Évolution du poids et de l`indice de masse corporelle entre l

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Évolution du poids et de l`indice de masse corporelle entre l
Mise au point
Évolution du poids et de l’indice de masse corporelle entre
l’incorporation et la fin de la formation militaire chez les
personnels de la Base pétrolière interarmées.
N. Mourougou-Barlaud.
Article reçu le 29 octobre 2009, accepté le 29 mars 2010.
Résumé
L’obésité est un problème majeur de santé publique. D’ores et déjà, dans les armées, elle entraîne des problèmes
d’inaptitude au cours de la carrière. Agir sur ce problème implique de détecter le plus tôt possible le surpoids et la prise
de poids des personnels, de manière à mettre en œuvre une prise en charge précoce. Le but de cette étude prospective a
ainsi été de mesurer les variations moyennes de poids et d’indice de masse corporelle (IMC), entre l’incorporation (M0)
et la fin de la formation militaire (M7), chez 148 incorporés de la Base pétrolière interarmées. Les résultats montrent à
M7 une prise de poids moyenne de 2,63 kg et une augmentation moyenne de l’IMC de 0,87 kg/m 2 (toutes deux
significatives). Une analyse par statut d’IMC montre que les maigres (4,4 %) et les normaux (72 %) à M0 augmentent
significativement leur poids et leur IMC au cours de la formation ce qui n’est pas le cas des individus en surpoids et
obèses (24 %). En outre, 75 % des individus d’IMC entre 24 et 24,99 kg/m2 à M0 est en surpoids à M7 amenant la
prévalence du surpoids à M7 à 35 %. Nos résultats militent pour une surveillance et une prise en charge standardisée de
ces problèmes entre l’incorporation et la première visite systématique d’aptitude.
Mots-clés : Indice de masse corporelle. Formation militaire. Surpoids.
Abstract
WEIGHT AND BODY MASS INDEX EVOLUTION IN SERVICE PEOPLE OF JOINT PETROLEUM OIL AND LUBRICANTS
SUPPLY BASE FROM ENLISTMENT TO THE END OF MILITARY TEACHING PERIOD.
Obesity is a major public health topic. From now on in the armed forces it leads to unfitness matters throughout the career.
Acting on this problem means as soon as possible detecting professional soldiers’ overweight and increasing weight in order
to implement an early care. The main objective of this prospective study was to measure average variations of weight and
Body Mass Index (BMI), from enlistment (M0) to the end of the initial military teaching period (M7), in a 148 newly drafted
service people sample coming from the Joint Petroleum Oil and Lubricants Base. Results show at M7 a 2,63 Kg average
increasing weight, and a 0,87 Kg/m2 increase in BMI (both significant). A Body Mass Index Status analysis shows that
underweighted (4,4%) and normal range people (72%) at M0 significantly increase their weight and BMI throughout the
military teaching period unlike to overweighed and obese ones (24%). Moreover 75% of soldiers whose BMI ranges from 24
to 24,99 kg/m2 at M0 are overweighed at M7, leading the overweight prevalence at M7 to 35%. Our results campaign for a
review and a standardized management of these matters from enlistment to the first annual medical fitness consultation.
Keywords: Body mass index. Military training. Overweight
Introduction.
L’obésité est désormais reconnue comme un fléau de
santé publique (1). De 1997 à 2009, la prévalence de
l’obésité chez les hommes, toutes tranches d’âges
confondues, est passée de 8,5 % à 14,5 % (2 à 4 % pour
les 15-24 ans, 6 % à 10 % pour les 25-34 ans) (2).
L’obésité est d’autant plus préjudiciable qu’elle est
associée à un cortège de pathologies métaboliques (diabète,
dyslipidémies), cardiovasculaires (infarctus, accident
N. MOUROUGOU-BARLAUD, médecin en chef.
Correspondance : N. MOUROUGOU-BARLAUD, DIASS/CMIA, BP 2973 –
98846 NOUMÉA Cedex.
médecine et armées, 2010, 38, 5, 447-452
vasculaire cérébrale), articulaires et psychologiques qui
dégradent l’état de santé de façon certaine (2-4).
