études littéraires maghrébines - LIMAG Littératures du Maghreb
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études littéraires maghrébines - LIMAG Littératures du Maghreb
Coordination Internationale des Chercheurs sur les Littératures Maghrébines ÉTUDES LITTÉRAIRES MAGHRÉBINES BULLETIN DE LIAISON NO 16/17 Premier & deuxième semestres 1998 réalisé par Le Centre d'Etudes littéraires francophones et comparées (Université Paris-Nord) & La Faculté des Lettres de la Manouba (Université de Tunis I) Etudes littéraires maghrébines est le Bulletin de liaison officiel de la Coordination internationale des Chercheurs sur les littératures maghrébines, Association loi 1901 inscrite à la Préfecture de Seine-SaintDenis (France), et dont les deux sièges se trouvent au Centre d'Etudes littéraires francophones et comparées de l'Université Paris-Nord, Avenue Jean-Baptiste Clément, F-93430 Villetaneuse (France), et à la Faculté des Lettres de Casablanca 2, B.P. 6535, Sidi Othmane (Casablanca), Maroc. A cela s'ajoutent, depuis 1995, des sièges à Alger, Tunis et Heidelberg. – Ce Bulletin paraît deux fois l'an. L'adhésion à la CICLIM entraîne l'abonnement gratuit à Etudes littéraires maghrébines. Pour adhérer à la CICLIM, voir le formulaire à la fin de ce Bulletin. ISSN 1156-6701. CICLIM Coordination Internationale des Chercheurs sur les Littératures Maghrébines. P RÉSIDENTE Farida BOUALIT Alger. VICE-P RÉSIDENT(E)S. Samira Douider & Habib Salha Casablanca/Tunis. SECRETAIRES GENERALES Linda Mayer & Anna Maria Mangia Stuttgart/Bologna/Lecce. TRESORIER Charles Bonn Paris DIRECTEUR DE P UBLICATION Charles Bonn. SIEGE DE LA REDACTION CICLIM, C/O Charles Bonn U.F.R. Lettres, Université Paris 13 Av. J.-B. Clément, 93430 VILLETANEUSE (France) e-mail : [email protected] Site Internet : http ://limag.lvnet-fr.com COORDINATION DE CE NUMERO : CHARLES BONN DIFFUSION DE CE NUMERO Centre d'Etudes littéraires francophones et comparées Université Paris 13. LIMAG: Site interactif sur les Littératures du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) vous propose de consulter ou d'alimenter: Une banque de données documentaires sur les littératures et la culture du Maghreb et des domaines voisins Un calendrier des colloques, séminaires et autres manifestations, Une liste des équipes de recherche ou d'autres sites internet de lire et de télécharger: Des thèses sur les littératures du Maghreb, ou le bulletin Etudes littéraires maghrébines, en texte intégral Nouveau : Etudes littéraires maghrébines n° 16-17, et Littératures Maghrébines et Comparées, n° 1 des bibliographies ou des répertoires en volumes: Nouveau ! de publier vos textes et de dialoguer avec les autres dans un Forum de discussion ouvert à tous les utilisateurs, où se trouvent peut-être déjà des réponses à vos questions dans le bulletin Etudes littéraires maghrébines déjà disponibles sur le site ou parmi les travaux En signalant vos travaux ou des références bibliographiques 4 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 5 Editorial Il me semble me souvenir que voici deux ans déjà, j'annonçais mon retrait progressif des activités de la CICLIM, et particulièrement de cette vaste entreprise qu'est la banque de données Limag, qui m'immobilise au bas mot 15 à 20 heures chaque semaine, depuis dix ans. C'était compter sans l'attachement qu'on ressent pour ce à quoi on a trop donné de soi-même, surtout au moment où les résultats de ce travail de longue haleine commencent à être palpables. C'était compter aussi sans les difficultés nombreuses que connaissaient les équipes associées à cette entreprise… Le présent bulletin devait être réalisé entièrement par l'équipe d'Alger, dont la Coordinatrice venait triomphalement d'être élue Présidente de la CICLIM. Las ! La CICLIM ne fut pas la seule à reconnaître les qualités de Farida, qui fut nommée directrice de l'Institut des Langues Etrangères de l'Université d'Alger, et responsable de la post-graduation, peu après son élection. Autant dire qu'elle n'eut plus beaucoup de temps pour s'occuper de notre Coordination. Consciente de ne pas pouvoir tout faire, elle a fini par me proposer sa démission, que j'ai pris sur moi de refuser sans convoquer à nouveau l'Assemblée Générale : une telle convocation est une entreprise beaucoup trop lourde quand on sait la dispersion géographique des adhérents de notre Association. Mais dans l'intervalle les mois avaient passé, et si nous ne voulions pas perdre toute crédibilité, il fallait bien publier un bulletin de toute urgence. Demander à une autre équipe de le réaliser aurait encore pris du temps, et c'est ainsi qu'une fois de plus je me suis retrouvé avec la charge du bébé ! Ce sauvetage intervenait de plus dans une mer très agitée, puisque l'Université Paris 13 était secouée de remous qui faillirent être fatals à toutes nos activités, et qui le seront peut-être au Centre d'Etudes littéraires francophones et comparées : au nom d'une logique que je préfère ne pas commenter ici, Beïda Chikhi se voyait supplantée dans l'attribution d'un poste de Professeur, cependant que la qualité de sa candidature était reconnue au contraire dans une autre Université (Strasbourg 2) que celle à laquelle elle avait tant donné. Moi-même, déçu et fatigué, j'ai préféré alors demander à mon tour de partir à l'Université Lyon 2 à compter d'octobre 1999. Malgré ce contexte difficile, notre long travail collectif commence à porter ses fruits, comme le présent Bulletin le montre. Il faut saluer d'abord la constitution d'équipes solides en Tunisie et au Maroc. En Tunisie l'entreprise du Dictionnaire des Auteurs tunisiens, après des ratés de début, fonctionne bien maintenant, et les différents colloques débouchent sur des publications de qualité. Au Maroc une dynamique Coordination des chercheurs sur les littératures maghrébines et comparées (C.C.L.M.C.) vient de voir le jour, succédant au G.E.M. dont le bilan déjà était prometteur. Cette Coordination, digne fille de la CICLIM, vient de publier son premier Bulletin : Littératures Maghrébines et Comparées, grâce au travail de Samira Douider. Un certain nombre des informations qu'on trouvera ici proviennent d'ailleurs de ce Bulletin marocain dont il faut souligner la fort bonne facture, et qui montre aussi qu'à la veille de l'Année du Maroc en France, ce pays est également celui où le plus grand nombre d'activités littéraires et universitaires se mettent en place. Par ailleurs le CD-Rom Limag est de plus en plus diffusé dans les universités du Monde entier. Mais de plus nous venons d'ouvrir un site Limag sur Internet, et ce site connaît un très grand succès : plus de mille connexions en un mois ! Ce site ne permet 6 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 pas encore, pour des raisons techniques de programmation, de consulter directement la Banque de données Limag. Mais il propose un questionnaire d'interrogation auquel je réponds dans un délai très bref, après avoir fait moi-même l'interrogation pour l'utilisateur. Ce site permet aussi de télécharger directement le résultat des interrogations les plus fréquemment demandées par les utilisateurs, ou encore de télécharger un nombre grandissant de thèses, en texte intégral, ou encore la collection complète du Bulletin Etudes littéraires maghrébines, en texte intégral également. Il permet aussi de compenser l'inévitable retard des annonces de colloques et manifestations culturelles dans ce Bulletin : les utilisateurs peuvent y inscrire directement toutes les informations qu'ils veulent faire connaître, et consulter aussitôt toutes les données transmises. De la même façon les utilisateurs y disposent d'un Forum de discussion leur permettant de publier directement tous leurs textes, immédiatement lisibles eux aussi par tous les internautes. Voici l'adresse de ce site : http ://limag.lvnet-fr.com Nous invitons les lecteurs de ce Bulletin à utiliser largement ce nouveau site, qui leur permet également de nous transmettre toutes les informations utiles, ou aussi leurs articles pour le prochain numéro du Bulletin. Comme on pourra s'en apercevoir, les articles publiés dans le présent numéro l'ont été d'abord sur le site, dès leur arrivée. Et le calendrier des colloques et manifestations ne fait que reprendre et sélectionner les informations d'abord parues sur ce même site. Nous espérons aussi que ce sera là un outil pour une plus grande communication entre nous. Le site, comme le Bulletin, appartiennent à tous les amoureux des littératures maghrébines, que nous invitons à nous envoyer leurs textes et leurs informations en grand nombre. Charles BONN Vie de la CICLIM P.V. de l'Assemblée générale de la CICLIM le 27 février 1998 à l'Université Paris XIII L'Assemblée générale se tient en marge de deux journées d'étude sur "Les paysages littéraires algériens des années 90" organisées par la formation doctorale "Études littéraires francophones et comparées" et l'équipe de recherches IRMAT de l'Université d'Alger, Université Paris XIII, 25-26-27 février 1998. Etaient présents : 20 membres de la CICLIM, 6 membres représentés par procurations. Président de séance : Charles Bonn. I. Rapport moral (Regina KEIL) I.1. Réunions du Bureau : Entre 1995 et 1997, sept réunions de Bureau ont eu lieu, dont : deux en 1995 (janvier à Lyon, mai à Tunis), trois en 1996 ( mars à Grenoble, juin et décembre à Paris) et deux réunions en 1997 (avril à Florence, juin à Heidelberg). I.2. Bulletin de la CICLIM: L'allure du Bulletin a changé par rapport aux numéros précédents : Le Bulletin 10 (1995) a été réalisé par l'équipe tunisienne. Deux éditions successives en ont eu lieu. Le Bulletin double 11/12 (1995/96) a été réalisé par l'équipe marocaine. Le Bulletin double 13/14 (1996/97) a été réalisé en Italie sous l'égide d'Anna-Maria Mangia. Le Bulletin 15 (1997) prévu comme bulletin algérien, a été parachevé par Charles Bonn. Constat de retards dans la réalisation et la diffusion des bulletins, ayant pour conséquence l'information trop tardive sur les manifestations, colloques etc. Regina Keil propose la rédaction du Bulletin effectuée par une équipe fixe, et le choix d'un imprimeur constant afin de bien délimiter les frais de fabrication. I.3. Limag. Malgré les aléas dus essentiellement à ce que beaucoup de chercheurs ne mesurent pas encore l’enjeu d’une bibliographie fiable, et craignent aussi bien souvent le contact avec l’ordinateur, le programme Limag ne cesse de se développer, proposant à présent à ses utilisateurs plus de 50000 références bibliographiques. A ces références bibliographiques s’ajoutent des notices biographiques de plus en plus nombreuses. Enfin, depuis quelques mois, on a commencé la diffusion des thèses, ainsi que d’un certain nombre d’ouvrages édités par ailleurs : la collection complète du Bulletin Etudes littéraires maghrébines, ou les numéros de la revue Itinéraires et contacts de cultures consacrés aux littératures maghrébines, ainsi que les livres publiés dans la collection Etudes littéraires maghrébines, que je dirige aux éditions L’Harmattan. 8 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 Quand on sait les difficultés que rencontrent les chercheurs pour se procurer les thèses, surtout au Maghreb, le fait de les avoir à disposition sur ce CD-Rom sera donc une aide précieuse. Les CD-Rom étant gravés au fur et à mesure des commandes d’utilisateurs, toutes les thèses, toutes les corrections ou tous les compléments qui sont envoyés sont répercutés sur le prochain CD-Rom et les suivants, c’est-à-dire en général dans la même semaine. Enfin, des négociations sont en cours pour une diffusion par l’AUPELF-UREF, d’une part, et pour la mise à disposition du programme sur le serveur Internet de l’Université Paris 13 d’autre part. Ces négociations sont souvent très longues, pour des raisons qui ne tiennent que rarement à la technique. Elles semblent sur le point d’aboutir cependant. Dans le cadre de la diffusion par l’AUPELF-UREF, le programme Limag serait accompagné par le programme Litaf, sur la littérature africaine, animé à Bordeaux par Virgine Coulon. La confection du CD-Rom définitif a connu quelques problèmes l’été dernier. Ces problèmes techniques, qui engendraient essentiellement des difficultés d’installation, sont à présent résolus. On a cependant préféré, d’abord, prendre des précautions et demander aux utilisateurs de tester cette nouvelle version de nous indiquer les problèmes ou les anomalies qui peuvent subsister. C’est pourquoi on a envoyé d’abord 70 exemplaires de ce CD-Rom gratuitement. Les réponses reçues semblent indiquer que tout fonctionne correctement à présent. 1.4. Colloque de Heidelberg. La CICLIM a organisé le Colloque international "L'inscription de l'Ailleurs dans le texte maghrébin", le 5-6-7 juin 1997 à Heidelberg en collaboration avec l'Institut Français de Heidelberg et l'Université de Heidelberg. Ce colloque était centré sur l'œuvre de Mohammed Dib avec la participation de Nabili. L'organisation de ce colloque vaut à la Présidente Regina Keil de très vives critiques, de la part de la secrétaire générale Afifa Bererhi. Vote sur le rapport moral : Abstention : 11. Contre : 0. Pour : 9. Résultat : Le rapport moral est accepté. II. Rapport financier 1997-98 (Bernard URBANI) Concerne la période du 5 mai 1997 au 26 février 1998 Recettes Reste au 5/5/97 25797,49 Ventes Limag 3000 Adhésions 1997 1800 Versements Université Paris 13 Total 35000 65597,49 Dépenses Contrats pour collecte et saisie Limag Frais de déplacement en Italie de deux membres du Bureau sortant Cotisations AGESSA 40294,23 3132 369 Vie de la CICLIM 9 Colloque Heidelberg 15663,14 Total dépenses : 59458,37 Reste en compte : 6138,63 Vote sur le rapport financier : Abstention : 2. Contre : 0. Pour : 18. Résultat : Le rapport financier est adopté. III. Diverses décisions III.1. Paiement des collectes pour LIMAG. 1. L'Assemblée générale décide le principe que toutes les fiches sont payées au même tarif (le paiement pour le depouillement des fiches sera à base de la fiche acceptée). La proposition sur le tarif de la fiche est : la fiche payée à environ 20 FF au minimum. Vote sur la proposition : abstention : 2, refus de vote : 1, contre : 0, pour : 17. Résultat : la proposition est acceptée. 2. Chaque équipe nationale décide individuellement du paiement effectif de ces sommes aux collecteurs, ou de leur mise à disposition collective de l'équipe. (Proposition de l'équipe d'Alger). Vote sur cette proposition: abstention : 1, contre : 0, pour : 19. Résultat : la proposition est acceptée. III. 2. Bulletin de Liaison Le Bulletin devra rester au même endroit, à Paris XIII, pour chaque numéro une équipe s'occupant chacune d'une partie du bulletin, matériellement réalisé à Paris. Toutes les informations sur les colloques, conférences, manifestations, publications etc. seront systématiquement reçues à Paris, et entrées sur le serveur Internet de la Coordination lorsque celui-ci sera fonctionnel. Le tri de ces informations en vue de leur publication dans le Bulletin sera effectué ensuite selon le critère d'intérêt littéraire général. Les informations seront triées par le Bureau, avec les conseils avisés de Beïda Chikhi. III. 3. Site Internet Le site Internet ébauché à Heidelberg sera transféré chez Charles Bonn, qui en assurera le développement. C'est entre autres sur ce site que seront stockées toutes les informations reçues pour toutes sortes de manifestations, par exemple, ou encore les informations destinées à la banque Limag. Il sera ainsi possible de se tenir au courant de toutes les annonces avant même leur publication dans le Bulletin. Un tri sera ensuite effectué sur les informations reçues, avant leur publication dans le Bulletin. III. 4. Organisation de colloques Compte tenu des proportions trop grandes prises par le colloque de Heidelberg par rapport à la capacité financière de la CICLIM, et du fait que l'organisation directe de colloques n'est pas une des vocations fondamentales de l'association, celle-ci décide de ne plus organiser directement de colloques à son nom, mais n'exclut pas d'apporter son soutien à des colloques organisés par des universités ou par d'autres organismes. La participation de la CICLIM à un colloque à Simféropol proposé par Vladimir Siline devra être étudiée. Mais en aucun cas la CICLIM ne pourra en être l'organisateur. Par ailleurs des problèmes de communication se posent, puisque les e-mails envoyés à Vladimir Siline ne parviennent pas. 10 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 IV. Election du Conseil d'administration et désignation du nouveau Bureau IV.1. Election du Conseil d'administration et désignation de représentants nationaux : La structure est proposée sans grand changement selon l'équilibre des pays (cf. l'article IX des statuts de la CICLIM). Propositions de candidatures pour le Conseil d'administration élu pour les trois années à venir : Farida Boualit (Algérie), Samira Douider (Maroc), Habib Salha. (Tunisie), Charles Bonn et Beïda Chikhi (France), AnnaMaria Mangia (Italie), Linda Mayer (Allemagne), Marta Segarra (Espagne), N.N. (EtatsUnis), N.N. (Norvège). N.N. (Royaume-Uni). Vote : Abstention : 0. Contre : d'Administration est adoptée à l'unanimité. 0. Pour : 20. La composition IV. 2. Désignation du nouveau Bureau: Le nouveau Bureau est choisi par le Conseil d'administration (selon l'article IX des statuts de la CICLIM). Présidente : Farida Boualit Deux Vice-Présidents : Samira Douider, Habib Salha Secrétaires générales : Anna-Maria Mangia, Linda Mayer. Trésorier : Charles Bonn. Conseillère du Bureau pour la rédaction du Bulletin : Beïda Chikhi. P.V. établi par Linda Mayer et Charles Bonn du Conseil Activités des équipes et des centres Maroc : Présentation de la Coordination des Chercheurs sur les Littératures Maghrébines et Comparées (CCLMC) Historique. La Coordination des Chercheurs sur les Littératures Maghrébines et Comparées (CCLMC) est la transformation du Groupe d'Etudes Maghrébines (GEM) en association nationale de chercheurs en littératures maghrébines et comparées. Elle en est le développement, à une étape de l'histoire de ce groupe interuniversitaire. Ses objectifs fondamentaux veulent continuer, en approfondissant, les buts qu'il a poursuivis jusqu'à maintenant : la connaissance et la reconnaissance des études littéraires et culturelles maghrébines dans leurs dimensions pluridisciplinaires, interculturelles et comparatives. Vu leur nombre de plus en plus croissant, et leurs tâches plus grandes, les membres du GEM ont convoqué les chercheurs intéressés à une Assemblée Générale pour transformer le groupe en association : c'est ainsi que la CCLMC fut créée le 13 mars 1998, à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Ben M'sik, Casablanca. Présentation du GEM, ses objectifs, ses réalisations. Présentation. Le GEM (Groupe d'Etudes Maghrébines) est un groupe de chercheurs interuniversitaires né en 1986, sur l'initiative d'enseignants du Département de Langue et Littérature Françaises de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat et Kénitra ainsi que de la Faculté des Sciences de l'Education de Rabat. Il s'est ensuite élargi aux autres Facultés des Lettres et des Sciences Humaines du Maroc. Dès le départ, le GEM s'est ouvert aux recherches interdisciplinaires dans le domaine maghrébin, comparé, didactique et interculturel. Depuis cette date, il a organisé séminaires, colloques et journées d'études sur ces centres d'intérêts. Objectifs. Les objectifs du GEM sont d'ordre scientifique, culturel et pédagogique : –renforcer la collaboration et la coordination entre les équipes d'enseigantschercheurs spécialistes de cultures et littératures du Maghreb dans une perspective comparative, didactique et interculturelle, à l'échelle nationale, maghrébine et internationale ; –créer un cadre scientifique et des publications pour aider les très nombreux étudiants qui préparent des recherches dans ce domaine : centre de documentation, banque de données informatisées, publication d'actes de colloques ; 12 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 –contribuer à définir le rôle spécifique de ces littératures, au carrefour des cultures occidentales, arabo-musulmanes et sub-sahariennes (voir les axes et thèmes de recherches retenus dans les rencontres et publications signalés ci-après) ; –enrichir les méthodes pédagogiques pour l'enseignement des littératures maghrébines francophones et comparées, en faisant appel à des chercheurs spécialistes dans le cadre de stages, séminaires, conférences. Réalisations. Le GEM a contribué à la réalisation de nombreux travaux : il a été à l'initiative (ou a collaboré à) de rencontres universitaires nationales et internationales auxquelles a participé un très grand nombre de chercheurs, écrivains, artistes. Certaines ont été publiées ; d'autres sont en cours de publication. Travaux : -1986 : Les approches scientifiques du texte littéraire maghrébin, colloque à la Faculté des Lettres de Rabat (Actes du colloque publiés chez Toubkal en 1987). -1987 : Le discours critique sur la littérature maghrébine d'expression française, colloque à la Faculté des Lettres de Kénitra (publié par cette faculté). -1988 : L'enseignement de la littérature maghrébine d'expression française, colloque à la Faculté des Lettres de Kénitra. -1990 : Problématique actuelle de l'identité culturelle au Maghreb, colloque pluridisciplinaire à la Faculté des Lettres de Rabat (publié par cette faculté). -1991 : Esthétique de la pensée interculturelle dans l'oeuvre de Khatibi, table ronde organisée à la Faculté des Lettres de Rabat. L'intertextualité : recherches actuelles dans la théorie littéraire, table ronde organisée à la Faculté des Lettres de Rabat. -1992 : Quand le roman maghrébin réfléchit sur son écriture, colloque organisé à la Faculté des Lettres de Kénitra. Interférence et intertextualité, colloque organisé à l'Ecole des Beaux-arts de Casablanca. -1993 : Analyse du discours. Théories et pratiques, journées d'études organisées à la Faculté des Lettres de Rabat. L'interculturel : réflexion pluridisciplinaire, colloque organisé par les Facultés des Lettres de Rabat, Kénitra et Casablanca Ben M'sik (publié chez l'Harmattan, 1995). Les interférences et l'intertextualité : expressions artistiques, linguistiques et littéraires, colloque organisé à l'Ecole des Beaux-arts de Casablanca. -1994 : Les littératures des immigrations, colloque organisé à l'Université ParisNord (publié chez l'Harmattan, 1996). -1995 : Nouvelles orientations en Didactique et en Littérature Comparée. Bilan et perpectives, colloque organisé à l'Ecole des Beaux-arts de Casablanca (en cours de publication chez l'Harmattan). -1996 : Hommage à Mohamed Khaïr Eddine, journée d'études à la maison d'édition Arrabeta (en cours de publication). Activités des équipes 13 Mohamed Khaïr Eddine : vie, oeuvre littéraire et artistique (communications, témoignages, film, débat) organisé dans le cadre des activités de l'Association des Cadres de la Royale Air Maroc (ACRAM). Les littératures et les cultures de l'enfance et de la jeunesse : perspectives comparatives et pédagogiques, journées d'études à la Faculté des Lettres Ben M'sik, Casablanca et à la maison d'édition Arrabeta. -1997 : Les cultures du Maroc, Séminaire Interculturel d'Etudes Francophones, organisé du 15 au 30 mai 1997 en collaboration avec l'Université du Connecticut, USA, et l'Institut Universitaire de la Recherche Scientifique de Rabat ; avec le concours de la Faculté des Lettres Ben M'sik, le Centre Culturel Moulay Rachid et la maison d'édition Arrabeta à Casablanca, ainsi que les Facultés des Lettres de Fès, de Kénitra, de Marrakech ; et le soutien du Ministère de la culture, de la Bibliothèque Générale et de l'Institut français de Rabat. -1998 : Imaginaire de la jeunesse à travers les productions des élèves du secondaire, participation aux travaux de recherches du CADAPP, en coopération avec l'Institut français de Casablanca. Réalisations institutionnelles : Sur le plan national, le GEM a été à l'origine de la création du Centre d'Etudes des Littératures Comparées et de Didactique à la Faculté des Lettres Ben M'sik. Ce Centre a ouvert un DEA et un troisième cycle qui ont permis la formation de doctorants en littérature comparée et en didactique. L'intérêt qu'a eu la Faculté des Lettres Ben M'sik pour cette initiative et le soutien de l'Ambassade de France par l'Action Intégrée 05 et le programme S/10 a permis à ce Centre : –de faire participer de nombreux universitaires nationaux et internationaux aux séminaires et colloques organisés, dans la perspective de la formation au niveau du 3ème cycle ; notamment des professeurs de Littératures Comparées et de Didactique de Paris III, Paris XIII, des universités américaines, algériennes, marocaines ; –de créer une documentation informatisée dans les disciplines de formation ; –de financer différentes publications, notamment des actes de colloque organisés au Maroc ou en France, et des numéros du bulletin semestriel de la Coordination Internationale des Chercheurs en Littératures Maghrébines (CICLIM). Sur le plan international, le GEM a été à l'origine de la création de la CICLIM (en 1989) dont les sièges se trouvent à Paris, Alger et Casablanca. Le coordinateur du GEM, Abdallah MDARHRI ALAOUI, a été le président de cette association jusqu'en décembre 1994. De 1995 à 1997, Regina KEIL de l'Université de Heidelberg, présidente de la CICLIM, a travaillé en étroite collaboration avec le GEM et d'autres groupes de recherches maghrébins, à de nombreuses réalisations documentaires, artistiques, culturelles et universitaires, en Europe et en Allemagne, sur le Maroc et le Maghreb. Elle a été notamment à l'origine d'un mois culturel sur le Maroc et le Maghreb à Heidelberg en juin 1997. La présidente actuelle est Farida Boualit de l'Université d'Alger. Depuis 1994, Samira DOUIDER représente le Maroc au bureau de la CICLIM en tant que viceprésidente. 14 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 L'équipe du GEM coordonne les travaux des chercheurs marocains qui participent à la réalisation de LIMAG (banque de données sur les littératures maghrébines qui comprend plus de 40000 références bibliographiques). Par ailleurs, le GEM a coordonné la réalisation de "Etudes Littéraires Maghrébines", bulletin n° 11/12 de la CICLIM, publié en 1996 au Maroc. Membres du GEM. Comité d'organisation du GEM. Abdallah MDARHRI ALAOUI : directeur. Rkia LAROUI : coordinatrice avec les autres universités. Samira DOUIDER : coordinatrice internationale et représentante du GEM au bureau exécutif de la CICLIM. Fatiha BENNANI : coordinatrice des départements de l'université Hassan II. Moulim ELAROUSSI : Coordinateur avec les organismes culturels et les éditeurs. Nawal MOUGHFIR : documentation et banque de données. Amina KHAZANE : Administration et secrétariat. Mohamed EL MOUKRI : Gestion et services culturels. Chercheurs ayant dirigé ou participé à l'organisation culturelle du GEM durant la période 1986 -1998. Hassan ESMILI, Doyen de la Faculté des Lettres Ben M'sik, Casablanca. Mustapha BENCHEIKH, Professeur à la Faculté des Lettres de Kénitra. Abdallah MEMMES, Professeur à la Faculté des Lettres de Rabat. Rabea LAMRANI ALAOUI, Maître de conférence à la Faculté des Sciences de l'Education de Rabat. Abderrahman TENKOUL, Vice-Doyen de la Faculté des Lettres de Fès, Dhar El Mahrez. Mohamed TAÏFI, Professeur à la Faculté des Lettres de Fès, Dhar El Mahrez. Rachida BOUSTA, Professeur à la Faculté des Lettres de Marrakech. Zohra MEZGUELDI, Maître-assistante à la Faculté des Lettres d'Aïn Chok. Hassan WAHBI, Maître-assistant à la Faculté des Lettres d'Agadir. Situation actuelle : du GEM à la CCLMC. Difficultés et nouvelles responsabilités. Sur le plan matériel, l'année 1997-1998 a été difficile pour le GEM, à un moment où il a été sollicité, plus encore que dans le passé, par les chercheurs nationaux et internationaux. En effet, l'Action intégrée de quatre ans s'est achevée en 1995, ainsi que le programme S/10 en 1997, mettant fin à une coopération riche et exemplaire entre le Activités des équipes 15 CELCD de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Ben M'sik et les Universités de Paris III et Paris XIII. Cette action a permis de réaliser, comme on l'a vu, des résultats satisfaisants, mais de nombreux doctorants ont besoin de moyens documentaires modernes, d'ouvrages récents dans leur spécialité, de stages et de séminaires de recherches, de contacts avec leur directeur de recherches français (ainsi que la présence de ceux-ci au Maroc, lors des soutenances de thèses). A cause du nonrenouvellement de la coopération franco-marocaine, le CELCD ne peut plus inviter des directeurs de recherches français : leur apport était capital pour la faculté marocaine qui n'a pas toujours suffisamment de cadres dans ce domaine. De même le Centre n'a plus les moyens d'équiper l'unité de documentation spécialisée, ni de réaliser les outils documentaires informatisés. Mais ces difficultés n'ont pas eu d'échos négatifs sur l'audience du Centre. Des enseignants d'autres facultés se sont inscrits auprès des directeurs de recherches du CELCD pour préparer leur thèse de doctorat. Ces chercheurs ne viennent plus seulement du Département de Langue et Littérature Françaises, mais d'autres départements comme le Département de langue et Littérature Arabes. De même, le GEM s'est ouvert ces dernières années aux enseignants des établissements secondaires qui sont intéressés par ses activités et qui y participent efficacement. Sur le plan international, l'intérêt scientifique et culturel des activités organisées et notamment le dernier séminaire interculturel sur Les cultures du Maroc qui a eu lieu du 15 au 30 mai 1997 et qui a accueilli des chercheurs universitaires des USA, de l'Allemagne, de la France, de l'Afrique- explique le développement des relations avec d'autres associations ou centres universitaires importants, tels que : –l'Association Internationale de Littératures Comparées (AILC, Paris), pour une coopération entre les deux institutions (qui se concrétisera en juin 1998 par un colloque à la Faculté des Lettres Ben M'sik) ; –le Comité de Recherches des Etudes Comparatives sur l'Identité Culturelle et Littéraire (Groningen p.B.), pour des projets internationaux ; -l'Institut Charles Perrault (Eaubonne), pour des travaux en littératures d'enfance et de jeunesse (qui commencent à se concrétiser par l'échange de spécialistes, une participation aux séminaires, colloques et publications) ; –la Société des Amis de N. Kazantsaki (Genève), pour des échanges littéraires et interculturels (ce qui a donné lieu à des colloques nationaux au Maroc et à l'étranger) ; –l'Université de York à Toronto, pour la participation au comité de rédaction du Maghreb littéraire. Le GEM devient la CCLMC. Etant donné les nouvelles responsabilités et l'accroissement du nombre de chercheurs, le GEM a créé une association : la Coordination des Chercheurs sur les Littératures Maghrébines et Comparées (CCLMC), depuis le 13 mars 1998. Cela a coïncidé avec la création, par certains de ses membres, d'Unités de Formation et de Recherche (UFR) à l'Université marocaine, notamment Littératures et cultures maghrébines et comparées, à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat. L'UFR ouvre en décembre 1998. 