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REPÈRES ET TENDANCES
LE MONDE
Le nouveau Japon
YOSHIO SAKUMA
Directeur de l’Institut d’Etudes Economiques internationales de Toyota
A
Au Japon, le pire de la crise financière est passé.
Le pays a de bonnes chances d’en sortir vainqueur
d’ici deux à trois ans, d’autant plus que l’Etat a
décidé de mettre les moyens pour redresser la
barre, quitte à laisser filer encore un peu plus les
finances publiques. De grandes restructurations
sont en cours, aussi bien dans le secteur financier que dans l’industrie, et l’économie s’ouvre
au souffle vivifiant du marché. Les fondements
du système traditionnel étant remis en question,
entreprises et salariés doivent s’adapter aux nouvelles exigences de compétitivité, de flexibilité et
d’initiative individuelle. La transition n’est pas
facile…
L
e Japon vit depuis un an une expérience extraordinaire. L’état
de crise y est comparé au naufrage
du Titanic ou encore à une défaite :
la « défaite de l’économie japonaise », pour reprendre les paroles
de M. Kôsai, président de l’Institut
des Etudes Economiques de Nikkei. Mais les chances de sortir de la
crise d’ici deux ou trois ans sont
grandes parce que les banques et
les entreprises sont déterminées à
porter remède à une situation désastreuse du point du vue financier.
Elles n’hésitent plus, notamment, à
mettre en œuvre des restructura-
tions avec le soutien budgétaire et
financier du gouvernement.
RENOUVELLEMENT
DU SYSTÈME BANCAIRE
O
n assiste à une révolution
dans les institutions bancaires. Jusqu’à l’année dernière,
celles-ci étaient encore à l’abri de
la compétition sous l’égide du ministère des Finances. En mars 1999,
le gouvernement Obuchi a alloué
des fonds (746 milliards de yens)
aux quinze grandes banques. Il a la
ferme intention de ne laisser au-
cune d’elles aller à la faillite et d’imposer des restructurations, sous la
surveillance du Comité de revitalisation créé en octobre dernier.
Le pire de la crise financière est
passé. Mais seules ces grandes
banques continueront d’amortir
les mauvaises dettes de l’ordre de
10 milliards de yens et de réduire
les effectifs de 20 000 sur quatre
ans. Elles auront des résultats déficitaires en 1999 et 2000. Et ce n’est
pas avant l’année 2001 que les effets des mauvaises dettes sur l’économie auront disparu.
Il y a d’autres raisons pour lesquelles les banques doivent améliorer leurs comptes et diversifier
leurs activités. D’abord, la compétition sera plus dure à cause de la
réforme radicale des lois de finances en 1998 qui va permettre
aux organismes financiers de
prendre librement des participations dans les établissements bancaires, compagnies d’assurances et
maisons de titres. Les banques
japonaises sont en retard par rapport aux banques de pointe
comme la City Bank dans les nouveaux domaines : services financiers aux riches particuliers,
banques d’investissement et finance internationale, où une forte
croissance est promise. Ensuite, le
dépôt ne sera couvert par l’insti-
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Juin
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REPÈRES ET TENDANCES
Tableau 1 - GRANDS GROUPES INDUSTRIELS
ET FINANCIERS AU JAPON
Groupe
Banques et entreprises principales dans le groupe
Mitsui
Sakura Bank, Mitsui Trust Bank, Toray, Toshiba,
Toyota
Tokyo-Mitsu. Bank, Mitsu. Trust Bank, Asahi, Mitsu.
Motors
Sumito. Bank, Sumito. Trust Bank, NEC, Sumito.
Metal
Fiji Bank, Yasuda Trust Bank, Oki électrique,
Canon
Sanwa Bank, Toyo Trust Bank, Suntry, Sharp,
Kyosera
Daiichi-Kangyo Bank, Hitachi, Fijitsu, Shiseido
Mitsubishi
Sumitomo
Fuyo
Sanwa
Daiichi-Kangyo
Source : Comité des présidents de groupe.
tution d’assurance de dépôt que de
10 millions de yens à partir de l’année 2001, au lieu de 100 %. Ces développements exigeront de la part
des banques des efforts accrus en
matière de gestion et d’investissements. Elles devront, en particulier,
améliorer leur structure financière de manière à regagner leur
réputation de stabilité et de sécurité pour retenir leurs clients. La
généralisation de l’informatique
entraîne, en plus, une mutation
importante des relations avec la
clientèle comme des méthodes de
gestion.
