Rôle du Produit Intérieur brut (PIB)
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Rôle du Produit Intérieur brut (PIB)
1 Document d’étude syndical (Séminaire CGTM du 19 mars 2008) Thème : POUVOIR D’ACHAT, PRIX ET SALAIRES Sujet : ELEMENTS SUR LA FORMATION DES PRIX Introduction : Le pouvoir d’achat des travailleurs dépend des variations comparées des salaires et autres revenus (allocations et minima sociaux par exemple) d’une part et du niveau général des prix à la consommation d’autre part. Or la formation des prix dans une économie insulaire où, dans la plupart des secteurs-clés, des monopoles ou des oligopoles (un petit nombre d’entreprises), souvent à caractère familial, se partagent l’essentiel du marché obéit à une logique de constitution fréquente de surprix et de sur- marges qu’il conviendrait d’analyser et de combattre. Incontestablement le niveau des prix élevé en Martinique et le rythme parfois supérieur de l’inflation martiniquaise par rapport à l’inflation française sont des facteurs de pression à la baisse du pouvoir d’achat dans la mesure où beaucoup de revenus sont fixés en référence à des indicateurs de France. Il s’agit là d’une contradiction majeure de la société martiniquaise. IRôle du Produit Intérieur brut (PIB) dans le pouvoir d’achat 1- Le cadre général de la formation des prix Avant d’examiner la question de la formation des prix dont dépend l’évolution du pouvoir d’achat il convient d’avoir à l’esprit une donnée essentielle : sous des formes nouvelles subsistent pour l’essentiel les éléments du « pacte colonial » liant la Martinique à sa métropole, la France. Ci-après un résumé adapté d’un schéma de l’économie martiniquaise emprunté à une étude de Jean Crusol il y a 30 ans (« Déséquilibres de la croissance excentrée en économie insulaire »). 2 ECONOMIE METROPOLITAINE & EUROPÉENNE Secteur financier Métropolitain Secteur administratif métropolitain Entreprises privées et publiques métropolitaines Commerce métropolitain Compagnies métropolitaines de transport maritimes et aérien (CGM, AIR France, etc) ECONOMIE MARTINIQUAISE F=Sous-secteur Financier + A=Sous-secteur administratif C= Sous-secteur + économique (dont grand commerce et services locaux) F +A +C = Nouveau secteur vertical intégré (NSV) D=Secteur domestique P= Secteur de (artisanat, jardins créoles, plantation (banane, économie informelle, etc) rhum, sucre, tourisme, etc) CHÔMAGE & SOUS-EMPLOI EMIGRATION MARTINIQUAISE IMMIGRATION METROPOLITAINE Le nouveau secteur vertical intégré comprend le sous secteur financier intégré aux institutions financières françaises (F), l’administration (A) obéissant aux directives centrales et le grand commerce capitaliste (C) de plus en plus intégré au grand commerce français (franchises, capitaux, etc). Le secteur touristique figure dans le secteur de plantation. Le secteur domestique (D) est faible et arriéré et marginalisé. Le secteur de plantation (P) dominé encore par l’oligarchie béké ne tient qu’à coup d’aides publiques. La demande est stimulée par les transferts financiers et sociaux de l’Etat et de l’Europe qui se transforment en profits pour les capitalistes locaux et métropolitains et européens et en impôts pour l’Etat. C’est la nouvelle forme d’exploitation de type colonial. La terre martiniquaise est bradée aux spéculateurs français alléchés par la défiscalisation. L’économie de la Martinique est dans une situation de dépendance totale vis-àvis de l’économie française et européenne. La néo- colonie départementale achète et consomme au principal ce que produit la métropole et aujourd’hui l’Europe, y compris une bonne part de l’alimentation ; ces produits sont transportés par les compagnies maritimes et aériennes de la métropole en 3 situation d’entente cartellisée. Le peu de produits fabriqués etexportés par la Martinique voit ses prix fixés par les autorités européennes et le marché français. Ils ne subsistent que grâce à des aides européennes en voie de diminution (banane). L’industrie locale pour le marché intérieur résiste mais recule dans le Produit Intérieur Brut et est soumise au dumping permanent des concurrents de France et d’Europe à travers les Centrales d’achat des grandes surfaces. Les quelques velléités de développement endogène (secteur domestique) sont refoulées par la dynamique de l’intégration capitaliste à l’Europe. 