évasion de prison à l`arcahaie

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évasion de prison à l`arcahaie
Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
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HAÏTI LIBERTÉ
JUSTICE • VÉRITÉ • INDÉPENDANCE
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ÉVASION DE PRISON À
L’ARCAHAIE !
Yon delegasyon
K.E.P a te vizite
biwo Depatman
Nip la!
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English
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Le réchauffement
climatique, un sujet
vital pour Haïti
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Voir page 4
Le samedi 22 octobre 2016, 172 détenus ont pris la clef des champs à la prison de l’Arcahaie
L’ONU ACCEPTE DE DÉDOMMAGER
LES VICTIMES DU CHOLÉRA !
Syrie : Entretien du
Président Al-Assad
au quotidien russe
Komsomolskaïa
Pravda !
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Brésil : Cunha sous
les verrous
Voir page 4
Les Nations unies, par une volte-face spectaculaire et inattendue, ont finalement plié l’échine pour accepter de dédommager les victimes de l’épidémie
du choléra en Haiti
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Editorial
HAITI
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Peut-on sortir de ce marasme?
Par Berthony Dupont
L
a situation bouleversante qui prévaut dans notre pays
se fait de plus en plus préoccupante depuis le passage de
l’ouragan Matthew qui a cruellement dévasté quatre Départements, ne laissant place en nous qu’à une colère impuissante
; vu que rien de définitif, de durable et de sérieux n’a jamais
été réglé pour le salut de cette nation. C’est un fiasco total sur
toute la ligne, une faillite sans pareil à tous les niveaux tant
politiques, sociaux qu’économiques. Mais, malgré toutes les
épreuves aujourd’hui comme hier, les détenteurs de pouvoir,
les décideurs, les dirigeants tiennent mordicus et intact leur
gage de fidélité à l’égard des puissances impérialistes.
Nos bilans n’accusent que des zéros, puisque nos dirigeants nagent aveuglement à contre-courant disons mieux
à contre-sens même de notre histoire! Depuis le séisme de
2010, on espérait une rupture avec le passé pour apercevoir le cap du pays non seulement vers une lueur d’espoir,
mais aussi vers une prise de conscience pouvant nous permettre de parer à toute autre catastrophe naturelle éventuelle. Mais il n’en a rien été. Alors, on n’est nullement surpris
que nos politiciens au pouvoir continuent de poursuivre leurs
tortueuses machinations, leur dessein sinistre qui les révèle à
nu : des bandits particulièrement criminels et inhumains.
Cette situation nouvelle dans laquelle nous pataugeons
n’est que la résultante du laisser-aller, de l’absence quasi-totale de l’autorité de l’Etat qui n’a même pas jugé bon d’adresser jusqu’à présent un message à la nation pour expliquer ses
projets d’ensemble ou ses manœuvres de sortie de crise auxquels le peuple a droit. C’est bien montrer qu’il n y’a pas d’alternative, puisque les mains se croisent et se recroisent, ne
s’appuyant uniquement que sur le recours à l’international.
On a pu bien constater comment nos politiciens se sont tenus à distance de l’épidémie du choléra que les Nations-Unies
en complicité avec l’Etat haïtien n’ont jamais voulu contenir,
voire même éradiquer, et qui commence à s’étendre dans les
zones sinistrées du pays ! Une autre grande crise qui nous
paralyse depuis belle lurette est celle des élections. Est venu
s’y ajouter le scandale des évadés de la prison de l’Arcahaie,
illustrant que le pays n’est pas dirigé. Par-dessus le marché, il
y a même de grandes dissensions au sein du régime en place.
Alors, que faire face à cette grave situation aussi lourde
de dangers ? Quel objectif prioritaire à atteindre de façon à
sortir le pays de la grave crise structurelle dans laquelle il se
débat depuis le parricide du Pont Rouge ? Face à tant de douloureux aléas, l’heure nous oblige, la force des choses aidant,
à nous débarrasser de ce mal qui parait avoir bien possédé
bon nombre de grands commis de l’Etat haïtien et qui a pour
nom corruption. N’est-il pas urgent de rompre avec le passé,
de mettre un point final aux dérives discréditées d’antan de
façon à éliminer sans pitié les fantoches, les mercenaires, les
forces impies, les agents de malheur de tout acabit et de dire
holà à certaines pratiques erronées et vermoulues qui ne font
qu’encourager et entretenir directement les formes les plus
corrompues de pouvoir et d’exploitation des masses populaires ?
La réalité du pays devient cruauté quand l’Etat haïtien
reste impuissant pour ne pas dire complètement passif et
même indifférent face aux victimes de Matthew ; comportement qui démontre nettement comment la volonté du peuple et sa dignité se perdent dans la cruelle indifférence des
politiciens ; alors qu’ils prétendent toujours et pompeusement
être à son service.
Ces pratiques de façade, en trompe-l’œil, comme distribuer de la nourriture, des planches et des tôles aux victimes, ne nous surprennent pas. On y est même habitué. Nous
en avons déjà vu bien d’autres. Elles illustrent davantage la
nette démission de toujours de l’Etat haïtien et son manque
de vision de construire quelque chose de solide pour parer à
la prochaine mauvaise saison. En effet, les cris de détresse
et de ras-le-bol qui s’élèvent de partout dans les communes,
les villes, les départements, ne devraient-ils pas être un catalyseur pour une véritable épuration des pratiques m’enfoutistes délétères, de façon à amorcer une sorte de grand
bond en avant ? Un véritable élan vers un avenir positif
n’est-il pas une obligation indispensable pour sortir le pays
du marasme dans lequel l’ont plongé politiciens et affairistes
de tous bords ?
Nous voulons bien croire que le peuple et le pays passent
avant tout. Mais à ce carrefour de tous les dangers, nul ne
doute qu’aucun des candidats n’est capable d’apporter une
réponse positive, concrète, à l’actuelle crise. Même parvenus
au pouvoir, ils seront aussi mal pris que Privert. Ils pourraient
faire même pire.
Peut-on sortir de ce marasme ? Oui, nous le pouvons,
à condition que nous ayons vraiment la volonté de vouloir et
de savoir renforcer ou mettre l’accent sur les tâches d’organisation et d’encadrement, de défense et de sécurité du peuple
et du pays. Il n’est pas trop tard pour nous mobiliser. Il est
donc impérieux que toutes les forces saines du pays, particulièrement les forces progressistes s’unissent autour des victimes de sorte que nous arrivions à transformer nos faiblesses
en force, nos malheurs en bonheur. L’essentiel est que nous
sachions qu’il s’agit d’un combat commun contre l’ennemi
des peuples. A l’heure qu’il est, le seul moyen pour nous d’en
sortir est de cimenter nos forces en enterrant les haches de
guerre dans le camp populaire et du changement.
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Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
A Travers Haiti
Haïti, chronique d’une crise électorale (127)
Et maintenant, le Déluge !
Par Catherine Charlemagne
D
écidément, en cette année 2016,
les éléments s’acharnent sur Haïti
et ses habitants. Deux semaines après
le passage de l’ouragan dévastateur
sur l’ensemble des départements du
grand Sud (Sud-Est, Nippes, Sud et
Grand’Anse), le sort continue de frapper le pays tout entier. Puisque l’Ouest
et le Nord-Ouest ont été aussi sous des
trombes d’eau causant partout inondation et désolation. Les autorités étatiques n’ont même pas encore terminé
le décompte des victimes de l’une des
plus grandes catastrophes qui ne soit
jamais arrivé à la population de ces
régions. Des endroits toujours coupés
du monde. Des populations oubliées
dans les recoins les plus reculés de la
Grand’Anse, des Nippes et de la côte
Sud. Des humanitaires locaux et internationaux sont toujours à pied d’œuvre
pour porter secours à des centaines de
milliers de sinistrés qui ont tout perdu.
Même le soleil continue de faire
ses caprices. A peine s’il commence
timidement à poindre quelques rayons
de lumière sans conviction sur cette région. Bref, l’effet de l’ouragan Matthew
est toujours vivace dans la chair et l’esprit des populations attendant qu’on
vienne les secourir dans le malheur qui
les frappe depuis les premiers jours du
mois d’octobre 2016.Pourtant, au lieu
qu’arrive l’espoir d’une fin de détresse, voilà que ces mêmes populations
et celles de la région métropolitaine de
Port-au-Prince sont touchées maintenant par un déluge nous rappelant celui
connu des temps immémoriaux sous le
nom de Déluge de Dieu qui avait contraint Noé à se réfugier avec sa famille
dans une Arche dite l’Arche de Noé.
Durant trois jours et trois nuit sans interruption, la pluie tombait, tombait et
tombait encore comme si parmi tous les
pays de la région Caraïbe, Haïti et ses
habitants ont une dote infinie à payer
à la nature.
Le
département
du Sud et particulièrement la ville des
Cayes sont totalement submergées.
L’unique hôpital public de la
Cité s’est transformé en une réserve où
toute l’eau de la ville s’engouffre avec
pour conséquence la mort de plusieurs
malades incapables de se déplacer. On
évacue à même les chariots les plus
affaiblis. Tout le monde s’y met. Les
médecins, si soucieux de leur blouse
blanche, font comme tous les brancardiers, ils emportent sur leurs épaules les
malades pratiquement noyés sous des
millimètres de cube d’eau. Transformé
en un étang géant, l’hôpital des Cayes
demande à être évacué. L’infatigable et
proactif maire de la ville, l’ancien sénateur Jean Gabriel Fortuné, est sur tous
les fronts. Corde en mains avec de l’eau
jusqu’à la taille, il navigue, en tentant,
comme il peut, de sauver des vies au
cœur même de l’hôpital et au milieu
de cet océan jaunâtre envahissant le
moindre coin et recoin de cet endroit
où en principe on donne la vie. En tout
cas, on fait ce qu’il faut pour empêcher les gens de mourir prématurément.
La troisième ville haïtienne est sous les
eaux. Pas un endroit n’est épargné. Les
habitants aux abois.
Les autorités municipales sont
débordées. Peu de moyens ou pas du
tout. Elles se démènent comme des
diables dans un bénitier pour aider,
secourir, sauver si possible leurs administrés. A peine sortis de l’urgence
absolue de l’ouragan Matthew, les
voilà en première ligne pour faire face
à cette inondation post-cyclonique
prévisible comme toujours après le passage de chaque ouragan. La pagaille
est généralisée dans le grand Sud. On
touche le fond. Il faudra, cette fois-ci,
une vraie évaluation des dégâts en
matériels et en vie humaine. On parle de plus d’une trentaine de morts
rien que pour les averses qui se sont
abattues sur les mêmes départements
déjà traumatisés par Matthew. Comme
pour le cyclone, les départements des
Nippes, Grand’Anse et Sud sont les
plus détruits cette fois-ci par des inondations et les rivières quittant toutes
leur lit pour grimper jusqu’au toit des
maisons selon les zones.
Quant aux autorités de l’Etat
central, elles semblent, non, elles sont
dépassées par ces deux cataclysmes
arrivés quasiment en simultané. Déjà,
le gouvernement a toutes les peines du
monde à bien administrer les premières
aides internationales destinées aux
victimes de l’ouragan. En créole, il y
a bien une expression disant « se met
absè sou klou » en clair rajouter un mal
dans le malheur. A Port-au-Prince, les
autorités, et particulièrement le Président provisoire de la République, Jocelerme Privert, ne savent plus par où attaquer les problèmes qui s’abattent sur
eux en tant que premiers responsables
de la nation. Si le chef de l’Etat n’est
pas impuissant face aux montagnes de
responsabilité qui lui incombe, il fait
montre d’avoir perdu plus ou moins le
contrôle de la situation. Idem pour la
quasi-totalité des villes du Nord-Ouest.
Le Môle-Saint Nicolas, Baie-de-Henne,
Port-de-Paix, Jean-Rabel, Bombardopolis ont subi l’onde tropicale qui a
suivi l’ouragan. On ne compte plus les
pertes. Les habitants de ces villes cherchant désespérément un endroit sec où
mettre les pieds.
Dans les Nippes, le fief électoral
du Président Privert, ses compatriotes
crient à l’abandon. Certains endroits
ne voient toujours pas arriver la moindre ONG ou aides gouvernementales. Pourtant l’aide étrangère afflue de
partout. La solidarité nationale et internationale se manifeste. L’aéroport
international Toussaint Louverture de
Port-au-Prince est une ruche. Les rotations des avions cargos venus du
monde entier sont une réalité. Sauf
que les routes menant dans le Sud
sont toujours impraticables. Quant
aux pilleurs, ils ne facilitent point l’arrivée des convois humanitaires jusqu’à
leur destination. Ils se font attaquer à
chaque intersection des routes nationales et départementales plus ou moins
réhabilitées avec l’aide de certains candidats à la présidence et les services du
ministère des Travaux Publics. En plus
de cela, le chef de l’Etat est attaqué sur
sa gauche par les nationalistes haïtiens
qui contestent la présence des soldats
dominicains sur le territoire national. Ils
ont eu gain de cause. Les Dominicains
ont dû fuir au plus vite la terre d’Haïti.
Privert est aussi attaqué sur sa droite
par le Pouvoir judiciaire qui réclame son
départ du Palais national prétextant
qu’il occupe illégalement le Pouvoir exécutif depuis le 7 février 2016.
Les six juges de la Cour de cassation, réunis dans une sorte d’agape
politico-judiciaire, ne trouvent rien de
moins à apporter comme soutien au
pays dans cette période déjà troublée
et inquiétante sur le plan social que de
signer à l’unanimité une sorte de correspondance adressée au Président
Privert lui demandant clairement à
occuper le Pouvoir exécutif à sa place.
Après le holà de l’ambassadeur américain Peter Mulrean en Haïti et quelques
commentaires critiques de la plupart
des sénateurs progouvernementaux,
l’affaire s’est dégonflée comme un
mauvais soufflé. Un coup d’épée dans
l’eau, disent les uns. Une tentative de
putsch pour les autres. Dans cette saga
juridico-sociale immergée par les torrents de rivières en crue un peu partout
dans l’Ouest et dans la presqu’ile du
sud, il reste néanmoins la question cruciale des élections prévues pour le 20
novembre 2016. Quelles conséquences
pour ces scrutins à venir ? Le moins
que l’on puisse dire, le gouvernement
Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
Me Jules Cantave, président de la Cour de Cassation
et surtout le Conseil Electoral Provisoire
(CEP) sont dans de sales draps.
Comment, en effet, dans une situation si alarmante aujourd’hui trouver
en Haïti le bon timing entre la priorité
qu’il faut donner pour sauver des vies
menacées par toute sorte de calamités,
catastrophes naturelles et famines dans
une grande partie du territoire et l’organisation des joutes électorales dans
cette même partie du pays ? C’est une
question à un « sou » dont il serait intéressant de connaître la réponse. En
fait, c’est ce qu’on appelle une problématique. Et pour cause. Les deux
sont prioritaires. Mais comme en tout,
il faut savoir prioriser ce qui est vraiment prioritaire. Ce casse-tête chinois
doit trouver rapidement une réponse
qui satisfasse tous les citoyens, tout au
moins une majorité de la population.
Bien sûr les élections restent le passage
obligé pour retourner dans la légalité
constitutionnelle avec un Président élu
démocratiquement par les citoyens.
Personne ou presque ne conteste aujourd’hui cette alternative.
Elles deviennent même une sorte de
catéchisme pour tous ceux qui croient
dans la démocratie participative et citoyenne. Depuis des années, certains
en Haïti ont payé de leur vie pour atteindre ce point de non retour de la
démocratie dans ce pays. Ce concept
est rentré dans les mœurs. C’est un
fait. Qu’on soit riche ou pauvre, le
suffrage universel en Haïti est devenu
incontournable. D’ailleurs, si le Président provisoire, Jocelerme Privert, est
toujours placé sous haute surveillance
depuis le premier jour de son installation au Palais national, c’est justement
parce qu’il n’avait pas été élu par la
population. Son élection au second degré par le Corps législatif est considérée
comme un cadeau fait par ses anciens
camarades du Sénat de la République
pour que le Pouvoir législatif ne fasse
qu’un avec celui de l’exécutif. D’où la
suspicion permanente qu’entretiennent
certains concernant la présidence provisoire.
Aujourd’hui encore, dans l’état
inextricable que se trouvent les populations des départements de la péninsule du sud et du Nord-Ouest, une
bonne partie du pays croit qu’il faut,
coûte que coûte et ce, même si les gens
devraient aller voter en barque, que les
élections soient organisées avant la fin
de l’année. Cet attachement presque
charnel pour ces élections permettra,
selon eux, un retour à l’ordre constitutionnel, c’est-à-dire ces scrutins garantiront à Haïti de revenir à un Président
élu installé à la tête de l’Etat le 7 février 2017. Cet avis est partagé par plus
d’un estimant que le gouvernement ne
sera jamais fin prêt, s’il faut attendre la
reconstruction de ces quatre départements avant d’organiser les scrutins. Ils
prennent divers exemples, entre autres,
le séisme de 2010. Ils se basent sur les
réticences du pouvoir d’alors qui vou-
lait profiter de la catastrophe pour proroger son mandat sans que les victimes
ne bénéficient des retombées des aides
humanitaires internationales. Les partisans des élections dans l’immédiat estiment que les scrutins de 2010, malgré
les dérapages qu’on avait enregistrés,
n’étaient pas pires que les précédents
organisés dans des contextes beaucoup
plus calmes et plus appropriés.
Ces impondérables admettent
néanmoins le fait que ces élections
avaient été organisées trop vite, beaucoup de gens n’ont pas pu prendre part
à ces joutes. Aussi, un nombre important de « zombis » avait réussi à se faufiler à travers les listes électorales afin
de brouiller les résultats. Mais réalistes,
ils évoquent aussi la participation en
grand nombre de ces mêmes « morts vivants » lors des scrutins de 2015 par le
fait que l’Etat, à travers ONI (Office National d’Identification), son organisme
régulateur de Carte d’identité, n’est jamais en mesure de faire le ménage dans
ses registres électoraux. Pour ceux qui
souhaitent ardemment que les élections
aient lieu comme annoncé par les autorités électorales, si l’on devrait attendre que tout soit au top, jamais le CEP
et l’ONI ne pourront distribuer à chaque
victime sa Carte électorale en l’espace
de trois mois, voire dans une année ou
deux tant l’Administration haïtienne
est défaillante dans son organisation
pour ne pas dire incapable de rendre
service à la population en général.
Pire, ils craignent que le pouvoir
en place ne cherche qu’à s’incruster à la
tête du pays sous prétexte de résoudre
les problèmes des victimes. Alors, ils
font monter la pression sur le Président
Léopold Berlanger afin d’aller jusqu’au
bout, c’est-à-dire rendre effectives les
élections dès le 20 novembre. Quitte
évidemment à laisser ceux qui ont perdu leur Carte électorale au bord de la
route ou devant l’entrée des urnes de
fortune qui seront installées sous des
tentes comme l’a prévu le CEP. Mais
dans toutes ces considérations préélectorales, il y a une vérité que personne
ne doit oublier : Haïti est une et indivisible. Les dix départements géographiques du pays constituent l’ensemble du territoire haïtien. Il ne saurait
avoir un traitement de faveur pour une
partie des habitants pendant que l’autre
partie végète dans la souffrance et le
dénuement. Il n’y a qu’un Etat souverain, Haïti. Aucune institution, qu’elle
soit constitutionnellement autonome
ou pas dans son fonctionnement, ne
pourrait écarter sous aucun prétexte
une catégorie d’haïtiens de leurs droits
civiques et citoyens.
Que ce soit le Conseil Electoral
Provisoire, Office National d’Identité ou
Archives Nationales, ces institutions
sont dans l’obligation de prendre en
compte l’éloignement et l’impossibilité
d’accès de ces populations avant de
décider de quoi que ce soit qui pourrait constituer une exclusion en ce qui
a trait à leur appartenance à la nation.
On peut toujours comprendre l’inquiétude de certains pour le temps que
cela prendra pour mettre en place les
infrastructures nécessaires capables de
faciliter l’installation de l’ensemble des
matériels électoraux sensibles et non
sensibles du CEP pour le bon déroulement des élections. Mais il faut aussi
penser au double chagrin, à la double
exclusion, voire au double traumatisme
qu’une telle décision pourrait avoir sur
les sinistrés psychologiquement. Attendre que la possibilité leur soit donnée
pour qu’ils puissent exercer leur droit
comme tout le monde à ces joutes électorales est aussi une forme de solidarité
nationale et collective avec les populations de ces départements qui, aujourd’hui, manquent quasiment de tout.
Ces gens ont besoin de réconfort
et de compréhension pas de mépris et
d’exclusion. Le CEP ne peut prendre
des décisions tout juste pour faire plaisir ou accélérer l’arrivée au pouvoir de
tel ou tel candidat à la présidence ou
au Sénat de la République. Un Etat ne
peut abandonner ses enfants au milieu du gué au moment même où ils
ont le plus besoin de lui. Les habitants
suite à la page(15)
ROBERT
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3
Évasion de prison à l’Arcahaie !
L’Onu accepte de
dédommager les victimes
du choléra !
De gauche à droite, un policier en uniforme et un autre civil conversant
avec le ministre de la justice, Me Camille Edouard Junior et à sa droite le
ministre des Affaires étrangères Pierrot Delienne
Capture d’un jeune évadé
Par Marie Laurette Numa
Des patients présentant des symptômes du choléra, le
22 octobre 2016 en Haïti
C
omment peut-on expliquer que
les grandes prisons du pays
font toujours l’objet d’une évasion
comme c’était le cas à la Croix des
Bouquets, le 11 août 2014, lors de
l’évasion du Chef de Gang Clifford
Brandt et de 200 prisonniers qui
avaient pris la poudre d’escampette,
puis tout récemment à l’Arcahaie, le
samedi 22 octobre 2016, quand 172
détenus ont pris la clef des champs ?
Selon ce qu’a rapporté l’inspecteur divisionnaire Heurtelou
Paul Colson, responsable de la prison, ce centre contenait en tout 266
prisonniers. Il arrive que seulement
94 n’ont pas eu le temps de s’enfuir. Mais la question à se poser est
celle-ci : à qui profite réellement ce
crime. On rapporte qu’il y a eu 2
morts lors de cet incident : un prisonnier, Romero Wood, qui a fait une
chute mortelle, et un policier, agent
3 Fritz Gérald Canéus qui a été luimême tué par balle. Deux autres policiers en sont sortis victimes : l’un,
Dérilus Jean Andressaint, et l’autre
Alexandre Néré, lequel a simplement
eu une fracture de la jambe.
A la suite de cet incident, plusieurs membres du gouvernement
ont accouru sur les lieux : le ministre
de la justice, Me Camille Edouard Junior , de l’Intérieur François Annick
Joseph, des Affaires étrangères Pierrot Delienne et l’inspecteur général
en chef de la PNH, Ralph Stanley
Jean Brice.
Pour donner un semblant d’explication afin de cacher la faiblesse
de nos institutions carcérales et la
négligence de l’Etat haïtien, une histoire à dormir debout nous a été racontée, alors que c’était un complot
PAUL J. JOURDAN
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4
Pour l’expert indépendant John Alston, l’attitude de l’Onu face à l’épidémie
de choléra en Haïti est “indéfendable du point de vue légal”.@ TONY
KARUMBA / AFP
Par Thomas Peralte
Le policier Fritz Gérald Canéus a été abattu
Des ministres et des policiers à la prison de l’Arcahaie
bien orchestré de haut niveau dont
un certain prisonnier nommé Yvener Carélus, ex-détenu de la prison de
la Croix des Bouquet, incarcéré pour
enlèvement, paraît être le principal
instigateur. Heureusement, le malfrat a été capturé.
Selon les premières déclarations du porte-parole adjoint de la
Police Nationale d’Haïti, l’inspecteur Gary Desrosiers, cette évasion
aurait fait suite à une mutinerie. Il
est déjà bruit que 11 prisonniers ont
été récupérés. C’est la même situation qui avait eu lieu à la Croix des
Bouquets, à savoir que jusqu’à nos
jours on n’a jamais eu le nom de
tous les évadés de cette prison en
2014. N’en soyons pas étonnés. Ce
sera encore la même histoire puisque ni le gérant de cette prison, ni le
ministre de la Justice ne peut donner
les noms des principaux prisonniers
évadés. Quelle profonde et grave
négligence administrative ! Tout cet
embarras reflète l’irresponsabilité de
nos dirigeants au pouvoir.
