Santé fragile N°5 - Parcours de femmes

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AU JOUR LE JOUR
La lauréate Une « manager » parmi nous !
Pour ajouter une
corde à son arc.
Pour donner à ses
compétences un label
officiel.
Pour enrichir son
curriculum vitæ.
Pour se prouver
qu’elle en était
capable.
Pour marier deux passions : l’art et l’humain.
Pour continuer à apprendre.
le travail pour Parcours de femmes soit
assuré. Il a témoigné un grand intérêt pour
l’avancement de son projet et ne s’est pas
montré avare d’encouragements. C’est le
fonds de professionnalisation et de formation
(UNIFAF) auquel cotise l’association qui a pris
en charge le financement (8000 €).
Ainsi, pendant deux ans, elle a assisté à près
de cinq cents heures de cours.
Elle a jonglé entre les priorités et consacré
le temps libre que lui laissait l’association
au travail personnel. (Combien d’heures
de recherches, de réflexion, d’étude, de
lle s’est inscrite au Centre d’économie rédaction ?)
sociale (travail et société) du Conservatoire
national des arts et métiers (CNAM) afin Tout un art !
de préparer le diplôme de « manager Elle a réussi (à quel prix ?) à maintenir, avec
d’organismes à vocation sociale et culturelle », courage et élégance, un difficile équilibre
diplôme universitaire et professionnel, entre les exigences de ses études et celles de
homologué au niveau I, inscrit au Répertoire son travail.
national des certifications professionnelles.
Elle a appris la gestion financière, le
Elle n’a pu se lancer dans cette aventure que droit du travail, la comptabilité, les
parce qu’elle a obtenu, dès 2009, l‘accord ressources humaines, la méthodologie, le
unanime du conseil d’administration de développement durable, le marketing… et
l’association. Celui-ci a accepté les absences j’en passe.
qu’impliquait cette formation (une semaine Elle a lu une cinquantaine de revues
toutes les sept semaines) sous réserve que spécialisées et ouvrages savants signés de
E
prestigieux noms de professeurs, sociologues,
avocats, politiques, journalistes…
Enfin, elle a écrit un mémoire de quelque
deux cents pages titré « De l’art en milieu
carcéral. Politique pénitentiaire — Politique
culturelle en Nord / Pas-de-Calais ». (Voulaitelle, à travers le sujet choisi, réconcilier liberté
et enfermement ?)
Mémoire qu’elle a défendu le 15 décembre
2011 et qui lui a permis d’obtenir une mention
que sa modestie m’empêche de nommer ici !
Le lendemain même de cette soutenance,
elle était, comme si de rien n’était, juste peutêtre un peu plus détendue, plongée dans les
dossiers (urgents et nombreux bien sûr !) qui
l’attendaient sur son bureau de Parcours de
femmes.
Gageons qu’à ce rythme-là (qui est le sien
depuis toujours, semble-t-il), elle ne risque
pas de s’endormir sur ses lauriers !
M. C
Vous l’avez peut-être deviné, « Elle », c’est
Karine Kajak, la talentueuse secrétaire
générale de Parcours de femmes et
l’indispensable coordinatrice de ce journal.
Journées Nationales Prison
La mission réinsertion en question
« Prison : entreprise d’insertion ? Travail
et activités en détention. »
Tel était le thème choisi par le Groupe National
Concertation Prison pour cette 18ème édition
des Journées Nationales Prison.
L
’objectif, cette année, était de mettre en
débat la mission de réinsertion sociale
assignée à la prison en interrogeant les
moyens mis en œuvre pour la rendre effective :
formations professionnelles, programmes
d’enseignement, activités culturelles et travail.
Comme chaque année, Parcours de femmes
s’est associée à cette action de sensibilisation
nationale, à travers le groupe local auquel
elle appartient, collectif rassemblant diverses
associations et aumôneries œuvrant dans
et autour des prisons. Elle a ainsi contribué
à organiser une conférence-débat sur ce
thème, le 24 novembre, à Sciences Po - Lille.
Deux interventions sans langue de bois ont
alimenté les discussions – celle de Frédéric
Guerlain, directeur du lycée pénitentiaire de
l’unité pédagogique interrégionale de Lille
et celle de Patrick Vandame, directeur des
ressources humaines de TRISELEC, entreprise
de tri sélectif des déchets ménagers située à
2
N°5 - Février 2012
Halluin (59).
On a ainsi eu l’occasion d’entendre que les
priorités de l’enseignement en établissement
pénitentiaire sont la lutte contre l’illettrisme
et l’apprentissage du français pour les
détenus d’origine étrangère. Si les objectifs
de l’Education Nationale en prison - insérer
ou réinsérer à la sortie - sont louables, celleci manque cruellement de moyens humains
et matériels pour remplir correctement sa
mission et prendre en charge un public en
situation d’exclusion et de grande précarité.
Ce déficit de l’Ecole est parfois compensé,
en partie, par du personnel bénévole issu du
monde associatif.
Une initiative trop rare
On a aussi découvert le projet humaniste
mené depuis 1994 par Triselec qui a souhaité
concilier, dans une même entreprise, caractère
économique et caractère social, à travers
l’insertion et la lutte contre l’exclusion. Qu’il
soit ancien détenu, ancien alcoolique, drogué
ou illettré, chaque opérateur est accueilli dans
l’usine et intégré dans une équipe d’ouvriers.
Cette philosophie s’est déclinée à travers la
mise en place d’un atelier de formation à la
maison d’arrêt de Loos donnant la possibilité
à ceux qui la suivent d’obtenir, à leur sortie, un
contrat à durée déterminée dans l’entreprise.
Belle initiative ! Trop rare ! Il est regrettable
que ce projet n’ait pas été mis en place, aussi,
à la maison d’arrêt de Sequedin.
Ces deux beaux témoignages nous ont mis
face à une réalité qui n’est malheureusement
pas aussi belle : le volet de la réinsertion et
de la préparation à la sortie semble n’obtenir
qu’une portion congrue par rapport aux
moyens dévolus à la sécurité. A titre d’exemple,
on ne peut que déplorer que l’expérience
de Triselec n’ait pas été renouvelée dans
la nouvelle maison d’arrêt d’Annœullin,
premier établissement entièrement géré en
partenariat public-privé. La filiale du groupe
Bouygues qui a financé la construction du
bâtiment et qui est aussi responsable d’une
partie des activités (comme la blanchisserie, la
restauration, la formation, le travail ou encore
l’accueil des familles) a vu d’un mauvais
œil cette entreprise marcher sur ses platesbandes et refusé tout partenariat.
Pourtant, ce genre d’expériences pourrait
faire des petits et se multiplier tant les progrès
à réaliser sont encore nombreux !
K.K
Intervention à Bapaume
Cessation temporaire d’activités
La route de Bapaume, la chargée d’insertion
de Parcours de femmes la connaît bien !
Toutes les trois semaines, elle y rencontrait cinq
à six femmes détenues au centre de détention
pour les aider à monter un projet de sortie en
lien avec ses différents partenaires.
de peine. Cependant, face à l’accroissement
continuel de son activité, il était de plus
en plus difficile pour l’association de gérer
l’ensemble de ses missions. Confrontée
à sa fragile situation budgétaire et à des
difficultés quotidiennes de fonctionnement,
elle sollicitait depuis trois ans une légère
n 2003 Parcours de femmes établissait une augmentation de sa subvention. Demandes
convention de partenariat avec le SPIP du qui, malheureusement, ne recevaient pas
Pas-de-Calais et voyait là une reconnaissance d’écho positif.
institutionnelle du travail mené auprès des
femmes incarcérées dans cet établissement. Un financement en danger
A ce titre, elle percevait une subvention Quelles ne furent pas sa surprise et son
mensuelle de 600 euros.
inquiétude, le 23 septembre 2011, lorsqu’elle
Ces huit années de travail se révèlent reçut en réponse à sa demande réitérée la
plutôt positives. Plusieurs femmes ont notification d’une impossible augmentation
ainsi eu la possibilité d’intégrer le dispositif et, pire encore, celle de l’arrêt de toute
d’hébergement temporaire de l’association intervention. « N’ayant pas connaissance du
dans le cadre de la mise en place d’une liberté budget qui nous sera alloué en 2012, je vous
conditionnelle ou lors de leur sortie, en fin demande d’attendre que nous vous contactions
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pour reprendre vos interventions au CD de
Bapaume en janvier 2012. »
Les
femmes
incarcérées
dans
cet
établissement se trouvent en grande situation
d’isolement géographique et les ruptures
familiales et sociales sont pléthores. Il serait
vraiment dommage pour elles que les trop
rares liens qu’elles conservent avec la société
civile et que Parcours de femmes symbolise
cessent brutalement.
