Valvert

Transcription

Valvert
Aurora Films présente
Valvert
Un documentaire
écrit et réalisé par Valérie Mréjen
Juillet 2007
Charlotte Vincent
16 rue Bleue, 75009 Paris
Tel : 01 47 70 43 01
Fax : 01 47 70 43 91
e-mail : [email protected]
Synopsis
Préambule
Le projet de film documentaire sur le centre hospitalier de Valvert est né d’une rencontre avec
quelques soignants. En discutant avec des psychiatres et des infirmiers, il m’a semblé évident
qu’un changement important et irréversible était en train de s’opérer au sein de l’hôpital,
changement reflétant le mouvement de notre société vers une gestion sécuritaire et efficace,
un désir de rendement en rupture radicale avec l’esprit d’ouverture d’il y a trente ans. J’ai eu
envie de garder une mémoire des pratiques thérapeutiques et de recueillir un ensemble de
témoignages sur l’évolution de la politique de soin depuis les années 70. Dès notre première
rencontre, j’ai été enthousiasmée et passionnée par cette plongée dans un univers pour moi
jusqu’alors inconnu. Le langage employé par l’ensemble des soignants m’a tout d’abord
semblé un peu codé et plein d’abréviations, produisant un discours plus axé sur des
préoccupations internes, mais assez vite, en discutant avec le personnel de l’hôpital, s’est
dessinée l’envie d’aborder ce sujet par le biais du récit, de dépasser les propos généraux ou
médico-techniques pour approcher chacun individuellement. L’idée est de retracer un
historique de l’hôpital à travers une série de portraits filmés et de témoignages de soignants.
J’aimerais réaliser un film documentaire de 52 minutes ancré dans cette réalité au quotidien,
et dont une partie sera articulée sur l’idée de mots-clés. Le directeur de l’hôpital, favorable au
projet et désireux de participer à la fabrication du film, a imposé la contrainte de ne pas
montrer les patients. Ils pourront malgré tout être présents via des enregistrements sonores et
des plans éloignés, ou suffisamment larges pour simplement deviner des silhouettes.
Valvert est né dans les années 70. C’est un lieu emblématique du vent de liberté et du désir
d’ouverture de ces années-là, autant par l’état d’esprit des soignants au moment de sa
création, que par une architecture modulaire aux dimensions humaines : dans un parc vallonné
en périphérie de Marseille, des chemins reliant une dizaine de pavillons permettent une
circulation et des rencontres entre patients, soignants et visiteurs. Un court de tennis à
l’abandon, une petite piscine vide, mais une salle de cinéma équipée d’un projecteur 35mm et
un gymnase très fréquemment utilisés, contribuent à donner à cet établissement une allure de
village. Ces bâtiments d’un étage en forme de U avec un patio intérieur sont identiques et
abritent différents services : entrants (urgences psychiatriques), patients au long cours, hôpital
de jour, hôpital de jour pour enfants, unité pour l’autisme, etc. L’ensemble est divisé en
secteurs qui correspondent aux quartiers de la ville et aux environs de Marseille. C’est un
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hôpital emblématique de l’utopie de ces années-là, né d’un désir de remettre en cause la
psychiatrie telle qu’elle se pratiquait alors, où l’asile d’aliénés tenait encore de la structure
carcérale concentrationnaire. L’idée a été de créer un hôpital ouvert, d’humaniser les patients,
de les considérer désormais comme des sujets.
Bon nombre de soignants ont été présents depuis la fondation de Valvert et y ont fait toute
leur carrière. Ils ont tenté de mettre en place une autre manière de soigner la folie.
À l’heure où les utopies semblent s’effondrer pour laisser la place à une politique plus
matérielle et pragmatique, l’hôpital change pour devenir une entreprise avec des impératifs de
rendement, et donc de résultats. Le film tentera de mettre à jour les raisons et les
conséquences de ces changements au sein de l’institution.
Il s’agira d’interviewer des personnes exerçant toutes sortes de fonctions : médecins,
secrétaires, ouvriers, directeurs des soins infirmiers, infirmiers diplômés d’Etat (DE),
infirmiers psychiatriques, cadres supérieurs de santé, agents de service hospitalier (ASH),
délégués syndicaux etc. Chacun sera convié à faire part de son expérience, à exprimer de
manière subjective la perception de ces changements et des effets au quotidien.
