Etat des lieux de l`emploi dans les maisons de repos et de soins
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Etat des lieux de l`emploi dans les maisons de repos et de soins
Etat des lieux de l’emploi dans les maisons de repos et de soins dans la région du Centre Rapport de l’étude qualitative sur les besoins et difficultés d’un secteur d’activité en Région du Centre Xavier Lorent Décembre 2008 T Taabbllee ddeess m maattiièèrreess I. Introduction II. Objectifs III. Problématique IV. Méthodologie 1. L’entretien semi-directif 2. L’analyse de contenu 3. Le guide d’entretien 4. Le protocole d’entretien 5. L’échantillon 6. Les entretiens 7. La retranscription V. Analyse des résultats 1. Découpage et normalisation des contenus 2. Inventaire et décompte des catégories de base 3. La distribution et le regroupement sous des catégories telles que définies par le guide d’entretien 4. Recherche systématique des mots associés avec les mots reclassés 5. Qualifications des contenus VI. Discussion VII. Perspectives de population et évolution du secteur VIII. Conclusion IX. Bibliographie Xavier Lorent 3 5 6 8 8 10 13 17 17 18 18 19 19 27 33 39 42 43 48 50 53 Décembre 2008 I. Introduction Le Comité Subrégional de l’Emploi et la Formation est une structure locale de concertation et d’initiatives composée de représentants syndicaux et patronaux. Il chapeaute une Commission chargée d’améliorer l’insertion des chercheurs d’emploi. Dans ce cadre, une vaste action a été entreprise dans le secteur de l’action sociale et de la santé pour l’ensemble de la région couverte par la Direction régionale du Forem Conseil de La Louvière auquel le CSEF est intégré depuis 2003. Géographiquement, cela correspond au territoire des communes de La Louvière, Binche, Manage, Braine-le-Comte, Morlanwelz, Chapelle-lez-Herlaimont, Anderlues, Enghien, Seneffe, Ecaussinnes, Erquelinnes, Le Roeulx, Silly, Estinnes et Merbes-le-Chateau. Il a été décidé de circonscrire le champ d’activité de cette action au secteur des maisons de repos. La première partie de cette enquête s’appuie notamment sur l’écosystème du secteur du nonmarchand, spécialement les hôpitaux et maisons de repos, en Région wallonne réalisé par Survey and Action1, pour Le Forem. Cette enquête quantitative a pour objectif de décrire au mieux les besoins et difficultés rencontrés par les employeurs de ce secteur dans le cadre d’une recherche de meilleure adéquation entre la demande de qualification des employeurs et l’offre de compétence des chercheurs d’emploi. L’analyse des résultats de cette recherche a donné lieu à la réalisation d’une enquête qualitative visant à comprendre le processus de recrutement et les besoins qui en découlent. Ce sont les résultats de cette recherche qui vous sont présentés dans ce rapport. L’étude qui vient d’être réalisée l’a été au moyen d’entretiens semi-directifs analysés par le biais d’une analyse logico-sémantique de contenu. Quinze entretiens ont été réalisés auprès des établissements de la région circonscrite et trois autres interviews se sont déroulées auprès des permanents syndicaux CNE et SETCA du secteur et auprès du représentant de la FEMARBEL2 par le chargé de mission du CSEF de la Région du Centre. Les résultats de ces analyses seront traités dans la seconde partie du rapport de recherche. Auparavant, la première partie de ce rapport abordera la méthodologie de travail utilisée dans la démarche d’enquête. Le choix des outils sera explicité et justifié. La transparence du modus operandi constitue bien évidemment une des conditions d’objectivité du travail. L’entretien semi-directif n’est pas le seul mode de recueil de données et il conditionne évidemment le type d’analyse qui est effectué a posteriori. Il est donc nécessaire de commenter le choix de cette méthode par rapport à une autre et de détailler l’analyse logico-sémantique de contenu qui lui fait suite. Les résultats ne manqueront pas de nous éclairer sur le processus de recrutement propre aux entreprises du secteur et sur leurs besoins tant en compétences qu’en main-d’œuvre, compétente ou à former. Le Dispositif Intégré d’Insertion Socioprofessionnelle (DIISP) a pour objectif la mise à l’emploi de personnes dites éloignées du monde du travail. Elles sont peu qualifiées et leur insertion dans une activité rémunérée constituerait, pour elles, la prise en marche d’un train les conduisant au sein d’une société qui exclut aujourd’hui davantage qu’elle n’inclut. Pour 1 Survey&Action, Institute for consumer research and communication analysis, Rapport de recherche : Les attitudes et les pratiques à l’égard de la gestion en ressources humaines dans l’écosystème du non-marchand en Région wallonne, Série1 : Hôpitaux et maisons de repos, Edité par Le Forem, Février 2006. 2 La FEMARBEL est la Fédération patronale des maisons de repos et de soins privées de Belgique. Xavier Lorent Décembre 2008 paraphraser Mateo Alaluf3, nous verrons le chômage comme ayant un caractère excluant dans la mesure où il brise, à toute personne qui y émarge, le lien social qui a trait dans les activités de loisirs liées à la consommation. Mais il prive également ces personnes des liens sociaux qui sont tissés au sein même des relations de travail entre collègues. Pour finir, comme Boltanski et Chiapello le décrivent dans leur critique du capitalisme, le non travail indemnisé est une forme puissante d’exclusion de la société – et non pas un assistanat comme le soulignent certains – dans la mesure où il empêche le chômeur de s’insérer dans des réseaux sociaux qui auraient pu lui conférer une certaine mobilité (par effet d’interaction) dans une société capitaliste qui exhorte, entre autre, à la flexibilité des travailleurs et à de nombreuses délocalisations. Au-delà du contour dressé par l’enquête quantitative, quelle peut être l’évolution du secteur face à ses défis d’avenir ? Et comment concilier les besoins en main-d’œuvre avec l’offre de compétence, en dehors bien sûr du problème non abordé de la pénurie d’infirmières ? 3 M. Alaluf, Sociologie du Travail, Syllabus de cours, Université Libre de Bruxelles, PUB, 2003. Xavier Lorent Décembre 2008 II. Objectifs L’ensemble de cette action autour des maisons de repos et de soins de la région du Centre a pour objectif une meilleure connaissance du secteur afin d’améliorer l’adéquation entre la demande de qualification des employeurs et l’offre de compétence des chercheurs d’emplois. Le but précis poursuivi par l’enquête qualitative est de comprendre les besoins et difficultés du secteur tels qu’ils ont été identifiés lors de la phase d’investigation précédente. L’analyse qualitative, dont le rôle est de comprendre, va expliquer ce que l’analyse quantitative, réalisée précédemment, n’a fait que constater. Et, dans le cas qui nous occupe, ce qu’il faut comprendre c’est le processus de recrutement propre à ce secteur. L’ensemble des besoins et difficultés exprimées lors de l’enquête de 2006 concerne les problèmes à l’embauche que rencontrent les employeurs. Il est évident qu’ils ont d’autres soucis. Toute question porte en elle sa propre signification et oriente en cela les réponses des enquêtés en fonction de la problématique du chercheur. Cette démarche ne fait pas exception. Le Comité Subrégional de l’Emploi et la Formation a notamment pour mission l’insertion sur le marché du travail des publics éloignés de l’emploi. Dans un désir de connaissance et de compréhension de secteur particulier, il cherche donc à discerner les mécanismes de recrutement afin de permettre la rencontre productive des dirigeants d’entreprises et des personnes peu qualifiées désireuses de s’insérer dans une société où elles peinent à trouver leur place. Au sein même du processus de recrutement, il importe donc de déchiffrer les défauts de compétences techniques et sociales qui empêchent l’engagement d’un demandeur d’emploi. Mais il est également nécessaire d’évaluer le rapport des employeurs aux formations existantes, leur besoin réel de recrutement et, en dernier lieu, les solutions qu’ils bricolent quotidiennement pour remédier à tout cela. Ce rapport lèvera certainement un coin du voile sur ces sujets. Xavier Lorent Décembre 2008 III. Problématique Avant de nous consacrer à l’analyse des données qui ont été recueillies durant la phase d’entretien, il convient de revenir sur notre problématique et de la définir correctement afin de nous entendre sur ce dont nous parlons. Nous l’avons vu, l’action générale portant sur les maisons de repos en région du Centre vise une meilleure connaissance de ce secteur afin de connaître des besoins en rapport avec l’embauche d’une part et, d’autre part, il s’agit, dans le cadre du Dispositif Intégré d’Insertion Socioprofessionnelle (DIISP), de connaître les compétences permettant l’engagement de personnes éloignées de l’emploi. Qu’entendons-nous exactement par maison de repos ? Il existe différents types d’établissements dont vous trouverez les définitions ci-dessous. La maison de repos En Région wallonne, la maison de repos est définie comme étant un établissement destiné à l'hébergement de personnes âgées de 60 ans au moins qui y ont leur résidence habituelle et y bénéficient de services collectifs familiaux, ménagers, d'aide à la vie journalière et, s'il y a lieu, de soins infirmiers ou paramédicaux4. La maison de repos et de soins Les maisons de repos et de soins sont des établissements destinés aux personnes âgées nécessitant des soins, et dont l’autonomie est réduite en raison d'une maladie de longue durée, étant entendu qu'une surveillance journalière et un traitement médical spécialisé ne s'imposent pas. Maison de repos – Résidence service Un ou plusieurs bâtiments, quelle qu'en soit la dénomination, constituant un ensemble fonctionnel et comprenant des logements particuliers destinés aux personnes âgées de 60 ans au moins leur permettant de mener une vie indépendante et disposant obligatoirement de services auxquels elles peuvent faire librement appel. Des locaux, équipements et services collectifs de la résidence services peuvent également être accessibles à d'autres personnes âgées de soixante ans au moins. Maison de repos – Centre de jour On entend par là aussi les revalidations (ex postopératoire) Maison de repos – Court séjour Un établissement destiné à accueillir des personnes répondant aux mêmes critères qu'en maison de repos et de soins, mais pour lequel l'accueil est limité à la journée. 4 Décret 5.6.1997, art.2 relatif aux maisons de repos, résidences-services et aux centres d’accueil de jour pou personnes âgées et portant création du Conseil wallon du troisième âge (M.B. 26.6.1997), In I. Bienfait, Les maisons de repos et de soins dans la région du Centre : Etude réalisée dans le cadre du projet Trends, CSEF de la région du Centre, Septembre 2007, p. 4. Xavier Lorent Décembre 2008 Ce secteur a été choisi par les membres du Comité Subrégional de l’Emploi et la Formation car il est un secteur d’emploi assez important sur le territoire de la région du Centre. L’ensemble de cette action (étude quantitative et recherche qualitative) couvre donc un territoire correspondant au seize communes de la Direction Régionale de Forem Conseil La Louvière. La raison en est simple : il s’agit du territoire de couverture administrative du CSEF de la région du Centre. Cette délimitation du champ d’action de la recherche nous a permis d’identifier soixante établissements s’occupant des aînés en région du Centre. La problématique étant conceptualisée, le chapitre relatif à la méthodologie dressera le modus operandi du recueil des données et de leur traitement dans le cadre de l’enquête qualitative qui s’est déroulée en cette fin d’année 2008. Xavier Lorent Décembre 2008 IV. Méthodologie Cette action a comme point de départ la recherche d’une meilleure adéquation entre la demande de qualifications des employeurs et l’offre de compétences des chercheurs d’emploi. Comme cela a été mentionné plus haut, une action a déjà été réalisée précédemment. Il s’agissait d’une enquête quantitative réalisée auprès des soixante maisons de repos et de soins sur le territoire étudié. Trente-et-un établissements ont répondu, sur base volontaire, à l’enquête et cela a permis, avec l’analyse également de l’écosystème réalisé en 20065, de mettre à jour un certain nombre d’hypothèses qu’il est nécessaire de vérifier. Cette deuxième phase de l’enquête se déroulera en deux temps. Premièrement, dix-huit entretiens semi-directifs seront réalisés auprès des établissements du secteur (15 entretiens exactement) et des représentants des travailleurs et des patrons du secteur (un entretien auprès du SETCA, un entretien auprès de la CNE et un entretien auprès de la FEMARBEL) afin de recueillir un discours sur les thèmes qu’il convient d’analyser. Nous reviendrons sur la nature et le nombre des entretiens ultérieurement. En dernier lieu, il faudra retranscrire et analyser le matériau recueilli à l’aide d’une méthode logico-sémantique d’analyse de contenu. 1. L’entretien semi-directif L’entretien est une technique d’enquête dont la vocation est avant tout d’établir un rapport égalitaire entre l’interviewer et l’interviewé de façon à ce que celui-ci ne se sente pas contraint de donner des informations sur un sujet imposé et avec des schèmes de perceptions qui ne sont pas les siens. En cela, ce qui est recueilli est donc un discours riche qui est propre au locuteur qui l’énonce et qui n’a de sens particulier que pour lui et dans un contexte particulier : celui de l’entretien. Le but principal de l’entretien est d’amener l’enquêté à coopérer6. L’entretien semi-directif est la méthode la plus appropriée dans le cas qui nous occupe. Il se base sur la connaissance antérieure qu’apporte le questionnaire directif réalisé précédemment et il s’appuie sur une forme de méconnaissance propre à l’entretien non directif, c’est-à-dire qu’il invite l’interviewé à utiliser ses propres termes et ses propres cadres de références pour répondre7. L’entretien est semi-directif en ce sens qu’il n’est ni entièrement ouvert, ni canalisé par un grand nombre de questions. L’enquête quantitative qui a précédé sert donc de cadre de référence à l’enquête qualitative qui a suivi et qui permet d’analyser la problématique un peu plus en profondeur. En effet, c’est l’interaction interviewer/interviewé qui va décider du déroulement de l’entretien avec comme point de départ la question starter et le thème de recherche. C’est pour cela que l’entretien est dit semi-directif. Il est mû par le besoin impérieux d’un 5 Survey&Action, Institute for consumer research and communication analysis, Rapport de recherche : Les attitudes et les pratiques à l’égard de la gestion en ressources humaines dans l’écosystème du non-marchand en Région wallonne, Série1 : Hôpitaux et maisons de repos, Edité par Le Forem, Février 2006. 6 A. Blanchet, A. Gotman, L’enquête et ses méthodes : l’entretien, sous la direction de F. de Singly, Armand Colin, Paris, Février 2007, p.11. 7 R. Ghiglione, B. Matalon, Les enquêtes sociologiques : théorie et pratique, Armand Colin, Collection U, Paris, Janvier 1978, p. 79. Xavier Lorent Décembre 2008 chercheur de participer à une discussion sur un sujet précis dont il ne connaît pas l’issue (il ne sait pas ce qu’il va récolter) mais qui est guidé par des thèmes ou hypothèses de recherche. L’entretien demande cependant un certain nombre d’ajustements qui constituent à proprement parler la technique d’interrogation. Tout comme l’analyse quantitative a son questionnaire standardisé, l’entretien possède son guide dont le but est de baliser le déroulement de la discussion. Dans le cas qui nous occupe, le guide d’entretien a été construit sur base des éléments mis en exergue lors de l’enquête précédente. Il sera explicité ci-après. Il importe également d’adopter un certain nombre d’attitudes, aussi peu directives soientelles, qui constituent la méthode même de l’entretien semi-directif : • • • • • • Poser le moins de questions possibles. L’excès de questions va conduire le répondant à adopter une posture scolaire et il répondra sommairement aux questions après avoir obtenu de votre part l’autorisation de répondre8 ; Exposer brièvement les objectifs de l’entretien et ce qui en est attendu afin de donner le ton général d’une conversation libre et ouverte ; Formuler ses interventions de manières aussi ouvertes que possible pour ne pas prendre le risque d’imposer ses propres catégories mentales ; S’abstenir de s’impliquer soi-même dans le contenu de l’entretien. On entend par là qu’il ne faut pas s’engager dans des débats d’idées qui risqueraient d’éloigner le répondant du cadre de l’entretien ou encore de l’orienter. Mais, en suivant l’exemple de Jean-Claude Kauffmann, on peut dire que, même si l’enquêteur reste le maître du jeu, celui-ci ne doit pas hésiter à mettre sa grille de côté afin de faire commenter par l’enquêté une information majeure qu’il aurait livré trop brièvement.9 On le voit, la posture à adopter lors de l’entretien semi-directif n’est pas simple. Elle vise un échange approfondi entre les deux protagonistes de l’enquête afin d’accéder à des informations essentielles dans une situation où chacun trouve toujours sa place. Il convient donc à l’enquêteur de montrer qu’il dirige l’entretien sans pour autant brider son interlocuteur ; Veiller à ce que l’entretien se déroule dans un environnement et un contexte adéquats. Il est souvent préférable de se déplacer dans le sociotope de la personne interrogée, de la rencontrer à un moment où elle dispose d’un temps libre suffisant (entre 45 min et 1h30) ; Enregistrer systématiquement les entretiens. L’enregistrement est bien entendu subordonné à l’autorisation préalable du répondant. Dans cette enquête la moitié des entretiens ont été réalisés par les Conseillers en ressources humaines du Forem Conseil. Ceux-ci ont réalisé leurs entretiens par prise de note et non par enregistrement. Il y a donc là un biais certain qu’il faudra évaluer lors de la phase d’analyse. On ne pourra dire que le biais est important que dans la mesure où le discours recueilli par les CRH diffère fortement des autres entretiens. Il y a fort à penser que, même si l’on détectera certaines différences ou bien l’absence d’informations complètes dû à la prise de note qui enregistre l’information avec les catégories mentales de celui qui note, les informations essentielles ne seront pas biaisées. Mais il importe de connaître ce biais pour ne pas le surenchérir. De même il convient d’analyser ces discours pour ce qu’ils sont : des retranscriptions de discours 8 R. Quivy, L. Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, DUNOD, 2e édition, Paris, 1995, p.69. 9 J.-C. Kauffmann, L’enquête et ses méthodes : l’entretien compréhensif, sous la direction de F. de Singly, Armand Colin, Paris, Mars 2006, p.48. Xavier Lorent Décembre 2008 donc des matériaux déjà modifiés puisque provenant du locuteur jusqu’au récepteur (le chercheur) via une source intermédiaire. D’un point de vue pratique, l’entretien est plus aisé à mettre en place dans la mesure où l’on interroge un nombre plus restreint de personnes et il ne nécessite pas la mise en place d’un échantillon représentatif. Le but n’est pas de produire une statistique de plus sur le sujet mais bien de comprendre et d’analyser certains éléments. Il faut pouvoir déboucher sur des propositions d’actions concrètes. « Les informations issues des entretiens sont validées par le contexte et n’ont pas besoin de l’être par leur probabilité d’occurrence.10 » Le corpus de l’enquête, la population, est donc, ici, les maisons de repos ayant répondu à la première phase de l’étude, à savoir trente-et-un organismes du secteur concerné. Ce corpus, nous l’avons constitué de manière diversifiée reposant sur une sélection caractéristique de la population. Nous reviendrons à ce sujet ultérieurement. Ce type de recueil d’information sera combiné à une analyse de contenu afin de dégager et d’expliciter le plus clairement possible le matériau récolté. Cela devrait nous permettre de mieux comprendre les pratiques étudiées. 2. L’analyse de contenu En recherche sociale, la méthode des entretiens est toujours associée à une méthode d’analyse de contenu.11 L’analyse de contenu répond aux exigences d’explicitation, de stabilité et d’intersubjectivité des procédures. L’entretien ne parle évidemment pas de lui-même et l’analyse consiste donc à sélectionner et à extraire les données susceptibles de permettre la confrontation des hypothèses aux faits. Analyser le contenu, c’est rechercher les informations qui s’y trouvent, dégager le sens ou les sens de ce qui y est présenté, […] «formuler ou classer tout ce que « contient » ce document ou cette communication.12 » L’objectif de l’analyse de contenu est donc double : stabiliser le mode d’extraction du sens et produire des résultats répondant aux objectifs de la recherche13. Ce type d’analyse est un sous-ensemble de ce qu’on appelle l’analyse du discours et qui concerne l’examen de tous les composants langagiers. L’autre versant de ce mode d’étude sont les analyses linguistiques qui nous importent peu pour notre recherche. Mais, nous le verrons, entre ces deux modes d’examen des données la frontière est éminemment ténue. Nous avons donc vu que l’analyse de contenu étudie et compare les sens des discours pour mettre à jour les systèmes véhiculés par ces discours. Avant d’aller plus loin, il est nécessaire de définir quelques notions importantes à ce sujet. Le discours est « la production d’un locuteur dans toute situation d’interlocution.14 » 10 A. Blanchet, A. Gotman, L’enquête et ses méthodes : l’entretien, sous la direction de F. de Singly, Armand Colin, Paris, février 2007, p. 50. 11 R. Quivy, L. Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, DUNOD, 2e édition, Paris, 1995, p.197. 12 R. Mucchielli, L’analyse de contenu des documents et des communications, esf Editeur, Collection formation permanente, Issy-les-Moulineaux, Janvier 2006, p.24. 13 A. Blanchet, A. Gotman, L’enquête et ses méthodes : l’entretien, op. cit. p.89. 14 A. Blanchet, A. Gotman, L’enquête et ses méthodes : l’entretien, op. cit. p.89. Xavier Lorent Décembre 2008 Dans notre recherche, le discours est l’ensemble des productions recueillies lors des entretiens réalisés dans le cadre de cette recherche. Nous étant accordés sur la signification de la notion de discours, il convient dès lors de donner un sens au sens, de circonscrire la notion. Qu’est-ce que le sens d’un discours ? « C’est une production et non pas une donnée.15 » Le sens est une lecture orientée, c’est l’interprétation du texte que fait l’enquêteur par l’analyse qu’il lui fait subir. L’analyse de contenu implique donc une part de subjectivité. Elle a certes pour fonction de produire un effet d’intelligibilité mais elle comporte une part d’interprétation. L’analyse de contenu n’est donc pas neutre. Il faut donc le savoir. Elle est cependant encadrée par des méthodes rigoureuses qui sont là pour limiter la part de subjectivité propre à l’enquêteur. Se voulant une méthode capable d’effectuer l’exploitation totale et objective des données informationnelles, les premier théoriciens ont exigé, afin de limiter le biais subjectif inhérent à toute recherche en sciences de l’homme et, épistémologiquement parlant, on pourrait dire à toute recherche scientifique (le chercheur incarnant la part de subjectivité ; la méthode étant seule garante de la scientificité), qu’elle soit : - Objective (en considérant le discours comme un objet d’étude scientifique) ; Exhaustive (en incluant toutes les facettes de son objet d’étude) ; Méthodique (soumise à des règles strictes qui soient transmissibles et réitérables) ; Quantitative (il faut pouvoir effectuer des calculs, des mesures et des évaluations aussi précises que possible sur les données traitées). L’analyse de contenu comme toute méthode d’examen des données, qu’elles soient quantitatives ou qualitatives, effectue un traitement des informations. Ce « traitement » est un codage qui consiste à « reconnaître, dans telle donnée informationnelle, la catégorie dont elle fait partie.16 » Il faut donc abstraire le sens du discours et induire des catégories classificatoires par une activité de classement qui est l’essence même de cette méthode. Ce principe de base est commun à toutes les formes d’analyses de contenu. Celles-ci divergent ensuite dans leur mode opératoire, leur modus operandi. Les catégories ainsi induites du discours représentent des ensembles ou des classes de signifiés dont la généralité peut varier fortement. Il faut donc décider quel niveau de généralité adopter de façon à obtenir des groupements intéressants pour les objectifs de la recherche. A priori deux options s’offrent à nous : d’une part on peut déduire des classements en fonction des hypothèses de travail et, d’autre part, on peut induire des regroupements à partir du contenu même des entretiens. Dans cette étude, on a privilégié une forme de troisième voie. Certes des hypothèses ont été déduites de la recherche quantitative et ont permis la construction du guide d’entretien. Il est donc normal de classer les données en fonction de ces grands thèmes délimitant la recherche. Mais, dans un souci de posture intellectuelle de ce chercheur candide qui est prêt à s’émerveiller de tout, on ne peut se borner aux seules hypothèses d’un monde qu’on ne connaît pas sous toutes ses coutures. Il est donc nécessaire de rester ouvert à d’éventuelles catégories qui pourraient surgir du contenu des entretiens et surprendre le schéma établi d’analyse des informations. Nous aurons le loisir d’observer dans l’examen des résultats si cette option a permis la mise 15 Ibidem. R. Mucchielli, L’analyse de contenu des documents et des communications, esf Editeur, Collection formation permanente, Issy-les-Moulineaux, Janvier 2006, p.12. 16 Xavier Lorent Décembre 2008 à jour de nouvelles catégories ou bien, au contraire, si elle a confirmé l’assise confortable des hypothèses issues des résultats de l’enquête précédente. Les catégories doivent à leur tour répondre à une exigence de qualité. Ces qualités dites classiques sont au nombre de quatre : - L’exhaustivité (les catégories doivent épuiser les caractéristiques des unités de sens) ; - L’exclusivité (un même élément ne peut se retrouver dans deux ou plusieurs catégories, il doit appartenir à une et une seule classe) ; - L’objectivité (elles doivent être comprises par l’ensemble des chercheurs participant au codage) ; - La pertinence (« en rapport avec d’une part les objectifs de l’analyse, d’autre part le contenu à analyser17 »). Le caractère rigoriste de la définition des classes de regroupements peut être atteint en se référant à un thésaurus qui n’est rien d’autre qu’un dictionnaire où les concepts sont hiérarchisés en fonction de leur sens. Le thésaurus permet un nouveau mode de classification des sens soit dans le domaine d’une langue précise, soit dans un domaine de spécialité. Il permet le regroupement dans des catégories qui fonctionnent comme « un réseau de relations sémantiques18 ». Il est donc un outil indispensable duquel on pourra tirer les catégories à créer si celles-ci ne se déduisent pas des hypothèses de départ et, en outre, il permettra l’apparentement des mots-base dans les groupes issus des thèmes de recherche par le biais de l’insertion dans cette toile relationnelle citée ci-dessus. Outre le recours à cet outil précis et indispensable, une liste d’indicateurs devra accompagner la définition de toutes catégories afin de permettre le codage et le relevé des indices que portent les unités d’enregistrement. Au final, les classements opérés sur les données donneront lieux à des quantifications et à une hiérarchisation avant interprétation des résultats. Plus précisément, l’analyse que nous allons opérer relève de ce que l’on appelle couramment la logico-sémantique. Elle tire son nom du classement logique de contenu qui est réalisé après « explicitation (lorsque c’est nécessaire) des valeurs sémantiques de ces contenus19 ». L’analyse logico-sémantique de contenu que l’on a appliquée au matériau recueilli par les entretiens semi-directifs a pour postulat la révélation des opinions, attitudes et préoccupations du producteur du discours. Elle se caractérise par le fait qu’elle s’applique au contenu manifeste directement et simplement, elle procède par inventaire, dénombrement, recherches éventuelles de relations mais toujours à partir de la compréhension du sens. Le mode opératoire classique de cette méthode d’examen de l’information comporte quatre opérations : - Le découpage et la reformulation « normalisée20 » des unités de sens ; - L’inventaire et le décompte fréquentiel des catégories21 ; 17 R. Mucchielli, L’analyse de contenu des documents et des communications, esf Editeur, Collection formation permanente, Issy-les-Moulineaux, Janvier 2006, p.46. 18 Ibidem, p.47. 19 Ibidem, p.36. 20 Normalisé est ici pris au sens de résultat de toute manipulation supprimant les ambiguïtés syntaxiques ou sémantiques et les synonymes. Le but est d’éliminer les synonymes et les ambiguïtés de sens. 21 C’est à ce moment que l’on repère si de nouvelles catégories émergent du texte ou bien si on ne retrouve que celles désignées par les grands thèmes de la recherche. Xavier Lorent Décembre 2008 - La distribution et le regroupement des mots dans les catégories dégagées dans l’opération précédente ; La recherche systématique des mots associés avec les mots ainsi reclassés. Une fois ces opérations réalisées, il faut rechercher des associations dans le contenu manifeste. C’est la phase de qualification de contenu. On pourra au final réaliser un schéma logico-sémantique qui permettra de lire complètement le texte. Le travail d’interprétation des résultats pourra enfin commencer. Cela tombe bien ! C’est l’objet même de chapitre qui suit. 3. Le guide d’entretien Le guide d’entretien utilisé lors de la phase d’enquête qualitative a été réalisé sur base des informations dégagées lors de l’étude quantitative, à savoir la nécessité de mieux comprendre le processus de recrutement et de cerner les besoins en terme de compétences des employeurs pouvant éventuellement déboucher sur l’engagement de publics peu qualifiés, et en référence au travail réalisé précédemment par Survey & Action pour l’ensemble de la Wallonie.22 Ce plan d’entretien est subdivisé en deux parties dont l’une est exclusivement réservée à l’enquêteur : il s’agit des données d’identification. Ces informations sont évidemment sommaires dans la mesure où l’enquête est anonyme. La seconde partie est construite sur la base d’une consigne initiale23 et suppose une préfiguration d’axes thématiques. Ces axes thématiques constituent les sujets à aborder au cours de l’entretien. Dans le cas qui nous occupe, ils sont au nombre de trois : Difficultés, Recrutement et Formation. Nous avons également introduit dans l’entretien, sans que cela ne transparaisse dans le guide, et à la dernière minute, une question relative à la façon dont les responsables d’établissement perçoivent l’évolution de leur secteur face aux difficultés à venir. Cet ajout répond au souci des membres de mieux connaître l’évolution de ce secteur dans un contexte de vieillissement des populations dans les pays occidentaux et vient compléter une analyse faite à ce sujet et se référant notamment aux perspectives de population du Bureau du Plan. L’enquête quantitative a révélé que le secteur ne connaît pas actuellement de phase d’engagement massif mais est néanmoins en recherche périodique de candidats. Dans cette optique, il nous importe donc d’étudier et de comprendre le processus de recrutement pour identifier d’éventuels dysfonctionnement et/ou difficultés afin de tenter d’y remédier. Comme on peut le voir aisément dans l’énoncé de la problématique, les thèmes Difficultés et Recrutement sont étroitement liés. Le thème Formation est ici retenu par un souci de compréhension de rapport qu’entretient l’interviewé avec les dispositifs mis à sa disposition pour mettre à jour la qualification de ses employés et/ou futurs employés. 22 Voir à ce sujet : Survey&Action, Institute for consumer research and communication analysis, Rapport de recherche : Les attitudes et les pratiques à l’égard de la gestion en ressources humaines dans l’écosystème du non-marchand en Région wallonne, Série1 : Hôpitaux et maisons de repos, Edité par Le Forem, Février 2006. 