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dossier Le client roi, mythe ou réalité? Certes le client est roi. Mais peut-il tout exiger? Quelles limites mettre alors qu’on démarre et qu’on a peu de clients? Pourquoi est-il important de savoir «imposer» son expertise, même au risque de signer moins de contrats? Qu’est-ce qu’une attitude professionnelle exige? Sur quels points un entrepreneur ne peut-il, ne doit-il pas céder? Voici le fil rouge que nous vous invitons à dérouler dans ce 39ème dossier. Et pour commencer, découvrez notre sondage. Non exhaustif, il résonne du pouls du terrain et met en lumière des tendances. réalisation Fabienne Berland, Nancy Furer, Leïla Kamel, Valérie Terrier, Vincent Feuillet et Sandrine Mottier «Pourquoi vous, clients, faites-vous appel à de jeunes entreprises innovantes?» Quels sont les éléments décisifs et convaincants? Trente clients d’entreprises innovantes ont accepté de dévoiler leurs motivations. Tour d’horizon. Les critères proposés: 80% innovation 70% offre sur mesure 60% prix 50% rapidité 40% souplesse 30% 20% 10% 0% Pris sur le vif… Deux avis à souligner 70% 56.60% 36.60% 56.60% 40% «Pour être innovant soi-même, il faut travailler avec d’autres entreprises innovantes et partager ces valeurs.» Le pourcentage total dépasse 100% dans la mesure où plusieurs réponses étaient possibles. Spontanément, nos sondés relèvent également les motivations suivantes: 60% 50% produit/service: qualité, spécificité, choix, originalité, etc. 40% rapport qualité-prix 30% correspondance demande-offre 20% 10% 0% 50% 16.60% 20% 17% 23.30% Le pourcentage total dépasse 100% dans la mesure où la réponse était ouverte et donc diversifiée. problèmes internes (surchage de travail, mauvaise expérience avec d’autres fournisseurs, etc.) et recommandation flexibilité, dynamisme et facilité de contact «Jeune entreprise innovante n’est pas un critère. C’est simplement une entreprise répondant à mon besoin qui est le critère.» dossier – Entreprises en démarrage: quels avantages? «Si vous deviez recommander l’entreprise innovante avec laquelle vous collaborez, quels avantages mettriez-vous en avant?» La réponse était ouverte, nous avons donc relevé 6 catégories, soit: 120% produit/service: qualité, innovation, choix, etc. 100% prix 80% correspondance demande-offre 60% réactivité, dynamisme, souplesse, professionnalisme 40% 20% 0% 53.30% 20% 16.60% 96.60% 20% 10% accueil, enthousiasme, plaisir autres: soutien au développement économique et au démarrage Le pourcentage total dépasse 100% dans la mesure où plusieurs réponses étaient possibles. «Quelles difficultés ou quels inconvénients avez-vous rencontrés en mandatant une entreprise innovante?» Plus de la moitié des sondés ne relève aucune difficulté. Voici les freins les plus fréquemment mentionnés: • Manque de suivi administratif et commercial • Modèle économique inadapté aux processus internes du client • Fragilité: manque d’équipement, pas de web shop, faiblesse des ressources • Imprécision dans l’offre • Défaut de communication • Manque de crédibilité. Pour remédier à certaines difficultés, deux personnes envisagent de: • Mettre en place un accompagnement technique et logistique afin d’obtenir un bon résultat • Avoir plusieurs fournisseurs complémentaires en concurrence. «Lorsque vous avez signé le contrat ou acheté le produit/service, avez-vous hésité du fait de la jeunesse de l’entreprise?» 80% oui 70% non 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% 26.50% 73.50% Les sondés répondaient par oui ou par non. Le pourcentage total s’élève donc à 100%. Parmi ceux qui ont hésité et se sont renseignés sur l’entreprise, on notera: • La recherche d’informations porte en ordre de priorité sur: 1. la capacité de l’entreprise à produire/fournir le produit/ service, 2. le parcours du dirigeant, 3. l’état financier de l’entreprise, 4. ses ressources humaines. • Les sources d’informations sont par ordre de priorité: 1. des connaissances dans le même secteur d’activité, 2. d’autres clients, 3. des fournisseurs et partenaires, 4. des concurrents. Les médias et le registre du commerce sont également mentionnés. • Les moyens utilisés sont par ordre d’importance: 1. les contacts directs (téléphones à différentes personnes/ connaissances faisant appel à l’entreprise), 2. Internet, 3. les réseaux professionnels (clubs et associations), 4. les chambres de commerce. «En tant que client, comment percevez-vous les entreprises innovantes?» La réponse était ouverte, nous avons donc mis en évidence 4 catégories, soit: 70% compétitives et sachant se différencier 60% offre sur mesure et à l’écoute 50% disponibilité et facilité de contact 40% manque de suivi et doute quant à la pérennité 30% 20% 10% 0% 63.30% 23.30% 6.60% 16.60% Le pourcentage total dépasse 100% dans la mesure où plusieurs réponses étaient possibles. dossier – Entreprises en démarrage: quels avantages? «La jeunesse d’une entreprise nous rend prudent. En premier lieu, nous engageons une relation commerciale d’évaluation et en aucun cas sur un sujet stratégique.» «Plus que le produit, c’est le chef d’entreprise qui a une importance capitale pour convaincre sa clientèle et inspirer confiance.» «Qu’est-ce qui séduit vos