16 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 De même, un Projet d'Appui à la Recherche Scientifique (PARS), déposé à la fin de l'année 1997, contribuera à résoudre les problèmes matériels qui se posent. Priorités du CCLMC. Les priorités du CCLMC durant les prochaines années sont le prolongement des objectifs du GEM : –contribuer plus activement à la collecte des données bibliographiques. en littératures maghrébines et comparées, et développer de nouveaux champs de recherche : littérature de jeunesse, littérature féminine, littéraire africaine... ; –publier les actes de colloque réalisés mais non encore publiés pour des raisons financières ; –participer aux projets de recherches nationaux et internationaux, notamment avec des partenaires ayant les mêmes centres d'intérêts : universités maghrébines, françaises, américaines... ; associations internationales de recherches universitaires et culturelles telles que l'AILC, la CICLIM, l'Institut C. Perrault, le Comité des Recherches sur l'Identité Culturelle et Littéraire... ; –renforcer le réseau national des chercheurs, en s'ouvrant davantage à ceux qui sont géographiquement éloignés ; –diffuser l'information sur les recherches littéraires et culturelles marocaines au Maghreb et dans le monde par les divers moyens informatiques, notamment par Internet ; –préparer avec l'Université du Connecticut le deuxième Séminaire Interculturel qui aura lieu aux Etats-Unis en 1999 ; et collaborer à la réussite du congrès de l'AILC dont les travaux se dérouleront en Afrique du Sud en l'an 2000. Le programme documentaire Limag Limag sur Internet Un serveur Internet vient d'être créé pour les utilisateurs de la banque de données Limag et les chercheurs comme pour tous les amateurs de littérature maghrébine. En voici l'adresse : http ://limag.lvnet-fr.com Ce serveur ne vous permet pas encore d'effectuer directement vous-même des interrogations du programme comme vous pouvez le faire avec le CD-Rom. Il s'est avéré en effet plus difficile que prévu, malgré la publicité de l'éditeur Corel pour le logiciel Paradox 8, de programmer cette interrogation directe sur le Net. Cependant si parmi les lecteurs de ce Bulletin quelqu'un de plus compétent que moi se proposait pour m'aider à faire cette programmation, il serait le bienvenu ! En attendant cette consultation directe, on vous propose de poser gratuitement vos questions au moyen d'un formulaire électronique, auquel il sera répondu dans les jours qui suivent. Ce serveur permet surtout de compenser le retard inévitable de la parution du Bulletin par rapport aux colloques et manifestations qu'il signale : ces colloques et manifestations y seront signalés directement par leurs organisateurs, et ces annonces seront aussitôt consultables en ligne, tout comme les inscriptions aux colloques pourront s'y faire en ligne. Chacun peut sur ce serveur faire connaître librement toutes les informations qu'il désire publier : les rédacteurs du Bulletin sélectionneront ensuite depuis ce serveur celles qui leur paraîtront les plus pertinentes. Ce serveur permet également aux équipes de recherche de faire connaître régulièrement en ligne l'actualité de leurs travaux, et bien sûr aux utilisateurs de consulter ces notices. Il permet dans le cadre de ce qu'on y a appelé un "Forum littéraire maghrébin" de publier librement tous vos textes, de quelque nature qu'ils soient (tant de création que de critique), s'ils concernent la littérature maghrébine ou émigrée. Certains de ces textes pourront ensuite être sélectionnés pour publication dans le Bulletin ou dans d'autres recueils. Il permet aux utilisateurs de signaler des références ne figurant pas encore dans la banque de données Limag, ou de proposer des corrections de références fautives. Ou encore d'envoyer des thèses pour publication sur le CD-Rom Limag. Ou encore d'envoyer des articles pour le Bulletin Etudes littéraires maghrébines. Il permet aussi de lire en ligne les thèses dont la disquette a été fournie aux gestionnaires de la banque de données Limag, ainsi que la collection complète du Bulletin Etudes littéraires maghrébines, qu'accompagne le texte du premier numéro de Littératures maghrébines et comparées, le nouveau Bulletin de la Coordination des chercheurs sur les littératures maghrébines et comparées au Maroc. Pour des raisons de manque de place, on n'a pas pu mettre sur ce site la collection complète de la revue Itinéraires et contacts de cultures (depuis le n° 10), ou encore les livres publiés dans la 18 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 collection Etudes littéraires maghrébines aux éditions L'Harmattan : ces deux collections se trouvent cependant sur le CD-Rom Limag. Il permet enfin de commander le CD-Rom Limag ou de s'abonner en ligne au Bulletin Etudes littéraires maghrébines. Evolution du CD-Rom Malgré les aléas dus essentiellement à ce que beaucoup de chercheurs ne mesurent pas encore l’enjeu d’une bibliographie fiable, et craignent aussi bien souvent le contact avec l’ordinateur, le programme Limag ne cesse de se développer, proposant à présent à ses utilisateurs plus de 50000 références bibliographiques. A ces références bibliographiques s’ajoutent des notices biographiques de plus en plus nombreuses. Enfin, depuis quelques mois, on a commencé la diffusion des thèses, ainsi que d’un certain nombre d’ouvrages édités par ailleurs : la collection complète du Bulletin Etudes littéraires maghrébines, ou les numéros de la revue Itinéraires et contacts de cultures consacrés aux littératures maghrébines, ainsi que les livres publiés dans la collection Etudes littéraires maghrébines, que je dirige aux éditions L’Harmattan. Ces textes sont à la disposition des lecteurs au format Acrobat (Adobe). Le format Acrobat est destiné aux utilisateurs qui ne disposent pas du logiciel Microsoft Word 97 pour Windows 95. Il est lisible en effet grâce au logiciel gratuit Acroread qui est également fourni sur ce CD-Rom. Pour en disposer, il suffit d’aller dans le répertoire Acrobate, et de lancer le programme Acroread.exe, qui installera automatiquement le logiciel nécessaire sur votre ordinateur. Il faudra évidemment vous conformer aux conditions d’utilisation que le programme d’installation de ce logiciel vous fera lire. Plus encore : les derniers CD-Rom diffusés (et les prochains) le sont aussi avec le logiciel gratuit Wordview, de Microsoft, qui permet aux utilisateurs ne disposant pas de WinWord 7 de lire néanmoins les fichiers dans ce format. Quand on sait les difficultés que rencontrent les chercheurs pour se procurer les thèses, surtout au Maghreb, le fait de les avoir à disposition sur ce CD-Rom sera donc une aide précieuse. Inversement, tout chercheur ayant soutenu sa thèse a tout intérêt à la voir citée dans les thèses ultérieures et dans des articles. Tous les chercheurs ayant soutenu leur thèse sont donc invités à m’en envoyer la disquette, accompagnée d’une autorisation écrite de reproduire leur thèse sur le CD-Rom Limag. Et tous ceux qui me l’ont déjà envoyée sont invités à vérifier sur le CD-Rom si elle y est bien reproduite : des problèmes de compatibilité entre logiciels de traitement de texte ont en effet souvent lieu. Ou bien certaines thèses m’ont été fournies sous forme de fichiers séparés, qu’il a fallu que j’assemble moi-même avec parfois le risque d’intervertir des chapitres, et en tout cas toujours celui de voir la pagination ne plus correspondre avec celle de la table des matières. Les CD-Rom étant gravés par moi au fur et à mesure des commandes d’utilisateurs, toutes les corrections ou tous les compléments qui me sont envoyés sont répercutés sur le prochain CD-Rom et les suivants, c’est-à-dire en général dans la même semaine. Il faut signaler plusieurs évolutions dans cette entreprise collective qui ne cesse jamais d’évoluer. La première est le rôle central pris depuis plusieurs mois par Caroline Bégaud, qui ne se contente pas de saisir les données, mais réussit peu à peu à coordonner une véritable équipe à Paris, tout en établissant les passerelles avec d’autres universités et d’autres disciplines, principalement avec l’Institut Maghreb-Europe à l’Université Paris 8. Le programme devient ainsi pluridisciplinaire, puisque Benjamin Stora, qu’on Documents de travail 19 tient à remercier ici, nous a fourni un nombre impressionnant de données historiques sur la guerre d’Algérie, qu’on a transformées en banque de données autonome, consultable sur le CD-Rom Limag avec un programme d'exploitation adapté, mais comparable à celui qui gère les données de la banque Limag. La confection du CD-Rom définitif a connu quelques problèmes l’été dernier, du fait de ma formation d’autodidacte en informatique. Ces problèmes techniques, qui engendraient essentiellement des difficultés d’installation, sont à présent résolus. On a cependant préféré, d’abord, prendre des précautions et demander aux utilisateurs de tester cette nouvelle version de nous indiquer les problèmes ou les anomalies qui peuvent subsister. C’est pourquoi on a envoyé d’abord 70 exemplaires de ce CD-Rom gratuitement. Les réponses reçues semblent indiquer que tout fonctionne correctement à présent. Rappelons que cette nouvelle version du programme fonctionne sur tout ordinateur PC sous Windows 95, disposant d’au moins 100 Mo sur le disque dur, et de 16 Mo de Ram. Elle contient, en plus du logiciel gratuit Acrobat Reader déjà signalé, une version réduite du logiciel Paradox 7, sous forme d’un « Runtime » ne pouvant fonctionner qu’avec ce programme, ce qui justifie sa diffusion libre de droits. Etant donné le volume des données (200 Mo), il n’est plus possible de diffuser ce programme sur disquettes. Mais tous les ordinateurs actuels sont munis d’un lecteur de CD-Rom, et de plus le CD-Rom permet de ne pas tout copier sur le disque dur si l’on n’y dispose pas d’assez de place. Du fait de la réécriture partielle du programme durant l’été 1997, réécriture qui a entraîné la modification des structures de plusieurs tables, ainsi que des liens les unissant entre elles, l’ancienne version pour MS-DOS (Limag 3 ou versions antérieures) est à présent devenue obsolète. Le sous-programme de saisie de nouvelles données a également été réécrit. Les utilisateurs désirant entrer de nouvelles données eux-mêmes sur leur propre ordinateur, puis me les transmettre pour que je les intègre après vérification aux prochains CD-Rom diffusés sont invités à utiliser, non plus le sousprogramme « Saisie », mais la fiche. Rappelons enfin que chaque année, 3000 nouvelles références en moyenne sont entrées dans ce programme. Dans ces conditions on ne saurait trop recommander aux utilisateurs disposant de versions déjà anciennes de commander une mise à jour. Toute mise à jour comprend bien entendu les nouvelles références et les nouveaux textes entrés, mais aussi ls dernières améliorations du programme de consultation, suite aux observations des utilisateurs les plus fidèles. Prix de vente 1998 Institutions, organismes, universités : 2000 FF, ou 400 $ Chercheurs isolés : 1000 F, ou 200 $ Mise à jour organismes : 1000 F, ou 200 $ Mises à jour chercheurs isolés : 500 F, ou 100 $. Les équipes de recherche participant à la collecte des données disposent d’exemplaires gratuits. Colloques, rencontres, manifestations 1998 (Manifestations non signalées dans le Bulletin n° 15) 6-7-8 mars, Lyon : Parcours et histoire(s) de femmes originaires du Maghreb. Diverses animations et tables-rondes organisées par Coup de Soleil Rhône-Alpes, l'IUFM et Nomade's land, avec Yamina Benguigui, Andrée Dore-Audibert. Contact : Centre social, Estressin, 38200 Vienne (France). 9 au 27 mars, Villetaneuse : Regard furtif. Trois artistes de la Forge de Belleville : Mustapha Cheikh, Cihan, Rachid Mouktadi. Exposition à l'Université Paris 13, Cafeteria du Forum. 13 mars, Meknès : Réunion préalable à la constitution d'une Association marocaine de Littérature Générale et Comparée, sous le patronage de la Société française de littérature générale et comparée. Siège de l'Association : Ecole Normale Supérieure de Meknès. Contacts : Abdelfattah Kilito, Université de Rabat, Jean-Luc Joly, ENS de Meknès, Saltani Bernoussi, Université de Fès. 28 mars, Salé : 6° Forum poétique. Organisé par l'association Chouala, en collaboration avec l'Union des écrivains du Maroc. 25-29 mars, Angers : Maghreb créateur. Ensemble de lectures et de conférences organisées par les associations Aïda, Aptira, Le Chant des mots et Kalima, et par la Bibliothèque municipale d'Angers. 20 mars-14 avril, Washington D.C. : Mahi Binebine. Recent work. Exposition au Museum of contemporary art, 1054 31st Street N.W., Washington D.C. 20007, USA. 17-18 avril, Fès : Ahmed Sefrioui : Présence de la mémoire. Journées d'études à la Faculté des Lettres de Dar El Mahrez. 17-26 avril, Tétouan : Fête du livre marocain. Trois débats, organisés par la Communauté urbaine de Tétouan. 20 avril-29 juin, Cologne (Allemagne) : Rabat, Mogador, Agadir. Trois villes océanes du Maroc dans l'histoire, l'art et la littérature. Cycle de conférences de Lucette Heller à l'Université de Cologne, le lundi de 15 h à 17 h. 20 mai, Paris, Rencontre avec Daniel Prévost. Centre culturel algérien. (Autour de son livre : Le pont de la révolte). 22 mai, Paris : Abdelkader Alloula : Ladjouad (Les Généreux). Centre culturel algérien. Mise en scène : Saïd Arezki. Avec M'hamed Benguettaf et Ziani-Cherif Ayad. 28 mai, Casablanca : La jeune littérature marocaine d'expression française. Table-ronde organisée par les étudiants d'Art-Com. Documents de travail 21 3 juin:, Paris : Rencontre avec Mohammed Dib. Centre culturel algérien (Autour de son livre : Si Diable veut). 8-10 juin, Casablanca : Les littératures comparées : Intérêt pour les littératures nationales et situation ans le Monde. Journées d'Etudes à la Faculté des Lettres de Ben M'Sik, organisées par la CICLIM (Coordination internationale des chercheurs sur les littératures maghrébines). Contact : Samira Douider, Faculté des Lettres de Ben M'Sik, Casablanca. 23-28 septembre, Casablanca : Premier festival international de poésie. Organisé par la Maison de la Poésie au Maroc et la Communauté urbaine de Casablanca. (Président de la Maison de la poésie au Maroc : Mohamed Bennis). 25-26 septembre, Université Paris 13 : Lieux de mémoire africains. Journée d'études de l'APELA. Contact : Bernard Mouralis, 5, square Henri Delormel, 75014 Paris, ou Xavier Garnier, U.F.R. Lettres, Université Paris 13, Av. J.B. Clément, 93430 Villetaneuse. 25-26 septembre, Eaubonne (Paris) : Regards d'amour France-Maghreb. Formation organisée par l'Institut Charles Perrault, avec la participation de Jean Perrot, Nora Aceval, Leïla Sebbar, Nadine Decourt. Contact : Institut Charles Perrault, Hôtel de Mézières, 14, av. de l'Europe, BP 61, 95604 Eaubonne Cedex 04, http ://www.netwatchers.com/perrault. E-mail : [email protected]. 25-28 septembre, Rabat. La Coexistence des langues dans l'espace francophone. Journées d'Etudes organisées par la Faculté des Lettres et l'AUPELF. 15 octobre, Paris : Romanciers du Maghreb : une nouvelle génération. Rencontre-débat à l'Institut du Monde Arabe, avec Y.B., Fouad Laroui, Leïla Marouane, Rachid O., Karim Sarroub, Minna Sif. Animation : Antoin de Gaudemar, réd. en chef adjoint de Libération. Contact : I.M.A., Kebira Alami, 1, rue des Fossés St Bernard, 75005 Paris. Tél. 01 40 51 38 04. 15 octobre-14 novembre, Montpellier : Le Paris des écrivains maghrébins. Exposition de la BPI Centre Pompidou, Bibliothèque universitaire, route de Mende. Contact : Guy Dugas, U.F.R. Lettres, Route de Mende, 34000 Montpellier. 18 octobre, Paris : Le Maghreb de la Musique. Animation organisée par l'Association Coup de soleil de 13h30 à 18 h à la salle polyvalente de la Roquette, 15, Rue Merlin, 75011 Paris. Contact : Coup de soleil, BP 2433, 75001 Paris. 18 octobre, Paris : Le Maghreb des Livres. Animation organisée par l'Association Coup de soleil de 13h30 à 18 h à la Mairie du 20° arrondissement, 6, place Gambetta, 75020 Paris. Contact : Coup de soleil, BP 2433, 75001 Paris. 23-24 octobre, Saint-Denis (Paris) : Octobre 88… Octobre 98. Colloque organisé à l'Université Paris 8 par l'Institut Maghreb-Europe. Contact : Institut Maghreb-Europe, Université Paris 8 à Saint-Denis. 29 octobre, Rabat : Rencontre avec Abdellatif Laâbi Institut français de Rabat. 2-5 novembre, Jérusalem : Lire Albert Memmi : Déracinement, exil, identité. Colloque international organisé par le Forum des cultures méditerranéennes, l'Institut Van Leer de Jérusalem et Mishkenot Sha'ananim. 22 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 Axes du colloque : Albert Memmi et la Tunisie. L'Autre : Domination-sujétion. Dialogues d'écrivains : Littérature et identité(s). L'identité juive et ses avatars. L'exil et les écrivains maghrébins-méditerranéens. Contact : Forum for Mediterranean Cultures, 43, Jaborinsky Street, P.O.B. 4070, Jérusalem 91040, Israël, tél. (972) 2 5605219, ou Mishkenot Sha'hanamim, e-mail : [email protected]. 2-22 novembre, Paris : Prophètes sans Dieu, de Slimane Benaïssa. Mise en scène de Slimane Benaïssa. Avc Slimane Benaïssa, Sid Ahmed Agoumi, Gérald Chatelain, Emmanuelle Drouet, Rachid Brahim-Djelloul. Théâtre international de Langue Française. Novembre, Paris : Le Tiers restant. Une histoire algérienne., de Mohamed Zaoui (Traduction : Ismaël Deha). Par le théâtre de l'Orage. Théâtre des Arènes de Nanterre. 6-8 novembre, Paris : Afrique, poésie, voix. Colloque organisé par la Bibliothèque Publique d'Information (Centre Pompidou) et le Club des Lecteurs d'Expression Française. Centre G. Pompidou hors les murs. Centre Wallonie-Bruxelles, 46 rue Quincampoix, 75004 Paris. Contact : CLEF, tél. 01 53 69 34 38. BPI, tél. 01 44 78 45 24. 7 novembre, Montpellier : Journée Armand Guibert/Fernand Pessoa. Contact : Guy Dugas, Faculté des Lettres, Route de Mende, 34000 Montpellier. 10 novembre, Montpellier : Journée François Augiéras. Contact : Guy Dugas, Faculté des Lettres, Route de Mende, 34000 Montpellier. 10 novembre, Marrakech : Poésie et mémoire. Table-Ronde organisée par le Centre de Recherches sur les Cultures Maghrébines, avec la participation de A. Laâbi, M. Nissaboury, M. Bennis, M. Loakira, A. Aït Warhâm. Faculté des Lettres. Contact : Rachida Bousta, Faculté des Lettres de Marrakech. 14 novembre, Paris : Images algéroises en noir et blanc. Lecture de textes de Waciny Larej et Aïssa Khelladi. Théâtre de la Villette. 17 novembre, Montpellier : Journée Emmanuel Roblès/Federico Garcia-Lorca. Contact : Guy Dugas, Faculté des Lettres, Route de Mende, 34000 Montpellier. 20 novembre, Nice : Soutnance de thèse de Esma Azzouz : Mémoire, voix ressurgies, Etude de la narration dans des textes représentatifs de la littérature féminine Algérienne. Directrice de thèse : Arlette Chemain, Université de Nice. 20-21 novembre, Tunis : Comment enseigner la littérature ? Colloque à la Faculté des Lettres de La Manouba, organisé par le Groupe de recherches en littérature et enseignement. Date limite d'inscription : 31 octobre. Comité d'organisation : Mohammed-Ali Drissa, Samir Marzouki, Moncef Khemiri, Amor Ben Ali. 23 novembre, Milan. Rencontre avec Assia Djebar. Contact : Anna-Maria Mangia. 25 novembre, Bari (Italie). Rencontre avec Tahar Ben Jelloun. Contact : Anna-Maria Mangia. Documents de travail 23 27-28 novembre, Eaubonne (Paris) : L'imaginaire du jeune Méditerranéen. Formation organisée par l'Institut Charles Perrault. Contact : Institut Charles Perrault, Hôtel de Mézières, 14, av. de l'Europe, BP 61, 95604 Eaubonne Cedex 04, http ://www.netwatchers.com/perrault. E-mail : [email protected]. 28 novembre, Paris : Algériennes entre vie et deuil. Lecture de textes de Maissa Bey et Ghania Hammadou. Théâtre de la Villette. 28-29 novembre, Toulouse : L'actualité d'Averroès au carrefour des trois religions monothéistes. Colloque organisé par le Secteur Horizons Maghrébins du CIAM-UTM et l'ISTR. Contact : ISTR, 8, place du Parlement, 31000 Toulouse, tél. 05 61 53 25 12, fax 05 61 53 60 71. Frais d'inscription : 180 F. 2-5 décembre, Paris : Priorité au Basilic. Représentation de la pièce d'Arezki Metref au Centre culturel algérien. Contact : Centre culturel algérien. 3–5 décembre, Grenoble, Université Stendhal -Grenoble III, Assia Djebar en pays de langue allemande. Colloque international organisé par le CERAAC (Centre d'Etudes et de Recherches allemandes et autrichiennes contemporaines). Orientation générale du colloque : "Traductions, réceptions et réceptivité d'une écriture nourrissant le champ complexe du transfert culturel, ici triangulaire, effectué par le biais de la traduction allemande des textes littéraires et historiques d'Assia Djebar, femme écrivain algérienne et de culture berbéro-arabe. – Ecrivains, éditeurs, traducteurs, professeurs, chercheurs en civilisation et littérature comparée, d'Algérie, d'Allemagne, d'Autriche, de France et de Suisse tenteront de faire un état des lieux contrastif, s'interrogeront sur le sens de la pratique traduisante d'une langue et de ses cultures, sur ses transferts et ses implications linguistiques, historiques t et idólogiques. Avec la participation d'Assia Djebar et de André Siganos, Lucien Calvie, Houda Brakat, Barbara Frischmuth, Denise Brahimi, Mireille Calle-Gruber, Regina Keil-Sagawe, Donata Kinzelbach, Fritz-Peter Kirsch, Lucien Leites, Rita Moucannas-Mazen, Ernstpeter Ruhe, Arnold Rothe, Beate Thill, Jeanne-Marie Clerc, Naget Khadda, Charles Bonn. Contact : Nassima BOUGHERARA (responsable scientifique), CERAAC, Université Stendhal, Centre de Valence, tél : (33) (0)4 76 82 43 16, fax : (33) (0)4 76 82 43 51. EMail : [email protected] 3-17 décembre, Ferney-Voltaire : Exposition Tibouchi. 4-5 décembre, Erlangen : Lectures de textes par Tahar Ben Jelloun. Contact : Roland Spiller, Université de Erlangen. 11 décembre, Montréal : Journal d'un citoyen au-dessous de tout soupçon (L'Algérie au cœur), de et par Saïd Benyoucef. Maison de la Culture Frontenac. 12 décembre, Paris : Alger dérision et tragédie. Lecture de textes de Alek Byle et Aziz Chouaki.. Théâtre de la Villette. 12 décembre, Aix en Provence : Soutenance de thèse de Jamel Ali-Khodja : L'enfant, prétexte littéraire dans la littérature maghrébine des années 50 aux années 24 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 80. Directeur de thèse : Anne Roche, Université de Provence à Aix. 1999 1er janvier- 31 décembre : Année du Maroc en France, avec une centaine de manifestations culturelles à Paris, Bordeaux, Toulouse, Marseille.... Contact : Ambassades du Maroc à Paris, de France à Rabat. Décembre 1998-Juin 1999, Paris : Maroc d'hier et d'aujourd'hui : Littératures et Société. Séminaire de Guy Dugas à l'Université Paris 4, Un jeudi par mois, de 13 h à 15 h, en partenariat avec la BPI Georges Pompidou et les services culturels de l'Ambassade de France à Rabat. Contact : Secrétariat du CIEF, Mme Marine Malglaive, tél. 01 40 46 26 02, fax 01 40 46 32 31). 14-15-16 janvier, Paris : Islam et citoyenneté : le fait religieux est-il enseignable ? Colloque international organisé par l'Association française des Arabisants, en partenariat avec le Centre de langue et de civilisation de l'IMA et le soutien de la Communauté européenne (Programme Socates). Institut du Monde Arabe. Contact : Anne Landoin, Maison de l'Orient, 7, rue Raulin, 69007 Lyon, tél/fax 04 78 17 76 53. E-mail : [email protected] 15 janvier-20 février, Paris : Les Oranges, d'Aziz Chouaki Représentations à la Cité Universitaire internationale, Boulevard Jourdan. 16 janvier, Paris : Assemblée générale de la Société française de Littérature générale et comparée (SFLGC). Contact : SFLGC, Bibliothèque de Littérature comparée, Université Paris 3, 17, rue de la Sorbonne, 75005 Paris. 16 janvier, Paris : Algérie au cœur d'une tourmente. Lecture de textes de Jamel Eddine Bencheikh. Théâtre de la Villette. 9 mars-3 avril, Bobigny (Paris) : L'Avenir oublié. Texte d'André Chouraqui et Slimane Benaïssa, mis en scène à MC93 à Bobigny par Slimane Benaïssa. Production MC93 Bobigny. Contact : MC93, 1, Bd Lenine, 93000 Bobigny Cedex, tél. 01 41 60 72 72. E-mail : [email protected] 10-12 mars, Marrakech : Musiques populaires et monde féminin au Maghreb. Séminaire du Centre de recherche sur les Cultures maghrébines. Contact : Rachida Bousta, Faculté des Lettres de Marrakech. 10-13 mars, Fès : Continental North-South and Diaspora Connections and Linkages. Colloque de l'African Literature Association. Projet : The theme of the conference is Continental North-South and Diaspora Connections and Linkages, a topic meant to allow for explorations and analyses of cultural and literary connections and linkages across the fictitiously impenetrable Sahara Documents de travail 25 desert over the centuries, and also across the ocean between the variety of African Diasporas and the mother continent. Paper, panel and roundtable proposals on other topics will also be welcome. As announced in the Winter 1998 ALA Bulletin, the deadline for submission of paper, panel and roundtable proposals is December 10, 1998. Contact : Proposals should be sent to Edris Makward, ALA 1999 Co-convener, 1414 Van Hise Hall, 1220 Linden Drive, Madison, WI 53706, U.S.A. (Tel: 608-262-2487; Fax: 608-265-4151; email: [email protected]). Overseas participants may send their proposals to: Ahmed Saber, ALA 1999 Co-convener, Departement d'Anglais, Faculté des Lettres Dhar Al Mahraz, Fes, Morocco. Fax: 212-5-64-08-44; Tel: 212-5-731236). 11 mars, Oujda : La langue et la littérature des "beurs". Journée d'études organisée par le Centre d'étude des mouvements migratoires méditerranéens (CEMMM), la Cellule de recherches sur la langue et la littérature "beures" (CRLLB) et l'Institut français de l'Oriental d'Oujda. Axes : Essai de définition du genre. Place du roman "beur" dans la littérature occidentale. Crise de l'identité dans le roman "beur". Quel avenir pour la littérature "beure" ? Contact : Faculté des Lettres d'Oujda, ou Institut français. 11-12 mars, Waterford (Irlande) : Littératures francophones : la problématique de l'altérité. Colloque organisé par le département de français de Waterford Institute of Technology, avec le parrainage des ambassades de France, du Canada et du Maroc. Contact : Christine O'Dowd-Smyth, Waterford Institute of Technology, Cork Road, Waterford, Irlande du Sud. Tél. 00 353 51 302635. Fax 00 353 51 378292. E-Mail : [email protected] 12-13 mars, Paris : Frontières de la Francophonie, Francophonie sans frontières ? Colloque organisé à l'Université Paris 13 par le CELFC. Contact : Jean-Louis Joubert, CELFC, Université Paris 13, Av. J.-B. Clément, 93430 Villetaneuse. 15-16-17 mars, Casablanca : L'Imaginaire du jeune Marocain à travers ses productions. Trois journées d'études du Centre Académique de Documentation, Animation et Production Pédagogique (CADAPP). Contact : Latifa El Iraqui, Angle av. Sidi Abderrahman et av. Ibn Sina, B.P. 12365, Casablanca. Tél. 90 31 45, Fax 90 33 76. 