Prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH au

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Prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH au
Prise en charge psychosociale
des personnes vivant avec le VIH au Bénin
Psychosocial care of people living with HIV in Benin
Mahamoud Zongo (1), Justine Capochichi (2), Prosper Gandaho (3),
Yves Coppieters (4)
Résumé : La prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH/sida est un
facteur indispensable pour l’amélioration de leur état de santé. Les besoins des personnes
vivant avec le VIH (PVVIH) ne se limitent pas à l’accès aux médicaments et aux soins
médicaux. Ils ont besoin entre autres d’un soutien psychologique, social et spirituel. Ce
soutien peut atténuer la perception de la relation de causalité inéluctable entre l’infection
par le VIH et le décès. Il peut favoriser également une meilleure intégration dans la société.
La présente étude s’est fixée comme objectif d’étudier la prise en charge psychosociale des
PVVIH/sida dans les services sociaux dans la ville de Porto-Novo auprès d’utilisateurs
(PVVIH/sida), de leurs parents, des PVVIH/sida, de personnes ressources et d’agents socio
sanitaires. Les techniques de collecte de données utilisées sont l’observation, l’entretien
individuel, l’exploitation des documents et une enquête par questionnaire. L’analyse des
résultats a permis de constater une assez bonne structure organisationnelle, une méfiance
des patients envers le personnel suite à un manque de confidentialité et d’intimité, une
performance assez bonne des agents chargés de la prise en charge et un bon niveau de
satisfaction des utilisateurs. Malgré des efforts considérables dans la prise en charge, il
s’avère indispensable de mettre en place une véritable politique de prise en charge
psychosociale basée sur des interventions des spécialistes de différents secteurs.
Summary: The psychosocial care of persons living with HIV/AIDS is a crucial factor for their
health improvement. The needs of people living with HIV (PLHIV) are not limited to access to
medicine and medical care. They require other dimensions of care such as psychological,
social and spiritual support. This support can help reduce the perceived inevitable causal
relationship between HIV infection and death. It can also diminish social exclusion and
promote better social integration. The objective of this work is to study the psychosocial care
of PLHIV provided by social services of the city of Porto-Novo to users (PLHIV), their parents,
resource persons and social and health workers. A range of techniques was used for data
collection, including observation, interviews, document analysis and a questionnaire survey.
The results showed the existence of a fairly good organizational structure, a relatively good
performance of staff in terms of care provision and a good level of user satisfaction;
nevertheless, patient mistrust of staff due to a lack of privacy and intimacy was also noted.
Despite considerable efforts in this direction, it is essential to establish a specific policy for
psychosocial care based on interventions of specialists from different sectors.
Keywords: Psychosocial caring - HIV - aids - Benin.
(1) Coordonnateur du CRADES (Centre de Recherche et d’Appui du Développement de la Santé à la Base) et
médecin en service au Centre Hospitalier de Pneumo-phtisiologie de Akron, Bénin.
(2) Assistante Pédagogie à l’Institut Régional de Santé Publique de Ouidah, Bénin.
(3) Professeur de Psychiatrie, Vice Recteur de l’Université de Parakou, Bénin.
(4) Professeur de santé publique, Département d’épidémiologie et promotion de la santé, École de Santé
Publique de l’Université Libre de Bruxelles, route de Lennik 808 CP 596, B - 1070 Bruxelles.
Correspondance : M. Zongo
Réception : 23/02/2009 – Acceptation : 30/09/2009
PRATIQUES
Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639
Mots-clés : Prise en charge psychosociale - VIH - sida - Bénin.
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M. ZONGO et al.
La pandémie de VIH/sida est à la base de perturbations de plusieurs ordres
(médical, social, culturel, économique) tant au niveau de l’individu qui est
infecté, de la famille affectée et de la communauté à laquelle appartient cet
individu [20].
