Santé fragile N°5 - Parcours de femmes
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Santé fragile N°5 - Parcours de femmes
gile Santé fra uctures, réé des str c a r u te Le législa a- muros intra, extr es s m é vantage it m n fe u e s e d d specter da chacune. ours re rc a e P d , i e c é u n o et us : dans le s haque an e chacun mes Comme c œux à toutes et à to la santé d l, les graves problè à it ro d v s le e ra s é e s rc ic s , a u e s ides uc adre ants ns le milie e toxicomanie et d des détenus ympathis on a s , D ts n re é d . adh trie, ante ociati détenues de psychia ez une part import oins bénins, es de l’ass x femmes u a t h n partenair c e s u é m o s m rencontr rticulière bobos, plu t. ! ts , té ti n n e o a et plus pa s p s ri s e p n le n comme née, bon ement en dienneme harge des Bonne an t un enferm aiter quoti mmes la prise en c e tr té à n t a n s o s e fe ités. Une bonn t pour les ? les matern n t le te e b u s , ti e s jo a u n ’a p o iq S ti g est-ce com ec toutes ses priva gynécolo ller de soi roblèmes réglé ni a av p , re n o o c x s n u ri e a p ble La esoins. de m ien ne sem ction de tous ces b rappelle. as source R p e ll e ts n’e tisfa n) ? us le dans la sa s divers articles no bles ou no témoignage-choc (guérissa e le d é re li b r La lectu tait pu de tombe ecin-chef En 2000 é e propos arisienne seur méd tr p s o t a ê n V rr e e d ’a u s d iq a on de Véron t, il n’est p biant. blêmir). nté (mais Cependan n de la Sa ore faire sourire ou am o s utes e ri m p is la à enc pessim dépit de to t n le u e e s , p n a a m ? d tm o a rd dont le n ages nage de F ns plus ta uelques p Le témoig es inquiétantes, il douze a q ts re e li n à ’e e u it Q qu e croire inv er envie d les statisti pos nous actuel : n ro n té P o n s d a s s re u e ib o d L e rn du systèm ore ? est là pou etit, c d’un bilan n e àp s t e ti c e n p la santé, que, ? éfailla s e é s li a mental à ré a Quelles d s d n n o fo ti it ra le dro mélio rogrès ? Quelles a , é». tives de p c rv e e s p rs ré deviendra e c p illeurs, ti iagnos Quelles D comme a « e n il le o g s a tu ri ti fr p n ’i té n s e n r a s ie s Ce dos . ûr, état de mieux une réalité ifie, bien s n ’u d ir o p Cela sign s aïdé toujours l’e Michèle D ice mais avec . atr n Administr ne guériso sinon d’u AU - La JOUR U lauré LE JO n a UR - Jo e «m te. ...... ana u ..... r n La ées ..... ger m ..... » N - In issi atio par ..p. ter o m 2/3 Ce ven n ré nales is n i - Tr ssatio tion à nsert Priso ous ! n i Pr angle n tem Bapa ion en . u iso qu nn ambig porai me est ier re d ion sd u ’ a e l’ c t ivit am és ou r te icide u su spéran d s 11 e e s u é q ...p. DOSSIER : Diagnostic réservé....p. 4/10 tisti bilité d ...... lin . a . t . . S . a ..... nœul - La santé à l’ombre e st ...... Un ...... ire d’An ? . . . Une malade qui se soigne . . au ntia S..... - Un crabe en prison Ne pas baisser les bras ÉCHO pénite nouve e d r ive t n a n - Gynécologue en maison d’arrêt bus - Ce trop gr u nt a e n 12 v n à Presque le même métier ou U ouille ...p. ue s f ...... . q . a i . . t L . - Femmes à Sequedin . a .... e pr ...... Avantagées par leur petit nombre Un US... O V s - Une maternité salvatrice DEZ mot REN ns des Comment je suis née à la liberté e s - Le - Souffrances psychiques Soins problématiques - Drogues, prison Un foyer pour s’en sortir 5ier 201 ° Nr 2 v N°5 - Février 2012 fé AU JOUR LE JOUR La lauréate Une « manager » parmi nous ! Pour ajouter une corde à son arc. Pour donner à ses compétences un label officiel. Pour enrichir son curriculum vitæ. Pour se prouver qu’elle en était capable. Pour marier deux passions : l’art et l’humain. Pour continuer à apprendre. le travail pour Parcours de femmes soit assuré. Il a témoigné un grand intérêt pour l’avancement de son projet et ne s’est pas montré avare d’encouragements. C’est le fonds de professionnalisation et de formation (UNIFAF) auquel cotise l’association qui a pris en charge le financement (8000 €). Ainsi, pendant deux ans, elle a assisté à près de cinq cents heures de cours. Elle a jonglé entre les priorités et consacré le temps libre que lui laissait l’association au travail personnel. (Combien d’heures de recherches, de réflexion, d’étude, de lle s’est inscrite au Centre d’économie rédaction ?) sociale (travail et société) du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) afin Tout un art ! de préparer le diplôme de « manager Elle a réussi (à quel prix ?) à maintenir, avec d’organismes à vocation sociale et culturelle », courage et élégance, un difficile équilibre diplôme universitaire et professionnel, entre les exigences de ses études et celles de homologué au niveau I, inscrit au Répertoire son travail. national des certifications professionnelles. Elle a appris la gestion financière, le Elle n’a pu se lancer dans cette aventure que droit du travail, la comptabilité, les parce qu’elle a obtenu, dès 2009, l‘accord ressources humaines, la méthodologie, le unanime du conseil d’administration de développement durable, le marketing… et l’association. Celui-ci a accepté les absences j’en passe. qu’impliquait cette formation (une semaine Elle a lu une cinquantaine de revues toutes les sept semaines) sous réserve que spécialisées et ouvrages savants signés de E prestigieux noms de professeurs, sociologues, avocats, politiques, journalistes… Enfin, elle a écrit un mémoire de quelque deux cents pages titré « De l’art en milieu carcéral. Politique pénitentiaire — Politique culturelle en Nord / Pas-de-Calais ». (Voulaitelle, à travers le sujet choisi, réconcilier liberté et enfermement ?) Mémoire qu’elle a défendu le 15 décembre 2011 et qui lui a permis d’obtenir une mention que sa modestie m’empêche de nommer ici ! Le lendemain même de cette soutenance, elle était, comme si de rien n’était, juste peutêtre un peu plus détendue, plongée dans les dossiers (urgents et nombreux bien sûr !) qui l’attendaient sur son bureau de Parcours de femmes. Gageons qu’à ce rythme-là (qui est le sien depuis toujours, semble-t-il), elle ne risque pas de s’endormir sur ses lauriers ! M. C Vous l’avez peut-être deviné, « Elle », c’est Karine Kajak, la talentueuse secrétaire générale de Parcours de femmes et l’indispensable coordinatrice de ce journal. Journées Nationales Prison La mission réinsertion en question « Prison : entreprise d’insertion ? Travail et activités en détention. » Tel était le thème choisi par le Groupe National Concertation Prison pour cette 18ème édition des Journées Nationales Prison. L ’objectif, cette année, était de mettre en débat la mission de réinsertion sociale assignée à la prison en interrogeant les moyens mis en œuvre pour la rendre effective : formations professionnelles, programmes d’enseignement, activités culturelles et travail. Comme chaque année, Parcours de femmes s’est associée à cette action de sensibilisation nationale, à travers le groupe local auquel elle appartient, collectif rassemblant diverses associations et aumôneries œuvrant dans et autour des prisons. Elle a ainsi contribué à organiser une conférence-débat sur ce thème, le 24 novembre, à Sciences Po - Lille. Deux interventions sans langue de bois ont alimenté les discussions – celle de Frédéric Guerlain, directeur du lycée pénitentiaire de l’unité pédagogique interrégionale de Lille et celle de Patrick Vandame, directeur des ressources humaines de TRISELEC, entreprise de tri sélectif des déchets ménagers située à 2 N°5 - Février 2012 Halluin (59). On a ainsi eu l’occasion d’entendre que les priorités de l’enseignement en établissement pénitentiaire sont la lutte contre l’illettrisme et l’apprentissage du français pour les détenus d’origine étrangère. Si les objectifs de l’Education Nationale en prison - insérer ou réinsérer à la sortie - sont louables, celleci manque cruellement de moyens humains et matériels pour remplir correctement sa mission et prendre en charge un public en situation d’exclusion et de grande précarité. Ce déficit de l’Ecole est parfois compensé, en partie, par du personnel bénévole issu du monde associatif. Une initiative trop