15 mars au 10 mai, Paris : Ecritures marocaines et pluralité. Quatre rencontres littéraires du service animation de la BPI Georges Pompidou, les lundi 15 mars (De l'an Mil à l'an Deux Mille, A.-B. Yehoshua, J. E. Bencheikh et Guy Dugas), jeudi 29 mars (Autour de l'Inspecteur Ali, Driss Chraïbi & Kacem Basfao), jeudi 12 avril (Qui dit le Maroc des femmes ?, Zakia Daoud et Tahar Ben Jelloun), jeudi 10 mai (Ecritures marocaines en devenir, Mohammed Berrada, Abdellatif Laâbi, Edmond Amran El Maleh, Abdallah Bounfour & Guy Dugas). Contact : Animation BPI, Annie Meyer, tél 01 44 78 45 32. 26 mars Paris : Littératures francophones : langues et styles. Colloque organisé par l'Université Paris 12 - Val de Marne. Date limite d'envoi du titre de communication et d'un résumé de 5 lignes : 31 décembre 1998. 26 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 Contact : Papa Samba Diop, Centre 'études francophones, Université Paris 12, 61, av. Général De Gaulle, 94010 Créteil Cedex, Tél. 01 45 17 11 43, e-mail : [email protected] 16 avril, Montpellier : Le Piston. Représentation au théâtre Jean Vilar du spectacle burlesque bilingue d'Ahmed Tayeb et Amidou, par Amidou. 28-30 avril, Casablanca : Les littératures comparées dans le Monde arabe et dans le bassin méditerranéen. Colloque organisé par la CCLMC (Coordination des chercheurs sur les littératures maghrébines et comparées), et le laboratoire de narratologie de la Faculté des Lettres Ben M'Sik, Casablanca. Contact : Samira Douider, Faculté des Lettres Ben M'Sik, Sidi Othmane, Casablanca. 13-16 mai, Toronto (Canada) : Littératures algériennes contemporaines. Ecriture, nouvelle écriture. Colloque organisé par l'Université York à Glendon (Toronto, Canada), en collaboration avec l'Université Paris 13 et l'Université d'Alger, sur les littératures algériennes depuis les années 1980 et leurs nouvelles perspectives de lecture. Principaux axes : Singularité et pluralité des littératures algériennes. Lecture sociopolitique du texte algérien. Structures esthétiques du discours littéraire algérien. Littératures de l'Emigration. Histoire, mémoire, écriture : les judéo-sépharades et l'Algérie. Prise d'écriture par les femmes. L'écriture de l'urgence. Le nouveau théâtre algérien. Poésie et poétique dans les littératures algériennes. Les textes algériens et la traduction. Pour participer au colloque, envoyer un résumé d'une page de la communication, et une brève notice bio-bibliographique à l'une des deux adresses suivantes : Colloque Algérie, Département d’études françaises, Université York à GLENDON, 2275 Bayview avenue, TORONTO (ON) CANADA, M4N 3M6, Téléphone : (416) 962-7822 Télécopieur : (416) 925-7251, E-Mail : [email protected] ou : Charles Bonn, U.F.R. Lettres, Université Paris 13, Av. J.-B. Clément, 93430 Villetaneuse (France), Tél./fax 01 49 40 31 75, e-mail : [email protected] Octobre, Rochefort. Pierre Loti au Maroc. Exposition à la Bibliothèque-médiathèque, BP 30, 17306 Rochefort Cedex (France). Colloque "Les Méditerranées de Loti", 29-31 octobre. Contact : Association pour la maison de Pierre Loti, 141, rue Pierre Loti, 17300 Rochefort. 23-27 novembre, Abidjan (Côte d'Ivoire) : Arts, écritures du monde francophone et quête identitaire. Colloque international à l'Université de Cocody, Abidjan, organisé par le GERLIF, Département de Lettres modernes, Université de Cocody-Abidjan. Axes de réflexion : Les formes d'expression de l'identité culturelle. Ecritures, productions artistiques des femmes et quête identitaire. Le dialogue des cultures, des arts et des littératures. Date limite d'inscription : 31 mars 1999. Frais d'inscription : 50 $ ou 25000 CFA. Contact : Pr Pierre N'Da. Dépt de Lettres modernes, Université de Cocody, BP V 34, Abidjan (Côte d'Ivoire). Fax (225) 44 87 51. E-mail : [email protected]. Documents de Travail Jamel Eddine Bencheikh. Notice bio-bibliographique J.E. Bencheikh est né le 27 février 1930 à Casablanca, dans une famille algérienne de magistrats, originaires de Tlemcen où il passe les vacances d'été. Une part des souvenirs de cette enfance est racontée dans un texte récent, "Tlemcen la haute", publiée dans Une enfance algérienne (Textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, Gallimard, 1997). De 1951 à 1953, il est à Alger pour des études d'arabe et de droit. Il s'y lie d'amitié avec les poètes Jean Sénac et Jean-Claude Xuereb. Puis à Paris, de 1956 à 1962, il poursuit ses études d'arabe, enseigne et passe l'agrégation. En 1962, il regagne l'Algérie indépendante où il est assistant puis Maître de conférences de littérature arabe médiévale à la Faculté des Lettres d'Alger. Il y crée la section de Littérature Comparée ainsi que Les Cahiers Algériens de Littérature Comparée qu'il dirige (1965-1968). Il enseigne, en particulier, Le Fou d'Elsa d'Aragon et également "La poésie algérienne de combat", cours qui sera suivi d'une publication, en collaboration avec Jacqueline Levi Valensi, Diwan Algérien. La poésie algérienne d'expression française, 1945-1965 (étude critique et choix de textes, Hachette, 1967), anthologie critique qui reste une des références majeures de la poésie de cette période. Durant ces années également, il tient des chroniques littéraires et politiques, dans différents hebdomadaires tels que Révolution Africaine, Jeune Afrique et Afrique Asie. Il quitte ensuite l'Algérie et sera Chargé de recherches au C.N.R.S. de 1969 à 1972 puis professeur à Paris VIII, enfin à l'Université de Paris IV-Sorbonne jusqu'en juin 1997. Il revient à Alger, en mars 1992 à l'invitation du Centre Culturel Français. Il y donne deux conférences. Invité par Djilali Liabès en mai 1993, il ne pourra venir à la suite de l'assassinat de celui-ci. Il n'en a pas moins accompagné de ses prises de position (différents essais et interviews dans la presse à Alger et à Paris ; interventions publiques) et de ses textes (participation à des ouvrages collectifs sur l'Algérie, Les Temps Modernes, la Revue Sud, un ouvrage édité à Rabat) la période tragique que traverse l'Algérie depuis 1993. On connaît par ailleurs ses travaux de critique et d'érudition dans le domaine de la littérature arabe médiévale et ses traductions, en particulier la traduction en cours avec André Miquel, des Mille et Une Nuits (trois tomes parus déjà chez Gallimard en folio) ainsi que deux essais, l'un en collaboration avec A.Miquel et C.Brémond, Les Mille et un contes de la nuit (PUF, Bibliothèque des idées 1991) et l'autre, seul, Les Mille et Une Nuits ou la parole prisonnière (PUF, Bib.des idées, 1988). On indiquera ici une 28 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 traduction moins connue, Le Voyage nocturne de Mahomet, Mi'râdj (Imprimerie Nationale, 1988) suivie d'une étude remarquable sous le titre "L'Aventure de la parole. Introduction à l'étude des récits apocalyptiques arabes". Il est co-auteur, avec A.Miquel, d'un entretien intitulé, D'Arabie et d'Islam (Ed. Odile Jacob, 1992). Parallèlement à cette oeuvre d'érudition et de transmission, en français, de la culture arabo-musulmane, J.E. Bencheikh est écrivain. Il a publié plusieurs recueils de poèmes en langue française : Le silence s'est déjà tu (Rabat, SMER, 1981) - L'Homme poème,(Actes Sud, 1983) - Etats de l'aube (Rougerie, 1986) -Les Mémoires du sang (Rougerie, 1988) - Transparence à vif (Rougerie, 1990) - Alchimiques (Poëgram, 1991) Déserts d'où je fus (Tétouan, 1994) - Lambeaux (Paris, 1995) - Parole montante (Tarabuste, 1997) - Cantate pour le pays des îles (Marsa Editions, Paris, 1997) - Rose noire sans parfum, roman, Paris, Stock, 1998. 1 Christiane CHAULET-ACHOUR Fatima Gallaire : A la recherche de la langue perdue. La multiplication des absences est lourde à porter certains jours.. (Fatima Gallaire, Rencontre avec des écrivains d’ailleurs). L’absence et la distance t’ont rendue encore plus grandiose, plus nécessaire à ma vie. Tu es devenue un miroir à l’échelle de l’existence-même. (Fatima Gallaire, L’Algérie au coeur...). A la fin des années 90, Fatima Gallaire est surtout connue – en France et à l’étranger – comme dramaturge et romancière francophone, mais beaucoup moins comme cinéaste. Peu importe le genre, le dénominateur commun de toutes ses oeuvres est la double appartenance : à l’Algérie et la France, à l’arabe et le français, à l’Orient et l’Occident. Pour cette Franco-Algérienne, la double identité est une magnifique schizophrénie qui consiste à vivre en même temps deux cultures, deux langues, deux personnalités. Par moments il y en a une qui prend le dessus et l’autre se trouve alors forcément à l’étroit.2. Cet article envisage d’illustrer l’importance du choix linguistique de cette créatrice multiple et bilingue à travers quelques exemples de ses activités artistiques, notamment dans le domaine du théâtre. Elle a, en effet, produit 25 pièces de théâtre, de nombreuses nouvelles, plusieurs romans ainsi qu’un petit nombre de vidéos, jusqu’à nos jours. Dès son enfance dans l’Est Constantinois en Algérie, Fatima Gallaire parle simultanément l’arabe et le français au sein de sa famille. 3 Son entrée dans l’écriture romanesque se fait en langue française. Passionnée pour la littérature, elle écrit ses premières nouvelles lors de ses études en lettres à l’Université d’Alger. Après un séjour à Paris de 1967 jusqu’à 1970, elle ne prend pas seulement goût à la vie de la métropole française, mais également au cinéma. La Cinémathèque d’Alger lui offre son premier emploi comme attachée culturelle durant quatre ans. Ensuite Fatima Gallaire abandonne son travail afin d’étudier le cinéma à l’Université Paris 8 de Vincennes en s’installant à Paris en 1975. 1. Consulter aux éditions de l'Harmattan, Jamel Eddine Bencheikh, de C. Chaulet-Achour et S. Rezzoug, 1994. 2 Cf. Chantal Boiron, “Fatima Gallaire-deux cultures“, in Acteurs, 88-89, mars-avril 1991, p. 76. 3 Voir Fatima Gallaire, Baï, in Une enfance algérienne, textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, Paris : Gallimard, 1997, pp. 135-146. Documents de travail 29 C’est la mort de sa nourrice, en 1984, qui provoque en elle une profonde mutilation, une mutilation de la mémoire engendrant son écriture dramatique un an plus tard. Encore une fois en langue française. A l’âge de 41 ans, l’auteure formule son credo dans sa première pièce de théâtre sous un titre en arabe Haou jition ! ce qui devient en français Ah ! Vous êtes venus... là où il y a quelques tombes4 : Je suis venue ici de mon propre gré et je parlerai sans crainte. Je ne crains personne. Cette déclaration d’une rebelle éternelle, prononcée par l’héroïne Princesse lors de son retour au pays natal, caractérise parfaitement la démarche initiale de Fatima Gallaire. Une démarche de documentariste : prendre la parole est une nécessité existentielle pour elle. Il faut dévoiler la vérité. “Ecrire pour ne pas mourir.“5 Elle précise à ce propos : En tant qu’écrivain, née au milieu de confluences multiples, habituée aux mélanges des cultures, je me donne le droit de dire tout ce que je pense à propos de la France et de l’Algérie, parce que c’est une histoire d’amour. J’ai le droit de l’écrire et de le livrer au public qui, lui, exerce sa liberté critique.6. Son droit d’écrire, l’auteure l’exerce exclusivement en français, dès le début de sa carrière. Etant donné qu’elle vit en France, cela lui permet de toucher un double public, à savoir le public français et le public maghrébin immigré en France. Ce choix n’est pourtant pas facile à porter. En France, ses oeuvres sont classées parmi la littérature francophone maghrébine, c’est-à-dire elles sont exclues de la littérature nationale. En Algérie, son choix en faveur de la langue imposée de l’ex-colonisateur lui vaut des critiques voire des reproches de trahison. Certes, cette critique ne concerne pas seulement Fatima Gallaire, d’autres auteur(e)s du Maghreb font la même expérience. Pourtant cela n’empêche pas un sentiment de culpabilité et de manque. Ces effets pervers d’une double identité sur le plan linguistique s’aggravent par la décision du gouvernement algérien d’imposer l’arabisation du pays, à partir de l’été 1998. L’ironie du sort, en appliquant le modèle français, unique nation au monde où la législation impose depuis 1794 l’emploi exclusif de la langue nationale dans tous les actes publics et privés, la langue française est devenue en Algérie la première victime de cette mesure. De fait, l’Algérie est un pays multilingue comme la France.7. Les conséquences immédiates de l’arabisation en Algérie se traduisent par une situation dramatique dans le domaine médical où on utilise majoritairement le français. Quant à la littérature ou le théâtre, il est trop tôt de prévoir des changements. Est-ce que les auteur(e)s francophones du Maghreb vont commencer à écrire en arabe désormais ? Personne ne peut le savoir. Fatima Gallaire s’est prononcée au mois d’août sur cette question. Elle comprend l’arabisation comme un défi personnel, comme une chance de retrouver sa langue perdue. Sa décision est prise d’écrire des pièces de théâtre en arabe dialectale. Dans une démarche “de purification“, elle envisage de créer des comédies en faveur d’un public algérien ne connaissant depuis des années que la violence, la mort et des tragédies au quotidien. Le rire sera par conséquent une arme efficace pour faire oublier la terreur. Notons que ses comédies écrites en français comptent parmi ses meilleures oeuvres, pour 4 Sous l’impulsion du metteur en scène Jean-Pierre Vincent, le titre changera une deuxième fois en Princesses. 5 Titre d’une intervention à l’University College de Dublin où Fatima Gallaire se prononce à l’occasion d’un colloque intitulé “La Nouvelle hier et aujourd’hui“, le 16 Sept. 1995. 6 Cf. Chantal Boiron, art. cit., p. 77. 7 Voir France, pays multilingue I-II, sous la direction de G. Vermes et J. Boutet, Paris : L’Harmattan, 1987. 30 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 ne citer que Témoignage contre un homme stérile ou Molly des Sables. Son talent pour le comique est incontestable. Il va de soi que la situation politique actuelle en Algérie ne permettra pas un théâtre de documentariste, c’est-à-dire que la censure n’acceptera jamais des propos critiques concernant la condition féminine, l’intolérance religieuse etc. Consciente de cette problématique, l’auteure vise une nouvelle écriture dramatique, un autre objectif. C’est un retour à l’écriture “jubilatoire“. Ecrire pour faire plaisir. L’ancienne fille du pays retourne cette fois-ci non pas comme une rebelle mais comme consolatrice. A travers sa langue perdue, Fatima Gallaire tente aussi à retrouver la légèreté de son enfance, une époque sans souci. Autrement dit, son nouveau choix linguistique diminuera la distance et l’absence sera moins lourde à porter. Il est également une possibilité de se débarrasser de son sentiment de culpabilité vers son pays natal, de vivre sa double identité sans contrainte. Sa double appartenance peut finalement être un enrichissement et non pas un handicap. Il serait intéressant d’analyser son arabe dialectal pour détecter l’influence de la langue française. Toutes ses œuvres écrites en français sont marquées par la langue arabe, phénomène inévitable chez les auteur(e)s maghrébin(e)s venu(e)s en France.8 La nouvelle démarche linguistique de Fatima Gallaire pourrait inspirer les maisons d’éditions en France de publier davantage des textes bilingues en vue d’un public bilingue nombreux et en état de manque de la langue du pays d’origine. Ce manque est aussi souvent vécu comme une discrimination linguistique. Pour terminer, à mon avis, imposer un idéal monolingue est un tort envers les minorités linguistiques dans n’importe quel pays – même s’il peut constituer une chance de retrouver sa langue perdue dans le cas de Fatima Gallaire ou d’autres. Il ne faut surtout pas oublier que le multilinguisme est un indicateur de la démocratie et un garant important de la multiculture d’un pays et du monde entier. Bibliographie : BOIRON (C.), “Fatima Gallaire-deux cultures“, in Acteurs, 88-89, mars-avril 1991, pp. 75-77. GALLAIRE (F.), Baï, in Une enfance algérienne, textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, Paris : Gallimard, 1997, pp. 1356146. GALLAIRE (F.), L’Algérie au coeur..., in Paroles d’Algérie, textes présentés le 25 juin 1994 au Printemps des Comédiens, Château d’O, à Montpellier. GALLAIRE (F.), Ah ! Vous êtes venus... là où il y a quelques tombes, Paris : Des Quatre-Vents, 1988. GALLAIRE (F.), Témoignage contre un homme stérile, in L’Avant-Scène-Théâtre, 815, 1er oct. 1987. GALLAIRE (F.), Molly des Sables, in L’Avant-Scène-Théâtre, 954, 15 juillet 1994. France, pays multilingue I-II, sous la direction de G. Vermes et J. Boutet, Paris : L’Harmattan, 1987. Rencontre avec des écrivains d’ailleurs, brochure du Conseil Général de Seine SaintDenis, Bobigny, 1994. 8 Le phénomène de la lingua delle migrazione, c’est-à-dire une fusion de la langue maternelle avec une langue étrangère grâce à une migration culturelle, a été le sujet de ma thèse dans laquelle Fatima Gallaire représente la dramaturge clef. Voir Anne Schmidt, Le Miroir de l’Autre : une nouvelle génération de femmes dramaturges issue de la migration à Paris au XXe siècle, thèse, IET, Paris III, 1998. Documents de travail 31 SCHMIDT (A.), Le Miroir de l’Autre : une nouvelle génération de femmes dramaturges issue de la migration à Paris au XXe siècle, thèse, IET, Paris III, 1998. Anne SCHMIDT Actualité de Rachid Boudjedra, ou : une écriture française assumée Dans l’histoire littéraire récente du monde arabe, on sait qu’une des différences majeures entre les contextes maghrébin et moyen-oriental fut que dans le premier cas, en Algérie notamment, le roman français a été presque toujours lu dans sa langue d’origine, alors qu’au Machreq il était plutôt connu en traduction. Dès lors, il est ainsi possible de mieux comprendre qu’au Maghreb le genre romanesque ait pu faire figure pour certains d’une greffe occidentale émanant de la langue du colonisateur. C’était apparemment en voulant s’inscrire dans une volonté de rejet politique de la langue française que Rachid Boudjedra, après avoir écrit six romans en français, rédigea cinq romans en langue arabe dans les années quatre-vingt. Il serait toutefois fort réducteur et totalement illusoire de croire que seule la langue arabe puisse exprimer l’identité algérienne. En effet, il nous faut bien prendre acte du fait que l’identité culturelle du Maghreb est triplement composée du berbère, de l’arabe et du français. On ne peut donc pas nier la présence conjointe de l’Occident dans la culture algérienne. Précisément, c’est sur ce point que se crée une différence avec le Machreq qui est à l’inverse souvent considéré comme le gardien d’une unique pureté linguistique arabe. Cette spécificité maghrébine se doit d’être un atout: à l’heure où l’on commence enfin à s’aviser en Occident - en France tout particulièrement - de reconnaître la part inhérente de métissage qui préside à toute culture, l’affirmation d’une Algérie plurielle peut trouver dans le multilinguisme une conscience de soi et un rapport aux autres qui n’est pas sans évoquer le concept de créolité cher aux écrivains Antillais. Seule la pluralité linguistique peut garantir l’expression de la pluralité de la personne maghrébine. A cet égard, le combat littérairemené par Rachid Boudjedra dans les années quatre-vingt semble déjà d’arrière-garde: alors qu’il s’efforçait de promouvoir la culture et la civilisation arabe, l’enjeu véritable aurait été d’assumer une culture plurielle. Pourtant, si il s’avérait que les “traductions” en français proposées par l’auteur n’en étaient pas et qu’il s’agisse en vérité généralement d’une réécriture, la production bilingue boudjédrienne aurait le mérite de signifier pleinement une Algérie plurielle. Or, dès 1994, lors de la parution du Dictionnaire Universel des Littératures publié aux Presses Universitaires de France sous la direction de Béatrice Didier, dans un article consacré à Rachid Boudjedra, Charles Bonn notait pertinemment: “...depuis Le Démantèlement, Boudjedra présente ses romans comme étant écrits en arabe puis traduits en français, tout en les parsemant d’indices qui contredisent en partie cette affirmation...”. Depuis, nous avons largement prouvé dans la thèse intitulée "Le bilinguisme dans les oeuvres de Rachid Boudjedra du Démantèlement (1981) au Désordre des choses (1990). Comparaison entre les oeuvres de langue arabe et leurs traductions" soutenue en 1995, qu’aucun des cinq romans de Boudjedra publiés en français pendant cette période ne peut revendiquer l’appelation de traduction, tant leur écriture est autonome par rapport à un supposé original arabe. Nous pouvons donc affirmer que ces cinq romans en langue française appartiennent de plein droit au domaine de la littérature maghrébine de langue française. 32 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 On connaît le célèbre aphorisme italien: “ traduttore, traditore” (traducteur, traître). Cet adage exprime de manière saisissante que toute traduction est fatalement infidèle et qu’elle “trahie” toujours un peu d’une certaine façon soit la lettre, soit l’esprit du texte original. Dans le cas précis de cette partie de l’oeuvre de Rachid Boudjedra, il faudrait supposer une “auto-trahison”, puisque dans les deux langues nous avons affaire à des textes originaux. Là encore, il ne s’agit pas d’un handicap mais d’une richesse. Certes, l’inadéquation entre une langue et le monde qu’elle est censée dire provoque le malaise, et la tentation peut être grande alors de choisir l’exil, l’ailleurs. Néanmoins c’est là qu’émerge la langue spécifique de l’écrivain bilingue qui témoigne nécessairement non plus de façon univoque mais de manière équivoque de la multiplicité des aspects de la réalité. Par emprunts et échanges mutuels, la langue française dans l’oeuvre boudjédrienne est donc désormais à même de rendre compte de la polyphonie algérienne, y compris dans son Histoire immédiate. Par conséquent, s’il nous faut considérer aussi le chaos comme une des conditions d’existence du vivant, alors la narration toute simonienne des oeuvres romanesques françaises des années quatre-vingt, du Démantèlement au Désordre des choses, participe à la fois par sa structure et par sa langue à cette approche du réel complexe de l’Algérie contemporaine. Par ailleurs force est de constater que, depuis lors, Rachid Boudjedra semble bien avoir totalement renoncé à l’appelation “traduit de l’arabe”. Ainsi son roman Timimoun publié en 1994 n’est donc pas, comme on n’a pu le dire, un retour à la langue française puisqu’il est désormais possible d’affirmer que l’auteur n’a jamais cessé d’être un écrivain francophone depuis La Répudiation en 1969 et jusqu’à présent. Cette année 1994 fut aussi celle de la nouvelle édition augmentée de son essai pamphlétaire Fis de la haine, précédemment publié en 1992. Là encore, il n’est nullement fait mention d’une traduction de l’arabe. C’est le cas également de ses deux autres essais: Lettres algériennes publié en 1995 et Peindre l’Orient la même année. Enfin, en 1997, son dernier roman La vie à l’endroit est présenté lui aussi comme écrit directement en français. Dissipons un malentendu. Notre propos n’est pas de vouloir à tout prix enrôler l’oeuvre boudjédrienne dans l’armée de la “Francophonie”: ce mot commode recouvre des situations d’écriture si particulières qu’il serait malvenu de figer cet auteur dans le monolithe impossible d’ “écrivain francophone”. Il ne s’agit certes pas de faire du “francocentrisme”, mais d’admettre que c’est d’une certaine manière la langue française qui choisit l’écrivain plus que l’inverse et qu’elle devient alors le lieu où s’affirme son identité étrangère et exilée. Ainsi que le disait Edmond Jabès: “Le véritable écrivain a sans doute un pays natal, mais il n’a guère de patrie: par l’exil et le questionnement , il fait de la langue sa terre adoptive”. On parle ainsi maintenant naturellement non plus de “la” littérature mais des littératures de langue française et il nous est alors loisible d’inscrire l’oeuvre de Boudjedra dans l’espace littéraire francophone algérien s’affirmant, comme d’autres, contre l’hégémonie culturelle d’une France trop souvent sûre d’elle-même. Dans la thèse précédemment évoquée, toute volonté de polémique ayant été écartée, il était clairement démontré qu’à travers les jeux et les enjeux de l’intertextualité aussi bien qu’à travers la maîtrise d’une certaine schizophrénie bilingue, c’était bien la littérature qui était gagnante. C’est pourquoi nous voulons croire que lorsque Rachid Boudjedra écrit sereinement en français une trentaine de lettres d’un bord à l’autre de la Méditerranée dans lesquelles il évoque la politique, le sport, la télévision, le racisme ou Documents de travail 33 bien la guerre, c’est qu’il accepte une partie de lui-même qu’il ne peut désavouer. Mieux encore, quand il fait paraître chez Zulma, un petit éditeur du Gers, un essai de moins d’une centaine de pages consacré aux peintres occidentaux qui furent fascinés par l’Orient, de Delacroix à Klee en passant par Picasso, Matisse, Van Dongen, Macke et Gauguin, et qu’il poursuit sa réflexion en langue française pour rendre cette fois hommage aux peintres maghrébins tels que Cherkaoui, Atlan, Ben Anteur et Khadda qui se ressourcèrent à leurs propres origines, alors il est permis de penser que Rachid Boudjedra a su échapper au piège du francotropisme sans pour autant tomber dans celui de l’exotisme. Ogbia BACHIR-LOMBARDO Dessine-moi une œuvre francophone Contrairement au début des années 90, le thème de la francophonie ne semble plus à l’ordre du jour de la politique française. En fait, le gouvernement de Lionel Jospin a délégué la francophonie au deuxième rang : il n’y a plus de ministère de la Francophonie, ni un rattachement à celui de la Culture. Cette décision pourrait avoir des conséquences pour les recherches liées à ce domaine, notamment en littérature ou en études théâtrales. Cet article pose la question de savoir, si cela ne pourrait pas être une chance de faire réviser certains concepts surannés. Pour illustrer cette idée, je voudrais donner un exemple concret issu des recherches théâtrales, celui du théâtre francophone et le point de vue d’un homme de théâtre - Wole Soyinka.9 Le terme de théâtre francophone peut être compris dans un double sens : d’une part un théâtre lié à la langue française et d’autre part un théâtre lié à la francophonie. Le terme de francophonie est apparu, pour la première fois, en 1880, sous la plume du géographe français, Onésime Reclus, frère d’Elisée, qui prenait pour critère l’ensemble des espaces où la langue française est parlée.10 D’après des estimations du Haut Conseil de la Francophonie en 1989, la communauté linguistique francophone se déploie sur les cinq continents et représente environ deux pour-cent de la population mondiale.11 C’est grâce à Léopold Sédar Senghor, homme d’Etat et écrivain sénégalais, que le terme de la francophonie est réintroduit en 1962 dans un article fondamental de la revue Esprit : La francophonie, c’est cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre : cette symbiose des ‘énergies dormantes’ de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire.12 En effet, cette définition est reprise un peu partout dans les textes traitant de la francophonie. Mais elle est loin d’être claire, elle est plutôt poétique. Pourquoi ce manque de clarté ? En 1986, Wole Soyinka devint le premier prix Nobel africain de littérature. Celui que l’on avait surnommé “le tigre“, par son engagement radical contre les dictatures, est né en 1934 à Abeokuta ( Nigeria) et n’a jamais cessé de cultiver des utopies. Dans un entretien publié par Sources UNESCO, n°72, en septembre 1995, il décrit son idéal : 9 Pour sa biographie et ses oeuvres, voir Michel Corvin, Dictionnaire encyclopédique du théâtre, Paris : Bordas,1991, pp. 786787 ( article de D. Bradby). 10 Voir La Francophonie de A à Z, publication coproduite par le Ministère des Affaires Etrangères et le Ministère de la Francophonie, Paris, 1990, p. 29. 11 Voir Haut Conseil de la Francophonie, plaquette de présentation, 1996, p. 12. Le Haut Conseil de la Francophonie est un organisme public français créé en 1984 par F. Mitterrand qui en a nommé les 32 personnalités membres, françaises et étrangers. 12 Cf., L.S.Senghor, “Le français, langue de culture“, in Esprit, nov. 1962, p. 844. Ce numéro spécial est consacré à la francophonie. 