clientèles et les formes de tourismes associés. 58 LAURENT ALAIN – op. cit. p 35 BOUMEGGOUTI DRISS – Cours de géographie du tourisme – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 – UTM CETIA 59 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 53 Figure 1 : Principe pour l’organisation du tourisme facteur de de développement territorial Source : Pierre Torrente Dans l’optique de créer un tourisme vecteur de développement, d’autres enjeux sont importants tel que la gouvernance locale. 2) Une gouvernance locale. La gouvernance locale est primordiale afin d’éviter une dépendance aux acteurs extérieurs concentrateurs de capitaux et de pouvoirs. a) Une concentration des pouvoirs et des capitaux. 60. Aujourd’hui les villes du nord concentrent les pouvoirs et les capitaux, des territoires ne sont alors pas libre dans leur choix de développement. Les montagnes européennes, par exemple, ne peuvent se développer comme elles le souhaiteraient, la ville détenant le pouvoir économique imposant les plans d’aménagement. Une relation dominants/dominés s’instaure entre citadins et montagnards, la montagne souvent transformée en un immense parc d’attraction, la ville lui refusant le droit de se développer pour garder son côté authentique. La gouvernance échappe aux territoires montagnards, tout comme des pays en voie de développement où les capitaux du nord leurs dictent la manière de se développer. Quelquefois, ils cherchent même à s’en défendre : 60 BOUMEGGOUTI DRISS – op. cit. p 53 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 54 « Ne faites pas les mêmes erreurs que nous ». Une gouvernance locale permet aux populations d’être maitre de leur territoire et de leur choix de développement. b) Une gouvernance locale61 Léopold Mayer défini la gouvernance comme « l’art d ‘organiser et de gérer les sociétés, d’assurer la cohésion sociale, la justice, la paix, la diversité, l’épanouissement de chacun, la préservation des ressources, la préparation de l’avenir »62. Cette définition se rapproche du développement dans le sens où les ressources sont à préserver tout en assurant une cohésion sociale, le bonheur de chacun et un souci d’organiser l’avenir. La gouvernance locale reprend ces objectifs mais au niveau local avec un transfert de pouvoirs. Angelo Bonfiglioli des Fonds d’équipements des Nations Unies, définit la gouvernance locale comme « visant à transférer le pouvoir aux populations locales en vue de réaliser un développement économique et politique qui soit mené par la population elle-même et qui met l’accent sur la réduction de la pauvreté »63. L’objectif est de permettre aux populations locales de décider de leur développement même si elles emploient un avis ou une aide extérieur. c) Des interventions extérieures dans la gouvernance locale. Dans la définition d’Angelo Bonfiglioli la gouvernance locale vise à réduire la pauvreté. Cette dernière s’accompagne par définition d’un manque de moyens financiers, d’institutions, de scolarisation. A ce sujet, une aide financière spécialisée est orientée vers certains territoires en difficultés. Les coopérations décentralisées ou Organisations non Gouvernementales du nord, travaillant au sud, visent à aider au développement. Dans le cadre d’une gouvernance locale elles sont un appui, une aide financière ou technique auprès des populations locales. Dans le cas français, la coopération décentralisée oriente à 30% ces actions pour le développement dans les relations Nord-Sud. Elle se définit comme « Des opérations de coopération mise en œuvre 61 MAYER CHARLES LEOPOLD fondation pour le progrès de l’homme – « Synthèse du projet 2003-2010 » - document PDF – 2003 62 Ibidem – np 2 63 BONFIGLIOLI ANGELO – « Le pouvoirs des pauvres : la gouvernance locales pour la réduction de la pauvreté » document PDF des Fonds d’équipement des Nations Unies – Novembre 2003 – p 94 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 55 directement ou sous leur impulsion ou avec leur soutien, par des collectivités territoriales »64. Elle s’oriente principalement dans des échanges à caractère économique, culturel et technique. Les coopérations décentralisées ne sont qu’un exemple d’aides extérieures pouvant s’impliquer dans le développement. Elles soutiennent ainsi des populations dans leur gouvernance locale plaçant les acteurs en contexte interculturel. 3) Un management interculturel Dans le cadre de cette solidarité international, l’intégration de la dimension interculturelle dans la gouvernance locale est une action cohérente pour réduire des problèmes liés à des chocs culturels. Nous souhaitons donc revenir sur le management interculturel (étudié partie 1, chapitre 3) dans le cadre d’une gouvernance locale. a) Le management interculturel : essai de définition65 Le management interculturel est une réponse à ces enjeux. Il est le lien entre l’interculturalité et les stratégies de management mis en place par les organisations, adaptable aux modes de gouvernance. Il prend en compte les diversités culturelles dans les modèles de gestion d’équipe. Dans le cadre d’un projet touristique, fruit d’une gouvernance locale en coopération avec des organisations extérieures, le management interculturel peut être un outil efficace pour une prise en compte des différences culturelles entre les hommes. Les similitudes culturelles peuvent être prises en compte pour une organisation plus harmonieuse dans la gouvernance locale. En guise de rappel, nous pouvons citer le rapport au temps ou le rapport à la nature, les cultures féminines ou masculines et la notion de la proxémique culturelle. Il est aussi question de l’acceptation plus ou moins élevée du rapport hiérarchique, de la division entre la vie publique et privée ainsi que la projection des individus à court ou à long terme. Dans les sociétés occidentales, les réunions doivent être rapides et efficaces, durant le temps de travail. Dans certaines communautés d’Afrique, les réunions ont lieu à tout heure, le temps n’étant pas linéaire et la valeur travail n’existant pas, elles seront longues, basées sur une communication riche et implicite. 64 PETITEVILLE FRANCK – « La coopération décentralisée : les collectivités locales dans la coopération Nord-Sud » édition L’Harmattan – collection logique politiques – mai 2000 – 278 pages. 65 RABASSO CARLOS, RABASSO JAVIER – op. cit. p 18 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 56 Afin de comprendre certaines différences existantes dans les modes de fonctionnement des cultures, voici quelques exemples de management selon les grands airs culturels. b) Exemples de différents modèles de management Dans le modèle anglo-saxon, la loi de l’offre et de la demande prime, la société se compose donc des vainqueurs et des autres. Il faut être performant, individualiste. C’est la culture de la consommation de masse, le social est mis de côté. La communication est essentiellement écrite, formalisée et bureaucratisée. Le temps est le facteur principal de la société et de sa productivité. Dans le modèle latin, la logique de la performance et du profit est atténuée par des critères sociaux. Le succès et l’ambition personnels se mêlent à des valeurs anciennes, la culture d’entreprise trouve un équilibre entre le social et l’économique avec un chef paternaliste. Dans l’Europe de l’ouest, les valeurs slaves sont basées sur le modèle socialiste où la progression collective doit être la motivation principale. Avec la chute du bloc soviétique des économies parallèles se développent avec l’acceptation de la loi de l’offre et de la demande du commerce international. En Asie, les modèles de managements sont très différents selon les pays. La Chine a une stratégie militaire où les points forts sont utilisés contre les faiblesses des autres. L’entreprise est comme une famille où les objectifs sont compris, admis et partagés par tous. Le chef d’entreprise doit avoir un grand savoir et doit être ferme, il prend des décisions intuitives et autoritaires. Le Japon a un modèle similaire, mais la hiérarchie est encore plus poussée, elle est l’essence même de la compétitivité japonaise mais assure la sécurité de l’emploi. Le modèle coréen quant à lui est caractérisé par un chef d’entreprise paternaliste prenant la plupart des décisions. Le système de valeur est basé sur le Yin et le Yang où l’importance inconditionnée du groupe s’appuie sur la confiance réciproque. C’est une recherche de l’harmonie dans le groupe. Le modèle indien s’en rapproche car les valeurs indiennes (bien que complexes et variées) sont orientées vers le spirituelle, le cosmique, le social et l’humain et donc vers des valeurs collectives. Cependant le pouvoir est très hiérarchisé, le modèle de management étant basé sur les castres avec une segmentation sociale forte. Nous distinguerons deux principaux modèles en Afrique : musulman et d’Afrique noir. Le modèle musulman reflète les quatre niveaux d’existences du monde musulman : l’intérêt personnel, des Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 57 règles de conduites comportementales strictes, avoir conscience du bien et mal et être en harmonie avec les besoins essentiels à la vie. Le mode de management exclu l’incertitude et la pratique d’une stratégie adaptée avec l’usage du marchandisage. Il n’y a pas de modèle pour l’Afrique noir car les sociétés sont très variées. Il existe cependant des facteurs communs comme le facteur communautaire impliquant la notion de solidarité et de cohésion sociale. La communication riche et informelle, rend la parole sacrée, facteur d’hospitalité, offrant des qualités d’intégration et d’adaptabilité aux travailleurs et à l’organisation. Le mode de gouvernance participe à la mise en place d’un tourisme vecteur de développement et de son suivi, par une gestion locale intégrant un management interculturel afin de gérer une dimension internationale. Mais est-ce suffisant pour une activité responsable et pérenne ? Le tourisme est un secteur économique particulier puisque le client vient sur le territoire. Partant de ce postulat, d’autres difficultés entrent en jeux, ce qui nous amène à réfléchir sur les limites de notre approche. III- Limites de la nouvelle gouvernance. Des problèmes peuvent échapper à cette nouvelle gouvernance dans le cadre d’une industrie touristique proposant des rencontres interculturelles pour un tourisme plus humain et éthique. Quelles sont les limites d’un tourisme cherchant à développer des échanges entre touristes et autochtones ? 1) Un tourisme plus humain ? Les échanges interculturels favorisent un tourisme plus humain. Est-ce une réalité universelle ou une façon de se donner bonne conscience ? Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 58 a) Les inégalités touristiques en parallèles avec celles du monde « L’inégalité du voyage rappelle celle du monde » 66. En d’autres termes le tourisme participe à l’inégalité entre les pays riches et les pays pauvres. Il change la vie des autochtones dans le cadre de la mondialisation et de sa modernité. Le tourisme s’intègre à une société planétaire de domination du nord au sud. A l’inverse des grands groupes industriels s’appropriant les ressources des zones pauvres, le tourisme peut jouer un rôle pour préserver la diversité et lutter contre une mondialisation associant le développement à la modernité, dans la mesure où les clients se rendent sur le territoire d’accueil. « Le tourisme équitable, solidaire, durable ou autre avatar, vient panser les plaies, ce qui est une bonne chose, sans néanmoins jamais guérir la maladie »67. b) De quel tourisme parle-t-on ? Les nouvelles formes de tourisme veulent générer du développement dans le territoire d’accueil. Elles sont génératrices d’échanges entre visiteurs et visités, font valoir une éthique du voyage. On remarque cependant que les termes associés au tourisme durable (solidaire, responsable…) sont utilisés par les grandes firmes du nord, pour des raisons commerciales perdant ainsi leur sens initial. Elles contribuent néanmoins à une réflexion sur un tourisme plus responsable, moins destructeur des territoires d’accueil. Dans les tourismes alternatifs, où gouvernance locale et système sont associés, d’autres problèmes peuvent subvenir entrainant l’échec du développement souhaité. c) Un nouveau tourisme moral ou néocolonialiste Le tourisme a un aspect moral dans ses formes durables après une histoire lourde dans les rapports nord sud. Les échanges avec les populations locales ne sont cependant pas égalitaire systématiquement. « On m’avais demandé de distribuer des bonbons. Les enfants se sont mis devant moi pour la distribution. J’avais l’impression d’être dans un zoo et de distribuer des cacahuètes… Je n’ai pas du tout aimé, je me sentais vraiment mal à l’aise »68. Franck Michel rappel à se sujet que l’ethnotourisme, (étudié dans le deuxième chapitre de notre première partie), peut être analysé comme une manière plus rentable d’utiliser les populations locales, et surtout plus à 66 FRANCK MICHEL – op. cit. p 28 67 FRANCK MICHEL – « Tourismes et identités » - éditions l’harmattan – 2006 – 217 pages 68 Annexe n°6 - Entretien avec M.Y voyageuse Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 59 la mode. La gouvernance locale a alors un rôle à joué important en impliquant les populations en instaurant par exemple des « Démocraties participatives ». Nous retiendrons qu’un tourisme vecteur de développement est aussi un tourisme conscient des inégalités nord sud cherchant avant tout à être responsable. Des inégalités peuvent cependant apparaitre au sein de la population locale. 2) Recherche de profit et jalousie Les habitants, en contacts avec les touristes, bénéficient de plus de profit, des jalousies au sein du village ou entre villages peuvent subvenir. a) Une concurrence et une jalousie dans le voisinage69 Lorsqu’un village monte un projet de tourisme solidaire, des jalousies surgissent quelquefois entre les habitants. La famille avec la plus belle maison, la plus grande et la mieux décorée va pouvoir accueillir les touristes voyageurs. Même si le projet de tourisme profite à toute la communauté, les relations avec les visiteurs vont être plus fortes avec la famille qui accueille, les guides et autres personnes en contact parlant la langue. D’autre part, jusqu’où les retombées du tourisme doivent-elles aller ? Le village de Keur Samba Yacine au Sénégal a développé une forme de tourisme durable afin de financer un centre de santé. Les villages voisins souhaitent également profiter de ce centre. Le comité de gestion du tourisme s’est donc agrandi aux villages alentours, mais d’autres plus éloignés voudraient également participer et ainsi de suite… b) Une recherche du profit, soucis économique individuel La jalousie peut aussi conduire à une recherche de ressource pour un développement personnel. 69 Livre Blanc rédigé par les étudiants de Master 2 « Ingénierie de projets avec l’Amérique Latine » - « Voyager responsable en Amérique Latine » - 2011 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 60 « Un autre élément auquel il faut faire attention c’est le fait qu’un touriste qui reste longtemps dans un village commence à avoir des relations sentimentales avec un membre. C’est très délicat parce qu‘après, quand une autre fille va venir, les gens peuvent se représenter les touristes comme une opportunité à avoir des relations sexuelles ou des bénéfices économiques ».70 Même dans le cadre d’une gouvernance locale efficace, comment empêcher une personne d’obtenir des ressources personnelles au sein du projet communautaire? « Il y a certaines personnes qui veulent faire payer 5$ chaque touriste pour passer, c’est beaucoup compte tenu du fait que l’entrée du parc coûte déjà 5$ ».71 CONCLUSION DU CHAPITRE I : Le tourisme de masse provoque des désastres dans les milieux d’accueil au niveau économique, écologique ou socioculturel. Des modes de gouvernance peuvent réduire ces risques dans la mesure où le tourisme est intégré dans un système économique dans un contexte de gouvernance locale. Des aides extérieures sont souvent mises en place dans le cadre d’Organisations Non Gouvernementales ou de coopérations décentralisées. Dans ce cas, un management interculturel appliqué à la gouvernance locale est nécessaire afin d’optimiser les contacts avec les entités extérieurs. D’autres problèmes se posent cependant afin que le tourisme soit vecteur de développement. Une prise de conscience des inégalités nord sud peut permettre un tourisme plus responsable. D’autre part, la jalousie entre les habitants pouvant survenir envers ceux ayant des contacts favorisés avec les visiteurs, déclenche une recherche du profit personnel, devant être canalisé par les autorités locales. D’autre part, sans compréhension mutuelle entre le touriste et l’habitant, une marchandisation de la culture et des échanges empêchent un développement correct dans le cadre de cette nouvelle gouvernance. 70 Livre blanc – op. cit. p 60 – p 69 71 Ibidem np70 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 61 CHAPITRE II : Pour une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges La marchandisation de la culture est une mise en scène de la culture d’accueil afin de satisfaire la clientèle touristique. Nous souhaitons nous interroger sur ce phénomène, l’interculturalité étant au cœur de ce développement artificiel. Quelles sont les causes d’une marchandisation de la culture et des échanges par le tourisme ? Quels sont les enjeux d’une marchandisation raisonnée et quelles places tiennent les échanges interculturels dans ce phénomène pour le développement des territoires d’accueil ? I- Un engouement pour les cultures autochtones : les raisons d’une marchandisation Dans un contexte de globalisation financière, le jeu de l’offre et de la demande fonctionne. Que recherche la demande et que recherchent les offrants ? 1) Recherche de l’authentique dans les voyages La demande pour la plupart du temps occidentale est en recherche d’authenticité tournée vers un passé oublié. a) Recherche d’un tourisme de friche Philipe Bachimon72 analyse un nouveau tourisme moderne : le tourisme de friche. Les touristes recherchent une culture et une façon de vivre semblable à celle leurs ancêtres et donc apprécient des séjours en espace rural. 72 AMIROU RACHID, BACHIMON PHILIPPE, DEWAILLY JEAN-MICHEL, MALEZIEUX JACQUES, collectif d’auteurs – « Tourisme et soucis de l’autre » - éditions l’Harmattan – collection - 2005 - 368 pages Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 62 Grâce au voyage à l’étranger, ils peuvent visiter des sociétés dites traditionnelles, représentatives d’un passé recherché, d’un savoir perdu des sociétés modernes. Des sociétés d’Afrique ont développé des formes d’adaptations et de connaissances de la nature, séduisantes pour une population occidentale. Naît alors la notion d’authenticité, la recherche d’un passé encore animé. b) Visite dans le passé, l’exotisme moderne dans un patrimoine immatériel du passé.73 Cette quête d’authenticité ne cherche pas à comprendre une culture mais à revivre son passé, alimenté de stéréotypes d’origines diverses. Le visiteur ne voit plus le présent et les réalités du pays d’accueil. Le voyage touristique ne fait alors que confirmer des clichés. L’authenticité et l’exotisme peuvent être synonymes, le voyageur cherchant à s’étourdir de l’ambiance, des coutumes et des spectacles vivants. Les communautés d’accueil figent une culture par définition évolutive cherchant à satisfaire cette demande. Face à cette recherche d’authenticité, la population locale cherche à répondre à cette demande afin d’améliorer ses revenus. 2) Une réponse à la demande. Les sociétés traditionnelles ont intégrées certains traits culturels de la culture occidentale, sollicité par une demande d’authenticité ces populations deviennent hybrides. a) Acculturation de la culture dominante74 Les habitants des pays d’accueil visités vivent, ou ont vécu, un processus d’acculturation. Des pays, victimes de la colonisation ont effectué un processus d’acculturation par réappropriation. Ils adoptent certains traits culturels des anciens colons comme faisant partie de leur histoire. D’autres populations confrontées au tourisme glissent vers un processus de décentrement où une culture plus faible adopte les traits d’une culture plus forte. 73 FRANCK MICHEL – op. cit p 28 74 CAZES GEORGES – op. cit p 48 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 63 Que se soit par décentrement ou par réappropriation, ces sociétés dites traditionnelles sont plus ou moins acculturées et touchées par la consommation de masse. Face à de nouveaux besoins, les habitants vont chercher à satisfaire la demande pour augmenter leurs ressources économiques. b) Adaptation à la demande75 Il se créé des sociétés à double visage, les populations visitées, dans un souci d’authenticité, mettent en scène le passé pour des touristes occidentaux, afin d’être en mesure de consommer des produits du nord. Les fêtes, les rites, les coutumes se transforment en marchandises touristiquement consommables adaptées à la vision occidentale. Dans la zone de Saint Martin de los Andes, au sud en Amérique Latine, des habitants Mapuches ont obtenu un financement international pour développer « la stratégie Mapuche du tourisme ». Un camping c’est alors développer sur le thème d’un « camping rustique » visant une clientèle assez jeune. Lorsqu’un contrôle fût effectué pour évaluer le projet, les hauts fonctionnaires argentins cherchèrent les plumes, les pagnes et des lances afin de répondre à une clientèle internationale en quête d’exotisme, non conforment au passé des Mapuche. Les habitants de sociétés traditionnelles sont occidentalisés par acculturation plus ou moins forte, attirés par une culture de la consommation de masse synonyme de confort. Ils répondent à une demande d’authenticité conforme à des stéréotypes, véhiculés dans le monde grâce à différentes catégories d’acteurs. 3) Promotion des cultures traditionnelles dans le monde Médias, acteurs privés et immigrants jouent un rôle primordial dans l’industrie du tourisme. 75 MONICA LACARRIEU – document PDF – « Touristes et non touristes dans le monde de l’interculturalité un regard à partir du patrimoine immatériel » - 2006 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 64 a) Rôle des médias76 Les médias, intermédiaires importants, montrent du rêve à une société occidentale ne demandant qu’à s’évader le temps de leurs vacances. Ils choisissent certains traits culturels des populations d’accueil en les mettant en scène dans des magazines, livres ou documentaires magnifiques. Des populations dans des lieux intouchés vivant en harmonie avec la nature perpétuent le mythe de l’authenticité. b) Rôles des Tours opérateurs et acteurs privés Les tours opérateurs, agences de voyages, hôteliers ou agence réceptives locales, jouent un rôle mercantile dans l’industrie touristique, influençant les stéréotypes. Les médias montrent du rêve, ces acteurs privés le vendent. Il est alors compréhensible qu’ils conservent les attentes des touristes en termes de traditions et valeurs passés. Ils jouent donc un autre rôle que les médias en poussant parfois la population locale à montrer aux touristes se qu’ils sont venus chercher. c) Rôles des immigrants77 Les immigrants peuvent influencer les stéréotypes en réadaptent leur culture d’origine à leur culture d’accueil. Grâce à ces populations, qui ont importé leurs cultures, leurs fêtes, leurs pratiques, leurs rites ont lieux dans plusieurs endroits du monde. Ce « patrimoine décentralisé » continue à vivre dans le monde même s’il a disparu dans son territoire d’origine par une mémoire de la perte. Les touristes vont dans le territoire d’origine retrouvées ces patrimoines décentralisés, parfois transformés. La marchandisation de la culture est la conséquence de cette demande d’authenticité imaginée et promue dans le monde entier, mais la folklorisation de la culture est dangereuse pour le développement des territoires d’accueil. 76 CHASSANIOL ESTELLE - sous la direction de madame LAURENCE TIBERE - « L’interculturalité, le rapport visiteur/visité : comment développer le tourisme sans pour autant bouleverser les identités et les cultures locales ? » - Mémoire de master 1 Tourisme et développement, université Toulouse II le Mirail, Le CETIA, site de Foix, année 2007-2008. 77 MONICA LACARRIEU – op. cit. p 64 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 65 II – La folklorisation : danger pour le développement dans des échanges faussés. Modifiant les cultures d’accueil, le tourisme met en danger les sociétés locales et leur territoire. Quelles sont alors les enjeux d’une marchandisation de la culture ? Nous définirons d’abord la folklorisation, rencontres déguisées et échanges faussées, pour expliquer ensuite le danger pour le développement du territoire d’accueil. 1) La folklorisation La « folklorisation » est entendue comme un « processus d’expropriation-appropriationtransformation »78, se concrétisant par la muséification, la vente d’objets traditionnels et la mise en scène des fêtes traditionnelles. a) La muséification79 Au nord de la Chine, l’avantage de faire plusieurs enfants est donné à des minorités. Les raisons sont d’ordre commercial, ces minorités sont une richesse culturelle pour l’industrie touristique chinoise. Des villages entiers sont crées de toutes pièces, ce sont des villages modèles où une « vie traditionnelle » est recréé. La population ne vivant pas sur place travaille dans une mise en scène de vie « authentique » lorsque les touristes arrivent. La muséification consiste donc à figer le temps dans un quartier ou un village mais aussi d’une maison, celle destinée à accueillir le visiteur. Le touriste obtient une confirmation des stéréotypes d’une « maison traditionnelle » ou d’un « village traditionnel ». 