rare On a aussi découvert le projet humaniste mené depuis 1994 par Triselec qui a souhaité concilier, dans une même entreprise, caractère économique et caractère social, à travers l’insertion et la lutte contre l’exclusion. Qu’il soit ancien détenu, ancien alcoolique, drogué ou illettré, chaque opérateur est accueilli dans l’usine et intégré dans une équipe d’ouvriers. Cette philosophie s’est déclinée à travers la mise en place d’un atelier de formation à la maison d’arrêt de Loos donnant la possibilité à ceux qui la suivent d’obtenir, à leur sortie, un contrat à durée déterminée dans l’entreprise. Belle initiative ! Trop rare ! Il est regrettable que ce projet n’ait pas été mis en place, aussi, à la maison d’arrêt de Sequedin. Ces deux beaux témoignages nous ont mis face à une réalité qui n’est malheureusement pas aussi belle : le volet de la réinsertion et de la préparation à la sortie semble n’obtenir qu’une portion congrue par rapport aux moyens dévolus à la sécurité. A titre d’exemple, on ne peut que déplorer que l’expérience de Triselec n’ait pas été renouvelée dans la nouvelle maison d’arrêt d’Annœullin, premier établissement entièrement géré en partenariat public-privé. La filiale du groupe Bouygues qui a financé la construction du bâtiment et qui est aussi responsable d’une partie des activités (comme la blanchisserie, la restauration, la formation, le travail ou encore l’accueil des familles) a vu d’un mauvais œil cette entreprise marcher sur ses platesbandes et refusé tout partenariat. Pourtant, ce genre d’expériences pourrait faire des petits et se multiplier tant les progrès à réaliser sont encore nombreux ! K.K Intervention à Bapaume Cessation temporaire d’activités La route de Bapaume, la chargée d’insertion de Parcours de femmes la connaît bien ! Toutes les trois semaines, elle y rencontrait cinq à six femmes détenues au centre de détention pour les aider à monter un projet de sortie en lien avec ses différents partenaires. de peine. Cependant, face à l’accroissement continuel de son activité, il était de plus en plus difficile pour l’association de gérer l’ensemble de ses missions. Confrontée à sa fragile situation budgétaire et à des difficultés quotidiennes de fonctionnement, elle sollicitait depuis trois ans une légère n 2003 Parcours de femmes établissait une augmentation de sa subvention. Demandes convention de partenariat avec le SPIP du qui, malheureusement, ne recevaient pas Pas-de-Calais et voyait là une reconnaissance d’écho positif. institutionnelle du travail mené auprès des femmes incarcérées dans cet établissement. Un financement en danger A ce titre, elle percevait une subvention Quelles ne furent pas sa surprise et son mensuelle de 600 euros. inquiétude, le 23 septembre 2011, lorsqu’elle Ces huit années de travail se révèlent reçut en réponse à sa demande réitérée la plutôt positives. Plusieurs femmes ont notification d’une impossible augmentation ainsi eu la possibilité d’intégrer le dispositif et, pire encore, celle de l’arrêt de toute d’hébergement temporaire de l’association intervention. « N’ayant pas connaissance du dans le cadre de la mise en place d’une liberté budget qui nous sera alloué en 2012, je vous conditionnelle ou lors de leur sortie, en fin demande d’attendre que nous vous contactions E pour reprendre vos interventions au CD de Bapaume en janvier 2012. » Les femmes incarcérées dans cet établissement se trouvent en grande situation d’isolement géographique et les ruptures familiales et sociales sont pléthores. Il serait vraiment dommage pour elles que les trop rares liens qu’elles conservent avec la société civile et que Parcours de femmes symbolise cessent brutalement. Le SPIP assure dans son courrier qu’il connaît « l’importance et l’efficacité » de cette intervention et qu’il tient « une nouvelle fois » à l’en remercier. L’association ne peut qu’espérer un signe très rapide de sa part afin que le travail entamé avec une cinquantaine de femmes dans cet établissement, et depuis plusieurs années pour certaines, se poursuive. K. K. Triangle ambigu Dès le début du film « 7 ans », sont posées les bases d’une relation à trois : le mari, la femme et l’amant. Sauf que, dans cet étrange vaudeville, les trois personnages sont aussi le prisonnier, la visiteuse et le gardien. L © Pyramide Distribution Prisonniers de l’amour eur relation n’est pas simple, terriblement compliquée même, puisqu’en fait le taulard est très proche du maton et que ce dernier est, en quelque sorte, délégué par le trompe son mari pour mieux l‘attendre. mari pour satisfaire l’épouse hors les murs. Ambiguïté d’un surveillant qui joue de son double pouvoir sur les deux captifs. Dérisoire 7 ans de malheur ? Maïté ne semble pas voir aussi loin : elle impuissance d’un taulard qui fait baiser sa veut du plaisir. Vincent son mari aurait bien femme par un autre. Mais, finalement, Maïté voulu lui faire un enfant pour l’occuper. Il le est aussi prisonnière de son rituel sexuel, dit un peu naïvement en confidence à Jean presque autant que Vincent qui scénarise les le surveillant qui, doucement, s’attache à lui rencontres de Jean avec sa femme. Et quand sans qu’on sache tout à fait lequel des deux l’amant à son tour tombe amoureux… l’intéresse le plus, du mari, Vincent, mâle, « Quand elle condamne quelqu’un à sept ans de voyou et torturé, ou de la femme, Maïté, belle, prison, la société ne se rend pas compte qu’elle détruit la sexualité du couple » (…) « J’ai été tenace, sensuelle et fidèle. Pressée d’un lieu à l’autre, confinée dans un témoin de la déliquescence de la relation d’un petit boulot de baby-sitter, elle saute de la couple, j’ai vu à quel point ce couple souffrait de voiture de Jean au cagibi du parloir, du bus l’absence, de la frustration et à quel point le désir au jardinet de son pavillon, d’un entretien ne circulait plus » dit le réalisateur. d’embauche à sa table de repassage, et de 7 ans de parloir nouveau au parloir… Le cinéaste creuse le réel et va à la rencontre « 7 ans » est aussi une très précise évocation de la vérité des êtres. « 7 ans » n’est pas une du parloir, comme raccourci singulier de histoire de sexe mais la lente maturation frustration, succédané de la rencontre et d’un nœud sentimental. Secret tenace carcan de l’amour furtif, le placard où l’on se du désir d’une femme qui sait qu’elle sépare à chaque fois. C’est le seul lieu où les Valérie Donzelli & Bruno Todeschini trois se croisent. L’intrigue s’y noue sous la lumière sombre et oppressante du néon et dans l’épaisseur des murs qui étouffent. Plus qu’une enquête sur l’enfermement, le film va au-delà du simple témoignage et permet de ressentir la complexité de l’être humain et la douleur de la séparation… PEP Cinéphiles, curieux de la réalité pénitentiaire, adhérents, partenaires et amis de Parcours de femmes ont pu revoir ou découvrir ce film et rencontrer son réalisateur, le 20 janvier à la Gare Saint-Sauveur. En effet, l’association avait choisi le septième art comme allié pour évoquer le travail qu’elle réalise avec les femmes, en prison et à leur sortie. En partenariat avec la ville de Lille, elle invitait à la projection de « 7 ans », suivie d’une discussion avec le cinéaste Jean-Pascal Hattu et avec des professionnels du monde carcéral. Une belle occasion de faire dialoguer fiction et vérité, création et réalité. N°5 - Février 2012 3 DOSSIER : Diagnostic réservé La santé à l’ombre Une malade qui se soigne « Et surtout la santé* ! » Qui n’a pas entendu cette formule ponctuant les traditionnels vœux de nouvelle année ? « Tant qu’on a la santé… » : la sagesse populaire fait de la santé la condition d’une vie heureuse. Et quand on trinque entre amis, l’expression « A ta santé » s’impose. E t pourtant ! La Santé, c’est aussi le nom de la maison d’arrêt parisienne, construite en 1867 sur les traces d’un ancien hôpital. Sur l’autre trottoir, comme pour souligner « on est mieux ici qu’en face ! », jusqu’en 1950, un bistrot affichait un nom sans ambiguïté : « A la bonne santé » ! Serait-ce suggérer qu’en prison, la santé soit mauvaise ? Au banc des