Étude comparative des durées et des horaires du sommeil
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Étude comparative des durées et des horaires du sommeil
Archives de pédiatrie 11 (2004) 85–92 www.elsevier.com/locate/arcped Mémoire original Étude comparative des durées et des horaires du sommeil nocturne d’enfants de cinq à dix ans selon leur âge et leur environnement socio-économique A comparative study of nocturnal sleep duration and timetable of children between five- and ten-years-old according to their age and socio-economic environment R. Clarisse *, F. Testu, C. Maintier, D. Alaphilippe, N. Le Floc’h, B. Janvier Laboratoire de psychologie expérimentale, U.P.R.E.S.-EA. 2114, vieillissement et développement adulte : cognition, Rythmicité, adaptation. Université François Rabelais, 3, rue des tanneurs, BP 4103, 37041 Tours cedex 1, France Reçu le 7 mai 2003 ; accepté le 8 novembre 2003 Résumé Objectif. – Cette étude, réalisée auprès de 644 élèves de cinq à dix ans, scolarisés dans l’académie d’Orléans-Tours, se proposait d’étudier les durées et les horaires du sommeil nocturne de jeunes enfants selon leur âge et leur environnement socio-économique. Méthode. – Pour connaître les habitudes de sommeil des enfants (durées, heures de coucher et de lever et leurs fluctuations hebdomadaires), une enquête transversale a été réalisée auprès des familles. Le recueil des données s’est appuyé sur une grille standardisée, remplie chaque jour, du lundi au dimanche sur une même semaine scolaire pour tous les enfants. Résultats. – Nous avons observé une diminution de la durée de sommeil en fonction de l’âge de l’enfant de la maternelle au CM2. Les données concernant le temps de sommeil différaient à partir du CE2 selon que l’établissement de scolarisation appartenait ou non à une zone d’éducation prioritaire (ZEP). Entre les âges de cinq à dix ans, les enfants issus de ZEP perdaient 62 minutes de sommeil vs 29 minutes pour les autres enfants. Ces résultats suggèrent qu’aux facteurs développementaux, s’ajoutent des facteurs environnementaux. Les différences observées s’expliquaient par des heures de coucher plus tardives chez les enfants de ZEP. Les fluctuations hebdomadaires du sommeil étaient globalement très comparables pour tous les enfants. Le week-end, les décalages dans les heures de coucher étaient retrouvés chez tous les enfants, mais étaient plus importants le samedi soir pour les enfants hors ZEP. La nuit du mardi au mercredi apparaissait privilégiée, les enfants dormaient davantage en raison d’un lever plus tardif. Cette récupération n’était plus retrouvée à partir du CM1 chez les enfants de ZEP en raison d’un coucher plus tardif et d’un lever qui restait matinal. Conclusion. – Cette étude montre qu’aux facteurs physiologiques et développementaux concernant le sommeil des enfants s’ajoute l’influence du contexte socio-environnemental. L’ensemble de ces résultats permet d’attirer l’attention des praticiens et des familles sur la régularité à préserver dans les conditions de vie de l’enfant et sur le sommeil nécessaire à chaque âge. © 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés. Abstract Aim. – This study was conducted on a sample of 644 pupils between the ages of five and ten years at school in the Orléans-Tours education authority with the aim of studying the nocturnal sleep duration and timetable of young children according to age and socio-economic environment. Method. – In order to find out about children’s sleeping habits (duration, time of going to bed and getting up, and weekly variations) a standard grid was used to carry out a cross-sectional survey in the children’s families. This was filled in each day from Monday to Sunday during the same school week for all the children. * Auteur correspondant. Adresse e-mail : [email protected] (R. Clarisse). © 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés. doi:10.1016/j.arcped.2003.11.007 86 R. Clarisse et al. / Archives de pédiatrie 11 (2004) 85–92 Results. – Sleep duration decreased with age from maternelle to CM2 (nursery to last year of primary education). Data relating to sleep duration from CE2 (third year of primary school — 8-year-old —) showed differences according to whether