Sociétal
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Juin
1999
60
Jusqu’à maintenant, le système bancaire au Japon a été conçu par le
ministère des Finances pour protéger les banques de la faillite, au
détriment des clients qui recevaient un intérêt très bas sur leurs
dépôts, ceux-ci représentant plus
de 50 % des 1200 milliards de yens
du patrimoine financier des particuliers. La tutelle du ministère des
Finances a été remplacée par les
lois du marché qui, exigeant de la
part des banques une rentabilité
plus élevée, affaiblissent la solidarité au sein des grands groupes financiers et industriels (Mitsui, Mitsubishi, Sumitomo, Daiichi-Kangyo,
Sanwa, Fuyo). Aujourd’hui, le système bancaire japonais est sous le
contrôle de l’Agence de Supervision financière fondée en 1998 et
indépendante du ministère des
Finances. Et le crédit indirect devient moins important que dans le
passé. C’est une vraie révolution
de l’économie japonaise dans
laquelle les entreprises n’ont plus
de banques prêtes à couvrir les
risques des affaires et doivent donner la priorité à la rentabilité plutôt qu’à la part de marché.
Dans l’actuelle situation d’urgence,
le système bancaire du Japon est en
mutation profonde sous l’effet des
restructurations qui peuvent impliquer des accords de coopération,
des fusions et acquisitions à l’intérieur et hors du groupe financier.
Certaines coopérations sont surprenantes du point du vue traditionnel, comme la coopération de
deux banques de gestion de patrimoine, Mitsubishi Trust et Sumitomo Trust qui participent aux
grands groupes financiers et industriels de caractère opposé (Mitsubishi marqué par l’image de la bureaucratie et Sumitomo par celle
du commerce). La coopération des
banques japonaises et des banques
étrangères se développe aussi.
Citons, comme exemple, la coopération entre Daiichi-Kangyo Bank
et JP Morgan. L’affaiblissement
LE MONDE
financier des grandes banques et le
recul sans retour de l’influence du
ministère des Finances expliquent
ce phénomène extraordinaire dans
l’histoire de l’économie japonaise.
Mais la perspective de l’amélioration des résultats des grandes
banques sur quatre ans reste médiocre du point du vue de la norme
internationale des banques américaines et européennes.
L’INDUSTRIE ACCÉLÈRE
LES RESTRUCTURATIONS
D
ans l’industrie, les entreprises
sont aussi en difficulté à cause
de la crise économique au Japon et
en Asie, où les surcapacités ont
atteint un niveau record.
La situation des bénéfices des entreprises exportatrices se détériore. Cela est dû à la baisse de la
production au Japon et à la surévaluation du yen, comparé aux monnaies des pays d’Asie. La Corée du
Sud est compétitive principalement
en produits généraux dans les
secteurs comme la construction
navale, la sidérurgie et les semiconducteurs. Dans la crise économique que le Japon traverse, la qualité de la gestion et de la stratégie
compte pour beaucoup.
Les entreprises performantes
comme Honda et Canon sont
celles qui sont compétitives globalement, surtout aux Etats-Unis, où
l’économie est en bonne santé, et
qui réagissent positivement aux
exigences du marché. Les entreprises en difficulté comme Nissan
et Hitachi sont celles qui sont trop
généralistes et qui ont dispersé
leurs ressources financières et humaines passivement.
Les banques ne peuvent plus aider
les entreprises qui souffrent de déficits à éviter la restructuration : la
suppression des surcapacités de
production, la réduction des salaires, voire des sureffectifs. Une
autre incitation à assainir le
LE NOUVEAU JAPON
compte financier des entreprises
turations en raison de la dégraest le bilan consolidé qui sera
dation du résultat d’exploitation.
considéré comme plus important
Ainsi Sony qui veut réduire les efà partir de l’exercice 1999, lequel a
fectifs du groupe de 10 % en quatre
commencé le premier avril. Cerans à cause des pertes nettes du
taines entreprises n’hésitent plus à
compte de pertes et profits au quanouer des alliances avec leurs ritrième trimestre 1998.
vales (Toshiba et Fujitsu pour la
l Beaucoup d’entreprises ne limiproduction des semi-conductent plus la réduction des effectifs
teurs), voire avec des entreprises
à la maison-mère,
étrangères (Nissan
mais le groupe tout
et Renault). Le choix Le choix du chef
entier est la cible des
du chef d’entreprise d’entreprise plus
restructurations.
