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REPÈRES ET TENDANCES LE MONDE Le nouveau Japon YOSHIO SAKUMA Directeur de l’Institut d’Etudes Economiques internationales de Toyota A Au Japon, le pire de la crise financière est passé. Le pays a de bonnes chances d’en sortir vainqueur d’ici deux à trois ans, d’autant plus que l’Etat a décidé de mettre les moyens pour redresser la barre, quitte à laisser filer encore un peu plus les finances publiques. De grandes restructurations sont en cours, aussi bien dans le secteur financier que dans l’industrie, et l’économie s’ouvre au souffle vivifiant du marché. Les fondements du système traditionnel étant remis en question, entreprises et salariés doivent s’adapter aux nouvelles exigences de compétitivité, de flexibilité et d’initiative individuelle. La transition n’est pas facile… L e Japon vit depuis un an une expérience extraordinaire. L’état de crise y est comparé au naufrage du Titanic ou encore à une défaite : la « défaite de l’économie japonaise », pour reprendre les paroles de M. Kôsai, président de l’Institut des Etudes Economiques de Nikkei. Mais les chances de sortir de la crise d’ici deux ou trois ans sont grandes parce que les banques et les entreprises sont déterminées à porter remède à une situation désastreuse du point du vue financier. Elles n’hésitent plus, notamment, à mettre en œuvre des restructura- tions avec le soutien budgétaire et financier du gouvernement. RENOUVELLEMENT DU SYSTÈME BANCAIRE O n assiste à une révolution dans les institutions bancaires. Jusqu’à l’année dernière, celles-ci étaient encore à l’abri de la compétition sous l’égide du ministère des Finances. En mars 1999, le gouvernement Obuchi a alloué des fonds (746 milliards de yens) aux quinze grandes banques. Il a la ferme intention de ne laisser au- cune d’elles aller à la faillite et d’imposer des restructurations, sous la surveillance du Comité de revitalisation créé en octobre dernier. Le pire de la crise financière est passé. Mais seules ces grandes banques continueront d’amortir les mauvaises dettes de l’ordre de 10 milliards de yens et de réduire les effectifs de 20 000 sur quatre ans. Elles auront des résultats déficitaires en 1999 et 2000. Et ce n’est pas avant l’année 2001 que les effets des mauvaises dettes sur l’économie auront disparu. Il y a d’autres raisons pour lesquelles les banques doivent améliorer leurs comptes et diversifier leurs activités. D’abord, la compétition sera plus dure à cause de la réforme radicale des lois de finances en 1998 qui va permettre aux organismes financiers de prendre librement des participations dans les établissements bancaires, compagnies d’assurances et maisons de titres. Les banques japonaises sont en retard par rapport aux banques de pointe comme la City Bank dans les nouveaux domaines : services financiers aux riches particuliers, banques d’investissement et finance internationale, où une forte croissance est promise. Ensuite, le dépôt ne sera couvert par l’insti- Sociétal N° 25 Juin 1999 59 REPÈRES ET TENDANCES Tableau 1 - GRANDS GROUPES INDUSTRIELS ET FINANCIERS AU JAPON Groupe Banques et entreprises principales dans le groupe Mitsui Sakura Bank, Mitsui Trust Bank, Toray, Toshiba, Toyota Tokyo-Mitsu. Bank, Mitsu. Trust Bank, Asahi, Mitsu. Motors Sumito. Bank, Sumito. Trust Bank, NEC, Sumito. Metal Fiji Bank, Yasuda Trust Bank, Oki électrique, Canon Sanwa Bank, Toyo Trust Bank, Suntry, Sharp, Kyosera Daiichi-Kangyo Bank, Hitachi, Fijitsu, Shiseido Mitsubishi Sumitomo Fuyo Sanwa Daiichi-Kangyo Source : Comité des présidents de groupe. tution d’assurance de dépôt que de 10 millions de yens à partir de l’année 2001, au lieu de 100 %. Ces développements exigeront de la part des banques des efforts accrus en matière de gestion et d’investissements. Elles devront, en particulier, améliorer leur structure financière de manière à regagner leur réputation de stabilité et de sécurité pour retenir leurs clients. La généralisation de l’informatique entraîne, en plus, une mutation importante des relations avec la clientèle comme des méthodes de gestion. Sociétal N° 25 Juin 