Prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH au
Transcription
Prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH au
Prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH au Bénin Psychosocial care of people living with HIV in Benin Mahamoud Zongo (1), Justine Capochichi (2), Prosper Gandaho (3), Yves Coppieters (4) Résumé : La prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH/sida est un facteur indispensable pour l’amélioration de leur état de santé. Les besoins des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) ne se limitent pas à l’accès aux médicaments et aux soins médicaux. Ils ont besoin entre autres d’un soutien psychologique, social et spirituel. Ce soutien peut atténuer la perception de la relation de causalité inéluctable entre l’infection par le VIH et le décès. Il peut favoriser également une meilleure intégration dans la société. La présente étude s’est fixée comme objectif d’étudier la prise en charge psychosociale des PVVIH/sida dans les services sociaux dans la ville de Porto-Novo auprès d’utilisateurs (PVVIH/sida), de leurs parents, des PVVIH/sida, de personnes ressources et d’agents socio sanitaires. Les techniques de collecte de données utilisées sont l’observation, l’entretien individuel, l’exploitation des documents et une enquête par questionnaire. L’analyse des résultats a permis de constater une assez bonne structure organisationnelle, une méfiance des patients envers le personnel suite à un manque de confidentialité et d’intimité, une performance assez bonne des agents chargés de la prise en charge et un bon niveau de satisfaction des utilisateurs. Malgré des efforts considérables dans la prise en charge, il s’avère indispensable de mettre en place une véritable politique de prise en charge psychosociale basée sur des interventions des spécialistes de différents secteurs. Summary: The psychosocial care of persons living with HIV/AIDS is a crucial factor for their health improvement. The needs of people living with HIV (PLHIV) are not limited to access to medicine and medical care. They require other dimensions of care such as psychological, social and spiritual support. This support can help reduce the perceived inevitable causal relationship between HIV infection and death. It can also diminish social exclusion and promote better social integration. The objective of this work is to study the psychosocial care of PLHIV provided by social services of the city of Porto-Novo to users (PLHIV), their parents, resource persons and social and health workers. A range of techniques was used for data collection, including observation, interviews, document analysis and a questionnaire survey. The results showed the existence of a fairly good organizational structure, a relatively good performance of staff in terms of care provision and a good level of user satisfaction; nevertheless, patient mistrust of staff due to a lack of privacy and intimacy was also noted. Despite considerable efforts in this direction, it is essential to establish a specific policy for psychosocial care based on interventions of specialists from different sectors. Keywords: Psychosocial caring - HIV - aids - Benin. (1) Coordonnateur du CRADES (Centre de Recherche et d’Appui du Développement de la Santé à la Base) et médecin en service au Centre Hospitalier de Pneumo-phtisiologie de Akron, Bénin. (2) Assistante Pédagogie à l’Institut Régional de Santé Publique de Ouidah, Bénin. (3) Professeur de Psychiatrie, Vice Recteur de l’Université de Parakou, Bénin. (4) Professeur de santé publique, Département d’épidémiologie et promotion de la santé, École de Santé Publique de l’Université Libre de Bruxelles, route de Lennik 808 CP 596, B - 1070 Bruxelles. Correspondance : M. Zongo Réception : 23/02/2009 – Acceptation : 30/09/2009 PRATIQUES Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639 Mots-clés : Prise en charge psychosociale - VIH - sida - Bénin. 