accusés… En prison — tout le monde s’accorde à le dire — sida, hépatites, troubles mentaux, tuberculose, addictions sont plus répandus qu’à l’extérieur. Malgré cette unanimité sur ce triste bilan, personne n’est capable de définir les causes précises de ces maux ni d’en proposer des solutions efficaces qui rencontrent aussi tous les suffrages. Bien sûr, les prisons accueillent une population marginale, particulièrement fragile, qui a souvent vécu dans une grande précarité. Pour des raisons économiques ou culturelles, elle n’a pas pu prendre soin d’ellemême, et parfois, par ses comportements, a négligé sa santé ou l’a mise en danger. L’état de santé des détenus est préoccupant. Par exemple, 25 % d’entre eux déclarent, lors de leur incarcération, une consommation d’au moins deux substances psychotropes et 30 % une consommation excessive d’alcool. Si l’on compare à la population générale, une infection par le VIH est diagnostiquée dix fois plus souvent et l’hépatite C, six fois plus. Les statistiques montrent qu’ils présentent quatre fois plus de troubles mentaux majeurs et l’on compte six fois plus de suicides en prison… d’espoir, tout cela concourt à accentuer la vulnérabilité des personnes et à provoquer maladies somatiques ou psychiques… Le livre de Véronique Vasseur « Médecinchef à la prison de la Santé » fait l’effet d’un électrochoc. La description de sa vie professionnelle de 1992 à 2000, un quotidien pitoyable et cruel, révèle l’incroyable misère de la médecine pénitentiaire. Une réalité jusque là trop souvent ignorée, honteuse, cachée. Pourtant, depuis trente-cinq ans, le législateur a travaillé la question et réalisé des avancées notables. En voie de guérison ? La prise en charge de la santé mentale en prison a pu progresser grâce à la création, en 1986, des services médico-psychologiques régionaux (SMPR*). Depuis la loi de 1994, la médecine pénitentiaire ne relève plus du ministère de la Justice mais du ministère de la Santé. Les médecins qui prennent en charge les détenus sont des praticiens hospitaliers au même titre que leurs confrères des hôpitaux publics. Chaque établissement pénitentiaire compte, depuis, une unité de consultation et de soins ambulatoires (UCSA*). Les hospitalisations d’urgence et de courtes durées sont réalisées dans l’hôpital de rattachement et, depuis 2004, dans les unités hospitalières sécurisées interrégionales (UHSI*) implantées dans les centres hospitaliers régionaux universitaires pour les hospitalisations programmées de plus de quarante-huit heures. La loi de 2002, dite loi Kouchner, établit que le prévenu peut bénéficier d’un aménagement de peine lorsque son état de santé est incompatible avec la détention. Enfin la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, concerne aussi les détenus. La loi pénitentiaire de 2009 réaffirme que « les personnes détenues doivent bénéficier de la même qualité et de la même continuité de soin et de prise en charge de leur santé que la population générale. » Le plan d’actions stratégiques 2010 - 2014 prévoit des mesures concrètes comme la distribution de gel et de préservatifs, le dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus, des examens bucco-dentaires… Les patients-détenus ont ainsi le droit de bénéficier de conditions matérielles de détention adaptées à leur état de santé et, si nécessaire, le droit de changer d’établissement pénitentiaire ; le droit à un régime alimentaire médicalement prescrit ; le droit à l’expression du consentement médical ; le droit à la recherche médicale s’il est attendu un bénéfice direct et majeur pour leur santé… Mais tous ces textes sont, hélas, trop peu ou mal appliqués. Pour preuve, le deuxième motif de saisine du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), que souligne son rapport annuel 2010, reste la difficulté d’accès aux soins... On est loin d’atteindre la définition de la santé idéale telle qu’elle est proposée par l’Organisation Mondiale de la Santé : « un état de complet bien-être physique, mental et social et pas seulement l’absence de maladie ou d’infirmité ». Mais la prison est-elle vraiment le lieu où ce qui ressemble à une utopie pourrait devenir réalité ? M. C. « La possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain quelles que soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique et sociale. » Préambule à la constitution de l’Organisation mondiale de la santé (7 avril 1948) Bilan consternant… Bien sûr aussi, la prison représente un environnement qu’on pourrait qualifier de « pathogène » : les difficultés d’accès aux soins (complications administratives, lourdeur des procédures, locaux inadaptés, manque d’hygiène, de personnel, de formation, d’équipements ou résistances humaines), l’isolement ou, au contraire, la promiscuité, la déshumanisation des lieux, le non respect de la confidentialité, le manque de sens et *Voir Le sens des mots 4 N°5 - Février 2012 Un crabe en prison Ne pas baisser les bras « Quand la surveillante du centre de détention de Bapaume a ouvert la porte de ma cellule ce matin-là, je lui ai tout de suite dit : « J’ai une boule au sein ! » Le matin même, je voyais le médecin de la prison et, à 14 heures, je partais faire des examens à l’hôpital d’Arras. Le soir, on m’apprenait que j’avais un cancer ! » Q uand la veille, Fatma* s’est endormie le poing coincé sous la poitrine et qu’une sensation de brûlure au sein la réveille, elle ne se doute pas que sa vie va changer. Jusqu’alors, elle était une prisonnière quasi « modèle » qui menait sa petite vie sans déranger personne, amicale avec ses codétenues, respectueuse avec les surveillantes. La cellule, le travail (« Si on n’a pas d’argent, on n’a rien, et puis ça occupe. »), les rencontres avec « Arlette » (la chargée d’insertion de Parcours de femmes) ou l’aumônière musulmane (« Heureusement qu’elles étaient là toutes les deux, parce que des parloirs, j’en avais pas ! »)… Les années s’écoulaient, longues, pénibles mais tranquilles… Vite et bien En une seule journée, Fatma est entrée de plain pied dans le monde de la maladie. Un monde presque ordinaire malgré la prison. Comme n’importe quelle femme atteinte d’un cancer, elle va devoir affronter une autre vie, rythmée par les séjours à l’hôpital, l’attente anxieuse des résultats d’analyses, les rendez-vous avec les spécialistes (gynécologue, cancérologue, chirurgien…), les opérations aux suites douloureuses, les traitements lourds, les séances de radiothérapie, les examens de contrôle, les prises de médicaments, tout l’arsenal déployé pour lutter contre la méchante tumeur qui a commencé à l’envahir. Tout s’enchaîne très vite. La sensation de brûlure disparaît mais Fatma se découvre une grosseur dans le sein. Inquiète, elle prévient la gardienne qui réagit aussitôt et demande un rendez-vous pour elle à l’infirmerie. En urgence le médecin de la prison la reçoit et comprend qu’il ne faut pas traîner. L’après-midi même, à l’hôpital, elle subit mammographie et échographie. Les images montrent une tumeur. Maligne ? Une ponction le confirmera. Mais déjà un cancérologue avait prévenu Fatma de ce qui la menaçait… Quand les résultats, sans surprise, arrivent, l’opération est programmée. On lui retire dix-sept ganglions. Le parcours médical continue qui l’emmène au Centre OscarLambret du CHRU de Lille où de nouveaux examens montrent qu’une chimio est inutile mais qu’une radiothérapie s’impose. D’autres examens encore (scintigraphie, etc.) et consultations (cardiologue, etc.) sont pratiqués avant d’entamer le traitement… Circuit classique pour malade pas ordinaire qui arrive sous escorte pénitentiaire et ne se présente jamais sans être accompagnée d’une « bleue » (comme Fatma surnomme les surveillantes !). Bel et bon Malgré le règlement qui lui imposait la présence de gardiens partout où elle se rendait, Fatma n’a jamais souffert de regards ou d’attitudes qui l’auraient blessée ou rejetée. Au contraire, elle se rappelle encore ce médecin hospitalier réclamant plus d’intimité pendant la consultation et disant : « Madame est une patiente comme tout le monde. Elle est là