Le Ministère de la Justice et
de la Sécurité Publique que dirige
Me Camille Edouard Junior a condamné avec la plus grande rigueur
Haiti Liberté/Haitian Times
cette évasion de la prison civile de
l’Arcahaie, nuisance potentielle à
la paix et à la sécurité publique. Le
Bureau du Sénat de la République
dans une note signée par le président du Bureau du Sénat, Me Ronald Larèche, n’a fait que condamner
également . Il n’a même pas trouvé
nécessaire d’inviter le ministre de la
Justice pour lui poser des questions
à ce sujet. Il a tout simplement indiqué à la fin d’une note ad hoc : «
il est demandé à la Commission Justice et Sécurité du Sénat de diligenter
une enquête célère en vue d’éclairer la lanterne de l’Assemblée des
Sénateurs sur la véracité des faits »
Cette enquête se poursuivra dans les
tiroirs de l’oubli, dans quelques semaines, comme celle de 2014 sous
le gouvernement de Martelly/Lamothe. Pour la parade et aussi pour
créer l’impression que la PNH fait
du «bon travail», on nous sort une
accusation aussi risible que nulle : «
Un policier qui travaillait samedi est
actuellement en isolement car il est
suspecté » d’avoir contribué à cette
évasion.
A quand la prochaine évasion
?
A
l’occasion du sixième anniversaire
de l’introduction de l’épidémie du
choléra en Haïti, le 23 octobre 2016,
et à deux mois de la fin du terme de
Ban-ki-moon, les Nations unies, par
une volte-face spectaculaire et inattendue, ont finalement plié l’échine pour
accepter de dédommager les victimes
de l’épidémie du choléra à hauteur de
400 millions de dollars (environ 200
millions de dollars seraient destinés à
compenser les familles et les communautés qui ont été les plus touchées,
à titre d’« aide matérielle ». Les autres
200 millions seraient pour aider en
quelque sorte à payer le coût de l’éradication du choléra et l’amélioration de
l’assainissement). Rappelons que Banki-moon sera remplacé par l’ancien
premier ministre portugais Antonio
Guterres, ancien chef de la mission de
l’ONU pour les réfugiés. Il rentrera en
fonction le premier janvier 2017.
Certes, c’est une victoire morale
et matérielle. Mais l’argent n’étant pas
encore remis au peuple haïtien particulièrement aux victimes et à leurs
familles, il nous faut rester vigilants
jusqu’à la victoire finale, totale.
Par ailleurs dans le cadre du
cyclone Matthew qui a dévasté certains départements du pays, l’ONU a
déjà lancé un appel à l’aide à hauteur
de 120 millions de dollars en faveur
d’Haiti, a annoncé le Secrétaire Général
sortant de l’Organisation des Nations
Unies (ONU) Ban Ki Moon qui a été,
samedi dernier, en Haïti en visite de
solidarité auprès des personnes frappées par l’Ouragan « Matthew ». Durant sa visite de quelques heures, il a eu
le temps de survoler la ville des Cayes,
l’un des endroits les plus touchés par la
catastrophe avant de s’entretenir avec
les personnes sinistrées.
L’Union Européenne pour sa part
a mobilisé 1 million 750 mille euros à
travers le programme d’aide humanitaire ECHO, a fait savoir l’Ambassadeur
de l’Union Européenne (UE) en Haïti,
Vincent Dégert sans oublier les contributions de la Grande-Bretagne et de
l’Allemagne s’élevant respectivement à
6 et 2 millions d’euros.
Dans le cadre des activités post
Matthew, le présidaient provisoire,
l’ex-sénateur Jocelerme Privert, accom-
pagné de son ministre de l’Intérieur
et des Collectivités territoriales et du
sénateur François Annick Joseph dont
le mandat arrivera à son terme le 7
février prochain, a rencontré au Palais
national le vendredi 21 octobre, les
maires, les délégués et vice-délégués
des zones sinistrées par l’ouragan Matthew de façon à mettre en place un
meilleur système de gestion de l’aide
humanitaire aux principales victimes .
Les 20 et 21 octobre des inondations et
des éboulements ont été enregistrés à
Anse-rouge, dans l’Artibonite, à Anseà-Veau, Arnaud, Baradères et l’Asile,
dans les Nippes, suite à des pluies diluviennes qui ont inondé plusieurs départements.
Outre les nombreuses pertes en
vie humaines et des dégâts matériels
survenus lors du passage de l’ouragan à échelle quatre, cette pluie a ellemême apporté son lot de cadavres, cette
fois-ci dans le département du NordOuest ; soit 5 morts et une personne
encore disparue dans la localité de
suite à la page(14)
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Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
Twa Fèy, Twa Rasin O!
Dans les bras de la misère
Par Fanfan la Tulipe
L
a catastrophe cyclonique qui s’est
abattue sur la péninsule du Sud (largement et brutalement dévastée par la violence climatique) a fait remonter dans ma
mémoire le souvenir d’un autre drame qui
n’a rien d’ouraganesque, un drame humain
poignant qui ouvre une pénible fenêtre sur
de dures réalités sociales malheureusement
encore en cours au pays. Du coup aussi,
je m’accorde une pause, me tenant, momentanément, à l’écart de la politicaillerie
et de la politichiennerie toujours en plume
de paon en Haïti. Les faits que je rapporte,
je les tiens de ma défunte mère qui en parlait à l’occasion. Le drame lui-même a pris
place à Jérémie dans les années 1930. Le
voici.
Ti Mari (c’était peut-être son nom)
était fille des mauvaises saisons aussi bien
climatiques que politiques qui s’abattaient
et s’abattent encore, malheureusement, sur
ce pays d’Haïti Thomas depuis les temps
maudits de l’esclavage. Elle était fille du
«pays en dehors», là où beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école. Elle était fille des
maigres lopins de terre plantés de manioc
et de pois congo. Elle était fille des mornes,
née dans les bras de la misère, marquée
par le destin, née pour devenir une petite
bonne, bonne à tout faire, bonne à travail-
ler sans répit, du matin au soir, restavèk au
service des bonnes gens de la ville.
Elle était donc née dans les bras
de la misère, dans une famille de dix enfants dont elle était l’aînée. Quand elle eut
douze ans, et parce qu’elle était née fille
des mornes, fille du pays en dehors, fille
de la misère, parce qu’elle était une bouche
de trop à nourrir, elle fut emmenée par ses
parents à Jérémie, chef-lieu de la Grande
Anse, ville de poètes caressée par les effluves marins. Elle fut laissée «aux bons
soins» d’une famille bien nantie, bien lotie, une famille de gens de bien. Là où l’on
parle français pour bien se distinguer de la
«canaille» créolophone. Là où on cultive
les bonnes manières et la bienséance. Là
où l’on respecte l’ordre établi et les bonnes
manières. Là où la suffisance des uns ne le
cède en rien à la stupidité des autres.
Dans cette famille de gens de bien,
le père était militaire, un de ces nombreux bons à rien galonnés, bottés, guêtrés, aiguillettés, chamarrés, guindés, bien
amidonnés dans leur uniforme kaki. Tous,
créatures d’une dite Armée d’Haïti léguée
par l’occupation américaine de 1915 pour
gérer les intérêts du grand capital cinquante-étoilé. On pouvait compter sur les
doigts de la main ceux d’entre eux qui
étaient vraiment instruits. Ils étaient rares
ceux-là qu’on pouvait considérer comme
des intellectuels. Ils se distinguaient d’ail-
Une fillette des mornes du pays
en dehors, accablée de fatigue et
tenaillée par la faim
leurs nettement par leur entregent, leurs
belles manières, du reste de cette grande
horde vêtue d’uniformes kaki.
L’épouse de ce militaire était aussi
superficielle et fade que pouvait l’être son
mari. Se croyant née de la cuisse de Jupiter, fréquentant le beau monde jérémien,
ne sachant rien faire de ses dix doigts ou
presque, mère de deux «jolis poupons»,
femme d’un «bel officier», proche des oligarques terriens, rate d’église pour bien
mériter de l’amitié et des faveurs du curé
et de l’évêque du lieu, madame qui ne tarissait pas d’amabilités pour le cercle de ses
amis recélait pourtant un cœur de pierre.
La fille du pays en dehors fut «prêtée» à cette famille bien qui n’avait jamais
manqué de rien ; pour celle-ci, la domesticité rèstavèkante allait de soi, l’adolescente
des mornes, cette enfant née au bord des
chemins, dans les bras de la misère et du
dénuement, ne pouvait rêver de lunes de
tendresse, voire d’un foyer bien à elle et
d’un firmament de bonheur.
Et parce qu’elle était née fille des
collines plantées de manioc, parce qu’elle
n’avait pas droit au rêve, à ses étoiles de
fantaisies d’enfant, elle devint une petite
esclave, restavèk au service d’une famille
de gens de bien prisonniers de préjugés tenaces, esclaves eux-mêmes d’un système
barbare, rétrograde. Bonne à tout faire, elle
devint celle qui faisait la cuisine, le ménage,
la lessive et le repassage tout à la fois. Celle
dont les rondeurs naissantes, les gestes
lents des montagnes et le balancement
rythmé des hanches avivaient la curiosité
du maître de maison qui se faisait servir au
gré de ses pulsions nocturnes, au hasard
ébouriffant de ses caprices hormonaux.
La fille des buissons de bayahondes
du pays en dehors devint celle qui se lève
très tôt le matin, à l’heure où le ciel à peine
avait commencé sa cour à l’aube, à l’heure
où la maisonnée se prélassait encore entre
rêves et sommeil, à l’heure où les tintements de l’Angélus n’avaient pas encore
salué la fin de la nuit, où les loups-garous –
à ce que disaient et disent encore les esprits
naïfs – faisaient leur dernière ronde malfaisante en quête de chair fraîche d’enfants.
Elle devint donc celle qui se levait
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Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
avant même le lever du jour, les yeux fatigués par manque de sommeil, pour préparer le café qui devait être à point, au goût
des maîtres de la maison. Et malheur à la
fille des collines de manioc si jamais elle se
laissait tromper par le sommeil! Elle devait
d’ailleurs être ponctuelle, car madame se
réveillait avec le petit jour pour boire son
café «pas très noir» et aller ensuite se prélasser dans ses appartements jusqu’à se
sentir châtouillée par la caresse des premiers rayons du soleil, lorsque monsieur
se faisait réveiller pour déguster son café
«très noir», très chaud, avant un copieux
déjeuner.
Née dans les bras de la misère, la fille
qui avait grandi à l’ombre de la misère dut
affronter, dans cette famille de gens de bien,
toutes les rigueurs liées à sa condition de
restavèk. Travaillant de l’aube jusqu’à des
heures avancées de la nuit, elle ne bénéficiait d’aucun répit, d’aucune pitié, d’aucune
attention, voire de compassion. Elle n’avait
pour tout univers que le dur labeur de tous
les instants sans jamais pouvoir reprendre
souffle.
Entre le ménage des sept pièces de
la maison, la cuisson des aliments, le balayage de la cour, les courses ici et là, la
lessive du linge sale et le repassage tard la
nuit, elle avait à peine le temps de se mettre
quelque chose sous la dent. Encore fallait-il
qu’elle attende de recevoir les restes du
dîner. Souvent, elle allait dormir le ventre
creux, se réveillait avant l’aube quand les
petites tripes réglaient leurs comptes aux
grosses tripes.
Un certain jour, le militaire reçut en
cadeau d’un chef de section un régime de
figues-bananes. Tôt dans la soirée, la fille
des mornes du pays en dehors, accablée de
fatigue, tenaillée par la faim – car ce soir-là,
il n’était rien resté du dîner – mangea un
seul fruit dudit régime. Elle fut surprise par
la maîtresse de maison ; celle-ci la traita de
«voleuse», «ti grangou», «ti salòp» et lui
infligea alors «une leçon».
Tout en rigoisant durement son
esclave, jusqu’au sang, elle força la fille
des buissons de bayahondes à manger
banane après banane, on ne sut jamais
combien. De guerre lasse, la domestique
perdit connaissance. La dame de bien qui
se croyait sortie de la cuisse de Jupiter, celle
qui était aussi superficielle et fade que pouvait l’être son mari, et qui fréquentait le
beau monde de Jérémie, et qui faisait plaisir
à monsieur le curé, alla se coucher satisfaite, apaisée, comblée, assouvie, réjouie,
ravie, repue.
Au lever du jour, il n’y eut pas de
mijotement de l’eau sur le feu. Il n’y eut pas
non plus l’odeur de montagne du café pour
réveiller madame. Car la fille née dans les
bras de la misère, bercée par la misère, la
fille qui avait grandi sur les lopins plantés
de manioc et de pois congo, la fille dont les
rondeurs naissantes savaient chatouiller
les sens du maître de la maison, la fille qui
n’avait eu droit ni au rêve ni à des fantaisies d’adolescente, la fille du pays en dehors qui n’avait bénéficié d’aucun répit,
d’aucune pitié, était morte dans les bras
de sa misère de domestique, d’esclave, de
restavèk; morte d’indigestion suraiguë,
morte étouffée, avec de petits lambeaux de
figue-banane qui lui sortaient par le nez et
par la bouche. Elle avait les yeux encore
ouverts, terriblement hagards et tristes,
semblant implorer grâce face à une si ignominieuse barbarie.
Ti Marie était donc née sur les collines plantées de pois congo, dans les bras
de la misère. Et parce qu’elle était fille des
mauvaises saisons aussi bien climatiques
que politiques qui s’abattaient et s’abattent
encore, malheureusement, sur notre terre
d’Haïti Thomas depuis les temps cruels de
l’esclavage, parce qu’elle était née marquée
par le destin, parce qu’elle était une restavèk, l’Église ne lui fit pas d’enterrement.
Le «bel officier» fut simplement muté à un
autre poste. Et la dame bien trouva d’autres
cercles de gens de bien, bouffis comme elle
des mêmes préjugés. Elle trouva encore à
son service une autre petite esclave, elle
aussi née dans les bras de la misère…
22 octobre 2016
Haiti Liberté/Haitian Times
5
Kwonik Kreyòl
17 oktòb
Yon delegasyon K.E.P a
te vizite biwo Depatman
Nip la!
Lenous Suprice
Ndlr. Se vre dat 17 oktòb la fenk
pase, nou preske nan fen mwa a, men
li pap janm pase. Se yon dat etènèl
pou noumenm Ayisyen
. Se sa k
fè lò lachans fè n tonbe sou tèks «17
oktòb» sila, nou di nou pap kite l pase,
fò l pibliye, paske lanmò Lanperè a
chaje ak sinifikasyon, chaje ak leson.
Se bon jan kozman sa yo, bon jan refleksyon sa yo Lenous Suprice pote
pou nou nan atik sila.
17 oktòb : yon dat, de sinifikasyon pou chak Ayisyen, sitou sila
yo move lavi ap pilonnen kèlkeswa
kote yo ye sou latèbeni. Se dat yo te
touye Lanprè, se dat tou yo chwazi
pou selebre sa yo rele «Jounen entènasyonal pou lite kont lamizè».
Kidonk de dat kè kase: youn, kote nou
ta dwe goumen pou efase yon povrete
moral epi, lòt la, kote n ap seye konbat
yon povrete fizik…
Lè yon moun kwè, di kou wòch,
li dwe bati bilding richès li sou anplasman yon kolonn malere li fin plati, se
mizè menm menm l ap kreye. Men, si
moun sa a pran konsyans, si l rive fè
lajistis tounen yon bijou l ap mete nan
chak de bra pandye ki lage syè atè nan
enterè li, gen espwa omwen yon moso
nan pwasenkant lan ka koumanse
tyoule kò l sou do malèrèz ak malere.
Goumen kont povrete fizik sa a, se pa
rete tann papa Leta, pè, pap, Bondye
nan syèl, oubyen nenpòt ki lòt ankò,
vin fè tout bagay nan plas nou: se travay pèsonèl nouchak, ann amoni ak
tout sa ki vle kore nou, nan balize n ap
balize teren difisil lavi a, pou fè jaden
byen viv youn ak lòt la rive blayi
danre l sou de ran kote nou demere.
Pou konbat povrete fizik la, fòk
nou ri selon fòm bouch nou : nou pa
dwe ri kare, lè bouch nou won kou
boul. Fòk nou sispann di : «Koze bèf
pa koze kabrit», sinon sa p ap ka
mache. Sinon, nou riske wè bèf zòt k
ap manje bon zèb vèt douvan je kabrit
nou ki rete, limenm, bèkèkè ak ti kras
ki rete a, lè pi gwo bèt la fin byen mennen opwen l ap riminen, nan fè koken,
kote l pase.
Pou povrete moral la menm,
depi ou anmezi poze keksyon sou
kilès ki te touye Lanprè, ou deja sou
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ki toujou koupe fache ak lanmou, ki
refize osnon ki pa ka konprann ki jan
bon vivasyon se yon koze ki penmèt
anpil moun mache ansanm, san bri,
san kont.
Sou pwen sa a, nou pa bezwen pale twò long. An n kite silans
Foto Desalin Pon Wouj
refleksyon ankase ti bwa nan zòrèy
konsyans nou, pou ajisman nou sa
marande kòl ak yonsolidarite ki se va
pi bon gid nou nan granchimen lavi a.
Se pa viv n ap viv, lè se malè zòt
ki fè bonè nou, lè se magouy ki se sèl
fòs nou, menm lè nou gen yon chaplè
demokrasi, tankou yon sipètisyon, n
apwoule toutan, yon fetich nou pandye nan chak rakwen vwa nou, alòs
nou pa menm kwè sa pwòp noumenm
ap repete a…
Yo pa rele sa viv, lè pouvwa se
yon baton ki penmèt nou, non pa eskive kou, men, bimen moun ki oze,
pou pi piti, poze n de twa keksyon oubyen di nou se twòp atò.
Jan nou wè l la a, si n byen reflechi, nou ta dwe gen lakrentif pou
konnen nou dwe konnen kouman mèt
chen an, bò kote pa l, ap toujou ranje l
pou pase n yon chitatann pou bat nou
te bat chen li san gade dèyè. Nou deja
wè, nan kout kat sa a, se sèk vyolans
lan k ap kontinye louvri pi lajtoujou,
olye solèy avansman rete klere sou
detèminasyon nou pou yon alemye.
Se pa bon vivasyon sa, lè nou
deside pa patisipe nan sa ki konsène n,
pou nenpòt ki pretèks, lè nou toujou la
pou konstate se fòt yon lòt, se pa janm
fòtnou, lè yon bagay rive.
Zwazo nou fè pitit nan nenpòt
ki nich paske ti zwazo, ti zwazo…
se byen pòvvye zwezo : se sa n ap
repete, tankou sila tan lontan yo, jouskaske gòj nou bouke. Men, lè nou pa
ka kenbe eskanp zèl yo, nou di se fòt
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SUR RSI DE 21H (3H-Haïti-USA) A 23H.
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zekla je nou. An nou kontinye edike
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Chaloten nou kreye yon ti pasay pi nèf
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jou lendi 24 oktòb 2016 la. Objektif
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Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
Perspectives
Haïti: La propagation du choléra et la quête de l’argent par l’ONU !
Par Dady Chery
L
es Nations Unies ont causé 10 000
décès et 700 000 infections de
choléra après le tremblement de terre
désastreux d’Haïti du 12 Janvier 2010.
Dans ce contexte, c’est logique qu’une
association continue avec l’ONU, après
six ans d’inaction sur le choléra, suivie
par les ravages de l’ouragan Matthew,
ne pourrait qu’entraîner encore plus de
décès.
L’ancien Secrétaire Général de
l’ONU, Ban Ki-moon, a survolé la ville
des Cayes, au sud d’Haïti le samedi,
16 Octobre 2016. Il a ensuite visité
un lycée où des réfugiés étaient abrités. Les matelas mouillés par l’ouragan
Matthew étaient à peine secs quand
M. Ban Ki-moon et ses associés commençaient à planifier le prolongement
du mandat de l’ONU en Haïti. L’ONU
devait partir de l’île dans six mois;
ces six mois sont devenus une année.
Maintenant que l’ONU a formé environ 16 000 policiers haïtiens, il n’y a
plus besoin d’une force des Nations
Unies. En dépit de tout cela, il y a une
mine d’or dans le choléra et les élections truquées. Comme l’avait projeté le journaliste Kim Ives, le prétexte
mis en avant par l›ONU est qu›elle
devrait rester jusqu›à l›instauration
du nouveau gouvernement haïtien.
L›ouragan a forcé un délai jusqu›au 20
Novembre 2016 du premier tour des
élections présidentielles et de certaines
élections législatives. Ces élections
remplacent les élections de 2015,
qui étaient frauduleuses et financées
principalement par les Etats-Unis à
travers le Programme des Nations
Unies pour le développement (PNUD).
Il y a deux mois, Ban Ki-moon
commença à agir contrit pour avoir
exacerbé les dégâts du tremblement
de terre en affligeant Haïti du choléra.
Avec son Envoyé Spécial de l’ONU, Bill
Clinton, et la Secrétaire d’Etat améri-
L’ancien Secrétaire Général de
l’ONU, Ban Ki-moon, a survolé la
ville des Cayes, au sud d’Haïti le
samedi, 16 Octobre 2016
caine de l’époque, Hillary Clinton, Ban
Ki-moon avait empêché un gouvernement légitime d’être élu et avait créé
un fardeau pour l’infrastructure fragile
d’Haïti avec des milliers de soldats de
l’ONU venant de l’Asie du Sud-Est où
le choléra est, par ailleurs, endémique.
Ban Ki-moon a finalement reconnu à la
mi-Août 2016, que les troupes népalaises avaient infecté Haïti et a attribué
cette admission à un rapport du 8 Août
d’un conseiller de l’ONU, Philip Alston,
qui est professeur de droit à New York
University.
Ce volte-face abrupt, après des
années de refus d’accepter la responsabilité de l’ONU pour le choléra, a été
probablement causé, non pas par le rapport d’Alston, mais par mon article du
8 Janvier 2016. Cet article a informé le
public que, tandis que l›ONU combattait
avec succès deux procédures légales
par des victimes haïtiennes du choléra,
les troupes de l›ONU infectaient Haïti
encore une fois, après 2012, avec des
souches de choléra, cette fois ci en
provenance du Bangladesh. Ayant
suivi de près les études scientifiques
sur le choléra, j›ai donné au public la
nouvelle que lݎquipe du Dr Andrew
Camilli de l›Université Tufts avait
découvert un virus appelé ICP2 chez
des malades haïtiens. Ce virus avait
accompagné des cholérae dans les
excréments non traités des soldats
du Bangladesh. Le premier groupe
de ces soldats, une unité entièrement
féminine, avait rejoint le contingent de
police de l›ONU en Haïti en 2012. Le
rapport d’Alston a également déclaré
que l›assainissement sur les bases de
l›ONU en Haïti était resté inacceptable
bien après 2010. À mon avis, l›article
de l’AP sur ce rapport, publié dans
le New York Times et prétendant
critiquer l›ONU, n’était en fait qu’une
préparation cynique de l›opinion
publique pour la nouvelle que d›autres
souches de choléra en provenance du
Bangladesh existent en Haïti.
A ce jour, les missions
des Nations Unies ont infecté
suite à la page(15)
vivent dans des abris provisoires pour
le moment. Bien de victimes par le fait
d’avoir tout perdu ne veulent même
pas se déplacer pour venir chercher de l’aide. Sur 23 hôtels seulement
deux ont pu résister à la sauvagerie
de l’ouragan et de la pluie. Cependant,
nous exhortons l’Etat central à développer une stratégie d’emploi pour favoriser la recapitalisation de la population», a réclamé le maire principal de
Port Salut, Monsieur Ménard.
