MADO LA NIçOISE
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MADO LA NIçOISE
D U J O U R N A L I S M E D E N I C E déc•2010 L ’ É C O L E L E M A G D E S É T U D I A N T S D E L ’ E D J • Reportage • Enquête • Interview • Dossier • Economie • Politique • Faits-Divers • International • Société • Culture • Sports • Divers • Agnès Rampal Nouvelle carrière en politique Miss Cote d’Azur Intrerview exclusive Jenifer Une Niçoise au soleil MADO LA NIçOISE « Le Vieux-Nice, c’est ma nourriture » CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SOMMAIRE 4 2 Danseuse depuis l’Origins Page 24 Marie-Alice Bistoni participera à l’émission d’M6 La France a un incroyable talent, avec son groupe de danse acrobatique Origins. Après une vie entière consacrée à la danse, la jeune Niçoise espère être connue du grand public. Catherine Hayem : « Je veux soulager » Page 8 La chef du service d’anesthésie pédiatrique de Lenval est une petite femme de caractère. Son parcours prouve sa détermination. Ses yeux analysent ses jeunes patients. Elle se voue à traiter leurs douleurs, en se basant sur leur comportement. Engagée pour la dignité Page 18 Zineb Doulfikar est une figure clé du milieu associatif niçois. Nommée présidente de Ni putes ni soumises en 2003, elle mène au quotidien un combat sans faille pour redonner leur dignité aux victimes de violences. Le Free Ride, ça en Jet’ ! Page 25 Il s’entraine dans la baie des anges à sauter les vagues avec son jet-ski. Stéphane Filippi est un free-rider niçois. Mado La Niçoise Page 3 Le roi du carnaval Page 4 Une Niçoise au soleil Page 5 Benjamin Migneco Page 6 Une graine d’artiste Page 7 Agnès Rampal Page 9 Dominique Estrosi Sassone Page 10 Roger la magouille Page 11 Sylvio, avocat des barreaux Page 12 Emilie’s Coffee Page 13 Just gigolo Page 15 Un grenier SVP ! Page 16 Coeur à corps Page 17 Régis Ferracci Page 19 Denia Mazzola Page 20 Une part d’ombre Page 21 Cédric Venturi Page 22 Miss Cote d’Azur Page 23 - Interview La lutte d’une vie Page 26 José Boetto Page 27 Le sexe appelle Page 14 CURIEUX Espace Carrare 69, rue Roquebilière 06300 NICE Tél. 04 97 08 28 28 • Fax 07 97 08 28 29 www.curieux.net - [email protected] Responsable de la Rédaction: Marie BOSELLI Rédacteur en chef: Stéphane TARDY Rédacteurs en chef adjoints: Allison FOURRIER Secrétaire de rédaction: Allison FOURRIER Les journalistes de 3ème année de l’EDJ, option Presse écrite EDITO par Stéphane Tardy Gent d’aqui Du 100% niçois. Ou presque... Dans ce Curieux spécial personnalités locales, vous allez découvrir certaines figures, ou mieux connaître ceux qui font l’actualité de notre région. A tout seigneur, tout honneur, et que les « institutionnels » nous pardonnent, qui mieux que Noëlle Perna incarne cette nissartitude ? La Niçoise qui a réussi à Paris, c’est également l’histoire de Jenifer. Sacrée Staracadémicienne n°1, elle est dix ans plus tard l’une des valeurs sûres de la nouvelle chanson française. Encore un peu de people ? Vous ferez mieux connaissance avec Charlotte Pétillon, Miss Côte d’Azur, qui a malheureusement calé au concours de Miss France, devant les caméras de TF1. Vous en saurez plus sur le groupe Origin’s, qui s’est arrêté en demi-finale de “La France a un incroyable talent“. Nice qui s’exporte, mais aussi Nice qui travaille. En pleine lumière, avec les adjointes de l’ex-ministre de l’Industrie, Dominique Estrosi-Sassonne et Agnès Rampal. Dans l’ombre, comme Zined Doulfikar, de l’association Ni putes ni soumises, ou Régis Ferracci, qui ne cesse de venir en aide aux Haïtiens. Dans l’ombre, à l ’ombre aussi : ne ratez pas les histoires de Silvio, qui a passé quinze ans derrière les barreaux, et de Roger la magouille, qui est passé entre les gouttes. Si toutes ces histoires vous ont plu, faites-le savoir autour de vous. Celles et ceux qui les racontent sont encore des apprentis-journalistes. Plus pour longtemps : ils espèrent vite se faire, eux aussi, une place au soleil ! CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net CULTURE 4 Noëlle Perna : « Nice est ma nourriture » par Julie Caron Noëlle Perna, ça ne vous dit rien ? Et si on vous parle de Mado la niçoise ? L’humoriste de la cité azuréenne est en tournée partout en France depuis 2007 avec son spectacle « Mado fait son show ». A 56 ans, elle fait salle comble grâce à son personnage haut en couleur. Mais entre l’exubérance de de Mado et le quotidien de Noëlle, il y a tout un monde. Noëlle, au naturel ! (R.T.) A u détour d’une petite ruelle tortueuse de la vieille ville de Nice, se cache un lieu atypique. Atypique, ou plutôt authentique. Comme si le temps s’était arrêté. C’est le bar des oiseaux, où se niche la plus célèbre des humoristes de la ville : Noëlle Perna, plus connue sous le nom de son personnage, Mado. Actuellement en tournée, Noëlle prépare son nouveau spectacle. Mais qui est donc cette drôle de femme maquillée comme un camion volé avec son fort accent le tout boudiné dans une robe en taffetas rose ? On pourrait croire que Mado est une caricature. Noëlle dément ! « Ce personnage n’est absolument pas le fruit de mon imagination. Mado était le nom de ma voisine d’en face qui venait chaque jour au Bar des Oiseaux. » Elle s’habillait, se coiffait, se maquillait et parlait exactement de la même façon que Noëlle la présente sur scène. De la région à l’Europe Après avoir longtemps amusé ses amis et ses clients avec Mado dans son bar, Noëlle Perna commence par envahir les planches de la région. Elle anime également des chroniques radios sur Rires et Chansons et produit un petit feuilleton pour France 3 région sans oublier ses billets sans complexe dans Nice Matin. Ce n’est qu’en 2004 que les portes du « chauve-binz », comme elle l’appelle, s’ouvrent à elle. Palais des glaces, Bobino, l’Olym- pia... « Mado la niçoise », son spectacle, conquit la foule parisienne. Et elle ne s’arrête pas là. Lorsqu’elle revient avec son nouveau spectacle « Mado fait son show » en 2007, elle fait le tour des salles françaises, belges et suisses. Comment expliquer que ce personnage fortement imprégné d’une culture du Sud touche un public ailleurs qu’à Nice ? « Le microcosme est à l’image du macrocosme. Mon personnage n’est pas le symbole d’une région, il représente la vie de quartier d’une époque. C’est pour ça que les spectateurs se reconnaissent. » Noëlle Perna aurait pu se consacrer à sa carrière d’artiste et envoyer valser son bistrot. Pourtant, afin de joindre « les tuiles à l’agréable », elle a choisi de ne tourner qu’à partir du jeudi. Elle peut ainsi s’occuper de son bar des oiseaux en début de semaine. Le bar des oiseaux... son nid ! « Le Vieux-Nice est ma nourriture. » Et pour cause... Arrivée à l’âge de 7 ans d’Algérie dans la capitale azuréenne, Noëlle Perna s’est toujours inspiré des clients de son bar. Dès 21 ans, elle commence à faire des sketchs pendant le service et ouvre un petit théâtre de Boulevard à côté de son café. Un bar, c’est « un mesclun de genre et de genres » comme elle aime à l’appeler. Elle a les pieds sur terre. Pour elle, sa vie n’a pas changé. Quand elle est dans son bar, Noëlle n’hésite pas à aller derrière le comptoir. Elle fait le service tout en signant des autographes. De son côté, Mado, sur scène, balance la vie. Elle ose tout et donne tout. Mado c’est un concentré d’énergie. Energique, à tel point que Noëlle est reconnaissante envers Mado. « Elle m’a sauvée la vie. Grâce à elle, je n’ai pas le droit d’aller mal. Je dois passer outre les coups de blues. Et Mado sait transformer ce poison en élixir. » Elle a compris lors de ses premières années d’expérience parisienne que vivre loin de sa cité lui était impossible. « Je suis une déracinée et on ne peut pas se permettre de laisser filer sa terre d’accueil après avoir perdu sa terre natale. » C’est pas des salades, sa vieille ville, elle l’aime... 3 CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net CULTURE 4 Pierre povigna: le roi Du Carnaval par Coralie Michard Tout comme le Carnaval de Nice la famille Povigna respecte la tradition. Une fois de plus leurs chars déambulerons gaiement dans la ville. Cela fait quatre générations qu’ils sont carnavaliers au hangar rue Richelmi. A 42 ans, Pierre Povigna est prêt à reprendre le flambeau de l’entreprise familiale. D Pierre Povigna et une de ses créations. (C.M.) epuis quatre générations les Povigna égaillent les rues hivernales de Nice avec leur parade coloré. Cette année encore ils seront présents dans les rues. Aux commandes: le carnavalier Pierre Povigna. L’artiste amoureux de son métier regorge d’idées « tous les ans c’est un plaisir de créer pour émerveiller ». Cette année lui et son équipe réalise sept chars, parmi eux, pas n’importe lequel: celui du Roi. « C’est un challenge de réinventer le Roi ». Un challenge ainsi qu’une fierté dont il ne rougit pas. Pour faire avancer le carnaval il faut arriver à surprendre. Pour cela, il a un petit rituel: pendant les festivités Pierre se fond dans la foule pour écouter les cri- tiques « très constructives ». A l’aide de nouveaux matériaux et de concertations familiales naissent les colossales marionnettes. « Le travail en famille n’est pas toujours facile » rappelle Pierre mais la cohésion familiale reste le vecteur de ses plus belles innovations. Féru créateur,ses domaines de prédilection restent la réflexion sur la maquette, la mécanisation et surtout les finitions. Mais son plus grand bonheur c’est l’assemblage final. Faute de place les automates sont ajustés à l’extérieur de l’entrepôt « Lorsque la tête du Roi rejoint le corps c’est un accomplissement et une grande satisfaction que je ressens ».Toutefois la compétition est dure dans le milieu carnavalier. Depuis la loi Sapin en 1993, Pierre déplore la disparition des artisans du métier. Maintenant quelques sociétés se battent tous les ans pour répondre à l’appel d’offre de l’office du tourisme. Un moyen de pression motivant et nécessaire à la création de qualité rappelle Pierre « à l’époque de mon arrière grand père déjà, c’était le palmarès des chars qui poussait à l’excellence, aujourd’hui c’est l’appel d’offre. » Le carnaval en héritage Pierre, 42ans, Niçois de souche, est le fils ainé de la famille. Le carnaval, il est tombé dedans quand il était petit. Enfant, tous les mercredi et les samedi il est à l’entrepôt avec son frère cadet Gilles - « une seconde maison » - . A 14 ans, Pierre acquièrt sa première tête puis à 18 ans son premier char. Dès lors et pendant vingt cinq ans il se place en seconde position, derrière son père, sur le podium des meilleurs chars. Pourtant Jean-Pierre, son père, souhaitait un avenir sans tâches de peintures et carton-pâte pour son fils. « C’est pour ça que j’ai entreprit l’école d’archi- tecture de Nice » évoque Pierre, amusé. A 26ans, il en sort sans diplôme mais avec des « connaissances utiles pour la création de cortège ». La passion ne le quitte jamais « être un carnavalier était une suite logique pour moi ». L’artiste dévoué à sa tâche confie regretter la fin du carnaval tous les ans. « J’ai mal au cœur, quand je vois le Roi être brûlé ». Bien que ce ne soit pas le vrai roi mais une réplique en bois au bucher, les deux têtes couronnées ont le même sort. « A chaque fin de carnaval on le vide de son matériel, mais nous n’avons pas de place pour stocker tous les personnages » Pierre y a longuement réfléchi. Ce qu’il voudrait: la création d’un musée du carnaval « interactif, à l’image du dragon articulé crée l’an dernier ». Un rêve irréalisable « cela demande beaucoup trop de place ». Cet engouement, il le partage avec ses filles. Des yeux d’enfants, il en a deux, âgées de 13 et 10ans. Elles aussi connaissent le hangar comme leur poche « ma première fille a participé au carnaval quand elle avait 8 ans, elle était sur des échasses » confie Pierre avec fierté. 