34 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 Une utopie égalitaire, sans autoritarisme. Nous savons qu’il n’existera jamais de société sans classes, mais le simple fait d’en rêver permet de progresser vers la réduction des inégalités, qu’elles soient fondées sur le sexe, le pouvoir, les circonstances, la naissance ou la race. 13 Ce romancier, poète, musicien et dramaturge du Nigeria, ex-colonie britannique et maintenant membre du Commonwealth, était invité en automne 1986 à Limoges au Festival International des Francophonies ( FIF). Il y présenta The Trials of Brother Jero ( La Métamorphose de frère Jero) en version française. C’est une “pièce satirique efficace alliant la farce européenne aux traditions nigérianes“14, jouée par le Théâtre de la Soif Nouvelle de la Martinique et mise en scène par l’auteur. L’expérience de Wole Soyinka à Limoges est décrite à travers l’article intitulé “Sur la langue française, sur la francophonie, sur Limoges et sur le théâtre“ , paru dans la revue Notre librairie, numéro hors série portant sur les créateurs et les créatrices de l’Afrique à Limoges, en septembre 1993. Le point de départ de cet article est l’observation de Wole Soyinka qui écrit en anglais, mais parle également le yoruba ( langue de Nigeria), l’espagnol et le français, à propos des écrivains francophones et anglophones en Afrique : J’avais alors clairement vu ce que je ne percevais pas bien auparavant, c’est-à-dire que l’attitude des francophones vis-à-vis de la langue française était très différente de celle des anglophones. Pour les anglophones, la langue constitue juste un instrument à la manière de tout autre moyen d’expression,tout comme n’importe quelle langue l’aurait fait, si nous avions été placés dans d’autres circonstances historiques. Et j’ai trouvé auprès de mes collègues de langue française un curieux comportement de déférence envers le français, ce que je n’arrivais pas à m’expliquer.15 A partir des années 60 et notamment par la fondation de L’Union of Writers of the African Peoples ( L’Union des écrivains des peuples africains) , Wole Soyinka s’est donné pour objectif d’arracher les francophones à leur déférence envers la France métropolitaine et d’essayer de les persuader que nous sommes avant tout et fondamentalement Africains.16 Cet engagement contre une telle division linguistique de l’Afrique a porté ses fruits, d’après lui : Nous sommes maintenant capables de mener un débat sur nos problèmes comme des êtres humains, comme un peuple africain avec une culture pareille à toute autre, de la même manière qu’ils l’avaient toujours fait auparavant. Cela devait être notre position vis-à-vis de la francophonie.17 Ensuite, ce prix Nobel africain de littérature se prononce clairement contre un concept de littérature francophone qu’il compare au concept de la British Commonwealth Literature ( littérature britannique du Commonwealth). Les deux concepts n’ont pas de sens, à son avis. Il affirme : Je ne fonctionne pas dans un tel système. C’est le même genre de dispute qui fonde mon jugement envers le théâtre de Limoges.18 En revanche, il revendique “ Un genre de culture, un genre qui peut être défini. Tout au moins une littérature identifiable“19, c’est-à-dire des critères plus spécifiques que la langue ou la géographie. Son travail avec le Théâtre de la Soif Nouvelle de la Martinique l’a justement confronté avec le problème de la langue française : 13 Cf., Sources UNESCO, n°72, sept. 1995, p. 9 ( portrait de l’auteur fait par Sophie Boukhari et Aracely Morales). Soyinka fut nommé ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO en octobre 1994. 14 Cité d’après D.Bradby, in M. Corvin, op.cit., p. 787. 15 Cf., Wole Soyinka, “ Sur la langue française, sur la francophonie, sur Limoges et sur le théâtre“, propos recueillis par J. Riesz, traduit de l’anglais par Pius Ngandu Nkashama, in Notre librairie , n° hors série, sept. 1993, p. 31. 16 Ibid. 17 Ibid. 18 Ibid., p.32. 19 Ibid. Documents de travail 35 Pour ces acteurs, la langue constituait un élément prédominant. Leur première initiative au théâtre me semblait être avant tout le fait de parler français. Je leur répétais souvent que sur la scène, dans le jeu théâtral, l’acteur ne parle pas anglais, il ne parle pas français, il ne parle pas russe : Vous devez parler théâtre. Cela veut dire, parlez le personnage que vous jouez.20 Autrement dit, il ne faut pas sacrifier le personnage de la pièce au profit de l’élocution. Pourtant, cela se produisit exactement à la répétition générale à Fort-deFrance et à Limoges et l’auteur en était vraiment peiné.21 Ses témoignages et réflexions en matière de théâtre francophone peuvent provoquer plusieurs questions cruciales : Pourquoi le FIF présente-t-il une pièce traduite de l’anglais dans le cadre du théâtre dit francophone ? Est-ce que l’Afrique francophone produit ou ne produit pas d’autres pièces que l’Afrique anglophone ? ( Les deux Afriques ont subi la colonisation et doivent utiliser une langue imposée.) Où faut-il situer la création théâtrale de l’Afrique lusophone issue de la colonisation portugaise ? Sans oublier les créations théâtrales en langues africaines - pour ne citer que l’exemple du Congo où on parle le lingala, le munukutuba et le kikongo. Les réponses pourraient nous faire mieux comprendre pourquoi pour Wole Soyinka le critère de la langue n’est pas pertinent, pourquoi le théâtre francophone n’est pas assez identifiable pour lui. En effet, on ne trouve nulle part des définitions ou des concepts scientifiques du théâtre francophone. Comment se baser sur des propos tels que “symbiose des énergies dormantes“ ou “fraternités nouvelles“ ? Néanmoins, il existe des travaux comme celui de Dany Toubiana qui traite, dans le cadre d’une recherche en vue d’un DEA en études théâtrales datant de 1989, quatre théâtres francophones ( africain, antillais, maghrébin et québécois) .22 La base de ces théâtres est la langue française , “une sorte de pont qui permet à chacun d’exister dans sa sensibilité propre, de s’élargir tout en se confortant par la connaissance de l’autre“.23 Les quatre portraits brossés par Dany Toubiana n’aboutissent pas à un concept concret en matière de théâtres francophones, mais ils mettent en valeur le bénéfice supposé de la francophonie. Pour en donner deux exemples frappants : La francophonie québécoise est une autre façon de vivre l’Amérique et elle dérange dans ce bloc relativement homogène Nord américain, qui digère ses particularismes, qui les neutralise et les dépouille de toutes significations en les transformant en exotisme.24 L’espace antillais dessine un chemin vers une autre façon de vivre la francophonie, une façon qui implique le métissage culturel et véhicule un syncrétisme où l’Afrique apporte ses conditions rituelles de profération et ses motifs fantastiques, l’Europe livre sa hiérarchie sociale et ses personnages merveilleux ,l’Archipel donne sa géographie, son nouveau bestiaire et le creuset symbolique nécessaire à l’alchimie narrative.25 Notons qu’ il est étonnant que Dany Toubiana ne mentionne pas, voire nie indirectement le modèle multiculturaliste, né justement au Canada en 1971 et dont le pluralisme culturel et linguistique est l’essence.26 A part cela, on trouve également des propos tombant dans le piège de l’ethnocentrisme européen : Le théâtre arabe allait naître d’une part, d’un phénomène d’acculturation vis-à-vis de l’Occident mais, d’autre part, de la colonisation qui a conduit à la découverte de l’autre.27 20 Ibid., p. 33. 21 Notons au passage que l’auteur n’est plus retourné à Limoges depuis sa première visite. 22 Voir Dany Toubiana, Approches des théâtres francophones, DEA, IET, Paris III, 1989. 23 Cf. Dany Toubiana, op.cit., p. 113. 24 Ibid., p. 110. 25 Ibid., p. 69. 26 Voir Hommes & Migrations, n° 1200, juillet 1996 ( dossier sur le multiculturalisme canadien).Quant au multiculturalisme américain, voir Andrea Semprini, Le Multiculturalisme, Paris : Puf, 1997. 27 Ibid., p. 73. On s’imagine mal que les colonisé(e)s considèrent la colonisation comme une “découverte“ de l’autre. 36 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 Le phénomène historique de la colonisation française et actuelles dues à ce passé ne peuvent pas être ignorés, dans francophonie. L’Américain Kevin Elstob, professeur de français Cleveland, rappelle, à travers son article intitulé “Introduction Today“ 28, le contexte spécifique de la colonisation française : les relations de pouvoir une recherche lié à la à l’Université d’Etat de : Francophone Theatre According to official French policy, the education of the indigenous populations was part of a ‘civilizing mission’ which would show the indigenous populations the benefits of colonization. Ironically, this assimulationist tactic was de facto elitist, since only an urban upper class could attend the schools.29 Il continue en soulignant que malgré cet inconvénient, la langue française devenait la base du système d’éducation coloniale, un système monolingue excluant les autres langues. Ensuite Kevin Elstob tire la conclusion que France promoted the French language and civilization to the detriment of indigenous languages and socio-cultural values.30 Vers la fin de notre siècle, de nombreuses voix critiques dénoncent l’impérialisme culturel de l’Occident, notamment celui de l’Europe. Il faut forcément citer le livre du célèbre linguiste américain Noam Chomsky sur la dite découverte de l’Amérique par Christophe Colomb présentant une toute autre et nouvelle interprétation de la colonisation.31 Certes, c’est une interprétation qui est très loin d’une “mission civilisatrice“. Pour terminer, l’exemple du théâtre africain dit francophone montre que, seul, le critère linguistique représente plutôt une contrainte par rapport à l’ensemble du continent et à la création interafricaine. Le manque de définitions claires prouve que cette catégorie est à réviser. A mon avis, les nombreuses définitions rencontrées sont poétiques, voire idéologiques et non pas scientifiques. Tout travail de recherche lié à la francophonie demande d’abord une révision du concept de la colonisation, en tenant compte d’un changement important de paradigme politique. Anne SCHMIDT Connaissance et diffusion de la littérature francophone maghrébine dans les manuels scolaires à l'usage des lycées. Depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, la littérature maghrébine d'expression française s'est constituée comme part entière de notre littérature, rejoignant et contribuant à élargir le vaste domaine de la francophonie. Quelques uns de ses auteurs ont acquis une renommée internationale et sont connus d'un vaste public. L'attribution du Prix Goncourt à Tahar Ben Jelloun en 1987 pour son roman La Nuit sacrée témoigne de ce succès incontestable, et de la place occupée par les écrivains maghrébins francophones sur le marché de l'édition française. Pour autant, on peut se demander si ce 28 Voir Kevin Elstob, “Introduction : Francophone Theatre Today“, in Theatre Research International, vol. 21, n° 3, pp. 191195. 29 Cf. Kevin Elstob, art. cit., p. 191. Notre traduction : “Selon la politique officielle française, l’éducation des populations indigènes faisait partie d’une ‘mission civilisatrice’ afin de prouver aux populations indigènes les bienfaits de la colonisation. Ironiquement, cette démarche assimilatrice était de facto élitiste, parce que seule une classe urbaine supérieure pouvait venir à l’école“. 30 Ibid. Notre traduction : “La France promouvait la langue et la civilisation française au détriment des langues indigènes et de leurs valeurs socioculturelles“. 31 Voir Noam Chomsky, L’An 501. La conquête continue, Montréal / Bruxelles : Ecosociété / EPO, 1995 ( traduit de l’américain par Christian Labarre, le titre original est Year 501. The Conquest Continues, Montréal / New York : Black Rose Books, 1993). Documents de travail 37 succès public est relayé, précédé, ou facilité par l'institution scolaire, c'est-à-dire si les écrivains sont ou non en voie d'accéder à ce statut de "classique" - au sens où ils seraient l'objet d'un enseignement en classe!- qui marque en France l'intégration définitive à la culture nationale. L'éveil du goût pour leur lecture et la pratique des textes littéraires constituent une des missions de l'enseignement dans notre pays. On devrait donc s'attendre raisonnablement à la prise en compte progressive, dans le cursus scolaire, de textes dont la critique s'accorde à reconnaître la valeur, et qui font par ailleurs l'objet de multiples travaux universitaires. Cependant, on est frappé, à la lecture des Instructions Officielles concernant l'enseignement du français dans les classes de lycée, et destinées aux professeurs de Lettres, de constater l'absence quasi-totale de références concernant la littérature maghrébine d'expression française. Pour la classe de Seconde, toutes séries confondues, le rédacteur du Ministère rappelle certes que le professeur doit tenir compte "de la diversité des groupes sociaux français et étrangers vivant en France", et poursuivre "l'effort entrepris au collège pour favoriser la rencontre et le dialogue entre des cultures différentes". Il modalise pourtant singulièrement son propos en continuant ainsi: l'enseignant pourra proposer " éventuellement (c'est nous qui soulignons) des textes écrits en français par des auteurs étrangers" . Pour la classe de Première, l'enseignant se voit simplement indiquer "On peut faire appel aux auteurs étrangers d'expression française, aux auteurs anciens ou étrangers traduits" . Enfin, les formulations concernant la classe de Terminale restent suffisamment vagues pour ne rien autoriser de précis concernant la littérature francophone, puisque les exemples fournis à l'appui de la déclaration liminaire "Le travail de l'année s'organise autour de la lecture et de l'étude de plusieurs oeuvres choisies pour leur qualité littéraire, pour leur intérêt propre ou pour les ouvertures qu'elles permettent vers de larges ensembles significatifs des diverses formes de culture et de civilisation" ne font absolument pas allusion aux auteurs qui nous intéressent. La littérature francophone y semble confondue avec la littérature étrangère traduite, la seule à être mentionnée . On pourrait nous objecter qu'Aimé Césaire, avec son Cahier d'un retour au pays natal, s'est vu inscrire en 1994 au programme des classes Terminales Littéraires lors de la réorganisation du cursus de ces dernières, les seules à dispenser un enseignement hebdomadaire de deux heures sur programme d'oeuvres complètes depuis la dernière réforme les concernant. Mais Césaire est français, sa langue de référence est le français, la Martinique est officiellement un département français. Il nous semblerait alors abusif de parler de littérature francophone: évoque-t-on la francophonie de Guy de Maupassant dont les nouvelles et contes sont émaillés de vocables spécifiquement normands, et dont certains personnages paysans s'expriment en un langage dont l'auteur s'applique à vouloir reproduire jusqu'aux particularités de prononciation? Une étude récente, menée par Jean-Marc Moura, permet d'isoler quelques critères de définition de la "francophonie", notion dont il rappelle opportunément qu'elle fut créée par un géographe, Onésime Reclus, descripteur au XIXème siècle des colonies françaises. Pour cet auteur, le pluriel s'impose lorsqu'on souhaite utiliser la qualificatif de francophone dans le domaine littéraire. Il souhaite donc définir une méthodologie des "littératures francophones, le pluriel marquant une diversité désormais irréductible dont les usages linguistiques multiples sont de plus en plus divergents". Les usages linguistiques sont en effet tributaires de l'Histoire: au Canada, le français est la langue maternelle de populations descendant de colons européens, n'ayant donc pas eux-mêmes subi de colonisation; aux Antilles, le français est la langue officielle; au Maghreb comme dans une grande part de l'Afrique noire, il s'agit d'une langue de communication, tandis qu'ailleurs, au Proche-Orient ou dans l'ancienne Indochine, il caractérise une simple survivance...Aussi, au terme trop vague de littérature francophone, Jean-Marc Moura 38 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 préfère-t-il substituer celui de littérature postcoloniale. Cette dernière réunirait les paramètres suivants: marquée par l'expérience de la colonisation, extrêmement critique envers celle-ci, elle chercherait à élaborer des cadres symboliques pour s'opposer à toute unification de type impérialiste. Une esthétique spécifique, en rapport direct avec la modernité littéraire, pourrait alors être définie. Et Jean-Marc Moura, prenant l'exemple des liens entre Faulkner et Kateb Yacine, d'affirmer que "la critique postcoloniale a bien mis en évidence deux traits qui distinguent ce modernisme hybride de son modèle occidental: la proximité des sources culturelles auxquelles il puise et la volonté de ne pas en rester à l'expression d'une aliénation." Les manuels à l'usage des élèves et des enseignants du secondaire concourent-ils à une meilleure connaissance de ces littératures francophones? On sait quelle place ils tiennent dans le travail au lycée, à quelles discussions passionnées les conseils d'enseignement de fin d'année s'adonnent lorsqu'il s'agit d'effectuer des choix. C'est souvent toute une perspective qui est tracée, et pour tout un établissement. Nous avons consulté quelques uns parmi les plus représentatifs des ouvrages qui ont été proposés, ces toutes dernières années, par les éditeurs spécialisés. Nous nous sommes limitée aux grandes maisons capables d'inonder le personnel de spécimens gratuits: ce n'est pas que d'autres, moins riches, ne méritent point notre intérêt! Mais l'expérience montre que les professeurs consultent et comparent les spécimens qu'ils ont reçus gracieusement, et qu'ils ne s'en vont pas courir les librairies pour en acheter d'autres à leurs frais. Deux grandes catégories de manuels sont alors à leur disposition: elles correspondent à des profils d'élèves élaborés en fonction de ce que les rédacteurs supposent être leurs acquisitions culturelles préalables, souvent corrélées avec des paramètres socio-économiques, car une des catégories revient plus cher que l'autre à l'achat. Interviennent aussi bien sûr les exigences propres aux divers examens que préparent les élèves, et le poids du coefficient des épreuves dites "de français" au baccalauréat: le livre est d'autant moins épais que le coefficient est mince! Nous distinguerons donc les livraisons "généralistes" des livraisons "chronologiques". Les manuels généralistes ne proposent pas un classement des textes par siècle; un ou deux ouvrages suffisent pour couvrir l'ensemble du programme. L'expérience montre que ces outils, d'un prix moyen relativement accessible pour les familles (un peu plus d'une centaine de francs par livre), sont majoritairement retenus pour les classes des lycées technologiques ou faiblement polyvalents. A l'opposé, les manuels chronologiques offrent autant d'ouvrages distincts que de siècles considérés; c'était le choix déjà canonique de la célèbre série des "Lagarde et Michard" chez Bordas, choix toujours pratiqué chez Hatier avec la collection "Itinéraires Littéraires", chez Nathan avec la "Collection Henri Mitterand", chez Hachette avec la collection "Perspectives et Confrontations". Le public préférentiel de ces ouvrages est celui des classes de lycée d'enseignement général, préparant des Secondes indifférenciées à des baccalauréats de type scientifique ou littéraire. L'acquisition de la collection complète par les familles suppose un investissement de plusieurs centaines de francs. Pour ces derniers manuels, nous avons limité nos investigations aux volumes consacrés aux textes du XXème siècle publiés depuis le tout début des années quatre vingt-dix, puisque le domaine d'écriture qui nous occupe est récent et que son inscription dans les manuels n'a pu être qu'assez lente. Nous avons cependant consulté un ouvrage plus ancien, destiné semble-t-il davantage aux étudiants de premier cycle universitaire ou de classes préparatoires, élaboré au cours de l'année 1970 et objet de quatre rééditions. Il s'agit de La Littérature en France depuis 1945, publié par les éditions Bordas , et réédité en 1982 sous le titre La Littérature en France de 1945 à 1968. Sous ce dernier titre légèrement différent, soucieux de tenir compte des développements plus récents de la recherche littéraire et de l'intégration de talents nouveaux, les auteurs ont maintenu leur sixième partie consacrée Documents de travail 39 aux "Horizons élargis", qui signale "Trois aspects des littératures francophones", nettement distincts des écrits "Traduits de l'étranger". Les trois aspects retenus de la littérature francophone comportent une présentation du Québec, du Maghreb, de l'Afrique Noire et des Antilles. Pour ce qui concerne le Maghreb, sont cités Kateb Yacine, Albert Memmi et Driss Chraïbi pour un extrait des Boucs . Les auteurs ne présentent aucune biographie ni bibliographie des écrivains retenus, mais en revanche dressent en introduction au chapitre un tableau des conditions historiques du développement de la littérature maghrébine d'expression française. Le texte de Chraïbi est titré "La Fête du mouton" et suivi de trois remarques sur le sens de l'extrait. C'est peu certes, mais cela a le mérite d'exister! L'examen des manuels plus récents auquel nous allons nous livrer montrera qu'étrangement, cette préoccupation n'a guère trouvé de prolongements. En 1991, la livraison des éditions Hatier consacrée aux textes du XXème siècle comporte deux tomes d'environ 500 pages chacun. Le premier couvre la première moitié de notre siècle, le second recense les auteurs de 1950 à 1990. C'est bien évidemment ce second tome qui a retenu notre attention . Deux courts chapitres y sont consacrés aux littératures d'expression française. De la page 207 à la page 216, sont abordées les oeuvres des Africains Tchicaya U Tam' Si, Beti et Kourouma. Ben Jelloun, Kateb Yacine et Memmi viennent en illustration des pages consacrées à la littérature maghrébine d'expression française des pages 309 à 314, après une introduction générale de deux pages relatant brièvement les rapports de cette écriture avec les guerres d'indépendance menées par les pays concernés. Outre les trois écrivains qui représentent le corpus, l'Index des auteurs cités, à la fin de l'ouvrage, mentionne Chraïbi et Mimouni, effectivement évoqués dans l'introduction du chapitre qui nous occupe, sous l'intitulé "Littérature de la revendication", le premier pour Le Passé simple, le second pour L'Honneur de la tribu. Qu'il y ait bien peu de rapports entre la révolte de Chraïbi contre l'ordre patriarcal marocain en 1954 et celle de Mimouni contre la gestion de l'Indépendance algérienne en 1989 ne semble pas avoir inquiété les auteurs du manuel. Cette confusion témoigne pourtant d'une certaine légèreté dans la construction du sens de l'Histoire proposé aux élèves comme aux enseignants. En 1989, Hachette et Nathan ont proposé au public scolaire leurs nouveaux outils. Le volume couvrant les textes du XXème siècle dans la Collection Henri Mitterand présente une très riche Table des Matières, dans laquelle la littérature étrangère fait l'objet d'entrées systématiques, et la littérature francophone d'études documentées: elles portent sur "Le roman belge à la Belle Epoque", "Le roman québécois avant 1914", "La poésie en Belgique et en Suisse au début du siècle" , le surréaliste Belge Paul Nougé, le Lituanien Milosz, le Belge Géo Norge (une demi-page chacun); mais surtout, un chapitre entier, le vingt-cinquième, s'intitule "Littératures francophones du Maghreb, de l'Afrique et des Antilles". Il occupe les pages 661 à 685.Passons sur la confusion que nous avons déjà relevée, et qui consiste à classer les auteurs antillais de langue maternelle française et de nationalité française avec ceux relevant de pays indépendants. Les littératures du Maghreb sont évoquées de la page 662 à la page 669: soit sept pages d'un volume qui en comporte près de mille, pour présenter quatre auteurs très rapidement: Mouloud Feraoun, Mohammed Dib, Kateb Yacine, Driss Chraïbi. Pour ce dernier, l'extrait choisi est un passage de La Civilisation, ma mère!, où le lecteur débutant devra se repérer entre les marques évidentes du pittoresque et celles de la distanciation humoristique. En effet, le commentaire du manuel présente ce roman comme "une chronique pleine de verve de la vie quotidienne au Maroc", ce qui induit des effets d'attente de l'ordre de la description réaliste, et pousse donc l'élève -et le professeur!- à prendre au premier degré les effarements d'une mère marocaine devant un fer à repasser... Un seul autre écrivain 40 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 marocain est mentionné dans la Table des Matières, et hors de ce chapitre, ce qui n'a pas laissé de nous surprendre. Il s'agit de Tahar Ben Jelloun, pour un extrait de Moha le fou, Moha le sage, classé avec Erik Orsenna, Yann Queffélec, Raymond Jean et Patrick Grainville sous la rubrique "Miroir des apparences et magie du langage" dans le trentième chapitre consacré au "Récit: permanence de l'écriture". Attardons-nous un instant sur le chapeau éditorial qui précède l'extrait: la nationalité de l'auteur n'y est pas mentionnée, mais sa consécration par le Prix Goncourt, si... Un peu comme si ce dernier avait eu le pouvoir de faire sortir Ben Jelloun du chapitre concernant la littérature francophone maghrébine, pour en faire un écrivain "totalement français", en tout cas le seul dont la production relève d'une catégorie esthétique à laquelle s'appliquent les outils habituels de la critique littéraire: le Récit, la Permanence de l'Ecriture... La même année 1989, les Editions Hachette n'ont, quant à elles, consacré que cinq pages à l'ensemble des littératures francophones, sous l'intitulé "Ouvertures", des pages 486 à 490 incluse, dans un manuel de près de 500 pages . Quatre auteurs seulement y sont présentés: l'Ivoirien Ahmadou Kourouma avec un extrait des Soleils des Indépendances, l'Haïtien René Depestre pour Alléluia pour une femme-jardin, le Québécois Réjean Ducharme avec L'Avalée des avalés, et, juste avant ce dernier, Driss Chraïbi et un passage du Passé simple. La présentation ne comporte aucune mention de l'oeuvre romanesque de l'auteur depuis le texte de 1954. Les indications de lecture fournies à l'élève dans l'encadré final font état de divers procédés stylistiques (récit, discours, lyrisme, métonymie), dont la maîtrise doit aider le débutant à entrer dans un texte particulièrement travaillé, consacré à l'évocation des lèvres des femmes. La conclusion de cette petite incursion dans les Tables des Matières des manuels chronologiques, dont les volumes sont par définition plus complets que ceux de leurs concurrents généralistes, s'impose: la portion accordée à la littérature francophone maghrébine est congrue. Les manuels généralistes , créés à l'usage d'un public plus disparate et moins sensibilisé à ce que Sartre appelait ironiquement la conservation "dans des locaux surveillés (des) reliques -toiles, livres statues- des clercs morts" feraient-ils la part plus belle à une expression littéraire récente et dont les auteurs pourraient être, au moins quant aux patronymes, plus familiers aux nombreux jeunes élèves issus de l'immigration? En 1991, Hachette a diffusé un manuel comportant deux volumes, un pour la Seconde, un pour la Première. Dans le manuel de Seconde, aucun chapitre ne traite de la francophonie, et l'Index ne mentionne pas même la notion. Seul Kateb Yacine échappe à l'oubli, avec un extrait de Nedjma classé sous la rubrique "L'Art du portrait" en page 254. L'introduction ne permet pas de connaître la nationalité de l'écrivain. Il voisine sous la même rubrique avec Gabriel Garcia Marquez! Etrange montage, mais qui semble bien aller dans le sens de la confusion entre littérature étrangère traduite et littérature francophone, confusion que nous avions déjà signalée plus haut. En 1993, très résolument hexagonal, le manuel des Editions Hatier ne propose absolument aucun auteur francophone pour la classe de Seconde, et pas davantage pour la classe de Première en 1994. Comme pour Hachette, les Index ne font pas même état de la notion de francophonie. Toujours rien en 1994 dans le nouveau manuel de Hachette commercialisé sous le titre "Littérature du Moyen-Age au XXème siècle" . En 1995, une réforme des épreuves du baccalauréat de français devant intervenir dès la session de juin 1996, Nathan propose un nouveau volume généraliste pour la classe de Seconde , qui tient compte des transformations imposées par le Ministère, mais qui présente les mêmes lacunes que celles que nous venons de relever. Il en est rigoureusement de même pour l'ouvrage commercialisé par la même maison la même année dans la collection "Nathan Documents de travail 41 Technique" où paraît un livre unique pour les classes de lycée technologique , mais les éditions Bordas insèrent à la page 464, dans leur livraison en deux volumes de 1997 un extrait de La Nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun dans le chapitre intitulé "L'ère de la fiction, diversité du roman". Ce chapitre regroupe des extraits de Jean Giono, Marguerite Yourcenar, Roger Caillois, Julien Gracq, Albert Cohen, Michel Tournier, Patrick Modiano, Romain Gary, Le Clézio, Michel Rio et Milan Kundera! Ben Jelloun s'y retrouve donc en fort bonne compagnie. L'introduction qui précède l'extrait retenu par les rédacteurs mentionne l'obtention de son prix Goncourt, dont nous persistons à penser qu'il a joué le rôle d'une "naturalisation" propre à faire rêver plus d'un sans-papiers... D'ailleurs, la nationalité de l'auteur n'est pas mentionnée, la date de son installation en France pas davantage -ce que le lecteur apprend pourtant en ce qui concerne Milan Kundera! Sans doute pouvons-nous en rester là. Ce rapide sondage dans les outils d'apprentissage vaut bien des discours. La plupart du temps, la littérature francophone est ignorée des facteurs de manuels. Au pis, elle est confondue avec la littérature étrangère traduite, erreur commise également par le Ministère. Au mieux, elle fait l'objet de courtes interventions, de montages hasardeux. Des millions d'individus parlent notre langue sur les cinq continents, quelques uns écrivent en cette langue, contribuent à l'enrichir et à la faire évoluer. Leur collaboration n'est pas même aperçue. Confondante ingratitude! Leur faut-il le Prix Goncourt et cette bonne vieille "reconnaissance du ventre" -celui de l'éditeur ainsi honoré...