23 Il s’agit de l’instruction de l’enquêteur qui définit le thème du discours de l’interviewé et qui débute l’entretien. Xavier Lorent Décembre 2008 Le guide d’entretien, on le voit, « est un système organisé de thèmes, que l’interviewer doit connaître sans avoir à le consulter, à le suivre ni à le formuler sous forme de questionnaire. »24 Ces trois objets de notre problématique vont être subdivisés en indicateurs qui représentent la mesure objectivable de la réalité que l’on souhaite appréhender. Ils se doivent d’épuiser le concept dans le contexte dans lequel on l’étudie. Par exemple, le thème Difficultés peut revêtir divers aspects qui ne nous intéressent pas du tout. Mais pris dans le contexte d’une enquête sur les maisons de repos et de soins en région du Centre, en 2008, afin de connaître les besoins non comblés des employeurs du secteur, il peut se circonscrire à six indicateurs identifiés par le biais de l’enquête quantitative. Ces mesures de la réalité conceptuelle de la Difficulté sont les suivants : le savoir-être, les compétences techniques, les compétences linguistiques, le poste de travail, la formation, les solutions. Chacun d’entre eux pourrait être conceptualisé et subdivisé en indicateurs devant rendre compte de leur réalité. Mais, le cas échéant, on aurait changé d’objet de recherche pour aborder tout autre chose. Ici, ils servent de mesure à notre concept et sont traduits dans le guide d’entretien sous forme de questions et de relances éventuelles venant abreuver la consigne initiale. Les relances ne s’utiliseront que dans le cas où le répondant n’aborderait pas l’entièreté du thème de recherche circonscrit par les indicateurs. Le thème du Recrutement se décline selon les trois indicateurs suivants : la périodicité, la sélection et la stratégie. La Formation appréhende les trois étalons de mesure suivants : les temps/moyens, la pertinence et le partenariat. Le guide d’entretien tel qu’il a été utilisé dans la phase d’enquête se présente donc de la façon suivante : 24 A. Blanchet, A. Gotman, L’enquête et ses méthodes : l’entretien, sous la direction de F. de Singly, Armand Colin, Paris, février 2007, p. 62. Xavier Lorent Décembre 2008 Données d’identification N° de l’enquête Nom de l’enquêteur Date de l’entretien Durée de l’entretien Lieu de l’entretien Visite de l’entreprise OUI / NON (supprimez la mention inutile) Observations/remarques (conditions/circonstances particulières, imprévus, etc.) CODE NACE en 5 chiffres de l’activité principale de l’entreprise participant à l’entretien 51………… DÉNOMINATION DU CODE NACE de votre activité principale Nombre de travailleur occupés Xavier Lorent Décembre 2008 Consigne initiale : 1. L’enquête quantitative réalisée précédemment a dégagé certains besoins exprimés dans votre secteur, notamment en matière d’emploi, de compétences liées aux candidats et au personnel déjà occupé dans l’entreprise pour lesquels des difficultés sont rencontrées. Pouvez-vous me parler de vos besoins propres dans ces domaines ou éventuellement dans d’autres qui auraient été oubliés et des difficultés que vous rencontrez ? Guide thématique (séries des thèmes à explorer au cours de l’entretien) Thèmes Difficultés Indicateurs Savoir-être Compétences techniques Compétences linguistiques Poste de travail Formation Solutions Relances éventuelles Décrivez vos attentes en termes d’attitudes types d’un travailleur. Sont-elles comblées ? Décrivez vos attentes en termes de compétences techniques. Sont-elles comblées ? Et vos attentes en termes de maîtrise des langues, sont-elles comblées ? Et quelles sont les difficultés liées à certains postes de travail ? Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la formation de vos travailleurs ? Quelles sont les solutions que vous adoptez pour résoudre ces difficultés ? 2. (Revenons au…) Comment se déroule le (…) processus de recrutement dans votre entreprise (…Comment se déroule-t-il ?) et qu’est-ce qui le motive ? Guide thématique Thèmes Recrutement Indicateurs Périodicité Sélection Stratégie Xavier Lorent Relances éventuelles Quelle est-elle et quels sont les éléments qui la dictent ? Comment sélectionnez-vous les candidats ? Qui les choisit ? Comment diffusez-vous votre offre d’emploi et par quels canaux ? Décembre 2008 3. Je voudrais revenir sur la formation. De nombreuses mesures, permettant la formation des travailleurs et/ou d’engager du personnel tout en le formant, sont disponibles notamment via le Forem ou des organismes agréés par lui. Comment jugez-vous ces mesures et quelle est votre expérience en la matière ? Thèmes Indicateurs Temps/Moyens Formation Pertinence Partenariat Relances éventuelles Avez-vous le temps et/ou les moyens pour souscrire à ces mesures ? Comment sélectionnez-vous les candidats ? Qui les choisit ? Citez vos partenaires de formations et décrivez les services qu’ils vous procurent ? 4. Le protocole d’entretien Le protocole d’entretien constitue l’ensemble des postures, attitudes et démarches à adopter dans le cadre de la réalisation des entretiens. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet et je renvoie le lecteur aux ouvrages de référence cités en bibliographie. 5. L’échantillon Il a été décidé, dans un souci de cohérence par rapport à l’enquête précédente, d’interroger les employeurs ayant répondu à la phase quantitative de l’action. Ces employeurs sont au nombre de trente-et-un. Au sein de ce premier échantillon, nous avons choisi d’interroger entre dix et vingt établissements du secteur répartis le plus équitablement possible selon la taille de la maison de repos. Sept organismes employant entre cinquante et cent travailleurs, cinq organismes employant moins de cinquante travailleurs et trois organismes employant plus de cent travailleurs ont été interrogés. Le délégué permanent du SETCA pour le non-marchand et son homologue de la CNE ainsi que le représentant pour la Région wallonne de la FEMARBEL ont également été interrogés. On parle dans le cadre de cette enquête d’échantillon car nous n’interrogeons pas l’ensemble de la population représentant le secteur. Il faut toutefois signaler qu’aucun échantillon en tant que tel n’a été calculé et qu’il faut plutôt parler de panel d’employeurs à interroger. Il n’a pas été question d’un quelconque calcul d’échantillonnage dans la mesure où aucune représentativité n’est nécessaire pour une enquête qualitative étant donné que celle-ci n’a pas pour objectif de faire des inférences statistiques mais bien de comprendre un processus. Xavier Lorent Décembre 2008 6. Les entretiens Etant donné qu’il s’agit d’élaborer une enquête qualitative dont l’objectif est la meilleure compréhension de pratiques en terme de recrutement et d’évaluation plus approfondie de besoins de compétences et/ou de main-d’œuvre, le type d’entretien qui a été privilégié est celui dit semi-directif. Ce type d’entretien a été choisi car il est souvent plus approprié dans les enquêtes qualitatives qui viennent compléter une recherche quantitative réalisée précédemment et dont les résultats ont permis de dégager des points de réflexion qu’il convient d’approfondir par la suite. Il s’agit d’un entretien car, dans le cas présent, on n’administre pas un questionnaire standardisé où les réponses sont codifiées ou bien pré-codées. L’interviewer a une véritable conversation avec son répondant : c’est une conversation libre et très ouverte. Il est dit semidirectif « dans la mesure où un minimum d’interventions est toutefois nécessaire pour recentrer l’entretien sur ses objectifs, pour en relancer la dynamique ou pour inciter l’interviewé à approfondir certains aspects particulièrement importants du thème abordé25 »[…] Ces entretiens se sont donc réalisés entre la fin du mois d’août et la fin du mois de septembre. Au préalable, il a fallu prendre contact avec les maisons de repos sélectionnées dans l’échantillon afin d’obtenir des rendez-vous à des dates convenant aux employeurs souscrivant à l’opération, comme convenu dans le protocole de réalisation de l’enquête. Cette opération de contact et de réalisation a été effectuée par le chargé de mission du Comité Subrégional de l’Emploi et la Formation de la région du Centre (CSEF). Dix-huit entretiens ont donc été réalisés pour l’ensemble de cette opération. D’une durée approximative de trente minutes chacun, ils ont été enregistrés par le biais d’un dictaphone. 7. La retranscription Les entretiens étant enregistrés, il convient de les retranscrire afin d’obtenir un matériau apte à être analysé. Chaque entretien réalisé au moyen d’un dictaphone a été retranscrit sur format informatique mot à mot en respectant une règle de ponctuation propre à la retranscription d’entretiens verbaux. L’analyse des entretiens, sur base des matériaux retranscrits comme explicité ci-dessus, est l’objet du chapitre suivant relatif à l’analyse des résultats. 25 R. Quivy, L. Van Campenhoudt, Manuel de recherché en sciences sociales, Dunod, 2ème édition, Paris, 1995, p.69. Xavier Lorent Décembre 2008 V. Analyse des résultats L’analyse de contenu qui a été réalisée sur le matériau récolté à l’issue des entretiens semidirectifs administrés précédemment se fonde sur la « méthode classique26 » qui comporte quatre opérations : le découpage et la reformulation normalisée des unités de sens, l’inventaire et le décompte fréquentiel des catégories, la distribution et le regroupement de ces mots sous des catégories telles que définies par le guide d’entretien27, et la recherche systématique des mots associés avec les mots ainsi reclassés. Chaque entretien a fait l’objet, individuellement, de ces quatre opérations qui ont été réalisées pour l’ensemble du matériau. A la suite de ces opérations, nous avons recherché des associations dans le contenu manifeste. C’est la phase de qualification de contenu. Cela a permis de réaliser un schéma logicosémantique afin de lire complètement le texte. 1. Découpage et normalisation des contenus (il y en a 410) Premier thème (Difficultés) 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. Les difficultés c’est qu’on est tenu par des normes de l’INAMI L’INAMI nous donne une enveloppe par rapport aux normes et aux types de résidents Il y a des critères Tous les résidents n’ont pas la même échelle Il s’agit d’un critère de dépendance L’INAMI nous donne un forfait par résident Le personnel est bien déterminé pour faire fonctionner la maison de repos Ce personnel c’est un peu juste Pour avoir une qualité de travail il en faut un peu plus Il faut trouver le juste équilibre pour que l’entreprise soit fonctionnelle et compétitive On a toujours des besoins Il faut du personnel de qualité Il y a un manque de personnel Avec les coûts actuels c’est pas possible d’avoir un surplus de personnel C’est une carence générale dans le secteur Les horaires posent problème Les horaires posent problème mais il faut un suivant pendant 24 heures L’infirmière n’est pas très bien rémunérée pour les horaires inconfortables Nous avons besoin d’infirmières Nous avons besoin d’aides-soignantes, il y en a pas mal sur le marché mais la qualité n’est plus ce qu’elle était par rapport aux anciennes Pas du tout de problème pour les autres types de personnel Il y a pénurie d’infirmières On ne donne pas suffisamment de rémunérations par rapports aux horaires inconfortables Le métier est assez lourd Les horaires sont inconfortables 26 R. Mucchielli, L’analyse de contenu des documents et des communications, esf Editeur, Collection formation permanente, Issy-les-Moulineaux, Janvier 2006, p.64. 27 Il s’agit là des thèmes et indicateurs orientant la recherche et l’entretien. Dans le cadre classique d’un entretien en psychopathologie clinique, les catégories retenues sont celles qui se dégagent du texte lui-même selon la méthode établie par Carl Rogers. Xavier Lorent Décembre 2008 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. Les tâches sont lourdes La blouse blanche en milieu hospitalier est plus valorisante que le troisième âge Nous sommes un secteur où j’ai des difficultés. Au niveau des infirmières A2, j’ai des difficultés Il y a une très forte concurrence avec les hôpitaux Les hôpitaux offrent un travail plus valorisant Ici ils se retrouvent avec des toilettes, des piqûres Ils n’ont plus de gros soins Ici le travail est moins valorisant Ici on a des soins de routine L’hôpital permet de compléter la formation Le personnel de cuisine, la lingerie, le personnel d’entretien sont engagés via des articles 60 Nos articles 60 ça tourne souvent On a évidemment beaucoup de plans Maribel Par rapport au secteur privé je suis une privilégiée Il y a aussi les normes INAMI Le secteur privé n’a pas un but social Dans le secteur public l’infirmière à un rôle d’infirmière. Le secteur public fonctionne mieux que le privé Il y a la propreté, la présentation J’ai jamais aucun problème J’ai difficile de trouver des ouvriers compétents dans tous les domaines Ils sont au chômage et je leur offre un emploi Si ils sont au chômage c’est qu’il y a une raison Ils ne doivent pas éviter les opportunités qu’on leur propose Oui on a besoin de personnel Surtout au niveau des soins Il y a les aides-soignantes, là on a plus de propositions que de possibilités d’emploi Pour l’instant je suis au complet J’ai le choix pour engager quand je veux Au niveau personnel diplômé infirmière, c’est un gros problème pour en trouver Je pense avoir trouvé une solution pour l’instant J’ai mis une annonce en France à l’ANPE et ça marche relativement bien Pour l’instant ça m’enlève de mon souci J’ai besoin de kiné Ils préfèrent passer la frontière et aller travailler en France J’ai pris le problème à la base, j’ai pris les écoles de kiné Au niveau kiné, c’est un gros problème C’est un problème de numérus clausus J’ai un problème de recrutement pour des infirmières Pour le moment, je ne suis pas à la rechercher de personnel J’ai perdu du personnel à cause des nouvelles normes INAMI Mon personnel était en partie payé par l’INAMI Ca fonctionne suivant des forfaits Ils n’ont plus reconnu les épouses aidantes et les indépendants Mon épouse est infirmière indépendante J’ai dû licencier et j’ai dû restructurer un peu la maison de repos J’ai engagé mon épouse C’est un peu comme ça que je fonctionne Au niveau personnel j’ai une aide-sanitaire On est en train de restructurer la société On devrait peut-être engager Ce serait un temps partiel Xavier Lorent Décembre 2008 79. Trouver du personnel pour 12h par semaine c’est pas évident 80. Je vais devoir engager 81. Ce sont des horaires particuliers 82. Elles auront du mal à combiner le tout 83. Elles auront plus d’avantages à rester au chômage 84. Il nous faut la personne ultra motivée pour ça 85. Il faut que la personne soit motivée à travailler 86. Les besoins c’est surtout au niveau des personnes pour les soins 87. Il faut des infirmières 88. Il faut des auxiliaires polyvalentes 89. C’est là que se pose le problème 90. Je n’arrive pas à trouver du personnel 91. J’attrape des gens de très loin 92. Ca ne m’intéresse pas car il y a de la distance à faire 93. Ils demandent une intervention financière importante pour leur déplacement 94. C’est par le bouche-à-oreille qu’on parvient à avoir une infirmière 95. Je n’ai aucune candidature belge 96. Les personnes croient qu’en maison de repos on gagne moins 97. Je vois leur motivation 98. Leur motivation est fort importante 99. Les difficultés de recrutement il n’y en a quasiment pas 100.Il y a énormément de candidatures en aides-soignantes 101.Le personnel infirmier c’est une denrée rare 102.La technique infirmière hôpital c’est très poussé 103.Il y a pénurie d’infirmières 104.On a pu trouver un infirmier par l’intermédiaire du Forem 105.Formons des personnes en fonction de la demande 106.Technicienne de surface c’est pas un problème non plus 107.Le souci ce sont les infirmières 108.J’ai trouvé par le Forem 109.Quand on a besoin d’une infirmière c’est toujours difficile d’en trouver une sur le marché 110.Ca va un peu mieux maintenant 111.Je n’ai jamais eu de gros soucis 112.J’ai trouvé un infirmier en France 113.Mes solutions je les ai trouvées en France 114.C’est pas enrichissant de travailler en maison de repos 115.La maison de repos avait une très mauvaise image 116.Au niveau recrutement, je n’ai pas de difficulté pour les aides-soignantes 117.Au niveau compétences et volonté de travailler j’ai des problèmes 118.Il n’y a pas d’investissement personnel dans le travail 119.On ne s’engage pas 120.Je n’ai aucun souci avec les anciennes 121.La qualité du travail n’est pas là 122.Moins motivées, pas d’investissement personnel 123.On a certaines exigences au niveau de l’hygiène des locaux 124.Il n’y a pas de difficulté au niveau des techniciennes de surface 125.Pour la cuisine on a aussi beaucoup de difficultés au niveau recrutement 126.Mon gros souci c’est la volonté 127.Nous sommes amenés à recruter pour toutes les catégories professionnelles 128.Principalement en matière d’infirmière 129.La grosse difficulté pour le recrutement en matière d’infirmière c’est d’avoir des candidats 130.Des candidats fiables Xavier Lorent Décembre 2008 131.On a beaucoup de candidats qui ont eu des difficultés dans leur milieu professionnel et qui essaient de se faire engager 132.Le gros problème c’est qu’on ne trouve pas de personnel infirmier 133.Il faut revaloriser l’image de la maison de repos 134.On a très peu de candidats jeunes 135.Au niveau aides-soignantes on a principalement des difficultés au niveau de la qualité des candidats 136.Ils ont des problèmes de personnalité 137.Trouver un personnel de qualité c’est pas toujours évident 138.Nous n’avons pas de difficulté de recrutement 139.Pour les techniciennes de surface on a aussi des difficultés pour trouver des gens fiables 140.Mais on a pas de difficulté de recrutement 141.Il y a des problèmes au niveau de leur compétence et au niveau de leur volonté de travailler 142.On fait attention à la motivation des personnes 143.Nous sommes une maison de repos spécifique 144.Nous n’accueillons que des personnes âgées désorientées 145.Ce sont des personnes assez typiques qui ont besoins de soins spécifiques 146.Pour trouver des personnes compétentes pour ce type de soins, on doit les former nousmêmes à l’engagement 147.Les principales difficultés qu’on a dans le recrutement c’est au niveau des infirmières 148.Il y a pénurie dans le secteur des infirmières 149.C’est un gros problème chez nous 150.Pouvoir trouver des infirmières en temps et en heure c’est difficile 151.Du côté des aides-soignantes on a beaucoup moins de mal 152.On doit les former quand elles arrivent chez nous 153.Dans les autres services il n’y a pas de soucis de recrutement 154.Pour le moment on ne recrute pas 155.L’hôpital de Jolimont peut nous aider dans le recrutement 156.Le plus gros problème de recrutement ce sont les infirmières 157.Les aides-soignantes ça ne pose jusqu’à présent pas de problème 158.Ce sont les infirmières