clients?» avons-nous demandé à quatre créateurs accompagnés par Genilem et Novacité. Effets de miroir avec le sondage présenté au préalable. «Une jeune entreprise apporte un œil nouveau sur le marché, ses besoins. Elle construit l’offre la plus adaptée.» «J’ai longtemps hésité, puis j’ai pensé que mes a priori n’étaient pas fondés, j’ai décidé de rencontrer les dirigeants et ai découvert des offres originales.» «La réactivité contribue à la qualité de l’offre» «La détermination des dirigeants à mener un projet à bien nous a convaincus.» «Solidarité sociale et promotion de l’indépendance économique.» «Une offre originale qui répondait à une attitude citoyenne, à une culture d’entreprise identique à la nôtre.» Sébastien Vacher a fondé Conidia en avril 2005 sur le créneau de l’élimination des nuisances liées à la présence de moisissures dans les processus industriels. Sa société propose une large gamme de services dédiée à l’analyse et au conseil. Et pour finir, l’avis d’un prestataire ayant fourni un service à une entreprise en démarrage: «Par rapport à des entreprises plus installées, la relation commerciale avec une plus jeune est davantage basée sur l’échange, la négociation. Si les discussions sont effectivement plus riches, plus vives, elles nous ont aussi incités à nous remettre en question, à relativiser le monde dans lequel évolue notre entreprise. Nous travaillons tous dans nos bulles, dans nos sphères d’influence, mais à côté nous ne nous rendons pas compte qu’il y en a d’autres, nous ne les voyons pas forcément. Travailler avec une startup, c’est sortir de son univers et appréhender une autre réalité. Ceci permet de remettre l’église au milieu du village, de comprendre que travailler n’est pas simplement gagner de l’argent, c’est aussi améliorer son offre, donc aller à la découverte de pistes nouvelles et originales. Une entreprise en démarrage, parce que justement elle est en plein débroussaillage, a cette capacité à vous transmettre une telle impulsion.» 11 «Vous, entrepreneurs innovants, qu’en pensez-vous?» Prises sur le vif… Quelques réactions à méditer «Toujours privilégier les contacts directs» Valérie Hagin crée mémos, pochettes pour cd, vases, etc. qu’elle vend à des magasins et à des privés par Internet ou sur des marchés. carte de visite des P’tits Bonheurs en page 31 «S’adapter constamment; aucune offre formatée» Luis Georges Quintelas a créé Squali en juin 2002. Il accompagne les producteurs, les industriels et les distributeurs dans leur démarche de sécurité alimentaire. photographe Ariane Arlotti 10 «Communication et écoute» Alexandre Beurrier est trader en informatique. Ses clients, au nombre de 101 pour l’instant, sont des revendeurs informatiques en Suisse et à l’étranger. carte de visite de Linard Distribution en page 34 «Il faut toujours garder en tête que le client attend un service donné, adapté à ses souhaits, et non pas forcément celui que l’on veut vendre. Une offre doit coller à la demande du prestataire et non l’inverse. Depuis la création de Squali, souplesse et réactivité sont nos maîtres mots pour conquérir de nouveaux marchés. Nous ne vendons pas une prestation formatée, mais accompagnons chacun de nos clients dans la valorisation de sa démarche qualité en nous adaptant à sa problématique et à sa taille. En effet, on ne traitera pas de la même manière une coopérative agricole et une entreprise agroalimentaire. L’atout principal d’une PME en démarrage est de prendre le temps d’aller sur le terrain, d’expliquer sa démarche et ses bénéfices. Il faut discuter en permanence avec le dirigeant-client, c’est la raison pour laquelle nous réalisons des audits sur site. Une approche qui nous permet d’évaluer les besoins au plus près et en parallèle d’affiner notre savoirfaire tout en rassurant nos contacts. Car un client accepte plus facilement de prendre des risques quand il est en confiance.» «Nos clients ne s’adressent pas à nous parce que nous sommes nouveaux sur le marché mais simplement parce que nous répondons à un besoin spécifique, soit le prix et des délais de livraison très concurrentiels. Ecoute et rapidité sont donc nos maîtres mots. Toute l’idée est véritablement de «faire parler» son client. Plus sa demande est précise, plus nous cernons ses impératifs et autres contraintes, plus ensuite nous pouvons proposer des solutions adéquates. Un client qui revient, c’est d’abord un client dont on a clarifié les attentes. Cette démarche est également l’occasion pour nous d’apporter des garanties: ce que nous proposons, nous sommes en mesure de le réaliser. Une fois un engagement pris, il faut aller jusqu’au bout…. Alors mieux vaut décourager plutôt que d’accéder à des demandes irréalisables. Une relation commerciale est certes financière, mais retenez que, derrière la facture, se cache un partenaire qui est une mine d’informations sur les nouvelles façons de travailler, les technologies, les tendances du marché, etc. Autant d’occasions de se rencontrer autour d’une bonne table et d’échanger sur le business actuel et ses enjeux. Enfin, soignez vos clients exigeants car chaque nouvelle exigence est une nouvelle affaire!» carte de visite de Conidia en page 31 «La réactivité est le principal atout des entreprises