Valvert
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Valvert
Aurora Films présente Valvert Un documentaire écrit et réalisé par Valérie Mréjen Juillet 2007 Charlotte Vincent 16 rue Bleue, 75009 Paris Tel : 01 47 70 43 01 Fax : 01 47 70 43 91 e-mail : [email protected] Synopsis Préambule Le projet de film documentaire sur le centre hospitalier de Valvert est né d’une rencontre avec quelques soignants. En discutant avec des psychiatres et des infirmiers, il m’a semblé évident qu’un changement important et irréversible était en train de s’opérer au sein de l’hôpital, changement reflétant le mouvement de notre société vers une gestion sécuritaire et efficace, un désir de rendement en rupture radicale avec l’esprit d’ouverture d’il y a trente ans. J’ai eu envie de garder une mémoire des pratiques thérapeutiques et de recueillir un ensemble de témoignages sur l’évolution de la politique de soin depuis les années 70. Dès notre première rencontre, j’ai été enthousiasmée et passionnée par cette plongée dans un univers pour moi jusqu’alors inconnu. Le langage employé par l’ensemble des soignants m’a tout d’abord semblé un peu codé et plein d’abréviations, produisant un discours plus axé sur des préoccupations internes, mais assez vite, en discutant avec le personnel de l’hôpital, s’est dessinée l’envie d’aborder ce sujet par le biais du récit, de dépasser les propos généraux ou médico-techniques pour approcher chacun individuellement. L’idée est de retracer un historique de l’hôpital à travers une série de portraits filmés et de témoignages de soignants. J’aimerais réaliser un film documentaire de 52 minutes ancré dans cette réalité au quotidien, et dont une partie sera articulée sur l’idée de mots-clés. Le directeur de l’hôpital, favorable au projet et désireux de participer à la fabrication du film, a imposé la contrainte de ne pas montrer les patients. Ils pourront malgré tout être présents via des enregistrements sonores et des plans éloignés, ou suffisamment larges pour simplement deviner des silhouettes. Valvert est né dans les années 70. C’est un lieu emblématique du vent de liberté et du désir d’ouverture de ces années-là, autant par l’état d’esprit des soignants au moment de sa création, que par une architecture modulaire aux dimensions humaines : dans un parc vallonné en périphérie de Marseille, des chemins reliant une dizaine de pavillons permettent une circulation et des rencontres entre patients, soignants et visiteurs. Un court de tennis à l’abandon, une petite piscine vide, mais une salle de cinéma équipée d’un projecteur 35mm et un gymnase très fréquemment utilisés, contribuent à donner à cet établissement une allure de village. Ces bâtiments d’un étage en forme de U avec un patio intérieur sont identiques et abritent différents services : entrants (urgences psychiatriques), patients au long cours, hôpital de jour, hôpital de jour pour enfants, unité pour l’autisme, etc. L’ensemble est divisé en secteurs qui correspondent aux quartiers de la ville et aux environs de Marseille. C’est un 1 hôpital emblématique de l’utopie de ces années-là, né d’un désir de remettre en cause la psychiatrie telle qu’elle se pratiquait alors, où l’asile d’aliénés tenait encore de la structure carcérale concentrationnaire. L’idée a été de créer un hôpital ouvert, d’humaniser les patients, de les considérer désormais comme des sujets. Bon nombre de soignants ont été présents depuis la fondation de Valvert et y ont fait toute leur carrière. Ils ont tenté de mettre en place une autre manière de soigner la folie. À l’heure où les utopies semblent s’effondrer pour laisser la place à une politique plus matérielle et pragmatique, l’hôpital change pour devenir une entreprise avec des impératifs de rendement, et donc de résultats. Le film tentera de mettre à jour les raisons et les conséquences de ces changements au sein de l’institution. Il s’agira d’interviewer des personnes exerçant toutes sortes de fonctions : médecins, secrétaires, ouvriers, directeurs des soins infirmiers, infirmiers diplômés d’Etat (DE), infirmiers psychiatriques, cadres supérieurs de santé, agents de service hospitalier (ASH), délégués syndicaux etc. Chacun sera convié à faire part de son expérience, à exprimer de manière subjective la perception de ces changements et des effets au quotidien. Le film sera composé de quatre types de séquences ; des extraits d’interviews en face à face à partir de mots-clés, des scènes filmées au cours de réunions entre soignants, des images du lieu avec les voix-off des patients ou leurs silhouettes au loin, les gestes de travail des employés de l’hôpital. La progression globale entre le début et la fin évoluera du général vers le particulier : nous commencerons par donner quelques éléments importants sur l’histoire de la psychiatrie, par aborder les notions de base incontournables (le soin, le traitement, la sectorisation, la place de la folie dans notre société…), pour approcher de plus en plus l’expérience des soignants : la réceptivité, le choix de ce métier, l’identification, le dévouement, le don de soi… Après la seconde guerre est née une pensée politique sur les institutions mentales, qu’on a appelé la psychothérapie institutionnelle ; c’était encore l’époque des grands asiles départementaux à l’extérieur des villes où les fous étaient internés et ne sortaient jamais. La découverte des camps de concentration a fait effet de miroir : la psychiatrie a pris conscience que ses hôpitaux fonctionnaient sur ce même modèle et s’est mise à réfléchir sur le traitement de la folie. Sont nés des courants révolutionnaires (l’antipsychiatrie et la psychothérapie institutionnelle) qui ont « ouvert » les murs de l’hôpital et remis en question les notions de folie et de normalité. Un rapport plus humain s’est installé avec ceux qu’on appelait malades, désormais désignés par le terme de patients. La loi de sectorisation, votée dans les années 2 1980, a consisté à affecter des unités de soin et des centres thérapeutiques par quartiers et communes : par exemple, à Valvert, le secteur 8 couvre les 12èmes arrondissements de Marseille ainsi que les communes d’Allauch et Plan de Cuques. Chaque secteur comprend plusieurs pavillons ou centres extra-hospitaliers. Il existe également des solutions alternatives comme les appartements associatifs (plusieurs patients partagent un même appartement au centre ville) ou les visites à domiciles, qui permettent aux patients de continuer à habiter chez eux tout en recevant régulièrement des soins sur rendez-vous. Les années 70, portées par un vent d’utopie et un grand désir d’ouverture, ont vu se libérer la conception ancienne sur un mode carcéral pour se lancer dans des activités, des ateliers, des sorties avec les patients… Jean Caporal, infirmier : « Les eaux vives, une association financée par l’hôpital, avait acheté un voilier. On sortait fréquemment en mer, dans les calanques, faire du canoë... Je me souviens d’un patient schizophrène qui en a fait son métier, qui est devenu skipper. L’infirmier responsable de l’activité voile trouvait des sponsors. Mais c’est devenu illégal pour les hôpitaux de financer ce genre d’activités, le bateau a été vendu. Maintenant, il faut aller dans des endroits agrées et on n’a plus de crédits pour faire des sorties. » Rudi Mendzat, infirmier : « Il y avait sans doute une part d’inconscience…mais on savait gérer les états de crise. On sortait avec des HO (Hospitalisés d’Office) et on était couverts par les médecins. Une fois on était partis à la plaine avec une patiente complètement délirante qui voulait acheter une seule chaussette. On s’est dit : « elle va se démerder, qu’elle se confronte un peu au monde ». Eh ben, elle a réussi. J’ai trouvé ça trop fort ! Nous on ne saurait pas comment faire, on n’oserait jamais. Le vendeur finissait par plaisanter avec elle, il lui disait « Mais Madame, je ne peux pas vous vendre une chaussette ». Elle : « Pas Madame, Mademoiselle, je ne suis pas mariée » ». Pierre Bardin, psychiatre : « Cuisiner ensemble et partager un bon repas était une façon d’apporter du bien-être aux patients. Il