qui posent de gros problèmes 159.Le personnel d’entretien et de cuisine c’est assez stable 160.Ce sont les infirmières qui posent problème 161.On a jamais eu beaucoup de difficultés à recruter 162.Nous devons trouver une infirmière rapidement 163.Au niveau des infirmières on a souvent des candidatures spontanées 164.On n’a jamais eu de problèmes jusqu’à présent 165.Les aides-soignantes nous avons énormément de candidature spontanées 166.On n’engage presque personne 167.On a pas mal de candidatures spontanées 168.Il y a quand même un savoir-être qui est important 169.Il faut pouvoir être respectueux et être attentif 170.C’est un travail très lourd 171.C’est l’accompagnement de la fin de vie, ce n’est pas facile 172.En matière de recrutement nous cherchons des infirmières et nous n’en trouvons pas 173.C’est notre principale difficulté 174.Notre personnel infirmier est de moins en moins stable 175.Ce que nous recrutons régulièrement ce sont des aides-soignantes 176.Nous avons besoin d’aides-soignantes 177.Il y a un problème de qualification au niveau des aides-soignantes 178.Il y a un problème de motivation 179.Nous recrutons majoritairement des temps partiels 180.La motivation n’est pas toujours là Xavier Lorent Décembre 2008 181.Il devient de plus en plus difficile de trouver de bonnes aides-soignantes 182.C’est un problème de compétences professionnelles 183.La maison de repos est quand même un secteur assez lourd 184.Le problème du temps de travail 185.La lourdeur des prestations 186.La lourdeur des horaires 187.Ca ne permet pas d’avoir facilement du personnel motivé 188.Ce n’est pas facile de trouver du personnel hôtelier 189.Nous avons toujours pu obtenir le personnel requis 190.Nous sommes très exigeants en matière d’hygiène Deuxième thème (Recrutement) 1. Très difficile de trouver du personnel infirmier 2. Ca m’arrive d’aller voir dans le nord de la France parce qu’ils ont des avantages fiscaux 3. On diffuse des offres d’emplois sur le nord de la France 4. Par des journaux locaux 5. Je contacte parfois l’école de Maubeuge 6. Mon recrutement c’est surtout le bouche-à-oreille 7. Un petit peu l’ORA (firme privée de recrutement) 8. Nous recevons aussi des étudiants en stage ici 9. On ne peut pas faire la fine bouche et c’est l’inconvénient 10. On a pas toujours ce qu’on souhaite en qualité 11. Il faut pouvoir s’adapter aux soucis quotidiens 12. Au fur et à mesure on voit les personnes qui en veulent, qui sont consciencieuses 13. Je les prends, je les observe 14. Si c’est une infirmière, je m’adresse au Forem, à l’école, parfois un coup de fil spontané 15. C’est le bouche-à-oreille de mes infirmières 16. En hôpital ou en maison de repos le travail est assez lourd 17. Je donne une priorité aux gens qui habitent la commune 18. A compétences égales on privilégiera quelqu’un de l’entité 19. C’est un choix qu’on prend 20. Il n’y a pas d’examen 21. Le CPAS et la commune donnent leur accord 22. Il faut bien se présenter 23. On la prend à l’essai pendant 6 mois 24. On va choisir la plus expérimentée 25. Je vais mettre d’office quinze jours en doublure 26. Je veux qu’elles aient quinze jours en doublure de façon à voir ce qu’il y a à faire 27. On a eu des stagiaires 28. J’ai contacté le Forem pour qu’il mette l’annonce sur son site 29. J’ai contacté le journal du Centre 30. On engage aussi les stagiaires qui viennent des écoles 31. Elles sont prises en charge par quelqu’un qui leur explique ce que j’attends d’eux 32. Les aides-soignantes, je reprends celles qui sont venues une fois ou deux et qui ont satisfait 33. Ca se juge sur place mais c’est pas sur le CV qu’on le verra 34. De toute façon il y a la période d’essai 35. Les bases c’est un peu le bouche-à-oreille 36. On faisait aussi une demande au niveau du Forem 37. J’ai eu de tout de quoi 38. Les candidats n’étaient pas idéals 39. On a eu pas mal de problème 40. Ca coinçait au niveau des qualifications et au niveau des annonces Xavier Lorent Décembre 2008 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. 79. 80. 81. 82. 83. 84. 85. 86. 87. 88. 89. 90. 91. 92. 93. 94. On avait essayé de définir un profil type On s’est un peu heurté au niveau du Forem Ce qu’on a fait c’est un peu plus le bouche-à-oreille Des annonces qu’on mettait dans les bureaux de chômage ou les commerces C’est ce qui marche le mieux Je regarde aussi les demandes des années passées Suivant les CV je les classe Je classe un peu en fonction des critères de la lettre de motivation Je vois si la personne est vraiment motivée pour travailler Je ne prends pas les lettres types faites par le Forem Les plans activa je n’engage pas Ils n’ont pas envie de travailler Il faut que la personne soit motivée à travailler Après une demi-heure d’interview on voit si la personne est motivée ou pas C’est surtout le bouche-à-oreille et le classement que je fais Je recherche par le Forem Je reçois des candidatures spontanées Ca ne me donne pas de résultats Par le Forem je reçois des demandes Je vois un petit peu leur parcours antérieur Je les revois On discute un peu Je fais une sélection Je regarde leur CV Je regarde s’il n’habite pas trop loin Je ne prends pas les personnes en fin de carrière Je regarde si l’horaire ne pose pas de problème Je reçois des courriers Le candidat que je vais retenir est dans ma réserve Je vais trier en fonction de son domicile Je vais retenir ceux qui sont proches de mon établissement J’ai intérêt à avoir une proximité de mon personnel Je regarde le parcours du travailleur Il me faut un travailleur stable Je regarde la situation familiale Le plan activa c’est un frein Le Forem publie mes annonces J’ai un entretien avec les candidats Je me fais une opinion de la personne en la voyant Je vais voir où elle habite Je dois recruter, je téléphone au Forem et je transmets mon offre Pour une infirmière je mets aussi une annonce dans le journal Il y a aussi le bouche-à-oreille Pour les aides-soignantes j’ai une réserve de recrutement On reçoit les CV et on les trie automatiquement On regarde d’abord celles qui ont déjà travaillé en maison de repos Généralement on regarde la proximité La proximité et puis dans l’entretien la présentation L’hygiène des personnes ça se voit tout de suite Les gens qui n’ont plus travaillé depuis 10 ans ça paraît bizarre L’ensemble des candidatures arrivent à l’hôpital de Jolimont On passe par le Forem Les annonces du Forem On a de bons résultats avec le Forem Xavier Lorent Décembre 2008 95. Il y a beaucoup de candidatures spontanées 96. On se méfie des candidatures spontanées d’infirmières 97. Il y a aussi des annonces dans les journaux locaux 98. On va bientôt aller chercher en France 99. Il y a une forte concurrence pour les infirmières 100.On a aussi une réserve de recrutement 101.On regarde les candidatures et on les trie 102.On demande l’avis de la personne qui recrute 103.On a un entretien avec les candidats 104.On regarde la maturité et les connaissances théoriques 105.On regarde si ils ont déjà travaillé en maison de repos 106.On regarde leur cursus 107.On regarde aussi si ils ont fait beaucoup de lieux de travail 108.Leur stabilité d’emploi est importante 109.On juge les personnes au feeling 110.Généralement via le Forem 111.Les offres d’emploi du Forem 112.C’est par courrier aussi 113.On reçoit des candidatures tous les jours 114.On fait un tri, on sélectionne 115.Pour les infirmières on utilise les journaux locaux 116.On fait le tri suivant les différents critères que nous imposons 117.On est obligé de voir la personne et ça dépend de l’entretien d’embauche 118.C’est d’abord le responsable de service qui voit la personne 119.Il sélectionne et fait le tri 120.Puis les ressources humaines voient la personne 121.C’est plus au feeling 122.On regarde aussi son expérience 123.Le fait de pouvoir se déplacer 124.Accepter les horaires variables 125.On regarde la présentation sur le lieu de travail 126.On a déjà diffusé via le Forem 127.On a pas beaucoup de candidatures spontanées d’infirmières 128.On a assez bien de candidatures spontanées d’aides-soignantes 129.Le bouche-à-oreille c’est difficile pour les candidatures 130.On a aussi diffusé dans la presse 131.Dans la presse c’est surtout pour les infirmières 132.On va mettre des annonces dans les journaux 133.Le Forem et les journaux locaux aussi 134.Le service des petites annonces de la ville 135.On convoque les gens et il y a un entretien avec moi 136.On reçoit les candidats et on demande de faire un essai d’une demi-journée 137.On reçoit des candidatures spontanées 138.On demande des explications par rapport à leur CV 139.On soumet les candidatures à notre hiérarchie 140.On les trie en fonction des pré-requis 141.On rencontre les candidats qui ont postulé 142.On est attentif à la lettre de motivation 143.L’expérience professionnelle est un atout 144.On regarde le parcours professionnel et le parcours scolaire 145.On essaie de voir les motivations Xavier Lorent Décembre 2008 Troisième thème (Formation) 1. 2. 3. 4. 5. 6. On est obligés de faire des formations On a un budget octroyé par l’INAMI pour ça Ces formations sont axées sur le palliatif, l’hygiène et la gérontologie Ce serait intéressant d’avoir un budget pour passer des formations sur la manutention Il faut former plus les aides-soignantes au niveau des connaissances médicales Une fois par semaine il y a un médecin coordinateur qui est rétribué pour former le personnel 7. Il y a des séminaires organisés par les hôpitaux de la région 8. On envoie les infirmières en formation 9. Les firmes de nutritions organisent parfois des formations sur le gavage par gastrotomie 10. Nos partenaires fournisseurs donnent des formations au niveau de l’hygiène et du placement de l’incontinence 11. La FEMARBEL organise des rencontres. 12. C’est beaucoup plus pour les responsables 13. Au niveau formation pour le personnel de cuisine je fais surtout venir les firmes pour lesquelles j’utilise les produits 14. ECOLA nous fait des formations 15. Je l’ai mis en formation chez la firme ECOLA 16. De nouveau aussi ECOLA 17. Le CUNIC nous fait des formations pour le nursing 18. Cette maison de repos a sa méthode de fonctionnement, donc on forme sur le tas 19. On est toujours en demande de formation 20. C’est une obligation légale pour la Région wallonne 21. Les aides-soignantes doivent faire deux fois huit heures de formation par an 22. C’est une obligation légale 23. Les formations sont prises en charges par le médecin coordinateur 24. On fait des formations groupées avec plusieurs maisons de repos 25. Les formations extérieures sont payées par la maison de repos 26. C’est sur leur demande 27. On leur organise des formations avec des partenaires privés 28. Les formations c’est pas toujours évident de les suivre quand on est une petite structure comme la mienne 29. Ce qui est formation ça se fait un peu sur le tas 30. On a des commerciaux de firmes qui nous vendent des produits qui viennent pour le personnel 31. Nous allons à l’une ou l’autre formation avec le personnel que nous jugeons 32. Le partenaire principal c’est FEMARBEL 33. Pas de formation 34. Le directeur se forme 2 fois par an 35. Le personnel ne devrait pas avoir à se former 36. Pour les aides-soignantes c’est surtout au niveau des soins palliatifs, de l’assistance aux personnes 37. Il y a des formations qui se donnent ici par les maisons médicales 38. Par les représentants commerciaux 39. Il y a des formations pour le personnel soignant 40. Il y a des formations réalisées en interne 41. Parfois via le fonds social des maisons de repos privées 42. Aussi avec la fédération des maisons privées (FIH) 43. Il y a des formations qui sont données par le médecin coordinateur 44. En matière d’hygiène 45. Parfois via le fournisseur de produits 46. On fait des formations en interne Xavier Lorent Décembre 2008 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. On envoie les personnes en formations externes On a des formations spécifiques à la maladie d’Alzheimer La formation à la communication avec des personnes désorientées Les formateurs externes forment le personnel Il y a aussi le médecin coordinateur Il y aussi des firmes spécialisées dans ce domaine là Le responsable de la maison de repos a aussi des formations avec la fédération patronale du secteur Les maisons de repos ont des formations obligatoires en termes de soins palliatifs En termes de démence aussi Le personnel est envoyé pour répondre à cette obligation On l’envoie aussi parce qu’il y a un souci de formation Tout le personnel reçoit des formations On travaille avec Reliance pour les soins palliatifs Reliance nous envoie les offres de formations On collabore beaucoup avec la FIH On essaie de cibler les formations Il y a de toute façon des formations obligatoires En ce qui concerne le nursing Il y a des formations obligatoires pour le directeur de la maison de repos aussi Il y a une formation obligatoire en soin palliatifs pour l’infirmière en chef Les aides-soignantes doivent aussi être formées pour un certain nombre d’heures Le médecin coordinateur est de toute façon impliqué dans les formations Nous avons aussi des formations à l’extérieur avec d’autres maisons de repos Les formations extérieures sont extrêmement coûteuses On essaie de former le personnel à une approche de la personne âgée On fait une formation dans la prise en charge de la personne désorientée On se forme avec l’aide d’une ASBL La direction est obligée de se former deux fois par an On a pas le temps pour se former 2. Inventaire et décompte des catégories de base Premier thème (Difficultés) 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. Difficulté Obligation - Conformité - Norme Autorité - Ordre Contenant Forme Etranger Dimension Soumission Salaire Main-d’œuvre Mesure Mouvement Etroitesse Possibilité Soin Quantité Lieu de travail Utilité Xavier Lorent 56 mentions 8 mentions 7 mentions 1 mention 2 mentions 4 mentions 1 mention 1 mention 5 mentions 14 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 5 mentions 5 mentions 2 mentions 4 mentions 1 mention Décembre 2008 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. Production Nécessité Intelligence Manque Prix Négation - Inexistence Excès Emploi Période Continuité Soin du corps Qualité Ancienneté Métier Poids Milieu Vieillesse Conflit Intensité Médecine Marchandise Augmentation Situation Propreté Normalité Adjonction Préparation Gastronomie Vêtement Armée Nettoyage Don Fréquence Changement Richesse But Société Usage Description Découverte Savoir Cause Protection Opportunité Gratuité Projet Demande Totalité Diversité Réponse Publicité Région Succès Enseignement Xavier Lorent 1 mention 12 mentions 1 mention 3 mentions 4 mentions 38 mentions 1 mention 56 mentions 11 mentions 2 mentions 51 mentions 4 mentions 2 mentions 1 mention 6 mentions 1 mention 2 mentions 1 mention 1 mention 4 mentions 2 mentions 2 mentions 1 mention 4 mentions 4 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 6 mentions 4 mentions 3 mentions 2 mentions 1 mention 3 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 16 mentions 3 mentions 2 mentions 1 mention 2 mentions 1 mention 2 mentions 3 mentions 1 mention 1 mention 2 mentions 1 mention 2 mentions 2 mentions 3 mentions Décembre 2008 73. Nombre 74. Recherche 75. Présent 76. Discrédit 77. Filiation 78. Paucité 79. Repos 80. Eviction 81. Organisation 82. Intégration 83. Entreprise 84. Existence 85. Anormalité 86. Structure 87. Motif 88. Personne 89. Réception 90. Roture 91. Extérieur 92. Curiosité 93. Distance 94. Action 95. Encouragement 96. Désorganisation 97. Secret 98. Election 99. Habitant 100.Grosseur 101.Imitation 102.Multitude 103.Adresse 104.Apprentissage 105.Circonstance 106.Médiocrité 107.Volonté 108.Gestion 109.Identité 110.Tentative 111.Absence 112.Goût 113.Principe 114.Confiance 115.Représentation 116.Nouveauté 117.Non-conformité 118.Accueil 119.Irrésolution 120.Classification 121.Ponctualité 122.Moment 123.Aide 124.Uniformité 125.Instant 126.Savoir-être Xavier Lorent 1 mention 2 mentions 4 mentions 1 mention 1 mention 4 mentions 7 mentions 1 mention 2 mentions 3 mentions 4 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 8 mentions 3 mentions 1 mention 2 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 10 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 2 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 3 mentions 3 mentions 2 mentions 1 mention 2 mentions 2 mentions 2 mentions 2 mentions 1 mention 1 mention 2 mentions 1 mention 1 mention 2 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 2 mentions 4 mentions 1 mention Décembre 2008 127.Importance 128.Respect 129.Sensation 130.Facilité 131.Compagnie 132.Principalement 133.Titre 134.Hospitalité 135.Obtention 136.Désir 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention Deuxième thème (Recrutement) 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. Difficulté Main-d’œuvre Soin du corps Découverte Sociabilité Etranger Fiscalité Emploi Communication Presse Education - Apprentissage Rareté Secret Commerce Entrée Négation Hospitalité Qualité Volonté Normalité Humain Sérieux Réception Vision Entreprise Enseignement Impulsion Médecine Repos Poids Supériorité Roture Urbanisme Force Injustice Singularité Résolution Autorité Autorisation Election Calendrier Xavier Lorent 6 mentions 4 mentions 12 mentions 2 mentions 1 mention 4 mentions 1 mention 26 mentions 9 mentions 11 mentions 3 mentions 3 mentions 7 mentions 2 mentions 1 mention 11 mentions 1 mention 1 mention 2 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 9 mentions 6 mentions 14 mentions 6 mentions 1 mention 2 mentions 3 mentions 1 mention 4 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 2 mentions 1 mention 1 mention 18 mentions 1 mention Décembre 2008 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. 