the school belonged to an Educational Priority Zone (EPZ) or not. It was noticed that between five- and ten-year-old children from EPZ lost 62 minutes of sleep, whereas those not from EPZ only lost 29 minutes. These results would suggest that in addition to developmental factors, environmental factors also play a role in sleep duration. The differences observed were due to later bed times for children from EPZ. Weekly variations in sleep were generally very similar for all the children. At the weekend all the children tended to go to bed later, however this was more noticeable Saturday night for children not living in EPZ. Children slept the longest on Tuesday night due to the fact they got up later Wednesday morning (Wednesday is a day off in the majority of French schools). However, children from the age of nine (CM1 — forth year of primary education —) in EPZ did not benefit from this recuperation time, as they went to bed later but still got up early the next morning. Conclusion. – This study showed that in addition to the physiological and developmental factors that influence children’s sleep, the socio-economic context also plays a role. These results as a whole highlight the importance that practitioners and families should pay to maintaining a regularity in the child’s routine and in the amount of sleep necessary at each age. © 2003 Elsevier SAS. Tous droits réservés. Mots clés : Sommeil ; Environnement socio-économique Keywords: Sleep; Social environment; Child Un nombre important d’études a permis de mettre en évidence le rôle essentiel du sommeil de l’enfant tant du point de vue physiologique que psychologique. Il est admis que le respect quantitatif et qualitatif du sommeil permet un développement harmonieux et favorise les apprentissages. Les besoins évoluent avec l’âge et répondent à une maturation désormais bien connue [1–5]. La synchronisation du rythme veille–sommeil sur les 24 heures s’installe dès les premières semaines de vie. Les principales caractéristiques du sommeil de l’adulte se mettent en place au cours des deux premières années de vie [6]. Vermeil [7] rappelle que l’important n’est pas tant de calculer un nombre total d’heures de sommeil sur une semaine, un mois ou une année que de veiller à la régularité et à la bonne répartition des heures de sommeil selon les besoins des enfants. Rösler [8] et Poulizac [9] ont montré que la durée et la qualité du sommeil avaient un effet sur les résultats scolaires. Dans son étude portant sur un échantillon d’enfants de 7–8 ans, Poulizac [9] a mis en évidence un retard scolaire d’au moins un an pour 61 % des enfants qui dorment moins de huit heures. Parmi les enfants dormant plus de dix heures, 13 % seulement d’entre eux avaient un retard scolaire et 11 % d’entre eux étaient en avance d’au moins un an. Randazzo et al. [10] ont montré chez des enfants de 10 à 14 ans subissant une privation partielle de sommeil sur une seule nuit (nuit de cinq heures) que cette privation suffisait à perturber l’apprentissage de tâches complexes et inhabituelles. L’exigence de la satisfaction des besoins de sommeil quotidien des enfants est donc à prendre en compte. Challamel [11], s’appuyant sur des études conduites dans différents pays, a souligné les effets possibles des troubles du sommeil chez les enfants d’âge scolaire : anxiété, dépression, faible réussite scolaire, problèmes de comportements et d’hyperactivité. Valent et al. [12] ont noté, particulièrement chez les garçons, l’association entre violence verbale et injures et durée de sommeil inférieure à dix heures. Fotinos et Testu [13] ont souligné que « les fluctuations journalières de l’activité intellectuelle, des comportements scolaires, dépendent en grande partie de la durée et de la qualité du sommeil nocturne qui évoluent selon les nuits de la semaine ». Des travaux récents ont montré des différences significatives dans les temps de sommeil chez les enfants scolarisés de la maternelle au CM2 selon l’origine sociologique [14] et géographique [15,16]. À l’inverse, une recherche conduite auprès d’adolescents [17] n’a pas permis de mettre en évidence d’influence des facteurs sociaux. Pour notre part, nous avons souhaité étudier les différences de temps de