SORTIR DE L`EURO POUR SORTIR DE LA CRISE : UNE RECETTE

Transcription

SORTIR DE L`EURO POUR SORTIR DE LA CRISE : UNE RECETTE
SORTIR DE L’EURO POUR SORTIR DE LA CRISE :
UNE RECETTE AUX EFFETS DESASTREUX
Par Mathilde Lanathoua*
Le 5 mars 2012
L’euro a fêté ses dix ans au 1er janvier 2012. C’était une décennie de trop pour Marine Le Pen.
L’euro est, pour le FN, « une aberration économique 1», responsable de toutes les difficultés de notre
pays, de sa désindustrialisation, de sa croissance faible comme de son chômage massif. Il ne pouvait
que se solder par un échec, visible aujourd’hui dans la crise qui frappe l’Union européenne.
L’éclatement de la zone euro serait ainsi inéluctable et les plans d’aide aux autres pays européens
ne seraient que dépenses inutiles.
Marine Le Pen propose donc de s’opposer à tout nouvel effort collectif européen pour surmonter la
crise et aider les Etats qui seraient encore en difficulté, et de dénoncer le Traité de Maastricht pour se
retirer de la zone euro et revenir au franc.
Le FN confierait à un « ministère chargé des Souverainetés » la responsabilité de la « renégociation
des Traités » pour préparer, en concertation avec les partenaires européens, la restauration de la
souveraineté monétaire française, la réintroduction du franc et le rétablissement des prérogatives de
la Banque de France en matière monétaire, y compris la capacité de consentir des avances au
Trésor.
Estimant que l’Allemagne est désormais « prête » à revenir au mark, puisque 54 % des Allemands y
seraient favorables en octobre 20112, le FN propose que le couple franco-allemand joue un « rôle
moteur » dans « cet arrêt programmé de l’expérience de l’euro ».
Marine Le Pen assure que la sortie de l’euro ne provoquerait pas le cataclysme annoncé par
« idéologues et autres fanatiques de la monnaie unique », mais qu’elle permettrait, au contraire, de
réaliser plus de 200 milliards d'euros sur cinq ans3, couplée avec une politique de dévaluation et des
mesures protectionnistes.
* Pseudonyme.
1
Les citations non précisées dans cet article proviennent du site du Front national.
2
Magazine Stern, 5 octobre 2011.
3
Conférence de presse de présentation du programme de Marine Le Pen, 12 janvier 2012.
Terra Nova – Note - 1/7
www.tnova.fr
Elle pense pouvoir empêcher toute spéculation sur la nouvelle monnaie en contrôlant à nouveau les
mouvements de spéculation des capitaux, et sécuriser l’épargne des Français en nationalisant, au
moins partiellement, les banques de dépôt. Dans « l’hypothèse très peu vraisemblable où l’euro
existerait encore », les coûts de la dette libellée en euro seraient couverts, selon Marine Le Pen, par
une taxation exceptionnelle des actifs extérieurs libellés en euro détenus par les banques.
Le FN s’est toujours opposé à la création d’une monnaie unique et a proposé une sortie de la zone
euro dès son introduction. Or si les Allemands sont nostalgiques du mark, monnaie stable et forte
dans la deuxième moitié du 20e siècle, les critiques émises par les autres peuples sur la monnaie
unique ne conduisent pas nécessairement, loin de là, au souhait de son abandon. Les Français, en
premier lieu, sont peut-être 45 % à voir dans l’euro un handicap pour l’économique française, mais ils
ne sont que 36 % à se dire favorables à un retour au franc, selon un sondage Ipsos de décembre
20124. Si 73 % des sympathisants du FN le souhaite, ils restent minoritaires. Les avantages liés à
l’euro sont en effet loin d’être négligeables et son abandon aurait des conséquences désastreuses
pour l’économie.
1 - UN BILAN DE L’EURO AUSSI ACCABLANT QUE FAUX
1. 1 - « LE DOGME SUPREME » DU FEDERALISME
La vision nationaliste et souverainiste du FN ne peut souffrir la disparition de la monnaie
nationale et la délégation de la souveraineté monétaire au profit d’une intégration monétaire
européenne. L’Euro étant l’un des symboles de l’intégration et de la réussite de l’Union, il est pour le
FN son « dogme suprême5».