1999 60 Jusqu’à maintenant, le système bancaire au Japon a été conçu par le ministère des Finances pour protéger les banques de la faillite, au détriment des clients qui recevaient un intérêt très bas sur leurs dépôts, ceux-ci représentant plus de 50 % des 1200 milliards de yens du patrimoine financier des particuliers. La tutelle du ministère des Finances a été remplacée par les lois du marché qui, exigeant de la part des banques une rentabilité plus élevée, affaiblissent la solidarité au sein des grands groupes financiers et industriels (Mitsui, Mitsubishi, Sumitomo, Daiichi-Kangyo, Sanwa, Fuyo). Aujourd’hui, le système bancaire japonais est sous le contrôle de l’Agence de Supervision financière fondée en 1998 et indépendante du ministère des Finances. Et le crédit indirect devient moins important que dans le passé. C’est une vraie révolution de l’économie japonaise dans laquelle les entreprises n’ont plus de banques prêtes à couvrir les risques des affaires et doivent donner la priorité à la rentabilité plutôt qu’à la part de marché. Dans l’actuelle situation d’urgence, le système bancaire du Japon est en mutation profonde sous l’effet des restructurations qui peuvent impliquer des accords de coopération, des fusions et acquisitions à l’intérieur et hors du groupe financier. Certaines coopérations sont surprenantes du point du vue traditionnel, comme la coopération de deux banques de gestion de patrimoine, Mitsubishi Trust et Sumitomo Trust qui participent aux grands groupes financiers et industriels de caractère opposé (Mitsubishi marqué par l’image de la bureaucratie et Sumitomo par celle du commerce). La coopération des banques japonaises et des banques étrangères se développe aussi. Citons, comme exemple, la coopération entre Daiichi-Kangyo Bank et JP Morgan. L’affaiblissement LE MONDE financier des grandes banques et le recul sans retour de l’influence du ministère des Finances expliquent ce phénomène extraordinaire dans l’histoire de l’économie japonaise. Mais la perspective de l’amélioration des résultats des grandes banques sur quatre ans reste médiocre du point du vue de la norme internationale des banques américaines et européennes. L’INDUSTRIE ACCÉLÈRE LES RESTRUCTURATIONS D ans l’industrie, les entreprises sont aussi en difficulté à cause de la crise économique au Japon et en Asie, où les surcapacités ont atteint un niveau record. La situation des bénéfices des entreprises exportatrices se détériore. Cela est dû à la baisse de la production au Japon et à la surévaluation du yen, comparé aux monnaies des pays d’Asie. La Corée du Sud est compétitive principalement en produits généraux dans les secteurs comme la construction navale, la sidérurgie et les semiconducteurs. Dans la crise économique que le Japon traverse, la qualité de la gestion et de la stratégie compte pour beaucoup. Les entreprises performantes comme Honda et Canon sont celles qui sont compétitives globalement, surtout aux Etats-Unis, où l’économie est en bonne santé, et qui réagissent positivement aux exigences du marché. Les entreprises en difficulté comme Nissan et Hitachi sont celles qui sont trop généralistes et qui ont dispersé leurs ressources financières et humaines passivement. Les banques ne peuvent plus aider les entreprises qui souffrent de déficits à éviter la restructuration : la suppression des surcapacités de production, la réduction des salaires, voire des sureffectifs. Une autre incitation à assainir le LE NOUVEAU JAPON compte financier des entreprises turations en raison de la dégraest le bilan consolidé qui sera dation du résultat d’exploitation. considéré comme plus important Ainsi Sony qui veut réduire les efà partir de l’exercice 1999, lequel a fectifs du groupe de 10 % en quatre commencé le premier avril. Cerans à cause des pertes nettes du taines entreprises n’hésitent plus à compte de pertes et profits au quanouer des alliances avec leurs ritrième trimestre 1998. vales (Toshiba et Fujitsu pour la l Beaucoup d’entreprises ne limiproduction des semi-conductent plus la réduction des effectifs teurs), voire avec des entreprises à la maison-mère, étrangères (Nissan mais le groupe tout et Renault). Le choix Le choix du chef entier est la cible des du chef d’entreprise d’entreprise plus restructurations. plus individualiste, qui peut créer et individualiste, qui peut l Il y a de plus en exécuter des straté- créer et exécuter des plus de différences gies originales, est stratégies originales, de salaires selon les considéré comme de résultats d’exploitaplus en plus crucial. est considéré comme tion entre les entreM. Jack Welch, prési- de plus en plus crucial prises d’un même dent de GE, est le secteur industriel. Mitsui Zosen, type même de la personne qui indans la construction navale, rétéresse aujourd’hui beaucoup duira le salaire des employés de d’entreprises, dont Hitachi qui 10 % en 1999, tandis que d’autres projette de faire de sa filiale « Hientreprises du même secteur augtachi Credit » une société à l’image menteront les leurs. de « GE Capital ». Les bénéfices des entreprises industrielles ont baissé de 70 % dans l’exercice qui s’est achevé le 31 mars 1999 mais ils s’amélioreront l’an prochain grâce aux restructurations. Il y a cinq nouveautés dans les plans de restructurations. l Même sans avoir un résultat déficitaire, certaines entreprises ont décidé de procéder à des restruc- l Certaines entreprises essaient de réduire les frais de personnel en groupant le salaire et les charges sociales. Matsushita a proposé à ses employés de commencer à leur verser la retraite d’entreprise dans leur salaire mensuel au lieu d’attendre l’âge de la retraite (60 ans). A la surprise des dirigeants de Matsushita, plus de 40 % des employés embauchés en 1998 ont choisi ce nouveau système. Ils ne croient plus à l’emploi à vie. RESTRUCTURATIONS DES ENTREPRISES JAPONAISES Pertes nettes en 1998 Réduction d’effectifs Sony – 10 milliards de yens (4e tr.) NEC – 150 milliards de yens 10 % des effectifs du groupe sur 3 ans Hitachi – 375 milliards de yens 4 000 effectifs en 1999 Nissan-Diesel – 14 milliards de yens Source : Nikkei Business. 10 % des effectifs du groupe sur 4 ans 3 000 effectifs sur 2 ans l Les entreprises tentent d’améliorer la rentabilité du capital en vendant leurs filiales aux entreprises qui sont souvent dans le groupe opposé. Par exemple Toshiba a vendu sa division machines électriques pour le système bancaire à Oki Electrique, son compétiteur. Les principaux secteurs industriels du Japon, l’automobile et l’industrie des ordinateurs, doivent faire face à des problèmes structurels qui demandent des mesures drastiques : création de holding dans le cas de Hitachi, alliance avec Renault chez Nissan. l Dans le cas de l’industrie des ordinateurs, si les entreprises japonaises tenaient le haut du pavé pour les grands ordinateurs dans les années quatre-vingt, dans les années quatre-vingt-dix, Samsung, compagnie coréenne, a dépassé Hitachi et Fujitsu dans la fabrication des semiconducteurs. Quant à l’ordinateur personnel, il est devenu le centre du marché des ordinateurs. A la différence du grand ordinateur, ce nouvel ordinateur donne plus d’avantages aux spécialistes comme Microsoft et Intel qu’aux généralistes comme NEC et Hitachi. Les entreprises japonaises sont donc forcées de réviser leur stratégie et d’adopter une organisation plus indépendante et spécialisée. l Pour ce qui est de l’industrie automobile, la surcapacité de production du Japon est de 3 millions de véhicules en raison de la baisse continue de la demande intérieure. Mais si l’on ajoute la production à l’étranger, le niveau de la production totale des entreprises japonaises en 1998 (17 millions de véhicules) est le même qu’en 1990, année record. Depuis cette annéelà, la production au Japon a baissé de 3 millions et l’augmentation de la production à l’étranger a compensé ce recul. Sous la pression de la compétition internationale,Toyota va réduire sa Sociétal N° 25 Juin 1999 61 REPÈRES ET TENDANCES LE MONDE LES GRANDS GROUPES AUTOMOBILES EN 1998 GM Ford Toyota NissanRenault VW DaimlerChrysler 9,8 8,2 5,3 4,7 4,7 4,5 Chiffres 173 d’affaires (milliards $) 174 95 91 75 154 Véhicules vendus (millions) Source : Nikkei Business. capacité