78 EMANGET MAGALI – document PDF – « Tourisme à géométrie variable en terre indienne : l’exemple des indiens aztèques, Oaxaca, Mexique » 79 « Un bon chauffeur est un chauffeur heureux » - site Leposte.fr dans la rubrique article http://www.lepost.fr/article/2010/08/03/2172872_un-bon-chauffeur-est-un-chauffeur-heureux.html - site visité le 16/04/2011 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 66 b) Les objets traditionnels vendus aux plus offrants80 La muséification est souvent jumelée avec un artisanat local basé sur des valeurs religieuses inventées ou perdues. Le film documentaire de Dennis O’rourcke « Canibal Tour » montre un village où les habitants exposent des objets autrefois utilisés dans les pratiques religieuses, aujourd’hui dans les pratiques commerciales. Les populations locales revêtent également leurs vêtements traditionnels. Les pulls ou tee-shirt sont laissés au vestiaire et les coiffes, tissus, robes, tuniques sont misent en avant pour épater les visiteurs. Les vêtements de fêtes par exemple vont être utilisés tout les jours et dans certains cas le visiteur appréciera le rite ou la fête traditionnelle quelque soit le jour de sa venue. c) Folklorisation des rites et fêtes traditionnelles.81 La folklorisation consiste à mettre en scène les fêtes et les rites traditionnels dans l’esprit d’une pièce de théâtre effectuée à l’attention des touristes. A l’inverse d’un spectacle qui n’est ni une comédie, ni un drame mais une culture bien réelle, boussole d’une société. Le Pachamama, célébré au nord ouest de l’Argentine, est une offrande à la terre Mère effectuée, au départ, par peu d’individus ayant la connaissance des savoirs traditionnels. Aujourd’hui on célèbre des « Pacha » de partout dans le nord de l’Argentine. Les voyageurs empruntant le « train des nuages » stoppant à l’arrêt de San Antonio de los Cobres peuvent voir les habitants effectuer le culte de la Terre Mère directement sur le quai et chaque fois qu’un train s’arrête. Dans cet esprit, le natif devient un « touree », acteur mettant en scène sa propre culture à des fins mercantiles. La folklorisation est une expropriation de la culture initiale, une appropriation d’une nouvelle culture conforme aux stéréotypes, une transformation de la culture d’origine. Les rencontres sont alors déguisées, les échanges faussés. 80 DENNIS O’ROURKE – op. cit. p 17 81 MONICA LACARRIEU – op. cit. p 64 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 67 2) Des rencontres déguisées, l’exotisme à tout prix Les rencontres entre ces nouveaux acteurs et spectateurs s’effectuent sous le jeu de l’exotisme, avec une sécurité optimale et parfois une hospitalité brimée dans une marchandisation des rencontres. a) L’exotisme à tout prix82 L’exotisme est au cœur du problème de la marchandisation dans le tourisme. Le touriste recherche une authenticité, un passé nourrit de stéréotypes, finalement un exotisme lointain, inaccessible, un rêve qui une fois atteint, disparait. Il n’est donc pas conseillé d’ouvrir les yeux dans une quête de l’exotisme à tout prix car les rêves s’envoleraient rapidement. Ainsi, le touriste refuse que l’Autre (la population visitée) ait pu changer et enferme le territoire d’accueil dans un regard voilé par l’exotisme. Finalement, l’exotisme rend aveugle mais la satisfaction du client en dépend souvent. De ce constat une rencontre réelle ne peut avoir lieux ! A la recherche d’exotisme s’additionne un besoin de sécurité. b) Une satisfaction et une sécurité optimale83 Comment définir un vrai échange ? Selon Jean Chesneaux, les rencontres entre visiteurs et visités sont soigneusement préparées. Dans ces conditions les réactions ne sont pas naturelles, d’un côté, comme de l’autre. La rencontre naturelle, et non attendue, ne peut pas être provoquée. Ces rencontres sont difficiles dans l’industrie touristique où tout est préparé pour satisfaire le touriste en garantissant sa sécurité. Un échange imprévisible dans un univers culturel inconnu n’est pas concevable pour le touriste soucieux de sa sécurité. Certaines autorités peuvent à l’inverse considérer le touriste comme hostile à la population locale. On assiste alors à une hospitalité brimée souvent par les autorités des états totalitaires. 82 FERNANDEZ BERNARD – « Identité nomade » - édition Economica – collection De l’Exploration interculturelle et Science Sociale – Paris 2002 – 277 pages. 83 CHESNEAUX JEAN - op. cit. p 29 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 68 c) Une hospitalité brimée84 L’hospitalité brimée est le résultat d’un accueil faussé. L’hôte est préparé à accueillir, l’étranger est surveiller pour éviter tout contact avec la population local. Les relations sont officielles même si elles semblent prendre d’autres aspects plus naturels. C’est le cas notamment en Corée du Nord, dans la Chine communiste à la fin du 20ième Siècle ou durant la dictature de Franco près de Cadiz. Lorsqu’un un voyageur intrépide entreprend de rencontrer les habitants du pays, la peur et l’angoisse, plus présentes dans un contexte de « guerre froide », bloquent la curiosité et l’échange. La folklorisation fige la culture dans le passé et bloque une communication réciproque entre touristes et natifs dans une marchandisation des rencontres et des échanges, dangereuse pour le développement local. 3) Danger de la marchandisation de la culture Cette marchandisation, dangereuse pour les identités, conduit à un rejet du tourisme ou à un frein de développement du territoire en le figeant dans un passé artificiel. a) Le rejet du tourisme par les populations locales Dans « un énorme supermarché de loisirs nomades »85, les populations locales refusent d’exposer leur culture pour une consommation touristique. Elles rejettent ainsi le tourisme pour protéger leur identité. Un village au nord du Brésil près de Salvador, ayant observé les dégâts du tourisme sur le village voisin, a rejeté cette activité de son territoire. Les coutumes locales sont alors protégées par ce mécanisme de défense anti-tourisme. Dans d’autre cas, seulement une partie des natifs rejette le tourisme, des conflits d’intérêts, des situations de violence et de délinquance éclatent. Les habitants peuvent aussi jouer le jeu de la folklorisation et figer leur culture dans une authenticité artificielle. 84 FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64 85 FRANCK MICHEL – op. cit. p 28 – np 183 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 69 b) Un territoire figé dans une authenticité artificiel L’authenticité recherchée, amène une culture, par définition évolutive, à être réinventée puis figée dans le temps. Comment dans un tel contexte le tourisme pourrait-il être vecteur de développement ? Le développement est une évolution vers une situation meilleure, il ne peut être associé à une culture figée, une situation artificielle fixée dans un temps révolu. Dans la marchandisation de la culture et des échanges, les rencontres n’existent pas, le développement non plus. La compréhension et le respect entre touristes et habitants sont exclus, le visiteur ne maitrise pas son impact, il n’est pas un acteur conscient du territoire d’accueil. III- Importance des échanges interculturels équitables. Les échanges interculturels peuvent participer à conscientiser le touriste sur son impact dans le territoire d’accueil. Le visiteur devient alors responsable, participant à la valorisation de la culture permettant au tourisme d’être vecteur de développement. 1) Des échanges interculturels équitables Les échanges équitables nécessitent une disposition à communiquer dans un contexte interculturel où l’hospitalité est désirée des 2 côtés. a) La notion d’équité et d’échanges équitables Dans un rapport voyageur / habitant, une envie mutuel de se rencontrer peut exister, mais l’incompréhension culturel et la méfiance peuvent s’installer. Franck Michel souligne que « l’intérêt commun consisterai (autant pour les hôtes que pour les visiteurs) à s’interroger non plus sur le pourquoi mais sur le comment de la diversité humaine »86. Dans des rencontres équitables, le visiteur comme le visité cherche à comprendre les similitudes entre les peuples, plus rassurantes que les différences. Cette recherche est accompagnée d’une réelle curiosité sur la diversité humaine. Ces rapports sont possibles lorsque l’aspect mercantile est écarté et que la 86 FRANCK MICHEL – op. cit. p 28 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 70 barrière de l’exotisme est levée. Une prédisposition du voyageur est nécessaire pour ces rencontres équitables. b) Prédisposition du voyageur/touriste87 Le voyageurs, visiteurs ou touristes, quelque soit ses motivations ne peut déclencher une rencontre sans un état d’esprit particulier. Bernard Fernandez soulève la théorie d’un état d’esprit du voyage qu’il qualifie du « tout est bon ». Dans cette approche, l’exotisme n’est pas nécessairement négatif, stimulant l’imagination. Lorsque le voyageur est suffisamment curieux pour aller vers l’Autre, une ouverture d’esprit lui permet de lever le voile de l’imaginaire. La peur peut cependant apparaitre, accompagnant la découverte d’une culture inconnue. La peur rendant agressif et freinant l’action, doit être écartée pour une rencontre interculturelle. Le besoin de se frotter à l’altérité travaille contre l’angoisse et les peurs. Le touriste/visiteur prédisposé à devenir hybride grâce à « l’esprit du voyage »88 est prêt à accepter une hospitalité favorisant des rencontres égalitaires. c) Une nouvelle hospitalité89 L’hospitalité permet d’effacer les barrières culturelles. Le statut d’hôte donne une aura protectrice. Dépassant les frontières, tous les peuples ont la connaissance de ce « don universel » sous la triangulaire maussienne « Donner, recevoir et rendre ». L’hospitalité peut être un moment simple comme se voir offrir une tasse de thé mais c’est dans tous les cas une expérience forte transportant les individus. L’hospitalité rend un rêve lointain et inaccessible à proximité, la rencontre devient alors possible car l’exotisme s’estompe. L’hôte et le visité se prêtent une attention particulière pas nécessairement basée sur une différence attirante, mais plus sur leurs ressemblances. Dans ces conditions les échanges et rencontres interculturelles peuvent participer à la valorisation de la culture d’accueil favorisant la création de projet de développement. 87 FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64 88 FRANCK MICHEL – op. cit 28 89 FERNANDEZ BERNARD – op cit P 64 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 71 2) Valorisation de la culture locale et développement Les échanges interculturels ont une importance primordiale pour une marchandisation raisonnée de la culture favorisant la création de projet de développement grâce à une valorisation culturelle. a) Importance des échanges interculturels pour une marchandisation raisonnée « Ainsi, il semble que pour éviter ces dérapages, l’essentiel réside dans l’esprit dans lequel se construit et se déroule l’échange. Il peut devenir au contraire un temps fort de la rencontre s’il est fondé sur le respect et la volonté de comprendre » 90 Rym Ben Younes explique ici que les échanges équitables augmentent les chances d’une marchandisation plus raisonnée, contribuant à un tourisme respectueux, plus équitable et réduisant la folklorisation91. Ces rencontres peuvent alors permettre à la population locale de prendre conscience de l’intérêt de leur propre culture. b) Valorisation de la culture locale92 Geneviève Clastres explique que le tourisme peut parfois permettre de valoriser les cultures locales, les anciens devenant des relais pour enseigner les traditions aux plus jeunes. Dans un village au Mexique, les habitants ont pris conscience de leur propre manière de vivre grâce aux regards des Autres. Ils ont également perçu les conséquences des modes de vie des sociétés modernes surtout en terme environnemental. Une tradition ancestrale sur la médecine par les plantes a été valorisée avec un réapprentissage des plantes médicinales à l’école et une valorisation du rôle des grands parents porteurs de connaissances93. Des projets de 90 RYM BEN YOUNES - Archi-Mag - http://www.archi-mag.com/essai_35.php - magazine d’architecture en ligne « tourisme et folklorisation » - site visité le 16/04/2011 91 ONGHENA YOLANDA – document PDF tiré du magazine société et culture, dialogue culturel - « Tourisme et interculturalité » - 2003 92 FRANCK MICHEL – op. cit. p 28 93 CHASSANIOL ESTELLE – Chargé d’étude pour la mise en place d’un label – Entretien effectué le 7 janvier 2011 à Foix annexe Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 72 développement naissent alors de cette prise de conscience sous le joug d’une dynamisation du territoire vécu et apprécié. c) Mise en place de projets par la population locale94 La valorisation de la culture locale motive les natifs à s’impliquer dans la vie, l’aménagement, le développement d’un territoire vécu au quotidien. Dans notre exemple de l’Equateur, les habitants du village ont mis en place des projets pour l’utilisation des plantes, améliorant leur qualité de vie ainsi que leur paysage quotidien. La population locale a ainsi crée un jardin des plantes, une pharmacie spécialisée dans les plantes médicinales…. La population locale a orienté le tourisme dans cette direction créant un lien fort entre sa culture et sa valorisation. La valorisation culturelle dans une marchandisation raisonnée de la culture permet le développement. Dans cette optique les nouvelles formes de tourisme essaient d’écarter toutes traces de folklorisation et de marchandisation des échanges. 3) Vers une non marchandisation de la culture : imagination ou réelle ? Des textes internationaux et le tourisme durable éradiquent la marchandisation de la culture dans leurs activités, est-ce vraiment possible ? Il s’agit aussi de montrer qu’une marchandisation raisonnée est positive. a) Pour une non marchandisation de la culture : réactions des organisations internationales : La culture devenue consommable est exposée à la vente internationale, mise sur le marché livré à la loi de l’offre et de la demande. Plusieurs textes internationaux condamnent la marchandisation de cette culture. La charte de l’UNESCO concernant le patrimoine immatériel interdit la marchandisation de la culture. L’Organisation Mondiale de la Francophonie (sous le joug de 94 CHASSANIOL ESTELLE- op. cit. p 72 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 73 l’UNESCO) dénonce également ces pratiques marchandes notamment lors de « La journée mondiale de la diversité culturelle »95. Des instances comme l’UNESCO condamnent la marchandisation culturelle, mais est-ce possible d’éliminer cette dernière dans le cadre de l’industrie touristique ? b) Une marchandisation raisonnée dans les nouvelles formes de tourisme96 La motivation poussant à rencontrer les populations locales est nourrit par la curiosité de découvrir une culture. Le voyage est donc bien la vente d’une expérience culturelle où des échanges, équitables, permettent la découverte de la culture de l’Autre. Les nouvelles formes de tourisme, créer une situation favorable à la rencontre interculturelle participant à la valorisation de la culture et au développement, donc à une marchandisation de la culture raisonnée. D’autre part, nous pensons possible une ouverture d’un dialogue entre populations du sud et du nord grâce aux échanges équitables du tourisme. c) Une nouvelle communication nord/Sud. L’industrie exporte ces produits, le tourisme importe ses clients pouvant faire croire à une néocolonisation touristique. Dans une mondialisation bipolaire contrôlée par les pays du nord, le tourisme s’inscrit dans une domination nord /sud. Des échanges équitables possibles entre les populations permettent cependant de croire à une nouvelle communication grâce au tourisme, dans le cadre d’une gouvernance locale et d’une marchandisation raisonné de la culture. Les échanges interculturels équitables jouent alors un rôle important pour une communication et une meilleure compréhension entre les peuples. 95 ABDOU DIOUF – Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie – « Journée mondiale de la diversité culturelle » - Le 22 mai 2003 – Paris 96 FRANCK MICHEL – « Tourismes et identités » - éditions l’harmattan – 2006 – 217 pages Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 74 CONCLUCION CHAPITRE II : La marchandisation de la culture est très présente dans le tourisme. Elle est le fruit d’une demande en quête d’authenticité et d’offrants recherchant le profit économique. Des images sont véhiculées par les médias, les tours opérateurs ainsi que les immigrants participants à la conception de stéréotypes occidentalisés. Cette marchandisation est matérialisée par la folklorisation des rites et coutumes des cultures locales, favorisant des rencontres déguisées, et figeant la culture d’accueil dans un passé imaginaire. Le tourisme peut cependant favoriser une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges en favorisant des rencontres équitables entre touristes et natifs. Les relations interculturelles valorisent ainsi la culture locale favorisant la mise en place de projet de développement par les habitants. Les nouvelles formes de tourisme pratiquent la marchandisation raisonnée de la culture et des échanges, favorisant les rencontres, outils de communication entre les peuples et prémices d’une éducation interculturelle. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 75 CHAPITRE III : L’éducation interculturelle par le voyage et le tourisme pour des pratiques plus responsable. Les voyages ont encore un rôle éducatif comme c’était le cas au 18ième siècle par frottement avec l’altérité. Le concept des grands tours se transforme en une notion moderne d’éducation interculturelle par les voyages. Nous entendons « éducation » au sens large, dans un cadre formel et informel. Dans ces conditions, nous étudierons aussi l’éducation interculturelle dans son contexte éducatif scolarisé pour ensuite démontrer l’utilité des voyages, dans le processus de cet apprentissage. Quel est le rôle des échanges et des rencontres pour une éducation en immersion efficace ? Comment peuvent-ils participer à des voyages plus responsables ? Quelles sont les limites de cette éducation dans des séjours touristiques courts ? I- L’éducation interculturelle : une définition. Nous définirons d’abord l’éducation interculturelle dans un cadre formel puis dans un cadre non formel dans lequel elle se développe aujourd’hui. Nous verrons ensuite le processus d’une éducation interculturelle par le Modèle de Développement de Sensibilité Interculturelle (MDSI). 1) Education interculturelle : concept et définition : Il s’agit en priorité de définir ce nouveau concept replacé dans son histoire, son évolution et ses variantes dans le cadre scolaire. a) D’une éducation multiculturelle à une éducation interculturelle97 L’éducation interculturelle est précédé de l’éducation multiculturelle de la même façon que « l’interculturel » fut précédé du « multiculturel » née aux Etats-Unis. Le caractère d’une société plurielle amène l’état fédéral à adapter une éducation pour une intégration mieux adaptée à des groupes ethniques ou religieux différents. Le contexte socio-économique laisse en effet 97 ième A. PRETCEILLE MARTINE – « L’éducation interculturelle » - collection Que sais-je ? – 3 Paris – 122 pages. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN édition PUF – Janvier 2011 – 76 apparaître des sociétés multiculturelles, jeu de l’immigration humaine. La question d’une éducation adaptée à ces changements se pose alors pour apprendre à vivre ensemble. L’éducation multiculturelle présente cependant des failles. La notion du « multiculturel » ne met pas en interaction les individus de cultures différentes. On parle de particularisme menant souvent au phénomène de discrimination, dans une vision unidimensionnelle orientée uniquement sur les différences. Les relations et le phénomène d’acculturation ne sont pas représentés, on parle alors d’universalisme. b) L’éducation interculturelle : concept, essaie de définition L’universalisme est un concept clef pour définir la diversité comme une richesse tout comme la pluri-appartenance. L’éducation multiculturelle glisse alors vers une éducation interculturelle acceptant les relations et interactions entre les individus de groupes culturels d’origines différents. « Il s’agit de prendre des mesures en faveur d’une interprétation entre toute les cultures, permettant de mettre le multiculturel en mouvement tout en veillant à ce que les identités spécifiques de chacune des cultures ne soient pas gommées. »98 Il est donc question d’aider le phénomène d’acculturation dans une vision positive de l’interculturalité, source de richesse et de créativité. L’éducation interculturelle bouscule les méthodes d’enseignement traditionnel. Ces dernières sont dictées par un enseignement par le haut où le maître détenant le savoir, le transmet à l’élève, récepteur passif. Pour une éducation interculturelle, l’introduction de la didactique est nécessaire pour une réflexion en amont sur la méthode pédagogique à adopter. Un système est établi sous forme d’un triangle didactique reliant l’élève, le maître et le savoir. L’interaction entre les trois est alors plus forte et tous sont acteurs, donc responsables de l’apprentissage.99 98 A. PRETCEILLE MARTINE – op. cit. p 76 - np 85 99 ESOH ELAME, JEAN DAVID – « L’éducation interculturelle pour un développement durable » - édition Publibook – collection Science humaines et sociales – avril 2008 - 143 pages Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 77 c) Une éducation civique100 Par son fond et dans sa forme, l’éducation interculturelle est une éducation civique. Asoh Elame et David Jean définissent cette dernière comme « une démarche éducative visant la promotion de valeurs permettant de vivre ensemble dans une société démocratique, multiculturelle, orientée vers l’interculturalité et ouverte sur le monde »101. La démarche d’une éducation civique dans des sociétés multiculturelles est donc importante, des valeurs démocratiques et communes sont instaurées en gardant une richesse grâce à une diversité créatrice. L’éducation civique et interculturelle se rejoignent ainsi. L’école a un rôle important à jouer dans une éducation interculturelle, éducation aussi civique. Le système est cependant orienté vers les méthodologies traditionnelles du haut vers le bas. L’éducation interculturelle est aujourd’hui essentiellement présente dans un cadre non institutionnel. 2) L’éducation interculturelle : dans un cadre non institutionnel 2008 fût l’année du dialogue interculturel accompagnés de recherches et de programmes sur l’interculturalité en Europe. Une éducation non-formelle est importante dans la construction d’un monde pluriel. a) Une éducation avant tout non-formelle102 Quoique nécessaire dans le cadre scolaire, l’éducation interculturelle est acquise hors des écoles et autres cadres institutionnels. C’est un apprentissage volontaire qui passe par l’action. Cette démarche éducative a pour but la prise de conscience d’une diversité de regards et de représentations. Elle vise à développer des compétences interculturelles. Elle se développe autour de la vie quotidienne à l’école, au travail, entre amis et partout où l’altérité peut se trouver. Cette forme d’apprentissage permet à l’individu d’analyser son interaction avec les autres cultures. Le processus de cet apprentissage est multidimensionnel, basé sur l’expérience, l’émotion et la 100 ESOH ELAME, JEAN DAVID – op. cit. p 77 101 Ibidem np 74 102 Mini Compendium de L'UE sur l'éducation formelle et non formelle – document PDF – « l’éducation interculturelle » septembre 2007 – édité par la direction de la jeunesse et des sports du conseil de l’Europe Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 78 réflexion. Il est une méthode éducative dans le but de comprendre la pluralité culturelle du monde. b) L’éducation interculturelle : enjeux pour la diversité du monde103 Le Mini Compendium de L'Union Européenne, sur l'éducation formelle et non formelle, met l’accent sur la croissance actuelle des sociétés multiculturalismes avec des immigrations importantes. Selon l’Union, l’éducation interculturelle peut aider dans les luttes contre le racisme, la discrimination raciale et l’intolérance, fléaux des sociétés actuelles. Les autorités essaient de prendre des mesures notamment pour gérer un développement solidaire dans des pays multiculturalistes. Des initiatives ont été répertoriées en révélant les difficultés de la cohabitation de cultures différentes mettant ainsi en lumière la nécessité d’un apprentissage interculturel afin de palier à ces problèmes de communication et de gestion de la vie.104 L’éducation interculturelle formelle ou non s’effectue toujours dans un cadre multiculturel. L’adaptation à un environnement culturellement différent suit un processus dynamique mesurable. 3) Le processus interculturel : Le modèle de développement de la sensibilité interculturelle Nous allons appréhender ce processus dynamique par un outil mesurant la place de l’individu dans le processus interculturel par rapport à ses émotions et son ressenti face à l’Autre culture : le Modèle de Développement de la Sensibilité Interculturelle (MSDI). Ce dernier se compose de deux grandes phases principales en ethnologie : la phase ethnocentrique et la phase ethno-relative. 103 Ibidem 104 ROZIER CLAIRE – document PDF – « L’éducation interculturelle, pour construire une culture de la paix » - Article du Magazine Inter-cultures – Novembre 2010 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 79 a) Le MDSI : de la résistance à l’ouverture105 Le MDSI apparait être un processus intéressant à étudier comme cheminement pour une éducation interculturelle. Mis au point par Milton Bennett, il décrit une série d’étapes s’effectuant pendant une relation entre des individus de cultures différentes par un frottement avec l’altérité au quotidien. Ces étapes ont un caractère émotionnel, elles se rapportent aux sentiments de l’individu en situation. Les 6 stades vont d’une résistance à la culture de l’Autre, jusqu’à une grande ouverture. L’individu, vivant cette expérience de l’interculturalité grâce à une altérité très présente, va sillonner entre les étapes de ce modèle. Il va effectuer des allers-retours entre elles pour finalement avancer petit à petit, d’abord dans des étapes ethnocentriques, puis dans des étapes plus élaborées relevant du domaine ethno-relatif. b) Etapes ethnocentriques106 Dans le domaine ethnocentrique, le premier sentiment est le déni où l’individu n’a pas conscience des différences interculturelles. Avec une prise de conscience de celles-ci, il peut les rassembler dans les catégories du « nous » ou du « eux ». Il est alors dans un mécanisme de défense où il considère sa propre culture comme supérieur, ou dans un mécanisme de retournement où il perçoit les autres cultures comme supérieur à la sienne. Sa perception d’autres cultures reste très superficielle dans les deux cas. L’individu cherche ensuite à minimiser les différences culturelles pour une mise en lumières des similitudes. Cette étape de la minimisation permet d’aller au delà des caractéristiques stéréotypées. Se rendre compte de ces différences culturelles va permettre à l’individu de passer dans les étapes ethno-relatives. c) Etapes ethno-relatives107 La première étape dans la phase ethno-relative est l’acceptation où la personne comprend que sa culture est une façon riche et complexe de voir et de penser le monde. Les autres cultures ont des réalités parfois sans équivalence dans sa propre culture. 