Le poids étant évidemment fortement corrélé à la taille
des individus, l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
a proposé, dans un but synthétique, de prendre en compte
ces deux variables dans un même indicateur appelé
Indice de masse corporelle (IMC), qui se calcule de la
manière suivante :
IMC = P/T2
P représentant le poids en kilogrammes et T la taille en
mètres. La valeur de l’IMC détermine la catégorie
staturo-pondérale d’un individu : maigreur pour un
IMC inférieur à 18,5 kg/m 2 , normalité entre 18,5 et
24,99 kg/m2, surpoids entre 25 et 29,99 kg/m2, obésité
au-delà de 30 kg/m2 (5).
447
Les armées ne sont pas épargnées par les problèmes
de surpoids et d’obésité. Leurs prévalences sont
respectivement de 40 % et 8 % dans l’étude EPIMIL
(portant sur une population militaire masculine de
la région parisienne) (6). Les militaires sont par
ailleurs conscients des implications de ce phénomène
puisqu’ils placent l’équilibre alimentaire et le surpoids
parmi leurs priorités en matière de prévention (7).
En outre, l’instruction ministérielle de référence sur
l’aptitude médicale à servir dans les armées laisse
une certaine latitude dans la décision en ce qui concerne
l’obésité (8). Pour un IMC entre 25 et 29,9 kg/m2, le sigle
G est égal à 2 (9, 10). Par contre, entre 30 et 39,9 kg/m2,
le classement G peut aller de 3 à 5 en fonction de
l’examen clinique et de l’existence de complications.
Pour les engagés du Service des essences des armées
(SEA), qui constituent notre population de référence,
la valeur maximale du sigle G tolérée à la sélection est
de 3. Intervient donc toute la subtilité du classement
G. Un personnel présentant un IMC de 30 kg/m2 sans
anomalie médicale décelable à la sélection peut être
classé apte à l’engagement.
La Base pétrolière interarmées (BPIA) est l’organisme
chargé de la formation initiale et spécialisée du SEA. En
poste pendant 5 ans dans cette structure, j’ai pu observer
une augmentation du nombre de personnels en surcharge
pondérale, et les implications de ce phénomène. Ainsi, en
décembre 2007, une étude transversale a montré que 48 %
des inaptes OPEX (temporaires ou définitifs) présentaient
un IMC supérieur à 25 (21 % chez les 20-29 ans, 74 %
chez les plus de 30 ans). La surcharge pondérale pouvait
intervenir de façon directe (G > 3) ou indirecte (morbidité
liée à la surcharge pondérale) sur l’aptitude aux opérations extérieures. Cela avait évidemment une incidence
sur la capacité opérationnelle de la BPIA car cette
indisponibilité entraînait parfois une vraie difficulté à
désigner des personnels pour des départs OPEX. La prise
en compte de ce problème sera probablement un enjeu des
années à venir pour la BPIA et plus généralement, dans les
armées. Nous serons d’autant plus efficaces que nous
agirons précocement. Opérer de façon précoce signifie
intervenir dès l’incorporation sur les problèmes de
surpoids (plus faciles à prendre en charge qu’une obésité
déclarée). Cela est d’autant plus nécessaire que :
– l’IMC moyen de la tranche d’âge dans laquelle nous
recrutons augmente avec le temps (2, 11) ;
– l’IMC des individus augmente au cours de leur vie.
En 2009, alors que les prévalences du surpoids et de
l’obésité étaient respectivement de 14 % et 3 % chez les
hommes de 18-24 ans, elles atteignaient 32 % et 8,5 %
chez les 25-34 ans (2).
C’est dans cette optique que l’objectif principal de cette
étude a été d’évaluer l’impact de la formation initiale sur
l’évolution du poids et de l’IMC des individus depuis
l’incorporation (M0) jusqu’à la f in de la formation
militaire au septième mois (M7). Des statistiques
descriptives ont, en outre, été réalisées de manière à
rechercher des déterminants du surpoids (IMC supérieur
à 25 kg/m2) à M0, et de statuer sur l’existence éventuelle
de « profils à risque ».
448
Matériel et méthode.
L’inclusion des sujets a été faite entre le 1 er mars et
le 10 novembre 2008. Cinq promotions représentant
148 personnels ont été concernées.
