Etudier la pratique du management de l`innovation d`une PME
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Etudier la pratique du management de l`innovation d`une PME
6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 Etudier la pratique du management de l’innovation d’une PME grâce au concept de routine organisationnelle : étude du cas d’un programme de soutien à l’innovation Sandrine Fernez-Walch, chercheuse au CRM, Université Toulouse 1 Capitole Marjorie Wiart, Chef de projet Innovation, Thésame Résumé L’objectif initial de cette recherche était managérial. Il s’agissait de comprendre comment un acteur du soutien à l’innovation des PME peut évaluer la capacité d’innovation des entreprises qu’il prospecte afin de définir un plan d’action approprié. Une revue de la littérature révèle l’existence de modèles conceptuels d’évaluation. Le modèle de Boly et al. (2014), élaboré spécifiquement pour les PME, semble le plus pertinent mais son applicabilité est limitée. Suite à ce constat, nous avons mené une recherche de terrain dans le cadre d’un programme public de soutien à l’innovation des PME, apportant ainsi un éclairage particulier sur un « phénomène » peu traité dans les sciences de gestion : le diagnostic initial effectué par un acteur du soutien à l’innovation dans les PME qu’il prospecte. Pour interpréter les observations faites, par cet acteur, des pratiques de management de l’innovation, nous avons mobilisé un cadre théorique fondé sur le concept de routine organisationnelle. Nous proposons et commentons une définition contextualisée de l’expression « pratique et pratiques du management de l’innovation dans une PME ». Nous présentons des pistes de réflexion concernant les facteurs susceptibles de freiner ou au contraire de favoriser l’évolution des routines organisationnelles contribuant à la pratique du management de l’innovation. Mots clés : PME, évaluation de la capacité d’innovation, routine organisationnelle, recherche interprétative, pratique et pratiques du management de l’innovation 1 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 Introduction Les PME font l’objet d’un intérêt accru de la part des pouvoirs publics du fait de leur rôle clé dans la compétitivité des pays dits « développés » (Luken et Stares, 2005 ; Terziovski, 2010). Le problème est, qu’en France tout au moins, beaucoup de PME rencontrent des difficultés de gestion qui nuisent à leur développement ; du fait, par exemple, de leur incapacité à faire évoluer un business model, à adopter une envergure internationale, à s’insérer dans des réseaux (réseau de valeur, écosystèmes d’affaires), à anticiper les changements de leur environnement, etc. Renforcer la capacité d’innovation des PME (OCDE, 2005) est encore et toujours un enjeu économique et sociétal majeur pour les pouvoirs publics, ce qui explique probablement le maintien voire l’augmentation du financement des actions de soutien à l’innovation dans un contexte de resserrement des budgets publics (Boldrini et al., 2011). S’inscrivant dans un cadre théorique qui croise capacités dynamiques et Resource Based View, Szeto (2000) définit la capacité d’innovation comme l’amélioration continue des « capabilities » et ressources que l’entreprise possède pour explorer et exploiter de nouvelles opportunités afin de développer de nouveaux produits et rencontrer les besoins du marché. Pour Prajogo et Ahmed (2006), la capacité d’innovation représente le potentiel de l’organisation à innover, lui-même déterminé par les compétences et les forces de l’entreprise en R&D et les technologies de base. Aider une PME à renforcer sa capacité d’innovation suppose de pouvoir mesurer cette capacité. Sont appliqués, dans le but de comparer des pays entre eux, des modèles fondés sur des indicateurs macroéconomiques tels que, par exemple, le nombre de brevets, les dépenses R&D, les ressources R&D. Ces modèles suscitent des critiques quand ils sont appliqués à un niveau microéconomique, on leur reproche en particulier leur manque de pertinence (Boly et al., 2014). 2 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 Par conséquent, l’élaboration de solutions alternatives de mesure de la capacité d’innovation est un sujet de recherche récurrent (Chiesa et al., 1996, Yam et al., 2004, Cheng et Lin, 2012 par exemple). Le modèle le plus récent, élaboré spécifiquement pour les PME, est celui de Boly et al. (2014), qui permet non seulement de mesurer la capacité d’innovation mais, également, de définir des points d’amélioration du management de l’innovation par comparaison avec un référentiel de « bonnes pratiques ». Ce dernier modèle représente, de notre point de vue, une avancée considérable. Mais il ne nous paraît pas applicable en l’état à une problématique cruciale pour les acteurs du soutien à l’innovation des PME : le diagnostic effectué au démarrage de l’action de soutien. Ce diagnostic implique d’appréhender, rapidement, par une observation indirecte, et avec une connaissance superficielle du fonctionnement de l’entreprise, le management de l’innovation à l’œuvre dans l’entreprise, puis de définir un plan d’action. Nous intéressant, pour la présente recherche, à cette problématique de gestion, nous avons décidé de revenir vers le terrain pour apporter un éclairage particulier sur ce phénomène peu (pas ?) traité en théorie. Nous avons mené une recherche de type interprétatif dans le cadre d’un programme public français de soutien à l’innovation, destiné à accompagner près de 400 PME dans la région Rhône-Alpes. Mobilisant un cadre théorique fondé sur le concept de routine organisationnelle, nous avons analysé la façon dont l’un des acteurs du programme a appréhendé le management de l’innovation des 70 entreprises qu’il a prospectées. Nous avons tenté de répondre aux questions suivantes : qu’est-ce qu’une pratique de management de l’innovation dans une PME ? Doit-on parler de pratique ou de pratiques d’ailleurs ? Comment un observateur extérieur peut-il étudier ces pratiques ? Quels sont les facteurs pouvant favoriser ou, au contraire, freiner l’évolution de cette (ces) pratique(s), évolution qui constitue la finalité d’une action de soutien à l’innovation ? 3 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 Dans la première partie de l’article, nous présentons les résultats de la revue de la littérature et le filtre d’interprétation : un cadre théorique fondé sur les routines organisationnelles. Dans la deuxième partie, nous présentons le terrain de recherche et le protocole de recueil des données, de production et de structuration de l’information. Dans la troisième partie, nous présentons et discutons les résultats de l’interprétation du matériau de recherche. Nous remercions les parties prenantes au programme Innovation PME® (représentants de l’association Thésame, relais territoriaux du programme en particulier mais aussi représentants des pouvoirs publics), sans lesquels il aurait été impossible de mener à bien cette recherche. I-‐ Revue de la littérature et proposition d’un filtre d’interprétation fondé sur le concept de routine organisationnelle Un survol de la littérature nous a permis de repérer une recherche récente qui constitue, de notre point de vue, une avancée majeure pour l’évaluation de la capacité d’innovation d’une PME. Il s’agit des travaux de Boly et al. (2014) sur lesquels nous adossons la revue de la littérature (§ 1.1) et dont nous étudions la pertinence et l’applicabilité dans le contexte de notre recherche (§1.2). Nous montrons la nécessité de revenir vers le terrain, pourquoi et comment nous mobilisons un cadre théorique fondé sur le concept de routine organisationnelle comme filtre d’interprétation (§1.3). 1.1 Quid de la pertinence des modèles de recherche dans le cadre de la présente recherche ? Effectuant une revue de la littérature sur le thème de l’évaluation de l’innovation en général, Boly et al. (2014) classent les recherches antérieures en trois catégories : celles qui portent sur les intrants du processus d’innovation, celles qui s’intéressent à la mesure de la performance du processus, performance assimilée aux résultats dégagés grâce à l’innovation et celles qui 4 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 focalisent sur le processus d’innovation lui-même. Ayant effectué cette même revue de la littérature dans le cadre d’une recherche antérieure, nous adhérons à cette classification qui s’appuie sur l’idée communément admise que l’innovation est à la fois résultat et processus. Nous complétons l’analyse de Boly et al. (2014) en nous focalisant sur la problématique de gestion qui nous intéresse : l’évaluation de la capacité d’innovation d’une PME au début d’une action de soutien à l’innovation. Pour Boly et al. (2014), les travaux de recherche des deux premières catégories sont peu adaptés à l’évaluation de l’innovation dans une entreprise. Il nous semble, effectivement, que c’est le cas et ce, pour des raisons d’ordre 1) ontologique et 2) méthodologique. 