situation hydraulique au moyen orient
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situation hydraulique au moyen orient
Les enjeux géopolitique de l’eau au Moyen-Orient INTRODUCTION La maîtrise de l’eau est devenue au fil des années un enjeu planétaire, et ce du fait de sa raréfaction sous l’effet conjugué : de la croissance démographique, du réchauffement climatique et de l’augmentation des sources de pollution. D’après une étude réalisée dans le cadre du premier forum mondial sur le problème de l’eau, qui s’est tenu à Marrakech en 1997, il apparaît que la quantité d’eau douce disponible par habitant à diminué de 40 % depuis 1970. Toujours d’après cette étude, vingt quatre pays seraient d’ors et déjà en dessous du niveau de pénurie (car disposant de ressource hydraulique inférieure à 100 mètres cube par an et par habitant). Et d’ici 2025 les régions de stress hydraulique (à savoir région qui utilise l’eau à un rythme plus élevé que celui de son renouvellement naturel) se seront étendues aux deux tiers de la population mondiale. Dans ce contexte il semble que la pénurie d’eau à l’échelle de la planète soit amenée à devenir un facteur primordial des conflits futurs. D’ailleurs signe des temps, un nouveau mot a fait depuis quelques années son apparition dans le dictionnaire géopolitique pour désigner les problèmes relatifs à la question de l’eau : l’hydro politique. Or lorsque l’on se place à l’échelle du Proche-Orient, région en majorité désertique, la situation sur le plan hydraulique semble encore plus dramatique : puisqu’ en l’espace d’une vie d’homme, le volume d’eau disponible par habitant a diminué de 80 % , et que d’ors et déjà certains états de cette région sont confrontés à un déficit hydraulique (en ce sens où ils ont une consommation annuelle supérieure à leurs ressources renouvelables). Dans ces conditions, eut égard au caractère tourmenté de cette région, la question de l’eau a pris un caractère géopolitique évident. D’autant que certains Etats de la région sont en mesure d’influer de façon significative sur l’approvisionnement de leurs voisins. Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui à l’instar du Dr Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations Unies, ou du roi Hussein de Jordanie, pensent que «le prochain conflit dans la région du Proche-Orient portera sur la question de l’eau(…) L’eau devenant une ressource plus précieuse que le pétrole». Et d’ailleurs le très sérieux Centre d’études stratégiques de Washington prédit également «qu’avant le fin du XXème siècle, la lutte pour la maîtrise des ressources en eau potable provoquera une déflagration sans précédent au Proche-Orient». Aussi afin de mieux apprécier les risques de confrontation dans la région, nous nous attacherons dans ces développements, à étudier la question de l’eau à travers le Bassin du Jourdain, le Tigre et l’Euphrate et la vallée du Nil. La situation climatique du Moyen-Orient, entraîne un manque considérable d’eau, qui induit une convoitise de cette ressource d’où l’émergence d’hydro conflits. Les acteurs de cette région doivent impérativement s’entendre. C’est pour cela qu’après avoir décrit la situation hydraulique au Proche-Orient (première partie), nous nous interrogerons sur les hydro conflits de la région et les défaillances du Droit International à les résoudre. Et enfin nous émettrons quelques hypothèses d’hydro coopération pour essayer de rétablir, une certaine stabilité dans la région. PREMIERE PARTIE : SITUATION HYDRAULIQUE AU MOYEN ORIENT : UN CONTEXTE REGIONAL DE RARETE DE LA RESSOURCE PARTICULIEREMENT PREOCCUPANT Avant de décrire l’ampleur, il nous apparaît intéressant d’apporter quelques précisions qui permettront de mieux comprendre les développements suivants. Tout d’abord d’après les études de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture (OAA), la situation hydrique d’un état est considérée comme suffisante quant elle atteint 1 700 m3 d’eau par personne/année. En deçà de 1 000 m3 d’eau par personne/année, on se retrouve en pénurie hydrique ; en dessous de 500 m3 par an et par 1 habitant, on parle de stress hydrique, c’est-à-dire que la situation est préoccupante et ne permet plus un plein (Document 1) développement économique et social du pays. i D’autre part, il convient de distinguer deux nappes souterraines, les nappes aquifères, peu profondes et alimentées par les eaux pluviales et par des eaux d’infiltrations provenant des fleuves et des rivières, et les nappes fossiles, formées il y a des milliers d’années, profondes et non renouvelables. Les volumes d’eau étaient suffisants dans l’absolu pour subvenir aux besoins de la population au Moyen-Orient jusqu’au milieu des années 50, même si l’eau n’était disponible qu’en faible