sommeil nocturne des enfants en fonction des facteurs socio-économiques. La distinction apportée par la scolarisation en zone d’éducation prioritaire ou non nous a permis de comparer deux populations scolaires vivant dans des conditions socio-économiques contrastées (catégorie socioprofessionnelle des parents, structure familiale, taux de chômage, proportion d’élèves boursiers). Les pratiques à l’égard du sommeil nocturne de jeunes enfants ont été étudiées selon le niveau et le lieu de scolarisation à travers les évolutions du temps de sommeil moyen par nuit des enfants et les horaires de coucher et de lever chaque jour sur une semaine. 1. Méthode Ce travail s’est déroulé dans le cadre de la recherche nationale « Bâtir l’école du XXIe siècle » initiée par l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) en 1998 et réalisée de 1999 à 2001. Les résultats de cette étude sont issus de 20 écoles de la région Centre aménagées en quatre jours et demi classiques et sélectionnées selon la méthode des quotas. La méthode retenue pour la présente étude a été de type transversal. S’appliquant à une recherche développementale, elle permet d’examiner plusieurs groupes d’enfants, chaque groupe étant composé d’enfants d’un niveau scolaire déterminé. Compte tenu de la taille de notre échantillon et des contraintes liées à une étude de terrain, aux techniques actimétriques, il a été préféré un mode de recueil couramment utilisé dans ce type de situation. En début d’expérimentation, R. Clarisse et al. / Archives de pédiatrie 11 (2004) 85–92 une grille de relevé de sommeil a été remise à chaque enfant afin que les parents puissent noter chaque jour d’une même semaine d’évaluation, les heures de coucher et de lever de leur(s) enfant(s). L’outil « étude du sommeil » se présentait sous la forme d’un tableau à double entrée où étaient portées en abscisse les « heures de coucher » et les « heures de lever » et en ordonnée l’indication de la nuit concernée par le relevé. L’utilisation de cette méthode, retenue dans des recherches précédentes de l’équipe de chronopsychologie de Tours, offrait l’avantage de pouvoir comparer les résultats obtenus avec ceux des populations précédemment testées [14]. Le questionnaire remis aux parents, a été récupéré, sous enveloppe rendue anonyme par l’enseignant de l’enfant. Ce mode de recueil incitatif était protégé du biais de désirabilité sociale par le fait que les réponses individuelles restaient confidentielles. L’ensemble des données recueillies à partir des grilles de sommeil a été analysé au moyen d’analyses de variance (Anova) réalisées sous le logiciel Statitica. Le seuil de significativité retenu pour l’interprétation était ␣ = 0,05. 2. Résultats Les grilles de relevé de sommeil de 644 enfants scolarisés de la grande section de maternelle au cours moyen deuxième année d’élémentaire (5 à 10 ans), relevant ou non de zone d’éducation prioritaire (59,3 % en ZEP et 40,7 % hors ZEP), ont été remplies au cours d’une même semaine du mois de juin. Le taux de participation a été de 92,26 %, soit 644 retours pour 698 questionnaires distribués. Le nombre élevé de retours est directement lié au mode de recueil choisi. Une première analyse a porté sur la comparaison des valeurs moyennes des durées de sommeil, des horaires de lever et de coucher selon l’âge et selon le lieu de scolarisation. Une analyse des variations hebdomadaires des durées de sommeil, des horaires de lever et de coucher a été faite sur ces mêmes variables. 87 2.1. Étude comparée des durées de sommeil 2.1.1. Étude comparée de la durée moyenne de sommeil selon l’âge Globalement, à l’exception du passage de la grande section au cours préparatoire (Tableau 1), les durées de sommeil nocturne des enfants diminuaient d’année en année (p < 0,0001). Cette diminution a conduit à une réduction du temps de sommeil de plus de 40 minutes entre la grande section de maternelle et la classe de CM2 (p < 0,0001). Seul le passage de la grande section au cours préparatoire (CP) s’est accompagné d’une légère augmentation de la durée moyenne de sommeil. 