en démarrage. Une qualité qui s’avère essentielle pour un dirigeant comme moi, travaillant au feeling et au relationnel. Quand je traite avec un fournisseur, je m’attends à trouver face à moi un interlocuteur dynamique qui a envie de faire son maximum pour répondre à mes besoins. J’applique la même exigence dans ma société: tout le personnel est animé par la même motivation et volonté de réussite. Avec une petite structure telle que la nôtre et dans 95% des cas, nos clients savent à qui s’adresser en priorité sans devoir laisser une quantité de messages ou passer par une multitude de services différents. C’est un élément important qui contribue à la qualité de notre offre. Les délais sont de plus en plus courts, tout comme les exigences des donneurs d’ordre, nous nous devons donc de perdre le moins de temps possible pour mener à bien nos missions. Et bien sûr, le choix se fait aussi sur notre spécificité, notre savoir-faire en matière de dépistage des contaminations fongiques. Nous nous vendons sur une valeur ajoutée: notre prestation globale, ainsi que nos tests d’efficacité et de résistance très pointus.» «Moi qui pensais déléguer la partie commerciale… eh bien je me trompais car en abordant mes premiers clients, surtout les magasins, j’ai compris un élément clé, véritable marque différenciatrice: présenter les objets qu’on a soi-même conçus séduit et rassure. Outre le lien entre création et réalisation, on explique les marges prévues, le service après-vente, etc., en fait tous les tenants et aboutissants. Si pour les clients privés qui achètent par coups de cœur, ce genre d’argument n’a pas de valeur, les magasins réfléchissent eux en termes de rentabilité. Il faut donc adopter leur langage. Un autre avantage particulièrement apprécié: la souplesse. Le fait d’être encore petit permet d’être flexible, de proposer des commandes réduites pour tester les produits, etc. Le secret? Se mettre à la place de ses interlocuteurs et savoir s’imposer dès que c’est nécessaire, notamment face à ceux qui refusent les frais de port ou des commandes plus importantes. Certes une fois qu’une première affaire est conclue et que les deux interlocuteurs ont vu leurs intérêts communs, naît un véritable échange. Mais en amont, lors du premier contact, je suis en position de demandeur, ce qui instaure une sorte de déséquilibre, un rapport de force que maintenant seulement je gère mieux.» 12 dossier – Des relations commerciales fructueuses dossier – Des relations commerciales fructueuses Structurer son offre Segmenter son marché Une démarche cohérente de bout en bout Pas de quartier! Frédéric Burtin, fondateur de Vimconcept Christian Simon, professeur à l’Unité pédagogique et de recherche «Marchés et Innovation» d’EM Lyon Professeur et conseiller en entreprise, Christian Simon livre quelques clés pour concevoir en amont une démarche commerciale propre à rassurer le client et aboutir à la signature d’un premier contrat. Pour Christian Simon, la négociation s’inscrit dans une démarche plus large, à préparer en amont. Par l’organisation active de l’action commerciale, tout d’abord. Il faut repérer les prospects les plus susceptibles de jouer le jeu, c’est-à-dire non seulement ceux qui ont le potentiel pour transformer l’idée en réalité industrielle, mais aussi ceux qui pourront dans un second temps faire figure de référent et représenter l’offre en direction d’autres entreprises. Une sélection décisive pour l’expert qui note: «Si au cours de son travail préalable, l’entrepreneur détermine des prospects eux-mêmes dans une dynamique d’innovation, le statut de jeune entreprise innovante n’est plus alors une objection mais une force!» Une fois ces cibles définies, il convient de structurer l’offre, notamment en intégrant la dimension de service: «Les créateurs ont souvent une offre trop monolithique et tendance à considérer que la technique va suffire à convaincre. Le client, lui, se trouve dans une logique de solution où produit et service sont complémentaires». Lors de la construction de l’argumentaire, il faut donc compléter l’angle technique en mettant en valeur les avantages d’un recours à l’offre innovante. Sur le terrain, une bonne négociation commence par une bonne présentation où les caractéristiques structurelles de la jeune entreprise sont introduites comme autant de points forts, en mettant l’accent sur les avantages d’innovation, de dynamisme, de proximité, de réactivité. Ensuite, il est capital de ménager un échange équilibré en s’inscrivant clairement dans le cadre d’une relation d’industriel à industriel, et surtout pas en position de retrait ou de demandeur. «Toutes ces étapes et dimensions sont liées; la cohérence reste le maître mot de la démarche commerciale, sous peine de créer des ruptures avec le client», conclut Christian Simon. Inutile de se lancer tête baissée, juste parce que vous êtes sûr de votre innovation. Encore faut-il savoir à qui s’adresser et identifier ce qui dans votre produit/ service induira les ventes. Au début, l’enjeu est donc de constituer un portefeuille de clients qui deviendront ensuite prescripteurs. Eléments de réponses avec deux experts en marketing et deux créateurs d’entreprise. D’abord comprendre, ensuite vendre Jérôme