y avait un plaisir créatif. À une époque, j’ai carrément organisé des activités bistro : on les emmenait au bar, en ville. La première fois que ça m’est venu c’est avec un patient qui n’avait pas quitté l’hôpital depuis 20 ans et qui m’a dit « Je boirais bien une bière fraîche ». Depuis quelques années, l’administration impose des règles d’hygiène pour éviter les risques de bactéries etc, si bien qu’il est interdit de faire à manger. Des plateaux-repas sont désormais fournis par une entreprise de plats cuisinés. » Depuis 1992, la formation d’infirmier psychiatrique a disparu au profit du diplôme d’Etat : les infirmiers ne sont plus spécialisés pour s’occuper de patients psychotiques. À la fin de leurs 3 études, ils peuvent aller en psychiatrie aussi bien qu’en pneumologie ou en cardiologie. C’est un des facteurs importants de changements au sein de l’hôpital. Francis Pitaud, infirmier retraité : « Lorsqu’on faisait des études d’infirmier psychiatrique à mon époque, avant de devenir élève, on était apprenti. On entrait directement dans le service et on se trouvait confrontés à la folie dès le premier jour. Alors que maintenant les infirmiers sont à l’école, ils commencent par la théorie. Nous, avant d’étudier la pathologie, on était d’emblée en contact avec elle ». Cécile Unger, psychomotricienne : « Les premiers gestes des infirmiers DE (Diplômés d’Etat) qui arrivent ici sont de ranger la pharmacie, puis de donner les traitements. Une fois qu’ils ont fait ça, ils ne savent plus quoi faire ; ils se laissent gagner par la torpeur et le manque d’intérêt des patients ». Martine Fournier, psychiatre : « Je n’ai rien contre les infirmiers DE. C’est une question d’énergie et d’ouverture d’esprit. Ce sont des gens jeunes, et même s’ils ne sont pas formés, il est possible de leur transmettre une expérience. » Un des changements majeurs est aussi lié à la chimie. Le traitement des psychoses est devenu très médicalisé. Jean Caporal, infirmier psychiatrique : « On ne laisse plus survenir les symptômes. L’objectif revient à trouver le meilleur traitement pour maintenir une stabilité. On dépense moins d’argent mais on en fait gagner plus aux labos. » Francis Pitaud, infirmier retraité : « Avant, on prenait le temps de s’asseoir sur le lit du patient et de l’écouter pendant deux heures s’il le fallait. Éventuellement on mettait du médicament derrière. » Mais certaines améliorations ont été accomplies depuis une trentaine d’années. Jean Caporal : « Le confort matériel et hôtelier des patients a augmenté. Ils sont plus respectés en tant qu’individus… » Francis Pitaud : « Moi j’ai connu l’époque des douches collectives, on les faisait rentrer à 15 et on distribuait les vêtements à la sortie, il fallait aller vite, l’un se retrouvait avec un slip trop grand, l’autre une chemise trop petite, ça n’avait aucune importance ». Florence Smadja, psychologue : « On nous a installé un système d’alarme très coûteux. Lorsqu’il y a un problème, on est censés appuyer sur un bouton relié à la guérite du concierge ; ça sonne chez lui, il doit appeler le pavillon pour vérifier qu’il y a bien un problème (si quelqu’un répond au téléphone…vu qu’on est occupés avec le cas de crise, 4 souvent, personne ne peut y aller), puis ensuite il prévient les vigiles qui arrivent sur place, constatent, et, eux, doivent appeler les pompiers. En général, les équipes demandent du renfort auprès des autres pavillons. Évidemment, on n’utilise jamais ce système. C’est plus une mise aux normes pour les assurances ». Petit à petit, les considérations sur le devenir de l’hôpital et son fonctionnement laisseront place à une approche plus intimiste et affective sur la relation avec les patients, l’empathie, la motivation, la vocation. Les soignants se mettront ainsi à parler à la première personne. De mots-clés aux acceptions universelles, on passera au singulier, au particulier, au sensible. Seront également abordées les notions d’impalpable et d’invisible inhérentes au soin psychiatrique, si difficiles à concilier avec les nouvelles directives