2.1.2. Étude comparée des durées moyennes de sommeil selon la variable ZEP/hors ZEP La comparaison globale des durées moyennes de sommeil des élèves de ZEP et des élèves hors ZEP a permis de constater que les premiers dormaient en moyenne 14 minutes de moins que les seconds (p < 0,0001). Les durées de sommeil étaient comparables de la grande section au CE2, que les enfants vivent ou non en ZEP. Une différence significative entre les durées de sommeil nocturne s’observait seulement à partir du cours moyen première année (CM1). Les enfants issus de ZEP et scolarisés en CM1 perdaient plus de 20 minutes de sommeil sur leurs camarades du même âge hors ZEP. Au CM2, la différence s’accentuait et atteignait alors 30 minutes (cours moyen première année [p < 0,0001], cours moyen deuxième année [p < 0,0001]) (Tableau 1). Si le déficit de sommeil précédemment relevé entre un enfant de grande section et un enfant de CM2 s’élevait à 40 minutes, cette diminution moyenne avec l’âge correspondait à des réalités différentes selon que les enfants étaient en ZEP ou hors ZEP. Dans le premier cas (ZEP) l’enfant perdait 62 minutes de sommeil entre ces deux niveaux de classe (p < 0,0001). Dans le deuxième cas, l’enfant hors ZEP Tableau 1 Mesures synthèses du sommeil nocturne Classe GS CP CE1 CE2 CM1 CM2 Environnement socio-économique ZEP Effectif : 19 Moyenne : 640 Écart-type : 55 Effectif : 21 Moyenne : 644 Écart-type : 52 Effectif : 29 Moyenne : 635 Écart-type 54 Effectif : 70 Moyenne : 617 Écart-type : 66 Effectif : 78 Moyenne : 599 Écart-type : 67 Effectif : 45 Moyenne : 578 Écart-type : 80 Hors ZEP Effectif : 47 Moyenne : 637 Écart-type : 55 Effectif : 88 Moyenne : 633 Écart-type : 51 Effectif : 67 Moyenne : 625 Écart-type : 51 Effectif : 107 Moyenne : 621 Écart-type : 58 Effectif : 73 Moyenne : 608 Écart-type : 61 Comparaison des moyennes pour chaque niveau scolaire [F(1–633) = 0,14 ; NS] [F(1–633) = 0,32 ; NS] [F(1–633) = 2,16 ; NS] [F(1–633) = 17,59 ; p < 0,0001] [F(1–633) = 20,50 ; p < 0,0001] 88 R. Clarisse et al. / Archives de pédiatrie 11 (2004) 85–92 non z ep Heure de lever 8:30 8:00 z ep 08:00 07:55 E.T.= 47 E.T.=45 07:54 07:53 E.T.=42 E.T.=39 07:54 E.T.=43 07:50 E.T. =44 07:57 07:54 E.T =42 E.T.=53 08:00 E.T.=41 07:48 E.T =50 7:30 7:00 6:30 GS MAT * CE1 CE2 CM1 CM2 * Grande Section maternelle Fig. 1. Horaires moyens de lever selon le niveau de scolarisation et l’origine ZEP/hors ZEP. non z ep 22:30 z ep 22:08 Heure de coucher . 21:55 E.T=65 22:00 21:29 21:30 21:18 E.T=58 21:19 E.T.=47 21:20 E.T.=50 21:18 E.T. =49 21:34 E.T. =61 21:36 E.T. = 61 21:51 E.T. = 59 E.T=53 E.T.=48 21:00 20:30 GS MAT * CE1 CE2 CM1 CM2 * Grande Section maternelle Fig. 2. Horaires moyens de coucher selon le niveau de scolarisation et l’origine ZEP/hors ZEP. perdait 29 minutes de sommeil entre la grande section et le CM2 (p < 0,0001). La comparaison entre elles de ces deux diminutions (62 minutes/29 minutes) montrait une différence significative (p < 0,005). Par ailleurs, la lecture comparée des moyennes et des écarts-types (Tableau 1) relatifs aux durées moyennes de sommeil montrait qu’en CM2, la dispersion des durées de sommeil s’accentuait nettement suivant l’origine ZEP ou non ZEP des enfants. Ainsi, aux valeurs moyennes précédemment annoncées et comparées, il convient d’ajouter que les durées des nuits de sommeil des enfants de ZEP se différenciaient plus entre elles que celles de leurs camarades. Si cette tendance était amorcée dès le CE2, elle était encore plus marquée en CM2. 2.1.3. Étude comparée des horaires moyens de lever et de coucher des enfants Pour l’ensemble des enfants testés, l’horaire moyen de lever était le même quel que soit l’âge des élèves (NS). En revanche, une différence significative était notée entre les horaires de coucher des enfants en fonction de leur âge (p < 0,0001). L’avancée en âge s’accompagnait ici de couchers plus tardifs. La perte de sommeil moyenne de 40 minutes, précédemment observée entre la grande section et le CM2, correspondait à la différence relevée ici dans les horaires de coucher des enfants de ces mêmes classes. Les heures de lever des enfants de ZEP ne différaient pas de celles des enfants hors ZEP (NS) alors que les horaires de coucher de ces mêmes enfants présentaient une différence significative (p < 0,005). La comparaison des niveaux de scolarisation montrait que les horaires de lever ne présentaient pas de différence significative entre les enfants de ZEP et hors ZEP jusqu’au CM1. En revanche, il existait pour les enfants scolarisés en CM2, une perte significative de 12 minutes de sommeil en moyenne pour les enfants en ZEP (p < 0,02). De même, pour les horaires de coucher, aucune différence significative n’apparaissait jusqu’au CE2 inclus, alors que les élèves de CM1 et de CM2 en ZEP se couchaient plus tard (cours moyen première année [p < 0,001], cours moyen deuxième année [p < 0,01]) (Figs. 1 et 2). 