Au-delà des mesures prises pour prévenir la transmission du VIH dans
la population, de nombreuses stratégies tant mondiales, régionales que
nationales ont été mises en place pour assurer la prise en charge des PVVIH
et malades du sida. En effet, les personnes qui vivent avec le VIH ont besoin
d’être soutenues pour faire face aux défis multiples d’une maladie chronique
qui peut entraîner un rejet social. L’angoisse dramatique de l’annonce du
diagnostic, le vécu de la maladie et l’incidence de ses complications sur la vie
psychique et sociale rendent incontournable leur prise en charge médicale et
psychosociale [5]. Cette prise en charge est une démarche thérapeutique
globale et comprend en plus du soutien médical plusieurs volets :
psychologique, spirituel, hygiéno-diététique, social, économique, professionnel et familial [5, 10, 13].
La déclaration d’engagement de la session extraordinaire de l’Assemblée
Générale des Nations Unies en 2001 constitue un événement historique dans
la lutte contre le VIH/sida [11, 18]. Les PVVIH, les personnes malades du
sida, leur famille et leur communauté ont besoin d’un soutien pour faire face
aux difficultés de la maladie. Le but de la prise en charge et du soutien dans
le domaine du VIH/sida est d’améliorer la qualité de vie des personnes vivant
avec le VIH/sida, de leur famille et de leur communauté [12].
Le nombre de personnes vivant avec le VIH en 2002 au Bénin est estimé à
67 060 [6]. La prévalence de l’infection est passée de 0,36 % en 1990 à 4,1 %
en 2001 soit cinquante nouvelles infections par jour [6]. La prise en charge
des PVVIH et des personnes malades du sida est insuffisante de façon
générale, elle est plus ou moins structurée dans les chefs lieux des
départements de l’Atlantique, du Borgou, de l’Ouémé et du Zou. Par ailleurs,
les Centres d’Information et de Conseil (CIC) informent et assurent le conseil,
le dépistage et la prise en charge psychosociale des PVVIH [4, 8].
Aujourd’hui avec l’Initiative Béninoise d’Accès aux ARV (IBAARV),
1 500 PVVIH sont sous traitement ARV. Trois centres publics de Porto-Novo
assurent la prise en charge médicale et psychosociale des PVVIH et des
personnes malades du sida. Il s’agit du Centre d’Information et de Prise En
Charge (CIPEC), de la Direction Départementale de la Santé de l’Ouémé/
Plateau et de la Clinique Louis Pasteur de Porto-Novo. Avec l’initiative
d’accès aux ARV, une autre préoccupation est apparue au travers la qualité
de la prise en charge des PVVIH et des personnes malades du sida.
La présente étude consiste à analyser la qualité de la prise en charge dans
le centre le plus important. Sur les 1 500 PVVIH et personnes malades du
sida, sous traitement ARV sur le territoire béninois, plus de 700 personnes
sont prises en charge au CIPEC de la DDS-O/P et la Clinique Louis Pasteur.
C’est là que sont référés la plupart des malades chroniques où une prise en
charge médicale accrue s’impose.
L’objectif de l’étude est d’évaluer la qualité de la prise en charge
psychosociale des PVVIH et des malades du sida au CIPEC de Porto-Novo et
Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639
Introduction
PRISE EN CHARGE PSYCHOSOCIALE DU VIH AU BÉNIN
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deux centres sociaux de Porto-Novo au Bénin. Cette étude s’est faite avant
l’élargissement de l’accès aux ARV et donne des pistes pour renforcer
certains aspects liés à l’accessibilité et la qualité de la prise en charge.
Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639
Méthodologie
Nous avons effectué une étude transversale descriptive. La population
d’étude est constituée de trois groupes : (i) le premier groupe est constitué
des personnes vivant avec le VIH et des malades du sida qui utilisent les
services ; (ii) le deuxième groupe est constitué des agents sociaux, des
agents sanitaires, un membre de la famille de chaque malade, des distributeurs de produits ARV, des médiateurs et des personnes ressources
composées des autorités politico administratives et religieuses impliquées
dans la prise en charge ; (iii) une analyse complémentaire s’est faite sur les
PVVIH et les malades du sida à partir de leur dossier médical.
Deux méthodes ont été utilisées au cours de notre enquête. La méthode
probabiliste concerne les dossiers médicaux des PVVIH et des personnes
malades du sida (groupe 3), et la méthode non probabiliste concerne les
51 PVVIH et malades du sida (groupe 1) et 25 agents sociaux et agents
sanitaires (groupe 2), soit au total 76 personnes.