79. 80. 81. 82. 83. 84. 85. 86. 87. 88. 89. 90. 91. 92. 93. 94. 95. Prudence Addition Mesure Substitution Agent Publicité Armée Veille Fierté Apparition Jugement Description Tentative Paucité Soutien Demande Possession Totalité Modèle Echec Norme Forme Refus Lieu de travail Organisation Direction Distinction Lettre Motif Intégration Période Question Ordre Recherche Instant Réponse Evolution Compagnie Conversation Choix Habitant Extérieur Ancienneté Correspondance Contenant Marchandise Sélection Circonstance Proximité Structure Opportunité Uniformité Situation Aide Xavier Lorent 1 mention 1 mention 2 mentions 2 mentions 1 mention 10 mentions 2 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 3 mentions 6 mentions 1 mention 7 mentions 1 mention 7 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 4 mentions 2 mentions 1 mention 1 mention 2 mentions 1 mention 2 mentions 2 mentions 5 mentions 1 mention 4 mentions 1 mention 2 mentions 2 mentions 6 mentions 2 mentions 3 mentions 3 mentions 2 mentions 1 mention 3 mentions 1 mention 3 mentions 2 mentions 2 mentions 1 mention 9 mentions 2 mentions 4 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention Décembre 2008 96. Barrière 97. Personne 98. Réserve 99. Habitude 100.Commencement 101.Passé 102.Propreté 103.Anormalité 104.Conflit 105.Savoir 106.Maturité 107.Equilibre 108.Sensation 109.Règle 110.Utilité 111.Nécessité 112.Obligation 113.Effet 114.Devoir 115.Mouvement 116.Acceptation 117.Présentation 118.Diffusion 119.Contrôle 120.Regard 121.Essai 1 mention 1 mention 4 mentions 1 mention 1 mention 3 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 3 mentions 1 mention 1 mention 2 mentions 2 mentions 1 mention 2 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 2 mentions 1 mention 1 mention 1 mention Troisième thème (Rapport à la formation) 1. Obligation 2. Préparation - Enseignement 3. Autorité 4. Dépense – Don 5. Direction 6. Guérison 7. Propreté 8. Vieillesse 9. Curiosité 10. Manutention 11. Soin de corps 12. Savoir 13. Médecine 14. Hebdomadaire 15. Salaire 16. Main-d’œuvre 17. Discours 18. Rareté 19. Entreprise 20. Organisation 21. Participation 22. Apprentissage 23. Gastronomie 24. Partenariat 25. Repos Xavier Lorent 8 mentions 15 mentions 2 mentions 3 mentions 4 mentions 1 mention 2 mentions 2 mentions 1 mention 1 mention 8 mentions 1 mention 7 mentions 1 mention 1 mention 64 mentions 1 mention 1 mention 11 mentions 2 mentions 3 mentions 36 mentions 1 mention 7 mentions 4 mentions Décembre 2008 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. Méthode Organisation Emploi Continuité Période Taille Facilité Négation Effet Paucité Commerce Jugement Soin Habitant Action Hygiène Intérieur Extérieur Non-conformité Maladie Communication Spécialisation Devoir Nécessité Folie Réponse Réception Soulagement Sens Cherté Essai Démence 1 mention 1 mention 6 mentions 1 mention 5 mentions 1 mention 1 mention 3 mentions 1 mention 1 mention 3 mentions 1 mention 4 mentions 1 mention 2 mentions 1 mention 1 mention 4 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 2 mentions 2 mentions 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 1 mention 3. La distribution et le regroupement sous des catégories telles que définies par le guide d’entretien Premier thème (Difficultés) • • • • • • Savoir-être Compétences techniques Compétences linguistiques Poste de travail Formation Solutions Xavier Lorent 26 mentions 10 mentions 0 mentions 47 mentions 4 mentions 10 mentions Décembre 2008 Nombre de mention par indicateur 50 47 45 40 Nombre de mention 35 30 26 25 20 15 10 10 10 4 5 0 0 Savoir-être Compétence technique Compétence linguistique Poste de travail Formation Solution Le regroupement des différentes catégories du premier thème au sein des différents indicateurs de recherche nous montre plusieurs éléments qu’il est important de nuancer et de ne pas généraliser. On remarque tout d’abord que l’indicateur poste de travail est le plus élevé de tous. Cela ne veut pas dire pour autant que les employeurs sont confrontés à des difficultés, à ce niveau, entre leurs exigences/attentes et la façon dont celles-ci peuvent être comblées ou non par les candidats potentiels. Mais cet élément est un indicateur de la difficulté, parfois présente, à trouver des candidats pour des postes déterminés. L’indicateur de poste de travail renvoie bien évidemment à toutes les difficultés liées à celui-ci. Il y a des différences entre deux types d’institutions et il faudra y revenir ultérieurement. Mais on peut constater que la lourdeur des tâches effectuées par le personnel soignant, les horaires particuliers, les différents types de patients qui sont soignés, … constituent des freins, constatés par les responsables d’établissement, dans le chef des candidats potentiels tant au niveau des infirmiers que des aides-soignants. L’indicateur de savoir-être est le second en termes de mention. C’est un élément qu’il ne faut pas négliger car il a tout de même une importance. En dehors de la pénurie d’infirmières et de son importance relative dans le cadre du recrutement, il faut noter que les exigences en matière de savoir-être peuvent parfois être telles qu’elles empêcheraient des candidats valables d’obtenir un poste qui leur serait nécessaire. Il faudra revenir, dans une autre phase d’analyse, sur l’importance du savoir-être dans le recrutement. L’indicateur de compétence technique et celui de solution obtiennent tous deux un nombre égal de mentions. Le premier nous informe que, bien que le personnel soignant ait reçu une formation scolaire jugée suffisante pour exercer en milieu hospitalier, il y a des lacunes dans la formation technique reçue par le personnel devant exercer en maison de repos. C’est une constatation faite particulièrement pour les aides-soignantes. Ce n’est pas tant la préparation technique proprement dite qui fait défaut mais bien l’absence de préparation psychologique et pédagogique du personnel devant s’occuper de personnes âgées. Il faudra également nuancer ces propos afin de ne pas stigmatiser une catégorie de personnel qui bien souvent fait les frais de la pénurie d’infirmières. Le second, l’indicateur de solution, nous permet de remarquer les différentes méthodes mises en place par les maisons de repos afin de faire face à la pénurie d’infirmières. Ces méthodes qui relèvent le plus souvent du bricolage sont révélatrices de l’absence de stratégie de recrutement dans ce secteur. Les maisons de repos sont bien dépourvues face à cette absence de personnel infirmier et ne trouvent visiblement pas le moyen efficace de parer cela. On recherche parfois en vain chez les voisins français Xavier Lorent Décembre 2008 ou on fait réaliser officieusement par des aides-soignantes les tâches des infirmières. Toutes les maisons de repos ne sont pas égales face à ce phénomène et on verra plus loin qu’il y a des variations entre maisons privées et maisons publiques. L’indicateur de formation n’est que peu mentionné par les employeurs. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas de formation mais on peut dire qu’en dehors des formations obligatoires dès qu’on est reconnu comme MRS, il n’y a pas vraiment de formation ou alors il y a ce qu’on appelle une formation « sur le tas ». Visiblement le secteur ne dégage que peu de marges bénéficiaires et les employeurs jugent les formations trop onéreuses. De plus, les maisons de repos doivent continuer à fonctionner malgré les formations. Une tournante du personnel doit donc s’opérer afin de garantir un service minimum permanent. L’indicateur de compétence linguistique n’a aucune mention car il n’y a ni difficulté en la matière ni exigences particulières. On peut donc dresser le schéma suivant sur base de quatre variables importantes venant influer sur les différents indicateurs28 : Etablissement de plus de 50 travailleurs Formation MRS Compétence technique Poste de travail Compétence technique Savoir-être Savoir-être Poste de travail Etablissement privé Etablissement public Formation Formation Poste de travail Savoir-être Poste de travail Etablissement de moins de 50 travailleurs MR On voit donc que les exigences vis-à-vis du savoir-être sont plus importantes si l’on se place dans un établissement privé, grand ou petit, et qu’elles ne dépendent pas du niveau de qualification. Par ailleurs, si les employeurs mettent l’accent sur ces exigences c’est également parce qu’ils ne voient pas leurs attentes comblées. Les exigences en matière de compétences techniques sont d’autant plus élevées que la taille de l’entreprise est élevée, peu importe que ce soit du public ou du privé. On voit aussi que seules les MRS ont des exigences techniques telles que ça présente des difficultés au niveau du recrutement. 28 Nous exclurons de la schématisation la variable géographique afin de ne pas entrer dans un tableau à six axes dont la représentation serait tridimensionnelle mais nous gardons à l’esprit son impact sur certaines variables Xavier Lorent Décembre 2008 En ce qui concerne la formation, c’est différent. Il y a là une distinction entre MR et MRS croisée avec une distinction publique/privée. Les MRS ont des formations obligatoires qui sont dispensées et seules les MR publique dispensent des formations non obligatoires alors que les MRS, en fonction de leurs possibilités, tentent également d’avoir recours aux formations non obligatoires. Deuxième thème (Processus de recrutement) Périodicité Sélection Stratégie • • • 7 mentions 141 mentions 70 mentions Nombre de mention par indicateur 160 141 140 Nombre de mentions 120 100 80 70 60 40 20 7 0 Périodicité Sélection Stratégie L’indicateur de périodicité est bien moins mentionné que les deux autres. La raison la plus évidente est que les maisons de repos, quelle que soit leur taille, n’ont pas pu fournir d’informations précises sur leur motivation de recrutement. Bien souvent ce recrutement est ponctuel ou répond au départ d’un employé qu’il faut remplacer ou à un accroissement du nombre de lits ou encore à un changement de statut de l’établissement qui nécessite une adaptation aux normes. L’indicateur de sélection est celui qui récolte le plus de mentions. A ce niveau, c’est assez normal étant donné que chacun des établissements possède si on peut dire son propre mode de recrutement. On observe évidemment des différences en fonction de la taille de la maison de repos mais ce n’est pas vraiment significatif. Le recrutement est fortement influencé par le subjectif et l’intuitif. Les grandes maisons de repos ont bien un service du personnel pour gérer les engagements, ou elles dépendent de groupe hospitalier plus grand, mais dans l’ensemble, on ne trouve aucun test de personnalité, aucun examen de connaissances théoriques ou autre. Dans tous les cas, il y a un tri subjectif des candidatures via les CV ou lettres de motivation. Ensuite, on rencontre les candidats qu’on a retenus on les sélectionnera sur l’un ou l’autre élément subjectif qu’on tentera d’objectiver pour légitimer le recrutement. Dans certains cas, on proposera un jour ou une demi-journée de travail à l’essai mais ça ne se passe pas toujours de cette façon. L’indicateur de stratégie est également fortement mentionné et cela tient au fait que les canaux de diffusion comme le mode de sélection sont étroitement liés. Il n’y a pas de grandes différences entre les maisons de repos quant à la manière de rechercher du personnel. La plupart des établissements ne trouvent pas d’infirmières à cause de la pénurie Xavier Lorent Décembre 2008 et leurs stratégies pour en trouver sont diverses : soit on met des annonces dans les journaux étrangers, soit dans les journaux locaux ou, à de rares exceptions, sur le site du Forem. Pour ce qui est des aides-soignantes, la majorité des maisons de repos possèdent une réserve de recrutement constituée à partir des nombreuses candidatures spontanées qui leur parviennent. Les autres profils sont souvent recrutés soit localement, pour les établissements plus modestes, soit via le Forem. On peut donc dresser le schéma suivant sur base de quatre variables importantes venant influer sur les différents indicateurs : Annonce sur site Forem Etablissement de plus de 50 travailleurs MRS Choix intuitif Annonces journaux locaux Annonces journaux locaux Choix intuitif Réserve de recrutement pour aides-soignantes Etablissement public Choix intuitif Annonce sur site Forem Etablissement privé Choix intuitif Annonces journaux locaux Annonces journaux locaux Etablissement de moins de 50 travailleurs Xavier Lorent Annonce dans les journaux nationaux : profil infirmier MR Décembre 2008 Troisième thème (Rapport à la formation) Temps/Moyens Pertinence Partenariat • • • 7 mentions 32 mentions 36 mentions Nombre de mention par indicateur 40 36 35 32 Nombre de mentions 30 25 20 15 10 7 5 0 Temps/Moyens Pertinence Partenariat Les employeurs se sont fort peu étendus sur ce thème dans la mesure où l’essentiel de la formation est obligatoire ou se fait sur le tas. On distingue à ce niveau une différence entre les maisons de repos « simples » et les autres, c’est-à-dire qui sont au moins de type MRS. Pour les premières, il n’existe aucune formation obligatoire à l’exception de la direction de l’établissement. Dans ce cas, on fait très peu de formations et on ne cible que ce qui est gratuit ou ce qui est dispensé par les délégués commerciaux soucieux de vendre leurs produits. Pour les secondes, les formations obligatoires sont souvent dispensées par le médecin coordinateur. On a parfois recours à d’autres formations mais c’est rarement le cas car celles-ci sont jugées trop coûteuses et il faut faire des économies. On utilise également les formations dispensées par les délégués commerciaux. Mais est-ce réellement de la formation ? Les établissements publics sont visiblement ceux où il y a plus de facilités pour suivre des formations car souvent ils dépendent d’un CPAS qui peut disposer d’un budget propre à cet effet. Si l’on prend l’indicateur de temps et de moyens on voit bien qu’il est le moins mentionné. Il n’y a pas de temps précis ou de moyens précis alloués à la formation. Cela varie d’un employeur à l’autre sans aucun critère apparent venant faire fluctuer cela. L’indicateur de pertinence arrive ensuite. Il ne nous éclaire pas davantage sur ce qui motive l’entrée en formation ou non. Exception faite des formations qui sont obligatoires. Il semble que, en dehors de ce caractère coercitif de la formation, ce soit le coût de celle-ci qui prédomine. Ce qu’on voit tout de même apparaître, c’est que les employés à qualification plus élevée ont plus facilement accès aux formations. Généralement, il s’agit du personnel soignant. Concernant les partenariats, on voit que les partenaires commerciaux sont les principaux partenaires de formation. Ensuite, on trouve le médecin coordinateur qui dispense les formations obligatoires. La fédération patronale du secteur à laquelle la maison de repos est affiliée dispense également les formations obligatoires pour la direction. Xavier Lorent Décembre 2008 On peut donc dresser le schéma suivant sur base de quatre variables importantes venant influer sur les différents indicateurs : Etablissement de plus de 50 travailleurs Partenaires privés Formation sur le tas Opérateurs de formations MRS Opérateurs de formation Formation obligatoire Formation sur le tas Etablissement privé Etablissement public Choix intuitif Partenaires privés Partenaires privés Formation sur le tas Partenaires privés Formation sur le tas Etablissement de moins de 50 travailleurs MR 4. Recherche systématique des mots associés avec les mots reclassés Nous allons, dans cette phase, tenter de donner un sens aux indicateurs par le biais de mots qui leurs sont associés. Nous allons les étayer et essayer de leur faire prendre forme concrète. Premier thème (Difficultés) Le savoir-être, on l’a vu, prend différentes formes selon l’entreprise interrogée. Dans cet indicateur ont été regroupés toute une série de caractéristiques, de comportements, qui relèvent beaucoup plus de dispositions de classe ou de représentations d’une classe vis-à-vis d’une autre que de caractéristiques objectives mesurables. Le principal élément de cet indicateur, est la motivation. Concernant cette envie de travailler, on peut réellement s’interroger sur la notion. On travaille avant tout pour un salaire, pour pouvoir subsister. Le goût du travail et du travail bien fait ne se retrouve que dans certains cas de figure : l’artisan ayant prise sur l’ensemble du processus de production de son œuvre ou l’employé exerçant un métier qui le passionne. Entre ces deux extrêmes la notion de désir du travail peut être opaque. La question qui vient à l’esprit est celle-là : comment peut-on éprouver une réelle envie d’exercer un emploi dans lequel on ne s’épanouit pas car, bien souvent, il ne correspond pas aux aspirations du travailleur ?29 D’autant plus qu’on peut aisément croiser l’indicateur du poste de travail avec celui du savoir-être. Cela nous permet de remarquer que les tâches pour le personnel soignant sont jugées lourdes, difficiles, aux horaires chargés et aux salaires peu attractifs. L’infirmière constitue un exemple flagrant : comment peut-on être encore passionné pour cette fonction qui n’a plus la valorisation sociale d’antan, dont les responsabilités se sont accrues considérablement alors que le salaire n’a pas suivi ? 