- pour quitter d'abord les limbes, puis le ghetto? Ce qui étonne en outre, c'est le peu de cas fait de l'espace méditerranéen. La Table des Matières de l'ouvrage le mieux fait et le plus complet de la série, celui de la Collection Henri Mitterand chez Nathan, est à cet égard éclairante. Les textes issus de l'espace occidental y sont nettement privilégiés. Il est vrai que nos derniers conflits avec nos voisins belges et suisses remontent à il y a bien longtemps...Or, les rapports de notre pays avec les pays méditerranéens du sud ont été passionnément conflictuels, et la littérature maghrébine d'expression française est née de ces conflits. Elle en porte les traces, et elle en a été fécondée. La mémoire de notre langue n'est-elle pas aussi celle des crises? Nous pensons préférable pour l'homme de ne pas oublier, parce que "la mémoire n'est sans doute qu'un élément de l'identité, mais c'est un élément indispensable; elle ne suffira pas à nous dire qui nous sommes, mais sans elle nous ne le saurons jamais" . Au terme de ce rapide survol de l'état actuel de la diffusion scolaire, un constat s'impose: il reste beaucoup à faire pour faire connaître et apprécier cette différence subtile par laquelle, dans notre langue, d'autres peuples se disent. Que les anthologies veuillent bien cesser de fonctionner comme des "miroirs identitaires" refusant de refléter l'ensemble du champ, et la tâche de l'enseignant chargé de faire connaître à tant d'élèves d'origine étrangère la richesse du patrimoine qui est devenu le leur s'en trouvera considérablement allégée. Il nous semblerait alors pouvoir réellement contribuer à donner du sens à cette "citoyenneté" psalmodiée par nos édiles. Jeanne FOUET Comptes rendus livres L'Enfant-Jazz, poèmes, Mohammed Dib, Editions de la Différence, Paris, Collection Clepsydre, 1998. Voici un autre recueil de poésie de Mohamed Dib, pour notre grande joie. Nous ouvrons le livre avec recueillement et avec un sentiment d'attente, comme une maison que nous allons re-visiter mais dont nous savons que des lieux nous restent encore inconnus, mystérieux... Ce serait une poésie narrative dont la mesure où elle est habitée par un "personnage" : l'enfant, le garçon présent de bout en bout de l'ouvrage. Mais il serait inutile d'espérer trouver des nominations de lieux, des indications temporelles. Elles y sont absentes. Justement, tout est offert à travers une expression dépouillée, afin que ne subsiste que la quintessence, l'essentiel de ce qui est et n'est pas ( pour reprendre les termes d'une dialectique chère à Dib). -L'enfant ombre : Précisons que tout va se dérouler à travers le regard, la perception de l'enfant. Dans une première partie intitulée Ici, l'enfant est dans le silence, saisi dans une ambiance d'attente. Il semble porter le poids d'une intolérable tristesse. L'espace est trop étroit. Lui vient le désir de l'ouvrir, de desserrer la claustrophobie pour laisser entrer le paysage : Pourvu que les arbres/Entrent aussi (...) Et les oiseaux, dit-il/Et même les collines. (p.33.) Mais par ailleurs, il a une attitude autistique vis-à-vis du monde qui l'entoure, de la quotidienneté et des objets. Il se sent menacé, détesté par tout ce qui est vivant (même ce qui relève de l'inanimé lui paraît doué de vie), détesté par la nourriture. L'étroitesse de l'espace l'étouffe, l'accable : Pour lui/Aucune chose ne se pousse (p.49). L'effleure l'idée de partir mais où? Sa mère est là, qui attend, assise au bord d'un fleuve, au bord de sa vie. Sa soeur a disparu Mais la soeur où? (p.59) et c'est alors qu'une blessure sépare l'air en deux. Il y aurai là un enfant portant le poids trop lourd du fait d'exister. Qui voudrait mourir, partir- dans l'allégresse- avec l'ange : Ange, dit-il, si tu veux/Dans tes bras venir me prendre (...) Nous ouvrirons le ciel (...) Que nous n'en revenions pas/A la fin, où serait le mal?/Il fait si froid sur terre, (p.50). Les jeux enfantins, le tir, la balle, monter-descendre des marches d'escalier sont "joués" mécaniquement, réduits ainsi à leur caractère répétitif et absurde. L'enfant est doué d'un sens qui lui fait pressentir la présence de l'invisible, le poids de l'informulé, l'informulable : ça, cela, la chose, quelque chose. Et c'est sans doute là Comptes-rendus de livres 43 que se situe pour Dib l'expérience de la poésie : accéder aux frontières de ce qui ne peut se dire, longer l'indicible mais sans pouvoir le dire, savoir juste qu'il est là, actif et savoir qu'il n'y a pas de mots pour le formuler ou qu'il y a un au-delà des mots. Il est dit de l'enfant : l'enfants sans mots (p.84). Sans envie physiologique : Ni faim. Ni soif. (p.65), il est une hyper-conscience, un feu de lucidité, au fait de la finitude et de l'incommunicabilité (la solitude?), possédant une maturité "adulte". A sa question Que pourrais-je me rappeler? répond la question Fallait-il se rappeler ça/Cette ombre portée par lui (p.65). L'univers onirique de Dib est ici souverain. Les frontières sont à peine tracées entre rêve et réalité. Rêve (cauchemar), mystère, métamorphose : On la vit à la porte/Vit devenir statue blanche, on la vit/Aux prises avec le jour/Puis hure et griffes/Devenir un rêve de tigre (p.53), sombre et énigmatique étrangeté du masque sont encore une fois à l'oeuvre. -L'enfant sacré : Dans la deuxième partie titrée Ailleurs, "l'événement" est l'entrée, l'engouffrement, dans le corps du texte, d'Eux. Des hommes (ils ne sont pas nommés en tant que tels) passent en nombre dans la ville, y font halte, rendent regard pour regard. Il sont l'image lisse, froide de la menace, de la violence : ... cheveux blancs/Coupés courts sur leur nuque Ces galets polis, ces nuques/Des nuques, des faces iniques. (p.75). A l'opposé (?), il y aurait une autre représentation d'une foule traversant la ville, désignée par le pronom Ils : Ils arrivaient.../Ayant beaucoup marché Ayant abandonné quantité/De visages en route (...) Ils passaient, compris ceux/Qui avaient perdu un visage (p.89). L'enfant assiste à une autre arrivée et songe : Peut-être ont-ils mille ans (...) Ils ne diront pas leur nom/Ils ne sont que fatigue noire (...) Et fatigue, leur visage/Mais il faut pas le dire/Fatigue, leur regard. Mais. (p.111).1 Mise en scène de l'existence : marche, passage, traversée, arrêt et perte. Perte du visage. Dans l'oeuvre de Dib, le visage est au coeur même d'une réflexion, d'une vérité humaine. Par lui s'exprime la douleur, la solitude sans issue, il serait la part la plus authentique, la plus précieuse et donc la plus fragile des hommes. Perdre son visage, c'est perdre son identité, son âme. L'enfant dit C'est moi après s'être palpé la figure, alors qu'il semble être en quête d'une route à peine tracée sur laquelle tombe la pluie. (p.99). Le visage, enfin, est ce qui est éminemment étrange, il peut être faux, double, sans regard. Il est le support du masque. Un masque que porte ...un/Multiplié par mille Il venait, avançait là/Mille sous son masque (...) Plus que nus en uniforme (...)/Nus sauf le masque Mille sur deux mille pieds/Et le masque sans regard Adam arrive, dit l'enfant (p.102). Métaphore d'une génèse où l'un se multiplie en plusieurs, ces derniers à leur tour se réduisent en un et quel que soit le nombre, il(s) porte(nt) le masque. Adam venu de quelle nuit, de quel obscur, de quel indicible pour se multiplier sur terre, former une marche et n'y laisser aucune place? Se dessinent donc en filigrane des théories humaines menaçantes, d'une part, menacées, d'autre part, subissant un sort de fatigue, d'épuisement; celle que forme Adam 1 Réminescence (?) des mendiants (paysans dépossédés) envahissant la ville de Tlemcen dans Le Métier à tisser, Seuil, 1957. 44 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 démultiplié n'est pas la moins inquiétante, la moins problématique. L'enfant meurt-il? Est-il vivant? Du coeur de l'ombre, continue-t-il de de parler? Poursuivi (?), il se cache dans une cave : Et ils vinrent le chercher/Il était le dernier (p.117). Mais cet enfant est d'ailleurs. Il le sait : Un dieu est mon frère/Dit l'enfant. Je m'assieds./Il me caresse les cheveux (...) Des mots restent entre nous./Il reviendra. Je ne sais quand./Je le saurai quand il reviendra (p.106). Sacralité de l'enfant et de la poésie. La poésie est signe d'alliance secrète entre un enfant et un dieu. Sur terre, elle a la certitude, la nostagie d'un ailleurs. La poésie est enfance. Cette enfance. Cet enfant-ci. L'enfant-jazz. Jazzy.2 -La guerre sans visage... La troisième partie porte le titre de La guerre. Couleur noire de la nuit, de la connaissance de la souffrance : Le noir ça me connaît/Et sa lumière à elle/qui tombe sur la rue (p.144). Couleurs de la nuit et du jour où se perpétre la violence meurtrière, où se comptent les morts. Noirs les arbres faisant le gué, la rose apportée par un inconnu, laissé au seuil de la porte ouverte, les balles de la guerre (celles-ci prenant d'abord les couleurs blanches, bleues, roses). Blanche la neige, heureusement blanche, quand la guerre se tait, blanc le sang... De quelle guerre s'agit-il? On pourrait en s'aidant de la note liminaire de l'auteur penser à l'esclavage dans les plantations de coton du Mississipi, de la Louisiane. Dans les poèmes, il n'existe, à ce sujet, aucune indication concrète et précise. Mais elle serait n'importe laquelle. Là où s'exerce la dévastation des êtres et des paysages. Ceux-là sont des pages où s'impriment les blessures, les traces vives de la violence. Comment ne pas penser à des poèmes d'OMBRE GARDIENNE, contemporains d'une guerre : C'est l'heure de deuil, l'heure/de sang roux sur les vignes/la folle de lumière.3 Le masque enlevé, elle n'a pas de visage et reste énigmatique. Transparaît la tentative de la neutraliser à travers une certaine perception de l'enfant. Or, cette neutralisation en renforce, à certains égards, l'étrangeté menaçante : Une balle ou quoi?/Elle tournaillait et lui : /Elle ne sait où aller (...) Se savait-elle perdue? Manquaitil des cibles/Au salon? Elle ne savait/Qui tuer et tournait (p.150). L'enfant ouvre la bouche : Des balles y tombèrent (...) Il les avala/Resta bouche ouverte/La guerre passa (p.141). Se termine-t-elle la guerre? La dernière strophe du recueil donne-t-elle une réponse? Il marcha vers la porte/L'enfant s'y arrêta. Là, /Rien de la guerre/Aucune nouvelle. -Pour conclure... Ce n'est pas la première fois que l'enfant paraît dans l'oeuvre de Dib. C'est le garçon Omar des touts premiers romans4 à partir duquel se déploie la narration, posant sur un monde étrange, hérissé d'énigmes- le monde colonial- un regard curieux et interrogateur. C'est, bien des romans plus tard, la petite Lyyl 5 et L'Infante Maure6, 3 Editions Sindbad, nouvelle édition aumentée, Paris, 1984,p.22. 5 Neiges de Marbre, Sindbad, Paris, 1990. Comptes-rendus de livres 45 personnages enfantins, faits de poésie et de fraîcheur, auréolés de lumière et de mystère, placés au centre d'une relation impossible... C'est Ismaël, le fils d'Hagar deux fois née pour avoir enfanté de lui, c'est l'ange de l'Intifada attendu vainement par sa mère 7. Dans le recueil présent, l'enfant-jazz viendrait de la nuit, la nuit des longues peines mais aussi creuset d'émergence et de formation d'une poésie, d'une musique, c'est-à-dire l'imprévu8. Le jazz serait la manifestation même de l'imprévu. Surgit l'art où on ne l'attendait pas. L'enfant, en ses versions de lumière et d'ombre, en serait la conscience captatrice. Qui capte et transmet. Ecoutons-le. C'est le septième recueil de poésie de Mohammed Dib. Les Editions De La Différence annoncent la parution prochaine d'un autre Le Cœur insulaire. Le romancier est un poète. Soumya AMMAR-KHODJA Corps seul , poèmes, Rabah Belamri. Paris, Gallimard, 1998. Voici un recueil de poèmes de Rabah Belamri qui nous est donné à lire, après sa mort, comme une parole, une voix vivantes, persistantes... Corps seul est la huitième publication de poésie de l'auteur, par ailleurs conteur et romancier. Publication constituée de quarante neuf poèmes non titrés, à l'exception de celui portant le titre de "corps seul" donné à l'ensemble et d'un autre intitulé "Jabbok Inversé", dédié à la mémoire de Jean Sénac. Une partie des textes est regroupée sous l'année 1993, l'autre sous 1994. Les lecteurs du poète retrouveront dans cet ouvrages certaines présences familières : la mère et l'enfant, Jean Sénac, l'amitié, l'hospitalité, l'accueil des amis : "en ce matin de février/rond comme une parole de bienvenue". Pointes de bonheur, étoiles clairsemées l'interrogation, de l'inquiétude et de la tourmente. dans la nuit... Dans la nuit de S'y dresse la silhouette d'un voyageur qui frappe à la porte et demande "le seuil de la blessure". "la porte s'ouvre/une main remue/l'ombre et la braise". S'y dévoile une conscience aux prises avec ses angoisse et ses peurs : "le chien fou de ma nuit/est revenu dans l'arène de l'enfance/il n'y eut pas de corps à corps/_ mon âme en pièces/ses machoires démises_...". Cette situation individuelle renvoyant à un "je", à un "tu" devient celle d'un "nous" collectif : "cette nuit encore/nous avons lutté/crocs contre mains nus". Car un monde se meurt : "les amandiers sont morts/un sanctuaire d'un dieu inconnu les remplace/les oiseaux ne sont plus là/qui mangeaient notre galette de midi/posée sur une racine" pendant qu'un autre surgit, lourd de l'augure : "l'air se noue autour de la gorge". Le nom, la racine, la langue, les mots, le silence reviennent de manière insistante, creusent le texte et disent l'obstination de la quête, la force du deuil, l'exigence sans repos de l'écriture. La cécité du poète (depuis l'adolescence) lui a certainement permis plus que tout 7 L'Aube Ismaël , louange, Editions Tassili, Paris, 1996. Version CD chez le même éditeur. Texte interprété par Laurence BourdilAmrouche et Hammou Graïa. 46 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 autre de pousser loin le questionnement autour de la présence, du visage, du désir d'exister à travers l'apparence, factice, dérisoire : "les masques nous creusent/pourquoi nous lamenter sur les miroirs sans tain/avons-nous seulement besoin d'apparence". L'oeil_ signifiant également source, eau en langue arabe (ce qui permet, soit dit en passant, aux créateurs de double culture d'amasser, de tresser les sens divers des même mots issus de langues différentes)_ est le centre de la jonction : "pensée et douleur", lieu "de la nuit gardienne de chimères", objet recherché : "je cherche l'oeil/que nulle paupière ne limite/il connaît l'eau qui chante dans la fracture de l'âme/et le versant brûlé du ciel". Blessure, cicatrice, fracture rendent compte d'une souffrance (d'une exigeance?) à la fois morale et corporelle. Le corps si présent dans l'oeuvre poétique de Belamri affirme, dans la douleur et dans la joie, l'existence, la vie mais aussi l'absence, la solitude, dans la mort, d'un écrivain. L'un des deux poèmes titrés "Corps seul, sur la tombe d'un écrivain" à été écrit à Corseul, à Saint-Malo. Il condense à lui seul une pensée lucide et sans concession sur l'écriture : "ne serions-nous qu'un miroitement d'abîme/qu'une page blanche volée à la mort". Il rappelle également la mémoire de Sénac (incontournable), confirme une filiation par la référence au corps (central dans la poésie de Jean, dans sa vie et dans sa mort), exprime un aboutissement. Le poète est mort, comme tous ceux-là qui sont partis avant lui, rendu au dépouillement, à un état de vérité : un "corps seul". Une poésie attachante et poignante pétrie dans la matière meurtrie des jours où "le répit fut de courte durée". Soumya AMMAR-KHODJA Samir MARZOUKI, Braderie, Poèmes pour tous les goûts, un peu passés de mode, Tunis, Maison Tunisienne de l’Edition, 1990, & Je ne suis pas mort, Tunis, Cérès Editions, 1996. Poète, critique littéraire et universitaire tunisien, Samir Marzouki est né en 1951 à Tunis. Maître de conférences à la Faculté des Lettres de La Manouba, il a consacré de nombreuses études critiques à des poètes français, notamment Mallarmé, Apollinaire, Hugo, Ponge et Saint-John Perse mais aussi à des écrivains tunisiens comme Mahmoud Messadi, Nacer Khémir, Anouar Attia et Abdelaziz Kacem ou algériens comme Kateb Yacine et Tahar Djaout. Critique littéraire particulièrement perspicace, cultivant au plus haut point le don de l’empathie, Samir Marzouki sait faire comprendre et aimer l’œuvre qu’il commente. En outre, grâce à sa parfaite connaissance de la littérature arabe, il a pu proposer dans ses différents articles traitant de littérature comparée des rapprochements féconds entre l’Orient et l’Occident. Mais c’est surtout comme poète que Samir Marzouki aime se présenter. Après avoir publié un premier recueil sous le titre Braderie, poèmes pour tous les goûts un peu passés de mode (Maison Tunisienne de l’Edition, 1990) dans lequel il a réuni des poèmes écrits pour la plupart entre 1969 et 1979, il a fait paraître un second recueil intitulé Je ne suis pas mort (Cérès Editions, 1996) qui regroupe des poèmes composés dans les années 1980-1990. Présentant ces deux ouvrages, le poète écrit :“Braderie Comptes-rendus de livres 47 […]exorcisait, par l’exaltation ou la dérision, les démons d’un jeune tunisien qui avait 17 ans en 1968. Je ne suis pas mort, recueil de la maturité, chante, chez celui qui, en 1996, pourrait être le père du jeune homme de 1968, la miraculeuse persistance de l’énergie vitale […]”. Ces des deux recueils retiennent l’attention du lecteur par la variété de leurs thèmes et de leurs formes, la diversité de leur ton et la vérité des sentiments qui y sont exprimés. Ils font entendre une voix tour à tour attendrie, amère, révoltée ou exaltée qui touche d’autant mieux le lecteur qu’elle ne se départit jamais de ce qui en constitue comme l’accent fondamental, à savoir l’humour. Celui-ci n’est pas seulement pour le poète, la politesse du désespoir, mais aussi le signe de cette distance que il sait prendre par rapport à lui-même, et un procédé de création poétique particulièrement productif. Le titre de son premier recueil est très éloquent à ce sujet : s’inscrivant en faux contre toute une tradition qui a fait du poème un objet précieux cristallisant la quintessence du génie du poète –Mallarmé ne présente-t-il pas son poème comme l’enfant d’une nuit d’Idumée?- Marzouki offre au lecteur ses poèmes d’adolescent comme des vieilleries qu’il a à cœur de liquider. En effet, la métaphore filée de la liquidation, c’est à dire de la vente à bas prix de vêtements ou d’objets usagés, traverse le recueil de bout en en bout comme en témoignent les titres des quatre sections qui forment l’ouvrage : Rayon des illusions perdues, crises d’identité et autres colifichets, Rayon des exercices poétiques, Rayon des amours surannées, Rayon des révoltes usagées. Par ce procédé, le poète confère à ses textes un caractère humble et leur donne de statut de choses portant les traces des rêves, des amours et des désespoirs d’un adolescent idéaliste. D’idéalisme, il est d’ailleurs beaucoup question dans ce recueil. Dans le poème Mon frère, le poète exalte dans l’aspiration au bonheur une valeur universelle qui établit la fraternité des hommes par delà leur appartenance nationale : Je veux un toit pour ma famille Je veux que mon fils soit heureux Je ne veux pas être malade Je suis tout comme toi mon frère Je veux un arbre sur le mur Pour faire de l’ombre à mes voisins Un coin de terre pour mourir Je suis tout comme toi mon frère (p.16) Mais ce rêve de fraternité universelle échoue à cause des hommes de peu de foi,(p. 11) qui ont trahi les idéaux de la jeunesse et livré le pays aux puissants et aux nantis : La faim ronge la ville et ferme les volets Les mêmes commerçants et les mêmes valets Sont les maîtres. (p. 139) Cet échec politique et social plonge le peuple dans un état de léthargie que le poète exprime par des images qui disent le désenchantement et la lassitude comme ce regard morose et ces arbres morts (p.142), évoqués dans le poème intitulé ironiquement Legs de la révolte qui a marché. Il succombe lui-même à la tentation du désespoir et se peint comme un jeune homme désoeuvré, sirotant un café noir comme son cœur noir (p.22), ou comme un voyageur prenant le train pour l’amertume(p.41), ou encore comme un prince debout dans son malheur (p.12) . Pour échapper à l’angoisse qui le tenaille et à la mort qui le guette, il se réfugie, comme Baudelaire dont le souvenir le hante, dans l’alcool, les amours vénales (Lupanar, Situation) et la poésie. C’est surtout grâce à cette dernière qui dédramatise toutes les crises par l’étrange force des mots que le poète surmonte son désespoir et manifeste de nouveau son désir de continuer à vivre dans un pays où il pleut au printemps(p.135). 48 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 C’est de ce nouvel espoir , de ce nouveau souffle de vie qu’il est question dans Je ne suis pas mort où le poète renaît à la vie, à l’amour et au combat et poursuit son aventure poétique sous la protection de certaines figures tutélaires auxquelles il rend hommage dans la première section de son recueil :il y a d’abord son père, le poète populaire M’hammed Marzouki, décédé en 1982, ensuite ses pères spirituels d’Occident qui s’appellent Guillaume Apollinaire, Albert Memmi et Aragon, et enfin ses confrères poètes maghrébins comme Chems Nadir et Tahar Djaout, assassiné par les intégristes. Dans le poème écrit A la gloire de Tahar Djaout, le poète a salué en termes katebiens le martyre de l’écrivain algérien : Je te salue Tahar martyr de ton courage Ta liberté fleurit en dépit de l’orage Eclaboussures de cervelle sur les blanches djellabas Fleurs de sang maculant l’avenir Etoile étoile étoile Nedjma Apprends-leur qu’un morceau d’acier n’arrête pas la marche humaine Qu’elle en a vu d’autres l’humanité Qu’elle plie mais demeure (…) (p.14) Le poète qui a ressuscité comme Lazare(p.24), renoue avec l’enthousiasme et trouve alors suffisamment de ressources en lui-même pour exalter l’énergie régénératrice afin que le pays soit ce qu’il a été (« Qu’éclate l’énergie »,p.45), pour fustiger les révolus volutionnaires victimes d’une idéologie sectaire (p.54), pour rappeler à l’obscurantiste mon ami que les autres hommes ne sont pas des ennemis (p.55) et pour dénoncer les crimes racistes en empruntant à Apollinaire des rythmes et des mots : Sous le pont Mirabeau coule l’Hassen Et Mamadou Faut-il qu’il m’en souvienne La joie venait toujours avant Le Pen (p.47) Retrouvant aussi la joie saine de l’amour charnel, le poète libéré de tous les tabous, donne à lire dans les Dévergondages des poèmes érotiques d’une rare saveur qui sont un hymne à la gloire de la nature et de l’homme réconcilié comme en témoigne cette réécriture des Mille et une nuits : Une rasade O Shérazade De ce vin pur Détruit les murs De la prison Qu’est la raison Et les fruits mûrs De la saison Ne valent pas Ceux de ton corps Qu’à petits pas Mes doigts explorent (p.65) Ainsi, dans ce recueil, le poète assumant l’héritage de Salah Garmadi à qui il avait dédié le poème liminaire de Braderie, chante l’espoir la joie l’amour la foi le courage, et ce pour le bonheur du lecteur qui en sort régénéré, ragaillardi, comme s’il avait plongé dans un bain de jouvence. Moncef KHEMIRI CHRAÏBI, Driss. Vu, lu, entendu - mémoires, Paris, Denoël, 1998. C’est avec le même style d’écriture bouffonne adopté dans la série des romans de l’inspecteur Ali que Chraïbi nous livre le premier tome de ses mémoires, et nous raconte avec humour sa vie, depuis la déclaration officielle de sa naissance le 15 juillet 1926 Comptes-rendus de livres 49 jusqu’à 1947, la période où son père l’a envoyé en France afin de poursuivre ses études après l’obtention du baccalauréat . Dès les premières pages nous pouvons apercevoir le retour aux sources, l’amour et la nostalgie de Chraïbi au pays, à son enfance au passé affectif, simple et loin du présent affecté par le modernisme et la civilisation technicienne héritée du colonisateur, dans laquelle le Maroc s’est lancé: « J’aime mon pays. Si loin que j’en sois de par le monde, je n’ai qu’à fermer les yeux pour le voir et l’entendre, le sentir et le ressentir » (p.13). Chraïbi célèbre dans son livre l’âge d’or de l’Islam, prend des leçons de l’histoire, s’inspire des temps de la gloire des émirs de l’Andalousie pour retrouver dans son imagination, des moments perdus avec la culture, l’identité et la tradition: « Comment relier le présent au passé ? » se demande-t-il (p. 57). Il ajoute « […] j’aime mon passé, la culture de mon passé et sa musique […]. Je suis à la recherche de la simplicité la plus élémentaire et de l’émotion la plus pure […] » (p.p. 63-64). Cet amour du “passé simple”, et cette volonté de le relier au présent se manifestent également au niveau de la narration. Aussi nous retrouvons-nous devant certains passages où il devient assez difficile de distinguer du premier coup, quelques événements de l’enfance à d’autres plus récents. Le désir de changer la situation actuelle du monde arabe le conduit à poser des questions du genre: « Le rêve et la réalité peuvent-ils être vécus en même instant ? » (p. 100). Il s’agit d’une réalité décevante et d’un rêve loin d’être réalisé. Dans ses mémoires, Chraïbi évoque quelques romans tels La Mère du printemps où il revit dans la fiction une « Andalousie multiethnique, multiconfessionnelle, une société ouverte, florissante en art et en sciences. » (p. 17), Le Passé simple et La Civilisation ma mère romans autobiographiques, et où il s’est débarrassé dans le premier de ce qui encombrait sa mémoire y compris ses poèmes d’enfance : « Je déchirais tout. Un sonnet survécut à cette table rase. Même réduit en cendres dans la brasero de ma mère, il était encore là, dans ma mémoire. Pour m’en débarrasser, je le glissais un jour de l’an 1953 dans mon premier roman, Le Passé simple, tel quel, sans passage à la ligne. » (p. 140.). Chraïbi nous confie son rêve enfantin « d’écrire un roman policier, avec un détective sans foi ni loi » (p. 112) qui s’est certainement concrétiser dans la série des romans de l’inspecteur Ali. Un lecteur fanatique de Driss Chraïbi trouvera familières certaines formules prononcées par le seigneur, respectivement, dans Le Passé simple et Succession ouverte telles que « […] notre monde a besoin de renouveau, d’un sang neuf. Je t’envoie à Paris la semaine prochaine afin d’y poursuivre tes études supérieures[…]. Va en France chercher “plus de lumière“ » (p.170) et « La lumière n’est pas à la surface de la civilisation, mais au fond. Où que l’on se trouve, il y a de l’eau. Il suffit de creuser. Creuse, Driss, creuse ! » (p. 91). Ces mémoires qui nous rapprochent plus de l’enfance de Chraïbi mettent en relief une double éducation appartenant à deux mondes complètement opposés : celui de la maison où tous les instincts doivent être refoulés et où le père conservateur et protecteur des traditions avait plein droit sur les siens qui n’avaient autre choix qu’obéir, et celui de l’école qui se base sur la raison et la conviction. Chraïbi qui a également grandi pendant le protectorat, n’a pas été indifférent aux différences sociales et intellectuelles, entre les français et les indigènes, qui étaient flagrantes, même s’il faisait partie d’une bourgeoisie plus ou moins privilégiée. Ces facteurs réunis, en plus de la sensibilité de l’écrivain ne pouvaient qu’aboutir à un livre si violent qu’est Le Passé simple. Par ailleurs, l’une des réussites de Vu, lu, entendu est surtout le style concret de Chraïbi où l’humour et l’ironie permettent le jeu de mots, le mélange de registres et de 50 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 mots latins, anglais et arabes que nous voyons côtoyer les mots les plus littéraires et abstraits du français. Situation linguistique qui reflète une période où « On rebâtissait la vie avec n’importe quoi, à chaux et à mots réchappés » et où « Un nouveau langage naissait, un langage à trois langues différentes qui la plupart du temps demeuraient étrangères les unes aux autres. Pourtant, ceux qui l’utilisaient et ceux qui l’entendait le trouvait fort logique. » (pp. 152-153). Pour conclure, nous proposons la méditation de Chraïbi selon laquelle « Toute [sa] vie et toute[son] œuvre n’ont eu qu’un seul et même thème : la trajectoire du destin. Le destin des êtres et