Le partage de la tendresse - Centre spirituel de la Pomarède

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Le partage de la tendresse - Centre spirituel de la Pomarède
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FAMILLE DU CŒUR DE DIEU
1er juillet 2007
Le partage de la tendresse
La tendresse est une réalité riche et complexe, difficile à définir. Dans la Bible, le
mot que l’on traduit en français par tendresse « est rendu en hébreu par la racine
raham qui évoque le sein maternel (rehem) et, par conséquent, le mouvement
intérieur, l’élan d’amour, l’affection et les émotions que la femme ressent pour son
enfant. » (Cahier Evangile N° 71 p.40). Mais la tendresse ne se limite pas à la relation
« parents - enfants », elle se manifeste également dans l’amour conjugal, dans
les relations d’amitié et dans l’amour fraternel. Partout où il y a l’amour, la
tendresse est présente. Elle est cet élan bienveillant qui nous fait proche de l’être
aimé, imprègne notre regard de bonté, met de la douceur dans la voix et de la
délicatesse dans les gestes. Elle est à l’amour ce que la chaleur est au feu. Elle le
rayonne, le révèle et lui permet de s’incarner. Elle l’habille comme la dentelle met
en valeur un vêtement. La tendresse convient à Dieu autant qu’à l’homme pour
exprimer la richesse, les attitudes et les nuances qui caractérisent l’amour :
attachement à l’autre, fidélité, solidarité, bienveillance, miséricorde etc. Elle est
inhérente à toutes les formes d’amour : l’amour affection (ahaba), l’amour bonté
(hèsèd), l’amour compassion (hanan). Elle permet de les différencier tout en les
harmonisant et en favorisant leur expression.
Dieu est tendresse
En comparant Dieu à un père (Os 11,1-9) :
« Comme est la tendresse d’un père pour ses fils, la tendresse du Seigneur
pour qui le craint » (Ps102,13)
ou à une mère :
«Une femme oublie-t-elle son petit enfant ? est-elle sans pitié pour le fils de
ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai pas », (Is
49,15)
Israël souligne combien la tendresse, la miséricorde et la fidélité de Dieu sont
constitutives de son être divin. La miséricorde comme la tendresse s’imposent
comme la qualité première et fondamentale du Dieu de l’Alliance. C’est d’ailleurs
en ces termes que le Seigneur s’adressera à Moïse :
« Je suis, Yahvé, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce
et en fidélité. » (Ex 34,6 et 33,19)
Celui qui parle ainsi se révèle comme un Dieu dont la tendresse est faite de
bienveillance, de compassion, de solidarité, de fidélité et d’attachement à son
peuple jusqu’à lui pardonner indéfiniment ses nombreuses infidélités. Dieu n’est
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que tendresse. On peut compter sur lui. Il est vrai. Il tient toujours ses promesses.
Telle est la tendresse qu’il nous propose de vivre en Alliance (Os 2,21-22) avec lui :
« Soyez saints (pleins de tendresse), car moi Yahvé, votre Dieu, je suis saint
(c’est-à-dire : miséricordieux). » ( Lv 19,2 ; Os,11,8-9 ; Mt 5,48 et Lc 6,36)
Jésus, tendresse du Père,
En Jésus, la tendresse de Dieu a pris notre visage. Devenu notre frère en
humanité, le Seigneur a fait de l’amour fraternel vécu en son nom et selon son
exemple, l’expression la plus parfaite de la tendresse du Père, de son agapè,
c’est-à-dire de son amour indéfectible, gratuit et compatissant envers l’homme :
« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés… Comme je
vous ai aimés aimez-vous les uns les autres. » (Jn 15,9.12)
La force de cet amour divin s’exprime à travers une tendresse humaine
bouleversante en faveur de celles et de ceux qui ont croisé la route du Seigneur
Jésus. L’Evangile nous le montre comme un homme plein de tendresse, de
délicatesse, de compassion et de bonté. Il attire les enfants par son sourire et les
embrasse (Mc 9,36) avec affection. Son regard séduit les disciples et bouleverse
les pécheurs. Il permet à chacun d’exister avec l’élan qui le porte vers lui. La
tendresse de Marie-Madeleine (Lc 7,36) ne le choque pas plus que l’audace du
disciple qui se penche sur sa poitrine (Jn 13,23) au cours de ce dernier repas où il
appelle les siens : « Mes petits enfants… (Jn 13,33), mes chéris… (Jn 15,13) ».