29 A ce sujet, voir S. Paugam, Le salarié de la précarité, PUF, 2000. Xavier Lorent Décembre 2008 Les catégories qui réfèrent à l’indicateur de compétences techniques renvoient principalement aux titres scolaires des candidats potentiels. Croisé à l’indicateur de savoirêtre, on voit que ce qui est souvent reproché aux infirmières et surtout aux aides-soignantes ce sont des compétences qu’on estime qu’elles auraient dû acquérir lors de leur parcours scolaire. Il s’agit du rapport avec les personnes âgées notamment. En nous penchant sur le dernier des indicateurs les plus importants de ce thème, celui du poste de travail, on s’aperçoit que les difficultés mentionnées concernent principalement les aides-soignantes et les infirmières. Sans trop s’étendre sur le sujet, on voit que les difficultés peuvent être au niveau des horaires, flexibles ou irréguliers, et au niveau des salaires souvent jugés insuffisants en rapport aux tâches effectuées ou pas souvent attractifs en raison des pièges à l’emploi qui rendent le chômage plus attrayant (bien que l’on puisse se demander si ce sont les salaires qui ne sont pas attrayants ou bien le coût de la vie qui est trop élevé), mais aussi à la pénibilité des tâches (ramasser les déjections des malades, soulever des personnes lourdes, sortir les poubelles…). Comme énoncé plus haut, l’indicateur de formation renvoie lui au caractère permanent d’un apprentissage qui se fait « sur le tas ». Les formations en extérieur ne constituant qu’un aspect minoritaire de l’apprentissage et se réalisant soit via le médecin coordinateur soit via des partenaires commerciaux venant présenter tous les aspects de leur produit. On ne s’attardera pas sur l’indicateur de solution dans la mesure où l’on a déjà vu que les pratiques des maisons de repos pour résoudre leurs difficultés relèvent plus d’un bricolage, d’une forme de débrouillardise qui consiste à « faire avec », répartir les tâches des infirmières sur les aides-soignantes ou encore à tenter vainement ou avec un succès mitigé de trouver des infirmières à l’étranger ou dans un autre établissement. Deuxième thème (Processus de recrutement) Ce qui se dégage de l’ensemble des entretiens nous montre qu’il n’y a pas de logique, à proprement parler, du recrutement. Les établissements ne peuvent prédire quand ils engageront et il n’y a pas de logique structurelle d’engagement. On se situe entièrement dans le ponctuel et ça se comprend. La plupart des établissements doivent faire face à de nombreuses adaptations de leur secteur : évolution des maisons de repos en maisons de repos et de soins, demandes d’augmentation du nombre de lits, etc. Ces adaptations impliquent de nouvelles normes qu’il faut respecter. Donc, jusqu’à ce que les choix d’évolution soient posés, on ignore réellement quelle sera la situation future. Une fois l’engagement pris vers un certain type d’évolution, il ne dispose que d’un temps relatif pour s’adapter. En général c’est durant ce maigre temps imparti qu’ils cherchent à s’adapter aux normes. Bien souvent, ce fonctionnement à court terme n’est pas suffisant pour que l’établissement puisse mettre en place un processus adéquat de recrutement. Nous avons donc un secteur en adaptation constante qui peine à s’adapter aux normes imposées. Les engagements sont donc ponctuels, dictés par une logique d’adaptation qui est avant tout mercantile et capitaliste. On engage parce que l’établissement s’accroît et parce qu’on veut le voir croître afin d’augmenter « la part de marché », les bénéfices. Il convient donc de s’interroger sur l’influence d’une logique marchande au sein d’un secteur dit non-marchand de l’action sociale et de la santé. On engage également pour remplacer un membre du personnel. Cela reste dans la logique d’ensemble car évidemment il est difficile de prévoir l’absence de quelqu’un de manière systématique. Cette stratégie se répercute d’emblée sur la façon de recruter. En effet, comme nous l’avons vu dans les phases précédentes de l’analyse, les établissements n’ont pas pris la peine de mettre au point des méthodes objectives et structurées de recrutement. Bien souvent, les plus petites maisons de repos n’ont ni les moyens ni le temps nécessaires à accorder à cela. Xavier Lorent Décembre 2008 Elles procèdent donc de manière subjective en filtrant les CV. Bien souvent on est attentif au parcours professionnel du candidat. Ce qui frappe, c’est que sur les CV, l’employeur ciblera plus volontiers la preuve de l’inexpérience ou de l’éloignement prolongé du marché de l’emploi que les points positifs du candidat. On instrumente la sélection beaucoup plus à charge qu’à décharge avec l’étrange impression qu’on cherche beaucoup plus le candidat le moins mauvais que le plus adéquat. Cette pratique pénalise fortement les personnes éloignées de l’emploi ou du moins celles qui connaissent des difficultés d’insertion et qui virevoltent d’un emploi précaire à un autre dans le but de se stabiliser professionnellement et socialement. De nombreux employeurs ont prétendu d’ailleurs refuser d’engager des personnes ayant connu « un trop grand nombre d’emplois sur l’année » ou n’étant pas « capables de décrocher un CDI » après avoir eu quelques CDD. Dans des cas moins fréquents, il arrive que les candidats aidés dans leurs démarches par le Forem soient pénalisés uniquement car ils sont épaulés par l’Office public wallon. Après examen des CV et des lettres de motivation, les candidats restants sont souvent rencontrés par l’employeur ou en tout cas par un responsable de l’établissement qui jugera, de manière intuitive, les capacités des candidats. Parfois, il arrive que des candidats doivent effectuer une journée ou une demi-journée à l’essai. Ce n’est pas une pratique générale et, de toute façon, il convient de se demander si une si courte période est suffisante pour donner des résultats probants. Au niveau des canaux de diffusion utilisés pour faire circuler les offres d’emploi, on observe que la plupart des établissements ont mis en place des réserves de recrutement, essentiellement pour les aides-soignantes, constituées sur base des candidatures spontanées et des précédentes candidatures et dans lesquelles ils puisent en cas de nécessité. En dehors de ça, on observe une différence entre MR publiques et privées : le secteur public a de plus en plus recours aux services du Forem et le privé a recours aux journaux locaux. Pour certains établissement publics, le recours au Forem fut le résultat de pressions provenant du pouvoir de tutelle (commune, CPAS). Les maisons de repos occupant plus de cinquante travailleurs ou étant intégrées dans des groupes plus grands diffusent également leurs offres par le biais des journaux nationaux. Quoiqu’il en soit, lorsqu’il s’agit de trouver des solutions à la pénurie d’infirmières, beaucoup d’établissements tentent de recruter en France car le statut de frontalier permet aux infirmières françaises d’avoir de nombreux avantages salariaux. Troisième thème (Rapport à la formation) Parmi les catégories associées à des indicateurs, on en trouve très peu se référant à l’indicateur de Temps et de Moyens. Les employeurs ne se sont pas attardés sur ces aspects là de la formation. L’apprentissage se fait dans ce secteur en majeure partie sur le tas et en continu. Exception faite bien sûr des formations obligatoires. Celles-ci sont bien souvent dispensées par un médecin coordinateur ou, pour la direction, par la fédération patronale à laquelle l’établissement est affilié. La plupart du temps, le secteur dégage très peu de temps pour former son personnel. On remarque que des partenaires privés, venant vendre leurs produits, proposent de former le personnel gratuitement à l’utilisation de ces produits. Dans l’ensemble, les organismes de formation extérieurs peinent à percer dans ce secteur. C’est plus par manque de temps et d’argent que par une réelle absence de volonté à former. Mais on note que certaines maisons de repos parviennent à trouver des solutions pour combiner rotation du personnel, temps de formation et diversité de celles-ci : elles se regroupent entre établissements de même type afin d’envoyer une partie de leur personnel suivre des formations au sein de l’une ou l’autre maison de repos et ce dispensée par un médecin coordinateur. Xavier Lorent Décembre 2008 5. Qualifications des contenus Il est difficile ici de dégager une logique reflétant l’ensemble des comportements des différents établissements interrogés et ce n’est pas le but de la démarche. Il faut, à tout le moins, tenter de dégager un schéma de fonctionnement qui rende compte de la réalité du secteur des maisons de repos dans la région du Centre sans toutefois l’épuiser dans sa totalité. On peut donc dire, en ne restant que dans la stricte analyse, que le thème le plus abordé par les employeurs est celui des difficultés car il couvre des sujets qui leur importent et qui se réfèrent aux compétences qu’ils exigent et attendent de candidats potentiels ou futurs. A ce niveau, ils mettent l’accent sur le poste de travail. Cela s’explique essentiellement car le travail tant d’infirmière que d’aide-soignante n’est pas simple, surtout dans le secteur. Si la pénurie d’infirmières permet à celles-ci d’arriver à négocier, dans une certaine mesure, les horaires à prester, on remarque que les tâches qui leur incombent ne sont pas parmi les plus techniques qui soient en regard de tout ce qu’elles peuvent réaliser en hôpital. De plus, un statut d’indépendante leur permet bien souvent d’obtenir des rémunérations beaucoup plus élevées, pour autant qu’elles gèrent correctement leur petite entreprise. Concernant les aides-soignantes, leur sort est encore moins enviable. Dans certains cas elles sont trop nombreuses sur le marché ce qui engendre une concurrence accrue d’où sortent bien souvent vainqueurs celles qui ont le plus d’expérience et qui sont prêtes au plus de sacrifices. C’est un raisonnement économique simple : dans nos sociétés capitalistes, c’est la rareté qui crée la valeur d’un bien et cette valeur trouve son équilibre entre une offre et une demande. Si la demande d’emploi est plus forte que l’offre, cela aura pour conséquence que le prix à payer pour obtenir cet emploi sera plus élevé. Si le salaire ne peut pas être revu trop à la baisse car il est lié à des barèmes dans le secteur, les tâches à accomplir pour le mériter ne sont pas toujours en adéquation avec le niveau de celui-ci. On constate que les aidessoignantes doivent parfois faire le travail des infirmières pour pallier à la pénurie de cellesci, leurs horaires sont difficiles (horaires coupés dans certains cas), elles doivent avoir une bonne constitution physique afin d’être en mesure de soulever, parfois seules, des patients d’un poids certain qui se laissent aller et s’apparentent donc à des poids morts. Au bas de l’échelle des métiers paramédicaux, leur fonction est dévalorisée socialement. La spécialisation croissante des métiers du paramédical les a laissées sur le carreau, elles qui sont généralistes, et la marchandisation du secteur a relégué leur fonction sociale d’écoutant à l’arrière plan. Cela se retrouve dans le processus de recrutement. L’absence de logique propre et de tests à la méthodologie claire fait planer le spectre de l’arbitraire sur celui-ci. Si on ajoute à cela la présence d’exigences relevant du savoir-être et qui s’insinuent dans le recrutement, on remarque donc que les employeurs érigent en catégories universelles objectives des dispositions qui relèvent de leurs propres idéaux et de leurs représentations sociales de ce que doit être un bon candidat. Les canaux de diffusion des offres d’emploi ne sont que le reflet d’un secteur qui recrute au sein d’un petit microcosme. Les journaux locaux font la part belle à tout le reste car les employeurs savent bien qu’ils recherchent une main-d’œuvre pas très qualifiée, faiblement mobile et qu’ils la trouveront principalement par ce biais. D’autant plus qu’il est plus facile d’avoir rapidement sous la main un employé proche de son lieu de travail qu’un employé plus éloigné. Les maisons de repos publiques ont plus que les autres recours au Forem mais ce n’est pas généralisé et elles le font plus par obligation que par conviction personnelle que cela leur apportera de quelconques résultats. Les établissements les plus grands en termes de Xavier Lorent Décembre 2008 personnel sont ceux qui ont non seulement plus souvent recours aux services du Forem mais également à la diffusion par le biais de journaux nationaux. Ce sont aussi les établissements dans lesquels on trouve une délégation syndicale et donc un moyen de pression sur l’employeur et un moyen de contrôle des actes qu’il pose. On remarque que l’attitude de l’ensemble du secteur à l’égard de la pénurie d’infirmières est la même : on a recours à la diffusion d’offres dans la presse française ou à aller chercher ce dont on a besoin chez un concurrent. La formation se fait sur le tas ou, pour ce qui est de l’obligatoire, via le médecin coordinateur. La formation externe offerte par un opérateur de formation est très peu utilisée car elle est jugée trop chère ou que l’établissement n’a pas le temps pour cela. On peut donc tenter d’ébaucher le schéma logico-sémantique suivant : Conséquences Besoins Besoin d’infirmières et de bonnes infirmières Présence de difficultés Besoin de candidats motivés, compétents, polyvalents,… Recrutement via : - Journaux locaux, petites annonces - Par le Forem pour les établissements publics et les grands établissements - Journaux nationaux - Réserve de recrutement pour les aides-soignantes Solutions -On fait avec ou on donne aux aides soignantes les tâches des infirmières - Recours à la presse étrangère et le débauchage pour la pénurie d’infirmière Formation « Sur le tas » principalement. Par le biais de la fédération patronale du secteur ou le médecin coordinateur pour les formations obligatoires. Formation via les partenaires commerciaux pour ce qui est de l’utilisation des produits… VI. Discussion L’analyse des résultats nous permet de mieux comprendre le secteur des maisons de repos, ses besoins de compétences, les difficultés qu’il rencontre pour les combler, le processus de recrutement à l’œuvre dans les entreprises qui en font partie et le rapport avec la formation. L’analyse logico-sémantique de contenu nous a confirmé certains des éléments de l’enquête quantitative. Si l’engagement est présent dans certains établissements, il n’est pas massif et il ne le sera pas dans les cinq prochaines années. Deux raisons peuvent être évoquées principalement. La première est que les emplois sont conditionnés à des normes et à des subsides en provenance du public. Seule la nécessité de se conformer aux normes permet aux établissements d’engager. Donc un engagement massif dans ce secteur ne pourrait survenir qu’en cas d’extension massive de ces normes ou d’une nouvelle création de maison de repos. Mais c’est à exclure car, en Région wallonne, il existe un moratoire datant de 1997 qui a figé la situation et la répartition des établissements entre le secteur public, le privé et Xavier Lorent Décembre 2008 l’associatif. La seconde raison est qu’il n’y a aucune logique structurelle et prospective de recrutement dans ce secteur. On engage pour remplacer quelqu’un et pour se conformer aux normes. Il n’y a pas de prévision réelle mise en place pour prévoir les engagements futurs. Dès lors, la gestion de l’emploi dans ce secteur relève du bricolage et de la gestion à court terme. Néanmoins, les employeurs ont des attentes vis-à-vis de leur personnel ou de candidats potentiels. On attend bien entendu qu’une infirmière comme une aide-soignante soit apte à faire son métier et donc possède les qualifications requises. Mais on précise également qu’il faut une approche particulière de la personne âgée, une motivation ou d’autres éléments très difficiles à objectiver. Sans remettre en cause la nécessité du rapport adéquat entre le personnel de la maison de repos et le pensionnaire, il convient de remarquer qu’il n’existe pas de méthodologie propre de ce qu’est la bonne attitude relationnelle envers la personne âgée. A peu près chaque directeur d’établissement possède un