quantité. Cette situation, au cours des années 70 et 80 va changer. La sévérité du contexte hydro-climatique s’ajoutant au mauvais partage des ressources entre les pays de la région, et la poussée démographique combinée à une croissance agricole rapide font en sorte que la demande d’eau a explosé. ii CHAPITRE 1 : SEVERITE DU CONTEXTE HYDRO-CLIMATIQUE Le Moyen-Orient est une région généralement semi-aride ou aride, à l’exception de la frange côtière méditerranéenne en Israël, au Liban et en Syrie. Ce climat se caractérise par de faibles précipitations et de fortes températures. La conséquence immédiate est une évaporation importante et donc un manque d’eau caractérisé, ce qui paralyse tout développement agricole et industriel. Dans cette région du monde «l’incertitude pluviométrique est forte, la sécheresse estivale longue et accentuée, l’ensoleillement important (environ 3 000 heures par an à Beyrouth, 3 336 à Bagdad) et l’évaporation considérable. iii (Document 2) Toutefois toute la région ne connaît pas la pénurie. En effet, les trois systèmes hydrauliques du Moyen-Orient, à savoir le Nil, le Tigre/Euphrate et le Jourdain, fournissent un apport d’eau substantiel à la population. Il en est de même que les nappes souterraine. Au delà des dures réalités climatologiques locales (Section 1), l’eau est rare et très inégalement répartie (Section 2). Certaines régions sont riches en autre alors que d’autres, comme Gaza, sont classées parmi les régions les plus pauvres en eau. iv SECTION 1 : CONTEXTE DEFAVORABLE DES CONDITIONS METEOROLOGIQUES (Document 3 et 4) Cette région désertique et semi-désertique subit une pénurie d’eau de longue durée, aggravée par des sécheresses récurrentes. Les précipitations sont généralement irrégulières et les pluies se font rares (document 5). Celles-ci ne tombent que pendant les quelques mois d’hiver et d’autre part elles se concentrent essentiellement sur les hauteurs et la côte méditerranéenne. «Dans les zones désertiques qui représente la plus grande superficie, les précipitations annuelles n’excèdent pas les 100 Mm, parfois elles deviennent même statistiquement insignifiantes, comme par exemple dans le désert occidental égyptien. En revanche dans les régions montagneuses et côtières, elles s’échelonnent en moyenne de 200 à 2 000 Mm par an. Pour schématiser, plus on s’éloigne de la bordure méditerranéenne (Libye, Egypte, Israël, Liban, Syrie, Turquie) en s’enfonçant dans les terres en direction du Sud, plus le niveau des précipitations diminue. Quant aux zones des reliefs, elles sont arrosées par des précipitations régulières et abondantes qui servent à la formation des rivières et à leur approvisionnement en eau.». v Toutefois les conditions météorologiques et pluviométriques présentent des disparités contrastes et aiguës, ainsi elles se diversifient fortement d’une région à l’autre, même parfois à l’intérieur d’un seul pays.(doc.3 et 4) 1) La Turquie : C’est un Etat privilégié en matière de pluviosité. Les littorales de la Mer Noire et de la Mer Egée, se caractérisent par des conditions climatiques douce et humide, avec des températures de janvier entre 6°C et 9°C et de plus de 25°C en été. Les précipitations annuelles se situant entre 600 et 1 000 Mm au niveau de la mer et dans les montagnes. Le littorale Méditerranéen est considéré chaud en hiver (jusqu'à 10°C) et très chaud en été (jusqu'à 28°C).Les précipitations sont abondantes et se situent entre 611 Mm à l’Est et 1 030 Mm à l’Ouest. A l’intérieur du plateau Anatolien, le climat est semi-continental. Les températures sont en dessous de 0°C en hiver, et varient entre 15 et 23°C en été. Alors que les précipitations annuelles se situent entre 400 Mm dans les vastes zones de la plaine centrale du pays, et plus de 1 000 Mm dans certains sommets montagneux. Par contre, le sud-est de la Turquie est une région de sécheresse estivale. L’été est très chaud avec des températures moyennes dépassant 30°C, et des faibles précipitations qui varient entre 300 et 600 Mm. vi 2 2) En Syrie : Le climat est généralement méditerranéen, caractérisé par un été chaud et sec, où les températures moyennes varient entre 30°C et 40°C à l’intérieur du pays. La partie la plus froide se situe au nord-est où la température tombe entre –10°C et –15°C. Les précipitations annuelles s’élèvent jusqu’à 1 600 Mm dans les montagnes de l’Ouest et en bordure de la Méditerranée, mais ne dépassant pas les 200 Mm dans le sud-est du pays. Les pluies diminuent progressivement à partir de l’Ouest vers l’est. 3) Au Liban : La barrière montagneuse du littoral intercepte les pluies et l’humidité venues de l’Est. Les côtes méditerranéennes reçoivent annuellement 1 400 Mm dans les chaînes côtières. La zone centrale Bekaa, en reçoit 400 Mm seulement. La neige tombe dans les montagnes s’élevant au-dessus de 1 500 mètres, et représente par conséquent une source précieuse pour les nappes souterraines. 