4 CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net CULTURE Une Niçoise au soleil 4 par Nathalie Pouzoulet Depuis l’apparition de la télé réalité en France, la Côte d’Azur fournit un important réservoir de candidats. Jenifer ne déroge pas à la règle. Elle participe à la Star Academy en 2001. Aujourd’hui, toujours appréciée de son public, la Niçoise sort un quatrième album. tion de l’émission de télé réalité. Ce qui l’a motivée à s’inscrire? « Tout d’abord le concept novateur de l’émission. J’étais impressionnée que le programme soit diffusé sur TF1. » Au fil des émissions, la forte mobilisation des téléspectateurs lui donne « l’envie de se dépasser ». « Je garde un souvenir mémorable du prime time le samedi soir » confiet-elle. Jenifer et ses camaLa gagnante de la première Star rades de promo chantent Academy, Jenifer Bartoli. (N.P.) alors pour la première fois enifer Bartoli vit un vé- avec des artistes connus, ritable conte de fées. devant des millions de télésOu du moins, sa vie pectateurs. « Le rêve... » artistique y ressemble. Depuis son plus jeune âge, « La petite protégée elle rêve de devenir chande TF1 » teuse. Il faut dire que Jenifer se donne les moyens : Jenifer ne regrette rien. Ni la Niçoise participe à des d’avoir arrêté l’école tôt, concours de chants depuis ni d’être systématiquement l’âge de 6 ans. associée à la Star AcadeDu haut de ses 18 ans, elle my. Elle est consciente que n’hésite pas à foncer au sans ce « tremplin », les recasting de la Star Acade- tombées médiatiques n’aumy. Pari réussi : elle intègre, raient jamais été les mêmes. en 2001, la première promo- « Aux yeux de certains ar- J tistes traditionnels, je ne suis pas crédible à cause de ma filiation Star Ac’ ». Elle est le chantre de ces artistes issus de la télé-réalité. Cette génération qu’on accuse de contribuer au voyeurisme, à la starisation. Gare, aussi, à ne pas contrarier la jolie brune. Elle affirme ne prêter aucune attention aux critiques de ces chanteurs qui ont « galéré » pour réussir. Son seul désir : avancer dans sa vie professionnelle, et savourer chaque instant. Des déconvenues, il y en a eu pourtant. Mais elle ne critique jamais ce «système» qui l’a révélée. Au contraire. « Pour mes contacts professionnels, la promotion de mon album, Star Academy m’a facilité la tâche. TF1 est une grande famille, surtout pour celui ou celle qui gagne l’émission. » « Le passage Star Ac’ » « Ce que je pense de la Star Ac’ aujourd’hui? Ça LES DERNIÈRES ACTUS par Nathalie Pouzoulet Aujourd’hui, la Niçoise est âgée de 28 ans. Elle est maman d’un petit Aaron et va fêter ses dix ans de carrière en 2011. Ses projets pour l’avenir? Continuer de vivre de sa passion, le chant. Son quatrième album, très eighties, Appelle-moi Jen est disponible depuis le 29 novembre. Jenifer a joué près de 6 mois au théâtre dans Les monologues du vagin, une œuvre de l’Américaine Ève Ensler. Elle voudrait réitérer l’expérience mais a conscience que cela dépend du public...et des demandes des professionnels du métier. avance avec le temps, l’émission fait son petit bonhomme de chemin. » Selon la chanteuse, ces émissions musicales restent la recette idéale pour les jeunes artistes en quête de reconnaissance et succès. Pour les maison de disques, elles apportent leur lot de nouveaux talents de la scène française. « Quoi que l’on dise, la Star Ac’ s’est imposé dans l’univers audiovisuel, et forme un contraste avec les émissions de variétés. » Le niveau des star académiciens? Il va en s’améliorant. En regardant les prime time, elle constate le tournant «carré et professionnel»de l’émission. L’évolution phare : la recrudescence d’artistes internationaux, comme Rihanna ou Tom Jones sur le plateau : « ils n’auraient jamais effectué le déplacement lors de la première Star Ac’! » 5 CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net CULTURE 4 Entracte avec Benjamin Migneco par Victoria Kopiloff Premier coup, deuxième coup, troisième coup de brigadier. Le rideau se lève. Bienvenue dans le monde de Benjamin Migneco, un jeune metteur en scène et comédien niçois. Benjamin Migneco. (V.K.) N e pas perdre de temps. A seulement 22 ans, Benjamin a une vie déjà bien remplie. A trois ans et demi, il demande à ses parents de l’inscrire au Théâtre. A 8 ans, il rentre au conservatoire de Nice. A 18 ans, il monte en scène une pièce qu’il produit et finance. A 22 ans, il part en tournée avec une troupe professionnelle. « J’adore me faire passer pour ce que je ne suis pas. » Sa vie, c’est le théâtre. Ce qu’il aime, travailler sur l’humain et sur soi-même. Bercé dans un monde où la timidité est laissée en coulisse, Benjamin emporte son ex- centricité partout avec lui. Quand il parle, c’est tout son corps qui s’exprime. Ce petit blond est généreux avec son public comme avec son entourage. Ses amis sont d’ailleurs les premiers à en bénéficier : « En soirée, Benjamin peut endosser plusieurs rôles. » Tout sauf solitaire, il aime partager et être accompagné : « quand tu vis plusieurs mois avec une troupe, c’est un vrai plaisir. » L’Art de la mise en scène Se sacrifier pour son art. Dur de se faire une place dans le monde du théâtre professionnel. Benjamin le sait mais y croit. A 18 ans, avec une amie comédienne, il décide de monter une pièce de Fabrice Melquiot : L’inattendu. Motivé, il investit 4000 euros de sa poche pour financer son projet. Benjamin est sur tous les fronts. Il s’occupe de trouver les théâtres, de la communication, des répétitions... « C’était une période assez dure où j’engrangeais beaucoup de stress et d’angoisse. » Au final, L’inattendu compte 22 représentations à Paris et deux à Nice. Si la pièce est jouée, elle est malheureusement peu vue. Benjamin subit sa « première petite claque. » Sur les 4000 euros investis, il en récupère seulement 1800. Le jeune homme ne se démoralise pas pour autant. Avec le temps, il se dit : « c’est normal pour une première mise scène. » Créer pour continuer d’exister. Cette fois, c’est avec son « pote Félicien. » Ils préparent une pièce au titre aussi réfléchie que son metteur en scène : Le plaisir d’une vie à portée de pensées. Une satyre sur le rapport de l’humain à la consommation : « On la critique mais on ne peut pas s’empêcher d’acheter. » Une hypocrisie propre à tout le monde : « on aime qu’on élève des bœufs dans la forêt amazonienne mais on aime manger un Mac Do de temps en temps. » Jouer pour vivre Acte final : réussir à gagner sa vie. A côté de la mise en scène, Benjamin est comédien. Une activité qui lui permet de bénéficier du statut d’intermittent du spectacle. De mai à juillet dernier , il a joué dans une pièce de Gombrowicz intitulée : Yvonne princesse de Bourgogne. Une expérience dans laquelle Benjamin y découvre la vie de troupe : « petit dej, répétition, vin et poker. » Aujourd’hui, le jeune homme continue de faire l’acteur. Il va jouer dans une pièce joliment nommée : Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit. « J’ai jamais pensé à faire autre chose , c’est mon dada ». Benjamin vit de sa passion et ne compte pas s’arrêter là. Son rêve : « créer un lieu pour son collectif. » Un endroit de création, de partage et de liberté. Ambitieux et imaginatif, Benjamin n’est jamais à court d’inspiration. Le rideau n’est pas prêt de tomber . 6 CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net CULTURE 4 GRAINE D’ARTISTE par Sarah Vernhes Prenez une dose d’inventivité, beaucoup d’imagination, un brin de folie. Ajoutez-y un caractère singulier. Et vous obtiendrez un personnage surprenant: celui d’ Emmanuelle Nègre, une jeune artiste niçoise. autres artistes, elle a métamorphosé l’espace d’exposition au gré de son imagination. Tantôt en transformant le lieu en un dédale de bric à brac, tantôt en lieu donnant un aspect neutre. Elle n’en est pas à sa première expérience. Elle a déjà exposé dans une maison abandonnée mise à disposition pour les artistes. L’objectif : s’adapter à un décorum désuet. Elle applique la définition de l’art contemporain selon Jean Monneret, l’un des peintres les plus connus de l’Ecole de Paris: « une harmonie Exposition LABORATORIUM avec Emmanuelle Nègre. (S.V.) parfaite entre le contenant et le contenu. » ette Niçoise est un C étrange personnage. Un de ceux que l’on rencontre dans les bandes dessinées. Brune aux yeux bleus, elle arbore un petit air mutin. Elle est aussi de celle que l’on croise un appareil photo autour du cou et un cahier de dessin dans le sac. Cette niçoise est une jeune artiste qui a déjà un avis très arrêté sur l’art. « Quand tu fais de l’art, tu peux créer des choses. Mais même si il n’y a pas de signification, il doit y avoir une explication. » affirme t-elle. Pour elle, l’art est un langage artistique. C’ est un véritable moyen d’expression. L’underground à la Niçoise Un art altruiste Art, cinéma, théâtre, Emmanuelle Nègre joue sur tous les tableaux. Cette artiste de 24 ans a déjà deux expositions à son actif. Ce qui la branche ? Jouer avec les lumières, bricoler des mises en scène originales, imaginer des scénarios surprenants. Pour sa dernière création, elle a monté un train fantôme dans un ancien abattoir. Le but : sortir l’art des carcans habituels en utilisant un lieu peu singulier. « Ce qui m’intéresse, c’est me détacher de tout ce que l’on connait. » Accompagnée de deux Emmanuelle finance entièrement ses projets. Mais c’est à son grand regret. « Je considère l’art comme mon métier, mais mon métier n’est pas mon art. » Diplômée des Beaux Arts de Nice, Emmanuelle travaille aujourd’hui au TNN de Nice comme hôte de salle. Comme de nombreux artistes, elle aimerait vivre de sa passion. Pourtant, elle affirme que même si elle ne gagne rien, « ça lui rapporte plein de choses. » « C’est enrichissant au niveau personnel, mais aussi au niveau humain. Pour le moment, je me contente suffisamment de ça. » Une artiste polyvalente Un pinceau à la main ou une caméra, Emmanuelle Nègre glisse habilement de l’art contemporain à celui du cinéma. Son dada : jouer avec l’optique. Elle utilise toute la palette d’outils du cinématographe pour créer des ambiances détonantes. Avec une spécialité : employer la lumière sous toutes ses coutures. Elle participe au collectif Laboratorium qui promeut un art hybride : mélange de cinéma, d’art et de théâtre. Emmanuelle a également participé au montage vidéo de la pièce L’inattendu, de Benjamin Migneco. Un projet en route Après les expositions et les courts métrages, Emmanuelle Nègre a décidé de se lancer dans le docu-fiction. Avec un thème qui risque de faire hérisser les poils des plus peureux : les fantômes. Pour concrétiser ce projet, elle souhaite se rendre en Ecosse, mais aussi faire la tournée des lieux hantés du Royaume Unis. Une belle chasse aux fantômes en perspective. 7 CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SANTÉ 4 Catherine Hayem : « JE VEUX SOULAGER » par Carine Julia Arrivée il y a 19 ans, à Nice un petit bout de femme a fait sa place au soleil. Aujourd’hui elle est chef du service d’anesthésie de Lenval mais surtout spécialiste en algologie et elle pratique l’hypno-sédation. Une pionnière à Nice. Catherine Hayem s’occupe des enfants à Lenval (D.R.) V ous occupez le poste de chef du service anesthésiologie et algologie à l’hôpital pour enfants Lenval. Comment en êtes-vous arrivée là ? J’ai fait mes études de médecine à Reims. Mon compagnon m’a convaincu de le suivre dans ses études scientifiques. Comme j’ai fait un baccalauréat littéraire (je souhaitais être journaliste !), j’ai travaillé énormément pour réussir. Je me couchais à 2h et me levais à 5h pour réviser. La première et la troisième années ont été très difficiles. J’ai mis deux ans à passer ma spécialisation en anesthésiologie, je devais m’occuper de mon fils et je travaillais déjà dans un service d’anesthésie. J’ai continué quelques années à Reims. Je savais depuis mon premier stage en anesthésie pédiatrique que je voudrais travailler dans ce domaine. Quand, en 1991, ce poste s’est libéré à l’hôpital Lenval, j’ai saisi l’occasion. De quelles façons traitezvous vos petits patients ? S’occuper d’enfants est une question d’expérience. Traiter la douleur en pédiatrie, voilà ce qui m’a plu pendant mes premiers stages. L’hôpital Lenval a été un précurseur en anesthésie pédiatrique. En généralisant les anesthésies locorégionales les enfants se réveillent bien mieux. Cela s’est développé de plus en plus à partir des années 90. En 1995 j’ai passé un diplôme interuniversitaire d’algologie. Son application en pédiatrie regroupe des méthodes d’évaluations spécifiques de la douleur. La façon dont un petit grimace, crie, se laisse consoler, sont des indices du niveau de souffrance. Il faut beaucoup d’habitude ! Au quotidien je parle à mes petits patients avant de les endormir. Leur parler doucement pour les apaiser est une forme d’hypnose. Je parle doucement pendant toute la durée de l’opération. J’ai constaté de réelles