plus individualiste,
qui peut créer et individualiste, qui peut
l Il y a de plus en
exécuter des straté- créer et exécuter des
plus de différences
gies originales, est stratégies originales,
de salaires selon les
considéré comme de
résultats d’exploitaplus en plus crucial. est considéré comme
tion entre les entreM. Jack Welch, prési- de plus en plus crucial
prises d’un même
dent de GE, est le
secteur industriel. Mitsui Zosen,
type même de la personne qui indans la construction navale, rétéresse aujourd’hui beaucoup
duira le salaire des employés de
d’entreprises, dont Hitachi qui
10 % en 1999, tandis que d’autres
projette de faire de sa filiale « Hientreprises du même secteur augtachi Credit » une société à l’image
menteront les leurs.
de « GE Capital ».
Les bénéfices des entreprises industrielles ont baissé de 70 % dans
l’exercice qui s’est achevé le
31 mars 1999 mais ils s’amélioreront l’an prochain grâce aux restructurations.
Il y a cinq nouveautés dans les plans
de restructurations.
l Même sans avoir un résultat déficitaire, certaines entreprises ont
décidé de procéder à des restruc-
l Certaines entreprises essaient
de réduire les frais de personnel en
groupant le salaire et les charges
sociales. Matsushita a proposé à
ses employés de commencer à leur
verser la retraite d’entreprise dans
leur salaire mensuel au lieu d’attendre l’âge de la retraite (60 ans).
A la surprise des dirigeants de Matsushita, plus de 40 % des employés
embauchés en 1998 ont choisi ce
nouveau système. Ils ne croient
plus à l’emploi à vie.
RESTRUCTURATIONS DES ENTREPRISES JAPONAISES
Pertes nettes en 1998
Réduction d’effectifs
Sony
– 10 milliards de yens
(4e tr.)
NEC
– 150 milliards de yens 10 % des effectifs
du groupe sur 3 ans
Hitachi
– 375 milliards de yens 4 000 effectifs en 1999
Nissan-Diesel
– 14 milliards de yens
Source : Nikkei Business.
10 % des effectifs du
groupe sur 4 ans
3 000 effectifs sur 2 ans
l Les entreprises tentent d’améliorer la rentabilité du capital en vendant leurs filiales aux entreprises qui
sont souvent dans le groupe opposé. Par exemple Toshiba a vendu
sa division machines électriques
pour le système bancaire à Oki
Electrique, son compétiteur.
Les principaux secteurs industriels
du Japon, l’automobile et l’industrie des ordinateurs, doivent faire
face à des problèmes structurels
qui demandent des mesures drastiques : création de holding dans
le cas de Hitachi, alliance avec
Renault chez Nissan.
l Dans le cas de l’industrie des ordinateurs, si les entreprises japonaises tenaient le haut du pavé pour
les grands ordinateurs dans les années quatre-vingt, dans les années
quatre-vingt-dix, Samsung, compagnie coréenne, a dépassé Hitachi et
Fujitsu dans la fabrication des semiconducteurs. Quant à l’ordinateur
personnel, il est devenu le centre
du marché des ordinateurs. A la
différence du grand ordinateur,
ce nouvel ordinateur donne plus
d’avantages aux spécialistes
comme Microsoft et Intel qu’aux
généralistes comme NEC et Hitachi. Les entreprises japonaises sont
donc forcées de réviser leur stratégie et d’adopter une organisation
plus indépendante et spécialisée.
l Pour ce qui est de l’industrie automobile, la surcapacité de production du Japon est de 3 millions
de véhicules en raison de la baisse
continue de la demande intérieure.
Mais si l’on ajoute la production à
l’étranger, le niveau de la production totale des entreprises japonaises en 1998 (17 millions de véhicules) est le même qu’en 1990,
année record. Depuis cette annéelà, la production au Japon a baissé
de 3 millions et l’augmentation de
la production à l’étranger a compensé ce recul.