Le SPIP assure dans son courrier qu’il
connaît « l’importance et l’efficacité » de cette
intervention et qu’il tient « une nouvelle
fois » à l’en remercier. L’association ne peut
qu’espérer un signe très rapide de sa part afin
que le travail entamé avec une cinquantaine
de femmes dans cet établissement, et depuis
plusieurs années pour certaines, se poursuive.
K. K.
Triangle ambigu
Dès le début du film « 7 ans »,
sont posées les bases d’une relation à trois :
le mari, la femme et l’amant.
Sauf que, dans cet étrange vaudeville,
les trois personnages sont aussi
le prisonnier, la visiteuse et le gardien.
L
© Pyramide Distribution
Prisonniers de l’amour
eur relation n’est pas simple, terriblement
compliquée même, puisqu’en fait le
taulard est très proche du maton et que ce
dernier est, en quelque sorte, délégué par le
trompe son mari pour mieux l‘attendre.
mari pour satisfaire l’épouse hors les murs.
Ambiguïté d’un surveillant qui joue de son
double pouvoir sur les deux captifs. Dérisoire
7 ans de malheur ?
Maïté ne semble pas voir aussi loin : elle impuissance d’un taulard qui fait baiser sa
veut du plaisir. Vincent son mari aurait bien femme par un autre. Mais, finalement, Maïté
voulu lui faire un enfant pour l’occuper. Il le est aussi prisonnière de son rituel sexuel,
dit un peu naïvement en confidence à Jean presque autant que Vincent qui scénarise les
le surveillant qui, doucement, s’attache à lui rencontres de Jean avec sa femme. Et quand
sans qu’on sache tout à fait lequel des deux l’amant à son tour tombe amoureux…
l’intéresse le plus, du mari, Vincent, mâle, « Quand elle condamne quelqu’un à sept ans de
voyou et torturé, ou de la femme, Maïté, belle, prison, la société ne se rend pas compte qu’elle
détruit la sexualité du couple » (…) « J’ai été
tenace, sensuelle et fidèle.
Pressée d’un lieu à l’autre, confinée dans un témoin de la déliquescence de la relation d’un
petit boulot de baby-sitter, elle saute de la couple, j’ai vu à quel point ce couple souffrait de
voiture de Jean au cagibi du parloir, du bus l’absence, de la frustration et à quel point le désir
au jardinet de son pavillon, d’un entretien ne circulait plus » dit le réalisateur.
d’embauche à sa table de repassage, et de
7 ans de parloir
nouveau au parloir…
Le cinéaste creuse le réel et va à la rencontre « 7 ans » est aussi une très précise évocation
de la vérité des êtres. « 7 ans » n’est pas une du parloir, comme raccourci singulier de
histoire de sexe mais la lente maturation frustration, succédané de la rencontre et
d’un nœud sentimental. Secret tenace carcan de l’amour furtif, le placard où l’on se
du désir d’une femme qui sait qu’elle sépare à chaque fois. C’est le seul lieu où les
Valérie Donzelli & Bruno Todeschini
trois se croisent. L’intrigue s’y noue sous la
lumière sombre et oppressante du néon et
dans l’épaisseur des murs qui étouffent.
Plus qu’une enquête sur l’enfermement, le
film va au-delà du simple témoignage et
permet de ressentir la complexité de l’être
humain et la douleur de la séparation…
PEP
Cinéphiles, curieux de la réalité pénitentiaire,
adhérents, partenaires et amis de Parcours
de femmes ont pu revoir ou découvrir ce film
et rencontrer son réalisateur, le 20 janvier à
la Gare Saint-Sauveur. En effet, l’association
avait choisi le septième art comme allié pour
évoquer le travail qu’elle réalise avec les
femmes, en prison et à leur sortie.
En partenariat avec la ville de Lille, elle invitait
à la projection de « 7 ans », suivie d’une
discussion avec le cinéaste Jean-Pascal Hattu
et avec des professionnels du monde carcéral.
Une belle occasion de faire dialoguer fiction
et vérité, création et réalité.
N°5 - Février 2012
3
DOSSIER : Diagnostic réservé
La santé à l’ombre
Une malade qui se soigne
« Et surtout la santé* ! »
Qui n’a pas entendu cette formule ponctuant
les traditionnels vœux de nouvelle année ?
« Tant qu’on a la santé… » :
la sagesse populaire fait de la santé
la condition d’une vie heureuse.
Et quand on trinque entre amis,
l’expression « A ta santé » s’impose.
E
t pourtant !
La Santé, c’est aussi le nom de la maison
d’arrêt parisienne, construite en 1867 sur les
traces d’un ancien hôpital. Sur l’autre trottoir,
comme pour souligner « on est mieux ici qu’en
face ! », jusqu’en 1950, un bistrot affichait un
nom sans ambiguïté : « A la bonne santé » !
Serait-ce suggérer qu’en prison, la santé soit
mauvaise ?
Au banc des accusés…
En prison — tout le monde s’accorde à le
dire — sida, hépatites, troubles mentaux,
tuberculose, addictions sont plus répandus
qu’à l’extérieur. Malgré cette unanimité sur
ce triste bilan, personne n’est capable de
définir les causes précises de ces maux ni
d’en proposer des solutions efficaces qui
rencontrent aussi tous les suffrages.
Bien sûr, les prisons accueillent une
population marginale, particulièrement
fragile, qui a souvent vécu dans une grande
précarité. Pour des raisons économiques ou
culturelles, elle n’a pas pu prendre soin d’ellemême, et parfois, par ses comportements, a
négligé sa santé ou l’a mise en danger.
L’état de santé des détenus est préoccupant.
Par exemple, 25 % d’entre eux déclarent, lors
de leur incarcération, une consommation
d’au moins deux substances psychotropes et
30 % une consommation excessive d’alcool.
Si l’on compare à la population générale, une
infection par le VIH est diagnostiquée dix fois
plus souvent et l’hépatite C, six fois plus. Les
statistiques montrent qu’ils présentent quatre
fois plus de troubles mentaux majeurs et l’on
compte six fois plus de suicides en prison…
d’espoir, tout cela concourt à accentuer la
vulnérabilité des personnes et à provoquer
maladies somatiques ou psychiques…
Le livre de Véronique Vasseur « Médecinchef à la prison de la Santé » fait l’effet
d’un électrochoc. La description de sa vie
professionnelle de 1992 à 2000, un quotidien
pitoyable et cruel, révèle l’incroyable misère
de la médecine pénitentiaire. Une réalité
jusque là trop souvent ignorée, honteuse,
cachée.
Pourtant, depuis trente-cinq ans, le législateur
a travaillé la question et réalisé des avancées
notables.
En voie de guérison ?
La prise en charge de la santé mentale en
prison a pu progresser grâce à la création, en
1986, des services médico-psychologiques
régionaux (SMPR*).
Depuis la loi de 1994, la médecine
pénitentiaire ne relève plus du ministère de
la Justice mais du ministère de la Santé. Les
médecins qui prennent en charge les détenus
sont des praticiens hospitaliers au même titre
que leurs confrères des hôpitaux publics.
Chaque établissement pénitentiaire compte,
depuis, une unité de consultation et de soins
ambulatoires (UCSA*). Les hospitalisations
d’urgence et de courtes durées sont réalisées
dans l’hôpital de rattachement et, depuis
2004, dans les unités hospitalières sécurisées
interrégionales (UHSI*) implantées dans les
centres hospitaliers régionaux universitaires
pour les hospitalisations programmées de
plus de quarante-huit heures.