améliorations des réveils avec cette méthode et je vais encore me perfectionner en janvier prochain, en assistant à une formation sur l’hypnose chez l’enfant. Il m’arrive aussi de pratiquer l’hypno-sédation, dans les cas où je ne peux pas utiliser les médicaments classiques. Je dois parler et réconforter l’enfant, lui permettre de se couper du bloc opératoire, de partir dans son imaginaire avec le moins de médicaments possibles. Quels sont vos projets professionnels ? Je m’engage parfois dans plusieurs manifestations et avec mes obligations, je crains de ne pouvoir tout accomplir. Pour 2011 j’ai prévu la formation d’hypnose chez l’enfant, puis j’organiserai un atelier en lien avec des ORL sur le traitement de la douleur des amygdalectomies, une opération très invasive en pédiatrie. En dix ans, j’ai suivi plus de 2000 enfants à Lenval. Ensuite j’assisterai au Congrès Adarpef (L’As- sociation Des AnesthésistesRéanimateurs d’Expression Française) à Reims, ma ville natale. En 2012 c’est moi qui l’organiserais à Nice ! Je suis un peu anxieuse. Qu’est-ce qui vous touche le plus dans votre métier ? J’ai eu le cas récemment : un bébé prématuré de deux mois, né à 1,2kg. Avec des défenses immunitaires faibles, la douleur est bien présente. Elle l’est même plus que pour un adulte qui sait, lui, qu’en prenant un médicament la souffrance va stopper. Le bébé ne le sait pas, il sent que ça peut durer. Dans ces cas là, on constate que le contact avec la maman compte souvent pour 50% du soulagement. Il n’y a pas de mesures scientifiques, cela fait partie des choses qu’on constate avec l’expérience. Précis de médecine L’hôpital Lenval : Fondé en 1884, reconnu d’utilité publique en 1895, cet hôpital niçois est consacré aux enfants et aux adolescents. Implanté dans une ville universitaire, la fondation Lenval s’est rapprochée du CHU de Nice pour former les hôpitaux pédiatriques de Nice CHU-Lenval le 3 août 2010. Ainsi la recherche et l’enseignement sont liés à la prise en charge des patients. 8 CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net POLITIQUE 4 Agnès Rampal, MADAme Enseignement Supérieur par Camille Wurtz Déjà présente dans l’ancien conseil municipal dirigé par Jacques Peyrat, Agnès Rampal est aujourd’hui aux côtés de Christian Estrosi, en tant que dixième adjointe. Ancien médecin anatomopathologiste, Agnès Rampal a décidé en 2001 de changer de carrière. Des remèdes médicaux aux remèdes politiques, il n’y a qu’un pas. Journée d’acceuil des étudiants à Nice. (D.R.) C omment êtes-vous arrivée au poste d’adjointe aux délégations de l’enseignement supérieur, de la culture scientifique, de la vie étudiante, des NTIC et des rapatriés ? En 2001, la parité a nécessité de trouver des femmes qui souhaitent s’engager dans la vie publique de Nice et cela m’a séduit. De plus, l’enseignement supérieur n’est pas une compétence dédiée aux Municipalités et l’intérêt pour la ville de Nice d’avoir une Université et des écoles de formation de grande qualité est évident. De même que créer une vie étudiante attractive est une nécessité, d’où l’importance de travailler avec les associations et les fédérations étudiantes de la région. Quels sont les projets en cours ? Nous voulons créer un partenariat avec l’université. Nice investit beaucoup pour l’avenir de l’enseignement supérieur. Par exemple, elle a pris des Maîtrises d’Ouvrage pour réaliser le campus universitaire de Saint Jean d’Angely, il y a l’extension de l’UFR staps dans la plaine du Var, la création d’un pôle de vie étudiante à Saint Jean d’Angely avec une Maison des Etudiants. Mais il y a aussi la création de logements étudiants et doctorants. Nice participe aussi financièrement à de très nombreux projets. Nous désirons mettre en place une réflexion avec les partenaires et les associations d’étudiants de manière à proposer des renseignements, des services et des animations aux étudiants. Avec la Face 06 et le Crous, nous espérons faire de la Journée d’accueil des étudiants, un des événements incontournables pour tous les nouveaux étudiants. Ils doivent se sentir accueillis et appréciés par la ville et ses principaux acteurs, c’est très important. Que pensez vous de Nice ? Située entre mer et montagne, Nice bénéficie d’importants atouts naturels. C’est très agréable. C’est la cinquième ville de France et la capitale économique de la Côte d’Azur. Elle regroupe tous les avantages d’une grande ville, mais garde une qualité de vie exceptionnelle. Elle dispose également du troisième aéroport de France. Un aéroport international qui permet à la cité azuréenne d’être ouverte sur le monde. Nice est aussi très touristique. Grâce à sa taille, elle accueille des universités et des écoles de qualités. Nice est enfin dotée d’équipements culturels importants : plusieurs musées, un théâtre national, un opéra, un conservatoire, des salles de concert, un château. Toute cette effervescence et ces touristes la rendent très cosmopolite. Selon vous, que faudrait-il modifier pour que la ville soit « parfaite » ? La contiguïté entre la mer et la montagne est certes un atout mais c’est aussi un mal. La ville est peut-être « trop » coincée et cette topographie rend le réseau routier très compliqué. En effet, la ville n’est pas extensible et les déplacements quotidiens intra-muros sont importants et difficiles. Surtout au niveau des stationnements. Nice a aussi besoin de la deuxième ligne du tramway. Celle-ci sera un ballon d’oxygène formidable et elle modifiera les habitudes des azuréens. Avec un objectif : réduire les déplacements en voiture dans le centre ville. 9 CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net POLITIQUE La passion d’une femme 4 10 par Céline Galbrun Dominique Estrosi Sassone est une femme politique active. Bien que son action principale se situe dans le développement urbain de la Côte d’Azur, elle apporte un grand soutien moral aux personnes en nécessité. Pleine d’entrain et toujours souriante, c’est la personne simple et modeste qui se cache derrière la femme professionnellement passionnée. D Une politicienne chaleureuse. (C.G.) ominique Estrosi Sassone fait son entrée dans le monde politique en 2001. Sa rencontre avec Christian Estrosi, dont elle deviendra l’épouse et divorcera en octobre 2008, lui permet de quitter la collectivité pour devenir attachée parlementaire. Sollicitée par Jacques Peyrat plus tard dans l’année, elle devient adjointe au maire. Elle est aujourd’hui conseillère régionale UMP dans les Alpes-Maritimes. A Nice, elle est déléguée au Logement de la Ville, à la cohésion sociale, à la lutte contre les discriminations. Un rôle qu’elle prend très à coeur. « C’est un métier sans pitié. Il faut de la force, de la persuasion et de la détermination. Il faut s’investir à 200%. » Passionnée par son travail, elle se montre ouverte et empathique. Être proche des citoyens est primordial pour Dominique Estrosi Sassone : « Je suis très attachée aux rapports humains. Mes actions politiques sont basées là-dessus. J’ai ce besoin d’aller sur le terrain, de combler ce fossé qui existe entre les hommes politiques et les citoyens. » Une action nécessitant une force de caractère et un moral d’acier « Je veux montrer que les personnes démunies ne sont pas oubliées. Il faut rétablir un lien de confiance. » Une force de caractère En quelque mots, c’est une femme déterminée et courageuse. Tel un caméléon, elle s’adapte à tout type de situation. « Il m’arrive d’aller dans les quartiers dits sensibles. Ils ne me semblent pas plus dangereux que les autres. J’aime aller là-bas et pouvoir côtoyer ces personnes qui ont un style de vie tout à fait différent. » Mais malgré cette image de femme tempérée et patiente, il lui arrive de manquer, dans certains cas, d’adresse : «Je ne suis pas une personne hypocrite, je dis ce que je pense. Parfois, je ne suis pas assez diplomate, ce qui est, dans le monde politique, souvent contraignant. » Sur les traces de son père Dès son enfance, Dominique a baigné dans le monde politique. « Mon père était un politicien, je l’accompagnais dans ses meetings. » Pourtant, son avenir était loin d’être tracé et elle aspirait à un tout autre débouché. « J’ai toujours voulu être dans la communication, le métier de journaliste me plaisait beaucoup. Arrivée à l’université, j’ai décidé de suivre des études de droit. J’avais dans l’idée de devenir avocate ou me lancer dans la magistrature. Mais dans ce cas, je devais bouger de la Côte d’Azur, ce qui était difficile pour moi car je suis très attachée à la ville. » Une passion transmise par son père. Un amour pour la France qui est, aujourd’hui, toujours aussi vif. Une marathonienne La vie politique demande beaucoup d’énergie. Cette politicienne prend tout de même le temps de faire quelques exercices « Je pratique le jogging de façon régulière. J’ai, d’ailleurs, participé au marathon.» Et pour se reposer, rien ne vaut une musique de Julien Clerc, un roman de Katherine Pancol, ou un bon film français. « Je lis à longueur de journée des dossiers complexes. Lorsque j’ai du temps libre, j’aime me détendre en lisant des livres simples qui parlent de la vie de tous les jours, écouter des musiques qui me permettent de m’évader.» Ses choix témoignent de son amour pour la France. Dominique Estrosi Sassone vit au jour le jour, portée par ses convictions. « Je continue à travailler du mieux que je peux. Le jour de ma réussite sera le jour où l’on pourra mieux vivre ensemble, et ce, pour tout le monde. » CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net FAITS-DIVERS ROGER LA MAGOUILLE 4 11 par Alexandre Borde C’est l’histoire d’un mec qui a toujours fui la légalité. La combine constitue la valeur essentielle de sa vie : contrebandier de cigarettes, organisateur de tournois de boules truqués ou vendeur de voitures volées. C’est l’histoire de Roger Lafaye, un magouilleur né. D Le jardin de Roger à Pégomas. (A.B.) e loin, il ressemble à un vieux rocker qui n’a plus fait de scène depuis des lustres. La paralysie de sa jambe droite lui donne une allure à la Aldo Maccione. Le teint rougeaud fait deviner une vie peu recommandable sur le plan de la sobriété. Une petite bouteille de cognac occupe sans cesse la poche avant-gauche de son vieux blouson en cuir. Il est alcoolique permanent depuis près de 15 ans. Roger Lafaye n’a pas eu une enfance idéale. Son modèle paternel, c’est un homme qui a sombré dans le vin rouge lorsqu’il est rentré de l’armée; Le père avait en effet été envoyé à Fréjus pour ramasser les nombreux cadavres que la catastrophe du barrage de Malpasset a laissé derrière elle en 1959. Roger avait 12 ans. « Il n’était plus le même à son retour. Il nous réveillait désormais de manière différente le matin. Les coups de balai dans le tibia à six heures du mat ont remplacé les morceaux de jazz. » témoigne Patrick, l’un des deux frères de Roger. La scolarité de celui-ci s’avère très chaotique. Sans certificat d’études, il commence à travailler à 14 ans sur les étalages du marché de Forville à Cannes, sa ville natale. Cela lui permet de côtoyer le milieu gitan qui était très implanté sur cette place marchande. Il découvre les joies de l’argent facile. « Crever les pneus des voitures de flics, vandaliser les commerçants concurrents, on me payait pour aller faire des conneries. C’est le plus beau boulot du monde pour un môme » s’esclaffe Roger. Son audace et sa débrouillardise lui permettent rapidement de monter en grade. Mais son inexpérience a un prix. En 1967, il monte, avec un ami, un petit business de cigarettes volées. Problème, ils sont obligés de braquer les buralistes du Suquet ou du quartier de la gare de Cannes pour se procurer la marchandise. Le manège durera à peine trois mois. Il est dénoncé à la police par une bande rivale. Faute de preuves, Roger n’écope que de trois ans pour recel de cigarettes volées. « Je m’en suis bien sorti » reconnaît-il. » La prison élargit son réseau de relations. Détenu à Nice, il fait connaissance avec le milieu azuréen. Ses compétences en mécanique automobile sont repérées par un trafiquant de voitures volées originaire de Grasse. Il propose à Roger un business lucratif sur Plascassier, un petit village de l’arrièrepays cannois : maquiller les compteurs de kilométrage et repeindre des voitures qui ont été « empruntées » pour les revendre. Cette activité durera près de 15 ans. Le Bernard Tapie