des peuples. » (p. 57). Ilham OUAZZANI Youssouf Amine ELALAMY, Un Marocain à New-York, Eddif, Casablanca, 1998 Un Marocain à New-York est un ensemble de récits-témoignages sur New-York d'un étudiant en vingt-neuf tableaux sur les grands symboles américains: les gratte-ciel, la Statue de la Liberté, les lieux artistiques ou excentriques, les clubs privés, la ville artifice ("La publicité"), les mendiants ("homo-hamburgers" et les effets Mc Donald's; "Marguerite"; "Vivre vite"...), l'intérêt pour les animaux ("Une vie de chien"), le chewing-gum ("Internet-chewin-gum"), le haut lieu des affaires et de la mode ("Drôles d'oiseaux"), et puis toutes les observations et notations diverses (exemple: "Recherche éléphant désespérément" et "Les six aveugles"). Le livre évoque aussi des péripéties vécues: scènes, lieux, situations, dialogues et mésaventures personnelles (exemple: "Hells Angels!"), à partir desquelles le narrateur nous fait découvrir sous forme de flashes l' Amérique moderne. L'attitude du narrateur vis-à-vis de New-York est à la fois sympathique et critique, mais sans fascination ni dénigration. Au fil de la vie quotidienne, le narrateur capte des moments de sa vie en Amérique, tantôt avec sérieux, tantôt avec amusement, ici narcissique, là risible. Cette variété de styles, de récits plus ou moins courts de deux à seize pages, sous forme de notes ou de lettres, donne l'impression de "légèreté" (Elalamy dira que ses tableaux sont des "entrées" au sens littéraire et culinaire à la fois, lors de sa rencontre au lycée Descartes le 18 mars 1998). Mais la fantaisie et la nonchalance du récit n'empêchent pas la réflexion sur des problèmes sérieux et profonds qui sont esquissés, tels que l'intelligence dans la mendicité des sans-abris qui dénote l'audace dans la pauvreté; ou la fébrilité de l'immédiat qui devient le sens même de la vie; ou encore la présence fortement interculturelle du regard de l'Autre sur la ville, qui montre combien finalement, en dépit des différences et des apparences, l'homme est le même en "structure profonde" (voir notamment le tableau "New-York"). Fraîcheur, humour, ouverture généreuse à la culture de l'Autre, vision ébouie mais lucide, clins d'oeils pertinents, personnels ou culturels, mésaventures racontées avec sensibilité, nuances érotiques ou oniriques: telles sont quelques qualités de ce postexotisme (dans le sens d'un au-delà de l'exotisme), qui annonce des ébauches de pistes inexplorées pour la nouvelle littérature marocaine. Annoncée par A. Khatibi et D. Chraïbi, cette voie, que Youssouf Amine Elalamy emprunte, montre que la littérature peut s'enrichir par un imaginaire qui intègre l'ailleurs avec bonheur. Abdallah MDARHRI ALAOUI Comptes-rendus de livres 51 BOUAZZA, Hafid, De voeten van Abdullah (Les pieds de Abdullah), Amsterdam, Arena, 1996, 140 p. Le recueil de nouvelles De voeten van Abdullah (Les pieds de Abdullah), publié en 1996 à Amsterdam (Arena), a été très bien reçu par le publique et la critique, comme il est montré par le prix pour la littérature E.Du Perron 1996 que ce recueil a reçu en Belgique ainsi que par les nominations pour le prix ECI et pour le prix 'écrivains débutants' aux Pays-Bas. Le vif succès de ces nouvelles ne peut pas étonner: l'écriture de Hafid Bouzza utilise d'une manière très créative la productivité morphologique de la langue moderne et le patrimoine du néerlandais médiéval, et elle manifeste comment une langue peut s'enrichir en se modifiant pour narrer des réalités et des visions nouvelles du monde. On peut lire ce recueil comme une méta-narration qui se développe dans le cadre donné par la memoire, qui a un rôle central dans la première nouvelle, "Spookstad" (Ville hantée), et par le 'fantasique' qui caractérise le dernier texte, "De Visser en de zee" (Le pêcheur et la mer). Dans la dernière nouvelle le protagoniste est metamorphosé, comme il s'avère pour les personnages de contes des Mille et une Nuite, mais dans ce cas la metamorphose comporte le changement du genre sexuel du personnage ce qui, dans la suite, dévoile l'inconsistence et même la risibilité des normes et des distinctions traditionnelles entre femmes et hommes. Dans le cadre donné par la memoire et par le fantastique, on trouve quatre nouvelles situées dans un village au Maroc (Les pieds de Abdullah, L'amour sous l'olivier, Les oeufs sataniques, Le signeur des mouches) et deux nouvelles qui présentent un espace urbain aux Pays-Bas (Apollien, Le fils perdu). A partir de la nouvelle qui donne le titre à le recueil, le narrateur entame un jeu avec le lecteur en revenant à un thème bien connu dans la littérature maghrèbine, celui de l'autobiographie comme dévoilement scandaleux du soi. Cependant, la référence autobiographique est surtout une strategie narrative par laquelle l'effet surréaliste des nouvelles est renforcé: le narrateur passe sans solution de continuité de la description du père et de la mère à la description des 'pieds parlants' du frère qui retourne d'une guerre. Soudainement quelqu'un frappe à la porte...A ce moment elle (la mère) le vit. <Mère! mère! c'est moi, Abdullah, votre fils! votre fils est revenu!>. Par terre, près du pas de la porte, était Abdullah: deux pieds, bien amputés juste au-dessus des chevilles, qui finissaient en ce qui rassemblait à une rondelle de saucisson. Les chevilles étaient couvertes de poussière et les ongles noir à cause du grand voyage [...] Les veines avaient enflé. Incontestablement: c'était mon frère Abdullah. L'entrelacement entre narration 'réaliste' et 'surréelle' signe en particulier l'espace paysan au Maroc. Le passage de l'espace narratif du Maroc aux Pays-Bas est marqué par le feu purificateur qui détruit le village marocain, mais ce passage n'est pas unidirectionnel. Dans la memoire, le village marocain et l'espace urbain néerlandais se superposent: les canaux d'Amsterdam reflètent l'image du village au début de la première nouvelle située au Pays-Bas, où le protagoniste découvre l'amour et la sexualité avec une fille néerlandaise. Dans le même temps, la présence du fantastique dans la nouvelle suivante, Le fils perdu, indique qu'on ne peut pas se retourner en arrière: un jeune homme revient au Maroc pour se marier, mais la nuit des noces la jeune mariée disparaît tandis qu'il la déshabille. Deux thèmes sont centraux dans le recueil de Hafid Bouazza: le détachement de la vision religeuse lorsqu'elle est acritique et traditionaliste, et l'attention pour la 'corporalité' des personnages. C'est par exemple dans la description détaillée des aspects les plus corporels et intimes des personnages que le caractère scabreux des situations narrées se teint à la fois d'ironie et de poésie. D'autre part, la narration devient 52 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 véritablement sarcastique dans l'entrelacement des deux thèmes du religeux et du physique: avec une attention méticuleuse et irrévérente ces nouvelles présentent le constraste entre les normes socio-religeuses et les besoins ou désirs physiques des personnages, en particulier dans la découverte de la sexualité. La publication du recueil des nouvelles d'Hafid Bouzza a stimulé le débat sur la collocation des oeuvres des auteurs d'origine maghrébine dans la littérature néerlandaise. La définition de 'littérature allochtone' utilisé par la presse ainsi que la révendication ethnico-géographique d'autres écrivains néerlandophones ont été critiquées par Hafid Bouazza qui demande: "est-ce que la littérature allochtone est écrite en Allochtone?". Daniela MEROLLA Fawzia ZOUARI : La Caravane des Chimères, Paris, Editions Olivier Orban, 1990. Pour en finir avec Shahrazad,Tunis, Cérès, 1996 Fawzia Zouari est une romancière et essayiste tunisienne. Docteur en littérature comparée, elle est présidente du Cercle des intellectuels maghrébins et attachée d’études à l’Institut du monde arabe. Elle est l’auteur d’une biographie romancée de Valentine de Saint-Point, qu’elle a publiée en 1990 aux Editions Olivier Orban sous le titre : La Caravane des Chimères, et d’un essai biographique intitulé Pour en finir avec Shahrazad, paru à Tunis, aux Editions Cérès, en 1996. Dans ces deux ouvrages, l’auteur s’est attaché à donner une autre image de la femme. Fascinée par la vie extraordinaire de Valentine de Saint-point qui, après avoir ébloui le Tout-Paris de la Belle Epoque par sa beauté, son intelligence et ses amours tumultueuses, l’a abandonné pour le désert et pour l’Islam, Fawzia Zouari a parcouru le monde pendant dix ans pour faire revivre cette femme exceptionnelle qui, convertie à l’Islam, rêva de recréer l’Empire arabe et trouva enfin dans le désert cet absolu auquel son âme aspirait. En effet, à l’instar d’Edmonde Charles–Roux qui, après une longue enquête sur la vie extraordinaire d’Isabelle Eberhardt, a relaté dans Un désir d’Orient (Grasset, 1988) l’aventure et la quête spirituelle de cette femme fascinée par l’Islam et le désert, Fawzia Zouari a mené elle aussi de patientes recherches historiques et littéraires pour nous donner le récit très vivant et très attachant de celle qu’on a appelée à la Belle Epoque la “Muse pourpre ”et qui finira ses jours au Caire sous le nom de Rahiyya Noureddine. Loin de tout esprit hagiographique ou polémique, la romancière a cherché à reconstituer l’itinéraire de son héroïne, à faire revivre cette femme qui a choisi l’anonymat, mais qui a été tour à tour écrivain(e), poètesse, journaliste, danseuse, femme du monde et grande mystique.Relatant avec beaucoup de brio le destin exceptionnel de cette “Surfemme ”(p.125), la romancière parvient à recréer l’univers familial, social et mental de l’héroïne et à faire partager au lecteur sa révolte contre un mari vulgaire et autoritaire et sa quête éperdue d’amour –« Mon corps comme mon âme est fils du soleil ; il lui faut la lumière ; il lui faut ce rayon de vie que cet astre darde… »(p.117), écrit-elle en prêtant à Valentine les phrases de son arrière grandoncle. Elle sait également exprimer l’enthousiasme de l’héroïne pour La Volonté de puissance de Nietzsche(p.62), sa passion pour l’Art nouveau - n’accueille-t-elle pas dans son salon le futuriste Marinetti (p.125-126) et ne s’est elle pas elle-même ralliée au mouvement futuriste en composant son Manifeste de la femme futuriste(p.129) ? - et réussit surtout à rendre la révélation que fut pour elle la découverte de l’islam et de Comptes-rendus de livres 53 l’Egypte . « …je suis persuadée que dans une autre vie, j’ai vécu parmi les Arabes, en Orient, sur une terre de sables et de mirages »,(p.288) dit Valentine à son amant égyptien. Après avoir tenté en vain de jouer un rôle important dans le mouvement féministe et nationaliste égyptiens, Valentine, déçue par la politique, se tourne en effet vers l’Islam qui l’a toujours fascinée. Suivant les traces de Lamartine, elle part se ressourcer dans le désert syrien où elle ne tarde pas à succomber à l’appel de l’absolu :“De jour en jour elle sentait s’accentuer cette transformation en elle. Un nouveau désir s’emparait d’elle, un désir qui l’éloignait de plus en plus des hommes(…) Fini le désir de haranguer les foules, de convaincre des adversaires, de modifier la face du monde(…) Il lui fallait désormais renouer avec le silence, chercher Dieu, le sens du monde et sa propre essence profonde.”(p.333) Ainsi, délivrée du monde terrestre, elle se convertit à l’Islam et reçoit le nom de Rawhiyya Noureddine. Le récit s’achève sur le poème testamentaire de l’héroïne dans lequel celle-ci a célébré sa communion avec le désert, image de l’infini divin : Donnez mon corps au sable du désert Où choieront mes cheveux, il sera plus doré Le sol plus chaud et la couche plus tendre Et la transmutation, insigne volupté Je la vivrai encore avec intensité Et je me sentirai, ô rêve d’autrefois, Désert, ô mon amour ! Sable, devenir toi A travers ce récit attachant de la vie extraordinaire de Valentine de Saint-Point, transparaît le projet féministe de la romancière qui a exalté dans son héroïne une femme libre, une femme totale qui va au bout de ses rêves et de ses désirs sans craindre ni le scandale ni la contradiction. Valentine de Saint Point est pour la romancière, la Shahrazad des temps modernes. Moncef KHEMIRI SERHANE, Abdelhak. Le deuil des chiens. Roman. Editions du Seuil. Paris. 1998. Serhane, fidèle à lui-même et à ses lecteurs, dans un réalisme acerbe et violent nous donne à lire un roman noir fait de deuil et de désillusion. L’incipit annonce un départ dans le silence inquiétant d’une aube incertaine «nous sommes parties avec la naissance du soleil. Pas un oiseau ne chantait ce matin-là. Même les chiens avaient cessé leur rogne contre les poubelles dégarnies » (p. 9.). 21 chapitres pour nous conter, dans un décor macabre et hallucinant l’histoire ou les histoires de vie de quatre sœurs à peine sorties de l’enfance, chassées par leur père et livrées à elles-mêmes «comme des erreurs, des virgules malheureuses(…) des ombres sans âme (…)» p. 10. A la croisée des chemins elles se séparent en jurant de revenir dix ans plus tard à la maison paternelle. Le jour de leur retour le père est mort, elles s’enferment avec le cadavre pour se raconter et lui relater leurs expériences de vie : celles d’une malédiction assumée.. Dans une chambre aux murs moisis par l’humidité, elles se cloîtrent et les récits fantasmagoriques des sœurs déferlent pour souiller la dépouille et profaner la Mort. Seul le sirocco parvient par intermittence à violer l’intimité de ces retrouvailles, à perturber des confessions où l’onirique se mêle au réel pour le transcender et parfois même le sublimer. Par bribes les bruits du dehors où se trament les préparatifs de l’enterrement, s’insurgent et suspendent la narration. Au fur et à mesure que les jeunes femmes égrènent les souvenirs d’une enfance brisée, le corps du mort se décompose jusqu’à perdre toute figure humaine. 54 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 L’instance discursive première est l’une des sœurs, elle prend en charge la narration à la première personne du singulier. Au fil du récit ce «je » énonciateur se dédouble, se multiple et chacune des trois raconte sa propre vie loin des autres. Par le procédé analeptique et l’alternance des diègèses, les itinéraires chaotiques des trois jeunes femmes sont mis en parallèle. Les commentaires auctoriels affluent pour évaluer, critiquer et dénoncer la misère, la corruption, la prostitution, la sexualité, les traditions, la religion, les institutions, la condition féminine : ces thèmes chers au cœur de notre romancier «chroniqueur » dans un Maroc hostile, celui que Serhane a décidé de décrire dans ses romans pour «montrer que le pays n’est pas fait uniquement des villes impériales, des palmeraies, du soleil, de la pastilla et du Club Med’ et de la place Jamaâ Lafna. Le Maroc c’est aussi des hommes et des femmes qui souffrent dans leur dignité, qui se battent et qui contribuent par leur courage à ce que le pays reste debout malgré l’acharnement de certains à vouloir le ruiner… », un pays où les valeurs morales n’ont plus droit de cité. A travers le dialogue entre un conteur, figure récurrente dans les récits serhaniens et un écrivain, notre romancier nous livre ses réflexions sur l’écriture en tant qu’engagement politique pour «se placer en marge du discours officiel » (p. 242) Encore une fois Serhane réussit à nous surprendre par les qualités incontestables d’un conteur à l’écoute de son époque et maîtrisant tous les mécanismes de la machine «écriture ». Nawal MOUGHFIR Tahar Ben Jelloun, Le racisme expliqué à ma fille, Paris: Éditions du Seuil 1998 Le petit texte (en pages) que nous propose Tahar Ben Jelloun réunit un vaste compendium de questions pertinentes sur le phénomène du racisme posées dans la perspective d'un enfant de dix ans: Mérième, la fille de l'auteur. Ces questions de sa fille comme Tahar Ben Jelloun élucide lui-même dans l'introduction de son livre, ont été déclenchée par une manifestation contre le projet de loi Debré sur l'entrée et le séjour des étrangers en France: »C'est ainsi qu'on en est arrivés à parler du racisme«( p. 5). Le racisme expliqué à ma fille traite sous forme de questions-réponses un catalogue de mots-clés soulignés dans le texte dans un souci pédagogique. L'auteur a élaboré les termes nodaux dans un »besoin de clarté, de simplicité et d'objectivité« afin que le texte »soit accessible à tous, même s['il] le destine en priorité aux enfants entre huit et quatorze ans« (p. 6). Il regroupe et définit les notions fondamentales de ce que représente l'idée du racisme: le racisme et la différence (pp. 8-9), l'étranger et la xénophobie (p.12), les préjugés (p. 15), la discrimination (p. 19), les ghettos (p. 19), la race (p. 21), la réligion (p. 29), le bouc émissaire (p. 38), l'extermination, l'antisémitisme et le génocide (pp. 40-43) pour arriver à la fin aux termes de l'esclavage, de l'apartheid et du colonialisme (pp. 48-50). Cette liste de termes recapitule en quelque sorte des notionsconcepts chers à l'auteur. Dans ses multiples écrits antérieurs comme La plus haute des solitudes. Misère affective et sexuelle d'émigrés nord-africains (1977) L'hospitalité française. Racisme et immigration maghrébine (1984), de La réclusion solitaire (1976), La fiancée de l'eau suivi de Entretiens de M. Saïd Hammadi, ouvrier algérien (1984) jusqu'aux Grains de la galère (1996), Tahar Ben Jelloun les a travaillés sous différents perspectives, celles d'un témoin-psychologue et journaliste et celles d'un écrivain-poète tout en réclamant le droit à la différence. Et voici un texte dans lequel Ben Jelloun nous livre une perspective toute autre: celle du père répondant à sa fille. La richesse de ce manuel destiné est issue d'une double ambition de Tahar Ben Jelloun: d'une part de Comptes-rendus de livres 55 fournir aux enfants une orientation sur le phénomène complexe du racisme dans le souci de »donner l'exemple« et, d'autre part, de nous (r)appeller que la lutte contre le racisme commencera par un travail minutieux sur le langage, car les mots sont dangereux. Linda MAYER Dédale. Nos 7 & 8. Déserts. Vide Errance Écriture. Sous la direction d'Abdelwahab Meddeb. Paris: Maisonneuve & Larose 1998 La revue Dédale nous emmène dans ce numéro double "Déserts. Vide Errance Écriture" sous et par l'image du désert thématique dans un véritable Niemandsland métaphorique. Sur plus de cinq cents pages, le désert mute en un vaste projet des »déserts« dans lequel nous initie l'écrivain-poète et le directeur de la revue, Abdelwahab Meddeb. Son article »Tous les déserts du monde« sert de point de départ à cette véritable quête textuelle et illustrative d'un phénomène insaisissable, toujours suspendu, hors d'atteinte: Déserts. Les rubriques »Divan des déserts« (englobant des textes traduits du sumérien, de l'égyptien, de l'hébreu, du latin, du grec, de l'arabe, du chinois, de l'allemand, du persan, du turc, de l'américain, de l' italien), la »Poétique des déserts«, l'»Esthétique des déserts«, le »Témoignage des déserts« et la dernière intitulée le »Désert entre les lieux et les langues« obéissent à l'économie textuelle de la revue d'un glissement de »désert en désert«. Dans ce sens, le terme du désert s'avère être la métaphore par excellence de l'écriture elle-même: lieu de l'inscription sainte, spirituelle, poétique et mystique, lieu de l'inscription et l'effacement et lieu d'une écriture palimpsestique. Le désert, les déserts: les variations incessantes au cours des textes publiés se définissent par ex. par rapport à l'anti-désert, la Cité, la Médina ou par rapport au chiffre de l'Aleph et ainsi par rapport au Livre (avec un clin d'oeil à Borgès). Ce glissement constant de désert en désert »du règne de la pierre et du sable, vers la règne de la glace, dans le partage du nomadisme et de la chasse, dans l'amour de la sublimation du sexe comme vérité charnelle...dans la mer de sable et de pierre, confiné au désert de l'appartement pour rêver de tous les déserts du monde« (Abdelwahab Meddeb, »Tous les déserts«, p. 20) ouvre aux déserts à penser. Et aux lecteurs le vertige textuel. Déserts restera un chiffre à déchiffrer. Comme pour les mots d'Adonis dans Cahier, non pur quelqu'un, pour lire mon désert: »Tu me questionnes, donc, sur mon désert ô sable moqueur, ô serpent du sens?« Linda MAYER Comptes rendus de colloques Journées d'études sur les littératures comparées : intérêt du comparatisme pour les littératures nationales et situation dans le Monde. Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Ben M’sik. Casablanca : 8-9 et 10 juin 1998 La Coordination des Chercheurs sur les Littératures Maghrébines et Comparées (CCLMC) en collaboration avec le Laboratoire de Narratologie et le Centre d’Etudes des Littératures Comparées et de Didactique (CELCD) de la faculté des lettres de Ben M’sik de Casablanca, a organisé des journées d’études autour des littératures comparées. Ces journées de réflexion se sont tenues dans l’enceinte de la dite faculté et ce le 8, 9 et 10 juin 1998. La matinée de la première journée a été inaugurée par les allocutions du Doyen de la faculté de Ben M’sik, Monsieur Moubarak Rabii et Monsieur Mdarhri Alaoui Abdallah, président de la CCLMC et directeur du CELCD. Ils ont tous deux d’une part souligné l’intérêt de ces rencontres dans la mesure où elles permettent une étroite collaboration entre les équipes de recherche sur les cultures et les littératures du Maghreb, d’autre part une concertation et une coordination dans une perspective comparative, didactique et interculturelle à l’échelle nationale et internationale ne peutêtre que fructueuse. Le matin, sous la présidence de M. Bencheikh Mustapha, la première séance de ces journées a été consacrée aux travaux des professeurs : M. Jean Bessière de l’université Paris III, Mme Paola Mildonian de l’université de Venise et M. Virgil Neoianu de l’université catholique de Washington. M. Halifi Chouaïb et M. Mdarhri Alaoui Abdellah se sont joints à cette table ronde, leurs interrogations pertinentes ont amené M. Bessière à définir les concept « d’énigmaticité » dans la littérature et à ouvrir la réflexion sur le rapport écriture / lecture. La première séance de l’après-midi, a été axée sur l’intérêt du comparatisme pour les littératures nationales. Messieurs : Halifi Chouaïb, Tarous Mohamed, Mdarhri Alaoui Abdallah ont pris part à cette table ronde sous la présidence de Mme Lucy Mc Neece Stone. Les intervenants ont souligné l’intérêt de l’interdisciplinarité pour repenser le comparatisme et les théories d’analyse ; pour eux un travail épistémologique sur les concepts utilisés en littérature comparée devrait être mené pour offrir un champ de prise de parole aux littératures émergentes et périphériques qui souvent ont été occultées. Cette démarche s’impose d’autant que le Maroc se situe au confluent des littératures méditerranéennes et jouit d’une multiplicité culturelle et linguistique intéressante. La deuxième séance a eu pour objet le comparatisme dans l’enseignement fondamental et secondaire. Mme Latifa L’Iraqui, responsable du CADAPP, a présenté son expérience pédagogique sur l’écriture de contes avec des élèves, dans le cadre d’un projet sur l’imaginaire du jeune méditerranéen. Grâce à leurs contenus diversifiés et surprenants, les contes réalisés par les apprenants ont suscité l’intérêt de l’assistance. Mme Moughfir Nawal a proposé les résultats de son expérience dans le cadre d’un atelier d’écriture avec des élèves de 1ère année du second cycle (lycée). Dans un vaste chantier de découpages et de collages, les apprenants ont procédé à la réécriture d’une nouvelle : la Parure de Maupassant. Ils ont puisé les segments narratifs dans l’œuvre du même auteur. M. Kaddour Mahmoud, a exposé les entreprises comparatives menées Comptes-rendus de colloques dans sa praxis pédagogique et a mis en exergue l’intérêt du l’enseignement du français langue étrangère. 57 comparatisme dans La deuxième journée a été consacrée à la réflexion sur la situation du comparatisme à l’échelle nationale et internationale. Sous la présidence de M. Bessière, la matinée a eu pour sujet de débat, la situation du comparatisme aux Etats-Unis, en Afrique, au Canada et dan le monde arabe. Après avoir fait l’état des lieux du comparatisme, les intervenants ont proposé de porter le questionnement sur les concepts utilisés en théories littéraires et de les re-situer dans leur contexte historique. Il faudrait aussi réfléchir à une relecture de l’histoire littéraire. La journée s’est achevée en beauté par le récital de poésie donné par Mme Fatima Chahid Madani et M. Jabrane Abderrazak en hommage au poète arabe disparu Nizar Kabbani. Le lyrisme et l’esthétisme des vers proposés ont enchanté l’assistance. La matinée de la troisième journée a permis une rencontre riche d’enseignement entre les professeurs : M. Mdarhri Alaoui, Mme Mildonian et M. Bessière et les étudiants inscrits en formation doctorale. Nawal MOUGHFIR "La Tunisie dans la littérature tunisenne de langue arabe et de langue française". Faculté des Lettres de La Manouba (Tunis), 17-18 avril 1998 Le Groupe de Recherches comparatistes sur les littératures maghrébines de langue arabe et de langue française a organisé un colloque international sous l’égide de l’Université des Lettres, des Arts et des Sciences Humaines (Tunis I) et en collaboration avec l’Université Paris-Nord, U.F.R Lettres les 17 et 18 avril 1998 à la Faculté des Lettres de la Manouba. Ce colloque intitulé « La Tunisie dans la littérature tunisienne de langue arabe et de langue française », avec un programme riche et ambitieux qui annonçait une vingtaine d’intervenants avait pour objectif de dégager les composantes sociologiques, ethnologiques, historiques, géographiques et psychologiques de l’image de la Tunisie et d’étudier les caractéristiques scripturales propres à cette littérature et leurs rapports avec l’image du pays qu’elle véhicule afin de saisir, de définir la « tunisianité » des œuvres tunisiennes. Les différentes séances étaient axées sur des sujets bien précis. La séance d’ouverture du vendredi 17 a tourné autour de la littérature féminine de langue française. Le cercle des interventions a été ouvert par M. Kamel Ben Ouanès qui a étudié « La perception oblique dans l’écriture romanesque de Hélé Béji ». L’œuvre de Emna Bel Hadj Yahia a fait l’objet des communications suivantes : « De ‘’Chroniques Frontalières ‘’ à ‘’L’Etage invisible’’ : de l’espace hostile à la réconciliation » présentée par Mme. Aïda Ghedira ; « Visages et Paysages dans ‘’L’Etage invisible’’ de Emna Bel Hadj Yahia » proposée par Mme. Néjiba Regaïg ; et « A propos de ‘’Chroniques frontalières ‘’ : rupture et / ou dialogue entre les langues » de Mme. Sélila Mejri. M. Noureddine Sabri a clôturé la séance de la matinée par une intervention intitulée : « La Tunisie de Nine Moati : de l’intimisme à l’exotisme ». La séance de l’après-midi a été consacrée à la poésie, au théâtre de langue arabe et de langue française et au roman tunisien de langue arabe. Mme. Afifa Marzouki a mis l’accent, dans «La Tunisie du ‘’ Mirliton du ciel ‘’ d’Albert Memmi », sur l’image d’une Tunisie qui se révèle à travers ses couleurs, les senteurs de ses parfums et les bruits de 58 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 ses souks. M. Samir Marzouki a surtout dégagé, dans une communication intitulée « Le Pays natal dans ‘’L’Univers des Brûlures’’ de Abdelaziz Kacem », la sensibilité et le lyrisme d’un poète amoureux de son pays. M. Ali Abassi a abordé le problème de réception chez le lecteur tunisien à travers une intervention ayant pour titre « Hybridation générique et lisibilité : le lecteur tunisien dans la poésie de Sghaïr Ouled Ahmed ». M. Jalloul Azzouna a parlé de « Tunis dans le roman tunisien de langue arabe ». En fin d’après-midi, M. Moncef Khemiri a intervenu pour parler de « La fraternité à l’épreuve de l’histoire dans ‘’Mohammed Cohen’’ de Claude Khayatt » » et M. Hamdi Hmaïdi a étudié « L’écriture du social dans le théâtre tunisien ». La deuxième journée (celle du 18 avril) a été riche en interventions et en activités. La matinée a été consacrée au roman tunisien de langue française. Mme. Giuliana TozoRodini a ouvert la séance. Dans une communication intitulée « ‘’Retour à Thyna ‘’ de Hédi Bouraoui : éléments de romanité », elle a effectué un rapprochement entre la culture tunisienne et la culture romaine. Mme. Sonia Zlitni-Fitouri a essayé de dégager la présence d’une image assez ambiguë de la Tunisie dans l’univers romanesque d’Albert Memmi à travers une intervention intitulée « Ecrire la Tunisie dans ‘’La Statue de sel’’, ‘’Le Scorpion’’ et ‘’le Désert’’ d'Albert Memmi". Dans une approche narratologique, M. Habib Salha a étudié le fonctionnement du dialogue dans les écrits tunisiens. Sa communication a eu pour titre : « Le Dialogue romanesque dans la littérature tunisienne de langue française ». En fin de matinée, Mme Samira M’rad Chaouachi a parlé des « Intellectuels tunisiens des années soixante-dix dans ‘’Cristal’’ de Gilbert Naccache » et Mme. Hayet Ben Charrada s’est intéressée, dans une étude comparative à « La Présence de la Tunisie dans ‘’L’Etage invisible’’ de Emna Bel Hadj Yahia et ‘’ Jour d’adieu’’ de Ali Bécheur ». La séance de l’après-midi a été surtout marquée par la présentation de la Base de Données ‘’Limag’’. La démonstration effectuée par M. Charles Bonn, responsable du Centre d’Etudes littéraires francophones et comparées à l’Université Paris-Nord, a été suivie d’un débat. Le public présent (enseignants et étudiants) a pu ainsi apprécier l’état avancé et la richesse du répertoire bibliographique sur les littératures maghrébines de langue arabe et de langue française. Une table ronde a été, ensuite, organisée autour des écrivains tunisiens de langue française. Animée par M. Habib Salha, cette rencontre a regroupé une panoplie d’écrivains, en l’occurrence Ali Abassi, Anouar Attia, Emna Bel Hadj Yahia, Ilhem Ben Miled, Hélé Béji, Hajer Jilani, Abdelaziz Kacem, Samir Marzouki, Mansour M’henni et Gilbert Naccache. Ces écrivains ont parlé de leurs expériences scripturales. Ils ont évoqué les multiples écueils auxquels ils ont dû faire face tout au long de leur « périple littéraire » tels que la publication, l’édition, la diffusion, la promotion, la réception, etc. Les étudiants ont été nombreux à intervenir. Leurs questions ont surtout porté sur des points d’ordre thématique et scriptural dans une incessante recherche du sens ! Pourrions-nous dire à la fin de ce colloque que les tunisiens se sont enfin retrouvés, qu’ils ont pu ainsi dégager cette « tunisianité » de toutes ces ouvres tunisiennes étudiées ? Seule une autre rencontre avec plus de production et plus d’intervenants pourrait peut-être nous éclairer davantage. Sonia ZLITNI-FITOURI Livres et ouvrages collectifs publiés en 1997 non signalés dans le Bulletin n° 15 (COLLECTIF). La Civilisation tributaire de sa passion du bien-être. Bruxelles, Entrevues/Labor, 1997, ISBN 2-8040-1240-9 141 p. Recueil de conférences. (COLLECTIF). 