pour se faire soigner, elle ne va pas s’enfuir. » Mais heureusement, les surveillantes se sont toujours montrées humaines, discrètes, respectueuses, compatissantes. « Elles ne m’ont jamais considérée comme un numéro d’écrou, mais comme une personne. » Quand elle rentrait au centre de détention, elle était entourée par tout le monde. Elle avait le soutien des détenues, l’attention des surveillantes, la disponibilité et la compétence du médecin… « J’ai pu compter sur beaucoup de gens, vraiment ! ». Bien sûr, dans la solitude des nuits, les insomnies dues à l’angoisse et à la souffrance survenaient, difficiles à supporter. C’est alors, quand ça allait mal, que la surveillante passait jusqu’à trois, quatre fois par nuit, ouvrait l’œilleton et lui demandait « Est-ce que ça va ? » avec une vraie chaleur, une sollicitude sincère dans la voix, prête à intervenir. «Vraiment, dans mon malheur, j’ai eu de la chance. La moitié de la prison m’appelle Maman Fatma. Ils m’aiment bien ! Ça aide. Tous les matins quand je me réveille, je me dis : une journée de gagnée ! J’ouvre les yeux : Je suis en vie. Je ne vais pas baisser les bras ! Les médecins, les infirmières, les brancardiers me disent : « Vous rigolez, même dans le malheur ! » Moi je leur réponds : « Merci. Vous m’avez sauvé la vie ! ». Rémission, guérison... Rapidité, efficacité, bienveillance. Voilà les mots qui me viennent à l’esprit en écoutant Fatma. Pas forcément les mots que je croyais utiliser en venant l’interviewer. Des mots qui vont un peu à l’encontre des statistiques et des études sur le manque de moyens (et d’humanité parfois !) qu’on rencontre dans la prise en charge de la santé des détenus en France. Sans doute ne s’agit-il que d’un cas particulier. Une histoire comme on aimerait en entendre d’avantage. Une histoire qui finit bien. Il n’est pas question d’en tirer une généralité. Mais elle a le mérite de montrer que, même devant une pathologie lourde comme le cancer, même en prison dans les pires conditions, la réussite est possible. Si chacun y met du sien et que, comme Fatma, « on ne se laisse pas abattre ! ». C’est avec le sourire et la voix sereine que Fatma me raconte cela. Cet épisode tragique semble déjà loin derrière elle. Elle a récupéré sa liberté et, confiante, ose affirmer qu’elle a gagné la bataille contre son cancer. « Je sais bien, les docteurs ne disent pas qu’on est guéri. Avec cette maladie, on ne sait jamais, mais moi, j’y crois. » Depuis sa sortie de prison, elle a fait halte dix-huit mois et repris des forces dans l’un des appartements relais que gère Parcours de femmes. Aujourd’hui, une petite valise à roulettes à ses pieds, en poche une ordonnance pour son traitement de consolidation quotidien, pleine de projets optimistes, elle se prépare à s’envoler vers son pays natal où elle retrouvera sa famille. Comme si, à soixante-quatre ans et après dix années de détention, la vraie vie commençait, en toute liberté. Aujourd’hui, qui pourrait dire que, de la prison comme du cancer, elle n’est pas guérie ? Martine Chesnel *Le prénom a été changé pour respecter l’anonymat du témoin. N°5 - Février 2012 5 DOSSIER : Diagnostic réservé Gynécologue en maison d’arrêt Presque le même métier Pendant dix ans j’ai été la gynécologue de la maison d’arrêt de Loos puis de Sequedin. J’y ai rencontré un public très hétéroclite : Des mineures, des femmes ménopausées. Des françaises, des étrangères. Des primaires*, des récidivistes… Toutes les couches sociales étaient représentées. M on travail consistait à suivre la grossesse des femmes incarcérées quel qu’en soit le terme. Une sage-femme m’assistait pour détecter plus spécifiquement les problèmes psychologiques en rapport avec l’isolement et soulager les petits maux. La grossesse… La surveillance obstétricale s’exerce exactement de la même façon qu’à l’hôpital public avec une consultation mensuelle jusqu’à trente-sept semaines. Les deux dernières consultations se déroulent à la maternité Jeanne-de-Flandre de Lille où les patientes rencontrent médecin, assistante sociale, anesthésiste, psychiatre au besoin. Toute hospitalisation nécessaire se fait dans le service de grossesse pathologique de la maternité. Si la future maman est consentante, une hospitalisation à l’UHSI (unité hospitalière sécurisée interrégionale) est programmée à trente-huit semaines pour un déclenchement de l’accouchement à trente-neuf semaines afin de diminuer les risques d’une naissance en cellule. Le plus souvent, la mère rentre avec son bébé à la maison d’arrêt via l’UHSI pour intégrer l’unité mère-enfant. Une interruption volontaire de grossesse est possible au centre d’IVG de Jeanne-deFlandre si, bien sûr, les délais légaux sont respectés. En cas de libération, les détenues enceintes obtiennent le dossier obstétrical de liaison dans le cadre du réseau de périnatalité. Les conditions de l’accouchement pour les femmes incarcérées ont beaucoup évolué sur le plan humain, ces dernières années, à la maternité Jeanne-de-Flandre. Le personnel pénitentiaire n’est plus admis dans les salles d’accouchement. Certes, une équipe mobile de la police garde l’accouchée mais stationne dans le couloir et ne reste plus en permanence. Une cinquantaine de grossesses par an sont suivies à Sequedin et une dizaine d’accouchements ont lieu à Jeanne-deFlandre. Et le reste… Par ailleurs, j’effectuais la surveillance gynécologique proposée à toute entrante. J’apportais essentiellement une information nécessaire pour ces publics souvent très défavorisés ne voyant jamais de gynécologue ou seulement lors de leurs grossesses (information sur le dépistage du cancer du col ou du sein, sur la vaccination contre le cancer du col, sur la contraception, sur les infections sexuellement transmissibles, sur les centres de protection maternelle et infantile* et de planification, etc.). Puis je proposais systématiquement un examen gynécologique et un frottis de dépistage. De nombreuses pathologies du col ont ainsi été détectées et suivies de propositions de traitement dans le service de gynécologie de Jeanne-de-Flandre. J’abordais la question de la contraception et proposais soit la pilule soit la mise en place d’un stérilet ou d’un implant contraceptif en prévision de la sortie, ou je donnais la pilule du lendemain en cas de demande après une permission. Toutes ces femmes que j’ai suivies ou soignées m’ont semblé en majorité sensibles à l’attention que je leur portais et réceptives aux conseils et à l’information donnés. Pour certaines, le passage en maison d’arrêt fût l’occasion d’un progrès dans la prise en charge de leur santé. Beaucoup, je l’espère, en auront tiré bénéfice. Puissent-elles avoir la volonté de continuer une fois libérées et de prolonger ainsi la prise de conscience amorcée en détention. * Voir Le sens des mots Anne Morseau Femmes à Sequedin Avantagées par leur petit nombre Fin 2011, la maison d’arrêt de Sequedin était surpeuplée. 