et les fiches à remplir. Myrtille Viot, infirmière : « Quelquefois, on croise un patient par hasard, on discute un moment, et là, quelque chose se dit qui le fait avancer, pourquoi on ne sait pas, c’est comme ça ». Michel Raimondo, infirmier psychiatrique : « Nous, contrairement aux autres professionnels de la santé, on n’a pas vocation de guérir les gens ; on a accepté d’être dans l’échec dès le départ. Notre but, notre désir assumé, c’est de leur permettre de retrouver une place dans la société. C’est ça la psychiatrie publique. C’est que le patient qui était à l’asile (endroit retiré avec des murs autour) puisse vivre sa vie et être toléré par son entourage (quartier, famille etc) ». Valérie Garson, pédopsychiatre : « Au moment de choisir mes études, j’ai hésité entre psychiatrie et réanimation, ce qui, au fond, est assez proche ». Stéphane Quilichini, psychiatre : « Un jour, pour plaisanter, je suis entré dans la chambre d’isolement et les copains ont fermé la porte. J’ai commencé à faire le fou, cela faisait rire tout le monde puis ils sont partis vaquer et peu à peu, les têtes qui passaient devant la fenêtre n’étaient plus les mêmes et j’ai senti que les gens en face me regardaient différemment ». Pierre Bardin, psychiatre : « J’avais un copain infirmier à la Timone, où on ne pouvait ouvrir les portes que de l’extérieur. Il était allé porter un plateau repas et la porte a claqué, il s’est retrouvé avec le patient et évidemment il s’est mis à frapper. Le patient lui a dit « vous pouvez toujours taper, ils ne viennent jamais ». Ces fragments à partir de mots-clés (qui pourront être signalés très simplement par des cartons ou repris par l’interviewé), alterneront avec des moments collectifs, des échanges autour 5 d’une table. Des réunions seront organisées autour de thèmes débattus en direct. Les soignants parleront entre eux, échangeront leurs avis, défendront leurs points de vue. La caméra captera les propos sur le vif. D’autres moments inattendus seront filmés tels quels ; deux collègues se croisant dans un couloir, quelques infirmières évoquant des souvenirs dans la salle de repos, un instant de décompression… Une infirmière : « Boris…ah oui il est maintenant dans un pavillon où il est beaucoup mieux. non parce qu’ici c’était un matelas par jour. Il mangeait son matelas. Un matelas par jour ! ». Une infirmière : « Qu’est-ce qu’il est devenu celui qui s’enfermait dans le parking avec les ambulances ? ». Une infirmière : « On le voit de temps en temps. Il s’était arrangé pour avoir toutes les clés et il passait la nuit au milieu des voitures. C’était le fils d’un professeur de cinéma à Aix. » À travers les paroles des soignants et du reste du personnel, se dessinera un historique du lieu et des méthodes thérapeutiques en pleine évolution, une mémoire vivante de la pratique de soins et des changements de mœurs. Valvert, qui fut crée par de jeunes soignants engagés, est emblématique de toute cette période. Le contraste entre l’état d’esprit d’alors et la politique d’aujourd’hui est d’autant plus marqué que cet anniversaire coïncide avec le départ à la retraite de nombreux infirmiers, dits les « anciens ». On tentera de comprendre comment la place de la folie évolue dans la société, quelles sont les conséquences des nouvelles orientations quelque trente ans après une époque euphorique et expérimentale. 6 Note d’intention Au cours de mes premières visites à l’hôpital Valvert et dès les premières rencontres avec les soignants, l’idée m’est apparue d’emblée d’aborder le sujet par le biais du langage ; d’entrer dans ce monde finalement peu représenté (tout au moins du côté des soignants et du personnel) en partant de notions, d’abréviations, de mots régulièrement utilisés pour essayer de rendre intelligible le travail au quotidien, le fonctionnement et l’univers du centre hospitalier. Il ne s’agira pas d’expliquer tel ou tel vocable en étant didactique, mais de proposer différents points de vue reliés à des expériences singulières, de faire parler les gens sur des thèmes récurrents