Sous la pression de la compétition
internationale,Toyota va réduire sa
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REPÈRES ET TENDANCES
LE MONDE
LES GRANDS GROUPES AUTOMOBILES EN 1998
GM
Ford
Toyota
NissanRenault
VW
DaimlerChrysler
9,8
8,2
5,3
4,7
4,7
4,5
Chiffres
173
d’affaires
(milliards $)
174
95
91
75
154
Véhicules
vendus
(millions)
Source : Nikkei Business.
capacité de production de 10 % et
Nissan de 15 % au Japon. Les entreprises japonaises ont épuisé la
possibilité de réduction de coût
sur le processus de la production,
et doivent supporter d’énormes
dépenses liées aux recherches sur
l’environnement, la sécurité et l’informatisation dans l’avenir. Pour
répondre aux défis, Toyota privilégie la solidarité entre entreprises
du même groupe (Daihatsu, Hino),
et Nissan a choisi l’alliance avec
Renault. Mitsubishi et Honda sont
encore indépendants mais ils devront aussi chercher des partenaires dans le futur.
Dans le cas de Nissan, elle s’est
développée en s’appuyant sur
Nihon-Kogyo Bank et Fuji Bank, ses
banques principales, et n’avait pas
de grand souci sur le financement
des investissements avant la crise
bancaire au Japon. Sa déficience en
gestion financière et sa faiblesse traditionnelle en marketing sont les
causes principales de ses problèmes
(perte de parts de marché, insuffisance de rentabilité financière). Ces
défauts devront être corrigés pour
la réussite de l’alliance.
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LA POLITIQUE
ÉCONOMIQUE
DU GOUVERNEMENT
OBUCHI
D
epuis le début de 1998, les
gouvernements Hashimoto
puis Obuchi, à partir de juillet, ont
enfin compris que la crise écono-
mique était aussi grave que la
Grande Dépression des années
trente. Ils ont décidé de reporter
l’assainissement des finances de
l’Etat et de se concentrer sur le
soutien à l’économie qui souffre de
l’insuffisance de la consommation
et de l’investissement. Un plan de
relance publique de grande ampleur, qui comporte travaux publics et allègements fiscaux, a été
décidé en octobre 1998.
un ajustement de leur surcapacité de
production – 95 milliards de yens
selon Nikkei – avant la fin de l’année 2000. Certes, les taux d’intérêt
sont très bas, mais il reste que les
entreprises ne seront vraiment incitées à investir que par la perspective
confirmée d’une reprise de la croissance économique au Japon et en
Asie ou par celle d’un boom informatique. Aujourd’hui, le gouvernement espère voir progresser la création de PME grâce à la baisse des taux
d’impôt sur le revenu et les sociétés.
La politique financière du Japon a
changé profondément depuis 1998.
Désormais, libérée du Ministère des
Finances, la Banque Centrale du
Japon est en principe plus libre de
fixer le taux d’intérêt et la liquidité
financière. Elle est déterminée à
soutenir les activités économiques
en offrant la liquidité suffisante et en
fixant un taux de change raisonnable. Mais le niveau du yen est difficile à décider. De fait, un yen surévalué conduirait à une aggravation
Le gouvernement se concentre sur
de la crise économique car il y
la relance ou le soutien de l’écoaurait, à cause de l’effet dépressif dû
nomie d’ici à l’année 2002 et se
à la baisse des prix des produits
propose d’infléchir la direction de
importés, une montée du taux d’insa politique à partir de l’année
térêt réel dommageable pour les
2003 pour arriver à une réforme
débiteurs chargés de mauvaises
des finances pudettes. D’autre part,
bliques et à l’équi- Le revers de
un yen sous-évalué
libre du budget.
handicaperait aussi la
ce dynamisme retrouvé
reprise économique
est l’aggravation du
M. Sakaiya, ministre
car il y aurait une
de l’Agence du Plan taux de chômage
montée du taux d’inéconomique, prévoit
térêt après la fuite
la fin de la crise économique vers
des capitaux, attirés par la plusl’année 2001 et le retour à un taux
value, vers les marchés étrangers
de croissance normal de l’éconocomme celui des Etats-Unis.
mie (2 %) en 2002.
Le taux du yen raisonnable pour un
Il compte sur la relance de la
dollar serait entre 110 et 120 seconsommation des ménages pour
lon le gouvernement Obuchi qui
stimuler l’investissement des entrene compte pas sur les exportaprises. Quant aux consommateurs,
tions pour sortir de la crise.
ils s’inquiètent du chômage et de la
réforme de la Sécurité Sociale, acLe système économique et social
tuellement en discussion, parce
du Japon en faveur de la stabilité
qu’elle diminuerait leurs revenus ; ils
sociale, emploi à vie et « keiretsont donc très prudents sur leurs
sus » bancaires et industriels, a
décisions d’achat. Côté entreprises,
ralenti les restructurations des
celles-ci ne pourront pas parvenir à
banques et des entreprises, et
LE NOUVEAU JAPON
maintenu des sureffectifs, mais il
n’est plus possible d’éviter la réforme en raison de la gravité de la
crise. Ce changement radical d’attitude des agents économiques est
une bonne chose pour l’économie
japonaise qui est restée trop longtemps dans un état d’étouffement
et dans l’impasse.