Jésus n’a pas peur de la tendresse. Il l’exprime et sait l’accueillir avec un
immense respect. La souffrance de ses amis, leurs larmes et leur affection le
touchent au plus profond. Il n’a aucune gêne à traduire par son regard, ses gestes
ou ses paroles l’émotion, l’affection, la miséricorde, la compassion qu’il éprouve à
leur égard. (Jn 11 : Lazare et Jn 12,1-11 : l’onction de Béthanie ; Mc 1,41 ; Mc 10,17-32 : le
jeune homme riche ; Lc 19,1-10 : Zachée ; Lc 22,54-62 : le reniement de Pierre etc.) Par sa
tendresse humaine faite de délicatesse (Jn 6,1-15 ; Jn 21,1-14), d’attention à l’autre
(Mc 6,30), de présence affectueuse, de douceur et de fermeté (Jn 12,4-8), Jésus
donne corps et un visage humain à la tendresse divine.
Être tendresse du Cœur de Dieu
Le Seigneur veut qu’à son exemple nous nous aimions les uns les autres avec
tendresse. Il nous en a donné les moyens en nous communiquant l’Esprit (Tt 3,4)
afin que nous ayons les uns pour les autres un cœur plein de tendresse. (Col 3,12)
Mais … Il y a tendresse et tendresse !
Ce mot prête aujourd’hui à confusion tellement il est galvaudé ou utilisé à tort et à
travers. Hélas ! que d’égoïsme, de sensualité, d’actes pervers, de manques de
maîtrise de soi ou de ses sentiments sont parfois dissimulés sous ce terme ! Sous
prétexte de tendresse, on s’abandonne à des regards, à des attitudes ou à des
gestes qui sont contraires à l’amour et dénaturent la tendresse.
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La tendresse par ailleurs n’est pas toujours bien perçue. À cause de l’éducation
ou de certains excès, par crainte de déviation, il arrive que l’on discrédite la
tendresse. On s’en moque. On s’en méfie. On la tient à distance dans nos
relations pour la réserver aux amants, aux époux, aux parents vis-à-vis de leurs
enfants et réciproquement comme si, en dehors de ce cadre, elle était coupable,
suspecte et dangereuse. La vérité est autre. La tendresse est au service de
l’amour qu’elle exprime. Tout amour quel qu’il soit : celui des fiancés, des époux,
des parents, des enfants ou des amis a besoin de tendresse pour se découvrir et
se faire comprendre. Personne n’en est exclu : marié ou célibataire, consacré ou
non, jeune ou vieux, homme ou femme. Tous, absolument tous, nous avons
besoin de tendresse pour vivre, grandir, nous épanouir et construire notre
personnalité. Créés pour aimer et être aimés, nous ne pouvons pas vivre sans
tendresse. Une existence qui en est privée est une vie sans lumière, sans chaleur
et sans goût quand elle n’est pas emmurée dans la dureté, l’aigreur et la rancœur.
L’amour peut certes exister sans la tendresse. Mais il est alors handicapé. Il lui
manque le moyen le plus élémentaire pour se manifester : la tendresse. C’est un
peu comme avoir des yeux et être né aveugle. Parce qu’il est spirituel, l’amour ne
se voit ni ne s’entend. Mais quand il saisit la personne, il l’imprègne dans la
totalité de son être qui n’a que son humanité pour l’exprimer : regard, gestes,
paroles, attitudes etc. On n’aime pas qu’avec sa tête, en pensée ou qu’avec son
cœur, en sentiments, mais également avec son corps grâce à la tendresse qui
dévoile l’amour, l’incarne, l’humanise et lui donne visage. Grâce à elle, l’amour se
communique, s’affirme et grandit. La tendresse révèle et manifeste concrètement
par le moyen du corps l’amour, l’amitié, l’affection, l’attachement mutuel, la
compassion ou l’intérêt que nous éprouvons vis-à-vis des personnes qui nous
entourent.
Dans la vérité
La tendresse fait appel au cœur et au corps pour extérioriser l’amour, d’où son
ambivalence. Elle peut être une source merveilleuse de vie et de bonheur quand
elle est partagée dans la vérité et le respect, mais elle peut se révéler dangereuse
et destructrice quand elle n’est pas vécue dans la transparence. Par exemple,
lorsqu’on se l’approprie pour satisfaire son égoïsme, quand on l’utilise pour faire
du chantage ou assouvir son instinct de domination. Si la prudence et la réserve
sont de mise en ce domaine, elles ne justifient pas pour autant la peur ou le refus
de la tendresse. Comme toute chose, la tendresse s’apprend, s’éduque et se
maîtrise. La prudence demande que chacun soit bien au clair avec lui-même,
fidèle aux exigences de sa vocation et à son état de vie. Sans la vérité et le
dialogue qui écartent le flou et le trouble la tendresse n’est pas constructive. Ne
surestimons pas nos forces. Personne n’est à l’abri d’une défaillance. L’humilité et
la vérité sont garantes de fidélité et de progrès. En cas de doute, l’ouverture à
tiers comme le discernement avec un frère peut s’avérer très utile pour éviter de
mauvaises et douloureuses surprises.