1) La plupart de ces modèles ont été élaborés par des économistes pour le compte des pouvoirs publics, pour évaluer et comparer l’activité de recherche et développement et d’innovation de différents pays dits développés (Manuel d’Oslo, OCDE, 2005 ; Manuel de Frascati, OCDE, 2011). Ils sont surtout fondés sur la mesure d’indicateurs présentés comme universels. Prenons, par exemple, le cas du nombre de brevets déposés. Nombre d’entreprises préfèrent recourir au secret qui est perçu comme la forme la plus efficace de protection des savoirs et certaines utilisent le dépôt de brevet comme une arme concurrentielle permettant de voiler leur stratégie (Fernez-Walch et Romon, 2013). Par ailleurs, quel sens prend cet indicateur quand les témoignages du terrain abondent sur les réticences des PME (autres que celles qui se sont créées sur la base de la valorisation d’un brevet) face à la charge financière occasionnée pendant des années ? Certains dirigeants d’entreprises, pourtant de taille intermédiaire, affirment préférer l’enveloppe Soleau qui ne permet certes pas de protéger de nouveaux savoirs mais présente l’intérêt de prendre date à un faible coût. Enfin, l’obtention d’un brevet (ou de tout autre titre de propriété intellectuelle) est soumise à des conditions restrictives par rapport à la nature du savoir que l’on souhaite protéger. Par exemple, une recette élaborée dans une entreprise agroalimentaire ne peut pas être brevetée. Or les savoirs 5 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 intangibles sont aussi importants, voire plus, pour le management de l’innovation que les savoirs tangibles. 2) La mesure porte sur les inputs seuls (effort de R&D par exemple), les outputs seuls (nombre de nouveaux produits commercialisés par exemple), le plus souvent sur un rapport inputs/outputs. Se posent alors des questions bien connues des chercheurs en comptabilité et contrôle. - Comment faire quand les données comptables ne sont pas disponibles ? Comment, par exemple, mesurer des résultats intangibles même formalisables (l’acquisition d’une compétence par exemple) alors qu’ils ne sont pas comptabilisés ? - Comment isoler, parmi les inputs ou les outputs, ceux qui sont réellement liés à l’activité d’innovation ? Sachant que cette activité est interdépendante des autres activités dans une entreprise et que les chercheurs et les praticiens s’accordent à dire que le management de l’innovation doit être considéré comme un sous-système interdépendant du système de management d’une organisation, voire d’un système couvrant plusieurs organisations ? - Peut-on réduire la mesure de la performance à des ratios tels que, par exemple, le retour sur investissement (ROI), alors que des chercheurs en montrent les limites et les effets pervers, même dans des contextes autres que celui de l’évaluation de l’innovation (Fernez-Walch et Godowski, 2013) ? La troisième catégorie de recherches est centrée sur l’évaluation du processus d’innovation. Ces travaux sont pour la plupart des études quantitatives empiriques, inscrites dans les cadres théoriques des dynamic capabilities et de l’absorptive capacity. Ils s’attachent à identifier les facteurs susceptibles de favoriser ou de freiner l’innovation. Ils reposent sur une vision a priori des capacités qu’une entreprise (et pas seulement une PME) doit déployer pour pouvoir renforcer sa capacité d’innovation (innovation capabilities) ; le nombre et la nature des 6 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 capabilities variant d’une recherche à l’autre. En accord avec Boly et al. (2014), nous considérons que ces recherches ne peuvent être appliquées pour évaluer l’innovation dans une PME. Boly et al. (2014) invoquent trois raisons : l’absence d’un référentiel générique de bonnes pratiques de management de l’innovation dans une PME, auquel confronter les résultats de la mesure, le manque d’universalité d’études menées dans des contextes particuliers et la non objectivation du fait de données recueillies lors d’entretiens semidirectifs. 1.2 Pertinence et applicabilité du modèle de Boly et al. (2014) dans le contexte de la recherche Boly et al. (2014) proposent un modèle qui vise, grâce à une observation directe et objectivée (indépendante de l’observateur), à évaluer la capacité d’innovation d’une PME. Le modèle, élaboré puis testé sur un échantillon de 39 entreprises industrielles innovantes lorraines, de petite taille et de taille intermédiaire, est fondé sur le repérage de « pratiques de management de l’innovation ». A la suite de Garcia et Calantone (2002), les auteurs considèrent le management de l’innovation comme une capacité dynamique, capacité qui peut évoluer au cours du temps (concept d’innovation enabling capabilities, Bender and Laestasius, 2005). Cette capacité dynamique peut être décrite en identifiant les pratiques qui la composent et en les comparant à un référentiel (Eisenhardt et Martin, 2000). Le référentiel utilisé pour le modèle est celui de Boly (2009). Il est composé de 15 « pratiques » de management de l’innovation : design, management de projet, intégration de la stratégie, management du portefeuille de projets, définition d’une organisation adaptée, amélioration du processus d’innovation, management des compétences, support moral, knowledge management, intelligence économique compétitive, management de réseaux, apprentissage collectif, recherche d’idées/créativité, activités de R&D, gestion de la relation client. A chaque pratique est associé un ensemble d’indicateurs de mesure qui sont des phénomènes ou 7 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 faits observables de façon directe et irréfutable (Furman et al., 2002). Par exemple, la présence d’un tableau de bord pour chaque projet d’innovation permet de vérifier les propos d’un dirigeant de PME concernant une pratique de management de projet. Un score est calculé pour chaque pratique et l’agrégation des scores des pratiques permet d’établir un score global pour l’entreprise. Le score peut être analysé, différentes mesures effectuées au cours du temps pour étudier les évolutions des pratiques d’une entreprise. Sont comparées les pratiques de management de l’innovation de plusieurs entreprises. Adaptant la typologie de Godet et al. (2000), les auteurs proposent de classer les PME étudiées en fonction de leur posture : proactive, pré-active, réactive ou passive. Le modèle proposé par Boly et al. (2014) est en théorie très intéressant pour la présente recherche : il pourrait permettre aux acteurs du soutien à l’innovation de faire un état des lieux objectif des pratiques de management de l’innovation à l’œuvre dans la PME prospectée, et de définir des pistes d’amélioration par comparaison à un référentiel de bonnes pratiques. Mais le modèle se heurte, selon nous, à des problèmes d’application, ce pour deux raisons principales. 1) La façon dont le diagnostic préalable à l’action de soutien à l’innovation est généralement effectué : prise de contact avec un représentant de la PME (le dirigeant la plupart du temps) et visite rapide dans l’entreprise. L’acteur de soutien à l’innovation se retrouve donc dans des conditions d’observation plutôt indirecte, ce que reprochent Boly et al. (2014) à l’instrumentation antérieure à la leur. Par ailleurs, son temps est limité pour des questions d’efficience (comptabilisation des heures dédiées à l’entreprise), de financement par les pouvoirs publics (durée financée fixée dans la convention de l’action de soutien si celle-ci relève d’un programme financé sur des fonds publics) et, surtout, de disponibilité de ses interlocuteurs. Le modèle de Boly et al. (2014), centré sur l’observation de preuves tangibles, dans le souci de la rigueur scientifique, est chronophage. 