La loi de 2002, dite loi Kouchner, établit que le
prévenu peut bénéficier d’un aménagement
de peine lorsque son état de santé est
incompatible avec la détention.
Enfin la loi de 2005 pour l’égalité des droits et
des chances, la participation et la citoyenneté
des personnes handicapées, concerne aussi
les détenus.
La loi pénitentiaire de 2009 réaffirme que
« les personnes détenues doivent bénéficier de
la même qualité et de la même continuité de
soin et de prise en charge de leur santé que la
population générale. »
Le plan d’actions stratégiques 2010 - 2014
prévoit des mesures concrètes comme la
distribution de gel et de préservatifs, le
dépistage des cancers du sein et du col de
l’utérus, des examens bucco-dentaires…
Les patients-détenus ont ainsi le droit
de bénéficier de conditions matérielles
de détention adaptées à leur état de
santé et, si nécessaire, le droit de changer
d’établissement pénitentiaire ; le droit à un
régime alimentaire médicalement prescrit ;
le droit à l’expression du consentement
médical ; le droit à la recherche médicale s’il
est attendu un bénéfice direct et majeur pour
leur santé…
Mais tous ces textes sont, hélas, trop peu ou
mal appliqués. Pour preuve, le deuxième motif
de saisine du Contrôleur général des lieux de
privation de liberté (CGLPL), que souligne son
rapport annuel 2010, reste la difficulté d’accès
aux soins...
On est loin d’atteindre la définition de la
santé idéale telle qu’elle est proposée par
l’Organisation Mondiale de la Santé : « un
état de complet bien-être physique, mental et
social et pas seulement l’absence de maladie ou
d’infirmité ».
Mais la prison est-elle vraiment le lieu où ce
qui ressemble à une utopie pourrait devenir
réalité ?
M. C.
« La possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre
constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain quelles que soient sa race,
sa religion, ses opinions politiques,
sa condition économique et sociale. »
Préambule à la constitution
de l’Organisation mondiale de la santé (7 avril 1948)
Bilan consternant…
Bien sûr aussi, la prison représente un
environnement qu’on pourrait qualifier de
« pathogène » : les difficultés d’accès aux soins
(complications administratives, lourdeur
des procédures, locaux inadaptés, manque
d’hygiène, de personnel, de formation,
d’équipements ou résistances humaines),
l’isolement ou, au contraire, la promiscuité,
la déshumanisation des lieux, le non respect
de la confidentialité, le manque de sens et
*Voir Le sens des mots
4
N°5 - Février 2012
Un crabe en prison
Ne pas baisser les bras
« Quand la surveillante du centre de détention
de Bapaume a ouvert la porte de ma cellule
ce matin-là, je lui ai tout de suite dit :
« J’ai une boule au sein ! »
Le matin même, je voyais le médecin de la
prison et, à 14 heures, je partais
faire des examens à l’hôpital d’Arras.
Le soir, on m’apprenait que j’avais un cancer ! »
Q
uand la veille, Fatma* s’est endormie le
poing coincé sous la poitrine et qu’une
sensation de brûlure au sein la réveille, elle ne
se doute pas que sa vie va changer.
Jusqu’alors, elle était une prisonnière
quasi « modèle » qui menait sa petite vie
sans déranger personne, amicale avec
ses codétenues, respectueuse avec les
surveillantes. La cellule, le travail (« Si on n’a
pas d’argent, on n’a rien, et puis ça occupe. »),
les rencontres avec « Arlette » (la chargée
d’insertion de Parcours de femmes) ou
l’aumônière musulmane (« Heureusement
qu’elles étaient là toutes les deux, parce
que des parloirs, j’en avais pas ! »)… Les
années s’écoulaient, longues, pénibles mais
tranquilles…
Vite et bien
En une seule journée, Fatma est entrée de
plain pied dans le monde de la maladie. Un
monde presque ordinaire malgré la prison.
Comme n’importe quelle femme atteinte
d’un cancer, elle va devoir affronter une
autre vie, rythmée par les séjours à l’hôpital,
l’attente anxieuse des résultats d’analyses,
les rendez-vous avec les spécialistes
(gynécologue, cancérologue, chirurgien…),
les opérations aux suites douloureuses,
les traitements lourds, les séances de
radiothérapie, les examens de contrôle, les
prises de médicaments, tout l’arsenal déployé
pour lutter contre la méchante tumeur qui a
commencé à l’envahir.
Tout s’enchaîne très vite. La sensation de
brûlure disparaît mais Fatma se découvre
une grosseur dans le sein. Inquiète, elle
prévient la gardienne qui réagit aussitôt
et demande un rendez-vous pour elle à
l’infirmerie. En urgence le médecin de la
prison la reçoit et comprend qu’il ne faut
pas traîner. L’après-midi même, à l’hôpital,
elle subit mammographie et échographie.
Les images montrent une tumeur. Maligne ?
Une ponction le confirmera. Mais déjà un
cancérologue avait prévenu Fatma de ce qui
la menaçait…
Quand les résultats, sans surprise, arrivent,
l’opération est programmée. On lui retire
dix-sept ganglions. Le parcours médical
continue qui l’emmène au Centre OscarLambret du CHRU de Lille où de nouveaux
examens montrent qu’une chimio est
inutile mais qu’une radiothérapie s’impose.
D’autres examens encore (scintigraphie,
etc.) et consultations (cardiologue, etc.) sont
pratiqués avant d’entamer le traitement…
Circuit classique pour malade pas ordinaire
qui arrive sous escorte pénitentiaire et ne
se présente jamais sans être accompagnée
d’une « bleue » (comme Fatma surnomme les
surveillantes !).
Bel et bon
Malgré le règlement qui lui imposait la
présence de gardiens partout où elle se
rendait, Fatma n’a jamais souffert de regards
ou d’attitudes qui l’auraient blessée ou rejetée.
Au contraire, elle se rappelle encore ce
médecin hospitalier réclamant plus d’intimité
pendant la consultation et disant : « Madame
est une patiente comme tout le monde. Elle est
là pour se faire soigner, elle ne va pas s’enfuir. »
Mais heureusement, les surveillantes se
sont toujours montrées humaines, discrètes,
respectueuses, compatissantes. « Elles ne
m’ont jamais considérée comme un numéro
d’écrou, mais comme une personne. »
Quand elle rentrait au centre de détention,
elle était entourée par tout le monde. Elle
avait le soutien des détenues, l’attention des
surveillantes, la disponibilité et la compétence
du médecin… « J’ai pu compter sur beaucoup
de gens, vraiment ! ».
Bien sûr, dans la solitude des nuits, les
insomnies dues à l’angoisse et à la souffrance
survenaient, difficiles à supporter. C’est alors,
quand ça allait mal, que la surveillante passait
jusqu’à trois, quatre fois par nuit, ouvrait
l’œilleton et lui demandait « Est-ce que ça
va ? » avec une vraie chaleur, une sollicitude
sincère dans la voix, prête à intervenir.
«Vraiment, dans mon malheur, j’ai eu de la
chance. La moitié de la prison m’appelle Maman
Fatma. Ils m’aiment bien ! Ça aide.
Tous les matins quand je me réveille, je me dis :
une journée de gagnée !
J’ouvre les yeux : Je suis en vie. Je ne vais pas
baisser les bras !
Les médecins, les infirmières, les brancardiers me
disent : « Vous rigolez, même dans le malheur ! »
Moi je leur réponds : « Merci. Vous m’avez sauvé
la vie ! ».
Rémission, guérison...
Rapidité, efficacité, bienveillance. Voilà les
mots qui me viennent à l’esprit en écoutant
Fatma. Pas forcément les mots que je croyais
utiliser en venant l’interviewer. Des mots qui
vont un peu à l’encontre des statistiques et
des études sur le manque de moyens (et
d’humanité parfois !) qu’on rencontre dans
la prise en charge de la santé des détenus en
France. Sans doute ne s’agit-il que d’un cas
particulier. Une histoire comme on aimerait
en entendre d’avantage. Une histoire qui
finit bien. Il n’est pas question d’en tirer une
généralité. Mais elle a le mérite de montrer
que, même devant une pathologie lourde
comme le cancer, même en prison dans les
pires conditions, la réussite est possible. Si
chacun y met du sien et que, comme Fatma,
« on ne se laisse pas abattre ! ».