Toutefois, le revers de ce dynamisme retrouvé est l’aggravation
du taux de chômage qui dépasse
celui des Etats-Unis. Entre février
1998 et janvier 1999, 750 000 emplois ont été supprimés. Si l’emploi
continue à baisser au même
rythme, le taux de chômage pourrait atteindre 6 % au mois de mars
2000. Le Japon devra supporter
longtemps le problème du chômage dans un environnement social de liens familiaux affaiblis et
d’entreprises moins paternalistes.
Au Japon, la flexibilité est plutôt interne. Les entreprises ont une capacité à faire varier les horaires, à
former les employés, à les faire
changer de compétences. Mais la
flexibilité du marché du travail hors
des entreprises est très faible.
C’est le gouvernement qui s’est
saisi de ce problème du chômage
en rendant le marché du travail
plus efficace pour la circulation du
personnel entre entreprises et en
encourageant le travail à temps
partiel et intérimaire. Par ailleurs, il
a mis l’accent sur la formation des
chômeurs en augmentant l’aide financière publique. De nouvelles
lois ont été promulguées en 1998
pour limiter l’interdiction du travail intérimaire à quelques domaines au lieu de le permettre aux
emplois désignés, et pour prolonger le terme du contrat du travail
temporaire d’un à trois ans.
UNE PÉRIODE
DE « DESTRUCTION
CRÉATRICE »
L
e Japon est en phase de transition économique et sociale.
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES POUR 1999 AU JAPON
Gouvernement
Nomura Mitsubishi
Daiwa
PIB
0,5 %
– 1,3 %
– 0,6 %
– 2,2 %
Consommation privée
0,4
– 0,3
– 0,2
– 2,0
Logement privé
6,7
– 3,0
– 2,6
– 8,0
– 5,2
– 7,0
– 9,1
– 10,5
Investissements privés
Consommation publique
–
0,0
1,0
– 0,3
Investissements publics
–
9,8
3,3
8,4
Prix de détail
0,1
– 0,9
– 0,6
– 0,5
Taux de chômage
4,3
5,4
Taux de change (1 $) yen
–
122,5
–
122,0
5,4
120,0
Date de prévision : décembre 1998. L’année fiscale commence en avril.
Source : Economy Society Policy.
C’est, depuis la fin des années
En d’autres termes, après celle
quatre-vingt, la transition de l’ère
des gestionnaires qui poursuidu pétrole à celle de l’information,
vaient des sentiers battus, le Japon
de la croissance par l’exportation
est entré dans une période de
à celle par la demande intérieure,
« destruction créatrice ».
et de l’économie fondée sur l’industrie à celle des services. PenINFORMATISATION
dant la crise économique qui a
ET
commencé au début des années
INTERNATIONALISATION
quatre-vingt-dix, les gouverneujourd’hui, le Japon est en
ments successifs ont hésité à chanretard dans le domaine de
ger le système traditionnel dirigé
l’informatisation. Par exemple, il y
par le Ministère des Finances et
a dix millions de personnes qui utile MITI car les avantages acquis
lisent Internet alors qu’aux Etatsétaient grands pour les secteurs
Unis, ils sont soiprotégés. Les entrexante millions qui
prises ont conservé Le Japon est en retard
l’utilisent dix fois plus
une surcapacité pro- dans le domaine de
souvent ! Selon le
ductive et des surefrésultat d’études
fectifs parce qu’elles l’informatisation
effectuées par Mac
espéraient la reprise
Kinsey et le MITI, si Internet était
de la croissance, mais en vain. La
crise économique et financière a,
utilisé dans les entreprises japodepuis la fin 1997, précipité l’effonnaises comme il l’est aux Etatsdrement de l’ancien régime de
Unis, tous les secteurs verraient
l’économie japonaise. Le mythe
progresser leurs bénéfices d’exd’un Ministère des Finances et d’un
ploitation (l’automobile de 50 %, la
MITI inébranlables a vécu. Les
distribution de beaucoup plus).
banques et les entreprises ne peuvent plus compter sur l’Etat et doiQuant à l’internationalisation, le
vent prendre des risques à leur
transfert de la production vers les
pays étrangers se trouve ralenti à
propre compte. Il n’y a de chances
cause de la crise économique en
désormais que pour les entreAsie mais aussi de la baisse des béprises courageuses et innovatrices.