Favoulet, gestionnaire Genilem Frédéric Burtin n’a qu’un mot à la bouche pour convaincre le client: professionnalisme! Une valeur qui n’attend pas le nombre des années… «Je ne me souviens pas qu’on nous ait fermé la porte en raison de la jeunesse de l’entreprise; à mon sens, c’est plus une affaire de professionnalisme que d’ancienneté ou de taille», explique le PDG de Vimconcept qui commercialise une gamme de parfums sous la marque Institut Très Bien. Un point sur lequel il ne fait pas de concession. Très vigilant quant à la qualité des produits fabriqués, il l’est également sur les valeurs et l’image véhiculées par l’entreprise, nichées dans des détails comme la façon de préparer les commandes, de présenter les factures… «Des choses non quantifiables mais qui finissent par payer dans le temps.» Il y a trois ans, en effet, Vimconcept «emballait» ses premiers clients: «Ils ont tout de suite adhéré, alors que notre offre se réduisait encore à un prototype; nous avions en face de nous des gens capables de faire abstraction de ce côté <pas fini> et de se projeter avec nous». Cadrant tout à fait avec la mouvance encore frémissante des jeunes marques alternatives, Vimconcept n’a pas eu besoin de croiser le fer pour séduire. A présent, alors que l’attrait de la nouveauté tend à s’estomper, l’entreprise doit s’inscrire dans une logique d’expansion: un véritable cap à passer, tandis que les clients ont tendance à accentuer la pression. «Si l’on souhaite avoir de la visibilité dans le secteur de la parfumerie et du luxe, il faut jouer le jeu comme les grands en termes de promotion des produits…» En effet, les prospects de Frédéric Burtin font surtout preuve d’exigence et, s’ils choisissent Vimconcept pour son profil alternatif, ils lui imposent les mêmes conditions qu’à ses concurrents grands comptes. Ainsi, pas de quartier quant aux quantités à fournir ou aux moyens déboursés pour la promotion et, surtout, aux délais de paiement. «Ensuite, à nous de voir s’il peut exister une adéquation entre la taille du client et la nôtre», résume Frédéric Burtin. 13 Jérôme Favoulet est également responsable des formations Genilem dont le module «Techniques de vente». Sa longue expérience d’acheteur/vendeur lui dicte une attitude: acheter, c’est risquer. Donc vendre revient à évaluer ce risque pour le transformer en gain. «En phase de commercialisation, il ne suffit pas de constater les refus… ni d’ailleurs les réussites. Au contraire, il faut toujours se demander pourquoi tel prospect achète ou non. Ainsi on affine son argumentaire de vente, on cible mieux son public», avertit d’emblée ce spécialiste en segmentation de marché. Cette démarche marketing consiste d’abord à déterminer les facteurs différenciateurs du produit/service, ensuite à s’interroger: Qu’estce que chacun d’eux apporte à son utilisateur? Qui sont respectivement l’utilisateur et l’acheteur? «En adoptant la démarche habituelle du commercial qui prend des rendez-vous avec un maximum de clients, les rencontre pour faire une démonstration et leur envoie une offre par courrier, on s’étonne que les clients n’achètent pas. En fait le problème se situe en amont: tout est question de segmentation», précise le spécialiste qui dessine la difficulté sur deux horizons: soit on ne s’adresse pas aux bonnes personnes, soit le langage utilisé n’est pas le bon. Qui en effet chez Genilem ne s’est pas vu encourager à parler de ce que le produit/service apporte, du problème qu’il résout et non de ses caractéristiques techniques? Ensuite, une fois les acheteurs potentiels identifiés, il s’agit de les hiérarchiser en fonction du risque perçu. Tout achat est un changement qui forcément déstabilise, d’où refus et réticences. Mais un risque, s’il est bien expliqué, est également un gain. L’acheteur doit être convaincu sur un point: la perception du gain apporté par le produit doit être supérieure au risque perçu. «Ainsi ne vous substituez jamais à vos clients car qui mieux qu’eux connaissent leurs besoins, savent pourquoi ils veulent changer et ce qui freine leur évolution? Avant tout donc, écouter pour ensuite faire une offre adaptée et cohérente. Et si l’on n’est pas persuadé de la satisfaction de son client, mieux vaut renoncer car aucune entreprise ne survit au mécontentement», conclut-il. Des chiffres et des réponses concrètes Elodie Primo, fondatrice de MindOnSite – Integral Coaching Après 5 ans d’activité, Elodie Primo, à la tête de MindOnSite – Integral Coaching spécialisée dans le e-learning, revient sur ses premières démarches commerciales. Son argument fort: le retour sur investissement. Difficile de donner à un futur client des références quand on n’en a pas. «J’ai alors joué la transparence en répondant qu’il serait ma première recommandation… Pour donner des garanties, nous avons ensuite défini les termes du contrat en matière d’engagement financier et d’évaluation», explique Elodie Primo qui précise pourtant quant à la problématique du prix: «Un bon acheteur n’acquiert pas une solution pour un rabais, mais parce qu’il a compris le retour sur investissement. C’est une stratégie qui nous a toujours réussi. Un argumentaire de vente du type <investir 100 000 pour économiser 200 000> vient à bout des plus