2- Le Produit Intérieur Brut (PIB) ou richesse martiniquaise Le Produit Intérieur Brut ou PIB est un agrégat de la comptabilité nationale fournissant une mesure de la production. Il est égal à la somme des valeurs ajoutées augmentée de la TVA grevant les produits et les droits de douane nets des subventions à l’importation. La valeur ajoutée est la richesse créée par une entreprise, un secteur institutionnel ou une branche au cours d’une période donnée. La valeur ajoutée brute est égale à la valeur de la production moins la valeur des consommations intermédiaires. La somme des valeurs ajoutées brutes correspond approximativement au PIB. Cette richesse nouvellement créée est distribuée sous forme de revenus (répartition primaire) : salaires, excédent brut d’exploitation (profits), impôts. En 2004 (derniers comptes définitifs connus), la structure de la valeur ajoutée totale en Martinique et en France étaient les suivantes : STRUCTURE DE LA VALEUR AJOUTÉE MARTINIQUE EN 2004 Secteurs Martinique France En M€ En % En Mds € En % Services marchands Services administrés Agriculture Industrie Construction 3 262,2 50,5 % 2 107,9 32,6 % 173,6 2,7 % 518,6 8,0 % 339,2 6,2 % 741,3 283,7 38,1 242,2 68,5 54,0 % 20,7 % 2,8 % 17,6 % 5,0 % On observe la prédominance du secteur tertiaire en Martinique (83,1 % du PIB contre 75,1 % en France) et surtout la part relativement élevée de l’administration (32,6 % contre 20,7 % en France) dans le PIB. Cela tient en réalité à la faiblesse des secteurs productifs (agriculture + industrie + construction = 17,9 % du PIB contre 25,4 % en France) et au sous et mal- 4 développement martiniquais résultant de la situation de type néo-coloniale décrite supra. Pour mesurer l’évolution, indiquons qu’en 1970 les secteurs productifs (agriculture, industrie, construction) représentaient 36,9 % du PIB, les services marchands 40,2 % et les services administrés 19,5 % ( 59,7 % au total pour le tertiaire). La progression du PIB représente ce que l’on appelle la croissance économique ou de la richesse martiniquaise : Selon l’INSEE, la croissance du PIB aurait été en Martinique de : 2004 : + 3,9 % 2005 : + 4,4 % 2006 : + 2,8 % (France : 2 %) ; 2007 : probablement plus faible qu’en 2006 selon l’IEDOM (France : + 1,9 %). Le PIB en 2006 serait, selon le CEROM (Comptes économiques rapides d’outre-mer) de 7 648 millions d’euros. Le PIB par habitant serait de 19 050 €. A noter que le PIB/habitant augmente artificiellement du fait du ralentissement démographique. La croissance en France, dont la Martinique dépend largement par les transferts publics, est faible depuis deux décennies. En 2OO8, en dépit d’une prévision officielle de + 2 à + 2,5 %, elle serait selon les experts au maximum de + 1,5 %. De plus, personne ne sait quel sera l’impact de la crise financière venue des Etats-Unis (subprimes) et de la récession dans laquelle plonge la première économie de la planète. La consommation des ménages, qui représente 47,9 % du PIB en Martinique (44,1 % en France), a évolué comme suit : 2004 : + 1,2 % ; 2005 : + 2,8 % ; 2006 : + 1,6 % 2007 : Chiffre de progression plus faible qu’en 2006, selon l’IEDOM.La consommation et la construction se mettent en panne. Les organismes officiels (IEDOM, AFD, INSEE) indiquent qu’en 2006 « cette faiblesse (de la consommation. NDR) s’explique par une progression limitée des revenus : si les prestations sociales versées en 2006 augmentent de 3,5 %, les augmentations salariales ont dans l’ensemble été modérées…Cette moindre revalorisation s’inscrit dans un contexte de hausse des prix contenue, mais dont le niveau est suffisamment élevé pour atténuer les gains de pouvoir d’achat ». Cette faiblesse de la consommation des ménages martiniquais en 2006 et en 2007 succède à un coup d’arrêt brutal en 2005 pour les mêmes raisons : faible progression des salaires et remontée de l’inflation. La masse salariale représentait 4 348 millions d’euros en 2006 en Martinique pour 107 641 emplois salariés. Elle avait progressé de + 2,3 % par rapport à 2005 alors que les prix à la consommation avaient augmenté de + 2,4 %. Donc 5 le pouvoir d’achat global avait reculé de – 0,1 % en 2006. La masse salariale représentait 56,9 % du PIB au lieu de 53,5 % du PIB en 1993. Cette progression est due d’abord à une salarisation du travail au détriment de l’économie domestique et informelle. Ces données montrent que la stagnation du pouvoir d’achat, voire son recul pour certaines catégories de salariés. Par contre, la masse des profits