A
Sociétal
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REPÈRES ET TENDANCES
LE MONDE
semi-conducteurs et diminuer son
retard dans les techniques de l’information par rapport aux EtatsUnis.
CHANGEMENT DE COMPOSITION
DE LA POPULATION EMPLOYÉE AU JAPON
Total industrie commerce (en %)
1982 1997 1982 1997 1982 1997
Total
(millions de personnes)
100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
(57,9) (67,0) (14,3) (14,5) (12,9) (15,0)
Travailleurs indépendants
16,5
11,8
11,3
6,9
18,6
12,4
Employés
des entreprises familiales
10,1
6,0
4,5
2,6
12,9
7,6
Cadres du secteur privé
4,8
5,7
5,3
5,5
6,9
7,3
57,0
57,5
67,2
69,2
46,7
43,7
Employés à temps partiel
9,3
16,8
10,7
14,9
14,0
28,5
Travailleurs intérimaires
2,3
1,9
1,2
0,8
0,9
0,6
Employés permanents
Source : Ministère du Travail.
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néfices due au maintien de la surcapacité productive. Pour l’heure,
les entreprises n’ont pas d’autres
choix que la délocalisation vers des
pays étrangers pour diminuer leurs
coûts de production ou éviter des
conflits commerciaux. Il y des précurseurs : Mabuchi, fabricant de
mini-moteurs électriques, a délocalisé toute sa production dans les
pays d’Asie (Chine et Malaisie).
vailler dans des secteurs en mutation (télécommunication, finances,
automobile, etc.). Il ne manque pas
d’exemples d’investissements par
des géants étrangers : la prise de
contrôle de Sumitomo Rubber par
Goodyear, la prise de contrôle de
Japan Leasing par GE Capital.
En même temps, le Japon devra
faire plus d’efforts pour attirer
l’investissement des entreprises
étrangères dans les régions en difficultés économiques (le Nord et
le Sud de la péninsule). Aujourd’hui, c’est la troisième ouverture
économique du Japon vers l’extérieur après celle de l’ère de Meiji
en 1868 et celle de l’après-guerre
en 1945. Cette fois, le Japon a besoin de la stimulation des entreprises et des banques étrangères
sur le marché intérieur pour dynamiser l’économie en encourageant
l’esprit d’entreprise et en introduisant une nouvelle manière de tra-
E
DES INDICATEURS
ENCOURAGEANTS
n conclusion, il faut se garder
d’être pessimiste sur l’avenir de
l’économie japonaise car il y a des
indicateurs encourageants et des
prévisions favorables.
l L’échange du savoir-faire technologique est largement excédentaire au Japon. Le déficit avec les
Etats-Unis est compensé par le
surplus avec les pays d’Asie.
l Selon les prévisions du National
Research Council sur la technologie
pour l’année 2007, le Japon pourrait maintenir sa suprématie technologique dans l’automobile et les
Les études du MITI pour l’année
2010 prévoient la croissance significative de l’emploi dans l’information, la communication, l’environnement et l’énergie. En outre, le
gouvernement, certaines universités comme Keio et Tohoku et
quelques entreprises s’efforcent
de développer des talents d’entrepreneur.
l
l Si les secteurs libéralisés récemment (finance, télécommunications, énergie, etc.) deviennent
aussi productifs qu’aux Etats-Unis,
le Japon pourrait augmenter son
PIB de plus de 40 % selon l’Agence
du Plan Economique.
Ce qui se passe maintenant au
Japon, après la défaite d’une économie démodée, c’est un renouveau économique. Comme c’est
souvent le cas durant ce genre de
crises, où les fondements même du
système traditionnel sont remis en
question, il est très difficile d’établir un consensus sur la voie de
sortie. Ce que l’on peut dire, c’est
que la société japonaise a évolué
durant les années quatre-vingt-dix
et qu’aujourd’hui, les Japonais et Japonaises sont plus individualistes
et s’attachent moins à l’organisation où ils travaillent. Ils sont certainement capables de s’adapter à
une économie demandant plus
de flexibilité et d’initiative individuelle. Il faut recréer un modèle
adapté à chaque organisation à
l’exemple des entreprises innovatrices et compétitives comme
Sony. l
Yoshio Sakuma