L’introduction de l’euro ne serait, selon le FN, basée sur aucune rationalité économique, mais
sur la simple volonté politique d’avancer vers le fédéralisme. L’Euro a ainsi dévoyé la monnaie,
qui n’est plus un instrument économique, mais un fétichisme. Le FN invoque Milton Friedman, Prix
Nobel américain, qui a toujours prévu l’échec de la monnaie unique, en ciblant certaines difficultés
réelles, notamment le manque de coordination des politiques économiques des Etats membres et
l’absence de budget fédéral qui empêchaient la zone euro d’être une zone monétaire optimale. Il est,
cela dit, très surprenant que Marine Le Pen se réfère au père de la pensée monétariste et des thèses
les plus libérales du 20e siècle, plaidant notamment en faveur d’une réduction maximale du rôle de
l’Etat, alors qu’elle dénonce par ailleurs fermement ces théories pour leur « dogme de
l’ultralibéralisme ». Friedman s’insurgerait contre le projet protectionniste qu’elle propose pour la
France, lui qui aimait citer l’économiste américain Henry George : « Le protectionnisme consiste à
faire à nous-mêmes en temps de paix le mal que nos ennemis cherchent à nous infliger en temps de
guerre6 ».
4
Sondage réalisé pour « Lire la Société » et publié dans Le Monde du 6 décembre 2011.
Discours de Marine Le Pen prononcé le samedi 19 novembre 2011 à Paris sur son projet présidentiel, disponible
sur le site du FN.
6
Entretien avec Milton Friedman, Revue Commentaire, Hiver 2000-2001, n° 92.
5
Terra Nova – Note - 2/7
www.tnova.fr
Les Etats européens ont décidé d’instaurer une monnaie unique, certes pour avancer vers
l’intégration, mais également pour des raisons monétaires et économiques. Le projet d’une
politique monétaire européenne, qui remonte à la fin des années soixante, a pour premier objectif la
réduction de la forte instabilité des changes entre les devises des Etats membres, instabilité qui s’est
accentuée à la fin du système de changes fixes, en 1971, suite à la décision unilatérale du Président
américain Nixon de suspendre la convertibilité du dollar en or. Si le plan Barre de 1969 et le plan
Werner qui envisageaient la première union économique et monétaire n’ont pu aboutir, un système
monétaire européen a été créé dix ans plus tard, en 1979, sous l’impulsion de Valéry Giscard
d'Estaing et Helmut Schmidt, pour stabiliser les monnaies européennes par des taux de change fixes,
mais ajustables. L’ECU, ancêtre de l’euro, qui n’était qu’une unité de compte commune, regroupant
les valeurs des monnaies qui la composaient, a permis de fournir aux banques centrales des Etats
membres et aux institutions européennes une monnaie de placement et d’endettement sur les
marchés financiers plus stable que les valeurs des monnaies nationales. Mais la dérégulation
financière facilitant les spéculations sur les taux de change, les monnaies européennes faisaient tout
de même l’objet d’attaques spéculatives. L’introduction d’une véritable monnaie unique est donc
apparue nécessaire. Les Etats membres souhaitaient également réduire le coût trop important des
opérations de change au sein de l’Union européenne, qui pesait sur les coûts des entreprises et les
prix, afin de pouvoir tirer de plus grands bénéfices du marché commun et renforcer la compétitivité
internationale de leurs entreprises. Ils espéraient, en outre, créer un contrepoids au monopole du
dollar et contribuer par là même à stabiliser le système monétaire international.
1. 2 - UN BOUC-EMISSAIRE
Pour le FN, l’euro est tout simplement responsable de toutes les difficultés économiques des
Européens : « leur euro, qui devait nous apporter le bonheur, a sapé nos économies, détruit notre
pouvoir d'achat et nous interdit même de préserver l'emploi français7 ». La Banque centrale
européenne (BCE) incarne, comme la Commission européenne pour le FN, « l’eurocratie » qui
menace la survie des Etats-nations. Sa politique monétaire surévaluée et indifférente aux objectifs de
croissance et d’emploi, car alignée sur le modèle allemand, pénaliserait gravement les entreprises
françaises.
Or l’introduction de l’euro a, d’une manière générale, favorisé la situation économique des
Etats européens. Elle n’a pas entraîné la forte croissance que certains escomptaient, mais les
performances macro-économiques de la zone euro sont largement comparables à celles des EtatsUnis et du Royaume-Uni. La constitution de la zone euro a clairement favorisé l’emploi. Son taux de
croissance, entre 1999 et 2008, y a doublé par rapport à la décennie précédente. 16 millions
d'emplois ont été créés et le taux de chômage est descendu de 9 à 7 %8. Ces résultats sont
supérieurs à ceux des États-Unis, où le taux d'emploi a, au contraire, chuté, et des pays européens
qui n’ont pas rejoint l’euro, comme le Royaume-Uni, le Danemark et la Suède.