La période probatoire des engagés volontaires du
SEA est de 12 mois, ramenée à 6 mois en fonction des
acquis avant l’incorporation (permis, attestation pour
le transport des matières dangereuses, formation
pétrolière). Nous avons donc choisi une durée de sept mois
entre l’incorporation et la deuxième prise de poids car, audelà de cette période, les jeunes incorporés devaient soit
partir en stage de formation de conduite soit être préaffectés s’ils possédaient déjà les permis requis. Au-delà
de ce délai, il aurait été difficile de pouvoir convoquer en
même temps tous les personnels d’une section.
Il s’agit d’une étude prospective car nous voulions
maîtriser la mesure pondérale et ne pas dépendre d’une
consultation rétrospective des dossiers.
Nous avons rédigé un auto-questionnaire détaillant les
déterminants possibles du surpoids en fonction de notre
revue de littérature (11-13), avec, en introduction, une
explication de l’étude et une demande écrite de
participation à celle-ci. Une présentation de l’étude (et du
questionnaire) a été faite aux chefs de section de chaque
promotion d’incorporation ainsi qu’à leur commandant
d’unité de manière à les sensibiliser à notre problématique.
La dernière promotion incorporée étant celle de
novembre 2008, la fin du recueil des données a eu lieu
à M7 soit fin mai 2009.
Les militaires ont été pesés et mesurés à l’incorporation
et sept mois plus tard (à 15 jours près selon les sections et
leur emploi du temps) par la même personne et sur le
même matériel (balance SECA et toise réglementaire).
Nous avons utilisé les logiciels Access et SAS pour la
saisie et l’analyse des données.
Une analyse statistique descriptive générale a été
conduite. En ce qui concerne les statistiques comparatives
et pour des raisons d’effectifs, les statuts IMC « Maigreur »
(M) et « Poids normal » (N) ont été regroupés dans le
groupe 1 et comparés au groupe 2 réunissant les
surpoids (SP) et les obésités (OB). Les obèses n’étaient
représentés que par deux individus sur l’ensemble de
notre échantillon (leurs IMC étaient respectivement de
30,1 et 31,67 kg/m2 à M0).
Nous avons en outre, pour notre objectif principal,
effectué une comparaison des moyennes des différences
de poids et d’IMC entre M0 et M7 selon les tests
statistiques du T apparié ou de Wilcoxon.
Les déterminants du surpoids recueillis sur le
questionnaire ont été analysés à l’aide du test du Chi2 ou
du Fisher exact (variables qualitatives) et du test de
Student ou de Mann et Whitney (variables quantitatives).
Pour tous les tests, nous avons optés pour une hypothèse
alternative bilatérale.
Résultats.
Population d’étude.
Variables qualitatives.
La population d’étude est constituée des 136 personnels
présents aux deux mesures de poids (effectifs identique
n. mourougou-barlaud
pour les variables sexes et promotion, non dépendantes
du questionnaire). Parmi eux, 118 ont en outre répondu au
questionnaire (une donnée manquante pour le niveau
d’étude). À l’incorporation notre population d’étude
comprenait 4,41 % de maigres, 72,06 % de normaux,
22,06 % de surpoids et 1,47 % d’obèses.
Variables quantitatives.
Les incorporés avaient à M0, en moyenne, un âge
de 22 ans et 3 mois, une taille de 1,74 m, un poids de
71,06 kg (pour un IMC de 23,2 kg/m2), et pratiquaient
6 heures de sport hebdomadaire avant leur incorporation
(donnée déclarative).
Discussion.
Cette étude montre une prise de poids moyenne de
2,63 kg entre M0 et M7, associée à une augmentation
concomitante de l’IMC de 0,87 kg/m2. Outre le fait qu’un
tel résultat constitue une surprise, et cela d’autant plus que
nous étions en présence d’individus jeunes dans une
période d’activité physique obligatoire et contrôlée, cette
étude démontre tout l’intérêt des indicateurs collectifs. À
défaut, il est fréquent de se focaliser sur quelques cas
emblématiques de prise ou de perte de poids pour en
déduire que, globalement, la situation est satisfaisante.
Le profil des individus de poids normal à M0 passant en
surpoids à M7 est inquiétant (+ 5,25 kg en moyenne).