Le film sera composé de quatre types de séquences ; des extraits d’interviews en face à face à
partir de mots-clés, des scènes filmées au cours de réunions entre soignants, des images du
lieu avec les voix-off des patients ou leurs silhouettes au loin, les gestes de travail des
employés de l’hôpital.
La progression globale entre le début et la fin évoluera du général vers le particulier : nous
commencerons par donner quelques éléments importants sur l’histoire de la psychiatrie, par
aborder les notions de base incontournables (le soin, le traitement, la sectorisation, la place
de la folie dans notre société…), pour approcher de plus en plus l’expérience des soignants :
la réceptivité, le choix de ce métier, l’identification, le dévouement, le don de soi…
Après la seconde guerre est née une pensée politique sur les institutions mentales, qu’on a
appelé la psychothérapie institutionnelle ; c’était encore l’époque des grands asiles
départementaux à l’extérieur des villes où les fous étaient internés et ne sortaient jamais. La
découverte des camps de concentration a fait effet de miroir : la psychiatrie a pris conscience
que ses hôpitaux fonctionnaient sur ce même modèle et s’est mise à réfléchir sur le traitement
de la folie. Sont nés des courants révolutionnaires (l’antipsychiatrie et la psychothérapie
institutionnelle) qui ont « ouvert » les murs de l’hôpital et remis en question les notions de
folie et de normalité. Un rapport plus humain s’est installé avec ceux qu’on appelait malades,
désormais désignés par le terme de patients. La loi de sectorisation, votée dans les années
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1980, a consisté à affecter des unités de soin et des centres thérapeutiques par quartiers et
communes : par exemple, à Valvert, le secteur 8 couvre les 12èmes arrondissements de
Marseille ainsi que les communes d’Allauch et Plan de Cuques. Chaque secteur comprend
plusieurs pavillons ou centres extra-hospitaliers. Il existe également des solutions alternatives
comme les appartements associatifs (plusieurs patients partagent un même appartement au
centre ville) ou les visites à domiciles, qui permettent aux patients de continuer à habiter chez
eux tout en recevant régulièrement des soins sur rendez-vous.
Les années 70, portées par un vent d’utopie et un grand désir d’ouverture, ont vu se libérer la
conception ancienne sur un mode carcéral pour se lancer dans des activités, des ateliers, des
sorties avec les patients… Jean Caporal, infirmier : « Les eaux vives, une association financée
par l’hôpital, avait acheté un voilier. On sortait fréquemment en mer, dans les calanques, faire
du canoë... Je me souviens d’un patient schizophrène qui en a fait son métier, qui est devenu
skipper. L’infirmier responsable de l’activité voile trouvait des sponsors. Mais c’est devenu
illégal pour les hôpitaux de financer ce genre d’activités, le bateau a été vendu. Maintenant, il
faut aller dans des endroits agrées et on n’a plus de crédits pour faire des sorties. »
Rudi Mendzat, infirmier : « Il y avait sans doute une part d’inconscience…mais on savait
gérer les états de crise. On sortait avec des HO (Hospitalisés d’Office) et on était couverts par
les médecins. Une fois on était partis à la plaine avec une patiente complètement délirante qui
voulait acheter une seule chaussette. On s’est dit : « elle va se démerder, qu’elle se confronte
un peu au monde ». Eh ben, elle a réussi. J’ai trouvé ça trop fort ! Nous on ne saurait pas
comment faire, on n’oserait jamais. Le vendeur finissait par plaisanter avec elle, il lui disait
« Mais Madame, je ne peux pas vous vendre une chaussette ». Elle : « Pas Madame,
Mademoiselle, je ne suis pas mariée » ».
Pierre Bardin, psychiatre : « Cuisiner ensemble et partager un bon repas était une façon
d’apporter du bien-être aux patients. Il y avait un plaisir créatif. À une époque, j’ai carrément
organisé des activités bistro : on les emmenait au bar, en ville. La première fois que ça m’est
venu c’est avec un patient qui n’avait pas quitté l’hôpital depuis 20 ans et qui m’a dit « Je
boirais bien une bière fraîche ». Depuis quelques années, l’administration impose des règles
d’hygiène pour éviter les risques de bactéries etc, si bien qu’il est interdit de faire à manger.