Après avoir pris congé du maire
Ménard, un riverain Pierre Julio, a
déploré les pertes énormes causées par
le passage du cyclone Mathieu ainsi
que les travaux déjà entrepris pour
la réhabilitation des sites touristiques
à commencer par la plage Pointe Sable. Selon lui, le travail est la meilleure
façon de permettre à ce Port autrefois
si prisé de renouer avec son Salut
d’antan. « Au niveau de la 4ème section, à nan Douyon nous avons tout
perdu. Nous n’avons même pas d’abri
provisoire. Nous avons été obligés
de nous loger dans la maison de l’ex
Président Titid. Cependant, personne
ne doit politiser l’aide dans un contexte de désastre ». Ainsi s’est-il exprimé.
Continuant la visite à Port Salut
bien avant de rebrousser chemin, la
délégation a pu se rendre à l’évidence
de l’ampleur des dégâts. La plage
Pointe sable est complètement détruite. 85% des arbres jonchent encore
le sol, le littoral est dévasté par la fureur des flots. Dans certains quartiers
des paysans tentent de raccommoder
les toits de leur maison dont les tôles
ondulées se sont envolées. Dans des
garages, des arbres dans leur chute
vertigineuse ont abimé plusieurs voitures. Sur le chemin du retour, la caravane a fait une escale dans le bourg
de Cavaillon où des tonnes de boue
immonde encombraient l’entrée de
l’église du Perpétuel qui n’a encore
volé au Secours de cette bâtisse qui
honore son nom.
Port-salut la commune martyr !
Par J. Fatal Piard
N
ul n’est sans savoir que le cyclone
Mathieu, au cours de son passage sur Haïti au tout début du mois
d’octobre dernier après avoir dévasté
la Martinique et la Jamaïque, a laissé
des stigmates indélébiles. Cependant,
incontestablement, les départements
géographiques les plus touchés restent et demeurent le Sud, la Grande
Anse, les Nippes et le Sud-Est. Les
départements de l’Ouest, de l’Artibonite, du Nord et du Nord’ Ouest, dans
une moindre mesure en ont aussi été
affectés.
Comme le stipule le vieil adage,
diriger c’est avant tout prévoir. Bien
avant cette situation catastrophique
à laquelle se trouvent confrontées
les populations victimes, les hauts
responsables de l’Etat devraient anticiper en conséquence. Dans ce contexte de grandes adversités, toutes ces
vaches à lait de ces tartuffes avides de
matières sonnantes et trébuchantes
commençaient à se lécher les babines.
Cette situation qui s’apparente à celle
du 12 janvier 2010 est la bienvenue
pour les propriétaires d’ONG, de fondations et d’autres structures mafieuses.
En effet, comme le monde entier
a pu le constater, tous les maux de la
boite de Pandore se sont abattus sur
Haïti pendant ces 12 dernières années.
Rappelons pour mémoire que depuis
2004, notre pays a eu le grand malheur de connaitre plusieurs catastrophes tant humaines que naturelles.
Quelques mois seulement après que
la gente GNB financée par l’internationale ait eu raison de la démocratie
participative avec la matérialisation
du coup d’Etat du 29 févier 2004 qui
leur a permis d’obtenir des franchises douanières, le cyclone Jeanne s’est
abattu sur la ville des Gonaïves.
Jeanne a fait le plus grand bonheur de Youri Latortue et autres aigrefins notoires qui en ont profité pour
faire fortune. De toute évidence, les
défenseurs des droits humains fermaient les yeux sur les crimes et les
massacres perpétués par la soldatesque onusienne dans les quartiers
populaires. Cette démarche cynique
faisait partie de la stratégie de dépopulation des classes dominantes et mise
en œuvre par leurs sous-fifres des
élites intellectuelles aliénées gonflées
de discrimination indigeste.
En outre les pêcheurs en eau
trouble allaient voir leur prière exhausser avec le séisme du 12 janvier.
Et, à la faveur de la CIRH détournée
Une école détruite par Matthew à Port Salut
par la famille Clinton elle est parvenue
à faire l’acquisition de la majeure partie des terres arables du département
du Centre. La manne découlant du
cyclone Sandy a permis à Laurent Lamothe de devenir multi milliardaire en
l’espace de quelques mois. Quand ce
sont les riches qui volent, ils peuvent
toujours compter sur la complicité
agissante des instances qui en général
comme Transparancy International
feignent de dénoncer la corruption.
Randonnée en enfer
Depuis le passage du cyclone Mathieu,
des nouvelles apocalyptiques arrivent
des communes côtières des départements du Sud et de la Grande Anse.
Mezanmi tande ak wè se de. Pour pouvoir nous rendre à l’évidence de l’ampleur de cette catastrophe, une délégation forte a laissé la capitale haïtienne
au cours de la journée du jeudi 13 en
cours à destination du département du
Sud. Objectif : découvrir nous-mêmes
le calvaire des populations affectées.
Après avoir traversé les villes et communes où de fines gouttes de pluie
perlaient des lauriers roses qui bordent
la route nationale numéro deux, la
longue caravane est enfin arrivée aux
portes de la ville historique des trois
frères Rigaud.
Les cliquetis en staccatos des
insectes troubadour animent cette nuit
calme sous un ciel ponctué de cumulus
grisâtres. Déjà à l’aube, les premières
aiguilles aurifères giclent des interstices du morne Makaya. Il est temps
d’aller rendre visites aux milliers de
victimes. Le petit déjeuner terminé,
cap sur Port Salut, cette commune autrefois célèbre pour ses magnifiques
plages au sable fin. Juste après avoir
traversé le pont métallique jeté sur la
Ravine du sud, le panorama apocalyptique des ces vastes plaines dévastées
vous donne une idée de cette indicible
Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
fureur avec laquelle Mathieu s’est
abattu sur le département du Sud.
C’est pire que la ville syrienne d’Alep
s’est promis d’hachurer avant son
départ du pouvoir.
Maisons entièrement ou partiellement détruites, pilonnes électriques
renversés, cocotiers décapités, des
branches d’arbres jonchant le sol, tel
est le spectacle de désolation qui nous
a accompagnés jusqu’à Port Salut.
Les matelas, les chaises, les tonnes
de vêtements et autres types de tissus
étendus à l’entrée ou dans l’entourage
des maisons laissent subodorer que les
cordes de pluies étaient impitoyables
et ont tout imbibé. La désolation était
palpable sur le visage des riverains. En
quelques endroits des ONG sont venus
contempler cette misère infrahumaine
que Mathieu vient d’aggraver.
Moins de 45 minutes de routes
bitumées nous ont emmenés jusque
dans la cour avant de la Vice délégation de Port Salut. Là, le Maire principal Monsieur Wilsaint Menard racontait à la délégation les calvaires de la
population de Port Salut. Ensuite le
maire a fait état du nombre de morts
évalués à trente neuf (39), autour de
20.000 maisons ont été soit endommagées soit détruites et plus de 180
familles vivent dans des abris provisoires. Pour ce qu’il s’agit des jardins
dévastés et des têtes de bétails emportés, le bilan n’est pas encore établi.
« Nous au niveau de l’administration communale de Port Salut, nous
exigeons que l’aide respecte la dignité
de la population. En outre, la mairie
va interdire toute construction sur le
littoral. Toutes les ONG qui désirent
distribuer de l’aide doivent obligatoirement se référer à la Mairie. Dans
toutes les sections communales beaucoup de familles ont tout perdu. Plus
de 20.000 maisons endommagées,
autour de 700 blessés, 180 familles
De faux débats
Des informations fiables font croire
que la situation est pire dans d’autres communes telles Dame Marie,
Coteaux, Roche à Bateau les Irois
etc. Les réactionnaires impénitents
s’amusent à de faux débats relatifs
à l’aide des dominicains. Ce sont ces
mêmes hypocrites qui se sont entendus avec les militaires dominicains
pour les entrainer à venir assassiner
les militants des quartiers populaires,
juste pour plaire aux caprices de l’international. Et pourtant ils ne font que
défendre leurs intérêts mesquins au
détriment de la misère des victimes de
Mathieu.
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Haiti Liberté/Haitian Times
7
Perspectives
Non à la militarisation de
l’aide humanitaire en Haïti
Le réchauffement climatique,
un sujet vital pour Haïti
Ndlr. Accidentellement, le texte
qui suit a été publié dans nos colonnes la semaine dernière, amputé
de la majorité des signatures.
Nous nous en excusons auprès des
signataires. Le voici tel qu’il était
supposé paraître.
Par Milo Milfort
E
n dépit du retrait des troupes
dominicaines d’Haïti annoncé par
voie de presse, nous tenons à exprimer
notre indignation sans bornes lorsque
nous avons appris, le 13 octobre 2016,
que des soldats dominicains avaient
été déployés en Haïti sous prétexte de
protéger des convois d’aide humanitaire en provenance de la République
dominicaine. Ceux et celles qui ne
partagent pas ou ne comprennent pas
notre légitime colère devant cet inacceptable état de fait ne savent pas ou
ignorent peut-être délibérément qu’en
1937 près de 30 000 haïtiens ont été
massacrés par des soldats dominicains
sous l’ordre du gouvernement dominicain alors engagé dans une campagne
de haine et d’épuration ethnique visant
les ressortissants haïtiens sur son territoire. Rappelons que tout récemment,
le 23 septembre 2013, la République
dominicaine a retiré rétroactivement la
nationalité dominicaine à un quart de
million de Dominicains d’origine haïtienne nés en République dominicaine.
Cela, en violation de la constitution
dominicaine qui reconnaît le principe de
non rétroactivité de la loi et malgré le
fait que la République dominicaine soit
signataire de la convention de l’ONU
sur la réduction de l’apatridie.
Pour ce qui est du gouvernement
haïtien qui, selon ce qui a été rapporté,
aurait donné son accord à l’entrée des
troupes dominicaines en Haïti, rappelons qu’il s’agit d’un gouvernement
provisoire non élu dont le mandat est
réduit et limité et qui selon la constitution haïtienne ne peut prendre la
décision d’accorder, ne serait-ce qu’à
un seul soldat de l’armée dominicaine ou d’une quelconque autre force
étrangère, le droit de fouler le sol haïtien. Soyons bien clairs, contrairement
à ce qu’a osé affirmer un représentant
de l’ambassade dominicaine en Haïti,
ceux et celles qui dénoncent la présence
militaire dominicaine en Haïti ne sont
pas des gens incapables de reconnaître les vrais gestes d’amitié. Nous
croyons simplement que lorsque des
amis tendent la main pour aider, ils
ne devraient pas tenir dans l’autre un
fusil. Sur ce point, nous conseillons à
l’ambassade dominicaine de prendre
exemple sur Cuba et sur le Venezuela
qui ont respectivement dépêché des
médecins et fait parvenir plus de 700
tonnes d’aide de première nécessité en
Haïti sans procéder à un déploiement
militaire à l’intérieur du pays. Dans ce
même ordre d’idée, il serait aussi temps
qu’un examen de conscience soit effectué par le gouvernement étasunien
qui a occupé Haïti de 1915 à 1934 et
qui, depuis le séisme de 2010, est localement et internationalement critiqué
pour sa contreproductive et incessante
propension à militariser l’aide qu’elle
destine à la première République noire
libre du monde. Il faut l’affirmer haut
et fort : la présence de troupes militaires
étrangères en terre haïtienne n’est nullement nécessaire à la distribution de
l’aide humanitaire.
Nous considérons que, même
temporaire, l’intervention militaire
dominicaine en Haïti est d’autant plus
absurde et condamnable qu’une mission militaire onusienne se trouve déjà
depuis plus de douze ans sur le territoire
haïtien et que sa présence dans le pays
vient d’être prolongée pour six mois,
malgré les controverses entourant son
bilan. Qu’est-ce qui peut justifier que
des soldats dominicains, étasuniens,
français ou provenant d’autres pays
membres de l’ONU aient à intervenir
pour protéger des convois humanitaires
8
alors que les casques bleus, présents
en Haïti, ne le font pas? Les autorités
haïtiennes qui ont permis l’intervention
militaire dominicaine ont-elles oublié
que c’est à partir d’une base militaire de
la Minustah que le choléra a été introduit en Haïti? Les autorités haïtiennes
ont-elles oublié les meurtres et les viols
dont se sont rendus coupables des soldats étrangers en Haïti? Ces nombreux
et graves crimes commis impunément
par des soldats ne sont-ils pas la preuve
que militaire ne rime pas réellement
avec humanitaire? L’échec lamentable
des casques bleus en Haïti et le refus
systématique de l’ONU de les retirer du
pays, malgré un consensus grandissant
demandant leur départ, sont une preuve
de plus que ni l’armée dominicaine, ni
la Minustah, ni l’armée étasunienne, ni
aucune autre force étrangère ne sont
habilitées à fournir l’aide dont la population haïtienne a besoin. Nous croyons que c’est faire preuve d’une grande
violence et d’un profond mépris envers
le peuple haïtien que de persister à militariser l’aide qui lui est destinée. Enfin,
ceux et celles qui ont retenu les leçons
de l’après-séisme savent qu’il est temps
de mettre fin à l’ingérence étrangère en
Haïti sous toutes ses formes. À ce jour,
l’aide la plus solidaire et humaine reçue
par Haïti a été fournie par ceux et celles
qui sont solidaires de la lutte de libération du peuple haïtien. À l’heure où les
budgets militaires mondiaux atteignent
des degrés inégalés, nous unissons nos
voix, sur la base des principes de droit
international, de paix, d’éthique et de
respect mutuel pour dire non à la militarisation de l’aide humanitaire, non au
néocolonialisme, non au business de
l’humanitaire et oui à la solidarité entre le peuple haïtien et les peuples du
monde.
Signataires du Collectif d’appui au
Tribunal populaire haïtien contre
l’occupation et la domination :
Jennie-Laure Sully
Frantz André
Alain Saint-Victor
Sandra Cadet
Pascale Romain
Ghisi Sérand
Alain Philoctète
Chantal Ismé
Edenne Roc
Walter Scott
Ribet Thermogène.
Signataires du Regroupement des
Haïtiens de Montréal contre l’occupation d’Haïti :
Renel Exentus
Ricardo Gustave.
Komite
Pilotaj
ak
KowòdinasyonTribinal Popilè kont 100
lane dominasyon ak okipasyon
Ayiti’’ (Comité de Pilotage et de Coordination du Tribunal Populaire contre les
cent ans de domination et d’occupation
d’Haiti) :
Camille Charlmers
Ernst Mathurin
Québec Solidaire
Amir Khadir
AndrèsFontecilla
Bureau des organisations de défense des droits humains
Me Jacceus Joseph
SendikaTravayè
AnseyanInivèsiteAyiti’ (Syndicat des travailleurs et enseignants universitaires
d’Haïti)
James Darbouze
Ayiti Djanm
Jean-Yves Blot
Ollery Saint Louis
Forum politique des socioprofessionnels progressistes d’Haïti
Jean Wily Belfleur
Haiti Liberté/Haitian Times
H
aïti fait partie des trois pays les
plus vulnérables au changement
climatique de la planète. Ce, en raison
du manque d’acteurs étatiques proactifs
dans la protection de l’environnement
et de mérite des acteurs de la société civile concernés, qui conscientisent, sensibilisent et informent la population sur
les enjeux des effets du changement
climatique et leurs conséquences sur le
quotidien. « Le sujet est vital et capital
au vu des récentes catastrophes subies
par notre cher Haïti, suite au passage
de l’Ouragan Matthew. Vous avez tous
vu les images bouleversantes qui circulaient à tour de bras sur les réseaux
sociaux. L’heure est grave ! », a fait
savoir Patrick St- Pré, le coordinateur
de l’Association pour le climat l’environnement et le développement durable
(ACLEDD).
Ainsi, le changement climatique
qui se veut être l’affaire de tout le
monde, s’est imposé en tant que sujet
d’actualité. A en croire l’organisation
des nations-unies pour l’Education
la Science et la Culture (UNESCO), il
est lié aux questions de développement économique, technologique et
démographique. Cette problématique
constitue l’un des plus grands défis
auxquels est actuellement confrontée
l’humanité́.
Selon le journaliste spécialisé en
Environnement et changement climatique, il n’est pas simple de changer
les comportements de masse en raison
d’un ensemble de facteurs qui sont entre autres les valeurs, les croyances, les
normes sociales, les pratiques et gouvernances politiques. « Cela nécessite le
recours à des règlements ou des incitatifs fiscaux agressifs comme des taxes et
des péages qui sont généralement fort
impopulaires », nuance-t-il, reconnaissant que les changements de comportements nécessaires pour opérer une
réduction significative des GES ne se
produiront que si l’on peut compter sur
des efforts soutenus en matière d’infor-
Ayiti Leve
George Noël
Forum Économique International
des Noirs
KerlandeMibel
Femmes de diverses origines (FDOWDO)
Ligue internationale de lutte des
peuples
Mouvement contre l’inceste et le
viol (MCVI)
Comité pour les droits humains en
Amérique latine (CDHAL)
Centre des Travailleurs/Travailleuses Immigrants -Association des
Travailleurs/Travailleuses
Temporaires d’Agences de Placement
(CTI-ATTAP)
Front
féministe
prolétarien
révolutionnaire
Individu.e.s
Abby Lippman
Amelia Moreno Suarez
AnouchehMachouf
Benita Apollon Bruno
Conrad Caton
Diane Matte
ElahéChokraie
Emily Drysdale
Emmanuel Brice
Geneviève Szczepanik
GiulianaFumagalli
Inti Barrios Sara Santillan
Janet Lumb
Jasmin de la Calzada
Joanne Sherwood
Jose Bruno
Josette Jean-Pierre Rousseau
Maguy Métellus
Malcolm Guy
Haïti, lors du passage de Sandy en octobre 2012
mation, de sensibilisation et d’éducation du public et des décideurs.
Dans ce contexte, « une partie du
travail du journaliste environnemental
consisterait notamment à évaluer les
accords internationaux en fonction de
leur impact sur l’environnement, l’atmosphère et vérifier les effets néfastes
sur le climat », a insisté Patrick St-Pré,
qui intervenait au lancement d’un atelier de formation tenu le 15 octobre
dernier, faisant partie d’un projet phare
et ambitieux, consistant à réaliser 15
reportages sur les effets du changement climatique et de la dégradation
environnementale en Haïti.
Entre autres thématiques seront
traités : la dégradation des forêts de
mangroves, la déforestation des forêts,
le brûlage des déchets, la pollution de
la baie de Port-au-Prince, la coupe des
arbres des versants de Trou-du-Nord,
la déforestation du Parc Macaya et
ses conséquences sur le grand Sud, la
gestion des déchets dans la zone métropolitaine, l’accès à l’eau dans le Sudest, l’assèchement des sources d’eau
à Pétion-Ville. « Les projets de reportage et de communication de masse
que nous aurons à mener s’inscriront
dans la lutte contre la dégradation de
l’environnement, les effets néfastes
du changement climatique sur l’environnement, et dans la promotion des
actions favorisant un développement
durable en Haïti. En effet, Haïti est
de par sa situation physiographique,
lithologique et climatologique un pays
fragile », a expliqué Monsieur St-Pré.
Ce projet fait son apparition à un
moment où les sujets liés au réchauffement climatique de la planète sont peu
présents dans les médias haïtiens, constate-t-on. « Le changement climatique
est une crise mondiale, mais de nombreux publics ont du mal à comprendre
son importance, surtout s’ils ne voient
pas ses effets dans leur communauté
locale. Par conséquent, il est important
que les journalistes de l’environnement
réduisent la portée de leur couverture
des changements climatiques et se
concentrent sur des histoires locales »,
poursuit St-Pré.
Il croit que pour réduire les émissions de GES de manière significative,
il faut engager une véritable révolution
de notre mode de vie ; ce qui implique
d’importants changements de comportements : se déplacer autrement, modifier les pratiques d’urbanisme, concevoir des bâtiments moins énergivores,
produire plus efficacement, faire des
choix de consommation responsable,
etc.
L’ACLEDD a pris naissance dans
le sillage de la COP21 et de la signature
de l’Accord de Paris. Elle est une association qui vise à favoriser, diffuser
et réaliser des initiatives susceptibles de
promouvoir et de valoriser la protection
de l’environnement et la sensibilisation
aux effets du changement climatique
en Haïti.
Marie Boti
Marie-EveMarleau
Marie-Josée Gensse
Marlène Rateau
Monique Manigat
Monique Rocheleau
Nima Machouf
Patrick Stephenson
Rachel Philippe-Auguste
Rebert Ismaël
Rita Acosta
Sabine Michaud
Shahrzad Arshadi
Shanie Roy
Stéphane Alix
Turenne Joseph
Valery Dantica
Vélina Elysee Charlier
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Yolette Andrée François Jeanty
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Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
This Week in Haiti
Haiti’s Clinton Problem
During his term, Bill Clinton used violent and underhanded
tactics to promote U.S. interests in Haiti.
By Nathan J. Robinson
President Bill Clinton with
President Jean-Bertrand Aristide in
Haiti on Oct. 15, 1994. “Returning
Aristide to power was conditional
on his agreeing to an austerity and
privatization program.”
sorely misunderstood.” Clinton maintained that “people who didn’t qualify
as refugees still shouldn’t be here,” and
the Haitians were fleeing for “economic” rather than “political” reasons, and
thus didn’t qualify as refugees.
This was news to the Haitians,
who had thought they were fleeing political violence. It also angered human
rights advocates, who had believed
Clinton’s word that he would end the
Bush policy. The head of the National
Coalition for Haitian Refugees emphasized that “[t]he policy violates the
most basic tenet of refugee protection.
People at least deserve to be heard to
demonstrate a fear of persecution before they are returned.”
The reversal also alienated black
Democrats, who had relied on Clinton
to show more respect for the rights of
poor black refugees than Bush had.
Kweisi Mfume, then head of the Congressional Black Caucus, later recounted his anger at Clinton over the blatant
abandonment of his promise: “Black
people all across this country gravitated to Clinton’s message because he
was moving beyond Bush’s inhumane
policy, which turned a blind eye to conditions in Haiti — men being tortured
and maimed, women being raped, and
the bodies of children found washed up
on the shore. Yet in Clinton’s first week
in office, he announced he would continue to maintain the Bush policy of repatriation, mumbling some kind of poor
excuse for his decision.”
Mfume said that in his opinion,
“Clinton could not have done such a
thing without taking the black vote and
the Caucus for granted.”
The reasons for Clinton’s change
of mind were never made public, but
the New York Times suggested one explanation, reporting that “[m]embers of
Mr. Clinton’s foreign-policy team have
expressed concern that celebrations
surrounding Mr. Clinton’s inauguration,
which will be widely televised, will be
marred by news footage of Haitian boat
people drowning . . .” Naturally, who
would wish to see such celebrations
marred?
The forced repatriation policy
was not the only way in which the
United States violated the Haitians’
rights, however. As disagreements over
the refugees’ status had gone through
the courts, the Bush administration
had begun a policy of storing refugees
awaiting transfer at the Guantanamo
naval base in Cuba. Because Guantanamo was not U.S. soil, detaining people was thought to avoid the triggering
of legal procedural protections that may
have been granted to those who were
actually being held in the country.
Bill Clinton continued the Bush
policy of keeping refugees at Guantanamo indefinitely. But Clinton introduced a new policy as well: testing the
Haitians for HIV, and segregating those
Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
UN Photo/Logan Abassi
resident Jean-Bertrand Aristide’s
election in 1990 had been seen as
an encouraging harbinger of a new relatively more peaceful and democratic
era in Haitian politics. Aristide was a
liberation theologian and orphanage
proprietor who had spent years preaching about the well-being of the poor,
sick, and hungry.
After the country had survived
multiple decades ruled by the Duvaliers père and fils (a pair of murderous
grifters who financed their upscale dictator-chic lifestyles by trafficking in the
body parts of dead Haitians), the frugal
curate Aristide was a welcome relief.
The peace did not last. Aristide
was overthrown in a military coup
d’etat the next year, and the country
collapsed into disarray. The new military government swiftly introduced the
usual program of arrests, tortures, and
mysterious disappearances, with all opposition subject to terror and suppression. Faced with violence and economic
collapse, hundreds of refugees began to
flee the country in tiny boats, bound for
U.S. shores.
United States law allows political refugees to apply for asylum if they
have a “well-founded fear” of political
persecution, which plainly the Haitians
did. But the George H. W. Bush administration refused to let the Haitians go
through the asylum process. Instead,
it followed a formal policy of simply
dispatching the Coast Guard to scoop
the fleeing Haitians from the water,
then immediately sending them back
to Haiti.
