Approche interculturelle du tourisme et du développement

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Approche interculturelle du tourisme et du développement
UNIVERSITÉ DE TOULOUSE II - LE MIRAIL – CENTRE D’ÉTUDES DU TOURISME,
DE L’HÔTELLERIE ET DES INDUSTRIES DE L’ALIMENTATION
MASTER TOURISME & DÉVELOPPEMENT
Approche interculturelle du tourisme et du développement
Dans quelles mesures le tourisme peut-il être vecteur de développement dans un contexte
interculturel ?
MÉMOIRE DE PREMIÈRE ANNÉE
Présenté par :
Mélanie Pépin
Année universitaire : 2010 - 2011
Sous la direction de : Laurence Tibère
Le CÉTIA de l’Université
de Toulouse II–Le Mirail n’entend
donner aucune approbation, ni
improbation aux opinions émises dans
les mémoires de recherche. Ces
opinions doivent être considérées
comme propres à leur auteur(e)
UNIVERSITÉ DE TOULOUSE II - LE MIRAIL – CENTRE D’ÉTUDES DU TOURISME,
DE L’HÔTELLERIE ET DES INDUSTRIES DE L’ALIMENTATION
MASTER TOURISME & DÉVELOPPEMENT
Approche interculturelle du tourisme et du développement
Dans quelles mesures le tourisme peut-il être vecteur de développement dans un contexte
interculturel ?
MÉMOIRE DE PREMIÈRE ANNÉE
Présenté par :
Mélanie Pépin
Année universitaire : 2010 - 2011
Sous la direction de : Laurence Tibère
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
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REMERCIMENTS
Ce travail de recherche et de rédaction n’aurait pu être possible sans le soutien et
l’encouragement d’un entourage autant professionnel que personnel.
Je souhaite remercier particulièrement Laurence Tibère, maître de mémoire pour sa disponibilité
et ses encouragements, source de motivation dans un climat de confiance. Elle m’a apporté son
savoir, m’a suivi dans mes recherches, accompagné et conseillé avec une vision à la fois globale et
critique de mon travail.
Je remercie également les professionnels qui ont accepté de répondre à mes questions, en
particulier Tamby Riana de l’association Aina Madagascar et Claire Rosier d’AFS Vivre Sans
Frontière, ainsi que toute l’équipe pédagogique du Centre d’ Etude du Tourisme, de l’Hôtellerie et
des Industries de l’Alimentation (CETIA) pour avoir éclairé mes interrogations.
Je souhaite aussi adresser mes remercîments à ma famille, Jean-Pierre, Catherine et Renée pour
leur soutien, leur patience, et leurs relectures efficaces.
Merci à mes amis et colocataires en particulier Gaëlle, Mathieu et Milou pour leurs
encouragements quotidiens.
Enfin, un grand merci à Brice pour son investissement, sa présence, son soutien et ses conseils
pertinents et utiles.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
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Sommaire
Introduction
Partie I : L’interculturalité dans le tourisme et le développement : définition et
interactions
Chapitre 1 : Les échanges interculturels et interculturalité
Chapitre 2 : Les échanges interculturels dans le tourisme
Chapitre 3 : Développement et interculturalité : des relations complexes
Partie II : Approche interculturelle du tourisme : enjeux pour un développement des
territoires d’accueil.
Chapitre 1 : Le tourisme vecteur de développement : la nécessité de la nouvelle
gouvernance
Chapitre 2 : Pour une marchandisation raisonné de la culture
Chapitre 3 : L’éducation interculturelle par les voyages et le tourisme pour des pratiques
plus responsable
Partie II : Approche interculturel comparative des associations Aina Madagascar et AFS
Vivre Sans Frontière
Chapitre 1 :L’association Aina Madagascar : pour un tourisme solidaire
Chapitre 2 : L’association AFS Vivre Sans Frontière : une éducation interculturelle par les
voyages
Chapitre 3 : Synthèse générale
Conclusion
Annexes
Tables des matières
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Introduction général :
« Montaigne est le premier touriste *…+ Montaigne en voyage était impliqué à tout voir, tout
regarder *…+ très attentif à se conformer aux usages du pays, *…+ il prenait celle de chaque endroit
où il passait » (Sainte-Beuve – « Histoire du tourisme » par Marc Boyer)
Depuis sa naissance, le tourisme permet un contact entre des individus porteurs de cultures
différentes, exposant voyageurs et habitants à un contexte interculturel, riche et captivant dans
sa pluralité. Source de plaisir, de découverte et d’apprentissage le voyage s’est développer et
transformé au cours de son histoire.
Le tourisme est aujourd’hui un phénomène économique mondial plus qu’une découverte avec
l’altérité avec plus de 850 millions de touriste internationaux en 2008 pour 700 milliards de
recettes. Dans ces conditions, beaucoup de pays appréhendent le tourisme comme un facteur
clef du développement, associant ce dernier à la croissance économique et à la modernité.
Dans ces conditions, une approche interculturelle permet d’apporter une cohérence face à un
tourisme international où le développement est un objectif important.
La question de départ à l’origine de cette étude se penche donc sur les interrelations entre
interculturalité, tourisme et développement.
Pour débuter cette étude, une recherche sur la notion d’interculturalité nous a permis d’aborder
un certains nombre de notions, utiles dans la compréhension des relations entre plusieurs
individus de cultures différentes. Des recherches en tourisme nous ont ensuite permis d’apprécier
les échanges interculturels entre voyageurs et populations locales.
Ceci étant, rapprocher le développement aux échanges interculturels touristiques est une
manœuvre difficile. Le développement est aujourd’hui un concept controversé, donc difficile à
saisir. Nous avons alors cherché à le rapprocher de l’interculturalité avant de le lier au tourisme
international.
L’interculturalité dans le tourisme se caractérise donc par des échanges interculturels et le
développement, replacé dans un contexte international, se décline en deux notions : le
développement durable et le développement local.
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Face à ces observations cette étude fût alors dirigée vers la place et le rôle des échanges
interculturels dans le tourisme pour favoriser un développement.
Afin d’apporter des éléments de réponses, nous examinerons dans une première partie les
notions se rapportant à l’interculturalité afin de les intégrer et les appliquer au tourisme d’un côté
et au développement de l’autre.
Nous aborderons le tourisme sous l’angle interculturel en suivant l’histoire touristique face à
l’évolution des échanges interculturels.
Nous essayerons de définir le développement sous deux approches critiques de la scène
internationale : Le développement durable visant les aspects environnemental, économique,
social et culturel dans un monde pluriel, et le développement local, réponse à une mondialisation.
Cette première approche permettra de replacer le tourisme dans un contexte international où il
aspire à être un levier pour le développement autant durable que locale.
Une deuxième partie conduira alors à analyser les conditions pour que le tourisme soit un vecteur
de développement en plaçant les échanges interculturelles au cœur de la synergie tourisme et
développement.
Notre réflexion serra complété dans une dernière partie par l’étude et la comparaison entre deux
associations ayant les échanges interculturels au cœur de leurs activités. Elles travaillent
cependant à des échelles différentes pour des objectifs de développement divergents, permettant
une complémentarité dans notre étude.
Une schématisation de notre pensée conduira en dernière lieu à clarifier notre cheminement vers
de nouveaux questionnements, pistes de réflexions pour le mémoire de deuxième année et
approfondissement de cette étude sur le lieu de stage.
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PARTIE l
L’interculturalité dans le tourisme et le
.
développement : définition et interactions
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Introduction de la première partie
L’objectif de cette première partie est d’approcher le tourisme et le développement sous un angle
interculturel.
Le tourisme international met en contact des populations porteuses de cultures à la fois
différentes et similaires. D’un autre côté la mondialisation des échanges fait apparaitre des
réflexions sur l’émergence de nouveaux développements.
Au regard de ces constats nous étudierons les notions de culture, d’interculturalité et d’échanges
interculturels afin de comprendre les objectifs du tourisme et du développement dans un
contexte interculturel.
Face à ces objectifs, nous présenterons le tourisme dans un deuxième chapitre, en essayant de
comprendre l’évolution des échanges interculturels dans l’industrie touristique depuis sa
naissance.
Le troisième chapitre permettra de comprendre la complexité du développement, notion décliné
et parfois controversé, dans un contexte de mondialisation des échanges.
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CHAPITRE I :
Les échanges interculturels et interculturalité
Nous avons souhaité expliquer dans un premier chapitre les notions se rapportant aux échanges
interculturels afin de pouvoir les rapprocher de la dimension touristique dans un deuxième
chapitre et du développement dans un troisième. Nous avons choisi de commencer par définir la
culture pour comprendre ensuite les interrelations entre les différentes cultures. Nous verrons
comment étudier les similitudes culturelles pour comprendre les ponts importants à analyser en
contexte interculturel. Cette démarche nous permettra d’introduire notre deuxième chapitre qui
traitera d’échanges internationaux dans un secteur spécifique, le tourisme.
I- La notion de culture :
Avant de comprendre les relations et interactions qui peuvent apparaitre dans la rencontre entre
deux cultures, il est nécessaire de comprendre cette notion avec ses définitions, ses
problématiques et ses enjeux.
1) La culture
E. Taylor décrit la culture, en 1871, comme l’ensemble des « connaissances, croyances, arts, lois,
de morale, de coutume, et tous autres capacités ou habitudes acquises par l’homme en tant que
membre de la société »1. Pour E. Taylor, c’est la société qui porte la culture et ainsi, inculque les
habitudes et valeurs aux membres de cette société2. C’est la première définition scientifique. Un
siècle plus tard, M. Douglas apporte la notion de l’évolution de la culture : « La culture est cette
activité caractéristique de l’homme qui consiste à classer, évoluer, hiérarchiser ». Ainsi, la culture
se nourrit notamment d’autres cultures et évolue en fonction de facteurs à la fois internes et
externes.
1
TIBERE LAURENCE – Cours de socio-anthropologie du tourisme et des loisirs – Licence 3 Tourisme et
Développement 2009/2010 – UTM CETIA
2
Ibidem
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 Exemples de facteurs externes : contact avec d’autres cultures, le climat…
 Exemples de facteurs internes : Psychologique, démographique…
Enfin, La culture est une boussole « sans laquelle les membres d’une société ne sauraient ni d’où
ils viennent, ni où ils vont ou souhaitent aller, ni comment ils leur convient de se comporter »
explique JP. Warnier en 1997.
Les individus d’une même culture développent donc des comportements, des croyances, des
valeurs identiques que l’on caractérise de traits culturels.
2) Les traits culturels et les aires culturelles
L’étude des traits culturels permet de s’intéresser jusqu’aux plus petites composantes de la
culture.
Selon Alfred Kroeber et Clark Wissler les aires culturelles sont une répartition spatiale des traits
culturels. Au centre d’une aire, les traits sont très caractéristiques à la population vivant dans
cette aire. Par contre, en périphérie, les traits culturels se mélangent avec d’autres traits des aires
environnantes.3
Rencontre entre 2
cultures
Centre
d’une aire
culturelle
Schéma de
Mélanie Pépin, selon
la définition des aires
culturelles d’Alfred Kroeber
et Clark Wissler
Centre
d’une aire
culturelle
3
CUCHE DENYS – « La notion de culture dans les sciences sociales » - édition La découverte – collection Grands Repères
– Paris – mars 2010
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Chaque population de ces aires se définit comme une entité ayant une identité propre, c’est
l’identité culturelle.
3) L’identité culturelle
Selon Frederick Barth en 1969, l’identité culturelle « est un construit qui s’élabore dans une
relation qui oppose un groupe aux autres groupes avec lesquels il est en contact »4 . L’identité
culturelle est donc la conséquence de plusieurs cultures en contact et la manifestation des traits
culturels mis en avant pour se différencier. F.Barth a une vision de l’identité relevant de la
conception relationnelle, c'est-à-dire que les membres d’un groupe revendiquant leur identité
mettent en avant leurs différences culturelles dans les relations qu’ils entretiennent avec les
autres cultures. L’identité est donc en constante évolution grâce aux échanges sociaux entre les
membres d’un groupe et entre plusieurs groupes en contact. C’est une vision très dynamique de
l’identité, cette dernière évoluant tout comme la culture au fur et à mesure des contacts
relationnels extérieurs. L’étude des relations est donc au cœur de l’analyse si l’on souhaite
comprendre les évolutions des identités et des cultures.5 On parle d’interculturalité lorsqu’il s’agit
de rencontre et d’échange entre plusieurs cultures.
Ces notions amènent à un paradoxe où d’un côté la culture est associée au changement, à
l’évolution et d’un autre côté, l’identité est rattachée à la stabilité car afin de pouvoir s’identifier à
une identité culturelle, il faut que cette dernière ne soit pas mouvante pour plus de facilité. Entre
une identité souvent mise en avant et une culture évolutive, que ce passe-t-il en situation
interculturelle ?
4
5
CUCHE DENYS – op. cit. p.11
Ibidem
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12
II- L’interculturalité :
Nous verrons dans un deuxième chapitre que l’interculturalité et le tourisme international sont
intimement liés, c’est pourquoi il est important de définir en amont cette notion et analyser ses
différentes composantes et ses conséquences.
1) L’interculturalité, essai de définition :
Cette notion complexe met en jeux d’autres concepts comme le multiculturalisme et l’altérité.
a) Le multiculturalisme
Il nous a paru intéressant de nous pencher sur le multiculturalisme qui suppose la pluralité des
cultures au sein d’une même société. Le terme apparaît dans les années 60 aux Etats-Unis où l’on
constate le mélange de plusieurs identités culturelles. Le multiculturalisme soulève le problème
du contact entre plusieurs groupes de cultures différentes mélangés au sein d’une société et donc
d’une entité unique régissant des mêmes droits et mêmes lois. Ce deuxième aspect relève du
domaine politique et social quant à la gestion de plusieurs cultures dans un même territoire. Le
problème principal que nous pouvons observer dans l’utilisation du terme multiculturalisme se
trouve dans son préfixe « multi » qui prend en compte la pluralité sans la différenciation de
chaque culture.6
b) L’interculturalité
Contrairement au concept du multiculturalisme, le préfixe « inter » introduit à la fois une liaison
et à la fois une séparation. En d’autres termes, il y a une relation entre les différentes cultures
présentes mais chacune d’elles est considérée à part, elle se distingue les unes des autres.
6
Dictionnaire de sociologie – Larousse – France Loisir – Paris – Janvier 2001
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Clanet définit en 1993 l’interculturation comme tous les processus d’interactions entre les
groupes ou individus de différentes cultures. C’est donc un terme représentant des actions
dynamiques entre plusieurs personnes ou groupes.7
L’interculturalité représente la rencontre entre cultures différentes, caractérisée par une
dynamique issue de plusieurs identités culturelles. Cette notion est à l’origine d’un renversement
scientifique concernant la culture. Au début du 20ième siècle, la culture fait l’individu,
l’interculturalité annonce le contraire en partant du constat que l’individu fait la culture.
L’individu devient alors acteur.
Selon Abdallah-Pretceille l’interculturalité s’inscrit dans un processus de communication où l’on
apprend à échanger, à rencontrer « l’Autre » qui a sa propre identité culturelle. L’interculturalité
peut ainsi analyser l’interaction de plusieurs cultures en contact dans des rencontres
interculturelles, on parle d’altérité.
c) L’altérité
L’altérité est intéressante à étudier puisqu’elle met concrètement en scène la rencontre de
cultures différentes à échelle humaine. Tout le monde peut expérimenter l’altérité avec le rapport
à une autre culture dans son quotidien (dans le cadre de son travail ou de ses études) ou plus
ponctuellement (en vacances).
Il existe plusieurs niveaux d’altérité8 allant d’un niveau pratiquement nul appelé « altérité
minimale » où l’individu ne rencontre pas d’autres cultures, à un niveau d’altérité dit « très
partagée » où des rapports intimes vont se former entre personnes de cultures différentes. Il
existe trois niveaux intermédiaires. L’altérité relative où le contact va être très restreint s’il
survient, l’altérité distanciée où la rencontre existe mais sans échange réel même superficiel et
enfin l’altérité partagée où les individus commencent à échanger entre eux.
L’altérité a deux visages9. Le premier attire le côté exotique souvent pas anodin, la différence
attirant, l’individu cherche à s’identifier à l’autre. Il est séduit par cette différence. Le deuxième
concerne la rencontre interculturelle. Elle peut avoir un côté plus sombre car il y a toujours un
7
THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – « les faces cachées de l’interculturel : de la rencontre des porteurs de
culture » - édition l’Harmattan – Paris mai 2010 – collection Espaces Interculturels – 247 pages
8
9
TIBERE LAURENCE – op.cit p.10
THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – op.cit
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
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écart entre ce qu’on attend trouver chez l’autre, nourrit par les stéréotypes, et par ce qu’on
trouve réellement. De cet écart, peut naître un conflit provoqué par une incompréhension
suscitant de la méfiance chez l’autre.
Ce conflit se matérialise par le choc culturel caractérisant ce phénomène. Il est une réaction à la
différence de l’Autre10, il se traduit concrètement par la perte de ces propres repères. La culture
étant une boussole, ce choc serait une boussole défaillante. L’individu est donc complètement
perdu. Il perd ces repères dans l’espace, dans le temps, ces repères sociaux au niveau de la
hiérarchisation ou du rapport au pouvoir par exemple.
Le choc culturel est un résultat parfois néfaste du phénomène d’interculturalité parmi d’autres
qui ne sont pas forcement négatifs. L’altérité entre plusieurs individus, le croisement des traits
culturels amène à de nombreux phénomènes résultant du phénomène d’acculturation.
2) Processus dynamique interculturel : l’acculturation
L’acculturation est le processus dynamique modifiant les cultures en contact. Quels sont les
différentes mutations et les résultats possibles d’un tel phénomène ?
a) L’acculturation
Ce terme est défini dans le « mémorandum pour l’étude de l’acculturation »11 en 1936 par Robert
Redfield, Ralph Linton et Melveille Herskovits comme « l’ensemble des phénomènes qui résultent
d’un contact continu et direct entre des groupes d’individus de cultures différentes et qui
entraînent des changements dans les modèles culturels initiaux de l’un ou des deux groupes. »
L’acculturation est le processus exogène participant à cette évolution de manière positive ou
négative. Le Mémorandum établi un classement des contacts culturels permettant de mieux
appréhender le contexte d’une acculturation :
 Selon la taille des populations : contacts entre groupes ou populations ; contacts entre
groupes de même taille ou de taille très différentes.
10
THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – op.cit p.14
11
CUCHE DENYS – op. cit p.11
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 Selon la nature des contacts : contacts amicaux ou hostiles ; contacts résultant de la
colonisation, du tourisme, de l’immigration.
Grâce à ce classement, il est plus facile d’analyser l’acculturation et de mieux comprendre ses
aspects positifs ou négatifs. Par exemple, en s’intéressant à la nature des contacts, dans le cas
d’une colonisation, il y a un rapport de dominants à dominés, l’effet de l’acculturation peut dans
ce cas conduire à un ethnocide. Ce dernier est le résultat le plus négatif de l’acculturation
puisqu’on assiste à la disparition totale d’une des cultures.
Le phénomène d’acculturation se traduit le plus souvent par l’emprunt de certains traits culturels.
Mais les individus de la culture d’origine gardent leur logique interne, leurs principales
caractéristiques sans aboutir à l’uniformisation12. Les éléments matériels ou techniques (comme
les vêtements) sont plus facilement intégrés que les éléments symboliques comme les religions
ou des idéologies.
L’acculturation admet plusieurs processus observables et observés transformant les cultures en
contacts de différentes manières et de différentes intensités.
b) Différents processus du phénomène d’acculturation13
Guillebaud compte 7 processus pouvant être imaginés lorsqu’on analyse les cultures et leurs
relations réciproques. Tout d’abord le décentrement, où la culture la plus faible se laisse
influencer par la plus forte. A l’inverse, la réverbération est le terme expliquant que la culture la
plus forte emprunte certains traits culturels de l’autre. Ainsi la capoeira est devenue la danse
symbolique brésilienne alors qu’elle est née avec l’esclavagisme en Afrique noir. Le troisième
processus est la réappropriation, souvent léguée par les anciennes colonies, consistant pour les
anciens pays colonisés à apprécier et à s’approprier les anciennes pratiques des colons. Ainsi la
langue française est considérée comme un bénéfice pour certains pays d’Afrique. Dans certains
cas d’interculturalité où la culture dominante est très forte, il y a le rapatriement, où la culture la
plus faible réaffirme ces propres traditions. Le cinquième processus est l’entrelacement, une
forme d’hybridation. Le syncrétisme est un mélange, un accommodement à l’autre culture. Enfin,
12
CUCHE DENYS – op. cit p.11
13
THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – op. cit p. 14
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le dernier processus est l’interprétation, une culture reprenant certains traits de l’autre en
transformant le sens.
C’est long processus aboutissent à des situations particulières.
c) Résultats du phénomène d’acculturation
Les résultats de ce phénomène complexe sont multiples et dépendent des situations
interculturelles, du lieu de la rencontre, des cultures concernées, de l’histoire personnelle de
chaque individu… Cependant, nous pouvons parler de types de résultat14. Le premier est le
résultat matériel, il concerne l’adoption par une des cultures des moyens de transport, des tenues
vestimentaires ou du mode d’alimentation. Nous pouvons trouver par exemple des Mac’Donald
et du coca-cola dans la plupart des pays du monde, témoignant de l’adoption de certains traits
d’une culture américaine dominante.
Le résultat peut également être plus formel et une nouvelle culture peut apparaître de la fusion
des deux autres. Ce phénomène caractérise le métissage culturel, comme au Brésil qui regroupe à
la fois des cultures occidentales et des cultures africaines.
L’acculturation peut avoir des effets beaucoup plus négatifs comme la déculturation. On assiste
alors à une déstructuration sociale, culturelle et économique où la culture dominante absorbe
l’autre, pouvant complètement disparaître. On parle alors d’ethnocide. Le documentaire de
Dennis O’rourke15 illustre bien ce phénomène. Des anciennes tribus cannibales font l’objet d’un
circuit touristique mais n’ont plus aucune tradition. Leurs objets sacrés ont été pillés, leur liberté
d’exercer leurs rites et coutumes leurs ont été enlevés. Ils ne comprennent pas ce qui se passe, les
touristes peuvent leurs rapporter une richesse éphémère pour continuer à vivre ou plutôt
survivre. Ce dernier phénomène peut amener à la contre acculturation qui est un renforcement
de sa propre culture en réaction à la culture dominante.
L’interculturalité est un sujet vaste et complexe mettant en scène des cultures et des relations
qu’elles entretiennent. L’acculturation, permet d’analyser les changements et effets dans un
contexte interculturels.
14
TIBERE LAURENCE – op. cit p. 10
15
DENNIS O’ROURKE – « Cannibal Tour » - Film documentaire – 1988
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III- Similitudes interculturelles
Les échanges interculturels sont influencés par des représentations et des valeurs. Ces dernières
influencent différentes façons de voir, de regarder, d’interpréter et donc de se comporter. Il est
quand même possible de rapprocher des traits culturels pour plusieurs airs.
1) Perception de l’espace-temps et de l’environnement16
Certaines cultures identifient le temps comme rare et précieux comme nos sociétés modernes
occidentales pour qui le temps doit être bien géré et bien organisé. Les nouvelles technologies ont
accentué cette tendance. Au niveau des transports par exemple, il est possible de partir toujours
plus vite, toujours plus loin. A l’inverse, les sociétés traditionnelles comme certains peuples
d’Afrique, d’Asie appréhendent le temps comme un élément naturel incontrôlable. L’homme s’y
adapte même si le temps est un élément important.
De la même manière les sociétés occidentales cherchent à contrôler la nature. C’est une culture
de l’être, la nature doit se soumettre et s’adapter à l’homme afin de subvenir à ses besoins. Dans
sociétés traditionnelles, l’homme est une partie intégrante de la nature, il ne peut pas la
contrôler, c’est une culture de vénération de la nature. Dans la culture tibétaine, toute forme de
vie est respectée au même titre que l’homme, la religion étant basée sur la réincarnation. Le
contrôle de la nature est donc une atteinte à l’idéologie religieuse.
La perception de l’espace et du temps conditionne les termes de l’échange tout comme la
perception des rapports et des relations humaines.
2) Les rapports humains, communications et relations humaines17
Les relations humaines varient selon la culture. Etudier les similitudes permet d’éviter des
malaises et malentendus. Identifier s’il s’agit d’une culture individualiste ou solidaire permet dans
16
RABASSO CARLOS, RABASSO JAVIER – « Introduction au management interculturel : pour une gestion de la diversité »
- édition Ellipses – 2007 – 208 pages
17
TIBERE LAURENCE – op. cit p.10
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
18
de comprendre la sensibilité de la personne. Les cultures individualistes privilégient l’individu seul,
avec une possible coopération, mais, toujours en attente d’un retour. L’échange de services est
basé sur la réciprocité, la compétition est souvent présente. A l’opposé, certaines sociétés
favorisent le lien entre les personnes. L’approche en est plus communautaire et la famille et les
groupes sont d’une grande importance.
Le type de langage est souvent lié au type de société. L’environnement de communication et les
comportements sont des éléments clefs dans les cultures traditionnelles dites à haut contexte.
Les informations sont explicites, la communication est informelle et subjective. Pour des cultures
à bas contexte où les paroles vont être les principales sources du message, les informations sont
plus précises et formelles, l’accent est mis sur la fixation d’objectifs avec des indicateurs et des
plannings à respecter.
Dans l’analyse des rapports humains intéressons-nous à la proxémique culturelle, distance
physique acceptable entre les individus. Cette distance diffère d’une culture à l’autre dans une
communication interpersonnelle. De même la distance au pouvoir est le degré d’acceptation d’un
pouvoir réparti inégalement entre les individus d’une même société.
Ces différents comportements dans les relations humaines se complètent par une analyse de la
gestion de la vie et l’organisation dans le travail.
3) La gestion de la vie et l’organisation du travail18
Des incompréhensions liées à un mode de vie particulier, peuvent apparaitre au cours des tâches
quotidiennes. Certaines sociétés (Amérique du nord, Europe) sont mono-chroniques, elles ont un
mode de gestion séquentiel et linéaire, les tâches sont traitées les unes après les autres, on ne fait
pas deux choses à la fois. A l’inverse, dans les cultures polychromiques (au Brésil ou en Afrique…),
les tâches peuvent être traitées simultanément.
Certaines cultures ont une orientation à court ou à long terme au niveau de l’appréhension du
futur. Ce paramètre fait référence à la stabilité personnelle de l’individu. Ainsi les occidentaux ont
du mal à comprendre pourquoi certains africains ne pensent pas à ce qu’ils vont faire dans un ou
deux ans.
18
RABASSO CARLOS, RABASSO JAVIER – op. cit p18
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
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Un paramètre également observable est la culture masculine ou féminine. Dans cette dernière,
les valeurs sont plus axées sur la solidarité avec le souci de l’autre, la protection de
l’environnement et du social alors que les valeurs masculines sont plus orientées vers la quête de
croissance, du pouvoir, de la réussite et de la performance.
L’analyse de ces différents comportements permet une connaissance du contexte interculturel.
CONCLUSION DU CHAPITRE I :
L’interculturalité est un phénomène complexe
mettant en relation des cultures. Ces relations, issues de l’altérité vécue par des individus, sont
des processus dynamiques résultant de la notion d’acculturation mettant en scène plusieurs
processus et résultats. Durant les échanges interculturels, il est possible de mettre en lumière des
similitudes comme la façon d’appréhender le temps et l’espace. Les échanges internationaux sont
effectués entre plusieurs cultures où chaque acteur, chaque individu a sa propre perception, ses
propres valeurs. Ces échanges créent des processus dynamiques, phénomène d’acculturation.
Le tourisme met en contact des populations de cultures différentes, des individus non spécialisés
dans les relations internationales. Il est alors intéressant d’étudier le domaine touristique d’un
point de vue interculturel.
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CHAPITRE II :
Les échanges interculturels dans le tourisme
Les voyages et le tourisme placent les visiteurs et les visités en situations interculturelles. Etudier
le phénomène touristique sous l’angle de l’interculturalité permet une analyse à la fois
sociologique et ethnologique. En d’autre termes nous proposons d’étudier les échanges entre
visiteurs et visités dans le cadre du tourisme international. Nous reviendrons tout d’abord sur
l’histoire du tourisme afin de déceler l’évolution des échanges interculturels. Les nouvelles formes
de tourisme dites durables essayent d’intégrer l’interculturalité de manière consciente mais nous
verrons dans quelles mesures elles remplissent cet objectif. Nous ferrons ensuite une
comparaison critique entre le tourisme et les voyages avec l’intégration de la notion d’éthique.
I- Histoire du tourisme, évolution des échanges et des rencontres
interculturelles
Sans revenir sur l’histoire détaillée du tourisme, il nous a paru intéressant d’analyser l’évolution
des rencontres interculturelles depuis l’invention du phénomène touristique au 19ième siècle
jusqu’à l’apparition du tourisme durable.
1) Le tourisme anglais au 19ième Siècle
Selon Marc Boyer le phénomène touristique voit le jour au 19ième siècle. Les hommes ont voyagé
avant cette époque mais selon l’auteur spécialiste dans l’histoire du tourisme, l’avant 19ième relève
plus de la préhistoire du tourisme.
a) Les tours des anglais au 19ième siècle et le tourisme de villégiature.
Le terme « touriste », né au début du 19ième Siècle en Angleterre, est employé pour la première
fois par Littré et recopié par Larousse en 1875 comme « une personne qui voyage par curiosité et
par désœuvrement ». Le touriste est également décrit en 1889 « comme celui qui voyage à pied
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
21
pour son plaisir et son instruction »19. Le tourisme est donc bien associé aux loisirs ainsi qu’à la
notion d’éducation. Afin de terminer leurs éducations, les jeunes aristocrates partaient découvrir
l’Europe par le concept des « grands tours » d’où l’expression « les voyages forment la jeunesse ».
Elie de Beaumont souligne cette idée en affirmant que « les voyages sont le complément de
l’éducation des anglais et forment pour ainsi dire leur éducation pratique», cette dernière étant le
fruit du frottement à l’altérité.20
L’aristocratie anglaise introduit également en Europe et principalement en France, le concept
d’hivernage. Les aristocrates anglais venaient passer l’hiver, si rude dans leur pays, dans un lieu au
climat plus propice comme la côte d’Azur ou le pays Basques. Ainsi, les stations thermales
renaissent. Le Premier produit touristique apparaît grâce à la famille royale anglaise qui
développe le complexe balnéaire de Bath. D’autres produits se créent, mais réservés
exclusivement à une petite minorité, une élite.21
Cette première période touristique permet de comprendre que les échanges interculturels et
l’altérité ont été des composantes importantes dans les prémices du tourisme.
b) Intérêt pour les rencontres : le tourisme, une forme d’éducation
Les jeunes aristocrates anglais sont aidés dans leurs voyages par des guides. Dans les livres, les
auteurs décrivent les itinéraires, les pays à visiter pour des voyages les plus éducatifs possibles.
Sur les pas de Montaigne, le comte de Cassini22 écrit en 1778 un « manuel de l’étranger qui
voyage en Italie » dans lequel elle est décrite comme le pays Européen le plus instructif, « le plus
nécessaire pour tout homme instruit ». Le comte de Cassini légitime ces propos, expliquant que la
péninsule italienne offre une diversité culturelle extrêmement intéressante. Les jeunes voyageurs
pouvaient se nourrir de différentes richesses, avoir d’autres visions du monde, expérimenter
différents modes de vie.
19
Revue bio contact de mai 2010, n°202 article « tourisme, équitable, écologique, durable, solidaire… de quoi parle-ton ? »
20
FRANCK MICHEL – « histoire et avenir du tourisme : la fin de l’idée d’un voyage pour tous » - Revue « L’autre voie »
N°2 – http://www.deroutes.com/Findetrip.htm -Site visité le 22.12.2010
21
TORRENTE PIERRE – cours de fondements de la démarche projet – Licence 3 Tourisme et Développement 2009/2010
– UTM CETIA
22
Cité par BOYER MARC –«Histoire générale du tourisme : du XVIe au XXIe siècle » - éditions l’Harmattan - 2005 – 321
pages
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
22
Le Marquis de Caraccioli confirme la nécessité de se frotter à différentes cultures. Il affirme
d’ailleurs vouloir « faire connaître les mœurs et les usages de différents pays »23.
Le tourisme nait dans un souci d’éducation se traduisant par la recherche des différences
culturelles, l’envie de confrontation face à d’autres populations avec leurs mœurs, leurs
coutumes, leurs rites et leurs croyances. Cependant, en parallèle, un tourisme de villégiature se
développe sans recherche éducative, mais ayant des répercutions sur les territoires d’accueil.
c) Construction de nouvelles infrastructures dans le tourisme de villégiature et
changement socio-structurels.
Nous pouvons déjà observer, à l’époque, que cette nouvelle activité touristique transforme des
quartiers de ville au niveau économique, social et environnemental, puisque certains
aménagements sont construits en fonction de ce tourisme naissant (promenades des anglais à
Nice ou les hôtels luxurieux de Genève). Cette nouvelle activité créait alors des emplois sans pour
autant déstructurer l’organisation économique, sociale et culturelle des territoires d’accueil
puisque qu’elle reste encore à très petite échelle.
Cependant des changements socioculturels s’opèrent ; dans un premier temps, une nouvelle
forme d’activité économique va petit à petit transformer le modèle social. Certains locaux vont
abandonner leurs activités traditionnelles pour se consacrer au tourisme. L’impact du tourisme
sur les populations d’accueil a existé, mais reste minime ; l’activité thermale était diffuse, tout
comme les grands tours.
Le tourisme du 19ième siècle est donc double. D’un côté les jeunes gentlemans anglais finissaient
leur éducation par des voyages en profitant du frottement avec l’altérité. De l’autre côté, un
tourisme de villégiature transformait des territoires d’accueil bien qu’à une échelle minime sans
conséquence massive sur l’environnement général de la région. Mais l’élite a attiré la masse et,
les événements du début du 20ième siècle vont conduire à l’accession aux vacances.
23
BOYER MARC –«Histoire générale du tourisme : du XVIe au XXIe siècle » - éditions l’Harmattan - 2005 – 321 pages
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
23
2) Le tourisme de masse
Cette deuxième période touristique se traduit par une demande toute puissante qui conditionne
les aménagements des zones d’accueil, sans se soucier des populations locales qui seront très vite
marginalisées.
a) L’avènement des vacances
Le début du 20ième Siècle assiste à l’avènement des vacances, puis l’invention des congés payés en
1936 fait amène le tourisme social24. Le tourisme perd alors son aspect éducatif pour devenir une
activité indispensable aux plus grands nombres. Avec la perte de la notion d’éducation dans les
voyages, la nécessité de rencontrer les autochtones est également abandonnée.
En 1951 on passe de 8 millions de vacanciers citadins français à 20 millions en 1966, on parle alors
de massification ou tourisme de masse. La demande conditionne l’offre et tous les
aménagements et organisations du territoire français s’effectuent en fonction de cette nouvelle
activité économique (comme le plan racine ou le plan neige). C’est également la naissance des
grandes industries du tourisme comme le club Méditerranée ou FRAM. Tout va alors très vite.
D’autre part, l’hivernage réservé à la classe la plus aisée au 19ième Siècle fait rêver la classe
populaire. Maintenant que ces pratiques sont accessibles à un plus grand nombre et que les
vacances sont reconnues, pour leur pouvoir de guérison selon Dumazedier, les vacanciers
s’empressent vers la mer et la montagne afin de se reposer, pour leur seul bien être. Finalement
le voyage est devenu une nécessité afin de travailler plus efficacement au retour de vacances.
Dans d’autres pays, notamment dans l’hémisphère sud, se développent des complexes
touristiques intégrés afin de répondre au mieux à cette clientèle recherchant soleil et tranquillité,
loin de la masse populaire. Mais cette dernière à tendance à suivre l’élite, et beaucoup de
vacanciers commencent à se déplacer vers ces pays de soleil.
On commence alors à s’apercevoir des effets négatifs sur ces territoires d’accueil principalement
lorsque le tourisme devient la seule économie pour ces régions du monde.
24
BESSIERE JACINTHE – Cours de sociologie de tourisme et de développement – Master 1 Tourisme et Développement
2010/2011 – UTM CETIA
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
24
b) Tout pour le tourisme, désastre pour les territoires d’accueil.
Cette arrivée massive de touristes provoque des effets pervers. D’un point de vue économique,
l’augmentation de la fréquentation de ces lieux de vacances fait baisser la qualité et donc les prix.
Les retombées financières diminuent alors que la fréquentation augmente. Les territoires
d’accueil essaieront donc d’attirer encore plus de vacanciers afin de pallier à la baisse des prix et
ainsi la qualité va encore baisser avec une autre chute des prix. C’est le principe cyclique de la
dérégulation du tourisme de masse25.
Certains territoires basent toute leur économie sur le tourisme faisant de celui-ci la seule
ressource monétaire. Le jour où le tourisme manque, il n’y plus de rentrer d’argent. Le tourisme
va déstructurer certaines économies locales ainsi que la structure sociale des sociétés. Les
activités traditionnelles rémunèrent la population locale d’une certaine façon alors que
le
tourisme non contrôlé rémunère une minorité en grande quantité ce qui, à long terme, tue les
activités traditionnelles.
Ces territoires déstructurés socialement, économiquement et culturellement dépendent
entièrement du tourisme. Le tourisme structurant des villes entières, engendre une certaine
marginalisation des populations d’accueil.
c) Marginalisation des populations locales
Dans cette recherche du soleil et de la détente, la demande, qui conditionne l’offre, ne cherche
pas à connaître les populations locales des lieux visités. Dans les pays en voie de développement,
le constat est alarmant. Les vacanciers sont dans des complexes intégrés, des « resort » avec
toutes les commodités nécessaires. Certaines excursions sont proposées, l’espace d’une journée,
où les « touristes » peuvent visiter les alentours et voir la vie locale. Les rapports entre visiteurs et
visités restent très succincts, chacun s’observe sans pour autant se parler sauf pour quelques
échanges commerciaux. Les échanges interculturels sont alors basés exclusivement sur des
rapports mercantiles.
Le tourisme dit de masse a des répercutions négatives sur les territoires et il ne s’intéresse pas
aux relations interculturelles, contrairement au tourisme du 19ième siècle. On remarque
aujourd’hui une troisième phase où l’aspect interculturel semble reprendre de l’importance.
25
TORRENTE PIERRE – cours de la démarche projet – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 – UTM CETIA
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
25
II- Les nouvelles formes de tourisme, vers un retour du voyage ?
Cette troisième phase se caractérise par des nouvelles formes de tourisme, se développant en
parallèle du tourisme de masse, voir par opposition, en cherchant à « réparer » ses erreurs et
impacts négatifs. Nous regroupons ces nouvelles formes sous l’appellation générale de tourisme
durable. Nous n’opposons pas directement le tourisme de masse au tourisme durable car nous
verrons dans notre deuxième partie que les impacts négatifs viennent du tourisme et pas
seulement du tourisme de masse. Nous proposons d’étudier ce nouveau tourisme sous l’angle
interculturel et d’interpréter la fine différence entre ces tourismes et le « Voyage ».
1) Les nouvelles formes de tourisme sur la scène internationale : un
retour vers l’autre.
Suite aux constats alarmants, des conséquences négatives du tourisme sur les environnements
d’accueil (autant naturel, social que culturel), le tourisme durable essaie de proposer des
solutions pour faire du tourisme un vecteur de développement vers les territoires d’accueil.
a) Un tourisme international26
Après la démocratisation des vacances, le vingt-unième siècle fait le bilan critique d’un tourisme
mondial faisant prendre conscience aux touristes de la complexité d’un monde bipolaire dominé
par le nord. Les flux touristiques sont surtout concentrés, au nord, entre 3 régions principales :
Méditerranée, mer de la Chine et Amérique du nord. De nouvelles destinations apparaissent
timidement, les quinze premières concentrant toujours plus de 50% des flux contre 68% en 1990.
Les pays du sud, non développés économiquement, semblent effrayer les touristes soucieux de
leur confort et de leur sécurité. Outre les hôtels clubs toujours orientés vers les 4 S (Sun, Sea, Sex,
Sand), des formes de tourisme plus soucieuses des populations locales semblent tout de même se
développer dans ces pays.
26
OLIVIER DEHOORNE, PASCAL SAFFACHE, CORINA TATAR – Etude carabéebbes – « Le tourisme international dans le
monde : logiques des flux et confins de la touristicité » - http://etudescaribeennes.revues.org/882#tocto2n2 – Site visité
le 20/03/2011.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
26
b) Le tourisme durable
Plusieurs tourismes apparaissent, sensiblement semblables, il existe tout de même quelques
différences entre eux.
L’écotourisme est proposé dans les zones naturelles avec une forte composante culturelle. Il est
un outil de protection de la nature mais incorpore progressivement des objectifs locaux de nature
sociale, culturelle et économique.
Le tourisme solidaire se pratique hors zone touristique, il est un outil de financement de projet
de développement local.
Le tourisme équitable se pratique hors des zones du tourisme de masse, il est un outil pour
rééquilibrer les rapports commerciaux nord/sud et améliorer des conditions de travail.
Le tourisme en faveur des pauvres les implique dans le projet touristique à un niveau maximum.
Le tourisme communautaire se pratique dans les zones défavorisées, enclavées pour une activité
gérée par des communautés locales marginalisées.
Le tourisme durable se situe à une échelle supranationale avec une planification globale mais il a
tendance aujourd’hui à s’ouvrir aussi sur le « micro ».
Nous retiendrons le terme général de tourisme durable pour représenter toutes ces nouvelles
formes pour plus de praticité.
D’un point de vue interculturel ces formes de tourisme rapprochent le visiteur au visité. L’objectif
du touriste est de découvrir de nouveaux paysages, de nouveaux environnements autant naturels
que culturels. Ces motivations rapprochent le tourisme des formes de voyages d’antan.
c) Du tourisme au voyage, du voyage au tourisme
Ces nouvelles formes de tourisme sont très axées sur la protection de l’environnement naturel
mais aussi culturel et social. L’éco-tourisme recherche plus la préservation des espaces naturels
mais cherche également à protéger la population vivant sur ces territoires. Les tourismes
solidaires et équitables sont plus partisans du respect des locaux et cherchent à leur faire
bénéficier d’un maximum de retombées économiques. Les touristes, choisissant ces formes de
voyages, veulent donc participer à l’épanouissement des habitants des pays qu’ils visitent. Ces
nouveaux voyageurs qui se déplacent, sans risque ou presque avec une structure touristique,
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
27
peuvent rencontrer les populations locales. On remarque alors que ces nouvelles formes de
tourisme s’apparentent aux voyages d’antan, version moderne où, la durée du séjour ou de
l’errance, est réduite à un mois voir moins parfois, par manque de temps. Le voyage peut être
synonyme de découverte, d’aventure, d’errance.
2) Le voyage, la quête de l’autre et de l’ailleurs
Afin de comprendre les relations et le rôle de l’interculturalité dans le voyage, nous pensons
nécessaire de connaître le voyageur, ses attentes et ses motivations : l’esprit du voyage.
a) L’esprit du voyage27
Le voyage a une connotation magique faisant souvent référence aux grands explorateurs du 15ième
Siècle. Le voyageur part pour découvrir un nouveau monde, de nouvelles terres, de nouveaux
horizons. Malheureusement, aujourd’hui, tous les recoins de notre planète, ou presque, ont été
visités. Le voyage s’est alors transformé en une découverte de lieux insolites, de cultures et de
rencontres avec d’autres personnes. Ainsi, le voyageur se frotte à l’altérité en acceptant les
différences. Il observe, regarde, se détache de ses certitudes et va vers l’Autre. Finalement, il
choisit la solitude pour se rapprocher de l’Autre. Il devient hybride en quelque sorte afin de
pouvoir s’ouvrir. C’est l’esprit du voyage qui s’apparente un peu à un septième sens. Ainsi, il n’est
pas forcement nécessaire de voyager à l’autre bout
« Le voyage commence là où
s’arrête nos certitudes »
du monde pour devenir un voyageur (même si ça
aide). Des personnes peuvent à l’inverse avoir visité
40 pays dans le monde mais n’avoir que l’apparence
d’un voyageur. Ces dernières sont souvent très
heureux en rentrant chez elles, de raconter leurs exploits : « j’ai fait l’Amérique, j’ai fait la
Chine… ». Cette tournure de phrase est une manière de s’approprier le pays visité. Mac Cannell
qualifie ces visiteurs de « touristes cannibales » qui cherchent non pas à consommer juste des
biens matériels mais, à engloutir une culture en se l’appropriant. Le voyageur lui, se démuni de
ses certitudes pour ré- apprendre à vivre, il ne s’approprie pas les territoires visités qu’il traverse
mais il essaie plutôt de se fondre dans le paysage et la culture locale.
27
FRANCK MICHEL - « Désirs d’ailleurs » - édition Armand Colin – collection Chemin de Traverse - 272 pages
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
28
b) La quête de l’autre et de l’ailleurs
Le voyage est parfois une manière de s’affirmer, l’accueil du nouveau prend alors un sens
différent où le voyageur cherche à tout savoir, à tout connaître de l’Autre et sa culture. Jean
Chesneaux appelle cela de l’auto-célébration : « c’est en faisant l’expérience des autres qu’on
avance vers un autre soi ».28 Finalement, dans le voyage d’aujourd’hui, l’Autre et l’envie de
rencontre rencontres et d’échanges remplace l’ailleurs et l’envie de découvrir de nouveaux
paysages. Mais il est plus dur de provoquer une rencontre que de voyager en terres vierges. Dans
la rencontre de l’autre en voyage, il y a le « je », le « nous » et le « eux ». Dans le cadre de