8 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 2) Pour définir l’objectif et les orientations de l’action de soutien à l’innovation, l’acteur du soutien à l’innovation ne doit pas seulement évaluer la capacité initiale de la PME à améliorer ses pratiques de management de l’innovation mais, également, à pouvoir faire évoluer ces pratiques. L’action de soutien à l’innovation induit la modification de certaines pratiques existantes de management de l’innovation et/ou la mise en œuvre de nouvelles pratiques. Cette question de la transformation organisationnelle, cruciale pour l’accompagnateur, n’est pas étudiée dans le modèle de Boly et al. (2015) même si elle est soulevée. Par conséquent, il nous a semblé impératif de revenir vers le terrain pour étudier la façon dont des acteurs du soutien à l’innovation des PME observent les pratiques de management de l’innovation des PME qu’ils prospectent. Pour interpréter les résultats de la recherche, nous avons choisi de mobiliser le cadre théorique sous-jacent aux travaux de recherche relatifs à l’évaluation de la capacité d’innovation d’une entreprise. Ce cadre théorique est fondé, explicitement ou implicitement, sur le concept de routine organisationnelle. 1.3 Un cadre théorique fondé sur le concept de routine organisationnelle, comme outil d’aide à l’interprétation pour la présente recherche Etudiant les recherches empiriques relatives aux routines organisationnelles ayant donné lieu à publication dans des revues académiques majeures depuis l997, date à laquelle un corpus théorique commun et consensuel est créé sur ce concept (Cohen et al., 1996), Parmigiani et Howard-Grenville (2011), constatent que la plupart d’entre elles s’inscrivent dans deux perspectives théoriques différentes, voire cloisonnées, qu’elles nomment respectivement la capabilities perspective et la practice perspective. Nous résumons ici leurs propos. - La capabilities perspective est héritée des sciences économiques. Les routines sont selon trois courants respectifs : les micro-fondations (briques élémentaires) des capabilities ; leurs gènes (difficiles à changer mais pouvant muter pour s’adapter à l’environnement de l’entreprise) ; les dépositaires du savoir et de la mémoire organisationnels. Dans ce dernier 9 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 cas, les routines constituent les bases de l’apprentissage intra et inter-organisationnel, elles sont à la fois source de stabilité comme de changement. Dans les trois courants, elles consistent en des actions répétitives et dépendantes du contexte (Dosi et al., 2008). Ce qui est important, c’est la façon dont les firmes combinent les routines en vue de créer des capabilities et comment, indirectement, les routines contribuent à la performance de l’entreprise. Les routines sont étudiées comme des « boîtes noires ». Les chercheurs qui représentent les routines comme des gènes postulent que les routines peuvent conduire à une rigidité organisationnelle, rigidité que seul un changement brutal de l’environnement de l’entreprise peut permettre de briser. Elles procurent de la valeur à l’entreprise car elles sont tacites, dures à imiter et difficiles à transférer d’une entreprise à l’autre même si des mécanismes de transfert peuvent exister. A l’opposé, les chercheurs du courant de l’apprentissage organisationnel focalisent leurs travaux sur le changement organisationnel, et les échanges de routines entre les organisations, parlant même de co-création de routines inter-organisationnelles. - Selon la practice perspective, ancrée dans les théories des organisations, les routines sont le produit de l’action humaine, qui est elle-même rendue possible et contrainte par elles (Giddens, 1984). Il est donc essentiel de comprendre « how they operate and how they are reproduced or changed as people enact them » (Parmigiani et Howard-Grenville, 2011). La routine est objet de recherche : quelle est sa dynamique ? Quel est le rôle des agents et de leur interaction, des artefacts dans la création, l’adoption, le « modelage », la persistance versus la flexibilité d’une routine ? Comment le contexte organisationnel dans lequel les routines sont intégrées (concept d’embeddedness, Feldman, 2003) influence-t-il leur dynamique ? Parmigiani et Howard-Grenville (2011) montrent que si les deux perspectives diffèrent en bien des points, elles convergent sur l’importance de prendre en compte le rôle de l’individu en tant qu’actant, dans l’étude de la combinaison, diffusion et dynamique des routines ; de 10 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 différencier les aspects tacites et explicites des routines et de considérer le contexte organisationnel comme ayant une influence sur les routines. Il nous semble que les modèles de recherche relatifs à l’évaluation de la capacité d’innovation d’une entreprise étudiés lors de la revue de la littérature s’inscrivent plutôt dans la première perspective. Dans les travaux de Boly et al. (2014), il est question de capacité dynamique en tant que « capacité de l’entreprise à intégrer, construire et reconfigurer ses compétences internes et externes pour faire face rapidement à l’environnement changeant » (Teece, Pisano et Shuen, 1997). Le management de l’innovation est une capacité dynamique qui combine des routines organisationnelles. Il s’agit de comprendre pourquoi certaines organisations ont plus de succès que d’autres dans la construction de l’avantage concurrentiel au sein des marchés dynamiques » (Easterby-Smith et Prieto, 2008), l’innovation étant posée comme une clé de la compétitivité de l’entreprise. La capacité dynamique « management de l’innovation » idéale repose sur la présence de 15 routines qui sont traitées par Boly et al. (2014) comme des variables indépendantes. Contrairement à ce que constatent Parmigiani et Howard-Grenville (2011), Boly et al. (2014) rentrent dans la boîte noire de la routine. Mais cela nous paraît être uniquement par le biais des artéfacts les plus tangibles (D’Adderio, 2008). Pour élaborer notre filtre d’interprétation, nous avons décidé d’adopter un positionnement qui croise les deux perspectives étudiées par Parmigiani et Howard-Grenville (2011). Conformément à la capabilities perspective, nous considérons le management de l’innovation à l’œuvre dans une PME comme une capacité dynamique. Nous définissons le terme capacité dynamique comme suit : “systematic patterns of organizational activity aimed at the generation and adaptation of operating routines” (Zollo et Winter, 2002). Car cette définition permet de s’interroger sur les mécanismes d’apprentissage clés relatifs à la capitalisation de l’expérience, à l’articulation et à la codification du savoir qui sont à la base des changements 11 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 dans les routines (troisième courant de la capabilities perspective, Parmigiani et HowardGrenville, 2011), qui plus est dans les routines du management de l’innovation. Nous intégrons dans les routines du management de l’innovation celles qui relèvent des « processus par lesquels des organisations identifient, assimilent et comprennent le savoir d’origine tant interne à l’entreprise qu’externe » (concept d’absorptive capacity, Lewin et al., 2011). Empruntant à la Practice perspective, nous nous intéressons aux routines du management de l’innovation telles qu’elles sont mises en œuvre au quotidien dans l’entreprise par les acteurs et non comme des processus « déshumanisés ». Nous assimilons donc une routine à une pratique. A la suite de Feldman et Pentland (2003), nous étudions les pratiques de management de l’innovation en tant que « schémas répétitifs et reconnaissables d'actions interdépendantes, réalisées par des acteurs multiples » et nous mettons l’accent sur la façon dont elles sont produites et reproduites, sur ce qui explique que les schémas restent stables ou, au contraire, changent au cours du temps. Nous nous interrogeons sur l’interdépendance entre leur composante performative et leur composante ostensive (Feldman et Pentland, 2003). Comme Feldman et Orlikowski (2011), nous accordons une importance particulière au rôle des parties prenantes et à leur interaction, mais aussi aux acteurs humains. Nous postulons que les routines relatives au management de l’innovation dans les PME existent toujours en relation à d’autres et sont produites à travers « un processus de constitution mutuel ». Nous considérons les actions journalières des acteurs humains du management de l’innovation comme induites dans la « production des contours structurels de la vie sociale » de la PME. Nous portons une attention particulière au contexte organisationnel et aux composantes de l’environnement de l’entreprise, dans la mesure où ils influencent le contenu des routines et leur dynamique, c’est-à-dire la façon dont elles sont créées, remodelées, reproduites ou abandonnées par les acteurs humains des PME observées. 