632 M. ZONGO et al. La pandémie de VIH/sida est à la base de perturbations de plusieurs ordres (médical, social, culturel, économique) tant au niveau de l’individu qui est infecté, de la famille affectée et de la communauté à laquelle appartient cet individu [20]. Au-delà des mesures prises pour prévenir la transmission du VIH dans la population, de nombreuses stratégies tant mondiales, régionales que nationales ont été mises en place pour assurer la prise en charge des PVVIH et malades du sida. En effet, les personnes qui vivent avec le VIH ont besoin d’être soutenues pour faire face aux défis multiples d’une maladie chronique qui peut entraîner un rejet social. L’angoisse dramatique de l’annonce du diagnostic, le vécu de la maladie et l’incidence de ses complications sur la vie psychique et sociale rendent incontournable leur prise en charge médicale et psychosociale [5]. Cette prise en charge est une démarche thérapeutique globale et comprend en plus du soutien médical plusieurs volets : psychologique, spirituel, hygiéno-diététique, social, économique, professionnel et familial [5, 10, 13]. La déclaration d’engagement de la session extraordinaire de l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2001 constitue un événement historique dans la lutte contre le VIH/sida [11, 18]. Les PVVIH, les personnes malades du sida, leur famille et leur communauté ont besoin d’un soutien pour faire face aux difficultés de la maladie. Le but de la prise en charge et du soutien dans le domaine du VIH/sida est d’améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH/sida, de leur famille et de leur communauté [12]. Le nombre de personnes vivant avec le VIH en 2002 au Bénin est estimé à 67 060 [6]. La prévalence de l’infection est passée de 0,36 % en 1990 à 4,1 % en 2001 soit cinquante nouvelles infections par jour [6]. La prise en charge des PVVIH et des personnes malades du sida est insuffisante de façon générale, elle est plus ou moins structurée dans les chefs lieux des départements de l’Atlantique, du Borgou, de l’Ouémé et du Zou. Par ailleurs, les Centres d’Information et de Conseil (CIC) informent et assurent le conseil, le dépistage et la prise en charge psychosociale des PVVIH [4, 8]. Aujourd’hui avec l’Initiative Béninoise d’Accès aux ARV (IBAARV), 1 500 PVVIH sont sous traitement ARV. Trois centres publics de Porto-Novo assurent la prise en charge médicale et psychosociale des PVVIH et des personnes malades du sida. Il s’agit du Centre d’Information et de Prise En Charge (CIPEC), de la Direction Départementale de la Santé de l’Ouémé/ Plateau et de la Clinique Louis Pasteur de Porto-Novo. Avec l’initiative d’accès aux ARV, une autre préoccupation est apparue au travers la qualité de la prise en charge des PVVIH et des personnes malades du sida. La présente étude consiste à analyser la qualité de la prise en charge dans le centre le plus important. Sur les 1 500 PVVIH et personnes malades du sida, sous traitement ARV sur le territoire béninois, plus de 700 personnes sont prises en charge au CIPEC de la DDS-O/P et la Clinique Louis Pasteur. C’est là que sont référés la plupart des malades chroniques où une prise en charge médicale accrue s’impose. L’objectif de l’étude est d’évaluer la qualité de la prise en charge psychosociale des PVVIH et des malades du sida au CIPEC de Porto-Novo et Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639 Introduction PRISE EN CHARGE PSYCHOSOCIALE DU VIH AU BÉNIN 633 deux centres sociaux de Porto-Novo au Bénin. Cette étude s’est faite avant l’élargissement de l’accès aux ARV et donne des pistes pour renforcer certains aspects liés à l’accessibilité et la qualité de la prise en charge. Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639 Méthodologie Nous avons effectué une étude transversale descriptive. La population d’étude est constituée de trois groupes : (i) le premier groupe est constitué des personnes vivant avec le VIH et des malades du sida qui utilisent les services ; (ii) le deuxième groupe est constitué des agents sociaux, des agents sanitaires, un membre de la famille de chaque malade, des distributeurs de produits ARV, des médiateurs et des personnes ressources composées des autorités politico administratives et religieuses impliquées dans la prise en charge ; (iii) une analyse complémentaire s’est faite sur les PVVIH et les malades du sida à partir de leur dossier médical. Deux méthodes ont été