bruts (excédent brut d’exploitation) était en 2006 de 2 331 millions d’euros en progression de + 5,5 % sur 2005, après + 7,8 % en 2005 sur 2004 et + 6,4 % en 2004 sur 2003. Les profits bruts des entreprises non financières représentaient 30,5 % du PIB en 2006 au lieu de 27,7 % du PIB en 1993 traduisant la concentration du capital martiniquais. La différence s’explique par le recul des emplois non salariés et des revenus des entrepreneurs individuels (sources : CEROM 2006 et « L’économie martiniquaise au passage de 2000 : une trajectoire vertueuse ? » par l’IEDOM, l’AFD et l’INSEE- Juin 2005). Pour augmenter le pouvoir d’achat, il s’agit d’accroître les richesses (biens et services) pour répondre aux besoins sociaux et économiques, pour réduire les inégalités, à partir des emplois qualifiés et en préservant l’environnement. Il faut aussi en modifier la répartition. En France par exemple, la part des salaires dans le produit intérieur brut a baissé de 9,3 % en 23 ans (entre 1983 et 2006) au profit du capital. Au cours de la même période, en Europe cette part a chuté de 8,6 % et dans les pays membres du G7 elle a reculé de 5,8 % (cf article de François Ruffin « Partage des richesse, la question taboue) – Le Monde Diplomatique Janvier 2008). En France « donc il y a en gros 120 à 170 milliards d’euros qui ont ripé du travail vers le capital », selon Jacky Fayolle, ancien directeur de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES). A titre de comparaison, le déficit de la Sécurité sociale en France est de 12 milliards d’euros et celui des retraites de 5 milliards d’euros. Il faut à la fois plus de consommation pour répondre aux besoins et relancer l’activité. Une relance de l’offre par l’emploi qualifié, stable, correctement rémunéré. Cependant la seule relance par la demande engendrerait un surcroît d’importations et l’écrasement de la production locale et donc de l’emploi, ainsi que l’accentuation de la dépendance économique du pays. Aussi la question du pouvoir d’achat dans notre pays ne peutelle être dissociée non seulement de celles de l’emploi et des salaires mais aussi de la stratégie de développement économique, social, culturel et écologique à mettre en oeuvre. 3- La productivité La productivité (quantité de richesses produites dans une heure de travail) contribue aussi à la croissance du pouvoir d’achat et du niveau de vie. Son augmentation résulte de l’interaction de multiples facteurs : 6 -facteurs liés au travail : organisation du travail (taylorisme), qualification des travailleurs ; - facteurs liés au capital : allongement de la durée d’utilisation du capital, rajeunissement du capital ; - facteurs indirects : augmentation générale du niveau d’instruction, concentration de l’appareil productif ; La répartition des gains de productivité est un enjeu social et économique entre les travailleurs (augmentations de salaires), les entreprises (hausse des profits) et les consommateurs (baisse des prix et gains de pouvoir d’achat). Les gains de productivité sont une condition nécessaire à la compétitivité des entreprises et à la hausse du niveau de vie. La productivité apparente du travail consiste pour les capitalistes à augmenter la production et les profits en diminuant le nombre de travailleurs employés par l’introduction de nouvelles machines (défiscalisation). Cette forme de productivité joue contre l’emploi. En Martinique, selon l’INSEE, la « productivité apparente du travail » a augmenté entre 1993 et 2001 de 0,8 % par an alors qu’en France elle avait cru de 1,6 % par an, soit la moitié de la France. Elle aurait permis en Martinique, sur cette période 1993/2001, à la fois de « stabiliser » le chômage, d’augmenter le pouvoir d’achat des salaires de + 3,7 % par an et celui des profits des entreprises de + 2,1 % par an. Il existe un autre indicateur de mesure du développement, l’indicateur de développement humain (IDH). Il est calculé par le programme des NationsUnies pour le Développement (PNUD). Il prend en compte la longévité, le savoir et le niveau de vie et est supposé mieux mesurer le processus complexe du développement que l’indicateur du PNB de la Banque mondiale ou le PIB. Il s’agit de rendre compte de la dimension qualitative du progrès socioéconomique. En 2000. la Martinique serait au 29 ème rang mondial devant la Barbade 32 ème. II- Evolution et formation des prix Les DOM sont des « zones de prix élevés », reconnaît l’IEDOM. 