Il participe largement à la détérioration de la prévalence
Analyse bivariée.
Variables qualitatives.
Les comparaisons ont été réalisées entre le groupe 1
composé des maigres (M) et des normaux (N) et un
groupe 2 correspondant aux individus en surpoids (SP) et
obèses (OB).
Malgré une sélection relativement vaste de
déterminants, nous remarquons qu’aucun d’entre eux
n’apparaît être significativement associé à l’appartenance
à un groupe d’IMC à M0 (tab. I).
Variables quantitatives.
Pour les variables quantitatives, les tests statistiques
n’ont montré aucune différence significative entre les
moyennes des groupes 1 et 2 si ce n’est, bien entendu,
pour celles liées au poids ou à l’IMC (tab. II).
Tableau I. Répartition des modalités des variables par statut IMC à M0.
Variable
Statut IMC
Groupe 1
Maigres
Groupe 2
Normaux Surpoids Obèses Effectifs
p
Sexe
Homme
6
90
29
2
Femme
0
8
1
0
136
0,68
136
0,57
117
0,52
118
0,53
118
0,51
118
0,65
118
0,84
118
0,20
118
0,23
Mois incorporation
Mars-08
0
13
3
0
Avr-08
0
18
7
0
Sept-08
3
19
2
1
Oct-08
2
29
11
0
Nov-08
1
19
7
1
Primaire + collège
+ lycée
3
52
16
1
Bac + > bac
0
32
12
1
Niveau étude
Comparaison entre M0 et M7.
Ensemble des individus.
La réponse à la question de notre objectif principal est
que la formation militaire initiale d’une durée de sept
mois entraîne globalement une prise de poids significative
de 2,63 kg pour l’ensemble des incorporés. Parallèlement
l’IMC de notre population d’étude augmente de
0,87 kg/m2, différence également significative (tab. III).
Par catégorie d’IMC.
Tous les statuts d’IMC à l’incorporation augmentent
leur poids et leur IMC au cours de la formation.
Cependant, contrairement aux maigres et aux normaux
à M0, le groupe 2 (surpoids et obèses à M0) ne présente
pas de différence significative de poids ou d’IMC entre
M0 et M7 (tab. III).
Par profil.
Nous avons défini le profil comme la combinaison des
catégories d’IMC à M0 et M7. Pendant cette période soit
un individu reste dans la même catégorie d’IMC, soit il en
change. Deux profils se distinguent particulièrement
pour ce qui est de la prise de poids :
– les maigres à M0 qui normalisent leur IMC à M7 (5
individus, +5,20 kg, p < 0,0001) ;
– les normaux à M0 qui passent en surpoids à M7 (20
individus, +5,25 kg, p < 0,0001).
Statut social
Inactif + chômage
0
16
7
0
Travail + Etudiant
+ autre
4
68
21
2
Seul
4
73
26
2
En couple
0
11
2
0
Statut familial
Perception équilibre alimentaire
Pas du tout/Pas très
4
33
13
1
Plûtot/Bien
0
51
15
1
4
44
17
0
0
40
11
2
Activité sportive
Aucune ou loisir
hors club
Loisir ou compétition
en club
Consommation de tabac
Jamais ou rare
0
41
17
1
Hebdomadaire
ou quotidienne
4
43
11
1
Consommation d'alcool
Jamais ou rare
1
35
15
1
Hebdomadaire
ou quotidienne
3
49
13
1
évolution du poids et de l’indice de masse corporelle entre l’incorporation et la fin de la formation militaire chez les personnels de la base pétrolière interarmées 449
Tableau II. Moyennes des variables par statut IMC.