Des plateaux-repas sont désormais fournis par une entreprise de plats cuisinés. »
Depuis 1992, la formation d’infirmier psychiatrique a disparu au profit du diplôme d’Etat : les
infirmiers ne sont plus spécialisés pour s’occuper de patients psychotiques. À la fin de leurs
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études, ils peuvent aller en psychiatrie aussi bien qu’en pneumologie ou en cardiologie. C’est
un des facteurs importants de changements au sein de l’hôpital.
Francis Pitaud, infirmier retraité : « Lorsqu’on faisait des études d’infirmier psychiatrique à
mon époque, avant de devenir élève, on était apprenti. On entrait directement dans le service
et on se trouvait confrontés à la folie dès le premier jour. Alors que maintenant les infirmiers
sont à l’école, ils commencent par la théorie. Nous, avant d’étudier la pathologie, on était
d’emblée en contact avec elle ».
Cécile Unger, psychomotricienne : « Les premiers gestes des infirmiers DE (Diplômés d’Etat)
qui arrivent ici sont de ranger la pharmacie, puis de donner les traitements. Une fois qu’ils ont
fait ça, ils ne savent plus quoi faire ; ils se laissent gagner par la torpeur et le manque d’intérêt
des patients ».
Martine Fournier, psychiatre : « Je n’ai rien contre les infirmiers DE. C’est une question
d’énergie et d’ouverture d’esprit. Ce sont des gens jeunes, et même s’ils ne sont pas formés, il
est possible de leur transmettre une expérience. »
Un des changements majeurs est aussi lié à la chimie. Le traitement des psychoses est devenu
très médicalisé.
Jean Caporal, infirmier psychiatrique : « On ne laisse plus survenir les symptômes.
L’objectif revient à trouver le meilleur traitement pour maintenir une stabilité. On dépense
moins d’argent mais on en fait gagner plus aux labos. »
Francis Pitaud, infirmier retraité : « Avant, on prenait le temps de s’asseoir sur le lit du patient
et de l’écouter pendant deux heures s’il le fallait. Éventuellement on mettait du médicament
derrière. »
Mais certaines améliorations ont été accomplies depuis une trentaine d’années.
Jean Caporal : « Le confort matériel et hôtelier des patients a augmenté. Ils sont plus respectés
en tant qu’individus… »
Francis Pitaud : « Moi j’ai connu l’époque des douches collectives, on les faisait rentrer à 15
et on distribuait les vêtements à la sortie, il fallait aller vite, l’un se retrouvait avec un slip trop
grand, l’autre une chemise trop petite, ça n’avait aucune importance ».
Florence Smadja, psychologue : « On nous a installé un système d’alarme très coûteux.
Lorsqu’il y a un problème, on est censés appuyer sur un bouton relié à la guérite du
concierge ; ça sonne chez lui, il doit appeler le pavillon pour vérifier qu’il y a bien un
problème (si quelqu’un répond au téléphone…vu qu’on est occupés avec le cas de crise,
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souvent, personne ne peut y aller), puis ensuite il prévient les vigiles qui arrivent sur place,
constatent, et, eux, doivent appeler les pompiers. En général, les équipes demandent du
renfort auprès des autres pavillons. Évidemment, on n’utilise jamais ce système. C’est plus
une mise aux normes pour les assurances ».
Petit à petit, les considérations sur le devenir de l’hôpital et son fonctionnement laisseront
place à une approche plus intimiste et affective sur la relation avec les patients, l’empathie, la
motivation, la vocation.
Les soignants se mettront ainsi à parler à la première personne. De mots-clés aux acceptions
universelles, on passera au singulier, au particulier, au sensible.
Seront également abordées les notions d’impalpable et d’invisible inhérentes au soin
psychiatrique, si difficiles à concilier avec les nouvelles directives et les fiches à remplir.
Myrtille Viot, infirmière : « Quelquefois, on croise un patient par hasard, on discute un
moment, et là, quelque chose se dit qui le fait avancer, pourquoi on ne sait pas, c’est comme
ça ».