l’autocélébration, il n’y a pas le « nous », la rencontre reste en général artificielle. Laburthe Tolra
rappelle que « qui veut voyager autrement change son regard et modifie son comportement »29.
« Être seul à des milieux de miles de tout, c’est être responsable de se que je suis : cela
me rend plus forte, plus riche, et cela me rapproche des autres car, quand le lien
humain devient fragile, il est plus intense. Tous le monde devrait faire cela au moins
une fois dans sa vie » Isabelle Autissier
Ainsi, le voyageur passe au « nous » et rejoint l’esprit du voyage.
L’analyse de l’itinérance récréative peut être une bonne démonstration du voyage moderne où
les échanges interculturels sont favorisés par la lenteur des moyens de déplacements,
encourageant l’esprit du voyage.
c) De retour aux Grands tours, l’itinérance moderne30 ?
Ce retour au voyage peut être synonyme d’errance, d’itinérance donc lié au loisir et au tourisme.
Nous faisons ici référence aux Grands tours du 19ième siècle lorsque les anglais partaient découvrir
l’Europe. C’est l’idée de mouvance, création d’un itinéraire à l’avance ou pas, le voyageur se
28
CHESNEAUX JEAN - « L’art du Voyage » - éditions Bayard – Paris – 1999 – 276 pages.
29
Ibidem p 184
30
Ibidem
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
29
déplace dans l’espace en faisant une boucle, un chemin linéaire ou en étoile. Finalement, il se
déplace comme les gentlemans du 19ième siècle et entretient ainsi le mythe de la route
accompagnée de l’apprentissage, de la liberté et de la vie en général31. C’est un parcours
initiatique invitant à l’exploration de soi. Le voyage itinérant est basé sur le rite du passage
impliquant une meilleure connaissance et acceptation de soi après efforts, agonie, concessions,
épuisement physique et moral. C’est dans la difficulté que le lien humain devient plus fort, plus
intense et le voyageur itinérant, doit alors se tourner vers l’Autre pour atténuer son malaise ou
du moins le rendre plus agréable, moins brutale. Si le voyageur itinérant ne rentre pas dans un
« moi itinérant » provoquant l’autocélébration, ces rencontres seront basées sur la réciprocité et
la solidarité.
Dans une société duale planétaire, le voyageur rencontre la pauvreté. Il est alors confronté à un
choix moral lourd, soit il détourne le regard et rejoint ainsi le processus d’exclusion, soit il regarde
en face avec le risque d’être un « voyageur-voyeur », mais ce regard est souvent réciproque. Dans
tous les cas, ces deux précédents choix ne font que détourner le problème lié à un monde
bipolaire. Le voyageur itinérant est confronté au fossé entre la planète des riches et celle des
pauvres.
Le tourisme durable s’inquiète de son impact sur les territoires d’accueil, donc des populations
locales. Il essaie de minimiser les aspects négatifs de son activité, et va même proposer dans
certains cas d’améliorer les conditions de vie des habitants, suivant une certaine éthique.
III- Tourisme et éthique
Les échanges interculturels présents dans ces nouvelles formes de tourisme impliquent de la
tolérance et du respect, un côté éthique se présente à l’industrie touristique. Quelle est la relation
entre tourisme et éthique, existe-il une forme de tourisme reliant l’industrie touristique à la
notion d’éthique ?
31
FRANCK MICHEL - « Voyage au bout de la route » - éditions de l’Aube – collection Monde en cours – 2004 – 277
pages
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
30
1) L’éthique : essai de définition
L’éthique, est avant tout le respect de l’autre quelque soit sa culture, sa façon de penser, son
mode de vie, ses croyances et ses coutumes avec ces normes et ces valeurs. Aujourd’hui la notion
d’éthique est intégrée dans les rapports entre les pays du nord et du sud et tente d’effacer des
rapports déséquilibrés entre les deux.
Le tourisme est souvent vécu comme un second colonialisme, la question d’éthique est très
importante dans ce domaine. De plus le voyageur est confronté à la misère du monde, qu’il la
regarde en face ou qu’il détourne le regard. Dans un monde bipolaire, le voyageur du nord ne
peut ignorer la question de l’éthique dans le tourisme et les voyages.
2) L’éthique dans le tourisme : une nouvelle façon de respecter l’autre
Afin de comprendre le rapport entre tourisme et éthique il faut tout d’abord se pencher sur les
motivations du visiteur à voyager et du visité à accueillir. Le tourisme d’aujourd’hui est souvent
comparé à une nouvelle colonisation du nord envers le sud. Les touristes, en recherche
d’exotisme et d’authenticité, incitent les populations du sud à bouleverser leur habitudes. Dans le
documentaire « Cannibal tour »32 les visiteurs sont soucieux de ramener des souvenirs en
marchandant avec les autochtones. Ces derniers ne comprennent pas toujours le principe de
cette pratique, ils sont alors victimes des touristes quelquefois peu scrupuleux. Dans ce cas, le
touriste est montré du doigt coupable d’accabler la communauté d’accueil33. Le respect est
absent faute de communication et de compréhension de l’Autre.
En réponse à ces problèmes, l’éthique s’introduit dans le tourisme avec la notion de respect et de
politesse. L’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) édite un code mondial d’éthique du
tourisme le 1er octobre 1999 à Santiago du Chili34. Elle instaure la nécessité du respect mutuel
entre autochtones et voyageurs avec des efforts de compréhension de la culture de l’Autre pour
un épanouissement collectif. Elle soumet également l’idée de l’intégration des populations
locales, des notions de liberté, de coopération entre les acteurs et rejoint ainsi certains principes
du développement durable que nous analyserons dans notre troisième chapitre.
32
DENNIS O’ROURKE – op. cit. p17
33
Revue espace – « Tourisme et éthique » - n°171 – Mai 2000 – « Des hôtes et des autres : Tourisme et altérité » - Franck
Michel
34
Revue espace – « Tourisme et éthique » - n°171 – Mai 2000 – « Un code mondiale pour le tourisme » - Francesco
Frangiali
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
31
3) Quelle forme de tourisme pour un tourisme éthique ?
Lorsqu’il s’agit de tourisme et d’éthique, il est souvent question d’éthnotourisme. Pour pratiquer
l’éthnotourisme, le voyageur doit s’oublier pour s’ouvrir ensuite à l’Autre. Mais Franck Michel
critique ce terme, mettant en avant sa connotation négative35. Cette forme de tourisme peut être
une façon plus humaine et aussi plus rentable d’utiliser les habitants d’un territoire à des fins
touristiques.
L’ethnotourisme peut aussi avoir une image plus positive. Geniève Clastres explique en 1999 que
cette forme de tourisme permet aussi de valoriser les cultures traditionnelles. Les personnes
âgées deviennent des relais pour enseigner les traditions et les coutumes, oubliées dans un
contexte de mondialisation.
Afin de marier parfaitement tourisme et éthique Franck Michel propose « un tourisme d’échanges
et de rencontres partagées » ou « l’altéritourisme » pour un tourisme éthique pérenne. Pour
favoriser ce nouveau tourisme, le remède est de laisser aux populations locales, dans un premier
temps le choix d’accueillir et dans un deuxième temps le pouvoir de décision.
CONCLUSION CHAPITRE ll :
Le tourisme entretient des relations avec le concept
d’interculturalité depuis ses origines. Les Grands Tours avaient pour objectif de finir l’éducation
de ces jeunes aristocrates anglais, notamment par le frottement avec l’altérité. L’accès aux loisirs
à un plus grand nombre, a laissé de côté cet aspect interculturel pour orienter le tourisme vers
une pratique sociale pour une meilleure productivité du travail. Les effets négatifs du tourisme
étant jugés trop importants, de nouvelles formes voient le jour en parallèle au tourisme de masse
afin d’améliorer les impacts sur les territoires et les populations d’accueil. Les échanges
interculturels du tourisme durable sont remis au cœur d’une pratique où le visiteur rencontre
l’habitant, permettant un contexte favorable à l’interculturalité. La question d’éthique se pose
dans le domaine touristique pour un tourisme d’échange pouvant participer à l’amélioration de la
vie dans les lieux d’accueil. L’ethnotourisme et le « tourisme de rencontres partagées » peuvent
être des solutions pour un respect mutuel entre voyageur et habitant. Ces nouvelles formes de
tourisme visent aussi à générer du développement, c’est pourquoi nous proposons dans un
troisième chapitre d’identifier ce concept et de le relier à l’interculturalité.
35
RANCK MICHEL – op. cit. p 28
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
32
CHAPITRE III :
Développement et interculturalité, des relations
complexes.
La notion de développement est complexe, multidimensionnel et reçoit plusieurs définitions
autant compliquées que controversées. Au début associé à la croissance économique, le
développement prend d’autres chemins intégrant des caractères sociaux, environnementaux,
culturels…. La notion fait par fois référence à un mode de gouvernance plus national ou plus local.
Nous essayerons de comprendre les différentes théories et critiques concernant le
développement. Nous mettrons ensuite en relation le développement et l’interculturalité afin de
clarifier les enjeux d’une telle approche dans un contexte de mondialisation.
I- Le développement durable, un concept controversé
La conférence internationale de Río de Janeiro en 1998 au Brésil montre une volonté
internationale de se tourner vers un développement durable. Mais soumis à de fortes critiques,
essayons d’abord de comprendre la naissance de cette notion et de sa définition pour ensuite
apprécier ses limites.
1) Le développement durable, évolution du développement.
La notion de développement précède celle d’un développement durable. Qu’est ce que le
développement ? Pourquoi cette notion n’est plus d’actualité aujourd’hui ?
a) Le développement : essai de définition
Le développement peut être défini comme le passage d’une situation à une autre qui serait plus
favorable36. Cette définition fait de ce concept une notion très subjective, car une situation très
favorable va dépendre de la sensibilité de chacun, de la culture, de l’histoire…. La notion de
36
TORRENTE PIERRE – op. cit. p 22
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
33
culture joue ici un rôle primordial dans la subjectivité de la notion de développement. La culture
occidentale dominante a imposé sa vision d’un développement associé à la croissance
économique et à la modernité technologique, rapidement intégrée à l’échelle planétaire. Un pays
est dit développé lorsqu’il aune forte croissance, permettant à ces habitants de jouir d’un certain
niveau de confort. Cette approche est évidente lorsque le concept est replacé dans son contexte
initial.
Au cours de la guerre froide, les Etats-Unis lance l’idée d’aider « les pays sous
développés », donc pauvres. La nouvelle puissance mondiale lance des politiques d’aide envers
ces états invités à passer de la pauvreté à une société de consommation de masse, fruit de la
société capitaliste américaine.
La croissance est synonyme de développement et cette idée devient une norme universelle.
D’autres chercheurs intègrent d’autres notions que la croissance dans le développement. En 1986
la Déclaration des Nations Unis, sur le droit au Développement, en donne une première définition
: « Le développement est un processus global, économiques, social, culturel et politique qui vise à
améliorer sans cesse le bien-être de l’ensemble de la population et de tous les individus, sur la base
de leur participation active, libre et significative au développement et au partage équitable des
bien fait qui en découle37 ». Finalement, le développement vise selon cette définition au bien-être
équitable des populations d’un territoire. Ce concept va s’essouffler dans la deuxième moitié du
20ième siècle et permettra au développent durable de naître.
b) Naissance du développement durable
Le développement durable nait dans les années 1970. Les pays riches, qui ont peur de la
diminution des ressources de la planète avec la poussée démographique des pays du sud, cessent
progressivement l’aide au développement des pays pauvres. L’occident trouve alors des
alternatives pour optimiser l’agriculture à l’aide de techniques scientifiques et chimiques, ce sont
les « 30 glorieuses ». L’immigration massive dans les pays du nord contribue à augmenter le
chômage. Dans ce contexte environnemental, économique et social, nait la notion de
développement durable doublée d’une forte connotation écologique. En 1980, le développement
durable apparaît pour la première fois dans un document officiel intitulé « La stratégie de la
conservation mondiale, la conservation des ressources vivantes au service du développement
37
ième
BRUNEL SYLVIE – « Le développement durable » - 3
pages – np 8
collection Que sais-je ? – édition PUF – octobre 2009 – 123
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
34
durable »38 produit par deux Organisations non Gouvernementales (l’Union internationale de
Conservation de la Nature et le WWF (World Wide Fund)). Le rapport Brundtland de l’ONU en
1987, définit le développement durable comme devant : «répondre aux besoins du présent, sans
compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs ».39
Plus précisément le développement durable est souvent représenté dans sa définition par un
schéma représentant trois dimensions.
1) Les dimensions du développement durable40
Ces trois dimensions sont reliées entre elles et indissociables les unes des autres pour représenter
le développement durable. Il s’agit des dimensions environnementale, économique et
socioculturelle.
ECONOMIE Equitable
SOCIAL
Durable
Vivable
Vivable
ENVIRONEMENT
Source : Mélanie pépin selon la représentation du développement durable par Alain Laurent
38
BRUNEL SYLVIE – op. cit. p 34
39
Rapport établi par la commission mondiale pour l’environnement et le développement.
40
LAURENT ALAIN – Cours de développement durable – Master 1 Tourisme et développement 2010/2011 – UTM CETIA
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
35
a) Dimension environnementale
On associe souvent le développement durable à sa dimension environnementale. Le
réchauffement climatique,
la diminution des ressources naturelles et de la biodiversité,
l’augmentation de la pollution en sont les thèmes principaux. Des rapports sont présentés au
grand public où les catastrophes ne sont plus naturelles mais écologiques. Les conférences
internationales, sur le développement durable, mettent en place des conventions visant à réduire
les effets nuisibles de la production de l’homme. Le but de ces accords tend à diminuer la
pollution, donc du réchauffement climatique ; de préserver la biodiversité par le biais de parcs
naturels et des réserves, d’aller vers une croissance verte. Les activités humaines suivent alors des
normes de production avec les énergies vertes comme les éoliennes, les panneaux solaires….
b) Dimension économique
La diversification des activités est la base de la dimension économique. Les territoires
s’orientant vers une seule activité touristique, mettant de côté l’agriculture et les autres
activités traditionnelles, risquent de perdre toutes ressources financières avec un tourisme en
baisse pour raisons d’instabilité politique, sanitaires, écologiques ou autres…. Les activités
traditionnelles doivent donc être préservées. Les activités économiques doivent optimiser
l’utilisation des ressources naturelles et les revenus doivent être réinvestis dans d’autres
projets de développement durable.
c) Dimension socioculturelle
Cette dimension vise à la lutter contre la pauvreté en favorisant la solidarité entre les peuples des
pays riches et des pays pauvres. A l’échelle d’un pays, d’une région ou d’un territoire plus petit, il
s’agit de donner un accès juste aux ressources et de redistribuer les revenus équitablement afin
de baisser le taux de non alphabétisation mais aussi de la mortalité infantile.
En ce qui concerne l’aspect culturel, la notion de développement durable cherche à préserver les
éléments de la culture aussi bien d’un point de vue matériel (vestimentaire, alimentaire…)
qu’immatériel (traditions, coutumes et idéologies). Il est primordial de préserver les identités
culturelles, richesse d’un pays.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
36
Au niveau du tourisme, le développement durable vise à assurer une croissance économique, une
répartition équitable des revenus générés par l’activité touristique, tout en préservant la nature
et la biodiversité des territoires d’accueil. Le niveau de vie des populations locales augmentera
tout en préservant leur culture et leur identité. Les nouvelles formes de tourisme, que nous avons
étudiées dans notre deuxième chapitre, tentent de s’inscrire dans un processus de
développement durable des territoires.
Afin de construire une argumentation objective du développement durable, il est intéressant de
comprendre les critiques qui lui sont faites.
2) Les critiques du développement durable
Des critiques faites au développement durable sont constructives et permettent de prendre du
recul sur cette notion que beaucoup d’acteurs s’accaparent. La théorie d’un concept
contradictoire et le mouvement de la décroissance analysent certains aspects du développement
durable.
a) Le développement durable : concept contradictoire ou pléonasme ?
L’objectif d’évoluer vers une meilleur situation, est complété par une vision à long terme. La
notion de développement est donc par nature liée à la durabilité, le développement durable est
alors un pléonasme.
D’autre par, le développement, synonyme de croissance économique, est opposé à la durabilité
puisqu’il participe à l’épuisement des ressources naturelles. Le développement durable vise à
utiliser l’énergie de façon plus responsable, notamment grâce à l’utilisation des nouvelles
technologies, mais en créant d’autres sources de pollution. La charge en énergie est très
importante pour un ordinateur, plus que l’utilisation du papier, surtout si les textes tapés sont
destinés à être imprimés… Cette critique est largement soulevée par les partisans de la
décroissance. Le développement durable suit la logique du marché, dans la mondialisation
capitaliste, certains pays ou organisations ne respectant pas les conventions et règles
internationales, payent une amende pour continuer à polluer.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
37
b) La décroissance41
Pour les partisans de la décroissance, le développement est associé à la baisse de la
consommation de masse. Chaque individu devrait consommer moins, juste le strict nécessaire
afin de subvenir à ses besoins. Pour protéger la planète et ses habitants, les individus devraient se
regrouper en communautés basées sur la solidarité. Les transports polluants étant à bannir, le
tourisme se limiterait à un tourisme de proximité avec déplacements en bicyclette, à pied ou à
cheval ; les distances seraient alors allongées donnant au facteur temps une importance
primordiale.
Le développement durable est une notion permettant de mettre en interaction les aspects
économiques, environnementaux et socioculturels du développement. Les critiques de ce concept
poussent à chercher d’autres formes de croissance.
Avec la mondialisation, une autre forme de croissance voit le jour : le développement local.
II- Développement local et mondialisation, affirmation des
identités culturelles
Le développement local peut être opposé à la mondialisation pour éviter par exemple un contrôle
extérieur du territoire. Nous avons choisi de définir la mondialisation en amont pour mieux
comprendre le développement locale et ses limites par la suite.
1) La mondialisation42
La mondialisation est l’élargissement des zones d’échanges et l’augmentation des
interdépendances entre les territoires du monde. La mondialisation s’appréhende sous trois
aspects : une démographie croissante, l’emballement des nouvelles technologies et une
globalisation financière des relations et des échanges entre les civilisations.
41
CHINAL MARC – « Le buzz décroissant » - Film documentaire – site www.decroissance.org – site visité le 26/02/2011
42
HOUEE PAUL – « Le développement local au défi de la mondialisation » - édition l’harmattan – collection questions
contemporaines – juillet 2006 – 250 pages.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
38
a) Le défi démographique
La croissance démographique n’a jamais été aussi forte qu’au 21ième siècle grâce au progrès de la
médecine et d’une vision politique nataliste persistante dans la plupart des pays. Cette explosion
des naissances s’accompagne par l’accroissement des zones urbanisées, cause du manque de
travail en zone rurale et de la modernisation des villes. La problématique est de nourrir toute
l’humanité. Avec la modernité des industries agro-alimentaires, la production suffirait à nourrir
toute la planète or la répartition actuelle montre une inégalité planétaire.
b) L’économie et les nouvelles technologies
L’emballement des nouvelles technologies donnent accès à une masse d’informations mais, là
encore l’écart entre le nord et le sud se creuse avec l’outil internet. L’informatique permet
d’augmenter des connaissances dans la plupart des domaines, des angoisses apparaissent dans le
domaine génétique au niveau de la médecine et de la production alimentaire. L’économie connaît
une mondialisation géographique, une globalisation financière et commerciale dans des marchés
rentables. Les villages du Tiers Monde hors de cette globalisation se tournent vers le tourisme afin
de répondre à une demande d’aventure, d’authenticité et d’altérité. Cette réflexion nous amène à
problématiser la mondialisation et la culture.
c) La mondialisation socioculturelle
Après l’effondrement du bloc soviétique, un monde multiculturel apparaît avec plusieurs aires
réunies autour d’un état principal. On distingue huit civilisations : Chinoise avec une morale
confucéenne, japonaise dérivée de l’espace chinois, hindoue, musulmane, africaine avec des
réalités multiples, occidentales (américaine, européenne), latino-américaine avec de nombreux
métissages et enfin une civilisation orthodoxe, émergente. Il existe des tensions mondiales entre
ces aires culturelles principalement entre l’occident méprisant, l’intolérance islamique et la Chine
qui s’est affirmée avec un pouvoir politique non démocratique. Mais les tensions sont surtout
internes aux aires culturelles avec des conflits ethniques, des guerres politiques pour la liberté, la
terre, l’eau ou pour des identités communautaires. Il y a une supériorité de la société occidentale,
incapable de réguler les changements qu’elle a provoqués. Noyée sous une consommation de
masse, l’humanité vit le jour présent de plus en plus vite, sans penser au futur.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
39
La mondialisation est finalement une nouvelle façon de produire et d’échanger mais avec une
croissance mal répartie, une bulle financière autonome et volatile, un marché livré à lui-même qui
perturbe l’environnement et l’équilibre naturel et social.
2) Le développement local
Face à ce constat, des territoires souhaitent contrôler eux-mêmes leur développement afin
d’éviter les problèmes liés à la mondialisation et à la globalisation financière.
a) De la mondialisation au développement local43
Pour survivre dans un monde mondialisé, des projets ont émergé de partout dans le monde à
l’échelle d’un quartier, d’un village. Ce développement altératif donne un sens à la
mondialisation, le local s’oppose au global en s’inscrivant dans sa logique. Le développement des
nouvelles technologies de l’information a permis à moult projets de se connecter et d’échanger
des renseignements et astuces, créant ainsi un réseau. A l’échelle des nations, le développement
local trouve sa légitimité dans des systèmes décentralisés avec la participation efficace des
populations locales. Le projet local, créé par des individus vivants le territoire au quotidien,
s’inscrit dans une dynamique plus globale, pouvant être politique (par exemple les appels à
projets en France) ou culturelle pour la reconnaissance d’une identité. Le développement local est
né dans les années 70 dans ce contexte de mondialisation.
La tendance à la globalisation a donc poussé les identités locales à se manifester et à impulser des
initiatives locales.
b) Définition du développement local
Le développement local est une démarche ascendante, le pouvoir central ne prend plus les
décisions pour les territoires locaux. Les acteurs locaux s’occupent du développement de leur
propre territoire car ils en connaissent les enjeux et les problématiques, autant au niveau
43
HOUEE PAUL – op. cit. p 38
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
40
économique, culturel que social ou environnemental44. « Le développement local met l’homme à
la source et au centre du développement.»45
Plusieurs définitions officielles du développement local existent selon les zones géographiques du
monde :
La DATAR place le développement local à l’échelle intercommunale le définissant comme un
projet économique, culturel et social à l’initiative d’élus locaux en concertation avec les citoyens
et partenaires pour un ouvrage commun. La définition, établie par les centres concept de Dakar et
Djoliba de Bamako est sensiblement la même mais introduit la notion de « projet d’avenir au
territoire »46. Le développement local a donc une dimension à long terme, rejoignant alors le
concept de développement durable à échelle locale.
c) Des limites au développement local47
Alain Piveteau met cependant en garde dans son article concernant la décentralisation et le
développement local au Sénégal. Le développement local peut être un facteur d’exclusion d’un
territoire dans une zone économique, politique, culturelle ou sociale plus importante. Il peut
construire un espace polico-administratif à échelle locale risquant un renfermement du territoire
sur lui même. Il est important d’avoir des intervenants extérieurs afin d’avoir une autre approche
du territoire, plus globale.
D’autre part, le développement local donne de façon systématique du travail aux natifs. Ceci n’est
pas une critique en soi, sauf lorsque les habitants sont persuadés que le territoire leurs offrira un
travail. Ils perdent la conscience professionnelle et ne cherchent pas à acquérir des compétences
particulières.48. Avoir la possibilité de conduire des programmes hors du territoire pour les jeunes
locaux permet de leur donner une autre approche du développement et du monde professionnel.
Le développement local trouve finalement sa signification dans la mondialisation : une réponse
locale pour un monde globalisé émanant des populations vivant le territoire.
44
VIOLIER PHILIPPE – « Tourisme et développement local » - édition Belin – 2008 – 191 pages
45
HOUEE PAUL Op.cit. p 38 – np 109
46
HOUEE PAUL Op.cit. p 38 – np 108
47
ALAIN PIVETEAU – Persee – « Décentralisation et développement local au Sénégal. Chronique d’un couple
hypothétique » - http://www.persee.fr/web/revues/home - site visité le 13 avril 2011
48
TORRENTE PIERRE – op. cit p 25
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
41
Le développement façonne les territoires d’un monde multiculturel nous amenant à réfléchir sur
les enjeux d’intégrer l’interculturalité dans la notion de développement.
III- L’interculturalité dans le développement : quels enjeux
L’interculturalité est au cœur de l’économie mondiale de par ces échanges internationaux et
présente dans une mondialisation où les identités ont peur d’une homogénéisation culturelle.
1) Mondialisation économique et échanges internationaux
Les échanges internationaux, de plus en plus importants, intègrent la notion d’interculturalité.
Nous étudierons le management interculturel et le marketing international, ils sont des
ouvertures vers le domaine touristique.
a) Vendre à l’étranger : du marketing international49
Le marketing international se concrétise par deux pratiques. La première consiste à homogénéiser
une marque, un produit ou un service dans le monde entier. Le groupe Accor, par exemple, utilise
les mêmes chambres et services pour ces hôtels Ibis ou formule 1 comme beaucoup d’autres
hôtels clubs à travers le monde.
La deuxième pratique prend en compte les différences socioculturelles afin d’éviter des impairs.
Ce marketing interculturel consiste à adapter les produits et services aux valeurs et attentes des
clients du marché visé.
Une position médiane peut-être choisie entre la standardisation systématique et l’adaptation des
cultures locales. Cette technique permet à la fois de satisfaire une demande spécifique locale et
en même temps d’effectuer une meilleure rentabilité commerciale et financière, notamment en
faisant des économies d’échelle.
L’entreprise s’implantant à l’étranger va travailler avec des natifs, et sera amenée à gérer des
équipes internationales.
49
PICHON PAUL – cours de marketing – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 – UTM CETIA
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
42
b) Gérer des équipe internationales : du management interculturel50
Un projet monté hors des frontières nationales a plus de chance de réussite s’il adapte le
management au contexte international évitant les échecs liés à des conflits d’incompréhension
interculturelle. Le management interculturel prend en compte les diversités culturelles dans les
modèles de gestion d’équipes. Il est une réponse à la mondialisation du monde du travail où se
mélangent des nationalités, des cultures, des pensées.
Le management interculturel est un outil au service des organisations internationales, y compris
des organisations touristiques. A l’inverse d’une diversité prise en compte par les multinationales,
les organisations locales ont parfois peur d’une mondialisation culturelle.
2) Le développement local face à la mondialisation culturelle.
Le développement local, face à une potentielle mondialisation culturelle, guide les identités
locales vers un renforcement identitaire parfois générateur de développement.
a) L’imaginaire d’une mondialisation culturelle51
La mondialisation est loin d’avoir provoqué l’homogénéisation culturelle prévue. Rachid Amirou
explique ce phénomène par l’imaginaire d’une mondialisation pour l’instant inexistante. Croire à
l’apparition d’une culture mondiale participe à sa mise en place et contribue aux revendications
des identités culturelles. Ce phénomène est une contre-acculturation face à une potentielle
mondialisation culturelle dominée par la surconsommation occidentale. La culture est alors reliée
à l’économie, la politique et autres aspects comme le développement. Les identités peuvent
chercher un moyen de renforcer leur culture en générant du développement identitaire.
50
THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – op. cit. p 14
AMIROU RACHID – « Imaginaire de la mondialisation et reconnaissance culturelle » - document produit en version
numérique par Jean –Marie Tremblay – juin 2004
51
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
43
b) Renforcement identitaire : développement local identitaire52
Dans l‘histoire, les paysages ont été façonnés par des croyances, des valeurs et des pratiques
culturelles. Le mode de développement était en fonction de la culture. Des actions et des projets
sont mis en place, soit en réaction à une culture occidentale omniprésente, soit pour un retour
aux croyances et à des valeurs passées perdues pour un développement local identitaire.
L’imaginaire d’une mondialisation culturelle, se traduisant par une homogénéité culturelle,
pousse les identités régionales ou locales à revendiquer leurs différences. Elles ont la volonté de
générer du développement local en mettant en relation la culture avec un territoire projet.
CONCLUSION CHAPITRE III : Le développement est une notion complexe évoluant
dans le temps avec ou sans association d’autres concepts (durable ou local). Nous retiendrons,
tout de même, une définition simple du développement comme le passage d’une situation à une
autre évaluée comme meilleure. Les conditions de vie des habitants du territoire qui se
développe, s’en trouvent améliorées. Cette définition générale nous permet de relier
l’interculturalité au développement sous des formes et des réalités très différentes. Elle garde une
vision globale du développement en appréciant toutes ces limites et critiques. Dans un
développement local, la volonté des affirmations culturelles pousse au développement, face à la
mondialisation et par une peur de l’homogénéisation culturelle mondiale.
52
HOUEE PAUL – op. cit. p38
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
44
Conclusion de la première partie
Une approche interculturelle du tourisme et du développement parait cohérente face à une
mondialisation des échanges.
Le Tourisme permet une rencontre entre les peuples, problématisant alors l’interculturalité au
sein de son activité. Depuis sa naissance, le tourisme a permis des échanges interculturels, utilisé
au 19ième Siècle par l’aristocratie anglaise afin de finir l’éduction de ses jeunes par le frottement
avec l’altérité. Le tourisme de masse marginalise les populations locales mais, face à ses effets
néfastes, le tourisme du 21ième Siècle s’oriente vers des formes nouvelles permettant de nouveau
le rapport entre les peuples. L’histoire du tourisme semble ainsi boucler un cercle où le tourisme
durable rappelle dans certain cas le voyage d’antan où le voyageur est en immersion dans le
territoire d’accueil.
La mondialisation des échanges, qu’il soit touristique ou non, amène de nouvelles réflexions
quant
au
développement.
La
croissance
mondiale
fait
subir
des
conséquences
environnementales, culturelles, sociales et économiques sur les territoires. Le développement
durable fait ainsi son apparition de manière à recentrer l’homme au cœur du développement. Les
identités et autorités locales cherchent le moyen de contrôler leur développement afin qu’il reste
local au regard d’une mondialisation envahissante.
De façon générale, nous retiendrons que le développement est le passage d’une situation à une
autre meilleure, améliorant la vie quotidienne.
Une fois cette familiarisation effectuée avec le tourisme d’un côté et le développement de l’autre,
il est intéressant de se poser la question du rapport entre tourisme et développement dans cette
mondialisation des échanges nécessitant une approche interculturelle.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
45
PARTIE II
Approche interculturelle du tourisme :
e n j e u x p o u r u n d é v el o p p e m e n t d e s
.
territoires d’accueil
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
46
Introduction de la deuxième partie :
Le tourisme est souvent perçu comme vecteur de développement, de nombreux pays voient dans
cette activité une opportunité de sortir rapidement de la pauvreté.
Dans notre approche interculturelle, le tourisme international met des populations en contact,
des touristes du nord visitant le sud. Dans ces conditions, le tourisme suit la logique de la
mondialisation dans des rapports souvent de dominants à dominés, empêchant la réalisation du
développement souhaité.
Qu’es-ce qu’un tourisme vecteur de développement dans le cadre d’une mondialisation des
échanges et d’un contexte interculturel ? Quelles sont les relations entretenues entre touristes et
autochtones ? Dans quelles mesures ces échanges interculturels peuvent-ils participer à un
développement ? Il est ici question de mettre en relation le tourisme et le développement sous
l’angle d’approche interculturel.
Nous étudierons dans cette partie, les conditions nécessaires pour un tourisme vecteur de
développement dans le cadre d’une nouvelle gouvernance dans un premier chapitre, puis d’une
marchandisation raisonnée de la culture et des échanges dans un deuxième. Notre troisième
chapitre portera sur une éducation interculturelle par les voyages pour un développement
durable.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
47
CHAPITRE I :
Le tourisme vecteur de développement : la nécessité
d’une nouvelle gouvernance
Le tourisme est souvent perçu comme un vecteur de développement. Il s’agit d’analyser dans ce
chapitre la réalité contestée de cette affirmation en considérant les impacts négatifs du tourisme
sur le développement. L’objectif est de proposer dans un deuxième temps un mode de
gouvernance nécessaire pour pallier aux effets néfastes d’un tourisme envahissant sous le jouc
d’une diversification et d’une gouvernance locale. Mais nous verrons aussi que cette approche
présente des limites rappelant encore une domination nord/sud.
I- Le tourisme : des impacts néfastes sur le développement
Le tourisme n’est pas un levier de développement systématique. De nombreux auteurs le
démontrent comme Georges Cazes dans son ouvrage « Tourisme et Tiers Monde : un bilan
Controversé ». Nous verrons ces impacts négatifs pour l’environnement physique, économique et
socioculturel des territoires d’accueil.
1) Les impacts de l’environnement physique
Les impacts de l’environnement physique sont aujourd’hui les plus dénoncés avec les
mouvements écologiques en termes de pollutions et d’aménageur d’espace.
a) La pollution touristique53
Le tourisme apporte de nombreuses nuisances sur l’environnement physique. Les touristes sont
souvent moins respectueux en vacances ; s’ils recyclent chez eux, ils veulent être sans contrainte
pour leur voyage. La dégradation des sites, de la faune, de la flore et des éléments patrimoniaux
(le bâti) nécessite le calcul de la capacité de charge touristique pour éviter une sur-fréquentation.
53
CAZES GEORGES – « Tourisme et Tiers-Monde un bilan controversé » - collection Tourisme et Société – édition
l’Harmattan – novembre 2006 – 207 pages
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
48
Cette capacité est le nombre de touristes qu’un territoire peut accueillir. Tout espace a intérêt à la
calculer pour minimiser l’impact du tourisme.
b) Un tourisme réducteur et aménageur d’espace
L’industrie touristique réduit des espaces dédiés à l’agriculture et autres activités traditionnelles.
Ceci peut conduire à des conflits d’intérêts concernant la destination des espaces du territoire
d’accueil. Le tourisme international a tendance à s’installer sur une petite partie du territoire et le
submerge. Au Baléares, les premières stations sont installées sur les côtes jusqu’à utiliser tout
l’espace. Il s’en suit des conflits d’intérêts entre les promoteurs, les acteurs touristiques et les
populations locales vivant d’activités traditionnelles comme la pêche. Les locaux ont fini par ne
plus se sentir chez eux cause d’un tourisme trop envahissant.54
c) Un tourisme intégré ou des pôles touristiques
Les pôles touristiques sont des stations intégrées dénaturant le paysage. Ils utilisent souvent des
circuits longs, ils ne se soucient guère d’une eau rare utilisée en abondance par des piscines et
douches, dans des pays désertiques. Ces pôles touristiques ont tout de même l’avantage de
concentrer tous les problèmes au même endroit….
Le tourisme intégré se fond dans le paysage local. Il se matérialise par des hébergements chez
l’habitant, une alimentation issue de circuits courts et donne lieu à une multitude d’entrepreneurs
touristiques, mais sans cohérence territoriale. Ce tourisme plus intégré dans le panorama local est
moins nocif. L’augmentation d’individus sur le territoire induit tout de même une gestion de
l’eau, des déchets plus importants et des moyens de transports appropriés. Les nouvelles formes
de tourisme associées au développement durable sont plus respectueuses de l’environnement
mais les touristes occidentaux ne sont toujours pas prêts à vivre un séjour aux normes et
coutumes locales.
54
MIGUEL SEGUI LLINAS, collectif d’auteur – « Tourisme et soucis de l’autre » - éditions l’Harmattan – collection - 2005
- 368 pages
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
49
2) Les impacts économiques :
La question principale en matière d’économie est : à qui profite le tourisme, quels sont les
bénéficiaires des recettes issues du tourisme ?
a) La bourgeoisie commerçante :
Lorsqu’une nouvelle destination apparaît, les individus du territoire déjà tournés vers l’étranger
vont investir dans le tourisme afin de profiter des recettes. Ce sont des commerçants, les sociétés
d’’import-export, des investisseurs travaillant déjà avec l’international ou des investisseurs
étrangers. Au Maroc, les investissements touristiques ont été réalisés par 5 sociétés en 1975. Le
profit des capitaux touristiques est partagé entre ces sociétés détenant la plupart des hôtels,
agences réceptives et tours opérateurs. Le tourisme profite donc à une catégorie sociale
supérieure déjà tournée vers l’international, favorisant ainsi la fuite des capitaux.
b) Les propriétaires et promoteurs immobiliers
Le tourisme amène des capitaux étrangers en grande quantité dans les pays en voie de
développement avec un pouvoir d’achat des touristes occidentaux beaucoup plus élevé que celui
des locaux. Ce constat amène des entrepreneurs à investir dans de nouveaux bâtiments à
destination touristique. Le prix de l’habitat flambe, la population locale ne peut plus se loger
faute de moyens, résultat d’une politique de marché basée sur l’offre et la demande.
A côté de ces grands promoteurs, une multitude de petits entrepreneurs et de fabricants locaux
se développent.
c) La multiplication des petits entrepreneurs ou fabricants
L’importation de devises étrangères plus avantageuses nécessite des contacts avec l’extérieur.
Dans les activités économiques traditionnelles (industrie, agriculture), seuls l’exportation de
produits permet d’obtenir ces devises, réservées aux individus travaillant dans le commerce
international.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
50
La devise est plus accessible dans un tourisme où le client est sur place. Une arrivée massive
d’argent pousse de multiples individus à se tourner vers le secteur touristique par le biais de
l’artisanat et de services annexes comme le guidage, location de véhicule…
Il y a une déstructuration du tissu sociale nourrit par la perte des activités traditionnelles au profit
d’une tertiarisation parfois total de l’économie se traduisant aussi par une déstructuration
socioculturelle.
3) Impacts socioculturels:
Plusieurs impacts socioculturels sont observables, fruit d’un résultat d’acculturation négatif par le
tourisme. Nous retiendrons trois résultats socioculturels issus du phénomène touristique :
l’imitation, la perversion et la subversion55.
a) L’imitation d’une culture dominante attirante
Les locaux en contact direct avec la manne touristique procèdent à des comportements
d’imitation associant la culture occidentale au confort et à la modernité (téléphones portables et
coca cola), dans une acculturation matérielle. Ces nouvelles attitudes de consommation se
répandent vers les proches, attirés par plus de confort pour une culture de consommation de
masse. Ce processus peut aussi se traduire par une frustration lorsque le désir d’imitation est
freiné financièrement. Cette déception peut engendrer la violence, la délinquance ou la
prostitution.
b) La perversion touristique
D’autre part, il a été observé qu’aux termes d’échanges mercantiles entre visiteurs et visités, les
derniers trouvent de nombreuses et curieuses façons de satisfaire le visiteur afin qu’il sorte son
portefeuille. Ainsi, des rites religieux sont célébrés chaque fois qu’un car de touristes passe et les
habitations sont transformées en véritables musées où la plupart des objets traditionnels sont
exposés. Les marchés locaux sont envahis d’artisanat suite à la chosification, tendance du touriste
55
CAZES GEORGES – op.cit. p 48
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
51
à ramener un souvenir de voyage comme le trophée des explorateurs d’antan. On assiste à une
commercialisation des rapports humains.
c) La commercialisation des rapports humains
Dans les rapports entre visiteurs et visités, le premier verra une opportunité d’agrémenter son
voyage par un échange, le second verra une source supplémentaire et ponctuel de revenu. Dans
un lieu à forte fréquentation touristique, l’autochtone proposera de multiples objets à vendre. Ne
trouvant rien à vendre, il peut détourner ces activités vers un côté plus obscur comme la
mendicité, la délinquance, la drogue ou la prostitution déjà citées. Nous pouvons ici faire le
rapprochement avec les Grands tours lorsque les gentlemans anglais se rendaient en Italie pour
des aventures de nature triviales : « un pays principalement peuplé par des ducs déments, des
cardinaux lascifs, des amants incestueux et de grandes courtisanes »56. Aujourd’hui certains tours
opérateurs mettent en place des « sex tour » en Thaïlande notamment.57
Contrairement à des idées préconçues, le tourisme n’est pas systématiquement vecteur de
développement. Il est souvent contrôlé par des entrepreneurs extérieurs et il a tendance à
éradiquer toutes autres formes d’activités. Nous proposons une nouvelle gouvernance afin de
changer son fonctionnement et d’atténuer ces effets néfastes.
II – Un nouvelle gouvernance pour un tourisme vecteur de
développement.
Nous verrons les points clefs d’une nouvelle gouvernance pour un tourisme plus responsable,
avec une diversification économique, une gouvernance locale et un management interculturel,
nécessaire dans le cadre du tourisme international.
1) La diversification pour éviter la dépendance
La dépendance est dangereuse, nous verrons pourquoi et comment intégrer le tourisme dans un
système économique diversifié.
56
CAZES GEORGES – op. cit. p 48 – np 105
57
AMIROU RACHID, BACHIMON PHILIPPE, DEWAILLY JEAN-MICHEL, MALEZIEUX JACQUES, collectif d’auteurs –
« Tourisme et soucis de l’autre » - éditions l’Harmattan – collection - 2005 - 368 page
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
52
a) Une dépendance touristique dangereuse58
Focaliser toute les activités sur le tourisme entraine un déséquilibre économique et socioculturel.
La mono-activité incite les habitants à tous travailler dans le même domaine. Y aura-t-il du travail
pour tout le monde ? Que se passera-t-il si cette activité s’arrête ? Le secteur touristique
incertain, dépend de variables extérieurs comme la météo ou les tours opérateurs. Ces derniers
peuvent orienter leur clientèle vers des destinations plus rentables, plus à la mode. Dans ce cas, la
société d’accueil, ayant développé une mono activité touristique, subit la destruction de son
économie locale. Afin d’éviter ce scénario dramatique, il est préférable d’inscrire le tourisme dans
un système.
b) Le tourisme dans un système
Parmi différentes définitions du système nous en retiendrons une, correspondant à notre pensée.
« Ensemble d'éléments considérés dans leur relation avec un tout fonctionnant de manière
unitaire »59 L’idée d’unité est ici intéressante. Les éléments sont en interrelation et fonctionnent
ensemble pour ne faire qu’un. L’intégration du tourisme dans un système revient à le transformer
en un élément à part entière en lien et au même titre que les autres secteurs économique
(industrie, agriculture). L’agri tourisme est un très bon exemple de l’intégration du tourisme dans
un système, mais beaucoup d’agriculteurs ont progressivement glissé vers une mono activité
touristique.
Insérer dans un système global, l’industrie touristique peut être vecteur de développement sans
risque de détruire un équilibre local tout en évitant le drame de la mono activité en difficulté.
Pour les mêmes raisons, il est aussi préférable de diversifier les clientèles et les formes de
tourismes associés.
58
LAURENT ALAIN – op. cit. p 35
BOUMEGGOUTI DRISS – Cours de géographie du tourisme – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 – UTM
CETIA
59
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
53
Figure 1 : Principe pour l’organisation du tourisme facteur de de développement territorial
Source : Pierre Torrente
Dans l’optique de créer un tourisme vecteur de développement, d’autres enjeux sont importants
tel que la gouvernance locale.
2) Une gouvernance locale.
La gouvernance locale est primordiale afin d’éviter une dépendance aux acteurs extérieurs
concentrateurs de capitaux et de pouvoirs.
a) Une concentration des pouvoirs et des capitaux. 60.
Aujourd’hui les villes du nord concentrent les pouvoirs et les capitaux, des territoires ne sont alors
pas libre dans leur choix de développement. Les montagnes européennes, par exemple, ne
peuvent se développer comme elles le souhaiteraient, la ville détenant le pouvoir économique
imposant les plans d’aménagement. Une relation dominants/dominés s’instaure entre citadins et
montagnards, la montagne souvent transformée en un immense parc d’attraction, la ville lui
refusant le droit de se développer pour garder son côté authentique. La gouvernance échappe
aux territoires montagnards, tout comme des pays en voie de développement où les capitaux du
nord leurs dictent la manière de se développer. Quelquefois, ils cherchent même à s’en défendre :
60
BOUMEGGOUTI DRISS – op. cit. p 53
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
54
« Ne faites pas les mêmes erreurs que nous ». Une gouvernance locale permet aux populations
d’être maitre de leur territoire et de leur choix de développement.
b) Une gouvernance locale61
Léopold Mayer défini la gouvernance comme « l’art d ‘organiser et de gérer les sociétés, d’assurer
la cohésion sociale, la justice, la paix, la diversité, l’épanouissement de chacun, la préservation des