840 personnes (763 hommes, 77 femmes) y étaient incarcérées pour une capacité prévue de 640 ! En revanche, le quartier femmes qui offre 150 places, ne comptait, en moyenne sur l’année 2011, que 90 détenues. D ans la mesure où la répartition des personnels médicaux reste la même quel que soit le nombre de détenus, les femmes se trouvent avantagées par leur sous-représentation et bénéficient, pratiquement toutes, d’un suivi régulier et des soins nécessaires. Un médecin généraliste est présent cinq demi-journées par semaine, un gynécologue une demi-journée ainsi qu’un infirmier de 8 h 30 à 17 h sauf le week-end. Les services de la PMI viennent en fonction du nombre de femmes enceintes et d’enfants présents. Le service de périnatalité du CHRU de Lille intervient auprès des femmes qui sortent de la maternité. Kinésithérapeute, ophtalmologue et opticien répondent au coup par 6 N°5 - Février 2012 coup aux demandes. Il faut souvent six mois d’attente pour obtenir un rendez-vous avec ces spécialistes. En cas d’urgence, la maison d’arrêt fait appel au SAMU qui envoie pompiers ou médecin d’astreinte. Le SMPR, outre la distribution, chaque matin, du TSO (traitement de substitution aux opiacés) par un infirmier, traite les problèmes d’addiction, mène des entretiens, prépare et aide la sortie, enfin, répond aux urgences En 2011, il a eu treize femmes hospitalisées d’office en psychiatrie. Il propose des activités thérapeutiques : médiation corporelle (trois séances d’1h30 par semaine), art thérapie (trois séances d’1h30 aussi), crochet (deux à trois séances) ; art thérapie pour les mamans au quartier mère enfant (une fois). Cinq psychologues à temps partiel interviennent au quartier femmes qui sont privilégiées par rapport aux hommes. Ceux-ci n’ont que deux fois plus de temps de rencontres possibles alors qu’ils sont près de neuf fois plus nombreux ! Une maternité salvatrice Comment je suis née à la liberté Il est d’usage de se présenter avant de parler de soi à des inconnus. Ne m’en voulez pas si j’ai décidé de ne pas vous dévoiler mon identité. Je préfère aller à l’essentiel. Vous n’avez qu’à prendre mon numéro d’écrou, 28.179 pour mon nom et considérer Fleury-Mérogis comme mon adresse. J ’ai découvert ma grossesse à l’infirmerie, où deux surveillantes m’avaient emmenée après un malaise que j’avais eu au cours d’une promenade. Classiquement, une femme qui apprend qu’elle est enceinte éprouve joie ou crainte. Moi, j’ai tout juste éprouvé du soulagement quand j’ai su que je ne serai pas transférée dans un autre établissement car Fleury disposait d’un quartier à part pour accueillir les détenues enceintes puis avec leur bébé. Mais je ne ressentais ni bonheur ni angoisse. Je savais bien que j’avais pris un risque l’autre jour, dans l’Unité de vie familiale avec mon petit ami de l’époque que je n’avais pas revu depuis mon incarcération, sachant que l’établissement pénitentiaire refuse de nous fournir la pilule… J’ai fait « mon » choix Le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP) s’est entretenu avec le juge des affaires familiales pour envisager une mesure alternative à mon incarcération. Puisque c’était impossible à cause de la gravité du crime pour lequel j’avais été condamnée, le SPIP m’a informée que mon enfant pouvait être placé à l’extérieur avec des possibilités de visites en prison. J’ai immédiatement riposté. Même si je pensais qu’il n’est pas dans l’intérêt d’un enfant de vivre ses premiers jours en prison, je ne pouvais concevoir d’autre alternative. J’ai préféré faire une demande pour garder mon bébé près de moi après l’accouchement. Jusqu’à ce qu’il ait dix-huit mois, nous avons résidé dans le quartier nursery où mon régime de détention était adapté : j’ai bénéficié d’une surveillance médicale tout au long de ma grossesse et encore après l’accouchement, ma cellule était plus vaste et disposait de matériel spécifique pour le bébé. Cette période n’était pas désagréable, surtout comparée aux conditions de mon accouchement. Et encore, je suis consciente d’avoir eu la chance d’être emmenée dans un hôpital public approprié et non pas dans l’Unité de Consultations et de Soins Ambulatoires (UCSA) de la prison. J’ai accouché sous « mauvaise » garde J’ai appris qu’une circulaire de 2004 interdit formellement que les femmes détenues fassent l’objet de mesures de surveillance pendant leur hospitalisation. Mais étant étiquetée «dangereuse», le chef d’établissement l’avait signalé aux services de police. Si une telle surveillance est mise en place, le garde doit se trouver à l’extérieur de la salle d’accouchement. Mon escorte pénitentiaire, qui se composait de deux hommes et non d’au moins une femme comme cela doit être le cas, était pourtant dans la salle d’accouchement. Heureusement, ils m’avaient quand même ôté les menottes que j’avais gardées jusque là. Le praticien a cependant dû dire à l’un des deux gardes de se pousser tellement il gênait l’équipe médicale. Je n’oublierai jamais le moment où ce docteur a exigé de la dignité humaine pour le déroulement de mon accouchement. C’était la première fois que j’étais hors de l’établissement, et j’ai senti à ce moment, que je portais sur moi les stigmates de la prison. J’ai eu peur à l’idée de peut-être devoir les porter pour toujours, même après ma sortie. Mes craintes ont disparu lorsque j’ai tenu contre moi mon enfant qui venait de naître. J’avais désormais quelqu’un qui m’aimait sincèrement, inconditionnellement. J’avais quelqu’un pour qui mon passé ne comptait pas, et qui ne me jugerait qu’à partir de ce que j’accomplirai dès maintenant. J’ai gagné un « inconditionnel » En tant que détenue, j’étais automatiquement affiliée à la sécurité sociale. Alors, de retour à Fleury, j’ai pu bénéficier des prestations de l’assurance maladie et de maternité. J’avais touché la Prestation d’Accueil du Jeune Enfant (une prime de naissance de 808,30 € versée au cours du septième mois de grossesse) et une allocation mensuelle de 161,66 € versée à partir du premier mois de l’enfant jusqu’à ses trois ans. J’ai aussi eu droit à l’Allocation mensuelle de Parent Isolé. L’enfant qui réside avec sa mère incarcérée n’a pas le statut de détenu, les sommes versées pour son entretien sont entièrement placées sur la part disponible du compte nominatif de la mère. Elles ne sont soumises à aucun prélèvement ni affectées au pécule de libération ou de parties civiles. Cette parenthèse dorée dans mon incarcération a donc duré dix-huit mois. À l’heure où j’écris, le SPIP a placé mon enfant dans un foyer d’accueil. J’ai pourtant demandé de prolonger la durée de son séjour avec moi mais cela m’a été refusé. Je suppose que l’administration a présumé qu’une mauvaise fille était nécessairement une mauvaise mère… J’ai ensuite fait une demande de libération conditionnelle qui n’a pas abouti. Pour moi, cela prouve que la maternité n’influence pas véritablement la remise de peine, le JAP ayant motivé sa réponse par un séjour au mitard effectué récemment. Malgré tout cela, mon bébé a redonné un sens à ma vie. Il est devenu mon phare vers la sortie. Alma Benzaïd N°5 - Février 2012 7 DOSSIER : Diagnostic réservé Souffrances psychiques Soins problématiques Comment accéder aux soins quand on est en prison ? Consultations, hospitalisations de jour et urgences peuvent rencontrer des difficultés inhérentes aux contraintes imposées par l’enfermement. Le décret n° 86-602 du 14 mars 1986 fixe les conditions de soins des personnes incarcérées souffrant de troubles psychiatriques. Ainsi, le principe fondateur est le libre consentement. Il s’agit d’un paradoxe évident mais qui rappelle une notion essentielle. M alheureusement, l’accès aux soins reste très précaire en prison, malgré qui ne peut se faire qu’en présence et avec une population qui présente dix fois plus de l’accord de nombreux surveillants. troubles psychiatriques que la population générale. L’hospitalisation transférée Le décret de 1986 entérine la création des Les consultations SMPR avec une unité d’hospitalisation de En prison, tout est organisé par l’écrit. jour par région, à l’intérieur d’une prison. Les demandes de consultation sont ainsi Cette unité se trouve à Annœullin. Ces rédigées par les patients (exception faite des unités étant régionales, les patients admis urgences) qui s’en remettent aux surveillants y séjournent même la nuit, il s’agit pourtant pénitentiaires pour les adresser au Service d’une hospitalisation de jour. Les soignants Médico-Psychologique Régional (SMPR), lieu (infirmiers, aides-soignants, assistants de consultation psychiatrique. sociaux, éducateurs, psychologues et Il découle de ce système plusieurs problèmes. médecins) ne sont présents que durant la On compte une partie non négligeable de journée. La nuit, les chambres deviennent patients qui ne peuvent accéder aux soins des cellules classiques avec rondes de faute de connaissance ou de compréhension surveillance. du fonctionnement ou en raison de leur L’admission au SMPR-hospitalisation est illettrisme. décidée par les médecins du service. En L’autre difficulté est de pouvoir se rendre pratique, cela nécessite la rédaction d’un à la consultation, une fois le rendez-vous certificat médical destiné à l’administration programmé, à un horaire qui ne