L’euro a en effet apporté aux Européens une stabilité monétaire qui a bénéficié au climat
économique général. La constitution d’une zone monétaire élargie a mis fin aux fluctuations des
7
Discours d’investiture de Marine Le Pen à la présidence du Front National, Congrès de Tours, 15 et 16 janvier
2011, disponible sur le site du parti.
8
Données de la Direction des affaires économiques et financières de la Commission européenne (site Europa).
Terra Nova – Note - 3/7
www.tnova.fr
cours de change, donc aux risques de change qui constituaient des obstacles au commerce. Si l’euro
en tant que tel n’a pas réussi à contenir l’envolée des taux d’intérêt des émissions obligataires des
pays les plus touchés par la crise de la dette entre 2010 et 2011, il a, grâce à sa stabilité, fait
bénéficier aux Etats européens des taux d’intérêt les plus bas de leur histoire, les primes de risque
liées à l’inflation étant restées limitées et stables puisque celle-ci était stable et estimée de manière
fiable. La BCE bénéficie aujourd'hui d'une crédibilité qui n'a rien à envier à la Réserve fédérale des
États-Unis ou la Banque d'Angleterre. L’euro est devenu la deuxième monnaie de change et de
réserve au monde et contribue à stabiliser le système monétaire international.
La France n’a globalement pas été désavantagée par un euro fort. L’appréciation de l’euro peut,
en effet, pénaliser les exportations européennes, mais les Etats membre les plus exportateurs,
comme l’Allemagne, ont, en moyenne, les meilleurs résultats macro-économiques de la zone euro,
car leurs structures économiques sont plus adaptées à la concurrence internationale. Ils investissent
notamment davantage dans la R&D, la formation et les secteurs de hautes technologies très
demandés par les pays émergents. La France, dont la croissance repose davantage sur la demande
et les importations, est, elle, favorisée par un euro fort. L’appréciation de l’euro par rapport au dollar
permet également d’amoindrir l’impact de la hausse des prix des matières premières,
particulièrement volatiles depuis une décennie en raison de la forte croissance des pays émergents,
de la raréfaction des ressources et de la spéculation. La hausse des prix du pétrole a ainsi été deux
fois moins ressentie en Europe qu’aux Etats-Unis, notamment entre 2003 et 2005.
L’euro a, enfin, facilité le quotidien des Français, non seulement en leur évitant de multiples
conversions pour leurs voyages en Europe, mais également en favorisant leur consommation.
L’euro reste pour beaucoup synonyme d’une hausse des prix. À tort. Les produits d’achat quotidien
de faible valeur, tels que le café, le pain ou le journal, ont en effet connu une hausse de leurs prix,
arrondis à l’introduction de l’euro. Le taux de conversion, fixé dès le 31 décembre 1998, en France, à
6,55957 francs ne facilitait pas son strict respect, la baguette à 3 francs (0,46 euro) en 2001 est ainsi
passée en moyenne à 0,70 €. Les études réalisées en 2002 ont montré que la hausse moyenne des
prix à la consommation en raison du passage à l'euro ne s’élevait qu’entre 0,1 à 0,3 % de l'inflation
moyenne de 2,3 % dans la zone euro cette année-là9. Les consommateurs ont parfois l’impression
que les prix ne cessent d’augmenter quand ils comparent les prix de 2012 par rapport à ceux de
2001, alors que cette augmentation est due à l’inflation progressive. Mais le prix des biens et services
plus onéreux a globalement diminué sur dix ans : « là où il fallait près d'un smic annuel pour s'offrir
une Clio en 2002, aujourd'hui sept mois suffisent10 », certifie le magazine pour les consommateurs
Que Choisir en janvier 2012. Si le pouvoir d’achat des Français ne s’est pas amélioré, ce n’est pas la
faute de l’euro, mais en premier lieu de l’augmentation du prix des matières premières et du
logement.
1. 3 - UNE « CRISE FINALE » DE L’EURO
Les peuples européens seraient aujourd’hui sacrifiés sur l’autel de l’euro, qui serait « en phase
terminale sous perfusion du FMI et ne se maintient qu'au prix d'une régression sociale sans
9
Ibid.