12 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 II-‐ Restitution de la recherche menée dans le contexte du programme Innovation PME® Dans cette partie, nous présentons le terrain de recherche, à savoir le programme Innovation PME®, programme financé par des fonds publics qui vise à accompagner plus de 400 PME dans la région Rhône-Alpes dans l’amélioration de leur management de l’innovation (§2.1). Les aspects méthodologiques de la recherche sont explicités dans le §2.2. 2.1 Le terrain de recherche : le programme Innovation PME Le programme Innovation PME® est un programme de soutien à l’innovation des PME. Financé par des fonds publics gérés par la Région Rhône-Alpes, il a été conçu, en partenariat avec les représentants régionaux des pouvoirs publics, par l’association Thésame, centre de ressources en mécatronique, gestion industrielle et management de l'innovation, située à Annecy en Haute Savoie et qui conseille et accompagne des entreprises de toute taille dans la gestion de leurs projets, notamment leurs projets d’innovation. Parmi les activités de Thésame, la conduite du programme Innovation PME®, apparaît aujourd’hui comme une activité phare, dans la mesure où près de 400 PME de la région Rhône-Alpes sont visées. Il s’inscrit dans la stratégie de recherche et innovation de la région Rhône-Alpes et fait partie des programmes du volet Innovation du plan PME piloté, pour le compte de la région, par l’Agence Régionale du Développement et de l’Innovation (ARDI). Le programme Innovation PME® vise à permettre au plus grand nombre possible de PME implantées sur le territoire de la région Rhône-Alpes de faire progresser et de capitaliser leurs pratiques de management de l’innovation ; ce en s’appropriant les fondamentaux et processus nécessaires pour générer et conduire des projets d’innovation de façon récurrente et efficace ; en mettant en œuvre, de façon pérenne, une instrumentation, de nouveaux modes d’organisation et des compétences aux niveaux stratégique et opérationnel et en interaction avec leur environnement. 13 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 Le programme Innovation PME est une action dite « collective » qui mêle des journées interentreprises (séminaire de démarrage, séminaire de formation, séminaire de bilan final) et des journées intra-entreprise pendant lesquelles un consultant expert intervient pour accompagner, de façon individualisée, la PME dans le traitement d’une problématique de management de l’innovation. Le programme comprend deux étapes : une étape de commercialisation et une étape de réalisation, appelée session d’accompagnement, qui dure 4 mois environ. - L’étape de commercialisation vise à effectuer un diagnostic rapide de la PME pour évaluer si oui ou non le programme Innovation PME® peut répondre aux besoins de l’entreprise en management de l’innovation ; pour définir et affiner une problématique d’innovation. En fonction de cette problématique, la PME est orientée, avec son accord, vers une des trois options proposées : option A « stratégie d’innovation », option B « marketing de l’innovation » et option C « management de projets innovants ». L’option est une clé d’entrée importante pour les acteurs du programme car elle est le thème sur lequel porte la formation collective, car elle structure le plan d’accompagnement individualisé et constitue l’un des critères principaux du choix du consultant expert qui assurera l’accompagnement individuel. - La session d’accompagnement débute par le séminaire de démarrage (une demi-journée). C’est l’occasion pour les dirigeants (parfois accompagnés par un collaborateur) d’échanger sur leurs pratiques de management de l’innovation, puis de construire ensemble une définition consensuelle de l’innovation, s’appropriant ainsi une vision partagée de l’innovation et un vocabulaire commun. Des représentants de la PME assistent ensuite à une demi-journée de formation (séminaire de formation) portant sur l’option (A, B, C), option qui a été fixée pendant l’étape de commercialisation et confirmée lors du séminaire de démarrage. Les formateurs utilisent un support numérisé standardisé (un pour chaque option) qui a été élaboré 14 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 lors de la conception du programme Innovation PME®. Vient ensuite l’accompagnement individuel avec 7 demi-journées d’intervention du consultant expert, réparties sur une période de 4 mois en moyenne. Le consultant expert consacre la première demi-journée (voire les deux premières demi-journées) pour approfondir le diagnostic initial et affiner la problématique de gestion. Il identifie (plus précisément que pendant l’étape de commercialisation) les enjeux de management de l’innovation, les leviers d’action qui seront ensuite mis en place par l’entreprise, avec son aide ou pas (le consultant-expert ne se substitue pas à l’entreprise). Il établit avec l’entreprise une feuille de route des actions qu’elle devra mener et à quelle échéance. La session d’accompagnement se termine par un séminaire d’échange (séminaire de bilan final) au cours duquel les PME ayant participé à la même session et constituant ainsi une même promotion, effectuent un bilan et partagent leurs « progrès ». Depuis le démarrage du programme, en 2011, 8 promotions d’entreprises ont été accompagnées. Plusieurs parties prenantes autres que les pilotes sont impliquées dans le programme Innovation PME®, qu’elles soient externes au programme (financeurs et acteurs de la stratégie régionale d’innovation, prescripteurs, partenaires comme l’Institut National de Propriété Industrielle, INPI, par exemple) ou internes : consultants formateurs, consultants experts et … relais territoriaux. Les relais territoriaux prospectent les entreprises, effectuent le diagnostic de départ pendant l’étape de commercialisation, étudient l’éligibilité de l’entreprise, orientent l’entreprise vers l’une des 3 options, mettent en relation l’entreprise avec un consultant expert (appairage), suivent l’accompagnement de l’entreprise par le consultant expert, effectuent un bilan intermédiaire puis un bilan final sur l’accompagnement, en lien avec le consultant expert et l’entreprise. Les relais territoriaux ont un rôle clé dans le bon déroulement d’une session d’accompagnement du programme Innovation PME® car ils interviennent du début jusqu’à la 15 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 fin, sont les premiers à être en contact avec l’entreprise et sont garants de la bonne mise en œuvre du programme. C’est pour cette raison que nous avons décidé d’étudier le travail effectué par l’un de ces acteurs clés depuis le démarrage du programme en 2011. 2.2 La constitution du matériau de recherche : recueil de données, production et structuration de l’information en vue de l’interprétation Le tableau n°1 ci-dessous présente les modalités du recueil de données et les méthodes utilisées pour produire et structurer l’information produite sur le terrain de recherche. Les informations produites ont deux sources : des informations produites et structurées pour une recherche antérieure menée par l’un des auteurs en collaboration avec un autre chercheur de 2013 à 2015. Celle-ci visait à co-construire, avec les principales parties prenantes internes et externes au programme Innovation PME®, une méthode d’évaluation du programme qui soit pertinente au regard des besoins des PME accompagnées ; des informations produites grâce à un protocole de recherche complémentaire, élaboré spécifiquement pour la présente recherche. 