Variable
Statut IMC
Groupe 1
Groupe 2
(M/N)
(SP/OB)
p
Âge
Effectifs
88
30
Moyenne
22,11
22,60
Écart type
1,78
2,19
Effectifs
104
32
Moyenne
1,74
1,75
Écart type
0,08
0,057
0,22
Taille M0
0,94
Poids M0
Effectifs
104
32
Moyenne
67,30
83,03
Écart type
8,52
7,28
0,0001
Imc M0
Effectifs
104
32
Moyenne
22
27,11
Écart type
1,95
1,64
0,0001
Poids M7
Effectifs
104
32
Moyenne
70,54
83,93
Écart type
8,91
6,94
Effectifs
104
32
Moyenne
23,03
27,43
Écart type
1,97
1,82
Effectifs
88
30
Moyenne
6,20
5,86
Écart type
5,70
4,41
0,0001
Imc M7
0,0001
Nb heures sport
0,76
du surpoids dans notre échantillon. Celle-ci passe en
7 mois de 22,05 % à 35,29 %, soit une augmentation
relative d’environ 60 %, 75 % des individus dont l’IMC
est compris entre 24 et 25 kg/m2 à M0 est en surpoids à
l’issue de la formation initiale. Ces derniers résultats
constituent des éléments défavorables pour l’avenir.
La représentativité de notre échantillon et l’extrapolation de nos résultats à d’autres populations sont
affectées par un biais, résultant de la sélection et du
recrutement particulier de l’unité. Une fluctuation
d’échantillonnage invalidant nos résultats, à l’intérieur de
la BPIA, est en revanche peu probable car nous avons
travaillé sur cinq promotions consécutives qui toutes
présentent une prise de poids moyenne significative.
En revanche, il est sûr que certaines variables de
notre questionnaire ont été soumises à un biais de
réponse (nombre d’heures de sport avant l’incorporation
notamment).
Le but de cette étude était uniquement de savoir,
étant donné l’augmentation de l’IMC des personnels
au cours de la carrière, si ce processus ne s’amorçait pas
dès la formation militaire initiale (FMI). Les remarques
qui pourraient nous être adressées proviennent
essentiellement du glissement sémantique consistant à
associer variations pondérales et efficacité de la FMI. Les
arguments selon lesquels la prise de poids moyenne est
modérée (2,63 kg) et qu’elle correspond à une prise de
masse musculaire relèvent de ce point de vue, qui doit
pourtant être relativisé.
L’examen de la littérature sur les changements induits
par la formation militaire initiale objective des différences
mais également des éléments communs intangibles.
Toutes les études mettent en évidence une augmentation
de la VO2 Max (de 3 % à 16 % selon les études) (14-20)
corrélée à une amélioration des performances physiques.
Nous pouvons donc considérer que ces deux éléments
associés à la réalisation des minimas prévus par les
barèmes sportifs constituent les critères de jugements les
plus pertinents pour l’évaluation immédiate de
l’efficacité d’une FMI.
La question de savoir si poids et FMI constituent
des indicateurs adaptés pour l’évaluation de cette
même formation trouve plus difficilement des réponses
homogènes. Les variations pondérales sont largement dépendantes de la formation elle-même (durée,
intensité, type d’environnement) (16, 18, 21-23) et
de l’individu (sexe, activité physique et statut IMC
avant l’incorporation) (14, 17, 22, 24).
Globalement l’association d’une stabilité pondérale ou
d’une légère perte de poids (environ 1 %), et d’une
diminution du pourcentage de la masse grasse
concomitante à une augmentation plus modérée de la
masse maigre, constitue le triptyque le plus fréquemment
observé. Cependant des sous-groupes avec prise de poids
sont également décrits (15, 21, 22) et, à chaque fois qu’un
tel phénomène est observé, il s’accompagne toujours
d’une prise de masse grasse et de masse maigre (plus
Tableau III. Différences d’IMC et de poids entre M0 et M7 (Écart type entre parenthèses).
Variable
450
IMC en kg/m2
Poids en Kg
Catégorie M0
M
N
SP/OB
Tous
M
N
SP/OB
Tous
Effectif
6
98
32
136
6
98
32
136
Moyenne à M0
18,04 (0,20)
22,24 (1,74)
27,11 (1,64)
23,20 (2,87)
53,83 (5,70)
68,20 (7,96)
83,03 (7,28)
71,06 (10,58)
Moyenne à M7
19,55 (1,31)
23,24 (1,79)
27,43 (1,82)
24,07 (2,68)
58,16 (5,63)
71,30 (8,52)
83,93 (6,94)
73,69 (10,20)
Différence
1,51 (1,3)
1 (0,97)
0,32 (1,22)
0,87 (1,08)
4,33 (3,82)
3,1 (3,05)
0,9 (3,71)
2,63 (3,37)
p
0,036
< 0,0001
0,15
< 0,0001
0,039
< 0,0001
0,17
< 0,0001
n. mourougou-barlaud
faible en pourcentage). Ainsi, attribuer la prise de poids
moyenne de notre étude à une prise exclusive de masse
musculaire est abusif.