105 BENNETT MILTON – « Un modèle de développement de la sensibilité interculturelle » http://www.international.gc.ca/cfsi-icse/cil-cai/magazine/v02n01/doc1-fra.pdf - site visité le 06/04/2011 106 ibidem 107 ibidem Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 80 - Pour continuer à la prochaine étape, l’individu passe par une exploration, une recherche intensive sur la culture de l’Autre. Il ajuste son comportement et ses réflexions conformément à l’autre culture, sans pour autant y prendre part, mais pour minimiser des chocs culturels. Cette nouvelle étape est l’adaptation dans laquelle la compréhension de l’autre culture est très profonde. L’intégration, l’ultime étape, nécessite un développement de l’empathie et une grande capacité à communiquer dans un contexte interculturel. L’individu peut s’adapter aux différences en les percevant comme une chance, une source de savoir et de créativité, elles deviennent ainsi essentielles. Le MDSI permet de voir le processus dans lequel les individus en situation interculturelle évoluent. Il peut être plus ou moins rapide selon le contexte interculturel. Dans les voyages, la possibilité de profiter d’une altérité au quotidien est amplifiée. II- Le voyage : un outil pour l’éducation interculturelle : De la même façon que pour les grands tours du 19ièmes siècles, les voyages semblent avoir gardés ou retrouvés leur dimension éducative, stage pratique d’une éducation interculturelle. Nous verrons dans cette sous-partie le processus interculturel dans le voyage en immersion par pallier, nous appréhenderons ensuite les échanges comme un outil au service de l’éducation interculturelle, et nous analyserons enfin les enjeux pour le voyageur. 1) L’éducation interculturelle dans le voyage : immersion par paliers108 Dans les voyages, le processus interculturel est caractérisé par une immersion dans la culture d’accueil. Celle-ci s’effectue par paliers, de l’adaptation à l’intégration en passant par la compréhension. 108 FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 81 a) Immersion adaptation Le voyageur cherche d’abord à s’adapter. Il se laisse apprivoiser par la culture locale en acceptant les aspects paraissant être des contraintes par manque d’habitude. Progressivement, il arrive à un détachement des idées reçues et selon Franck Michel, le voyage peut débuter : « Le voyage commence là où s’arrêtent ces certitudes »109. Le stade de minimisation est alors plus ou moins atteint, et la barrière du « je » et « eux » au « nous » est franchise. Finalement, le voyageur a une réelle envie de comprendre les modes de vie, de communication, les systèmes de valeurs de la culture d’accueil mais cette dernière lui semble encore étrangère. Il doit accepter la rencontre avec une autre façon de pensée, de voir les choses, une autre réalité afin de déjouer les stéréotypes et les préjugés. Bien sur, cette phase nécessite des efforts d’apprentissage, l’action étant concrétisée par une ouverture aux rencontres et aux échanges afin de glisser vers la logique de « l’Autre » en entrant dans une « immersion compréhension ». b) Immersion compréhension Les échanges interculturels s’intensifient dans l’immersion compréhension car l’individu cherche à acquérir les « connaissances ordinaires ». Les pratiques du quotidien comme le langage verbal et non verbal, les notions de bien et de mal, la proxémique culturelle…vont être intégrées petit à petit dans une logique d’observation participante. Le voyageur « touche du regard », il pénètre dans la culture d’accueil volontairement, témoin d’une vie quotidienne qu’il intègre et comprend avec le temps. Il passe « d’une expérience vécue à une expérience comprise » où il tend à atteindre une façon de pensée plurielle. Il est question de « métissage culturel », de « logique métisse » ou encore de « pensée métisse ». L’individu passe dans la phase ethno-relative d’acceptation, en apprécie les paradoxes interculturels dans le cadre des rencontres et commence à vivre le temps culturel d’accueil. Dans cette phase d’implication réelle, une compréhension d’une nouvelle réalité qui est celle de la culture d’accueil. Le voyageur va petit à petit accepter les lois, les normes par le biais du phénomène d’emprunt et commencer ainsi une phase d’immersion-intégration. 109 FRANCK MICHEL - op. cit. p 28 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 82 c) Immersion intégration L’immersion n’est pas enfin de compte la dernière phase ultime du processus interculturel en voyage car on ne sait pas où s’arrête exactement l’immersion. L’individu devient hybride sans jamais perdre complètement sa culture natale. C’est un processus d’acculturation où le voyageur emprunte des traits culturels à la culture d’accueil. Cette phase est plus précisément une transformation personnelle où il se découvre lui-même lié à des changements en rapport avec une certaine altération. Il y a une acceptation de l’universel dans une diversité humaine et culturelle sans jugement ni maitrise de la situation. « C’est une universalité vécue, ouvrant un autre espace à l’intelligence du monde »110. L’étranger se familiarise en acceptant les rites sociaux au quotidien sans faire attention à ce qu’il fait exactement. En d’autres termes, ces rites deviennent des reflexes où le temps social de la culture d’accueil est accepté. Une nouvelle réalité est intériorisée, le voyageur se méfie des certitudes car il sait qu’elles ne sont pas une vérité universelle. Les échanges interculturels entretenus par le voyageur avec la population locale participent à son apprentissage en immersion. Ils sont des outils au service de l’éducation interculturelle par les voyages. 2) Les échanges : outils au service de l’éducation interculturelle par les voyages Les échanges interculturels permettent au voyageur de pratiquer une auto-évaluation. Nous verrons aussi qu’ils peuvent être source de crise d’apprentissage, mais ceci ne fait que confirmer leurs intérêts. a) L’importance des échanges dans les voyages pour une éducation interculturelle111 Les échanges interculturels ont un rôle primordial dans l’éducation interculturelle, c’est pourquoi les voyages permettent une éducation de qualité. En apprenant à connaitre l’Autre, sa façon de voir et de pensée, l’individu change son jugement éradiquant des mythes, comprenant l’écart entre l’image qu’il avait et la réalité vécu. C’est une école de la vie aidant à l’élimination des 110 FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64 – np 136 111 A. PRETCEILLE MARTINE – op. cit. p 76 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 83 préjugés. Martine A. Pretceille rappelle que « La compréhension d’autrui est souvent assimilée à la connaissance d’autrui alors que celui-ci ne se laisse plus saisir aussi facilement en dehors de toute communication et de toute relation »112. L’auteur de « Identité Nomade » rappelle que « A l’exception de ceux qui reste fermé aux échanges interculturels, l’expérience interculturelle est un parcours initiatiques, jamais linéaire »113. Le voyageur en immersion dans une culture d’accueil a la possibilité d’échanger afin de comprendre l’Autre. Quatre pôles relationnels existent selon Bernard Fernadez : - L’implication confiance avec une altérité empathique et de l’observation participante. Il y a là une véritable recherche d’un métissage des valeurs de la part du voyageur. - La distanciation confiance avec une altérité de la médiation, deuxième pôle où le voyageur cherche à faire un pont jusqu’à l’Autre. Il y a ouverture, mais l’individu se préserve des risques. - L’implication méfiance avec une altérité de la frontière où les préjugés sont activés et bien présents. Il y a une certaine supériorité (culturelle, technique ou autre..) créant une distance entre le voyageur et son interlocuteur. - La distanciation méfiance avec une altérité de rejet avec la conviction que « l’Autre est trop différent », il y a une différenciation extrême, une soumission. A titre comparatif la distanciation méfiance était présente pendant le colonialisme. Les échanges interculturels permettent dans tous les cas une remise en question plus ou moins forte de soi-même ? b) S’identifié par rapport à l’autre grâce aux échanges114 « Toute mise en question de l’autre est dès lors, doublé d’une interrogation sur moi »115. Dans la rencontre interculturelle, l’effort de compréhension pour communiquer avec l’Autre permet de prendre du recul aussi sur sa propre identité. C’est une remise en question de soi-même déclenché par une remise en question de l’Autre sur nous. Cet échange peut être vécu comme une épreuve avec le sentiment de ne pas maitriser la situation, suivie par une perte de la sécurité 112 113 A. PRETCEILLE MARTINE – op. cit. p 76 FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64 – np 199 114 A. PRETCEILLE MARTINE – op. cit. p 76 115 Ibidem Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 84 sociale et culturelle. «L’action personnelle se construit autour de l’épreuve »116 ici caractérisée par une perte des certitudes cultuelles. Franck Michel rappel dans son œuvre « Désir d’ailleurs » que pour voyager et découvrir la diversité, le voyageur a besoin de se confronter à l’altérité et de se détacher de ces certitudes. Les échanges et rencontres ne sont cependant pas nécessairement interculturels. Fernandez Bernard différencie quatre « tiers instruit » avec qui l’échange sera important : - Le semblable tiers instruit : Echanger pour partager l’expérience vécue avec d’autres voyageurs de culture semblable pour une meilleure lisibilité de cette expérience avec un côté rassurant, surtout après un long moment d’immersion. - Le semblable, faux tiers instruit : ce semblable a un orgueil culturel, un esprit un peu colonisateur, c’est le double inversé pensant souvent que les natifs ont une culture inférieure. - Le tiers instruit : l’écriture : l’écrit est plus dans une optique d’informer que de faire forcement rêvé contrairement aux journaux, reportages télévisés… En se sens, il est un échange, l’auteur émet un message au voyageur qui en réponse cherche à vérifier ces écrits durant son voyage. - L’autre, le tiers instruit : « Il faut bien comprendre que pour eux, éventuellement on est bizarre aussi »117Ce tiers instruit est celui avec lequel le voyageur va favoriser les rencontres pour se frotter à l’altérité dans sa soif de curiosité. « C’est alors dans le regard de l’Autre que l’on voit le fossé culturelle »118. Ces multiples échanges permettent au voyageur de progresser dans son apprentissage interculturel. Mais ceux-ci peuvent être aussi facteur de crises et de chocs. c) Crises d’apprentissage119 Des soucis peuvent arriver dans la vie quotidienne pour des questions d’adaptation aux habitudes comme le temps sociale, les habitudes alimentaires…. Le comportement traduisant un langage 116 FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64– np 145 117 Ibidem np 196 118 Ibidem 119 MITCHELL R. HAMMER – document PDF – « Etude sur l’apport éducatif des programmes AFS » - Rapport interne décrivant les résultats complets – décembre 2005 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 85 corporel peut être mal interprété ou dérangeant. L’apprentissage de ces codes, la façon de communiquer sont des points clefs dans l’adaptation du voyageur dans la culture d’accueil. Outre la forme communicative, le fond peut poser problème avec des opinions divergentes relevant par fois d’un débat interculturel. « Ma famille d’accueil a des opinions différentes des miennes, ils approuvent la guerre, ce que je ne peux ni comprendre ni accepter… Je n’ai rien dit mais j’ai été choqué des vues radicales de ma mère d’accueil. »120 Le voyageur peut aussi se trouver dans l’incapacité de nouer des liens émotionnels. Les proches manquent et le mal du pays apparaît avec une culture d’accueil jugée superficielle, froide ou sans humour. « Avoir des amis, je veux dire, de vrais amis, de ceux qui vous appellent pour aller faire les boutiques, aller au cinéma ou pour faire n’importe quoi ensemble. Il y a eu deux personnes ici qui m’ont invité pour sortir et cela n’a eu lieu que 4 fois en tout… je continue à être ignoré. Mais amis me manquaient et j’ai eu une petite crise de dépressions. »121 Des difficultés peuvent subvenir à cause de l’incompréhension de la langue locale. Des stress et des frustrations peuvent y être liés. « C’est très stressant d’étudier dans une culture différente en utilisant une autre langue. Environ 4 mois après être entré à l’école, j’ai enfin commencé à comprendre un petit peu le contenu d’une conversation ; cependant, je ne faisais qu’écouter et je ne pouvais rien faire. »122 Mais ces crises permettent tout de même d’avancer dans le processus d’apprentissage, et le voyageur en retient toujours des leçons. Quel sont les enjeux d’un tel voyage pour celui qui l’entreprend ? 3) Les enjeux pour le voyageur Les enjeux pour le voyageur sont multiples, il acquiert des compétences interculturelles en apprenant la tolérance et le relativisme culturel grâce à l’adoption d’une pensée métisse. a) Des compétences interculturelles 120 Michell R. Hammer - op. cit. p 85 - np 27 121 Ibidem p 28 122 Ibidem Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 86 Les compétences interculturelles rejoignent la notion d’acceptation de l’altérité au quotidien. Il est donc question de communication, de tolérance et d’éthique. Les compétences interculturelles nécessitent une certaine ouverture d’esprit et un haut niveau de compréhension et d’acceptation. Elles peuvent être définit comme un ensemble d’aptitudes que l’individu développe pour communiquer et coopérer avec d’autres individus issus de cultures différentes à la sienne. Jorg Eschenauer, le président du département de la fonction linguistique de l’école des ponts Paris technique, définit les compétences interculturelles comme des capacités de négociation et de création de synergies entre les différences culturelles. Ces aptitudes apprennent à regarder autrement, à avoir « de nouveaux yeux ». Les compétences interculturelles permettent un changement de comportement, plus compréhensif face à autrui et une sensibilisation aux avantages générés par la différence. Un individu prend ainsi conscience de la différence et par conséquent de sa propre identité.123 Une personne qui dispose d’une forte compétence interculturelle est quelqu’un qui pourra trouver en permanence un équilibre entre son identité et la remise en question de cette identité. Cet équilibre fragile peut être source d’énergie et de créativité b) La tolérance et le relativisme culturel Les compétences interculturelles se basent sur le principe de tolérance. « C’est l’apanage de l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs : pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature » 124. Cette définition s’applique au départ dans un contexte de fanatisme religieux. La culture est reliée à la religion et à son histoire. Même si la tolérance est une notion applicable en toutes circonstances, elle est particulièrement adaptée aux situations d’interculturalité. La vérité est différente pour chacun, être tolérant c’est accepter cette pluralité sans imposer aux autres une façon de pensée. La tolérance dans l’interculturalité revient à parler de relativisme culturel. Afin d’acquérir de bonnes compétences interculturelles, il faut comprendre ce relativisme. Accepter ce dernier permet de ne pas dévaloriser une culture. Toutes les cultures sont placées sur 123 WAXIN MARI-FRANCE, BARMEYER CHRISTOPH – « Gestion des ressources humaines internationales » - édition Liaison – avril 2008 – collection Entreprises et carrières – 553 pages – np 210 124 Magazine PHILOSOPHIE – mensuel n°43 – octobre 2010 – avec supplément « voltaire : traité sur la tolérance » - np 75 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 87 le même pied d’égalité. Elles sont toutes très différentes les unes des autres mais elles sont aussi équivalentes dans le sens égalitaire, il est impossible de les classifier125. Le relativisme culturel est important dans un monde dominé par la culture occidentale. Comprendre cette égalité des cultures, permet une écoute mutuelle, plaçant tous les participants sur la même égalité. Le relativisme culturel contribue à la construction d’une pensée métisse. c) Un autre regard sur le monde : l’intelligence métisse Marcel Proust disait « Le véritable voyage découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux ».126Ainsi, c’est apprendre à regarder, apprendre à respecter, même les choses paraissant incompréhensibles, « les choses que l’on ne comprend pas, comprendre *aussi+ que l’on ne peut pas tout comprendre »127. C’est la pensée métisse. Elle n’est pas un abandon de la culture natale, car devenir l’Autre est impossible. Elle est une capacité à vivre, allié à la tolérance, à la recherche d’un équilibre entre plusieurs valeurs et traits culturels. « Accepter de voir la réalité sous un nouveaux regard »128. Elle est aussi une souplesse d’esprit permettant le métissage des valeurs lié à des rencontres multiples et des échanges expérientiels. « Elle émerge de l’expérience interculturelle en tant que rencontre et finit par devenir une réalité tangible dont on n’a pas forcement envie de définir les pourtours et les contours »129. Grâce à cet apprentissage interculturel le voyageur comprend le territoire en acquérant cette nouvelle pensée métisse. Cette compréhension lui permet d’être plus responsable de son environnement d’accueil. Qu’en est-il dans des séjours touristiques plus courts ? 125 TIBERE LAURENCE – op. cit. p 10 126 PROUST MARCEL - http://www.horaz.com/03_Citations/AUTEURS/Proust_Marcel.htm - Site visité le 20.04.2011 127 BULTEAU MARC – « D’un soi transformé à une relation renouvelée à l’autre » - Revue « L’autre voie » N°5 – http://www.deroutes.com/AV5/blteau5.htm - Site visité le 10.11.2010 128 129 FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64. - np 217 Ibidem p 220 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 88 III- Un tourisme plus responsable grâce à une éducation interculturelle par les voyages ? Dans le cadre du tourisme, dans quelle mesure pouvons-nous affirmer qu’une éducation interculturelle, par le voyage, contribue à un tourisme responsable ? Quelles sont les limites de notre approche, lorsque l’on intègre l’industrie touristique à la notion de voyage? 1) Un tourisme responsable Les formes de tourismes alternatifs cherchent à générer du développement durable. Quelle est le lien entre éducation interculturelle et ce développement ? Il s’agit ensuite de comprendre les pratiques d’un « touriste responsable ». Comment peut-il s’identifié au voyageur pour un séjour éducatif, basé sur des échanges équitables. a) L’éducation interculturelle et le développement durable130 L’éducation interculturelle cherche le rapprochement entre les cultures. Des notions de compréhension, de connaissance de l’autre et d’acceptation des différences sont en jeu. Le principe d’interculturalité qui régit l’éducation interculturelle vise le respect mutuel entre les cultures en les plaçant toutes sur un pied d’égalité. Dans cette continuité, il y a un respect des territoires culturels dans son environnement à la fois culturel, social, économique et environnemental. Esoh Elame et Jean David rappellent que les différences culturelles sont « ancrés dans les pratiques sociales économiques et écologiques », les trois piliers du développement durable. L’apprentissage pour respecter les différences et s’en enrichir, va à terme contribuer à la protection de la diversité autant biologique que culturel ; il va rendre, dans un respect mutuel, plus responsable les échanges internationaux, contribuant ainsi à des environnements socio-économiques viables et vivables, comme le suggère le développement durable. 130 ESOH ELAME, JEAN DAVID – op. cit. p 77 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 89 a) Un touriste responsable Rappelons qu’on parle de tourisme responsable quand le voyageur a de bonnes connaissances sur la culture, la manière de vivre de la population d’accueil ainsi que sur le contexte géopolitique et sociale du territoire.131 L’éducation interculturelle permet au touriste d’acquérir de grandes connaissances sur l’environnement d’accueil. Il comprend alors le contexte et la manière de vivre de ces hôtes. Par compréhension et respect, il est en capacité de respecter le territoire adoptant des pratiques responsables. Dans ces conditions, l’individu en touriste responsable cherche à échanger avec les natifs pouvant ainsi instaurer un respect mutuel. b) Un respect mutuel Le tourisme est une chance pour rapprocher les différences « en échangeant des cultures qui s’enrichissent mutuellement »132. « L’autre doit parvenir à échapper à sa condition d’Autre *…+ Le voyage doit servir aussi à susciter le désir d’ailleurs chez l’autre »133. Si cette envie existe chez l’hôte, un partage et un réel échange peut avoir lieu. Ainsi, l’occidental peut faire voyager son hôte à travers ce qu’il est. Il vient découvrir « l’Autre » et lui apprend quel « Autre » il est lui-même. La démarche du touriste voyageant dans une optique d’apprentissage interculturel a besoin d’un suivi, de formations complémentaires. 2) Une préparation au voyage nécessaire « Pour que l’expérience soit fructueuse, elle doit être précédée et accompagnée d’une éducation »134 131 TORRENTE PIERRE – op. cit. p 25 132 FRANCK MICHEL - op. cit. p 28 – np 245 133 Ibidem np 252 134 A. PRETCEILLE MARTINE – op. cit p 76 – np 102 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 90 a) Nécessité d’une éducation préalable Afin d’éviter les crises d’apprentissage, un choc culturel violent ou un processus interculturel restant sur le déni (premier stade du MDSI), une éducation interculturelle en amont du voyage est nécessaire. D’autre part, certains voyageurs s’oublient dans leurs aventures et deviennent égocentriques prenant le monde pour un immense terrain de jeu participant à leur gloire personnelle. Pour certain « j’ai fait… » est l’appropriation d’une partie du monde. Pour les touristes, faire un pays signifie avoir tout vu. Des préparations aux voyages peuvent éviter ces dérapages pour un tourisme responsable où le respect s’installe dans la réciprocité. En quoi consistent ces formations interculturelles ? b) Des formations interculturelles135 Il s’agit de mesurer les compétences interculturelles d’un individu afin de pouvoir les améliorer, les perfectionner ou tout simplement évaluer sa capacité à supporter l’altérité. Ces formations préparent l’individu lui permettant une ouverture d’esprit. Il existe une grille d’évaluation interculturelle: six degrés quantitatifs allant de A1 (sujet « fermé ») à C2 (sujet ouvert à la cohabitation interculturelle), croisés avec trois dimensions qualitatives : la compétence communicative, la prédisposition aux interactions et le degré d’adaptabilité interculturel. Il existe également une grille d’évaluation interculturelle par rapport au contexte qui mesure l’indice du risque interculturel, entre une culture dominante (souvent occidentale) et une culture dominée. Cette indice peut également être adaptés dans le rapport touristes / populations locales. D’autres outils peuvent être utilisés comme des jeux de réunion de groupe afin d’apprendre l’empathie, la tolérance… et comprendre que chacun à sa vision du monde. Le T-kit numéro 4 sur l’apprentissage interculturel donne de bons exemples d’exercices136. La préparation aux voyages est d’autan plus important dans des courts séjours touristique (moins d’un mois). 135 RABASSO CARLOS, RABASSO JAVIER – op. cit. p 18 136 Annexe T-Kit 4, apprentissage interculturel. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 91 3) Limites d’une éducation interculturelle dans le cadre de séjours touristiques. Dans le tourisme, les séjours courts ne permettent pas un apprentissage interculturel efficace et les formations en amont ne sont pas adaptées à une éducation interculturelle. a) Difficulté des séjours touristique trop courts et trop mercantiles Les séjours touristiques courts constituent une première limite à l’éducation interculturelle dans le tourisme. « Une éducation en immersion dans des séjours longs *…+ Le temps aidant à la compréhension des événements vécus »137. Les séjours touristiques sont donc trop courts pour un processus interculturels. La nécessité d’une éducation interculturelle, en amont, n’en ait que plus utile afin de tendre vers un tourisme responsable. Elle permet aussi d’éviter des échanges faussés dans des relations trop mercantiles. Le touriste, même pensant bien faire, peut commettre des fautes n’étant pas débarrassé de ces préjugés et se montrer irrespectueux sans le vouloir. « Un voyage pour être une expérience sociale constructive, doit être accompagné d’un minimum d’éducation à l’interculturel avant et après *pour+ un apprentissage de la décentration, de la reconnaissance de l’autre dans son altérité de la négociation avec l’Autre *…+ pour parvenir à un vivre ensemble »138. b) Des formations non adaptées dans le tourisme La formation dans le tourisme porte sur les objets extérieurs et pas sur la manière de regarder. Une sensibilisation aux cultures d’accueil existe concernant les pratiques culturelles. Dans la métaphore de l’iceberg139, la partie matérielle et visible est émergé (le culinaire, le vestimentaire...) tandis que les valeurs et les coutumes non visibles sont immergées. Il est donc nécessaire de préparer aux chocs de la partie immergée en apprenant à regarder, sentir plutôt que d’énumérer des pratiques déjà visibles. 137 FERNANDEZ BERNARD – « Identité nomade » - op. cit p 125 138 BULTEAU MARC – « De l’autre à soi » - Revue « L’autre voix » - http://www.deroutes.com/AV5/bulteau5.htm - site visité le 20.04.2011 139 Annexe 7 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 92 L’éducation scolaire agit de la même manière en donnant des réponses concrètes, en fournissant des concepts prêts à l’emploi, des explications simples. Les formations aux voyages suivent donc les mêmes méthodes. Une simple éducation aux rites et coutumes ne permettra pas aux voyageurs de régler certains conflits, ni de comprendre réellement les valeurs de la population d’accueil, porte d’entrée dans le processus interculturel. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 93 CONCLUSION CHAPITRE III: L’éducation interculturelle dans un cadre formelle suit un triangle didactique entre élève, savoir et professeur pour favoriser une éducation civique. Dans le cadre scolaire cet apprentissage a cependant du mal à s’imposer. Le voyage en immersion longue permet une éducation interculturelle informelle, des programmes à échelles européenne et mondiale se développent alors pour un apprentissage par le voyage. Le MDSI permet de mesurer la sensibilité interculturelle du voyageur face à son évolution dans un univers culturel au départ inconnu. Ainsi un outil de mesure permet l’évaluation de la pertinence d’une éducation interculturelle par les voyages en immersion. Les participants acquièrent alors des compétences interculturelles et une pensée métisse permettant une large ouverture d’esprit doublé d’une tolérance face à la pluralité du monde. Les voyageurs, dans une attitude compréhensive ont des pratiques plus responsables sur le territoire d’accueil. Une éducation interculturelle par les voyages n’est cependant pas systématique et certaines conditions sont à respecter. Une préparation aux voyages est nécessaire avec des méthodes de l’apprentissage interculturel selon laquelle le voyageur apprend à regarder. D’autre part, une éducation interculturelle est limitée dans les séjours courts, constituant ainsi une limite importante de notre approche. Dans l’industrie du tourisme il alors difficile de proposer une éducation interculturelle par les voyages Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 94 Conclusion de la deuxième partie Le tourisme a des effets néfastes sur le développement, il ne profitera souvent pas à la population locales. Pour que le tourisme participe au développement du territoire d’accueil, il a besoin de s’intégrer dans le système économique local sans anéantir les secteurs traditionnels. Le tourisme géré par des instances extérieures a tendance à contribuer à la fuite des capitaux vers l’étranger d’où l’importance que le secteur touristique soit gérer par un gouvernance locale, même si des aides extérieures peuvent intervenir. Cette dynamique locale doit prendre en compte la non spécialisation des touristes et des habitants en ce qui concerne les relations internationales. Ces populations ne savent pas se comporter en situation interculturelle, bloquant ainsi leur communication. L’exotisme pause alors un voile entre touristes et habitants. Le voyageur ne peut pas dans ces conditions respecter les enjeux d’un territoire qu’il ne comprend pas. Favoriser les espaces de rencontres entre visiteurs et habitants aide à une compréhension et à un respect mutuel pouvant minimiser l’impact du touriste sur le territoire d’accueil. Nous pensons que l’éducation interculturelle pourrait permettre un tourisme plus responsable. Cette dernière, cependant est efficace que dans des séjours longs, rares dans l’industrie du tourisme. Elle est donc intéressante à analyser pour pouvoir la rapprocher de l’industrie touristique afin de favoriser un développement durable grâce à une citoyenneté internationale pour une éducation interculturelle par le voyage. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 95 PARTIE III Approche interculturelle comparative d’Aina Madagascar et AFS Vivre Sans Frontière, pour un tourisme vecteur de d é ve l o p p e m e n t . Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 96 Introduction de la troisième partie Le tourisme peut être vecteur de développement local ou durable contribuant à l’amélioration d’une situation selon les conditions étudiées précédemment. Nous souhaitons à présent appuyer nos hypothèses par des cas concrets. N’ayant pu travailler sur le terrain afin d’étudier notre sujet d’étude appliqué à une organisation, nous proposons d’allier un soupçon de pratiques à nos théories afin de valider notre réflexion. Deux associations ont été choisies pour cette évaluation afin de jouer sur la complémentarité entre deux objectifs différents. L’association Aina Madagascar visant au développement local dans la mise en place de voyages solidaires, sera étudiée dans notre premier chapitre. L’éducation interculturelle par les voyages, participant à un développement durable est l’objectif de l’association AFS Vivre Sans Frontière que nous étudierons dans un deuxième chapitre. La comparaison de ces deux associations permettra la validation de toutes nos hypothèses. Il nous a paru utile de schématiser l’ensemble de notre réflexion dans un dernier chapitre afin de comprendre les questionnements restés en suspens dans notre étude pouvant faire l’objet de nouvelles réflexions pour un mémoire de deuxième année. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 97 CHAPITRE I : L’Association Aina Madagascar : Pour un tourisme solidaire Etant isolé du continent africain, Madagascar présente des atouts culturels et naturels incomparables. Le tourisme se développe mais la pauvreté reste très présente dans la grande Ile. Ce premier chapitre vise tout d’abord à présenter l’association Aina Madagascar qui propose des voyages solidaires dans l’Ile rouge afin de pallier à cette pauvreté dans la zone. I – Objectifs d’une association solidaire à Madagascar Nous souhaitons replacer l’association dans son contexte géopolitique afin de mieux présenter ses objectifs et ses valeurs. 1) Contexte géo politique de Madagascar Comme dans beaucoup de pays du monde, le tourisme s’est installé à Madagascar afin de participer au développement économique de l’ile. Voici son contexte géopolitique et touristique. a) Contexte géopolitique L’indépendance de Madagascar est obtenue en 1960. Le président Philibert Tsirawana et son parti social-démocrate gouverne Madagascar jusqu’en 1972. Fin des années 70, une nationalisation de l’économie est orchestrée sous Didier Ratsiraka pour prendre un tournant libéralisme fin des années 80. En 1993, Francisque Ravony présente un plan de développement orienté vers l’initiative privée pour lutter contre le chômage, l’inflation et la corruption. Le marché national s’ouvre au marché international. Cependant, la situation du pays semble resté la même pour encore se dégrader en 1998 suite à une invasion de criquets dans l’agriculture Malgache.Les années 90 voient les revenus de la pêche et du tourisme dépasser ceux de la vanille et du café, résultat de la libéralisation économique. D’autres crises politiques surviennent en 2001 et en 2009. Le président actuel de Madagascar est Andry Rajoelina. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 98 b) Le contexte touristique Le tourisme devient une économie importante depuis l’ouverture de l’Ile vers l’extérieur. Suite à la crise politique de 2002 opposant M.Ravalomanana et M. Ratsiraka, une restructuration de l’activité a lieu selon 3 axes majeurs : - Réorganisation pour une promotion de l’Ile rouge. - Attirer les investisseurs étrangers en les sécurisant avec une refonte du code du tourisme. - La création de l’Office National pour la promotion et la gestion des réserves foncières de l’Ile. Grâce à sa situation particulière, Madagascar a un important potentiel touristique. Détachée du continent africain depuis des millions d’années, l’Ile renferme une nature spécifique endémique, des paysages exceptionnels et une culture préservée. Les autorités misent principalement sur l’éco tourisme avec une politique se basant sur les investisseurs extérieurs dans la continuation de l’économie malgache. Des groupes comme Accor investissent. Le projet d’introduire un tourisme haute gamme se développe. Cependant selon Bruno Sarasin140, l’intérêt pour le tourisme semble contribuer à dégrader l’environnement naturel, social, culturel et économique. Le libéralisme à Madagascar place le tourisme dans un modèle de développement économique rapide en attirant des organisations et institutions étrangères. Afin de protéger l’environnement naturel et culturel, M Sarasin émet l’hypothèse que les habitants des zones rurales de l’ile doivent jouer un rôle dans le développement du tourisme. 2) Les objectifs d’Aina Madagascar L’association Aina Madagascar place les populations locales des villages au cœur de ses projets de tourisme solidaire dans des échanges équitables. a) Du tourisme solidaire à Madagascar Aina est une association née en 2001 suite à une rencontre entre des étudiants malgaches et français en sciences humaines et politiques. L’association oriente son activité vers les voyages en 140 SARASIN BRUNO - Site du Cair.info – « Géopolitique du tourisme à Madagascar » - http://www.cairn.info/revueherodote-2007-4-page-124.htm - Site visité le 01/05/2011 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 99 2002 avec la création d’un réseau de familles d’accueil. Un an plus tard, les premiers voyages solidaires ont lieu, Aina Madagascar est créé. Elle se diversifie grâce à la création d’une filière de commerce équitable et de projet d’échange culturel. Au cours de l’année 2006, les activités de l’association ralentissent pour reprendre activement en 2007 avec un plan de développement des activités et l’embauche d’un coordinateur salarié malgache. Elle obtient une subvention de MidiPyrénées. En 2008, l’association acquiert un terrain à Beravina où elle implante son siège social et continue ces projets de développement local que nous étudierons dans notre deuxième sous partie [II,2)]. Aina Madagascar, spécialisé dans le tourisme solidaire permet : - des rencontres entre des voyageurs et des familles d’accueil - l’implication de la population locale - une répartition équitable des ressources, - la compréhension entre les cultures favorisant des échanges de savoir faire et d’expérience entre tous. L’association tient à faire la distinction entre touriste/visiteur et voyageur, afin de mettre en relief la rencontre et l’échange. Le touriste est perçu à Madagascar comme un consommateur, détenteur de capitaux recherchant des relations commerciales. Le terme de voyageur laisse penser à des activités plus humaines. « Les voyageurs et pas les visiteurs *…+ nous souhaitons à chaque voyageur venu à Madagascar loisirs, apprentissage, et découverte personnelle»141 b) Les valeurs d’échanges équitables « Les échanges où les liens sont aussi important que les biens ». Aina signifie la vie en Malgache : « c’est l’esprit (ou l’âme) qui fait l’homme : Ny fanahy no mahaolona ». Aina Madagascar répond à un double objectif : des voyages chez l’habitant et des actions de solidarité. L’association cherche d’abord à mettre en relief la rencontre et l’échange avec une ouverture et un partage, à apprendre à aller vers l’Autre pour une compréhension et une coexistence des deux cultures. Elle veut proposer un cadre pour de vrais rencontres interculturels avec un hébergement chez l’habitant où le voyageur est un invité. 141 RIANA TAMBY – Annexe 2 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 100 Les valeurs de l’association pour des échanges équitables, reposent également sur le respect des personnes, des cultures, de la nature. Le développement de chaque membre de l’association Aina Madagascar est aussi un aspect important grâce aux entraides. Les voyages doivent être de véritables échanges d’expériences entre tous les membres. L’association a aussi des objectifs socio-économiques en réalisant un tourisme basé sur l’économie solidaire et alternative. Dans ces conditions, les populations locales s’impliquent dans les projets de développement et de tourisme. Le choix d’organisation socio-économique permet également des retombées positives pour tout le monde avec une répartition équitable des ressources générées. II- Les activités d’Aina Madagascar 1) Les voyages proposés Les voyages proposés par Aina Madagascar se déroulent en deux parties. La première est une « action solidaire » dans un village partenaire, la deuxième se déroule en fonction des choix du voyageur, construit par lui-même et Aina Madagascar avec l’aide de fiches de renseignements. a) Fonctionnement des voyages L’association Aina Madagascar dispose d’un dispositif assez souple concernant ces voyages. Dans la mesure où il y a un respect du cadre, de l’éthique et des principes de l’association, le voyageur est libre de ses dates, de ses itinéraires, de ses projets de voyages. Il peut voyager seul, en famille, en groupe constitué ou non. L’hébergement s’effectue chez l’habitant pour « permettre aux membres étrangers d’avoir des contacts avec la population locale »142. Le voyageur participe aux activités de la vie quotidienne Malgache comme travailler aux champs, garder les zébus, chercher de l’eau à la fontaine, participer à la cuisine, aux fêtes familiales ou du village, piler le riz ou encore aller au marché. 142 Site l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - http://www.aina-madagascar.org/ - Site visité le 14/01/2011 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 101 Le voyage s’effectue surtout dans des familles d’accueil recevant le voyageur comme un invité. Les repas sont alors ceux du quotidien que la famille partage avec le voyageur. Le couchage est un lit ou un matelas par terre dans une chambre seul ou partagé, parfois une tente dans certains villages. La douche se prend dans une de salle de bains mais aussi dans un lieu intime mis à sa disposition avec un sceau d’eau (chaude si le voyageur le demande). Les toilettes sont souvent une cabane au fond du jardin avec un trou sans évacuation, la famille d’accueil faisant le nettoyage une fois par jour. Les Malgaches sont réputés être accueillants mais le voyageur doit faire un effort d’adaptation pour le niveau de vie et du confort. Une préparation et un suivi du voyage est effectuée. Les voyageurs doivent approuver la charte143, être en accord avec son état d’esprit. Ils prennent également contact avec des anciens voyageurs, prêts à témoigner. Au retour, ils sont invités à faire partie du réseau « Voyageur Aina » et donc, de témoigner à leur tour, de garder des liens. b) Voyages proposés par l’association : - Le Voyage bénévolat pour un projet solidaire: C’est un voyage basé sur un appui à des projets de solidarité selon les besoins dans les villages partenaires et correspondant aux profils des voyageurs. Les porteurs de projets voyageurs, selon leur financement et leur moyen de collecte, peuvent être amenés à effectuer un don de matériel pour la réussite de ce projet. - Participation aux activités d’Aina : Ce voyage s’adresse à des voyageurs intéressant l’association grâce à des compétences particulières, spécialisés dans certaines activités comme les voyages solidaires, le commerce équitable… - Le voyage sur mesure: En fonction des attentes et du budget des voyageurs, Aina peut mettre en place des voyages personnalisés avec des hébergements à la fois en famille d’accueil et hôtelier avec des déplacements en taxi brousse ou en voiture de location. - Voyage en petit groupe : Ce voyage est proposé à des groupes de 4 à 6 personnes qui seront accueillis dans les villages en famille ou en chambres d’hôtes/hôtels. Ils seront accompagnés d’un guide et voyageront en voiture de location. 143 Annexe n°9 – « Les charte des voyageurs d’Aina » Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 102 - Le voyage évasion et découverte : Des groupes déjà constitués, ne dépassant pas 6 personnes peuvent être accompagnés par Aina Madagascar pour simplement voyager dans l’ile. 2) Les projets de développement local Aina Madagascar participe très activement au développement local des villages partenaires en concertation avec la population locale. a) Pour une meilleure éducation Deux villages bénéficient actuellement des projets éducatifs à orientation scolaire. En 2007, le village d’Ankarefo débute l’extension de salles de classe. Le projet concerne et profite à d’autres villages des alentours. La construction se termine mais il manque les meubles et les fournitures. Des voyageurs ont donné des cours de renforcement. En 2008, dans le deuxième village, Beravina, des ateliers de formations sont mis en place afin de créer une activité de commerce équitable pour les femmes et les jeunes villageois. Avec l’élevage, 80% de l’activité du village est agricole, une briqueterie fonctionne quant à elle que les mois de juillet à octobre. 65% de la population sont des jeunes et le travail manque. Aina Madagascar a son siège dans ce village. En 2008 toujours, 14 enfants issus de famille ne pouvant assurer leur scolarisation, ont bénéficié d’un parrainage. Ils sont alors scolarisés et profitent d’un déjeuner le midi, leur assurant au moins un repas équilibré par jour. Suite au désengagement de certains parrains et une demande croissante de parrainage, l’association et le village décide de construire une école communautaire. Ainsi le projet améliore le développement de la communauté toute entière. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 103 b) Le commerce équitable Le commerce équitable résulte d’une économie alternative cherchant à pallier aux problèmes d’un développement économique où la croissance est une finalité144. Au vue de ces objectifs, le commerce équitable est définit comme « un commerce social visant un rapport d’échange satisfaisant pour tous. Il a pour but d’aider les coopératives d’artisans dans les pays en développement, à se développer durablement ».145 Aina Madagascar considère le commerce équitable comme un véritable outil de développement durable afin de valoriser les petits producteurs défavorisés, leur développement et leur pérennisation. Grâce à son partenariat avec l’association Zoma Dijon, Aina Madagascar développe un commerce équitable permettant d’élargir un réseau d’artisans, groupement de femmes handicapées ayant besoin de trouver des débouchés. Ce réseau s’étend vers les villages d’Ambositra et Ambalavao et dans les quartiers défavorisé de la capitale. En 2010, un premier container fut envoyé à Dijon, ce qui permit de faire connaître les activités d’Aina à Madagascar aux acheteurs français et « donner une bouffée d’oxygène aux artisans paralysés par la crise politique à Madagascar ».146 c) Les autres projets de développement Outre le développement de la scolarisation des enfants et la mise en place du commerce équitable, Aina entreprend de faire prendre conscience de l’environnement socioculturel et éducatif aux jeunes Malgaches, très nombreux dans le pays, mais désorientés et vivant au jour le jour. L’association développe plusieurs projets de centres socioculturels pour « l’éducation, l’information, l’apprentissage, les loisirs et la cultures ». Une bibliothèque, des accompagnements scolaires, un espace multimédias, un apprentissage des langues, de la musiques, des danses et des jeux sont prévus. En 2001, dans le cadre des échanges culturels, un projet, AIGA, permit un échange entre des scouts malgaches et français. Un centre d’informations et de documentation fut construit à Analamahitsy, financé par le JSI (Jeunesse Solidarité Internationale du Ministère des Affaires Etrangères) et Défi Jeunes (Ministère de la Jeunesse et des Sports ) Le projet MANAKALO, en 144 Site l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - op. cit. p 101 145 Du Site Achat solidaire – « Commerce équitable : définition et labels http://www.actualitesolidarite.com/achat/rubriques/com.htm - Site visité le 30/04/2011 146 Blog de l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - http://ainamadagascar.wordpress.com/ - visité le 14/01/2011 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 104 2004-2005, fut l’occasion d’échange entre une école malgache et une école française afin de faire découvrir les cultures respectives grâce à des jeux, des animations, des ateliers, des contes…. Ces projets de développement sont financés par les membres de l’association qui donnent 30 euros pour les actions de solidarité aux responsables de l’association, dès leur arrivée sur l’Ile. III- Vérification des hypothèses Nous souhaitons à présent vérifier nos hypothèses dans le cadre de l’association Aina Madagascar. Ces vérifications ne sont pas basées sur une étude de terrain réelle mais sur les connaissances de l’association grâce à l’outil internet, et d’un entretien avec le président de l’association Tamby Riana. 1) Une nouvelle gouvernance Nous chercherons ici à comprendre le mode de gestion de l’association face à une gouvernance locale. a) Une gouvernance locale L’association Aina Madagascar est une association Malgache dirigée par un Comité d’Administration et un bureau en consultation avec la population locale. C’est une gouvernance locale. L’association fait elle-même la promotion des voyages, met en relation les familles villageoises et les voyageurs en les payant directement pour leur accueil, sans d’intermédiaire extérieur. L’association maitrise ses projets et le nombre de ses voyageurs en les répartissant dans les familles. La capacité de charge est maitrisée. La population locale des villages d’accueil est consultée autant pour les projets touristiques ou non. Les besoins des villageois sont discutés et définies afin de mettre en place des projets communautaires profitant à tout le village. b) Une diversification des activités vers le commerce équitable Aina n’est pas une collectivité locale mais une association agissant pour le développement de la zone d’Analamahitsy, près de la capitale. Elle diversifie ses activités pour lui permettre de ne pas dépendre exclusivement du tourisme. Elle développe et encourage le développement du Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 105 commerce équitable afin d’assurer d’autres ressources financières, et elle met beaucoup d’espoir dans le volet éducatif afin que les jeunes enfants prennent ensuite la relève pour un développement pérenne de la zone. L’association Aina Madagascar à une gestion uniquement locale et tente de se diversifier. Cependant, elle reste très dépendante du tourisme en subissant fortement ses crises. 1) Une marchandisation maitrisée de la culture et des échanges a) Une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges Les voyageurs, surement conquis par un voyage paraissant authentique au cœur de la culture Malgache, semblent en comprendre l’esprit (étudié dans notre première partie, deuxième chapitre). Grâce à l’association Aina Madagascar, ils sont guidés et les échanges mercantiles sont mieux maitrisés. Aina refuse, par exemple, que les voyageurs apportent des cadeaux aux villageois afin d’éviter des relations basées uniquement sur des biens matériels car l’association a « cœur à introduire des relations sociales et amicales au sein des échanges matériels »147. Dans cette optique, Aina Madagascar permet d’amener du matériel en lien avec la santé et l’éducation en les remettant directement au centre de santé et aux écoles. Dans ce cas, les échanges mercantiles sont aussi l’occasion d’une mise en valeur de la sociabilité, de la solidarité et de rapports enrichissants. Même s’ils payent leurs consommations (nourriture, nuit…) les voyageurs accueillis sont reçus comme des invités semble-il, jamais dans l’excès. « Nous avons remarqué que les échanges étaient toujours réciproques *ils+ s’échanger leur culture *…+ c’est un double échange ».148. Tamby Riana précise que si le voyageur est présent au période des fêtes il y assistera mais rien ne sera organisé pour lui. Les habitants des villages d’accueil ne changeront pas leur mode de vie, l’invité partage la vie quotidienne de la famille et du village. « Le voyageur observe et échange. Les villageois partagent leur culture et le voyageur partage également sa culture »149. 147 Site l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - op. cit. p 101 148 Ibidem 149 RIANA TAMBY – Annexe 2 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 106 Dans ce contexte, il est approprié de parler d’une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges. Participe-t-elle à la valorisation de la culture et au développement local des villages d’accueil ? b) La valorisation de la culture Malgache et développement local. Un des objectifs d’Aina Madagascar est de permettre aux villageois de mieux considérer leurs ressources qu’elles soient sociales, économique ou culturelle, de redonner vie à la culture locale du village. La culture dans les villages partenaires est effectivement valorisée par les passages des voyageurs logeant chez les familles d’accueil, dans un contexte d’échanges réciproques. De plus, avoir un projet touristique commun et des invités au village, renforce la solidarité entre les villageois. Ils bénéficient directement des retombées du tourisme et peuvent construire ensemble des projets de développement comme l’école communautaire à Beravina ou un centre socioculturel. Ces projets communautaires favorisent le développement de toute la communauté. L’accueil de voyageur dans le cadre de rencontres partagés contribue bien à la valorisation de l’environnement culturel du village d’accueil en permettant une prise de conscience et une envie de réaliser et de concrétiser des projets pour améliorer la vie dans le village en gardant en considération les ressources sociales, économiques et culturelles. 2) Une initiation à l’apprentissage interculturel a) Les échanges culturels Il existe un volet « échanges culturels » depuis les débuts de l’association en 2001 notamment concrétisé par le projet AIGA ou Manakalo. Au départ, il était question de créer une rencontre entre les jeunes membres de l’association : « Echanges jeunesse ». Aina Madagascar veut redynamiser ce volet avec un projet plus conséquent basé sur la culture, l’échange et la sensibilisation à l’interculturalité. Les objectifs de ce projet sont les suivants: - Rencontres et échanges avec les membres d’Aina à l’extérieur. - Promouvoir des relations interculturelles et sensibiliser à l’interculturalité. - Mettre l’accent sur la culture, promouvoir la culture malgache et les voyages solidaires. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 107 Plusieurs actions sont envisagées comme la présentation de l’association et de ses activités, l’organisation de rencontres avec les partenaires, la projection de photos et de films documentaires sur Aina Madagascar, l’animation d’ateliers cultures… Ces échanges culturels semblent être un outil formidable afin d‘ouvrir les esprits de la culture malgache. Les activités sont destinées aux partenaires, aux membres, aux enfants et aux jeunes. Cependant, nous ne pouvons pas parler d’éducation interculturelle par les voyages telle que nous l’avons décrit dans notre seconde partie (chapitre 3). Ce volet peut en revanche être appréhendé envers les publics cités comme une formation interculturelle sur la culture malgache et l’interculturalité en général : une préparation au voyage pour des futurs voyageurs potentiels, une préparation à accueillir pour les villageois, un complément interculturel pour les anciens voyageurs et une simple sensibilisation pour les autres. b) Un apprentissage interculturel Pouvons-nous parler d’une véritable éducation interculturelle dans le cas d’Aina Madagascar ? L’association propose une réelle immersion à ces voyageurs. Ils sont accueillis dans des familles d’accueil où il y a un échange de culture. « Un apprentissage se fait dans les deux sens »150. De réels échanges peuvent se construire et nous l’avons vus, hors marchandisation de la culture et des échanges (du moins minimes et maitrisés). On peut parler « d’échanges équitables ». Ce contexte favorise l’apprentissage interculturel d’autant plus que le voyageur vit le quotidien de la famille d’accueil. D’autre part, une préparation au voyage est effective. Outre les projets de l’éducation culturelle proposés par l’association, les futurs voyageurs sont invités à rencontrer ceux déjà partis. C’est un échange en amont avec « le semblable Tiers instruit » (chapitre 3, partie 2) à partir d’expériences vécues ; communiquer les difficultés possibles permet de mieux anticiper et de mieux vivre ces conflits potentiels. Rappelons que la durée du séjour joue sur l’apprentissage et Aina Madagascar n’offre que principalement des périples de moins d’un mois. Ces voyages, trop courts, ne permettent pas une immersion longue et une réelle éducation interculturelle. 