fortes réticences.» Il faut alors jouer la carte des comparatifs: entre la formation présentielle et le e-learning, prouver en termes de pourcentage les réductions de coûts, d’erreurs, de risques et les taux de satisfaction, etc. La dirigeante reconnaît la légitimité de préoccupations telles que: «Qu’advient-il de la maintenance et du service après-vente?», «Que deviennent les codes sources en cas de faillite? Qui assure la relève?». Sa réponse: des solutions réalistes et une équipe de confiance. «Selon le souhait de certains clients, nous avons déposé des codes chez le notaire. La technique n’a, quant à elle, jamais supplanté le contact humain: pour un client, savoir que, derrière machines et logiciels, des collaborateurs s’engagent jusqu’au bout du mandat avec loyauté est rassurant. Enfin nous n’avons jamais caché notre démarrage, ni au tout début notre fonctionnement par télé-travail.» Car être honnête et transparent, c’est respecter ses interlocuteurs et donc se montrer professionnel. «Il m’est d’ailleurs un jour arrivé de mettre fin à un partenariat. Les relations de pouvoir ne sont jamais fructueuses. Les gens n’accordent de la valeur à une offre que par rapport à ce que nous-mêmes nous y mettons. Ainsi pour être considéré et pris au sérieux, il faut montrer ses limites et se fier à sa première impression, toujours la bonne surtout quand elle est mauvaise», conclut la directrice. 14 dossier – Signer son premier contrat dossier – Fidéliser ses clients Premier contrat Premier succès Entre séduire, convaincre, tchatcher… quelle limite mettre pour gagner son tout premier client? Jusqu’où aller, surtout quand les références manquent? Retour sur expériences avec deux entrepreneurs lucides et pragmatiques. Le poids des mots, le choc de l’argumentation Un réseau, du savoir-faire et un zeste de bagout Franck Martin, fondateur de Congruences Passage délicat mais ô combien important, la signature du premier contrat est souvent un événement. Franck Martin se souvient: il avait, à l’époque, misé sur un discours percutant pour séduire. «Convaincre son premier client, c’est un peu draguer une fille: il faut apporter les preuves de sa crédibilité», lance, non sans humour, Franck Martin, PDG de Congruences. Cet ancien publicitaire décide de créer en 1991 sa société, spécialisée dans la formation et le conseil en communication des équipes, après avoir mis au point une approche innovante, le Schéma de Congruences basé sur le rapprochement des hommes et de la stratégie. Reste alors à persuader des sociétés de faire appel à ses services. II puise dans son carnet d’adresses et contacte plusieurs prospects dont Antésite, maison centenaire de boissons aux plantes sans sucre ni édulcorant, présidée par Denis Quattrocchi. «J’avais géré durant de nombreuses années le dossier publicitaire de cette entreprise, une expérience qui a su mettre en évidence mes qualités relationnelles mais surtout professionnelles. La moitié du chemin était faite…» se souvient-il. Pour conclure, il mise sur un argumentaire de choc vantant les mérites et les bénéfices de sa méthode de management: l’amélioration des performances des équipes commerciales, la dynamisation de la créativité interne et l’aide à la prise de décisions… Un discours percutant qui a convaincu Denis Quattrocchi, confronté alors à de sérieux problèmes d’ingénierie. «Dans ces moments-là, il faut savoir dire les choses clairement, se montrer persuasif. Mon discours a toujours consisté à démontrer les bienfaits de nos méthodes. Pour éviter les questions pièges, il est mis en scène et en rapport avec les besoins du prospect.» Quinze ans après, Antésite reste l’un des grands comptes de Congruences et sert même de carte de visite. L’équipe de France de Coupe Davis, Aventis Pasteur, la SNCF ou l’Olympique Lyonnais ont été séduits à leur tour… Philippe et Noëlle Marozeau, fondateurs de Mariage sans soucis En 2004, Philippe Marozeau fonde avec son épouse Mariage sans soucis, spécialisée dans l’organisation de mariages haut de gamme sur mesure. Leurs clients sont principalement des cadres bancaires ainsi que des étrangers. Pour eux, avoir un nouveau mandat, c’est tout d’abord installer une certaine confiance. «Les quatre premiers contrats n’ont pas été les plus difficiles à décrocher, car nous avons eu la chance d’avoir à faire à des anglo-saxons qui connaissaient le métier de wedding planner», raconte le fondateur. La difficulté de trouver des clients est venue par la suite. Les objections étaient souvent axées sur la jeunesse de l’entreprise et par conséquent sur le manque d’expérience des fondateurs. En effet, le peu de références ainsi que le manque de moyens qu’ils avaient pour leur communication ne mettaient pas en confiance les clients. «Heureusement, mes études à l’Ecole hôtelière de Lausanne, notre savoir-faire et notre <bagout> nous ont beaucoup aidés. De plus, nous savions renforcer notre savoir-faire grâce à l’expérience de nos prestataires», révèle le créateur. Il a ainsi pu signer plusieurs contrats et construire la belle notoriété nécessaire à la poursuite de son activité. A l’heure actuelle, les clients affluent. L’entreprise en vient même à les choisir tout simplement parce que les deux fondateurs ont