utilisées au cours de notre enquête. La méthode probabiliste concerne les dossiers médicaux des PVVIH et des personnes malades du sida (groupe 3), et la méthode non probabiliste concerne les 51 PVVIH et malades du sida (groupe 1) et 25 agents sociaux et agents sanitaires (groupe 2), soit au total 76 personnes. Un échantillonnage de complaisance (non aléatoire) a été fait pour le premier groupe, c’est-à-dire les PVVIH et les personnes malades du sida qui viennent dans le cadre de leur prise en charge au centre. Pour le deuxième groupe, il s’agit d’un recrutement exhaustif de tous ceux qui interviennent dans la prise en charge médicale et psychosociale des PVVIH et des malades du sida et qui donnent des prestations au CIPEC. Ce choix s’impose en raison du faible effectif du personnel du centre : 7 agents socio sanitaires et des médiateurs qui ont été soumis à un guide d’entretien et une grille d’observation. En ce qui concerne les dossiers médicaux des PVVIH et des personnes malades du sida, nous avons procédé à un tirage aléatoire simple. La collecte des données s’est faite via un questionnaire pour les PVVIH et les malades du sida, un entretien individuel pour les agents sociaux, sanitaires, médiateurs et le médecin chef du CIPEC. Par ailleurs une observation du centre, de l’organisation et de l’exécution des tâches a été réalisée à partir d’une grille d’observation. Des dossiers médicaux ont été analysés à partir d’une fiche de dépouillement préalablement élaborée. Un pré-test au service de médecine interne du CNHU nous a permis d’améliorer les divers outils de collecte des données. L’enquête s’est déroulée du 25 octobre au 8 novembre 2004. Les enquêteurs recrutés ont été formés pendant 2 jours. L’avis des personnes vivant avec le VIH et des malades du sida est étudié au plan de l’accueil, la confidentialité, le conseil et la disponibilité des agents. Celui des agents sociaux et agents sanitaires, est exploré par des questions sur la supervision, leur rémunération, la prime, l’implication de l’agent aux prises de décisions et la participation à des rencontres scientifiques (ateliers et séminaires). La structure et l’organisation du centre sont aussi étudiées par l’état du bâtiment qui abrite le centre, l’hygiène et l’assainissement, les salles et les 634 M. ZONGO et al. cours propres, les points d’eau et les latrines propres, la présence de poubelles avec couvercles, la présence de boîte pour objets tranchants, les équipements et les mobiliers, l’organigramme des services, le respect des normes et procédures, le programme de consultation, etc. La compétence technique des agents est évaluée par leur niveau de formation, le recyclage, leur aptitude et savoir faire en situations. La continuité des services et soins est évaluée au travers de l’observance aux antirétroviraux, aux médicaments contre les maladies opportunistes, à l’ouverture continue du centre (cinq jours ouvrables par semaine) et à la présence de prestataires de soins aux heures d’ouverture. Les actions de soutien aux PVVIH et personnes malades du sida sont évaluées par les actions de la famille, des médiateurs, des chefs religieux et des associations des PVVIH. Le suivi clinique et biologique est fait par le suivi de l’état pondéral, la survenue des maladies opportunistes et la persistance de la fièvre. Résultats Description de l’échantillon Sur les 51 personnes vivant avec le VIH et malades du sida interrogées, 30 sont de sexe féminin et 21 de sexe masculin (tableau I). Tableau I : Répartition des PVVIH et malades du sida en fonction de l’âge, de la religion et du niveau d’instruction n % – < 20 ans . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 3,8 – 20-29 ans . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 15,1 – 30-39 ans . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35 41,5 – 40-49 ans . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 26,4 – 50 ans et plus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 13,2 Religion – Chrétien. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 47,1 – Musulman . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19 17,0 – Traditionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26 30,2 – Autres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 5,7 – Primaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31 34,0 – Secondaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30 37,7 – Supérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 7,5 – Sans instruction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 20,8 Niveau d’instruction Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639 Tranche d’âge PRISE EN CHARGE PSYCHOSOCIALE DU VIH AU BÉNIN 635 La tranche d’âge la plus touchée se situe entre 30 et 39 ans, soit une proportion de 42 %. Les personnes ayant un niveau d’étude secondaire sont majoritaires avec 38 % suivies de celles ayant un niveau d’instruction primaire (34 %).. Sur les 76 personnes interrogées, notre étude a révélé que 23 % sont des chauffeurs (routiers), 17 % des fonctionnaires et 15 % des artisans. 40 % sont mariées suivis des célibataires avec 36 %. Sur les 76 personnes interrogées, 59 % ont plus au moins 4 personnes à charge. Structure et organisation des centres Dans un centre, le bâtiment qui abrite le service social est le même que le service de rééducation. L’agent chargé de l’accueil des patients reçoit les patients à l’entrée du hall. Les patients n’ont pas de douches ni de toilettes au CHD/OP. Il y a un manque de personnel dans tous les centres visités surtout au CHD/OP et il n’y a pas d’organigramme établissant la hiérarchie entre les agents. Cette situation ne permet pas une bonne visibilité des activités réalisées par le centre. Nous avons cependant observé une bonne relation inter personnelle au sein des structures. Il existe également une bonne collaboration entre les différents centres visités et le Programme National de Lutte contre le sida (PNLS). Le programme de consultation affiché ne correspond pas au programme exécuté. Par contre, le personnel du CHD/OP n’est pas supervisé et l’environnement n’est pas favorable à leur motivation. L’absence de recherche des patients perdus de vue et le non respect des supervisions sont dus à la non disponibilité d’une moto et de primes de supervision. Il faut noter que la motivation du personnel est un élément fondamental pour un meilleur rendement au travail. Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639 Performance des agents La performance des agents est appréciée par les PVVIH/sida, mais l’insuffisance du personnel peut agir sur la qualité de service et ce sont les patients déjà fragilisés qui en subissent les conséquences. Un autre type de problème posé est celui de l’information soulevée par une malade de sida aujourd’hui alitée. Elle disait « mes parents qui ont été informés depuis des années que j’ai le sida, ont attendu maintenant pour m’informer ». Cette réflexion pose le problème de l’information à temps par le personnel des sujets infectés pour leur permettre de prendre leurs responsabilités. Pour réussir l’information, cela nécessite des compétences que l’assistance sociale, le sociologue ou le psychologue sont censés avoir. Il faut au besoin donner au médecin ou aux autres soignants les armes nécessaires pour réussir l’annonce du résultat aux personnes concernées. Un médecin travaillant à l’hôpital nous a confié au cours d’un entretien l’importance du manque de personnel et surtout du rôle de l’assistant social dans la structure en ces termes « c’est elle la première personne qui prend contact avec l’entourage social, s’informe des problèmes qui se posent à l’individu afin d’y proposer des solutions. Elle a le désir de convaincre le 636 M. ZONGO et al. malade ou le séropositif du sort qui est le sien et les comportements que lui impose sa nouvelle situation ». Or, l’absence des assistants sociaux ou d’autres personnes qualifiées au sein des structures s’occupant des malades du sida et de personnes séropositives (structures publiques ou privées) est patente. Le niveau de satisfaction des PVVIH/sida par rapport à la confidentialité, la qualité du conseil et la disponibilité du personnel est bon dans l’ensemble sauf au CHD/OP. Seul l’accueil réservé aux PVVIH/sida est bien apprécié par ces derniers. Cette enquête soulève l’épineux problème du secret médical : avertir les