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matériaux usinables Spécial l CFAO Les matériaux usinables en dentisterie restauratrice et en prothèse fixée Guide pratique synthétique Solène Marniquet Hôpital Charles Foix (AP-HP), Ivry-sur-Seine Jean-Pierre Attal Unité de Recherches Biomatériaux Innovation Interfaces (URB2i), Université Paris Descartes Hôpital Charles Foix (AP-HP), Ivry-sur-Seine Laurent Tapie Unité de Recherches Biomatériaux Innovation Interfaces (URB2i), Université Paris Descartes Université Paris 13 Hélène Fron Chabouis Unité de Recherches Biomatériaux Innovation Interfaces (URB2i), Université Paris Descartes Hôpital Charles Foix (APHP), Ivry-sur-Seine L’objectif de cet article est de lister et de décrire d’une façon très synthétique, sous la forme d’un tableau, tous les matériaux actuellement accessibles par usinage ainsi que leurs indications principales. L’INFORMATION DENTAIRE n° 20 - 21 mai 2014 1 Spécial l CFAO A vec le développement de la CFAO, nous sommes face à un bouleversement concernant les biomatériaux utilisables en dentisterie restauratrice et en prothèse. En effet, la plupart des matériaux déjà connus peuvent être mis en forme par usinage ou par addition, avec des caractéristiques forcément un peu différentes. De plus, nous avons accès à de nouveaux matériaux, inconnus jusqu’alors (par exemple les céramiques polycristallines ou les hybrides). Face à ces évolutions récentes et très rapides, le praticien et le prothésiste peuvent se sentir un peu perdus. Les informations présentées dans ces pages sont susceptibles de permettre au praticien de choisir le matériau le plus adapté à la situation clinique et de faciliter la communication praticien/prothésiste. L’usage des méthodes de CFAO par addition demeurant encore restreint, nous avons choisi de nous limiter au procédé de CFAO par soustraction, c’est-à-dire aux matériaux usinables. Matériaux disponibles Toutes les familles de matériaux sont accessibles par usinage : les alliages métalliques, les céramiques, les composites et les résines. Une nouvelle famille de matériaux, accessibles uniquement par CFAO, constitués d’un réseau de céramique infiltré d’un polymère (RCIP), vient de faire son apparition : les matériaux hybrides (Enamic®, Vita). Les alliages métalliques On distingue principalement les alliages cobaltchrome (CoCr) et titane. Pour des raisons diverses, notamment de coût, les alliages précieux ne sont pas usinés. Les indications des alliages CoCr usinés sont les mêmes que celles des alliages CoCr mis en forme par fonderie à cire perdue. Certains laboratoires les utilisent pour l’usinage d’éléments implantaires (piliers, moignons, barres implantaires). En raison de phénomènes potentiels de corrosion électrochimiques, et ce même s’ils sont de faible amplitude [1], nous recommandons de limiter le mélange des alliages en bouche et, si l’on souhaite utiliser un matériau usinable, de privilégier le titane [2]. 2 Les céramiques Toutes les céramiques traditionnelles sont accessibles par CFAO : les céramiques vitreuses, dont les vitrocéramiques renforcées à la leucite ou au disilicate de lithium (e.max®, Ivoclar), et les céramiques infiltrées (gamme In-Ceram®, Vita). Enfin, les céramiques polycristallines (alumine pure ou zircone TZP) ne sont accessibles que par CFAO [3]. Récemment, des céramiques renforcées au monosilicate de lithium et à la zircone (CeltraTM, Dentsply et Suprinity ®, Vita) ont été proposées sous forme de blocs, dans l’objectif de concurrencer la gamme e.max®. Pour le moment, les industriels ne proposent pas de possibilités de mise en forme artisanale par pressée de ces nouvelles céramiques. Ces céramiques ont considérablement évolué, notamment au niveau des propriétés optiques. Par exemple, les vitrocéramiques enrichies en disilicate de lithium (e.max®), qui étaient initialement translucides, se déclinent maintenant dans une gamme d’opacité/translucidité très large (Blocs MO : medium opacity, LT : low translucency, HT : high translucency, Impulse Opal : blocs opalescents pour simuler l’émail indiqués pour les facettes en particulier, Impulse Value : blocs de luminosités différentes) associée à une gamme de teintes (5 teintes pour MO, 20 pour HT et LT, 2 pour Impulse Opal et 3 pour Impulse Value). Alors que nous contre-indiquions, il y a encore quelques années, une infrastructure e.max® lors de la réalisation d’une couronne céramo-céramique sur un support coloré (inlay core par exemple), il est aujourd’hui possible de masquer ce support avec un bloc MO. Cette évolution est identique dans le cas de la zircone. Cette dernière a été initialement présentée avec un pouvoir réflecteur très fort, avec une luminosité tellement importante qu’il devenait nécessaire pour le prothésiste de masquer ce support avant d’entamer le montage par stratification. Aujourd’hui, il existe de la zircone translucide, de la zircone teintée (par exemple, 3 teintes MO ou « medium opacity » 0, 1 et 2 sont disponibles pour l’e.max® ZirCAD) et de la zircone colorée (4 colorants possibles sur e.max® ZirCAD). Ainsi, il est difficile de donner des indications d’un matériau plutôt qu’un autre en considérant uniquement les propriétés optiques. Le choix devra se faire au cas par cas avec le prothésiste à qui le praticien aura impérativement communiqué, idéalement par une bonne macrophotographie, la couleur des dents adjacentes et celle du support. L’INFORMATION DENTAIRE n° 20 - 21 mai 2014 matériaux usinables En revanche, au niveau des propriétés mécaniques, les choses sont plus évidentes : la zircone (résistance en flexion allant de 900 à 1 500 MPa) est le matériau de choix lorsque les sollicitations mécaniques seront fortes (infrastructure de bridge postérieur ou de grande portée) ou que l’infrastructure devra avoir une faible épaisseur (< 0,6 mm). Les vitrocéramiques seront, quant à elles, réservées pour les restaurations unitaires ou pour les bridges à un seul intermédiaire dans le secteur antérieur (avec prudence toutefois). Notons que, dans tous les cas de restaurations plurales, le respect de la connexion conseillée par l’industriel est impératif. network material ») ou « matériau hybride » ou « céramique hybride ». Les propriétés attendues, qui semblent être confirmées par les premières études, impliquent une fragilité réduite et une meilleure usinabilité par rapport aux céramiques ainsi qu’une meilleure résistance à l’usure par rapport aux composites [8, 9]. Les composites L’usinabilité C’est pour le moment le grand absent de la CFAO. En France, il semble que seule la société 3M ESPE commercialise un bloc de composite, le LavaTM Ultimate. Ce bloc présente d’excellentes propriétés mécaniques (200 MPa de résistance en flexion) [4], ainsi qu’une excellente usinabilité. Par ailleurs, le taux de conversion est estimé comme étant supérieur à 95 %, ce qui laisse anticiper une excellente biocompatibilité. Les polymères de haute performance Ces matériaux thermoplastiques semi-cristallins ont été développés pour des usages médicaux. Ils comprennent en particulier le PEEK (polyetheretherketone) et le PEKK (polyetherketoneketone), qui sont renforcés par des charges (par exemple en céramique) pour l’usage en prothèse dentaire. Ils viennent tout juste de commencer à être proposés pour la réalisation d’infrastructures prothétiques sur pilier dentaire ou implantaire. Ils pourraient même être utilisés pour réaliser des châssis de prothèse adjointe. En l’absence de données scientifiques sérieuses, nous recommandons de les utiliser avec prudence pour le moment [5-7]. Les matériaux hybrides Il s’agit d’une invention française (Dr Michael