de production de 10 % et Nissan de 15 % au Japon. Les entreprises japonaises ont épuisé la possibilité de réduction de coût sur le processus de la production, et doivent supporter d’énormes dépenses liées aux recherches sur l’environnement, la sécurité et l’informatisation dans l’avenir. Pour répondre aux défis, Toyota privilégie la solidarité entre entreprises du même groupe (Daihatsu, Hino), et Nissan a choisi l’alliance avec Renault. Mitsubishi et Honda sont encore indépendants mais ils devront aussi chercher des partenaires dans le futur. Dans le cas de Nissan, elle s’est développée en s’appuyant sur Nihon-Kogyo Bank et Fuji Bank, ses banques principales, et n’avait pas de grand souci sur le financement des investissements avant la crise bancaire au Japon. Sa déficience en gestion financière et sa faiblesse traditionnelle en marketing sont les causes principales de ses problèmes (perte de parts de marché, insuffisance de rentabilité financière). Ces défauts devront être corrigés pour la réussite de l’alliance. Sociétal N° 25 Juin 1999 62 LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE DU GOUVERNEMENT OBUCHI D epuis le début de 1998, les gouvernements Hashimoto puis Obuchi, à partir de juillet, ont enfin compris que la crise écono- mique était aussi grave que la Grande Dépression des années trente. Ils ont décidé de reporter l’assainissement des finances de l’Etat et de se concentrer sur le soutien à l’économie qui souffre de l’insuffisance de la consommation et de l’investissement. Un plan de relance publique de grande ampleur, qui comporte travaux publics et allègements fiscaux, a été décidé en octobre 1998. un ajustement de leur surcapacité de production – 95 milliards de yens selon Nikkei – avant la fin de l’année 2000. Certes, les taux d’intérêt sont très bas, mais il reste que les entreprises ne seront vraiment incitées à investir que par la perspective confirmée d’une reprise de la croissance économique au Japon et en Asie ou par celle d’un boom informatique. Aujourd’hui, le gouvernement espère voir progresser la création de PME grâce à la baisse des taux d’impôt sur le revenu et les sociétés. La politique financière du Japon a changé profondément depuis 1998. Désormais, libérée du Ministère des Finances, la Banque Centrale du Japon est en principe plus libre de fixer le taux d’intérêt et la liquidité financière. Elle est déterminée à soutenir les activités économiques en offrant la liquidité suffisante et en fixant un taux de change raisonnable. Mais le niveau du yen est difficile à décider. De fait, un yen surévalué conduirait à une aggravation Le gouvernement se concentre sur de la crise économique car il y la relance ou le soutien de l’écoaurait, à cause de l’effet dépressif dû nomie d’ici à l’année 2002 et se à la baisse des prix des produits propose d’infléchir la direction de importés, une montée du taux d’insa politique à partir de l’année térêt réel dommageable pour les 2003 pour arriver à une réforme débiteurs chargés de mauvaises des finances pudettes. D’autre part, bliques et à l’équi- Le revers de un yen sous-évalué libre du budget. handicaperait aussi la ce dynamisme retrouvé reprise économique est l’aggravation du M. Sakaiya, ministre car il y aurait une de l’Agence du Plan taux de chômage montée du taux d’inéconomique, prévoit térêt après la fuite la fin de la crise économique vers des capitaux, attirés par la plusl’année 2001 et le retour à un taux value, vers les marchés étrangers de croissance normal de l’éconocomme celui des Etats-Unis. mie (2 %) en 2002. Le taux du yen raisonnable pour un Il compte sur la relance de la dollar serait entre 110 et 120 seconsommation des ménages pour lon le gouvernement Obuchi qui stimuler l’investissement des entrene compte pas sur les exportaprises. Quant aux consommateurs, tions pour sortir de la crise. ils s’inquiètent du chômage et de la réforme de la Sécurité Sociale, acLe système économique et social tuellement en discussion, parce du Japon en faveur de la stabilité qu’elle diminuerait leurs revenus ; ils sociale, emploi à vie et « keiretsont donc très prudents sur leurs