du champ de la psychiatrie, sans craindre de pointer les plus utilisés ou les plus évidents (Ex : le soin. Une notion très basique et indispensable. Qu’est-ce que le soin et sous quelles formes peut-il se prodiguer ?). Le discours des soignants sera ancré dans la réalité de leur travail au quotidien, de leur expérience personnelle, d’exemples et de descriptions relatant leurs rapports avec les patients. On tentera de dépasser l’ensemble des formules qui reviennent au premier abord (ce n’est plus comme avant, tout est plus compliqué, nous avons moins de liberté…) pour essayer de décrire de façon très concrète ce qui est en train de changer. Plutôt que de servir un exposé déjà pensé sur l’état général des choses, on proposera une juxtaposition de souvenirs plus ou moins récents, des observations, des constats, autant de témoignages qui permettront de pénétrer dans le quotidien de l’hôpital et d’en saisir le fonctionnement. Les personnes seront filmées dans leurs bureaux ou leurs lieux de travail, qui sont généralement plutôt dépouillés et standards (mobilier d’hôpital, fauteuils en skaï, tables basses identiques, fenêtres à travers lesquelles on voit un peu de nature...petite cuisine, salle de repos etc). Une attention particulière sera donnée aux propos mêmes en tâchant d’éviter les distractions visuelles ou éléments par trop anecdotiques. Les cadres seront fixes, les compositions assez sobres et minimales. Il n’y aura jamais de questions posées off ni de présence à l’image de l’interlocuteur. Les mots-clés seront directement repris par les interviewés eux-mêmes ou annoncés par des cartons, de façon à entrer directement dans le sujet. Le montage alterné installera un va-et-vient entre tous les intervenants plutôt qu’un face à face avec la réalisatrice. La confrontation des différents points de vue mettra ainsi à jour des accords ou des divergences, permettra de montrer ce qui réunit ou ce qui divise. ex : médicaments 7 Francis Pitaud, infirmier retraité : « Il arrivait aussi qu’il y ait des abus. Quelquefois le médecin prescrivait 30 gouttes de perlimpimpin et l’infirmier en donnait 100 parce que le patient faisait chier ». Stéphane Quilichini : « Maintenant ils sont comptés. C’est normal, car ils coûtent très cher. Si on en donne double dose, cela se voit tout de suite. » Myrtille Viot, infirmière : « Certains patients trouvent des astuces invraisemblables pour ne pas prendre leurs traitements. On retrouve les médicaments dans les poches, dans les poubelles, partout… dans les plis des soutien-gorge… » Yves Long : « Pour ne pas prendre son médicament, devant toi il faisait semblant de boire, mais il le versait sur une éponge cachée dans sa main». Pierre Bardin, psychiatre : « Les effets secondaires sont terribles. Ça fait trembler, grossir. Les neuroleptiques diminuent l’ensemble des sensations affectives. Comme on a quand même besoin d’une quantité de plaisir dans sa journée, ils essayent de trouver d’autres compensations ; des petits plaisirs simples liés à l’oralité, la cigarette, les sucreries. » Les réponses seront courtes, précises et concentrées sur ce qui, pour chaque personne, correspondra le mieux au sujet proposé. Idéalement, chacun devra formuler une approche en quelques mots, proposer une synthèse profonde et « dégraissée » de ce qui aura été dit au cours des entretiens préparatoires. Le travail de préparation des interviews, outre une écoute patiente et approfondie de chacun, consistera également à mettre en confiance devant la caméra, à dédramatiser le dispositif, et à tâcher de laisser de côté le vocabulaire trop codé. Les soignants et les membres du personnel auront ainsi conscience de s’adresser à un large public et non à des professionnels de la santé, exercice inhabituel mais nécessaire à la compréhension du film. C’est une façon de procéder liée au reste de mon travail, et qu’on retrouve notamment dans Pork and Milk (2004, production Aurora Films, Arte France, Ina) où j’ai fait répéter mes personnages afin d’obtenir des récits tenus, et éviter les flottements, les hésitations, les détours... Par exemple, Stéphane Quilichini, psychiatre : « Je reçois un jour en consultation un patient que je dois convaincre du bienfait d'un traitement, il souffre d'une schizophrénie et crie dans la rue car il « ne supporte pas les bourgeoises ». Donc je lui vends l'affaire en lui disant que grâce au médicament il va pouvoir prendre du recul, j'insiste là-dessus, et il me répond « mais est-ce que ça va me faire avancer? ». J'en suis resté coi et ça m'a bien fait rire intérieurement. » Une indication reviendrait ici à ne pas dire la dernière phrase qui sonne comme un commentaire. 