2.2. Variations hebdomadaires des durées moyennes de sommeil, des levers et des couchers L’analyse comparée des durées moyennes de sommeil, jour après jour au cours de la semaine, quels que soient l’âge et l’origine ZEP/hors ZEP des enfants (Fig. 3) a révélé une différence significative (p < 0,0001). À l’exception de la nuit du vendredi au samedi, les nuits qui précédaient une journée de classe étaient pratiquement de même durée. La nuit du mardi au mercredi qui, sur cet échantillon correspond à une veille de jour de repos en milieu de semaine, était celle où les enfants dormaient le plus. R. Clarisse et al. / Archives de pédiatrie 11 (2004) 85–92 zep non zep ensemble de la population 660 Durée moyenne . (en minutes) . 89 642 640 628 628 622 618 618 617 620 625 615 604 600 623 602 600 600 580 DIM- LUN LUN-MAR MAR-MER MER-JEU JEU-VEN VEN-SAM SAM-DIM Nuits de la semaine Fig. 3. Variations hebdomadaires des durées moyennes de sommeil selon l’origine ZEP/hors ZEP. Ces mêmes variations hebdomadaires de la durée de sommeil selon le lieu de scolarisation présentaient des profils de fluctuation comparables. Les durées de sommeil étaient toujours moindres pour les enfants de ZEP excepté pour la nuit du samedi au dimanche (Fig. 3). L’analyse comparée des durées moyennes de sommeil, jour après jour indiquait donc que, quel que soit le lieu de scolarisation considéré, les habitudes concernant le sommeil étaient sensiblement les mêmes : lorsqu’il s’agissait d’une veille de classe, les durées étaient équivalentes et la nuit du mardi au mercredi, qui précédait une journée sans classe était plus longue. La nuit de mardi à mercredi, les enfants étaient couchés environ 30 mi23:15 22:53 zep non zep 22:45 Heure de coucher . nutes plus tard que les veilles de classe et ils se levaient en moyenne une heure plus tard le mercredi matin. Ces résultats étaient les mêmes pour les enfants de ZEP et hors ZEP. Les enfants de ZEP avaient un déficit de sommeil par rapport à leurs camarades hors ZEP, toutes les nuits de la semaine sauf celle du samedi au dimanche. La comparaison des levers et des couchers des enfants selon l’origine ZEP ou non ZEP montrait un coucher plus tardif tout au long de la semaine pour les enfants de ZEP, à l’exception de la nuit du samedi au dimanche où les enfants hors ZEP se couchaient le plus tard. Le décalage des horaires de couchers le week-end (coucher plus tardif le samedi 22:42 22:15 21:45 21:24 21:25 21:19 21:21 21:43 21:15 20:45 21:46 21:50 21:11 21:40 21:09 21:03 21:07 20:15 DIM soir LUN soir MAR soir MER soir JEU soir VEN soir SAM soir 09:45 09:16 Heure de lever . 09:15 08:45 09:11 08:25 08:07 08:15 07:45 07:28 07:15 07:28 07:24 08:01 08:16 07:26 07:25 07:23 07:24 07:24 06:45 LUN matin MAR matin MER matin JEU matin VEN matin SAM matin DIM matin Fig. 4. Variations hebdomadaires des heures de coucher et de lever selon l’origine ZEP/hors ZEP. 90 R. Clarisse et al. / Archives de pédiatrie 11 (2004) 85–92 amorcé dés le vendredi soir) s’observait pour tous les enfants quel que soit leur âge et quelle que soit leur origine ZEP ou non ZEP. Les rythmicités hebdomadaires des levers étaient très similaires mais les enfants hors ZEP se levaient un peu plus tard les matins de récupération (journée sans classe) (Fig. 4). Le déficit de sommeil des enfants de ZEP par rapport à ceux hors ZEP, toutes les nuits de la semaine, concernait plus particulièrement les enfants de CM1 et de CM2 et était lié à un déficit régulier de sommeil pour chaque nuit de la semaine. Pour les élèves de CM2 de ZEP, la nuit de mardi à mercredi n’était pas utilisée comme une nuit de récupération car le coucher était plus tardif et le lever restait matinal. 