parents ou amis avec ou sans l’accord du patient ne relève pas du ressort du soignant. Pourtant deux personnes infectées n’ont pas pu s’empêcher de se fondre en larmes quand elles nous disaient avoir été rejetées par leurs propres parents. Les attitudes dominantes chez les parents et amis sont les pleurs, le rejet et l’agressivité [6]. Cela pose le problème de la confidentialité, du respect du secret médical et du respect du patient. Il est éthiquement interdit, du point de vue de la déontologie médicale, de communiquer le résultat VIH de quelqu’un à sa famille sans son consentement, a fortiori s’il n’est même pas informé lui-même de son statut. Les pleurs chez les parents traduisent la compassion, le désespoir. Cela exprime un sentiment douloureux des parents et amis de la perte d’un être qu’ils aiment et qui « mourra incessamment ». La crainte de cette perte imminente bouleverse le projet d’avenir de certains parents pour leur enfant. Ainsi, la mère d’un patient lui déclare « je ne te construirai plus l’atelier de mécanique, cela me semble un gaspillage car je ne sais plus combien de temps tu as encore à passer sur terre ». Une autre patiente déclare « j’ai un gros problème. Il y a quelques temps je me suis confiée à une amie, un jour de déprime. Je lui ai dit que j’étais séropositive. Elle l’a répété au voisinage, à mon employeur. On habite dans le même quartier, c’est très convivial d’habitude, mais maintenant les enfants ne viennent plus chez moi. Ma mère ignore ma situation, je ne veux pas qu’elle l’apprenne, et encore moins comme ça ». Ces malades constituent pour la plupart des charges supplémentaires pour les parents. Le sujet infecté et surtout malade, n’est plus capable de se prendre en charge convenablement, encore moins d’apporter des aides à ses parents. La PVVIH/sida est rejetée par les siens. L’amenuisement des ressources associé au rejet contribue au relâchement des liens familiaux. Le sida est en train de mettre en péril la solidarité africaine, créant la faillite du système de la famille élargie surtout lorsqu’il y a plusieurs vieillards à prendre en charge. Un autre facteur contribuant au relâchement des liens familiaux est l’atteinte à la renommée de la famille par la société. Cette situation risque à la longue d’entraîner la non utilisation des services, surtout si on sait qu’un PVVIH appartenant à la deuxième catégorie peut facilement développer un état de dépression mentale pouvant parfois aboutir aux idées de suicide. Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639 Satisfaction des utilisateurs de services (PVVIH/sida) PRISE EN CHARGE PSYCHOSOCIALE DU VIH AU BÉNIN 637 Il faut noter que les PVVIH/sida enquêtées sont satisfaites des services de leurs pairs. Il se pose alors un problème, comment récupérer ces PVVIH déprimés et comment assurer leur prise en charge ? Par rapport aux besoins, les PVVIH enquêtées souhaiteraient une assistance matérielle et financière, un peu plus d’affection, plus d’amour des parents et de la société. Tout malade souhaite avoir des moyens pour se traiter. Les besoins d’amour, d’affection, exprimés ne traduisent qu’une situation réelle. La société ne semble pas percevoir tout le mal qu’elle se fait en rejetant ces personnes. Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639 Satisfaction des prestataires Les prestataires ne sont pas satisfaits de leurs prestations. Ils ont rapporté des défaillances considérables dans la qualité des services qu’ils offrent aux PVVIH/sida par manque de personnel. Les enquêtés ont déploré les attitudes de mépris à l’égard des malades par les familles. L’assistant social de CHD/OP nous a déclaré « la prise en charge des malades est très difficile et exigeante pour les soignants car elle s’accompagne d’une charge émotionnelle lourde, due souvent à la gravité de la maladie chez des patients généralement jeunes. L’assistant social, ou en partenariat avec le psychologue ou le psychiatre, peut constituer pour les soignants un soutien en vue de surmonter les difficultés psychologiques de la prise en charge et de l’accompagnement. L’assistant social se met au service des PVVIH/sida, de leurs parents et de la communauté tout