The Bush policy was condemned
by human rights groups; after all, the
entire purpose of political asylum is to
ensure that people are not being returned to countries where their lives
are in danger, yet the U.S. government
was openly sending thousands of Haitians back to a country where their
lives were in danger. It was also seen
as discriminatory, even racist; refugees
from Cuba were routinely granted asylum, but Haitians were not. (Of nearly 25,000 Haitians interdicted by the
United States from 1981–1991, only
11 were allowed into the country to
be given asylum hearings.) The brazen inhumanity of the administration’s
actions shocked many, and throughout
his 1992 campaign, Bill Clinton had
pledged unequivocally that he would
end the policy immediately upon taking
office, criticizing the practice as “cruel”
and “immoral.” Clinton said that by
contrast to Bush: “If I were president,
I would — in the absence of clear and
compelling evidence that they weren’t
political refugees — give them temporary asylum until we restored the elected Government of Haiti.”
The promise was an unusually
forceful one for Clinton; it was markedly free of his usual qualifications and
hedges. There was no real argument
that the refugees were political. They
were fleeing a military dictatorship. The
granting of political asylum would also
be within the president’s powers; there
was no obvious legal impediment to his
carrying out the promise.
But shortly after being elected,
before he had even taken office, Clinton reversed himself. In what the New
York Times called a “bluntly worded”
radio address, Clinton announced that:
“The practice of returning those who
flee Haiti by boat will continue, for the
time being, after I become president .
. . Those who leave Haiti by boat for
the United States will be intercepted
and returned to Haiti by the U.S. Coast
Guard.”
Asked about the switch, Clinton
said his “campaign rhetoric had been
Luke Frazza
P
who tested positive. In doing so, he
created “the world’s first HIV detention
camp.”
Conditions in the HIV camp were
horrific. The facility was a “leaky barracks with poor sanitation, surrounded by razor wire and guard towers,”
and numerous detainees were housed
in tents. Many of the refugees were
gravely ill with AIDS, and the crowded
facility was characterized by fear, squalor, and uncertainty.
After being held for more than
a year, some of the refugees began a
hunger strike. (The military retaliated
by putting the leader of the hunger
strike in solitary confinement.) Communications home had to be smuggled
out. As one refugee wrote in a letter to
her family, “I have lost in the struggle
for life . . . There is nothing left for me.
Take care of my children, so they have
strength to continue my struggle . . . I
have lost hope. I am alone in my distress.” Another recalled:
“We had been asking them to
remove the barbed wire; the children
were playing near it, they were falling and injuring themselves. The food
they were serving us, including canned
chicken, had maggots in it. And yet
they insisted that we eat it. Because
you’ve got no choice. And it was for
these reasons that we started holding demonstrations. In response, they
began to beat us. On July 18, they
surrounded us, arrested some of us,
and put us in prison, in Camp Number 7... Camp 7 was a little space on
a hill. They put up a tent, but when it
rained, you got wet. The sun came up,
we were baking in it. We slept on the
rocks; there were no beds. And each little space was separated by barbed wire.
We couldn’t even turn around without
being injured by the barbed wire.”
In the tiny, cramped cells, “there
was no privacy. Snakes would come in;
we were lying on the ground and lizards were climbing over us. One of us
was bitten by a scorpion... there were
spiders. Bees were stinging the children, and there were flies everywhere:
whenever you tried to eat something,
flies would fly in your mouth.”
The military doctors began giving women birth control without the
women’s knowledge or consent. Yet
at the same time the Clinton administration refused to provide the AIDS-infected refugees with lifesaving medical
care, which almost certainly hastened
their deaths. The U.S. military had recommended that the sickest refugees be
airlifted to hospitals within the United
States for treatment. But the administration, not wishing to let any of the
Haitians onto U.S. soil, refused. As a
result, there were “a huge number
of unnecessary early deaths.” When
asked why they were refusing to provide medical treatment, a spokesman
for Clinton’s Immigration and Naturalization Service said bluntly: “They’re
going to die anyway, aren’t they?”
Eventually, after human rights
lawyers filed suit, the federal courts
stepped in to put a stop to Clinton’s
actions. A federal judge called the
treatment “outrageous, callous, and
reprehensible” and criticized Clinton for
imposing on refugees “the kind of indefinite detention usually reserved for
spies and murderers ... The Haitians’
plight is a tragedy of immense proportion, and their continued detainment is
totally unacceptable to this court.”
Thanks to judicial intervention,
then, the HIV camp was finally closed.
But for some, the court order did not
come soon enough. A detainee named
Joel “died just days after he was freed
from the camp, at the age of 26. For
months, human rights attorneys had
begged the Immigration and Naturalization Service (INS) to send Saintil and
Haitians Don’t Realize
How Vulnerable They
Are to Climate Change
A scene of Hurricane Matthew’s devastation in Aux Cayes. Climate
change will bring stronger and more frequent storms to Haiti, where
infrastructure and homes are fragile.
By Milo Milford
aiti is one of the nations most vulnerable to climate change on the
planet.
This is in large measure due to
recent Haitian governments not taking
proactive measures to protect the environment. Enlightened members of civil
society also must inform, sensitize, and
make conscious the larger Haitian public about the dangers of climate change
and its impact on their daily lives.
“The subject is vital and crucial in
the light of recent disasters suffered by
our beloved Haiti following the passage
of Hurricane Matthew,” said Patrick
St. Pré, the coordinator of the Association for Climate, Environment, and
Sustainable Development (ACLEDD).
“You all saw the shocking images that
circulated with a vengeance on social
networks. This is serious!”
Climate change effects everyone,
and, according to the United Nations
Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO), it is one of the
greatest challenges currently facing humanity, with an economic, technological, and demographic impact.
According to a journalist specializing in environment and climate
change, it is not easy to change mass
behavior, which is influenced by beliefs, norms, practices, traditions, and
governance policies.
“This requires the use of regulations or aggressive fiscal incentives
such as taxes and tolls which are generally very unpopular,” he said, recognizing that behavior change needed to
make a significant green-house gas reduction will only occur if one can count
on sustained efforts in terms of information, awareness, and education for
the public and policy makers.
In this context, “part of the work
of an environmental journalist would
be in particular to assess how international agreements impact the environment and atmosphere, and check
harmful effects on the climate,” said
Patrick St-Pré at a training workshop
held on Oct. 15 as part of launching an
ambitious project to produce 15 reports
on the effects of climate change and environmental degradation in Haiti.
Among other topics that will be
addressed: the degradation of mangrove forests, deforestation, burning
of waste, pollution of the bay of Portau-Prince, cutting trees on the slopes
of Trou-du-Nord, the deforestation of
the Macaya Park and its consequences
on Haiti’s south, waste management in
the metropolitan area, access to water
in the Southeast, and the drying up of
water sources in Pétion-Ville.
“We must carry out projects of
reporting and mass communication in
this fight against environmental degradation, adverse effects of climate
change on the environment, and promoting actions for sustainable development in Haiti,” said Mr. St-Pré. “Haiti
is a fragile country, due to its climate,
geology, and geographic location.”
This project has emerged at a
time when there is little discussion of
global warming in the Haitian media.
“Climate change is a global crisis,
but many in the public have difficulty
understanding its importance, especially if they do not see its effects in their
local community,” said St-Pré. “Therefore, it is important that environmental
journalists reduce the scope of their climate change coverage to focus on local
stories.”
He believes that to reduce greenhouse gas emissions significantly, it
will require a revolution in our way
of life, entailing significant behavioral
changes. We must find new ways to
travel, change urban practices, design
more energy efficient buildings, produce more efficiently, make responsible
consumption choices, etc..
The ACLEDD arose in the wake
of the 2015 Paris Climate Conference
(COP21) and the signing of the Paris
Agreement. It is an association that
aims to promote, disseminate, and implement initiatives that promote and
enhance environmental protection
and awareness of the effects of climate
change in Haiti.
other gravely ill Haitians for treatment
in the United States, but the agency
had refused until a federal district court
judge ordered the sickest released.
Saintil was flown to his father’s house
in Florida, but it was already too late.
He became one of the camp’s first casualties.”
Even for the survivors, the nearly two years spent in Clinton’s detention camp had lasting psychological
effects:
“Annette Baptiste still cries
when she thinks about what the United States did to her ten years ago on
its Naval Base in Guantanamo, Cuba.
Sitting in her Brooklyn apartment, she
recalls how the United States detained
her and 276 fellow Haitians in the Alcatraz of refugee camps, imprisoning
them for some eighteen months simply because they, or their loved ones,
had HIV. “I relive Guantanamo every
day,” she says in Creole. “It’s all in my
head.” Guantanamo is also in Pierre
continued on p(14)
H
Haiti Liberté/Haitian Times
9
SYRIE : ENTRETIEN DU PRÉSIDENT AL-ASSAD AU
QUOTIDIEN RUSSE KOMSOMOLSKAÏA PRAVDA !
votre poche et mettre sur la table à tout
moment. Vous parlez donc de deux
entités différentes, de deux idéologies
différentes, de deux comportements différents, de deux approches différentes.
Il est normal d’aboutir à ce conflit ;
même s’il y a dialogue entre eux, ils ne
sont pas sur la même page.
Dr Bachar al-Assad, Président de la République arabe syrienne et la
journaliste du quotidien russe Komsomolskaïa Pravda, Mme Darya
Aslamova
À
de
vraies
questions,
des
réponses
sincères,
quoique
douloureuses pour les Syriens et, sans
doute, pour leur Président [NdT].
Mme Darya Aslamova : Merci
beaucoup Monsieur le Président. C’est
un grand bonheur pour moi, et je suis
très fière. Je vais commencer par poser
mes questions.
Mme Darya Aslamova : La situation en Syrie est devenue plus dangereuse et moins prévisible. Pourquoi
? Parce que ce conflit attire désormais
plus de participants et plus de joueurs.
Par exemple, qui voyons-nous maintenant participer à cette guerre en Syrie ?
L’Iran, le Liban - je veux dire le Hezbollah- la Russie, la Turquie, l’énorme coalition du côté des États-Unis, la Chine
qui montre de l’intérêt. Avez-vous
quelque inquiétude que ce conflit ne
se transforme en une troisième guerre
mondiale à moins qu’elle ne soit, peutêtre, déjà commencé ?
Le Président Al-Assad : Parler
de ce problème implique de parler du
fond et de la source, et c’est le terrorisme. Peu importe qui intervient, le plus
important est qui soutient ces terroristes quotidiennement et heure après
heure. Tel est le principal problème. Si
nous le résolvons, cette image compliquée que vous venez de décrire ne sera
plus un gros problème, nous pouvons
le résoudre. La question ne dépend
donc pas du nombre de pays qui interfèrent actuellement, mais du nombre
de pays qui soutiennent les terroristes,
parce que les Russes, l’Iran et le Hezbollah sont des alliés qui sont venus ici
légalement. Ils nous soutiennent contre les terroristes, tandis que les autres
pays que vous avez cités soutiennent
les terroristes. C’est là un premier point
: c’est un problème de terrorisme et non
un problème de nombre.
Deuxièmement,
concernant
l’éventuelle « troisième guerre mondiale », terme dernièrement souvent
utilisé, notamment depuis la récente escalade en Syrie, je dirais que ce
que nous observons actuellement, et
depuis quelques semaines ou peut-être
quelques mois, est plus qu’une guerre
froide et moins qu’une guerre totale. Je
ne sais comment la qualifier, mais c’est
quelque chose qui n’est pas née d’aujourd’hui, car je ne crois pas que l’Occident et, particulièrement, les ÉtatsUnis, aient mis fin à leur guerre froide,
même après l’effondrement de l’Union
soviétique.
Mme Aslamova : Oui, elle se
poursuit toujours.
Le Président Al-Assad : Cet
état de fait se déroule en plusieurs
étapes, la Syrie étant l’une des étapes
importantes. Vous assistez à plus d’escalades qu’auparavant, mais toute la
question consiste à préserver l’hégémonie des Américains sur le monde entier,
avec interdiction à quiconque d’être un
partenaire sur la scène politique internationale, que ce soit la Russie ou leurs
alliés en Occident. Donc, cela est l’essence même de ce que vous avez décrit
comme une troisième guerre mondiale.
C’est une guerre mondiale, mais ce n’est
pas qu’une guerre militaire : une partie
est militaire, une partie est le terrorisme
10
et en rapport avec la sécurité, une autre
partie est politique. D’une certaine manière, vous avez donc raison, mais il
ne s’agit pas seulement de la Syrie ; la
Syrie fait partie de cette guerre.
Mme Aslamova: Mais vous
avez dit : la Syrie est devenue une
étape de cette guerre. Pourquoi la Syrie
? Je veux dire, d’accord, vous êtes un
grand pays, vous avez du pétrole, mais
pas autant que l’Arabie Saoudite. Pourquoi exactement la Syrie ?
Le Président Al-Assad : À cela,
plusieurs aspects. Premièrement, si
vous parlez du conflit régional, la Syrie
a de bonnes relations avec l’Iran tandis
que, pour diverses raisons, l’Arabie
saoudite voulait sa destruction totale au
niveau politique et, peut-être, au niveau
matériel et factuel. Ils ont donc voulu
que la Syrie s’en désolidarise et sinon,
la détruire, parce que cela pourrait
affecter l’Iran négativement. C’est ainsi
que je le vois. Pour les Occidentaux,
la Syrie et la Russie sont des alliés
depuis des décennies et, là aussi, saper
le positionnement syrien influerait
négativement sur les Russes. Mais il
y a autre chose en rapport avec le rôle
historique de la Syrie, un rôle régional
en tant que centre de la dynamique
géopolitique au Moyen-Orient depuis
des siècles. Par conséquent, ce rôle
plus sa situation géographique sur la
Méditerranée ont fait que bien avant
la naissance du Christ, les Pharaons
et les Hittites se sont battus pour la
contrôler. De plus, étant socialement
parlant située sur la ligne de faille entre
les différentes cultures de la région,
tout événement positif ou négatif qui
la touche, affecte toute la région. Par
conséquent, bien qu’il s’agisse d’un
petit pays, contrôler la Syrie est très
important pour contrôler le reste de la
région.
Deuxièmement, la Syrie est un
pays indépendant, et l’Occident n’accepte pas les pays indépendants, que
ce soit un petit pays comme la Syrie
ou une grande puissance comme la
Russie. Quel est leur problème avec la
Russie ? Vous dites « oui » et « non »,
alors que vous devriez toujours dire «
oui ». Voilà le problème avec l’Occident.
Telle est ma réponse à votre question :
« Pourquoi la Syrie ? ».
Mme Aslamova : Certains médias occidentaux considèrent que la
guerre en Syrie est devenue un conflit
direct entre la Russie et les USA. Etesvous d’accord ?
Le Président Al-Assad : Oui,
pour une raison simple en rapport avec
ce que j’ai commencé par dire à propos
du terrorisme. La Russie a voulu combattre le terrorisme non seulement pour
elle-même, ou pour la Syrie, mais aussi
pour le reste de la région, pour l’Europe
et le reste du Monde. Les Russes comprennent ce que signifie la propagation
du terrorisme, tandis que les ÉtatsUnis, depuis l’Afghanistan au début
des années quatre-vingt et jusqu’à ce
jour, pensent : « Le terrorisme est une
carte que nous pouvons jouer, une carte
que nous pouvons mettre sur la table ».
Mme Aslamova : Oui.
Le Président Al-Assad : Une
carte que vous pouvez garder dans
Haiti Liberté/Haitian Times
Mme Aslamova: Nous avons
maintenant un nouveau joueur dans
cette région. D’accord ? Je veux parler
de l’intervention turque dont personne
ne parle, comme si rien ne s’était passé.
Quelle est votre opinion sur le rôle de
la Turquie dans cette guerre et sur son
intervention ?
Le Président Al-Assad : Si
nous commençons par ce qui se passe
aujourd’hui, c’est une invasion.
Mme Aslamova : Invasion !
Le Président Al-Assad : Cette
incursion est une invasion. Qu’il
s’agisse d’une petite partie ou d’une
grande partie du territoire syrien, c’est
une invasion en contradiction avec le
Le Président Al-Assad : Exactement. Son idéologie est un mélange
entre celle des Frères Musulmans, violente et extrémiste, et celle de l’Empire
ou du Sultanat ottoman.
oui.
Mme Aslamova : Ambitions,
Le Président Assad : Et il pense
qu’avec ces deux idéologies, il peut fabriquer un mélange pour contrôler cette
région. Voilà pourquoi il a soutenu les
Frères Musulmans dans tous les pays,
y compris en Syrie. Vous avez raison.
Mme Aslamova : Après qu’un
avion russe ait été abattu par les Turcs,
la Russie a rompu ses relations avec
la Turquie. Maintenant qu’Erdogan
s’est excusé, il semble que l’amitié soit
rétablie, ainsi que le tourisme, les relations diplomatiques et tout le reste.
Poutine avait parlé de « couteau dans le
dos ». Pensez-vous que nous, les Russes, faisons peut-être une erreur en lui
accordant de nouveau notre confiance,
malgré sa trahison ?
Rencontre de Bachar al-Assad et Vladimir Poutine à Moscou
droit international, la morale et la souveraineté de la Syrie. Que veulent les
Turcs par cette invasion, abstraction
faite du masque qu’ils portent pour
cacher leurs véritables intentions ? Ils
veulent se blanchir du fait qu’ils n’ont
cessé de soutenir l’EIIL et le Front
al-Nosra.
Le Président Al-Assad : Non.
En fait, je considère que cette relation
est positive.
Mme Aslamova : Vous pensez
qu’ils ne les soutiennent plus maintenant ?
Le Président Al-Assad : Non,
ils les soutiennent toujours, mais ils
sont entrés [en Syrie] en disant : « nous
combattons l’EIIL et nous l’aurons ».
Mme Aslamova : Pourquoi ?
Le Président Al-Assad : Nous
parlons de deux parties différentes,
lesquelles, encore une fois, n’ont pas les
mêmes points de vue. La Russie fonde
sa politique sur le droit international,
respecte la souveraineté des États et
mesure les répercussions du terrorisme
partout dans le monde, tandis que la
Turquie ne respecte pas la souveraineté
de la Syrie et fonde sa politique sur
l’idéologie de Frères Musulmans tout
en soutenant les terroristes. D’où une
Mme Aslamova : C’est ridicule.
Ils ont fabriqué l’EIIL.
Le Président Al-Assad : Bien
sûr. Ils ont fabriqué l’EIIL. Ils ont soutenu l’EIIL. Ils lui fournissent tout le
soutien logistique, lui permettent de
vendre notre pétrole après avoir traversé nos frontières et leur territoire,
avec la participation du fils d’Erdogan
et de sa clique. Tous sont impliqués
dans la relation avec l’EIIL. Tout le
monde sait cela. Mais, par cette invasion, ils ont voulu changer l’emballage
de l’EIIL, en parlant de « nouvelles forces modérées » fondées sur les mêmes
bases que l’EIIL qu’elles n’ont fait que
le remplacer pour que les Turcs puissent
dire qu’ils les ont vaincus dans certaines régions, grâce à leurs bombardements, leurs troupes et leurs agents en
Syrie. Un jeu, c’est juste un jeu devant
le reste du monde ; le deuxième jeu
étant la poursuite de leur soutien au
Front al-Nosra.
Mme Aslamova : Il [Erdogan]
voulait soutenir le Front al-Nosra ?
Le Président Al-Assad :Erdogan, en particulier, voulait jouer un
rôle dans la solution syrienne, peu importe quel rôle. Il s’est senti isolé cette
dernière année en raison de son soutien
à l’EIIL.
Mme Aslamova : Mais il pense
toujours que la Syrie fait partie de l’Empire ottoman. Pour lui, c’est son territoire.
Mme Aslamova : Vous la considérez positive ?
Le Président Al-Assad : Oui,
positive. Pourquoi ?
premier de la diplomatie russe envers
la Turquie, afin de diminuer les dégâts
des abus du gouvernement turc en territoire syrien. J’espère qu’ils pourront
le convaincre de mettre fin au soutien
ainsi qu’au financement des terroristes
et de stopper leur afflux à travers leur
frontière.
Mme Aslamova : Mais pour Erdogan, ces terroristes sont un outil d’influence. Il ne leur refusera jamais rien
car ce sont ses gens. Il va tenter de se
battre avec eux et ils vont commencer à
se battre avec lui. Je veux dire que c’est
un grand risque qu’il prendrait en leur
refusant son parrainage, c’est un grand
risque pour son pouvoir.
Le Président Al-Assad : Oui.
Voilà pourquoi je n’ai pas dit que les
Russes allaient changer sa politique,
mais qu’ils tentaient d’en diminuer les
dégâts. Pour rester franc et réaliste, je
dirais qu’en tant qu’individu affilié à
l’idéologie violente, extrémiste et fanatique des Frères musulmans, il ne peut
être droit. Ce dont vous parlez est donc
très réaliste et je suis d’accord avec vous
à 100%. Il n’empêche que vous devez
essayer de le changer. S’il change de
1%, ce serait bon. S’il change de 10%,
ce serait encore mieux. Vous ne pouvez
espérer un changement complet. Nous
n’en espérons pas tant, notamment
avec quelqu’un comme Erdogan et sa
clique. Mais, actuellement, le moindre
changement dans la bonne direction
serait bénéfique. Un espoir que je crois
partager par les diplomates russes, et
je pense que leur dernière approche du
gouvernement turc témoigne de leur
sagesse, parce qu’ils ont besoin de garder de bonnes relations avec le peuple,
non parce qu’ils ont confiance en lui, ce
qui me semble judicieux.
Mme Aslamova : Pour moi, vu
l’idéologie de L’EIIL, ou Daech, il est
très étrange qu’il n’ait jamais menacé
Israël et inversement. C’est comme s’il
existait une sorte d’accord fondé sur la
neutralité, pas forcément sur la sympathie. Pourquoi pensez-vous qu’il en est
ainsi ? Et quel est le rôle d’Israël dans
cette guerre ?
Le Président Al-Assad : Non
seulement Daech, non seulement le
Front al-Nosra, mais toute personne ou
tout terroriste qui a porté une arme et
entrepris de tuer et de détruire en Syrie
a été soutenu par Israël, indirectement,
par le soutien logistique à la frontière
ou, parfois, par intervention directe
sur tous les fronts. Pourquoi ? Parce
qu’Israël est notre ennemi, parce qu’il
occupe nos terres et, bien sûr, nous
voit comme un ennemi. Le concept
est que saper la position de la Syrie en
affaiblissant sa société, son armée et
son État, évitera qu’Israël ne prenne
le chemin de la paix, le prix de cette
Assad et Aslamova
sorte de polarisation à laquelle nous assistons, chacune des parties se trouvant
complètement à l’opposé de l’autre.
Disons, que grâce à ce rapprochement
entre la Russie et la Turquie, notre seul
espoir est que la Russie puisse modifier un tant soit peu la politique turque.
C’est notre espoir en tant que Syriens et
je suis sûr que c’est actuellement le but
paix étant la restitution des hauteurs
du Golan. Donc, pour les Israéliens,
mieux vaut que la Syrie reste occupée
ailleurs et dans l’impossibilité de s’occuper du Golan, du processus de paix,
ou de quoi que ce soit pour récupérer
ses terres. Voilà pourquoi Israël soutient tous les terroristes. Il n’y a pas de
suite à la page(14)
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Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
Haiti Liberté/Haitian Times
11
Perspectives
Vont-ils réellement tenter d’assassiner le président Duterte ?
Par Andre VLTCHEK
A
l’heure qu’il est, Rodrigo Duterte, le Président des Philippines au
franc-parler, fait très probablement partie de la liste noire occulte, prestigieuse
et permanente de l’Empire. La liste est
très longue et l’est depuis déjà plusieurs
décennies. On pourrait facilement perdre le compte et s’embrouiller : combien de personnalités ont été marquées et
secrètement condamnées à mort ? Combien sont effectivement mortes ?
La liste se lit comme un catalogue de leaders mondiaux illustres : de
Patrice Lumumba (Zaïre), Mohammad
Mossadegh (Iran), Hugo Chavez (Venezuela), Sukarno (Indonésie), Juvénal
Habyarimana (Rwanda), Salvador Allende (Chili) à Mouammar Kadhafi (Libye), Al-Basheer (Soudan) et Fidel Castro
(Cuba), pour ne citer que quelques-uns.