de la pétanque Le début d’une enquête de gendarmerie sur ce discret trafic lui fait cesser cette activité. Mais Plascassier regorge de terrains de boules. Durant toutes ces années, il a perfectionné sa technique, mais a surtout développé une fois de plus la liste de ses contacts. Dans les années 1980, il commence à s’immiscer dans les tournois de pétanque de la place de l’Etang à CannesEst. Les paris clandestins foisonnent à cette occasion. Roger les organise et sait à l’avance l’issue des parties. Pour cela, accompagné de deux hommes de main, il sait convaincre financièrement ou physiquement les boulistes à perdre lorsque cela est nécessaire. Il rencontre durant cette période l’unique amour de sa vie, Maria, portugaise dont les parents avaient fui la dictature de Salazar. La liste des invités de leur mariage, au début des années 1990, est une véritable ode à l’internationalisme : Portugal, Cap-Vert, Algérie, Maroc, Tunisie, Pologne, Italie, « Le maire, qui était bien à droite, faisait une drôle de tronche » se marre Roger. Ce dernier coule depuis des jours tranquilles dans sa villa de Pégomas. Rangé des voitures et des tournois truqués, il se limite désormais à affronter l’adolescence de ses deux garçons. « J’espère qu’ils prendront plutôt exemple sur leur mère » ajoute-t-il, un brin ironique. CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net FAITS-DIVERS 4 12 Silvio, l’avocat des barreaux par Yann Duvert et Maxime Ricard Cela fait quarante-quatre ans que Silvio traîne sa carcasse dans ce bas monde. Dont quinze passés derrière des barreaux. La DASS, les braquages, la prison, un parcours où se mêlent détresse, combines et excès en tout genre. L’histoire d’un écorché vif... La face cachée de Silvio. (M. R.) D epuis sa retraite dans l’arrière-pays varois, Silvio contemple de son regard bleu azur les collines environnantes. Un verre de whisky à la main, qui semble toujours être celui de trop. Silvio est à l’image de son corps, meurtri. Pas un moment où la vie ne lui a laissé une once de répit. N’ayant pas connu ses parents, il sait simplement que sa mère était une prostituée, rien de plus. Direction la Dass, donc. Scolairement, son fait d’arme le plus marquant aura été de redoubler à la maternelle. « En 1987, il braque le péage d’Antibes » Au foyer, l’environnement est dur, et ses compagnons de jeu l’entraînent dans les petites combines d’adolescents turbulents. Il y restera jusqu’à ses 18 ans, dont il profite pour s’engager dans l’armée. C’est là qu’il y apprendra le maniement des armes, entre autres. Car au bout de trois ans au régiment, Silvio décide de passer à l’étape supérieure. Il reprend contact avec ses anciens camarades, qui lui promettent de gagner de l’argent rapidement, et très facilement. La proposition est alléchante et en 1987, il braque le péage d’Antibes. Mais le butin est ridicule, un misérable sac de pièces. Il faut donc récidiver au plus vite. Peu de temps après, Silvio et ses comparses profitent de l’engouement provoqué par la sortie du film Batman. Ils prennent un cinéma pour cible. Cette fois-ci, la somme volée est à la hauteur du risque pris. De quoi tenir un moment sans se faire remarquer. Mais comme l’appétit vient en mangeant, Silvio remet ça deux ans plus tard, pour une opération d’une plus grande envergure. Cette fois, il s’agit du supermarché Géant, toujours à Fréjus. Et pour cela, il est épaulé par la fine fleur du banditisme azuréen. Équipés d’armes de gros calibre, ils s’empa- rent d’un butin conséquent sans avoir à ouvrir le feu. Un succès qui les pousse à tenter le diable une fois de plus, à peine six mois plus tard. La cible est cette fois une banque du Crédit Agricole situé à côté d’un Intermarché. Il est convenu que si l’opération se déroule bien, les compères feront d’une pierre deux coups. Malheureusement pour eux, il n’en est rien. Pourtant parfaitement organisés, « équipés tunning » (une voiture muni d’un gyrophare de police), ils n’ont pas anticipé l’arrivée du camion de la Brinks venu effectuer sa tournée. L’occasion est belle, et des coups de feu sont tirés vers le camion. Les convoyeurs ripostent alors, obligeant les braqueurs à lever le camp. Durant la fuite, l’un d’eux est touché d’une balle dans le dos. « On m’appelait l’avocat » Il survivra, mais sera arrêté. Cuisiné par les enquêteurs, il livrera Silvio ainsi qu’un autre de ses complices. Arrêté à son tour, puis jugé, notre homme écopera de 15 ans de prison. Quinze longues années, en majorité passées à Clairveaux, dans l’Aube. Là- bas, cela s’est « bien passé, il fallait simplement se faire respecter ». Son temps, il le passe à étudier le droit, dont il obtient une maîtrise. Ses codétenus le surnomment même « l’avocat ». C’est également là bas qu’il rencontre une « accompagnatrice », qui lui prodigue un grand nombre de conseils et qui finira par lui donner un enfant. Une fille, SA fille, la fierté de Silvio. Son « bébé parloir », c’est l’unique raison qui lui a permis de tenir dans l’enfer de la détention. A sa sortie, c’est pourtant une profonde désillusion qui l’attend. La mère de sa fille refuse de le voir, et avec seulement quatre euros cinquante en poche, c’est la rue qui va l’accueillir. Six mois à dormir dehors, seul. Puis, un poste d’employé dans une auberge s’offre à lui, pour ce qui ressemble à la fin d’une longue galère. Silvio avoue « ne rien regretter ». Pourtant, lorsqu’il prononce cette dernière phrase, ses yeux s’illuminent et laissent transparaître le souvenir, tenace certes, mais d’une époque qui semble, pour lui, être révolue. CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net ÉCONOMIE 4 13 deux coffee shop à la mode niçoise par Virginie Paoli Inspirées de la culture américaine, deux jeunes amies, Emilie et Céline veulent créer le concept de Coffee Shop à Nice. Ces pionnières ont ouvert leur premier café de quartier aux allures rock en 2007. Céline, l’une des associées retrace son parcours. Une expérience succulente. La Niçoise Céline Moliere à la tête d’Emilie’s Cookies. (V.P.) L ’aventure Emilie’s Cookies représente un bel accomplissement se réjouit Céline Moliere, jeune chef d’entreprise de 32 ans. Avec son amie Emilie, elles ont réalisé leur rêve : créer un Coffe Shop à Nice. Un air d’Amérique souffle chez Emilie’s Cookies. « On a voulu créer un endroit qui nous ressemble. » Ambiance rock et féminine dans un lieu cosy conçu comme un salon d’appartement. Chacun peut déguster la cuisine US et siroter les boissons à base de café dans des fauteuils clubs et canapés. Avec une playlist rock en fond sonore. « Les gens ont l’impression de venir chez une copine » affirme Céline. Mais Emilie’s ce n’est pas juste une histoire de déco et d’ambiance. C’est aussi des spécialités : « on s’est inspiré des recettes américaines que l’on a adaptées au goût français ». Céline et Emilie réinventent les cookies, muffins, brownies, cupcakes et autres bagels... Toujours créative, Céline teste de nouvelles saveurs. « On va sortir les Cakes Pops, des gâteaux en forme de sucettes. Il n’y en a pas encore à Nice. » Naissance d’Emilie’s Cookies Après des études en marketing, Céline voyage à travers le monde. C’est à Santa Cruz en Californie qu’elle s’inspire du concept. La petite brune énergique aime passer du temps avec ses amis dans des cafés de quartier originaux. Où l’ambiance est conviviale et la cuisine atypique. « Lorsque je suis rentrée en France, je n’ai pas retrouvé ce type d’endroit, ça me manquait. » Lors de leurs soirées, Emilie préparait toujours des cookies, très appréciés des convives. Et Céline maitrisait les techniques de marketing. Une alliance parfaite. Après un an pour monter le projet, les jeunes femmes se lancent. Les banques craintives ont mis du temps avant de donner leur feu vert. « On ne nous prenait pas au sérieux parce que ce concept n’existait pas et puis on était des femmes. » Avec une niaque d’enfer, Céline a su s’imposer. « J’y croyais à fond et j’ai réussi à les convaincre ! » En 2007, le premier salon, 9 rue Alberti ouvre ses portes. Face au succès croissant le deuxième a vu le jour en février dernier dans le Vieux Nice. Aujourd’hui Emilie’s Cookies c’est une équipe de dix employés soudés. « Chacun amène son petit truc musical, créatif, culinaire » raconte Céline. Une vie à cent à l’heure Emilie est fascinée par l’efficacité et la polyvalence de son amie. « Le matin, elle amène sa fille à l’école, passe prendre les légumes, bosse jusqu’à 16 heures, prend les commandes, va chercher sa fille, fait de la compta puis va répéter avec son groupe ». Céline est à la fois fonceuse et réfléchie. Elle est toujours active même en dehors du boulot : « je suis bassiste dans un groupe Electro Punk, je fais du roller derby entre copines et je m’occupe de ma fille de sept ans. » Des caractères différents Céline et Emilie, deux personnalités différentes mais complémentaires. « Je suis assez directive alors qu’Emilie est super cool, elle attend que ça se passe » confie Céline. Sa copine tempère ses dires : « Elle dit tout de suite quand ça ne va pas mais c’est aussi la première à complimenter l’équipe quand il y a de bons résultats. » Depuis que le second Coffee a ouvert, les deux femmes ne travaillent plus ensemble. « Elle me manque » regrette Céline. Aujourd’hui le rêve est devenu réalité : « il y a dix ans déjà je voulais créer cela ! » Céline Moliere est comblée et surtout reconnaissante. « Les compliments c’est ce qui nous touche le plus. » CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net ÉCONOMIE 4 14 le sex appelLE par Romain Renner Sylvain, étudiant de 21 ans, est le co-fondateur, avec son ami Raphaël, du réseau social sex4you(th). Son site met en relation plus de 3 000 adhérents à la recherche de relations intimes et discrètes. C’est à l’intérieur d’un café - et non pas d’une chambre d’hôtel - que nous nous rencontrons. système d’ajout d’amis, on permet aux gens de tout contrôler. Avec ça, on évite également le harcèlement. Sylvain, co-fondateur de Sex4you(th) (R.R.) L a première chose que l’on se demande c’est comment t’est venue l’idée de créer ce site ? D’abord, il faut bien noter que je n’ai pas créé le site tout seul. Avec mon ami Raphaël, nous sortons beaucoup et nous nous sommes rendus compte que les jeunes ne cherchaient plus de relations sérieuses. On sait qu’il y a des sites de rencontres mais ils sont remplis d’acteurs payés pour en faire la publicité. On a voulu créer un véritable réseau social basé sur les rencontres sexuelles et essentiellement ciblé sur les jeunes. Cela a-t-il un lien avec un éventuel problème de drague alors ? (Il sourit) On me fait souvent la réflexion ! Je ne suis pas un coureur de jupons. Je n’ai pas plus d’histoires que les autres mais pas moins. L’objectif du site n’est pas de régler un quelconque problème personnel mais de créer un site confidentiel, qui permette à chacun de vivre ses histoires en toute discrétion. Le plus important pour nous c’est de ne pas faire quelque chose de vulgaire. Comment cela fonctionne exactement ? On a un système qui se rapproche de celui de Facebook. Pour s’inscrire, il suffit de créer un profil dans lequel on donne des informations persos et sexos, forcément. On évite les tests de compatibilité des sites de rencontres pour laisser place au feeling. Avec le Et toi, profites-tu de ton site pour faire des rencontres ? Très honnêtement, j’ai eu trois propositions mais je dispose d’un compte administrateur alors je reste professionnel. Je n’ai jamais fait de rencontre par le biais de notre site. On ne sait jamais. Par contre, je reste proche des utilisateurs pour avoir le plus de retours possibles. Je règle les petits problèmes des usagers et j’en profite pour discuter rapidement avec eux. Annonces-tu ton activité aux filles que tu rencontres ? J’en parle très peu en réalité. Ici, à la fac, personne ne sait qui je suis. Même si je suis fier du site, je reste discret à propos de tout ça. Comment tes proches perçoivent-ils le site ? D’une manière générale, ils ont été très surpris. Ils n’imaginaient pas que je puisse me lancer dans un tel projet. Surtout que nous avons gardé notre concept secret jusqu’à son lancement. Concernant le site en lui-même, les avis sont partagés. Certains de mes amis ont testé pour me donner un avis et me soutenir. D’autres n’ont même pas fait l’effort de visiter et rejettent l’idée en bloc. As-tu