ressources, la préparation de l’avenir »62. Cette définition se rapproche du développement dans le
sens où les ressources sont à préserver tout en assurant une cohésion sociale, le bonheur de
chacun et un souci d’organiser l’avenir. La gouvernance locale reprend ces objectifs mais au
niveau local avec un transfert de pouvoirs. Angelo Bonfiglioli des Fonds d’équipements des
Nations Unies, définit la gouvernance locale comme « visant à transférer le pouvoir aux
populations locales en vue de réaliser un développement économique et politique qui soit mené
par la population elle-même et qui met l’accent sur la réduction de la pauvreté »63. L’objectif est
de permettre aux populations locales de décider de leur développement même si elles emploient
un avis ou une aide extérieur.
c) Des interventions extérieures dans la gouvernance locale.
Dans la définition d’Angelo Bonfiglioli la gouvernance locale vise à réduire la pauvreté. Cette
dernière s’accompagne par définition d’un manque de moyens financiers, d’institutions, de
scolarisation. A ce sujet, une aide financière spécialisée est orientée vers certains territoires en
difficultés. Les coopérations décentralisées ou Organisations non Gouvernementales du nord,
travaillant au sud, visent à aider au développement. Dans le cadre d’une gouvernance locale elles
sont un appui, une aide financière ou technique auprès des populations locales. Dans le cas
français, la coopération décentralisée oriente à 30% ces actions pour le développement dans les
relations Nord-Sud. Elle se définit comme « Des opérations de coopération mise en œuvre
61
MAYER CHARLES LEOPOLD fondation pour le progrès de l’homme – « Synthèse du projet 2003-2010 » - document PDF
– 2003
62
Ibidem – np 2
63
BONFIGLIOLI ANGELO – « Le pouvoirs des pauvres : la gouvernance locales pour la réduction de la pauvreté » document PDF des Fonds d’équipement des Nations Unies – Novembre 2003 – p 94
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
55
directement ou sous leur impulsion ou avec leur soutien, par des collectivités territoriales »64. Elle
s’oriente principalement dans des échanges à caractère économique, culturel et technique.
Les coopérations décentralisées ne sont qu’un exemple d’aides extérieures pouvant s’impliquer
dans le développement. Elles soutiennent ainsi des populations dans leur gouvernance locale
plaçant les acteurs en contexte interculturel.
3) Un management interculturel
Dans le cadre de cette solidarité international, l’intégration de la dimension interculturelle dans la
gouvernance locale est une action cohérente pour réduire des problèmes liés à des chocs
culturels. Nous souhaitons donc revenir sur le management interculturel (étudié partie 1, chapitre
3) dans le cadre d’une gouvernance locale.
a) Le management interculturel : essai de définition65
Le management interculturel est une réponse à ces enjeux. Il est le lien entre l’interculturalité et
les stratégies de management mis en place par les organisations, adaptable aux modes de
gouvernance. Il prend en compte les diversités culturelles dans les modèles de gestion d’équipe.
Dans le cadre d’un projet touristique, fruit d’une gouvernance locale en coopération avec des
organisations extérieures, le management interculturel peut être un outil efficace pour une prise
en compte des différences culturelles entre les hommes. Les similitudes culturelles peuvent être
prises en compte pour une organisation plus harmonieuse dans la gouvernance locale. En guise de
rappel, nous pouvons citer le rapport au temps ou le rapport à la nature, les cultures féminines ou
masculines et la notion de la proxémique culturelle. Il est aussi question de l’acceptation plus ou
moins élevée du rapport hiérarchique, de la division entre la vie publique et privée ainsi que la
projection des individus à court ou à long terme. Dans les sociétés occidentales, les réunions
doivent être rapides et efficaces, durant le temps de travail. Dans certaines communautés
d’Afrique, les réunions ont lieu à tout heure, le temps n’étant pas linéaire et la valeur travail
n’existant pas, elles seront longues, basées sur une communication riche et implicite.
64
PETITEVILLE FRANCK – « La coopération décentralisée : les collectivités locales dans la coopération Nord-Sud » édition L’Harmattan – collection logique politiques – mai 2000 – 278 pages.
65
RABASSO CARLOS, RABASSO JAVIER – op. cit. p 18
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
56
Afin de comprendre certaines différences existantes dans les modes de fonctionnement des
cultures, voici quelques exemples de management selon les grands airs culturels.
b) Exemples de différents modèles de management
Dans le modèle anglo-saxon, la loi de l’offre et de la demande prime, la société se compose donc
des vainqueurs et des autres. Il faut être performant, individualiste. C’est la culture de la
consommation de masse, le social est mis de côté. La communication est essentiellement écrite,
formalisée et bureaucratisée. Le temps est le facteur principal de la société et de sa productivité.
Dans le modèle latin, la logique de la performance et du profit est atténuée par des critères
sociaux. Le succès et l’ambition personnels se mêlent à des valeurs anciennes, la culture
d’entreprise trouve un équilibre entre le social et l’économique avec un chef paternaliste.
Dans l’Europe de l’ouest, les valeurs slaves sont basées sur le modèle socialiste où la progression
collective doit être la motivation principale. Avec la chute du bloc soviétique des économies
parallèles se développent avec l’acceptation de la loi de l’offre et de la demande du commerce
international.
En Asie, les modèles de managements sont très différents selon les pays. La Chine a une stratégie
militaire où les points forts sont utilisés contre les faiblesses des autres. L’entreprise est comme
une famille où les objectifs sont compris, admis et partagés par tous. Le chef d’entreprise doit
avoir un grand savoir et doit être ferme, il prend des décisions intuitives et autoritaires. Le Japon a
un modèle similaire, mais la hiérarchie est encore plus poussée, elle est l’essence même de la
compétitivité japonaise mais assure la sécurité de l’emploi. Le modèle coréen quant à lui est
caractérisé par un chef d’entreprise paternaliste prenant la plupart des décisions. Le système de
valeur est basé sur le Yin et le Yang où l’importance inconditionnée du groupe s’appuie sur la
confiance réciproque. C’est une recherche de l’harmonie dans le groupe. Le modèle indien s’en
rapproche car les valeurs indiennes (bien que complexes et variées) sont orientées vers le
spirituelle, le cosmique, le social et l’humain et donc vers des valeurs collectives. Cependant le
pouvoir est très hiérarchisé, le modèle de management étant basé sur les castres avec une
segmentation sociale forte.
Nous distinguerons deux principaux modèles en Afrique : musulman et d’Afrique noir. Le modèle
musulman reflète les quatre niveaux d’existences du monde musulman : l’intérêt personnel, des
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
57
règles de conduites comportementales strictes, avoir conscience du bien et mal et être en
harmonie avec les besoins essentiels à la vie. Le mode de management exclu l’incertitude et la
pratique d’une stratégie adaptée avec l’usage du marchandisage.
Il n’y a pas de modèle pour l’Afrique noir car les sociétés sont très variées. Il existe cependant des
facteurs communs comme le facteur communautaire impliquant la notion de solidarité et de
cohésion sociale. La communication riche et informelle, rend la parole sacrée, facteur
d’hospitalité, offrant des qualités d’intégration et d’adaptabilité aux travailleurs et à
l’organisation.
Le mode de gouvernance participe à la mise en place d’un tourisme vecteur de développement et
de son suivi, par une gestion locale intégrant un management interculturel afin de gérer une
dimension internationale. Mais est-ce suffisant pour une activité responsable et pérenne ?
Le tourisme est un secteur économique particulier puisque le client vient sur le territoire. Partant
de ce postulat, d’autres difficultés entrent en jeux, ce qui nous amène à réfléchir sur les limites de
notre approche.
III- Limites de la nouvelle gouvernance.
Des problèmes peuvent échapper à cette nouvelle gouvernance dans le cadre d’une industrie
touristique proposant des rencontres interculturelles pour un tourisme plus humain et éthique.
Quelles sont les limites d’un tourisme cherchant à développer des échanges entre touristes et
autochtones ?
1) Un tourisme plus humain ?
Les échanges interculturels favorisent un tourisme plus humain. Est-ce une réalité universelle ou
une façon de se donner bonne conscience ?
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
58
a) Les inégalités touristiques en parallèles avec celles du monde
« L’inégalité du voyage rappelle celle du monde » 66. En d’autres termes le tourisme participe à
l’inégalité entre les pays riches et les pays pauvres. Il change la vie des autochtones dans le cadre
de la mondialisation et de sa modernité. Le tourisme s’intègre à une société planétaire de
domination du nord au sud.
A l’inverse des grands groupes industriels s’appropriant les ressources des zones pauvres, le
tourisme peut jouer un rôle pour préserver la diversité et lutter contre une mondialisation
associant le développement à la modernité, dans la mesure où les clients se rendent sur le
territoire d’accueil. « Le tourisme équitable, solidaire, durable ou autre avatar, vient panser les
plaies, ce qui est une bonne chose, sans néanmoins jamais guérir la maladie »67.
b) De quel tourisme parle-t-on ?
Les nouvelles formes de tourisme veulent générer du développement dans le territoire d’accueil.
Elles sont génératrices d’échanges entre visiteurs et visités, font valoir une éthique du voyage. On
remarque cependant que les termes associés au tourisme durable (solidaire, responsable…) sont
utilisés par les grandes firmes du nord, pour des raisons commerciales perdant ainsi leur sens
initial. Elles contribuent néanmoins à une réflexion sur un tourisme plus responsable, moins
destructeur des territoires d’accueil. Dans les tourismes alternatifs, où gouvernance locale et
système sont associés, d’autres problèmes peuvent subvenir entrainant l’échec du
développement souhaité.
c) Un nouveau tourisme moral ou néocolonialiste
Le tourisme a un aspect moral dans ses formes durables après une histoire lourde dans les
rapports nord sud. Les échanges avec les populations locales ne sont cependant pas égalitaire
systématiquement. « On m’avais demandé de distribuer des bonbons. Les enfants se sont mis
devant moi pour la distribution. J’avais l’impression d’être dans un zoo et de distribuer des
cacahuètes… Je n’ai pas du tout aimé, je me sentais vraiment mal à l’aise »68. Franck Michel rappel
à se sujet que l’ethnotourisme, (étudié dans le deuxième chapitre de notre première partie), peut
être analysé comme une manière plus rentable d’utiliser les populations locales, et surtout plus à
66
FRANCK MICHEL – op. cit. p 28
67
FRANCK MICHEL – « Tourismes et identités » - éditions l’harmattan – 2006 – 217 pages
68
Annexe n°6 - Entretien avec M.Y voyageuse
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
59
la mode. La gouvernance locale a alors un rôle à joué important en impliquant les populations en
instaurant par exemple des « Démocraties participatives ».
Nous retiendrons qu’un tourisme vecteur de développement est aussi un tourisme conscient des
inégalités nord sud cherchant avant tout à être responsable. Des inégalités peuvent cependant
apparaitre au sein de la population locale.
2) Recherche de profit et jalousie
Les habitants, en contacts avec les touristes, bénéficient de plus de profit, des jalousies au sein du
village ou entre villages peuvent subvenir.
a) Une concurrence et une jalousie dans le voisinage69
Lorsqu’un village monte un projet de tourisme solidaire, des jalousies surgissent quelquefois
entre les habitants. La famille avec la plus belle maison, la plus grande et la mieux décorée va
pouvoir accueillir les touristes voyageurs. Même si le projet de tourisme profite à toute la
communauté, les relations avec les visiteurs vont être plus fortes avec la famille qui accueille,
les guides et autres personnes en contact parlant la langue.
D’autre part, jusqu’où les retombées du tourisme doivent-elles aller ? Le village de Keur
Samba Yacine au Sénégal a développé une forme de tourisme durable afin de financer un
centre de santé. Les villages voisins souhaitent également profiter de ce centre. Le comité de
gestion du tourisme s’est donc agrandi aux villages alentours, mais d’autres plus éloignés
voudraient également participer et ainsi de suite…
b) Une recherche du profit, soucis économique individuel
La jalousie peut aussi conduire à une recherche de ressource pour un développement personnel.
69
Livre Blanc rédigé par les étudiants de Master 2 « Ingénierie de projets avec l’Amérique Latine » - « Voyager
responsable en Amérique Latine » - 2011
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
60
« Un autre élément auquel il faut faire attention c’est le fait qu’un touriste qui reste longtemps
dans un village commence à avoir des relations sentimentales avec un membre. C’est très délicat
parce qu‘après, quand une autre fille va venir, les gens peuvent se représenter les touristes comme
une opportunité à avoir des relations sexuelles ou des bénéfices économiques ».70
Même dans le cadre d’une gouvernance locale efficace, comment empêcher une personne
d’obtenir des ressources personnelles au sein du projet communautaire? « Il y a certaines
personnes qui veulent faire payer 5$ chaque touriste pour passer, c’est beaucoup compte tenu du
fait que l’entrée du parc coûte déjà 5$ ».71
CONCLUSION DU CHAPITRE I : Le tourisme de masse provoque des désastres dans
les milieux d’accueil au niveau économique, écologique ou socioculturel. Des modes de
gouvernance peuvent réduire ces risques dans la mesure où le tourisme est intégré dans un
système économique dans un contexte de gouvernance locale. Des aides extérieures sont souvent
mises en place dans le cadre d’Organisations Non Gouvernementales ou de coopérations
décentralisées. Dans ce cas, un management interculturel appliqué à la gouvernance locale est
nécessaire afin d’optimiser les contacts avec les entités extérieurs.
D’autres problèmes se posent cependant afin que le tourisme soit vecteur de développement.
Une prise de conscience des inégalités nord sud peut permettre un tourisme plus responsable.
D’autre part, la jalousie entre les habitants pouvant survenir envers ceux ayant des contacts
favorisés avec les visiteurs, déclenche une recherche du profit personnel, devant être canalisé par
les autorités locales.
D’autre part, sans compréhension mutuelle entre le touriste et l’habitant, une marchandisation
de la culture et des échanges empêchent un développement correct dans le cadre de cette
nouvelle gouvernance.
70
Livre blanc – op. cit. p 60 – p 69
71
Ibidem np70
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
61
CHAPITRE II :
Pour une marchandisation raisonnée de la culture et des
échanges
La marchandisation de la culture est une mise en scène de la culture d’accueil afin de satisfaire la
clientèle touristique. Nous souhaitons nous interroger sur ce phénomène, l’interculturalité étant
au cœur de ce développement artificiel. Quelles sont les causes d’une marchandisation de la
culture et des échanges par le tourisme ? Quels sont les enjeux d’une marchandisation raisonnée
et quelles places tiennent les échanges interculturels dans ce phénomène pour le développement
des territoires d’accueil ?
I- Un engouement pour les cultures autochtones : les raisons
d’une marchandisation
Dans un contexte de globalisation financière, le jeu de l’offre et de la demande fonctionne. Que
recherche la demande et que recherchent les offrants ?
1) Recherche de l’authentique dans les voyages
La demande pour la plupart du temps occidentale est en recherche d’authenticité tournée vers un
passé oublié.
a) Recherche d’un tourisme de friche
Philipe Bachimon72 analyse un nouveau tourisme moderne : le tourisme de friche. Les touristes
recherchent une culture et une façon de vivre semblable à celle leurs ancêtres et donc apprécient
des séjours en espace rural.
72
AMIROU RACHID, BACHIMON PHILIPPE, DEWAILLY JEAN-MICHEL, MALEZIEUX JACQUES, collectif d’auteurs –
« Tourisme et soucis de l’autre » - éditions l’Harmattan – collection - 2005 - 368 pages
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
62
Grâce au voyage à l’étranger, ils peuvent visiter des sociétés dites traditionnelles, représentatives
d’un passé recherché, d’un savoir perdu des sociétés modernes. Des sociétés d’Afrique ont
développé des formes d’adaptations et de connaissances de la nature, séduisantes pour une
population occidentale. Naît alors la notion d’authenticité, la recherche d’un passé encore animé.
b) Visite dans le passé, l’exotisme moderne dans un patrimoine immatériel du
passé.73
Cette quête d’authenticité ne cherche pas à comprendre une culture mais à revivre son passé,
alimenté de stéréotypes d’origines diverses. Le visiteur ne voit plus le présent et les réalités du
pays d’accueil. Le voyage touristique ne fait alors que confirmer des clichés.
L’authenticité et l’exotisme peuvent être synonymes, le voyageur cherchant à s’étourdir de
l’ambiance, des coutumes et des spectacles vivants. Les communautés d’accueil figent une culture
par définition évolutive cherchant à satisfaire cette demande.
Face à cette recherche d’authenticité, la population locale cherche à répondre à cette demande
afin d’améliorer ses revenus.
2) Une réponse à la demande.
Les sociétés traditionnelles ont intégrées certains traits culturels de la culture occidentale, sollicité
par une demande d’authenticité ces populations deviennent hybrides.
a) Acculturation de la culture dominante74
Les habitants des pays d’accueil visités vivent, ou ont vécu, un processus d’acculturation. Des
pays, victimes de la colonisation ont effectué un processus d’acculturation par réappropriation. Ils
adoptent certains traits culturels des anciens colons comme faisant partie de leur histoire.
D’autres populations confrontées au tourisme glissent vers un processus de décentrement où une
culture plus faible adopte les traits d’une culture plus forte.
73
FRANCK MICHEL – op. cit p 28
74
CAZES GEORGES – op. cit p 48
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
63
Que se soit par décentrement ou par réappropriation, ces sociétés dites traditionnelles sont plus
ou moins acculturées et touchées par la consommation de masse. Face à de nouveaux besoins, les
habitants vont chercher à satisfaire la demande pour augmenter leurs ressources économiques.
b) Adaptation à la demande75
Il se créé des sociétés à double visage, les populations visitées, dans un souci d’authenticité,
mettent en scène le passé pour des touristes occidentaux, afin d’être en mesure de consommer
des produits du nord.
Les fêtes, les rites, les coutumes se transforment en marchandises touristiquement
consommables adaptées à la vision occidentale. Dans la zone de Saint Martin de los Andes, au sud
en Amérique Latine, des habitants Mapuches ont obtenu un financement international pour
développer « la stratégie Mapuche du tourisme ». Un camping c’est alors développer sur le thème
d’un « camping rustique » visant une clientèle assez jeune. Lorsqu’un contrôle fût effectué pour
évaluer le projet, les hauts fonctionnaires argentins cherchèrent les plumes, les pagnes et des
lances afin de répondre à une clientèle internationale en quête d’exotisme, non conforment au
passé des Mapuche.
Les habitants de sociétés traditionnelles sont occidentalisés par acculturation plus ou moins forte,
attirés par une culture de la consommation de masse synonyme de confort. Ils répondent à une
demande d’authenticité conforme à des stéréotypes, véhiculés dans le monde grâce à différentes
catégories d’acteurs.
3) Promotion des cultures traditionnelles dans le monde
Médias, acteurs privés et immigrants jouent un rôle primordial dans l’industrie du tourisme.
75
MONICA LACARRIEU – document PDF – « Touristes et non touristes dans le monde de l’interculturalité un regard à
partir du patrimoine immatériel » - 2006
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
64
a) Rôle des médias76
Les médias, intermédiaires importants, montrent du rêve à une société occidentale ne
demandant qu’à s’évader le temps de leurs vacances. Ils choisissent certains traits culturels des
populations d’accueil en les mettant en scène dans des magazines, livres ou documentaires
magnifiques. Des populations dans des lieux intouchés vivant en harmonie avec la nature
perpétuent le mythe de l’authenticité.
b) Rôles des Tours opérateurs et acteurs privés
Les tours opérateurs, agences de voyages, hôteliers ou agence réceptives locales, jouent un rôle
mercantile dans l’industrie touristique, influençant les stéréotypes. Les médias montrent du rêve,
ces acteurs privés le vendent. Il est alors compréhensible qu’ils conservent les attentes des
touristes en termes de traditions et valeurs passés. Ils jouent donc un autre rôle que les médias en
poussant parfois la population locale à montrer aux touristes se qu’ils sont venus chercher.
c) Rôles des immigrants77
Les immigrants peuvent influencer les stéréotypes en réadaptent leur culture d’origine à leur
culture d’accueil. Grâce à ces populations, qui ont importé leurs cultures, leurs fêtes, leurs
pratiques, leurs rites ont lieux dans plusieurs endroits du monde. Ce « patrimoine décentralisé »
continue à vivre dans le monde même s’il a disparu dans son territoire d’origine par une mémoire
de la perte. Les touristes vont dans le territoire d’origine retrouvées ces patrimoines
décentralisés, parfois transformés.
La marchandisation de la culture est la conséquence de cette demande d’authenticité imaginée et
promue dans le monde entier, mais la folklorisation de la culture est dangereuse pour le
développement des territoires d’accueil.
76
CHASSANIOL ESTELLE - sous la direction de madame LAURENCE TIBERE - « L’interculturalité, le rapport visiteur/visité :
comment développer le tourisme sans pour autant bouleverser les identités et les cultures locales ? » - Mémoire de
master 1 Tourisme et développement, université Toulouse II le Mirail, Le CETIA, site de Foix, année 2007-2008.
77
MONICA LACARRIEU – op. cit. p 64
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
65
II – La folklorisation : danger pour le développement dans des
échanges faussés.
Modifiant les cultures d’accueil, le tourisme met en danger les sociétés locales et leur territoire.
Quelles sont alors les enjeux d’une marchandisation de la culture ? Nous définirons d’abord la
folklorisation, rencontres déguisées et échanges faussées, pour expliquer ensuite le danger pour
le développement du territoire d’accueil.
1) La folklorisation
La « folklorisation » est entendue comme un « processus d’expropriation-appropriationtransformation »78, se concrétisant par la muséification, la vente d’objets traditionnels et la mise
en scène des fêtes traditionnelles.
a) La muséification79
Au nord de la Chine, l’avantage de faire plusieurs enfants est donné à des minorités. Les raisons
sont d’ordre commercial, ces minorités sont une richesse culturelle pour l’industrie touristique
chinoise. Des villages entiers sont crées de toutes pièces, ce sont des villages modèles où une
« vie traditionnelle » est recréé. La population ne vivant pas sur place travaille dans une mise en
scène de vie « authentique » lorsque les touristes arrivent. La muséification consiste donc à figer
le temps dans un quartier ou un village mais aussi d’une maison, celle destinée à accueillir le
visiteur. Le touriste obtient une confirmation des stéréotypes d’une « maison traditionnelle » ou
d’un « village traditionnel ».
78
EMANGET MAGALI – document PDF – « Tourisme à géométrie variable en terre indienne : l’exemple des indiens
aztèques, Oaxaca, Mexique »
79
« Un bon chauffeur est un chauffeur heureux » - site Leposte.fr dans la rubrique article http://www.lepost.fr/article/2010/08/03/2172872_un-bon-chauffeur-est-un-chauffeur-heureux.html - site visité le
16/04/2011
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
66
b) Les objets traditionnels vendus aux plus offrants80
La muséification est souvent jumelée avec un artisanat local basé sur des valeurs religieuses
inventées ou perdues. Le film documentaire de Dennis O’rourcke « Canibal Tour » montre un
village où les habitants exposent des objets autrefois utilisés dans les pratiques religieuses,
aujourd’hui dans les pratiques commerciales. Les populations locales revêtent également leurs
vêtements traditionnels. Les pulls ou tee-shirt sont laissés au vestiaire et les coiffes, tissus, robes,
tuniques sont misent en avant pour épater les visiteurs. Les vêtements de fêtes par exemple vont
être utilisés tout les jours et dans certains cas le visiteur appréciera le rite ou la fête traditionnelle
quelque soit le jour de sa venue.
c) Folklorisation des rites et fêtes traditionnelles.81
La folklorisation consiste à mettre en scène les fêtes et les rites traditionnels dans l’esprit d’une
pièce de théâtre effectuée à l’attention des touristes. A l’inverse d’un spectacle qui n’est ni une
comédie, ni un drame mais une culture bien réelle, boussole d’une société. Le Pachamama,
célébré au nord ouest de l’Argentine, est une offrande à la terre Mère effectuée, au départ, par
peu d’individus ayant la connaissance des savoirs traditionnels. Aujourd’hui on célèbre des
« Pacha » de partout dans le nord de l’Argentine. Les voyageurs empruntant le « train des
nuages » stoppant à l’arrêt de San Antonio de los Cobres peuvent voir les habitants effectuer le
culte de la Terre Mère directement sur le quai et chaque fois qu’un train s’arrête. Dans cet esprit,
le natif devient un « touree », acteur mettant en scène sa propre culture à des fins mercantiles.
La folklorisation est une expropriation de la culture initiale, une appropriation d’une nouvelle
culture conforme aux stéréotypes, une transformation de la culture d’origine. Les rencontres sont
alors déguisées, les échanges faussés.
80
DENNIS O’ROURKE – op. cit. p 17
81
MONICA LACARRIEU – op. cit. p 64
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
67
2) Des rencontres déguisées, l’exotisme à tout prix
Les rencontres entre ces nouveaux acteurs et spectateurs s’effectuent sous le jeu de l’exotisme,
avec une sécurité optimale et parfois une hospitalité brimée dans une marchandisation des
rencontres.
a) L’exotisme à tout prix82
L’exotisme est au cœur du problème de la marchandisation dans le tourisme. Le touriste
recherche une authenticité, un passé nourrit de stéréotypes, finalement un exotisme lointain,
inaccessible, un rêve qui une fois atteint, disparait. Il n’est donc pas conseillé d’ouvrir les yeux
dans une quête de l’exotisme à tout prix car les rêves s’envoleraient rapidement. Ainsi, le touriste
refuse que l’Autre (la population visitée) ait pu changer et enferme le territoire d’accueil dans un
regard voilé par l’exotisme. Finalement, l’exotisme rend aveugle mais la satisfaction du client en
dépend souvent. De ce constat une rencontre réelle ne peut avoir lieux ! A la recherche
d’exotisme s’additionne un besoin de sécurité.
b) Une satisfaction et une sécurité optimale83
Comment définir un vrai échange ? Selon Jean Chesneaux, les rencontres entre visiteurs et visités
sont soigneusement préparées. Dans ces conditions les réactions ne sont pas naturelles, d’un
côté, comme de l’autre. La rencontre naturelle, et non attendue, ne peut pas être provoquée. Ces
rencontres sont difficiles dans l’industrie touristique où tout est préparé pour satisfaire le touriste
en garantissant sa sécurité. Un échange imprévisible dans un univers culturel inconnu n’est pas
concevable pour le touriste soucieux de sa sécurité. Certaines autorités peuvent à l’inverse
considérer le touriste comme hostile à la population locale. On assiste alors à une hospitalité
brimée souvent par les autorités des états totalitaires.
82
FERNANDEZ BERNARD – « Identité nomade » - édition Economica – collection De l’Exploration interculturelle et
Science Sociale – Paris 2002 – 277 pages.
83
CHESNEAUX JEAN - op. cit. p 29
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
68
c) Une hospitalité brimée84
L’hospitalité brimée est le résultat d’un accueil faussé. L’hôte est préparé à accueillir, l’étranger
est surveiller pour éviter tout contact avec la population local. Les relations sont officielles même
si elles semblent prendre d’autres aspects plus naturels. C’est le cas notamment en Corée du
Nord, dans la Chine communiste à la fin du 20ième Siècle ou durant la dictature de Franco près de
Cadiz. Lorsqu’un un voyageur intrépide entreprend de rencontrer les habitants du pays, la peur et
l’angoisse, plus présentes dans un contexte de « guerre froide », bloquent la curiosité et
l’échange.
La folklorisation fige la culture dans le passé et bloque une communication réciproque entre
touristes et natifs dans une marchandisation des rencontres et des échanges, dangereuse pour le
développement local.
3) Danger de la marchandisation de la culture
Cette marchandisation, dangereuse pour les identités, conduit à un rejet du tourisme ou à un
frein de développement du territoire en le figeant dans un passé artificiel.
a) Le rejet du tourisme par les populations locales
Dans « un énorme supermarché de loisirs nomades »85, les populations locales refusent d’exposer
leur culture pour une consommation touristique. Elles rejettent ainsi le tourisme pour protéger
leur identité. Un village au nord du Brésil près de Salvador, ayant observé les dégâts du tourisme
sur le village voisin, a rejeté cette activité de son territoire. Les coutumes locales sont alors
protégées par ce mécanisme de défense anti-tourisme. Dans d’autre cas, seulement une partie
des natifs rejette le tourisme, des conflits d’intérêts, des situations de violence et de délinquance
éclatent.
Les habitants peuvent aussi jouer le jeu de la folklorisation et figer leur culture dans une
authenticité artificielle.
84
FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64
85
FRANCK MICHEL – op. cit. p 28 – np 183
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
69
b) Un territoire figé dans une authenticité artificiel
L’authenticité recherchée, amène une culture, par définition évolutive, à être réinventée puis
figée dans le temps. Comment dans un tel contexte le tourisme pourrait-il être vecteur de
développement ? Le développement est une évolution vers une situation meilleure, il ne peut
être associé à une culture figée, une situation artificielle fixée dans un temps révolu.
Dans la marchandisation de la culture et des échanges, les rencontres n’existent pas, le
développement non plus. La compréhension et le respect entre touristes et habitants sont exclus,
le visiteur ne maitrise pas son impact, il n’est pas un acteur conscient du territoire d’accueil.
III- Importance des échanges interculturels équitables.
Les échanges interculturels peuvent participer à conscientiser le touriste sur son impact dans le
territoire d’accueil. Le visiteur devient alors responsable, participant à la valorisation de la culture
permettant au tourisme d’être vecteur de développement.
1) Des échanges interculturels équitables
Les échanges équitables nécessitent une disposition à communiquer dans un contexte
interculturel où l’hospitalité est désirée des 2 côtés.
a) La notion d’équité et d’échanges équitables
Dans un rapport voyageur / habitant, une envie mutuel de se rencontrer peut exister, mais
l’incompréhension culturel et la méfiance peuvent s’installer. Franck Michel souligne que
« l’intérêt commun consisterai (autant pour les hôtes que pour les visiteurs) à s’interroger non plus
sur le pourquoi mais sur le comment de la diversité humaine »86. Dans des rencontres équitables,
le visiteur comme le visité cherche à comprendre les similitudes entre les peuples, plus
rassurantes que les différences. Cette recherche est accompagnée d’une réelle curiosité sur la
diversité humaine. Ces rapports sont possibles lorsque l’aspect mercantile est écarté et que la
86
FRANCK MICHEL – op. cit. p 28
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
70
barrière de l’exotisme est levée. Une prédisposition du voyageur est nécessaire pour ces
rencontres équitables.
b) Prédisposition du voyageur/touriste87
Le voyageurs, visiteurs ou touristes, quelque soit ses motivations ne peut déclencher une
rencontre sans un état d’esprit particulier. Bernard Fernandez soulève la théorie d’un état d’esprit
du voyage qu’il qualifie du « tout est bon ». Dans cette approche, l’exotisme n’est pas
nécessairement négatif, stimulant l’imagination. Lorsque le voyageur est suffisamment curieux
pour aller vers l’Autre, une ouverture d’esprit lui permet de lever le voile de l’imaginaire. La peur
peut cependant apparaitre, accompagnant la découverte d’une culture inconnue. La peur rendant
agressif et freinant l’action, doit être écartée pour une rencontre interculturelle. Le besoin de se
frotter à l’altérité travaille contre l’angoisse et les peurs.
Le touriste/visiteur prédisposé à devenir hybride grâce à « l’esprit du voyage »88 est prêt à
accepter une hospitalité favorisant des rencontres égalitaires.
c) Une nouvelle hospitalité89
L’hospitalité permet d’effacer les barrières culturelles. Le statut d’hôte donne une aura
protectrice. Dépassant les frontières, tous les peuples ont la connaissance de ce « don universel »
sous la triangulaire maussienne « Donner, recevoir et rendre ». L’hospitalité peut être un moment
simple comme se voir offrir une tasse de thé mais c’est dans tous les cas une expérience forte
transportant les individus. L’hospitalité rend un rêve lointain et inaccessible à proximité, la
rencontre devient alors possible car l’exotisme s’estompe. L’hôte et le visité se prêtent une
attention particulière pas nécessairement basée sur une différence attirante, mais plus sur leurs
ressemblances.
Dans ces conditions les échanges et rencontres interculturelles peuvent participer à la valorisation
de la culture d’accueil favorisant la création de projet de développement.
87
FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64
88
FRANCK MICHEL – op. cit 28
89
FERNANDEZ BERNARD – op cit P 64
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
71
2) Valorisation de la culture locale et développement
Les échanges interculturels ont une importance primordiale pour une marchandisation raisonnée
de la culture favorisant la création de projet de développement grâce à une valorisation
culturelle.
a) Importance des échanges interculturels pour une marchandisation raisonnée
« Ainsi, il semble que pour éviter ces dérapages, l’essentiel réside dans l’esprit dans lequel se
construit et se déroule l’échange. Il peut devenir au contraire un temps fort de la rencontre s’il est
fondé sur le respect et la volonté de comprendre » 90
Rym Ben Younes explique ici que les échanges équitables augmentent les chances d’une
marchandisation plus raisonnée, contribuant à un tourisme respectueux, plus équitable et
réduisant la folklorisation91.
Ces rencontres peuvent alors permettre à la population locale de prendre conscience de l’intérêt
de leur propre culture.
b) Valorisation de la culture locale92
Geneviève Clastres explique que le tourisme peut parfois permettre de valoriser les cultures
locales, les anciens devenant des relais pour enseigner les traditions aux plus jeunes. Dans un
village au Mexique, les habitants ont pris conscience de leur propre manière de vivre grâce aux
regards des Autres. Ils ont également perçu les conséquences des modes de vie des sociétés
modernes surtout en terme environnemental. Une tradition ancestrale sur la médecine par les
plantes a été valorisée avec un réapprentissage des plantes médicinales à l’école et une
valorisation du rôle des grands parents porteurs de connaissances93. Des projets de
90
RYM BEN YOUNES - Archi-Mag - http://www.archi-mag.com/essai_35.php - magazine d’architecture en ligne
« tourisme et folklorisation » - site visité le 16/04/2011
91
ONGHENA YOLANDA – document PDF tiré du magazine société et culture, dialogue culturel - « Tourisme et
interculturalité » - 2003
92
FRANCK MICHEL – op. cit. p 28
93
CHASSANIOL ESTELLE – Chargé d’étude pour la mise en place d’un label – Entretien effectué le 7 janvier 2011 à Foix annexe
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
72
développement naissent alors de cette prise de conscience sous le joug d’une dynamisation du
territoire vécu et apprécié.
c) Mise en place de projets par la population locale94
La valorisation de la culture locale motive les natifs à s’impliquer dans la vie, l’aménagement, le
développement d’un territoire vécu au quotidien. Dans notre exemple de l’Equateur, les habitants
du village ont mis en place des projets pour l’utilisation des plantes, améliorant leur qualité de vie
ainsi que leur paysage quotidien. La population locale a ainsi crée un jardin des plantes, une
pharmacie spécialisée dans les plantes médicinales…. La population locale a orienté le tourisme
dans cette direction créant un lien fort entre sa culture et sa valorisation.
La valorisation culturelle dans une marchandisation raisonnée de la culture permet le
développement. Dans cette optique les nouvelles formes de tourisme essaient d’écarter toutes
traces de folklorisation et de marchandisation des échanges.
3) Vers une non marchandisation de la culture : imagination ou réelle ?
Des textes internationaux et le tourisme durable éradiquent la marchandisation de la culture dans
leurs activités, est-ce vraiment possible ? Il s’agit aussi de montrer qu’une marchandisation
raisonnée est positive.
a) Pour une non marchandisation de la culture : réactions des organisations
internationales :
La culture devenue consommable est exposée à la vente internationale, mise sur le marché livré à
la loi de l’offre et de la demande. Plusieurs textes internationaux condamnent la marchandisation
de cette culture. La charte de l’UNESCO concernant le patrimoine immatériel interdit la
marchandisation de la culture. L’Organisation Mondiale de la Francophonie (sous le joug de
94
CHASSANIOL ESTELLE- op. cit. p 72
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
73
l’UNESCO) dénonce également ces pratiques marchandes notamment lors de « La journée
mondiale de la diversité culturelle »95.
Des instances comme l’UNESCO condamnent la marchandisation culturelle, mais est-ce possible
d’éliminer cette dernière dans le cadre de l’industrie touristique ?
b) Une marchandisation raisonnée dans les nouvelles formes de tourisme96
La motivation poussant à rencontrer les populations locales est nourrit par la curiosité de
découvrir une culture. Le voyage est donc bien la vente d’une expérience culturelle où des
échanges, équitables, permettent la découverte de la culture de l’Autre. Les nouvelles formes de
tourisme, créer une situation favorable à la rencontre interculturelle participant à la valorisation
de la culture et au développement, donc à une marchandisation de la culture raisonnée.
D’autre part, nous pensons possible une ouverture d’un dialogue entre populations du sud et du
nord grâce aux échanges équitables du tourisme.
c) Une nouvelle communication nord/Sud.
L’industrie exporte ces produits, le tourisme importe ses clients pouvant faire croire à une néocolonisation touristique.
Dans une mondialisation bipolaire contrôlée par les pays du nord, le tourisme s’inscrit dans une
domination nord /sud. Des échanges équitables possibles entre les populations permettent
cependant de croire à une nouvelle communication grâce au tourisme, dans le cadre d’une
gouvernance locale et d’une marchandisation raisonné de la culture. Les échanges interculturels
équitables jouent alors un rôle important pour une communication et une meilleure
compréhension entre les peuples.
95
ABDOU DIOUF – Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie – « Journée mondiale de la
diversité culturelle » - Le 22 mai 2003 – Paris
96
FRANCK MICHEL – « Tourismes et identités » - éditions l’harmattan – 2006 – 217 pages
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
74
CONCLUCION CHAPITRE II : La marchandisation de la culture est très présente dans
le tourisme. Elle est le fruit d’une demande en quête d’authenticité et d’offrants recherchant le
profit économique. Des images sont véhiculées par les médias, les tours opérateurs ainsi que les
immigrants participants à la conception de stéréotypes occidentalisés.
Cette marchandisation est matérialisée par la folklorisation des rites et coutumes des cultures
locales, favorisant des rencontres déguisées, et figeant la culture d’accueil dans un passé
imaginaire.
Le tourisme peut cependant favoriser une marchandisation raisonnée de la culture et des
échanges en favorisant des rencontres équitables entre touristes et natifs. Les relations
interculturelles valorisent ainsi la culture locale favorisant la mise en place de projet de
développement par les habitants.
Les nouvelles formes de tourisme pratiquent la marchandisation raisonnée de la culture et des
échanges, favorisant les rencontres, outils de communication entre les peuples et prémices d’une
éducation interculturelle.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
75
CHAPITRE III :
L’éducation interculturelle par le voyage et le
tourisme pour des pratiques plus responsable.
Les voyages ont encore un rôle éducatif comme c’était le cas au 18ième siècle par frottement avec
l’altérité. Le concept des grands tours se transforme en une notion moderne d’éducation
interculturelle par les voyages. Nous entendons « éducation » au sens large, dans un cadre formel
et informel. Dans ces conditions, nous étudierons aussi l’éducation interculturelle dans son
contexte éducatif scolarisé pour ensuite démontrer l’utilité des voyages, dans le processus de cet
apprentissage. Quel est le rôle des échanges et des rencontres pour une éducation en immersion
efficace ? Comment peuvent-ils participer à des voyages plus responsables ? Quelles sont les
limites de cette éducation dans des séjours touristiques courts ?
I- L’éducation interculturelle : une définition.
Nous définirons d’abord l’éducation interculturelle dans un cadre formel puis dans un cadre non
formel dans lequel elle se développe aujourd’hui. Nous verrons ensuite le processus d’une
éducation interculturelle par le Modèle de Développement de Sensibilité Interculturelle (MDSI).
1) Education interculturelle : concept et définition :
Il s’agit en priorité de définir ce nouveau concept replacé dans son histoire, son évolution et ses
variantes dans le cadre scolaire.
a) D’une éducation multiculturelle à une éducation interculturelle97
L’éducation interculturelle est précédé de l’éducation multiculturelle de la même façon que
« l’interculturel » fut précédé du « multiculturel » née aux Etats-Unis. Le caractère d’une société
plurielle amène l’état fédéral à adapter une éducation pour une intégration mieux adaptée à des
groupes ethniques ou religieux différents. Le contexte socio-économique laisse en effet
97
ième
A. PRETCEILLE MARTINE – « L’éducation interculturelle » - collection Que sais-je ? – 3
Paris – 122 pages.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
édition PUF – Janvier 2011 –
76
apparaître des sociétés multiculturelles, jeu de l’immigration humaine. La question d’une
éducation adaptée à ces changements se pose alors pour apprendre à vivre ensemble.
L’éducation multiculturelle présente cependant des failles. La notion du « multiculturel » ne met
pas en interaction les individus de cultures différentes. On parle de particularisme menant
souvent au phénomène de discrimination, dans une vision unidimensionnelle orientée
uniquement sur les différences. Les relations et le phénomène d’acculturation ne sont pas
représentés, on parle alors d’universalisme.
b) L’éducation interculturelle : concept, essaie de définition
L’universalisme est un concept clef pour définir la diversité comme une richesse tout comme la
pluri-appartenance. L’éducation multiculturelle glisse alors vers une éducation interculturelle
acceptant les relations et interactions entre les individus de groupes culturels d’origines
différents.
« Il s’agit de prendre des mesures en faveur d’une interprétation entre toute les cultures,
permettant de mettre le multiculturel en mouvement tout en veillant à ce que les identités
spécifiques de chacune des cultures ne soient pas gommées. »98 Il est donc question d’aider le
phénomène d’acculturation dans une vision positive de l’interculturalité, source de richesse et de
créativité.
L’éducation interculturelle bouscule les méthodes d’enseignement traditionnel. Ces dernières
sont dictées par un enseignement par le haut où le maître détenant le savoir, le transmet à
l’élève, récepteur passif. Pour une éducation interculturelle, l’introduction de la didactique est
nécessaire pour une réflexion en amont sur la méthode pédagogique à adopter. Un système est
établi sous forme d’un triangle didactique reliant l’élève, le maître et le savoir. L’interaction entre
les trois est alors plus forte et tous sont acteurs, donc responsables de l’apprentissage.99
98
A. PRETCEILLE MARTINE – op. cit. p 76 - np 85
99
ESOH ELAME, JEAN DAVID – « L’éducation interculturelle pour un développement durable » - édition Publibook –
collection Science humaines et sociales – avril 2008 - 143 pages
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
77
c) Une éducation civique100
Par son fond et dans sa forme, l’éducation interculturelle est une éducation civique. Asoh Elame
et David Jean définissent cette dernière comme « une démarche éducative visant la promotion de
valeurs permettant de vivre ensemble dans une société démocratique, multiculturelle, orientée
vers l’interculturalité et ouverte sur le monde »101. La démarche d’une éducation civique dans des
sociétés multiculturelles est donc importante, des valeurs démocratiques et communes sont
instaurées en gardant une richesse grâce à une diversité créatrice. L’éducation civique et
interculturelle se rejoignent ainsi.
L’école a un rôle important à jouer dans une éducation interculturelle, éducation aussi civique. Le
système est cependant orienté vers les méthodologies traditionnelles du haut vers le bas.
L’éducation interculturelle est aujourd’hui essentiellement présente dans un cadre non
institutionnel.
2) L’éducation interculturelle : dans un cadre non institutionnel
2008 fût l’année du dialogue interculturel accompagnés de recherches et de programmes sur
l’interculturalité en Europe. Une éducation non-formelle est importante dans la construction d’un
monde pluriel.
a) Une éducation avant tout non-formelle102
Quoique nécessaire dans le cadre scolaire, l’éducation interculturelle est acquise hors des écoles
et autres cadres institutionnels. C’est un apprentissage volontaire qui passe par l’action. Cette
démarche éducative a pour but la prise de conscience d’une diversité de regards et de
représentations. Elle vise à développer des compétences interculturelles. Elle se développe autour
de la vie quotidienne à l’école, au travail, entre amis et partout où l’altérité peut se trouver. Cette
forme d’apprentissage permet à l’individu d’analyser son interaction avec les autres cultures. Le
processus de cet apprentissage est multidimensionnel, basé sur l’expérience, l’émotion et la
100
ESOH ELAME, JEAN DAVID – op. cit. p 77
101
Ibidem np 74
102
Mini Compendium de L'UE sur l'éducation formelle et non formelle – document PDF – « l’éducation interculturelle » septembre 2007 – édité par la direction de la jeunesse et des sports du conseil de l’Europe
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
78
réflexion. Il est une méthode éducative dans le but de comprendre la pluralité culturelle du
monde.
b) L’éducation interculturelle : enjeux pour la diversité du monde103
Le Mini Compendium de L'Union Européenne, sur l'éducation formelle et non formelle, met
l’accent sur la croissance actuelle des sociétés multiculturalismes avec des immigrations
importantes. Selon l’Union, l’éducation interculturelle peut aider dans les luttes contre le racisme,
la discrimination raciale et l’intolérance, fléaux des sociétés actuelles. Les autorités essaient de
prendre des mesures notamment pour gérer un développement solidaire dans des pays
multiculturalistes. Des initiatives ont été répertoriées en révélant les difficultés de la cohabitation
de cultures différentes mettant ainsi en lumière la nécessité d’un apprentissage interculturel afin
de palier à ces problèmes de communication et de gestion de la vie.104
L’éducation interculturelle formelle ou non s’effectue toujours dans un cadre multiculturel.
L’adaptation à un environnement culturellement différent suit un processus dynamique
mesurable.
3) Le processus interculturel : Le modèle de développement de la
sensibilité interculturelle
Nous allons appréhender ce processus dynamique par un outil mesurant la place de l’individu
dans le processus interculturel par rapport à ses émotions et son ressenti face à l’Autre culture : le
Modèle de Développement de la Sensibilité Interculturelle (MSDI). Ce dernier se compose de deux
grandes phases principales en ethnologie : la phase ethnocentrique et la phase ethno-relative.
103
Ibidem
104
ROZIER CLAIRE – document PDF – « L’éducation interculturelle, pour construire une culture de la paix » - Article du
Magazine Inter-cultures – Novembre 2010
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
79