Certains ont été directement assassinés ; d’autres ont été « seulement »
renversés, tandis que seule une poignée
de « listés » ont effectivement réussi à
survivre et rester au pouvoir. Presque
tous avaient commis des crimes graves
et de nature similaire, dont : défendre
des intérêts vitaux de leurs nations et de
leur peuple, refuser d’autoriser le pillage
effréné des ressources naturelles par les
sociétés multinationales, et s’opposer aux
principes de l’impérialisme. La simple critique de l’Empire a aussi été souvent punie de mort.
M. Duterte est en train de les commettre tous. Il semble être « coupable de
tous les chefs d’accusation ». Il plaide
coupable et semble même être fier des
accusations portées contre lui. « Est-ce
qu’il en marre de la vie ? » se demandent
certains. « A-t-il perdu l’esprit ? Est-il prêt
à mourir ? » Est-il un héros, un nouveau
Hugo Chavez asiatique, ou tout simplement un populiste hors de contrôle ? Ce
qui est certain c’est qu’il risque gros et
peut-être même tout. Il est en ce moment
en train de commettre les péchés les plus
impardonnables aux yeux des régimes
occidentaux : il est ouvertement insultant envers l’Empire et ses institutions
(y compris l’ONU, l’OTAN et l’UE). Il leur
crache même à la figure !
Et pour ne rien arranger, il ne se
contente pas de paroles ; il prend des mesures décisives ! Il essaie d’aider les pauvres dans son pays, il flirte avec le Parti
communiste et les socialistes, et pour
comble, il demande l’aide de la Chine et
de la Russie. Ca barde. Régulièrement des
personnalités ou des institutions telles
que Obama, le Pape, les États-Unis, l’UE
et l’ONU se voient conseillées d’aller en
enfer, ou sont rebaptisées fils-de-putes !
À Pekin Rodrigo Duterte, le Président des Philippines et le Premier
ministre Chinois Li Keqiang. Duterte avait estimé qu’il n’avait pas de leçon
à recevoir des Américains et a même traité le président Obama de « fils de
pute », voilà qu’il annonce officiellement son divorce avec les Etats-Unis
Et les Philippins adorent ça. Duterte a remporté les élections avec une
marge très faible, mais les dernières enquêtes d’opinion lui attribuent un taux de
popularité incroyable de 76%. Certains
soutiennent donc que si la « démocratie
» est réellement la « volonté du peuple
» (ou du moins un reflet de la volonté
du peuple), alors tout va bien aux Philippines.
Alors qu’Eduardo Climaco Tadem,
Maître de Conférences des Etudes Asiatiques (Université de Diliman), est critique de la forme « peu présidentielle » du
discours de Duterte, et trouve négative
sa politique en matière de « droits civils
et politiques », il est néanmoins clairement impressionné par ses réalisations
dans plusieurs autres domaines. Comme
il me l’a récemment écrit dans une lettre
: « Des initiatives positives ont été prises sur d’autres fronts. La nomination de
cadres du Parti Communiste à des postes
ministériels pour entreprendre une réforme agraire, le travail sur le social et
le développement, et les programmes
de lutte contre la pauvreté sont bons.
D’autres personnalités de l’aile gauche
et progressistes occupent d’autres postes
ministériels dans le travail, l’éducation, la
santé, la science et l’environnement. Plus
important, des initiatives positives ont été
prises pour faire avancer la redistribution
des terres, mettre fin au travail précaire,
entrer en contact et apprendre des programmes de santé de Cuba, et réduire les
opérations destructrices sur l’environnement des grandes entreprises minières.
En outre, les négociations de paix tant
avec le CPP que le MILF / MNLF ont été
relancées avec des premiers signes encourageants.
Une politique étrangère indépendante a été annoncée et, à la différence
des présidents qui l’ont précédé, Duterte
ne se prosterne plus devant les puissances américaines et occidentales. Il est
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également en train de se réconcilier avec
la Chine en prenant une voie différente et
moins belliqueuse dans la résolution des
conflits territoriaux dans la mer de Chine
du sud ... »
En ce qui concerne Washington,
Londres et Tokyo, tout ceci est « mauvais
», très mauvais. Un tel comportement ne
passe jamais inaperçu ni impuni ! Cette
fois-ci, la réponse de l’Empire n’a pas
tardé. Le 20 Septembre, 2016, International Business Times a rapporté : « Le
gouvernement des Philippines a affirmé
qu’un coup d’Etat était orchestré contre le président Rodrigo Duterte et a dit
que l’administration sévissait contre les
comploteurs présumés. Un porte-parole du gouvernement a déclaré que
certains Américano-philippins de New
York avaient l’intention de renverser le
dirigeant troublion.
Sans révéler les noms des conspirateurs présumés ni leurs plans, le
Secrétaire des Communications du gouvernement philippin Martin Andanar
a dit que ceux qui conspiraient contre
Duterte devraient « réfléchir à deux fois.
J’ai reçu des informations provenant de
sources crédibles aux États-Unis. Oui,
nous avons des noms, mais je ne veux
pas en parler. Nous examinons la situation avec sérieux. Nous enquêtons. » a
déclaré le haut fonctionnaire du gouvernement.
Les coups d’état, les complots
d’assassinat. Les coups d’états mous,
les coups d’état durs : Brésil, Argentine,
Bolivie, Venezuela, Syrie, Ukraine, Libye, Paraguay, Honduras et le Soudan, la
moitié de l’Afrique... Tous, au cours des
dernières années seulement... et maintenant les Philippines ? Bravo, l’Empire
donne un coup d’accélérateur ! L’éthique
de travail de ses égorgeurs est en nette
amélioration. Le Président Duterte a tout
compris. Comme mentionné ci-dessus, il
a déjà qualifié le président Obama de « fils
Christine M. Mosse
MD
de pute », et a récemment suggéré qu’ « il
aille en enfer ».
C’est même plus cru que ce que le
président Hugo Chavez avait coutume de
dire à propos de George W Bush, connu
aussi comme « Señor W ». Et le président
Chavez, selon de nombreux analystes
latino-américains, a fini par payer de sa
vie son antagonisme ouvert envers l’Empire et l’impérialisme en général.
La vérité est que l’Empire ne pardonne jamais à ceux qui lui renvoient son
propre image. Il tue sans pitié pour les
plus infimes gestes de désobéissance ou
de rébellion. Son appareil de propagande
et sa main droite - les médias – arrivent
toujours à élaborer une explication et une
justification appropriée. Et l’opinion publique nord-américaine et européenne est
totalement complaisante, endoctrinée et
passive ; elle ne défend que ses propres
intérêts étroits, jamais la victime, surtout
si la victime se trouve quelque part dans
un pays lointain peuplé de « non-personnes ».
Le grand président indonésien Sukarno fut renversé et détruit (entre autres
choses) pour avoir crié publiquement
à l’ambassadeur des États-Unis : « Au
diable avec votre aide »... Et aussi bien
sûr pour avoir défendu les intérêts de son
peuple contre l’Empire. Patrice Lumumba
fut assassiné pour avoir osé dire que les
Africains n’avaient aucune raison d’être
reconnaissants envers les colonisateurs.
Duterte dit beaucoup plus. Il est amer
et il a d’innombrables raisons de l’être.
Les Etats-Unis ont assassiné plus d’un
million de Philippins, la plupart à la fin
du 19ème et au début du 20ème siècle.
Dans l’histoire récente, ils ont transformé
cette nation autrefois fière et prometteuse en un paillasson, une semi-colonie
humiliée, entièrement dépendante des
caprices de Washington. Capitaliste et totalement pro-américaines, les Philippines
ont évolué, comme l’Indonésie, en un «
État défaillant », une catastrophe sociale
et une friche intellectuelle.
Le Président Duterte a réussi à
mettre en place un cabinet déterminé et
cohérent d’intellectuels et bureaucrates.
Comme RT l’a rapporté récemment : «
Le Ministre des Affaires étrangères de
Duterte, Perfecto Yasay, qui a parfois
tenté de minimiser les commentaires de
son patron, a publié une déclaration sur
Facebook intitulée « L’Amérique nous a
trompé » dans laquelle il dit que, s’il y a
« d’innombrables choses pour lesquelles
nous serons éternellement reconnaissants envers les Etats-Unis », ils n’ont
jamais vraiment respecté l’indépendance
des Philippines.
« Après avoir proclamé le 4 Juillet, 1946, que les Philippins avaient été
formés de manière adéquate pour l’autodétermination et la gouvernance, les
États-Unis ont imposé des chaînes invisibles qui nous ont mené vers la dépendance et la soumission comme des petits
frères de couleur incapables d’une véritable indépendance et de liberté, » a dit le
Ministre dans la déclaration. »
Ces déclarations sont très rarement
répercutées par les grands médias occidentaux, où Duterte et son cabinet sont
sans cesse diabolisés et ridiculisés. Voici
les derniers titres sur les Philippines :
« La fille du playboy-baron Antony Moynihan, trafiquante de drogue,
abattue aux Philippines » (Daily Mail).
« Le président des Philippines
accusé de nourrir un crocodile avec un
homme vivant » (Le Journal.ie via Yahoo
UK & Ireland News)
« Rapport spécial - dans la guerre
de Duterte contre la drogue, les résidents
locaux aident à dresser les listes noires »
(Reuters)
« Duterte a tué un fonctionnaire
de la Justice, déclare un tueur-à-gages
devant le Sénat philippin » (AFP)
Rien sur la lutte pour la justice sociale ! Rien sur la lutte contre l’impérialisme occidental.
La guerre contre la drogue ... Oui,
beaucoup de Philippins sont véritablement préoccupés par « le tas de cadavres
» et les méthodes de ce gouvernement
pourraient être qualifiées de brutales,
et même d’intolérables. Mais la situation n’est pas si simple. Ici, ce n’est pas
l’Europe. C’est l’Asie avec sa propre
dynamique et ses problèmes culturels.
Aux Philippines, le taux de criminalité
a atteint des sommets grotesques, inconnus presque partout ailleurs en AsiePacifique. Une grande partie de la criminalité est liée à la drogue. Et les gens en
ont véritablement marre. Ils exigent une
action décisive.
Pendant de nombreuses années,
M. Duterte a été maire de Davao, une
ville sur l’île de Mindanao. Davao était
synonyme de délinquance ; un endroit
difficile à vivre, et beaucoup disaient un
endroit presque impossible à gouverner.
M. Duterte est honnête. Il admet ouvertement qu’il n’aurait pas duré longtemps
comme maire de Davao s’il avait « obéi
aux 10 commandements ». Peut-être que
personne n’aurait pu.
Il est extrêmement sensible à la critique de son bilan en matière de droits de
l’homme. Que cela vienne de l’ONU, de
l’UE ou des Etats-Unis, sa réponse est le
plus souvent rebelle et cohérente : « Va te
faire foutre ! »
Et c’est tout ce qu’on répercutera généralement en Occident. Ce qui
suite à la page(15)
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Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
Perspectives
Le testament « politique »
d’Obama au sujet de Cuba !
Washington agit pour
faire taire Wikileaks
Par Jacques-François BONALDI
A
insi donc, Obama tient à laisser
à la postérité ses instructions sur
l’avenir des relations entre son pays
et la Révolution cubaine. Ici, on a signalé aussitôt que c’est la deuxième fois
qu’un président étasunien en poste a
tenu à le faire, le premier ayant été Carter, qui lui aussi avait fait avancer les
choses en la matière (ouverture réciproque de Sections des intérêts dans chaque capitale), mais dont le « testament
» du 15 mars 1977 resta document secret jusqu’en 2002.
Obama, lui, veut que ça se sache
quand il lui reste à peine trois petits
mois à la Maison-Blanche. On trouvera
ci-après sa Directive en français. Je ne
vais pas l’éplucher ni l’analyser par le
menu. Il n’y a rien là de bien nouveau
: les tenants et les aboutissants en sont
les mêmes…
Je tiens simplement à souligner
à quel point les longueurs d’ondes de
Washington et de La Havane ne se
causeront jamais d’interférences ni de
parasites mutuels. Je m’explique. Le «
testament » d’Obama, comme l’indique
le titre, se veut des instructions à ses
successeurs en vue de la normalisation
des relations avec Cuba, laquelle doit
continuer sur la voie suivie à ce jour,
puisque Washington la comprend comme une succession de petits pas qui
conduiront à la « réconciliation » finale.
Or, qu’entend-on à La Havane
par « normalisation » ? Je reprends
ici quelques extraits de mon Quand
Obama s’adresse aux Cubains
(en demande de publication) : Pour la
Révolution cubaine, en revanche, la
« normalisation » passe par des exigences bien autrement importantes
qu’elle a formulées dès le départ sans
les cacher le moins du monde et qu’elle
a réitérées chaque fois que de besoin.
D’entrée, elle a défini clairement
qu’il existait deux étapes : le « rétablissement » des relations, qui est un
acte essentiellement juridique passant
par la réouverture des ambassades,
et la « normalisation » qui est foncièrement politique, car il en va là de
la volonté politique des deux gouvernements. Obama, lui, confond, parce
que ça l’arrange, les deux phases. Et
nous sommes loin du moindre début de
« normalisation » !
Le 29 décembre 2015, devant
l’Assemblée nationale du pouvoir populaire, Raúl réaffirme : Nous avons
rappelé à l’administration étasunienne
que la normalisation des relations bilatérales impliquait la levée du blocus
et le retour à Cuba de la base navale
que les USA usurpent à Guantánamo,
comme je l’ai expliqué dans ma déclaration lors du Conseil des ministres du
18 décembre, dans laquelle j’ai réaffirmé par ailleurs qu’on ne saurait prétendre, au nom de cette normalisation,
que Cuba renonce à la cause de son indépendance, ou aux idéaux et principes pour lesquels plusieurs générations
de Cubains se sont battues depuis un
siècle et demi.
Pour progresser sur cette voie
de la normalisation, les États-Unis
doivent respecter le droit de tout
État à choisir son propre système
économique, politique et social, sans
aucune forme d’ingérence. Nous n’accepterons jamais qu’on veuille nous
imposer des conditions qui mutilent
la souveraineté et la dignité de notre
patrie.
Elle les a de nouveau indiquées
dans l’éditorial publié le 9 mars 2016,
dans le journal Granma qui est, je le
rappelle, l’organe du Comité central
du Parti communiste de Cuba : La
normalisation des relations avec les
États-Unis passe, comme condition
sine qua non, par la levée du blocus
économique, commercial et financier
Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange et le président équatorien
Rafael Correa
Raul arrêtant justement à temps la main d’Obama l’empêchant de
la déposer sur son épaule. Geste qui ne signifiera rien d’autre que la
domination
qui cause des privations au peuple cubain et qui constitue le principal obstacle au développement économique
de notre pays.
[…]
Il faudra aussi, pour que les
relations deviennent normales entre
nos deux pays, régler d’autres points
qui portent préjudice à la souveraineté cubaine. Aussi les États-Unis
devront-ils rendre à Cuba le territoire
qu’ils occupent dans la base navale
de Guantánamo contre la volonté de
notre gouvernement et de notre peuple, et ce pour satisfaire le souhait
exprimé unanimement par les Cubains
depuis maintenant plus de cent ans. Ils
doivent, parce qu’il s’agit tout simplement d’une ingérence, éliminer les programmes qui visent à déstabiliser et à
modifier l’ordre politique, économique
et social de notre pays. Ils doivent enterrer une bonne fois pour toutes leurs
politiques de « changement de régime
».
Ils doivent aussi renoncer à
leur prétention de fabriquer de toutes
pièces une opposition politique interne, financée grâce à l’argent des
contribuables étasuniens. Ils devront
cesser leurs agressions par radio et
télévision contre Cuba, car elles constituent une violation éhontée du droit
international et un recours illégitime
aux télécommunications à des fins
politiques, et reconnaître que ces technologies doivent servir, non à exercer
une influence donnée sur la société cubaine, mais à contribuer au développement et à la connaissance.
Ils doivent modifier leur politique
migratoire qui, aux termes de la Loi
d’ajustement cubain et de la théorie
dite « pieds secs-pieds mouillés », offre
des préférences à nos citoyens, car elle
provoque des pertes de vies humaines
et stimule l’émigration illégale et la
traite d’êtres humains, tout en causant
des problèmes à des pays tiers. Ils devront de même annuler leur programme
de « parole » qui vise uniquement à
provoquer la défection des personnels
médicaux cubains à l’étranger, car
elle prive notre pays des ressources
humaines vitales dont il a besoin en
matière de santé et porte préjudice à la
coopération que notre pays offre à des
nations qui la réclament. Ils devront
également modifier la politique en vertu de laquelle les joueurs de base-ball
cubains sont contraints de renoncer
à leur patrie pour pouvoir être admis
dans les championnats des États-Unis.
Je résume. Pour « normaliser »
ses relations avec le pays et le gouvernement qui ont été jusqu’ici leur
ennemi séculaire, Cuba soumet des
points très précis :
Levée du blocus et de toutes
les sanctions qu’il entraîne.
Restitution de la base navale
Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
de Guantánamo.
Cessation des programmes
de déstabilisation financés ouvertement par le Congrès et la Maison-Blanche, et secrètement par
d’autres agences.
Cessation de l’ingérence dans
les affaires intérieures de Cuba par
appui aux dissidents (Obama parle,
lui, d’ « activistes ») et volonté de
fabriquer une opposition interne.
Élimination
de
la
Loi
d’ajustement cubain, qui offre aux
Cubains des conditions d’entrée
aux USA interdites à n’importe quel
autre citoyen du monde et incite
donc à l’émigration illégale.
Élimination du programme
conçu expressément pour pousser
les
personnels
médicaux
et
paramédicaux cubains coopérant à
l’étranger à faire défection.
Cessation des programmes de
guerre médiatique et psychologique
à la radio (Radio Martí) et à la télévision (TV Martí) financés par le
gouvernement.
Paiement de compensations
pour les dommages causés par le
blocus.
Paiement de compensations
pour les plus de 5 000 victimes
(morts et blessés) du terrorisme
d’État en provenance de Washington.
Que dit Obama de son côté ? «
Nous ne cherchons pas un changement de régime à Cuba. Nous
suite à la page(16)
Par Bill VAN AUKEN
L
a coupure de l’accès à Internet
pour Julian Assange, le fondateur
de WikiLeaks, est un acte menaçant
de plus dans une campagne électorale
présidentielle américaine qui a touché
le fond de la dégradation politique. Emprisonné à toutes fins pratiques dans
l’ambassade équatorienne de
Londres depuis plus de quatre
ans, Assange est maintenant confronté
à une nouvelle limitation de son contact avec le monde extérieur.
Mardi, le ministère des Affaires
étrangères de l’Équateur a confirmé
l’accusation de
WikiLeaks que l’Équateur avait
ordonné la coupure de la connexion
Internet d’Assange sous la pression
du gouvernement américain. Dans un
communiqué, le ministère a déclaré que
WikiLeaks avait « publié une
multitude de documents ayant une
incidence sur la campagne électorale
américaine », ajoutant que le
gouvernement de l’Équateur « respecte
le principe de non-intervention dans
les affaires intérieures des autres États »
et « ne s’immisce pas dans les processus électoraux externes ». Sur ce motif,
le gouvernement équatorien fait savoir
dans la déclaration qu’il a décidé de «
limiter l’accès » au réseau de communication à son ambassade de
Londres.
Cette déclaration du gouvernement bourgeois du président équatorien Rafael Correa est un exemple
d’hypocrisie et de lâcheté. En facilitant
la répression de WikiLeaks par le gou-
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vernement américain, Quito est intervenu dans les élections américaines
aux côtés de l’élite dirigeante et contre
les droits du peuple américain. Si Correa s’attend à ce que Washington fasse
preuve de réciprocité pour sa prétendue
sensibilité à l’égard du « principe de
non-intervention », il devrait se rappeler le sort du président hondurien
Manuel Zelaya, qui fut renversé par un
coup d’État orchestré par la secrétaire
d’État Hillary Clinton en 2009.
WikLeaks a cité des reportages que le secrétaire d’État John Kerry
avait exigé que le gouvernement de
l’Équateur entreprenne cette action «
en coulisses des négociations » traitant
de l’accord de paix colombien avorté
le mois dernier à Bogota. Le gouvernement américain est intervenu pour
empêcher toute nouvelle révélation qui
pourrait nuire à la campagne de Clinton,
qui est devenue la candidate préférée de
l’appareil militaire et de renseignement
des États-Unis, ainsi que des banques
de Wall Street.
Il n’est pas certain si le Département d’État était la seule source de
pression sur l’Équateur au nom de la
campagne Clinton, ou si Wall Street est
également intervenu de manière directe. Le moment choisi de la coupure
d’Internet, dans la foulée immédiate de
la publication des discours de Clinton
chez Goldman Sachs, est peut-être plus
qu’une coïncidence.
Au printemps 2014, le gouvernement de l’Équateur a accepté
de transférer plus de la moitié de ses
réserves d’or à Goldman Sachs Group
Inc. pendant trois ans, dans une
suite à la page(16)
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Haiti Liberté/Haitian Times
13
Suite de la page (10)
contradiction entre Israël et des organisations comme Daech, le Front al-Nosra
et celles liées à Al-Qaïda.
Mme Aslamova : Il est évident
que votre armée a subi une terrible
hémorragie. Cependant, lors de mes séjours à Damas j’ai vu nombre de jeunes
gens attablés dans les cafés dès le matin. Quand j’ai demandé « Qui sont ces
jeunes hommes, pourquoi ne sont-ils
pas sur le front ? », il m’a été répondu
: « Ce sont des étudiants ! ». Ensuite,
j’en ai vu d’autres, bien musclés, dans
les centres de Fitness. Envoyez-les tous
au front ! Je veux dire que je ne comprends pas pourquoi vous n’avez pas
décrété la mobilisation générale, comme
nous l’avons fait pour chacune de nos
guerres patriotiques. Quand nous nous
sommes trouvés face à une grande
guerre, nous avons envoyé tous les
hommes au front !
Le Président Al-Assad : Disons
qu’actuellement la mobilisation n’est
que partielle. Qu’est-ce que cela signifie
? Cela signifie qu’elle n’est pas au plus
haut niveau, car si tous se battaient sur
tous les fronts militaires, les universités seraient vides, les écoles manqueraient d’enseignants, les institutions ne
fonctionneraient plus, faute de cadres
et de personnel, même les camions et
voitures seraient réquisitionnés par le
gouvernement et absolument tout dans
le pays participerait à cette guerre. Ce
serait bien, si cette guerre devait durer
quelques semaines ou quelques mois,
mais quand il s’agit d’une guerre qui
dure depuis bientôt six années, cela
signifie la paralysie de la société et de
l’Etat, auquel cas vous ne gagnerez
pas la guerre. Vous avez donc besoin
d’établir un équilibre entre la guerre et
l’ensemble des besoins fondamentaux
que vous devez offrir à la population.
Assurer cet équilibre est crucial. Tel est
notre point de vue sur la question.
Mme Aslamova : Je ne comprends pas l’arabe, mais quand je regarde vos programmes à la Télévision,
j’ai l’impression d’être dans un pays
en paix : un petit peu de guerre avant
d’enchaîner sur le sport, les enfants,
l’école… Je regarde et je me dis « Oh
mon Dieu ! », alors que j’entends les
mines exploser dans la ville. Comme si
de rien n’était. C’est peut-être un peu
trop ? Si vous voulez réveiller le patriotisme des gens, vous devriez leur expliquer tous les jours : « Les gars, nous
sommes face à une grande guerre ! », ce
que font tous les pays en pareil cas. Je
n’aime pas cette image d’une vie paisible. Elle n’existe pas ici !
Le Président Al-Assad : Nos
médias ne sont pas déconnectés de ce
qui se passe. Mais, encore une fois,
vous devez établir un certain équilibre
entre la guerre et le besoin de vivre une
vie quasi-normale, non tout à fait nor-
male. Cet équilibre est donc nécessaire.
Concernant les médias, il est certain que
vous avez différentes opinions, puisqu’il s’agit d’une perception personnelle
de ce que vous entendez et de ce que
vous vivez. Ce que vous venez de dire,
nous l’entendons en Syrie : « Mais comment font-ils pour se comporter ainsi ?