Un échantillonnage de complaisance (non aléatoire) a été fait pour le
premier groupe, c’est-à-dire les PVVIH et les personnes malades du sida qui
viennent dans le cadre de leur prise en charge au centre. Pour le deuxième
groupe, il s’agit d’un recrutement exhaustif de tous ceux qui interviennent
dans la prise en charge médicale et psychosociale des PVVIH et des malades
du sida et qui donnent des prestations au CIPEC. Ce choix s’impose en raison
du faible effectif du personnel du centre : 7 agents socio sanitaires et des
médiateurs qui ont été soumis à un guide d’entretien et une grille
d’observation. En ce qui concerne les dossiers médicaux des PVVIH et des
personnes malades du sida, nous avons procédé à un tirage aléatoire simple.
La collecte des données s’est faite via un questionnaire pour les PVVIH et
les malades du sida, un entretien individuel pour les agents sociaux,
sanitaires, médiateurs et le médecin chef du CIPEC. Par ailleurs une
observation du centre, de l’organisation et de l’exécution des tâches a été
réalisée à partir d’une grille d’observation. Des dossiers médicaux ont été
analysés à partir d’une fiche de dépouillement préalablement élaborée.
Un pré-test au service de médecine interne du CNHU nous a permis
d’améliorer les divers outils de collecte des données. L’enquête s’est
déroulée du 25 octobre au 8 novembre 2004. Les enquêteurs recrutés ont été
formés pendant 2 jours.
L’avis des personnes vivant avec le VIH et des malades du sida est étudié
au plan de l’accueil, la confidentialité, le conseil et la disponibilité des
agents. Celui des agents sociaux et agents sanitaires, est exploré par des
questions sur la supervision, leur rémunération, la prime, l’implication de
l’agent aux prises de décisions et la participation à des rencontres
scientifiques (ateliers et séminaires).
La structure et l’organisation du centre sont aussi étudiées par l’état du
bâtiment qui abrite le centre, l’hygiène et l’assainissement, les salles et les
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M. ZONGO et al.
cours propres, les points d’eau et les latrines propres, la présence de
poubelles avec couvercles, la présence de boîte pour objets tranchants, les
équipements et les mobiliers, l’organigramme des services, le respect des
normes et procédures, le programme de consultation, etc.
La compétence technique des agents est évaluée par leur niveau de
formation, le recyclage, leur aptitude et savoir faire en situations. La
continuité des services et soins est évaluée au travers de l’observance aux
antirétroviraux, aux médicaments contre les maladies opportunistes, à
l’ouverture continue du centre (cinq jours ouvrables par semaine) et à la
présence de prestataires de soins aux heures d’ouverture.
Les actions de soutien aux PVVIH et personnes malades du sida sont
évaluées par les actions de la famille, des médiateurs, des chefs religieux et
des associations des PVVIH.
Le suivi clinique et biologique est fait par le suivi de l’état pondéral, la
survenue des maladies opportunistes et la persistance de la fièvre.
Résultats
Description de l’échantillon
Sur les 51 personnes vivant avec le VIH et malades du sida interrogées,
30 sont de sexe féminin et 21 de sexe masculin (tableau I).
Tableau I : Répartition des PVVIH et malades du sida en fonction de l’âge, de la religion
et du niveau d’instruction
n
%
– < 20 ans . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
2
3,8
– 20-29 ans . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
18
15,1
– 30-39 ans . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
35
41,5
– 40-49 ans . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
14
26,4
– 50 ans et plus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
7
13,2
Religion
– Chrétien. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
25
47,1
– Musulman . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
19
17,0
– Traditionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
26
30,2
– Autres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3
5,7
– Primaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
31
34,0
– Secondaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
30
37,7
– Supérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
4
7,5
– Sans instruction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
11
20,8
Niveau d’instruction
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Tranche d’âge
PRISE EN CHARGE PSYCHOSOCIALE DU VIH AU BÉNIN
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La tranche d’âge la plus touchée se situe entre 30 et 39 ans, soit une
proportion de 42 %. Les personnes ayant un niveau d’étude secondaire
sont majoritaires avec 38 % suivies de celles ayant un niveau d’instruction
primaire (34 %).. Sur les 76 personnes interrogées, notre étude a révélé que
23 % sont des chauffeurs (routiers), 17 % des fonctionnaires et 15 % des
artisans. 40 % sont mariées suivis des célibataires avec 36 %. Sur les
76 personnes interrogées, 59 % ont plus au moins 4 personnes à charge.