avis en la matière. Cela vient court-circuiter le processus de recrutement. Il est impossible pour un candidat de savoir sur quoi reposera son évaluation dans la mesure où ce qui va être objectivé, c’est un critère de distinction qui repose sur les schèmes de représentations de l’employeur et qui sont porteurs du style de toute sa fraction de classe. Entendons-nous bien, le problème n’est pas qu’une évaluation ou qu’une importance soit accordée à la relation entre le personnel soignant et les résidents. Le problème réside dans l’absence claire de méthodologie propre pour évaluer cette relation et en l’absence de tout moratoire sur ce que serait la bonne conduite relationnelle entre le personnel d’une maison de repos et les pensionnaires. Car toute personne a le droit d’être évaluée et jugée sur base d’éléments dont elle a connaissance. Il ne faut pas par là alourdir le cursus de ces catégories de métiers car il est déjà assez lourd. Mais il conviendrait raisonnablement de mettre en place un guide de la relation entre le personnel et les pensionnaires des maisons de repos destiné aux demandeurs d’emplois du secteur, aux futurs employés de maison de repos. Il serait également judicieux d’offrir des formations permettant de régulariser la situation du personnel déjà employé dans les maisons de repos afin de mettre tout le monde sur un pied d’égalité. Dans le cas où on ne remédierait pas à cette situation, on cautionnerait l’existence d’un arbitraire à l’embauche qui surviendrait par manque de clarté et d’objectivité sur les critères d’évaluations des candidats. Réalisé par ou sous le patronage du ministère de tutelle, un tel guide lutterait contre l’arbitraire qui règne dans le processus de recrutement du secteur et garantirait au pensionnaire d’être traité en fonction de comportements, d’attitudes concertées et approuvées. A l’opposé de cela, il est également constaté que le secteur peine à faire face à la pénurie d’infirmières. Cette situation est complexe et notre démarche n’apporte aucune solution à ce problème. On peut toutefois suggérer que le métier soit revalorisé. D’une part, il serait intéressant d’adopter des politiques et des actions de rehaussement de l’image de l’infirmier en général et surtout sur les hautes valeurs et la grande expertise que nécessite le soin aux aînés. D’autre part, il convient de revoir à la hausse les salaires des infirmiers et de jeter un regard objectif sur ce que sont les conditions de travail dans ce secteur : les horaires sont difficiles, les tâches sont lourdes et les conditions de travail sont telles que parfois une seule personne gère un nombre élevé de malades. Les premières victimes sont évidemment les aides-soignantes qui, dans certains cas, doivent assumer les tâches et la responsabilité des infirmières sans pour autant en avoir la rémunération ni même la compétence reconnue. De plus, l’intérêt de plus en plus marqué du privé pour le secteur n’est pas pour arranger les choses. Sous couvert de profit et d’économies, on augmente la charge de travail, on hésite à Xavier Lorent Décembre 2008 remplacer le personnel malade, on demande de la productivité. Au final, le personnel est stressé et le pensionnaire est mal encadré. Les exigences de chiffres d’affaire empêchent un réel lien social avec le patient, pourtant nécessaire et font peser une pression telle que des fautes sont commises tôt ou tard et augmentent considérablement le prix des loyers. Nous y reviendrons ultérieurement. Mais l’évolution du secteur est telle que les responsables des maisons de repos ont souvent de grandes difficultés à s’adapter. Le secteur est en pleine mutation et nous nous y pencherons un peu plus longuement dans la partie consacrée aux perspectives de population. Le CSEF ne peut entreprendre des actions que dans la limite de ses attributions. Il n’empêche qu’il a la possibilité de réunir le secteur afin de débattre des mesures éventuelles à prendre en la matière, il peut recommander des avis auprès du ministre concerné et il peut éventuellement collaborer ou coordonner des travaux qui porteraient sur la réalisation d’un guide des bonnes relations entre patients et personnel des maisons de repos. La formation est également un aspect non négligeable de cette analyse de contenu. Il y a à ce niveau une distinction à établir entre les maisons de repos « typiques », c’est-à-dire qui ne dispensent aucun soin et que nous appellerons les MR, et les autres, appelées MRS en référence à la maison de repos et de soins. On remarque donc que le point commun aux différents types d’établissements est d’avoir recours en majorité à la formation sur le tas. Mais pour tout ce qui est MRS, il existe des formations obligatoires pour le personnel. Qu’on soit en MR ou en MRS, il y a des formations obligatoires de minimum deux jours pour les responsables des établissements. Ces formations obligatoires sont bien souvent dispensées par le médecin coordinateur attitré. En dehors de ces formations et à l’exception des (in)formations que donnent les délégués commerciaux au sujet des produits qu’ils vendent et de la façon dont il faut les utiliser, le secteur des maisons de repos en région du Centre a peu recours à la formation extérieure. On juge les opérateurs de formations trop onéreux et les établissements manquent de temps. Il est vrai que la privatisation partielle du secteur a pour but, dans le contexte de société capitaliste qu’est le nôtre, de faire du profit. Il est d’ailleurs constaté que le secteur public a plus souvent recours à la formation externe même si c’est limité également. Il reste que l’exigence principale des responsables d’établissements du secteur est la formation préalable des demandeurs d’emploi dans certaines matières afin d’être engagés. Si l’on prend l’exemple des aides-soignantes, on constate un turn-over « avoué » qui n’est pas négligeable. La revendication préalable de la formation est tenable du point de vue de l’employeur. Mais du point de vue du demandeur d’emploi, c’est une grosse difficulté. Demandeur d’emploi et employeur ont, à l’égard des formations, le même problème : le temps et l’argent. Le problème de l’argent peut être résolu notamment par la gratuité de certaines formations. Cela pourrait notamment être le cas dans le cadre de formations sur la relation entre personnel soignant et pensionnaires. Pour régler le problème de temps perdu, l’employeur, dans le secteur des maisons de repos du Centre, a davantage recours à la formation sur le tas. Le demandeur d’emploi n’a pas cette chance. Si le temps consacré à la formation est pure perte pour l’employeur qui ne peut rentabiliser de ce fait un employé qu’il estime déjà payer beaucoup trop cher, le temps est abîme vers l’enfer pour le demandeur d’emploi. Le temps qui passe, sans apporter d’emploi stable, accroit davantage sa désinsertion du monde du travail et du monde social, déstructurant plus encore le lien social qui le rattache à une communauté d’individus ayant en commun d’être aptes à consommer dans un monde où c’est devenu la valeur prépondérante. La formation ne lui procure pas un emploi et lui fait donc perdre un temps précieux qui le précarise Xavier Lorent Décembre 2008 encore plus. Du point de vue du demandeur d’emploi, la formation efficace doit se réaliser après l’engagement. Comment alors concilier ces approches antagonistes ? Il faut promouvoir des formations, qui pour être efficaces, ont lieu au préalable de l’embauche, en partenariat avec l’employeur, et surtout qui soient moins espacées dans le temps, plus intensives, plus exigeantes à l’égard du formé car l’attente implicite de celui-ci est tout aussi énorme : lui donner la clef qui conduit à l’insertion et à l’intégration tant convoitée. Mais elles se doivent également d’être créatrices d’une dynamique propre et interactive, procurant au formé le sentiment d’une participation qui a son importance et exigeant de lui des devoirs, feedback agissant comme indicateur de la bonne réalisation de la formation. Car un bon formateur comme un bon professeur est celui qui a procuré à sa classe une confiance en soi lui permettant d’user d’un savoir reconnu comme tel et ce de manière autonome. En France, de nombreux rapports ont montré que la formation des jeunes ne mène pas à l’emploi. Il faut des stages en entreprises à l’image de ce que font notamment les CEFA. L’estime de soi des individus connaissant des situations déstructurantes ne se trouvera rehaussée, dans le domaine de l’apprentissage, que si elle débouche véritablement sur un engagement ou sur une situation d’insertion ou d’intégration socioprofessionnelle correspondant aux attentes qui étaient celles de la personne avant de débuter sa formation. Dans un système économique, le capitalisme, où la logique est la création de richesse dans un contexte de rentabilité accrue et de productivité intense, la rareté est ce qui fonde le bien. Les employeurs ne tiennent pas un autre discours lorsqu’ils disent qu’ils veulent des employés étant formés au préalable. Ils ont besoin de la plus-value que constitue la force de travail, aujourd’hui on parlerait d’une force de travail compétente et qualifiée, pour augmenter leur profit. Pourtant, ce genre de discours datant du dix-neuvième siècle fut contesté par tout le mouvement ouvrier et syndicaliste durant le vingtième siècle. Certes on a connu la fin tragique des trente glorieuses. Mais elle a permis le retour en force d’une idéologie libérale qui a détricoté la plupart des acquis sociaux chèrement gagnés. Depuis la crise pétrolière de 1974, il s’est créé, petit à petit, selon ce credo de la rareté qui fonde la valeur d’un bien, une société de plein chômage raréfiant le travail pour en accroître la valeur auprès de celui qui le possède et obligeant tout demandeur d’emploi à acquérir des compétences afin d’obtenir ce travail pour lequel il est rémunéré par un salaire qui stagne dans une société dont le coût de la vie ne fait que s’accroître30. Car la conséquence, d’un point de vue économique, d’une société de plein chômage est qu’on accroît la demande de travail en diminuant l’offre de celle-ci ou, si on se place du point de vue du travailleur, on augmente l’offre de compétence, de main-d’œuvre, dans un contexte de demande rare. Cela entraîne une dévaluation des compétences et un nivellement des salaires vers le bas. Les employeurs ont saisi l’opportunité pour augmenter leurs exigences puisqu’ils disposent d’une manne de chômeurs dans laquelle puiser. Dans ce contexte, les politiques de résorption du chômage sont devenues progressivement des politiques de mises à l’emploi. Les mesures d’insertion puis d’activation se sont faites dans une logique du tout à l’emploi pourvu que ce soit un emploi. L’emploi et les conditions de celui-ci se sont précarisés sans réduire pour autant le chômage. Car le chômage structurel ne s’est pas réduit. Les personnes allant à l’emploi étant bien souvent des personnes qui n’appartenaient pas à la population active (il s’agit notamment des jeunes de moins de 30 Voir à ce sujet, P. Defeyt, Indice des prix, indexation et pouvoir d’achat des ménages à petits revenus, Institut pour un Développement Durable, Novembre 2007. Selon cette enquête, le pouvoir d’achat des ménages en bas de l’échelle des revenus peut chuter jusqu’à 400 euros sur une base de calcul annuelle. Xavier Lorent Décembre 2008 vingt-cinq ans sortant de l’école et entrant dans la vie active). Ce qui a permis de réduire le chômage, dans un premier temps et pour les plus âgés, c’est le passage progressif, entre les années quatre-vingt et nonante, des chômeurs de longue durée du statut de demandeur d’emploi à celui de prépensionné et à celui de pensionné. L’allocation est restée, souvent elle s’est amoindrie, mais les chiffres ont baissé. En bas de la pyramide des âges, le passage de l’obligation scolaire jusqu’à l’âge de 18 ans, en 1985, a constitué une autre mesure de diminution des statistiques de chômages des plus jeunes. Il n’en reste pas moins que les mesures de mise à l’emploi, par le biais des politiques d’insertion et d’activation des chômeurs, ont mis les jeunes à l’emploi en les insérant dans des situations précaires avec pour objectif qu’ils finissent par en sortir. De nombreux rapports français et européens en font état aujourd’hui sans s’en émouvoir. « A présent, c’est en préconisant la précarisation de l’emploi et la déstabilisation des chômeurs par les mesures dites d’activation31 » que l’on se propose d’assurer ce qu’on appelle le plein emploi et qui est en fait un plein emploi précaire : accroissement du travail intérimaire, du temps partiel (surtout chez les femmes) et des contrats à durée déterminée. Cela touche particulièrement le secteur étudié dans la mesure où la majeure partie des emplois sont à temps partiels, majoritairement féminins32. La formation reste toutefois un outil important dans l’insertion et l’intégration des demandeurs d’emploi. Mais, même si on peut suggérer de repenser la formation dans le sens de la formation en alternance, il faut sensibiliser le monde politique, syndical et patronal afin que les exigences en matière de compétences restent modérées et raisonnables. Il faut arrêter de se cacher derrière une logique de plus en plus productiviste. Le travail n’est ni une marchandise ni un bien, et par conséquent, sa prétendue « rareté repose sur cette vision d’une denrée solide qui est intenable33. » Aujourd’hui, et depuis plus de vingt ans, on est passé de l’Etat-providence à l’Etat « social actif34 ». Avec l’effritement des mouvements d’actions collectives et le déclin progressif des partis socialistes et de gauche en Europe, on est passé progressivement à une individualisation des droits des citoyens. Un individu ne bénéficie plus d’une allocation de chômage parce qu’il est membre à part entière de la classe qui cotise et que de ce fait il est intégré dans ce mécanisme collectif de solidarité qui garantissait à tout individu dépourvu de travail de toucher un revenu lui permettant de subsister. Il fallait juste être disponible à l’emploi pour bénéficier d’un revenu de remplacement. Actuellement, « la perception d’un revenu de remplacement se trouve [systématiquement] subordonnée à l’obligation d’accepter un emploi35 ». Il en résulte une contractualisation des allocations sociales donc une individualisation des droits sociaux par un mécanisme de contractualisation différenciée et par l’objectivation de trajectoires de vie différentes. « Suivant les cas, la perception d’un revenu sera conditionnée par l’obligation de participer à des dispositifs individualisés d’accompagnement, ou encore à des dispositifs de formation, se traduisant par la contractualisation de l’aide accordée36. » Les possibilités d’actions d’un CSEF ou des CSEF sur cette problématique sont limitées mais pas inutiles. Par leurs missions d’avis auprès des pouvoirs publics, ils peuvent jouer un rôle important en matière de sensibilisation. Il est à espérer que d’autres suivront leur mouvement. On peut même suggérer la mise en place d’un colloque ou d’une journée débat sur la thématique. 31 M. Alaluf, Sociologie du Travail, PUB, 2003, p.147. Voir à ce sujet la partie quantitative de l’enquête. 33 I. Astier, Les nouvelles règles du social, PUF, Le Lien social, 2007, p.183. 34 Ibidem. 35 M. Alaluf, Sociologie du Travail, PUB, 2003, p.150. 36 Ibidem. 