Sadoun). Ce matériau original prend la forme d’un réseau de céramique (86 %) poreux renforcé par infiltration sous très haute pression d’un polymère créant un composite à phases interpénétrées. Il est désigné par différentes terminologies, dont « réseau de céramique infiltré d’un polymère » (RCIP, en anglais : « polymer-infiltrated ceramic- L’INFORMATION DENTAIRE n° 20 - 21 mai 2014 Les résines Il est aussi possible d’avoir accès à des blocs de résines ou de composites pour des éléments à vocation provisoire. Ces blocs sont particulièrement utiles dans le cas de bridges. Il s’agit d’une propriété importante en CFAO par soustraction qui n’était pas étudiée pour les matériaux mis en forme de manière artisanale. Il n’existe pas de définition formelle et “universelle” de l’usinabilité. Néanmoins, l’usinabilité peut être définie de manière générale comme l’aptitude de la matière d’une pièce à subir une opération d’enlèvement de matière. En d’autres termes, la facilité ou la difficulté d’un matériau à être usiné. Trois composantes de l’usinage permettent de caractériser l’usinabilité : - l’aptitude de l’outil à supporter les phénomènes physiques (contraintes mécaniques, échauffements) engendrés par l’enlèvement de matière sans se dégrader trop rapidement (usure d’outil prématurée) ou se casser brutalement (bris d’outil) ; - l’existence de conditions d’usinage (vitesse de rotation et de déplacement de l’outil, stratégie de balayage de la pièce) réalisables à l’aide de ressources (machines-outils et accessoires) connues ; - l’obtention d’une “bonne” intégrité de la surface usinée (qualité géométrique, surfacique et dimensionnelle). Actuellement, nous avons constaté que l’usinabilité des céramiques n’était pas excellente, engendrant une durée de vie outil moindre (usure prématurée des outils), parfois des défauts en dentelles au niveau des bords (écaillage des surfaces) et plus généralement une altération accrue de l’intégrité de surface (fissure, rugosité inadaptée) [10]. Ce n’est pas le cas, ou dans une moindre mesure, des composites et des matériaux hybrides. Nous sommes en train de mettre au point des tests de référence afin d’évaluer l’usinabilité et d’optimiser l’intégrité de surface des prothèses usinées dans des nouveaux matériaux sous forme de bloc. 3 Spécial l CFAO Tableau récapitulatif des matériaux usinables et de leurs indications en prothèse fixée Noms commerciaux Indications Cr InCoris CC (Sirona), Ceramill Sintron (Amann Girrbach), CAMselect (KaVo), Crypton (Dentsply), Zenotec NP (Wieland), Wirobond MI (Bego), AadvaTM CoCr (GC), Zirlux NP Armature CCM, armature de bridge jusqu’à 4 éléments Titane Eutitan (Eukamed), Procera (Nobel Biocare), Titane grade 2 (KaVo), Zenotec Ti (Wieland), Zenotec Ti pur (Wieland), Copra Ti 2, 4 et 5 (Edos), Aadva Ti (GC), Zirlux Ti Armature CCM, armature de bridge jusqu’à 4 éléments, fixture, pilier implantaire Zircone Cercon, Lava, InCoris ZI et TZI (Sirona), ZirCAD (Ivoclar), Zenostar (Wieland), BeCe CAD Zircon (Bego), Nexx Zr (Sagemax), Copran Zr-i (Edos), Aadva Zr (GC), Zirlux ST et FC, Zirchone-tech Armature CCC ou Couronne monobloc (en postérieur), armature de bridge jusqu’à 4 éléments, pilier implantaire Alumine Procera AllCeram Armature couronne antérieure, bridge 3 éléments en antérieur Céramiques infiltrées In-Ceram Zirconia (Vita) Armature de bridge 3 éléments en postérieur In-Ceram Alumina (Vita) Armature couronne antérieure In-Ceram Spinell (Vita) Armature couronne antérieure, inlay/onlay Vitrocéramiques enrichies en silicate de lithium et zircone Celtra Duo (Dentsply), Suprinity (Vita) Couronne antérieure et postérieure, couronne sur implant, inlay/onlay, facette Vitrocéramique enrichie en disilicate de lithium e.max CAD (Ivoclar Vivadent) Armature pour couronne antérieure et postérieure, bridge 3 éléments en