défini une limite de prix en dessous de laquelle ils ne concluent pas l’affaire. De plus, avec le temps et l’expérience, les fondateurs n’ont plus peur de refuser un mariage qui ne leur convient pas. Ce ciblage leur permet d’alléger leur agenda, de mieux s’occuper des mariages programmés et ainsi de valoriser leur expertise. carte de visite de Mariage sans soucis en page 35 15 Convaincre à long terme Une fois les premiers contrats en poche, il faut fidéliser. Arrêt sur images avec deux dirigeants qui, au fil de leurs démarches de fidélisation, jonglent entre veille commerciale et réseautage, écoute et communication. Un exercice de longue haleine Pascal Rousseaux, fondateur de Processium Contacts et veille systématiques pour être là «au bon moment», telle est la stratégie au long cours qui permet à Processium et à Pascal Rousseaux, son président, de fidéliser la clientèle et de gagner de nouveaux marchés. Processium fête son quatrième anniversaire. Quatre années de défrichage compte tenu de la nouveauté et de la technicité de son offre: un service de conception de procédés pour l’industrie chimique et pharmaceutique. Issu du monde industriel, Pascal Rousseaux a signé ses premières commandes grâce à son réseau; l’aventure démarrait alors à tout petit feu, par la construction de l’offre, de l’équipe, mais aussi d’une stratégie commerciale: «Même si nous connaissions bien nos clients et comprenions leurs besoins, nous devions faire un important travail commercial et aller chercher le projet», explique le dirigeant. D’autant que l’offre, inédite, ne s’adresse pas aux services «achat» classiques. Il faut la présenter, l’expliquer, demander le cahier des charges, faire une proposition, retourner aux nouvelles… Et ceci avant même de signer la première commande! Une relation-client maintenue par la suite sous tous les prétextes: le fichier est régulièrement passé en revue par l’équipe; les clients joints une fois tous les deux mois en moyenne. Une assistante commerciale a même été recrutée pour prendre en charge une partie de ces relances: un véritable travail de veille, qui permet de garder un œil sur les projets en cours et d’être présents au moment où, par exemple, des investissements sont consacrés à de nouveaux programmes. Mais aussi de tisser un réseau interne à l’entreprise et de vérifier si les interlocuteurs habituels sont toujours en place. «Cette tâche de prospection et de fidélisation prend un temps énorme. Je m’en doutais, mais n’avais pas appréhendé qu’elle serait aussi lourde. On travaille vraiment sur le long terme, démarrant par une porte et rayonnant peu à peu à l’intérieur de l’entreprise. Une fois que la confiance est établie, c’est plus facile…» décrypte Pascal Rousseaux, dont le portefeuille clients évolue régulièrement, même s’il lui faut encore parfois un ou deux ans pour gagner une référence. Tenir ses engagements, un point c’est tout! Vincent Claessens, fondateur de Claessens’Kids Vincent Claessens a inventé le Kid’Sleep, indicateur de réveil pour enfants. En trois ans, il vend déjà plus de 150 000 unités en Europe. En 2007, il vise les 250 000 et dans un proche avenir 500 000. S’il estime cette ambition réaliste, c’est que ses clients sont fidèles et ses reins désormais assez solides pour assumer des commandes plus importantes. Cette année, Vincent Claessens passe à la vitesse supérieure avec une première participation au salon international de jeux et puériculture Kind und Jugend de Cologne. «Actuellement j’ai une dizaine de distributeurs fidèles dans six pays, comme ce jeune père anglais qui, ayant eu la même idée mais tombant sur mon brevet, accepte finalement de représenter ma marque au Royaume-Uni. La prospection est certes un travail régulier de longue haleine, mais aujourd’hui la proportion de nouveaux clients me contactant spontanément augmente.» Finie donc la position de quémandeur du début! S’il reconnaît en effet quelques démêlés avec des personnes l’ayant pris de haut, Vincent Claessens ne s’est pourtant jamais laissé démonter. Sûr de son idée, il a simplement écouté son tout premier client, le catalogue de vente par correspondance Eveil et Jeux. «Non pas qu’il ait financé mon démarrage, ni signé un bon de commande. En revanche, sur la base d’une lettre d’intention, je l’ai intégré au développement du concept en le sollicitant pour la dimension, le design, les couleurs, etc. C’était aussi une façon de tester sa motivation à poursuivre.» N’ayant d’ailleurs jamais adhéré à la notion de client roi, il préfère: «Mon client est mon patron. Car un patron sait discuter, trouver des solutions. Il sait aussi garder ses employés». Ainsi pour fidéliser ses clients, Vincent Claessens note des fondamentaux: avant tout être capable de tenir ses engagements, inspirer confiance et savoir remercier en offrant des contreparties, par exemple une exclusivité. «Mais attention aux rabais. J’ai toujours évité ce genre de politique qui incite à négocier les marges. Bien sûr on peut toujours baisser les prix, mais ça signifie moins de marge, donc plus d’objectifs de vente à réaliser. C’est toute la difficulté de fixer le juste prix», conclut-il. Et de tenir bon une fois la décision prise… 16 dossier – Savoir dire non dossier – Choisit-on réellement son client? Revendiquer son professionnalisme Dire non, c’est s’affirmer… dans un autre sens. Autrement dit, proposer une solution différente, expliquer les conditions et limites de son offre avec diplomatie et sérieux. Une attitude absolument essentielle à la pérennité d’une entreprise. 