32 Xavier Lorent Décembre 2008 VII. Perspectives de population et évolution du secteur La plupart des observations qui sont faites dans ce rapport sont issues du complément d’analyse réalisé à la demande des membres du Comité suite à la présentation du rapport d’enquête quantitative. Ces analyses se réfèrent donc également aux analyses du Bureau du Plan qui se trouvaient dans le rapport susmentionné. On retient de ce rapport que la Wallonie va voir sa fécondité augmenter sensiblement plus fort que la moyenne belge d’ici à 2060. L’immigration en provenance des pays européens va augmenter tandis que celle en provenance des pays hors Union Européenne va stagner. Cela s’explique notamment par le fait que pour ces derniers, depuis 1974, le seul moyen de vivre en Belgique est par regroupement familial. La mortalité continuera de baisser même si l’espérance de vie sera encore plus élevée en Flandre et à Bruxelles qu’en Région wallonne. La population passera de 10 millions actuellement à 12 millions d’habitant en 2050. La Flandre va subir de plein fouet le vieillissement des populations alors que la Wallonie verra ce phénomène légèrement atténué sur son territoire de par le fait que sa population est sensiblement plus jeune et que son taux de fécondité est plus élevé. Outre l’immigration, on ne peut que conseiller à nos dirigeants de mettre en place des politiques natalistes immédiatement afin de voir apparaître d’ici à 2030 ou plus des générations suffisamment nombreuses que pour faire face aux phénomènes. Au niveau du secteur des maisons de repos, on constate que la population wallonne de plus de 65 ans représente, en 2006, 17% de la population totale de la région. Ce taux va diminuer à 16% en 2010 mais il sera de 19% en 2020 et ne cessera plus d’augmenter après pour atteindre 26% en 2060. Il convient donc d’agir et de faire évoluer le secteur entre 2010 et 2020 afin que celui-ci puisse faire face aux difficultés qui seront les siennes dans l’avenir. Dans un contexte de diminution du pouvoir d’achat et de mise à mal du système de sécurité sociale dans notre pays, il y a un risque de diminution du pouvoir d’achat qui sera plus sensiblement perçue par les personnes aux revenus les plus faibles. Dans ce contexte, les personnes âgées encourent un risque de pauvreté qui peut se mesurer tant au niveau de leur revenu, de leurs réseaux sociaux, leur mobilité, etc. En effet, on constate actuellement que « une personne sur cinq parmi les plus de 65 ans et un quart des plus de 75 ans disposent d’un revenu situé sous le seuil de pauvreté (822 euros)37. » Dès lors que le secteur connaît une hausse des prix, le secteur privé entraînant le public et l’associatif à la hausse, on peut craindre qu’une part de plus en plus croissante de la population des aînés ne sache plus payer les « 1100 euros de prix moyen mensuel38 ». Il faut rappeler que les prix sont en principe contrôlés par les Affaires économiques et que l’augmentation doit correspondre à l’inflation. Mais, ces prix officiels cachent les suppléments octroyés notamment pour les services annexes tels que le coiffeur, le téléphone, la pédicure, etc. L’évolution du secteur nous montre également que le privé augmente sa croissance. De plus en plus de grands groupes privés, belges ou étrangers, rachètent des établissements et augmentent petit à petit leur part dans le secteur avec pour seul mot d’ordre le profit. La Région wallonne est moins touchée que Bruxelles ou la Flandre car une programmation politique a « figé le paysage : 50% pour le privé commercial, 21% pour le public, 29% pour 37 38 Le Soir, jeudi 13 novembre 2008, p.2-3. Ibidem. Xavier Lorent Décembre 2008 l’associatif (ASBL, fondations…)39 ». Mais la croissance du secteur privé dans les autres régions a des effets sur la Région wallonne et sur celle du Centre. A la hausse des prix s’ajoute un objectif de rentabilité déjà cité qui semble très loin des préoccupations des personnes âgées. Dès lors, la multiplication des établissements privés aux « droits d’entrée » onéreux constituent une non solution aux problèmes posés par le vieillissement de la population et la prise en charge des aînés. Le maintien des personnes âgées le plus longtemps possible dans leur domicile avec une aide et un encadrement adéquat semble être une solution plus appropriée. Cela permet à l’individu de garder et de continuer à enrichir son réseau social tout en contribuant au développement relatif de sa communauté. Le privé ne s’est d’ailleurs pas fait prier pour emboîter le pas aux pouvoirs publics dans ce domaine puisque de nombreux groupes internationaux possèdent déjà leurs propres entreprises de soins à domicile. Dans nos sociétés actuelles, il semble impossible d’empêcher cette évolution mercantiliste des aides aux personnes âgées mais il faut en tout cas la freiner et la réglementer. Il convient donc de développer l’aide à domicile tant privée que publique tout en mettant au point des mécanismes permettant de limiter le coût de ces services à la population. Il faut éviter à tout prix la ghettoïsation des personnes âgées. L’extension des lits au sein des maisons de repos semble être une mesure à limiter afin de ne pas augmenter les coûts pour les pouvoir publics (de nombreux emplois sont conditionnés à l’octroi de subsides) et il ne faut pas être tenté par une libéralisation qui entraînerait une marchandisation du secteur et serait préjudiciable aux catégories les plus pauvres. Il faut éviter la constitution d’un mode de prise en charge des aînés à deux vitesses : un pour les riches et un pour les pauvres. Parallèlement à cela, l’implantation des résidences services peut constituer une alternative alléchante bien qu’il s’agisse néanmoins de « lits » supplémentaires. Il faut toutefois s’assurer que les prix ne soient pas excessifs et surtout qu’il n’y ait pas de services facturés par après et sur lesquels le Gouvernement n’aurait aucun moyen de contrôle. Dans l’idéal, les Affaires économiques devraient se prononcer sur des prix « tout compris » afin qu’on ne leurre pas le pensionnaire après coup par des facturations de services annexes qui ne seraient pas pour lui du luxe mais bien de première nécessité. Concernant la région du Centre, on est donc en droit de supposer que les communes limitrophes de Bruxelles (Silly, Enghien, Braine-le-Comte) risquent de voir augmenter leur nombre de personnes de plus de 60 ans. En effet, dans la mesure où la région de BruxellesCapitale va voir sa population rajeunir, on est en droit de supposer que les flux de migration interne actuellement en cours vont perdurer. La population bruxelloise âgée (40 ans et plus) risque de migrer aux abords de la capitale tant dans le Brabant flamand, le Brabant wallon et les communes limitrophes du Hainaut. Pour ce qui est des communes anciennement industrialisées, par exemple La Louvière, Manage, Morlanwelz, le phénomène est différent. Il y a là la présence d’une population immigrée de première génération qui est assez ancienne. Les gouvernements de l’époque avaient tablé sur un retour de ces personnes dans leur pays d’origine dès l’âge de la pension atteint. Force est de constater que ce n’est pas vraiment le cas. Nous avons donc des populations vieillissant dans des conditions différentes. Les communes anciennement industrialisées ont intérêt à développer rapidement, avec l’aide de sociétés privées ou non, des services d’aides à domicile qui soient le moins coûteux possible pour l’individu et qui ne dégradent pas ses conditions d’existence. Mais, tant pour une mesure publique que pour une participation de partenaires privés, ces politiques doivent s’accompagner de mesures fiscales immédiates permettant à l’individu de ne pas sentir le coût de cette démarche. En l’absence de telles mesures, ces actions risquent 39 Le Soir, op.cit., p.2-3. Xavier Lorent Décembre 2008 fort de ne pas produire les effets escomptés. En ce qui concerne les communes proches de Bruxelles, la mesure doit être la même. Mais on peut supposer que la structure socioéconomique de la population permet à celle-ci de pouvoir recourir pour une part relative aux maisons de repos privées et plus onéreuses. Néanmoins, dans un souci de traitement juste et égal pour tous, il convient d’adapter ces mesures en fonction des revenus des personnes âgées. L’impact des cette politique sur l’emploi risque de ne pas être négligeable. S’il ne permet pas aux maisons de repos de s’étendre à l’infini, il ne les condamne pas à la fermeture : il s’agit en effet de mesure à long terme et si ce sont les établissements qui sont visés ça ne concerne nullement le personnel qui peut se reconvertir aisément en intégrant ces nouvelles structures d’aide à domicile des personnes. Cela pourrait constituer un plan intéressant de reconversion du secteur en incitant les responsables des maisons de repos à prendre en charge ce nouveau service en lieu et place de leur activité initiale. Le seul élément qui deviendrait obsolète serait l’établissement lui-même. Il reste donc aux responsables politiques à se pencher sur l’intérêt de la mesure et à la concrétiser de manière à ce que les principaux intéressés puissent en profiter décemment. VIII. Conclusion Le problème de l’emploi dans le secteur des maisons de repos n’est pas simple et il ne nous appartient pas de le trancher ici. Nous allons quand même tenter d’apporter notre pièce à l’édifice pour essayer de l’éclairer. Il s’agit avant tout d’un secteur non-marchand qui ne crée pas de richesses au sens propre même s’il est porteur d’emploi, surtout dans la région. Il est une des portes d’entrées, pour des demandeurs d’emploi peu qualifiés et par là relativement éloignés du monde du travail, vers l’insertion socioprofessionnelle. Ils sont rendu inadéquats au sein de cette société capitaliste et consumériste par la seule logique interne de ce système qui est excluant. Les exigences à l’égard des forces de travail se sont accrues et les employeurs ont donc de plus en plus de mal à trouver des candidats qui correspondent à leurs nouvelles exigences. D’autre part, le mode de recrutement, dans ce secteur comme dans d’autres, est essentiellement intuitif et subjectif. Ce mode de fonctionnement est en général atténué lorsqu’existe au sein de l’établissement une personne affectée aux ressources humaines ou lorsqu’un degré précis de qualification est exigé40. Mais il semble que dans le secteur des maisons de repos cette atténuation ne soit que trop légère et la part de l’intuitif et de l’arbitraire n’en soit que trop grande. L’accès à l’emploi a de tout temps été régi par des normes implicites se traduisant par des schèmes comportementaux attendus. Chaque individu trahit sa position sociale par ses attitudes, comportement, mode vestimentaire, façon de s’exprimer, vocabulaire choisi, posture corporelle, etc. Un employeur a sa propre représentation, son idéal-type, de l’employé qu’il veut. A compétences égales, à qualifications égales, un employeur optera pour le candidat dont les schèmes comportementaux sont les plus proches socialement des siens, schèmes comportementaux qui ne sont pas universels mais bien le produit d’une appartenance à une catégorie sociale donnée, à une trajectoire de vie déterminée. 40 X. Lorent, La main-d’œuvre peu qualifiée au secours du « commerce de gros » en Brabant wallon ?, Rapport de recherche, CSEF du Brabant wallon, Décembre 2007, p.60. Xavier Lorent Décembre 2008 Dans ce secteur bien déterminé ou l’emploi est lié à l’octroi de subsides, c’est le service au patient, à l’usager, qui doit primer. La lutte contre la pénurie d’infirmières devrait pouvoir décharger les aides-soignantes de bon nombre de contraintes qui sont les leurs. Il faut également pouvoir revaloriser socialement, économiquement et symboliquement les fonctions paramédicales qui sont souvent choisies par vocation. Parallèlement, il faut aussi sensibiliser les employeurs de ce secteur afin que leurs exigences soient ramenées à la baisse. Cela n’est possible que si les moyens suffisants existent et de nombreux problèmes devront être résolus. La question des nombreux pièges à l’emploi va devoir se résoudre, d’une manière convenable et acceptable pour tous, afin que des candidats puissent se proposer pour occuper ces fonctions. Il faudra également que soit définie la notion d’emploi convenable. De nombreux emplois sont souvent occupés par des individus habités par la peur de perdre les allocations de chômage. Cette situation n’est pas concevable dans nos sociétés et le tout à l’emploi n’est pas une solution acceptable. Les contrats précaires que sont l’intérim, le temps partiel, souvent contraint, ne doivent pas constituer la norme contractuelle alors que la référence demeure le contrat à durée indéterminée. Et l’enquête quantitative a largement montré l’importance du temps partiel dans le secteur, surtout chez les femmes. On le voit, la problématique est loin d’être épuisée et le problème ne va pas se résoudre à court terme. Mais les actions qui seront développées doivent l’être dans une perspective à long terme dont l’objectif est la construction d’une société plus juste, plus solidaire où le travail est, encore et toujours, un moyen central d’intégration des individus. Dans ces conditions, une meilleure adéquation entre la demande de qualification des employeurs et l’offre de compétences des chercheurs d’emploi est possible. L’autre versant de ce rapport est sans nul doute la question de l’évolution du secteur qui constitue un défi majeur d’actualité. Les organismes s’occupant des aînés offrent avant tout un service à la population et à la société. Ils ne font pas que prendre en charge les seniors, ils ôtent de notre vue cette catégorie de populations que l’on ne saurait voir car elle nous rappelle trop les dérives de la société dans laquelle nous vivons. En effet, sans prôner de retour en arrière, il n’y a pas si longtemps que ça, et c’est encore le cas dans certaines régions rurales, les personnes âgées étaient prises en charge le plus longtemps possible par les familles. Elles avaient une fonction de perpétuation et de maintien du lien social par leurs activités de mémoires, de garde des enfants, d’aides affectives et financières. Mais, dans nos sociétés de plus en plus individualisées, la tendance a été de les orienter de plus en plus tôt vers des services de prise en charge. Si les services se sont de plus en plus étoffés afin de se rendre assez attrayant, il n’en reste pas moins que la question de l’extension des subsides publics face au vieillissement des populations ne semble pas être une solution en soi. La politique de maintien des personnes âgées le plus longtemps possible, initiée précédemment par le gouvernement fédéral Verhofstadt, semble être souhaitable. Mais elle doit se développer et se voir mieux structurer afin de permettre la mise en place, pourquoi pas, de services d’aides à domicile et d’encadrement des familles. Ces mesures existent déjà et elles doivent être encouragées afin de soutenir les familles et les personnes âgées. Il faut également maintenir la maison de repos en parallèle de cela et en étape ultérieure car il ne faudrait pas acculer les familles en faisant peser sur elles le seul poids de la gestion de nos aînés. Mais une meilleure visibilité des offres de prix et un meilleur contrôle de ceux-ci doit être Xavier Lorent Décembre 2008 mis en place. Car si les Affaires économiques gèrent bien les augmentations de tarifs en fonction de l’inflation, elles ne régulent pas les services annexes que sont le coiffeur, la pédicure, les loisirs, etc. Il s’agit de nombreux coûts cachés qui rendent le secteur opaque dans un contexte où l’appauvrissement de la population, personnes âgées y compris, est une réalité. Le système des résidences-services, quoique assez alléchant, n’est qu’une manière parmi d’autres d’étendre le nombre de lits en respectant la législation. Le système s’il ne se démocratise pas largement risque de ne toucher qu’une partie de la population des plus de 60 ans. Il ne faudrait pas, comme c’est déjà le cas en Région bruxelloise, qu’on voie se développer une prise en charge des aînés à deux vitesses avec des maisons de repos pour indigents et des maisons luxueuses pour les plus nantis. A ce titre, il faut rappeler que la pension moyenne, en Belgique, est d’un peu moins de neuf cent euros. Par ailleurs, on ne pourra éviter que certaines catégories de personnes, atteinte d’un certain niveau de démence, soient prises en charge par des établissements spécialisés. Bref, l’accompagnement des personnes âgées doit rester un service et il lui faut une réglementation adaptée qui permette de lutter contre le vieillissement de population accru par un meilleur accompagnement des individus et de leur famille au sein du domicile avant, si c’est nécessaire, d’entrer en maison de repos. Une maison de repos qui se voudrait accessible à tous avec des tarifs équitables sans aucun surcoût éventuel. Un tel défi peut être relevé par les décideurs politiques s’il est envisagé suffisamment tôt. Comme vous pouvez le voir, cette recherche donne une interprétation d’une réalité sociale qui entraîne une certaine vision et une certaine manière d’agir sur la société. Ce faisant, le chercheur, le sociologue qui produit cette interprétation, se fait idéologue. Nul ne peut échapper à cette règle car chaque production est toujours le fruit d’un individu qui occupe une position donnée au sein de l’espace relatif des positions sociales. Il n’y a donc pas de neutralité pure, d’objectivité pure. Cette recherche s’est notamment inscrite dans une analyse sociologique des rapports sociaux du travail afin d’éclairer les inégalités qui ont cours dans les pratiques sociales en lien avec l’objet d’étude et dans une socio-anthropologie de la médecine, du patient et de la famille afin de porter un regard plus holistique sur une problématique qui touche la société dans son ensemble. Xavier Lorent Décembre 2008 IX. Bibliographie • • • • • • • • • • • • • • • • • • E. Léonard, A. Spineux, Analyse et synthèse d’une brève enquête en entreprises pour la Commission Emploi-Formation-Enseignement pour le Brabant wallon, Institut d’administration et de gestion, Université Catholique de Louvain, Novembre 1997. P. Defeyt, Indice des prix, indexation et pouvoir d’achat des ménages à petits revenus, Institut pour un Développement Durable, Novembre 2007. S. Paugam, Le salarié de la précarité, PUF, 2000. A. Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset, Février 2001. Blanchet, A. Gotman, L’enquête et ses méthodes : l’entretien, Sous la direction de F. de Singly, Armand Colin, Paris, Février 2007. F. de Singly, L’enquête et ses méthodes : le questionnaire, Armand Colin, Paris, Janvier 2005. J.-C. Kaufmann, L’enquête et ses méthodes : l’entretien compréhensif, Sous la direction de F. de Singly, Armand Colin, Paris, Mars 2006. I. 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