». En revanche, si les médias parlent
trop de guerre, vous les entendez dire :
« La guerre n’est pas tout, nous avons
besoin d’une vie normale ou que la vie
continue ». C’est donc un équilibre difficile à trouver et, finalement, le principal
défi ne concerne pas exclusivement la
guerre, mais comment vivre au quotidien. Si vous ne tentez pas de vivre cette
vie, les terroristes vous vaincront, parce
que c’est leur but.
Mme Aslamova : Nous avons
vécu cela pendant la Grande Guerre
patriotique. Toutes les villes étaient
vides, restaient seulement les femmes,
quelques médecins et enseignants, mais
tout le monde était au front. Je vous
donnerais l’exemple de ma famille avec
quatre frères au front et mon père, ayant
quitté l’école à treize ans, rendu dans
une usine qui fabriquait des bombes.
C’était normal ! Nous n’aurions jamais
gagné cette guerre si nous n’avions pas
mis tous nos hommes sur le front.
Le Président Al-Assad : Oui.
Mais la guerre n’est pas seulement militaire, c’est un tout. Le plus important
Mme Aslamova : C’est pourquoi vous auriez pu demander son aide
beaucoup plus tôt.
Le Président Al-Assad : Nous
avons demandé leur aide dès le début,
mais l’escalade n’avait pas atteint le
niveau observé l’année dernière. Avant
cela, l’Armée syrienne avançait, et nos
ennemis, désignons-les ainsi, constatant notre progression, ont commencé à envoyer un nombre croissant
de terroristes étrangers à partir de plus
d’une centaine de pays. La Syrie étant
un petit pays, nous avons eu besoin de
l’aide de nos amis. L’Iran et le Hezbollah sont intervenus, mais l’intervention
d’une grande puissance telle que la
Russie était devenue cruciale pour modifier les équilibres sur le terrain. Voilà
pourquoi il était naturel de demander
son aide.
Mais avant son intervention directe, la Russie nous aidait déjà en nous
fournissant tout le soutien logistique
dont nous avions besoin pour faire face
à cette guerre. Les russes vivent parmi nous et les experts russes, présents
en Syrie depuis quatre décennies, ont
constaté courant 2014 que l’équilibre
commençait à pencher en faveur des
terroristes, soutenus par l’Occident et
d’autres pays comme l’Arabie Saoudite,
la Turquie et le Qatar.
Les Russes étaient prêts à intervenir directement. Nous les avons alors
invités, assurément, parce que nous
leur faisons confiance. Nous leur faisons confiance parce que leur politique
est fondée sur la morale, avant les intérêts.
A suivre
de notre guerre n’est pas seulement le
combat contre des terroristes car, en
parallèle, se déroule un autre combat
aussi important en ce qui concerne
notre économie. Nous sommes sous
embargo et nous devons donc faire de
notre mieux pour que la roue de l’économie continue à avancer.
Mme Aslamova : Je comprends.
Le Président Al-Assad : D’où
la nécessité d’efforts permanents pour
vivre malgré tout. Sans une vie normale, vous ne pouvez pas garantir
l’économie, car si tout le monde restait
chez soi pour mener une vie de guerre,
vous ne produiriez plus rien.
Mme Aslamova : Pourquoi
n’avez-vous demandé l’aide de la
Russie qu’au moment le plus de critique,
quand presque tout a failli s’écrouler et
que même votre vie était en danger ?
Le Président Al-Assad : Tout
d’Abord, il y a une relation traditionnelle entre la Syrie et la Russie, et même
pendant les pires moments de cette relation, suite à l’effondrement de l’Union
Soviétique, cette relation est restée
bonne et n’a jamais été mauvaise.
Suite de la page (4)
Tiparadis, située dans la 4e section
de l’Estère Déré, dans la commune
de Baie-de-Henne ou 800 familles
ont été évacuées dans la soirée du 20
octobre pour être hébergées à deux
écoles : Maria Ghoreti et Henry 1er.
On signale également que certaines
communes telles, Bombardopolis,
Jean-Rabel, Môle-Saint-Nicolas et
Port-de-Paix, par exemple, font face à
de graves dégâts.
Selon les chiffres communiqués
par le ministre de la Communication
Marcus Garcia, la situation post-Matthew affecte 2,1 millions de personnes
; 1,4 million sont en situation d’ur-
gence. 175 000 personnes vivent dans
des abris provisoires. Dans la foulée,
il a indiqué que l’État haïtien vole au
secours de ces victimes avec 116 mille
48 tonnes métriques de produits non
alimentaires et 134 mille 83 tonnes
métriques de produits alimentaires.
Dans la même veine, le chef
de l’Etat multiplie les rencontres
post-Matthew relatives à la situation
des personnes les plus vulnérables.
Ainsi, le jeudi 20 Octobre, il a rencontré les différents acteurs impliqués
dans la gestion et la distribution de
l’aide humanitaire : la Primature, le
Ministère de la Planification, la DINE-
PA, la MINUSTAH, le PNUD, l’UNESCO, la FAO, la OCHA, l’UNICEF, l’OIM
ainsi que certains ambassadeurs. Il
a également rencontré le ministre
des Affaires sociales, Antoine René
Nicolas, et la ministre à la Condition
féminine, Mme Marie-Denise Claude,
en présence de plusieurs personnalités telles que le directeur général du
ministère des Affaires sociales, Jonas
Coffy, de la directrice générale du Programme national des cantines scolaires, Marie-Micheline Fontélus, et la
directrice générale du Bien-être social,
Arielle Jeanty Vildrouin, de sorte que
chaque organe, local ou international,
doive être en parfaite symbiose avec le
plan du gouvernement pour répondre
avec plus d’efficacité et de manière
responsable aux victimes du catastrophe.
Concluons en souhaitant bonne
chance au président Privert et bonne
besogne aux multiples acteurs appelés
à s’engager, corps et âme, on espère,
dans la gestion et la distribution de
l’aide humanitaire. Last not the least.
Félicitations et chapeau à tous ceux
et toutes celles qui, individuellement,
mais surtout collectivement, ont œuvré avec une rare et indomptable
persévérance, avec une détermination
sans faille à cette victoire de la dignité,
du courage et de l’honneur de tout
un peuple sur l’inhumanité des hauts
responsables politiques d’une organisation dont les membres ont résolu de
«proclamer à nouveau notre foi dans
les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la
personne humaine, dans l’égalité de
droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites».
Oui, M. Ban-ki-moon, la foi en
l’humanité, sans les œuvres, est une
foi hypocrite, vaine, de pacotille, moribonde, et ne sert en rien la dignité et
la valeur de la personne humaine.
place.
When FRAPH massacred pro-Aristide
protesters, the United States raided
and destroyed FRAPH headquarters.
In the process, it seized FRAPH’s internal documents and brought them back
to the United States. The administration refused to accede to Aristide’s request for the return of the documents,
which Human Rights Watch said contained “intact evidence of death-squad
crimes.”
The withholding of the documents was reportedly an effort to keep
the CIA’s links with the FRAPH a secret; the New York Times cited the Clinton administration’s “implicit fear that
some documents might mention American intelligence links to members of
the discredited former Government that
ousted Mr. Aristide in a military coup
in 1991.” The US’s refusal was condemned by the United Nations’s independent human rights envoy to Haiti,
who said he believed that “the U.S. administration is trying to cover up some
of its wrongdoing in that period.”
The U.S.’s support of FRAPH
made for an apparent irony. Allan
Nairn, a journalist for the Nation who
won a Polk Award for his reporting on
Haiti and the CIA, said that “many of
the officials whom Clinton was claiming to be fighting were actually his employees.” Nairn observed that if “Clinton had simply cut them off, completely
ended their support, the Haitian public
itself most likely could have brought
down the coup regime without a U.S.
occupation.” Even as the United States
professed itself flummoxed as to how
to restore Haiti’s democratically elected
government, it continued to encourage
the very forces that were preventing
the restoration of that government.
Some were puzzled by “a contradictory U.S. policy that publicly supports Aristide as ‘the people’s choice’
while privately grooming those who
ardently oppose him.” After all, Clinton
went so far as to invade Haiti in order
to restore Aristide to power, so wasn’t
covert support for the right-wing opposition somewhere between pointless
and disastrous?
It was not. As Emmanuel Constant himself explained, the United
States asked him to “balance” Aristide’s leftist movement, a task he
took to with violent enthusiasm. By
supporting the FRAPH, the United
States increased its bargaining power
in negotiations with Aristide. Returning Aristide to power was conditional
on his agreeing to an austerity and
privatization program, and through
ensuring that Haiti remained divided
between competing factions, the Clinton administration was able to ensure
that Aristide would be compliant while
in office, and not attempt to implement
the radical redistributionist economic
policies that the IMF and United States
feared.
So Aristide was returned to office, but agreed to an austerity program
that prevented him from taking Haiti in
a social-democratic direction. The plan
worked, and the Clinton administration
got what it wanted from Haiti.
Suite de la page (9)
Avril’s head, say the friends who
looked after him in the United States.
Avril was just fourteen when he arrived
at Guantanamo, and the trauma of the
experience — the fear, the uncertainty,
the stigma — left permanent damage.
Today he is once again in detention,
this time in a psychiatric correctional
facility in upstate New York.”
Even after action by the courts
stopped the Clinton policy, the administration was still reluctant to process
refugee claims from Haitians. When
President Aristide was finally returned
to power, and Clinton’s government
announced that the refugees would
finally be freed from detention, the administration was sure to declare that
“under no circumstances will any Haitian currently at Guantanamo be admitted to the United States.”
Freeing the detainees had not
come easily, because Clinton fiercely
defended his government’s right to indefinitely imprison Haitians. In doing
so, he “helped pave the way for” the
future justifications for indefinite detention at Guantanamo made by his
successor, George W. Bush.
But the court decisions surrounding the Haitian refugee crisis
would not come up during the debate
over Bush’s detention practices. Clinton administration lawyers had fought
to have the decisions questioning the
legality of detention removed from the
books, and the case would disappear.
Leverage
Clinton’s record on Haiti did not get
better. While the administration publicly opposed the removal of President
Aristide, it covertly supported the rightwing death squads that had supported
the coup. The leader of the brutal Front
for the Advancement and Progress of
Haiti (FRAPH), Emmanuel [“Toto”]
Constant, had been on the CIA’s payroll
for years. American officials admitted
to both working with him and encouraging him to form FRAPH in the first
14
U.S. intelligence called him “a
young pro-Western intellectual . . . no
farther right than a Young Republican”
even though his organization was, as
sociologist William Robinson explains,
a “well-organized instrument of repression, operating in a death-squad
manner to continue the process of decimating popular sector organization”
and “bent on preserving an authoritarian political system.” The organization “carried out much of the reign
of terror that led to the killing of more
than three thousand Haitian civilians
in three years” and “shot into pro-democracy crowds celebrating Aristide’s
planned return, killing eight people and
wounding many others.”
Despite this string of atrocities,
the United States continued to provide
support to Constant and the FRAPH,
some of which was more overt than
covert. The Los Angeles Times reported
on one of Constant’s speaking events:
“Constant appeared on a public
podium with a sound system, allegedly
supplied by the U.S. Embassy, flanked
by a row of U.S. soldiers to protect him
from a seething crowd. He then read a
speech, reportedly drafted by U.S. Embassy officials, that cast him as a democrat ready to help heal the wounds of
the nation.”
When the United States restored
President Aristide to power, Constant
was sheltered on U.S. soil, despite Haiti’s pleas that Constant be deported and
tried for war crimes in his home country. At first, Constant was held in detention, and was ordered deported by
a judge. But after Constant threatened
to publicly expose the CIA’s links to
his organization, “the Clinton administration released him into the United
States rather than return him to Haiti,
provided him with a work permit, and
required that he abide by a gag order.”
The Clinton administration attempted to cover up its involvement
with FRAPH after Aristide’s restoration.
Haiti Liberté/Haitian Times
This article was originally published by Jacobin. Nathan J. Robinson
is the editor of Current Affairs magazine.
Carmelle Robillard
Attorney At Law
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Nou Pale Kreyòl
Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
Suite de la page (3)
du grand sud et du Nord-Ouest ne sont
pas des citoyens de seconde zone.
Ils font partie à part entière des 10
à 12 millions d’Haïtiens que compte
la terre de Dessalines et de Pétion.
Ils ont aussi droit à la considération
de toutes et de tous. Les élections,
certes, sont importantes pour débloquer la situation politique chaotique
dans laquelle se trouve le pays. La
crise préélectorale ! Cela fait trois,
voire quatre ans qu’on y vit. Ce ne
sont certainement pas trois ou quatre
mois de plus, le temps que les habitants puissent marcher sur la terre
ferme dans leurs régions respectives,
qui empêcheraient le pays d’organiser une vraie consultation populaire
pour le bien-être de la démocratie et
de la stabilité. En se hâtant de faire
des élections dans la précipitation, on
risque de tout rater. Sans parler d’un
déficit de légitimité au cas où la participation de la population serait très
faible pour ces élections.
Ce serait plus sage que le CEP
consulte les candidats et leur expose
la situation après sa tournée dans la
région. On peut penser que la Mission
d’évaluation conduite par le Président
du CEP en personne tienne compte
avec objectivité de l’état des lieux des
trois départements qu’elle a visités
dans la période du 21 au 24 octobre 2016. Cette visite ne devrait pas
être seulement, comme annoncé, une
tournée de « solidarité et de motivation » aux employés locaux du CEP.
On sait que la délégation devait rencontrer non seulement les autorités
locales mais aussi les membres régionaux du CEP pour avoir une idée
exacte de ce déluge qui a recouvert de
flots toute cette partie de la République. Léopold Berlanger et ses compagnons de mission devraient être le
22 octobre dans la Cité d’Alexandre
Dumas, Jérémie. Depuis le chef lieu
de la Grand’Anse totalement détruit,
le patron du CEP devrait discuter avec
ses représentants départementaux
sur les pertes subies lors des deux
cataclysmes.
Dimanche 23 octobre, la Mission devrait atterrir aux Cayes, cette
grande cité balnéaire avec le site touristique de Gelée transformée en une
sorte de mer « Morte ou Intérieure
». Depuis la ville d’Antoine Simon,
Léopold Berlanger devrait constater
de visu l’étendue des dégâts. Ce qui
devrait lui donner à réfléchir sur la
faisabilité des élections dans ces conditions d’extrêmes désolations. Enfin,
en remontant vers Port-au-Prince, le
lundi 24, toute l’équipe devrait s’arrêter à Miragoâne dont on ne sait pas
avec exactitude si cette ville côtière
est bien le chef-lieu des Nippes ou si
c’est sa grande rivale, Anse-à-Veaux,
la ville des Geffrard signataires de
l’Acte de l’indépendance qui a hérité
du titre. En tout cas, dans la cité
portuaire où le toit de sa cathédrale
a été emporté par le cyclone et sub-
issant elle aussi des trombes d’eau
venues du ciel, l’équipe du CEP a pu
faire le point avec les responsables
locaux. Qu’il s’agisse des autorités
politiques nippoises et de celles électorales du département. Entre-temps,
on a appris et constaté aussi qu’un
grand nombre de bâtiments publics
qui devaient être mis au service du
CEP pour les élections reportées du
mois d’octobre sont tous ou presque
détruits ou inondés. Selon Philippe
Augustin, Directeur du Registre électoral, sur 998 bâtiments publics qui
étaient affectés au CEP, environ 300
d’entre eux n’existent plus. Ils sont
soit détruits par l’ouragan, soit transformés en piscines où se baignent les
matériels électoraux, suite aux pluies
diluviennes qui se sont acharnées sur
le pays.
Bref, après ce périple dans la
presqu’ile du sud de cette délégation
du Conseil Electoral Provisoire afin
d’évaluer avec exactitude la situa-
tion, tous les yeux sont fixés sur le
Président Léopold Berlanger pour
savoir si oui ou non il va proposer
à ses collègues un autre report des
joutes électorales. Compte tenu de
la situation, le CEP demeure le seul
maitre à bord en ce qui concerne
l’agenda électoral et les décisions
à prendre. Même le Président provisoire de la République ne pourra
intervenir même pour lui conseiller
d’attendre avant de se précipiter dans
une aventure électorale qui risque de
se transformer en un vrai cauchemar
si le CEP ne tient pas compte du sort
et de l’état de désolation des populations des départements visités. Mais
on craint déjà que le CEP garde le cap
sur le calendrier qu’il a proposé avec
le 20 novembre pour le premier tour
et le 29 janvier 2017 pour le second.
Nous reviendrons en détail la semaine
prochaine sur le nouveau calendrier
avec la position des uns et des autres
sur cet agenda controversé.
naméricaine de la Santé (OPS). Dans
le cadre d’une étude visant à développer des vaccins contre le choléra,
l’ONU a démontré elle-même, de façon
concluante, bien avant d’autres études
de génétique moléculaire, que le choléra en Haïti était identique au choléra
du Népal. Ce travail a été effectué par
le chercheur de l’ONU Dr. Dong Wook
Kim de l’International Vaccine Institute, en Corée du Sud. L’ONU était restée muette sur le sujet. Par ailleurs, et ce
n’est surement pas une coïncidence, la
Corée du Sud, qui est également impliquée dans les ateliers de misère à Caracol, est aussi le pays de Ban Ki-moon.
C’est un cauchemar qui revient
comme un boomerang. Une semaine
après l’ouragan Matthew, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une
filiale de l’ONU, a fait don d’un million
de doses de vaccins anticholériques
oraux à Haïti, bien que le gouvernement haïtien avait plutôt demandé de
l’aide avec l’infrastructure pour fournir
de l’eau potable à la population. Les
vaccins représentent une ruée sur l’or
pour les ONG partenaires de l’ONU, y
compris Partners in Health (PIH),
fondé par l’Envoyé Spécial Adjoint de
l’ONU en Haïti, Paul Farmer, et qui
sera ainsi payé pour administrer les
vaccins. Comme en 2010, les médias
traditionnels, en particulier The Guardian et NPR, encouragent vigoureusement les vaccins et fonctionnent comme
les haut-parleurs de la Fondation Bill et
Melinda Gates, qui a financé, non seulement le développement du vaccin oral
contre le choléra à l’International Vaccine Institute, mais aussi sa fabrication
sous le nom Shanchol par une filiale du
géant pharmaceutique français, Sanofi
Pasteur.
La promotion actuelle des vaccins anticholériques oraux est une campagne trompeuse qui est motivée par le
profit à l’état pur. La vaccination contre
le choléra en Haïti est en ce moment
plus qu’inutile, elle est néfaste. En premier lieu, même les vaccins inefficaces
présentent des risques, parce que les
vaccins utilisés sur les personnes dans
le tiers monde contiennent généralement des concentrations 6 à 30 fois
plus élevées que la limite supérieure de
l’OMS de thiomersal, un conservateur
à base de mercure qui probablement est
lié à des cas d’autisme. En deuxième
lieu, on ne sait pas quelles bactéries de
choléra se trouvent en Haïti! La souche
de choléra identifiée il y a six ans a
muté au point où les vaccins fabriqués
contre elle ne fonctionneraient pas du
tout. Ces vaccins seraient certainement
absolument inutiles contre les souches
de choléra en provenance du Bangladesh. Enfin, même dans les meilleures
circonstances, lorsque Shanchol est
conçu et utilisé contre un choléra avec
l’ADN récemment séquencé, la protection est minime, voire inexistante. Un
essai sur le terrain au Bangladesh en
2011 a révélé que le vaccin a produit
seulement 45 pour cent de protection
dans tous les groupes d›âge après un
an; pour les enfants de moins de cinq
ans, ceux qui sont les plus susceptibles
de mourir du choléra, la protection
fournie par le vaccin était seulement
aux environs de 17 pour cent. Selon des
résultats publiés en 2015 après un essai
sur le terrain en Haïti, qui passait pour
une vaccination et était mal surveillé, la
protection était à 57 pour cent après
un an, mais seules les personnes âgées
de plus de 12 ans avaient été inoculées.
Les autorités haïtiennes devraient
être davantage informées que certaines
des vaccinations supposées pourraient
effectivement être en fait des essais
médicamenteux pour des nouveaux
vaccins. Ce serait un traitement à peine
déguisé des Haïtiens comme des rats de
laboratoire. Un certain nombre de microbiologistes basés dans la région de Bos-
ton, à Harvard et Tufts universités,
ont développé et breveté plusieurs
vaccins contre le choléra. La plupart
des vaccins sont destinés en fin de
compte à l›armée américaine, qui est
leur plus grand marché, mais ils sont
généralement testés sur les pauvres
à la peau sombre dans des endroits
comme les Indes, le Bangladesh, le
Mexique et, bien sûr, Haïti. Quand ils
le sont, c’est souvent sans tenir compte
des principes éthiques de la Déclaration d’Helsinki qui doivent régir ces
essais sur le terrain, et aussi du principe
d›Hippocrate. Les formulations et les
procédés de préparation des vaccins
pour les gens du tiers-monde sont
toujours moins chers et plus risqués que
ceux pour les soldats américains.
Après 12 ans de viols, de
meurtres, de massacres, de la vente
d›enfants, et des épidémies, il est évident
que la mission de l›ONU (MINUSTAH)
en Haïti est celle d’une armée
d›occupation militaire pour les EtatsUnis, la France et le Canada, avec toutes
les conséquences qui en découlent.
L›ONU a eu six ans pour se débarrasser
d›une épidémie de choléra qu›elle a
importée et qui aurait pu être éradiquée
en quelques mois par une surveillance adéquate épidémiologique, les
soins, et de l›eau propre. Au lieu de
cela, les organisations médicales nongouvernementales (ONG) associées
aux Nations Unies, comme Partners
in Health (PIH) et Médecins Sans
Frontières (MSF), ont atteint un taux de
mortalité de 1,4 pour cent. Cela est tout
à fait inacceptable pour une maladie
non mortelle qui peut être traitée par
une simple réhydratation. En revanche,
les médecins et infirmiers cubains en
Haïti obtiennent généralement des
taux de 0,1 pour cent ou moins de
mortalité. À ce stade, la meilleure
chose que l›ONU puisse faire pour
Haïti est de se retirer du pays et de
payer pour sa longue liste de crimes
avec du financement pour réparer
l›infrastructure du pays: à savoir,
le traitement des eaux usées et la
provision de l›eau potable. Une grande
partie de ces infrastructures a été
détruite, non pas par des catastrophes
naturelles ou de la négligence, mais par
un sabotage délibéré depuis 2010.
Tandis que le convoi de Ban Kimoon voyageait Aux Cayes pour sa
tournée des popottes et de relations
publiques le 16 Octobre, des Haïtiens
en colère hurlaient aux camions de
l’ONU, «Foutez le camp d’ici! Et prenez votre nourriture, votre eau et votre
merde avec vous!» Les choses étant
telles qu’elles le sont avec la presse,
le traducteur de l’AFP / France
24 affublait que la colère des Haïtiens,
attaqués avec des gaz lacrymogènes
par les troupes de l›ONU, provenait de
leur exigence de nourriture. Dans un
discours ultérieurement, Ban Ki-moon
a dit qu›il était «déçu par la réponse de
la communauté internationale» qui a
fait don de seulement $15 millions des
$120 millions qu›il avait demandés.
Je crois que c’est $15 millions de trop.
Néanmoins, je salue la communauté
internationale pour être devenue plus
consciente des manigances de l›ONU.
Plus que tout, je salue les Haïtiens
soi-disant non-éduqués, qui savent
instinctivement que ceux qui acceptent
l›eau et les vaccins d›une armée
d›occupation sont des morts vivants.
Philippines Amphibious Landing Exercise » (Phiblex). Il avait commencé
le 4 Octobre et devait durer plus d’une
semaine. Environ 1.400 soldats US et
500 soldats philippins étaient engagés
dans les jeux de guerre, certains dangereusement proches des eaux près des
îles contestées en mer de Chine du sud.
Selon plusieurs grands intellectuels philippins, les Etats-Unis ont utilisé
les Philippines pour servir leurs ambitions agressives impérialistes dans la
région, en confrontant et en provoquant
sans cesse la Chine. Le gouvernement
Duterte est déterminé à se rapprocher
beaucoup plus de la Chine et à s’éloigner de l’Occident. Il est très probable
que les Philippines et la Chine seront en
mesure de résoudre tous les désaccords
dans un avenir prévisible. A condition
que les Etats-Unis puissent être tenus à
l’écart de manière permanente.