C’est avec le sourire et la voix sereine que
Fatma me raconte cela. Cet épisode tragique
semble déjà loin derrière elle. Elle a récupéré
sa liberté et, confiante, ose affirmer qu’elle a
gagné la bataille contre son cancer. « Je sais
bien, les docteurs ne disent pas qu’on est guéri.
Avec cette maladie, on ne sait jamais, mais
moi, j’y crois. » Depuis sa sortie de prison, elle
a fait halte dix-huit mois et repris des forces
dans l’un des appartements relais que gère
Parcours de femmes.
Aujourd’hui, une petite valise à roulettes à
ses pieds, en poche une ordonnance pour
son traitement de consolidation quotidien,
pleine de projets optimistes, elle se prépare à
s’envoler vers son pays natal où elle retrouvera
sa famille.
Comme si, à soixante-quatre ans et après dix
années de détention, la vraie vie commençait,
en toute liberté.
Aujourd’hui, qui pourrait dire que, de la prison
comme du cancer, elle n’est pas guérie ?
Martine Chesnel
*Le prénom a été changé pour respecter
l’anonymat du témoin.
N°5 - Février 2012
5
DOSSIER : Diagnostic réservé
Gynécologue en maison d’arrêt
Presque le même métier
Pendant dix ans j’ai été la gynécologue
de la maison d’arrêt de Loos puis de Sequedin.
J’y ai rencontré un public très hétéroclite :
Des mineures, des femmes ménopausées.
Des françaises, des étrangères.
Des primaires*, des récidivistes…
Toutes les couches sociales étaient
représentées.
M
on travail consistait à suivre la grossesse
des femmes incarcérées quel qu’en soit
le terme. Une sage-femme m’assistait pour
détecter plus spécifiquement les problèmes
psychologiques en rapport avec l’isolement
et soulager les petits maux.
La grossesse…
La
surveillance
obstétricale
s’exerce
exactement de la même façon qu’à l’hôpital
public avec une consultation mensuelle
jusqu’à trente-sept semaines. Les deux
dernières consultations se déroulent à la
maternité Jeanne-de-Flandre de Lille où les
patientes rencontrent médecin, assistante
sociale, anesthésiste, psychiatre au besoin.
Toute hospitalisation nécessaire se fait dans
le service de grossesse pathologique de la
maternité. Si la future maman est consentante,
une hospitalisation à l’UHSI (unité hospitalière
sécurisée interrégionale) est programmée à
trente-huit semaines pour un déclenchement
de l’accouchement à trente-neuf semaines
afin de diminuer les risques d’une naissance
en cellule. Le plus souvent, la mère rentre avec
son bébé à la maison d’arrêt via l’UHSI pour
intégrer l’unité mère-enfant.
Une interruption volontaire de grossesse
est possible au centre d’IVG de Jeanne-deFlandre si, bien sûr, les délais légaux sont
respectés.
En cas de libération, les détenues enceintes
obtiennent le dossier obstétrical de liaison
dans le cadre du réseau de périnatalité.
Les conditions de l’accouchement pour les
femmes incarcérées ont beaucoup évolué
sur le plan humain, ces dernières années, à la
maternité Jeanne-de-Flandre. Le personnel
pénitentiaire n’est plus admis dans les
salles d’accouchement. Certes, une équipe
mobile de la police garde l’accouchée mais
stationne dans le couloir et ne reste plus en
permanence.
Une cinquantaine de grossesses par an
sont suivies à Sequedin et une dizaine
d’accouchements ont lieu à Jeanne-deFlandre.
Et le reste…
Par ailleurs, j’effectuais la surveillance
gynécologique proposée à toute entrante.
J’apportais essentiellement une information
nécessaire pour ces publics souvent très
défavorisés ne voyant jamais de gynécologue
ou seulement lors de leurs grossesses
(information sur le dépistage du cancer du
col ou du sein, sur la vaccination contre le
cancer du col, sur la contraception, sur les
infections
sexuellement
transmissibles,
sur les centres de protection maternelle et
infantile* et de planification, etc.). Puis je
proposais systématiquement un examen
gynécologique et un frottis de dépistage.
De nombreuses pathologies du col ont ainsi
été détectées et suivies de propositions de
traitement dans le service de gynécologie de
Jeanne-de-Flandre.
J’abordais la question de la contraception et
proposais soit la pilule soit la mise en place
d’un stérilet ou d’un implant contraceptif en
prévision de la sortie, ou je donnais la pilule
du lendemain en cas de demande après une
permission.
Toutes ces femmes que j’ai suivies ou
soignées m’ont semblé en majorité sensibles
à l’attention que je leur portais et réceptives
aux conseils et à l’information donnés. Pour
certaines, le passage en maison d’arrêt fût
l’occasion d’un progrès dans la prise en
charge de leur santé. Beaucoup, je l’espère,
en auront tiré bénéfice. Puissent-elles avoir
la volonté de continuer une fois libérées et
de prolonger ainsi la prise de conscience
amorcée en détention.
* Voir Le sens des mots
Anne Morseau
Femmes à Sequedin
Avantagées par leur petit nombre
Fin 2011, la maison d’arrêt de Sequedin était surpeuplée.
840 personnes (763 hommes, 77 femmes)
y étaient incarcérées pour une capacité prévue de 640 !
En revanche, le quartier femmes qui offre 150 places,
ne comptait, en moyenne sur l’année 2011, que 90 détenues.
D
ans la mesure où la répartition des personnels médicaux reste
la même quel que soit le nombre de détenus, les femmes se
trouvent avantagées par leur sous-représentation et bénéficient,
pratiquement toutes, d’un suivi régulier et des soins nécessaires.
Un médecin généraliste est présent cinq demi-journées par semaine,
un gynécologue une demi-journée ainsi qu’un infirmier de 8 h 30 à
17 h sauf le week-end.
Les services de la PMI viennent en fonction du nombre de femmes
enceintes et d’enfants présents. Le service de périnatalité du CHRU
de Lille intervient auprès des femmes qui sortent de la maternité.
Kinésithérapeute, ophtalmologue et opticien répondent au coup par
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N°5 - Février 2012
coup aux demandes. Il faut souvent six mois d’attente pour obtenir
un rendez-vous avec ces spécialistes.
En cas d’urgence, la maison d’arrêt fait appel au SAMU qui envoie
pompiers ou médecin d’astreinte.
Le SMPR, outre la distribution, chaque matin, du TSO (traitement
de substitution aux opiacés) par un infirmier, traite les problèmes
d’addiction, mène des entretiens, prépare et aide la sortie, enfin,
répond aux urgences En 2011, il a eu treize femmes hospitalisées
d’office en psychiatrie.
Il propose des activités thérapeutiques : médiation corporelle (trois
séances d’1h30 par semaine), art thérapie (trois séances d’1h30
aussi), crochet (deux à trois séances) ; art thérapie pour les mamans
au quartier mère enfant (une fois).
Cinq psychologues à temps partiel interviennent au quartier femmes
qui sont privilégiées par rapport aux hommes. Ceux-ci n’ont que
deux fois plus de temps de rencontres possibles alors qu’ils sont près
de neuf fois plus nombreux !
Une maternité salvatrice
Comment je suis née à la liberté
Il est d’usage de se présenter
avant de parler de soi à des inconnus.
Ne m’en voulez pas si j’ai décidé
de ne pas vous dévoiler mon identité.
Je préfère aller à l’essentiel.
Vous n’avez qu’à prendre mon numéro d’écrou,
28.179 pour mon nom
et considérer Fleury-Mérogis comme mon
adresse.
J
’ai découvert ma grossesse à l’infirmerie,
où deux surveillantes m’avaient emmenée
après un malaise que j’avais eu au cours d’une
promenade.
Classiquement, une femme qui apprend
qu’elle est enceinte éprouve joie ou crainte.