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Le dépouillement est large : on a retenu, non seulement des textes qui ne sont pas nécessairement littéraires, mais qui peuvent apporter des informations utiles aux chercheurs en littérature, mais aussi des textes littéraires dont l'auteur n'est pas maghrébin, particulièrement lorsque le pays de référence n'est pas connu. Nous serions donc reconnaissants aux lecteurs, lorsqu'ils sont en mesure de le faire, de nous fournir les références de pays manquantes, soit au moyen des formulaires appropriés du site Internet, soit en écrivant à Charles Bonn, 20, rue Sœur Bouvier, 69005 LYON (France). (COLLECTIF). 101 Poèmes contre le racisme. Pantin, Temps des cerises, 1998, Recueil. ISBN 2-84109-149-X . (COLLECTIF). Cheb Khaled. Rome, Gremese, 1998, ISBN 88-7301-254-X . (COLLECTIF). Etudes féminines. Rabat, Faculté des Lettres et Sciences Humaines Rahma Bourqia, 1998, 108 p. Actes de colloque. ISBN 9981-825-95-6 . (COLLECTIF). François Augiéras ou le théâtre des Esprits. 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Parallèlement nous nous concentrons davantage sur les caractéristiques du genre en Algérie ce que révèlent nos analyses des structures, des thèmes, des personnages principaux, des espaces et de l'enracinement graduel du roman policier dans la réalité algérienne. Précédées par un chapitre théorique qui résume la terminologie allemande et française 82 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 du genre et qui donne un aperçu du développement du roman policier en Europe et aux Etats-Unis, nos analyses montrent que le développement du roman policier algérien se situe entre les sous-genres du roman d'espionnage et roman noir et parallèlement a cela entre affirmation et critique, entre écriture idéologique et écriture critique. Tandis que les premiers romans policiers algériens reprennent les idees politiques du gouvernement sans réflexion critique, tandis qu'ils légitiment ces idées et soutiennent donc le système politique de l'époque, les romans policiers algériens des années quatre-vingt-dix critiquent durement le régime en place et sa politique. BOUGDAL, Lahcen. France DNR. Le protocole poétique de l'écriture à l'oeuvre dans "Le Livre du Sang" d'Abdelkebir Khatibi. Paris 13, Claude FILTEAU. HAMLA, Fatma-Hynd. Algérie D.E.A. Convergences et divergences de la représentation féminine dans les textes québécois et maghrébins. Paris 13, Charles BONN. LABIDI, Zineb. épouse ALI-BENALI. Algérie DNR. Le Discours de l'essai de langue française en Algérie : mises en crise et possibles devenirs (1833-1962). Aix-Marseille 1, Anne ROCHE, 359 p. Résumé par l'auteur: L'étude porte sur un ensemble d'essais publiés par des Algériens pendant toute la durée de la présence française. Dès l880, la résistance-dialogue est jalonnée par des textes où se fait entendre une voix particulière, entre réitération et revendication pour la collectivité. Ils demandent plus de justice, un peu d'égalité, des écoles et des routes et un allègement des charges (impôts, sanctions collectives) pour leurs coréligionaires. Les thèmes traités sont la religion, la langue arabe, la femme, l'école, la libre circulation dans les forêts. Ils tracent ainsi les lieux d'une résistance symbolique. 1930 marque la naissance du discours nationalitaire et des revendications plus radicales. La fin de la colonisation est envisagée et clairement énoncée. La césure de 1945 est suivie par une remontée dans l'histoire et l'élaboration des ancêtresrésistants : ABDELKADER et JUGURTHA. La guerre de libération voit peu d'essais. Les textes de FANON et de LACHERAF, s'ils partent du discours colonial sont déjà tournés vers l'après 1962. Ils analysent le processus en cours et lancent les premières dénonciations des détournements de la révolution. Leur discours n'est plus tourné vers l'Autre, mais vers l'intérieur de leur société. Déjà se dessine la figure de l'intellectuel d'après l'indépendance : marqué par la vigilance, son discours est toujours iconoclaste. Par ailleurs, l' étude de l'essai féminin a été mise à part et déborde 1962, pour montrer la continuité d'une écriture particulière. LACETE, Nadjia. Ep. TIGZIRI. Algérie. D.E.A. Ecriture et lectures dans "La Colline oubliée" de Mouloud Mammeri. Paris 13, Charles BONN. PETITJEAN-LIOULIAS, Sophie. France DNR. Albert Camus – Nikos Kazantzaki : D'une rive à l'autre ou l'itinéraire méditerranéen. Angers, Georges CESBRON, 482 p. QUIGNOLOT, Anne Caroline. Epouse EYSEL. France DNR. Voyeuses, voyantes et visionnaires : Farida Belghoul, Bharati Mukherjee, Nina Bouraoui, les révoltées de l'image. Paris 13, Beïda CHIKHI. SCHMIDT, Anne. France DNR. Le miroir de l'autre : une nouvelle génération de femmes dramaturges issue de la migration à Paris au XX° siècle. Paris 3, Martine DE ROUGEMONT, 360 p. SPILLER, Roland. Allemagne Thèse d'Habilitation. Tahar Ben Jelloun : Schreiben im "Entre-deux" : Literarische Vermittlung und Interkulturalität. Erlangen-Nürnberg, 413 p. Allemand. Thèses soutenues en 1998 83 Résumé par l'auteur : Etude de critique littéraire et culturelle qui résume le développement de l’œuvre complète de Tahar Ben Jelloun. La thèse présente la poésie, les textes narratives et les essais sous l’aspect de leur interdépendance mutuelle. L’intention est démontrer l’importance fondamentale de la poésie, un aspect essentiel de l’écriture de Ben Jelloun, pour corriger la asymétrie qui caractérise la réception et de Ben Jelloun et de la littérature maghrébine en général, c’est-à-dire, la prédominance pas justifiée d’un genre: le roman. Partant du thème central de l’interculturalité on analyse la mise en perspective de la narration, des cultures, des sexes, d’oralité et d’écriture. La méthode utilisée s’inscrit dans la narratologie qui prend en charge les contextes historiques et culturels de la production et de la réception du texte littéraire. La „plaque tournante“ analytique est le regard croisé, un leitmotiv, et, au même temps, la structure fondatrice du modèle culturel sous-jacent. Dans le premier chapitre on analyse la prise de position de Ben Jelloun, avec Abdelkebir Khatibi, dans le champ culturel maghrébin et français. A partir de cette situation le deuxième chapitre montre les étapes décisives de la biographie de l’auteur dans le champ bi-culturel. Le troisième chapitre dédié à l’œuvre poétique ouvre les analyses des textes. Le point de départ est le poème „L’aube des dalles“ qui a été une vraie prise de position poétique. Pour y arriver jusqu’à La Remontée des cendres on étudie les recueils de poésie les plus importants pour retracer l’itinéraire poétique de Ben Jelloun. Le dernier chapitre réunit la production narrative, y inclus les essais et les prologues, qui ont chez l’auteur une fonction programmatique. En dégageant les différentes lignes narratives dés Harrouda jusqu’à La nuit de l’erreur l’étude montre que le modèle du „regard croisé“, dont l’exemple le plus représentatif est Les yeux baisés, est intimement liée avec une „poétique de la nuit“ dont les dispositifs épistémologiques sont situés dans le rêve, l’inconscient et les forces du désir affectif et sexuel. TAMM, Sabine. Allemagne Doctorat. La fonction des rêves dans les romans de Tahar Ben Jelloun. Augsburg, Henning KRAUSS. ZEKRI, Khalid. Maroc DNR. Etude de l'incipit et des clausules dans l'oeuvre de Mimouni et de Le Clezio. Paris-13, Charles BONN. Comptes-rendus de thèses Mohamed KHLIFI : Les Terrasses d'Orsol de M. Dib. Ecriture et Intertextes. Université Paris 13, 18 juin 1997. Directeur de recherches : Beïda CHIKHI. Le très bon niveau de cette thèse s'impose dès le début de la lecture. Grâce à un balisage peu commun, M. Khlifi tisse dès l'introduction un réseau de références intertextuelles (Le Château et Le Désert des tartares de Kafka, Le Mythe de Sysiphe de Camus, Le Scorpion de Memmi, Le Banquet de Mammeri, La Danse du roi de Dib) et cerne ainsi une thématique de base en passant par les motivations qui ont poussé les écrivains à changer leur manière d'écrire. L'effort de documentation a été considérable. La bibliographie bien constituée, bien présentée, en fait foi. Le titre de la thèse met judicieusement en lumière le roman de Dib, et signale discrètement le rapprochement avec Gracq, afin de ne pas s'interdire d'autres rapprochements (Nietzsche, Buzzati, Beckett). L'étude s'attache successivement à différents aspects de l'oeuvre, en se référant à un certain nombre de théories philosophiques et de systèmes critiques. Il sera démontré notamment que l'oeuvre de Dib illustre la conception nietzschéenne de "l'éternel retour", cependant que celle de Gracq est caractérisée par un tragique hégélien. Ces rapprochements, figurant surtout au début et à la fin de la thèse, d'autres systèmes d'interprétation seront utilisés au passage; ainsi a-t-on recours, fort ingénieusement, à une définition du fantastique qui permettra de souligner les différences : si le roman de Gracq répond pleinement à cette définition, celui de Dib offrirait seulement "un simulacre de fantastique"... L'expression est souvent élégante. M. virtuosité, voire une certaine complaisance d'abstractions concentrées dans une même compréhension. Mais à cette réserve près, le avec beaucoup d'intérêt. Khlifi joue de la langue abstraite avec qui l'entraîne parfois à des excès : trop longue phrase, ne peuvent que gêner la texte est relativement aisé à suivre, et se lit Jacqueline BLANCART LABIDI, ép. ALI-BENALI, Zineb : Le discours de l’essai de langue française en Algérie. Mises en crise et possibles devenirs (1834-1962). Université de Provence, Aix-Marseille 1, Directrice de recherches : Anne ROCHE. Dans le champ déjà très encombré des recherches sur la littérature maghrébine, la thèse de Mme Ali-Benali se signale d’emblée par un premier mérite : l’originalité de son sujet. Certes, ce sujet est également peu traité pour la littérature française, même s’il l’y est davantage. Mais dans le domaine maghrébin, et particulièrement algérien, le fait que ce genre soit si peu étudié était presque choquant, car il s’agit là d’un espace où la littérature est peut-être plus qu’ailleurs perçue avant tout comme discours d’idées, même si de fait elle l’y est souvent moins. Autant dire donc que le travail de Mme Ali-Benali répond à un besoin, et s’inscrit dans un contexte théorique fort intéressant. Le résultat ne déçoit pas l’attente que le titre suscite. La thèse, après de nécessaires préalables méthodologiques, nous brosse un panorama très fourni d’un corpus vaste et en même temps fort judicieusement limité à l’Algérie coloniale, ce qui permet au développement d’être à la fois pédagogique dans sa progression historique, et rigoureux Comptes-rendus de thèses 85 dans ses approches. Et en effet l’essai est probablement un des genres les plus déterminés par les situations historiques et politiques successives. En ce sens la thèse peut également être lue comme une fort intéressante histoire de l’évolution intellectuelle de la frange francophone de l’Algérie colonisée. Cette progression historique est d’une utilité évidente pour le lecteur, à qui elle permet de faire le point de façon commode. Et la bonne bibliographie qui clôt la thèse va dans le même sens. Il y avait cependant un risque : celui de la paraphrase thématique qui s’impose presque lorsqu’on défriche un domaine encore grandement vierge comme celui-ci. Or la solide maîtrise théorique de Mme Ali-Benali lui permet de ne pas tomber dans ce travers, et de nous présenter un travail aussi novateur sur le plan de la méthode que sur celui du corpus. Travail écrit, de plus, dans un style fort alerte et une langue agréable. On retire de sa lecture l’impression d’une grande sûreté. Charles BONN Anne-Caroline QUIGNOLOT, épouse EYSEL : Voyeuses, voyantes et visionnaires : Farida Belghoul, Nina Bouraoui, Bharati Mukherjee, les révoltées de l'image. Université Paris 13, 12 juin 1998. Directrice de recherches : Beïda CHIKHI. Je m'étais longtemps contentée d'un Oedipe universel tout en pensant qu'il n'était pas aussi universel qu'on le prétendait et qu'au fond la véritable histoire d'Oedipe a commencé non pas à l'oracle, ni à sa réalisation, mais plutôt à l'aveuglement, autrement dit à la perte de la vue. J'ai donc été convaincue dès le départ par la pertinence de la problématique du regard qui produit des "images de la révolte liées à un oedipe féminin en migrance dans une situation d'entre-deux-culturel"; j'ai adhéré à la chaîne conceptuelle, migrance, souffrance, errance, jouissance, qui traverse la thèse et qui éclaire de façon convaincante la confusion du lieu de l'étranger et de la femme, point cardinal de ce travail. Des questions, posées de façon coulissante dans la thèse, méritent d'être explicitées : "Que devient l'aveuglement dans l'Oedipe féminin? Pourquoi le masculin s'est-il crevé les yeux alors que le féminin a, au contraire, exacerbé son regard?" Caroline Eysel montre par de multiples détours que si l'aveuglement d'Oedipe est le départ de l'expiation de la faute, l'exacerbation du regard féminin commence avec la conscience d'un manque transmis par la mère (selon la théorie de l'Oedipe féminin) et joue comme une compensation symbolique et une voie possible pour la restauration du sujet féminin. On peut souligner bien d'autres aspects particulièrement intéressants de la thèse comme, par exemple, l'exploitation judicieuse de la sexualisation du regard par la mythologie et la littérature. Mais l'apport essentiel est d'avoir élargi les écoutilles et dépassé le simple énoncé des possibilités de la fonction oculaire pour accéder à une histoire de l'oeil, qui somme toute dans ses visées n'est pas très éloignée de celle que nous raconte Bataille et qui montre comment il est possible de renverser concrètement l'ordre du discours et de la loi pour rendre opérationnel le produit de la fonction, autrement dit les images. Et si on peut affirmer que c'est presque exclusivement dans la littérature féminine que le regard s'ouvre avec autant d'énergie positive sur le monde, on peut ajouter que c'est exclusivement dans la migrance que la révolte des images se met réellement au service d'une restauration symbolique. Les femmes de façon générale ont mieux intériorisé le mythème lié au départ et qui dit : "Avancez et surtout ne vous retournez pas sous peine de perdre la vue". Et ce que la thèse montre bien, c'est que le retour vers le lieu d'origine n'est conçu par les textes du corpus que comme un travail sur la mémoire pour l'instauration d'une continuité temporelle. 86 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 Au delà de ce que ce travail a rassemblé dans le chapitre 3 de la deuxième partie, les trois moments décisifs de la restauration subjective sont bien délimités à travers ces trois temps : le temps conditionné par une sorte d'interdit primitif que décrit bien Max Milner dans son ouvrage intitulé On est prié de fermer les yeux; et qui confine au voyeurisme et à une rhétorique du voilement, (c'est ce qui se passe chez les romanciers maghrébins hantés par le souvenir d'Erymantos frappé sur le champ de cécité pour avoir surpris la déesse Aphrodite dans son bain). Le temps de la voyance lié à la percée salutaire de l'image issue du troisième œil, celui qui ose voir. Et enfin le temps de la vision/hallucination qui produit l'excès, projette le sujet dans la créativité et renforce sa maîtrise sur la mort; maîtrise nécessaire à la séparation symbolique, si fortement exprimée par la décollation de l'époux dans le roman de Barhati Mukergee, (sachant que l'époux symbolise l'attachement viscéral au lieu d'origine, à la substance terrestre, au territoire, au pacte social, essentiellement viril, qui les ramène à la tribu d'origine). Cette thèse pleine ne souffre d'aucun creux, ni de vague à l'âme. Pas de développement rectiligne mais une arborescence fastueuse. Les analyses enclenchées dans la tension entre "le dire et le voir" ont tiré partie de l'équilibre fébrile que la candidate a su trouver entre l'approche analytique, guettée par les démons de l'interprétation, et la vigilance poétique qui nous ramène constamment au véritable objet de la thèse : la littérature. Equilibre tout aussi fébrile entre la quête des coïncidences et celle des diversités. Les pages où sont habilement faits, et de façon très imagée d'ailleurs, les arrangements théoriques, ainsi que toutes celles où sont opèrés des réajustements exigés par l'ouverture lacanienne sont très belles (ex. p 73 ou 231). La mise en perspective, les considérations préliminaires ne s'encombrent pas de déploiements citationnels ni de béquilles, mais font jouer ponctuellement la référence et suggèrent un cadre théorique bien plus qu'ils ne l'imposent. A été ainsi évité le bloc théorique qui obstrue la vision et confine l'analyse dans la répétition du discours du Maître Absent. Les difficultés que d'autres auraient sautées à pieds joints ont été cernées et maîtrisées. Caroline Eysel a été, jusqu'au bout, exigeante avec elle-même; en témoigne la bibliographie où sont mentionnées précisément les pages exploitées dans les ouvrages cités. Mme Chikhi termine son propos en signalant quelques points de détail à discuter, et encourage vivement Caroline Eysel à poursuivre sous le signe de l'exigence et de la fête. Beïda CHIKHI Lahsen BOUGDAL : Le protocole poétique de l'écriture à l'œuvre dans les textes d'Abdelkebir Khatibi. Université Paris 13, 6 mai 1998. Directeur de recherches : Claude FILTEAU On est d'emblée séduit par cette thèse bien écrite, maîtrisant bien la complexité de l'œuvre de Khatibi. Plusieurs notations sont passionnantes, montrant une approche souvent dynamique de l'œuvre : par exemple, au chap. 2 de la deuxième partie, l'observation de l'ambiguïté de l'androgyne entraînant une transformation de la perception de l'espace, dans Le Livre du sang. Tout ce qui est dit de l'espace dans ce chapitre est d'ailleurs fort enrichissant. Surtout, il faut souligner l'originalité de l'étude du rythme dans la troisième partie. On apprécie également la revendication par M. Bougdal de l'historicité du sujet, en réaction contre un pur formalisme qui a longtemps prévalu, à la suite des travaux de Marc Gontard, dans les approches de la littérature marocaine. En ce sens la conclusion générale est très bonne. On aurait peut-être aimé que ces deux angles d'approche soient davantage mis en rapport l'un avec l'autre, et, pourquoi pas, que Comptes-rendus de thèses 87 l'impact du biographique soit davantage mis en lumière en ce qui concerne la musique et le corps. Malgré ces observations sur l'originalité de cette thèse, on regrettera que cette dernière ne soit pas avantage mise en valeur par le candidat, qui signale lui-même fort justement dans sa présentation orale que plus de 80 thèses ont déjà été consacrées à l'auteur qu'il traite. Dans ces conditions on ne peut pas se contenter de signaler leur existence, sans définir de façon plus précise l'originalité d'une nouvelle approche de cet auteur, qui par ailleurs est lui-même un des meilleurs lecteurs de son œuvre dans ses propres textes, très auto-réflexifs, et par rapport auxquels il est souvent difficile pour le critique de ne pas être répétitif. L'introduction manque aussi d'une justification du choix de travailler sur un auteur déjà aussi balisé. Surtout, ne se situant pas elle-même par rapport à ce qui a déjà été fait sur l'auteur qu'elle traite, cette thèse ne montre pas vraiment ce qu'elle cherche à démontrer, c'est-à-dire en quoi elle est une thèse. Ce qui fait qu'on s'interroge aussi sur le plan : il y a peut-être une progression entre les parties de la thèse, mais une progression vers quoi ? En ce qui concerne le corpus étudié, la démarche de M. Bougdal part de toute évidence d'un enthousiasme pour Le Livre du sang, ce qui st son droit. Mais alors pourquoi ne pas construire le travail davantage autour de ce roman, central dans l'approche, et justifier le rôle second joué par les autres textes de l'auteur traité ? Ce qui est dit de La Mémoire tatouée, par ailleurs roman le plus étudié dans l'œuvre de Khatibi, est bien plat ! Enfin il y a dans cette thèse un défaut qu'on trouve dans beaucoup de thèses marocaines centrées autour de l'œuvre de Khatibi : ce que Christiane Achour appelle fort justement un "langage entre nous". L'ésotérisme de beaucoup d'observations n'est pas toujours justifié, et surtout n'est pas nécessairement compréhensible pour quelqu'un d'extérieur au "sérail". Ceci est d'ailleurs d'autant plus contradictoire qu'on trouve ailleurs (chapitre 1 de la première partie) un chapitre entier consacré au seul Roland Barthes, c'est-à-dire de pure vulgarisation théorique. D'ailleurs la première partie est un survol de l'intertextualité chez Khatibi, sujet déjà énormément traité pour lequel cette partie n'apporte rien de neuf. Il y a aussi un aspect "coq à l'âne", surtout au début de la thèse, qui rend parfois la lecture laborieuse. Dans ce début on ne sait trop souvent plus de quoi il est vraiment question : ce n'est en tout cas que rarement de ce que semblent annoncer souvent à tort les titres et sous-titres. La bibliographie a le mérite de mentionner les thèses, ce qui était certes facilité à M. Bougdal par son accès à la banque de données Limag. Mais les titres de cette bibliographie sont parfois inadaptés à ce qu'ils désignent, défaut qu'on avait déjà remarqué dans le début de la thèse. Enfin, la bibliographie général est beaucoup trop volumineuse, et il y a une erreur assez grande dans les références du texte célèbre de Barthes "Ce que je dois à Khatibi". Ceci étant dit cette thèse n'en est pas moins une thèse de qualité. Charles BONN 88 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 Khalid ZEKRI : Etude des incipits et des clausules dans l'œuvre romanesque de Rachid Mimouni et celle de J.M.G. Le Clezio. Université Paris 13, 6 mai 1998. Directeur de recherches : Charles BONN. On soulignera d'abord l'intérêt comparatiste d'un tel sujet, même s'il convient d'y justifier le corpus retenu. On apprécie que cette dimension comparatiste soit mise au service d'une interrogation de fond : celle de l'originalité littéraire de l'œuvre de Rachid Mimouni. Je suis impressionné par la rigueur presque effrayante de la composition de cette thèse, dans laquelle presque rien n'est laissé au hasard, ce dont la table des matières rend bien compte. Et surtout par la maîtrise très grande, par le candidat, d'une énorme documentation théorique, par ailleurs assez diversifiée pour qu'on n'ait que rarement l'impression, que donnent parfois d'autres thèses, que la thèse se réduit à l'application mécanique d'une méthode à un corpus. Au contraire, la maîtrise de la théorie est ici assez grande pour permettre une problématique, personnelle, bien développée dans le premier chapitre, qui fait de cette thèse un apport théorique indiscutable. Mes réticences, légères, viennent cependant du fait qu'on ne voit pas assez ce que cette avancée théorique évidente apporte à la connaissance et à la mise en valeur du corpus. M. Zekri n'a pas vraiment tenu compte des observations qui lui ont été faites souvent par son directeur, qui lui demandait de justifier davantage la pertinence de son corpus et d'exploiter davantage l'implication comparatiste de son sujet. On a un peu l'impression que le corpus n'est ici qu'un prétexte pour l'apport théorique. Ceci se voit en particulier dans la rigueur même de la composition, déjà soulignée : jamais l'irrégulier que serait nécessairement la singularité des œuvres étudiées n'y est visible : le corpus n'est jamais nommé dans la table des matières, qui dès lors est plus celle d'un manuel théorique que celle d'une étude de textes. Il faut préciser cependant que le corpus est parfaitement intégré au développement. D'ailleurs la rigueur à la limite de l'enfermement dans laquelle nous plonge la progression de l'exposé est fort heureusement coupée parfois par quelques excellentes notes, comme celle de la p. 287 sur le choix ou non de la forme romanesque par les écrivains maghrébins. Et par ailleurs M. Zekri n'en pose pas moins d'excellentes questions sur le champ littéraire maghrébin. Les deux fort bons tableaux de la fin du premier chapitre ne sont guère amenés ni commentés : est-ce le signe d'une culpabilité de s'occuper si peu du corpus ? Je me sens par contre très à l'aise au chapitre 3 décrivant l'inscription du narrataire dans les textes. Ou encore face à tout ce qui est dit de l'éclatement des genres, tel que le projette l'incipit. Ou encore face à tout ce qui est dit au quatrième chapitre sur l'espace. Mais je me demande en quoi ces observations sont spécifiques de l'incipit, et ne pourraient pas s'appliquer tout aussi bien au restant du texte étudié. Dans le même ordre d'idées, toutes les excellentes notations sur la poétique de l'inachevé dans la clausule au chapitre 7 pourraient aussi bien s'appliquer à d'autres auteurs qu'à Mimouni et Le Clezio. La rhétorique close, trop lisse, sur laquelle la thèse est construite, ne permet pas non plus de se faire une idée de la qualité littéraire des textes étudiés. J'aurais beaucoup aimé également un peu d'histoire littéraire pour mettre en situation ce qui est dit d'un mimétisme de Mimouni par rapport à Le Clezio. Pourquoi Mimouni serait-il sensible plus particulièrement à l'écriture de cet écrivain français ? Et que dire du rapport de mimétisme non moins évident dans les premiers romans de cet auteur, face à Kateb Yacine ? Tout ce qui est dit au chapitre 5 des intertextualités chez Mimouni et des intertextualités chez Le Clezio est très intéressant, mais pour chacun des deux auteurs isolément : les intertextualités entre les deux auteurs du corpus auraient dû être développées davantage ici. Comptes-rendus de thèses 89 Quelques imprécisions dans la bibliographie, quelques erreurs sur des titres, par exemple en ce qui concerne Beïda Chikhi ou Abderrahmane Tenkoul, sont à signaler enfin. Mais dans l'ensemble, malgré ces petites déceptions, on se trouve là devant une thèse incontournable. Charles BONN ALI-KHODJA, Jamel : L'enfant, prétexte littéraire dans le roman maghrébin des années 1950 aux années 1980. Université d'Aix-Marseille 1, 12 décembre 1998. Directeur de recherches : Anne ROCHE La lecture de cette thèse me rajeunit doublement, ou même triplement, ce qui n'est jamais désagréable. Son auteur en effet était un de mes meilleurs étudiant à l'Université de Constantine et je retrouve dans cette thèse les qualités d'écriture qui étaient déjà les siennes il y a trente ans, et qu'en-dehors de ses travaux universitaires il a également déployés dans une fort intéressante œuvre littéraire. Le sujet de la thèse ensuite est fort proche de celui de mes cours de l'époque. Enfin et surtout la conception et la méthode de ce travail ont un goût délicieusement suranné : celui de cette époque encore !. Mais c'est là précisément que le bât blesse : on l'impression que le temps s'est arrêté (et le fait même de travailler sur l'enfance n'est certes pas étranger à cette impression de temps arrêté qui se dégage de la plupart des travaux constantinois que je reçois encore). L'approche thématique de toute la thèse ne se pratique plus depuis plus d'un quart de siècle, et le thème de l'enfance avait à l'époque été déjà plusieurs fois