entière pour un travail patient de sensibilisation, pour une animation de groupe. Alors avec un personnel non suffisant vous imaginez ce que cela peut entraîner comme désagrément ». Les enquêtés ont aussi souligné l’importance des organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales et le PNLS qui offrent des consultations gratuites et fournissent des vivres aux PVVIH. D’autres les aident financièrement et matériellement. Ils reçoivent des conseils de ces ONGs. Les plus citées sont le projet SEDEKON et le projet Vie Nouvelle. Cependant, la fréquentation de ces ONGs par les PVVIH est faible. Il faut signaler aussi le manque de collaboration franche avec les associations locales des PVVIH. Discussion Cette approche descriptive donne des éléments sur l’organisation des services de prise en charge à travers la structure organisationnelle qui est satisfaisante dans l’ensemble excepté le service d’accueil du CHD/OP. L’étude permet aussi d’évaluer le niveau de performance du personnel qui est assez bon, de mesurer un certain niveau de satisfaction des utilisateurs, mais qui est cependant non satisfaisant chez les prestataires. Enfin, nous avons analysé des facteurs liés aux accessibilités géographique, financière et linguistique dans les différents services. Ce sont les principaux bénéficiaires des services de prises en charge qui ont exprimé leur opinion sur la qualité M. ZONGO et al. des services. Cette étude n’est cependant en rien représentative de la population des PVVIH traitées ou non au Bénin. Des points importants ressortent des résultats présentés dont entre autres les problèmes d’information et la contradiction apparente qui apparaît entre l’avis des malades et l’avis des soignants. Une étude qualitative sur la prise en charge psychosociale du malade du sida et du séropositif réalisée à Cotonou en janvier 1996 avait interviewé 19 jeunes. Les adolescents et les jeunes adultes sont en effet sexuellement plus actifs. Ils sont également actifs économiquement et leur apport en revenus dans la famille est substantiel. Leur état infectieux entraîne un amenuisement des ressources familiales et par ricochet, de nombreux problèmes sociaux [9]. Selon ARCATsida, « les décès d’adultes jeunes laissent de nombreux enfants, femmes et vieillards sans soutien » [7]. Au moment de l’annonce de la séropositivité, il est naturel que les personnes rencontrent des difficultés psychologiques [15]. La population du niveau d’instruction primaire et secondaire occupe une proportion importante dans notre échantillon. En effet, elle connaît les méthodes modernes de protection tel le préservatif ou elle en a entendu parler au moins une fois. Aussi est-elle réticente prétextant que le préservatif diminue le plaisir, qu’il n’est pas naturel et n’est pas un moyen sûr. De par de leur occupation principale, ce sont les chauffeurs qui sont les plus touchés. Leurs métiers les obligent à se déplacer pendant longtemps loin de leurs maisons, ce qui peut les amener à avoir des comportements à risque [16]. Le christianisme regroupe à lui seul 23 séropositifs et malades de sida sur les 51, suivi de la religion traditionnelle (30 %). À Porto-Novo, il existe une forte influence de l’église. Le fort taux de chrétiens nous incite à penser à l’importance de l’utilisation des églises pour l’information, l’éducation et la communication sur le sida. Dans une étude réalisée au Zimbabwe, il a été montré que des ouvriers d’une usine avaient appris, pour une dépense de 6 dollars à peine par ouvrier, à fournir à leurs collègues une information sur le sida et sur les services à l’appui des comportements sans danger. Cette démarche a fait tomber le nombre des infections à VIH d’un tiers par rapport aux usines qui n’avaient pas investi dans la prévention. Pour 170 dollars par entreprise et par année, ces employeurs se sont unis à d’autres pour créer un fonds d’investissement destiné à financer l’éducation des travailleurs, le conseil et le dépistage gratuit pour tous les employés qui le souhaitent [2, 14]. Des efforts ont été consentis par le gouvernement béninois et les partenaires au développement pour structurer et améliorer la prise en charge. Il y a cependant