a) Le MDSI : de la résistance à l’ouverture105
Le MDSI apparait être un processus intéressant à étudier comme cheminement pour une
éducation interculturelle. Mis au point par Milton Bennett, il décrit une série d’étapes s’effectuant
pendant une relation entre des individus de cultures différentes par un frottement avec l’altérité
au quotidien. Ces étapes ont un caractère émotionnel, elles se rapportent aux sentiments de
l’individu en situation. Les 6 stades vont d’une résistance à la culture de l’Autre, jusqu’à une
grande ouverture. L’individu, vivant cette expérience de l’interculturalité grâce à une altérité très
présente, va sillonner entre les étapes de ce modèle. Il va effectuer des allers-retours entre elles
pour finalement avancer petit à petit, d’abord dans des étapes ethnocentriques, puis dans des
étapes plus élaborées relevant du domaine ethno-relatif.
b) Etapes ethnocentriques106
Dans le domaine ethnocentrique, le premier sentiment est le déni où l’individu n’a pas conscience
des différences interculturelles. Avec une prise de conscience de celles-ci, il peut les rassembler
dans les catégories du « nous » ou du « eux ».
Il est alors dans un mécanisme de défense où il considère sa propre culture comme supérieur, ou
dans un mécanisme de retournement où il perçoit les autres cultures comme supérieur à la
sienne. Sa perception d’autres cultures reste très superficielle dans les deux cas.
L’individu cherche ensuite à minimiser les différences culturelles pour une mise en lumières des
similitudes. Cette étape de la minimisation permet d’aller au delà des caractéristiques
stéréotypées. Se rendre compte de ces différences culturelles va permettre à l’individu de passer
dans les étapes ethno-relatives.
c) Etapes ethno-relatives107
La première étape dans la phase ethno-relative est l’acceptation où la personne comprend que sa
culture est une façon riche et complexe de voir et de penser le monde. Les autres cultures ont des
réalités parfois sans équivalence dans sa propre culture.
105
BENNETT MILTON – « Un modèle de développement de la sensibilité interculturelle »
http://www.international.gc.ca/cfsi-icse/cil-cai/magazine/v02n01/doc1-fra.pdf - site visité le 06/04/2011
106
ibidem
107
ibidem
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
80
-
Pour continuer à la prochaine étape, l’individu passe par une exploration, une recherche
intensive sur la culture de l’Autre.
Il ajuste son comportement et ses réflexions conformément à l’autre culture, sans pour autant y
prendre part, mais pour minimiser des chocs culturels. Cette nouvelle étape est l’adaptation dans
laquelle la compréhension de l’autre culture est très profonde.
L’intégration, l’ultime étape, nécessite un développement de l’empathie et une grande capacité à
communiquer dans un contexte interculturel. L’individu peut s’adapter aux différences en les
percevant comme une chance, une source de savoir et de créativité, elles deviennent ainsi
essentielles.
Le MDSI permet de voir le processus dans lequel les individus en situation interculturelle
évoluent. Il peut être plus ou moins rapide selon le contexte interculturel. Dans les voyages, la
possibilité de profiter d’une altérité au quotidien est amplifiée.
II- Le voyage : un outil pour l’éducation interculturelle :
De la même façon que pour les grands tours du 19ièmes siècles, les voyages semblent avoir gardés
ou retrouvés leur dimension éducative, stage pratique d’une éducation interculturelle. Nous
verrons dans cette sous-partie le processus interculturel dans le voyage en immersion par pallier,
nous appréhenderons ensuite les échanges comme un outil au service de l’éducation
interculturelle, et nous analyserons enfin les enjeux pour le voyageur.
1) L’éducation interculturelle dans le voyage : immersion par paliers108
Dans les voyages, le processus interculturel est caractérisé par une immersion dans la culture
d’accueil. Celle-ci s’effectue par paliers, de l’adaptation à l’intégration en passant par la
compréhension.
108
FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
81
a) Immersion adaptation
Le voyageur cherche d’abord à s’adapter. Il se laisse apprivoiser par la culture locale en acceptant
les aspects paraissant être des contraintes par manque d’habitude. Progressivement, il arrive à un
détachement des idées reçues et selon Franck Michel, le voyage peut débuter : « Le voyage
commence là où s’arrêtent ces certitudes »109. Le stade de minimisation est alors plus ou moins
atteint, et la barrière du « je » et « eux » au « nous » est franchise. Finalement, le voyageur a une
réelle envie de comprendre les modes de vie, de communication, les systèmes de valeurs de la
culture d’accueil mais cette dernière lui semble encore étrangère. Il doit accepter la rencontre
avec une autre façon de pensée, de voir les choses, une autre réalité afin de déjouer les
stéréotypes et les préjugés. Bien sur, cette phase nécessite des efforts d’apprentissage, l’action
étant concrétisée par une ouverture aux rencontres et aux échanges afin de glisser vers la logique
de « l’Autre » en entrant dans une « immersion compréhension ».
b) Immersion compréhension
Les échanges interculturels s’intensifient dans l’immersion compréhension car l’individu cherche à
acquérir les « connaissances ordinaires ». Les pratiques du quotidien comme le langage verbal et
non verbal, les notions de bien et de mal, la proxémique culturelle…vont être intégrées petit à
petit dans une logique d’observation participante.
Le voyageur « touche du regard », il pénètre dans la culture d’accueil volontairement, témoin
d’une vie quotidienne qu’il intègre et comprend avec le temps. Il passe « d’une expérience vécue
à une expérience comprise » où il tend à atteindre une façon de pensée plurielle. Il est question
de « métissage culturel », de « logique métisse » ou encore de « pensée métisse ». L’individu
passe dans la phase ethno-relative d’acceptation, en apprécie les paradoxes interculturels dans le
cadre des rencontres et commence à vivre le temps culturel d’accueil. Dans cette phase
d’implication réelle, une compréhension d’une nouvelle réalité qui est celle de la culture d’accueil.
Le voyageur va petit à petit accepter les lois, les normes par le biais du phénomène d’emprunt et
commencer ainsi une phase d’immersion-intégration.
109
FRANCK MICHEL - op. cit. p 28
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
82
c) Immersion intégration
L’immersion n’est pas enfin de compte la dernière phase ultime du processus interculturel en
voyage car on ne sait pas où s’arrête exactement l’immersion. L’individu devient hybride sans
jamais perdre complètement sa culture natale. C’est un processus d’acculturation où le voyageur
emprunte des traits culturels à la culture d’accueil. Cette phase est plus précisément une
transformation personnelle où il se découvre lui-même lié à des changements en rapport avec
une certaine altération. Il y a une acceptation de l’universel dans une diversité humaine et
culturelle sans jugement ni maitrise de la situation. « C’est une universalité vécue, ouvrant un
autre espace à l’intelligence du monde »110. L’étranger se familiarise en acceptant les rites sociaux
au quotidien sans faire attention à ce qu’il fait exactement. En d’autres termes, ces rites
deviennent des reflexes où le temps social de la culture d’accueil est accepté. Une nouvelle réalité
est intériorisée, le voyageur se méfie des certitudes car il sait qu’elles ne sont pas une vérité
universelle.
Les échanges interculturels entretenus par le voyageur avec la population locale participent à son
apprentissage en immersion. Ils sont des outils au service de l’éducation interculturelle par les
voyages.
2) Les échanges : outils au service de l’éducation interculturelle par les
voyages
Les échanges interculturels permettent au voyageur de pratiquer une auto-évaluation. Nous
verrons aussi qu’ils peuvent être source de crise d’apprentissage, mais ceci ne fait que confirmer
leurs intérêts.
a) L’importance des échanges dans les voyages pour une éducation interculturelle111
Les échanges interculturels ont un rôle primordial dans l’éducation interculturelle, c’est pourquoi
les voyages permettent une éducation de qualité. En apprenant à connaitre l’Autre, sa façon de
voir et de pensée, l’individu change son jugement éradiquant des mythes, comprenant l’écart
entre l’image qu’il avait et la réalité vécu. C’est une école de la vie aidant à l’élimination des
110
FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64 – np 136
111
A. PRETCEILLE MARTINE – op. cit. p 76
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
83
préjugés. Martine A. Pretceille rappelle que « La compréhension d’autrui est souvent assimilée à
la connaissance d’autrui alors que celui-ci ne se laisse plus saisir aussi facilement en dehors de
toute communication et de toute relation »112. L’auteur de « Identité Nomade » rappelle que « A
l’exception de ceux qui reste fermé aux échanges interculturels, l’expérience interculturelle est un
parcours initiatiques, jamais linéaire »113. Le voyageur en immersion dans une culture d’accueil a
la possibilité d’échanger afin de comprendre l’Autre. Quatre pôles relationnels existent selon
Bernard Fernadez :
-
L’implication confiance avec une altérité empathique et de l’observation participante. Il y
a là une véritable recherche d’un métissage des valeurs de la part du voyageur.
-
La distanciation confiance avec une altérité de la médiation, deuxième pôle où le
voyageur cherche à faire un pont jusqu’à l’Autre. Il y a ouverture, mais l’individu se
préserve des risques.
-
L’implication méfiance avec une altérité de la frontière où les préjugés sont activés et
bien présents. Il y a une certaine supériorité (culturelle, technique ou autre..) créant une
distance entre le voyageur et son interlocuteur.
-
La distanciation méfiance avec une altérité de rejet avec la conviction que « l’Autre est
trop différent », il y a une différenciation extrême, une soumission. A titre comparatif la
distanciation méfiance était présente pendant le colonialisme.
Les échanges interculturels permettent dans tous les cas une remise en question plus ou moins
forte de soi-même ?
b) S’identifié par rapport à l’autre grâce aux échanges114
« Toute mise en question de l’autre est dès lors, doublé d’une interrogation sur moi »115. Dans la
rencontre interculturelle, l’effort de compréhension pour communiquer avec l’Autre permet de
prendre du recul aussi sur sa propre identité. C’est une remise en question de soi-même
déclenché par une remise en question de l’Autre sur nous. Cet échange peut être vécu comme
une épreuve avec le sentiment de ne pas maitriser la situation, suivie par une perte de la sécurité
112
113
A. PRETCEILLE MARTINE – op. cit. p 76
FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64 – np 199
114
A. PRETCEILLE MARTINE – op. cit. p 76
115
Ibidem
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
84
sociale et culturelle. «L’action personnelle se construit autour de l’épreuve »116 ici caractérisée par
une perte des certitudes cultuelles. Franck Michel rappel dans son œuvre « Désir d’ailleurs » que
pour voyager et découvrir la diversité, le voyageur a besoin de se confronter à l’altérité et de se
détacher de ces certitudes. Les échanges et rencontres ne sont cependant pas nécessairement
interculturels. Fernandez Bernard différencie quatre « tiers instruit » avec qui l’échange sera
important :
-
Le semblable tiers instruit : Echanger pour partager l’expérience vécue avec d’autres
voyageurs de culture semblable pour une meilleure lisibilité de cette expérience avec un
côté rassurant, surtout après un long moment d’immersion.
-
Le semblable, faux tiers instruit : ce semblable a un orgueil culturel, un esprit un peu
colonisateur, c’est le double inversé pensant souvent que les natifs ont une culture
inférieure.
-
Le tiers instruit : l’écriture : l’écrit est plus dans une optique d’informer que de faire
forcement rêvé contrairement aux journaux, reportages télévisés… En se sens, il est un
échange, l’auteur émet un message au voyageur qui en réponse cherche à vérifier ces
écrits durant son voyage.
-
L’autre, le tiers instruit : « Il faut bien comprendre que pour eux, éventuellement on est
bizarre aussi »117Ce tiers instruit est celui avec lequel le voyageur va favoriser les
rencontres pour se frotter à l’altérité dans sa soif de curiosité. « C’est alors dans le regard
de l’Autre que l’on voit le fossé culturelle »118.
Ces multiples échanges permettent au voyageur de progresser dans son apprentissage
interculturel. Mais ceux-ci peuvent être aussi facteur de crises et de chocs.
c) Crises d’apprentissage119
Des soucis peuvent arriver dans la vie quotidienne pour des questions d’adaptation aux habitudes
comme le temps sociale, les habitudes alimentaires…. Le comportement traduisant un langage
116
FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64– np 145
117
Ibidem np 196
118
Ibidem
119
MITCHELL R. HAMMER – document PDF – « Etude sur l’apport éducatif des programmes AFS » - Rapport interne
décrivant les résultats complets – décembre 2005
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
85
corporel peut être mal interprété ou dérangeant. L’apprentissage de ces codes, la façon de
communiquer sont des points clefs dans l’adaptation du voyageur dans la culture d’accueil.
Outre la forme communicative, le fond peut poser problème avec des opinions divergentes
relevant par fois d’un débat interculturel. « Ma famille d’accueil a des opinions différentes des
miennes, ils approuvent la guerre, ce que je ne peux ni comprendre ni accepter… Je n’ai rien dit
mais j’ai été choqué des vues radicales de ma mère d’accueil. »120
Le voyageur peut aussi se trouver dans l’incapacité de nouer des liens émotionnels. Les proches
manquent et le mal du pays apparaît avec une culture d’accueil jugée superficielle, froide ou sans
humour. « Avoir des amis, je veux dire, de vrais amis, de ceux qui vous appellent pour aller faire les
boutiques, aller au cinéma ou pour faire n’importe quoi ensemble. Il y a eu deux personnes ici qui
m’ont invité pour sortir et cela n’a eu lieu que 4 fois en tout… je continue à être ignoré. Mais amis
me manquaient et j’ai eu une petite crise de dépressions. »121
Des difficultés peuvent subvenir à cause de l’incompréhension de la langue locale. Des stress et
des frustrations peuvent y être liés. « C’est très stressant d’étudier dans une culture différente en
utilisant une autre langue. Environ 4 mois après être entré à l’école, j’ai enfin commencé à
comprendre un petit peu le contenu d’une conversation ; cependant, je ne faisais qu’écouter et je
ne pouvais rien faire. »122
Mais ces crises permettent tout de même d’avancer dans le processus d’apprentissage, et le
voyageur en retient toujours des leçons. Quel sont les enjeux d’un tel voyage pour celui qui
l’entreprend ?
3) Les enjeux pour le voyageur
Les enjeux pour le voyageur sont multiples, il acquiert des compétences interculturelles en
apprenant la tolérance et le relativisme culturel grâce à l’adoption d’une pensée métisse.
a) Des compétences interculturelles
120
Michell R. Hammer - op. cit. p 85 - np 27
121
Ibidem p 28
122
Ibidem
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
86
Les compétences interculturelles rejoignent la notion d’acceptation de l’altérité au quotidien. Il
est donc question de communication, de tolérance et d’éthique. Les compétences interculturelles
nécessitent une certaine ouverture d’esprit et un haut niveau de compréhension et d’acceptation.
Elles peuvent être définit comme un ensemble d’aptitudes que l’individu développe pour
communiquer et coopérer avec d’autres individus issus de cultures différentes à la sienne. Jorg
Eschenauer, le président du département de la fonction linguistique de l’école des ponts Paris
technique, définit les compétences interculturelles comme des capacités de négociation et de
création de synergies entre les différences culturelles. Ces aptitudes apprennent à regarder
autrement, à avoir « de nouveaux yeux ». Les compétences interculturelles permettent un
changement de comportement, plus compréhensif face à autrui et une sensibilisation aux
avantages générés par la différence. Un individu prend ainsi conscience de la différence et par
conséquent de sa propre identité.123
Une personne qui dispose d’une forte compétence interculturelle est quelqu’un qui pourra trouver
en permanence un équilibre entre son identité et la remise en question de cette identité. Cet
équilibre fragile peut être source d’énergie et de créativité
b) La tolérance et le relativisme culturel
Les compétences interculturelles se basent sur le principe de tolérance. « C’est l’apanage de
l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs : pardonnons-nous réciproquement
nos sottises, c’est la première loi de la nature » 124. Cette définition s’applique au départ dans un
contexte de fanatisme religieux. La culture est reliée à la religion et à son histoire. Même si la
tolérance est une notion applicable en toutes circonstances, elle est particulièrement adaptée aux
situations d’interculturalité. La vérité est différente pour chacun, être tolérant c’est accepter cette
pluralité sans imposer aux autres une façon de pensée. La tolérance dans l’interculturalité revient
à parler de relativisme culturel.
Afin d’acquérir de bonnes compétences interculturelles, il faut comprendre ce relativisme.
Accepter ce dernier permet de ne pas dévaloriser une culture. Toutes les cultures sont placées sur
123
WAXIN MARI-FRANCE, BARMEYER CHRISTOPH – « Gestion des ressources humaines internationales » - édition
Liaison – avril 2008 – collection Entreprises et carrières – 553 pages – np 210
124
Magazine PHILOSOPHIE – mensuel n°43 – octobre 2010 – avec supplément « voltaire : traité sur la tolérance » - np
75
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
87
le même pied d’égalité. Elles sont toutes très différentes les unes des autres mais elles sont aussi
équivalentes dans le sens égalitaire, il est impossible de les classifier125. Le relativisme culturel est
important dans un monde dominé par la culture occidentale. Comprendre cette égalité des
cultures, permet une écoute mutuelle, plaçant tous les participants sur la même égalité. Le
relativisme culturel contribue à la construction d’une pensée métisse.
c) Un autre regard sur le monde : l’intelligence métisse
Marcel Proust disait « Le véritable voyage découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux
paysages mais à avoir de nouveaux yeux ».126Ainsi, c’est apprendre à regarder, apprendre à
respecter, même les choses paraissant incompréhensibles, « les choses que l’on ne comprend pas,
comprendre *aussi+ que l’on ne peut pas tout comprendre »127. C’est la pensée métisse. Elle n’est
pas un abandon de la culture natale, car devenir l’Autre est impossible. Elle est une capacité à
vivre, allié à la tolérance, à la recherche d’un équilibre entre plusieurs valeurs et traits culturels.
« Accepter de voir la réalité sous un nouveaux regard »128. Elle est aussi une souplesse d’esprit
permettant le métissage des valeurs lié à des rencontres multiples et des échanges expérientiels.
« Elle émerge de l’expérience interculturelle en tant que rencontre et finit par devenir une réalité
tangible dont on n’a pas forcement envie de définir les pourtours et les contours »129.
Grâce à cet apprentissage interculturel le voyageur comprend le territoire en acquérant cette
nouvelle pensée métisse. Cette compréhension lui permet d’être plus responsable de son
environnement d’accueil. Qu’en est-il dans des séjours touristiques plus courts ?
125
TIBERE LAURENCE – op. cit. p 10
126
PROUST MARCEL - http://www.horaz.com/03_Citations/AUTEURS/Proust_Marcel.htm - Site visité le 20.04.2011
127
BULTEAU MARC – « D’un soi transformé à une relation renouvelée à l’autre » - Revue « L’autre voie » N°5 –
http://www.deroutes.com/AV5/blteau5.htm - Site visité le 10.11.2010
128
129
FERNANDEZ BERNARD – op. cit. p 64. - np 217
Ibidem p 220
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
88
III- Un tourisme plus responsable grâce à une éducation
interculturelle par les voyages ?
Dans le cadre du tourisme, dans quelle mesure pouvons-nous affirmer qu’une éducation
interculturelle, par le voyage, contribue à un tourisme responsable ? Quelles sont les limites de
notre approche, lorsque l’on intègre l’industrie touristique à la notion de voyage?
1) Un tourisme responsable
Les formes de tourismes alternatifs cherchent à générer du développement durable. Quelle est le
lien entre éducation interculturelle et ce développement ? Il s’agit ensuite de comprendre les
pratiques d’un « touriste responsable ». Comment peut-il s’identifié au voyageur pour un séjour
éducatif, basé sur des échanges équitables.
a) L’éducation interculturelle et le développement durable130
L’éducation interculturelle cherche le rapprochement entre les cultures. Des notions de
compréhension, de connaissance de l’autre et d’acceptation des différences sont en jeu. Le
principe d’interculturalité qui régit l’éducation interculturelle vise le respect mutuel entre les
cultures en les plaçant toutes sur un pied d’égalité. Dans cette continuité, il y a un respect des
territoires culturels dans son environnement à la fois culturel, social, économique et
environnemental. Esoh Elame et Jean David rappellent que les différences culturelles sont
« ancrés dans les pratiques sociales économiques et écologiques », les trois piliers du
développement durable. L’apprentissage pour respecter les différences et s’en enrichir, va à
terme contribuer à la protection de la diversité autant biologique que culturel ; il va rendre, dans
un respect mutuel, plus responsable les échanges internationaux, contribuant ainsi à des
environnements socio-économiques viables et vivables, comme le suggère le développement
durable.
130
ESOH ELAME, JEAN DAVID – op. cit. p 77
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
89
a) Un touriste responsable
Rappelons qu’on parle de tourisme responsable quand le voyageur a de bonnes connaissances sur
la culture, la manière de vivre de la population d’accueil ainsi que sur le contexte géopolitique et
sociale du territoire.131
L’éducation interculturelle permet au touriste d’acquérir de grandes connaissances sur
l’environnement d’accueil. Il comprend alors le contexte et la manière de vivre de ces hôtes. Par
compréhension et respect, il est en capacité de respecter le territoire adoptant des pratiques
responsables. Dans ces conditions, l’individu en touriste responsable cherche à échanger avec les
natifs pouvant ainsi instaurer un respect mutuel.
b) Un respect mutuel
Le tourisme est une chance pour rapprocher les différences « en échangeant des cultures qui
s’enrichissent mutuellement »132.
« L’autre doit parvenir à échapper à sa condition d’Autre *…+ Le voyage doit servir aussi à susciter
le désir d’ailleurs chez l’autre »133. Si cette envie existe chez l’hôte, un partage et un réel échange
peut avoir lieu. Ainsi, l’occidental peut faire voyager son hôte à travers ce qu’il est. Il vient
découvrir « l’Autre » et lui apprend quel « Autre » il est lui-même.
La démarche du touriste voyageant dans une optique d’apprentissage interculturel a besoin d’un
suivi, de formations complémentaires.
2) Une préparation au voyage nécessaire
« Pour que l’expérience soit fructueuse, elle doit être précédée et accompagnée d’une
éducation »134
131
TORRENTE PIERRE – op. cit. p 25
132
FRANCK MICHEL - op. cit. p 28 – np 245
133
Ibidem np 252
134
A. PRETCEILLE MARTINE – op. cit p 76 – np 102
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
90
a) Nécessité d’une éducation préalable
Afin d’éviter les crises d’apprentissage, un choc culturel violent ou un processus interculturel
restant sur le déni (premier stade du MDSI), une éducation interculturelle en amont du voyage est
nécessaire.
D’autre part, certains voyageurs s’oublient dans leurs aventures et deviennent égocentriques
prenant le monde pour un immense terrain de jeu participant à leur gloire personnelle. Pour
certain « j’ai fait… » est l’appropriation d’une partie du monde. Pour les touristes, faire un pays
signifie avoir tout vu.
Des préparations aux voyages peuvent éviter ces dérapages pour un tourisme responsable où le
respect s’installe dans la réciprocité. En quoi consistent ces formations interculturelles ?
b) Des formations interculturelles135
Il s’agit de mesurer les compétences interculturelles d’un individu afin de pouvoir les améliorer,
les perfectionner ou tout simplement évaluer sa capacité à supporter l’altérité. Ces formations
préparent l’individu lui permettant une ouverture d’esprit.
Il existe une grille d’évaluation interculturelle: six degrés quantitatifs allant de A1 (sujet « fermé »)
à C2 (sujet ouvert à la cohabitation interculturelle), croisés avec trois dimensions qualitatives : la
compétence communicative, la prédisposition aux interactions et le degré d’adaptabilité
interculturel. Il existe également une grille d’évaluation interculturelle par rapport au contexte qui
mesure l’indice du risque interculturel, entre une culture dominante (souvent occidentale) et une
culture dominée. Cette indice peut également être adaptés dans le rapport touristes /
populations locales.
D’autres outils peuvent être utilisés comme des jeux de réunion de groupe afin d’apprendre
l’empathie, la tolérance… et comprendre que chacun à sa vision du monde. Le T-kit numéro 4 sur
l’apprentissage interculturel donne de bons exemples d’exercices136. La préparation aux voyages
est d’autan plus important dans des courts séjours touristique (moins d’un mois).
135
RABASSO CARLOS, RABASSO JAVIER – op. cit. p 18
136
Annexe T-Kit 4, apprentissage interculturel.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
91
3) Limites d’une éducation interculturelle dans le cadre de séjours
touristiques.
Dans le tourisme, les séjours courts ne permettent pas un apprentissage interculturel efficace et
les formations en amont ne sont pas adaptées à une éducation interculturelle.
a) Difficulté des séjours touristique trop courts et trop mercantiles
Les séjours touristiques courts constituent une première limite à l’éducation interculturelle dans
le tourisme. « Une éducation en immersion dans des séjours longs *…+ Le temps aidant à la
compréhension des événements vécus »137.
Les séjours touristiques sont donc trop courts pour un processus interculturels. La nécessité
d’une éducation interculturelle, en amont, n’en ait que plus utile afin de tendre vers un tourisme
responsable. Elle permet aussi d’éviter des échanges faussés dans des relations trop mercantiles.
Le touriste, même pensant bien faire, peut commettre des fautes n’étant pas débarrassé de ces
préjugés et se montrer irrespectueux sans le vouloir. « Un voyage pour être une expérience sociale
constructive, doit être accompagné d’un minimum d’éducation à l’interculturel avant et après
*pour+ un apprentissage de la décentration, de la reconnaissance de l’autre dans son altérité de la
négociation avec l’Autre *…+ pour parvenir à un vivre ensemble »138.
b) Des formations non adaptées dans le tourisme
La formation dans le tourisme porte sur les objets extérieurs et pas sur la manière de regarder.
Une sensibilisation aux cultures d’accueil existe concernant les pratiques culturelles.
Dans la métaphore de l’iceberg139, la partie matérielle et visible est émergé (le culinaire, le
vestimentaire...) tandis que les valeurs et les coutumes non visibles sont immergées. Il est donc
nécessaire de préparer aux chocs de la partie immergée en apprenant à regarder, sentir plutôt
que d’énumérer des pratiques déjà visibles.
137
FERNANDEZ BERNARD – « Identité nomade » - op. cit p 125
138
BULTEAU MARC – « De l’autre à soi » - Revue « L’autre voix » - http://www.deroutes.com/AV5/bulteau5.htm - site
visité le 20.04.2011
139
Annexe 7
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
92
L’éducation scolaire agit de la même manière en donnant des réponses concrètes, en fournissant
des concepts prêts à l’emploi, des explications simples. Les formations aux voyages suivent donc
les mêmes méthodes. Une simple éducation aux rites et coutumes ne permettra pas aux
voyageurs de régler certains conflits, ni de comprendre réellement les valeurs de la population
d’accueil, porte d’entrée dans le processus interculturel.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
93
CONCLUSION CHAPITRE III: L’éducation interculturelle dans un cadre formelle suit
un triangle didactique entre élève, savoir et professeur pour favoriser une éducation civique. Dans
le cadre scolaire cet apprentissage a cependant du mal à s’imposer.
Le voyage en immersion longue permet une éducation interculturelle informelle, des programmes
à échelles européenne et mondiale se développent alors pour un apprentissage par le voyage. Le
MDSI permet de mesurer la sensibilité interculturelle du voyageur face à son évolution dans un
univers culturel au départ inconnu. Ainsi un outil de mesure permet l’évaluation de la pertinence
d’une éducation interculturelle par les voyages en immersion. Les participants acquièrent alors
des compétences interculturelles et une pensée métisse permettant une large ouverture d’esprit
doublé d’une tolérance face à la pluralité du monde. Les voyageurs, dans une attitude
compréhensive ont des pratiques plus responsables sur le territoire d’accueil.
Une éducation interculturelle par les voyages n’est cependant pas systématique et certaines
conditions sont à respecter. Une préparation aux voyages est nécessaire avec des méthodes de
l’apprentissage interculturel selon laquelle le voyageur apprend à regarder.
D’autre part, une éducation interculturelle est limitée dans les séjours courts, constituant ainsi
une limite importante de notre approche. Dans l’industrie du tourisme il alors difficile de proposer
une éducation interculturelle par les voyages
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
94
Conclusion de la deuxième partie
Le tourisme a des effets néfastes sur le développement, il ne profitera souvent pas à la population
locales.
Pour que le tourisme participe au développement du territoire d’accueil, il a besoin de s’intégrer
dans le système économique local sans anéantir les secteurs traditionnels. Le tourisme géré par
des instances extérieures a tendance à contribuer à la fuite des capitaux vers l’étranger d’où
l’importance que le secteur touristique soit gérer par un gouvernance locale, même si des aides
extérieures peuvent intervenir.
Cette dynamique locale doit prendre en compte la non spécialisation des touristes et des
habitants en ce qui concerne les relations internationales. Ces populations ne savent pas se
comporter en situation interculturelle, bloquant ainsi leur communication. L’exotisme pause alors
un voile entre touristes et habitants. Le voyageur ne peut pas dans ces conditions respecter les
enjeux d’un territoire qu’il ne comprend pas.
Favoriser les espaces de rencontres entre visiteurs et habitants aide à une compréhension et à un
respect mutuel pouvant minimiser l’impact du touriste sur le territoire d’accueil.
Nous pensons que l’éducation interculturelle pourrait permettre un tourisme plus responsable.
Cette dernière, cependant est efficace que dans des séjours longs, rares dans l’industrie du
tourisme. Elle est donc intéressante à analyser pour pouvoir la rapprocher de l’industrie
touristique afin de favoriser un développement durable grâce à une citoyenneté internationale
pour une éducation interculturelle par le voyage.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
95
PARTIE III
Approche interculturelle comparative
d’Aina Madagascar et AFS Vivre Sans
Frontière, pour un tourisme vecteur de
d é ve l o p p e m e n t .
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
96
Introduction de la troisième partie
Le tourisme peut être vecteur de développement local ou durable contribuant à l’amélioration
d’une situation selon les conditions étudiées précédemment.
Nous souhaitons à présent appuyer nos hypothèses par des cas concrets. N’ayant pu travailler sur
le terrain afin d’étudier notre sujet d’étude appliqué à une organisation, nous proposons d’allier
un soupçon de pratiques à nos théories afin de valider notre réflexion.
Deux associations ont été choisies pour cette évaluation afin de jouer sur la complémentarité
entre deux objectifs différents.
L’association Aina Madagascar visant au développement local dans la mise en place de voyages
solidaires, sera étudiée dans notre premier chapitre.
L’éducation interculturelle par les voyages, participant à un développement durable est l’objectif
de l’association AFS Vivre Sans Frontière que nous étudierons dans un deuxième chapitre. La
comparaison de ces deux associations permettra la validation de toutes nos hypothèses.
Il nous a paru utile de schématiser l’ensemble de notre réflexion dans un dernier chapitre afin de
comprendre les questionnements restés en suspens dans notre étude pouvant faire l’objet de
nouvelles réflexions pour un mémoire de deuxième année.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
97
CHAPITRE I :
L’Association Aina Madagascar : Pour un tourisme
solidaire
Etant isolé du continent africain, Madagascar présente des atouts culturels et naturels
incomparables. Le tourisme se développe mais la pauvreté reste très présente dans la grande Ile.
Ce premier chapitre vise tout d’abord à présenter l’association Aina Madagascar qui propose des
voyages solidaires dans l’Ile rouge afin de pallier à cette pauvreté dans la zone.
I – Objectifs d’une association solidaire à Madagascar
Nous souhaitons replacer l’association dans son contexte géopolitique afin de mieux présenter
ses objectifs et ses valeurs.
1) Contexte géo politique de Madagascar
Comme dans beaucoup de pays du monde, le tourisme s’est installé à Madagascar afin de
participer au développement économique de l’ile. Voici son contexte géopolitique et touristique.
a) Contexte géopolitique
L’indépendance de Madagascar est obtenue en 1960. Le président Philibert Tsirawana et son parti
social-démocrate gouverne Madagascar jusqu’en 1972. Fin des années 70, une nationalisation de
l’économie est orchestrée sous Didier Ratsiraka pour prendre un tournant libéralisme fin des
années 80. En 1993, Francisque Ravony présente un plan de développement orienté vers
l’initiative privée pour lutter contre le chômage, l’inflation et la corruption. Le marché national
s’ouvre au marché international. Cependant, la situation du pays semble resté la même pour
encore se dégrader en 1998 suite à une invasion de criquets dans l’agriculture Malgache.Les
années 90 voient les revenus de la pêche et du tourisme dépasser ceux de la vanille et du café,
résultat de la libéralisation économique. D’autres crises politiques surviennent en 2001 et en
2009. Le président actuel de Madagascar est Andry Rajoelina.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
98
b) Le contexte touristique
Le tourisme devient une économie importante depuis l’ouverture de l’Ile vers l’extérieur. Suite à
la crise politique de 2002 opposant M.Ravalomanana et M. Ratsiraka, une restructuration de
l’activité a lieu selon 3 axes majeurs :
-
Réorganisation pour une promotion de l’Ile rouge.
-
Attirer les investisseurs étrangers en les sécurisant avec une refonte du code du tourisme.
-
La création de l’Office National pour la promotion et la gestion des réserves foncières de
l’Ile.
Grâce à sa situation particulière, Madagascar a un important potentiel touristique. Détachée du
continent africain depuis des millions d’années, l’Ile renferme une nature spécifique endémique,
des paysages exceptionnels et une culture préservée. Les autorités misent principalement sur
l’éco tourisme avec une politique se basant sur les investisseurs extérieurs dans la continuation de
l’économie malgache. Des groupes comme Accor investissent. Le projet d’introduire un tourisme
haute gamme se développe.
Cependant selon Bruno Sarasin140, l’intérêt pour le tourisme semble contribuer à dégrader
l’environnement naturel, social, culturel et économique. Le libéralisme à Madagascar place le
tourisme dans un modèle de développement économique rapide en attirant des organisations et
institutions étrangères. Afin de protéger l’environnement naturel et culturel, M Sarasin émet
l’hypothèse que les habitants des zones rurales de l’ile doivent jouer un rôle dans le
développement du tourisme.
2) Les objectifs d’Aina Madagascar
L’association Aina Madagascar place les populations locales des villages au cœur de ses projets de
tourisme solidaire dans des échanges équitables.
a) Du tourisme solidaire à Madagascar
Aina est une association née en 2001 suite à une rencontre entre des étudiants malgaches et
français en sciences humaines et politiques. L’association oriente son activité vers les voyages en
140
SARASIN BRUNO - Site du Cair.info – « Géopolitique du tourisme à Madagascar » - http://www.cairn.info/revueherodote-2007-4-page-124.htm - Site visité le 01/05/2011
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
99
2002 avec la création d’un réseau de familles d’accueil. Un an plus tard, les premiers voyages
solidaires ont lieu, Aina Madagascar est créé. Elle se diversifie grâce à la création d’une filière de
commerce équitable et de projet d’échange culturel. Au cours de l’année 2006, les activités de
l’association ralentissent pour reprendre activement en 2007 avec un plan de développement des
activités et l’embauche d’un coordinateur salarié malgache. Elle obtient une subvention de MidiPyrénées. En 2008, l’association acquiert un terrain à Beravina où elle implante son siège social et
continue ces projets de développement local que nous étudierons dans notre deuxième sous
partie [II,2)].
Aina Madagascar, spécialisé dans le tourisme solidaire permet :
-
des rencontres entre des voyageurs et des familles d’accueil
-
l’implication de la population locale
-
une répartition équitable des ressources,
-
la compréhension entre les cultures favorisant des échanges de savoir faire et
d’expérience entre tous.
L’association tient à faire la distinction entre touriste/visiteur et voyageur, afin de mettre en
relief la rencontre et l’échange. Le touriste est perçu à Madagascar comme un
consommateur, détenteur de capitaux recherchant des relations commerciales. Le terme de
voyageur laisse penser à des activités plus humaines. « Les voyageurs et pas les visiteurs *…+
nous souhaitons à chaque voyageur venu à Madagascar loisirs, apprentissage, et découverte
personnelle»141
b) Les valeurs d’échanges équitables
« Les échanges où les liens sont aussi important que les biens ». Aina signifie la vie en Malgache :
« c’est l’esprit (ou l’âme) qui fait l’homme : Ny fanahy no mahaolona ». Aina Madagascar répond à
un double objectif : des voyages chez l’habitant et des actions de solidarité.
L’association cherche d’abord à mettre en relief la rencontre et l’échange avec une ouverture et
un partage, à apprendre à aller vers l’Autre pour une compréhension et une coexistence des deux
cultures. Elle veut proposer un cadre pour de vrais rencontres interculturels avec un hébergement
chez l’habitant où le voyageur est un invité.
141
RIANA TAMBY – Annexe 2
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
100
Les valeurs de l’association pour des échanges équitables, reposent également sur le respect des
personnes, des cultures, de la nature.
Le développement de chaque membre de l’association Aina Madagascar est aussi un aspect
important grâce aux entraides. Les voyages doivent être de véritables échanges d’expériences
entre tous les membres.
L’association a aussi des objectifs socio-économiques en réalisant un tourisme basé sur
l’économie solidaire et alternative. Dans ces conditions, les populations locales s’impliquent dans
les projets de développement et de tourisme. Le choix d’organisation socio-économique permet
également des retombées positives pour tout le monde avec une répartition équitable des
ressources générées.
II- Les activités d’Aina Madagascar
1) Les voyages proposés
Les voyages proposés par Aina Madagascar se déroulent en deux parties. La première est une
« action solidaire » dans un village partenaire, la deuxième se déroule en fonction des choix du
voyageur, construit par lui-même et Aina Madagascar avec l’aide de fiches de renseignements.
a) Fonctionnement des voyages
L’association Aina Madagascar dispose d’un dispositif assez souple concernant ces voyages. Dans
la mesure où il y a un respect du cadre, de l’éthique et des principes de l’association, le voyageur
est libre de ses dates, de ses itinéraires, de ses projets de voyages. Il peut voyager seul, en famille,
en groupe constitué ou non.
L’hébergement s’effectue chez l’habitant pour « permettre aux membres étrangers d’avoir des
contacts avec la population locale »142. Le voyageur participe aux activités de la vie quotidienne
Malgache comme travailler aux champs, garder les zébus, chercher de l’eau à la fontaine,
participer à la cuisine, aux fêtes familiales ou du village, piler le riz ou encore aller au marché.
142
Site l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - http://www.aina-madagascar.org/ - Site visité le 14/01/2011
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
101
Le voyage s’effectue surtout dans des familles d’accueil recevant le voyageur comme un invité.
Les repas sont alors ceux du quotidien que la famille partage avec le voyageur. Le couchage est un
lit ou un matelas par terre dans une chambre seul ou partagé, parfois une tente dans certains
villages. La douche se prend dans une de salle de bains mais aussi dans un lieu intime mis à sa
disposition avec un sceau d’eau (chaude si le voyageur le demande). Les toilettes sont souvent
une cabane au fond du jardin avec un trou sans évacuation, la famille d’accueil faisant le
nettoyage une fois par jour.
Les Malgaches sont réputés être accueillants mais le voyageur doit faire un effort d’adaptation
pour le niveau de vie et du confort.
Une préparation et un suivi du voyage est effectuée. Les voyageurs doivent approuver la
charte143, être en accord avec son état d’esprit. Ils prennent également contact avec des anciens
voyageurs, prêts à témoigner. Au retour, ils sont invités à faire partie du réseau « Voyageur Aina »
et donc, de témoigner à leur tour, de garder des liens.
b) Voyages proposés par l’association :
-
Le Voyage bénévolat pour un projet solidaire: C’est un voyage basé sur un appui à des
projets de solidarité selon les besoins dans les villages partenaires et correspondant aux
profils des voyageurs. Les porteurs de projets voyageurs, selon leur financement et leur
moyen de collecte, peuvent être amenés à effectuer un don de matériel pour la réussite
de ce projet.
-
Participation aux activités d’Aina : Ce voyage s’adresse à des voyageurs intéressant
l’association grâce à des compétences particulières, spécialisés dans certaines activités
comme les voyages solidaires, le commerce équitable…
-
Le voyage sur mesure: En fonction des attentes et du budget des voyageurs, Aina peut
mettre en place des voyages personnalisés avec des hébergements à la fois en famille
d’accueil et hôtelier avec des déplacements en taxi brousse ou en voiture de location.
-
Voyage en petit groupe : Ce voyage est proposé à des groupes de 4 à 6 personnes qui
seront accueillis dans les villages en famille ou en chambres d’hôtes/hôtels. Ils seront
accompagnés d’un guide et voyageront en voiture de location.
143
Annexe n°9 – « Les charte des voyageurs d’Aina »
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
102
-
Le voyage évasion et découverte : Des groupes déjà constitués, ne dépassant pas 6
personnes peuvent être accompagnés par Aina Madagascar pour simplement voyager
dans l’ile.
2) Les projets de développement local
Aina Madagascar participe très activement au développement local des villages partenaires en
concertation avec la population locale.
a) Pour une meilleure éducation
Deux villages bénéficient actuellement des projets éducatifs à orientation scolaire. En 2007, le
village d’Ankarefo débute l’extension de salles de classe. Le projet concerne et profite à d’autres
villages des alentours. La construction se termine mais il manque les meubles et les fournitures.
Des voyageurs ont donné des cours de renforcement.
En 2008, dans le deuxième village, Beravina, des ateliers de formations sont mis en place afin de
créer une activité de commerce équitable pour les femmes et les jeunes villageois. Avec l’élevage,
80% de l’activité du village est agricole, une briqueterie fonctionne quant à elle que les mois de
juillet à octobre. 65% de la population sont des jeunes et le travail manque. Aina Madagascar a
son siège dans ce village.
En 2008 toujours, 14 enfants issus de famille ne pouvant assurer leur scolarisation, ont bénéficié
d’un parrainage. Ils sont alors scolarisés et profitent d’un déjeuner le midi, leur assurant au moins
un repas équilibré par jour.
Suite au désengagement de certains parrains et une demande croissante de parrainage,
l’association et le village décide de construire une école communautaire. Ainsi le projet améliore
le développement de la communauté toute entière.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
103
b) Le commerce équitable
Le commerce équitable résulte d’une économie alternative cherchant à pallier aux problèmes
d’un développement économique où la croissance est une finalité144. Au vue de ces objectifs, le
commerce équitable est définit comme « un commerce social visant un rapport d’échange
satisfaisant pour tous. Il a pour but d’aider les coopératives d’artisans dans les pays en
développement, à se développer durablement ».145 Aina Madagascar considère le commerce
équitable comme un véritable outil de développement durable afin de valoriser les petits
producteurs défavorisés, leur développement et leur pérennisation. Grâce à son partenariat avec
l’association Zoma Dijon, Aina Madagascar développe un commerce équitable permettant
d’élargir un réseau d’artisans, groupement de femmes handicapées ayant besoin de trouver des
débouchés. Ce réseau s’étend vers les villages d’Ambositra et Ambalavao et dans les quartiers
défavorisé de la capitale. En 2010, un premier container fut envoyé à Dijon, ce qui permit de faire
connaître les activités d’Aina à Madagascar aux acheteurs français et « donner une bouffée
d’oxygène aux artisans paralysés par la crise politique à Madagascar ».146
c) Les autres projets de développement
Outre le développement de la scolarisation des enfants et la mise en place du commerce
équitable, Aina entreprend de faire prendre conscience de l’environnement socioculturel et
éducatif aux jeunes Malgaches, très nombreux dans le pays, mais désorientés et vivant au jour le
jour. L’association développe plusieurs projets de centres socioculturels pour « l’éducation,
l’information, l’apprentissage, les loisirs et la cultures ». Une bibliothèque, des accompagnements
scolaires, un espace multimédias, un apprentissage des langues, de la musiques, des danses et
des jeux sont prévus.
En 2001, dans le cadre des échanges culturels, un projet, AIGA, permit un échange entre des
scouts malgaches et français. Un centre d’informations et de documentation fut construit à
Analamahitsy, financé par le JSI (Jeunesse Solidarité Internationale du Ministère des Affaires
Etrangères) et Défi Jeunes (Ministère de la Jeunesse et des Sports ) Le projet MANAKALO, en
144
Site l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - op. cit. p 101
145
Du Site Achat solidaire – « Commerce équitable : définition et labels
http://www.actualitesolidarite.com/achat/rubriques/com.htm - Site visité le 30/04/2011
146
Blog de l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - http://ainamadagascar.wordpress.com/ - visité le 14/01/2011
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
104
2004-2005, fut l’occasion d’échange entre une école malgache et une école française afin de faire
découvrir les cultures respectives grâce à des jeux, des animations, des ateliers, des contes….
Ces projets de développement sont financés par les membres de l’association qui donnent 30
euros pour les actions de solidarité aux responsables de l’association, dès leur arrivée sur l’Ile.
III- Vérification des hypothèses
Nous souhaitons à présent vérifier nos hypothèses dans le cadre de l’association Aina
Madagascar. Ces vérifications ne sont pas basées sur une étude de terrain réelle mais sur les
connaissances de l’association grâce à l’outil internet, et d’un entretien avec le président de
l’association Tamby Riana.
1) Une nouvelle gouvernance
Nous chercherons ici à comprendre le mode de gestion de l’association face à une gouvernance
locale.
a) Une gouvernance locale
L’association Aina Madagascar est une association Malgache dirigée par un Comité
d’Administration et un bureau en consultation avec la population locale. C’est une gouvernance
locale. L’association fait elle-même la promotion des voyages, met en relation les familles
villageoises et les voyageurs en les payant directement pour leur accueil, sans d’intermédiaire
extérieur. L’association maitrise ses projets et le nombre de ses voyageurs en les répartissant
dans les familles. La capacité de charge est maitrisée.
La population locale des villages d’accueil est consultée autant pour les projets touristiques ou
non. Les besoins des villageois sont discutés et définies afin de mettre en place des projets
communautaires profitant à tout le village.
b) Une diversification des activités vers le commerce équitable
Aina n’est pas une collectivité locale mais une association agissant pour le développement de la