8 Ces moments de parole réfléchie et posée alterneront avec des scènes filmées sur le vif pour saisir des instants spontanés et inattendus, enregistrer les événements tels qu’ils se produiront : échanges en salle de repos, discussion entre des soignants, moments de détente et de relâchement, réunions impromptues, évocation du travail avec les patients. Il s’agira alors d’être dans un retrait purement documentaire et de ne pas interférer sur les scènes observées. Une familiarité acquise au fur et à mesure des repérages et l’éventualité prévue et anticipée de faire ces captations permettront, si tout se passe bien, de se glisser discrètement au milieu d’un groupe sans trop perturber le travail ou pervertir le naturel. L’impression générale sera toujours celle du collectif : collectif lorsque les soignants seront réunis pour parler entre eux, mais également avec les montages alternés autour de mots-clés. L’hôpital psychiatrique fonctionne en effet avant tout sur ce principe, organisant régulièrement des échanges et des mises au point. Pierre Bardin, psychiatre : « Le collectif, dans une salle de classe à l’école, est du côté de la classe. Ici, il est du côté de l’équipe soignante autour du patient. C’est l’inverse quant à qui enseigne à qui ». Il n’y aura donc pas de figure centrale ni d’entretiens très longs primant sur tous les autres, mais une vue kaléidoscopique permettant d’englober la multitude et de restituer cette approche collégiale. Le montage off de propos des patients sur ces images d’ensemble et de paysages, permettra avant tout d’être un temps « avec eux », de changer de point de vue, comme si l’on se trouvait à leurs côtés en train de regarder par la fenêtre ou de marcher sur une allée. On tentera également de faire des plans suffisamment éloignés pour ne pas distinguer les visages, de capter des silhouettes, de saisir des mouvements, de filmer des patients dans une semi obscurité, de dos ou en contre-jour, afin qu’ils occupent malgré tout physiquement une place dans l’image, grâce à d’autres moyens que la frontalité. Il pourra sans doute arriver que des cris ou des bruits interviennent au cours d’entretiens et viennent se superposer aux propos des soignants, ce qui dira de fait leur présence hors champ. Des images en mouvement de l’hôpital, des déambulations dans les locaux montrant l’architecture et les circulations viendront apporter des respirations, permettront de saisir l’esprit du lieu et la forte présence de la nature, de noter les similitudes entre ces bâtiments (tous les pavillons sont construits d’après le même plan avec un patio intérieur et un vis à vis 9 entre baies vitrées), de passer d’un endroit à l’autre, comme on effectue une visite. On pénètrera dans la salle de cinéma, dans le gymnase, empruntera un chemin, ira à la cafétéria, prendra des vues différentes du jardin… Enfin, certains plans de l’extérieur montreront une autre réalité de Valvert : les jardiniers en train de désherber, les ouvriers réparant des installations, des gestes d’entretien et de maintenance, mais aussi le vigile effectuant sa ronde, les camions de livraison se garant face au réfectoire, le gardien à l’entrée assis dans sa guérite… Les mains des ouvriers seront quelquefois filmées de près, comme pour diriger le regard sur les menus détails, la forme d’un objet, la couleur d’un outil, l’effet répétitif de certaines tâches, la résonance un peu obsessionnelle du labeur mécanique. Ces quatre