1- L’évolution et le niveau des prix Les raisons avancées sont l’insularité, l’éloignement (source de coûts de transport accrus), et la petite taille de leurs marchés. La question des marges des importateurs n’est pas évoquée par les organismes officiels. Les mécanismes de détermination des prix qui auraient pu être relativement autonomes sont en fait liés et dépendants de la métropole. Globalement, l’inflation de la période 19902005 a évolué au même rythme sensiblement qu’en France. Seuls celui des prix des produits alimentaires se différencie. Les facteurs explicatifs sont : la prépondérance des échanges avec la France (60 %) et l’Europe (80 %), le rattrapage des prestations sociales et du Smic, l’application de l’environnement 7 institutionnel et du mode de fixation de certains prix comme en métropole (assimilation juridique presque totale, législation du travail, mode de négociation des salaires, salaires publics, tarifs publics, etc). a) La variation des prix De 1990 à 2005, soit en quinze ans, les prix à la consommation ont augmenté en France de 30 %, de 31 % en Guadeloupe et de 32 % en Martinique. Soit une hausse moyenne de 1,7 % par an en France contre 1,8 % par an en Martinique sur cette période. Cependant, toujours sur 1990-2005, l’alimentation hors tabac augmente de 2 % par an en Martinique contre 1,5 % par an en France. Les produits frais : + 2,7 % par an en Martinique contre + 1,7 % par an en France. Les écarts sont plus conséquents pour ces postes de dépenses touchant les ménages populaires (Smicards, chômeurs, Rmistes, etc). L’indice des prix à la consommation est calculé suivant les mêmes méthodes qu’en France depuis 1993. Le poids des différentes catégories de produits dans l’indice des prix à la consommation (IPC) en 2005 est le suivant : Part des différentes catégories de produits dans l’IPC Martinique France Alimentation 22 % 17 % -Produits frais 6% 2% -Alimentation hors produits frais 17 % 15 % Tabac 1% 2% Produits manufacturés 29 % 32 % Energie 8% 8% Services 40 % 41 % Il faut signaler que la dernière enquête de consommation de l’INSEE date de 2001. La structure de consommation des ménages martiniquais s’est rapprochée de celle de la France et s’est tertiarisée tout au long des années 1990. Le RMI a été instauré en 1989.Le Smic a été aligné sur la France en 1996. La hausse de la productivité et la baisse des charges sociales initiée par la loi Perben (1994) poursuivie par la LOOM de Jospin (2000) et la LOPOM de Girardin (2003) auraient permis d’absorber le rattrapage salarial sans trop de dérapage inflationniste. Mais au prix d’un chômage élevé (plus de 20 %). L’efficacité des exonérations de charges sociales patronales plus généreuses qu’en France et dont le coût a été évalué à 843 millions d’euros en 2005 pour l’ensemble des DOM n’a pas été prouvée à ce jour en matière de créations d’emplois ! Sur la période récente de 2000 à 2007, voici l’évolution comparée des prix entre la Martinique et la France : 8 Evolution comparée des prix Martinique/France entre 2000 et 2007 Années Martinique France Différence Mar/Fra % 2000 1,1 % 1,6 % - 0,5 % 2001 2,4 % 1,4 % + 1,0 % 2002 2,2 % 2,3 % - 0,1 % 2003 1,5 % 2,2 % - 0,7 % 2004 2,8 % 2,1 % + 0,7 % 2005 1,9 % 1,5 % + 0,4 % 2006 2,8 % 1,5 % + 1,3 % 2007 2,9 % 2,6 % + 0,3 % Cumul différentiel + 2,4 % On observe que, régulièrement depuis 2004, l’inflation mesurée officiellement en Martinique est supérieure à l’inflation en France. Depuis 2000, l’écart de niveau de prix Martinique/France s’est encore accru de + 2,4 %. Cela pose un sérieux problème pour tous les revenus qui sont fixés par référence à l’inflation française tels que traitements dans la fonction publique, RMI, allocations chômage, minimum vieillesse, Smic, allocation adultes handicapés, allocations familiales, etc. Ainsi les syndicats en France chiffrent la perte de pouvoir d’achat dans la fonction publique à – 6 % depuis l’année 2000. Avec le supplément d’inflation 2000/2007 de + 2,4 % en Martinique, la perte pour les fonctionnaires martiniquais est de 8,4 %. Et de la sorte la prime de vie chère de 40 % est régulièrement entamée par ce mécanisme d’inflation différentielle. Il n’est pas étonnant que la consommation ralentisse depuis 2005. Or, il s’agit du principal moteur de l’économie désarticulée, artificielle et dépendante de ce pays. A titre d’élément de réflexion, voici le différentiel d’inflation supplémentaire en