traité. Le corpus de la thèse est presque entièrement (à deux exceptions près) antérieur, non seulement à 1980, mais plutôt à 1970. Si quelques textes plus récents sont indiqués parcimonieusement dans la bibliographie finale, la thèse ignore totalement le prodigieux développement de la littérature maghrébine depuis 1980, et le développement important et diversifié de ce thème dans les dernières vingt années, particulièrement dans la littérature issue de l'émigration d'origine maghrébine. Enfin, les références critiques citées ignorent également le non moins prodigieux développement de la critique sur les littératures maghrébines depuis 1980 : la thèse de troisième cycle de Jamel Ali-Khodja sur son oncle Malek Haddad est quasiment la seule référence critique postérieure à 1980, et encore de peu, puisqu'elle date de 1981 ! Je proposerais de modifier doublement le titre. D'abord dans son terme "prétexte littéraire" : je dirais plutôt : "la littérature, prétexte à la description de l'enfance". Et pour le terminus ad quem je crois qu'il vaudrait mieux dire "aux années 70" que "aux années 80", malgré la présence décalée de Rabah Belamri dans le corpus. Pourtant, si on accepte ce prodigieux et triple décalage dans le temps et dans la perspective critique, on ne peut que s'apercevoir avec plaisir que la thèse est remarquablement bien écrite et présentée, que le corpus est bien représentatif de la production de l'époque, à laquelle cette thèse constitue de ce fait une introduction très agréable. La progression de l'exposé, même si elle ne sort jamais du thématique, est harmonieuse. Les œuvres sont lues de l'intérieur, avec une motivation affective évidente qui nous restitue un plaisir de lire que nous avions peut-être parfois tendance à oublier dans la profusion théorique ultérieure que M. Ali-Khodja ignore superbement. Charles BONN 90 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 AZZOUZ, Esma Lamia : Mémoire, voix resurgies, étude de la narration dans des textes représentatifs de la littérature féminine algérienne (1970-1997). Université de Nice-Sophia Antipolis, Directeur de recherches : Arlette CHEMAIN La lecture de cette thèse apporte un double plaisir. D'abord peut-être celui de retrouver son auteur après son long périple norvégien. L'enthousiasme et la conviction qui la caractérisent n'ont pas faibli. Et le résultat est une thèse plutôt tonique ! Ensuite plus simplement celui de la thèse elle-même, dont l'agrément de lecture, dans son style et dans le choix des œuvres présentées, est évident. On sent qu'Esma a vécu avec les textes qu'elle traite, et dans un travail de cet acabit, elle fait bien d'écrire assez souvent à la première personne. Une autre qualité de la thèse est que pour la plupart des textes étudiés, elle sait assez vite poser un angle de lecture fort bien senti, et propre à chacun de ces textes. D'ailleurs si on peut de toute évidence reprocher à son corpus son déséquilibre, qu'elle signale fort adroitement en introduction en s'excusant par exemple de ne pas traiter de Malika Mokeddem ou de Leïla Sebbar, et que souligne la part importante donnée à Assia Djebar dont la tranche chronologique n'est pas exactement la même, je ne suis pas opposé en ce qui me concerne au choix subjectif des œuvres étudiées : de toute évidence ce sont celles qui ont le plus parlé à la chercheuse. Le problème majeur est que souvent elle n'approfondit pas assez son intuition. Car si elle est en partie une tranche de vie, la thèse manque souvent de la base théorique qui aurait donné au développement de ses intuitions la solidité qu'elles méritaient. Par ailleurs elle ne cite presque aucune des très nombreuses thèses déjà consacrées à la question de l'écriture féminine au Maghreb, et particulièrement à Assia Djebar, et ces thèses sont totalement absentes de sa bibliographie. De ce fait les études de romans sont très souvent paraphrastiques, et c'est dommage car on sent des intuitions critiques non menées à bout. Un autre aspect de cette trop faible maîtrise théorique est la méthode elle-même, qui montre l'absence d'une problématique générale : le temps n'est plus des thèses par monographies mises bout à bout, même s'il y a des associations de textes parlantes, comme surtout celle de la deuxième partie sur la "bisexualité de l'écriture". L'aspect emberlificoté du titre est une des marques de cette absence de maîtrise de l'ensemble d'une problématique. Il y a par ailleurs, malgré la jolie présentation matérielle de la thèse, un trop grand nombre de fautes de langue. Phrases mal construites et surtout erreurs d'accords de participes sont légion. Les références bibliographiques aussi sont souvent très incomplètes, avec des points d'interrogation à la date d'édition de textes pourtant publiés chez des éditeurs connus. Et un grand nombre de noms d'auteurs comportent de grosses fautes d'orthographe, quand il n'y a pas purement et simplement interversion du prénom et du patronyme. Au total, cette thèse très tonique donne une impression d'inachevé. C'est dommage, car elle fait également connaître avec plaisir des textes encore peu traités. Mais avec un peu plus de travail et de rigueur elle aurait certainement pu être bien meilleure. Charles BONN Comptes-rendus de thèses 91 SAIDI d'OUTRELIGNE, Narjess : Amour et merveilleux. De l'Orient des 1001 Nuits à la magie surréaliste. Université de Cergy-Pontoise. Directeurs de recherches : Christiane CHAULET-ACHOUR et Lakhdar SOUAMI. On est d'emblée séduit en recevant cette thèse, par son sujet d'abord, puis par son excellente présentation, tant matérielle que linguistique. Puis lorsqu'on la feuillette on l'est par son agréable iconographie, et par le choix judicieux de documents qui nous sont proposés en annexe. Ensuite on apprécie la rigueur du plan, la clarté de l'exposé, et le fait que le non-spécialiste que je suis ne cesse d'y apprendre de nouvelles choses sur sa propre culture : autant dire que la thèse se caractérise aussi par une vaste connaissance de la littérature française comme de la peinture du XX° siècle, ainsi, bien entendu, que du texte de base, Les 1001 Nuits : on reconnaît là avec plaisir aussi la bonne élève de J.E. Bencheikh. On n'en est que plus surpris, lorsqu'on a pris connaissance de la formation de la candidate, de voir qu'elle ne s'est pas enfermée dans le défaut majeur de bien des chercheurs maghrébins cherchant des traces de leur culture dans la littérature occidentale : le fait de ne considérer que certains aspects de cette dernière sous le seul angle du reflet quelque peu narcissique de l'origine du chercheur. Le centre de gravité de cette thèse est au contraire la culture occidentale sous plusieurs formes : tant la littérature que la peinture, et elle en apporte une relecture à partir de thèmes orientalistes qui enrichit notre perception de notre patrimoine. Cette qualité entraîne cependant des questions : on a un peu l'impression que l'origine maghrébine de la candidate est trop gommée : pourquoi en effet ignorer, dans ce panorama très vaste des influences et des reprises des 1001 Nuits, le rôle capital d'intercesseurs d'écrivains maghrébins comme Abdelkebir Khatibi et bien d'autres ? Par ailleurs si le panorama de la littérature occidentale qui nous est proposé est vaste, ceci oblige la candidate à s'en tenir pour la plupart des courants littéraires étudiés à leurs thèmes les plus connus, qu'elle modalise ensuite en fonction de son sujet. Pour le surréalisme en particulier, le thème de la femme et celui du rêve, effectivement essentiels, ont déjà été énormément traités, et la thèse ne souligne peut-être pas assez ce qu'elle apporte précisément de neuf par rapport aux travaux préexistants. La bibliographie est fort judicieuse, mais ignore les thèses déjà consacrées, sinon à ce sujet (il y en a certainement), du moins à des sujets voisins. L'examen des travaux antérieurs manque dans l'introduction générale, ainsi qu'une véritable problématique, même si cette dernière n'est pas absente au détour des pages. Ce qui fait que l'envers de l'agrément qu'on a à lire cette thèse est sa dimension assez descriptive. Charles BONN SCHMIDT, Anne : Le miroir de l'autre : Une nouvelle génération de femmes dramaturges issues de la migration à Paris au XX° siècle. Université de Paris 3, Directeur de recherches : Martine DE ROUGEMONT. Voici une thèse comme on aimerait en voir plus souvent, tant pour l'originalité de son sujet, que pour la qualité de son apport sur le double plan de la connaissance et de la théorie, que pour la qualité enfin de son écriture. Le sujet de cette thèse n'a jamais été traité à ma connaissance, ni de près ni de loin : il faut dire que fort peu de chercheurs peuvent se prévaloir d'une culture aussi riche et 92 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 diversifiée que celle sur laquelle cette thèse repose. Plus encore : même pris isolément, les différents textes entre lesquels cette thèse jongle avec maîtrise avaient pour la plupart fait l'objet de peu d'études. Et si Mlle Schmidt n'ignore pas les travaux faits sur les quelques dramaturges les plus connues de son corpus, elle préfère nous faire découvrir des noms nouveaux, ce qui lui permet de situer les auteurs les plus connues dans un contexte plus vaste et une théorisation d'ensemble qui sont véritablement les siennes, et qui nous permettent ensuite de relire autrement les quelques textes que nous connaissions. La thèse se propose le difficile exercice de faire se répondre, et ce, dans des époques et des langues différentes, trois "marginalités" jusqu'à présent toujours abordées séparément, quand elles l'étaient : l'écriture féminine, le théâtre et la migration. Cet exercice suppose une parfaite maîtrise des trois "aires", suffisante pour établir ces résonances et cette théorisation d'ensemble qui font l'intérêt majeur de ce travail somptueusement maîtrisé. Cette originalité du projet n'exclut pas, en effet, une grande rigueur et une grande solidité de la démarche. La première partie, historique international dans lequel le seul nom qui nous était connu était celui de George Sand, donne au propos une assise sûre. La deuxième partie analyse fort judicieusement, dans ses deuxième et troisième chapitres, très documentés et instructifs, la réception du théâtre de femmes au XX° siècle. Et en effet cet angle d'approche était fondamental pour justifier le projet d'ensemble et l'originalité mêmes de la thèse, et indispensable dans un travail à finalité théorique comme celui-ci. On peut peut-être se demander si le premier chapitre de cette partie n'aurait pas été plus à sa place à la fin de la partie précédente, mais il forme somme toute une bonne transition. La troisième partie décrit le corpus à proprement parler, composé de 52 femmes dramaturges immigrées, ce qui est véritablement énorme. Là encore on apprécie la progression très pédagogique de l'exposé, qui se termine sur la mise en lumière de la dramaturge la plus favorisée par cette étude : Fatima Gallaire. Certains se demanderont peut-être si cette dramaturge est bien la meilleure, qualitativement, dans le vaste corpus que présente cette thèse. Mais je suis reconnaissant à Mlle Schmidt de mettre ainsi en valeur un domaine auquel je tiens. Et par ailleurs Fatima Gallaire se prête admirablement au développement théorique de la quatrième et dernière partie, lequel est peut-être le plus discutable sur le fond (dans quelle mesure par exemple le concept central de "lingua della migrazione" est-il spécifiquement féminin ?), mais aussi le plus stimulant. C'est en tout cas celui qui donne le plus à ce travail son titre de "thèse", au sens de démonstration d'une idée personnelle et novatrice. J'ai déjà souligné en commençant l'excellente qualité de l'exposé de cette thèse, comme sa dimension comparatiste. Cette dernière en particulier repose sur la parfaite maîtrise de plusieurs langues, qui n'est pas un des moindres attraits de ce travail, dont une qualité supplémentaire est d'être issu en partie d'une pratique "de terrain" de son auteur. Cet aspect lui donne une solidité plus grande encore et en tout cas une dimension très vivante, qui pourtant n'enlève rien à la rigueur universitaire de la démarche. Charles BONN Appels d'articles Dictionnaire des œuvres littéraires de langue française des pays du Maghreb D’après l’éditeur, le Dictionnaire des oeuvres littéraires de langue française en Afrique au sud du Sahara, (San Francisco - London - Bethesda, International Scholars Publications, 1996, vol 1, 672p et vol 2, 630p) connaît une fortune plutôt brillante. Raison pour laquelle, il me propose de réaliser un volume analogue sur le Maghreb. Une recherche préliminaire indique en effet que rien de tel n’existe sur le marché. Et la bibliographie établie par Charles Bonn et son équipe permet d’envisager pareil projet avec sérénité. Il reste à identifier les chercheurs désireux de produire des notices à cet effet. Par la présente, j’invite quiconque croit pouvoir rédiger un ou plusieurs articles d’après le modèle (1000 mots en moyenne) mis au point pour le Dictionnaire des œuvres littéraires de langue française en Afrique au sud du Sahara à remplir et à me retourner la fiche ci-jointe par fax, par email ou par voie postale. Au plaisir de vous lire, bientôt. Ambroise Kom, Department of Modern Languages and Literatures, College of the Holy Cross, Box 89A, One College Street, Worcester, Mass. 01610-2395, USA., Tel/voice: (508) 793 2758; Fax (508) 793 3708; Email= <[email protected] > Dictionnaire des auteurs tunisiens Dans le cadre de la convention entre l'Université de La Manouba (Tunis 1) et l'Université Paris 13, il est envisagé de publier un dictionnaire des écrivains tunisiens de langue arabe et de langue française, ainsi que des français ayant écrit sur la Tunisie (1846 à nos jours). La liste des auteurs déjà traités sera publiée au fur et à mesure sur ce site, tout comme celle des propositions d'articles. Les textes ne devraient pas dépasser 1 page 1/2, auxquelles s'ajoutera la bibliographie. Envoyer les propositions, soit sur le site Internet http ://limag.lvnet-fr.com, soit par e-mail à l'adresse : [email protected], soit à Habib Salha, Faculté des Lettres, La Manouba (Tunis). 94 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 Revue Francofonia (Cadix) La revue FRANCOFONIA a l'intention de consacrer son prochain numéro à l'étude de "LA VILLE DANS LES LITTERATURES FRANCOPHONES". La réception des articles et des comptes rendus aura lieu jusqu'au 31 mars 1999. Pour tout renseignement complémentaire, veuillez prendre contact avec Martine Renouprez. Fax à Cadiz (Espagne) : (9)56.220.444 ou par courriel : [email protected] [email protected] Un nouveau magazine littéraire marocain Un magazine littéraire consacré à la création au Maghreb est en cours de création. Il paraîtra à partir de l'an 2000. Ce sera un trimestriel d'une centaine de pages environ. On attend des textes, surtout algériens et tunisiens, mais aussi marocains. S'adresser à Saïd Laqabi, Association "Pour une université à Safi", B.P. 402 (VN), 46000 SAFI (Maroc). Formulaires Ces formulaires vous permettront, si vous les photocopiez et nous les envoyez remplis, de participer à la constitution de la banque de données Limag. Nous vous en remercions à l’avance. Fiche de collecte Livres NOM, Prénom de l'auteur ou des auteurs 1 :............................................................... ............................................................................................................................................. Pays d'origine de l'auteur, et éventuelle minorité 2 :.................................................. Titre de l'ouvrage :........................................................................................................ ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................. Nature du texte 3 :........................................................................................................... Lieu(x) d'édition :........................................................................................................... Editeur(s) 4 :.................................................................................................................... Collection :...................................................................................................................... Année :....................................................... Pages :..................................................... ISBN 5 :....................................................... Langue :................................................. Autres éditions/rééditions 6 :......................................................................................... ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................. Notations 7 :..................................................................................................................... ............................................................................................................................................. Eléments d'index :........................................................................................................ ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................. Source de l'information 8 :............................................................................................. ............................................................................................................................................. Bibliothèque où le livre est disponible :....................................................................…….. 1) Laisser en blanc, dans le cas d'un ouvrage collectif, s'il y a plus de trois auteurs. 2) Emigration, Pied-Noir, Juif, etc. 3) Poème(s), Roman, Récit, Nouvelles, Essai, etc. 4) Dans le cas d'un ouvrage collectif, ajouter au nom de l'éditeur celui du coordonnateur de l'ensemble. 5) Ou à défaut, n° d'éditeur. 6) Mentionner autant que possible éditeurs et dates d'édition successifs. 7) Préface, illustrations, bibliographie incluse, etc. 8) Avec date s'il s'agit d'une indication dans un périodique. S'il y a plusieurs sources, les mentionner toutes. 96 Etudes littéraires maghrébines, n° 16-17 Fiche de collecte Articles 1°) Informations répétitives à ne marquer qu'une fois. Titre publication :.......................................................................................................... ............................................................................................................................................. Lieu d'édition :............................................... Editeur :.............................................. Périodicité : ISSN................................... ISBN :.......................................................... Adresse de la revue ou de l'éditeur :............................................................................ ............................................................................................................................................. Titre éventuel du n° Spécial :........................................................................................ ............................................................................................................................................. Localisation Bibliothèque :........................................................................................... Observations :................................................................................................................. 2°) Informations sur l'article ou le texte court. Auteur 1 :.............................. Auteur 2 etc 9 :............................................................ Titre article 10 :................................................................................................................ ............................................................................................................................................. Numéro :......... Date :....................... Année 11 :...................................................... Pages :.............................................................................................................................. Index 12 :........................................................................................................................... ............................................................................................................................................. Commentaires 13 :........................................................................................................... ............................................................................................................................................. Langue sauf français :.................................................................................................... 9) Auteur principal ou auteur interviewé en 1. Autres auteurs, traducteurs, interviewers en 2. Le nom d'un auteur doit toujours commencer par le patronyme en capitales, suivi d'une virgule, puis du prénom, puis d'un point. Ex.: BEN JELLOUN, Tahar. Dans le cas où l'auteur signe par initiales et qu'on sait de quel auteur il s'agit, marquer le nom et le prénom complets. Si on ne sait pas ou si l'on n'est pas sûr, laisser les initiales. 10) Dans le cas d'un texte en langue autre que le français, marquer le titre dans la langue, suivi si possible de sa traduction entre parenthèses. On peut se contenter aussi de la traduction, à condition de la mettre entre parenthèses. 11) Dans le cas où il y a plusieurs textes à retenir dans un même numéro, ces 3 informations peuvent n'être portées qu'une fois, mais les fiches doivent rester groupées ensuite. 12) Rubrique à remplir absolument. Inutile d'y mettre des mots figurant déjà dans le titre de l'article. Ne mettre que des mots isolés. Eviter les mots vagues comme Littérature ou Maghreb. Porter en priorité les noms des auteurs traités dans l'article et les principaux thèmes sur lesquels porte cet article. Le nombre de mots-clés devrait être proportionnel à l'importance de l'article. Pour un compte-rendu, ne mettre que le nom de l'auteur du livre lu, ou celui du réalisateur, du peintre, du musicien traités. 13) Indiquer toutes les observations pouvant être utiles. Ne pas oublier le genre de l'article ou du texte court: Etude, Compterendu, Interview, Poème, Nouvelle, Bonnes feuilles, Traduction, etc. Indiquer aussi la taille de l'article, en pages, ou en colonnes, ou en lignes (1 seul critère). Indiquer ici le titre du livre , du film, etc recensés par un compte-rendu. Formulaires 97 Repertoire des Chercheurs NB : Remplir une fiche par travail effectué ou par travail en cours. NOM (Nom de jeune fille pour les femmes mariées) :..................................................................... Nom marital :.................................................................................................................. Prénom :.......................................................................................................................... Adresse :......................................................................................................................... ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................. Fonction et lieu d'exercice :.......................................................................................... ............................................................................................................................................. Nature de la recherche (Type de thèse ou de mémoire) :........................................................... Sujet :............................................................................................................................... ............................................................................................................................................. Directeur de recherches :.............................................................................................. Université d'inscription :.............................................................................................. Dates : d'inscription :..................... de soutenance :................................................ Mention :........................................................................................................................ Résumé (Vous pouvez développer sur une feuille jointe ou sur le verso : maximum 1 page) :...................... ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................ Mots-clés objet (maximum 10) :.......................................................................................... ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................. Mots-clés thèmes et/ou concepts (maximum 6) :............................................................... ............................................................................................................................................. ............................................................................................................................................. Bibliothèque où se trouve l'ouvrage :........................................................................... Le travail est-il publié, et où ?..................................................................................... Bulletin d'adhésion et d'abonnement NOM :...............................................................................................................……… Prénom :...............................................................................................................……. ou. INSTITUTION :......................................................................................................….. Adresse :...............................................................................................................……. .................................................................................................................…………… … .................................................................................................................…………… … * déclare adhérer à la Coordination internationale des Chercheurs sur les littératures maghrébines et recevoir les numéros....... et........ du Bulletin de liaison. * joint un chèque de................ FF/$. Date :............ 19....... Signature :................................ Montant de la cotisation (comprenant l'adhésion et l'abonnement à deux numéros) : 100 FF ou 20 $ (individuels), 150 FF ou 30 $ (institutions) à l'ordre de la Coordination des chercheurs sur les littératures maghrébines. – Envoyer le bulletin et le chèque à Charles Bonn, trésorier de la CICLIM : UFR Lettres, Université Paris-Nord, Avenue J.B. Clément, 93430 Villetaneuse, France, fax (33) (1) 49.40.37.06. Il est possible de coupler cette adhésion-abonnement avec l'expédition du programme documentaire LiMag. Voir les tarifs ci-dessus, chapitre « Le Programme documentaire Limag ». Table CICLIM............................................................................................................................. 2 Editorial............................................................................................................................. 6 Vie de la CICLIM............................................................................................................. 8 Activités des équipes et des centres...............................................................................12 Le programme documentaire Limag............................................................................18 Colloques, rencontres, manifestations ..........................................................................21 Documents de Travail....................................................................................................28 Comptes rendus livres....................................................................................................43 Comptes rendus de colloques ........................................................................................57 Livres et ouvrages collectifs publiés en 1997 non signalés dans le Bulletin n° 15 ....60 Livres et ouvrages collectifs publiés en 1998 : Premier état.......................................65 Thèses soutenues en 1998...............................................................................................82 Comptes-rendus de thèses .............................................................................................85 Appels d'articles .............................................................................................................94 Formulaires.....................................................................................................................96 Bulletin d'adhésion et d'abonnement ...........................................................................99 Table..............................................................................................................................101