3. Discussion Les différences observées dans cette recherche sur les pratiques à l’égard du sommeil nocturne des enfants, permettent de conforter et de compléter, sur un large échantillon, des résultats antérieurs [14,16]. La durée globale de sommeil des enfants diminue progressivement et régulièrement avec l’âge [5]. Nos résultats corroborent les travaux de Montagner et al. qui indiquaient qu’entre trois et dix ans, les enfants réduisaient la durée de sommeil nocturne quotidien de dix minutes par an [18,19]. Cette évolution est considérée comme liée à un phénomène de maturation physiologique [20–22]. Une interrogation subsiste au sujet des enfants de CP de notre étude, dont les résultats montrent une légère augmentation de la durée de sommeil par rapport aux enfants de maternelle grande section. Cependant ne disposant pour le CP que d’un faible effectif, la comparaison avec la grande section nécessite quelques précautions. Les résultats obtenus suggèrent différentes pistes de réflexion : la disparition de la sieste diurne ou a minima d’un temps de repos post-prandial pourrait augmenter le sommeil nocturne des enfants de CP ; au-delà de la volonté pédagogique d’harmonisation, confortée par l’introduction dans les textes de la mise en place des cycles, le changement de cadre et de rythmes de vie entre l’école maternelle et l’école primaire pourrait amplifier la durée du sommeil nocturne des enfants de CP. Parmi ces changements susceptibles d’agir figurent non seulement les temps de classe et les contenus des apprentissages mais aussi des temps de vie plus fréquemment partagés avec des pairs plus âgés (récréation, restauration, garderie...). Par ailleurs, l’ampleur de la réduction de la durée de sommeil de la maternelle au CM2 apparaît également, dans nos résultats, sous l’influence de l’environnement socioéconomique des enfants : la diminution du temps de sommeil entre la grande section de maternelle et le cours moyen deuxième année est nettement plus importante chez les enfants de ZEP (62 vs 29 minutes pour les enfants hors ZEP). Ce résultat mérite une attention particulière. La diminution du temps de sommeil avec l’âge était présentée dans des travaux antérieurs comme la résultante d’une évolution biologique et développementale ; il nous semble qu’il faille également prendre en compte l’effet de l’environnement. Cette nécessité ressortait déjà des observations réalisées dans une étude comparative de type semi longitudinal menée à Bourges [14], sur les effets des aménagements scolaires de la petite section de maternelle au CM2. Il avait été relevé que l’écart dans les durées de sommeil selon l’origine socioéconomique, se creusait particulièrement à partir du CM1. En 1999, Batejat et al. [23] ont pu souligner que la durée moyenne de sommeil d’enfants scolarisés au CM1 et CM2 à Paris était de dix heures alors que Montagner et al. [18] en 1992 avaient relevé une durée de 10 heures 30 minutes. Les résultats de notre étude se rapprochent de ceux de Batejat et al. puisqu’ils indiquent une durée moyenne de 10 heures 12 minutes pour les CM1 et de 9 heures 57 minutes pour les CM2. Batejat et al., comparant leurs données à celles de Montagner et al., précisaient dans leur étude que seules les nuits de veille de classe soumises à la contrainte sociale induite par l’école, avaient été retenues [23]. Pourtant, s’appuyant sur les travaux de Samson-Dolfus [24], les auteurs rappelaient que jusqu’à 11 ans, les durées de sommeil les veilles de jour de classe et de week-end étaient très proches. Nos résultats établis à partir d’un relevé de sommeil décrivant l’ensemble des nuits de la semaine de l’enfant s’avèrent en contradiction avec ce dernier point et corroborent ceux obtenus dans nos précédents travaux [14], les enfants dormant davantage les nuits qui précèdent un jour sans classe (nuits de mardi à mercredi et de samedi à dimanche). Notre étude a montré que l’horaire de lever des enfants s’ajustait pour tous sur l’heure de début de la classe. L’aménagement du temps scolaire constitue donc un « synchroniseur social », selon la définition proposée par Reinberg [25] dont il semble nécessaire de tenir compte pour préserver les besoins de l’enfant. Challamel et al. [6], ont préconisé une rentrée scolaire à 9 h 00 plutôt qu’à 