Martinique par rapport à la France cumulé sur certaines périodes (calculé par nos soins à partir des indices INSEE) : Période 1968/ 1984 : + 15,8 % ; Période 1980/ 1992 : + 7,2 % Période 1988/ 2007 : + 2,5 % b) Quant au niveau des prix, la dernière enquête de comparaison spatiale menée par l’INSEE date de 1992. Le niveau général des prix de détail en Martinique et en Guadeloupe serait supérieur de 10 % au niveau de la France au début des années 1990. L’écart de niveau des prix entre la Martinique et la France serait donc de l’ordre de + 12 % en Martinique par rapport à la France en 2005 puisque entre 1990 et 2005 l’écart d’inflation Martinique/France a été de + 9 2 % Il serait de 13,6 % en fin 2007 si on ajoute l’écart de prix de + 1,6 % qui s’est instauré en 2006 et 2007. Aucune étude sérieuse sur les raisons des différences de prix Martinique/France n’est menée depuis la libération des prix en 1987 (ordonnance Balladur). A titre d’illustration concrète voici quelques comparaisons à partir de prix relevés officiellement en juillet 2007 par l’INSEE en Martinique et en France : COMPARAISON DE QUELQUES PRIX France/Martinique JUILLET 2007 (relevés INSEE) Produits/Services Prix Prix Ecart Observations France € Martinique Martinique/France € en % Essence sans 1,33 € 1,37 € +3% plomb (ESP) 1 L Consultation 22 € 24,50 € + 10 % généraliste Lait UHT ½ 0,66 € 0,99 € + 50 % écrémé 1 L Emmenthal 8,25 € 10,97 € + 33 % 1 kg Pates supérieures 0,71 € 1,33 € + 87,3 % 500 gr Cotes de porc 1 7,38 € 10,49 € + 42 % kg Heure 58,40 € 51,42 € - 12 % mécanique auto Sucre roux local 1,37 € (en 1,78 € + 30 % 1 kg morceaux) Huile tournesol 1 1,75 € 2,45 € + 40 % L Beurre pasteurisé 1,50 € 2,22 € + 48 % 1 kg Bière locale pack 2,85 € 5,02 € + 76 % de 6 Baguette 0,79 € 0,56 € - 29 % ordinaire 0,25 kg Butane btle 12,5 26,06 € 21,10 - 19 % kg L’INSEE observe l’évolution des prix de détail mais ne peut l’expliquer. C’était le rôle de la Direction régionale de la Concurrence et de la Consommation d’analyser les facteurs de formation des prix. Depuis la libération des prix en 1987, les différents pouvoirs n’ont plus programmé ce genre d’études, sauf de 10 manière ponctuelle dans les DOM. Il est pourtant nécessaire de savoir pourquoi, par exemple, l’huile de tournesol coûte 40 % plus cher en Martinique et d’agir concrètement sur les causes des surcoûts décelées. Le démantèlement annoncé de la DGCCRF, sous couvert de réforme de l’Etat ne va pas dans le sens des intérêts des consommateurs martiniquais et français. 2-La formation des prix Les prix à la consommation se situent au stade final de la formation des prix, après incorporation des prix importés, y compris les coûts de transport, du comportement de marge des producteurs et commerçants locaux et adjonction des taxes telles que TVA et octroi de mer. -La formation des prix de biens importés dépend des coûts de production des pays fournisseurs de la Martinique (France, Europe, etc) et des coûts de transport maritime et aérien qui sont quasi monopolistiques. - S’il s’agit de produits locaux, les prix dépendront principalement des coûts de production (salariaux et non salariaux). Dans les deux cas, ils sont sujets au niveau de marge prélevé par les producteurs ou les importateurs- distributeurs locaux. Ils intègrent aussi les coûts de transport par le biais des consommations intermédiaires (matières premières, équipements, énergie, etc). En définitive, l’influence des prix français et européens est déterminante. L’inflation est en grande partie importée. Les normes de production (normes de qualité, etc) qui ont une incidence sur les coûts de production sont les mêmes. Les modes de revalorisation de loyers sont les mêmes qu’en France. Seule subsiste une relative autonomie économique dans la fixation de certains prix de produits liés aux services et au logement. L’économie martiniquaise a été intégrée à marche forcée dans l’économie française et européenne, ce qui a écrasé les forces productives et engendré le chômage massif et structurel. Les facteurs éventuels de divergence avec les prix métropolitains sont : - des dispositions fiscales spécifiques : TVA, Octroi de mer (en sursis jusqu’en 2014), fiscalité du tabac déterminée par le conseil général, taxe spéciale sur les carburants fixée dans certaines limites par le Conseil régional (équivalent de la TIPP de France). - certains prix réglementés comme les carburants. Les prix sont libres comme en France, mais dans les secteurs où la concurrence est limitée par des situations monopolistiques ou par des difficultés d’approvisionnement l’Etat peut réglementer par décret dans les DOM. La réglementation des prix des carburants, par exemple, contribue à amortir les chocs des fluctuations des cours du pétrole et à décaler leur impact dans le temps. Ainsi en 2007, les prix de produits pétroliers ont augmenté de + 4,9 % en Martinique contre + 17,1 % en France. L’action de contrôle des prix a limité la hausse. 