des projets pour sex4you(th) ? On essaye d’entretenir le buzz et d’attirer des investissements. On sait que le site a un potentiel énorme. Nous avons plein de projets mais il est trop tôt pour en parler de manière concrète. Dans l’immédiat, on continue de faire notre pub en communiquant dans les médias et en organisant des soirées. Par exemple, il va y en avoir une le 10 décembre au Blue, à Nice. D’ailleurs, je vais récupérer les pré-ventes et les flyers juste après notre rendez-vous. Depuis que nous avons lancé le site, ça nous prend un temps fou ! Ton avenir, le vois-tu avec sex4you(th) ou bien comptes-tu te tourner vers autre chose ? D’abord, je veux finir ma licence de biologie. C’est important d’avoir un diplôme. Après, tout dépendra de la direction que va prendre le site : il peut prendre une toute autre dimension. Pour l’instant son succès est encourageant mais relatif. Plus que des projets, nous avons de vraies bonnes idées. Si elles se réalisent, d’ici trois ou quatre ans, tout le monde sera sur sex4you(th). CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SOCIÉTÉ 4 15 Just a Gigolo par Hugo Giusti Bruno a 32 ans. La journée, il est cadre dans une banque à Nice. Mais, une fois la nuit tombée, il danse dans une discothèque à la clientèle homo. En talons aiguilles. A Vanessa pose. (H.G.) ppelez-moi Vanessa. » Notre hôte nous reçoit, chaleureux. Ou chaleureuse, donc. L’appart, cosy, est situé au dernier étage d’un immeuble de standing, proche de la place Masséna. Ambiance tamisée, éclairage teinté de rouge, fond sonore lounge. Vanessa porte une longue chevelure brune et bouclée, dont l’extrémité repose sur sa poitrine. « C’est une fausse. Je ne suis pas un trans. Je reste avant tout un homme. » Pourtant, ce soir, elle fait tout pour ne pas le paraître. Ornée d’un débardeur léopard, d’une jupe noire cachant à peine des porte-jarretelles de la même couleur, elle a recouvert ses ongles d’un rose fuchsia.Malgré un effort d’apparence, ses mollets et cuisses « d’homme » semblent la trahir. Son hygiène de vie, elle, jure avec sa tenue. Sobre, Vanessa ne fume ni ne boit. On se contentera d’un Perrier fraise. Interlocutrice idoine, la discussion commence franche, directe, sans tabou. Vanessa est plutôt tactile. En témoigne sa main baladeuse, effleurant mon genou. « Je suis un garçon, sans conteste. Enfin c’est ce que déclarera à ma mère, l’infirmière sur qui je viens de faire pipi. » Ce soir il sera la plus belle Jeune, Vanessa n’a jamais eu pour habitude d’emprunter les collants de sa génitrice. Quelques années et expériences amoureuses guère probantes plus tard, elle franchit le cap, presque par hasard. « Je me rendais avec ma copine de l’époque à une soirée déguisée. On avait décidé d’inverser nos rôles, j’étais donc déguisée en femme. Des mecs m’ont draguée toute la soirée. En rentrant, on a fait l’amour, en gardant les mêmes rôles. Ca m’a beaucoup plu. » Depuis, Vanessa ne se déguise plus en femme. Elle s’habille. Voire s’apprête. Comme lorsqu’elle se « produit », presque tous les sa- medis soir sur la scène de sa boîte fétiche, située au cœur du Vieux-Nice. « Une fois sur le podium, lorsque je danse (-« trémousse »- diront d’autres) sur Queen ou Etienne Daho, que je sens le regard du public posé sur moi, mon corps… C’est peut-être con à dire, mais je me sens libre. » ne sais pas. Puis j’me pose pas la question. Tout c’que je sais, c’est que j’ai deux fois plus de chance de choper en soirée ! », glisse-t-elle d’un regard grivois. Vanessa n’a donc pas fait de croix sur les femmes. « J’ai encore des relations sexuelles avec des filles. Fonder une famille? Oui, pourquoi pas. Libertine mais pas catin Mais pour l’instant, je pro- Hormis la boîte, elle ne fréquente pas les milieux gays. « Mes amis sont tous hétéros, et lorsque je suis Bruno, je ne drague pas les hommes. » Elle s’est donc inscrite sur un site de rencontre. « Là, je peux faire mon choix, décider d’une entrevue ou non. Et puis si l’on se voit, on sait pourquoi. Il n’y a pas de chichis. » Ainsi, pour échapper à la solitude de son loft, elle invite des hommes chez elle. « On boit un coup, on parle un peu, on s’amuse, et ils repartent. Beaucoup d’entre eux ne sont pas homos, ils ont parfois une copine, voire des enfants. C’est plus de l’ordre du fantasme ou du sexe pour le sexe. Ils restent souvent passifs dans l’acte. Ma jouissance passe par la leur.» Et elle alors, de quel côté se situe-t-elle ? « Oh, moi… Je A sa famille, Vanessa n’a fite. » rien avouer de ses tendances extravagantes, « par manque de courage, j’imagine. J’ai été éduquée avec les valeurs véhiculées par la petite bourgeoisie. Je ne suis pas sûre que mon père s’en remette en apprenant que son fils aime recevoir des coups de fouet sur les fesses… » Dernier talent caché de Vanessa : la guitare sèche. En nous jouant un petit air de Louis Prima, jazzman, elle se souvient : « Ado, je jouais dans un groupe avec des copains. » Son nom ? « Les Zeunuks. » Au bout d’une heure, Vanessa nous raccompagne à sa porte. Malgré un dernier glissement de main libertin, ses tentatives d’approches resteront vaines. Déontologie oblige. CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SOCIÉTÉ 4 16 UN GRENIER SVP ! par Caroline Glander Belle, svelte, douce, Clotilde a ce petit quelque chose en plus. À tout juste 20 ans elle vient de concrétiser un projet qui lui était cher : créer sa propre friperie. Ce qui l’a fait vibrer ? La mode, bien sûr ! Au grand dam de ses parents. Pour eux sa carrière était tracée, elle serait notaire. Pas si sûr, vu le déroulé des évènements. jeune fille les habille avec ce qu’elle trouve dans les malles poussiéreuses. Débrouillarde, elle fait avec ce qu’elle a sous la main. C’est la révélation ! Pourquoi acheter des vêtements neufs et hors de prix, quand on a sous ses combles des perles rares ? L’idée va alors germer dans sa tête. Passionnée de mode mais n’ayant pas un gros budget « fringue », Mademoiselle C passe tous ses week-end dans les vides greniers à la recherche de l’accessoire tendance. « Petite fouineuse », voilà comment ses copines la qualifient. Elle va plus loin, et n’hésite pas à demander à ses camarades de classe s’ils possèdent un grenier pour y jeter un oeil. Forte tête, la passion tourne alors à l’obsession. Un nouveau style de friperie Clotilde rêve d’ouvrir une vraie friperie. (C.G.) U ne jolie petite frimousse, des boucles blondes vénitiennes, un sourire en coin, Clotilde n’a pas fini de vous séduire. Élevée par ses grands-parents, elle passe la majeure partie de son enfance à jouer dans leur grenier. Drôle d’endroit pour un enfant, vous direz vous. Bien au contraire pour « Mademoiselle C » comme elle aime se faire appeler, c’est le paradis. Montre moi ton grenier Vieux chiffons, tulle, foulards, sacs démodés, colliers, c’est l’endroit idéal pour se déguiser. « Sous les toits, je me sens libre, je peux vraiment être moi ». Clotilde s’y sent tellement bien qu’elle y invite ses amies. La Clotilde fait des études de droit mais sa passion pour la mode prend le dessus aux grands regrets de ses parents. Déterminée, Clotilde affiche clairement ses intentions et crée un concept plutôt original. Elle aménage son grenier en véritable friperie. Une ambiance feutrée pour faire son shopping, rideaux rouges, malles et divan noir décorent la pièce. Bien dans son époque, et en tant qu’accroc aux nouvelles technologies, elle organise des ventes privées via son blog. En quelques mois, elle se fait une fidèle clientèle, tout âge confondu. Mères et filles viennent ensemble farfouiller dans les combles. « Ma fille m’a parlé de cet endroit, ça me rappelle ma jeunesse et les années 70 » confie Marie-Claude. Un tel succès, elle le doit sans doute à sa gentillesse et à sa détermination. « Mademoiselle C » est une demoiselle « pétillante » qui fait l’unanimité auprès de toutes les fashionistas. Anaïs, une habituée, raconte : « c’est une vraie passionnée, toujours disponible lorsqu’on lui fait une demande ». Douée de ses mains, elle s’est lancée depuis peu dans le tricot. Elle confectionne bonnets et écharpes sur demande. Avec les mois, le passetemps prend de plus en plus d’ampleur. À quand l’ouverture d’une vraie boutique ? Si vous souhaitez visiter son grenier, cela risque d’être compliqué. Le lieu est gardé dans le plus grand secret. Chaque mois, seules trente personnes ont le privilège de pénétrer dans cette caverne d’Ali Baba. CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SOCIÉTÉ 4 17 coeur à corps par Alexis Béal Isabelle Schavann n’a pas peur de se battre pour ce en quoi elle croit. Que ce soit pour s’imposer professionnellement ou contre la maladie de son fils, elle a lutté et lutte toujours. C’est une battante, qui a su affrontrer toutes les épreuves que la vie lui a infligées. n’est pas du genre à se taire et à laisser faire les choses, comme le prouve sa joie de vivre malgré les épreuves qu’elle a subies. Quand la vie s’acharne B ien assise au fond de son canapé dans son appartement sur les pentes du Mont Boron, Isabelle Schavann se plaît à raconter les différentes épreuves qui ont jalonné sa vie. Tout au long de celle-ci, sa combativité a été mise à rude épreuve. En 1976, Isabelle et son mari donnent naissance à Jacques-Olivier. Seulement voilà, le jeune enfant est malade et personne ne sait dire pourquoi. Ce n’est qu’après dix ans de recherches et de vadrouilles à travers les différents cabinets du monde que la maladie est identifiée : c’est une adrénoleucodystrophie. Atteignant directement le cerveau, elle provoque d’importants troubles psychomoteurs et est irrémédiable. Commence alors un long com- Isabelle Schavann et son fils Jacque-Olivier (A.B.) bat contre la maladie et les institutions, un combat inégal mais dont Isabelle tire le meilleur : « J’ai tout fait et je continue de tout faire pour Jacques-Olivier. C’est ma raison de vivre. » Elle met tous ses talents au service de son enfant et d’une association, ELA, dont elle a fait partie dès le commencement. Ses nombreuses actions lui permettent de faire mieux comprendre ce qu’est la vie des personnes handicapées. Et réussit notamment à lui apprendre à lire et écrire en moins de trois mois. Maintenant, son fils a intégré une ferme pédagogique qui lui permet de vivre au mieux sa maladie. Traductrice à l’ONU Isabelle est née à Nice de parents fonctionnaires, elle entre sur le ring avec détermination. Son éducation est studieuse et elle obtient vite de très bonnes notes à l’école : « J’étais douée en langue, donc je me suis dirigé vers un métier qui me permettait de parler couramment des langues étrangères. » Lorsqu’elle postule au poste de traductrice pour l’ONU, elle maîtrise parfaitement l’anglais et l’espagnol, comme la plupart des candidats. Cette nomination, elle a dû aller la chercher avec les dents : « Quand on est une femme, il faut se battre deux fois plus, surtout que c’était il y a trente ans. J’ai prouvé toute ma motivation, et personne n’a jamais regretté de m’avoir choisie, malgré quelques différents. » Isabelle Schavann Isabelle a connu le malheur de perdre deux être chers. Tout d’abord, son mari, père de Jacques-Olivier, décède en 1983 d’un infarctus foudroyant. Elle se retrouve seule pour élever son fils de sept ans. Huit ans plus tard, alors qu’elle s’était reconstruite, elle perd son nouveau compagnon, avec qui elle était depuis trois ans. Une tumeur au cerveau a eu raison de lui, mais pas des forces d’Isabelle : « Quand la vie t’impose autant d’épreuves, tu ne peux que résister du mieux que tu peux. » Et c’est ce qu’elle fait. Impliquée à 200% dans son association, elle divise son temps entre son fils et les actions de sensibilisation. Rien de surhumain pour cette femme aux nerfs d’acier et à la détermination intacte : « Je me battrai tant qu’il me restera des forces, et tout ce qui est arrivé dans ma vie n’a pu que me rendre encore plus forte. » CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SOCIÉTÉ 4 18 Engagée pour la dignité par France Goldfarb En 2003, Zineb Doulfikar est nommée présidente de l’antenne azuréenne de Ni putes ni soumises. Une évidence pour cette militante qui lutte depuis près de trente ans contre les exactions commises envers les femmes. M Figure incontournable du milieu associatif niçois (Z.D) iliter pour la cause des femmes a été un déclic pour moi », confie Zineb