8 h 30 pour éviter un réveil provoqué. L’analyse des horaires des levers et des couchers des enfants de notre étude indique par ailleurs que si l’heure du lever témoigne d’une grande régularité tous âges confondus pour les enfants vivant en ZEP ou hors ZEP, il n’en va pas de même pour les heures de coucher. Les enfants plus âgés se couchaient de plus en plus tard notamment dans la semaine pour les enfants de ZEP et le week-end pour les enfants hors ZEP. Les résultats obtenus concernant les levers et les couchers, quel que soit le lieu de scolarisation, invitent à évaluer pour une même durée de sommeil nocturne, l’incidence d’endormissements tardifs et de levers décalés sur la qualité du repos, sur les apprentissages scolaires et les performances cognitives. Notre étude ayant été conduite au mois de juin, la question de l’influence saisonnière possible sur ces résultats peut être posée. Une étude réalisée au mois de février [14] auprès d’une population de 400 élèves scolarisés en ZEP et non ZEP, de la moyenne section de maternelle au CM2 retrouvait une différence significative dans les durées de sommeil entre les enfants de ZEP et non ZEP au détriment des premiers. Ce phénomène était sensible à partir du CE1. Les durées de R. Clarisse et al. / Archives de pédiatrie 11 (2004) 85–92 sommeil relevées étaient très comparables entre février et juin pour les enfants scolarisés en ZEP. Pour les enfants hors ZEP, les durées étaient systématiquement réduites de 20 à 30 minutes sur ces deux même périodes. Ceci pourrait vouloir dire que l’évolution des durées de sommeil liée à la saisonnalité se trouve sous l’influence de l’origine socioéconomique. Toutefois, l’étude conduite en février comparait des aménagements du temps scolaire distincts. Si les durées de sommeil relevées en février et en juin étaient très comparables pour les enfants de ZEP en aménagement cinq jours dans les deux cas, en revanche, les enfants non ZEP en aménagement quatre jours dormaient plus en février que ceux en cinq jours évalués au mois de juin. À l’hypothèse envisagée précédemment d’un effet simple de l’origine socio-économique sur les durées de sommeil, il convient donc d’envisager l’interaction possible entre l’aménagement scolaire et la saisonnalité sur les durées de sommeil. Si l’on considère enfin l’évolution des durées de sommeil au cours de la semaine, l’analyse des durées des nuits précédant les jours de classe a montré qu’elles avaient des durées similaires. Montagner et al. [26] soulignaient que lorsque le mercredi n’était pas un jour scolaire, la durée de la nuit du mardi au mercredi augmentait d’une manière hautement significative. Ce résultat est confirmé ici avec des durées de sommeil équivalentes. Un aménagement des temps scolaire et périscolaire qui préserve la possibilité de dormir le mercredi matin s’avère donc bénéfique pour tous les enfants et suggère une récupération du sommeil perdu des autres nuits. Les week-ends joueraient aussi ce rôle, mais à un degré moindre. L’analyse des levers et des couchers indique en effet que chez les enfants, plus particulièrement chez les plus âgés, un processus de désynchronisation lié à des couchers tardifs le samedi soir et amorcé dés le vendredi soir, se développe au cours du week-end. Ceci est observé tous âges confondus. Ce phénomène n’est pas propre aux enfants de ZEP ; il est aussi présent depuis les enfants de grande section maternelle hors ZEP (moyenne horaire des couchers : 22 h 45) jusqu’aux enfants de CM2 hors ZEP (moyenne horaire des couchers : 23 h 22). De plus, l’origine ZEP/hors ZEP semble distinguer les pratiques familiales à l’égard du sommeil, la nuit du mardi au mercredi et les nuits du week-end. Dans le premier cas, les enfants de ZEP profitent moins du bénéfice de la nuit de mardi au mercredi mais le phénomène de désynchronisation observé le week-end apparaît plus accentué chez les enfants hors ZEP. Nos résultats permettent également de souligner que l’incidence du week-end sur le sommeil des enfants a évolué. Si Montagner et al. observaient pour des enfants de CM1 et de CM2 que la nuit la plus longue était celle du samedi au dimanche [26], ce n’est plus le cas puisque le bénéfice le plus grand revient à la nuit du mardi au mercredi. Cette nuit a la particularité d’être une veille de jour sans classe sans qu’elle coïncide avec une veille de journée sans travail pour la majorité des parents. Cette situation est peut-être responsable des couchers plus précoces des enfants par rapport au week-end. Ce constat d’une plus grande durée de sommeil la nuit de mardi à mercredi 91 confère un intérêt particulier à un aménagement avec mercredi libéré. 