150 RIANA TAMBY – Annexe n°2 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 108 Au vu de la préparation du voyage, de tous les atouts de l’association en termes de gestion et de fonctionnement que nous avons déjà étudiés, nous pouvons tout de même parler d’une initiation à l’éducation interculturelle. D’ailleurs, les voyageurs ont une envie de réitérer une telle expérience, voici deux témoignages de voyageurs d’Aina.151 « Pour nous, notre voyage solidaire a Madagascar avec l’association AINA MADAGASCAR restera de loin le plus beau et le plus riche en émotions… En effet outre les multiples paysages que nous a offert de voir cette immense Ile, la rencontre avec les malgaches nous a profondément touché par leur sincérité et leur simplicité [...] » « Quel plaisir d’être dans un rapport d’humain à humain. J’y ai beaucoup appris, et j’y ai reçu, sans nul doute, mille fois plus que je n’ai donné. Etre reçu chez l’habitant cela me semble la meilleure entrée possible pour découvrir un pays et quelques uns de ses habitants. La gentillesse et l’hospitalité des Malgaches sont à la hauteur de la légende». Conclusion du chapitre I : L’association Aina Madagascar est une association de tourisme solidaire avec une gouvernance locale en concertation avec la population locale, essayant d’inscrire le tourisme dans un système, notamment avec la mise en place d’un commerce équitable. Ces voyageurs sont logés chez les habitants, reçus comme des invités, favorisant des échanges équitables. Aina Madagascar favorise largement le développement locale avec notamment la création d’école, de centre d’information et socioculturel. L’activité touristique dans ces villages ne perturbe donc pas la vie mais contribue à son amélioration dans une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges. Si nos deux premières hypothèses sont vérifiées, la troisième l’est moins, Aina Madagascar proposant surtout des voyages de courtes durées. Nous pouvons cependant parler d’initiation à l’éducation interculturelle par le voyage en immersion. 151 Blog de l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - op. cit. p 104 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 109 CHAPITRE II : L’association AFS Vivre Sans Frontière : une éducation interculturelle par les voyages. L’association AFS Sans Frontière propose des voyages en immersion de longues durées contrairement à Aina Madagascar. Nous en proposons l’étude afin de vérifier notre dernière hypothèse. Nous souhaitons ensuite comparer les deux associations afin de comprendre leurs différences mais surtout leurs similitudes afin de permettre une relation entre nos trois hypothèses. I – Présentation de l’association. Cette section vise à présenter AFS Vivre Sans frontière avec ses objectifs et ses valeurs ainsi que les programmes en immersion qu’elles proposent. 1) Présentation générale de D’AFS Vivre Sans Frontière a) AFS Vivre Sans Frontière dans le monde152 AFS Vivre Sans Frontière est une association de loi 1901 sans but lucratif fondée dans les années 50. C’est une association française mais membre du réseau international « AFS Intercultural Programs » rassemblant 50 pays du monde. L’Organisation international cherche à développer les relations interculturelles par des séjours de longues durées des jeunes à l’étranger. Les différents pays, membres du réseau, réalisent entre eux des échanges individuels de jeunes d’une période de 1 mois à 1 an. Au niveau Européen, AFS Vivre Sans Frontière est membre d’European Federation for intercultural learning (EFIL), rassemblant les 21 partenaires de l’Europe. La fédération a pour but de faire le lien entre AFS et les institutions européennes, elle organise des formations et des week-ends rencontres pour les bénévoles Européens. En France, AFS Vivre Sans Frontière fédère 27 associations locales avec l’appui de 400 bénévoles. Ceux-ci sélectionnent et préparent les candidats au départ ainsi que les familles d’accueil recevant les jeunes étrangers, 152 Site d’AFS Vivre Sans Frontière - http://www.afs-fr.org/fra_fr/home - Site visité le 14/01/2011. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 110 organisent des activités et font la promotion d’AFS au niveau local ; ce sont souvent d’anciens participants. A rajouter à l’organisation, quatorze salariés qui coordonnent les activités au niveau national. b) Objectifs et valeurs de l’association Les valeurs fondamentales d’AFS sont la dignité, le respect des différences, la sensibilité, le refus du repli sur soi, l’ouverture et la tolérance. L’objectif d’une telle organisation est d’offrir un apprentissage non formel interculturel pour un développement de la connaissance, des capacités et une compréhension nécessaire pour « La construction d’un monde meilleur »153. Elle aspire à permettre aux individus d’agir en citoyens du monde responsables et travaille pour la paix dans un monde multiculturel. « La paix est un concept dynamique menacé par l’injustice, l’iniquité et l’intolérance »154. Le Congrès mondial AFS 2010 qui a eu lieu en octobre à Buenos Aires en Argentine, met en lumière les futures orientations de l’Organisation comme l’approfondissement des recherches sur l’interculturalité. « Nous sommes convaincus des apports de l’échange interculturel comme moyen d’action pour aboutir à un monde plus pacifique »155 Ces objectifs et ces valeurs semblent être universels car l’association jouie d’une reconnaissance importance. Elle a été reconnue d’utilité publique en 1965, elle est agréée par le secrétariat au tourisme et celui de la jeunesse en tant qu’association de jeunesse et d’éducation populaire. Elle est membre du CNAJEP (Comité pour les relations Nationales et Internationales des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire) ainsi que de l’UNSE (Union National des organisations de Séjours de longues durées en France et à l’étrangers). 2) Des voyages en immersion a) Organisation des voyages Ce sont des voyages de longues durées de 2 mois à un an dans une famille d’accueil à l’étranger. Chaque participant est placé dans une famille, de manière à ce que la compréhension de la langue et du nouvel environnement socioculturel soit plus rapide. Les familles sont bénévoles, il n’y a 153 MITCHELL R. HAMMER – op. cit. p 85 – np 52 154 Ibidem 155 Site d’AFS Vivre Sans Frontière – op. cit 110 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 111 aucun lien mercantile entre les familles et les participants afin de favoriser les liens affectifs. Si une famille manque de moyens financiers pour accueillir, elle peut bénéficie d’une bourse afin de subvenir au besoin d’une personne supplémentaire. Une bourse peut également être attribuée aux jeunes ne pouvant pas s’offrir une telle expérience. De plus AFS accompagne ces jeunes afin d’effectuer une démarche complémentaire de financement au près des collectivités territoriales. Les participants sont intégrés dans un univers professionnel (souvent des ONG) pour des programmes de 6 mois destinés aux plus de 18 ans et dans un univers scolaire pour les autres ; ils sont en totale immersion. Grâce à l’école ou au travail ainsi qu’aux activités AFS pendant les séjours, les participants venants des cinq continents se rencontrent et peuvent échanger, parfois lier une amitié. AFS est attentive à la sécurité de ses participants avec un suivi sérieux par les bénévoles d’AFS sur place ainsi qu’une cellule de crise concrétisé par un numéro d’urgence 24 heures sur 24. b) Les programmes proposés156 Plusieurs programmes sont proposés pour des jeunes de 12 à 30 ans: - Les programmes scolaires : Ces voyages sont proposés au moins de 18 ans pour 2 mois en été, un trimestre scolaire ou un semestre. Des échanges sont aussi proposés d’une durée de 2 ou 3 mois. Les participants français partent dans leur famille d’accueil où un jeune de son âge vit aussi. Quelques mois après le retour, le jeune de la famille d’accueil vient à son tour pour 2 ou 3 mois. - Les programmes pour les plus de 18 ans : Le participant part pour 6 mois ou 1 an dans une famille pour pratiquer un bénévolat d’initiation au développement dans une ONG. Des programmes d’assistant en langues étrangères sont aussi proposés pour 4 à 6 mois ainsi que des programmes universitaires d’un an. Tous les participants d’AFS sont invités (présence obligatoire) aux journées AFS avant le départ ainsi que durant le séjour. Ces réunions permettent aux futurs voyageurs, aux familles d’accueil et aux jeunes étrangers sur place de se rencontrer pour partager leurs expériences et participer à des ateliers préparant aux contextes interculturels. Les familles, laissant partir leur enfant, sont ainsi préparées, rassurés et peuvent accompagner dans l’apprentissage interculturel de leur enfant. 156 Annexe n°10 - « Les programme AFS en un clin d’œil » Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 112 II – Vérification des hypothèses. Il est difficile de vérifier notre première hypothèse concernant la gouvernance locale et la diversification, AFS étant une association agissant mondialement pour une meilleure construction d’un monde interconnecté. Nous pourrons en revanche analyser les enjeux dans la mondialisation, l’éducation interculturelle par des voyages en immersion et la nécessité d’un suivie pédagogique. 1) Un enjeu dans la mondialisation Les voyages éducatifs AFS ont une place dans la mondialisation, un enjeu pour les territoires et une éducation à la citoyenneté. a) Une dynamique pour les territoires d’accueil Les séjours des jeunes ne posent pas d’effets néfastes aux territoires d’accueil, l’effet de masse n’existant pas. La folklorisation est absente puisque se sont des séjours longue durée en immersion, les visités ne peuvent pas se mettre en scène tous les jours de leur vie pendant une période aussi longue. D’autre part, les accueillis peuvent venir d’une région du monde spécifique. Si le territoire d’accueil a des liens avec une zone dans le monde, il peut faire venir des jeunes de cet endroit. Par exemple une région en coopération décentralisée avec le Sénégal pourra recevoir des jeunes de ce pays. AFS soutient aussi les territoires dans leurs manifestations liées à l’éducation, la jeunesse, l’apprentissage interculturel, la mobilité et la citoyenneté internationale. D’autre part, les programmes pour les jeunes de plus de 18 ans sont des initiations au développement. Ces séjours sont donc conçus pour donner une aide au développement local ainsi qu’un apprentissage interculturel et initiatique dans l’aide au développement. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 113 b) Une éducation à la citoyenneté internationale Les programmes AFS permettent une éducation à la citoyenneté internationale dans un contexte où les différences ne sont pas systématiquement perçues comme autant de richesse. « L’enjeu interculturel : Ce terme reflète en quelque sorte le désarroi de nos société devant une mondialisation mal maitrisée. »157 Ils donnent une idée plus large de la citoyenneté que l’éducation civique enseignée à l’école. Les jeunes peuvent alors avoir une vision plus large du monde. «Il en résulte une différence remarquable et mesurable dans la façon dont ces jeunes perçoivent le monde, s’y déplacent et le changent »158 D’un point de vue Européen, les deux organisations AFS et EFIL forment de futurs citoyens de l’Europe, conscient de leur propre identité dans le contexte d’un monde multiculturel. Sébastien Thierry, ancien AFS et adjoint à l’agence Europe-Education-formation, témoigne de l’influence de son année AFS : « Capacité à s’adapter, à se découvrir et à s’ouvrir à la découverte, à oser répondre au défis personnels et professionnels » « Le lien auparavant discret entre mobilité, développement de compétences, et insertion sociale et professionnelle, devient de plus en plus patent. »159 Ainsi les programmes d’AFS ne projette pas un développement particulier des territoires visités mais opère à une éducation non formelle pour une coexistence des peuples dans un monde pacifiste. 2) Une éducation interculturelle par les voyages en immersion L’éducation interculturelle s’opère par des programmes de séjours pour les jeunes en immersion dans la culture d’accueil, favorisant une pensée métisse, une tolérance et une ouverture sur le monde, valeurs d’AFS. 157 Jorg Eschenauer, président du département de la formation linguistique de l’école Nationale des Ponts et Chaussées - Colloque organisé par AFS Vivre Sans Frontière le 25 avril 2008 à Paris – Synthèse rédigée par Michel Antoine – « Les échanges internationaux de jeunes face aux défis de l’interculturel » 158 Tachi Cazal, président directeur général d’AFS Intercultural Programs - Colloque organisé par AFS Vivre Sans Frontière le 25 avril 2008 à Paris – Synthèse rédigée par Michel Antoine – « Les échanges internationaux de jeunes face aux défis de l’interculturel » 159 Site d’AFS Vivre Sans Frontière - op. cit. p 110 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 114 a) La pensée métisse : résultat des séjours AFS AFS propose que des séjours en immersion dans des familles d’accueil et des lycées ou des ONG d’accueil. L’étude de M. Hammer a montrée les apports des programmes d’une année scolaire à l’étranger sur des jeunes de différentes cultures partant dans différents pays, en opposition avec un groupe témoin ne bénéficiant pas d’année à l’étranger. L’étude est construite autour du MDSI. A la fin de leur année, les participants avaient une nouvelle vision de voir le monde, se comportaient différemment, avaient de meilleurs relations avec les autres de même culture ou non. Suite à une expérience de ce type, les jeunes, plus tolérants ont une meilleure confiance en eux, s’expriment mieux sur différents sujets. Ils se sentent plus à l’aise dans un environnement différent. Leurs angoisses baissent de manière significative lorsqu’ils sont en présence d’autres cultures et surtout ils jugent beaucoup moins, comprennent différents point de vue. Ils sont plus extravertis et ont une tendance à aller vers les autres plus qu’avant. Beaucoup recherchent l’altérité dans leurs relations, facteur de créativité grâce à la différence. b) Témoignages de jeunes et de familles d’accueil160 Une famille, participant au mariage de Sandra accueillie auparavant, remarque que celle-ci a pris quelques unes de leurs valeurs : « Nous constatons combien nous somme proche de ses valeurs éducatives », ainsi que des valeurs AFS : « c’est avec grande patience que Sandra cherche à comprendre les émotions de ses petits et à les guider, vers une plus grande assurance, une plus grande confiance en soi ». Les même parents nous confie que leur fille d’accueil a beaucoup changé par rapport à la première rencontre : « Il nous est difficile de retrouver dans cette jeune femme dynamique et pleine d’assurance, l’adolescente amorphe, peu ouverte et totalement avachie dont nous gardions souvenir » « Pour un élève français, il y a beaucoup à gagner, que se soit culturellement ou personnellement. » « Les russes contrairement aux idées reçues, sont très accueillants ». « Je n’avais pas de fille, maintenant j’en ai 4, elles ont grandies la famille et rétrécies le monde ». « La chose principale à savoir, c’est de ne pas être timide et d’aller vers les gens. » 161 160 Site d’AFS Vivre Sans Frontière - op. cit. p 110 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 115 « Cette expérience m’a beaucoup appris sur la culture américaine et je la voie d’un œil tout à fait différent. » 3) Une préparation et un suivie pédagogique Nous avons vue que l’éducation interculturelle peut rester superficielle si le séjour est trop court ou mal préparé. AFS propose des préparations et des suivis favorisant l’apprentissage interculturel pendant le séjour. Ces formations visent à intégrer le participant dans un contexte interculturel en insistant sur trois points162 : - Savoir d’où l’on vient : c’est un travail pour une meilleure connaissance de soi, de ses valeurs résultat d’une histoire personnel et non personnel dont l’individu est à la fois l’acteur et le produit. - Les émotions comme instrument de connaissance : s’attacher à quelqu’un ou à quelque chose d’incompréhensible est un premier pas pour remettre ces certitudes en question. - Maitriser l’anxiété éprouvée face à la différence et accepter de voir le monde en gris et non pas en noir et blanc. AFS entreprend ,dans un cadre éducatif, l’organisation d’activités et effectue des recherches menées dans le domaine de l’interculturel, les programme d’échanges étant conçus pour être à caractère éducatif. C’est une éducation non formelle. C’est finalement un complément éducatif en termes d’apprentissage à la citoyenneté, de la sensibilisation à l’interculturel. L’idéal pour former les individus dès leur plus jeune âge serait d’intervenir dans les écoles de façon significative (en grand nombre). AFS a mis en place des ateliers pour les écoles du secondaire, mais à petite échelle. « L’apprentissage interculturel, un passeport pour l’avenir »163, l’objectif est de proposer un accompagnement aux enseignants du secondaire afin de préparer les jeunes à une ouverture à l’Europe. 161 Site d’AFS Vivre Sans Frontière - op. cit. p 110 162 Site d’AFS Vivre Sans Frontière - op. cit. p 110 163 Site d’AFS Vivre Sans Frontière - op. cit. p 110 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 116 III – Comparaison avec l’association Aina Madagascar. Nous avons choisi ces deux associations pour leurs différences mais aussi pour leurs complémentarités permettant de vérifier toutes nos hypothèses en articulant ces dernières autour des similitudes des deux associations. 1) Des différences complémentaires Aina et AFS ne travaillent pas à la même échelle, l’une agit localement, l’autre dans une dimension planétaire. Les activités et objectifs sont alors très différents. Aina Madagascar nous a permis de vérifier notre première et seconde hypothèse dans une gouvernance locale en concertation avec les habitants des villages d’accueil, dans une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges. L’association a pour objectif principal le développement local grâce à la mise en place de voyages solidaires, créant un cadre favorable aux rencontres équitables dans une initiation à l’éducation interculturelle. « Nous souhaitons à chaque voyageur venu à Madagascar loisirs, apprentissage et découverte personnelle »164 Au regard de cet objectif d’apprentissage, nous pouvons rejoindre l’association AFS Vivre Sans Frontière ayant pour but principal l’éducation interculturelle pour une culture mondiale de la paix. Cette association vise à éduquer les jeunes afin qu’ils évoluent dans un monde pluriel. Les programmes proposés par AFS sont longs, favorisant une immersion totale du participant. Les 2 associations ont des valeurs qu’elles veulent transmettre par le biais de l’éducation, l’une par des voyages interculturelles, l’autre par une mise en œuvre de projets éducatifs pour la population d’accueil. Face à des enjeux et des échelles différentes, les 2 associations ont des activités et des objectifs distincts. Elles se rejoignent néanmoins dans la mise en place de cadres favorables pour des rencontres et des échanges équitables. Enjeux 164 AINA AFS RIANA TAMBY – Annexe n°2 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 117 Statut Association Association Echelle Local internationale Gouvernance locale Oui Non Diversification Oui Non Séjours durée Court (moins d’un mois) Long (plus de 2 mois) Oui mais pas que Oui total Raisonné Raisonné Folklorisation Non Non Développement local Oui Non Développement durable Oui Oui Echanges équitables Oui Oui Respect mutuel Oui Oui Lien avec ancien voyageur \ pas de Oui et pendant \ pédagogie après pas de pédagogie Une initiation Oui, totalement Immersion Marchandisation : culture \ échange Formation avant départ Apprentissage interculturel Tourisme responsable Clientèle Oui Oui , agit comme les locaux, comme Plus de 18 ans, ou famille Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN par réflexe De 12 à 30 ans 118 2) Schéma comparatif d’Aina Madagascar et AFS Vivre Sans Frontière Culture de la paix et Développement développement durable local Un tourisme Éducation responsable Rencontres\ interculturelle échanges interculturels équitables Marchandisation raisonnée de la culture Dimension locale Dimension planétaire Préparation aux voyages gouvernance locale Séjour longs Séjour courts Figure 3 : Comparaison AINA AFS Source : Mélanie Pépin Les rencontres et échanges interculturelles sont les points centraux de notre étude, ils représentent la clef de voute des deux associations étudiées. Ce schéma a plusieurs sens de lecture : Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 119 - Une culture de la paix par une éducation interculturelle par des rencontres et des échanges équitables OU des rencontres et des échanges équitables pour une éducation interculturelle pour une culture de la paix mondiale. - Un Développement local par un tourisme responsable par des rencontres et des échanges équitables OU des rencontres et des échanges équitables pour un tourisme responsable dans un développement local. Une dynamique est représentée par les pointillés rouges afin de mettre en lumière des relations plus rapprochées entre éducation interculturelle, échanges équitables et tourisme responsable. Une initiation à l’apprentissage interculturel est effective avec Aina Madagascar grâce aux rencontres. D’un autre côté, le tourisme responsable fonctionne dans le cadre d’une éducation interculturelle. 3) Un outil pour l’orientation des échanges interculturels dans le tourisme Nous pensons ce schéma utile pour positionner des organismes basant leurs activités autour de rencontres interculturels, orientant leur gestion des voyages et du tourisme pour un développement. Des organisations, visant à une éducation interculturelle, doivent se positionner dans une dimension planétaire dans le cadre de séjours long, pour une culture de la paix et un développement durable. Si l’organisme vise un développement local, il faut s’assurer d’une gouvernance locale pour un tourisme responsable. Les échanges équitables permettent une marchandisation de la culture, mais une préparation aux voyages est dans les deux cas nécessaire. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 120 Conclusion chapitre 2 : AFS Vivre Sans Frontière propose des voyages en immersion longue dans la culture d’accueil. Notre hypothèse concernant l’éducation interculturelle se vérifie grâce à de nombreux témoignages de voyageurs de même qu’une l’étude de Michell Hammer concernant les bénéfices des programmes AFS pour les voyageurs. Nous ne pouvons cependant pas affirmer qu’AFS contribue au développement local mais plutôt à une prise de conscience internationale relevant de la citoyenneté, en cohérence avec un développement durable. La comparaison entre le deux associations permet de comprendre les rôles des échanges interculturels dans le tourisme pour un développement. Les échanges permettent ainsi de contribuer à un tourisme plus responsable favorisant un développement local ou permettant une éducation interculturelle pour un développement durable. Face à ce constat, nous souhaitons intensifier la convergence entre les deux associations et, par leurs biais pallier aux limites de nos hypothèses en proposant une nouvelle idée : les séjours touristiques permettent une éducation aux voyages et une initiation à l’apprentissage interculturel. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 121 CHAPITRE III : Synthèse Générale Notre étude à permis un certains nombres de réflexions dont certaines sont encore en suspens. Nous souhaitons dans ce chapitre, schématiser notre réflexion afin de comprendre les questionnements futurs que nous poserons plus concrètement durant notre stage et cadrerons à la rentrée prochaine pour un mémoire de Master 2. I – Approche interculturelle du tourisme et du développement. Il nous parait important dans un premier temps de rappeler le contexte qui nous a amené à étudier l’importance de l’interculturalité dans le tourisme et le développement puis, à problématiser cette approche. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 122 1) Contexte et choix du sujet Expérience de voyages Stages : intégration interculturels des habitants dans les Parcours tourisme et développement projets touristiques Volonté de croiser tourisme, interculturalité, développement : Approche Interculturelle du tourisme et du développement Problématique : dans quelles mesures le tourisme peut-il être vecteur de développement dans un contexte interculturel ? Hypothèse 1 : Hypothèse 2 : Hypothèse 3 : Le tourisme vecteur Marchandisation Éducation de développement, raisonnée de la culture interculturelle par le nécessité d’une et des échanges. voyage : pratiques nouvelle gouvernance. responsable Vérification hypothèse Nouvelle hypothèse : Les séjours touristiques permettent une éducation aux voyages et une initiation à l’apprentissage interculturel. Figure 4 : Contexte et choix du sujet Source : Mélanie Pépin Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 123 2) Importance de l’interculturalité dans le tourisme et le développement Le schéma suivant explique dans quelle mesure la mondialisation des échanges participent d’une part à de nouvelles réflexions sur le développement et d’autre part à l’évolution du tourisme international. L’industrie du tourisme participe dès sa naissance à une éducation par les voyages par les Grands Tours des jeunes aristocrates Anglais recherchant le frottement avec l’altérité. Suite à la marginalisation du tourisme de masse, le tourisme prend la direction d’un tourisme durable, voyages modernes. Le mot développement, controversé car associé à la croissance économique, glisse vers d’autres appellations : développement durable ou développement local, tous deux pouvant être définis comme le passage à une meilleure situation. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 124 Figue 5 : Echange interculturel dans le tourisme et le développement Source : Mélanie Pépin Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 125 II – L’importance des échanges interculturels équitables 1) Une marchandisation raisonnée par une gouvernance locale Figue 6 : Une marchandisation raisonnée Source : Mélanie Pépin Le territoire d’accueil intègre ces activités dans un système où le tourisme est un secteur au même titre que l’agriculture et l’industrie. La gouvernance locale permet de contrôler le développement et les entrées du territoire (par exemple les aides d’ONG ou les coopérations décentralisés, spécialisées dans les relations internationales.) Le touriste, lui, n’est pas spécialiste dans les échanges internationaux, il rentre alors dans un territoire inconnu. Sans espace propice à la rencontre, l’étranger ne peut communiquer avec la population locale (« Pas d’échange ») ni comprendre l’environnement d’accueil : Il se heurte au voile de la folklorisation. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 126 Le touriste n’est alors pas un acteur lucide sur le territoire d’accueil. Sans compréhension mutuelle, un non respect souvent inconscient se créé. Le touriste ne peut être responsable face aux enjeux d’un territoire inconnu. Permettre des rencontres équitables entre touristes et habitants visent à lever le voile de l’exotisme entrainant une avancée vers la compréhension mutuelle. Le rôle des professionnels du tourisme s’oriente alors vers la création d’espaces d’échanges afin de permettre une découverte culturelle dans une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges. 2) Les échanges interculturels au service du développement Le schéma suivant explique comment les échanges équitables entre visiteurs et visités peuvent favoriser le développement, en continuité avec nos schémas précédents. Source : Mélanie Pépin Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 127 Les échanges équitables contribuent à une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges ainsi qu’à une éducation interculturelle par les voyages. D’un côté les échanges et la marchandisation favorisent une valorisation de la culture locale, de l’autre, les échanges et l’éducation interculturelle permettent de responsabiliser le voyageur. Le développement local est alors possible grâce à la valorisation de la culture d’accueil doublé d’un tourisme responsable. La responsabilité du voyageur permet aussi dans le cadre d’une éducation interculturelle, de viser à une citoyenneté internationale sous le joug du développement durable, grâce à des séjours de longue durée. Dans un voyage de courte durée, la création d’espace de rencontre pour des échanges équitables, permet une initiation à l’éducation interculturelle. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 128 II – Stage à Aina Madagascar et perspectives avenirs Cette étude se place dans le cadre de notre année de Master 1 tourisme et développement. Notre stage de fin d’année dans l’association Aina Madagascar va nous permettre de vérifier et d’appliquer la théorie au terrain pour une poursuite approfondie de cette étude en Master 2. 1) Bilan personnel de notre étude Cette étude a permis à la fois un renforcement théorique et méthodologique. Nous ne possédions qu’un ressenti personnel au regard de l’interculturalité et du développement dans le tourisme, grâce à nos propres expériences de voyage, des stages sur l’intégration des populations et les prémices de cours sur le développement en licence Tourisme et développement. Le travail de recherche que nous avons fourni pour agrandir notre champs de connaissance nécessaire à ce travail, à ouvert des questionnements autour d’une approche interculturelle du tourisme et du développement. Nos réflexions furent un enrichissement personnel dans l’apprentissage théorique et scientifique autour du tourisme et du développement d’un point de vue interculturel. La didactique autour de cette étude à aussi était un apport méthodologique important et passionnant permettant les prémices d’une compréhension des réflexions analytiques tout en gardant une vision globale permanente. 2) Stage à Aina Madagascar Grâce aux connaissances et à l’expérience de l’association Aina Madagascar dans les voyages solidaires, nous pensons appuyer notre travail d’étude et porter un regard critique au cours de notre stage avec eux. Nous pourrons ainsi apprécier le fonctionnement d’une association de tourisme solidaire à Madagascar grâce à une gouvernance locale en concertation avec la population locale. Nous étudierons dans quelle mesure l’accueil de voyageur peut concrètement contribuer à un développement local. Notre stage porte sur trois volets : Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 129 - Actions concernant les projets solidaires : intervention à l’animation des écoles, participation à la construction de l’école de Beravina. - Voyages solidaires : Aide à l’accueil et au traitement des dossiers des voyageurs. - Communication des activités de l’association en collaboration avec un stagiaire malgache en journalisme. La relation entre les échanges interculturels et les impacts sur les villages d’accueil permettra d’orienter des pistes de réflexions concrètes pour notre mémoire de deuxième année. 3) Perspectives et projet avenirs Suite à notre travail, de nombreuses réflexions sont survenues suivies d’innombrables questionnements. Notre étude est restée volontairement général et très théorique sans application ou prémices de solutions concrètes. Nous vous proposons dès maintenant un certain nombre de pistes de réflexions générales que nous cadrerons et délimiterons à la rentrée prochaine grâce notamment aux connaissances prochainement acquises durant l’été. Nous pensons ces propositions en continuités et en cohérentes avec notre étude : - Dans quelles mesures les voyages touristiques (de courtes durées) peuvent participer à une éducation interculturelle ? - Orienter une réflexion sur une éducation aux voyages mariant responsabilité et interculturalité. - Proposer des outils pour une formation interculturelle en amont du voyage. - Impulser une réflexion sur les conditions nécessaire afin de créer un espace de rencontre favorisant des échanges équitables. - Pousser les questionnements sur une comparaison entre les échanges mercantiles et non mercantiles. - Analyser des méthodes pour mesurer l’impact culturel sur les sociétés d’accueil dans le but de comprendre les processus d’acculturation par le tourisme. - Amorcer une réflexion sur les organismes de tourisme permettant des séjours touristiques courts, une initiation aux voyages, participant alors à une éducation aux voyages et à l’interculturel. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 130 Ces pistes de réflexions sont les questionnements laissés en suspens dans notre étude animant notre intérêt et notre curiosité. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 131 Conclusion de la troisième partie : Cette partie nous a permis de comprendre comment vérifier nos hypothèses dans les prémices d’une étude terrain. Nous avons validé nos réflexions sur la nouvelle gouvernance et la marchandisation raisonnée de la culture d’accueil grâce à l’association Aina Madagascar. Les échanges interculturels ont donc une importance primordiale dans l’industrie du tourisme afin de permettre un développement des territoires d’accueil. L’association AFS Vivre Sans Frontière a permis d’étudier un cas concret d’éducation interculturelle par le voyage pour une éducation à la citoyenneté en relation avec un développement durable. La comparaison de ces deux associations a montré la synergie entre l’éducation interculturelle, les échanges équitables et le tourisme responsable. Suite à ces constats et après avoir schématisé notre réflexion, l’éducation interculturelle dans des séjours courts d’une industrie du tourisme est difficile. Cependant le lien entre tourisme responsable, échanges équitables et éducation interculturelle permet d’identifier une nouvelle hypothèse : les séjours touristiques permettent une éducation aux voyages et une initiation à l’apprentissage interculturel. Notre stage à Madagascar permettra une application terrain plus concrète permettant de soulever d’autres problématiques face à notre approche interculturelle du tourisme vecteur de développement. Le master 2 permettra de mettre en place une réelle opérationnalité grâce à un mémoire appliqué au stage. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 132 Conclusion Générale Le tourisme est un phénomène mettant en relation des individus porteurs d’une culture différente et aspirant à être un levier de développement pour les territoires d’accueil. Les grands tours avaient pour objectifs de terminer l’éducation des jeunes aristocrates anglais grâce au frottement avec l’altérité, les échanges interculturels étant alors placés au centre des activités. L’accès au loisir à un plus grand nombre d’individu a laissé de côté cet aspect interculturel. Les vacances deviennent alors un besoin pour se reposer, se détendre et s’occuper de soi sans se soucier du territoire ni de la population d’accueil. Le tourisme est alors perçu comme un levier de développement efficace permettant une croissance rapide. Ce tourisme de masse arrive à sa maturité à la fin du 20ième siècle face à un constat alarmant sur les environnements d’accueil. Le tourisme continue cependant sa croissance, mais de nouvelles formes apparaissent sous la coupole du tourisme durable. Il vise à des pratiques plus responsables cherchant le développement des territoires d’accueil en réintroduisant les échanges interculturels au cœur de l’activité touristique. Développement ? Il est nécessaire d’expliciter ce terme souvent controversé dans certaines de ces formes. Le développement durable, d’actualité depuis les sommets de Rio de Janeiro en 1998, met en interrelations l’aspect social, environnemental et économique. Le développement local lui, aspire aux mêmes traits mais à un niveau local permettant aux acteurs du territoire d’avoir les clefs de leur développement. Nous retiendrons une définition simple mais général de cette notion en tant que processus permettant à une situation de glisser vers une situation meilleure. Si le tourisme a permis à des individus de voyager dans les pays en développement, la mondialisation ouvre ces zones au monde, les exposant à une culture de la consommation de masse. Le tourisme s’inscrit dans une mondialisation où les rapports nord sud sont déjà inégaux. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 133 Il est cependant plus risqué que d’autres secteurs économiques. Admettant une relation entre clients et population locale, il permet un processus d’acculturation, souvent basé sur des échanges mercantiles. Les habitants se tournent alors vers cette nouvelle activité plus fructueuse et surtout plus rentable que les activités traditionnelles, risquant de dépendre uniquement de ce seul secteur économique, souvent contrôlé par des entités extérieures. Afin d’éviter un contrôle du territoire par des organismes étrangers et une dépendance au secteur du tourisme, une nouvelle gouvernance est nécessaire. La diversification permet au secteur économique de s’intégrer dans un système au même titre que les secteurs traditionnels. Une gouvernance locale permet aux populations le contrôle de leur développement. Des aides extérieures spécialisées peuvent cependant exister, comme les ONG ou la coopération décentralisée, mais une gestion spéciale est alors de mise sous un management interculturel. Le touriste, non spécialisé dans les relations internationales, arrive dans le territoire d’accueil avec le voile de l’exotisme l’empêchant d’apprécier les valeurs de la population locale. L’industrie du tourisme vend un rêve entretenu par une folklorisation des rites et coutumes des territoires d’accueil, fruit d’une demande d’authenticité. Ces rencontres déguisées empêchent une compréhension mutuelle, le touriste ne pouvant alors respecter un environnement inconnu. Les organismes de voyage ont ici un rôle important à jouer afin de créer des situations favorables à des échanges équitables contribuant ainsi à une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges. Le voyageur pourra alors comprendre son environnement d’accueil, adaptant son comportement dans des pratiques responsables. Du côté des populations locales, les échanges équitables avec le voyageur permettent une valorisation de la culture profitant ainsi à la mise en place de projet de développement local. Les nouvelles formes de tourisme placent alors les échanges interculturels au centre du voyage, favorisant les rencontres, outils de communication entre les peuples et prémices d’une éducation interculturelle. L’éducation interculturelle s’introduit difficilement dans un cadre formel suivant un triangle didactique entre élève, savoir et professeur afin de favoriser les échanges et une éducation civique. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 134 L’éducation interculturelle par les voyages, est en outre beaucoup plus efficace que dans le cadre scolaire. Plaçant le voyageur en immersion avec la culture d’accueil, les traits d’une pensée métisse permettent alors un autre regard alliant tolérance et relativisme sur la pluralité des réalités du monde. Etant dans une attitude compréhensive, les voyageurs ont des pratiques responsables et ainsi se rapprochent des comportements locaux. De plus l’éducation interculturelle permet une éducation à la citoyenneté internationale contribuant alors à un développement durable. Une éducation interculturelle par les voyages n’est cependant pas systématique, certaines conditions sont à respecter. Une préparation aux voyages est nécessaire avec un apprentissage interculturel. Les industries touristiques ne permettent cependant pas des séjours assez longs pour des immersions efficaces. Grâce à notre étude terrain comparative entre l’association Aina Madagascar et AFS Vivre Sans Frontière, certaines de nos hypothèses ont été validées. La nouvelle gouvernance et une marchandisation raisonnée des échanges et de la culture permet de favoriser un tourisme responsable pouvant contribuer au développement du territoire d’accueil. L’éducation interculturelle par les voyages est, à couvert de beaucoup de conditions, peu présente dans le cadre de l’industrie touristique. Par la comparaison de ces deux associations, nous avons montrée une synergie entre éducation interculturelle, échanges équitables et pratiques responsables. De ce constat nait une nouvelle hypothèse dans le cadre de séjours touristiques souvent inférieurs à un mois : les séjours touristiques permettent une éducation aux voyages et une initiation à l’apprentissage interculturel. Notre stage à Madagascar nous permettra de vérifier cette hypothèse tout en poursuivant notre réflexion sur l’intérêt des échanges interculturels dans le voyage pour un développement dans une étude plus pratique et opérationnelle. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 135 L’étude des impacts sur la population d’accueil d’un point de vue culturel parait être également une approche intéressante à analyser, introduisant une différence entre échanges marchands et non marchands. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 136 Table des annexes : Annexe 1 : Guide d’entretien d’Aina Madagascar 138 Annexe 2 : Synthèse de l’entretien avec Tamby Riana ? AINA 139 MADAGASCAR Annexe 3 : Guide d’entretien Estelle Chassaniol 142 Annexe 4 : Synthèse de l’entretien avec Estelle Chassaniol 143 Annexe 5 : Guide d’entretien Voyageur 144 Annexe 6 : Synthèse de l’entretien avec Madame Y voyageuse 145 Annexe 7: « L’iceberg : un concept de culture » 149 Annexe 8 : exemple d’exercice d’apprentissage interculturel 150 Annexe 9 : Charte du voyageur AINA Madagascar 151 Annexe 10 : Les programmes AFS Vivre Sans Frontière 152 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 137 Annexe 1 Guide d’entretien d’Aina Madagascar Introduction : Qui je suis, quel est le thème de mon mémoire, dans quel cadre je souhaite interroger le responsable de Aina Madagascar. Puis je vous enregistrer ? Présentation de Tamby Rian 1. Définition et cadrage de l’association Aina Madagascar. Historique : comment c’est formé l’association, quand et pourquoi ? Les difficultés du montage du projet ? Pourquoi du tourisme solidaire à Madagascar ? Fonctionnement de l’association : le bureau, les bénévoles, employés… circuit proposés avec quels types d’hébergement, de restauration… Un des point clé de ce tourisme est donc l’échanges/le rapprochement entre visiteurs et visités ? 2. Echanges interculturels. Quels types de contact, de relations, d’échanges, entre les habitants et les visiteurs ? Qu’en retire les habitants en termes d’échanges, quelles sont leurs motivations… Pareil pour les touristes Quelle est le niveau des relations mercantiles au niveau culturel, marchandisation de la culture ? Il y a-t-il un sentiment de valorisation culturelles au près des acteurs (touristes, habitants…) 3. Tourisme solidaire et développement local Qu’est ce que le développement pour vous? Le développement local ? dimensions économique, social, humaine du développement. Comment le tourisme peut y participer ? Quels est le rôle des échanges interculturels dans ce développement ? 4. Les failles, les problèmes Les problèmes liés aux chocs culturels (acculturation, incompréhension, échec de la communication…) Solutions ? (sensibilisations, outils pour évaluer, mesurer ?) L’avenir de l’association : prospectives, projet avenir ? Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 138 Annexe 2 Synthèse de l’entretien avec Tamby Riana AINA MADAGASCAR Pourquoi et comment avez-vous eu l’idée de crée l’association Aina Madagascar ? En 2000 le groupe constate que le tourisme de masse n’est pas seulement positive sur l’économie sauf pour les grandes agences de tourisme, mais a des conséquences négatives sur les populations locales. En observant des pays à fortes destinations, Jamaïque, etc….. Les retombées économiques ne retombent pas sur les populations, Volonté d’Aina de trouver une solution. Nous avons observé une sorte de mise en scène folklorique destinée aux touristes ainsi qu’un tourisme sexuel. Nous avons cherché et crée un tourisme alternatif en 2001, notre proposition de tourisme chez l’habitant, échange d’humain à humain, donne une occasion de développement au population locale a travers les villages d’accueil. L’association a évolué sur l’éducation parfois elle fut positive mais également négative Quels types d’expériences négatives ? Négatif, le terme est un peu fort, nous sommes obligés de constater que les touristes ont une mentalité de consommateurs et les prestataires de service recherchent un profit. En 2000 – 2001 , nous constatons que tout le monde pense encore sur ce modèle. Aujourd’hui, on sent encore une tension chez les hôtes malgaches. La famille accueillera le voyageur comme un invité, non pas comme un consommateur à satisfaire. Aina Madagascar tri ses voyageurs à l‘aide de questionnaire, le voyageur ne dois pas attendre des services dignes d’un hôtel. Quel type de relations les voyageurs entretiennent-ils avec les hôtes ? Humains à humains, le voyageur visite, vit et intervient dans les écoles. Difficile de définir ces relations, on laisse la nature s’exprimer. Sur le long terme, certaines personnes gardent des contacts cordiaux ou amicaux avec leurs hôtes. Quel est le retour des habitants et quel sont leurs motivations ? Dans le village d’accueil Arcaref par exemple qui est isolé, il n’y a pas d’électricité, pas de radio, pas de télévision, pas de journaux. Pour le villageois et pour toute la communauté, l’arrivée du voyageur est une possible ouverture de l’esprit sur un autre monde. Le voyageur va relayer le professeurs à l’écoles, discuter Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 139 avec les villageois… C‘est la motivation des villageois, un échange d’humains à humains. Les aspects er financiers ne sont pas au 1 plan pour une famille d’accueil, qui privilégiera le relationnel et le contact Motivation des voyageurs, et pourquoi Aina Madagascar ? Les voyageurs recherchent un autre type de voyage en relation avec l’humaine (dans le sens platonique bien sure) ; Madagascar est de culture orientale, une culture à l’opposer de l’individualisme avec une recherche de vie authentique et la conscience des méfaits du tourisme. Madagascar n’a pas échappé au tourisme sexuel, hélas. Au niveau culturel, que pense Aina Madagascar de la marchandisation de la culture pour le visiteur ? Les voyageurs et pas des visiteurs. Le but de l’association est que le voyageur ne marchande pas, le terme vente ou achat n’existe pas. Les habitants du village d’accueil ne changent pas leur mode de vie, il n’y aura donc pas de perturbation de l’harmonie et la culture dans leur vie. Le voyageur observe et échange. Les villageois partagent leur culture et le voyageur partage également sa culture. Rien n’est organisé (fêtes ou autres), si les fêtes sont à cette période, alors le voyageur y assistera. Pas de folklorisation, le voyageur partagera la vie quotidienne de la famille qui l’accueil. L’objectif des ces voyages est-t-il de valoriser les projets comme celui de l’école ? La contribution des voyageurs est motrice et vectrice de développement. En temps que voyagiste solidaire, il y a toujours une activité solidaire. L’association Aina Madagascar s’est donné pour but l’éducation et la santé dans un projet communautaire (jamais de projet personnel). Nous avons déjà 75 élèves inscrits dans l’école qui sera terminé en début octobre. Comment règle t’on les soucis d’ordre culturel, y a t’il des échecs de communication ? Discipline, psychologie et marketing c’est la bonne gestion pour résoudre les problèmes. En pratique, nous utilisons les techniques de communication PNL (programme – Neuro Linguistique, technique de base de communication pour la gestion d’émotions. Nous préparons le voyageur (questionnaire) ainsi que les habitants du village pour ne pas dépasser les limites que l’on s’est fixé avec l’association. L’être humains dans son destin à envie de partager, communiqué avec autrui. « Souhaitons à chaque voyageur venu à Madagascar loisirs, apprentissage, et découverte personnel » C’est un double échange, car les habitants peuvent parler également d’apprentissage et de découverte. On peut parler d’échanges équitable. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 140 Quel sont les futurs projets de l’association ? Finir l’école et la faire fonctionner. Les élèves seront la future élite de notre pays. Nous avons changé le programme pour une éducation plus performante. Certaines matières reflèteront l’idéologie de l’association. Actuellement les partis politiques infantilisent les Malgaches grâce à une éducation contrôlée, afin de les manipuler plus aisément. Nous souhaitons donner de l’autonomie de pensé aux enfants. Sur le long terme, c’est le but. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 141 Annexe 3 Guide d’entretien Estelle Chassaniol Introduction : Qui je suis, quel est le thème de mon mémoire, dans quel cadre je souhaite interroger. Puis je vous enregistrer ? Présentation de l’acteur Estelle Chassaniol 1. Définition et cadrage de ses activités. Pour qui travaillez vous, où ? Fonctionnement de l’organisme ? Un des point clé de ce tourisme est donc l’échanges/le rapprochement entre visiteurs et visités ? 2. Echanges interculturels. Quels types de contact, de relations, d’échanges, entre les habitants et les visiteurs ? Qu’en retirent les habitants en termes d’échanges, quelles sont leurs motivations… Pareil pour les touristes Quelle est le niveau des relations mercantiles au niveau culturel, marchandisation de la culture ? Il y a-t-il un sentiment de valorisation culturelles au près des acteurs (touristes, habitants…) 3. Tourisme solidaire et développement local Qu’est ce que le développement pour vous? Le développement local ? dimensions économique, social, humaine du développement. Comment le tourisme peut y participer ? Quels est le rôle des échanges interculturels dans ce développement ? 4. Les failles, les problèmes Les problèmes liés aux chocs culturels (acculturation, incompréhension, échec de la communication…) Solutions ? (sensibilisations, outils pour évaluer, mesurer ?) Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 142 Annexe 4 Synthèse de l’entretien avec Estelle Chassaniol Equateur : Reconnaissance culturelle grâce au tourisme. Monté des motivations : il y a une prise de conscience sur leur propre manière de vivre aux yeux des autres. Il y a un réapprentissage des plantes médicinales, de leur problématique quotidienne… Grâce à cette prise de conscience. Par cette prise de conscience, il y a une envie, des motivations pour développer des projets : Jardin de plantes médicinales dans l’école, ouverture d’une pharmacie de plantes médicinales. Les enfants sont motivés aussi, vont demander des histoires à leurs grands parents afin de s’approprier et de réapprendre leur propre culture. L’école s’est mise à enseigner aux enfants les coutumes locales, l’utilisation des plantes médicinales. Prise de conscience sur les conséquences du mode de vie des sociétés modernes, conséquences aux niveaux environnementaux, protection de la culture. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 143 Annexe 5 Guide d’entretien Voyageur Introduction : Qui je suis, quel est le thème de mon mémoire, dans quel cadre je souhaite interroger le voyageur. Puis je vous enregistrer ? Présentation du voyageur 1. Liens avec l’altérité. Connaissez-vous des personnes de nationalités différentes dans votre quotidien ? Avez-vous fait beaucoup de voyage ? Où ? Quand ? Combien de temps et comment (avec des TO, seul…) 2. Motivations et attentes. Pourquoi avez-vous choisie ces destinations ? Pourquoi partir ? Quelles aspirations aux voyages ? Qu’attendiez-vous de vos voyages avant vos départs ? Aviez-vous des images, des représentations sur les pays où vous alliez ? Avez-vous participez à des préparations aux voyages ? 3. Les relations interculturelles pendant le voyage. Quelles on été vos impressions arrivés sur place ? Les images que vous se sont elles confirmées ? Avec qui avez-vous échangé ? Touriste, le guide…. Des rencontres non mercantiles ? Quelles difficultés à l’échanges avez-vous rencontrées. 4. Après le voyage. Qu’avez-vous retiré de ces voyages d’un point de vue personnel. Auriez-vous souhaité une préparation au voyage ? Une différente ? Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 144 Annexe 6 Synthèse de l’entretien avec Madame Y voyageuse Vois-tu au quotidien des personnes de culture différentes et as-tu vécu avec ces personnes, comment cela c’est passé et qu’est-ce que ça t’a apporté ? J’ai rencontré des personnes lorsque j’étais jeune qui venaient d’Afrique du Nord Algérie et Maroc et des personnes du sud ouest de d’Afrique noir Guinée, Sénégal, Cote d’ivoire. J’ai aimé découvrir des différences. J’ai vécu avec l’une d’entre elles. Les rapports étaient très gais plutôt enjoués. Les choses qui étaient difficiles entre nous étaient les petites choses du quotidien pas les grosses choses comme nous pourrions le penser comme la religion. Alors soit on fait abstraction de notre culture et on adopte la manière de vivre de l’autre, soit on essai de faire la part des choses moitié/moitié et la ça génère des accrochages au quotidien. Il faut beaucoup de patience pour que les choses soit supportable. C’était logique pour toi d’aller avec une personne de culture différente ? Non pas logique, mais une suite logique comme j’avais soif de connaître des différences j’allais assez naturellement vers d’autre culture. Donc d’arriver à vivre avec une personne d’Afrique était une suite logique de ce que j’avais vécu auparavant. Tu parles d’accroches, c’était par rapport à quoi ? Par exemple la manière de manger, nous le savons, nous utilisons une cuillère eux leurs mains. Quand on utilise ses mains en Afrique ce n’est que les mains droites car la gauche est réservée à tout autre chose. Si une personne européaniser mange avec la main gauche devant un africain elle fait une faute de savoir-vivre comme une personne qui rote après un repas en Europe, cela ne se fait pas, Et bien en Afrique manger avec sa main gauche cela ne se fait pas. Parles-moi de tes voyages ? Je n’ai pas pu faire de grands voyages tout de suite, c’était aussi une question financière, je devais aider la personne avec qui je vivais qui faisaient ses études. Lui est rentrait deux fois chez lui mais je ne pouvais pas en plus payer mon voyage. Par la suite, j’ai rencontré un européen qui m’a apporté plus de stabilité. J’ai toujours eu des fourmis sous les pieds et j’avais envie de voir les endroits dont on m’avait parlé j’avais envie de rencontrer des gens, de voir l’environnement de toutes ces personnes que j’avais connues. Je voyais leur pays à travers leurs yeux lorsque j’étais jeune et j’avais envie de voir par moi-même. J’ai eu la chance d’avoir une cousine coopérante au Maroc ce fut mon tout premier voyage hors Europe te la j’étais fasciné j’ai trouve le paysage fabuleux les gens absolument merveilleux, j’étais sous le charme du Maroc, Nous avons fait une ballade dans l’atlas les choses les couleurs les gens, tout était magique. Avant ce voyage j’étais allé deux fois en Italie, j’ai beaucoup aimé l’Italie pour la culture la peinture les villes sont toutes des villes d’art. Je ne retrouve pas suffisamment de différence avec Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 145 ce que je connais et puis les villes même les plus belles reste des villes ce n’est pas ce que j’aime le plus. Je suis plus attiré par le coté naturel des choses des paysages et des gens. C’est important pour moi d’avoir à me frotter aux différences chez les êtres humains que je rencontre. Pouvoir discuter avec une personne différente de moi me fais complètement triper. Les voyages ne sont jamais exactement ce que l’on attend, cela aussi fait partie du plaisir. Tu pars, t’imagines un tas de choses, il y en a que tu peux faire et d’autre pas, tu découvres d’autres choses et cela aussi cela fait partie du plaisir. Notre voyage en Thaïlande était frustrant. Tout ce que nous avons appris de ce pays c’est le guide qui nous l’a dit, seulement, il ne nous disait que ce qu’il pouvait cela crevé les yeux, de plus nous étions là pour consommer et surtout pas faire autre chose. Ces guides ne sont formé que pour dire certaines choses et pas d’autre (sur le roi par exemple) Chaque jours, levé a 6 heures petitdéjeuner, car, visite, car, visite, magasin, achat, déjeuné car visite achat etc….. C’était intéressant de le vivre pour connaître ce type de voyage mais ouf c’est fini….. Nous avons fait le sud tunisien en quatre-quatre et avons eu la chance d’avoir le guide dans notre voiture. Ce monsieur avait une grande culture générale et il adorait son pays. On pouvait lui poser n’importe quelle question, les réponses étaient faites avec intelligence. Ce n’était pas le cas de notre guide marocain pour mon deuxième voyage en Afrique du Nord. Nous avions un guide de montagne avec une culture très limité et surtout un apriori sur les Européens et les Français en particulier. Au lieu de me faire aimer je l’ai vue sur un autre angle son pays, moi qui avais adoré le Maroc…. je ne l’ai pas aimé du tout avec ce guide. Les deux autres guides pour les villes de Fès et Marrakech étaient très différents. Le guide de Fès était très érudit, j’ai retrouvé les échanges que j’avais jeunes ma curiosité était satisfaites. Par contre le guide de Marrakech était nul. Lorsque l’on raconte à des européens comment les femmes sont traitées, il faut être un peu plus malin. Il nous a dit exactement ce qu’il fallait dire pour nous faire réagir Quand il dit, le roi a décidé qu’une femme, le jour de son mariages (arrangé) peux dire qu’elle ne se maria pas, c’est un progrès avant elle ne pouvais rien dire. Nous l’imaginons arriver sur les lieux de la noce, dire, après la dote donné, les 300 invités présent « et bien non, délit de sale gueule, tu me plais pas, je m’en contre fiche, je me casse voir ailleurs » Peux être n’a t’il pas tout comprit de la loi ou c’est ‘il mal explique ! toujours est ‘il que ce n’était pas très malin de nous dire ca de cette façon. Le voyageurs n’a pas besoins de savoir que sa 1ère femme lui a couté chère car elle n’aimé que l’or et que la 2ème, étant berbère n’aimait que l’argent. La condition de la femme est un sujet très délicat pour les européens. J’ai fait donc la comparaison avec notre guide Tunisien qui nous explique comment se passé la vie dans les troglodytes avant de nous faire invité à boire le thé dans une famille. Lorsque nous sommes partie, nous avons remercié nos hôtes et laissé une pièce comme nous l’avais sujerer notre guide avant d’entrée. Tous les tours opérator ne propose pas ca. Il avait son propre réseau. La fille de la famille nous a fait de merveilleuse galette de pain frais accompagné par du miel que l’on venait de recueillir. C’était un échange intéressant avec cette famille. Le circuit était très varier, 4*4 dans les dunes sur le circuit Paul Ricard c’était très ludique. Madagascar avec ma soeur…. C’était extraordinaire découvrir un pays avec une personne qui habite le pays, tu as une dimension immense, tu as l’impression que tu vas pouvoir tout faire, tout découvrir. Mon neveu Philippe habite Tamatave. On a fait les parcs nationaux c’était a ce mettre a genoux, nous avons marché 4, 5 heures ça nous a paru rien du tout, des paysage super des petit animaux fantastiques, et moi les animaux je craque. Si un jour je fais un safari, photos ce serait comme un rêve. Philippe nous a fait faire la descente de la Tsirabine tout le sud ouest descendu jusqu'à Sali puis Tuléar, tout ca l’Andavadok il y avait des paysages fabuleux en Andavadok. Nous sommes arrivés le soir, la mer et les rochers étaient Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 146 rouges c’était absolument fabuleux, fabuleux. L’hôtel avec ces petites cabanes toutes simples, j’ai déliré, je me suis cru robinson Crusoé. Tu vis avec le soleil. Le décalage horaire, c’est rien, 1h tout au plus, mais tu te lève à 6h et te couche avec ton bouquin à 18h. Le décalage horaire, c’est le décalage de la lumière. Là, tu découvres qu’un poulet à une valeur extraordinaire alors que toi ce qui as de la valeur c’est les langoustes et eux te réserve le poulet car il pense que c’est la meilleur chose qu’ils puissent t’offrir. Alors des fois tu as des quiproquos. Lorsqu’on a fait la descente de la Tsirabina, le cuisinier nous a présenté un poulet à qui il avait tordu le cou discrètement 3 h avant. Nous avons mangé un peu et donné le reste à l’équipage. Le poulet Malgache est résistant, il faut bien le mastiquer, c’est un poulet qui cours beaucoup. Quel décalage entre les deux pays et quand tu pars a Madagascar, au retour, tu redécouvres tout le confort que tu as dans ton pays, on c’est dit en rentrant que c’est pas mal tout de même. Et puis rencontrer des soldats sur armés dans les lieux comme les aéroports avec des yeux méchants, ca impressionne. Par ailleurs nous avons était bien accueillit. Tu parlé d’exotisme, c’est quoi pour toi ? L’exotisme pour moi, c’est vivre des choses, voir des paysages et des gens totalement différents de mon quotidien. Pour moi-même, si je vais aimer les montagnes autrichiennes ou d’ailleurs, il n’y a aucun exotisme. Pour toi c’est la mer la chaleur ? Tout ce que je ne vis pas quotidiennement. Les relations on elle était mercantile ou pas ou les deux ? J’ai quand même l’impression de ne pas être entré dans la vie des gens, mais cela viens du faites que les vacances sont sur une toute petite période. Pour vraiment entrer en contacte avec les gens il faut vivre au moins une semaine d’affilé. Je pense que les rapports étaient superficiels, donc faussés. As- tu l’impression d’avoir eu des échanges réels ou bien ils te voyaient comme un gros Dollar ? En Thaïlande, oui c’est sure. A Madagascar pas une seconde, du moins je pense pas car Philippe réglait tout les problèmes financier. En Afrique du nord les gens savent comment ils sont traité en France et cela les rends plus agressif vis à vis de nous. Leurs vengeances, c’est de nous faire casquer quant on y va. Petite vengeance, quand on sait ce qu’on leurs a fait subir. Dommage que les gens qui visite à pieds leurs pays ne soit pas les personnes qui ont une attitude condescendante et raciste en France. Ils se trompent de cible. Quant tu fais ce type de voyage, tu en as consciences et passe la dessus. Du coup cela doit fausser l’échange ? J’ai senti que notre guide marocain était très en colère vis à vis des européens, il avait des problèmes à résoudre. Alors, que je n’ai pas sentie ca avec la Tunisie. Le guide marocain était un Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 147 montagnard et il ne m’a pas fait aimer son pays alors que je l’avais adoré la 1 er fois que j’y étais allé. La plupart du temps tu as trouvé ce que tu es allé chercher ? Hô, oui ! L’être humain est positif, car quelques soit la chose qu’il vit, même si elle est dure il en tir toujours le positif. Quoique j’aie fait dans la vie les souvenirs qu’il me reste sont positifs. Même les choses dure pour nous, l’endroit était abominable, on se rend compte lorsqu’on ouvre la fenêtre qu’il y a la poubelle haute de 2 mètres, la douche était indescriptible et pourtant a présent j’en ri, j’ai mangé, moi qui suis précieuse, sans rien voir, j’avais la dalle nous n’avions rien mangé le midi c’est une expérience qui paraissait dure sur le moment mais J’en ri encore, J’ai testé mes limites. Pendant la descente de la Tsyrabine, nous avons couché sous une tente le matin pour se laver avec 4 mecs dans les parages, il fallait trouver un bout de broussaille pour la toilette impossible d’aller dans le fleuve a cause des crocodiles. Pendant trois jours, nous nous sommes lavé avec des lingettes que l’on brulé soigneusement pour ne pas laisser de traces As-tu eu des préparations aux voyages ? Non jamais. Tu aurais aimais avoir ? Je pense que cela m’aurais effrayé, le couchage est dure pour moi alors là c’était la surprise et je prenais les choses comme elle venait. Si tu veux te renseigner, il y a des livres, mais je saurais pas dire pourquoi je ne me suis jamais intéressé a ces livres avant de partir. Je suis une primaire sur ce point, je veux découvrir. Qu’est ce que ces voyages t’on apporté ? Rien n’est jamais acquis ni définitif, aucune solution miracle on ne peut pas dire que les choses sont comme ça ou bien autrement, car suivant qu’on les regarde avec un œil ou un autre œil et bien elles sont différentes. Ne pas partir avec du partie prie, cela m’a ouvert l’esprit. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 148 Annexe 7 « L’iceberg : un concept de culture » Source : T-Kit Apprentissage interculturel – AFS Vivre Sans Frontière Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 149 Annexe 8 Exemple d’exercice d’apprentissage interculturel Source : T-Kit Apprentissage interculturel Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 150 Annexe 9 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 151 Annexe 10 Les programmes AFS Vivre Sans Frontière Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 152 Index CETIA : Centre d’Etude du Tourisme et des Industries de l’accueil WWF : World Wide Fund DATAR : Délégation interministérielle à l'Aménagement du Territoire et à l'Attractivité Régionale AFS : American Field Service MDSI : Modèle de Développement de la Sensibilité Interculturelle OMT : Organisation Mondiale du Tourisme OMC : Organisation Mondiale du Commerce UNESCO : United Nations Educational Scientific and Cultural Organization ONG: Organisation Non Gouvernementale CNAJEP : Comité pour les relations Nationales et Internationales des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire UNSE : Union National des organisations de Séjours de longues durées en France et à l’étrangers. JSI : Jeunesse Solidarité Internationale EFIL : European Federation for Intercultural Learning Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 153 Liste des figures et des tableaux Figure 1 : Les traits et les aires culturelles………………………………………………………………………………. P 11 Figure 2 : Les dimensions du développement durable……………………………………………………………. P 35 Tableau 1 : Comparaison entre Aina et AFS……………………………………………………………………………P 118 Figue 3 : Comparaison entre Aina et AFS………………………………………………………………………………..P 119 Figure 4 : Contexte et choix du sujet……………………………………………………………………………………….P 123 Figure 5 : Interrelation entre Interculturalité, tourisme et développement……………………………P 125 Figure 6 : Une marchandisation raisonnée de la culture…………………………………………………………P 126 Figure 7 : Les échanges interculturels au service du développement…………………………………….P 127 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 154 Bibliographie Ouvrages: A. PRETCEILLE MARTINE – « L’éducation interculturelle » - collection Que sais-je ? – 3ième édition PUF – Janvier 2011 – Paris – 122 pages. AMIROU RACHID, BACHIMON PHILIPPE, DEWAILLY JEAN-MICHEL, MALEZIEUX JACQUES, collectif d’auteurs – « Tourisme et soucis de l’autre » - éditions l’Harmattan – collection 2005 - 368 pages AMIROU RACHID, BACHIMON PHILIPPE - « Le tourisme local : une culture de l’exotisme » éditions l’harmattan – 2000 – 238 pages BOYER MARC –«Histoire générale du tourisme : du XVIe au XXIe siècle » - éditions l’Harmattan - 2005 – 321 pages BRUNEL SYLVIE – « Le développement durable » - collection Que sais-je ? – 3ième édition PUF – octobre 2009 – 123 pages CAZES GEORGES – « Tourisme et Tiers-Monde un bilan controversé » - collection Tourisme et Société – édition l’Harmattan – novembre 2006 – 207 pages CHESNEAUX JEAN - « L’art du Voyage » - éditions Bayard – Paris – 1999 – 276 pages. CUCHE DENYS – « La notion de culture dans les sciences sociales » - édition La découverte – collection Grands Repères – Paris – mars 2010 – 147 pages ESOH ELAME, JEAN DAVID – « L’éducation interculturelle pour un développement durable » édition Publibook – collection Science humaines et sociales – avril 2008 - 143 pages FERNANDEZ BERNARD – « Identité nomade » - édition Economica – collection De l’Exploration interculturelle et Science Sociale – Paris 2002 – 277 pages FRANCK MICHEL - « Désirs d’ailleurs » - édition Armand Colin – collection Chemin de Traverse - 272 pages FRANCK MICHEL - « Voyage au bout de la route » - éditions de l’Aube – collection Monde en cours – 2004 – 277 pages FRANCK MICHEL – « Tourismes et identités » - éditions l’harmattan – 2006 – 217 pages HOUEE PAUL – « Le développement local au défi de la mondialisation » - édition l’harmattan – collection questions contemporaines – juillet 2006 – 250 pages. Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 155 PETITEVILLE FRANCK – « La coopération décentralisée : les colléctivités locales dans la coopération Nord-Sud » - édition L’Harmattan – collection logique politiques – mai 2000 – 278 pages. RABASSO CARLOS, RABASSO JAVIER – « Introduction au management interculturel : pour une gestion de la diversité » - édition Ellipses – 2007 – 208 pages THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – « les faces cachées de l’interculturel : de la rencontre des porteurs de culture » - édition l’Harmattan – Paris mai 2010 – collection Espaces Interculturels – 247 pages URBAIN JEAN-DIDIER – « l’idiot du voyage » - éditions Payot – 2002 – 353 pages VIOLIER PHILIPPE – « Tourisme et développement local » - édition Belin – 2008 – 191 pages WAXIN MARI-FRANCE, BARMEYER CHRISTOPH – « Gestion des ressources humaines internationales » - édition Liaison – avril 2008 – collection Entreprises et carrières – 553 pages Revues : Revue espace - « le tourisme participatif » - n°264 Revue espace – « Tourisme et éthique » - n°171 – Mai 2000 Revue BIOCONTRAT – « Tourisme, équitable, écologique, durable, solidaire… De quoi parle-ton ? » - Mensuel N° 202 – Mai 2010 Magazine PHILOSOPHIE – mensuel n°43 – octobre 2010 – avec supplément « voltaire : traité sur la tolérance » Documents/dossiers AMIROU RACHID – « Imaginaire de la mondialisation et reconnaissance culturelle » document produit en version numérique par Jean –Marie Tremblay – juin 2004 ABDOU DIOUF – Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie – « Journée mondiale de la diversité culturelle » - Le 22 mai 2003 – Paris BEATRICE LOUIS, GUILLAUME MOUTON – Document PDF Projet EcoAmerica – « L’ethnotourisme conserve la diversité culturelle » - Décembre 2008 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 156 BONFIGLIOLI ANGELO – « Le pouvoirs des pauvres : la gouvernance locales pour la réduction de la pauvreté » - document PDF des Fonds d’équipement des Nations Unies – Novembre 2003 DEMANGET MAGALI – document PDF – « Tourisme à géométrie variable en terre indienne : l’exemple des indiens mazatèques, Oaxaca, Mexique » ONGHENA YOLANDA – document PDF tiré du magazine société et culture, dialogue culturel « Tourisme et interculturalité » - 2003 MAYER CHARLES LEOPOLD fondation pour le progrès de l’homme – « Synthèse du projet 2003-2010 » - document PDF – 2003 MONICA LACARRIEU – document PDF – Touristes et non touristes dans le monde de l’interculturalité un regard à partir du patrimoine immatériel » - 2006 Mini Compendium de L'UE sur l'éducation formelle et non formelle – document PDF – « l’éducation interculturelle » - septembre 2007 – édité par la direction de la jeunesse et des sports du conseil de l’Europe. ROZIER CLAIRE – document PDF – « L’éducation interculturelle, pour construire une culture de la paix » - Article du Magazine Inter-cultures – Novembre 2010. MITCHELL R. HAMMER – document PDF – « Etude sur l’apport éducatif des programmes AFS » - Rapport interne décrivant les résultats complets – décembre 2005 Livre Blanc rédigé par les étudiants de Master 2 « Ingénierie de projets avec l’Amérique Latine » - « Voyager responsable en Amérique Latine » - 2011 Colloque organisé par AFS Vivre Sans Frontière le 25 avril 2008 à Paris – Synthèse rédigée par Michel Antoine – « Les échanges internationaux de jeunes face aux défis de l’interculturel ». 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Chronique d’un couple hypothétique » - http://www.persee.fr/web/revues/home - site visité le 13 avril 2011 Site l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - http://www.aina-madagascar.org/ - Site visité le 14/01/2011 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 158 Blog de l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - http://ainamadagascar.wordpress.com/ - Site visité le 14/01/2011 Site d’AFS Vivre Sans Frontière - http://www.afs-fr.org/fra_fr/home - Site visité le 14/01/2011. « Un bon chauffeur est un chauffeur heureux » - site Leposte.fr dans la rubrique article http://www.lepost.fr/article/2010/08/03/2172872_un-bon-chauffeur-est-un-chauffeurheureux.html - site visité le 16/04/2011 Les sommets du tourisme – « quatrième édition : tourisme et culture, les aspects culturels du développement durable dans le tourisme » http://www.sommetstourisme.org/f/sommetsG/quatrieme-sommet/reflexion1.htm - site visité le 16/04/2011 RYM BEN YOUNES - Archi-Mag - http://www.archi-mag.com/essai_35.php - magazine d’architecture en ligne « tourisme et folklorisation » - site visité le 16/04/2011 Définition du tourisme responsable – Economie positive - http://www.economiepositive.be/portail_contenu.php3?id_article=205 – Site visité le 26/04/2011 DAVID MEHDI HAMAM - Afrique en ligne : actualité africaine, économie, politique, finance, sports – article « Economie : urgence d’une diversification des économies africaine » http://www.afriquejet.com/actualites/economie/economie:-urgence-d%27unediversification-des-economies-africaines-201103317013.html – site visité le 26/04.2011 Du Site Achat solidaire – « Commerce équitable : définition http://www.actualitesolidarite.com/achat/rubriques/com.htm - Site visité le 30/04/2011 OLIVIER DEHOORNE, PASCAL SAFFACHE, CORINA TATAR – Etude carabéebbes – « Le tourisme international dans le monde : logiques des flux et confins de la touristicité » http://etudescaribeennes.revues.org/882#tocto2n2 – Site visité le 20/03/2011. et labels - Travaux universitaires : CHASSANIOL ESTELLE - sous la direction de madame LAURENCE TIBERE - « L’interculturalité, le rapport visiteur/visité : comment développer le tourisme sans pour autant bouleverser les identités et les cultures locales ? » - Mémoire de master 1 Tourisme et développement, université Toulouse II le Mirail, Le CETIA, site de Foix, année 2007-2008. CHASSANIOL ESTELLE - sous la direction de madame LAURENCE TIBERE - « L’interculturalité, le rapport visiteurs/visités : Quels sont les impacts du tourisme sur une société Mongole en Mutation ? » - Mémoire de master 2 Tourisme et développement, université Toulouse II le Mirail, Le CETIA, site de Foix, année 2009 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 159 KOYTCHA AFSANA – sous la direction de DRISS BOUMEGGOUTTI – « L’éducation au développement durable au service du tourisme responsable » - Mémoire Master 1 Tourisme et Développement - université Toulouse II le Mirail, Le CETIA, site de Foix, année 2007-2008. BRICE JULIEN – sous la direction de PIERRE TORRENTE – « En quoi l'itinérance récréative estelle un facteur de développement pour les territoires montagnards ? - Mémoire Master 2 Tourisme et Développement - université Toulouse II le Mirail, Le CETIA, site de Foix, année 2010. Cours universitaires BESSIERE JACINTHE – Cours de sociologie de tourisme et de développement – Master 1 BOUMEGGOUTI DRISS – Cours de géographie du tourisme – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 – UTM CETIA CLAVERIE BRUNO – Cours de fondement de l’économie du développement – Licence 3 Tourisme et développement 2009/2010 – UTM CETIA CLAVERIE BRUNO – Cours d’économie du développement – Master 1 Tourisme et développement 2009/2010 – UTM CETIA LAURENT ALAIN – Cours de développement durable – Master 1 Tourisme et développement 2010/2011 – UTM CETIA PICHON PAUL – cours de marketing – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 – UTM CETIA TIBERE LAURENCE – Cours de socio-anthropologie du tourisme et des loisirs – Licence 3 Tourisme et Développement 2009/2010 – UTM CETIA TORRENTE PIERRE – cours de fondements de la démarche projet – Licence 3 Tourisme et Développement 2009/2010 – UTM CETIA TORRENTE PIERRE – cours de la démarche projet – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 – UTM CETIA Entretiens exploratoires : CHASSANIOL ESTELLE – Chargé d’étude pour la mise en place d’un label – Entretien effectué le 7 janvier 2011 à Foix MADAME Y – Voyageuse – Entretien effectué le 4 février 2011 à Grenoble Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 160 RIANA TAMBY – Président de l’association Aina Madagascar Tourisme solidaire – entretien en mars 2011 Vidéos : DENNIS O’ROURKE – « Cannibal Tour » - Film documentaire – 1988 CHINAL MARC – « Le buzz décroissant » - Film documentaire – site www.decroissance.org – site visité le 26/02/2011 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 161 Table des matières : REMERCIMENTS ................................................................................................................................. 4 Sommaire ........................................................................................................................................... 5 Introduction général : ........................................................................................................................ 6 PARTIE l L’interculturalité dans le tourisme et le développement : définition et interactions. ... 8 Introduction de la première partie ................................................................................................ 9 CHAPITRE I : Les échanges interculturels et interculturalité.................................................... 10 I- La notion de culture : ................................................................................................................ 10 1) La culture .......................................................................................................................... 10 2) Les traits culturels et les aires culturelles ........................................................................ 11 3) L’identité culturelle .......................................................................................................... 12 II- L’interculturalité :..................................................................................................................... 13 1) L’interculturalité, essai de définition : ............................................................................. 13 a) Le multiculturalisme ..................................................................................................... 13 b) L’interculturalité ........................................................................................................... 13 c) L’altérité ....................................................................................................................... 14 2) Processus dynamique interculturel : l’acculturation ....................................................... 15 a) L’acculturation.............................................................................................................. 15 b) Différents processus du phénomène d’acculturation.................................................. 16 c) Résultats du phénomène d’acculturation .................................................................... 17 III- Similitudes interculturelles ..................................................................................................... 18 1) Perception de l’espace-temps et de l’environnement ..................................................... 18 2) Les rapports humains, communications et relations humaines ...................................... 18 3) La gestion de la vie et l’organisation du travail ................................................................ 19 CHAPITRE II : Les échanges interculturels dans le tourisme ........................................................... 21 I- Histoire du tourisme, évolution des échanges et des rencontres interculturelles ................... 21 1) Le tourisme anglais au 19ième Siècle ................................................................................. 21 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 162 a) Les tours des anglais au 19ième siècle et le tourisme de villégiature. ........................... 21 b) Intérêt pour les rencontres : le tourisme, une forme d’éducation .............................. 