Moi, j’ai tout juste éprouvé du soulagement
quand j’ai su que je ne serai pas transférée
dans un autre établissement car Fleury
disposait d’un quartier à part pour accueillir
les détenues enceintes puis avec leur bébé.
Mais je ne ressentais ni bonheur ni angoisse.
Je savais bien que j’avais pris un risque
l’autre jour, dans l’Unité de vie familiale avec
mon petit ami de l’époque que je n’avais pas
revu depuis mon incarcération, sachant que
l’établissement pénitentiaire refuse de nous
fournir la pilule…
J’ai fait « mon » choix
Le Service Pénitentiaire d’Insertion et de
Probation (SPIP) s’est entretenu avec le juge
des affaires familiales pour envisager une
mesure alternative à mon incarcération.
Puisque c’était impossible à cause de la gravité
du crime pour lequel j’avais été condamnée,
le SPIP m’a informée que mon enfant pouvait
être placé à l’extérieur avec des possibilités de
visites en prison.
J’ai immédiatement riposté. Même si je
pensais qu’il n’est pas dans l’intérêt d’un
enfant de vivre ses premiers jours en prison, je
ne pouvais concevoir d’autre alternative. J’ai
préféré faire une demande pour garder mon
bébé près de moi après l’accouchement.
Jusqu’à ce qu’il ait dix-huit mois, nous avons
résidé dans le quartier nursery où mon régime
de détention était adapté : j’ai bénéficié d’une
surveillance médicale tout au long de ma
grossesse et encore après l’accouchement,
ma cellule était plus vaste et disposait de
matériel spécifique pour le bébé.
Cette période n’était pas désagréable,
surtout comparée aux conditions de mon
accouchement. Et encore, je suis consciente
d’avoir eu la chance d’être emmenée dans
un hôpital public approprié et non pas
dans l’Unité de Consultations et de Soins
Ambulatoires (UCSA) de la prison.
J’ai accouché
sous « mauvaise » garde
J’ai appris qu’une circulaire de 2004
interdit formellement que les femmes
détenues fassent l’objet de mesures de
surveillance pendant leur hospitalisation.
Mais étant étiquetée «dangereuse», le chef
d’établissement l’avait signalé aux services
de police. Si une telle surveillance est mise
en place, le garde doit se trouver à l’extérieur
de la salle d’accouchement. Mon escorte
pénitentiaire, qui se composait de deux
hommes et non d’au moins une femme
comme cela doit être le cas, était pourtant
dans la salle d’accouchement. Heureusement,
ils m’avaient quand même ôté les menottes
que j’avais gardées jusque là. Le praticien a
cependant dû dire à l’un des deux gardes
de se pousser tellement il gênait l’équipe
médicale. Je n’oublierai jamais le moment où
ce docteur a exigé de la dignité humaine pour
le déroulement de mon accouchement.
C’était la première fois que j’étais hors de
l’établissement, et j’ai senti à ce moment, que
je portais sur moi les stigmates de la prison.
J’ai eu peur à l’idée de peut-être devoir les
porter pour toujours, même après ma sortie.
Mes craintes ont disparu lorsque j’ai tenu
contre moi mon enfant qui venait de naître.
J’avais désormais quelqu’un qui m’aimait
sincèrement, inconditionnellement. J’avais
quelqu’un pour qui mon passé ne comptait
pas, et qui ne me jugerait qu’à partir de ce que
j’accomplirai dès maintenant.
J’ai gagné un « inconditionnel »
En tant que détenue, j’étais automatiquement
affiliée à la sécurité sociale. Alors, de retour
à Fleury, j’ai pu bénéficier des prestations de
l’assurance maladie et de maternité. J’avais
touché la Prestation d’Accueil du Jeune Enfant
(une prime de naissance de 808,30 € versée
au cours du septième mois de grossesse) et
une allocation mensuelle de 161,66 € versée
à partir du premier mois de l’enfant jusqu’à
ses trois ans. J’ai aussi eu droit à l’Allocation
mensuelle de Parent Isolé.
L’enfant qui réside avec sa mère incarcérée n’a
pas le statut de détenu, les sommes versées
pour son entretien sont entièrement placées
sur la part disponible du compte nominatif
de la mère. Elles ne sont soumises à aucun
prélèvement ni affectées au pécule de
libération ou de parties civiles.
Cette parenthèse dorée dans mon
incarcération a donc duré dix-huit mois. À
l’heure où j’écris, le SPIP a placé mon enfant
dans un foyer d’accueil. J’ai pourtant demandé
de prolonger la durée de son séjour avec moi
mais cela m’a été refusé. Je suppose que
l’administration a présumé qu’une mauvaise
fille était nécessairement une mauvaise
mère… J’ai ensuite fait une demande de
libération conditionnelle qui n’a pas abouti.
Pour moi, cela prouve que la maternité
n’influence pas véritablement la remise de
peine, le JAP ayant motivé sa réponse par un
séjour au mitard effectué récemment.
Malgré tout cela, mon bébé a redonné un
sens à ma vie. Il est devenu mon phare vers
la sortie.
Alma Benzaïd
N°5 - Février 2012
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DOSSIER : Diagnostic réservé
Souffrances psychiques
Soins problématiques
Comment accéder aux soins quand
on est en prison ?
Consultations, hospitalisations de jour
et urgences peuvent rencontrer des difficultés
inhérentes aux contraintes
imposées par l’enfermement.
Le décret n° 86-602 du 14 mars 1986
fixe les conditions de soins
des personnes incarcérées
souffrant de troubles psychiatriques.
Ainsi, le principe fondateur
est le libre consentement.
Il s’agit d’un paradoxe évident
mais qui rappelle
une notion essentielle.
M
alheureusement, l’accès aux soins
reste très précaire en prison, malgré qui ne peut se faire qu’en présence et avec
une population qui présente dix fois plus de l’accord de nombreux surveillants.
troubles psychiatriques que la population
générale.
L’hospitalisation transférée
Le décret de 1986 entérine la création des
Les consultations
SMPR avec une unité d’hospitalisation de
En prison, tout est organisé par l’écrit. jour par région, à l’intérieur d’une prison. Les demandes de consultation sont ainsi Cette unité se trouve à Annœullin. Ces
rédigées par les patients (exception faite des unités étant régionales, les patients admis
urgences) qui s’en remettent aux surveillants y séjournent même la nuit, il s’agit pourtant
pénitentiaires pour les adresser au Service d’une hospitalisation de jour. Les soignants
Médico-Psychologique Régional (SMPR), lieu (infirmiers,
aides-soignants,
assistants
de consultation psychiatrique. sociaux, éducateurs, psychologues et
Il découle de ce système plusieurs problèmes. médecins) ne sont présents que durant la
On compte une partie non négligeable de journée. La nuit, les chambres deviennent
patients qui ne peuvent accéder aux soins des cellules classiques avec rondes de
faute de connaissance ou de compréhension surveillance.
du fonctionnement ou en raison de leur L’admission au SMPR-hospitalisation est
illettrisme. décidée par les médecins du service. En
L’autre difficulté est de pouvoir se rendre pratique, cela nécessite la rédaction d’un
à la consultation, une fois le rendez-vous certificat médical destiné à l’administration
programmé, à un horaire qui ne coïncide ni pénitentiaire mentionnant que le patient
avec un parloir, ni avec une audience… De doit bénéficier d’une hospitalisation. Ensuite,
plus, il faut que le surveillant ait le temps cette admission est soumise à l’accord de la
d’aller chercher le patient détenu et que direction interrégionale de l’administration
celui-ci soit prêt. Or, il arrive qu’on ne lui ait pénitentiaire, qui peut également être
pas communiqué la date de la consultation... subordonnée à l’avis du Procureur de la
Il existe plusieurs moyens de «punir» un République, en cas de patient/détenu
détenu qui, selon les surveillants, le mérite. Et considéré comme dangereux par la
empêcher le patient d’aller à sa consultation justice. Ainsi, certains, considérés comme
peut malheureusement en être un. Ceci prive particulièrement dangereux, se voient privés
l’être humain de l’un de ses droits qu’il ne peut d’activités thérapeutiques de groupe puisque
pas faire reconnaître dans la mesure où il est l’administration pénitentiaire refuse qu’ils
considéré comme hors-la-loi. En effet, qui aient des contacts avec les autres détenus.
pourrait croire ou cautionner un détenu se De plus, pour ces patients, une consultation
plaignant de mauvais traitements de l’un des inopinée ou d’urgence par les soignants est
impossible car celle-ci nécessite la présence
gardiens ?