coïncide ni pénitentiaire mentionnant que le patient avec un parloir, ni avec une audience… De doit bénéficier d’une hospitalisation. Ensuite, plus, il faut que le surveillant ait le temps cette admission est soumise à l’accord de la d’aller chercher le patient détenu et que direction interrégionale de l’administration celui-ci soit prêt. Or, il arrive qu’on ne lui ait pénitentiaire, qui peut également être pas communiqué la date de la consultation... subordonnée à l’avis du Procureur de la Il existe plusieurs moyens de «punir» un République, en cas de patient/détenu détenu qui, selon les surveillants, le mérite. Et considéré comme dangereux par la empêcher le patient d’aller à sa consultation justice. Ainsi, certains, considérés comme peut malheureusement en être un. Ceci prive particulièrement dangereux, se voient privés l’être humain de l’un de ses droits qu’il ne peut d’activités thérapeutiques de groupe puisque pas faire reconnaître dans la mesure où il est l’administration pénitentiaire refuse qu’ils considéré comme hors-la-loi. En effet, qui aient des contacts avec les autres détenus. pourrait croire ou cautionner un détenu se De plus, pour ces patients, une consultation plaignant de mauvais traitements de l’un des inopinée ou d’urgence par les soignants est impossible car celle-ci nécessite la présence gardiens ? Les nouvelles prisons sont construites sur un de deux surveillants, ce qui n’est, en pratique, modèle qui évite les déplacements de détenus pas toujours réalisable. et optimise la sécurité avec le minimum de moyens humains. Ceci rend difficile l’accès Les urgences aux soins puisque le détenu doit, dans ce cas, Les urgences sont, avant tout, signalées rejoindre un lieu extérieur à son bâtiment, ce par fax par l’administration pénitentiaire. Il 8 N°5 - Février 2012 s’agit là de l’appréciation de surveillants d’un changement d’état et/ou de comportement d’un détenu. Mais, les surveillants ne sont pas soignants, la psychiatrie n’est pas leur métier. Ainsi, les patients signalés sont généralement ceux qui «posent problème» et pas forcément les plus vulnérables. Néanmoins, la formation actuelle des surveillants met l’accent sur la reconnaissance d’un risque suicidaire chez un détenu, ce qui est un progrès. Pour les urgences, les prises en charges sont limitées par l’accessibilité des bâtiments de détention par les soignants. En effet, pour ces demandes qui sont en dehors des consultations programmées, les psychologues et/ou psychiatres reçoivent un fax signalant un probable trouble psychiatrique nécessitant une intervention immédiate et ceux-ci se déplacent pour rencontrer les patients. Or, les surveillants sont peu nombreux et doivent remplir de nombreuses tâches dans leur journée : ouverture des cellules pour promenades, parloirs, transferts et autres extractions. Ils ne sont donc pas disponibles et il n’est pas rare que le soignant, une fois sur place, doive attendre le surveillant alors que le patient n’est pas là… Les conditions de travail en urgence sont difficiles, sources de tensions entre soignants et surveillants qui n’ont pas les mêmes missions. En raison de la cohabitation et de l’interdépendance de ces deux corps de métier autour du patient détenu, l’incompréhension est souvent à l’origine de ces tiraillements, chacun reprochant à l’autre d’entraver l’exercice de son métier. Témoignage d’un médecin psychiatre en SMPR Drogues, prison… Un foyer pour s’en sortir Être une étape pour les toxicomanes, un sas encadrant et éducatif, un relais entre le projet de soin ou d’insertion préparé avec les équipes de travailleurs sociaux et de soignants du Service médicopsychologique régional au cours de l’incarcération et la sortie de prison, tel est l’objectif de l’Atre (Accueil temporaire pour la réinsertion) qui inaugurait ses nouveaux locaux et marquait, à cette occasion, ses quinze ans d’existence. C ’est une belle et imposante bâtisse entièrement rénovée, au 98 de la rue d’Isly à Lille, qui nous ouvre ses portes ce 7 novembre 2011. Beaucoup de monde déjà à l’intérieur… Des travailleurs sociaux du monde associatif ou des services pénitentiaires d’insertion et de probation, des juges d’application des peines, des psychologues du milieu carcéral, etc. Il faut dire qu’en quinze ans de travail partenarial, de nombreux liens se sont tissés avec ce centre de soins et de prévention. Une béquille sur laquelle s’appuyer Pas facile pour un public consommateur de « drogues » licites ou illicites et, en plus, sortant de prison de trouver une structure d’accueil ou un lieu d’hébergement à la sortie… De nombreux obstacles viennent freiner ou compliquer le projet de soin ou d’insertion : les délais entre la sortie et l’entrée dans une structure d’hébergement, le retour brutal dans un contexte familial peu préparé même si la sortie était prévue, le retour à la rue si telle était la situation de la personne avant la prison, la réticence parfois sensible des dispositifs en milieu ouvert envers ce public… Autant de difficultés à surmonter pour des personnes particulièrement fragiles et sensibles aux pressions de leur entourage qui se trouve dans l’attente anxieuse d’une évolution rapide de leur mode de vie. Le retour à un environnement et à un réseau relationnel connus, facteurs de sollicitations aux produits, conduit bien souvent à l’abandon des motivations qui président le projet de vie élaboré et investi pendant la détention. Et cet échec mène souvent à la dévalorisation de soi. Dans l’impossibilité de concilier la date de libération avec la préparation et la maturation du projet, le travail thérapeutique et socioéducatif effectué avec les détenus par les structures ou associations intervenant en milieu carcéral se heurte ainsi à d’étroites limites. Pionnière en la matière Devant ce constat, le docteur Evry Archer, alors chef du SMPR de la maison d’arrêt de Loos, crée en 1995, rue Alexandre-Leleu à Lille, le premier centre de soins spécialisés permettant une prise en charge immédiate des personnes toxicomanes à leur sortie de prison, période à haut risque pour elles. En 1996 Patrick Véteau y prend les fonctions de directeur et œuvre, depuis ce jour, afin que « la maison » fonctionne le mieux possible et que d’autres structures similaires ouvrent en France. C’est en 2009 que ce lieu devient Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie* (CSAPA). Angoisse d’être exposé aux tentations en attendant d’intégrer une structure de soins, peur de retomber dans la galère et de reconsommer, envie de poursuivre un travail commencé en détention constituent autant de facteurs qui poussent les personnes détenues à demander à intégrer cette maison de vie collective. Car il s’agit d’une démarche volontaire qui implique pour elles d’accepter d’être suivies par toute une équipe (six éducateurs, une assistante sociale et deux veilleurs de nuit) dont la mission est d’assurer la continuité des soins et des traitements en cours, de mettre à jour la situation administrative et les droits sociaux, d’aider à déterminer précisément un projet en continuité avec ce qui a été travaillé lors de l’incarcération, d’en vérifier l’adéquation avec les besoins et les comportements, et de trouver des lieux, dispositifs ou centres indiqués pour sa réalisation. Il s’agit d’un centre fermé, cadrant, et protecteur, mais dont la porte reste ouverte permettant aux pensionnaires qui le décident de partir quand ils le veulent. « Une vingtaine de personnes par an ne vont pas au bout de leur projet et s’en vont » précise Patrick Véteau. Ce dispositif compte dix places et ce sont environ quatre-vingt personnes par an qui y sont accueillies. Les résidents viennent des établissements pénitentiaires de Lille, bien sûr, mais aussi d’autres régions de France pour la moitié d’entre eux. Les durées de séjour doivent être courtes (entre deux et trois mois) car il ne s’agit que d’une étape. Si ce sont majoritairement des hommes qui l’intègrent, les nouveaux locaux, plus grands et mieux agencés permettent cependant de proposer plus facilement qu’auparavant une chambre pour une ou deux