16 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 Tableau n°1 : Modalités du recueil de données et méthodes utilisées pour produire et structurer l’information produite lors de la recherche Contexte du Positionnement du chercheur par rapport au terrain de recherche Méthodes appliquées recueil de Méthodes de recueil de données et de production de l’information pour structurer données l’information Informations Observation directe non participante Technique du récit : recueillies - 7 réunions du comité de pilotage du programme (en présence des 1 récit portant sur le dans le cadre financeurs) processus de pilotage du d’une - 1 séminaire de démarrage d’une session d’accompagnement programme Innovation recherche - 1 conférence de promotion du programme dans le cadre d’un PME® antérieure cluster 1 récit retraçant le portant sur la Observation indirecte et non participante processus de conception co- Analyse de la documentation relative au programme, à usage du programme construction interne (supports d’aide au pilotage, au reporting et à la réalisation Innovation PME® d’une méthode d’une session d’accompagnement, supports à destination des d’évaluation consultants pour la formation et l’accompagnement des PME par Modèle du Cycle de vie du programme exemple) et à usage externe (articles publiés dans des revues d’un projet comme Innovation professionnelles par exemple) critère de structuration PME® - Entretien semi-directif conduit auprès d’un des représentants des du récit portant sur la financeurs publics du programme Innovation PME® conception du - Exploitation de questionnaires envoyés aux parties prenantes du programme programme Innovation PME® en vue de leur faire exprimer leurs attentes vis-à-vis de la méthode d’évaluation du programme Méthodes d’analyse des Observation indirecte et participante processus pour : - Entretiens semi-directifs auprès des 3 concepteurs du programme - identifier et Innovation PME®, puis co-rédaction d’un récit visant à produire, a cartographier les posteriori, une vision commune du déroulement des phases de processus du programme conception du programme, de la mise en œuvre de la première Innovation PME®, session d’accompagnement et du premier retour d’expérience. - structurer le récit - Entretiens semi-directifs auprès du pilote du programme puis coportant sur le pilotage du rédaction d’un récit visant à décrire, à partir de son témoignage, programme Innovation ses pratiques de pilotage. PME®, Observation directe participante - comparer le - Animation d’une réunion de créativité réunissant 3 relais déroulement de la territoriaux : description des actions menées dans le cadre du réalisation des sessions programme, recensement des situations d’évaluation du d’accompagnement au programme et formalisation d’un processus de déroulement d’une référentiel proposé par session d’accompagnement. les pilotes du plan PME - Animation d’un groupe de créativité, composé des représentants de la région Rhônedes principales parties prenantes au programme, visant à coAlpes construire une méthode d’évaluation du programme Innovation PME®, qui soit pertinente au regard des besoins des PME accompagnées. Informations Observation indirecte et non participante Comparaison recueillies - 27 bilans complets d’actions de soutien achevées, rédigés par le intuitive du contenu des spécifiquement relai territorial et comprenant les rubriques suivantes : profil de 27 bilans et des 5 fiches pour la l’entreprise accompagnée, parcours dans le cadre du programme, de traitement du dossier présente problématique initiale, principaux résultats (acquis opérationnels, de candidature recherche, acquis méthodologiques et effets connexes) auprès d’un - 5 fiches de traitement du dossier de candidature, rédigées par le Co-construction d’une relai territorial relai territorial et destinées au pilote du programme Innovation vision partagée du programme PME® pour analyse et validation (chercheur/praticien) du Innovation - 1 compte-rendu complet rédigé à l’issue du diagnostic initial diagnostic effectué par le PME® effectué par le relai territorial dans une des entreprises prospectées relai territorial pendant - Elaboration par le relai territorial, à la demande du chercheur, l’étape de d’un tableau synthétisant les données importantes relatives à commercialisation l’accompagnement des PME : critères d’une PME tels que définis par la Commission européenne (effectif, CA, critères relatifs au profil de l’entreprise (secteur d’activité, activité propre ou en soustraitance par exemple) et informations concernant les modalités 17 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 d’accompagnement (nombre d’accompagnements et nom du consultant par exemple) Observation indirecte et participante - Rédaction par le relai territorial, à la demande du chercheur, d’un document formalisant et illustrant les décisions prises lors de l’étape de commercialisation puis pour évaluer ces décisions pendant et à la fin de l’accompagnement (70 entreprises prospectées) ; formalisation, avec le chercheur du tableau n°2 cidessous et 2 entretiens téléphoniques pour éclairer, approfondir certains points Pour pouvoir apporter un éclairage sur le diagnostic initial effectué par les relais territoriaux pendant la commercialisation du programme, nous avions pensé au départ appliquer une méthode de recueil de données par entretiens semi-directifs qui auraient été conduits auprès des 5 relais territoriaux du programme Innovation PME®. Mais nous aurions alors renoncé à observer les pratiques de management de l’innovation des PME, ce qui est un principe clé pour l’étude des routines organisationnelles dans la practice perspective (Parmigiani et Howard-Grenville, 2011). Par conséquent, nous avons opté pour un zoom sur le travail effectué par l’un des relais territoriaux depuis le début du programme. Cette personne a prospecté 70 entreprises, en a accompagné 26, a conduit 38 actions de soutien (une même entreprise peut décider de mener jusqu’à trois actions ayant droit à un co-financement public). Nous lui avons demandé de décrire, de manière détaillée, ses observations du management de l’innovation. Nous avons exploité toutes les données qu’elle nous a transmises et informations produites spécialement pour la présente recherche. Nous avons, avec son aide, élaboré le tableau n°2 ci-dessous, qui vise à éclairer les décisions qu’elle a prises pendant le diagnostic effectué lors de la commercialisation du programme. 18 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 Tableau n°2 : Zoom sur le diagnostic effectué par un relai territorial du programme Innovation PME® pendant l’étape de commercialisation Situations d’interaction Modalités de l’étude des pratiques de Décisions prises pour l’accompagnement relai territorial/ PME management de l’innovation dans la de la PME dans le cadre du programme prospectée pour le PME prospectée Innovation PME® diagnostic initial 1er contact établi avec Toujours indirecte : Aller plus loin ou non l’entreprise - entretien téléphonique Il s’agit d’évaluer si l’innovation est - dans le cadre de la - échange de mails potentiellement une solution pertinente promotion du programme - rencontre hors du cadre de pour l’entreprise et que le programme ou/et de la prospection l’entreprise Innovation PME® est adapté. - via un prescripteur « lors de la journée de l’innovation « Un premier questionnement rapide m’a - à l’initiative de de l’Ain organisée par la CCI de permis de réorienter sur d’autres actions l’entreprise l’Ain en 2013 et 2014, plusieurs RDV de soutien à l’innovation du Plan PME car de 30 min ont été menés avec des la maturité du dirigeant/ entreprise était Objectif = vérifier qu’il y entreprises qui l’ont souhaité ». trop faible (primo-innovant) » a bien une problématique Réorienter éventuellement vers : d’innovation et que son Interlocuteurs : le dirigeant - un autre programme du Plan PME de la traitement rentre dans le d’entreprise (80% des cas) : « c’est région Rhône-Alpes : « pour l’entreprise cadre du programme lié au fait que les entreprises ont un A, il valait mieux offrir Innovation PME® effectif compris entre 20 et 50 un accompagnement d’un projet sur plus salariés » de 4 mois pour avoir une personne qui fait régulièrement le point sur l’avancement du Modalités projet, oriente vers les bonnes actions, les Questionnement rapide sur bons interlocuteurs, les bons dispositifs l’entreprise, la présence d’un ou financiers ». plusieurs projet (s) d’innovation, - une action de soutien hors Plan PME, l’expérience de l’innovation répondant à la problématique spécifique de (l’entreprise a-t-elle déjà mené l’entreprise et proposée par une structure plusieurs projets et si oui, comment, spécialisée (exemple d’InnoVales, freins, difficultés rencontrées, retour spécialisée dans l’innovation sociale et sur expérience), le type d’innovation solidaire) (procédé, produit, service, usage), les problématiques de management avancées par l’interlocuteur du type : « on n’arrive pas à croiser les infos qui remontent le bureau d’étude et le commercial » 2ème contact avec RV dans l’entreprise (entre 2h et Confirmer que le programme Innovation l’entreprise 4h) : PME peut répondre aux problématiques de - entretien avec le dirigeant l’entreprise Objectifs = présenter le d’entreprise, accompagné Ex : « Innovation PME ne pouvait pas programme Innovation éventuellement d’un membre de répondre à la problématique de PME® à l’entreprise, l’équipe dirigeante : directeur l’Entreprise X car elle relevait plutôt du confirmer l’intérêt du technique ou innovation (2 cas), lean management pour lequel l’entreprise programme et approfondir responsable commercial export (1 est déjà accompagnée ». l’analyse des besoins pour cas) marketing (1 cas), responsable définir une problématique de bureau d’étude (1 cas) Choisir l’option la plus pertinente parmi d’innovation en vue de - visite de l’entreprise qui permet de les trois options disponibles (A, B, C). l’accompagnement « bien se rendre compte de la Décision prise en fonction du/ des globalité de l’entreprise, de son besoin(s), du niveau d’avancement du organisation, de rencontrer d’autres (des) projet (s) d’innovation, de la façon personnes, de poser des questions sur dont le dirigeant présente les enjeux de la production de biens/ou et de l’entreprise. services, de repérer des pratiques « En 2013, j’ai un RDV avec l’entreprise attestant d’une posture positive par X, entreprise du traitement de surface qui rapport à l’innovation telles que la exprime des problématiques de gestion de présence de robots » projet innovant. Mais il y a aussi des problématiques de valorisation de Eventuellement un 2ème RV de l’innovation et de stratégie d’innovation. A 19 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 confirmation, qui dure de 1h à 2h. Diagnostic établi pour : - mieux connaître l’entreprise, ses enjeux, problématiques (innovation et autres) ; - « définir le niveau de maturité de l’entreprise par rapport à l’innovation, celle du dirigeant ou de l’équipe dirigeant » ; - exprimer les besoins de l’entreprise : « en général, je commence par cette partie et j’oriente ensuite la présentation d’Innovation PME en fonction des besoins détectés. » la fin du RDV, je propose les 2 points d’entrée aux deux dirigeants (M. et Mme X). Cependant, j’ai perçu avec mon collègue qui m’accompagnait, que Mr X n’était pas « mûr » pour aborder la stratégie. Il y avait nécessité de passer par un chemin détourné qui a été l’option C. En 2015, j’ai RDV avec l’entreprise P. Le dirigeant est intéressé par les 3 options mais avec une préférence pour l’option C (il exprime le besoin d’être accompagné/ coaché pour mener son projet). Cependant, de mon point de vue, on ne peut pas encore parler de projet d’innovation. C’est encore au stade de l’idée à valider. Donc, l’option A me paraît plus pertinente et je formule la problématique de l’entreprise comme suit : comment valider une idée d’innovation et construire un concept d’offre ? » Effectuer l’appairage entreprise/ consultant : Il s’agit de choisir le consultant expert qui assurera l’accompagnement individuel de l’entreprise. Le choix, élaboré intuitivement dès le 2ème contact, est ensuite mûri grâce à la relecture des notes prises après le RV, et des discussions avec d’autres relais territoriaux ou/et des collègues impliqués dans d’autres types d’action de soutien des PME (pas seulement du soutien à l’innovation). Critères de choix : - nature de la problématique d’innovation (stratégique, marketing stratégique, marketing stratégique + opérationnel, amélioration processus gestion de projet innovant, organisationnel, etc.) ; - « profondeur » de la problématique » : entreprise sensibilisée à l’innovation voulant institutionnaliser l’innovation (Alter, 2000) ou entreprise ayant déjà institutionnalisé l’innovation mais voulant atteindre une forme d’excellence ; - option (A, B ou C) ; - effets contingents du secteur d’activité. (par exemple, les filières numérique et agro-alimentaire induisent de fortes spécificités pour l’accompagnement) ; - savoir-être du dirigeant et de l’équipe dirigeante tels que perçus par le relai territorial « en 2012, lors du RDV avec l’entreprise C (2 RDV en tout), je m’aperçois que le dirigeant est direct, avec des idées/ opinions bien arrêtées mais une envie d’avancer, d’aller plus loin. Je dirige donc mon choix vers un consultant expert qui 20 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 n’hésite pas à provoquer, à tenir tête mais, par ailleurs, se montre très pédagogue et impliqué. Malgré quelques tensions entre le dirigeant et le consultant, le dirigeant a reconnu que le caractère du consultant et les tensions parfois présentes lui avaient permis d’avancer. Ils sont d’ailleurs aujourd’hui toujours en contact ». Choisir le consultant formateur Critères : - option (A, B, C) ; - disponibilité et « performance » en animation du formateur ; - localisation des entreprises dans la Région Rhône-Alpes pour alléger les contraintes de transport - profil des entreprises qui vont échanger entre elles. Notons que le relai territorial a la possibilité de réajuster, au cours du déroulement de la session d’accompagnement, les décisions prises. - L’option est confirmée ou modifiée lors du séminaire de démarrage (aucune entreprise sur les 26 accompagnées). - Le choix du consultant expert est validé par une rencontre physique entre le dirigeant et le consultant (RDV d’1 heure environ). Ce RDV permet aussi au consultant, qui a été auparavant « briefé » par le relai territorial, de prendre des informations, de confirmer la problématique d’innovation et de préparer un premier plan de travail (présenté ou pas au dirigeant lors de ce RDV). Un débriefing est effectué ensuite entre le relai territorial et le consultant expert sur le plan de travail prévu. Sur les 26 entreprises accompagnées, aucune n’a fait l’objet d’un changement de consultant à l’initiative du relai territorial ou du consultant, 1 à la demande de l’entreprise. - Des décisions de réorientation ou/et de compléments d’action peuvent être prises par le relai territorial durant l’accompagnement effectué par le consultant expert, en particulier au moment du bilan intermédiaire (entre la 3ème et la 5ème demi-journée). On constate que seules deux problématiques initiales ont été revues pendant l’accompagnement mais c’était suite à 21 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 des changements internes à l’entreprise donc indépendants du programme Innovation. PME®. Certaines, par contre, ont été enrichies. « l’entreprise W était engagée sur une option B. En juillet dernier, le consultant expert détectant, en plus de la problématique initiale portant sur le thème « construction d’une offre commercialisable et valorisation », une problématique stratégique de positionnement entre W et sa sœur I (qui fait quoi, vers qui, quel lien entre les deux), plus une problématique de business model. J’ai demandé au consultant de travailler ces deux points. Celui-ci n’étant pas un expert des business models, j’ai proposé au pilote du programme puis au dirigeant de l’entreprise de travailler ce point en complément, en testant un outil de l’option C avec le consultant qui l’avait construit pour le programme Innovation PME® ». - Lors du bilan final, se pose la question de la suite à donner : nouvel accompagnement dans le cadre du programme Innovation PME® ? Dans ce cas, l’entreprise peut opter soit pour un autre accompagnement collectif qui sera forcément relié à une nouvelle option, soit pour un autre accompagnement individuel, soit pour les deux. Autre action du plan PME de la région Rhône-Alpes ? Hors Plan PME ? La décision est prise après une discussion impliquant le dirigeant, le consultant et le relai territorial mettant en exergue ce qui a été « travaillé » (problématique complétement résolue ou partiellement), le « reste à travailler » (nature, urgence, importance, niveau de difficulté pour l’entreprise), et les souhaits de l’entreprise (« notamment par rapport au quand »). « En 2011, l’entreprise U suit une option A. Lors du bilan final, une suite est envisagée, notamment pour traiter des aspects marketing. Le dirigeant décide de la différer, invoquant la nécessité de digérer ce qui a été fait et de mettre en œuvre toutes les actions programmées, notamment une embauche. En juillet 2013, le dirigeant s’engage dans une option B plutôt qu’un accompagnement individuel car il souhaite un apport théorique via le séminaire de formation collective ». La discussion est consignée dans un document que le relai territorial rédige et transmet au pilote du programme. 22 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 III-‐ Les résultats de la recherche Grâce à la forte implication d’une praticienne dans la présente recherche, il a été possible d’apporter un éclairage sur la façon dont un acteur du soutien à l’innovation, ici un relai territorial du programme Innovation PME®, évalue la capacité d’innovation des entreprises qu’il prospecte afin de définir un plan d’action approprié. A la lueur de l’analyse des résultats de la recherche de terrain, et mobilisant un cadre théorique fondé sur le concept de routine organisationnelle, nous suggérons que ce n’est pas tant la capacité d’innovation qu’il évalue mais, plutôt, l’aptitude de la PME à faire évoluer sa (ses) pratique(s) du management de l’innovation. Dans le §3.1, nous proposons une définition contextualisée de l’expression « pratique et pratiques du management de l’innovation dans une PME ». Dans le §3.2, nous présentons des pistes de réflexion concernant les facteurs susceptibles de freiner ou au contraire de favoriser l’évolution des routines organisationnelles contribuant à la pratique du management de l’innovation. 