Enquête du magazine Que choisir réalisée pour les dix ans de l’euro, numéro de janvier 2012.
10
Terra Nova – Note - 4/7
www.tnova.fr
précédent11 ». Les européistes s’accrocheraient à ce mythe destructeur, engagés dans un « jusqu’auboutisme absurde », une « fuite en avant tragique », qui conduirait à leur perte la Grèce, l’Irlande, le
Portugal et bientôt l’Italie, l’Espagne et la Belgique. Les Français, au nom de la sauvegarde de l’euro,
se verraient non seulement infliger un traitement d’austérité, mais également obligés de financer des
plans d’aide pour soutenir d’autres pays européens, plans voués à l’échec, puisque cette crise
devrait mener inéluctablement à l’éclatement de la zone euro.
La démonstration du FN est fausse. La crise des dettes souveraines européennes n’est pas
une crise de l’euro, mais la conséquence de déséquilibres macro-économiques excessifs de
certains Etats membres (déficits de la balance courante, d’origine publique ou privée, dette
grimpante…), qui se sont développés faute de gestion saine des ressources publiques dans certains
pays, de régulation financière et de coordination des politiques macro-économiques qui aurait dû être
le corollaire d’une intégration monétaire, qui a elle porté ses fruits. Ces déséquilibres ont été révélés
et aggravés par la crise financière et économique de 2008, par l’impact de la crise des subprimes, le
renflouement des banques par les Etats, qui a conduit à transférer le risque du secteur privé au
secteur public et à détériorer les finances publiques, et par la spéculation sur les émissions
obligataires. La zone euro est fragilisée, non par l’euro, qui se porte bien, mais par les divergences
de trajectoires économiques des Etats membres. Aujourd’hui, cette crise n’appelle en aucun cas une
sortie de la zone euro, mais une application plus rigoureuse de la discipline budgétaire
communément agréée et une meilleure coordination des politiques économiques.
L’éclatement de la zone euro est très loin d’être inéluctable, car aucun acteur économique et
financier n’y aurait intérêt tant les conséquences seraient désastreuses et profondes pour tous les
pays européens et leurs partenaires commerciaux, qui en seraient fortement déstabilisés.
L’amélioration du climat sur les marchés financiers début 2012 reflète d’ailleurs également le refus de
ce scénario noir.
2 - UN PROGRAMME AUX CONSEQUENCES DESASTREUSES
Le FN affirme d’ores et déjà qu’il s’opposera à tout nouveau plan d’aide supplémentaire, selon
lui parfaitement inutile, et parce que les intérêts des Français, dont la réduction de leur propre dette,
doivent être une priorité : « Comment accepter d’alourdir notre propre dette de 60 milliards
supplémentaires, pour rien, quand on demande dans le même temps des sacrifices à nos retraités,
nos travailleurs, nos PME, nos fonctionnaires ? ». Le FN occulte l’interdépendance des économies
européennes : les plans d’aide aux autres Etats européens contribuent à juguler la crise de la dette, à
stabiliser la zone euro et à préserver à terme le commerce de la France avec ses voisins, qui
représentent les deux tiers de ses échanges globaux. La Chancelière allemande, dont le pays est
pourtant la première puissance économique européenne et affiche 3 % de croissance en 2011, a
elle-même conclu que son pays avait davantage à gagner en soutenant les Etats fragilisés de
la zone qu’en les abandonnant.
La solution pour Marine Le Pen est une sortie de l’euro qui rendrait enfin possible une
dévaluation.
11
Discours d’investiture de Marine le Pen à la présidence du FN, ibid.
Terra Nova – Note - 5/7
www.tnova.fr
Le FN cite des économistes qui préconiseraient de telles propositions, dont Jean-Luc Gréau,
ancien économiste au Medef, Christian Saint-Etienne, économiste au Conseil d'analyse économique,
Jacques Sapir, directeur d'études à l'Ehess, ou Alain Cotta, professeur d'économie à HEC, alors que
leurs écrits ne valident aucunement son programme. Comme il a pu le confirmer à de nombreux
journalistes médusés, Jean-Luc Gréau n’est aucunement favorable à la sortie de l’euro, qui serait
selon lui synonyme d’une catastrophe financière pour la France, et le rachat de la dette par l’émission
de la monnaie, d’une hyperinflation et de la banqueroute. Alain Cotta, auteur de Sortir de l'euro ou
mourir à petit feu, estime, contrairement au FN, que la solution serait de conserver une monnaie
unique de référence tout en ayant recours aux monnaies nationales, option peu probable. Christian
Saint-Etienne, auteur de La fin de l’euro, a une thèse opposée à celle du FN : considérant que la
sortie de la France de l'euro serait suicidaire, il plaide en faveur d’une option fédérale, approfondissant
l’Union de 9 ou 10 membres.