Les nouvelles prisons sont construites sur un de deux surveillants, ce qui n’est, en pratique,
modèle qui évite les déplacements de détenus pas toujours réalisable.
et optimise la sécurité avec le minimum de
moyens humains. Ceci rend difficile l’accès Les urgences
aux soins puisque le détenu doit, dans ce cas, Les urgences sont, avant tout, signalées
rejoindre un lieu extérieur à son bâtiment, ce par fax par l’administration pénitentiaire. Il
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N°5 - Février 2012
s’agit là de l’appréciation de surveillants d’un
changement d’état et/ou de comportement
d’un détenu. Mais, les surveillants ne sont
pas soignants, la psychiatrie n’est pas leur
métier. Ainsi, les patients signalés sont
généralement ceux qui «posent problème»
et pas forcément les plus vulnérables. Néanmoins, la formation actuelle des
surveillants met l’accent sur la reconnaissance
d’un risque suicidaire chez un détenu, ce qui
est un progrès.
Pour les urgences, les prises en charges sont
limitées par l’accessibilité des bâtiments
de détention par les soignants. En effet,
pour ces demandes qui sont en dehors
des consultations programmées, les
psychologues et/ou psychiatres reçoivent
un fax signalant un probable trouble
psychiatrique nécessitant une intervention
immédiate et ceux-ci se déplacent pour
rencontrer les patients. Or, les surveillants
sont peu nombreux et doivent remplir de
nombreuses tâches dans leur journée :
ouverture des cellules pour promenades,
parloirs, transferts et autres extractions. Ils
ne sont donc pas disponibles et il n’est pas
rare que le soignant, une fois sur place, doive
attendre le surveillant alors que le patient
n’est pas là…
Les conditions de travail en urgence sont
difficiles, sources de tensions entre soignants
et surveillants qui n’ont pas les mêmes
missions.
En raison de la cohabitation et de
l’interdépendance de ces deux corps
de métier autour du patient détenu,
l’incompréhension est souvent à l’origine de
ces tiraillements, chacun reprochant à l’autre
d’entraver l’exercice de son métier.
Témoignage
d’un médecin psychiatre en SMPR
Drogues, prison…
Un foyer pour s’en sortir
Être une étape pour les toxicomanes,
un sas encadrant et éducatif,
un relais entre le projet de soin ou d’insertion
préparé avec les équipes de travailleurs
sociaux et de soignants du Service médicopsychologique régional au cours
de l’incarcération et la sortie de prison,
tel est l’objectif de l’Atre (Accueil temporaire
pour la réinsertion) qui inaugurait
ses nouveaux locaux et marquait, à cette
occasion, ses quinze ans d’existence.
C
’est une belle et imposante bâtisse
entièrement rénovée, au 98 de la rue
d’Isly à Lille, qui nous ouvre ses portes ce
7 novembre 2011. Beaucoup de monde
déjà à l’intérieur… Des travailleurs sociaux
du monde associatif ou des services
pénitentiaires d’insertion et de probation,
des juges d’application des peines, des
psychologues du milieu carcéral, etc. Il faut
dire qu’en quinze ans de travail partenarial, de
nombreux liens se sont tissés avec ce centre
de soins et de prévention.
Une béquille sur laquelle s’appuyer
Pas facile pour un public consommateur
de « drogues » licites ou illicites et, en plus,
sortant de prison de trouver une structure
d’accueil ou un lieu d’hébergement à la
sortie… De nombreux obstacles viennent
freiner ou compliquer le projet de soin ou
d’insertion : les délais entre la sortie et l’entrée
dans une structure d’hébergement, le retour
brutal dans un contexte familial peu préparé
même si la sortie était prévue, le retour à la
rue si telle était la situation de la personne
avant la prison, la réticence parfois sensible
des dispositifs en milieu ouvert envers ce
public… Autant de difficultés à surmonter
pour des personnes particulièrement fragiles
et sensibles aux pressions de leur entourage
qui se trouve dans l’attente anxieuse d’une
évolution rapide de leur mode de vie. Le
retour à un environnement et à un réseau
relationnel connus, facteurs de sollicitations
aux produits, conduit bien souvent à
l’abandon des motivations qui président le
projet de vie élaboré et investi pendant la
détention. Et cet échec mène souvent à la
dévalorisation de soi.
Dans l’impossibilité de concilier la date de
libération avec la préparation et la maturation
du projet, le travail thérapeutique et socioéducatif effectué avec les détenus par les
structures ou associations intervenant en
milieu carcéral se heurte ainsi à d’étroites
limites.
Pionnière en la matière
Devant ce constat, le docteur Evry Archer,
alors chef du SMPR de la maison d’arrêt de
Loos, crée en 1995, rue Alexandre-Leleu à
Lille, le premier centre de soins spécialisés
permettant une prise en charge immédiate
des personnes toxicomanes à leur sortie de
prison, période à haut risque pour elles. En
1996 Patrick Véteau y prend les fonctions
de directeur et œuvre, depuis ce jour, afin
que « la maison » fonctionne le mieux possible
et que d’autres structures similaires ouvrent
en France. C’est en 2009 que ce lieu devient
Centre de Soins, d’Accompagnement et de
Prévention en Addictologie* (CSAPA).
Angoisse d’être exposé aux tentations en
attendant d’intégrer une structure de soins,
peur de retomber dans la galère et de
reconsommer, envie de poursuivre un travail
commencé en détention constituent autant
de facteurs qui poussent les personnes
détenues à demander à intégrer cette
maison de vie collective. Car il s’agit d’une
démarche volontaire qui implique pour
elles d’accepter d’être suivies par toute une
équipe (six éducateurs, une assistante sociale
et deux veilleurs de nuit) dont la mission
est d’assurer la continuité des soins et des
traitements en cours, de mettre à jour la
situation administrative et les droits sociaux,
d’aider à déterminer précisément un projet
en continuité avec ce qui a été travaillé lors
de l’incarcération, d’en vérifier l’adéquation
avec les besoins et les comportements, et
de trouver des lieux, dispositifs ou centres
indiqués pour sa réalisation.
Il s’agit d’un centre fermé, cadrant, et
protecteur, mais dont la porte reste ouverte
permettant aux pensionnaires qui le décident
de partir quand ils le veulent. « Une vingtaine
de personnes par an ne vont pas au bout de leur
projet et s’en vont » précise Patrick Véteau.
Ce dispositif compte dix places et ce sont
environ quatre-vingt personnes par an qui y
sont accueillies. Les résidents viennent des
établissements pénitentiaires de Lille, bien
sûr, mais aussi d’autres régions de France pour
la moitié d’entre eux. Les durées de séjour
doivent être courtes (entre deux et trois mois)
car il ne s’agit que d’une étape.
Si ce sont majoritairement des hommes qui
l’intègrent, les nouveaux locaux, plus grands
et mieux agencés permettent cependant de
proposer plus facilement qu’auparavant une
chambre pour une ou deux femmes, voire
pour un couple. Parcours de femmes s’en
félicite et y entrevoit la possibilité trop rare
de proposer une solution d’hébergement
et d’accompagnement médical et social
individualisé à certaines femmes.
Parce qu’il ne suffit pas d’être libre. Toujours se
pose la question « Et après ? ».
Karine Kajak
Pour en savoir plus : www.atre-csapalille.fr
* Voir Le sens des mots
N°5 - Février 2012
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DOSSIER : Diagnostic réservé
Statistiques du suicide
Une stabilité désespérante
Six fois plus de morts par suicide en prison qu’à l’extérieur,
et cela quelle que soit la durée d’incarcération.
Ainsi en 2010,
cent vingt-et-un détenus (dont deux femmes)
se sont suicidés !
C’est l’Observatoire national de la délinquance
et des réponses pénales*(ONDRP)
qui réalise ce macabre décompte annuel.