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Parfum de l’amour, la tendresse n’est pas une affaire de sentimentalisme ou de
mièvrerie. Elle est au contraire l’expression d’un amour pur, généreux et fidèle. La
tendresse échangée entre fiancés, époux, parents, enfants, frères et sœurs,
célibataires, consacrés, amis est différente selon les personnes et les situations,
mais elle n’en est pas moins indispensable à chacun. Chaque expérience d’amour
comporte une tendresse qui lui est propre. On ne peut donc la partager sans tenir
compte de la spécificité et de la vérité de l’amour qu’elle exprime. Pour qu’elle soit
authentique, la tendresse doit être responsable, vécue sous le regard de Dieu, en
cohérence avec ses engagements et dans le respect de sa vocation, de son
choix de vie. En dehors de cela, elle est moralement fausse. La sincérité des
sentiments ne justifie aucunement une tendresse inadaptée ou dévoyée.
Ceci étant dit, la tendresse ne se limite pas aux marques d’affection mutuelles :
gestes, regards, baisers etc. Elle se traduit également par toutes sortes
d’attentions et de délicatesses qui manifestent à l’autre que nous l’aimons, qu’il
est important pour nous et qu’il a du prix à nos yeux. Elle est comme le sel ou le
sucre dans les aliments. Bien dosée, elle apporte douceur et saveur à nos
relations affectives et fraternelles. Elle les fortifie est les embellit.
Un merveilleux trésor à partager
La tendresse est un don de Dieu qui se transmet à l’homme par la tendresse de
l’homme. Elle est innée, mais combien d’hommes souffrent de ne pas pouvoir ou
de ne pas savoir l’exprimer. Elle est comme verrouillée en eux. Les causes de ce
blocage sont multiples comme la crainte de ne pas savoir gérer la tendresse, le
manque de confiance en soi ou dans les autres, la timidité, une mauvaise
éducation etc. Certains ont été victimes d’expériences malheureuses tandis que
d’autres sont tributaires d’habitudes ou de convenances sociales : on n’extériorise
pas ses sentiments, par exemple. Combien de personnes sont incapables de
manifester leur tendresse parce qu’elles n’en ont jamais reçu ni appris à
l’exprimer. Malgré ces difficultés, la tendresse demeure un trésor précieux et
irremplaçable. Elle rend bon celui qui la donne ou la reçoit, car elle nous fait
exister dans ce que nous avons de meilleur. N’ayons pas peur de la libérer et de
la partager. La tendresse part du cœur ou « des entrailles » selon le mot de
l’Ecriture, elle illumine le regard de bienveillance, fleurit dans le sourire, se fait
douceur dans la voix et accompagne les gestes quotidiens qui expriment l’amour.
L’icône de la Vierge de Tendresse de Vladimir en est une superbe illustration.
Mesurée, discrète, respectueuse et patiente, la tendresse n’est ni brusque ni bruyante,
mais joyeuse, simple et spontanée. Elle est en nous cette petite lumière qui nous tient
éveillés à l’autre pour le regarder et le toucher avec le cœur. Elle est sans aucun doute le
chemin qui conduit le plus sûrement au Cœur de Dieu et celui qui le révèle le mieux. En
effet, rien ne nous rapproche le plus de Dieu notre Père et rien ne nous rend plus
semblables à lui que la tendresse. Soyons attentifs pendant ces mois d’été à la manière
dont nous vivons et partageons la tendresse qui manifeste l’affection, la bonté, l’amitié,
la compassion, l’amour qui nous lie les uns aux autres, entre frères et sœurs, entre amis,
entre époux, entre parents et enfants, entre hommes et femmes, mariés ou non etc.
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« Le cœur de l’homme est comme la meule d’un moulin ; jetez-y du blé, vous aurez de la
farine ; jetez-y des pierres, vous aurez du gravier. » Mgr Fulton Sheen
Entourez-le de tendresse, vous récolterez l’amour et la joie de vivre !
P. Henri Caldélari msc
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