Il résulte de tout cela que poids et FMI sont des critères
de jugement de l’efficacité d’une FMI assez ambivalents
(25). Variations pondérales et réussite aux minimas
sportifs sont assez corrélés mais non complètement
synonymes (26). La relation entre les deux peut être
diff icile à interpréter en raison des fluctuations de
masse grasse et maigre. En outre, il semble qu’une prise
de poids modérée (1 % à 2 %) ne soit pas un phénomène
si rare dans une FMI, notamment chez les individus
normaux à M0 (22). Néanmoins, deux éléments peuvent
être considérés comme des facteurs pronostics
défavorables :
– la non perte de poids des individus en surpoids et
obèses à M0 au cours de la formation (qui devraient être
les principaux bénéficiaires de la FMI) ;
– la prise de poids importante des personnes normales à
M0 sur la même période.
Dès lors, s’en tenir aux seuls critères habituels
(VO2 max, minimas sportifs etc.) peut s’avérer trompeur
(27). Dans notre échantillon, la question de l’aptitude
future et de l’évolution dans l’institution des individus en
surpoids à M7 doit être posée. En effet, à la BPIA, après la
période probatoire, l’activité physique n’a pas de
caractère contraignant en dehors de la réalisation de tests
de contrôle de la capacité sportive (CCPM). Ces derniers
reflètent la capacité sportive ponctuelle mais, en aucun
cas, le potentiel de récupération lors d’efforts physiques
répétés ni un entraînement de fond, seuls garants d’une
prévention cardiovasculaire efficace. La participation
aux tests CCPM a peu d’influence sur la prise de poids
annuelle. Le risque que les individus en surpoids à la fin
de la formation militaire initiale ne le demeurent de façon
définitive n’est pas à négliger.
L’affirmation selon laquelle la prise de poids constatée
dans notre étude est modérée doit également être
tempérée. L’examen des dossiers des individus inaptes
et en surcharge pondérale à la BPIA montre que c’est
l’itération annuelle de prise de poids modestes qui
conduit au surpoids et à l’obésité. Les « forts décrochages
pondéraux » sont rares. Le fait que l’amorçage d’un tel
processus soit observable à la BPIA dès la fin de formation
ne constitue pas un élément dont il faut minimiser
l’importance. En outre il faut rappeler que les 2,63 kg
d’augmentation constatés ne constituent qu’une moyenne
et que certains prennent d’avantage.
Les raisons de la prise de poids sont probablement à
rechercher dans un déséquilibre entre l’activité physique
et l’apport calorique. Pour ce qui est de l’activité, la FMI
des incorporés à la BPIA comprend mensuellement entre
112 et 140 heures de cours théoriques sédentaires
(volume important mais nécessaire à la double formation
militaire et pétrolière), 72 heures de présence sur le
terrain, et 24 heures de sport. Le niveau d’apport
calorique est plus difficile à évaluer, le questionnaire
alimentaire que nous avions réalisé et qui portait sur la
consommation quotidienne de certains types d’aliments,
étant affecté par un biais de désirabilité, notamment pour
les individus en surpoids. Il nous permet néanmoins de
détecter des tendances au grignotage et à la consommation
quotidienne de féculents généralisées.
La perturbation de l’équilibre apport/dépenses pourrait
être en partie liée à des facteurs psychologiques (anxiété
réactionnelle d’adaptation au milieu militaire) et par le
mimétisme comportemental résultant de la vie en
collectivité.
En accord avec les données de la littérature (2, 28-31),
et les recommandations récentes du SSA, diffusées à
l’issue des conférences de consensus de décembre 2009
(32), une politique de prévention et de prise en charge
médicale du surpoids chez les incorporés pourrait être
envisagée à la BPIA.
La prévention est un élément fondamental. Elle
doit être la plus précoce possible et son impact évalué.