22 c) Construction de nouvelles infrastructures dans le tourisme de villégiature et changement socio-structurels. ............................................................................................. 23 2) Le tourisme de masse....................................................................................................... 24 a) L’avènement des vacances ........................................................................................... 24 b) Tout pour le tourisme, désastre pour les territoires d’accueil. ................................... 25 c) Marginalisation des populations locales ...................................................................... 25 II- Les nouvelles formes de tourisme, vers un retour du voyage ? .............................................. 26 1) Les nouvelles formes de tourisme sur la scène internationale : un retour vers l’autre. . 26 a) Un tourisme international ............................................................................................ 26 b) Le tourisme durable ..................................................................................................... 27 c) Du tourisme au voyage, du voyage au tourisme .......................................................... 27 2) Le voyage, la quête de l’autre et de l’ailleurs .................................................................. 28 a) L’esprit du voyage ........................................................................................................ 28 b) La quête de l’autre et de l’ailleurs................................................................................ 29 c) De retour aux Grands tours, l’itinérance moderne ? ................................................... 29 III- Tourisme et éthique ................................................................................................................ 30 1) L’éthique : essai de définition .......................................................................................... 31 2) L’éthique dans le tourisme : une nouvelle façon de respecter l’autre ............................ 31 3) Quelle forme de tourisme pour un tourisme éthique ?................................................... 32 CHAPITRE III : Développement et interculturalité, des relations complexes.............................. 33 I- Le développement durable, un concept controversé ............................................................... 33 1) 1) Le développement durable, évolution du développement. ............................................ 33 a) Le développement : essai de définition ....................................................................... 33 b) Naissance du développement durable......................................................................... 34 Les dimensions du développement durable .................................................................... 35 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 163 a) Dimension environnementale ...................................................................................... 36 b) Dimension économique ............................................................................................... 36 c) Dimension socioculturelle ............................................................................................ 36 2) Les critiques du développement durable......................................................................... 37 a) Le développement durable : concept contradictoire ou pléonasme ? ........................ 37 b) La décroissance ............................................................................................................ 38 II- Développement local et mondialisation, affirmation des identités culturelles ...................... 38 1) La mondialisation ............................................................................................................. 38 a) Le défi démographique ................................................................................................ 39 b) L’économie et les nouvelles technologies.................................................................... 39 c) La mondialisation socioculturelle ................................................................................. 39 2) Le développement local ................................................................................................... 40 a) De la mondialisation au développement local ............................................................. 40 b) Définition du développement local .............................................................................. 40 c) Des limites au développement local ............................................................................ 41 III- L’interculturalité dans le développement : quels enjeux ....................................................... 42 1) Mondialisation économique et échanges internationaux ............................................... 42 a) Vendre à l’étranger : du marketing international ........................................................ 42 b) Gérer des équipe internationales : du management interculturel .............................. 43 2) Le développement local face à la mondialisation culturelle. ........................................... 43 a) L’imaginaire d’une mondialisation culturelle ............................................................... 43 b) Renforcement identitaire : développement local identitaire ...................................... 44 Conclusion de la première partie ................................................................................................. 45 PARTIE II Approche interculturelle du tourisme : enjeux pour un développement des territoires d’accueil. .......................................................................................................................................... 46 Introduction de la deuxième partie : ........................................................................................... 47 CHAPITRE I : Le tourisme vecteur de développement : la nécessité d’une nouvelle gouvernance 48 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 164 I- Le tourisme : des impacts néfastes sur le développement....................................................... 48 1) Les impacts de l’environnement physique....................................................................... 48 a) La pollution touristique ................................................................................................ 48 b) Un tourisme réducteur et aménageur d’espace .......................................................... 49 c) Un tourisme intégré ou des pôles touristiques ............................................................ 49 2) Les impacts économiques : .............................................................................................. 50 a) La bourgeoisie commerçante : ..................................................................................... 50 b) Les propriétaires et promoteurs immobiliers .............................................................. 50 c) La multiplication des petits entrepreneurs ou fabricants ............................................ 50 3) Impacts socioculturels:..................................................................................................... 51 a) L’imitation d’une culture dominante attirante ............................................................ 51 b) La perversion touristique ............................................................................................. 51 c) La commercialisation des rapports humains ............................................................... 52 II – Un nouvelle gouvernance pour un tourisme vecteur de développement. ............................ 52 1) La diversification pour éviter la dépendance ................................................................... 52 a) Une dépendance touristique dangereuse.................................................................... 53 b) Le tourisme dans un système ....................................................................................... 53 2) Une gouvernance locale. .................................................................................................. 54 a) Une concentration des pouvoirs et des capitaux.. ....................................................... 54 b) Une gouvernance locale ............................................................................................... 55 c) Des interventions extérieures dans la gouvernance locale. ........................................ 55 3) Un management interculturel.......................................................................................... 56 a) Le management interculturel : essai de définition ...................................................... 56 b) Exemples de différents modèles de management....................................................... 57 III- Limites de la nouvelle gouvernance........................................................................................ 58 1) Un tourisme plus humain ? .............................................................................................. 58 a) Les inégalités touristiques en parallèles avec celles du monde ................................... 59 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 165 b) De quel tourisme parle-t-on ? ...................................................................................... 59 c) Un nouveau tourisme moral ou néocolonialiste .......................................................... 59 2) Recherche de profit et jalousie ........................................................................................ 60 a) Une concurrence et une jalousie dans le voisinage ..................................................... 60 b) Une recherche du profit, soucis économique individuel ............................................. 60 CHAPITRE II : Pour une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges........................ 62 I- Un engouement pour les cultures autochtones : les raisons d’une marchandisation ............. 62 1) Recherche de l’authentique dans les voyages ................................................................. 62 a) Recherche d’un tourisme de friche .............................................................................. 62 b) Visite dans le passé, l’exotisme moderne dans un patrimoine immatériel du passé. . 63 2) Une réponse à la demande. ............................................................................................. 63 a) Acculturation de la culture dominante ........................................................................ 63 b) Adaptation à la demande ............................................................................................. 64 3) Promotion des cultures traditionnelles dans le monde ................................................... 64 a) Rôle des médias............................................................................................................ 65 b) Rôles des Tours opérateurs et acteurs privés .............................................................. 65 c) Rôles des immigrants ................................................................................................... 65 II – La folklorisation : danger pour le développement dans des échanges faussés. .................... 66 1) La folklorisation ................................................................................................................ 66 a) La muséification ........................................................................................................... 66 b) Les objets traditionnels vendus aux plus offrants........................................................ 67 c) Folklorisation des rites et fêtes traditionnelles............................................................ 67 2) 3) Des rencontres déguisées, l’exotisme à tout prix ............................................................ 68 a) L’exotisme à tout prix ................................................................................................... 68 b) Une satisfaction et une sécurité optimale ................................................................... 68 c) Une hospitalité brimée ................................................................................................. 69 Danger de la marchandisation de la culture .................................................................... 69 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 166 a) Le rejet du tourisme par les populations locales ......................................................... 69 b) Un territoire figé dans une authenticité artificiel ........................................................ 70 III- Importance des échanges interculturels équitables. .............................................................. 70 1) Des échanges interculturels équitables ........................................................................... 70 a) La notion d’équité et d’échanges équitables ............................................................... 70 b) Prédisposition du voyageur/touriste ........................................................................... 71 c) Une nouvelle hospitalité .............................................................................................. 71 2) Valorisation de la culture locale et développement ........................................................ 72 a) Importance des échanges interculturels pour une marchandisation raisonnée ......... 72 b) Valorisation de la culture locale ................................................................................... 72 c) Mise en place de projets par la population locale ....................................................... 73 3) Vers une non marchandisation de la culture : imagination ou réelle ? ........................... 73 a) Pour une non marchandisation de la culture : réactions des organisations internationales : ................................................................................................................... 73 b) Une marchandisation raisonnée dans les nouvelles formes de tourisme ................... 74 c) Une nouvelle communication nord/Sud. ..................................................................... 74 CHAPITRE III : L’éducation interculturelle par le voyage et le tourisme pour des pratiques plus responsable. ..................................................................................................................................... 76 I- L’éducation interculturelle : une définition. ............................................................................. 76 1) Education interculturelle : concept et définition : ........................................................... 76 a) D’une éducation multiculturelle à une éducation interculturelle ............................... 76 b) L’éducation interculturelle : concept, essaie de définition .......................................... 77 c) Une éducation civique.................................................................................................. 78 2) 3) L’éducation interculturelle : dans un cadre non institutionnel........................................ 78 a) Une éducation avant tout non-formelle ...................................................................... 78 b) L’éducation interculturelle : enjeux pour la diversité du monde ................................. 79 Le processus interculturel : Le modèle de développement de la sensibilité interculturelle 79 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 167 a) Le MDSI : de la résistance à l’ouverture ....................................................................... 80 b) Etapes ethnocentriques ............................................................................................... 80 c) Etapes ethno-relatives ................................................................................................. 80 II- Le voyage : un outil pour l’éducation interculturelle : ............................................................. 81 1) L’éducation interculturelle dans le voyage : immersion par paliers ................................ 81 a) Immersion adaptation .................................................................................................. 82 b) Immersion compréhension .......................................................................................... 82 c) Immersion intégration.................................................................................................. 83 2) Les échanges : outils au service de l’éducation interculturelle par les voyages .............. 83 a) L’importance des échanges dans les voyages pour une éducation interculturelle ..... 83 b) S’identifié par rapport à l’autre grâce aux échanges ................................................... 84 c) Crises d’apprentissage.................................................................................................. 85 3) Les enjeux pour le voyageur............................................................................................. 86 a) Des compétences interculturelles ................................................................................ 86 b) La tolérance et le relativisme culturel .......................................................................... 87 c) Un autre regard sur le monde : l’intelligence métisse ................................................. 88 III- Un tourisme plus responsable grâce à une éducation interculturelle par les voyages ? ....... 89 1) Un tourisme responsable ................................................................................................. 89 a) L’éducation interculturelle et le développement durable ........................................... 89 a) Un touriste responsable ............................................................................................... 90 b) Un respect mutuel ........................................................................................................ 90 2) Une préparation au voyage nécessaire ............................................................................ 90 a) Nécessité d’une éducation préalable ........................................................................... 91 b) Des formations interculturelles.................................................................................... 91 3) Limites d’une éducation interculturelle dans le cadre de séjours touristiques. .............. 92 a) Difficulté des séjours touristique trop courts et trop mercantiles .............................. 92 b) Des formations non adaptées dans le tourisme .......................................................... 92 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 168 Conclusion de la deuxième partie .................................................................................................... 95 PARTIE III Approche interculturelle comparative d’Aina Madagascar et AFS Vivre Sans Frontière, pour un tourisme vecteur de développement. ................................................................................ 96 Introduction de la troisième partie .................................................................................................. 97 CHAPITRE I : L’Association Aina Madagascar : Pour un tourisme solidaire .................................... 98 I – Objectifs d’une association solidaire à Madagascar ............................................................... 98 1) Contexte géo politique de Madagascar ........................................................................... 98 a) Contexte géopolitique .................................................................................................. 98 b) Le contexte touristique ................................................................................................ 99 2) Les objectifs d’Aina Madagascar ...................................................................................... 99 a) Du tourisme solidaire à Madagascar ............................................................................ 99 b) Les valeurs d’échanges équitables ............................................................................. 100 II- Les activités d’Aina Madagascar ............................................................................................ 101 1) Les voyages proposés ..................................................................................................... 101 a) Fonctionnement des voyages .................................................................................... 101 b) Voyages proposés par l’association : ......................................................................... 102 2) Les projets de développement local .............................................................................. 103 a) Pour une meilleure éducation .................................................................................... 103 b) Le commerce équitable .............................................................................................. 104 c) Les autres projets de développement........................................................................ 104 1) Une nouvelle gouvernance ............................................................................................ 105 a) Une gouvernance locale ............................................................................................. 105 b) Une diversification des activités vers le commerce équitable ................................... 105 1) 2) Une marchandisation maitrisée de la culture et des échanges ..................................... 106 a) Une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges ................................ 106 b) La valorisation de la culture Malgache et développement local. .............................. 107 Une initiation à l’apprentissage interculturel ................................................................ 107 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 169 a) Les échanges culturels................................................................................................ 107 b) Un apprentissage interculturel .................................................................................. 108 CHAPITRE II : L’association AFS Vivre Sans Frontière : une éducation interculturelle par les voyages........................................................................................................................................... 110 I – Présentation de l’association. ............................................................................................... 110 1) Présentation générale de D’AFS Vivre Sans Frontière ................................................... 110 a) AFS Vivre Sans Frontière dans le monde.................................................................... 110 b) Objectifs et valeurs de l’association ........................................................................... 111 2) Des voyages en immersion............................................................................................. 111 a) Organisation des voyages........................................................................................... 111 b) Les programmes proposés ......................................................................................... 112 II – Vérification des hypothèses. ................................................................................................ 113 1) Un enjeu dans la mondialisation .................................................................................... 113 a) Une dynamique pour les territoires d’accueil ............................................................ 113 b) Une éducation à la citoyenneté internationale ......................................................... 114 2) 3) Une éducation interculturelle par les voyages en immersion ....................................... 114 a) La pensée métisse : résultat des séjours AFS ............................................................. 115 b) Témoignages de jeunes et de familles d’accueil ........................................................ 115 Une préparation et un suivie pédagogique.................................................................... 116 III – Comparaison avec l’association Aina Madagascar.............................................................. 117 1) Des différences complémentaires.................................................................................. 117 2) Schéma comparatif d’Aina Madagascar et AFS Vivre Sans Frontière ............................ 119 3) Un outil pour l’orientation des échanges interculturels dans le tourisme .................... 120 CHAPITRE III : Synthèse Générale ................................................................................................. 122 I – Approche interculturelle du tourisme et du développement. .............................................. 122 1) Contexte et choix du sujet ............................................................................................. 123 2) Importance de l’interculturalité dans le tourisme et le développement....................... 124 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 170 II – L’importance des échanges interculturels équitables.......................................................... 126 1) Une marchandisation raisonnée par une gouvernance locale ...................................... 126 2) Les échanges interculturels au service du développement ........................................... 127 II – Stage à Aina Madagascar et perspectives avenirs ............................................................... 129 1) Bilan personnel de notre étude ..................................................................................... 129 2) Stage à Aina Madagascar ............................................................................................... 129 3) Perspectives et projet avenirs ........................................................................................ 130 Conclusion de la troisième partie :................................................................................................. 132 Conclusion Générale ...................................................................................................................... 133 Table des annexes : ........................................................................................................................ 137 Index ........................................................................................................................................... 153 Bibliographie .................................................................................................................................. 155 Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN 171