Un chiffre qui, hélas, n’évolue pas à la baisse.
I
l y a donc eu en moyenne un suicide tous les trois jours en 2010.
« Au-delà des statistiques, ce sont des drames humains et personnels,
ce sont des hommes et des femmes désespérés. C’est un drame aussi pour
les agents de L’Administration pénitentiaire. » a affirmé Jean-Amédée
Lathoud, le directeur de l’AP en commentant ces chiffres.
Face à ce constat négatif et pour tenter de renverser la tendance
des statistiques, le garde des Sceaux a proposé, en 2009, un plan
de prévention des suicides en
prison. Ce plan s’appuie sur
les vingt recommandations
du rapport de la commission
présidée par le Docteur Louis
Albrand.
Autour de quatre axes
Il développe quatre mesures
principales : améliorer la
formation
du
personnel
pénitentiaire, mettre en place
un dispositif comprenant
des « détenus de soutien »,
humaniser l’univers carcéral,
appliquer
des
mesures
particulières pour les plus
fragiles.
Des formations du personnel
pénitentiaire sont prévues, particulièrement dans les quartiers de
détention à risques accentués (quartiers des arrivants, disciplinaires,
d’isolement, établissements pour mineurs), pour leur permettre de
détecter ceux qui présentent un risque suicidaire et de mieux les
accompagner.
La mission de « codétenus de soutien » est inventée. Ce sont des
volontaires qui acceptent la lourde responsabilité d’accompagner
les prisonniers en situation de détresse psychologique, dispositif
existant déjà en Grande-Bretagne et en Espagne. L’objectif est
que le codétenu, en principe formé par les services médicaux de
l’établissement et aussi par des associations spécialisées dans
l’écoute et la prévention du suicide ou par La Croix Rouge, fasse
remonter au surveillant les souffrances du détenu « à risques » et
l’alerte d’un danger potentiel. Néanmoins, si ce dernier se suicide
quand même, qu’en est-il de la culpabilité qu’il peut ressentir et du
traumatisme que ce drame peut créer ? Est-il normal de confier ce
rôle, qui va bien au-delà de la camaraderie ou de la solidarité, à un
non professionnel ? La bonne volonté ne peut pas toujours suffire…
Une institution mortifère ?
La vacuité du temps qui passe à ne rien faire et provoque un
ennui « mortel » accentue sans doute les risques de suicide. Aussi
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l’augmentation du nombre d’heures d’activité pour les détenus, estelle prévue qu’il s’agisse de formation, de travail ou de loisirs (sport,
ateliers artistiques, culturels, etc.) Mais la mise en place de toutes
ces activités exige la participation de professionnels et donc un
financement adapté… qui manque trop souvent ! Les bénévoles des
associations ne peuvent à eux-seuls pallier ce déficit.
L’administration a généralisé les « kits de protection » ou « kit antisuicide », composés d’un matelas anti-feu, de draps et couvertures
indéchirables et d’un pyjama en papier à usage unique dans le but
d’éviter incendies et pendaisons. En effet, 90% des tentatives de
suicides des détenus se font par pendaison, pas spécialement par
choix mais surtout en raison des conditions carcérales : les moyens
suicidaires y sont restreints. Les kits anti-suicide ont vu le jour en août
2009, mais cela n’a pas empêché plusieurs personnes incarcérées
de se pendre avec leur pyjama provenant du kit. Les mesures
pratiques ne peuvent suffire devant une telle souffrance morale ; le
pragmatisme est désarmé face au désespoir…
La surpopulation figure au banc
des accusés parmi les conditions
indignes que supportent les
prisonniers en France alors que
57 % des détenus étaient seuls
dans leur cellule au moment du
passage à l’acte. L’Etat propose,
parmi les solutions, la création
de places supplémentaires qui
passe par la construction de
nouveaux établissements. Et
pourtant les prisons modernes
plus conformes sur le papier au
respect des droits des détenus
(cellules individuelles, douche
personnelle, propreté, etc.)
sont souvent jugées froides,
inhumaines, robotisées, sans
âme et semblent être autant,
sinon plus, le théâtre de suicides !
Fragilité des personnes incarcérées (n’oublions pas le grand nombre
souffrant de pathologies psychiatriques), souffrances provoquées
par l’enfermement, solitude, violence, manque d’intimité, perte de
ses proches… Autant de raisons qui transforment la prison en haut
lieu du suicide.
Alors que faire ? Y a-t-il un vrai remède contre le mal-être en prison ?
La mort doit-elle toujours s’y trouver en embuscade ?
Pour certains, hélas, perdre sa liberté risque de rester synonyme de
perdre sa vie.
Amélie Huet et M. C.
* Ce chiffre concerne les suicides chez les personnes en milieux
fermés auxquels viennent s’ajouter les personnes en semi-liberté,
en permission de sortie, en hospitalisation ou sous bracelet
électronique. Il ne prend pas en compte les 2.246 tentatives non
réussies en 2010. Cent quinze personnes se sont suicidées en 2008,
cent vingt-deux en 2009 (dont une femme)… L’ONDRP travaille sur
la base de données fournies par l’administration pénitentiaire.
ECHOS
Centre pénitentiaire d’Annœullin
Un trop grand nouveau ?
Le 18 février 2011,
les clés du centre pénitentiaire d’Annœullin
ont été livrées.
Cet établissement pénitentiaire,
douzième du Nord – Pas-de-Calais,
est désormais le plus moderne de France
et compte 688 places.
I
ssu d’un partenariat public-privé, il est
le résultat du premier contrat préparé
par l’Agence Publique pour l’Immobilier
de la Justice (APIJ) selon les modalités de
l’ordonnance du 17 juin 2004 : non seulement
le financement, la conception, la réalisation,
l’entretien et la maintenance ont été confiés
à une société privée – Bouygues – mais
encore sont inclus au périmètre du contrat les
services à la personne comme la restauration,
la cantine, le travail pénitentiaire, la formation
professionnelle, et ce, pour une durée de 27
ans…
Après quatre mois « à vide » – le temps pour
la directrice, Aurélie Leclercq et son directeuradjoint, Jean-François Nourrisson, de former
les équipes et de préparer l’ouverture réelle
de la prison – c’est début juillet que les deux
cents premiers détenus, venant du centre de
détention de Loos, ont été accueillis pour,
fin octobre, voir le centre fonctionner à plein
régime avec le transfert des détenus de la
maison d’arrêt de Loos.
La prison est répartie en deux quartiers de
détention, de 210 places chacun, pour les
peines supérieures à deux ans, un quartier
maison centrale de 28 places pour les longues
peines, une maison d’arrêt de 150 places, ainsi
qu’un quartier d’accueil de 50 places et un
service médico-psychologique de 40 places.
« Privé » d’humanité ?
Belle nouveauté, depuis le 1er août, les unités
de vie familiale*(UVF) sont ouvertes au centre
pénitentiaire d’Annœullin… Pour rappel, il
s’agit d’appartements mis à la disposition
des détenus, pour accueillir les membres
de leur famille, pendant 6 à 72 heures. Les
UVF sont accessibles à toute personne
détenue, condamnée, ne bénéficiant pas
d’aménagement de peines ou de permission
de sortie.
Souvent qualifié d’ « ultra-moderne », ce
centre d’Annœullin soulève cependant des
inquiétudes, tant du côté des associations
que du côté du personnel pénitentiaire.
Sont notamment épinglés la taille de
l’établissement, alors que le contrôleur
général des prisons estime qu’au-dessus de
deux cents détenus, la situation est ingérable
pour les personnels ; le tout-sécurité qui
déshumanise la détention en évitant les
contacts entre détenus et surveillants ; la
délégation à une entreprise privée, ThémisFM, filiale de Bouygues, dont le but ne
peut qu’être la rentabilité de secteurs aussi
essentiels que la formation et le travail …
Si les deux établissements loossois, insalubres,
devaient initialement être détruits, c’est pour
des raisons de mémoire patrimoniale que les
vestiges de l’ancienne abbaye abritant en
partie le Centre de détention seront épargnés.