11 - Les aléas climatiques tels les cyclones comme Dean. Le gouvernement n’a pris aucune mesure pour encadrer les dérapages des prix alimentaires après le dernier cyclone. Structure des prix en Martinique Les prix de détail peuvent être schématisés comme la somme des éléments constitutifs ci-après : Prix d‘achat effectivement payé, déduction faite de toute remise et hors TVA ; Frais d’intervention d’une centrale d’achat ; Frais de transport jusqu’au port ou aéroport d’embarquement ; Frais d’embarquement et de transit et honoraires des commissionnaires agréés en douane ; Fret maritime ou aérien : les quasi monopoles ou cartel de la conférence de fret France Antilles-Guyane de la CGM et d’Air France et autres transporteurs pratiquent des tarifs hors tout contrôle ; en décembre 2006, le coût de transport Europe/Antilles d’un conteneur de 20 pieds était de 1 911 € dont 1 769 € de fret et 171 € d’ IFP (Interim Fuel Participation- Surcharge fioul) ; l’envolée des prix du pétrole a une incidence directe sur le coût de la vie en économie insulaire ; Assurance ; Frais de débarquement et de mise sous hangars ou terre-pleins la cas échéant ; Droits et taxes perçus à l’entrée sur le territoire de la Martinique à l’exclusion de la TVA : cela inclut l’octroi de mer au taux moyen de 9,5 % qui alimente les budgets des communes, de la Région et du département ; droits de port, etc ; Frais de transit et honoraires de commissionnaires agréés en douane ; Frais de magasinage au titre du service des hangars et aires de dédouanement ; Frais de transport du quai ou de l’aéroport au magasin de l’importateur ; Frais d’entreposage frigorifique ; Marges de gros, s’il y a lieu ; Marges de détail, s’il y a lieu ; Ou marge cumulée en cas de vente directe au consommateur ; TVA au taux inférieur au taux métropolitain du fait de l’existence de l’octroi de mer ( 8,5 % pour le taux normal contre 19,6 % en France). Le coût du transport, l’intervention de certains intermédiaires et le niveau des marges pratiquées par la grande distribution capitaliste peuvent expliquer les différences de niveau de prix Martinique/France. Ainsi la grande distribution 12 capitaliste est essentiellement le fait de groupes familiaux de l’oligarchie sous franchise d’enseignes métropolitaines. Huit groupes concentrent 94 % des surfaces commerciales opérant dans la quasi- totalité des secteurs du commerce. Il s’agit notamment des groupes ci-après : Albert (Intersport, Nocibé), Louis Delhaise (Cora, Match, Ecomax), Patrick Fabre (Leader Price), Germon et Baudoin (Conforama, But), Bernard Hayot (Carrefour Fort-de-France, Mr Bricolage), Ho-Hio-Hen (Géant, Casino, Cyber H), Lancry racheté par GBH ( Carrefour Lamentin, Ed, Leroy-Merlin, Obi), Osenat (Librairie Antillaise), Parfait (Hyper U Lamentin et Fort-de-France), Roseau (Weldom, Baobab, Sport 2000), Gérard Huyghes-Despointes (Champion, 8 à 8), Thierry HuyghesDespointes (Madimarché, Foir’fouille). En réalité, la possibilité de régulation des prix est peu utilisée par le pouvoir en raison de son dogmatisme néolibéral (non intervention directe sur les prix). Il ne fait rien jusqu’ici face à la flambée des prix des produits alimentaires. Le gouvernement a demandé début mars 2007 aux services de Bercy (DGCCRF) de faire des enquêtes pour déterminer les facteurs de dérapages des prix de l’alimentation en France et les éventuels abus. Elles ont révélé que les prix de l’alimentation avaient augmenté de 0 % à 27 % en rayon depuis octobre 2007. Mais aucune mesure n’a été prise sinon annoncer la réforme de la négociation entre grand commerce et industrie. Ces enquêtes n’ont pas été réalisées dans les DOM. Cela démontre face à l’urgence la nécessité d’un service public constituant un outil pour disposer d’informations économiques fiables sur des dérives sans précédent et inacceptables. L’ordonnance de 1986 donne au gouvernement les moyens juridiques d’intervenir lorsque « la situation d’un marché ou d’un segment de ce marché est manifestement anormale ». On ne doit pas laisser tout faire au nom de la liberté des prix et de l’économie de marché. Le gouvernement peut instaurer un encadrement des prix ou des marges de certains produits pour défendre l’intérêt général et particulièrement celui des ménages les plus modestes. L’Etat ne doit pas être impuissant. 