zone d’Analamahitsy, près de la capitale. Elle diversifie ses activités pour lui permettre de ne pas
dépendre exclusivement du tourisme. Elle développe et encourage le développement du
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
105
commerce équitable afin d’assurer d’autres ressources financières, et elle met beaucoup d’espoir
dans le volet éducatif afin que les jeunes enfants prennent ensuite la relève pour un
développement pérenne de la zone.
L’association Aina Madagascar à une gestion uniquement locale et tente de se diversifier.
Cependant, elle reste très dépendante du tourisme en subissant fortement ses crises.
1) Une marchandisation maitrisée de la culture et des échanges
a) Une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges
Les voyageurs, surement conquis par un voyage paraissant authentique au cœur de la culture
Malgache, semblent en comprendre l’esprit (étudié dans notre première partie, deuxième
chapitre). Grâce à l’association Aina Madagascar, ils sont guidés et les échanges mercantiles sont
mieux maitrisés.
Aina refuse, par exemple, que les voyageurs apportent des cadeaux aux villageois afin d’éviter des
relations basées uniquement sur des biens matériels car l’association a « cœur à introduire des
relations sociales et amicales au sein des échanges matériels »147. Dans cette optique, Aina
Madagascar permet d’amener du matériel en lien avec la santé et l’éducation en les remettant
directement au centre de santé et aux écoles. Dans ce cas, les échanges mercantiles sont aussi
l’occasion d’une mise en valeur de la sociabilité, de la solidarité et de rapports enrichissants.
Même s’ils payent leurs consommations (nourriture, nuit…) les voyageurs accueillis sont reçus
comme des invités semble-il, jamais dans l’excès. « Nous avons remarqué que les échanges
étaient toujours réciproques *ils+ s’échanger leur culture *…+ c’est un double échange ».148. Tamby
Riana précise que si le voyageur est présent au période des fêtes il y assistera mais rien ne sera
organisé pour lui. Les habitants des villages d’accueil ne changeront pas leur mode de vie, l’invité
partage la vie quotidienne de la famille et du village. « Le voyageur observe et échange. Les
villageois partagent leur culture et le voyageur partage également sa culture »149.
147
Site l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - op. cit. p 101
148
Ibidem
149
RIANA TAMBY – Annexe 2
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
106
Dans ce contexte, il est approprié de parler d’une marchandisation raisonnée de la culture et des
échanges. Participe-t-elle à la valorisation de la culture et au développement local des villages
d’accueil ?
b) La valorisation de la culture Malgache et développement local.
Un des objectifs d’Aina Madagascar est de permettre aux villageois de mieux considérer leurs
ressources qu’elles soient sociales, économique ou culturelle, de redonner vie à la culture locale
du village. La culture dans les villages partenaires est effectivement valorisée par les passages
des voyageurs logeant chez les familles d’accueil, dans un contexte d’échanges réciproques. De
plus, avoir un projet touristique commun et des invités au village, renforce la solidarité entre les
villageois. Ils bénéficient directement des retombées du tourisme et peuvent construire ensemble
des projets de développement comme l’école communautaire à Beravina ou un centre
socioculturel. Ces projets communautaires favorisent le développement de toute la communauté.
L’accueil de voyageur dans le cadre de rencontres partagés contribue bien à la valorisation de
l’environnement culturel du village d’accueil en permettant une prise de conscience et une envie
de réaliser et de concrétiser des projets pour améliorer la vie dans le village en gardant en
considération les ressources sociales, économiques et culturelles.
2) Une initiation à l’apprentissage interculturel
a) Les échanges culturels
Il existe un volet « échanges culturels » depuis les débuts de l’association en 2001 notamment
concrétisé par le projet AIGA ou Manakalo. Au départ, il était question de créer une rencontre
entre les jeunes membres de l’association : « Echanges jeunesse ». Aina Madagascar veut
redynamiser ce volet avec un projet plus conséquent
basé sur la culture, l’échange et la
sensibilisation à l’interculturalité. Les objectifs de ce projet sont les suivants:
-
Rencontres et échanges avec les membres d’Aina à l’extérieur.
-
Promouvoir des relations interculturelles et sensibiliser à l’interculturalité.
-
Mettre l’accent sur la culture, promouvoir la culture malgache et les voyages solidaires.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
107
Plusieurs actions sont envisagées comme la présentation de l’association et de ses activités,
l’organisation de rencontres avec les partenaires, la projection de photos et de films
documentaires sur Aina Madagascar, l’animation d’ateliers cultures…
Ces échanges culturels semblent être un outil formidable afin d‘ouvrir les esprits de la culture
malgache. Les activités sont destinées aux partenaires, aux membres, aux enfants et aux jeunes.
Cependant, nous ne pouvons pas parler d’éducation interculturelle par les voyages telle que nous
l’avons décrit dans notre seconde partie (chapitre 3). Ce volet peut en revanche être appréhendé
envers les publics cités comme une formation interculturelle sur la culture malgache et
l’interculturalité en général : une préparation au voyage pour des futurs voyageurs potentiels, une
préparation à accueillir pour les villageois, un complément interculturel pour les anciens
voyageurs et une simple sensibilisation pour les autres.
b) Un apprentissage interculturel
Pouvons-nous parler d’une véritable éducation interculturelle dans le cas d’Aina Madagascar ?
L’association propose une réelle immersion à ces voyageurs. Ils sont accueillis dans des familles
d’accueil où il y a un échange de culture. « Un apprentissage se fait dans les deux sens »150. De
réels échanges peuvent se construire et nous l’avons vus, hors marchandisation de la culture et
des échanges (du moins minimes et maitrisés). On peut parler « d’échanges équitables ». Ce
contexte favorise l’apprentissage interculturel d’autant plus que le voyageur vit le quotidien de la
famille d’accueil.
D’autre part, une préparation au voyage est effective. Outre les projets de l’éducation culturelle
proposés par l’association, les futurs voyageurs sont invités à rencontrer ceux déjà partis. C’est un
échange en amont avec « le semblable Tiers instruit » (chapitre 3, partie 2) à partir d’expériences
vécues ; communiquer les difficultés possibles permet de mieux anticiper et de mieux vivre ces
conflits potentiels.
Rappelons que la durée du séjour joue sur l’apprentissage et Aina Madagascar n’offre que
principalement des périples de moins d’un mois. Ces voyages, trop courts, ne permettent pas une
immersion longue et une réelle éducation interculturelle.
150
RIANA TAMBY – Annexe n°2
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
108
Au vu de la préparation du voyage, de tous les atouts de l’association en termes de gestion et de
fonctionnement que nous avons déjà étudiés, nous pouvons tout de même parler d’une initiation
à l’éducation interculturelle. D’ailleurs, les voyageurs ont
une envie de réitérer une telle
expérience, voici deux témoignages de voyageurs d’Aina.151
« Pour nous, notre voyage solidaire a Madagascar avec l’association AINA MADAGASCAR restera
de loin le plus beau et le plus riche en émotions… En effet outre les multiples paysages que nous a
offert de voir cette immense Ile, la rencontre avec les malgaches nous a profondément touché par
leur sincérité et leur simplicité [...] »
« Quel plaisir d’être dans un rapport d’humain à humain. J’y ai beaucoup appris, et j’y ai reçu, sans
nul doute, mille fois plus que je n’ai donné. Etre reçu chez l’habitant cela me semble la meilleure
entrée possible pour découvrir un pays et quelques uns de ses habitants. La gentillesse et
l’hospitalité des Malgaches sont à la hauteur de la légende».
Conclusion du chapitre I : L’association Aina Madagascar est une association de tourisme
solidaire avec une gouvernance locale en concertation avec la population locale, essayant
d’inscrire le tourisme dans un système, notamment avec la mise en place d’un commerce
équitable. Ces voyageurs sont logés chez les habitants, reçus comme des invités, favorisant des
échanges équitables.
Aina Madagascar favorise largement le développement locale avec notamment la création
d’école, de centre d’information et socioculturel. L’activité touristique dans ces villages ne
perturbe donc pas la vie mais contribue à son amélioration dans une marchandisation
raisonnée de la culture et des échanges.
Si nos deux premières hypothèses sont vérifiées, la troisième l’est moins, Aina Madagascar
proposant surtout des voyages de courtes durées. Nous pouvons cependant parler d’initiation à
l’éducation interculturelle par le voyage en immersion.
151
Blog de l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - op. cit. p 104
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
109
CHAPITRE II :
L’association AFS Vivre Sans Frontière : une éducation
interculturelle par les voyages.
L’association AFS Sans Frontière propose des voyages en immersion de longues durées
contrairement à Aina Madagascar. Nous en proposons l’étude afin de vérifier notre dernière
hypothèse. Nous souhaitons ensuite comparer les deux associations afin de comprendre leurs
différences mais
surtout leurs similitudes afin de permettre une relation entre nos trois
hypothèses.
I – Présentation de l’association.
Cette section vise à présenter AFS Vivre Sans frontière avec ses objectifs et ses valeurs ainsi que
les programmes en immersion qu’elles proposent.
1) Présentation générale de D’AFS Vivre Sans Frontière
a) AFS Vivre Sans Frontière dans le monde152
AFS Vivre Sans Frontière est une association de loi 1901 sans but lucratif fondée dans les années
50. C’est une association française mais membre du réseau international « AFS Intercultural
Programs » rassemblant 50 pays du monde. L’Organisation international cherche à développer les
relations interculturelles par des séjours de longues durées des jeunes à l’étranger. Les différents
pays, membres du réseau, réalisent entre eux des échanges individuels de jeunes d’une période
de 1 mois à 1 an. Au niveau Européen, AFS Vivre Sans Frontière est membre d’European
Federation for intercultural learning (EFIL), rassemblant les 21 partenaires de l’Europe. La
fédération a pour but de faire le lien entre AFS et les institutions européennes, elle organise des
formations et des week-ends rencontres pour les bénévoles Européens. En France, AFS Vivre Sans
Frontière fédère 27 associations locales avec l’appui de 400 bénévoles. Ceux-ci sélectionnent et
préparent les candidats au départ ainsi que les familles d’accueil recevant les jeunes étrangers,
152
Site d’AFS Vivre Sans Frontière - http://www.afs-fr.org/fra_fr/home - Site visité le 14/01/2011.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
110
organisent des activités et font la promotion d’AFS au niveau local ; ce sont souvent d’anciens
participants. A rajouter à l’organisation, quatorze salariés qui coordonnent les activités au niveau
national.
b) Objectifs et valeurs de l’association
Les valeurs fondamentales d’AFS sont la dignité, le respect des différences, la sensibilité, le refus
du repli sur soi, l’ouverture et la tolérance. L’objectif d’une telle organisation est d’offrir un
apprentissage non formel interculturel pour un développement de la connaissance, des capacités
et une compréhension nécessaire pour « La construction d’un monde meilleur »153. Elle aspire à
permettre aux individus d’agir en citoyens du monde responsables et travaille pour la paix dans
un monde multiculturel. « La paix est un concept dynamique menacé par l’injustice, l’iniquité et
l’intolérance »154.
Le Congrès mondial AFS 2010 qui a eu lieu en octobre à Buenos Aires en Argentine, met en
lumière les futures orientations de l’Organisation comme l’approfondissement des recherches sur
l’interculturalité. « Nous sommes convaincus des apports de l’échange interculturel comme moyen
d’action pour aboutir à un monde plus pacifique »155
Ces objectifs et ces valeurs semblent être universels car l’association jouie d’une reconnaissance
importance. Elle a été reconnue d’utilité publique en 1965, elle est agréée par le secrétariat au
tourisme et celui de la jeunesse en tant qu’association de jeunesse et d’éducation populaire. Elle
est membre du CNAJEP (Comité pour les relations Nationales et Internationales des Associations
de Jeunesse et d’Education Populaire) ainsi que de l’UNSE (Union National des organisations de
Séjours de longues durées en France et à l’étrangers).
2) Des voyages en immersion
a) Organisation des voyages
Ce sont des voyages de longues durées de 2 mois à un an dans une famille d’accueil à l’étranger.
Chaque participant est placé dans une famille, de manière à ce que la compréhension de la langue
et du nouvel environnement socioculturel soit plus rapide. Les familles sont bénévoles, il n’y a
153
MITCHELL R. HAMMER – op. cit. p 85 – np 52
154
Ibidem
155
Site d’AFS Vivre Sans Frontière – op. cit 110
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
111
aucun lien mercantile entre les familles et les participants afin de favoriser les liens affectifs. Si
une famille manque de moyens financiers pour accueillir, elle peut bénéficie d’une bourse afin de
subvenir au besoin d’une personne supplémentaire. Une bourse peut également être attribuée
aux jeunes ne pouvant pas s’offrir une telle expérience. De plus AFS accompagne ces jeunes afin
d’effectuer une démarche complémentaire de financement au près des collectivités territoriales.
Les participants sont intégrés dans un univers professionnel (souvent des ONG) pour des
programmes de 6 mois destinés aux plus de 18 ans et dans un univers scolaire pour les autres ; ils
sont en totale immersion. Grâce à l’école ou au travail ainsi qu’aux activités AFS pendant les
séjours, les participants venants des cinq continents se rencontrent et peuvent échanger, parfois
lier une amitié. AFS est attentive à la sécurité de ses participants avec un suivi sérieux par les
bénévoles d’AFS sur place ainsi qu’une cellule de crise concrétisé par un numéro d’urgence 24
heures sur 24.
b) Les programmes proposés156
Plusieurs programmes sont proposés pour des jeunes de 12 à 30 ans:
- Les programmes scolaires : Ces voyages sont proposés au moins de 18 ans pour 2
mois en été, un trimestre scolaire ou un semestre. Des échanges sont aussi
proposés d’une durée de 2 ou 3 mois. Les participants français partent dans leur
famille d’accueil où un jeune de son âge vit aussi. Quelques mois après le retour,
le jeune de la famille d’accueil vient à son tour pour 2 ou 3 mois.
-
Les programmes pour les plus de 18 ans : Le participant part pour 6 mois ou 1 an
dans une famille pour pratiquer un bénévolat d’initiation au développement dans
une ONG. Des programmes d’assistant en langues étrangères sont aussi proposés
pour 4 à 6 mois ainsi que des programmes universitaires d’un an.
Tous les participants d’AFS sont invités (présence obligatoire) aux journées AFS avant le départ
ainsi que durant le séjour. Ces réunions permettent aux futurs voyageurs, aux familles d’accueil et
aux jeunes étrangers sur place de se rencontrer pour partager leurs expériences et participer à
des ateliers préparant aux contextes interculturels. Les familles, laissant partir leur enfant, sont
ainsi préparées, rassurés et peuvent accompagner dans l’apprentissage interculturel de leur
enfant.
156
Annexe n°10 - « Les programme AFS en un clin d’œil »
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
112
II – Vérification des hypothèses.
Il est difficile de vérifier notre première hypothèse concernant la gouvernance locale et la
diversification, AFS étant une association agissant mondialement pour une meilleure construction
d’un monde interconnecté. Nous pourrons en revanche analyser les enjeux dans la
mondialisation, l’éducation interculturelle par des voyages en immersion et la nécessité d’un
suivie pédagogique.
1) Un enjeu dans la mondialisation
Les voyages éducatifs AFS ont une place dans la mondialisation, un enjeu pour les territoires et
une éducation à la citoyenneté.
a) Une dynamique pour les territoires d’accueil
Les séjours des jeunes ne posent pas d’effets néfastes aux territoires d’accueil, l’effet de masse
n’existant pas. La folklorisation est absente puisque se sont des séjours longue durée en
immersion, les visités ne peuvent pas se mettre en scène tous les jours de leur vie pendant une
période aussi longue.
D’autre part, les accueillis peuvent venir d’une région du monde spécifique. Si le territoire
d’accueil a des liens avec une zone dans le monde, il peut faire venir des jeunes de cet endroit.
Par exemple une région en coopération décentralisée avec le Sénégal pourra recevoir des jeunes
de ce pays.
AFS soutient aussi les territoires dans leurs manifestations liées à l’éducation, la jeunesse,
l’apprentissage interculturel, la mobilité et la citoyenneté internationale. D’autre part, les
programmes pour les jeunes de plus de 18 ans sont des initiations au développement. Ces séjours
sont donc conçus pour donner une aide au développement local ainsi qu’un apprentissage
interculturel et initiatique dans l’aide au développement.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
113
b) Une éducation à la citoyenneté internationale
Les programmes AFS permettent une éducation à la citoyenneté internationale dans un contexte
où les différences ne sont pas systématiquement perçues comme autant de richesse. « L’enjeu
interculturel : Ce terme reflète en quelque sorte le désarroi de nos société devant une
mondialisation mal maitrisée. »157 Ils donnent une idée plus large de la citoyenneté que
l’éducation civique enseignée à l’école. Les jeunes peuvent alors avoir une vision plus large du
monde. «Il en résulte une différence remarquable et mesurable dans la façon dont ces jeunes
perçoivent le monde, s’y déplacent et le changent »158
D’un point de vue Européen, les deux organisations AFS et EFIL forment de futurs citoyens de
l’Europe, conscient de leur propre identité dans le contexte d’un monde multiculturel. Sébastien
Thierry, ancien AFS et adjoint à l’agence Europe-Education-formation, témoigne de l’influence de
son année AFS :
« Capacité à s’adapter, à se découvrir et à s’ouvrir à la découverte, à oser répondre au défis
personnels et professionnels » « Le lien auparavant discret entre mobilité, développement de
compétences, et insertion sociale et professionnelle, devient de plus en plus patent. »159
Ainsi les programmes d’AFS ne projette pas un développement particulier des territoires visités
mais opère à une éducation non formelle pour une coexistence des peuples dans un monde
pacifiste.
2) Une éducation interculturelle par les voyages en immersion
L’éducation interculturelle s’opère par des programmes de séjours pour les jeunes en immersion
dans la culture d’accueil, favorisant une pensée métisse, une tolérance et une ouverture sur le
monde, valeurs d’AFS.
157
Jorg Eschenauer, président du département de la formation linguistique de l’école Nationale des Ponts et Chaussées
- Colloque organisé par AFS Vivre Sans Frontière le 25 avril 2008 à Paris – Synthèse rédigée par Michel Antoine – « Les
échanges internationaux de jeunes face aux défis de l’interculturel »
158
Tachi Cazal, président directeur général d’AFS Intercultural Programs - Colloque organisé par AFS Vivre Sans
Frontière le 25 avril 2008 à Paris – Synthèse rédigée par Michel Antoine – « Les échanges internationaux de jeunes face
aux défis de l’interculturel »
159
Site d’AFS Vivre Sans Frontière - op. cit. p 110
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
114
a) La pensée métisse : résultat des séjours AFS
AFS propose que des séjours en immersion dans des familles d’accueil et des lycées ou des ONG
d’accueil. L’étude de M. Hammer a montrée les apports des programmes d’une année scolaire à
l’étranger sur des jeunes de différentes cultures partant dans différents pays, en opposition avec
un groupe témoin ne bénéficiant pas d’année à l’étranger. L’étude est construite autour du MDSI.
A la fin de leur année, les participants avaient une nouvelle vision de voir le monde, se
comportaient différemment, avaient de meilleurs relations avec les autres de même culture ou
non. Suite à une expérience de ce type, les jeunes, plus tolérants ont une meilleure confiance en
eux, s’expriment mieux sur différents sujets. Ils se sentent plus à l’aise dans un environnement
différent. Leurs angoisses baissent de manière significative lorsqu’ils sont en présence d’autres
cultures et surtout ils jugent beaucoup moins, comprennent différents point de vue. Ils sont plus
extravertis et ont une tendance à aller vers les autres plus qu’avant. Beaucoup recherchent
l’altérité dans leurs relations, facteur de créativité grâce à la différence.
b) Témoignages de jeunes et de familles d’accueil160
Une famille, participant au mariage de Sandra accueillie auparavant, remarque que celle-ci a pris
quelques unes de leurs valeurs : « Nous constatons combien nous somme proche de ses valeurs
éducatives », ainsi que des valeurs AFS : « c’est avec grande patience que Sandra cherche à
comprendre les émotions de ses petits et à les guider, vers une plus grande assurance, une plus
grande confiance en soi ».
Les même parents nous confie que leur fille d’accueil a beaucoup changé par rapport à la première
rencontre : « Il nous est difficile de retrouver dans cette jeune femme dynamique et pleine
d’assurance, l’adolescente amorphe, peu ouverte et totalement avachie dont nous gardions
souvenir »
« Pour un élève français, il y a beaucoup à gagner, que se soit culturellement ou
personnellement. » « Les russes contrairement aux idées reçues, sont très accueillants ».
« Je n’avais pas de fille, maintenant j’en ai 4, elles ont grandies la famille et rétrécies le monde ».
« La chose principale à savoir, c’est de ne pas être timide et d’aller vers les gens. » 161
160
Site d’AFS Vivre Sans Frontière - op. cit. p 110
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
115
« Cette expérience m’a beaucoup appris sur la culture américaine et je la voie d’un œil tout à fait
différent. »
3) Une préparation et un suivie pédagogique
Nous avons vue que l’éducation interculturelle peut rester superficielle si le séjour est trop court
ou mal préparé. AFS propose des préparations et des suivis favorisant l’apprentissage
interculturel pendant le séjour.
Ces formations visent à intégrer le participant dans un contexte interculturel en insistant sur trois
points162 :
-
Savoir d’où l’on vient : c’est un travail pour une meilleure connaissance de soi, de ses
valeurs résultat d’une histoire personnel et non personnel dont l’individu est à la fois
l’acteur et le produit.
-
Les émotions comme instrument de connaissance : s’attacher à quelqu’un ou à quelque
chose d’incompréhensible est un premier pas pour remettre ces certitudes en question.
-
Maitriser l’anxiété éprouvée face à la différence et accepter de voir le monde en gris et
non pas en noir et blanc.
AFS entreprend ,dans un cadre éducatif, l’organisation d’activités et effectue des recherches
menées dans le domaine de l’interculturel, les programme d’échanges étant conçus pour être à
caractère éducatif. C’est une éducation non formelle.
C’est finalement un complément éducatif en termes d’apprentissage à la citoyenneté, de la
sensibilisation à l’interculturel. L’idéal pour former les individus dès leur plus jeune âge serait
d’intervenir dans les écoles de façon significative (en grand nombre). AFS a mis en place des
ateliers pour les écoles du secondaire, mais à petite échelle. « L’apprentissage interculturel, un
passeport pour l’avenir »163, l’objectif est de proposer un accompagnement aux enseignants du
secondaire afin de préparer les jeunes à une ouverture à l’Europe.
161
Site d’AFS Vivre Sans Frontière - op. cit. p 110
162
Site d’AFS Vivre Sans Frontière - op. cit. p 110
163
Site d’AFS Vivre Sans Frontière - op. cit. p 110
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
116
III – Comparaison avec l’association Aina Madagascar.
Nous avons choisi ces deux associations pour leurs différences mais aussi pour leurs
complémentarités permettant de vérifier toutes nos hypothèses en articulant ces dernières
autour des similitudes des deux associations.
1) Des différences complémentaires
Aina et AFS ne travaillent pas à la même échelle, l’une agit localement, l’autre dans une
dimension planétaire. Les activités et objectifs sont alors très différents.
Aina Madagascar nous a permis de vérifier notre première et seconde hypothèse dans une
gouvernance locale en concertation avec les habitants des villages d’accueil, dans une
marchandisation raisonnée de la culture et des échanges.
L’association a pour objectif principal le développement local grâce à la mise en place de voyages
solidaires, créant un cadre favorable aux rencontres équitables dans une initiation à l’éducation
interculturelle. « Nous souhaitons à chaque voyageur venu à Madagascar loisirs, apprentissage et
découverte personnelle »164
Au regard de cet objectif d’apprentissage, nous pouvons rejoindre l’association AFS Vivre Sans
Frontière ayant pour but principal l’éducation interculturelle pour une culture mondiale de la
paix. Cette association vise à éduquer les jeunes afin qu’ils évoluent dans un monde pluriel. Les
programmes proposés par AFS sont longs, favorisant une immersion totale du participant.
Les 2 associations ont des valeurs qu’elles veulent transmettre par le biais de l’éducation, l’une
par des voyages interculturelles, l’autre par une mise en œuvre de projets éducatifs pour la
population d’accueil. Face à des enjeux et des échelles différentes, les 2 associations ont des
activités et des objectifs distincts. Elles se rejoignent néanmoins dans la mise en place de cadres
favorables pour des rencontres et des échanges équitables.
Enjeux
164
AINA
AFS
RIANA TAMBY – Annexe n°2
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
117
Statut
Association
Association
Echelle
Local
internationale
Gouvernance locale
Oui
Non
Diversification
Oui
Non
Séjours durée
Court (moins d’un mois)
Long (plus de 2 mois)
Oui mais pas que
Oui total
Raisonné
Raisonné
Folklorisation
Non
Non
Développement local
Oui
Non
Développement durable
Oui
Oui
Echanges équitables
Oui
Oui
Respect mutuel
Oui
Oui
Lien avec ancien voyageur \ pas de
Oui et pendant \
pédagogie
après pas de pédagogie
Une initiation
Oui, totalement
Immersion
Marchandisation :
culture \ échange
Formation avant départ
Apprentissage
interculturel
Tourisme responsable
Clientèle
Oui
Oui , agit comme les locaux, comme
Plus de 18 ans, ou famille
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
par réflexe
De 12 à 30 ans
118
2) Schéma comparatif d’Aina Madagascar et AFS Vivre Sans Frontière
Culture de la paix et
Développement
développement durable
local
Un tourisme
Éducation
responsable
Rencontres\
interculturelle
échanges
interculturels
équitables
Marchandisation
raisonnée de la culture
Dimension locale
Dimension planétaire
Préparation aux voyages
gouvernance locale
Séjour longs
Séjour courts
Figure 3 : Comparaison AINA AFS
Source : Mélanie Pépin
Les rencontres et échanges interculturelles sont les points centraux de notre étude, ils
représentent la clef de voute des deux associations étudiées.
Ce schéma a plusieurs sens de lecture :
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
119
-
Une culture de la paix par une éducation interculturelle par des rencontres et des
échanges équitables OU des rencontres et des échanges équitables pour une éducation
interculturelle pour une culture de la paix mondiale.
-
Un Développement local par un tourisme responsable par des rencontres et des
échanges équitables OU des rencontres et des échanges équitables pour un tourisme
responsable dans un développement local.
Une dynamique est représentée par les pointillés rouges afin de mettre en lumière des relations
plus rapprochées entre éducation interculturelle, échanges équitables et tourisme responsable.
 Une initiation à l’apprentissage interculturel est effective avec Aina Madagascar grâce aux
rencontres.
 D’un autre côté, le tourisme responsable fonctionne dans le cadre d’une éducation
interculturelle.
3) Un outil pour l’orientation des échanges interculturels dans le
tourisme
Nous pensons ce schéma utile pour positionner des organismes basant leurs activités autour de
rencontres interculturels, orientant leur gestion des voyages et du tourisme pour un
développement.
Des organisations, visant à une éducation interculturelle, doivent se positionner dans une
dimension planétaire dans le cadre de séjours long, pour une culture de la paix et un
développement durable.
Si l’organisme vise un développement local, il faut s’assurer d’une gouvernance locale pour un
tourisme responsable.
Les échanges équitables permettent une marchandisation de la culture, mais une préparation aux
voyages est dans les deux cas nécessaire.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
120
Conclusion chapitre 2 : AFS Vivre Sans Frontière propose des voyages en immersion
longue dans la culture d’accueil. Notre hypothèse concernant l’éducation interculturelle se vérifie
grâce à de nombreux témoignages de voyageurs de même qu’une l’étude de Michell Hammer
concernant les bénéfices des programmes AFS pour les voyageurs.
Nous ne pouvons cependant pas affirmer qu’AFS contribue au développement local mais plutôt à
une prise de conscience internationale relevant de la citoyenneté, en cohérence avec un
développement durable.
La comparaison entre le deux associations permet de comprendre les rôles des échanges
interculturels dans le tourisme pour un développement. Les échanges permettent ainsi de
contribuer à un tourisme plus responsable favorisant un développement local ou permettant une
éducation interculturelle pour un développement durable.
Face à ce constat, nous souhaitons intensifier la convergence entre les deux associations et, par
leurs biais pallier aux limites de nos hypothèses en proposant une nouvelle idée : les séjours
touristiques permettent une éducation aux voyages et une initiation à l’apprentissage
interculturel.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
121
CHAPITRE III :
Synthèse Générale
Notre étude à permis un certains nombres de réflexions dont certaines sont encore en suspens.
Nous souhaitons dans ce chapitre, schématiser notre réflexion afin de comprendre les
questionnements futurs que nous poserons plus concrètement durant notre stage et cadrerons à
la rentrée prochaine pour un mémoire de Master 2.
I – Approche interculturelle du tourisme et du développement.
Il nous parait important dans un premier temps de rappeler le contexte qui nous a amené à
étudier l’importance de l’interculturalité dans le tourisme et le développement puis, à
problématiser cette approche.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
122
1) Contexte et choix du sujet
Expérience de voyages
Stages : intégration
interculturels
des habitants dans les
Parcours tourisme et
développement
projets touristiques
Volonté de croiser tourisme, interculturalité, développement :
Approche Interculturelle du tourisme et du développement
Problématique : dans quelles mesures le tourisme peut-il être vecteur de
développement dans un contexte interculturel ?
Hypothèse 1 :
Hypothèse 2 :
Hypothèse 3 :
Le tourisme vecteur
Marchandisation
Éducation
de développement,
raisonnée de la culture
interculturelle par le
nécessité d’une
et des échanges.
voyage : pratiques
nouvelle gouvernance.
responsable
Vérification hypothèse
Nouvelle hypothèse : Les séjours touristiques permettent une éducation aux voyages
et une initiation à l’apprentissage interculturel.
Figure 4 : Contexte et choix du sujet
Source : Mélanie Pépin
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
123
2) Importance de l’interculturalité dans le tourisme et le développement
Le schéma suivant explique dans quelle mesure la mondialisation des échanges participent d’une
part à de nouvelles réflexions sur le développement et d’autre part à l’évolution du tourisme
international.
L’industrie du tourisme participe dès sa naissance à une éducation par les voyages par les Grands
Tours des jeunes aristocrates Anglais recherchant le frottement avec l’altérité. Suite à la
marginalisation du tourisme de masse, le tourisme prend la direction d’un tourisme durable,
voyages modernes.
Le mot développement, controversé car associé à la croissance économique, glisse vers d’autres
appellations : développement durable ou développement local, tous deux pouvant être définis
comme le passage à une meilleure situation.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
124
Figue 5 : Echange interculturel dans le tourisme et le développement
Source : Mélanie Pépin
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
125
II – L’importance des échanges interculturels équitables
1) Une marchandisation raisonnée par une gouvernance locale
Figue 6 : Une marchandisation raisonnée
Source : Mélanie Pépin
Le territoire d’accueil intègre ces activités dans un système où le tourisme est un secteur au
même titre que l’agriculture et l’industrie. La gouvernance locale permet de contrôler le
développement et les entrées du territoire (par exemple les aides d’ONG ou les coopérations
décentralisés, spécialisées dans les relations internationales.)
Le touriste, lui, n’est pas spécialiste dans les échanges internationaux, il rentre alors dans un
territoire inconnu. Sans espace propice à la rencontre, l’étranger ne peut communiquer avec la
population locale (« Pas d’échange ») ni comprendre l’environnement d’accueil : Il se heurte au
voile de la folklorisation.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
126
Le touriste n’est alors pas un acteur lucide sur le territoire d’accueil. Sans compréhension
mutuelle, un non respect souvent inconscient se créé. Le touriste ne peut être responsable face
aux enjeux d’un territoire inconnu.
Permettre des rencontres équitables entre touristes et habitants visent à lever le voile de
l’exotisme entrainant une avancée vers la compréhension mutuelle. Le rôle des professionnels du
tourisme s’oriente alors vers la création d’espaces d’échanges afin de permettre une découverte
culturelle dans une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges.
2) Les échanges interculturels au service du développement
Le schéma suivant explique comment les échanges équitables entre visiteurs et visités peuvent
favoriser le développement, en continuité avec nos schémas précédents.
Source : Mélanie Pépin
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
127
Les échanges équitables contribuent à une marchandisation raisonnée de la culture et des
échanges ainsi qu’à une éducation interculturelle par les voyages.
D’un côté les échanges et la marchandisation favorisent une valorisation de la culture locale, de
l’autre, les échanges et l’éducation interculturelle permettent de responsabiliser le voyageur.
Le développement local est alors possible grâce à la valorisation de la culture d’accueil doublé
d’un tourisme responsable. La responsabilité du voyageur permet aussi dans le cadre d’une
éducation interculturelle, de viser à une citoyenneté internationale sous le joug du
développement durable, grâce à des séjours de longue durée.
Dans un voyage de courte durée, la création d’espace de rencontre pour des échanges équitables,
permet une initiation à l’éducation interculturelle.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
128
II – Stage à Aina Madagascar et perspectives avenirs
Cette étude se place dans le cadre de notre année de Master 1 tourisme et développement. Notre
stage de fin d’année dans l’association Aina Madagascar va nous permettre de vérifier et
d’appliquer la théorie au terrain pour une poursuite approfondie de cette étude en Master 2.
1) Bilan personnel de notre étude
Cette étude a permis à la fois un renforcement théorique et méthodologique. Nous ne possédions
qu’un ressenti personnel au regard de l’interculturalité et du développement dans le tourisme,
grâce à nos propres expériences de voyage, des stages sur l’intégration des populations et les
prémices de cours sur le développement en licence Tourisme et développement. Le travail de
recherche que nous avons fourni pour agrandir notre champs de connaissance nécessaire à ce
travail, à ouvert des questionnements autour d’une approche interculturelle du tourisme et du
développement. Nos réflexions furent un enrichissement personnel dans l’apprentissage
théorique et scientifique autour du tourisme et du développement d’un point de vue
interculturel.
La didactique autour de cette étude à aussi était un apport méthodologique important et
passionnant permettant les prémices d’une compréhension des réflexions analytiques tout en
gardant une vision globale permanente.
2) Stage à Aina Madagascar
Grâce aux connaissances et à l’expérience de l’association Aina Madagascar dans les voyages
solidaires, nous pensons appuyer notre travail d’étude et porter un regard critique au cours de
notre stage avec eux.
Nous pourrons ainsi apprécier le fonctionnement d’une association de tourisme solidaire à
Madagascar grâce à une gouvernance locale en concertation avec la population locale. Nous
étudierons dans quelle mesure l’accueil de voyageur peut concrètement contribuer à un
développement local.
Notre stage porte sur trois volets :
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
129
-
Actions concernant les projets solidaires : intervention à l’animation des écoles,
participation à la construction de l’école de Beravina.
-
Voyages solidaires : Aide à l’accueil et au traitement des dossiers des voyageurs.
-
Communication des activités de l’association en collaboration avec un stagiaire malgache
en journalisme.
La relation entre les échanges interculturels et les impacts sur les villages d’accueil permettra
d’orienter des pistes de réflexions concrètes pour notre mémoire de deuxième année.
3) Perspectives et projet avenirs
Suite à notre travail, de nombreuses réflexions sont survenues suivies d’innombrables
questionnements. Notre étude est restée volontairement général et très théorique sans
application ou prémices de solutions concrètes.
Nous vous proposons dès maintenant un certain nombre de pistes de réflexions générales que
nous cadrerons et délimiterons à la rentrée prochaine grâce notamment aux connaissances
prochainement acquises durant l’été. Nous pensons ces propositions en continuités et en
cohérentes avec notre étude :
-
Dans quelles mesures les voyages touristiques (de courtes durées) peuvent participer à
une éducation interculturelle ?
-
Orienter une réflexion sur une éducation aux voyages mariant responsabilité et
interculturalité.
-
Proposer des outils pour une formation interculturelle en amont du voyage.
-
Impulser une réflexion sur les conditions nécessaire afin de créer un espace de rencontre
favorisant des échanges équitables.
-
Pousser les questionnements sur une comparaison entre les échanges mercantiles et non
mercantiles.
-
Analyser des méthodes pour mesurer l’impact culturel sur les sociétés d’accueil dans le
but de comprendre les processus d’acculturation par le tourisme.
-
Amorcer une réflexion sur les organismes de tourisme permettant des séjours
touristiques courts, une initiation aux voyages, participant alors à une éducation aux
voyages et à l’interculturel.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
130
Ces pistes de réflexions sont les questionnements laissés en suspens dans notre étude animant
notre intérêt et notre curiosité.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
131
Conclusion de la troisième partie :
Cette partie nous a permis de comprendre comment vérifier nos hypothèses dans les prémices
d’une étude terrain.
Nous avons validé nos réflexions sur la nouvelle gouvernance et la marchandisation raisonnée de
la culture d’accueil grâce à l’association Aina Madagascar. Les échanges interculturels ont donc
une importance primordiale dans l’industrie du tourisme afin de permettre un développement
des territoires d’accueil.
L’association AFS Vivre Sans Frontière a permis d’étudier un cas concret d’éducation
interculturelle par le voyage pour une éducation à la citoyenneté en relation avec un
développement durable.
La comparaison de ces deux associations a montré la synergie entre l’éducation interculturelle, les
échanges équitables et le tourisme responsable.
Suite à ces constats et après avoir schématisé notre réflexion, l’éducation interculturelle dans des
séjours courts d’une industrie du tourisme est difficile. Cependant le lien entre tourisme
responsable, échanges équitables et éducation interculturelle permet d’identifier une nouvelle
hypothèse : les séjours touristiques permettent une éducation aux voyages et une initiation à
l’apprentissage interculturel.
Notre stage à Madagascar permettra une application terrain plus concrète permettant de
soulever d’autres problématiques face à notre approche interculturelle du tourisme vecteur de
développement. Le master 2 permettra de mettre en place une réelle opérationnalité grâce à un
mémoire appliqué au stage.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
132
Conclusion Générale
Le tourisme est un phénomène mettant en relation des individus porteurs d’une culture
différente et aspirant à être un levier de développement pour les territoires d’accueil.
Les grands tours avaient pour objectifs de terminer l’éducation des jeunes aristocrates anglais
grâce au frottement avec l’altérité, les échanges interculturels étant alors placés au centre des
activités.
L’accès au loisir à un plus grand nombre d’individu a laissé de côté cet aspect interculturel. Les
vacances deviennent alors un besoin pour se reposer, se détendre et s’occuper de soi sans se
soucier du territoire ni de la population d’accueil. Le tourisme est alors perçu comme un levier de
développement efficace permettant une croissance rapide.
Ce tourisme de masse arrive à sa maturité à la fin du 20ième siècle face à un constat alarmant sur
les environnements d’accueil. Le tourisme continue cependant sa croissance, mais de nouvelles
formes apparaissent sous la coupole du tourisme durable. Il vise à des pratiques plus responsables
cherchant le développement des territoires d’accueil en réintroduisant les échanges interculturels
au cœur de l’activité touristique.
Développement ? Il est nécessaire d’expliciter ce terme souvent controversé dans certaines de
ces formes. Le développement durable, d’actualité depuis les sommets de Rio de Janeiro en 1998,
met en interrelations l’aspect social, environnemental et économique. Le développement local lui,
aspire aux mêmes traits mais à un niveau local permettant aux acteurs du territoire d’avoir les
clefs de leur développement. Nous retiendrons une définition simple mais général de cette notion
en tant que processus permettant à une situation de glisser vers une situation meilleure.
Si le tourisme a permis à des individus de voyager dans les pays en développement, la
mondialisation ouvre ces zones au monde, les exposant à une culture de la consommation de
masse. Le tourisme s’inscrit dans une mondialisation où les rapports nord sud sont déjà inégaux.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
133
Il est cependant plus risqué que d’autres secteurs économiques. Admettant une relation entre
clients et population locale, il permet un processus d’acculturation, souvent basé sur des
échanges mercantiles. Les habitants se tournent alors vers cette nouvelle activité plus fructueuse
et surtout plus rentable que les activités traditionnelles, risquant de dépendre uniquement de ce
seul secteur économique, souvent contrôlé par des entités extérieures.
Afin d’éviter un contrôle du territoire par des organismes étrangers et une dépendance au secteur
du tourisme, une nouvelle gouvernance est nécessaire. La diversification permet au secteur
économique de s’intégrer dans un système au même titre que les secteurs traditionnels. Une
gouvernance locale permet aux populations le contrôle de leur développement. Des aides
extérieures spécialisées peuvent cependant exister, comme les ONG ou la coopération
décentralisée, mais une gestion spéciale est alors de mise sous un management interculturel.
Le touriste, non spécialisé dans les relations internationales, arrive dans le territoire d’accueil avec
le voile de l’exotisme l’empêchant d’apprécier les valeurs de la population locale. L’industrie du
tourisme vend un rêve entretenu par une folklorisation des rites et coutumes des territoires
d’accueil, fruit d’une demande d’authenticité. Ces rencontres déguisées empêchent une
compréhension mutuelle, le touriste ne pouvant alors respecter un environnement inconnu.
Les organismes de voyage ont ici un rôle important à jouer afin de créer des situations favorables
à des échanges équitables contribuant ainsi à une marchandisation raisonnée de la culture et des
échanges. Le voyageur pourra alors comprendre son environnement d’accueil, adaptant son
comportement dans des pratiques responsables.
Du côté des populations locales, les échanges équitables avec le voyageur permettent une
valorisation de la culture profitant ainsi à la mise en place de projet de développement local.
Les nouvelles formes de tourisme placent alors les échanges interculturels au centre du voyage,
favorisant les rencontres, outils de communication entre les peuples et prémices d’une éducation
interculturelle.
L’éducation interculturelle s’introduit difficilement dans un cadre formel suivant un triangle
didactique entre élève, savoir et professeur afin de favoriser les échanges et une éducation
civique.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
134
L’éducation interculturelle par les voyages, est en outre beaucoup plus efficace que dans le cadre
scolaire. Plaçant le voyageur en immersion avec la culture d’accueil, les traits d’une pensée
métisse permettent alors un autre regard alliant tolérance et relativisme sur la pluralité des
réalités du monde.
Etant dans une attitude compréhensive, les voyageurs ont des pratiques responsables et ainsi se
rapprochent des comportements locaux. De plus l’éducation interculturelle permet une éducation
à la citoyenneté internationale contribuant alors à un développement durable.
Une éducation interculturelle par les voyages n’est cependant pas systématique, certaines
conditions sont à respecter. Une préparation aux voyages est nécessaire avec un apprentissage
interculturel. Les industries touristiques ne permettent cependant pas des séjours assez longs
pour des immersions efficaces.
Grâce à notre étude terrain comparative entre l’association Aina Madagascar et AFS Vivre Sans
Frontière, certaines de nos hypothèses ont été validées. La nouvelle gouvernance et une
marchandisation raisonnée des échanges et de la culture permet de favoriser un tourisme
responsable pouvant contribuer au développement du territoire d’accueil.
L’éducation interculturelle par les voyages est, à couvert de beaucoup de conditions, peu
présente dans le cadre de l’industrie touristique.
Par la comparaison de ces deux associations, nous avons montrée une synergie entre éducation
interculturelle, échanges équitables et pratiques responsables.
De ce constat nait une nouvelle hypothèse dans le cadre de séjours touristiques souvent
inférieurs à un mois : les séjours touristiques permettent une éducation aux voyages et une
initiation à l’apprentissage interculturel.
Notre stage à Madagascar nous permettra de vérifier cette hypothèse tout en poursuivant notre
réflexion sur l’intérêt des échanges interculturels dans le voyage pour un développement dans
une étude plus pratique et opérationnelle.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
135
L’étude des impacts sur la population d’accueil d’un point de vue culturel parait être également
une approche intéressante à analyser, introduisant une différence entre échanges marchands et
non marchands.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
136
Table des annexes :
Annexe 1 : Guide d’entretien d’Aina Madagascar
138
Annexe 2 : Synthèse de l’entretien avec Tamby Riana ? AINA
139
MADAGASCAR
Annexe 3 : Guide d’entretien Estelle Chassaniol
142
Annexe 4 : Synthèse de l’entretien avec Estelle Chassaniol
143
Annexe 5 : Guide d’entretien Voyageur
144
Annexe 6 : Synthèse de l’entretien avec Madame Y voyageuse
145
Annexe 7: « L’iceberg : un concept de culture »
149
Annexe 8 : exemple d’exercice d’apprentissage interculturel
150
Annexe 9 : Charte du voyageur AINA Madagascar
151
Annexe 10 : Les programmes AFS Vivre Sans Frontière
152
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
137
Annexe 1
Guide d’entretien d’Aina Madagascar
Introduction : Qui je suis, quel est le thème de mon mémoire, dans quel cadre je souhaite
interroger le responsable de Aina Madagascar. Puis je vous enregistrer ?
Présentation de Tamby Rian
1. Définition et cadrage de l’association Aina Madagascar.
 Historique : comment c’est formé l’association, quand et pourquoi ?
 Les difficultés du montage du projet ?
 Pourquoi du tourisme solidaire à Madagascar ?
 Fonctionnement de l’association : le bureau, les bénévoles, employés…
 circuit proposés avec quels types d’hébergement, de restauration…
Un des point clé de ce tourisme est donc l’échanges/le rapprochement entre visiteurs et visités ?
2. Echanges interculturels.