eu peu d’études sur la qualité de la prise en charge médicale et psychosociale des PVVIH et des personnes malades du sida au Bénin. Une étude qualitative axée sur l’identification des facteurs socioculturels et économiques influençant la participation de la famille à la prise en charge psychosociale de son membre atteint du sida à Cotonou a déjà été réalisée [9]. Il est important que de telles études continuent à être menées dans le pays. Elles devraient permettre de tirer des leçons des différentes activités Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639 638 PRISE EN CHARGE PSYCHOSOCIALE DU VIH AU BÉNIN 639 mises en œuvre afin d’améliorer la qualité de la prise en charge psychosociale des PVVIH et des personnes malades du sida. Il est souhaitable que les résultats de ce travail puissent aider les autorités de la ville de PortoNovo à améliorer la qualité de prise en charge psychosociale des PVVIH. Il serait de plus intéressant de faire une étude semblable aujourd’hui, dans les mêmes sites, et pouvoir ainsi comparer l’évolution des caractéristiques de la prise en charge et de l’organisation des soins et des services. BIBLIOGRAPHIE 1. Cellule de la Famille Africaine (Togo). Prise en Charge médicale et Psychosociale des PVVIH. Lomé : CEFA, 2003. 2. Coopération Française. Projet d’Appui à la Lutte contre le SIDA en République du Bénin : Rapport d’Évaluation, Cotonou, 2000. 3. Edouard W. Rapport de mission d’identification des acteurs et d’inventaire des travaux réalisés sur le sida. Cotonou : MSP, 2000. 4. Ministère de la Santé Publique (Bénin). Cadre Stratégique National de lutte contre le VIH/sida/IST, Cotonou : MSP, 2000. 5. Ministère de la Santé Publique (Bénin). Guide de prise en charge des personnes vivant avec le VIH, Cotonou : PNLS, 2001. 6. Ministère de la Santé Publique (Bénin). Rapport de surveillance de l’infection à VIH et de la syphilis, Cotonou : PNSL, 2002. 7. Ministère de la Santé Publique (Bénin). Mobilisation des ressources pour le plan national de lutte contre le VIH/sida/IST 2002-2006, Cotonou : CNLS, 2002. 8. Nice Elias GK. Dépistage volontaire du VIH au CIC de Cotonou. Thèse de Médecine. Cotonou : Faculté des sciences de la santé, 2004. 9. Onambele GA. Participation de la famille de la prise en charge des personnes atteintes du SIDA à Cotonou : études de cas. Mémoire de Maîtrise de sociologie-anthropologie, Université Nationale du Bénin. Cotonou, 1999. 10. ONUSIDA. Report on the global AIDS Epidemic. UNAIDS/08.25E/JC1510E, ONUSIDA, 2008. 11. ONUSIDA. Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida. Rapport sur l’épidémie mondiale du sida. Genève : ONUSIDA, 2002. 12. ONUSIDA. Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida. Guide sur l’accès aux traitements liés au VIH/SIDA. Genève : ONUSIDA, 2003. Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639 13. Organisation Mondiale de la Santé. Une stratégie globale du secteur de la santé contre le VIH/sida 20032007. Genève : OMS, 2003. 14. Organisation Mondiale de la Santé. Le dépistage du VIH et le conseil : la voie d’accès aux traitements, aux soins et au soutien. Genève : OMS, 2003. 15. PNLS Bénin. Prise en charge psychosociale des personnes atteintes du VIH/sida et leurs proches, Cotonou, MEPS, 1994. 16. PNLS Bénin, Banque Mondiale. Atelier de consensus du Projet Multisectoriel de Lutte contre le sida/IST (MAP-BENIN), Rapport général de l’atelier national sur le projet multisectoriel de lutte. Abomey, 2001. 17. Population Services International (PSI) & CEFORP. Enquête sur les Connaissances, Attitudes et Pratiques (CAP) Relatives au sida, à la Diarrhée au Paludisme et à la Planification Familiale, Cotonou, 2000. 18. Rey JL. Les antirétroviraux et leur utilisation. Développement et Santé 2003;168:17-8. 19. Sossou JS. Prise en charge psychosociale du malade du sida et du séropositif, Mémoire de fin de formation pour le diplôme d'Assistant Social, Cotonou : Faculté des sciences de la santé, 1996. 20. Vaz L, Corneli A, Dulyx J, Rennie S, Omba S, Kitetele F. AD Research Group, Behets F. The process of HIV status disclosure to HIV-positive youth in Kinshasa, Democratic Republic of the Congo. AIDS Care 2008; 20(7):842-52.