Doulfikar. Pourtant, cette militante d’origine marocaine n’a pas été élevée dans une famille de féministes. « Mon père était quelqu’un de très ouvert » déclare-t-elle spontanément. Cette tolérance transmise à travers son éducation va guider Zineb dans sa prise de conscience des injustices et violences dont sont victimes les autres. Dès 1975, elle s’engage pour le droit des femmes. Cette date n’est pas un hasard, elle coïncide avec le vote de la loi en faveur du regroupement familial. « Des centaines de femmes d’immigrés sont arrivées en France. Mais faute de structure d’accueil elles se sont retrouvées perdues ». Avec un groupe d’amies et pleine d’énergie, Zineb, dé- cide de créer une association pour aider ces épouses livrées à elles mêmes. Commence ainsi l’itinéraire d’une femme qui va s’associer à toutes les luttes contre l’injustice faite aux femmes, en résonance avec Simone Veil et Gisèle Halimi. Un combat pour la dignité des femmes Cette assistante sociale de formation reconnaît qu’elle est pugnace et franche. Ce sont sans doute les deux qualités indispensables pour mener son combat pour la dignité humaine. En 1993, Zineb arrive à Nice, fief de son engagement. Rien ne l’arrête. Les obstacles sont pour elle, une source de motivation. « Je poursuivrai mon combat jusqu’à la mort », avoue-t-elle amusée. C’est dans cette logique qu’elle devient en 2003 la présidente de la délégation niçoise de Ni putes ni soumises (NPNS). Elle concrétise ainsi le sens des combats qu’elle mène depuis toujours contre tous les obscurantismes. Zineb Doulfikar déroule le kaléidoscope de ses souvenirs et raconte parfois, non sans une pointe d’amertume, le sort réservé à certaines femmes. Certes, leur place dans la société s’est améliorée mais elle constate une recrudescence des exactions subies par la gent féminine. « Aujourd’hui, certaines sont lapidées ou brûlées pour adultère. » L’origine de ces crimes réside dans l’intégrisme religieux, toute confession confondue. Mais Zineb constate aussi une progression du machisme conjugué au chômage et à la pauvreté, dont l’exutoire est la violence envers les plus faibles. La femme devient la victime immolée sur l’autel de toute la misère des hommes. « En 2009, 140 sont mortes sous les coups de leur conjoint. Alors pour nous c’est tous les jours le 8 mars (ndlr : journée de la femme). ».Alors, le 22 novembre, lorsque le gouvernement désigne les violences faites aux femmes Grande Cause Nationale de l’année 2010, Zineb surenchérit : « Je veux dans ce cas que l’Etat donne plus de moyens aux associations pour endiguer ce mal. » Un engagement social sans faille Née au Maroc en 1953, la présidente de NPNS débarque en France à l’âge de 12 ans. La famille suit le père embauché comme ouvrier dans une usine automobile de la région parisienne. Ce déracinement est un choc pour l’adolescente qui n’oublie pas d’où elle vient. En 2000, elle fonde les « Chibanis » (cheveux gris en arabe). Cette association vient en aide aux immigrés d’Afrique du Nord du 3e âge. Leur famille est restée au pays et arrivés à la retraite, ils se retrouvent seuls et isolés. C’est naturellement à ses parents qu’elle pense lorsqu’elle est élevée au rang de chevalier de la légion d’honneur en 2008. « Je me suis dit qu’ils avaient éduqué leurs enfants comme il fallait. » Plus qu’une reconnaissance personnelle, cette médaille est pour Zineb une reconnaissance pour toutes les personnes qui souffrent et qui se battent. Elle sait que ce combat ingrat se gagne au quotidien et nécessite un engagement sans faille : c’est pourquoi le plus important pour elle aujourd’hui est de transmettre le flambeau. CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SOCIÉTÉ 4 19 Régis Ferracci : Le plus haitien des azureens par Grégory Parigi A la tête de l’association Valescot Milot, Régis Ferracci consacre sa vie à venir en aide aux habitants d’Haïti durement frappés par un séisme, un ouragan et une épidémie en moins d’un an. U Régis Ferracci, un homme de coeur (G.P.) n quotidien dédié à secourir ceux qui souffrent. Le 12 décembre dernier, la vie de Régis Ferracci change pour toujours. Ce jour là, un séisme d’une magnitude de 7,3 sur l’échèle de Richter secoue Haïti, faisant plus de 250 000 morts. Dans les jours suivants, le directeur d’école maternelle transformait son association Valescot Milot (jusqu’alors destinée à promouvoir la peinture du peintre naïf haïtien du même nom) en une véritable ONG humanitaire venant en aide aux enfants de l’île. La connexion entre le Cannetan et l’île ne date pas d’hier. « Ce pays, je l’ai découvert en 2003. Je m’y suis rendu afin d’adopter une petite fille. J’ai été bouleversé par la misère et la grande détresse avec lesquelles la population haïtienne doit composer. Je suis aussi tombé amoureux de ce peuple très pieux et optimiste. » De retour en France, sa première initiative est de jumeler le groupe scolaire des Mirandoles qu’il dirige, avec Le Nid d’Amour, une crèche de Port au Prince. Son but : transmettre aux générations futures l’envie de venir en aide aux plus démunis. L’opération est un succès, les enfants se mobilisant tout de suite : vente d’affiches, d’autocollants … Après quelques mois seulement, les petits Cannetans ont récolté suffisamment d’argent pour expédier un groupe électrogène à leurs camarades du bout du monde. Une vie personnelle mise de côté Depuis le tremblement de terre, Régis Ferracci a mis de côté son métier et sa vie personnelle : « Cette année, j’ai déjà effectué trois allersretours entre la Côte d’Azur et Port au Prince et j’ai réalisé un court métrage. Ma plus grande fierté ? la reconstruction d’une école élémentaire. » Son combat et sa personnalité altruiste séduisent et aujourd’hui, le quadragénaire en sandales et catogan ne compte plus les soutiens : Michèle Tabarot (maire du Cannet), André Aschieri (maire de Mouans Sartoux) et bien d’autres élus ne manquent jamais une occasion de donner un coup de main financier ou logistique au bénévole. Concurrente des grandes ONG ? Pour Régis Ferracci, la grande force de son association, Valescot Milot, c’est sa petite taille. Seulement trois personnes figurent aux statuts de l’association qui n’embauche aucun salarié permanent en Haïti. Cette volonté de ne travailler qu’avec des bénévoles fait partie de la philosophie de l’association : « les grandes ONG comme médecins du monde ou la Croix Rouge font beaucoup de bien en Haïti. Mais elles créent aussi des tensions. En effet, leurs personnels reçoivent des salaires européens, dans un pays ou le revenu moyen est de 30 Dollars. Avec notre petite structure, gérée au centime près, les donateurs savent que l’intégralité des dons va directement dans des actions concrètes, sans que des milliers d’Euros ne se perdent en route. » Dimanche dernier, jour des élections haïtiennes, l’association organisait un grand loto réunissant plus de 250 personnes au club hippique de Grasse. L’occasion pour l’instituteur de récolter des fonds afin d’améliorer le quotidien des élèves d’une école. « Grace à la générosité dont les Grassois ont fait preuve aujourd’hui, nous allons pouvoir leur donner un repas par jour jusqu’à Noel à 400 enfants. » d Dimanche dernier, jo La La loterie des rêves L’organisation d’un loto n’a pas été décidée par hasard. Ce jeu occupe une place importante dans la culture haïtienne. La Borlette, aussi appelée « loterie des rêves », est une institution sur l’île. Le principe de ce jeu est simple et poétique : il suffit de se souvenir de son dernier rêve et de foncer dans un centre de jeu. Là bas, de grands registres sont consultables. On y trouve tous les rêves possibles. Devant chacun, un numéro. Il n’y a plus qu’à jouer le bon et espérer que la providence récompense son rêve. La loterie des rêve CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SOCIÉTÉ 4 20 Denia Mazzola Gavazzeni : « Une artiste solidaire » par Chanaël CHEMIN Etre cantatrice c’est une passion. Mais Denia Mazzola Gavazzeni, soprano de renommée mondiale, a besoin de plus. Même si elle a conservé son activité première, elle s’épanouit au travers de son action envers les « oubliés » de la société. Denia Mazzola Gavazzeni (D.R.) D enia Mazzola a appris des plus grands. Malgré sa petite taille la jolie quinquagénaire en impose. Dans l’association elle est connue pour son caractère bien trempé. Sa longue chevelure rousse est toujours impeccable, raffinée, Denia est toujours élégante. Formée par Rina Malatrasi, Rodolfo Celleti ou encore Leyla Gencer, elle est aujourd’hui une cantatrice connue dans le monde entier. Seulement Denia Mazzola Gavazzeni ne se sent pas totalement accomplie grâce au chant. Pour combler ce manque, elle crée AB HARMONIAE Onlus, 2008. La cantatrice est convaincue des bienfaits thérapeutiques de la musique, en particulier de la musique chantée. « Les patients semblent apaisés, reconnaissants », admettent les médecins. L’association est présente à Nice, Monaco et Milan. Originaire de Bergame, Denia commence sa carrière au théâtre en 1982 à Rieti. Pendant près de dix ans, elle interprète tous les rôles dominants du répertoire belcantiste : Lucia, Don Giovanni, la fille du régiment... Mais si Denia peaufine sa technique vocale en Italie, pays qu’elle « adore autant que la France », elle se produit aussi sur les plus grandes scènes du monde. Alternant entre New York, Paris, Barcelone, Munich... Chanter pour aider A Nissa la Bella, la chanteuse est secondée par Christian Jarniat, journaliste et avocat. En corrélation avec les membres de l’association, Denia se charge d’organiser des concerts et des cours de chant pour les « oubliés » de la société. Ils s’investissent auprès des lieux de souffrance. Dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les centres d’hébergement... mais aussi - plus insolite - dans les prisons. En septembre, le quartier des femmes de la maison d’arrêt de Nice a accueilli la cantatrice, le temps d’une semaine. Les ateliers chant ont duré deux heures par jour, et se sont achevés par un concert à l’intérieur même des murs de la prison. Mais cette « passionnée de l’être humain », comme elle se surnomme elle-même, n’est jamais aussi émue que quand elle chante pour les patients en fin de vie à l’hôpital de l’Archet. Accompagnée de jeunes artistes de l’association, elle a d’ailleurs participé à la cinquième journée mondiale des soins palliatifs. Dénia revendique son statut « d’artiste solidaire. » D’ailleurs elle se finance elle-même grâce à ses représentations payantes, « une seule en finance dix ». Pour mener à bien sa mission l’association s’est trouvé un partenaire efficace, SPECIAL OLYMPICS MONACO, une organisation caritative présidée par le prince et la princesse de Monaco. Sauver les oeuvres oubliées Depuis une dizaine d’an- nées, Denia Mazzola Gavazzeni se consacre à redécouvrir des compositeurs et des oeuvres des XVII, XIX et XXe siècles jusqu’alors oubliés. Et cela passe par le biais de son nouveau disque sorti en 2010. Cette année, Marie-Madeleine est remis au goût du jour. Le morceau est le troisième volet des quatre grands oratoires de Jules Massenet. La chanteuse prend plaisir à partager sa passion pour la musique classique. Dans cette logique, AB HARMONIAE Onlus a produit et enregistré l’intégral des trois oratorios de Jules Massenet. Le passé, mais aussi le futur La soprano se plait à faire redécouvrir les oeuvres du passé, mais elle n’en oublie pas pour autant les artistes lyriques d’aujourd’hui. AB HARMONIAE Onlus s’est aussi fixé une mission pédagogique. L’association est un réel soutient dans la carrière de nombreux jeunes talents car « l’art n’est pas l’art si il n’est pas partagé. » Ils sont loin d’être débutants mais Denia leur fournit un véritable tremplin professionnel. Qui a dit que « la charité intellectuelle » ne passait par le chant ? CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net DIVERTISSEMENT 4 21 A chacun sa part d’ombre par Maxime Pontreau Un « teufeur », le mot est inconnu du Petit Robert et autres dictionnaires mais pour beaucoup, n’est pas dénué de sens. Adepte de « technivale » et « rave party », Xavier en est un. Malgré de sacrées défonces et des nuits interminables, le jeune homme exerce le jour le métier de prothésiste dentaire. Garder la tête froide Xavier ne considère pas le « shit » comme une drogue. ( M.P.) V ingt-trois heures. Dernier étage d’un immeuble bourgeois