Structure et organisation des centres
Dans un centre, le bâtiment qui abrite le service social est le même que le
service de rééducation. L’agent chargé de l’accueil des patients reçoit les
patients à l’entrée du hall. Les patients n’ont pas de douches ni de toilettes
au CHD/OP. Il y a un manque de personnel dans tous les centres visités
surtout au CHD/OP et il n’y a pas d’organigramme établissant la hiérarchie
entre les agents. Cette situation ne permet pas une bonne visibilité des
activités réalisées par le centre. Nous avons cependant observé une bonne
relation inter personnelle au sein des structures. Il existe également une
bonne collaboration entre les différents centres visités et le Programme
National de Lutte contre le sida (PNLS). Le programme de consultation affiché
ne correspond pas au programme exécuté. Par contre, le personnel du CHD/OP
n’est pas supervisé et l’environnement n’est pas favorable à leur motivation.
L’absence de recherche des patients perdus de vue et le non respect des
supervisions sont dus à la non disponibilité d’une moto et de primes de
supervision. Il faut noter que la motivation du personnel est un élément
fondamental pour un meilleur rendement au travail.
Santé publique 2009, volume 21, n° 6, pp. 631-639
Performance des agents
La performance des agents est appréciée par les PVVIH/sida, mais
l’insuffisance du personnel peut agir sur la qualité de service et ce sont les
patients déjà fragilisés qui en subissent les conséquences.
Un autre type de problème posé est celui de l’information soulevée par une
malade de sida aujourd’hui alitée. Elle disait « mes parents qui ont été
informés depuis des années que j’ai le sida, ont attendu maintenant pour
m’informer ». Cette réflexion pose le problème de l’information à temps par
le personnel des sujets infectés pour leur permettre de prendre leurs
responsabilités.
Pour réussir l’information, cela nécessite des compétences que l’assistance
sociale, le sociologue ou le psychologue sont censés avoir. Il faut au besoin
donner au médecin ou aux autres soignants les armes nécessaires pour
réussir l’annonce du résultat aux personnes concernées.
Un médecin travaillant à l’hôpital nous a confié au cours d’un entretien
l’importance du manque de personnel et surtout du rôle de l’assistant social
dans la structure en ces termes « c’est elle la première personne qui prend
contact avec l’entourage social, s’informe des problèmes qui se posent à
l’individu afin d’y proposer des solutions. Elle a le désir de convaincre le
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M. ZONGO et al.
malade ou le séropositif du sort qui est le sien et les comportements que lui
impose sa nouvelle situation ». Or, l’absence des assistants sociaux ou
d’autres personnes qualifiées au sein des structures s’occupant des malades
du sida et de personnes séropositives (structures publiques ou privées) est
patente.
Le niveau de satisfaction des PVVIH/sida par rapport à la confidentialité, la
qualité du conseil et la disponibilité du personnel est bon dans l’ensemble
sauf au CHD/OP. Seul l’accueil réservé aux PVVIH/sida est bien apprécié par
ces derniers. Cette enquête soulève l’épineux problème du secret médical :
avertir les parents ou amis avec ou sans l’accord du patient ne relève pas
du ressort du soignant. Pourtant deux personnes infectées n’ont pas pu
s’empêcher de se fondre en larmes quand elles nous disaient avoir été
rejetées par leurs propres parents. Les attitudes dominantes chez les parents
et amis sont les pleurs, le rejet et l’agressivité [6]. Cela pose le problème de
la confidentialité, du respect du secret médical et du respect du patient.
Il est éthiquement interdit, du point de vue de la déontologie médicale,
de communiquer le résultat VIH de quelqu’un à sa famille sans son
consentement, a fortiori s’il n’est même pas informé lui-même de son statut.
Les pleurs chez les parents traduisent la compassion, le désespoir. Cela
exprime un sentiment douloureux des parents et amis de la perte d’un être
qu’ils aiment et qui « mourra incessamment ». La crainte de cette perte
imminente bouleverse le projet d’avenir de certains parents pour leur enfant.