13 III- Pertinence des outils statistiques et décalage entre les chiffres officiels et le ressenti des ménages La perte du pouvoir d’achat n’est pas une simple impression ; elle résulte de trois évolutions parallèles : 1°) la faiblesse des salaires et des pensions de retraite et des minima sociaux ainsi que de leur évolution ; 2°) la montée structurelle de la précarité (un emploi salarié sur cinq aux Antilles-Guyane en 2003 soit une fois et demi plus qu’en France) ; 3°) le poids considérable et croissant des dépenses pré- engagées et/ou incompressibles (dépense contraintes) dans le budget des ménages. Les dépenses pré- engagées sont celles auxquelles on ne peut pas échapper sans subir des pénalités. Il s’agit, par exemple, du loyer ou des annuités de crédits, des abonnements de toutes sortes, des impôts, des primes d’assurance… En France, ces dépenses représentent en moyenne 45 % du budget des ménages en 2006 contre 41 %. Elles étaient à 22 % en 1960. Pour l’ensemble des ménages français, le poids des dépenses de logement progresse de 2,7 points passant de 17,5 % en 2001 à 20,2 % en 2006. Même phénomène pour les assurances dont le poids augmente de 2 points à 8,8 % du budget des ménages. La situation des ménages les plus modestes est plus grave : - En 2006, les dépenses pré-engagées représentent trois-quarts du revenu des 20 % des ménages les plus pauvres contre la moitié en 2001 ; - Pour ces ménages, le poids du logement dans leurs dépenses passe de 31 % en 2001 à 41 % en 2006 ; celui des assurances de 9 % à 15 %. La perte de pouvoir d’achat est une réalité dont le système de statistique public ne rend pas compte avec suffisamment de précision en France. En Martinique c’est la misère totale sur la connaissance des salaires et des revenus. Récemment la revue « Business news » dirigée par Eddy Marajo a dénoncé cette carence qu’elle a dénommé « le vide statistique sidéral ». C’est une question de moyens à attribuer au service public et aussi de volonté de mettre à jour la réalité des conditions de vie difficiles d’une grande partie de notre classe laborieuse. Selon l’INSEE, à partir de l’exploitation des DADS au 1/12 ème, le salaire moyen en Martinique serait de 1 750 euros en 2005 contre 1 907 euros en France, soit un décalage de - 8,2 %. Hausses des prix en Martinique depuis l’euro Beaucoup de consommateurs ont le sentiment que le pouvoir d’achat a reculé depuis l’instauration de l’euro en janvier 2002. Le tableau que nous avons élaboré et que nous reproduisons ci-contre en annexe 1 compare les prix moyens mensuels de 31 produits ou services relevés par l’INSEE- Martinique entre janvier 2002 et juillet 2007, c’est-à-dire au cours de la période où l’euro a été instauré. 14 L’inflation générale a été de + 12,6 % sur cette période en Martinique contre + 11 % en France, soit un supplément de 1,6 %. On notera que les prix de seulement 4 produits sur 31 baissent : ¾ Farine de blé : - 11,11 % ; ¾ Riz ordinaire : - 19,4 % ; ¾ Ananas – 23,2 % ; ¾ Bananes jaunes à cuire : -59,9 % ; Par contre, tous les autres produits augmentent de 3,73 % (haricots rouges) à 62,8 % (poudre à laver le linge). La moyenne arithmétique des hausses est de + 20,05 %. La moyenne générale des variations (hausses et baisses) est de + 13,8 %. Le sentiment des hausses variera selon la part des produits et services dans la consommation. Mais il n’est pas étonnant que, vu l’importance de certaines hausses, les consommateurs pensent que l’euro a fait augmenter les prix. Que penser de l’indice INSEE ? Contrairement à une idée répandue l’indice INSEE n’est pas « truqué ». Il s’agit d’une bonne mesure de l’évolution des prix à l’échelle de l’ensemble de l’économie. Le malentendu vient de ce que l’indice des prix de l’Insee n’a pas vocation à rendre compte de l’évolution du coût de la vie. Pour de nombreuses catégories sociales le coût de la vie augmente plus vite que l’indice des prix ( par exemple les loyers). La construction de l’indice prend en compte ce qu’il appelle l’ « effet