types de mises en place (réunions de soignants, interviews individuelles, plans silencieux avec voix-off et gestes de travaux manuels) seront montés en parallèle et chercheront à restituer une idée fidèle de la diversité des activités menées simultanément à l’hôpital : pendant que les uns se retrouvent et réfléchissent sur les soins à donner, d’autres réparent, nettoient, font réchauffer, tandis que les médecins consultent ou prescrivent des traitements, des patients boivent un verre à la cafétéria, regardent la télévision, déambulent dans le parc…le tout articulé sur la parole et le langage ; idées qui se forment au contact des autres, langage élaboré et maîtrisé, phrases plus ou moins cohérentes des patients, éclairs de lucidité, cris violents et gestes sans commentaires. L’interdiction de filmer les patients sera intégrée dès l’ouverture du film par une séquence emblématique, un moment fort où il sera question d’eux sans les voir : un entretien entre un patient adolescent et une pédopsychiatre ou l’on ne verrait que la pédopsychiatre, une réunion autour d’un cas particulier, un monologue de psychotique sur des images de l’hôpital… Le temps prévu serait 3 semaines de repérages et 3 semaines de tournage. J’envisage une équipe légère composée d’un chef opérateur et d’un ingénieur du son, plus éventuellement d’un stagiaire / assistant pour s’occuper de la régie et de l’organisation sur place. L’idée est d’être en petit nombre mais d’installer malgré toute une atmosphère professionnelle discrète et rassurante. Le film sera tourné en vidéo (idéalement HD) pour permettre un maximum de souplesse et de disponibilité. 10 Valérie MREJEN Née en 1969 à Paris. Vit et travaille à Paris. Oct. 2002 - mars 2003 1989 – 1994 résidence à la Villa Médicis, Rome Ecole National d’Arts de Cergy-Pontoise DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique) FILMOGRAPHIE 2004 Pork and Milk Documentaire (52’, 35mm couleur) Production Aurora Films / Arte France / Ina Entrevues de Belfort, Festival Images en région de Vendôme, FIPA à Biarritz, Festival de Lunel (prix du Jury), Festival de La Rochelle, Festival du moyen métrage de Brive, Festival International de Kiev. Prix de la Création et Prix Messa in onda au Prix International du Documentaire et du Reportage Méditerranéen, à Syracuse (CMCA) 2005 Présélectionné pour le césar du court-métrage 2006 Diffusion Arte (décembre 2004 et janvier 2007) - Pinktv (février 2006) / sortie salle (distribué par Documentaire sur grand écran) et DVD (édité par Allia) : mars 2006 2002 Chamonix court-métrage (13’, 35 mm couleur) Production Le Fresnoy Prix Jameson au Festival de Clermont-Ferrand 2003 Festival de Rotterdam, Festival de La Rochelle, Paris tout court, Onze bouge, Court 18 2001 La Défaite du rouge-gorge court-métrage (23’, 35mm couleur) Production Capricci Films, avec l'aide du Conseil Régional du Centre, du Conseil Régional d'Indre-et-Loire et de la DAP Prix du jury de la presse au Festival Côté-court de Pantin 2001. Festival Nemo, Premiers Plans d'Angers, Festival de Rotterdam, Festival Travelling de Rennes Acheté par Arte France (diffusion : juillet 2003) VIDEOS 2006 2004 2003 2002 Manufrance (5’) Collection Tate Modern, Londres, Collection Fonds national d’art contemporain Dieu (12’) Collection musée national d’Art Moderne, centre Georges Pompidou, Paris BAFICI - Buenos Aires Festival Internacional de Cine Independiente, Centre Pompidou, Documentaire sur grand écran, cinéma des cinéastes. Portraits filmés 2 (8’) Collection musée d’art moderne Grand-Duc Jean, Luxembourg Portraits filmés (13’) Collection Fonds national d’art contemporain Quinzaine des réalisateurs–Cannes, Festival de Rotterdam, Festival de La Rochelle, Chicago International Doc Film Festival, Côté Court-Pantin, Festival du film d’Ottawa-Ontario Oops (6’) Production Banque Bruxelles Lambert. Exposition Forwart, Bruxelles 11 2000 1999 1998 Des larmes de sang, La Poire, Elisabeth, Le Goûter, Eric, Titi ou Les Kiwis, Marianne, Blue bar Valérie, Le Projet, Il a fait beau, Yves et Sylvia, C Maïté et