3.1 Pratique et pratiques du management de l’innovation dans une PME : éclairage sémantique Après avoir mené la recherche, nous confirmons l’intérêt de considérer le management de l’innovation comme une capacité dynamique. Cette capacité dynamique vise à conduire des actions, effectuer des choix, mettre en œuvre des structures en interaction avec son environnement économique et social, pour favoriser l’émergence, décider du lancement et mener à bien des projets d’innovation (Fernez-Walch et Romon, 2013). Nous inscrivant dans la practice perspective (Parmigiani et Howard-Grenville, 2011), nous proposons de définir la pratique du management de l’innovation comme la mise en œuvre, par des parties prenantes et acteurs humains d’une même organisation ou de plusieurs organisations, de cette capacité dynamique. 23 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 Nous suggérons que la capacité dynamique « management de l’innovation » peut être représentée comme un ensemble de combinaisons de routines organisationnelles que nous nommons méta-routines en référence au terme utilisé par Adler et al., 1999. Ces combinaisons ont en commun le but de favoriser et de conduire l’innovation sous toutes ses facettes dans la PME. Nous confirmons l’idée que, dans une PME, l’innovation ne doit pas être réduite à ses dimensions technologiques car elle mobilise bien d’autres types de savoirs : des savoirs marketing, logistiques, juridiques, etc. Certaines PME étudiées ne disposaient d’ailleurs pas d’un département recherche et développement. L’innovation mobilise aussi des savoir-faire (connaissance des besoins d’innovation des clients pour une PME en B to B par exemple) et même des savoir-être (posture proactive par rapport à l’innovation par exemple). Nous avons repéré, dans le cas du programme Innovation PME®, trois méta-routines. Ce sont les options du programme : option A « stratégie d’innovation », option B « marketing de l’innovation » et option C « management de projets innovants ». Nous avons comparé ces trois options aux 15 pratiques de management de l’innovation de Boly et al. (2014), qui nous paraissent être également des méta-routines et aux bonnes pratiques de management de l’innovation proposées dans le guide français (AFNOR, 2013) et les spécifications techniques européennes (CEN, 2013) du management de l’innovation. Si le concept de capacité dynamique nous paraît correspondre à une « réalité » des PME observées, il nous semble que celui de métaroutine ne l’est pas. Dans le cas du programme Innovation PME®, l’option est « un cadre marketing qui permet de faire rentrer une entreprise dans le programme par un point ou un autre, un moyen également d’approcher ce qu’on ressent comme étant le moteur du dirigeant de l’entreprise ». Il s’agit donc d’un « construit », imaginé par un observateur extérieur à la PME pour pouvoir évaluer sa capacité d’innovation et cerner rapidement les besoins présupposés des PME. Le relai territorial observe des artéfacts (présence d’un robot), s’attache à aux propos des dirigeants (« les mots utilisés sont importants ») et opère des 24 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 recoupements. Il analyse également le savoir-être du dirigeant pour, nous semble-t-il, approcher des artéfacts intangibles et non formalisables. Avec seulement trois méta-routines et une visite rapide de l’entreprise, le relai territorial est capable de définir la problématique de management de l’innovation qui servira de fil conducteur à l’accompagnement. Cette problématique n’a jamais remise en cause dans les 26 PME accompagnées étudiées, sauf dans deux cas de changement brutal survenu dans l’entreprise donc indépendant du programme (licenciement du dirigeant d’une entreprise par exemple). Une des clés du soutien à l’innovation ne serait-elle pas l’appropriation par le dirigeant de la PME et ses collaborateurs, de ce construit exogène à la PME qu’est la méta-routine ? Nous constatons que la pratique du management de l’innovation passe par la mise en œuvre, par des parties prenantes et des acteurs humains, de routines organisationnelles. Dans les PME observées, les parties prenantes impliquées dans le management de l’innovation étaient : le dirigeant de l’entreprise, l’équipe de direction, les cadres intermédiaires (peu nombreux voire absents) et parfois les opérationnels (« normalement car en pratique cela dépend des entreprises, du nombre de niveaux hiérarchiques, etc. »), les clients (B to B) et les fournisseurs (parfois). Nous inscrivant dans la practice perspective décrite par Parmigiani et Howard-Grenville (2011), nous proposons l’expression « pratiques de management de l’innovation (MI) » pour désigner les routines organisationnelles telles que mises en oeuvre. En accord avec un relai territorial du programme Innovation PME®, nous distinguons deux types de routines : celles relatives au I de MI (commercialiser un nouveau produit) et celles qui concernent le M de MI (intelligence économique, piloter un projet). Nous voyons que le construit méta-routines permet de combiner les deux types de routines : par exemple « concevoir un nouveau prototype sur la base d’un brevet déposé et « piloter un projet d’innovation » sont deux routines interdépendantes (I de MI, M de MI), inhérentes à l’option C du programme Innovation PME®. Comme Parmigiani et Howard-Grenville (2011), nous 25 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 soulignons la proximité sémantique du terme tacite et du terme performatif. Par exemple, le choix de stopper un projet d’innovation en cours dans une PME est une action spécifique, effectuée par une personne spécifique (qui est souvent le dirigeant de l’entreprise), dans des lieux et des temps spécifiques, donc pourrait représenter un aspect performatif, et « la démarche go/no go associée à la conduite du projet » un aspect ostensif (relatif à l’idée générale, abstraite de la routine) d’une même routine que l’on pourrait nommer « piloter un projet d’innovation ». Le caractère tacite de cette routine ne tient-il pas à ses aspects performatifs ? Pour conclure, nous suggérons de retenir l’expression « pratique et pratiques du management de l’innovation ». Etudier la pratique du management de l’innovation dans une PME, c’est étudier la façon dont est mise en œuvre la capacité dynamique « management de l’innovation » en tant que « tout ». Nous faisons l’hypothèse que cette capacité dynamique repose sur la mise en œuvre d’une combinaison complexe de routines organisationnelles, certaines reliées au I de MI, d’autres reliées au M de MI. 3.2 Facteurs pouvant influencer l’évolution de la pratique du management de l’innovation Nous avons tenté de repérer les facteurs qui nous paraissent avoir influencé l’évolution de la (des) pratique(s) du management de l’innovation dans les PME accompagnées. Certains sont inhérents à l’action de soutien à l’innovation, d’autres relèvent des particularités des PME accompagnées. Comme on pouvait s’y attendre, le programme Innovation PME® a exercé une influence sur la dynamique des routines du management de l’innovation des PME accompagnées : adoption de nouvelles routines (démarche de propriété intellectuelle par exemple) ; création de nouvelles routines (par exemple mise en place d’échanges formels et réguliers, une fois par mois, entre le responsable technique, le dirigeant et le responsable marketing et commercial 26 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 afin de croiser leurs informations et de nourrir une réflexion stratégique visant à faire émerger des idées d’innovation). Le programme Innovation PME® a également eu un impact sur d’autres routines que celles relatives au management de l’innovation (par exemple modification de la comptabilité analytique afin qu’elle soit plus adaptée à la situation de l’entreprise, à ses activités). Nous confirmons ainsi l’idée de « processus de constitution mutuel » de Feldman et Orlikowski (2011) et notre proposition de ne pas étudier les routines de management de l’innovation indépendamment des autres routines