sus » bancaires et industriels, a décisions d’achat. Côté entreprises, ralenti les restructurations des celles-ci ne pourront pas parvenir à banques et des entreprises, et LE NOUVEAU JAPON maintenu des sureffectifs, mais il n’est plus possible d’éviter la réforme en raison de la gravité de la crise. Ce changement radical d’attitude des agents économiques est une bonne chose pour l’économie japonaise qui est restée trop longtemps dans un état d’étouffement et dans l’impasse. Toutefois, le revers de ce dynamisme retrouvé est l’aggravation du taux de chômage qui dépasse celui des Etats-Unis. Entre février 1998 et janvier 1999, 750 000 emplois ont été supprimés. Si l’emploi continue à baisser au même rythme, le taux de chômage pourrait atteindre 6 % au mois de mars 2000. Le Japon devra supporter longtemps le problème du chômage dans un environnement social de liens familiaux affaiblis et d’entreprises moins paternalistes. Au Japon, la flexibilité est plutôt interne. Les entreprises ont une capacité à faire varier les horaires, à former les employés, à les faire changer de compétences. Mais la flexibilité du marché du travail hors des entreprises est très faible. C’est le gouvernement qui s’est saisi de ce problème du chômage en rendant le marché du travail plus efficace pour la circulation du personnel entre entreprises et en encourageant le travail à temps partiel et intérimaire. Par ailleurs, il a mis l’accent sur la formation des chômeurs en augmentant l’aide financière publique. De nouvelles lois ont été promulguées en 1998 pour limiter l’interdiction du travail intérimaire à quelques domaines au lieu de le permettre aux emplois désignés, et pour prolonger le terme du contrat du travail temporaire d’un à trois ans. UNE PÉRIODE DE « DESTRUCTION CRÉATRICE » L e Japon est en phase de transition économique et sociale. PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES POUR 1999 AU JAPON Gouvernement Nomura Mitsubishi Daiwa PIB 0,5 % – 1,3 % – 0,6 % – 2,2 % Consommation privée 0,4 – 0,3 – 0,2 – 2,0 Logement privé 6,7 – 3,0 – 2,6 – 8,0 – 5,2 – 7,0 – 9,1 – 10,5 Investissements privés Consommation publique – 0,0 1,0 – 0,3 Investissements publics – 9,8 3,3 8,4 Prix de détail 0,1 – 0,9 – 0,6 – 0,5 Taux de chômage 4,3 5,4 Taux de change (1 $) yen – 122,5 – 122,0 5,4 120,0 Date de prévision : décembre 1998. L’année fiscale commence en avril. Source : Economy Society Policy. C’est, depuis la fin des années En d’autres termes, après celle quatre-vingt, la transition de l’ère des gestionnaires qui poursuidu pétrole à celle de l’information, vaient des sentiers battus, le Japon de la croissance par l’exportation est entré dans une période de à celle par la demande intérieure, « destruction créatrice ». et de l’économie fondée sur l’industrie à celle des services. PenINFORMATISATION dant la crise économique qui a ET commencé au début des années INTERNATIONALISATION quatre-vingt-dix, les gouverneujourd’hui, le Japon est en ments successifs ont hésité à chanretard dans le domaine de ger le système traditionnel dirigé l’informatisation. Par exemple, il y par le Ministère des Finances et a dix millions de personnes qui utile MITI car les avantages acquis lisent Internet alors qu’aux Etatsétaient grands pour les secteurs Unis, ils sont soiprotégés. Les entrexante millions qui prises ont conservé Le Japon est en retard l’utilisent dix fois plus une surcapacité pro- dans le domaine de souvent ! Selon le ductive et des surefrésultat d’études fectifs parce qu’elles l’informatisation effectuées par Mac espéraient la reprise Kinsey et le MITI, si Internet était de la croissance, mais en vain. La crise économique et financière a, utilisé dans les entreprises japodepuis la fin 1997, précipité l’effonnaises comme il l’est aux Etatsdrement de l’ancien régime de Unis, tous les secteurs verraient l’économie japonaise. Le mythe progresser leurs bénéfices d’exd’un Ministère des Finances et d’un ploitation (l’automobile de 50 %, la MITI inébranlables a vécu. Les distribution de beaucoup plus). banques et les entreprises ne peuvent plus compter sur l’Etat et doiQuant à