Michel Raimondo, infirmier psychiatrique : « Nous, contrairement aux autres professionnels
de la santé, on n’a pas vocation de guérir les gens ; on a accepté d’être dans l’échec dès le
départ. Notre but, notre désir assumé, c’est de leur permettre de retrouver une place dans la
société. C’est ça la psychiatrie publique. C’est que le patient qui était à l’asile (endroit retiré
avec des murs autour) puisse vivre sa vie et être toléré par son entourage (quartier, famille
etc) ».
Valérie Garson, pédopsychiatre : « Au moment de choisir mes études, j’ai hésité entre
psychiatrie et réanimation, ce qui, au fond, est assez proche ».
Stéphane Quilichini, psychiatre : « Un jour, pour plaisanter, je suis entré dans la chambre
d’isolement et les copains ont fermé la porte. J’ai commencé à faire le fou, cela faisait rire
tout le monde puis ils sont partis vaquer et peu à peu, les têtes qui passaient devant la fenêtre
n’étaient plus les mêmes et j’ai senti que les gens en face me regardaient différemment ».
Pierre Bardin, psychiatre : « J’avais un copain infirmier à la Timone, où on ne pouvait ouvrir
les portes que de l’extérieur. Il était allé porter un plateau repas et la porte a claqué, il s’est
retrouvé avec le patient et évidemment il s’est mis à frapper. Le patient lui a dit « vous
pouvez toujours taper, ils ne viennent jamais ».
Ces fragments à partir de mots-clés (qui pourront être signalés très simplement par des cartons
ou repris par l’interviewé), alterneront avec des moments collectifs, des échanges autour
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d’une table. Des réunions seront organisées autour de thèmes débattus en direct. Les soignants
parleront entre eux, échangeront leurs avis, défendront leurs points de vue. La caméra captera
les propos sur le vif. D’autres moments inattendus seront filmés tels quels ; deux collègues se
croisant dans un couloir, quelques infirmières évoquant des souvenirs dans la salle de repos,
un instant de décompression…
Une infirmière : « Boris…ah oui il est maintenant dans un pavillon où il est beaucoup mieux.
non parce qu’ici c’était un matelas par jour. Il mangeait son matelas. Un matelas par jour ! ».
Une infirmière : « Qu’est-ce qu’il est devenu celui qui s’enfermait dans le parking avec les
ambulances ? ».
Une infirmière : « On le voit de temps en temps. Il s’était arrangé pour avoir toutes les clés et
il passait la nuit au milieu des voitures. C’était le fils d’un professeur de cinéma à Aix. »
À travers les paroles des soignants et du reste du personnel, se dessinera un historique du lieu
et des méthodes thérapeutiques en pleine évolution, une mémoire vivante de la pratique de
soins et des changements de mœurs. Valvert, qui fut crée par de jeunes soignants engagés, est
emblématique de toute cette période. Le contraste entre l’état d’esprit d’alors et la politique
d’aujourd’hui est d’autant plus marqué que cet anniversaire coïncide avec le départ à la
retraite de nombreux infirmiers, dits les « anciens ». On tentera de comprendre comment la
place de la folie évolue dans la société, quelles sont les conséquences des nouvelles
orientations quelque trente ans après une époque euphorique et expérimentale.
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Note d’intention
Au cours de mes premières visites à l’hôpital Valvert et dès les premières rencontres
avec les soignants, l’idée m’est apparue d’emblée d’aborder le sujet par le biais du langage ;
d’entrer dans ce monde finalement peu représenté (tout au moins du côté des soignants et du
personnel) en partant de notions, d’abréviations, de mots régulièrement utilisés pour essayer
de rendre intelligible le travail au quotidien, le fonctionnement et l’univers du centre
hospitalier.
Il ne s’agira pas d’expliquer tel ou tel vocable en étant didactique, mais de proposer différents
points de vue reliés à des expériences singulières, de faire parler les gens sur des thèmes
récurrents du champ de la psychiatrie, sans craindre de pointer les plus utilisés ou les plus
évidents (Ex : le soin. Une notion très basique et indispensable. Qu’est-ce que le soin et sous
quelles formes peut-il se prodiguer ?).
Le discours des soignants sera ancré dans la réalité de leur travail au quotidien, de leur
expérience personnelle, d’exemples et de descriptions relatant leurs rapports avec les patients.