Marine Le Pen doit encore trouver l’économiste de renom qui appuiera ses propositions. En
effet, un retour au franc accompagné des mesures protectionnistes qu’elle envisage plongerait
la France dans une profonde récession. Elle se traduirait par une chute d’au moins 5 points de PIB
en 18 mois12 et des destructions d’emplois massives, augmentant de près d’un million le nombre de
chômeurs.
La nouvelle monnaie française serait, en effet, dévaluée en quelques semaines, non pas de 10 %
comme le souhaite et l’affirme le FN, mais de plus de 30 %, voire 60 %, selon les estimations. Cette
dévaluation entraînerait une hausse équivalente du prix des importations qui pénaliserait les
consommateurs, en premier lieu les Français les plus pauvres, et annihileraient les gains attendus à
l'exportation. Ces gains à l’exportation devraient, qui plus est, être brefs, car nos partenaires
commerciaux risqueraient de ne plus avoir recours aux entreprises françaises : une telle dévaluation
du franc serait pour eux beaucoup trop coûteuse. Les coûts de change et risques de change
augmenteraient de manière exponentielle, en affectant fortement le commerce français, dont les deux
tiers des échanges sont intra-européens.
Cette dévaluation entrainerait une hyperinflation. La hausse des prix pour les consommateurs devrait
conduire à des augmentations de salaires pour éviter un effondrement du pouvoir d’achat, ce qui
déclencherait une spirale inflationniste destructrice pour la croissance. L’inflation ne pourrait être
combattue que par une hausse des taux d'intérêt, qui rendrait impossible toute reprise de
l'investissement des entreprises et pénaliserait leur compétitivité. La spéculation ferait rage, les
marchés perdant confiance en la valeur de la jeune monnaie, qui serait beaucoup plus vulnérable
que l’euro, et abandonnant les obligations souveraines françaises.
Cette crise économique et financière entrainerait naturellement une crise bancaire, alimentant un
cercle vicieux. Le coût de l’endettement à court terme et à long terme des banques françaises
exploserait, déclenchant une crise de liquidité et de solvabilité, une forte baisse de rentabilité et donc
12
Toutes les estimations qui suivent ont été faites par des économistes de Terra Nova. Voir le chiffrage du
programme de Marine Le Pen : http://www.debats2012.fr/presidentielles/le-chiffrage-2012-la-facture-explose-pourmarine-le-pen/
Terra Nova – Note - 6/7
www.tnova.fr
une réduction et un renchérissement de leurs offres de crédits, dont pâtiraient les entreprises. Une
fuite des capitaux, qui affaiblirait encore ces dernières, est tout à fait prévisible.
Le coût de la dette publique, alors libellée en franc, augmenterait de manière exponentielle,
ses taux d’intérêts pouvant progresser en quelques mois de plus de 2 %, augmentant de 5 milliards
d’euros le coût des intérêts d’emprunt en 2013 et de 25 milliards en 2017. Ce renchérissement de la
dette, alors que la baisse de la demande intérieure, due à l’augmentation des prix, provoquerait une
perte de recettes fiscales pour l’Etat, mettrait le gouvernement frontiste dans l’obligation d’élaborer un
nouveau plan de rigueur, d'une ampleur sans équivalent.
Une sortie de l’euro engendrerait de multiples aléas subsidiaires, tels que la fabrication coûteuse de
nouveaux instruments monétaires (estimée à 2 milliards d'euros) et un contrôle des changes
fortement compliqué.
La France est l’un des piliers de la zone euro : il est probable que sa sortie entraine l’éclatement de
la zone euro dans son ensemble, ce qui démultiplierait les conséquences néfastes sur l’économie,
compte tenu de l’interdépendance des économies européennes, et conduirait donc à une chute du
PIB de l’Union européenne pendant plusieurs années, ce qui la mettrait certainement sur la voie
du déclin et de sa marginalisation sur la scène internationale, au profit des Etats-Unis et des grands
émergents.
Terra Nova – Note - 7/7
www.tnova.fr