17 Se positionner comme expert Stéphane Greco (à droite) a fondé en novembre 2004 Rhodior qui utilise la galvanoplastie pour mettre en valeur pièces horlogères et bijoux haut de gamme. L’entreprise s’est présentée en février 2006 au Comité de sélection de projets de Genilem. Depuis, Jérôme Favoulet, gestionnaire (à gauche), l’accompagne pour toutes les problématiques de gestion, finance, stratégie et marketing. Matthieu Laburthe a fondé en 1995 le groupe d’agences de graphisme, de design d’objets et de design Internet, Enosis Design Group. Il a Dire non, c’est avoir une stratégie d’entreprise Christophe Vincent, conseiller Novacité Un chef d’entreprise qui sait dire non est un dirigeant de la trempe d’un patron. Explications. Pourquoi un chef d’entreprise doit-il savoir dire non? Christophe Vincent: Un dirigeant refusant une affaire, c’est un décideur qui reste en adéquation avec sa stratégie commerciale, notamment en termes de chiffre d’affaires et de parts de marché à conquérir. Son plan de marche est établi en fonction de moyens humains et financiers mobilisables. A partir de là, il sait où et comment il va atteindre son but. En outre, dire non, c’est affirmer son identité. Le chef d’entreprise se crédibilise aussi en interne dans son rôle de patron et montre qu’il tient bien les rênes. C’est un signe fort par rapport à ses salariés. Quelles raisons essentielles peuvent conduire le dirigeant à refuser un marché? Il faut savoir dire non, soit quand l’affaire s’avère peu rentable, soit quand l’entreprise ne possède pas les ressources nécessaires pour traiter la demande dans de bonnes conditions. Egalement, et ce conseil vaut aussi bien pour une entreprise plus établie, une affaire peut être refusée pour une raison de positionnement allant à l’encontre de son image. Personne n’est expert dans tous les domaines... Avant d’accepter, le dirigeant doit nécessairement penser aux conséquences à moyen terme. Certes, un nouveau client fait entrer de la trésorerie rapidement mais dans le temps, l’impact peut être négatif avec une image brouillée. Comment annoncer sa décision à son client? Un refus se fait d’une façon «politiquement correcte». Le dirigeant doit formuler une nouvelle offre à son client en tenant le discours suivant: «Je ne le fais pas mais je vous propose quelque chose d’autre…» Si une négociation s’engage dans la foulée, le chef d’entreprise doit au préalable se fixer des limites, savoir à quel moment il est nécessaire de s’arrêter, notamment au niveau tarifaire. Tout accepter au risque de se brader enlève définitivement toute crédibilité. En revanche, un geste commercial se révèle correct et plutôt bien vu. Encourager la réflexion photographe Jean-Jacques Raynal photographe Erick Saillet bénéficié de l’accompagnement Genilem entre 1996 et 1999. Nicolas Robin, fondateur de Smc2 Trois ans après la création de Smc2, Nicolas Robin se félicite de la réussite de son entreprise. Pour cet entrepreneur conquérant et affûté, dire «non» à un client permet aussi parfois de rebondir favorablement. Smc2 enchaîne les chantiers comme d’autres des perles à un collier. Présente sur trois marchés − le sport et les loisirs, le bâtiment industriel et les projets spécifiques − cette PME créée en 2003 propose des systèmes standardisés de couvertures textiles pour charpentes bois, acier ou béton. En l’espace de trois exercices, son chiffre d’affaires a triplé, passant de deux à six millions d’euros. Une progression qui résulte d’une stratégie commerciale maîtrisée et un dirigeant qui sélectionne chaque demande avec rigueur. «Il est important de savoir dire non pour la bonne marche de la société. Un refus permet souvent d’éviter d’aller au-devant de grandes déconvenues et de se construire une image en adéquation avec son propre niveau d’exigence. Même si la prise de risques, surtout au démarrage, est nécessaire, le dirigeant ne doit ni se brader ni se surévaluer au risque de tomber dans la médiocrité», explique Nicolas Robin, très regardant sur les propositions soumises à Smc2. Avant toute décision, il analyse ainsi avec précision chaque tenant et aboutissant; l’argument majeur est évidemment sa capacité à mener à bien le chantier sur les plans technique et humain. En cas de réponse négative, pas question pour autant de fermer la porte. Nicolas Robin reformule une offre correspondant mieux à son savoir-faire et à son positionnement: «Une bonne argumentation trouve souvent un écho positif car une discussion s’engage et un climat de confiance s’installe». Aujourd’hui, Smc2 peut se vanter de figurer parmi les leaders de la toiture textile et commence à proposer son savoir-faire au-delà des frontières. «L’objectif pour 2007 est d’atteindre 50% de notre chiffre d’affaires à l’export. Pour cela, nous employons la même démarche, c’est-à-dire l’établissement d’une stratégie commerciale réaliste et conforme à nos compétences.» carte de visite de Smc2 en page 37 