Pour démontrer sa bonne volonté envers la Chine, et pour démontrer
sa nouvelle indépendance politique,
Manille envisage également d’annuler
l’ensemble des 28 exercices militaires
annuels prévus avec les États-Unis.
Le Président Duterte sait parfaitement ce qui est en jeu. Pour marquer
ses 100 jours de fonction, il a donné
plusieurs discours enflammés, en reconnaissant que l’Occident pouvait tenter de le renverser, et même de le tuer
: « Vous voulez me renverser ? Vous
voulez utiliser la CIA ? Allez-y ... Ne
vous gênez pas. Je n’en ai rien à foutre !
Je serais viré ? Parfait. (Dans ce cas), ça
fait partie de mon destin. Le destin recouvre tellement de choses. Si je meurs,
cela fait partie de mon destin. Ca arrive,
que des Présidents soient assassinés. »
C’est vrai. Il leur arrive souvent
d’être assassinés. Mais récemment, l’un
après l’autre, des pays du monde entier ont rejoint la coalition anti-impérialiste. Certains sont actifs ; d’autres
sont déstabilisés (comme le Brésil),
économiquement dévastés (comme le
Venezuela) ou entièrement détruites
(comme la Syrie). Toutes les nations
du refus, de la Russie à la Chine, de
la RPDC à l’Iran sont diabolisés par la
propagande occidentale et ses médias.
Mais il semble que le monde en a assez.
L’Empire est en ruines ; il est pris de
panique. Il tue de plus en plus, mais il
ne gagne pas.
Les Philippins sont-ils en train
de rejoindre cette alliance ? Après
seulement 100 jours de pouvoir, il semble que le président Duterte a pris son
parti : Plus de servitude ! Plus jamais !
Est-ce qu’il survivra ? Est-ce
qu’il continuera sur la même voie ?
Est-il aussi dur-à-cuire qu’il en a l’air
? Il faut avoir des nerfs d’acier pour
faire face à l’Empire ! Il faut avoir au
moins neuf vies pour survivre aux innombrables et inextricables complots
d’assassinat, aux systèmes de propagande sophistiqués, aux supercheries.
Est-il prêt pour affronter tout cela ? Il
semble que oui. Les élites de son pays
sont totalement inféodées à l’Occident
; comme celles de l’Indonésie et, dans
une large mesure, de la Thaïlande et de
la Malaisie.
Ce sera un combat difficile. C’est
déjà un combat difficile. Mais la majorité du pays est derrière lui. Pour la
première fois dans l’histoire moderne,
le peuple Philippin a une chance de
prendre son destin en mains, ses propres mains. Et si l’Occident n’aime pas
ce qui se passe à Manille ? Le Président
Duterte s’en fiche. Il a déclaré qu’il a
déjà préparé beaucoup de contre-questions. Et si l’Occident ne peut pas y
répondre : « Si vous êtes incapables
de répondre, fils de pute, rentrez chez
vous, bande d’animaux. Je vais vous
botter le cul. Ne venez pas me faire chi-
er. Ils ne sont pas plus intelligents que
moi, croyez-moi ! » Il est très probable
qu’ils ne le sont pas ; ils ne sont pas
plus intelligents que lui. Mais ils sont
certainement plus impitoyables, plus
brutaux.
De quoi l’accuse-t-on ? D’une «
guerre contre la drogue », qui a coûté
environ 3000 vies ? Combien de vies
est-ce que l’Occident (ou ces « fils de
pute », comme disent de nombreux
Philippins ces jours-ci) a prises depuis
la fin de la Seconde Guerre mondiale,
partout dans le monde ? 40 ou 50
millions ? Ca dépend de la manière
de compter : « directement » ou « indirectement ». L’Empire tentera très
probablement d’assassiner le président
Duterte, et probablement bientôt, très
bientôt. Pour survivre, pour continuer
à avancer, pour continuer à se battre, à
défendre son pays meurtri et exploité,
il fera très certainement bien d’oublier
définitivement les 10 commandements.
Suite de la page (7)
mondialement au moins huit autres
pays avec le choléra. Il s’agit de la
République démocratique du Congo
(RDC), Darfour, le Soudan du Sud, le
Mali, la République Centre Africaine
(RCA), la Côte-d’Ivoire, le Liberia, et
l’Abyei. En outre, l’ONU a toujours
maintenu ses mensonges sur le choléra
en Haïti.
En 2010, l’ONU était la première à savoir qu’elle avait infecté Haïti
avec une souche de Vibriocholerae en
provenance du Népal, mais l›institution
était restée bouche cousue sur la
question. Les premières infections
haïtiennes de choléra étaient apparues
cinq jours après que 1 280 soldats
népalais étaient retournés en Haïti
après leur entraînement à Katmandou,
puis un congé de 10 jours chez eux
à travers le Népal, en plein milieu
d›une épidémie de choléra. En Haïti,
les soldats ont été placés dans deux
camps à partir desquels leurs matières
fécales non traitées ont été déversées
dans les cours d›eau affluents de la
Rivière Artibonite. Cette contamination
s’élevait à plus d›un mètre cube de
déchets cholériques à l›état pur
contenant des milliers de milliards
de bactéries de choléra par litre étant
déversés dans la rivière! Sans cela, les
cholérae dans l›Artibonite n’auraient
jamais atteint les concentrations
capables de tuer les résidents en aval
de ces camps en l›espace de quelques
heures. Il est pratiquement certain
que plusieurs soldats népalais étaient
devenus extrêmement malades dans
les camps et que les Nations Unies,
ainsi que le personnel médical traitant
les troupes, probablement de l›hôpital le
plus proche dans la ville de Mirebalais,
avaient camouflé ces événements.
Dès le début de l’épidémie, l’ONU
avait commencé à réclamer de l’argent
et à promouvoir les vaccins anticholériques oraux par son Organisation Pa-
Sources: Cet article a été publié
originellement en anglais par News
Junkie Post. | DadyChéry est professeur en sciences biologiques, journaliste, et l’auteur du livre We Have
Dared to Be Free: Haiti’s Struggle
Against Occupation. Photographies
un, deux et trois des archives du CDC
Global.
Suite de la page (12)
est omis, c’est ce que Rodrigo Duterte
explique en général après : Vous me
parlez des droits de l’homme ? Que
dire des millions que vous tuez dans le
monde, y compris récemment en Irak,
en Libye et en Syrie ? Qu’en est-il du
peuple philippin que vous avez massacré ? Et qu’en est-il de votre propre
peuple, les Afro-Américains qui sont
abattus par la police, tous les jours ?
Il ne cache pas sa profonde allergie pour l’hypocrisie occidentale.
Pendant des siècles, les États-Unis et
l’Europe ont tué des millions, pillé des
continents entiers, et maintenant se réservent le droit de juger, de critiquer et
bousculer les autres. Directement ou à
travers les institutions qu’ils contrôlent,
comme les Nations Unies. Encore une
fois, sa réponse est clairement Sukarno-esque : « Allez au diable, vous et
votre aide ! »
Mais vous ne lirez rien de tout
ça dans les pages du New York Times
ou The Economist. Pour eux, il n’y a
que la « guerre contre la drogue », les
« victimes innocentes » et bien sûr «
l’homme-fort » Duterte. Mais la situation évolue rapidement. Récemment,
le président Duterte a ordonné l’arrêt
d’un exercice militaire, surnommé le «
Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
New Eastern Outlook
17 Octobre 2016
Traduction VD
Le Grand Soir 18 Octobre 2016
Haiti Liberté/Haitian Times
15
Washington agit pour faire taire Wikileaks
Suite de la page (13)
tentative de lever des fonds pour
couvrir un déficit croissant provoqué par l’effondrement des prix du
pétrole.
Il aurait envoyé 466.000 onces
d’or à Goldman Sachs, d’une valeur
d’environ 580 millions de dollars à
l’époque, en échange d’instruments
financiers de « haute sécurité » et
un profit anticipé sur son investissement. Il n’est guère difficile de
croire qu’une telle relation donnerait
à Goldman
Sachs une influence considérable sur le gouvernement équatorien.
Dans tous les cas, il est évident
que l’establishment américain devient de plus en plus désespéré d’arrêter le flux de courriels électroniques
et de documents qui démasquent le
vrai caractère non seulement de Clinton, mais de la politique capitaliste en
son ensemble. Alors que
WikiLeaks a publié plus de
17.000 e-mails émanant du compte
de John Podesta, directeur de
campagne de Clinton et
démocrate de premier plan, on estime qu’il y a encore plus de 33.000
à paraitre.
Les textes des discours de Clinton devant Goldman Sachs et d’autres grandes banques et fédérations
patronales, pour lesquels elle a été
payée en moyenne 200.000 dollars
par apparition, sont des plus incriminants. Ils dévoilent les rouages de
l’oligarchie qui gouverne l’Amérique
et la pensée et les actions d’une
politicienne prête à faire n’importe
quoi pour faire avancer les intérêts de
cette couche dirigeante, tout en accumulant toujours plus de richesses et
de pouvoir pour elle- même.
Lors de ses déplacements de
campagne électorale, Clinton s’est
donnée des airs de « progressiste
», déterminée à mettre Wall Street à
l’épreuve. Mais dans ses discours à
Goldman
Sachs, elle a souligné sa
défense inconditionnelle des banques
et des établissements financiers.
Alors que l’indignation populaire grandit contre les banquiers pour
avoir plongé des millions de gens en
crise avec l’effondrement financier
de 2008, Clinton a prononcé des discours qui saluaient les financiers de
Wall Street et insistaient sur le fait
qu’ils étaient à même de s’autoréguler. Elle s’est excusée d’avoir soutenu
la loi de régulation financière sans
effet de
Dodd-Frank, en disant qu’il fallait l’adopter pour des « raisons politiques ».
Devant son public de Wall
Street, Clinton a clairement indiqué
qu’elle n’avait aucun état d’âme à
ordonner des massacres à l’étranger.
Tout en racontant en public qu’elle
soutient une « zone d’exclusion aérienne » en Syrie comme une mesure
humanitaire pour sauver des vies,
elle a confié à son public de Goldman Sachs qu’une telle action « va
tuer beaucoup de Syriens » et devenir « un engagement américain et de
l’OTAN qui va toucher beaucoup de
civils ». Dans le même discours, elle
a déclaré sa volonté de bombarder
l’Iran.
Les e-mails ont mis à nu les
liens de corruption entre le département d’État, la Fondation
Clinton, ses diverses campagnes et son réseau de donateurs
financiers et patronaux, qui constituent ensemble une entreprise de
trafic d’influence quasi-criminelle qui
pourrait être décrite comme « Clinton
inc. ».
Les révélations contenues dans
les documents de WikiLeaks ont été
passées sous silence ou minimisées
par les médias de masse, qui ont
plutôt mis l’accent sur les accusations
de fautes de nature sexuelle portées
contre le rival républicain de Clinton,
Donald Trump.
Le camp de Clinton lui-même a
cherché à détourner toutes questions
concernant ce que la candidate a dit
dans ses discours ou les opérations
corrompues de sa campagne en affirmant, sans aucune preuve, que le
matériel publié par WikiLeaks avait
été piraté par le gouvernement russe
etn’est donc pas fiable.
Cet
argument
sert
non
seulement à détourner l’attention des
documents de WikiLeaks, mais aussi
à soutenir les affirmations à la McCarthy de la campagne Clinton concernant une supposée intervention du
Kremlin pour le compte de Trump,
dans le cadre d’une campagne de
propagande visant à préparer l’opinion publique à une confrontation militaire directe avec la
Russie.
Il y a un air de désespoir dans
la tentative d’étouffer le matériel de
WikiLeaks. Le présentateur de CNN
News Chris Cuomo, un partisan ouvert de Clinton, est allé jusqu’à mentir à son public, affirmant qu’il était
illégal pour eux d’accéder aux e-mails
et en insistant qu’ils pouvaient obtenir toute information à leur sujet seulement à travers le filtre des
grands médias.
Bien avant la publication de
documents liés au Parti démocrate,
les cercles dirigeants ont exprimé de
manière violente et répétée leur détermination à réduire WikiLeaks au
silence.
Des fonctionnaires du département d’État ont expliqué qu’en 2010,
alors que Wikileaks avait dévoilé des
communiqués du département d’État
américain qui révélaient les opérations impérialistes desÉtats-Unis
à travers le monde, Clinton, alors
secrétaire d’État, a demandé à ses
subordonnés, « ne peut-on pas sim-
plement éliminer ce type par drone »
?
Elle a récemment dit qu’elle ne
se rappelait pas de cette remarque,
mais si elle l’avait faite, il s’agissait
d’une blague. Au cours de la même
période, cependant, Bob Beckel, partisan de Clinton et agent de longue
date de la campagne démocrate, a
déclaré dans une interview télévisée
en rapport avec Assange : « Un homme mort ne peut pas divulguer les
choses. Ce mec est un traître, il est
traître, et il a transgressé toutes les
lois des États-Unis ... il n’y a qu’une
seule façon de s’en occuper : assassiner illégalement le fils de pute.
»
Jusqu’ici, la classe dirigeante
américaine s’est limitée à des coups
montés juridiques et à la calomnie,
en comptant sur l’aide de ses agents
dans les médias et chez les pseudo-gauches dont une large partie a soit endossé, soit minimisé, la
chasse-aux sorcières contre Assange.
Le principal instrument de cette
campagne de persécution a été des
allégations fabriquées d’inconduite
sexuelle lancées par les autorités
suédoises agissant de connivence
avec les gouvernements américain
et britannique. Plus tôt cette année,
le Groupe de travail sur la détention
arbitraire de l’ONU a émis des conclusions qu’Assange avait été « privé de
sa liberté de manière arbitraire », ce
qui signifiait que l’organisation avait
tiré la conclusion que l’affaire suédoise constituait un coup monté de
nature politique.
Au milieu de la tentative actuelle pour faire taire Assange, un
coup monté encore plus bizarre et
dégoutant a été concocté, en essayant de salir le fondateur de WikiLeaks
avec des accusations de pédophilie et
d’avoir reçu de l’argent russe.
Au centre de ces allégations se
trouve un service peu connu de ren-
contres en ligne,
Toddandclare.com, qui a tenté
d’abord d’attirer Assange dans un
traquenard pour créer une soi- disant
publicité visuelle pour le site, pour
laquelle il allait être payé 1million de
dollars, ladite somme étant fournie
par le gouvernement russe. Lorsque
WikiLeaks a rejeté cette provocation absurde, le même site a affirmé
qu’Assange avait été accusé de contacts inappropriés à travers le site
avec un enfant canadien de huit ans
en visite aux Bahamas. Cette accusation a ensuite été invoquée dans une
tentative de faire pression sur l’ONU
pour qu’elle cesse sa demande de
mettre fin à la persécution d’Assange.
Même un examen sommaire
révèle que ces allégations constituent
une fabrication grotesque. La police des Bahamas a déclaré qu’il n’y
a pas de charges ou de quelconque
dossier contre Assange. L’agence de
rencontres n’a pas de siège, numéro
de téléphone ou d’activité commerciale nulle part aux États-Unis, ayant
toutes les caractéristiques d’une société fictive créée par le renseignement américain dans le but de traquer
Assange.
L’utilisation de telles tactiques
montre à quel point la classe dirigeante américaine est terrifiée face
à l’hostilité croissante des masses
envers les deux principaux partis
politiques et leurs deux candidats
odieux. L’élite dirigeante craint que
les révélations continuelles sur le
fonctionnement interne d’un
gouvernement des riches, par les
riches et pour les riches finissent par
enlever le peu qui lui reste de légitimité politique au sein de la population,
et créer ainsi les conditions d’une radicalisation politique de la classe ouvrière et de bouleversements sociaux,
peu importe qui gagne les élections
du 8 novembre.
Wsws 19 octobre 2016
continuerons d’affirmer clairement que
les États-Unis ne peuvent pas imposer un modèle différent à Cuba parce
que l’avenir de Cuba est aux mains
du peuple cubain. » Mais, contradictoirement, dans ce même paragraphe
consacré aux droits de l’homme, il
tient à préciser qu’il faudra « continuer d’aider les activistes démocratiques
» (vocabulaire très Maison-Blanche,
soit dit en passant) et « poursuivre nos programmes en faveur de la
démocratie », leur légalité étant basée
dans les deux cas, selon lui, sur le fait
que les USA font pareil dans le monde
entier et, d’après une curieuse formule
répétée à trois ou quatre reprises, que
ces programmes sont « en accord avec
ceux que nous menons vers d’autres
sociétés connaissant une situation
similaire dans le monde » !
Donc, fin de non-recevoir à l’exigence cubaine : cessez de vous ingérer
dans nos affaires intérieures. Mais aussi
fin de non-recevoir tout aussi claire à
toutes les autres : Nous prévoyons qu’il
[le gouvernement cubain] continuera
de s’opposer à nos politiques et opérations migratoires, à nos programmes
en faveur de la démocratie, à Radio
Martí et TV Martí, à la présence des
États-Unis dans la station navale de
la baie de Guantánamo et à l’embargo. Le gouvernement des États-Unis
n’a pas l’intention de modifier le traité
de bail en cours et d’autres accords en
rapport avec la station navale de la
baie de Guantánamo, qui sert à notre
pays à renforcer et à préserver la sécurité régionale.
Soit dit en passant, il me semble
que c’est la première fois que j’entends
la Maison-Blanche recourir à l’argument que la base navale de Guantánamo sert aux États-Unis à « renforcer et
à préserver la sécurité régionale ». Sans
être un expert militaire, je ne vois pas
quel plus stratégique leur apporte cette
base située à quelques minutes de vol
de chez eux pour un avion militaire
moderne !
Qu’on se le dise donc : nous ne
modifierons pas notre politique migratoire, nous continuerons nos programmes en faveur de la démocratie,
nous n’éliminerons pas nos émissions
de radio et de télévision, nous resterons
à Guantánamo. Bref, nous ne changerons rien à ce que vous considérez,
vous Cubains, comme les plus grosses
pierres d’achoppement sur la voie de la
« normalisation ». Pour un dialogue de
sourds, c’est un dialogue de sourds ! Et
Obama est venu nous dire ici qu’il était
notre ami, notre frère…
Au fond, Obama cherche à continuer sur sa lancée : après avoir fait
son numéro de claquettes en mars 2016
(visite de La Havane, discours télévisé,
etc.), après avoir distillé au comptegouttes quelques « modifications aux
réglementations » (selon la formule
consacrée) du blocus économique, commercial et financier qui ne change absolument rien au fond brûlant du problème, l’existence même de celui-ci, qui
se maintient dans toute sa rigueur (mais
Obama aura beau jeu de vous rétorquer
pour s’excuser, ce qui l’arrange bien,
disons-le, que sa levée définitive ne
dépend pas de lui, mais du Congrès), il
estime disposer encore auprès du peuple cubain (pour son gouvernement
révolutionnaire, c’est une autre paire
de manches) d’un capital de confiance
suffisant pour continuer d’agiter ses hochets sans trop en souffrir. Il a tort : ici,
ses promesses font de moins en moins
recette…
Conclusion, comme aurait pu dire
un certain Blaise au sujet de cette « normalisation » : vérité en deçà du détroit
de la Floride, erreur au-delà !
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Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
A Travers le monde
L’Afrique du Sud fait ses adieux à la
Cour Pénale Internationale
Brésil :
Cunha sous les verrous
Par Andreï Touabovitch
A
près le Burundi mardi, c’est au tour
de l’Afrique du Sud d’annoncer le
vendredi 21 octobre, son retrait de la
Cour Pénale Internationale (CPI), emboîtant le pas au Burundi qui a annoncé trois jours auparavant qu’il entamait
lui aussi la procédure de son retrait de
la juridiction internationale.
Le ministre sud-africain des Relations internationales, Maite Nkoana Mashabane, a adressé une lettre
à l’Organisation des Nations Unies
(ONU) dans laquelle le gouvernement
de Pretoria juge que « ses obligations
au regard de la résolution pacifique des
conflits étaient parfois incompatibles
avec l’interprétation donnée» par la
CPI.
Cette décision du pouvoir sud-africain est un véritable coup dur pour
la CPI, qui a pour mandat de juger les
crimes contre l’humanité, les crimes de
guerre et les génocides. En 2015, les
deux parties avaient eu maille à pâtir
lorsque Pretoria avait refusé d’exécuter le mandat d’arrêt de la CPI délivré
à l’encontre du dirigeant soudanais,
Omar el-Béchir. Ce dernier, qui est re-
Des juges de la Cour Pénale Internationale
cherché pour génocide, crimes de guerre
et crimes contre l’humanité, était alors
de passage sur le territoire sud-africain.
Critiqué, le gouvernement sud-africain
avait, déjà à l’époque, menacé de se retirer de la CPI.
Il est à noter que de plus en plus
de gouvernements africains contestent
les poursuites de la CPI qui à leurs yeux,
s’acharne surtout sur les dirigeants du
continent noir. Pour preuve, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam
Desalegn avait déclaré en mai 2013,
alors qu’il était président de l’Union Africaine (UA), que la CPI menait « une
sorte de chasse raciale en ne poursuivant que des Africains», en clôture du
sommet bisannuel des chefs d’Etats et
de gouvernements de l’UA. « Lors de la
création de la CPI, a-t-il ajouté, l’objectif était d’éviter toute sorte d’impunité,
mais désormais le processus a dégénéré
en une sorte de chasse raciale».
Coulisses 24 octobre 2016
Venezuela : Les « hordes chavistes » ont
fait taire l’Assemblée Nationale !
Par Gustavo Borges
L
a vérité est que je ne sais pas
comment comme des cons nous
sommes arrivés devant l’Assemblée
Nationale dimanche dernier, 23 octobre, au milieu de toute cette tempête
de peuple criant des slogans de soutien au président et envoyant Ramos
Allup se faire foutre.
Nous étions sortis Camilo
Emiliano, mon fils de 12 ans, Vadi
de 11 ans et moi, après être allés à
El Valle chercher dans le centre un
endroit où se gaver de glace. Mais
ce qui est sûr, c’est que là, nous
étions devant les grilles de l’Assemblée Nationale avec des centaines de
chavistes qui criaient des slogans.
L’intéressant de chose, c’était
de voir le visage de ces 2 petits merdeux au milieu de ce grand raffut
chaviste qui augmentait de plus en
plus. Ils regardaient les gens, impressionnés, mais sans peur. Ils me
regardaient, faisaient des commentaires entre eux, jusqu’à ce qu’ils
commencent tous les 2 avec le poing en l’air : « Le peuple uni ne sera
jamais vaincu, le peuple uni ne sera
jamais vaincu ». Je les regardais sans
perdre de vue la foule et me demandais : « Con, et à eux, qu’est-ce que je
leur donne ? » Mais ils continuaient à
reprendre en choeur les slogans que
ciraient les adultes : « Elle est tombée, elle est tombée, cette Assemblée
est tombée. »
Une grille s’ouvrit, la première,
celle de la rue et l’avalanche avance
vers la grille de l’Assemblée. J’entends Camilo crier : « Allons-y, allons-y, allons-y tous ! » Et j’étais
paralysé en voyant ce petit merdeux
et son frère comme en transes, appelant cette foule qui, au mieux, sans
balles pour l’arrêter, appelait à entrer
dans l’Assemblée : « Le peuple uni
ne sera jamais vaincu », continuait à
crier ce nain... et la porte s’est ouverte.
Le reste a été suffisamment
rapporté en images.
Les mêmes visages vus à Miraflores
le 13 avril 2002 se trouvaient à
l’Assemblée Nationale. Une foule
courageuse, une foule chaviste inonda l’Assemblée Nationale. Elle prit
l’extérieur, parcourut les couloirs,
ouvrit les portes, délogeant tout le
monde des loges ou de la tribune
des orateurs pour prendre la parole,
elle : « Le peuple courageux réclame
son droit », « Regarde droite, viens
voir, le peuple est là qui va te livrer
bataille », « Si le pire arrive, je reste
avec Maduro. »
C’était la troupe de rebelles à
cheval bolivarienne avec le drapeau
de Chávez qui courait même vers
les députés d’opposition épouvantés
qui débattaient encore il y a peu de
la façon de chasser Nicolás Maduro
du gouvernement et de piétiner la
Constitution, de détruire et de faire
juger les 3 pouvoirs de l’Etat et qui,
en outre, appelaient à marcher et à
prendre Miraflores jusqu’à ce que le
président tombe. Ils demandaient à
grands cris l’intervention militaire
étrangère.