antérieur uniquement, inlay/onlay, facette Alliage Photo DMG France. Céramiques 4 L’INFORMATION DENTAIRE n° 20 - 21 mai 2014 matériaux usinables Tableau récapitulatif des matériaux usinables et de leurs indications en prothèse fixée Noms commerciaux Indications Vitrocéramique enrichie en leucite Empress CAD (Ivoclar Vivadent) Armature pour couronne antérieure, facette, « petit » inlay/onlay (s’utilise de préférence en antérieur) Vitrocéramique enrichie en feldspaths Mark II, TriLuxe et RealLife (Vita) et Cerec blocks (Sirona) Couronne, inlay/onlay, facette Autres matériaux pour restaurations ou prothèses fixes d’usage Composites Lava Ultimate (3M ESPE), Ambarino High Class (Creamed) Couronne, inlay/onlay, facette, couronne sur implant Hybrides Enamic (Vita) Couronne antérieure ou postérieure, inlay/ onlay, facette Polymères haute performance (PEEK) breCAM.BioHPP (Bredent), Tizian PEEK (Schütz), Peek-Optima (Juvora) Armature de couronne, armature de bridge jusqu’à 3-4 éléments sur pilier dentaire, armature de couronne ou de bridge supra-implantaire, individualisation de pilier implantaire usiné Matériaux pour prothèses provisoires Résine PMMA Telio CAD (Ivoclar Vivadent), SagePMMA (Sagemax), C-Temp (KaVo), BeCe Temp (Bego), Tempomill (ZMT), Artbloc Temp (Merz), Zirlux Temp et Temp Multi Couronne provisoire, bridge provisoire avec 2 éléments intermédiaires maximum (antérieur et postérieur), restauration provisoire sur implant Composite CAD-Temp multiColor ou monoColor (Vita) Couronne provisoire, bridge provisoire avec 2 éléments intermédiaires maximum (antérieur et postérieur), restauration provisoire sur implant Note : les indications sont celles proposées par les fabricants L’INFORMATION DENTAIRE n° 20 - 21 mai 2014 5 Spécial l CFAO Notons que lorsque le matériau est trop difficile à usiner par des machines d’usinage de cabinet ou de laboratoire, le bloc se présente sous une forme préfrittée nécessitant une conception et une fabrication de prothèse surdimensionnée en vue de la rétraction dimensionnelle qui peut avoir lieu (dans le cas de la zircone) ou non (dans le cas de l’e.max® ou du CeltraTM duo) lors du traitement thermique secondaire [11]. Pour ces matériaux, un traitement thermique secondaire est indispensable pour obtenir les propriétés maximales. Actuellement, certains centres de production sont capables d’usiner de la zircone frittée HIP, ne nécessitant pas de traitement thermique après usinage, à l’aide de machines d’usinage très onéreuses et nécessitant de fortes compétences en usinage. Conclusion Toutes les familles de matériaux employées en prothèse conventionnelle peuvent être obtenues par CFAO. Cet article a fait une revue des différents matériaux présentés sous forme de bloc ou de disque, avant leur mise en forme par usinage. En attendant des publications de synthèse sur leurs propriétés, nous pouvons d’ores et déjà donner les tendances suivantes : - la biocompatibilité des restaurations usinées est équivalente à celle des restaurations obtenues de façon traditionnelle, voire meilleure pour les restaurations composites qui bénéficient d’un meilleur taux de conversion des monomères ; - leurs propriétés mécaniques sont aussi généralement excellentes : elles sont meilleures que celles obtenues par des procédés traditionnels pour les composites et pour les alliages non précieux, peutêtre un peu moins bonnes que pour les céramiques qui peuvent être obtenues par pressée (Empress®, e.max®) ; - de nouveaux matériaux ne sont accessibles que par CFAO (céramiques polycristallines, matériau hybride) ; - l’usinabilité doit être étudiée en détail pour chacun de ces matériaux. bibliographie 1. Oh KT, Kim KN. Electrochemical properties of suprastructures galvanically coupled to a titanium implant. 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