carte de visite de Rhodior en page 36 Vous voulez être crédible face à vos clients? Alors sachez mettre les limites pour valoriser votre savoir-faire. Deux dirigeants – l’un au début de sa démarche, l’autre plus installé – mettent en commun les enjeux de relations commerciales profitables. Quand on démarre, peut-on se permettre de choisir son client? Stéphane Greco: Tout se joue au niveau de son domaine d’activité et de sa segmentation de marché. Si on décide de cibler le haut de gamme, pourquoi céder aux demandes d’autres secteurs? Donc oui, il faut choisir sinon on se décrédibilise. Matthieu Laburthe: La question est fondamentale parce que les orientations prises au début déterminent toute l’évolution et la philosophie d’une société. Elles donnent le ton pour la suite. C’est pourquoi il faut savoir dire non à certains pour dire oui à d’autres. Bien sûr, on peut faire des concessions ponctuelles. Ensuite, sur le long terme, la question se veut plus stratégique… A analyser donc avec soin. Pourtant une demande pas directement liée à votre cœur de métier ne peut-elle pas être une bonne source de diversification? M.L.: Oui, chez Enosis, nous avons ajouté le design Internet à la demande d’un client. Mais, pour se diversifier, il faut d’abord faire ses preuves dans son core business, et avant d’accepter quoi que ce soit, s’assurer du soutien de son équipe, de sa capacité à évoluer, trouver les compétences spécialisées et se mettre d’accord sur les délais impartis. Un bon indicateur également est de comprendre la marge de souplesse que le client est prêt à accorder. Qu’est-ce qu’un bon client? M.L.: Il est clair, préparé. Il exprime régulièrement ses objectifs et ses besoins, il sait rectifier la situation à temps. Il communique bien… se montre donc ouvert, connaît ses propres limites. Charge ensuite au fournisseur d’établir la confiance grâce à des réponses professionnelles. S.G.: Tout en respectant le travail fourni, il a également une certaine notion de l’échec. C’est pourquoi il est important, dans la négociation, de mettre à plat tous les scénarios possibles, de lui faire prendre conscience des risques. Un bon client est donc prêt à se remettre en question et, dans la mesure où s’est instauré un véritable dialogue, il revient sur son expérience et donne des feed-back. Ainsi dans une relation commerciale, chacun se met au niveau de l’autre… S.G.: Oui, toute l’idée est d’instaurer une relation d’égal à égal, de se positionner comme un partenaire qui apporte des réponses sérieuses, réalisables, en phase avec les besoins exprimés. Au risque parfois de déplaire. M.L.: Question d’éthique… Je m’engage uniquement sur des points que je maîtrise. En somme, rester naturel et transparent plutôt que de bluffer. Jérôme Favoulet: L’objectif est d’avoir des clients satisfaits. Un client perdu qui fait une mauvaise publicité revient toujours beaucoup plus cher que d’en prospecter un nouveau. Qu’est-ce qui d’après vous explique la satisfaction d’un client? J.F.: Une relation commerciale se joue aux niveaux professionnel et relationnel. C’est un tout: la qualité du produit/service et des relations entretenues. Par conséquent, les règles de communication et autres codes de conduite ne doivent pas être négligés. S.G.: Bien sûr, il y a toujours ceux qui négocient tout, qui ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent, qui entrent systématiquement dans votre expertise, enfin ceux qui ne paient pas… Avec le temps, on apprend à prioriser: celui qui paye dans les délais, qui vient avec des propositions claires et constructives, etc. est servi en premier. M.L.: L’urgence n’est d’ailleurs jamais bonne conseillère. A celui qui veut tout immédiatement, je ne réponds jamais oui par principe, mais je vois à l’interne ce qu’il est possible de faire et le rappelle ensuite. J.F.: Souvent le client achète une capacité à réagir très rapidement. Dans sa tête, l’entrepreneur devient le spécialiste de l’urgence. Mais doit-il pour autant céder à toutes les exigences? Non, car au final c’est son temps, son argent, la qualité de ses relations, sa réputation même qui sont en jeu. Je me rappelle à ce titre d’un entrepreneur qui accordait systématiquement 10% de remise. En calculant ce qu’il perdait en ne le facturant pas, il a mis en évidence que ce 10% correspondait aux vacances qu’il ne s’accordait jamais… Justement quelle est l’étendue de cette influence? Peut-on «éduquer» son client? S.G.: Eduquer, c’est trop fort. En revanche, il faut expliquer le fonctionnement d’une entreprise, son organisation. Attention également à ce qu’un refus ne soit pas perçu comme un échec ou une frustration. Pour l’éviter? Toujours rebondir sur une autre solution, rediriger intelligemment… sans manipulation mais avec des arguments chocs. M.L.: Tout est toujours possible, mais il faut définir les conditions de ce possible. De plus, le subtil dosage «qualité, argent, temps» fait qu’un client trop pressé n’aura jamais les trois en même temps, mais au mieux deux; là aussi on a une marge de manoeuvre... Enfin exigeons de nos clients qu’ils soient exigeants! Toujours dans le cadre professionnel sans déborder au niveau relationnel. C’est la seule revendication qui permet d’avancer, donc d’innover.