Ainsi, la mère d’un patient lui déclare « je ne te construirai plus l’atelier de
mécanique, cela me semble un gaspillage car je ne sais plus combien de
temps tu as encore à passer sur terre ».
Une autre patiente déclare « j’ai un gros problème. Il y a quelques temps
je me suis confiée à une amie, un jour de déprime. Je lui ai dit que j’étais
séropositive. Elle l’a répété au voisinage, à mon employeur. On habite dans
le même quartier, c’est très convivial d’habitude, mais maintenant les enfants
ne viennent plus chez moi. Ma mère ignore ma situation, je ne veux pas
qu’elle l’apprenne, et encore moins comme ça ».
Ces malades constituent pour la plupart des charges supplémentaires pour
les parents. Le sujet infecté et surtout malade, n’est plus capable de se
prendre en charge convenablement, encore moins d’apporter des aides à
ses parents. La PVVIH/sida est rejetée par les siens. L’amenuisement des
ressources associé au rejet contribue au relâchement des liens familiaux.
Le sida est en train de mettre en péril la solidarité africaine, créant la faillite
du système de la famille élargie surtout lorsqu’il y a plusieurs vieillards à
prendre en charge. Un autre facteur contribuant au relâchement des liens
familiaux est l’atteinte à la renommée de la famille par la société. Cette
situation risque à la longue d’entraîner la non utilisation des services, surtout
si on sait qu’un PVVIH appartenant à la deuxième catégorie peut facilement
développer un état de dépression mentale pouvant parfois aboutir aux idées
de suicide.
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Satisfaction des utilisateurs de services (PVVIH/sida)
PRISE EN CHARGE PSYCHOSOCIALE DU VIH AU BÉNIN
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Il faut noter que les PVVIH/sida enquêtées sont satisfaites des services
de leurs pairs. Il se pose alors un problème, comment récupérer ces PVVIH
déprimés et comment assurer leur prise en charge ?
Par rapport aux besoins, les PVVIH enquêtées souhaiteraient une
assistance matérielle et financière, un peu plus d’affection, plus d’amour des
parents et de la société. Tout malade souhaite avoir des moyens pour se
traiter. Les besoins d’amour, d’affection, exprimés ne traduisent qu’une
situation réelle. La société ne semble pas percevoir tout le mal qu’elle se fait
en rejetant ces personnes.
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Satisfaction des prestataires
Les prestataires ne sont pas satisfaits de leurs prestations. Ils ont rapporté
des défaillances considérables dans la qualité des services qu’ils offrent aux
PVVIH/sida par manque de personnel. Les enquêtés ont déploré les attitudes
de mépris à l’égard des malades par les familles.
L’assistant social de CHD/OP nous a déclaré « la prise en charge des
malades est très difficile et exigeante pour les soignants car elle
s’accompagne d’une charge émotionnelle lourde, due souvent à la gravité de
la maladie chez des patients généralement jeunes. L’assistant social, ou en
partenariat avec le psychologue ou le psychiatre, peut constituer pour les
soignants un soutien en vue de surmonter les difficultés psychologiques de
la prise en charge et de l’accompagnement. L’assistant social se met au
service des PVVIH/sida, de leurs parents et de la communauté tout entière
pour un travail patient de sensibilisation, pour une animation de groupe.
Alors avec un personnel non suffisant vous imaginez ce que cela peut
entraîner comme désagrément ».
Les enquêtés ont aussi souligné l’importance des organisations non
gouvernementales (ONG) nationales et internationales et le PNLS qui offrent
des consultations gratuites et fournissent des vivres aux PVVIH. D’autres les
aident financièrement et matériellement. Ils reçoivent des conseils de ces
ONGs. Les plus citées sont le projet SEDEKON et le projet Vie Nouvelle.
Cependant, la fréquentation de ces ONGs par les PVVIH est faible. Il faut
signaler aussi le manque de collaboration franche avec les associations
locales des PVVIH.
Discussion
Cette approche descriptive donne des éléments sur l’organisation des
services de prise en charge à travers la structure organisationnelle qui est
satisfaisante dans l’ensemble excepté le service d’accueil du CHD/OP.