femmes, voire pour un couple. Parcours de femmes s’en félicite et y entrevoit la possibilité trop rare de proposer une solution d’hébergement et d’accompagnement médical et social individualisé à certaines femmes. Parce qu’il ne suffit pas d’être libre. Toujours se pose la question « Et après ? ». Karine Kajak Pour en savoir plus : www.atre-csapalille.fr * Voir Le sens des mots N°5 - Février 2012 9 DOSSIER : Diagnostic réservé Statistiques du suicide Une stabilité désespérante Six fois plus de morts par suicide en prison qu’à l’extérieur, et cela quelle que soit la durée d’incarcération. Ainsi en 2010, cent vingt-et-un détenus (dont deux femmes) se sont suicidés ! C’est l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales*(ONDRP) qui réalise ce macabre décompte annuel. Un chiffre qui, hélas, n’évolue pas à la baisse. I l y a donc eu en moyenne un suicide tous les trois jours en 2010. « Au-delà des statistiques, ce sont des drames humains et personnels, ce sont des hommes et des femmes désespérés. C’est un drame aussi pour les agents de L’Administration pénitentiaire. » a affirmé Jean-Amédée Lathoud, le directeur de l’AP en commentant ces chiffres. Face à ce constat négatif et pour tenter de renverser la tendance des statistiques, le garde des Sceaux a proposé, en 2009, un plan de prévention des suicides en prison. Ce plan s’appuie sur les vingt recommandations du rapport de la commission présidée par le Docteur Louis Albrand. Autour de quatre axes Il développe quatre mesures principales : améliorer la formation du personnel pénitentiaire, mettre en place un dispositif comprenant des « détenus de soutien », humaniser l’univers carcéral, appliquer des mesures particulières pour les plus fragiles. Des formations du personnel pénitentiaire sont prévues, particulièrement dans les quartiers de détention à risques accentués (quartiers des arrivants, disciplinaires, d’isolement, établissements pour mineurs), pour leur permettre de détecter ceux qui présentent un risque suicidaire et de mieux les accompagner. La mission de « codétenus de soutien » est inventée. Ce sont des volontaires qui acceptent la lourde responsabilité d’accompagner les prisonniers en situation de détresse psychologique, dispositif existant déjà en Grande-Bretagne et en Espagne. L’objectif est que le codétenu, en principe formé par les services médicaux de l’établissement et aussi par des associations spécialisées dans l’écoute et la prévention du suicide ou par La Croix Rouge, fasse remonter au surveillant les souffrances du détenu « à risques » et l’alerte d’un danger potentiel. Néanmoins, si ce dernier se suicide quand même, qu’en est-il de la culpabilité qu’il peut ressentir et du traumatisme que ce drame peut créer ? Est-il normal de confier ce rôle, qui va bien au-delà de la camaraderie ou de la solidarité, à un non professionnel ? La bonne volonté ne peut pas toujours suffire… Une institution mortifère ? La vacuité du temps qui passe à ne rien faire et provoque un ennui « mortel » accentue sans doute les risques de suicide. Aussi 10 N°5 - Février 2012 l’augmentation du nombre d’heures d’activité pour les détenus, estelle prévue qu’il s’agisse de formation, de travail ou de loisirs (sport, ateliers artistiques, culturels, etc.) Mais la mise en place de toutes ces activités exige la participation de professionnels et donc un financement adapté… qui manque trop souvent ! Les bénévoles des associations ne peuvent à eux-seuls pallier ce déficit. L’administration a généralisé les « kits de protection » ou « kit antisuicide », composés d’un matelas anti-feu, de draps et couvertures indéchirables et d’un pyjama en papier à usage unique dans le but d’éviter incendies et pendaisons. En effet, 90% des tentatives de suicides des détenus se font par pendaison, pas spécialement par choix mais surtout en raison des conditions carcérales : les moyens suicidaires y sont restreints. Les kits anti-suicide ont vu le jour en août 2009, mais cela n’a pas empêché plusieurs personnes incarcérées de se pendre avec leur pyjama provenant du kit. Les mesures pratiques ne peuvent suffire devant une telle souffrance morale ; le pragmatisme est désarmé face au désespoir… La surpopulation figure au banc des accusés parmi les conditions indignes que supportent les prisonniers en France alors que 57 % des détenus étaient seuls dans leur cellule au moment du passage à l’acte. L’Etat propose, parmi les solutions, la création de places supplémentaires qui passe par la construction de nouveaux établissements. Et pourtant les prisons modernes plus conformes sur le papier au respect des droits des détenus (cellules individuelles, douche personnelle, propreté, etc.) sont souvent jugées froides, inhumaines, robotisées, sans âme et semblent être autant, sinon plus, le théâtre de suicides ! Fragilité des personnes incarcérées (n’oublions pas le grand nombre souffrant de pathologies psychiatriques), souffrances provoquées par l’enfermement, solitude, violence, manque d’intimité, perte de ses proches… Autant de raisons qui transforment la prison en haut lieu du suicide. Alors que faire ? Y a-t-il un vrai remède contre le mal-être en prison ? La mort doit-elle toujours s’y trouver en embuscade ? Pour certains, hélas, perdre sa liberté risque de rester synonyme de perdre sa vie. Amélie Huet et M. C. * Ce chiffre concerne les suicides chez les personnes en milieux fermés auxquels viennent s’ajouter les personnes en semi-liberté, en permission de sortie, en hospitalisation ou sous bracelet électronique. Il ne prend pas en compte les 2.246 tentatives non réussies en 2010. Cent quinze personnes se sont suicidées en 2008, cent vingt-deux en 2009 (dont une femme)… L’ONDRP travaille sur la base de données fournies par l’administration pénitentiaire. ECHOS Centre pénitentiaire d’Annœullin Un trop grand nouveau ? Le 18 février 2011, les clés du centre pénitentiaire d’Annœullin ont été livrées. Cet établissement pénitentiaire, douzième du Nord – Pas-de-Calais, est désormais le plus moderne de France et compte 688 places. I ssu d’un partenariat public-privé, il est le résultat du premier contrat préparé par l’Agence Publique pour l’Immobilier de la Justice (APIJ) selon les modalités de l’ordonnance du 17 juin 2004 : non seulement le financement, la conception, la réalisation, l’entretien et la maintenance ont été confiés à une société privée – Bouygues – mais encore sont inclus au périmètre du contrat les services à la personne comme la restauration, la cantine, le travail pénitentiaire, la formation professionnelle, et ce, pour une durée de 27 ans… Après quatre mois « à vide » – le temps pour la directrice, Aurélie Leclercq et son directeuradjoint, Jean-François Nourrisson, de former les équipes et de préparer l’ouverture réelle de la prison – c’est début juillet que les deux cents premiers détenus, venant du centre de détention de Loos, ont été accueillis pour, fin octobre, voir le centre fonctionner à plein régime avec le transfert des détenus de la maison d’arrêt de Loos. La prison est répartie en deux quartiers de détention, de 210 places chacun, pour les peines supérieures à deux ans, un quartier maison centrale de 28 places pour les longues peines, une maison d’arrêt de 150 places, ainsi qu’un quartier d’accueil de 50 places et un service médico-psychologique de 40 places. « Privé » d’humanité ? Belle nouveauté, depuis le 1er août, les unités de vie familiale*(UVF) sont ouvertes au centre pénitentiaire d’Annœullin… Pour rappel, il s’agit d’appartements mis à la disposition des détenus, pour accueillir les membres de leur famille, pendant 6 à 72 heures. Les UVF sont accessibles à toute personne détenue, condamnée, ne bénéficiant pas d’aménagement de peines ou de permission de sortie. Souvent qualifié d’ « ultra-moderne », ce centre d’Annœullin soulève cependant des inquiétudes, tant du côté des associations que du côté du personnel pénitentiaire. Sont notamment épinglés la taille de l’établissement, alors que le contrôleur général des prisons estime qu’au-dessus de deux cents détenus, la situation est ingérable