On tentera de dépasser l’ensemble des formules qui reviennent au premier abord (ce n’est plus
comme avant, tout est plus compliqué, nous avons moins de liberté…) pour essayer de décrire
de façon très concrète ce qui est en train de changer. Plutôt que de servir un exposé déjà pensé
sur l’état général des choses, on proposera une juxtaposition de souvenirs plus ou moins
récents, des observations, des constats, autant de témoignages qui permettront de pénétrer
dans le quotidien de l’hôpital et d’en saisir le fonctionnement.
Les personnes seront filmées dans leurs bureaux ou leurs lieux de travail, qui sont
généralement plutôt dépouillés et standards (mobilier d’hôpital, fauteuils en skaï, tables
basses identiques, fenêtres à travers lesquelles on voit un peu de nature...petite cuisine, salle
de repos etc). Une attention particulière sera donnée aux propos mêmes en tâchant d’éviter les
distractions visuelles ou éléments par trop anecdotiques. Les cadres seront fixes, les
compositions assez sobres et minimales. Il n’y aura jamais de questions posées off ni de
présence à l’image de l’interlocuteur. Les mots-clés seront directement repris par les
interviewés eux-mêmes ou annoncés par des cartons, de façon à entrer directement dans le
sujet. Le montage alterné installera un va-et-vient entre tous les intervenants plutôt qu’un face
à face avec la réalisatrice. La confrontation des différents points de vue mettra ainsi à jour des
accords ou des divergences, permettra de montrer ce qui réunit ou ce qui divise.
ex : médicaments
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Francis Pitaud, infirmier retraité : « Il arrivait aussi qu’il y ait des abus. Quelquefois le
médecin prescrivait 30 gouttes de perlimpimpin et l’infirmier en donnait 100 parce que le
patient faisait chier ».
Stéphane Quilichini : « Maintenant ils sont comptés. C’est normal, car ils coûtent très cher. Si
on en donne double dose, cela se voit tout de suite. »
Myrtille Viot, infirmière : « Certains patients trouvent des astuces invraisemblables pour ne
pas prendre leurs traitements. On retrouve les médicaments dans les poches, dans les
poubelles, partout… dans les plis des soutien-gorge… »
Yves Long : « Pour ne pas prendre son médicament, devant toi il faisait semblant de boire,
mais il le versait sur une éponge cachée dans sa main».
Pierre Bardin, psychiatre : « Les effets secondaires sont terribles. Ça fait trembler, grossir. Les
neuroleptiques diminuent l’ensemble des sensations affectives. Comme on a quand même
besoin d’une quantité de plaisir dans sa journée, ils essayent de trouver d’autres
compensations ; des petits plaisirs simples liés à l’oralité, la cigarette, les sucreries. »
Les réponses seront courtes, précises et concentrées sur ce qui, pour chaque personne,
correspondra le mieux au sujet proposé. Idéalement, chacun devra formuler une approche en
quelques mots, proposer une synthèse profonde et « dégraissée » de ce qui aura été dit au
cours des entretiens préparatoires. Le travail de préparation des interviews, outre une écoute
patiente et approfondie de chacun, consistera également à mettre en confiance devant la
caméra, à dédramatiser le dispositif, et à tâcher de laisser de côté le vocabulaire trop codé. Les
soignants et les membres du personnel auront ainsi conscience de s’adresser à un large public
et non à des professionnels de la santé, exercice inhabituel mais nécessaire à la
compréhension du film. C’est une façon de procéder liée au reste de mon travail, et qu’on
retrouve notamment dans Pork and Milk (2004, production Aurora Films, Arte France, Ina)
où j’ai fait répéter mes personnages afin d’obtenir des récits tenus, et éviter les flottements,
les hésitations, les détours...
Par exemple, Stéphane Quilichini, psychiatre : « Je reçois un jour en consultation un patient
que je dois convaincre du bienfait d'un traitement, il souffre d'une schizophrénie et crie dans
la rue car il « ne supporte pas les bourgeoises ». Donc je lui vends l'affaire en lui disant que
grâce au médicament il va pouvoir prendre du recul, j'insiste là-dessus, et il me répond « mais
est-ce que ça va me faire avancer? ». J'en suis resté coi et ça m'a bien fait rire
intérieurement. » Une indication reviendrait ici à ne pas dire la dernière phrase qui sonne
comme un commentaire.