Il faut rappeler que dans l’étude EPIMIL (6, 23), le poids
moyen à 20 ans des personnels présentant plus tard
au moins trois critères du syndrome métabolique est
de 75,4 kg. À la BPIA, notre groupe 2 (individus en
surpoids ou obèses) (tab. III) a déjà à M7 un poids moyen
de 83,93 kg.
Cette prévention devra porter tant sur le volet
nutritionnel que sur la promotion de l’activité physique et
pourra s’effectuer sous la forme d’une information
collective et d’un entretien individuel pour les sujets en
surpoids dès M0. Elle est d’autant plus nécessaire que le
durcissement des conditions de sélection ne saurait
suffire à moyen terme pour endiguer la progression des
personnels vers la surcharge pondérale (33). Cette
dernière ne pourra être évitée que par une modification
des comportements.
Cependant, aborder le sujet de la prévention du
surpoids et de l’obésité n’est guère facile, que ce soit lors
d’informations sanitaires ou d’entretiens. Contrairement
aux sujets médico-techniques, il est souvent difficile, sur
de telles problématiques, d’obtenir une écoute attentive
des personnels (les uns ne se sentant pas concernés et les
autres partiellement stigmatisés).
C’est pourquoi tout programme de prévention du
surpoids et de l’obésité doit être basé sur les indicateurs de
l’unité, et être promu et soutenu par l’encadrement. Les
incorporés doivent ressentir que le surpoids est une
préoccupation partagée par tous. Le médecin doit, par
ailleurs, être attentif à la diversité nutritionnelle et à
la valeur calorique des repas servis au mess, et conseiller le
commandement dès lors qu’une amélioration est possible.
En outre et à plus long terme, l’intervention de la
hiérarchie pour promouvoir une activité sportive
régulière (30minutes au minimum, trois fois par semaine)
(31), seule capable de développer des mécanismes
adaptifs endocriniens et tissulaires permettant la stabilité
pondérale, est fondamentale (28). La mise en place de
créneaux spécifiques, la valorisation des sports différents
de la course à pied et la programmation d’activités de
cohésion ou de sport collectif, moins stigmatisantes,
doivent être envisagées et effectives.
Par ailleurs, un travail en lien avec le commandement
doit être réalisé en amont de la révision d’aptitude des
personnels faisant preuve d’une mauvaise volonté
manifeste. L’inaptitude est la sanction qui met en lumière
l’échec des politiques de prévention et de prise en charge.
C’est donc la dernière option. Il faut substituer un cercle
vertueux au cercle vicieux constitué par l’enchaînement
d’un déséquilibre staturo-pondéral croissant d’années
en années, entraînant une inaptitude sportive à terme,
évolution du poids et de l’indice de masse corporelle entre l’incorporation et la fin de la formation militaire chez les personnels de la base pétrolière interarmées 451
celle-ci ayant à son tour une influence sur la prise de poids,
les problèmes de santé physique et psychique. Finalement,
ce sont ceux qui auraient le plus besoin de faire du sport
qui n’en font plus du tout. La règle selon laquelle ce sport
régulier relève du maintien en condition physique et peut
donc être effectué en dehors des heures de service montre
ses limites (34). L’expérience nous révèle que la plupart
de ceux qui font du sport dans le civil sont aussi ceux qui
en font déjà dans le cadre de leur activité.
Conclusion.
Cette étude montre tout l’intérêt d’une évaluation
objective et précoce de la prise de poids à l’aide
d’indicateurs collectifs. Elle met en évidence une prise
de poids moyenne de toutes les catégories d’IMC durant
la FMI et pose le problème des individus proches du
surpoids à l’incorporation.
Lutter contre l’augmentation de la prévalence du
surpoids nécessitera, à la BPIA, la mise en œuvre d’une
intervention incluant prévention collective et individuelle,
surveillance, et, le cas échéant, prise en charge standardisée. Un tel programme prendra notamment tout son
sens du début de la période probatoire jusqu’à la première
VSA, en incluant l’objectif minimal de stabilisation
pondérale individuelle. Le médecin pourra être la pierre
angulaire de ce travail, mais l’efficacité d’un tel programme
impliquera la participation de tous.
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