Philippe, Sympa, Anne et Manuel, Jocelyne, Huguette Comment aider votre mari à réussir dans la vie 1997 Bouvet, Au revoir, merci, bonne journée, Une noix, Tonie et Etienne, Michèle et Aurore, Scali/Margot Quinzaine des Réalisateurs-Cannes, VideoLisboa-Lisbonne, Festival du court de Bilbao, Internationale Kurtzfilmtage d’Oberhausen, Festival de la Rochelle, Coté Court-Pantin, Premiers Plans d'Angers, Festival du film de Moscou, Festival du nouveau cinéma et des nouveaux medias-Montréal, Videoart-Locarno… Collection Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (Il a fait beau) et collections particulières. EXPOSITIONS PERSONNELLES 2004 2003 2002 2001 2000 1999 1998 Galerie cent8 - serge le borgne, Paris Galerie du Centre Culturel Français, Milan Centre pour l’Image Contemporaine, Genève Galerie Taché-Lévy, Bruxelles Galerie cent8 - serge le borgne, Paris Winslow Garage, Los Angeles Château de Candiac, Candiac (sur une proposition de Bob Calle) Exciting, Art Brussels, Bruxelles Artissima, Foire de Turin (prix Artissima) Galerie cent8- serge le borgne, Paris CCC, Tours Le Hall, Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon Vivre sa vie, Project room, Tramway, Glasgow Espace Croisé, Lille Logorrhées, Centre d’Art Contemporain de Basse Normandie, Hérouville-Saint-Clair EXPOSITIONS COLLECTIVES 2007 2006 2005 2004 2003 Global feminisms, Brooklyn Museum, New York Media Burn, Tate Modern, Londres Airs de Paris, centre Pompidou, Paris Notre histoire, Palais de Tokyo, Paris Choosing My Religion, Kunstmuseum Thun, Suisse Werkleitz Biennale Happy Believers, Allemagne Leaving on a flat-bed picture plane, The Centre of Attention, Londres Expérience de la durée, Biennale de Lyon The Imaginary Number, KW Institute for Contemporary Art, Berlin La actualidad revisada, La Tabacalera, San Sebastian Participate ? Chinese European Art Center, Xiamen, Chine Cosmique City Bled, Musée Zadkine, Paris, France VideoZone, Herzliya Museum of Contemporary Art, Israël Galerie cent8 - serge le borgne, Paris D’une image qui ne serait pas du semblant, Passage de Retz, Paris Chisenhale Gallery, Londres Seethe, Catriona Jeffries Gallery, Vancouver, Canada Sei, Académie de France à Rome, Villa Medici, Rome 12 2002 2001 2000 1999 1998 Quand on pose une chose contre une autre, elles se touchent, Centre Régional d’Art Contemporain de Sète The Process, KIASMA, Helsinki Autori Party, Galerie Autori Cambi, Rome Faiseurs d’histoires, FRAC Bretagne, galerie du TnB, Rennes Attachment, Brugge 2002, Bruges La vie devant soi, Centre départemental d’art contemporain, Albi et FRAC Languedoc Roussillon, Montpellier Sans commune mesure, Le Fresnoy, Tourcoing Récits, Abbaye-Saint-André, Centre d’art contemporain, Meymac Parcours contemporain, Fontenay-Le-Comte ForwArt a choice, BBL Cultural Centre, Bruxelles Get that Balance, klub n + k, Hambourg Love Me Love Me, La Périphérie, Paris Marking The Territory, Museum of Modern Art, Dublin All We Need IsA Preacher And A Motel, Friche de la Belle de Mai, Marseille Alchimie de la rencontre, Frac Champagne-Ardenne, Reims Prodige, Espace Paul Ricard, org. Robert Fleck, Paris Big Torino, Biennale de Turin Chroniques du Dehors et autres hypothèses, Centre National de la Photographie Chapelle Sainte-Anne, Arles Les témoins oculistes, Bruxelles Sublime, Duende, Rotterdam ARCO, Madrid Situations compromettantes, galeries Anton Weller et Montenay-Giroux, Paris It’s Comfy, Skuc Galerija, Ljublana Dis.location, HARTware projekte, Dortmund L’été indien, Frac Languedoc-Roussillon , Montpellier Dialogues, Tramway, Glasgow Bruitsecrets, CCC, Tours Double rivage, Centre Régional d’Art Contemporain de Sète Les vrais héros s’amusent tout seuls, Les témoins oculistes, Bruxelles PUBLICATIONS 2007 2006 2005 2004 2002 1999 Liste rose, éditions Allia Pork and Milk, livre dvd, éditions Allia Valérie Mréjen, coll. Pointligneplan, ed. Léo Scheer, texte d’Elisabeth Lebovici Eau Sauvage, éditions Allia Une dispute et autres embrouilles, éd. Petit Pol L’Agrume, éditions Allia Mon Grand-père, éditions Allia 13