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Ces moments de parole réfléchie et posée alterneront avec des scènes filmées sur le vif pour
saisir des instants spontanés et inattendus, enregistrer les événements tels qu’ils se
produiront : échanges en salle de repos, discussion entre des soignants, moments de détente et
de relâchement, réunions impromptues, évocation du travail avec les patients. Il s’agira alors
d’être dans un retrait purement documentaire et de ne pas interférer sur les scènes observées.
Une familiarité acquise au fur et à mesure des repérages et l’éventualité prévue et anticipée de
faire ces captations permettront, si tout se passe bien, de se glisser discrètement au milieu
d’un groupe sans trop perturber le travail ou pervertir le naturel.
L’impression générale sera toujours celle du collectif : collectif lorsque les soignants seront
réunis pour parler entre eux, mais également avec les montages alternés autour de mots-clés.
L’hôpital psychiatrique fonctionne en effet avant tout sur ce principe, organisant
régulièrement des échanges et des mises au point.
Pierre Bardin, psychiatre : « Le collectif, dans une salle de classe à l’école, est du côté de la
classe. Ici, il est du côté de l’équipe soignante autour du patient. C’est l’inverse quant à qui
enseigne à qui ».
Il n’y aura donc pas de figure centrale ni d’entretiens très longs primant sur tous les autres,
mais une vue kaléidoscopique permettant d’englober la multitude et de restituer cette
approche collégiale.
Le montage off de propos des patients sur ces images d’ensemble et de paysages, permettra
avant tout d’être un temps « avec eux », de changer de point de vue, comme si l’on se trouvait
à leurs côtés en train de regarder par la fenêtre ou de marcher sur une allée.
On tentera également de faire des plans suffisamment éloignés pour ne pas distinguer les
visages, de capter des silhouettes, de saisir des mouvements, de filmer des patients dans une
semi obscurité, de dos ou en contre-jour, afin qu’ils occupent malgré tout physiquement une
place dans l’image, grâce à d’autres moyens que la frontalité. Il pourra sans doute arriver que
des cris ou des bruits interviennent au cours d’entretiens et viennent se superposer aux propos
des soignants, ce qui dira de fait leur présence hors champ.
Des images en mouvement de l’hôpital, des déambulations dans les locaux montrant
l’architecture et les circulations viendront apporter des respirations, permettront de saisir
l’esprit du lieu et la forte présence de la nature, de noter les similitudes entre ces bâtiments
(tous les pavillons sont construits d’après le même plan avec un patio intérieur et un vis à vis
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entre baies vitrées), de passer d’un endroit à l’autre, comme on effectue une visite. On
pénètrera dans la salle de cinéma, dans le gymnase, empruntera un chemin, ira à la cafétéria,
prendra des vues différentes du jardin…
Enfin, certains plans de l’extérieur montreront une autre réalité de Valvert : les jardiniers en
train de désherber, les ouvriers réparant des installations, des gestes d’entretien et de
maintenance, mais aussi le vigile effectuant sa ronde, les camions de livraison se garant face
au réfectoire, le gardien à l’entrée assis dans sa guérite… Les mains des ouvriers seront
quelquefois filmées de près, comme pour diriger le regard sur les menus détails, la forme d’un
objet, la couleur d’un outil, l’effet répétitif de certaines tâches, la résonance un peu
obsessionnelle du labeur mécanique.
Ces quatre types de mises en place (réunions de soignants, interviews individuelles, plans
silencieux avec voix-off et gestes de travaux manuels) seront montés en parallèle et
chercheront à restituer une idée fidèle de la diversité des activités menées simultanément à
l’hôpital : pendant que les uns se retrouvent et réfléchissent sur les soins à donner, d’autres
réparent, nettoient, font réchauffer, tandis que les médecins consultent ou prescrivent des
traitements, des patients boivent un verre à la cafétéria, regardent la télévision, déambulent
dans le parc…le tout articulé sur la parole et le langage ; idées qui se forment au contact des
autres, langage élaboré et maîtrisé, phrases plus ou moins cohérentes des patients, éclairs de
lucidité, cris violents et gestes sans commentaires. L’interdiction de filmer les patients sera
intégrée dès l’ouverture du film par une séquence emblématique, un moment fort où il sera
question d’eux sans les voir : un entretien entre un patient adolescent et une pédopsychiatre
ou l’on ne verrait que la pédopsychiatre, une réunion autour d’un cas particulier, un
monologue de psychotique sur des images de l’hôpital…
Le temps prévu serait 3 semaines de repérages et 3 semaines de tournage. J’envisage une
équipe légère composée d’un chef opérateur et d’un ingénieur du son, plus éventuellement
d’un stagiaire / assistant pour s’occuper de la régie et de l’organisation sur place. L’idée est
d’être en petit nombre mais d’installer malgré toute une atmosphère professionnelle discrète
et rassurante. Le film sera tourné en vidéo (idéalement HD) pour permettre un maximum de
souplesse et de disponibilité.