Les « hordes chavistes » les ont
fait taire, quitter leurs sièges, se regarder entre eux comme s’ils se demandaient : « Con, où courrons-nous
? » « J’ai peur, c’est clair que j’ai
peur – avouait l’un d’eux devant les
caméras de télévision – Maintenant,
comment je m’en vais ? »
La chiasse fut grande devant
cette avalanche de pauvres, de noirs,
d’ouvriers et d’ouvrières, d’étudiants, de jeunes, de motards... Les
mêmes visages vus à Miraflores le
13 avril 2002 pour sauver Chávez.
CATERING &
TAKE-OUT
L’ex-président de l’Assemblée, artisan du coup d’État contre Rousseff,
accusé de corruption a été arrêté et placé en détention préventive
Par Catherine Dos Santos
«Machiavel », comme on
surnomme parfois Eduardo Cunha,
n’a pas vu le coup venir. L’ex-président de la Chambre des députés,
artisan de la destitution de la cheffe
de l’État Dilma Rousseff, a été arrêté mercredi et placé en détention
préventive dans le cadre de l’enquête sur les scandales de corruption au sein du géant pétrolier national, Petrobras. L’évangéliste à la
réputation sulfureuse doit répondre
de sept chefs d’inculpation pour
corruption passive, blanchiment
d’argent, évasion fiscale et pots-devin perçus lors de l’achat de champs
de pétrole au Bénin. Il aurait ainsi
touché les sommes rondelettes de
1,5 million et 1,2 million d’euros.
L’existence de comptes en
Suisse
En mai, la Cour suprême avait décidé
de le suspendre de sa fonction pour
avoir abusé de ses prérogatives afin
Déjà près d’El Valle, les deux
merdeux, Camilo et Vadi, pour moi
les héros du jour, reviennent à leurs
blagues habituelles d’enfants. Pendant quelques instants, ils ont gardé
le silence dans le wagon du métro
bondé, sur le trajet Plaza Venezue-
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Mission Vérité, 24 octobre 2016
Traduction Françoise Lopez
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de couvrir ses malversations. Le
ministère public avait alors dévoilé
l’existence de comptes en Suisse estimés à 4 millions d’euros. En septembre, Eduardo Cunha avait perdu
son immunité parlementaire ; ce qui
a ouvert la voie à son arrestation.
Cet ultraconservateur, connu pour
ses propos homophobes, a toujours nié en bloc les accusations qui
pèsent contre lui, en dépit d’un train
de vie fastueux qui ne collait pas
avec ses revenus de parlementaire.
Il a depuis été lâché par
ses amis du Parti du mouvement
démocratique du Brésil (PMDB),
dont le président putschiste, Michel Temer, lui-même inquiété par
la justice. Reste à savoir pourquoi
cette arrestation n’est pas intervenue plus tôt, lorsqu’il orchestrait
le renversement de Dilma Rousseff.
Les agissements de Cunha étaient
pourtant connus et dénoncés par la
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Haïti Top 10 Orchestres et Groupes Musicaux
Numéro 8- Ex-Aequo - Shleu-Shleu–Ambassadeurs-Difficiles-Gypsies !
Suitede la page (20)
Vacances, Alfredo, Colline, Destinée, Haiti, mon pays, Pêche à
la ligne, Baisers d’adieu, Maria
del Alma, Volley-ball, Dans la
vie, Tikarm, Café au lait, Haiti,
terre de soleil, Maille, Devinez,
Ma poupée, Partie de chasse
Vuelve me negritamia, Boutillires
etc. Mais les sixties c’est aussi l’époque du ‘’sauve qui peut’’; ayant vus
l’exode de la population et des jeunes.
C’est dans cette optique que
la majorité du groupe s’envola pour
l’étranger. Installé á New-York á la fin
des années 1960, l’ « Original ShleuShleu », s’implanta bien vite au ‘’state’’
et continua à produire des œuvres
significatives:’ Grille ta cigarette’’,
‘’En filant les aiguilles’’,’’Troukrab’’etc. Cependant, le groupe fut pris
dans l’engrenage de la pop-music
états-unienne et son essence musicale en prit des revers. Entre temps
au pays le groupe a fait peau neuve
avec l’« Immortel Shleu-Shleu » du
maestro-guitariste Serge Rosenthal,
de Loubert Chancy (sax), Cubano
et Zouzoul (voix), Tifrè Toussaint et
Mayala (guitares), Gérald Désir (Tambour), Arsène Appolon (batterie),
Frederic Mews (basse), Jacques Baptiste (Tam-tam) pour la relève. Après
avoir marqué le pas dans le disque:’’
Tête chauve’’, ils devinrent irrésistibles à travers les disques::‘’Se la ou
ye’’,’’Sixième anniversaire’’,’’Ase
frape’’,’’A Paris’’etc. ils sont en
avance sur leurs devanciers newyorkais, du fait que leur musique ne
s’est pas dépouillée de la sensibilité locale et la structure harmonique
resta intacte avec le maintien du maestro-guitariste Serge Rosenthal.
Leur dernier album:’’Gèp panyol’’ sera repris comme ballon d’essai
du « Skah-Shah »., lorsque à leur tour
ils vont s’installer à New-York. La
3eme version « Shleu-Shleu », avec
les: Rosenthal (Maestro), Gérard Daniel (sax), Zouzoul (Chanteur), Tiyal
(guitare) fut très éphémère, et s’est
retrouvé tout de suite à New-York
pour devenir « Djet-X », (sans oublier cette version bâtarde du survivant
Gérald Désir, accompagné des: Janmó,
Pétoulet, Tikitetc; dont quelques- uns
rallièrent le Shoogar Combo). C’est
dire combien les « ShleuShleu » ont
marqué leur époque. Jusqu’au temps
pas trop lointain où il y avait deux
versions se disputant l’héritage. Celle
de Thony Moise et l’autre de Smith
Jean Baptiste.
*** *** *** *** *** *** *** ***
Les Ambassadeurs
(Port-au-Prince 1966)
« La religion des jeunes »
C
eux-là par contre ont créé tant de
remous, en étant le groupe qui a
tenu la dragée très haute au bercail
18
avec l’incorporation d’une brass
section qui leur couta de renoncer à
leur souche musicale. D’où la fin de
règne pour le plus prolifique ensemble
‘’mini’’ de son époque.
*** *** *** *** *** *** *** ***
Les Difficiles
pour être proclamé: l”Horizon de
l’an 2000’’et, pressenti alors comme
le pont qui devait nous prendre du
dernier siècle à ce nouveau millénaire:
‘’Ces incroyables Ambassadeurs, vos
Ambassadeurs…’’ comme aimait le
répéter l’immortel animateur musical Ricot Jean Baptiste sur les ondes
de Radio Haïti Inter. Tout d’abord, il
y avait dans la première moitié des
années 1960 le groupe « Fontana »,
lequel s’imposa déjà dans les foyers
d’étudiants et les groupements de
quartier. C’est ainsi que s’introduisirent sur la scène les frères: Bob,
Ernst, Claude Ménélas parmi d’autres
aspirants de leur temps. Mais lorsque
l’ainé, l’accordéoniste Arsène Durosel alla joindre « La Flèche D’Or » de
Wébert Sicot, une nouvelle réorganisation s’est imposée. C’est ainsi que
naquit en 1966 dans la zone de Cité
militaire du bas de Delmas, le plus
prolifique groupe des mini-jazz.
A cette étape, ils sont rejoints
par: Hans Félix (guitare), la voix singulière de Essud Fung Cap, George
José à l’accordéon, le versatile batteur
Martial Telcide, Jean Robert Louis,
Kedner Rampel, Ernst Pierre. Bob
Ménélas instillant ses accords austères à la basse et Claude a fait palpiter le tambour avant de remplacer son
frère à la basse. Tandis que le multi-instrumentiste-maestro
saxophoniste
et compositeur Ernst Ménélas guide
l’ensemble avec ses bonds et solos
avisés. L’ascension fut fulgurante, en
peu de temps, ils devinrent le groupe
le plus souverain dans l’hystérie du
mega-hit ‘’Sizo‘’(Carnaval -67) et
aussi ‘’Haiti,’’‘’Pwoblèm mizisyen,’’ ‘’Prekosyon’’etc Et, les sixties
touchaient à leur fin et vinrent les
Haiti Liberté/Haitian Times
remue-ménages avec l’intégration de
l’incontournable Pascal Albert qui alla
incarner la fabrique vocale de l’ensemble. Sans oublier l’irrésistible Marc
Yves Volcy venu remplacer Fung Cap
pour constituer ave Pascal le plus sensationnel duo vocal du milieu.
Sans compter l’insertion d’un
adolescent guitariste appelé Ricardo
‘Tiplum’ Frank, faisant montre de ses
traits de surdoué; jouant à la fois en
soliste et en accompagnateur. Fort d’un
doigté exceptionnel et une technique
l’illustrant en futuriste. Sans oublier
l’ingénieux pianiste Deddy Bellegarde
avec son style orchestral; intérimé
pour un délai par Georges Durand,
transfuge de « La Ruche de Léogane»,
dans une approche ‘’tout-terrain’’ qui
a produit des adeptes jusqu’à nos
jours. Parallèlement, les «Ambassadeurs » dans une eurythmie plus complexe, se situant entre le‘’mini’’ et le
‘’maxi’’(full band ),au fortissimo de
ses claviers synthétiques, explorant
une variation de la meringue. Au gré
d’une tonitruance accrue et un tempo
versatile, des structures harmoniques
infusées d’une guitare expressive. Un
sax aux rêveries latines, mélodies et
contre mélodies délivrées par des voix
passionnément inspirées, une production féconde, des hits inoubliables et
des chansons choyées. : ‘’Non, Je ne
veux pas,’’ Plainte,’’ ‘’Revers de
la médaille, ’’Fini’’, ‘’Aveux sincères,’’‘’N’oublies jamais’’, ‘’Le
temps, la jeunesse et l’amour’’,
‘’Déesse des vents’’, ‘’Libéra
d’un amour’’, ‘’Revoir Haiti,
c’est mon rêve’’, ‘’Toi,’’‘’Koute m
koute m byen’’, ‘’Triste anniversaire’’, ‘’Sois Heureuse’’, ‘’Dis’’,
‘’Obsession’’,’’Mwenpakapab’’,
‘’L’amour, Pourquoi?’’, ‘’Je veux
‘’etc; les consacrent comme les spécialistes du slow.
Autant que leurs innombrables tubes: ‘’Quatre heures du
matin,’’’’ Roméo et Juliette’’,
‘’Courrier diplomatique’’, ‘’Septième flót,’’‘’Haïti’’,’’ Religion’’,
‘’Anaila’’, ‘’Amour et amitié’’,
‘’Sahadia’’, ‘’Si’’, ‘’Ciao ciao’’,
‘’Regrets,’’ A d’autres saisons
‘’…,’’Comédie’’,
‘’Reziye
w’’,
‘’L’adieu’’, ‘’Bonjour sole’’, ‘’Tifi
a’’, ‘’Source’’,’’Bobine’’, ‘’Mwen
reviv (Apye nou ye)’’,’’Port-auPrince’’, ‘Lajan se w’a et, de tant
d’autres. Entre les va-et-vient Henriot
Leroy, auréolé de sa voix de charme
vint remplacer Marc Y. Volcy; pour
ensuite céder sa place à Hammerton
Lilavoix fort de son timbre romantique. Mais, c’est surtout le départ
controversé de ‘’Tiplum’’ qui allait
être un pis-aller pour le groupe. Malgré tout, « Les Ambassadeurs » tinrent bon tout en continuant à sillonner le monde; gratifiant de la bonne
musique. Cependant, lorsque le péril
antillais sous forme de la cadence
lypso frappa à nos portes, il a fallu
au groupe de réadapter ses approches
(1966 Pétion Ville)
« Les Idoles de la jeunesse »
ans tous les cas, il en faut bien un
bouturage de ces deux groupes
apparentés (Difficiles et Gypsies),
puisque le second est né á partir d’une
dissension avec le premier. Tous deux,
intronisés ‘’strings band’’. C’est á dire,
dépourvus de ‘’brass’’.A la manière
des groupes rock, pop US et de la
française yéyé.
Pourtant, épris des succès
d’outre-mer, lesquels constituaient
leur répertoire, « Les Difficiles » ont
d’abord exploré le saxophone et firent leur première sortie carnavalesque nantis du succès de S. Adamo: Inch’Allah, vêtus de perruque.
C’est dire combien ils furent ‘’cool’’
et dans le vent. Mais au fil du temps,
ils changèrent de posture et se sont
débarrassés du sax. D’ailleurs, un
certain nouveau venu nommé «Tabou Combo » commençait à s’imposer allègrement. C’est ainsi que Henry
Célestin co-fondateur, maestro guitariste, compositeur et chanteur au
phrasé drôlatique, assisté de Emmanuel ’Mama’ Charles, 2eme guitare,
Jean Robert ‘Porky’ Hérissé, basse,
Freddy Burr-Renaud ,percussion,
Sonny Louis, batterie, Marc Edmé
tambour, Billy Dégand choriste et d’un
jeune et talentueux guitariste aux solos trépidants et co-meneur Robert
Martino dont les cordes florissantes,
riches en glissandos ont finalement
permis à cet ensemble d’occuper le
devant de la scène.
En 1971, « Les Difficiles » ont
cavalièrement fait du chemin dans
une écriture pétillante, un rythme
d’acier. Imprégnés d’une guitare solitaire, épris d’envolées solistes et
intermittentes, des choeurs emballants et des compositions reflétant
les lieux communs. ‘’Se lavi’’,
‘’Refuj mwen,’’‘’Les ombres du
temps,’’‘Medam yo,’ ‘Tuyelamp,
‘Telefón’, ‘Kenscoff ‘et spécialement‘Tounen (Men Polo)’ qui
pulvérisa tous les records des hit-parades. Ironiquement, c’est l’année
même de leur fulgurante grimpée que
tout bouscula. Lorsque Robert sous
la forme d’un scenario monté avec
Pierrot Al-khal et sa sœur Jessie, future beau frère et épouse pressentie,
profita d’un simple accrochage avec
’Porky ‘ pour vider les lieux; emmenant avec lui Marc Edmé et Billy
Dégand. Malgré tout « Les Difficiles »
ne se sont pas avoués vaincus. Avec
un étonnant Henry Célestin qui s’acquitta bien à la guitare; jusqu’à la
venue du renfort Eddy Woleey, soliste
impénitent qui en fit voir autant de
D
couleurs que Martino, de même que
les intégrations du superbe tambourineur Lyonel ‘’tótó’’ Saint-Victor et du
percussionniste Philippe Denis.
Les œuvres successives eurent
également du‘’punch’’ et du ‘’feeling’’: ‘’An Septième ‘’avec: ‘’Bèl
bale,’‘Fèfre,’‘’I am sorry’’, ‘’Pou
yon bon zanmi, ‘’Cache-cache
lubin’’,. Ensuite : ‘’Janbe baryè
‘’contenant
aussi:’Mademoiselle
voulez-vous danser’’?, ‘’Paka
kenbe m,’‘Mwen konnen’, Maladi bweson’,Yon verite,’ Madan
Sius’’,Enfant ne cours pas (A cette
étape , ils sont rejoints par Raymond
Cajuste et Harry Alexandre) . Puis
l’album: ‘Vire ron ‘’imbu de: ‘’Sa
pa gade m sa’’’, Eksperyans’’,
‘’M’anvi ede w,’’’ Fè chemen w,’’
et le tout dernier, ‘’Kók kalite: comprenant ‘’Fè m konfyans’’’,Haïti
mwen’’’, Complément désagrément’’’, Lekòl lage,’’ Sa je pa
wè’’.A ce Carrefour, le glas a sonné
pour la descendance mini confrontée
aux groupes antillais munis de leur
armada cuivrée. Et les « Difficiles »
devinrent « D.P Express », essayant
d’adhérer la filiation subséquente.
*** *** *** *** *** *** *** ***
Gypsies
(1971, Pétion-Ville)
« Les conquérants…»
Q
uant aux « Gypsies », il rallia dès
son apparition, l’attestation du
grand public avec ses compositions
florissantes, une cadence entrainante,
des mélopées et contre mélopées, sous
l’effet d’une guitare au commande,
de surcroit brillante aux éclats
harmoniques; aptes á produire des
effets lumineux. Durant l’été 1971,
après s’être brouillé avec ses amis
des « Difficiles », Robert Martino
assembla une panoplie de musiciens
ressemblant à des ‘’Top models’’,
pour gratifier de ses « Gypsies » de
Pétion-Ville. Avec: Georges Malval,
Marc Edmé, Bob Neff, Billy Dégand,
Lesly De-Laleu, Jose Salgado, Rony
Ambroise, René Max Charlmers et
Pierrot Al-khal etc. C’est le coup de
foudre pour la jeunesse qui en fit de ce
groupe, ses conquérants dans la sortie
de leur premier microsillon comprenant: ‘’Compas 2’’’’, le vrai Bonheur, ‘’’Gypsie san dous’’, La nuit
tombe’, ‘Haïti, ‘Déception’, Francine,’‘La femme’, ‘Toi et moi.’’
Fort de ses succès, le nouveau venu
de la scène musicale est déjà en demande.Six mois après, ils sont venus
s‘introduire à New-York.
Mais tout tourna au vinaigre,
lorsque une bonne part de l’ensemble
déserta pour se fixer au ‘’state’’.Ce
qui allait tourner en coup de pouce
du destin, puisque le renouvellement
des cadres tourna à l’avantage des
« Gypsies » qui firent les découvertes
du batteur génial Claude ‘’Tico’’Pasquet, du chanteur Max Badet, de
Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016
l’indispensable guitare d’accompagnement Reynold ‘’Sensen’’ Nader ainsi
que du faiseur de la chaude ambiance,
Pedro Souffrant. Une époque qui coïncida à l’été chaud de 1972 où le groupe
mit la foule au bord de l’émeute lors du
‘’Carnaval des Fleurs’’, dépassant tous les
suffrages avec un ‘’Tico’’ au sommet, un
Robert inspiré et tout l’ensemble dans le
coup. A l’étape du second album, contenant: ‘’Patience’’,’Passe le temps’’,
‘’Reproche’’,, ‘’Lapriyè’,’ Gagotte’
Rève’, ‘Express way’, ‘Don Thob’,
‘Move zanmi’‘A kote’etc, le groupe est
sur orbite et devient un phénomène national. Sur cette lancée, sortit le microsillon:
“Courage’’, avec: ‘’Plaisir d’antan’’,
‘Incapable d’aimer’, C’assa’, ‘Femme
banda’, ‘A coup sûre’, ‘Siècle moderne‘’etc. Lequel fit des « Gypsies » les
conquérants du milieu ambiant.
Tout en leur donnant des idées,
comme celle d’aller confronter l’ogre
« Tabou » et l’irrésistible « Skah-Shah »,
sur leur propre terrain. En effet, la fin
de la première moitié des seventies a
vu les Gypsies aussi dominants au bercail; où le « Bossa » commença à se faire
des muscles, et le « Super 9 » se faisait
menaçant. C’est ainsi qu’ils sont allés
s’installer à New-York où ils ont produit
le superbe disque:’’ La tulipe’’, comprenant: ‘’Si demain’’, ‘’Sabotage, ‘Espoir’, Dime’, A ma fille, ‘’Pakole.’’
Apparemment, les new-yorkais ne furent
pas aussi épatés que les locaux si fous de
leurs « Gypsies ». De retour au bercail
et amputés de Tico, Malval, Edmé et Dégand remplacés par Coulotte, Kiko, William Jean, ils sortent l’œuvre:’’ Fierté’’,
contenant: ‘’Vacance,’’ A’’zakidamkelele’, Fanm modèn’, Résignation,’’
Vireron’’, dans un atmosphère musicalement saturé. A tel point, que le morceau
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‘Vireron’’ s’est trouvé aussi sur le disque
des « Difficiles »; ayant été composé à une
époque où Robert était partie intégrante
de cet ensemble. Tout en prouvant que
l’inspiration diminuait.
Pas étonnant que ce fut aussi le dernier album du groupe. Un ultime baroud
avec une nouvelle formation composée
de: Al-khal, le seul survivant, Claude
Marcelin, les frères Polis et Robert Nozile,
Edner Coulotte, Toto Laraque etc, avec
l’album :’’Loa ‘’, qui ne fit pas mouche.
A cette étape, les groupes antillais aux
armadas cuivrées ont envahi l’espace
sonore natale. Ce fut la fin de cycle pour
« Les Gypsies » (comme pour leurs frères
ennemis « Les Difficiles »). Lesquels se
sont mués en « Scorpio » (et en « DP
Express »), munis de’’ brass section’’.
Mais, la lourdeur de ces ‘’full band’’
en mutation n’avait pas la clarté de ces
‘’strings band’’ éclaireurs.
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Haiti Liberté/Haitian Times
19
Haïti Top 10 Orchestres et Groupes Musicaux
Numéro 8- Ex-Aequo - Shleu-Shleu–
Ambassadeurs-Difficiles-Gypsies !
Par Ed Rainer
Les Shleu-Shleu (Port-au-Prince, 1965)
« Le pionnier des mini-jazz »
N
’ayant vécu qu’une décade, la génération ‘’mini’’
a quand même laissé une empreinte non-négligeable dans
la musique locale. Spécialement en s’intronisant dans une
phase transitoire de la musique
urbaine. Lorsque les groupes
traditionnels soient, perdaient
de l’élan ou s’expatriaient á
l’étranger á cause de la fureur
démentielle de ‘’papa doc’’et
des tontons macoutes qui en
avaient marre des vogues ambiantes, en y imposant les
galères. Préférant que les jeunes
s’y habillent tous de ‘’gros
bleu’’. C’est ainsi qu’un peu
comme notre ‘’Motown sound’’,
cette tendance fit irruption
avec son romantisme et sa musique en ‘’Tropicalismo’’ pour la
délectation d’une jeunesse qui
voulait noyer ses cauchemars
dans ces notes légères mais si
envoutantes. Ses textes naïfs à
l’eau de rose, au lieu de se parler par signes.
Cependant au comble de
l’ascendance yéyé, un groupe
d’étudiants du Bas-Peu-deChose a choisi de préférence
l’effusion ‘’konpa’’. C’est ainsi
que le doyen « Shleu-Shleu » fit
irruption sur la scène musicale;
fort de sa sonorité particulière,
son tempo attrayant. Une basse
un-deux, un sax á la ‘’Los Diplomaticos’’. Des guitares qui
s’alternent, un lyrisme et des
voix imprégnés de dadaïsme
et, une musique entrainante et
syncopée pour perpétuer la version moderne du konpa dirèk.
Vous dites! Pour l’histoire, rappelons que c’est Nemours luimême qui vint avec le vocable
mini-jazz, lorsque suite à une
prestation des « Shleu-Shleu »,
en lever de rideau de son orchestre, il déclara à Dada Djakaman impresario du nouveau
groupe à qui il avait prêté ses
instruments usagés:’’ Toi Dada
tu es tellement entiché de
mon groupe que tu as formé
un mimi-jazz’’.
En bon doyen, les
« Shleu-Shleu » se sont installés
á l’avant garde d’une approche
qui a fait boule de neige. La
première formation est composée de : Thony Moise (sax),
Peddy et GwoBebe (voix),
Serge Rosenthal et Milot Toussaint (guitares), Léon Millien,
(basse), Clovis (Tambour),
Smith Jean Baptiste (batterie),
Franky J. Baptiste (Tam-tam).
Gravant deux superbes albums:
‘’Haïti, terre de soleil’’, et
‘’Haïti, mon pays’’; avec
des morceaux aussi sertis que:
suite à la page(18)
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Vol 10 # 16 Du 26 Octobre au 1er Novembre 2016