Quels types de contact, de relations, d’échanges, entre les habitants et les visiteurs ?
Qu’en retire les habitants en termes d’échanges, quelles sont leurs motivations…
Pareil pour les touristes
Quelle est le niveau des relations mercantiles au niveau culturel, marchandisation de la
culture ?
 Il y a-t-il un sentiment de valorisation culturelles au près des acteurs (touristes,
habitants…)
3. Tourisme solidaire et développement local
 Qu’est ce que le développement pour vous? Le développement local ? dimensions
économique, social, humaine du développement.
 Comment le tourisme peut y participer ?
 Quels est le rôle des échanges interculturels dans ce développement ?
4. Les failles, les problèmes
 Les problèmes liés aux chocs culturels (acculturation, incompréhension, échec de la
communication…)
 Solutions ? (sensibilisations, outils pour évaluer, mesurer ?)
L’avenir de l’association : prospectives, projet avenir ?
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
138
Annexe 2
Synthèse de l’entretien avec Tamby Riana
AINA MADAGASCAR

Pourquoi et comment avez-vous eu l’idée de crée l’association Aina Madagascar ?
En 2000 le groupe constate que le tourisme de masse n’est pas seulement positive sur l’économie sauf pour
les grandes agences de tourisme, mais a des conséquences négatives sur les populations locales. En
observant des pays à fortes destinations, Jamaïque, etc….. Les retombées économiques ne retombent pas
sur les populations, Volonté d’Aina de trouver une solution.
Nous avons observé une sorte de mise en scène folklorique destinée aux touristes ainsi qu’un tourisme
sexuel.
Nous avons cherché et crée un tourisme alternatif en 2001, notre proposition de tourisme chez l’habitant,
échange d’humain à humain, donne une occasion de développement au population locale a travers les
villages d’accueil.
L’association a évolué sur l’éducation parfois elle fut positive mais également négative