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Valérie MREJEN
Née en 1969 à Paris. Vit et travaille à Paris.
Oct. 2002 - mars 2003
1989 – 1994
résidence à la Villa Médicis, Rome
Ecole National d’Arts de Cergy-Pontoise
DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique)
FILMOGRAPHIE
2004
Pork and Milk
Documentaire (52’, 35mm couleur)
Production Aurora Films / Arte France / Ina
Entrevues de Belfort, Festival Images en région de Vendôme, FIPA à Biarritz, Festival de
Lunel (prix du Jury), Festival de La Rochelle, Festival du moyen métrage de Brive, Festival
International de Kiev.
Prix de la Création et Prix Messa in onda au Prix International du Documentaire et du
Reportage Méditerranéen, à Syracuse (CMCA) 2005
Présélectionné pour le césar du court-métrage 2006
Diffusion Arte (décembre 2004 et janvier 2007) - Pinktv (février 2006) / sortie salle (distribué
par Documentaire sur grand écran) et DVD (édité par Allia) : mars 2006
2002
Chamonix
court-métrage (13’, 35 mm couleur)
Production Le Fresnoy
Prix Jameson au Festival de Clermont-Ferrand 2003
Festival de Rotterdam, Festival de La Rochelle, Paris tout court, Onze bouge, Court 18
2001
La Défaite du rouge-gorge
court-métrage (23’, 35mm couleur)
Production Capricci Films, avec l'aide du Conseil Régional du Centre, du Conseil Régional
d'Indre-et-Loire et de la DAP
Prix du jury de la presse au Festival Côté-court de Pantin 2001. Festival Nemo, Premiers Plans
d'Angers, Festival de Rotterdam, Festival Travelling de Rennes
Acheté par Arte France (diffusion : juillet 2003)
VIDEOS
2006
2004
2003
2002
Manufrance (5’) Collection Tate Modern, Londres, Collection Fonds national d’art
contemporain
Dieu (12’) Collection musée national d’Art Moderne, centre Georges Pompidou, Paris
BAFICI - Buenos Aires Festival Internacional de Cine Independiente, Centre Pompidou,
Documentaire sur grand écran, cinéma des cinéastes.
Portraits filmés 2 (8’) Collection musée d’art moderne Grand-Duc Jean, Luxembourg
Portraits filmés (13’) Collection Fonds national d’art contemporain
Quinzaine des réalisateurs–Cannes, Festival de Rotterdam, Festival de La Rochelle, Chicago
International Doc Film Festival, Côté Court-Pantin, Festival du film d’Ottawa-Ontario
Oops (6’)
Production Banque Bruxelles Lambert. Exposition Forwart, Bruxelles
11
2000
1999
1998
Des larmes de sang, La Poire, Elisabeth, Le Goûter, Eric, Titi ou Les Kiwis, Marianne,
Blue bar
Valérie, Le Projet, Il a fait beau, Yves et Sylvia, C
Maïté et Philippe, Sympa, Anne et Manuel, Jocelyne, Huguette
Comment aider votre mari à réussir dans la vie
1997
Bouvet, Au revoir, merci, bonne journée, Une noix, Tonie et Etienne, Michèle et Aurore,
Scali/Margot
Quinzaine des Réalisateurs-Cannes, VideoLisboa-Lisbonne, Festival du court de Bilbao,
Internationale Kurtzfilmtage d’Oberhausen, Festival de la Rochelle, Coté Court-Pantin,
Premiers Plans d'Angers, Festival du film de Moscou, Festival du nouveau cinéma et des
nouveaux medias-Montréal, Videoart-Locarno…
Collection Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (Il a fait beau) et collections particulières.