de l’entreprise car certaines d’entre elles peuvent contribuer à mettre en œuvre la capacité dynamique « management de l’innovation » en tant que tout. Le relai territorial attache d’ailleurs une attention particulière à ces routines lors de la visite de l’entreprise : « quand je vois du lean management, alors je me dis que l’entreprise est prête à adopter une posture positive par rapport au MI ». Pour cette raison, à l’expression « pratiques du management de l’innovation », nous préférons « pratiques de management de l’innovation ». Celles-ci s’incarnent au travers de la mise en oeuvre de trois types de routines que nous qualifierons de dynamiques : 1) des routines liées à l’activité d’innovation (I de MI) ; 2) des routines liées à l’activité de management de l’innovation (M de MI) ; 3) des routines organisationnelles contribuant de façon indirecte, du fait de leur interdépendance avec les deux types précédents de routines, à la pratique du management de l’innovation en tant que tout. Et nous suggérons que la prise en compte des trois types de routines pourrait être un facteur influençant le succès de l’accompagnement. Nous constatons, qu’au cours d’un accompagnement, la façon dont une PME perçoit ses pratiques de management de l’innovation est modifiée du fait du programme. Il nous semble que la composante collective du programme (séminaire de démarrage et demi-journée de formation collective), fondée sur le construit « option », aide plutôt à modifier l’aspect ostensif des routines alors que l’accompagnement individualisé contribue à modifier leur 27 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 aspect performatif. Par exemple, dans une entreprise en B to B, le dirigeant et ses collaborateurs ont appris à raisonner en terme de bénéfice client plutôt qu’en termes de caractéristiques techniques lors de leurs échanges avec leurs clients. La combinaison « collectif et individuel » nous paraît donc être une clé du programme Innovation PME®. Trois types de facteurs inhérents aux PME accompagnées nous paraissent avoir favorisé, ou au contraire freiné l’évolution de leur pratique du management de l’innovation. Il s’agit en premier lieu de ce que les acteurs du programme Innovation PME® appellent la « maturité » de l’entreprise en terme de management de l’innovation, c’est-à-dire l’état des compétences individuelles et collectives en matière d’innovation (le I de management de l’innovation) d’une part et de management (le M de management de l’innovation) d’autre part. Plus une entreprise dispose de compétences sur le M de MI, plus elle semble réceptive à l’idée de faire évoluer sa pratique du management de l’innovation. Les facteurs liés aux spécificités du contexte de l’entreprise (secteur d’activité, présence d’une activité de R&D ou non, d’une offre de nouveaux produits en propre, rapport client-fournisseur, etc.) agiraient également comme des catalyseurs ou des freins pour l’action de soutien. Par exemple, les PME ayant déjà une activité de conception de produits propres sembleraient beaucoup plus proactives que celles étant toujours dans une logique de sous-traitance. Enfin, la personnalité du dirigeant et la culture de l’entreprise sont considérés par tous les relais territoriaux comme les facteurs majeurs à prendre en compte dans l’accompagnement (voir l’exemple donnée dans le tableau n°2 concernant l’appairage consultant expert/entreprise). Conclusion L’objectif initial en abordant la présente recherche était managérial. Il s’agissait de répondre à la question suivante, problématique clé pour les pouvoirs publics : comment un acteur du 28 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 soutien à l’innovation des PME peut-il évaluer efficacement la capacité initiale des entreprises qu’il prospecte afin de définir un plan d’action approprié ? Pour répondre à cette question, nous avons réalisé une revue de la littérature, consultant des sources d’information scientifiques (revues académiques) et des sources d’information à caractère professionnel (normes françaises et européennes par exemple). Nous avons confirmé l’idée que les modèles actuellement utilisés par les pouvoirs publics ne sont pas pertinents pour mesurer la capacité d’innovation d’une entreprise quelle qu’elle soit ; que les modèles proposés dans des revues académiques ne sont pas pertinents ou/et applicables dans le contexte de notre recherche. Adoptant une posture constructiviste, nous avons décidé de revenir vers le terrain et nous avons mené une recherche, de type interprétatif, dans le cadre du programme Innovation PME®, programme de soutien à l’innovation financé par des fonds publics et à destination de près de 400 PME de la région Rhône-Alpes. Nous avons mobilisé un cadre théorique fondé sur le concept de routine organisationnelle pour interpréter les observations effectuées par l’un des acteurs du programme dans les 70 entreprises qu’il a prospectées depuis le début du programme, et de façon plus approfondie, dans les 26 PME qu’il a accompagnées. Nous avons pu ainsi apporter un éclairage sur les pratiques de management de l’innovation telles qu’observées par un acteur du soutien à l’innovation dans le cadre du programme Innovation PME®. Nous avons élaboré une définition contextualisée de l’expression « pratique du management de l’innovation dans une PME ». Nous suggérons que cette pratique consiste à mettre en œuvre et à améliorer le management de l’innovation en tant capacité dynamique. Nous proposons d’étudier cette capacité dynamique comme une combinaison complexe de routines organisationnelles. Certaines relèvent du I de MI, d’autres du M de MI, d’autres encore ne portent pas sur le management de l’innovation mais y contribuent, de par leur interdépendance avec les précédentes. Nous qualifions de pratiques de management de l’innovation, la mise en œuvre de ces routines. Nous avons également 29 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 commencé à réfléchir sur l’influence que certains facteurs exercent sur l’évolution de la pratique du management de l’innovation et des pratiques de management de l’innovation. Notre contribution est à la fois managériale et scientifique. Sur le plan managérial, nous posons les bases d’une réflexion sur ce que pourrait être une action publique de soutien à l’innovation des PME efficace et efficiente. Sur le plan scientifique, nous contribuons à nourrir la recherche en management de l’innovation dans ces organisations particulières que sont les PME. Nous attestons qu’un cadre théorique fondé sur le concept de routine organisationnelle peut être utilisé pour étudier un phénomène réel qui est la pratique du management de l’innovation d’une PME, offrant ainsi une nouvelle contribution empirique au corpus scientifique. Nous montrons également l’intérêt de relier deux perspectives théoriques cloisonnées (Parmigiani et Howard-Grenville, 2011) pour l’étude des pratiques de management : la capabilities perspective et la practice perspective. La recherche étant de type constructiviste, elle a une portée exploratoire. Les résultats de la recherche, obtenus selon un raisonnement inductif grâce au terrain de recherche, ne peuvent en aucun cas être qualifiés de « valides ». Nous souhaitons poursuivre notre réflexion conceptuelle. Nous espérons pouvoir formuler des hypothèses de recherche concernant la (les) pratiques du management de l’innovation que nous pourrions alors tester sur le terrain. Nous pensons étendre le recueil de données relatif à l’accompagnement des PME à tous les relais territoriaux du programme Innovation PME®. Nous envisageons ensuite de mener une recherche empirique dans un autre contexte où la capacité à faire évoluer les pratiques de management de l’innovation des PME devient un défi stratégique pour les pouvoirs publics : le secteur de l’action sociale et de santé de la région Midi-Pyrénées. Bibliographie Adler, P. S., Goldaftas, B., & Levine, D. I. (1999). Flexibility versus efficiency: A case study of model changeovers in the Toyota production system. Organization Science, 10, 43–68. 30 6ième Rencontre du Groupe de Recherche Thématique « Innovation » de l’AIMS, septembre 2015 AFNOR (2013), Management de l'innovation - Guide de mise en œuvre d'une démarche de management de l'innovation. FD X50-271. Décembre 2013, Paris. Bender, G., Laestasius, S., 2005. Non-science based innovativeness. On capabilities relevant to generate profitable novelty. Journal of Mental Changes 11 (1–2), 123–170. Boldrini, J., Schieb-Bienfait, N., Chene, E. 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