qualité » en abaissant le prix d’un produit de meilleure qualité. Pour remédier à ce problème, on peut constituer des comptes de revenu par catégories sociales permettant de suivre le niveau et l’évolution des revenus et des dépenses de famille-types. La construction de tels budget-types pourrait être une réponse des organisations syndicales en Martinique aux défaillances considérables des statistiques officielles. Il faudra élever la voix au nouvel Observatoire des prix et des revenus. Le Conseil d’analyse économique (CAE) de France dans un rapport du 18 octobre 2007 confirme la dissonance entre les statistiques officielles et le ressenti des ménages. Le pouvoir d’achat résulte de la confrontation entre la dynamique des revenus et celle des prix, note-t-il. Or l’observation de l’inflation occupe plus de place que celle des salaires en France. Et que dire de la Martinique où l’on ignore tout de la réalité des salaires et revenus. Le passage à l’euro a provoqué un « séisme », disent les auteurs du rapport. Ils pensent qu’il faut mesurer l’évolution du pouvoir d’achat par unités de consommation et établir des profils types (familles monoparentales, actifs précaires, etc). Ils sont 15 pour incorporer le logement dans un « indice élargi ». Ils proposent aussi un « indice des prix moyens » prenant en compte l’évolution des normes de consommation. Le CAE conclut à la nécessité de construire « des indicateurs de qualité de vie et de bien-être ». Conclusion sur la formation des prix L’élaboration d’un budget-type pour une ou des catégories sociales déterminées serait un moyen pour les organisations syndicales de contraindre les organismes officiels à réaliser des études plus sérieuses sur les conditions de vie des couches populaires salariées, retraitées et des privés d’emploi. Par ailleurs, il est nécessaire d’amener l’Observatoire des prix et revenus à jouer pleinement son rôle dans ses domaines d’attribution en le dotant de vrais moyens. Compte tenu des enjeux économiques et politiques, il sera nécessaire d’exercer une pression forte dans l’unité pour y parvenir. Michel Branchi Economiste Ancien Commissaire de la Concurrence et de la Consommation Annexe 1 : Evolution de certains prix depuis l’instauration de l’euro Annexe 2 : Structure des prix des carburants en Martinique au 21 janvier 2008 (fixé par la DRCCRF) 16 Annexe 1 Comparaison des prix de quelques produits en Martinique depuis l’euro Variété Unité 0,25 Kg 1 Kg 500 gr Prix moyen Prix moyen Ecart juil janv 2002 Juillet 2007 07- janv 02 va 0,50 € 0,56 € + 0,06 € 0,72 € 0,64 € - 0, 08 € 1,22 € 1,33 € Ecart même période en % + 12 % - 11,11 % + 9,0 % Baguette Farine de blé Pâtes supérieures Riz ordinaire Cotes de porc Poulet frais local Sarde rouge (grosse) Thon Morue julienne Lait stérilisé ½ écrémé Emmenthal français Œufs frais locaux Beurre pasteurisé non salé Huile de tournesol Ananas Bananes « dessert » Pommes Golden Bananes jaunes à cuire Igname portugaise Laitue Tomates (grosses) Haricots rouges Sucre roux local Eau de source locale n/gazeuse Rhum blanc agricole Bière locale 1 Kg 1 Kg 1 Kg 1,42 € 9,03 € 5,89 € 1,20 € 10,49 € 6,72 € - 0,22 € + 0,46 € + 0,83 € - 19,4 % + 9,09 % + 14,09 % 1 Kg 10,48 € 12,68 € + 2,20 € + 20,9 % 1 Kg 1 Kg 1L 9,45 € 9,30 € 0,86 € 10,88 € 10,41 € 0,99 € + 1,43 € + 1,11 € + 0,13 € + 19,13 % + 10,66 % + 19,1 % 1 Kg 9,18 € 10,97 € + 1,79 € + 19,5 % 6 oeufs 1,58 € 1,77 € + 0,19 € + 12,02 % 250 Grs 1,97 € 2,22 € + 0,25 € + 12,7 % 1L 2,05 € 2,45 € + 0,40 € + 19,5 % 1 Kg 1 Kg 1,42 € 1,06 € 1,09 € 1,34 € - 0,33 € + 0,28 € - 23,2 % + 26,4 % 1 Kg 1 Kg 1,95 € 2,22 € 2,39 € 0,89 € + 0,44 € - 1,33 + 22,5 % - 59,9 % 1 Kg 3,53 € 4,09 € + 0,56 € + 15,8 % Pièce 1 Kg 1,15 € 3,31 € 1,27 € 3,71 € + 0,12 € + 0,40 € + 10,4 % + 12,1 % 1 Kg 1 Kg 1 Btle 2,14 € 1,57 € 0,69 € 2,22 € 1,78 € 0,77 € + 0,08 € + 0,21 € + 0,08 € + 3,73 % + 13,37 % + 11,6 % 1L 6,57 € 7,36 € + 0,79 € + 12,02 % 6 Btle 4,19 € 5,02 € + 0,83 € + 19,8 % 17 Variété Unité Butane, bouteille de 12,5 Kg Poudre à laver le linge Eau de javel Essence sans plomb Heure mécanique automobile 1 Prix moyen Prix moyen Ecart Juil Ecart en % Janv 2002 Juillet 2007 07-janv 02 va 16,45 € 21,10 € + 4,65 € + 28,2 % 5 Kg 12,27 € 19,97 € + 7,70 € + 62,8 % 1 Berlingo 1L 0,46 € 1,03 € 0,61 € 1,37 € + 0,15 € + 0,34 € + 32,6 % + 33,0 % 1H 32,26 € 51,42 € + 19,16 € + 59,4 % 18 Annexe II : STRUCTURE DES PRIX DES CARBURANTS MARTINIQUE EN JANVIER 2008 EN