Un nouvel établissement verra néanmoins le
jour sur ce site, d’ici quelques années…
Karine Bocquet
* Voir l’article « Plus et mieux qu’un parloir »,
page 9 du numéro 4 de Libres propos.
La fouille à nu
Une pratique souvent abusive
La fouille à nu systématique des détenus
est interdite depuis 2009 mais reste
une pratique habituelle dans l’Hexagone.
La France a déjà été condamnée à trois reprises
par la Cour européenne des droits de l’homme.
E
n juillet 2011, l’Observatoire International
des Prisons (OIP) a dû saisir le tribunal
administratif au sujet d’une note du directeur
du centre de détention de Bapaume dans le
Pas-de-Calais qui prévoyait la fouille intégrale
de toute personne détenue ayant eu accès aux
ateliers, parloirs ou vestiaires. La chancellerie
a préféré abroger cette note quelques jours
avant l’audience…
« Les fouilles à corps sont des mutilations
silencieuses. Au moment de cette mise à nu le
corps se crispe, se rétracte, se referme. La honte
de se dévêtir devant un tiers nous avilit, on se sent
salie, impure, avec l’impression de n’être qu’un
objet, une marionnette, de n’être réellement
rien. » tel est le ressenti d’une détenue que
l’on peut lire dans un témoignage recueilli par
l’Observatoire International des Prisons.
Trois types de fouilles sont autorisés par la
loi qui précise leur usage : la fouille normale
par palpation, la fouille intégrale à nu lorsque
les conditions de sécurité l’exigent et qui doit
être exceptionnelle, enfin la fouille corporelle
dans des circonstances très particulières,
après autorisation d’un juge et faite par un
médecin extérieur à l’établissement. En effet,
la fouille interne était malheureusement assez
largement pratiquée dans un but vexatoire.
Des recours continuent actuellement à être
déposés, portés par des associations qui
dénoncent le systématisme des fouilles à nu
afin que l’administration pénitentiaire se plie
aux conditions restrictives de la loi et respecte
ainsi la dignité des personnes.
Béatrice Delporte
L’article 57 de la loi pénitentiaire de 24
novembre 2009 décide en effet que «les fouilles
doivent être justifiées par la présomption d’une
infraction ou par le risque que le comportement
des personnes détenues fait courir à la sécurité
des personnes et au maintien du bon ordre de
l’établissement. Leur nature et leur fréquence
sont strictement adaptées à ces nécessités
et à la personnalité des personnes détenues.
Les fouilles intégrales ne sont possibles que
si les fouilles par palpations ou l’utilisation
des moyens de détection électronique sont
insuffisantes.»
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RENDEZ-VOUS
Le sens des mots
CSAPA
Les 450 Centres de Soin, d’Accompagnement
et de Prévention en Addictologie sont
des centres médico-sociaux, gérés soit
par des hôpitaux soit par des associations
conventionnées par le ministère de la Santé.
Ce sont des structures récentes (décret du
14 mai 2007) qui remplacent deux services
différents : les centres de cure ambulatoire en
alcoologie et les centres de soins spécialisés
aux toxicomanes (CCAA et CSST).
Ils accueillent toute personne souffrant
de dépendance à l’égard soit d’un produit
(drogue, alcool, médicament, tabac,…) soit
d’une pratique de vie (jeu, sexe, anorexie,
boulimie, etc.) Ils proposent une prise en
charge globale et pluridisciplinaire (médecins,
infirmiers,
psychologues,
éducateurs
spécialisés, assistantes sociales…) qui prend
en compte toutes les difficultés rencontrées
par ces personnes.
Les CSAPA travaillent en étroite collaboration
avec les SMPR car la majorité de leurs patients
présentent des troubles associés (psychiques
et addictifs).
Une quinzaine de CSAPA ont la particularité
d’être rattachés directement à un SMPR
et installés intra-muros. C’est ainsi le cas à
Sequedin et à Annœullin où le travail se fait
en liaison directe avec le CSAPA extra-muros
du CHRU de Lille.
Le délinquant primaire a droit à une décision
de justice plus clémente que le récidiviste (les
peines étant aggravées pour celui-ci). C’est
l’inscription au casier judiciaire qui sert de
preuve.
PMI
La protection maternelle et infantile est un
organisme créé en 1945, et géré actuellement
par les Conseils généraux.
Les professionnels des centres de
PMI (médecins, puéricultrices, sagesfemmes, psychologues, orthophonistes,
psychomotriciens, etc.) ont pour mission
d’accueillir, d’informer et de suivre les femmes
enceintes et les enfants de moins de six ans.
Ils mettent en place des mesures de
prévention
médicales,
psychologiques,
sociales et d’éducation pour la santé en
faveur des futurs parents et des enfants ;
ils dépistent les handicaps des enfants et
conseillent les familles pour la prise en charge
de ces handicaps ; ils surveillent et contrôlent
les établissements et services d’accueil des
enfants ainsi que les HYPERLINK «http://
fr.wikipedia.org/wiki/Assistante_maternelle»
assistantes maternelles ; enfin, ils organisent
des actions d’aide aux familles.
Santé
La santé est l’état physique et psychique qui
assure pour l’ensemble des fonctions externes
et internes d’un être vivant l’optimum et le
maximum de son efficacité.
État physiologique et psychologique d’une
personne. État sanitaire d’une collectivité.
État de quelqu’un dont l’organisme
fonctionne normalement. Fonctionnement régulier et harmonieux de
l’organisme humain.
SMPR
Délinquant primaire
L’expression « délinquant primaire » s’oppose
à « récidiviste ».
Au contraire de celui-ci, le délinquant primaire
n’a commis qu’une seule infraction à la loi
(contravention, délit ou crime) pour laquelle
il a été condamné définitivement.
Ils soutiennent les actions de Parcours de femmes
Le Service Médico-Psychologique Régional
prend en charge les détenus atteints de
troubles psychiatriques.
En dehors des soins courants et actions de
prévention, assurés par les psychiatres présents
dans les UCSA, il assure les hospitalisations
de jour ou l’accueil thérapeutique à temps
partiel. Il propose entretiens en face à
face, ateliers thérapeutiques, traitements
médicamenteux…
Il existe vingt-six SMPR répartis sur le territoire
français. Dans les établissements où il n’y en
a pas, des consultations avec des psychiatres
sont proposées dans les UCSA.
UCSA
L’Unité de Consultation et de Soins
Ambulatoires a pour missions :
- d’établir le bilan de santé lors de l’entrée en
détention d’une personne
- de se charger des soins infirmiers quotidiens
(pansements, distribution de médicaments,
piqûres, etc.
- d’effectuer les soins dentaires
- d’offrir des consultations de spécialistes
- de réaliser les radiographies nécessaires
d’orienter
vers
une
structure
hospitalière extérieure pour des examens
complémentaires
- de diffuser de l’information et de faire un
travail de prévention : dépistage, vaccination,
etc.
UHSI
L’Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale
est implantée dans un centre hospitalier. Elle
accueille les détenus qui nécessitent, pour
des raisons médicales ou chirurgicales, un
séjour de plus de 48 heures. La surveillance
du patient y est assurée par des agents de
l’administration pénitentiaire.
Pour nous contacter Parcours de femmes
BP 211, 59018 Lille cedex
Tél / fax : 03 20 58 26 16 – 06 03 63 24 67
Courriel : [email protected]
Pour en savoir plus www.parcoursdefemmes.free.fr
Pour nous rencontrer Prendre rendez-vous avant de venir.
Parking résidence Charles-Six
70 rue d’Arcole à Lille.
Métro Montebello ou Wazemmes.
Du lundi au jeudi de 9h à 12h et de 14h à 18h.
Le vendredi de 9h à 13h.
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Patricia Dhont
Rédactrice en chef :
Martine Chesnel
Coordinatrice :
Karine Kajak
Maquettiste :
Elric Alves
Ont participé à la rédaction de ce numéro :
Anabela Alves, Alma Benzaïd, Karine Bocquet,
Martine Chesnel, Béatrice Delporte, Amélie
Huet, Karine Kajak, Anne Morseau, PEP.
ISSN 2104-2837