4. Conclusion La forte proportion de désordres du sommeil relevée dans la littérature chez l’enfant et l’adolescent et son incidence sur le développement, le comportement et la réussite scolaire font de cette question une problématique d’actualité. Aux processus biologiques et physiologiques structurant l’évolution du sommeil de l’enfant, les résultats présents invitent à considérer l’influence de facteurs environnementaux. Parmi ceux-ci, nous relevons que les enfants scolarisés en zone d’éducation prioritaire sont plus exposés à des pratiques inappropriées à l’égard du sommeil durant la semaine. Ce phénomène est généralisé pour tous les enfants le week-end et apparaît de manière plus prononcée pour les enfants hors ZEP tout en s’accentuant avec l’âge. Une étude plus approfondie reste nécessaire afin de préciser l’origine de ces pratiques familiales. Sont-elles liées à des habitudes familiales (style éducatif), à des évolutions de mode de vie ? Concernant les enfants en ZEP, les différences constatées en semaine, sont-elles rattachées à un mode éducatif, à des contraintes environnementales (promiscuité, taille de la famille, habitat, bruit...) ou à des contraintes de travail des parents ? Qu’il s’agisse des aménagements du temps scolaire ou des pratiques familiales concernant le sommeil des enfants, les synchroniseurs sociaux s’affirment à nouveau, au travers de cette étude, comme de puissants « donneurs de temps » qui vont agir sur les rythmes de vie de l’enfant, dont la rythmicité veille–sommeil. Rappelons que quels que soient les systèmes de compensation que les enfants ou leurs familles mettent en place pour récupérer leur « compte de sommeil », la régularité et la bonne répartition des heures issues des aménagements mis en place (jours et horaires de classe) et de l’organisation familiale (semaine autant que week-end) sont à préserver pour respecter les besoins physiologiques et psychologiques des enfants. Les phénomènes de désynchronisation imputables aux couchers tardifs les veilles de classe mais aussi les week-ends, observés dès le plus jeune âge et tous milieux confondus sont à éviter. L’ensemble de ces résultats doit retenir l’attention de ceux qui agissent et interviennent directement ou indirectement dans l’aménagement des temps de l’enfant, dans le domaine de la santé auprès des familles pour les sensibiliser sur les pratiques à l’égard du sommeil des enfants et leurs incidences développementales, cognitives et scolaires. Remerciements Nous souhaitons remercier le Docteur Marie-Josèphe Challamel (unité de sommeil de l’enfant, service explorations neurologiques, centre hospitalier Lyon-Sud, 69495 Pierre-Bénite cedex, France) dont les observations et commentaires critiques et constructifs ont accompagné nos réflexions. 92 R. Clarisse et al. / Archives de pédiatrie 11 (2004) 85–92 Références [1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9] [10] [11] [12] [13] Louis J, Cannard C, Bastuji H, Challamel MJ. Sleep ontogenesis revisited: a longitudinal 24 home polygraphic study on 15 normal infants during the first two years of life. Sleep 1997;20:323–33. Coble PA, Kupfer DJ, Taska LS, Kane J. EEG sleep of normal healthy children Part I: findings using standard measurement methods. Sleep 1984;7:289–303. Carskadon MA. The second decad. In: Guilleminault C, editor. Sleeping and waking disorders: Indications and techniques. Menlo park: Addison Wesley:; 1982. Klackenberg G. Sleep behaviour studied longitudinally. Acta Paediatr Scand 1982;71:501–6. Iglowstein I, Jenni OG, Molinari L, Largo RH. Sleep duration from infancy to adolescence: reference values and generational trends. Pediatrics 2003;111:302–7. Challamel MJ, Clarisse R, Levi F, Laumon B, Testu F, Touitou Y. Rythmes de l’enfant. 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