l’internationalisation, le vent prendre des risques à leur transfert de la production vers les pays étrangers se trouve ralenti à propre compte. Il n’y a de chances cause de la crise économique en désormais que pour les entreAsie mais aussi de la baisse des béprises courageuses et innovatrices. A Sociétal N° 25 Juin 1999 63 REPÈRES ET TENDANCES LE MONDE semi-conducteurs et diminuer son retard dans les techniques de l’information par rapport aux EtatsUnis. CHANGEMENT DE COMPOSITION DE LA POPULATION EMPLOYÉE AU JAPON Total industrie commerce (en %) 1982 1997 1982 1997 1982 1997 Total (millions de personnes) 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 (57,9) (67,0) (14,3) (14,5) (12,9) (15,0) Travailleurs indépendants 16,5 11,8 11,3 6,9 18,6 12,4 Employés des entreprises familiales 10,1 6,0 4,5 2,6 12,9 7,6 Cadres du secteur privé 4,8 5,7 5,3 5,5 6,9 7,3 57,0 57,5 67,2 69,2 46,7 43,7 Employés à temps partiel 9,3 16,8 10,7 14,9 14,0 28,5 Travailleurs intérimaires 2,3 1,9 1,2 0,8 0,9 0,6 Employés permanents Source : Ministère du Travail. Sociétal N° 25 Juin 1999 64 néfices due au maintien de la surcapacité productive. Pour l’heure, les entreprises n’ont pas d’autres choix que la délocalisation vers des pays étrangers pour diminuer leurs coûts de production ou éviter des conflits commerciaux. Il y des précurseurs : Mabuchi, fabricant de mini-moteurs électriques, a délocalisé toute sa production dans les pays d’Asie (Chine et Malaisie). vailler dans des secteurs en mutation (télécommunication, finances, automobile, etc.). Il ne manque pas d’exemples d’investissements par des géants étrangers : la prise de contrôle de Sumitomo Rubber par Goodyear, la prise de contrôle de Japan Leasing par GE Capital. En même temps, le Japon devra faire plus d’efforts pour attirer l’investissement des entreprises étrangères dans les régions en difficultés économiques (le Nord et le Sud de la péninsule). Aujourd’hui, c’est la troisième ouverture économique du Japon vers l’extérieur après celle de l’ère de Meiji en 1868 et celle de l’après-guerre en 1945. Cette fois, le Japon a besoin de la stimulation des entreprises et des banques étrangères sur le marché intérieur pour dynamiser l’économie en encourageant l’esprit d’entreprise et en introduisant une nouvelle manière de tra- E DES INDICATEURS ENCOURAGEANTS n conclusion, il faut se garder d’être pessimiste sur l’avenir de l’économie japonaise car il y a des indicateurs encourageants et des prévisions favorables. l L’échange du savoir-faire technologique est largement excédentaire au Japon. Le déficit avec les Etats-Unis est compensé par le surplus avec les pays d’Asie. l Selon les prévisions du National Research Council sur la technologie pour l’année 2007, le Japon pourrait maintenir sa suprématie technologique dans l’automobile et les Les études du MITI pour l’année 2010 prévoient la croissance significative de l’emploi dans l’information, la communication, l’environnement et l’énergie. En outre, le gouvernement, certaines universités comme Keio et Tohoku et quelques entreprises s’efforcent de développer des talents d’entrepreneur. l l Si les secteurs libéralisés récemment (finance, télécommunications, énergie, etc.) deviennent aussi productifs qu’aux Etats-Unis, le Japon pourrait augmenter son PIB de plus de 40 % selon l’Agence du Plan Economique. Ce qui se passe maintenant au Japon, après la défaite d’une économie démodée, c’est un renouveau économique. Comme c’est souvent le cas durant ce genre de crises, où les fondements même du système traditionnel sont remis en question, il est très difficile d’établir un consensus sur la voie de sortie. Ce que l’on peut dire, c’est que la société japonaise a évolué durant les années quatre-vingt-dix et qu’aujourd’hui, les Japonais et Japonaises sont plus individualistes et s’attachent moins à l’organisation où ils travaillent. Ils sont certainement capables de s’adapter à une économie demandant plus de flexibilité et d’initiative individuelle. Il faut recréer un modèle adapté à chaque organisation à l’exemple des entreprises innovatrices et compétitives comme Sony. l Yoshio Sakuma