du centre ville de Nice. Xavier(1) y habite un appartement au décor propret mais qui va se révéler surprenant. La porte s’ouvre, laissant s’échapper des volutes de fumée. Ca ne sent pas le tabac. Un sourire qui semble immuable, les cheveux bruns mi-long, une barbe de trois jours, Xavier a tout de la gueule d’ange malgré des années de défonce assidue. « C’est simple, j’ai tout essayé sauf me piquer » affirme-t-il. Par contre, il ne supporte pas l’alcool. Sa dernière trouvaille, la métamphétamine. « Ca t’emmène réellement ailleurs ». Serre expérimentale et dentier Pourtant le jeune homme de 26 ans a bien les pieds sur terre. Prothésiste dentaire en implantologie dans un cabinet de pointe, Xavier est également accroc au snowboard et un tantinet DJ. Son appartement prend alors toute son ampleur. Un laboratoire côtoie une serre « expérimentale », une table de mixage et de quoi réaliser un dentier. Le microscope trônant sur le bureau interpelle. « C’est pour voir les filaments des têtes de marijuana. Quand ils sont bruns très foncés, c’est mûr. Même si les premières sorties sont mortes, c’est comme les vendanges tardives, tu perds quelques grains mais ça a plus de goût. » Xavier le reconnaît, une chose de plus forte que lui le pousse vers l’underground. Il en reste néanmoins conscient. Le prochain « tekos » il l’attend avec impatience. Pourtant il n’est pas en manque de sorties. Il connaît toutes les soirées branchées de la Côte, de Monaco à Cannes, des plus bling bling aux plus sombres. L’intérêt des technivales ? « Personne ne se soucie des autres. Bon, tout le monde est dans un autre monde et les gens viennent pour ça. C’est spécial, tu passes le week-end devant des blocs d’enceintes, le son à fond. Mais j’aime ça car c’est complètement à l’opposé de ce que des gens normaux feraient. » Xavier en fréquente pourtant de moins en moins. « J’ai vu des choses assez glauques. Par exemple, dans certaines raves party, des mecs font manger leur came à des chiens qu’on retrouve éventrés. Là ça va trop loin pour moi. » Le jeune homme se met en vrac volontiers mais se fixe quand même des limites et n’a jamais incité quiconque à le suivre. Difficile d’imaginer qu’à une telle débauche puisse succéder des périodes de vie responsables. C’est sa force, savoir faire la part des choses et se dire stop. « Le problème n’est pas réellement de consommer des drogues dures, c’est plutôt de savoir les consommer. En semaine, lorsque je travaille, je mène la petite routine de tout le monde avec quelques pétards en plus. » Ses weekend sont par contre plus contrastés. La soirée passe et le cendrier se remplit de fins de joints. Malgré les volutes de fumée, Xavier garde les idées claires et ira bosser demain. (1) Le prénom a été modifié CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net DIVERTISSEMENT 4 22 Cédric Venturi, une voix, une passion par Allison Fourrier A 27 ans, Cédric Venturi veut assouvir sa passion et met tout en œuvre afin de réaliser ses rêves. Chanteur depuis quelques années, il compte bien continuer dans cette voie, tout aussi modeste soit-il. culot, Cédric n’a pas hésité une seconde à proposer ses services dans des bars, des restaurants, des campings et aussi à des particuliers. Et sans surprise, il réussit ces soirées avec talent. L’aventure continue N Cédric est un autre homme sur scène (C.V.) içois d’origine, Cédric Venturi, 27 ans, est une de ces personnes qui vivent leur passion à fond. Malgré un fort manque de confiance en lui, il a su se forger un personnage sensible et ambitieux à la fois. Tout petit déjà la scène l’attirait, il aimait ces regards qui se tournaient vers lui. Mais n’y voyez pas là un quelconque égocentrisme. Cédric est généreux, il aime transmettre ce bonheur qui l’envahit quand il pose un pied sur les planches et chante. Et ce n’est pas le stress qui va l’en empêcher : « j’ai une peur incroyable avant d’aller sur scène, mais devant le public, je suis comblé de bonheur. » De la chance et du travail C’est à 19 ans que Cédric a une révélation pour le chant lors d’un karaoké entre amis. Il décide un an plus tard de prendre des leçons. Des efforts qui portent leurs fruits : « à force de karaoké et de cours de chant, ma voix a évolué. J’ai ensuite pu bosser en tant qu’animateur karaoké ». L’élève devient maître en ce domaine. Pourtant dans le métier, nombre de professionnels en témoignent : il y a une grosse partie de travail et de chance. « J’ai demandé à un animateur de penser à moi s’il avait des bons plans, et il en a eu… », explique-t-il un peu fataliste. Grâce à sa volonté et à son Mais ce n’est pas suffisant. Cédric Venturi décide de progresser et de regagner la vraie scène. Il passe le casting d’une troupe amateur de chant et de danse du Var, qu’il réussit avec succès. Après plusieurs années d’existence et quelques tournées, les obligations personnelles et professionnelles des membres forcent la troupe à se disloquer. Qu’à cela ne tienne, Cédric ne s’arrête pas là. Trop heureux de partager sa passion et un tantinet hyperactif, il se lance dans l’enregistrement d’un album « amateur », précise-t-il, modeste. Cédric s’investit humainement et financièrement pendant un an et demi dans cette aventure. Débrouillard, le jeune homme fait avec les moyens dont il dispose : « j’ai enregistré les chansons dans le studio d’un pote ». Ce premier disque est avant tout un cadeau pour ses proches, les personnes qui le soutiennent : « mon père est mon premier fan, je crois qu’il aurait aimé faire ce que je fais ». Et à ceux qui lui font remarquer une mélancolie récurrente dans ses chansons, il répond humblement : « j’ai tout simplement enregistré des chansons qui me plaisent et qui me correspondent.» L’anonymat, un choix ? Cependant, Cédric Venturi n’est que peu connu dans la région. Aujourd’hui, employé dans un laboratoire d’arômes alimentaires à Grasse, il ne bénéficie pas vraiment d’un environnement favorable à la célébrité. Mais peut-être est-ce un choix de rester anonyme et de ne pas faire de sa passion un métier. En effet, Cédric Venturi a opté pour ne pas se produire sur internet, ou mettre en ligne un blog comme le font les artistes d’aujourd’hui. Le jeune chanteur attend de progresser dans l’écriture ou de s’associer à un parolier pour, peut-être, enregistrer un deuxième album : « si j’en refais un, ce sera un mélange de reprises et de créations. Mais pour cela il me faut un auteur-compositeur. » CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net DIVERTISSEMENT 4 23 UNE MISS QUI A LA CÔTE par Alexis Lucchesi Chemin des Mas, Saint-Antoine. Charlotte Pétillon, fraichement élue Miss Côte d’Azur, ouvre les portes de son jardin secret. Entre charme et volupté, le naturel galope. émettre quelques réserves sur ce sacre régional. « Je suis content pour elle, c’est une bonne expérience et ça risque de lui ouvrir énormément de portes. Pour le reste... Je ne cautionne pas vraiment l’ambiance. » À Charlotte de rétorquer, rieuse : « C’est de la jalousie ça ! » La force de l’expérience A Grasse, une fleur parmi les fleurs. (E.G.) U n sourire apaisant, les yeux d’un bleu céruléen : Charlotte est radieuse en ce dimanche d’automne. Son salon est lumineux, des photos de famille dispersées çà et là sur la table centrale. « C’est un peu le bazar mais essayons de faire abstraction », sourit-elle pudiquement. Languide, elle sirote un jus d’orange. Ses quelques heures de sommeil ne jouent pas en sa faveur. « Je reviens à peine de Paris avec toutes les Miss. J’y ai tourné un clip en costume provençal, c’était le rush ! » Mais l’adrénaline lui sied à ravir. Côté coeur aussi, la réussite est au rendez-vous. Ça ressemble à un roman de Beigbeder, en mieux : plus de trois années aux côtés de Clément. Étudiant en business international, il avoue Poussée par sa professeur de danse, Charlotte s’essaie à son premier concours en 2008. Le résultat est au rendez-vous : à seulement 18 ans, elle remporte le titre de Miss Grasse. « C’est à ce moment-là que je me suis pris au jeu. J’ai enchainé avec Miss Côte d’Azur 2009 en raflant la place de première dauphine. » Et puis tout s’accélère, ses proches l’encouragent à se représenter. C’est avec une couronne sur la tête qu’elle quitte l’espace Chiris de Grasse le 13 novembre dernier. « À domicile en plus ! » précise-t-elle, enjouée. « Geneviève de Fontenay me connaissait déjà des précédents concours. Elle met un point d’honneur sur la motivation des candidates. » Chapeau Geneviève ! Une Miss ambitieuse Du haut de son mètre 72, Charlotte ne ménage pas ses efforts. En troisième année de droit privé à Lyon, elle vise en parallèle un diplôme de droit comparé en anglais. « Je souhaite devenir commissaire-priseur ou bien avocat pénaliste. » Et pas question de prendre une année sabbatique ! « J’y ai bien réfléchi. Je rattraperai mon retard durant les vacances de Noël. Avant, ce sera répétitions et visites de la capitale avec quelques sorties, au Lido notamment. » Logées au Hilton sur les Champs Élysées, les filles de Geneviève de Fontenay s’envoleront aussi deux semaines à Fuerteventura, île des grandes Canaries. « C’est en quelque sorte une récompense pour toutes les candidates. » Une situation inédite Cette année, pourtant, l’ambiance est particulière. Fin mars, de Fontenay rendait son chapeau à la société Miss France, dirigée par Endemol. Mais Geneviève ne s’arrête pas là et lance son propre concours, celui de Miss Nationale. « C’est vraiment, vraiment dommage cette dualité. J’espère que ça ne nous portera pas préjudice. » Quant au résultat, notre Miss est formelle : « Il faudra me souhaiter d’être parmi les huit finalistes de l’élection. Mais si je l’emporte, je ne dis pas non...! » Elle rit, enivrante. CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net DIVERTISSEMENT 4 24 Des origines niçoises à l’origins Parisisen par Gaétan Supertino Marie-Alice Bistoni danse depuis qu’elle a trois ans. Dix-sept ans plus tard, son assiduité est en passe d’être récompensée. Avec son groupe de danse acrobatique Origins, elle vient de se qualifier pour les demi-finales de l’émission La France a un incroyable talent. Une passionnée dont le berceau est à l’Ariane. « J’ai toujours baigné dans la danse » Marie-Alice Bistoni et sa troupe (R.A.) M arie-Alice Bistoni danse, danse et danse encore. Depuis qu’elle a trois ans. Aujourd’hui elle en a vingt. Et ne s’arrête pas. Surtout pas maintenant. Son acharnement est en passe d’être récompensé. La jolie brune de 20 ans et son groupe de danse acrobatique, Origins, se sont qualifiés pour la demi-finale de l’émission La France a un incroyable talent. Le 15 décembre, elle retournera sur la scène de l’émission de M6. Pour danser à nouveau. Et décrocher une place en finale. « On participe à l’émission pour se faire connaître. On ne cherche pas la célébrité, mais à vivre de notre passion » se justifie-t-elle, pour être sûre que l’on ne se trompe pas. Il y a la danse avant tout. Le reste passe après. La troupe a recueilli l’approbation du jury lors des demifinales. Le 15 décembre, dix équipes seront en lice. Deux d’entre elles seront désignées par le jury pour participer à la finale, et deux autres seront élues par les téléspectateurs. « Le soutien des Niçois est important pour nous,ils peuvent nous faire gagner », assure-t-elle. Avant d’arriver sur M6, Marie-Alice commence par naitre à Digne, dans les Alpes de Hautes Provence. Dès l’âge de trois ans, elle suit des cours d’éveil à la danse. À six ans, elle débarque à l’Ariane, ou elle grandit. Mais ne fait pas que ça. A peine niçoise, Marie-Alice entre à l’école l’Entrée des artistes, de Ricki Thomson, située sur le Port. « J’ai toujours baigné dans la danse. Je suis tombée dans la marmite quand j’étais petite ! C’est toute ma vie », avoue-t-elle. Une passion qu’elle partage avec sa tante. Présidente de l’association Stardust, qui dispense des cours à Saint Roch, cette dernière conseille Marie-Alice, la soutient, et lui fait rencontrer des professionnels. « Enfant, elle n’emmenait danser et suivre des cours à Cannes, Menton, un peu partout ou les profs étaient bons. Je lui dois beaucoup », reconnaitelle. Naissance d’Origins Il y a deux ans, Marie-Alice monte à Paris, avec l’idée de vivre de sa passion. Elle s’inscrit à l’Académie Internationale de Danse. « Les cours étaient bien, j’étais bien. Mais je ne gagnais pas d’argent », regrette-t-elle. Elle enchaine alors les petits jobs, jusqu’à en dégotter un d’artiste danseuse, dans un célèbre parc d’attraction parisien. C’est là qu’elle rencontre les onze autres membres d’Origins. « Dans le parc on vit de la danse, mais on ne peut pas trop s’exprimer. Alors on a fondé le groupe », détaille-t-elle. La troupe produit une danse qui sort de l’ordinaire, avec des cascades, et même un cracheur de feu. Sombre, parfois gothique, le groupe n’en est pas moins spectaculaire. En son sein, Marie-Alice danse le jazz et le « new style », une sorte de hip-hop. La troupe joue peut être son avenir le 15 décembre. Mais quoi qu’il advienne, victoire ou non lors de l’émission, MarieAlice continuera de danser, encore, et encore. CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SPORTS 4 25 Le Free Ride, ça en jet’ ! par Serena Santucci A Nice, il n’y a pas que Brice qui attend « la » vague. Les free-riders ont troqué la planche de surf contre le jet-ski. Du championnat de France aux championnats du monde, Stephane Filippi a concourru au plus haut niveau. Une discipline nautique méconnue où les meilleurs champions sont des Français. Si, je suis passé par toutes les catégories de jet. A selle, à bras, standard, modifié, championnat d’Europe d’endurance, championnat de France de bouée en jet à bras, j’ai beaucoup pratiqué. Le problème, c’est que ça devient vite la course au budget. Si on a une bonne machine, on arrive premier... Stéphane Filippi (D.R.) En quelques mots, qu’est ce que le free-ride ? C’est une discipline qui consiste à faire des figures dans les vagues avec un jet ski. Le but est de réaliser un maximum de figures « propres », esthétiques, le plus aériennes possible, et d’atterrir debout. Évidemment, plus on rajoute de variantes, mieux c’est. Quelles sont les figures dont le free-rider ne peut se passer ? Je dirais que les plus représentatives sont aussi les plus dangereuses. D’abord la vrille, qui consiste à faire un tour sur soi-même et retomber debout sur la machine. Ensuite, le saut périlleux arrière, qui n’est pas la figure la plus compliquée techniquement, mais qui est très difficile à réaliser mentalement... Ça semble contradictoire... Vous savez, quand la vague vous vient dessus, à la verticale et qu’il faut mettre les gaz en gardant les yeux ouverts, c’est assez impressionnant. C’est donc un sport dangereux... Ça l’est surtout pour les jetsski ! (rires) Moi, j’en ai cassé quelques uns... Après, je n’ai jamais eu d’accidents corporels graves. En free-ride, le plus dangereux, c’est de se prendre la machine sur soi. D’où l’intérêt de garder les yeux ouverts. On a une fraction de seconde pour réagir et jeter le jet loin de soi. Mais dans l’ensemble, c’est un des sports mécaniques où il y a moins de risques de se faire mal... Justement, vous ne vous êtes jamais intéressé aux disciplines plus « normales » ? Ce n’est pas le cas du freeride ? Non, on peut y arriver même avec une préparation minimum du jet. Ce qui est important c’est le pilotage. Quand une vague de 3 – 4 mètres vous arrive devant, certains accélèrent, d’autres pas. La sélection se fait plus par l’inconscience du pilote ! (rires) Dans la région, vous êtes nombreux à pratiquer ce sport? Non. Ici le plus gros problème reste quand même le manque de vagues. On attend avec impatience les mauvaises conditions climatiques, le bon gros coup de vent, pour pouvoir réaliser les figures les plus hautes. On suit la météo de près, et on sort quand la mer est déchainée. C’est aussi pour ça qu’on s’entraine plus l’hiver que l’été : c’est là qu’il y a le plus de tempêtes... Un meilleur souvenir ? J’en ai trop ! Mais je dirais, ici à Nice. Certains entrainements lors de gros coups de mer, avec d’énormes vagues à sauter. Sinon évidemment, à chaque fois que je vais sur l’Atlantique... Les free-riders basques et landais sont donc plus avantagés ? Un petit peu plus oui... Avec les marées, ils ont des vagues montantes et descendantes. Elles sont plus « propres », plus lisses. A Nice, on a toujours des petites vagues qui précédent la grosse... quand elle est là ! (rires) Des projets ? J’en ai un qui me tient à cœur depuis des années, ce serait de battre le record de traversée Tunisie – Nice en jet à selle. Une traversée de 14h ! Mais bon, comme d’habitude, le plus dur c’est de trouver les financements et les partenaires. Vous mettez le free-ride entre parenthèses alors… Non... J’adore ça ! On arrive à faire des figures que personne ne pensait réussir un jour. À la création du jet-ski, les manuels préconisaient de ne pas sauter les vagues, pour éviter de détériorer la machine. Je suis certain que les ingénieurs ne pensaient pas qu’on arriverait à faire ça… On les a poussés… et on a pas encore fini !! CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SPORTS 4 26 La lutte d’une vie par Florence Mussard La 36e édition du Challenge de lutte Henri Deglane vient de s’achever. Pendant deux jours, les plus grands cadors de la discipline se sont succédés sur le tapis niçois. Cette renommée, elle ne ne le doit qu’à son organisateur : Sébastien Giaume. C Sébatsien Giaume, entouré des trophés (F.M.) e Monsieur c’est un monument de la lutte». La réaction d’ Yves Campana directeur sportif du Lutte-Club de Nice, est immédiate. Son président est une véritable institution dans le milieu. Et ce n’est pas peu dire. Sébastien Giaume a pris les rênes de la discipline il y a 41 ans. Œil de lynx et main de fer dans un gant de velours lui permettent de mener son monde à la baguette. Quand M. Giaume parle, petits et grands l’écoutent. Il captive l’attention et inspire le respect. Il a remporté plusieurs titres en gym, volley, athlétisme et bien sûr la lutte. Que ce soit en tant que sportif, entraîneur ou président, son parcours est jalonné de succès. Aujourd’hui, le Lutte-Club de Nice fait partie des meilleurs clubs de France et il est le seul à organiser un tournoi international. Le Challenge Deglane « fait partie du patrimoine. » A tel point que depuis 1981, le trophée du tournoi c’est le Vase de Sèvres du Président de la République. Et les plus grandes nations de la lutte tentent de le soulever chaque année. Souvenirs, souvenirs ... Pourtant, le tournoi était mal parti ! En 1975, S.Giaume organise le challenge pour honorer de son vivant Henri Deglane. « Ce champion du monde et olympique a fait chanter la Marseillaise à 45000 américains en remportant un championnat du monde de catch. » Président du Lutte-Club de 1968 à 1970, il entraîne Sébastien et lui demande par la suite de le remplacer. Malheureusement, son mentor décède deux mois avant la compétition. Qui plus est, il doit se débrouiller sans aides financières durant les premières années. « Moi, mon père et mon fils, on démarchait les avocats et les médecins », précise Sébastien. Il égrène ces souvenirs aussi vite que les noms de célèbres lutteurs. Oghanéssian, Orsini ont fréquenté le club ! Et c’est grâce à son habitude de ressasser le passé que la chance lui sourit. En 1977, les Russes participent au challenge et ils sont ébahis lorsque le Niçois raconte sa vie de résistant. Sous l’occupation allemande, Sébastien a 12 ans et participe à la libération de Nice. Depuis lors, ils prennent part au challenge et Sébastien Giaume est l’invité d’honneur de leur tournoi. Cerise sur le gâteau, Sébastien a été honoré en septembre dernier. La fédération russe, lui a remis une coupe sur laquelle est gravée « Héros de la Résistance. » Le cœur sur la main Malgré des débuts difficiles, on ne compte plus les champions olympiques et du monde qui sont ve- nus au challenge. Pour le vieil homme, « avec la volonté on soulève des montagnes ». Sa passion de la lutte l’aide à franchir les obstacles. Cette année pour cause de problème budgétaire, il a consenti de nombreux sacrifices. Le club a réduit ses déplacements, la guinguette gauloise du challenge a été annulé. Mais Sébastien a gardé l’essentiel : une entrée gratuite pour tous. Et, le président n’est pas déçu « le niveau n’a jamais été aussi élevé. » Il ajoute « on m’a beaucoup aidé.» Pour Charles Dumont, son meilleur ami «Sébastien a un réseau d’amis du monde entier autour de lui et ils sont indéfectibles ». Il le décrit comme un homme tout en chaleur animé par l’amitié, la passion et la fidélité. Avec franchise mais sans préjugés, il apporte son soutien aux autres. Sa satisfaction ? La réussite de ses ouailles. D’ailleurs, sa plus belle récompense vient d’un ancien élève. « Il y a 1 an, un homme vient me voir. » Il ne le reconnaît pas. « M. Giaume, j’étais un voyou, un drogué et grâce à la lutte, vous m’avez sorti de la misère. Maintenant, j’ai une famille, un fils et je veux l’inscrire ici car la lutte c’est l’école de la vie. » CURIEUX N° spécial déc 2010 > www.curieux.net SPORTS 4 27 José Boetto : un homme, une passion par Justine Peltier José Boetto, Niçois pur souche, est à la tête du CDS (Club des Supporters) 1947 de l’OGC Nice depuis près de deux ans maintenant. L’homme donne tout pour sa passion, l’OGC Nice. Contre vents et marées il le soutient. a décidé d’en prendre les rênes : « Au sein de l’association il n’y a pas de compétition, c’est tout dans la convivialité. Quand j’ai décidé de poser ma « candidature » pour le poste de président, personne ne s’y est opposé, il n’y a pas de rivalité chez nous. » Depuis, José fait son maximum pour améliorer l’image, non seulement de son organisme, mais aussi du supporter en général. « Certains évènements nous ont portés préjudices. Je pense surtout à ce qui s’est passé en janvier à Monaco par exemple. Ce n’est pas l’image que nous voulons véhiculer au CDS. » J. Boetto, président du CDS (J.P.) J ’ai pris la présidence du CDS il y a presqudeux ans aujourd’hui.» Ce supporter de toujours du Gym ne voulait pas d’une retraite pantouflarde, « Après ma retraite, j’ai voulu plus m’investir. » Il explique avec fierté : « Ça fait plus de 50 ans que je suis supporter de Nice, je suis niçois à 100%, c’est dans mes gènes. » Après huit ans passé au conseil d’administration de l’association, il Niçois à 100% Quand on lui demande de se décrire José utilise toujours le même mot : « Je suis un vrai passionné. De mon équipe certes, mais avant tout de ma ville. » Pour lui, Nice c’est sa ville, il y a toujours vécu et l’a rarement quittée. Louis, secrétaire de l’association et ami de longue date de José confie : « Si vous voulez connaître l’histoire de l’OGC Nice ou même de la ville de Nice, c’est à lui qu’il faut s’adresser, il vous répondra sans problèmes. » Pour François, autre membre du CDS 1947, José vit à fond pour ce qu’il aime : « Il est au bureau tous les jours, même quand il n’a rien à y faire, il est là. Il est toujours à fond. » « Il faut être fou pour supporter l’OGC Nice aujourd’hui » nous, on ne cherche pas à savoir qui a été le meilleur, mais qui a été le moins pire » avoue-t-il. Il rajoute même : « Je ne comprends pas que l’équipe de foot de la cinquième ville de France soit aussi faible. » « Le club a connu de belles périodes » Même si aujourd’hui pour lui, la situation du Gym n’est pas mirobolante, José avoue que l’équipe lui a Quand on commence à parler football on ne l’arrête plus. Il a un avis sur tout, la situation du club au niveau sportif, le nouveau stade… « J’aime mon club, mais je suis déçu de voir la situation dans laquelle il se trouve aujourd’hui. Il faut être fou pour supporter l’OGC Nice aujourd’hui. » Un supporter passionné mais calme qui avoue : « Ça doit faire à peu près neuf ans que le club flirte avec la relégation chaque année. C’est un peu désespérant quand on se démène pour les suivre et les acclamer à chaque match. » Pour lui, l’équipe d’aujourd’hui n’est pas capable de jouer le haut de tableau. « Quand on parle des matches entre fait vivre de bons moments. « Je me souviens, dans les années 1970, on avait une belle équipe. Pendant deux, trois saisons on a joué les premiers rôles dans le championnat de D1. » Malheureusement pour le supporter qu’il est, il a fallu attendre 2006 et une finale de Coupe de la Ligue pour retrouver de l’engouement pour le club. « En 2006, je suis monté à Paris pour la finale, et en redescendant, pour la première fois depuis que je fais partie de l’association, j’ai découvert la boutique vide ! » Le souhait de José pour l’avenir, connaître de nouveau l’euphorie et « enfin jouer autre chose que le maintien. »