EXPOSITIONS PERSONNELLES
2004
2003
2002
2001
2000
1999
1998
Galerie cent8 - serge le borgne, Paris
Galerie du Centre Culturel Français, Milan
Centre pour l’Image Contemporaine, Genève
Galerie Taché-Lévy, Bruxelles
Galerie cent8 - serge le borgne, Paris
Winslow Garage, Los Angeles
Château de Candiac, Candiac (sur une proposition de Bob Calle)
Exciting, Art Brussels, Bruxelles
Artissima, Foire de Turin (prix Artissima)
Galerie cent8- serge le borgne, Paris
CCC, Tours
Le Hall, Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon
Vivre sa vie, Project room, Tramway, Glasgow
Espace Croisé, Lille
Logorrhées, Centre d’Art Contemporain de Basse Normandie, Hérouville-Saint-Clair
EXPOSITIONS COLLECTIVES
2007
2006
2005
2004
2003
Global feminisms, Brooklyn Museum, New York
Media Burn, Tate Modern, Londres
Airs de Paris, centre Pompidou, Paris
Notre histoire, Palais de Tokyo, Paris
Choosing My Religion, Kunstmuseum Thun, Suisse
Werkleitz Biennale Happy Believers, Allemagne
Leaving on a flat-bed picture plane, The Centre of Attention, Londres
Expérience de la durée, Biennale de Lyon
The Imaginary Number, KW Institute for Contemporary Art, Berlin
La actualidad revisada, La Tabacalera, San Sebastian
Participate ? Chinese European Art Center, Xiamen, Chine
Cosmique City Bled, Musée Zadkine, Paris, France
VideoZone, Herzliya Museum of Contemporary Art, Israël
Galerie cent8 - serge le borgne, Paris
D’une image qui ne serait pas du semblant, Passage de Retz, Paris
Chisenhale Gallery, Londres
Seethe, Catriona Jeffries Gallery, Vancouver, Canada
Sei, Académie de France à Rome, Villa Medici, Rome
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2002
2001
2000
1999
1998
Quand on pose une chose contre une autre, elles se touchent, Centre Régional d’Art
Contemporain de Sète
The Process, KIASMA, Helsinki
Autori Party, Galerie Autori Cambi, Rome
Faiseurs d’histoires, FRAC Bretagne, galerie du TnB, Rennes
Attachment, Brugge 2002, Bruges
La vie devant soi, Centre départemental d’art contemporain, Albi et FRAC Languedoc
Roussillon, Montpellier
Sans commune mesure, Le Fresnoy, Tourcoing
Récits, Abbaye-Saint-André, Centre d’art contemporain, Meymac
Parcours contemporain, Fontenay-Le-Comte
ForwArt a choice, BBL Cultural Centre, Bruxelles
Get that Balance, klub n + k, Hambourg
Love Me Love Me, La Périphérie, Paris
Marking The Territory, Museum of Modern Art, Dublin
All We Need IsA Preacher And A Motel, Friche de la Belle de Mai, Marseille
Alchimie de la rencontre, Frac Champagne-Ardenne, Reims
Prodige, Espace Paul Ricard, org. Robert Fleck, Paris
Big Torino, Biennale de Turin
Chroniques du Dehors et autres hypothèses, Centre National de la Photographie
Chapelle Sainte-Anne, Arles
Les témoins oculistes, Bruxelles
Sublime, Duende, Rotterdam
ARCO, Madrid
Situations compromettantes, galeries Anton Weller et Montenay-Giroux, Paris
It’s Comfy, Skuc Galerija, Ljublana
Dis.location, HARTware projekte, Dortmund
L’été indien, Frac Languedoc-Roussillon , Montpellier
Dialogues, Tramway, Glasgow
Bruitsecrets, CCC, Tours
Double rivage, Centre Régional d’Art Contemporain de Sète
Les vrais héros s’amusent tout seuls, Les témoins oculistes, Bruxelles
PUBLICATIONS
2007
2006
2005
2004
2002
1999
Liste rose, éditions Allia
Pork and Milk, livre dvd, éditions Allia
Valérie Mréjen, coll. Pointligneplan, ed. Léo Scheer, texte d’Elisabeth Lebovici
Eau Sauvage, éditions Allia
Une dispute et autres embrouilles, éd. Petit Pol
L’Agrume, éditions Allia
Mon Grand-père, éditions Allia
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