Quels types d’expériences négatives ?
Négatif, le terme est un peu fort, nous sommes obligés de constater que les touristes ont une mentalité de
consommateurs et les prestataires de service recherchent un profit. En 2000 – 2001 , nous constatons que
tout le monde pense encore sur ce modèle.
Aujourd’hui, on sent encore une tension chez les hôtes malgaches. La famille accueillera le voyageur
comme un invité, non pas comme un consommateur à satisfaire.
Aina Madagascar tri ses voyageurs à l‘aide de questionnaire, le voyageur ne dois pas attendre des services
dignes d’un hôtel.

Quel type de relations les voyageurs entretiennent-ils avec les hôtes ?
Humains à humains, le voyageur visite, vit et intervient dans les écoles. Difficile de définir ces relations, on
laisse la nature s’exprimer. Sur le long terme, certaines personnes gardent des contacts cordiaux ou
amicaux avec leurs hôtes.

Quel est le retour des habitants et quel sont leurs motivations ?
Dans le village d’accueil Arcaref par exemple qui est isolé, il n’y a pas d’électricité, pas de radio, pas de
télévision, pas de journaux. Pour le villageois et pour toute la communauté, l’arrivée du voyageur est une
possible ouverture de l’esprit sur un autre monde. Le voyageur va relayer le professeurs à l’écoles, discuter
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
139
avec les villageois… C‘est la motivation des villageois, un échange d’humains à humains. Les aspects
er
financiers ne sont pas au 1 plan pour une famille d’accueil, qui privilégiera le relationnel et le contact

Motivation des voyageurs, et pourquoi Aina Madagascar ?
Les voyageurs recherchent un autre type de voyage en relation avec l’humaine (dans le sens platonique
bien sure) ; Madagascar est de culture orientale, une culture à l’opposer de l’individualisme avec une
recherche de vie authentique et la conscience des méfaits du tourisme.
Madagascar n’a pas échappé au tourisme sexuel, hélas.

Au niveau culturel, que pense Aina Madagascar de la marchandisation de la culture pour le
visiteur ?
Les voyageurs et pas des visiteurs. Le but de l’association est que le voyageur ne marchande pas, le terme
vente ou achat n’existe pas.
Les habitants du village d’accueil ne changent pas leur mode de vie, il n’y aura donc pas de perturbation de
l’harmonie et la culture dans leur vie. Le voyageur observe et échange. Les villageois partagent leur culture
et le voyageur partage également sa culture.
Rien n’est organisé (fêtes ou autres), si les fêtes sont à cette période, alors le voyageur y assistera.
Pas de folklorisation, le voyageur partagera la vie quotidienne de la famille qui l’accueil.

L’objectif des ces voyages est-t-il de valoriser les projets comme celui de l’école ?
La contribution des voyageurs est motrice et vectrice de développement. En temps que voyagiste solidaire,
il y a toujours une activité solidaire. L’association Aina Madagascar s’est donné pour but l’éducation et la
santé dans un projet communautaire (jamais de projet personnel). Nous avons déjà 75 élèves inscrits dans
l’école qui sera terminé en début octobre.

Comment règle t’on les soucis d’ordre culturel, y a t’il des échecs de communication ?
Discipline, psychologie et marketing c’est la bonne gestion pour résoudre les problèmes. En
pratique, nous utilisons les techniques de communication PNL (programme – Neuro Linguistique, technique de base de communication pour la gestion d’émotions. Nous préparons le
voyageur (questionnaire) ainsi que les habitants du village pour ne pas dépasser les limites que
l’on s’est fixé avec l’association.
L’être humains dans son destin à envie de partager, communiqué avec autrui.
« Souhaitons à chaque voyageur venu à Madagascar loisirs, apprentissage, et découverte
personnel » C’est un double échange, car les habitants peuvent parler également d’apprentissage
et de découverte. On peut parler d’échanges équitable.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
140

Quel sont les futurs projets de l’association ?
Finir l’école et la faire fonctionner. Les élèves seront la future élite de notre pays.
Nous avons changé le programme pour une éducation plus performante. Certaines matières reflèteront
l’idéologie de l’association. Actuellement les partis politiques infantilisent les Malgaches grâce à une
éducation contrôlée, afin de les manipuler plus aisément. Nous souhaitons donner de l’autonomie de pensé
aux enfants. Sur le long terme, c’est le but.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
141
Annexe 3
Guide d’entretien Estelle Chassaniol
Introduction : Qui je suis, quel est le thème de mon mémoire, dans quel cadre je souhaite
interroger. Puis je vous enregistrer ?
Présentation de l’acteur Estelle Chassaniol
1. Définition et cadrage de ses activités.
 Pour qui travaillez vous, où ?
 Fonctionnement de l’organisme ?
 Un des point clé de ce tourisme est donc l’échanges/le rapprochement entre visiteurs et
visités ?
2. Echanges interculturels.




Quels types de contact, de relations, d’échanges, entre les habitants et les visiteurs ?
Qu’en retirent les habitants en termes d’échanges, quelles sont leurs motivations…
Pareil pour les touristes
Quelle est le niveau des relations mercantiles au niveau culturel, marchandisation de la
culture ?
 Il y a-t-il un sentiment de valorisation culturelles au près des acteurs (touristes,
habitants…)
3. Tourisme solidaire et développement local
 Qu’est ce que le développement pour vous? Le développement local ? dimensions
économique, social, humaine du développement.
 Comment le tourisme peut y participer ?
 Quels est le rôle des échanges interculturels dans ce développement ?
4. Les failles, les problèmes
 Les problèmes liés aux chocs culturels (acculturation, incompréhension, échec de la
communication…)
 Solutions ? (sensibilisations, outils pour évaluer, mesurer ?)
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
142
Annexe 4
Synthèse de l’entretien avec Estelle Chassaniol
Equateur :
 Reconnaissance culturelle grâce au tourisme.
 Monté des motivations : il y a une prise de conscience sur leur propre manière de vivre
aux yeux des autres.
 Il y a un réapprentissage des plantes médicinales, de leur problématique quotidienne…
Grâce à cette prise de conscience.
 Par cette prise de conscience, il y a une envie, des motivations pour développer des
projets : Jardin de plantes médicinales dans l’école, ouverture d’une pharmacie de
plantes médicinales.
 Les enfants sont motivés aussi, vont demander des histoires à leurs grands parents afin de
s’approprier et de réapprendre leur propre culture.
 L’école s’est mise à enseigner aux enfants les coutumes locales, l’utilisation des plantes
médicinales.
 Prise de conscience sur les conséquences du mode de vie des sociétés modernes,
conséquences aux niveaux environnementaux, protection de la culture.
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Annexe 5
Guide d’entretien Voyageur
Introduction : Qui je suis, quel est le thème de mon mémoire, dans quel cadre je souhaite
interroger le voyageur. Puis je vous enregistrer ?
Présentation du voyageur
1. Liens avec l’altérité.
 Connaissez-vous des personnes de nationalités différentes dans votre quotidien ?
 Avez-vous fait beaucoup de voyage ? Où ? Quand ? Combien de temps et comment (avec
des TO, seul…)
2. Motivations et attentes.





Pourquoi avez-vous choisie ces destinations ? Pourquoi partir ?
Quelles aspirations aux voyages ?
Qu’attendiez-vous de vos voyages avant vos départs ?
Aviez-vous des images, des représentations sur les pays où vous alliez ?
Avez-vous participez à des préparations aux voyages ?
3. Les relations interculturelles pendant le voyage.





Quelles on été vos impressions arrivés sur place ?
Les images que vous se sont elles confirmées ?
Avec qui avez-vous échangé ? Touriste, le guide….
Des rencontres non mercantiles ?
Quelles difficultés à l’échanges avez-vous rencontrées.
4. Après le voyage.
 Qu’avez-vous retiré de ces voyages d’un point de vue personnel.
 Auriez-vous souhaité une préparation au voyage ? Une différente ?
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
144
Annexe 6
Synthèse de l’entretien avec Madame Y voyageuse
 Vois-tu au quotidien des personnes de culture différentes et as-tu vécu avec ces
personnes, comment cela c’est passé et qu’est-ce que ça t’a apporté ?
J’ai rencontré des personnes lorsque j’étais jeune qui venaient d’Afrique du Nord Algérie et Maroc
et des personnes du sud ouest de d’Afrique noir Guinée, Sénégal, Cote d’ivoire. J’ai aimé
découvrir des différences. J’ai vécu avec l’une d’entre elles. Les rapports étaient très gais plutôt
enjoués. Les choses qui étaient difficiles entre nous étaient les petites choses du quotidien pas les
grosses choses comme nous pourrions le penser comme la religion. Alors soit on fait abstraction
de notre culture et on adopte la manière de vivre de l’autre, soit on essai de faire la part des
choses moitié/moitié et la ça génère des accrochages au quotidien. Il faut beaucoup de patience
pour que les choses soit supportable.
 C’était logique pour toi d’aller avec une personne de culture différente ?
Non pas logique, mais une suite logique comme j’avais soif de connaître des différences j’allais
assez naturellement vers d’autre culture. Donc d’arriver à vivre avec une personne d’Afrique était
une suite logique de ce que j’avais vécu auparavant.
 Tu parles d’accroches, c’était par rapport à quoi ?
Par exemple la manière de manger, nous le savons, nous utilisons une cuillère eux leurs mains.
Quand on utilise ses mains en Afrique ce n’est que les mains droites car la gauche est réservée à
tout autre chose. Si une personne européaniser mange avec la main gauche devant un africain
elle fait une faute de savoir-vivre comme une personne qui rote après un repas en Europe, cela ne
se fait pas, Et bien en Afrique manger avec sa main gauche cela ne se fait pas.
 Parles-moi de tes voyages ?
Je n’ai pas pu faire de grands voyages tout de suite, c’était aussi une question financière, je devais
aider la personne avec qui je vivais qui faisaient ses études. Lui est rentrait deux fois chez lui mais
je ne pouvais pas en plus payer mon voyage.
Par la suite, j’ai rencontré un européen qui m’a apporté plus de stabilité. J’ai toujours eu des
fourmis sous les pieds et j’avais envie de voir les endroits dont on m’avait parlé j’avais envie de
rencontrer des gens, de voir l’environnement de toutes ces personnes que j’avais connues.
Je voyais leur pays à travers leurs yeux lorsque j’étais jeune et j’avais envie de voir par moi-même.
J’ai eu la chance d’avoir une cousine coopérante au Maroc ce fut mon tout premier voyage hors
Europe te la j’étais fasciné j’ai trouve le paysage fabuleux les gens absolument merveilleux, j’étais
sous le charme du Maroc, Nous avons fait une ballade dans l’atlas les choses les couleurs les gens,
tout était magique.
Avant ce voyage j’étais allé deux fois en Italie, j’ai beaucoup aimé l’Italie pour la culture la
peinture les villes sont toutes des villes d’art. Je ne retrouve pas suffisamment de différence avec
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ce que je connais et puis les villes même les plus belles reste des villes ce n’est pas ce que j’aime
le plus. Je suis plus attiré par le coté naturel des choses des paysages et des gens. C’est important
pour moi d’avoir à me frotter aux différences chez les êtres humains que je rencontre. Pouvoir
discuter avec une personne différente de moi me fais complètement triper.
Les voyages ne sont jamais exactement ce que l’on attend, cela aussi fait partie du plaisir. Tu
pars, t’imagines un tas de choses, il y en a que tu peux faire et d’autre pas, tu découvres d’autres
choses et cela aussi cela fait partie du plaisir.
Notre voyage en Thaïlande était frustrant. Tout ce que nous avons appris de ce pays c’est le guide
qui nous l’a dit, seulement, il ne nous disait que ce qu’il pouvait cela crevé les yeux, de plus nous
étions là pour consommer et surtout pas faire autre chose. Ces guides ne sont formé que pour
dire certaines choses et pas d’autre (sur le roi par exemple) Chaque jours, levé a 6 heures petitdéjeuner, car, visite, car, visite, magasin, achat, déjeuné car visite achat etc….. C’était intéressant
de le vivre pour connaître ce type de voyage mais ouf c’est fini…..
Nous avons fait le sud tunisien en quatre-quatre et avons eu la chance d’avoir le guide dans notre
voiture. Ce monsieur avait une grande culture générale et il adorait son pays. On pouvait lui poser
n’importe quelle question, les réponses étaient faites avec intelligence. Ce n’était pas le cas de
notre guide marocain pour mon deuxième voyage en Afrique du Nord. Nous avions un guide de
montagne avec une culture très limité et surtout un apriori sur les Européens et les Français en
particulier. Au lieu de me faire aimer je l’ai vue sur un autre angle son pays, moi qui avais adoré le
Maroc…. je ne l’ai pas aimé du tout avec ce guide. Les deux autres guides pour les villes de Fès et
Marrakech étaient très différents. Le guide de Fès était très érudit, j’ai retrouvé les échanges que
j’avais jeunes ma curiosité était satisfaites. Par contre le guide de Marrakech était nul. Lorsque
l’on raconte à des européens comment les femmes sont traitées, il faut être un peu plus malin. Il
nous a dit exactement ce qu’il fallait dire pour nous faire réagir Quand il dit, le roi a décidé
qu’une femme, le jour de son mariages (arrangé) peux dire qu’elle ne se maria pas, c’est un
progrès avant elle ne pouvais rien dire. Nous l’imaginons arriver sur les lieux de la noce, dire,
après la dote donné, les 300 invités présent « et bien non, délit de sale gueule, tu me plais pas, je
m’en contre fiche, je me casse voir ailleurs » Peux être n’a t’il pas tout comprit de la loi ou c’est ‘il
mal explique ! toujours est ‘il que ce n’était pas très malin de nous dire ca de cette façon. Le
voyageurs n’a pas besoins de savoir que sa 1ère femme lui a couté chère car elle n’aimé que l’or
et que la 2ème, étant berbère n’aimait que l’argent. La condition de la femme est un sujet très
délicat pour les européens. J’ai fait donc la comparaison avec notre guide Tunisien qui nous
explique comment se passé la vie dans les troglodytes avant de nous faire invité à boire le thé
dans une famille. Lorsque nous sommes partie, nous avons remercié nos hôtes et laissé une pièce
comme nous l’avais sujerer notre guide avant d’entrée. Tous les tours opérator ne propose pas ca.
Il avait son propre réseau. La fille de la famille nous a fait de merveilleuse galette de pain frais
accompagné par du miel que l’on venait de recueillir. C’était un échange intéressant avec cette
famille.
Le circuit était très varier, 4*4 dans les dunes sur le circuit Paul Ricard c’était très ludique.
Madagascar avec ma soeur…. C’était extraordinaire découvrir un pays avec une personne qui
habite le pays, tu as une dimension immense, tu as l’impression que tu vas pouvoir tout faire, tout
découvrir. Mon neveu Philippe habite Tamatave.
On a fait les parcs nationaux c’était a ce mettre a genoux, nous avons marché 4, 5 heures ça nous
a paru rien du tout, des paysage super des petit animaux fantastiques, et moi les animaux je
craque.
Si un jour je fais un safari, photos ce serait comme un rêve. Philippe nous a fait faire la descente
de la Tsirabine tout le sud ouest descendu jusqu'à Sali puis Tuléar, tout ca l’Andavadok il y avait
des paysages fabuleux en Andavadok. Nous sommes arrivés le soir, la mer et les rochers étaient
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
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rouges c’était absolument fabuleux, fabuleux. L’hôtel avec ces petites cabanes toutes simples, j’ai
déliré, je me suis cru robinson Crusoé. Tu vis avec le soleil. Le décalage horaire, c’est rien, 1h tout
au plus, mais tu te lève à 6h et te couche avec ton bouquin à 18h. Le décalage horaire, c’est le
décalage de la lumière.
Là, tu découvres qu’un poulet à une valeur extraordinaire alors que toi ce qui as de la valeur c’est
les langoustes et eux te réserve le poulet car il pense que c’est la meilleur chose qu’ils puissent
t’offrir. Alors des fois tu as des quiproquos. Lorsqu’on a fait la descente de la Tsirabina, le
cuisinier nous a présenté un poulet à qui il avait tordu le cou discrètement 3 h avant. Nous avons
mangé un peu et donné le reste à l’équipage. Le poulet Malgache est résistant, il faut bien le
mastiquer, c’est un poulet qui cours beaucoup. Quel décalage entre les deux pays et quand tu
pars a Madagascar, au retour, tu redécouvres tout le confort que tu as dans ton pays, on c’est dit
en rentrant que c’est pas mal tout de même. Et puis rencontrer des soldats sur armés dans les
lieux comme les aéroports avec des yeux méchants, ca impressionne. Par ailleurs nous avons
était bien accueillit.
 Tu parlé d’exotisme, c’est quoi pour toi ?
L’exotisme pour moi, c’est vivre des choses, voir des paysages et des gens totalement différents
de mon quotidien.
Pour moi-même, si je vais aimer les montagnes autrichiennes ou d’ailleurs, il n’y a aucun
exotisme.
 Pour toi c’est la mer la chaleur ?
Tout ce que je ne vis pas quotidiennement.
 Les relations on elle était mercantile ou pas ou les deux ?
J’ai quand même l’impression de ne pas être entré dans la vie des gens, mais cela viens du faites
que les vacances sont sur une toute petite période. Pour vraiment entrer en contacte avec les
gens il faut vivre au moins une semaine d’affilé. Je pense que les rapports étaient superficiels,
donc faussés.
 As- tu l’impression d’avoir eu des échanges réels ou bien ils te voyaient comme un gros
Dollar ?
En Thaïlande, oui c’est sure. A Madagascar pas une seconde, du moins je pense pas car Philippe
réglait tout les problèmes financier. En Afrique du nord les gens savent comment ils sont traité en
France et cela les rends plus agressif vis à vis de nous. Leurs vengeances, c’est de nous faire
casquer quant on y va. Petite vengeance, quand on sait ce qu’on leurs a fait subir. Dommage que
les gens qui visite à pieds leurs pays ne soit pas les personnes qui ont une attitude
condescendante et raciste en France. Ils se trompent de cible. Quant tu fais ce type de voyage, tu
en as consciences et passe la dessus.
 Du coup cela doit fausser l’échange ?
J’ai senti que notre guide marocain était très en colère vis à vis des européens, il avait des
problèmes à résoudre. Alors, que je n’ai pas sentie ca avec la Tunisie. Le guide marocain était un
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
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montagnard et il ne m’a pas fait aimer son pays alors que je l’avais adoré la 1 er fois que j’y étais
allé.
 La plupart du temps tu as trouvé ce que tu es allé chercher ?
Hô, oui ! L’être humain est positif, car quelques soit la chose qu’il vit, même si elle est dure il en tir
toujours le positif. Quoique j’aie fait dans la vie les souvenirs qu’il me reste sont positifs.
Même les choses dure pour nous, l’endroit était abominable, on se rend compte lorsqu’on ouvre
la fenêtre qu’il y a la poubelle haute de 2 mètres, la douche était indescriptible et pourtant a
présent j’en ri, j’ai mangé, moi qui suis précieuse, sans rien voir, j’avais la dalle nous n’avions rien
mangé le midi c’est une expérience qui paraissait dure sur le moment mais J’en ri encore, J’ai
testé mes limites.
Pendant la descente de la Tsyrabine, nous avons couché sous une tente le matin pour se laver
avec 4 mecs dans les parages, il fallait trouver un bout de broussaille pour la toilette impossible
d’aller dans le fleuve a cause des crocodiles. Pendant trois jours, nous nous sommes lavé avec des
lingettes que l’on brulé soigneusement pour ne pas laisser de traces
 As-tu eu des préparations aux voyages ?
Non jamais.
 Tu aurais aimais avoir ?
Je pense que cela m’aurais effrayé, le couchage est dure pour moi alors là c’était la surprise et je
prenais les choses comme elle venait. Si tu veux te renseigner, il y a des livres, mais je saurais pas
dire pourquoi je ne me suis jamais intéressé a ces livres avant de partir. Je suis une primaire sur ce
point, je veux découvrir.
 Qu’est ce que ces voyages t’on apporté ?
Rien n’est jamais acquis ni définitif, aucune solution miracle on ne peut pas dire que les choses
sont comme ça ou bien autrement, car suivant qu’on les regarde avec un œil ou un autre œil et
bien elles sont différentes. Ne pas partir avec du partie prie, cela m’a ouvert l’esprit.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
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Annexe 7
« L’iceberg : un concept de culture »
Source : T-Kit Apprentissage interculturel – AFS Vivre Sans Frontière
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Annexe 8
Exemple d’exercice d’apprentissage interculturel
Source : T-Kit Apprentissage interculturel
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Annexe 9
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151
Annexe 10
Les programmes AFS Vivre Sans Frontière
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Index
CETIA : Centre d’Etude du Tourisme et des Industries de l’accueil
WWF : World Wide Fund
DATAR : Délégation interministérielle à l'Aménagement du Territoire et à l'Attractivité Régionale
AFS : American Field Service
MDSI : Modèle de Développement de la Sensibilité Interculturelle
OMT : Organisation Mondiale du Tourisme
OMC : Organisation Mondiale du Commerce
UNESCO : United Nations Educational Scientific and Cultural Organization
ONG: Organisation Non Gouvernementale
CNAJEP : Comité pour les relations Nationales et Internationales des Associations de Jeunesse et
d’Education Populaire
UNSE : Union National des organisations de Séjours de longues durées en France et à l’étrangers.
JSI : Jeunesse Solidarité Internationale
EFIL : European Federation for Intercultural Learning
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
153
Liste des figures et des tableaux
Figure 1 : Les traits et les aires culturelles………………………………………………………………………………. P 11
Figure 2 : Les dimensions du développement durable……………………………………………………………. P 35
Tableau 1 : Comparaison entre Aina et AFS……………………………………………………………………………P 118
Figue 3 : Comparaison entre Aina et AFS………………………………………………………………………………..P 119
Figure 4 : Contexte et choix du sujet……………………………………………………………………………………….P 123
Figure 5 : Interrelation entre Interculturalité, tourisme et développement……………………………P 125
Figure 6 : Une marchandisation raisonnée de la culture…………………………………………………………P 126
Figure 7 : Les échanges interculturels au service du développement…………………………………….P 127
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154
Bibliographie
 Ouvrages:

A. PRETCEILLE MARTINE – « L’éducation interculturelle » - collection Que sais-je ? – 3ième
édition PUF – Janvier 2011 – Paris – 122 pages.