pour les personnels ; le tout-sécurité qui déshumanise la détention en évitant les contacts entre détenus et surveillants ; la délégation à une entreprise privée, ThémisFM, filiale de Bouygues, dont le but ne peut qu’être la rentabilité de secteurs aussi essentiels que la formation et le travail … Si les deux établissements loossois, insalubres, devaient initialement être détruits, c’est pour des raisons de mémoire patrimoniale que les vestiges de l’ancienne abbaye abritant en partie le Centre de détention seront épargnés. Un nouvel établissement verra néanmoins le jour sur ce site, d’ici quelques années… Karine Bocquet * Voir l’article « Plus et mieux qu’un parloir », page 9 du numéro 4 de Libres propos. La fouille à nu Une pratique souvent abusive La fouille à nu systématique des détenus est interdite depuis 2009 mais reste une pratique habituelle dans l’Hexagone. La France a déjà été condamnée à trois reprises par la Cour européenne des droits de l’homme. E n juillet 2011, l’Observatoire International des Prisons (OIP) a dû saisir le tribunal administratif au sujet d’une note du directeur du centre de détention de Bapaume dans le Pas-de-Calais qui prévoyait la fouille intégrale de toute personne détenue ayant eu accès aux ateliers, parloirs ou vestiaires. La chancellerie a préféré abroger cette note quelques jours avant l’audience… « Les fouilles à corps sont des mutilations silencieuses. Au moment de cette mise à nu le corps se crispe, se rétracte, se referme. La honte de se dévêtir devant un tiers nous avilit, on se sent salie, impure, avec l’impression de n’être qu’un objet, une marionnette, de n’être réellement rien. » tel est le ressenti d’une détenue que l’on peut lire dans un témoignage recueilli par l’Observatoire International des Prisons. Trois types de fouilles sont autorisés par la loi qui précise leur usage : la fouille normale par palpation, la fouille intégrale à nu lorsque les conditions de sécurité l’exigent et qui doit être exceptionnelle, enfin la fouille corporelle dans des circonstances très particulières, après autorisation d’un juge et faite par un médecin extérieur à l’établissement. En effet, la fouille interne était malheureusement assez largement pratiquée dans un but vexatoire. Des recours continuent actuellement à être déposés, portés par des associations qui dénoncent le systématisme des fouilles à nu afin que l’administration pénitentiaire se plie aux conditions restrictives de la loi et respecte ainsi la dignité des personnes. Béatrice Delporte L’article 57 de la loi pénitentiaire de 24 novembre 2009 décide en effet que «les fouilles doivent être justifiées par la présomption d’une infraction ou par le risque que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre de l’établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpations ou l’utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes.» N°5 - Février 2012 11 RENDEZ-VOUS Le sens des mots CSAPA Les 450 Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie sont des centres médico-sociaux, gérés soit par des hôpitaux soit par des associations conventionnées par le ministère de la Santé. Ce sont des structures récentes (décret du 14 mai 2007) qui remplacent deux services différents : les centres de cure ambulatoire en alcoologie et les centres de soins spécialisés aux toxicomanes (CCAA et CSST). Ils accueillent toute personne souffrant de dépendance à l’égard soit d’un produit (drogue, alcool, médicament, tabac,…) soit d’une pratique de vie (jeu, sexe, anorexie, boulimie, etc.) Ils proposent une prise en charge globale et pluridisciplinaire (médecins, infirmiers, psychologues, éducateurs spécialisés, assistantes sociales…) qui prend en compte toutes les difficultés rencontrées par ces personnes. Les CSAPA travaillent en étroite collaboration avec les SMPR car la majorité de leurs patients présentent des troubles associés (psychiques et addictifs). Une quinzaine de CSAPA ont la particularité d’être rattachés directement à un SMPR et installés intra-muros. C’est ainsi le cas à Sequedin et à Annœullin où le travail se fait en liaison directe avec le CSAPA extra-muros du CHRU de Lille. Le délinquant primaire a droit à une décision de justice plus clémente que le récidiviste (les peines étant aggravées pour celui-ci). C’est l’inscription au casier judiciaire qui sert de preuve. PMI La protection maternelle et infantile est un organisme créé en 1945, et géré actuellement par les Conseils généraux. Les professionnels des centres de PMI (médecins, puéricultrices, sagesfemmes, psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, etc.) ont pour mission d’accueillir, d’informer et de suivre les femmes enceintes et les enfants de moins de six ans. Ils mettent en place des mesures de prévention médicales, psychologiques, sociales et d’éducation pour la santé en faveur des futurs parents et des enfants ; ils dépistent les handicaps des enfants et conseillent les familles pour la prise en charge de ces handicaps ; ils surveillent et contrôlent les établissements et services d’accueil des enfants ainsi que les HYPERLINK «http:// fr.wikipedia.org/wiki/Assistante_maternelle» assistantes maternelles ; enfin, ils organisent des actions d’aide aux familles. Santé La santé est l’état physique et psychique qui assure pour l’ensemble des fonctions externes et internes d’un être vivant l’optimum et le maximum de son efficacité. État physiologique et psychologique d’une personne. État sanitaire d’une collectivité. État de quelqu’un dont l’organisme fonctionne normalement. Fonctionnement régulier et harmonieux de l’organisme humain. SMPR Délinquant primaire L’expression « délinquant primaire » s’oppose à « récidiviste ». Au contraire de celui-ci, le délinquant primaire n’a commis qu’une seule infraction à la loi (contravention, délit ou crime) pour laquelle il a été condamné définitivement. Ils soutiennent les actions de Parcours de femmes Le Service Médico-Psychologique Régional prend en charge les détenus atteints de troubles psychiatriques. En dehors des soins courants et actions de prévention, assurés par les psychiatres présents dans les UCSA, il assure les hospitalisations de jour ou l’accueil thérapeutique à temps partiel. Il propose entretiens en face à face, ateliers thérapeutiques, traitements médicamenteux… Il existe vingt-six SMPR répartis sur le territoire français. Dans les établissements où il n’y en a pas, des consultations avec des psychiatres sont proposées dans les UCSA. UCSA L’Unité de Consultation et de Soins Ambulatoires a pour missions : - d’établir le bilan de santé lors de l’entrée en détention d’une personne - de se charger des soins infirmiers quotidiens (pansements, distribution de médicaments, piqûres, etc. - d’effectuer les soins dentaires - d’offrir des consultations de spécialistes - de réaliser les radiographies nécessaires d’orienter vers une structure hospitalière extérieure pour des examens complémentaires - de diffuser de l’information et de faire un travail de prévention : dépistage, vaccination, etc. UHSI L’Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale est implantée dans un centre hospitalier. Elle accueille les détenus qui nécessitent, pour des raisons médicales ou chirurgicales, un séjour de plus de 48 heures. La surveillance du patient y est assurée par des agents de l’administration pénitentiaire. Pour nous contacter Parcours de femmes BP 211, 59018 Lille cedex Tél / fax : 03 20 58 26 16 – 06 03 63 24 67 Courriel : [email protected] Pour en savoir plus www.parcoursdefemmes.free.fr Pour nous rencontrer Prendre rendez-vous avant de venir. Parking résidence Charles-Six 70 rue d’Arcole à Lille. Métro Montebello ou Wazemmes. Du lundi au jeudi de 9h à 12h et de 14h à 18h. Le vendredi de 9h à 13h. Directrice de la publication : Patricia Dhont Rédactrice en chef : Martine Chesnel Coordinatrice : Karine Kajak Maquettiste : Elric Alves Ont participé à la rédaction de ce numéro : Anabela Alves, Alma Benzaïd, Karine Bocquet, Martine Chesnel, Béatrice Delporte, Amélie Huet, Karine Kajak, Anne Morseau, PEP. ISSN 2104-2837