L’étude permet aussi d’évaluer le niveau de performance du personnel qui
est assez bon, de mesurer un certain niveau de satisfaction des utilisateurs,
mais qui est cependant non satisfaisant chez les prestataires. Enfin, nous
avons analysé des facteurs liés aux accessibilités géographique, financière et
linguistique dans les différents services. Ce sont les principaux bénéficiaires
des services de prises en charge qui ont exprimé leur opinion sur la qualité
M. ZONGO et al.
des services. Cette étude n’est cependant en rien représentative de la
population des PVVIH traitées ou non au Bénin.
Des points importants ressortent des résultats présentés dont entre autres
les problèmes d’information et la contradiction apparente qui apparaît entre
l’avis des malades et l’avis des soignants. Une étude qualitative sur la prise
en charge psychosociale du malade du sida et du séropositif réalisée à
Cotonou en janvier 1996 avait interviewé 19 jeunes. Les adolescents et les
jeunes adultes sont en effet sexuellement plus actifs. Ils sont également
actifs économiquement et leur apport en revenus dans la famille est
substantiel. Leur état infectieux entraîne un amenuisement des ressources
familiales et par ricochet, de nombreux problèmes sociaux [9]. Selon ARCATsida, « les décès d’adultes jeunes laissent de nombreux enfants, femmes
et vieillards sans soutien » [7]. Au moment de l’annonce de la séropositivité,
il est naturel que les personnes rencontrent des difficultés psychologiques [15].
La population du niveau d’instruction primaire et secondaire occupe une
proportion importante dans notre échantillon. En effet, elle connaît les
méthodes modernes de protection tel le préservatif ou elle en a entendu
parler au moins une fois. Aussi est-elle réticente prétextant que le préservatif
diminue le plaisir, qu’il n’est pas naturel et n’est pas un moyen sûr. De par
de leur occupation principale, ce sont les chauffeurs qui sont les plus
touchés. Leurs métiers les obligent à se déplacer pendant longtemps loin
de leurs maisons, ce qui peut les amener à avoir des comportements à
risque [16].
Le christianisme regroupe à lui seul 23 séropositifs et malades de sida sur
les 51, suivi de la religion traditionnelle (30 %). À Porto-Novo, il existe une
forte influence de l’église. Le fort taux de chrétiens nous incite à penser à
l’importance de l’utilisation des églises pour l’information, l’éducation et la
communication sur le sida.
Dans une étude réalisée au Zimbabwe, il a été montré que des ouvriers
d’une usine avaient appris, pour une dépense de 6 dollars à peine par
ouvrier, à fournir à leurs collègues une information sur le sida et sur les
services à l’appui des comportements sans danger. Cette démarche a fait
tomber le nombre des infections à VIH d’un tiers par rapport aux usines qui
n’avaient pas investi dans la prévention. Pour 170 dollars par entreprise et
par année, ces employeurs se sont unis à d’autres pour créer un fonds
d’investissement destiné à financer l’éducation des travailleurs, le conseil et
le dépistage gratuit pour tous les employés qui le souhaitent [2, 14].
Des efforts ont été consentis par le gouvernement béninois et les
partenaires au développement pour structurer et améliorer la prise en
charge. Il y a cependant eu peu d’études sur la qualité de la prise en charge
médicale et psychosociale des PVVIH et des personnes malades du sida au
Bénin.
Une étude qualitative axée sur l’identification des facteurs socioculturels et
économiques influençant la participation de la famille à la prise en charge
psychosociale de son membre atteint du sida à Cotonou a déjà été réalisée
[9]. Il est important que de telles études continuent à être menées dans le
pays. Elles devraient permettre de tirer des leçons des différentes activités
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mises en œuvre afin d’améliorer la qualité de la prise en charge psychosociale des PVVIH et des personnes malades du sida. Il est souhaitable que
les résultats de ce travail puissent aider les autorités de la ville de PortoNovo à améliorer la qualité de prise en charge psychosociale des PVVIH. Il
serait de plus intéressant de faire une étude semblable aujourd’hui, dans les
mêmes sites, et pouvoir ainsi comparer l’évolution des caractéristiques de la
prise en charge et de l’organisation des soins et des services.
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