AMIROU RACHID, BACHIMON PHILIPPE, DEWAILLY JEAN-MICHEL, MALEZIEUX JACQUES,
collectif d’auteurs – « Tourisme et soucis de l’autre » - éditions l’Harmattan – collection 2005 - 368 pages

AMIROU RACHID, BACHIMON PHILIPPE - « Le tourisme local : une culture de l’exotisme » éditions l’harmattan – 2000 – 238 pages

BOYER MARC –«Histoire générale du tourisme : du XVIe au XXIe siècle » - éditions
l’Harmattan - 2005 – 321 pages

BRUNEL SYLVIE – « Le développement durable » - collection Que sais-je ? – 3ième édition PUF
– octobre 2009 – 123 pages

CAZES GEORGES – « Tourisme et Tiers-Monde un bilan controversé » - collection Tourisme et
Société – édition l’Harmattan – novembre 2006 – 207 pages

CHESNEAUX JEAN - « L’art du Voyage » - éditions Bayard – Paris – 1999 – 276 pages.

CUCHE DENYS – « La notion de culture dans les sciences sociales » - édition La découverte –
collection Grands Repères – Paris – mars 2010 – 147 pages

ESOH ELAME, JEAN DAVID – « L’éducation interculturelle pour un développement durable » édition Publibook – collection Science humaines et sociales – avril 2008 - 143 pages

FERNANDEZ BERNARD – « Identité nomade » - édition Economica – collection De
l’Exploration interculturelle et Science Sociale – Paris 2002 – 277 pages

FRANCK MICHEL - « Désirs d’ailleurs » - édition Armand Colin – collection Chemin de Traverse
- 272 pages

FRANCK MICHEL - « Voyage au bout de la route » - éditions de l’Aube – collection Monde en
cours – 2004 – 277 pages

FRANCK MICHEL – « Tourismes et identités » - éditions l’harmattan – 2006 – 217 pages

HOUEE PAUL – « Le développement local au défi de la mondialisation » - édition l’harmattan
– collection questions contemporaines – juillet 2006 – 250 pages.
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
155

PETITEVILLE FRANCK – « La coopération décentralisée : les colléctivités locales dans la
coopération Nord-Sud » - édition L’Harmattan – collection logique politiques – mai 2000 –
278 pages.

RABASSO CARLOS, RABASSO JAVIER – « Introduction au management interculturel : pour une
gestion de la diversité » - édition Ellipses – 2007 – 208 pages

THESEE GINA, CARIGNAN NICOLE, CARR PAUL – « les faces cachées de l’interculturel : de la
rencontre des porteurs de culture » - édition l’Harmattan – Paris mai 2010 – collection
Espaces Interculturels – 247 pages

URBAIN JEAN-DIDIER – « l’idiot du voyage » - éditions Payot – 2002 – 353 pages

VIOLIER PHILIPPE – « Tourisme et développement local » - édition Belin – 2008 – 191 pages

WAXIN MARI-FRANCE, BARMEYER CHRISTOPH – « Gestion des ressources humaines
internationales » - édition Liaison – avril 2008 – collection Entreprises et carrières – 553
pages
 Revues :

Revue espace - « le tourisme participatif » - n°264

Revue espace – « Tourisme et éthique » - n°171 – Mai 2000

Revue BIOCONTRAT – « Tourisme, équitable, écologique, durable, solidaire… De quoi parle-ton ? » - Mensuel N° 202 – Mai 2010

Magazine PHILOSOPHIE – mensuel n°43 – octobre 2010 – avec supplément « voltaire : traité
sur la tolérance »
 Documents/dossiers

AMIROU RACHID – « Imaginaire de la mondialisation et reconnaissance culturelle » document produit en version numérique par Jean –Marie Tremblay – juin 2004

ABDOU DIOUF – Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie – «
Journée mondiale de la diversité culturelle » - Le 22 mai 2003 – Paris

BEATRICE LOUIS, GUILLAUME MOUTON – Document PDF Projet EcoAmerica – « L’ethnotourisme conserve la diversité culturelle » - Décembre 2008
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
156

BONFIGLIOLI ANGELO – « Le pouvoirs des pauvres : la gouvernance locales pour la réduction
de la pauvreté » - document PDF des Fonds d’équipement des Nations Unies – Novembre
2003

DEMANGET MAGALI – document PDF – « Tourisme à géométrie variable en terre indienne :
l’exemple des indiens mazatèques, Oaxaca, Mexique »

ONGHENA YOLANDA – document PDF tiré du magazine société et culture, dialogue culturel « Tourisme et interculturalité » - 2003

MAYER CHARLES LEOPOLD fondation pour le progrès de l’homme – « Synthèse du projet
2003-2010 » - document PDF – 2003

MONICA LACARRIEU – document PDF – Touristes et non touristes dans le monde de
l’interculturalité un regard à partir du patrimoine immatériel » - 2006

Mini Compendium de L'UE sur l'éducation formelle et non formelle – document PDF –
« l’éducation interculturelle » - septembre 2007 – édité par la direction de la jeunesse et des
sports du conseil de l’Europe.

ROZIER CLAIRE – document PDF – « L’éducation interculturelle, pour construire une culture de
la paix » - Article du Magazine Inter-cultures – Novembre 2010.

MITCHELL R. HAMMER – document PDF – « Etude sur l’apport éducatif des programmes
AFS » - Rapport interne décrivant les résultats complets – décembre 2005

Livre Blanc rédigé par les étudiants de Master 2 « Ingénierie de projets avec l’Amérique
Latine » - « Voyager responsable en Amérique Latine » - 2011

Colloque organisé par AFS Vivre Sans Frontière le 25 avril 2008 à Paris – Synthèse rédigée par
Michel Antoine – « Les échanges internationaux de jeunes face aux défis de l’interculturel ».
 Dictionnaire

Dictionnaire de sociologie – Larousse – France Loisir – Paris – Janvier 2001
 Sites Internet :

BENNETT MILTON – « Un modèle de développement de la sensibilité interculturelle » http://www.international.gc.ca/cfsi-icse/cil-cai/magazine/v02n01/doc1-fra.pdf - site visité le
06/04/2011

BULTEAU MARC – « De l’autre à soi » - Revue « L’autre
http://www.deroutes.com/AV5/bulteau5.htm - site visité le 20.04.2011
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
voix »
157
-

FRANCK MICHEL – « histoire et avenir du tourisme : la fin de l’idée d’un voyage pour tous » Revue « L’autre voie » N°2 – http://www.deroutes.com/Findetrip.htm - Site visité le
22.12.2010

MILTON BENNETT – « intercultural developpement inventory » - sur le site « intercultures » http://www.intercultures.de/francais/service/29/2905.php - site visité le 28/03/2011

SARASIN BRUNO - Site du Cair.info – « Géopolitique du tourisme à Madagascar » http://www.cairn.info/revue-herodote-2007-4-page-124.htm - Site visité le 01/05/2011

Le site de la géographie touristique en France et dans le monde – « Bref historique du
tourisme » - http://geotourweb.com/nouvelle_page_4.htm#BREF – Site visité le 22/12/2010

Veille infos tourisme – « Le boom du tourisme menace les merveilles architecturales d’Asie » http://actu.voila.fr/actualites/culture/2011/03/08/le-boom-du-tourisme-menace-lesmerveilles-architecturales-d-asie_629679.html - Site visité le 09.03.2011

LACHANCE JOCELYN – « Temporalité et narration chez les backpacker » - Revue « L’autre
voie » N°4 - http://www.deroutes.com/backpacking4.htm - Site visité le 22.12.2010

BULTEAU MARC – « D’un soi transformé à une relation renouvelée à l’autre » - Revue
« L’autre voie » N°5 – http://www.deroutes.com/AV5/blteau5.htm - Site visité le 10.11.2010

LOMO MYAZHIOM Aggée C – « La visité des Pyygmées : folklorisation des peuples,
demande
d’authenticité…»
Revue
« L’autre
voie »
N°4
–
http://www.deroutes.com/pygmees4.htm - Site visité le 10.11.2010

MICHEL FRANCK – « L’autre sens du voyage. Eloge du voyage désorganisé » - Revue « L’autre
voie » N°4 – http://www.deroutes.com/autressensduvoyage4.htm - Site visité le 10.11.2010

PROUST MARCEL - http://www.horaz.com/03_Citations/AUTEURS/Proust_Marcel.htm - Site
visité le 20.04.2011

BAQUIAST
JEAN-PAUL
–
« La
Mondialisation »
http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/comelec/mondialisation.htm#11 – Site visité
le 19.12.2010

SAM International – « synergy and cross-cultural management” – http://www.saminternational.fr/conference.php?lang=Fr&f=2&idconference=44 – site visité le 14 mars 2011

ALAIN PIVETEAU – Persee – « Décentralisation et développement local au Sénégal. Chronique
d’un couple hypothétique » - http://www.persee.fr/web/revues/home - site visité le 13 avril
2011

Site l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - http://www.aina-madagascar.org/ - Site visité le
14/01/2011
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
158

Blog de l’ASSOCIATION AINA MADAGASCAR - http://ainamadagascar.wordpress.com/ - Site
visité le 14/01/2011

Site d’AFS Vivre Sans Frontière - http://www.afs-fr.org/fra_fr/home - Site visité le
14/01/2011.

« Un bon chauffeur est un chauffeur heureux » - site Leposte.fr dans la rubrique article http://www.lepost.fr/article/2010/08/03/2172872_un-bon-chauffeur-est-un-chauffeurheureux.html - site visité le 16/04/2011

Les sommets du tourisme – « quatrième édition : tourisme et culture, les aspects culturels du
développement
durable
dans
le
tourisme »
http://www.sommetstourisme.org/f/sommetsG/quatrieme-sommet/reflexion1.htm - site visité le 16/04/2011

RYM BEN YOUNES - Archi-Mag - http://www.archi-mag.com/essai_35.php - magazine
d’architecture en ligne « tourisme et folklorisation » - site visité le 16/04/2011

Définition du tourisme responsable – Economie positive - http://www.economiepositive.be/portail_contenu.php3?id_article=205 – Site visité le 26/04/2011

DAVID MEHDI HAMAM - Afrique en ligne : actualité africaine, économie, politique, finance,
sports – article « Economie : urgence d’une diversification des économies africaine » http://www.afriquejet.com/actualites/economie/economie:-urgence-d%27unediversification-des-economies-africaines-201103317013.html – site visité le 26/04.2011

Du
Site
Achat
solidaire
–
« Commerce
équitable :
définition
http://www.actualitesolidarite.com/achat/rubriques/com.htm - Site visité le 30/04/2011

OLIVIER DEHOORNE, PASCAL SAFFACHE, CORINA TATAR – Etude carabéebbes – « Le tourisme
international dans le monde : logiques des flux et confins de la touristicité » http://etudescaribeennes.revues.org/882#tocto2n2 – Site visité le 20/03/2011.
et
labels -
 Travaux universitaires :

CHASSANIOL ESTELLE - sous la direction de madame LAURENCE TIBERE - « L’interculturalité,
le rapport visiteur/visité : comment développer le tourisme sans pour autant bouleverser les
identités et les cultures locales ? » - Mémoire de master 1 Tourisme et développement,
université Toulouse II le Mirail, Le CETIA, site de Foix, année 2007-2008.

CHASSANIOL ESTELLE - sous la direction de madame LAURENCE TIBERE - « L’interculturalité,
le rapport visiteurs/visités : Quels sont les impacts du tourisme sur une société Mongole en
Mutation ? » - Mémoire de master 2 Tourisme et développement, université Toulouse II le
Mirail, Le CETIA, site de Foix, année 2009
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
159

KOYTCHA AFSANA – sous la direction de DRISS BOUMEGGOUTTI – « L’éducation au
développement durable au service du tourisme responsable » - Mémoire Master 1 Tourisme
et Développement - université Toulouse II le Mirail, Le CETIA, site de Foix, année 2007-2008.

BRICE JULIEN – sous la direction de PIERRE TORRENTE – « En quoi l'itinérance récréative estelle un facteur de développement pour les territoires montagnards ? - Mémoire Master 2
Tourisme et Développement - université Toulouse II le Mirail, Le CETIA, site de Foix, année
2010.
 Cours universitaires

BESSIERE JACINTHE – Cours de sociologie de tourisme et de développement – Master 1

BOUMEGGOUTI DRISS – Cours de géographie du tourisme – Master 1 Tourisme et
Développement 2010/2011 – UTM CETIA

CLAVERIE BRUNO – Cours de fondement de l’économie du développement – Licence 3
Tourisme et développement 2009/2010 – UTM CETIA

CLAVERIE BRUNO – Cours d’économie du développement – Master 1 Tourisme et
développement 2009/2010 – UTM CETIA

LAURENT ALAIN – Cours de développement durable – Master 1 Tourisme et développement
2010/2011 – UTM CETIA

PICHON PAUL – cours de marketing – Master 1 Tourisme et Développement 2010/2011 –
UTM CETIA

TIBERE LAURENCE – Cours de socio-anthropologie du tourisme et des loisirs – Licence 3
Tourisme et Développement 2009/2010 – UTM CETIA

TORRENTE PIERRE – cours de fondements de la démarche projet – Licence 3 Tourisme et
Développement 2009/2010 – UTM CETIA

TORRENTE PIERRE – cours de la démarche projet – Master 1 Tourisme et Développement
2010/2011 – UTM CETIA
 Entretiens exploratoires :

CHASSANIOL ESTELLE – Chargé d’étude pour la mise en place d’un label – Entretien effectué
le 7 janvier 2011 à Foix

MADAME Y – Voyageuse – Entretien effectué le 4 février 2011 à Grenoble
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
160

RIANA TAMBY – Président de l’association Aina Madagascar Tourisme solidaire – entretien en
mars 2011
 Vidéos :

DENNIS O’ROURKE – « Cannibal Tour » - Film documentaire – 1988

CHINAL MARC – « Le buzz décroissant » - Film documentaire – site www.decroissance.org –
site visité le 26/02/2011
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
161
Table des matières :
REMERCIMENTS ................................................................................................................................. 4
Sommaire ........................................................................................................................................... 5
Introduction général : ........................................................................................................................ 6
PARTIE l
L’interculturalité dans le tourisme et le développement : définition et interactions. ... 8
Introduction de la première partie ................................................................................................ 9
CHAPITRE I :
Les échanges interculturels et interculturalité.................................................... 10
I- La notion de culture : ................................................................................................................ 10
1)
La culture .......................................................................................................................... 10
2)
Les traits culturels et les aires culturelles ........................................................................ 11
3)
L’identité culturelle .......................................................................................................... 12
II- L’interculturalité :..................................................................................................................... 13
1)
L’interculturalité, essai de définition : ............................................................................. 13
a)
Le multiculturalisme ..................................................................................................... 13
b)
L’interculturalité ........................................................................................................... 13
c)
L’altérité ....................................................................................................................... 14
2)
Processus dynamique interculturel : l’acculturation ....................................................... 15
a)
L’acculturation.............................................................................................................. 15
b)
Différents processus du phénomène d’acculturation.................................................. 16
c)
Résultats du phénomène d’acculturation .................................................................... 17
III- Similitudes interculturelles ..................................................................................................... 18
1)
Perception de l’espace-temps et de l’environnement ..................................................... 18
2)
Les rapports humains, communications et relations humaines ...................................... 18
3)
La gestion de la vie et l’organisation du travail ................................................................ 19
CHAPITRE II : Les échanges interculturels dans le tourisme ........................................................... 21
I- Histoire du tourisme, évolution des échanges et des rencontres interculturelles ................... 21
1)
Le tourisme anglais au 19ième Siècle ................................................................................. 21
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
162
a)
Les tours des anglais au 19ième siècle et le tourisme de villégiature. ........................... 21
b)
Intérêt pour les rencontres : le tourisme, une forme d’éducation .............................. 22
c)
Construction de nouvelles infrastructures dans le tourisme de villégiature
et
changement socio-structurels. ............................................................................................. 23
2)
Le tourisme de masse....................................................................................................... 24
a)
L’avènement des vacances ........................................................................................... 24
b)
Tout pour le tourisme, désastre pour les territoires d’accueil. ................................... 25
c)
Marginalisation des populations locales ...................................................................... 25
II- Les nouvelles formes de tourisme, vers un retour du voyage ? .............................................. 26
1)
Les nouvelles formes de tourisme sur la scène internationale : un retour vers l’autre. . 26
a)
Un tourisme international ............................................................................................ 26
b)
Le tourisme durable ..................................................................................................... 27
c)
Du tourisme au voyage, du voyage au tourisme .......................................................... 27
2)
Le voyage, la quête de l’autre et de l’ailleurs .................................................................. 28
a)
L’esprit du voyage ........................................................................................................ 28
b)
La quête de l’autre et de l’ailleurs................................................................................ 29
c)
De retour aux Grands tours, l’itinérance moderne ? ................................................... 29
III- Tourisme et éthique ................................................................................................................ 30
1)
L’éthique : essai de définition .......................................................................................... 31
2)
L’éthique dans le tourisme : une nouvelle façon de respecter l’autre ............................ 31
3)
Quelle forme de tourisme pour un tourisme éthique ?................................................... 32
CHAPITRE III :
Développement et interculturalité, des relations complexes.............................. 33
I- Le développement durable, un concept controversé ............................................................... 33
1)
1)
Le développement durable, évolution du développement. ............................................ 33
a)
Le développement : essai de définition ....................................................................... 33
b)
Naissance du développement durable......................................................................... 34
Les dimensions du développement durable .................................................................... 35
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
163
a)
Dimension environnementale ...................................................................................... 36
b)
Dimension économique ............................................................................................... 36
c)
Dimension socioculturelle ............................................................................................ 36
2)
Les critiques du développement durable......................................................................... 37
a)
Le développement durable : concept contradictoire ou pléonasme ? ........................ 37
b)
La décroissance ............................................................................................................ 38
II- Développement local et mondialisation, affirmation des identités culturelles ...................... 38
1)
La mondialisation ............................................................................................................. 38
a)
Le défi démographique ................................................................................................ 39
b)
L’économie et les nouvelles technologies.................................................................... 39
c)
La mondialisation socioculturelle ................................................................................. 39
2)
Le développement local ................................................................................................... 40
a)
De la mondialisation au développement local ............................................................. 40
b)
Définition du développement local .............................................................................. 40
c)
Des limites au développement local ............................................................................ 41
III- L’interculturalité dans le développement : quels enjeux ....................................................... 42
1)
Mondialisation économique et échanges internationaux ............................................... 42
a)
Vendre à l’étranger : du marketing international ........................................................ 42
b)
Gérer des équipe internationales : du management interculturel .............................. 43
2)
Le développement local face à la mondialisation culturelle. ........................................... 43
a)
L’imaginaire d’une mondialisation culturelle ............................................................... 43
b)
Renforcement identitaire : développement local identitaire ...................................... 44
Conclusion de la première partie ................................................................................................. 45
PARTIE II Approche interculturelle du tourisme : enjeux pour un développement des territoires
d’accueil. .......................................................................................................................................... 46
Introduction de la deuxième partie : ........................................................................................... 47
CHAPITRE I : Le tourisme vecteur de développement : la nécessité d’une nouvelle gouvernance 48
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
164
I- Le tourisme : des impacts néfastes sur le développement....................................................... 48
1)
Les impacts de l’environnement physique....................................................................... 48
a)
La pollution touristique ................................................................................................ 48
b)
Un tourisme réducteur et aménageur d’espace .......................................................... 49
c)
Un tourisme intégré ou des pôles touristiques ............................................................ 49
2)
Les impacts économiques : .............................................................................................. 50
a)
La bourgeoisie commerçante : ..................................................................................... 50
b)
Les propriétaires et promoteurs immobiliers .............................................................. 50
c)
La multiplication des petits entrepreneurs ou fabricants ............................................ 50
3)
Impacts socioculturels:..................................................................................................... 51
a)
L’imitation d’une culture dominante attirante ............................................................ 51
b)
La perversion touristique ............................................................................................. 51
c)
La commercialisation des rapports humains ............................................................... 52
II – Un nouvelle gouvernance pour un tourisme vecteur de développement. ............................ 52
1)
La diversification pour éviter la dépendance ................................................................... 52
a)
Une dépendance touristique dangereuse.................................................................... 53
b)
Le tourisme dans un système ....................................................................................... 53
2)
Une gouvernance locale. .................................................................................................. 54
a)
Une concentration des pouvoirs et des capitaux.. ....................................................... 54
b)
Une gouvernance locale ............................................................................................... 55
c)
Des interventions extérieures dans la gouvernance locale. ........................................ 55
3)
Un management interculturel.......................................................................................... 56
a)
Le management interculturel : essai de définition ...................................................... 56
b)
Exemples de différents modèles de management....................................................... 57
III- Limites de la nouvelle gouvernance........................................................................................ 58
1)
Un tourisme plus humain ? .............................................................................................. 58
a)
Les inégalités touristiques en parallèles avec celles du monde ................................... 59
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
165
b)
De quel tourisme parle-t-on ? ...................................................................................... 59
c)
Un nouveau tourisme moral ou néocolonialiste .......................................................... 59
2)
Recherche de profit et jalousie ........................................................................................ 60
a)
Une concurrence et une jalousie dans le voisinage ..................................................... 60
b)
Une recherche du profit, soucis économique individuel ............................................. 60
CHAPITRE II : Pour une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges........................ 62
I- Un engouement pour les cultures autochtones : les raisons d’une marchandisation ............. 62
1)
Recherche de l’authentique dans les voyages ................................................................. 62
a)
Recherche d’un tourisme de friche .............................................................................. 62
b)
Visite dans le passé, l’exotisme moderne dans un patrimoine immatériel du passé. . 63
2)
Une réponse à la demande. ............................................................................................. 63
a)
Acculturation de la culture dominante ........................................................................ 63
b)
Adaptation à la demande ............................................................................................. 64
3)
Promotion des cultures traditionnelles dans le monde ................................................... 64
a)
Rôle des médias............................................................................................................ 65
b)
Rôles des Tours opérateurs et acteurs privés .............................................................. 65
c)
Rôles des immigrants ................................................................................................... 65
II – La folklorisation : danger pour le développement dans des échanges faussés. .................... 66
1)
La folklorisation ................................................................................................................ 66
a)
La muséification ........................................................................................................... 66
b)
Les objets traditionnels vendus aux plus offrants........................................................ 67
c)
Folklorisation des rites et fêtes traditionnelles............................................................ 67
2)
3)
Des rencontres déguisées, l’exotisme à tout prix ............................................................ 68
a)
L’exotisme à tout prix ................................................................................................... 68
b)
Une satisfaction et une sécurité optimale ................................................................... 68
c)
Une hospitalité brimée ................................................................................................. 69
Danger de la marchandisation de la culture .................................................................... 69
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
166
a)
Le rejet du tourisme par les populations locales ......................................................... 69
b)
Un territoire figé dans une authenticité artificiel ........................................................ 70
III- Importance des échanges interculturels équitables. .............................................................. 70
1)
Des échanges interculturels équitables ........................................................................... 70
a)
La notion d’équité et d’échanges équitables ............................................................... 70
b)
Prédisposition du voyageur/touriste ........................................................................... 71
c)
Une nouvelle hospitalité .............................................................................................. 71
2)
Valorisation de la culture locale et développement ........................................................ 72
a)
Importance des échanges interculturels pour une marchandisation raisonnée ......... 72
b)
Valorisation de la culture locale ................................................................................... 72
c)
Mise en place de projets par la population locale ....................................................... 73
3)
Vers une non marchandisation de la culture : imagination ou réelle ? ........................... 73
a)
Pour une non marchandisation de la culture : réactions des organisations
internationales : ................................................................................................................... 73
b)
Une marchandisation raisonnée dans les nouvelles formes de tourisme ................... 74
c)
Une nouvelle communication nord/Sud. ..................................................................... 74
CHAPITRE III : L’éducation interculturelle par le voyage et le tourisme pour des pratiques plus
responsable. ..................................................................................................................................... 76
I- L’éducation interculturelle : une définition. ............................................................................. 76
1)
Education interculturelle : concept et définition : ........................................................... 76
a)
D’une éducation multiculturelle à une éducation interculturelle ............................... 76
b)
L’éducation interculturelle : concept, essaie de définition .......................................... 77
c)
Une éducation civique.................................................................................................. 78
2)
3)
L’éducation interculturelle : dans un cadre non institutionnel........................................ 78
a)
Une éducation avant tout non-formelle ...................................................................... 78
b)
L’éducation interculturelle : enjeux pour la diversité du monde ................................. 79
Le processus interculturel : Le modèle de développement de la sensibilité interculturelle
79
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
167
a)
Le MDSI : de la résistance à l’ouverture ....................................................................... 80
b)
Etapes ethnocentriques ............................................................................................... 80
c)
Etapes ethno-relatives ................................................................................................. 80
II- Le voyage : un outil pour l’éducation interculturelle : ............................................................. 81
1)
L’éducation interculturelle dans le voyage : immersion par paliers ................................ 81
a)
Immersion adaptation .................................................................................................. 82
b)
Immersion compréhension .......................................................................................... 82
c)
Immersion intégration.................................................................................................. 83
2)
Les échanges : outils au service de l’éducation interculturelle par les voyages .............. 83
a)
L’importance des échanges dans les voyages pour une éducation interculturelle ..... 83
b)
S’identifié par rapport à l’autre grâce aux échanges ................................................... 84
c)
Crises d’apprentissage.................................................................................................. 85
3)
Les enjeux pour le voyageur............................................................................................. 86
a)
Des compétences interculturelles ................................................................................ 86
b)
La tolérance et le relativisme culturel .......................................................................... 87
c)
Un autre regard sur le monde : l’intelligence métisse ................................................. 88
III- Un tourisme plus responsable grâce à une éducation interculturelle par les voyages ? ....... 89
1)
Un tourisme responsable ................................................................................................. 89
a)
L’éducation interculturelle et le développement durable ........................................... 89
a)
Un touriste responsable ............................................................................................... 90
b)
Un respect mutuel ........................................................................................................ 90
2)
Une préparation au voyage nécessaire ............................................................................ 90
a)
Nécessité d’une éducation préalable ........................................................................... 91
b)
Des formations interculturelles.................................................................................... 91
3)
Limites d’une éducation interculturelle dans le cadre de séjours touristiques. .............. 92
a)
Difficulté des séjours touristique trop courts et trop mercantiles .............................. 92
b)
Des formations non adaptées dans le tourisme .......................................................... 92
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
168
Conclusion de la deuxième partie .................................................................................................... 95
PARTIE III Approche interculturelle comparative d’Aina Madagascar et AFS Vivre Sans Frontière,
pour un tourisme vecteur de développement. ................................................................................ 96
Introduction de la troisième partie .................................................................................................. 97
CHAPITRE I : L’Association Aina Madagascar : Pour un tourisme solidaire .................................... 98
I – Objectifs d’une association solidaire à Madagascar ............................................................... 98
1)
Contexte géo politique de Madagascar ........................................................................... 98
a)
Contexte géopolitique .................................................................................................. 98
b)
Le contexte touristique ................................................................................................ 99
2)
Les objectifs d’Aina Madagascar ...................................................................................... 99
a)
Du tourisme solidaire à Madagascar ............................................................................ 99
b)
Les valeurs d’échanges équitables ............................................................................. 100
II- Les activités d’Aina Madagascar ............................................................................................ 101
1)
Les voyages proposés ..................................................................................................... 101
a)
Fonctionnement des voyages .................................................................................... 101
b)
Voyages proposés par l’association : ......................................................................... 102
2)
Les projets de développement local .............................................................................. 103
a)
Pour une meilleure éducation .................................................................................... 103
b)
Le commerce équitable .............................................................................................. 104
c)
Les autres projets de développement........................................................................ 104
1)
Une nouvelle gouvernance ............................................................................................ 105
a)
Une gouvernance locale ............................................................................................. 105
b)
Une diversification des activités vers le commerce équitable ................................... 105
1)
2)
Une marchandisation maitrisée de la culture et des échanges ..................................... 106
a)
Une marchandisation raisonnée de la culture et des échanges ................................ 106
b)
La valorisation de la culture Malgache et développement local. .............................. 107
Une initiation à l’apprentissage interculturel ................................................................ 107
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
169
a)
Les échanges culturels................................................................................................ 107
b)
Un apprentissage interculturel .................................................................................. 108
CHAPITRE II :
L’association AFS Vivre Sans Frontière : une éducation interculturelle par les
voyages........................................................................................................................................... 110
I – Présentation de l’association. ............................................................................................... 110
1)
Présentation générale de D’AFS Vivre Sans Frontière ................................................... 110
a)
AFS Vivre Sans Frontière dans le monde.................................................................... 110
b)
Objectifs et valeurs de l’association ........................................................................... 111
2)
Des voyages en immersion............................................................................................. 111
a)
Organisation des voyages........................................................................................... 111
b)
Les programmes proposés ......................................................................................... 112
II – Vérification des hypothèses. ................................................................................................ 113
1)
Un enjeu dans la mondialisation .................................................................................... 113
a)
Une dynamique pour les territoires d’accueil ............................................................ 113
b)
Une éducation à la citoyenneté internationale ......................................................... 114
2)
3)
Une éducation interculturelle par les voyages en immersion ....................................... 114
a)
La pensée métisse : résultat des séjours AFS ............................................................. 115
b)
Témoignages de jeunes et de familles d’accueil ........................................................ 115
Une préparation et un suivie pédagogique.................................................................... 116
III – Comparaison avec l’association Aina Madagascar.............................................................. 117
1)
Des différences complémentaires.................................................................................. 117
2)
Schéma comparatif d’Aina Madagascar et AFS Vivre Sans Frontière ............................ 119
3)
Un outil pour l’orientation des échanges interculturels dans le tourisme .................... 120
CHAPITRE III : Synthèse Générale ................................................................................................. 122
I – Approche interculturelle du tourisme et du développement. .............................................. 122
1)
Contexte et choix du sujet ............................................................................................. 123
2)
Importance de l’interculturalité dans le tourisme et le développement....................... 124
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
170
II – L’importance des échanges interculturels équitables.......................................................... 126
1)
Une marchandisation raisonnée par une gouvernance locale ...................................... 126
2)
Les échanges interculturels au service du développement ........................................... 127
II – Stage à Aina Madagascar et perspectives avenirs ............................................................... 129
1)
Bilan personnel de notre étude ..................................................................................... 129
2)
Stage à Aina Madagascar ............................................................................................... 129
3)
Perspectives et projet avenirs ........................................................................................ 130
Conclusion de la troisième partie :................................................................................................. 132
Conclusion Générale ...................................................................................................................... 133
Table des annexes : ........................................................................................................................ 137
Index ........................................................................................................................................... 153
Bibliographie .................................................................................................................................. 155
Master 1 tourisme et développement 2011 – Mélanie PEPIN
171