4) En Jordanie : Les précipitations se trouvent, peu à peu, diminuées de l’Ouest à l’Est du pays. Elles atteignent en moyenne 700 à 800 Mm en haute montagne, et 400 à 500 Mm dans les zones les plus basses. Mais la plus grande partie des territoires ne reçoivent qu’environ 200 Mm de pluies par an. Alors que 13 % seulement de ces territoires sont plus abondamment arrosés. Les températures sont, le plus souvent, agréables et ne dépassent que rarement les 38°C. La moyenne de l’humidité se situe aux alentours de 55 % en hiver, et de 35 % en été ; mais elle tombe à 6 % dans le désert oriental, lorsque des masses d’air chaud et sec arrivent de l’est et du sud. 5) En Israël et dans les territoires autonomes et occupés : Les plaines côtières et les versants occidentaux des montagnes, jouissent d’un climat de type méditerranéen, avec des précipitations annuelles comprises en moyenne entre 500 et 750 Mm ; elles atteignent même 1 000 Mm dans la région de Safad au nord. Mais le désert règne dans toute la moitié sud et sud-est des territoires, où les précipitations vont de 200 Mm/an dans le Nord du Néguev, à 15 Mm/an sur les rives de la Mer Rouge. 6) En Egypte : Le climat aride apparaît sous deux formes : le Nord du pays est humide, le sud est sec. La ville d’Alexandrie au bord de la Méditerranée, reçoit annuellement 200 Mm seulement de pluies, elle n’en est que 22 Mm au Caire. Plus on se dirige vers l’Est, l’Ouest et le sud, plus les précipitations deviennent rares, sinon nulles. Le sud de l’Egypte, comme d’ailleurs celui de la Libye, attend en vain, parfois pendant des années, d’hypothétiques gouttes d’eau venues du ciel. Vice-versa, la situation au Soudan est inversée. Le Nord est sec avec seulement 23 Mm de pluies par an, tandis que le sud humide, reçoit en moyenne 1 800 Mm de précipitations, chaque année. Enfin, les températures élevées, enregistrées dans l’ensemble des pays du Moyen-Orient, provoquent très souvent la perte de grosse quantité d’eau, due au phénomène de très forte évaporation. Celle-ci peut, par exemple, atteindre 95 % du potentielle hydraulique des Emirats Arabes Unis, et cause annuellement la perte d’environ deux milliards de mètres cubes d’eau dans le lac Nasser du sud de l’Egypte. SECTION 2 : UNE REPARTITION INEGALITAIRE DES COURS D’EAU Le système fluvial, constitue la principale source d’approvisionnement en eau dans la région. Il comprend essentiellement les trois bassins hydrographiques suivants : le Nil, l’Euphrate/Tigre, et le Jourdain.(doc.6). La concentration des populations dans ces «vallées oasis» souligne en effet l’intérêt particulier et grandissant qu’acquièrent les systèmes fluviaux dans cette partie du monde. vii 1) L’Euphrate et le Tigre : Longueur d’environ 2 800 km ; débit 30 milliards de m3 d’eau/an pour le premier; longueur d’environ 1 900 km ; débit 43 milliards de m3/an pour le second, ils se présentent comme un ensemble hydrographique commun, ils sont alimentés par les neiges et les pluies abondantes que reçoivent les chaînes montagneuses turques, arrosent ensuite la Syrie et l’Irak, avant de se rejoindre, à partir de la ville irakienne Qourna, pour former le Chatt-el-Arab, partagé sur une partie de sa longueur avec l’Iran, et qui se jette enfin au Golfe Arabo-persique. 2) L’Oronte (Assi) : La longueur est d’environ 610 km, avec un débit annuel de 420 à 790 millions de m3 d’eau. Sa source se trouve au Liban, puis il traverse la Syrie avant de se jeter en Méditerranée, à travers la région d’Alexandrette (Hatay) sur laquelle la souveraineté turque est contestée par la Syrie. 3 3) Le Jourdain : le fleuve biblique : Longueur de 360 km ; débit de 1,2 milliard de m3 d’eau/an apparaît être un cas très intéressant, du fait qu’il occupe toujours sa position géostratégique centrale au sein du conflit arabo-israélien. Le Jourdain prend naissance et s’écoule aux confins des quatre Etats riverains : la Syrie, le Liban, la Jordanie et Israël, et se trouve alimenté par de nombreux affluents, tels que le Yarmouk, le Banias, la Hasbanie et le Dan, dont les sources se situent respectivement sur les territoires des Etats mentionnés ci-dessus. Avant de se jeter dans la Mer Morte, le fleuve approvisionne le lac de Tibériade, entièrement situé en Israël, et dont une partie est encore revendiquée par la Syrie. 4) Le Litani : Longueur de 170 km; débit de 900 millions de m3/an. Il prend sa source dans la région de Bekaa au Liban, avant de se jeter en Méditerranée. Mais, le fait que ce fleuve traverse la zone frontalière, près d’Israël nécessitant un besoin énorme en eau, lui donne une dimension très particulière dans le cadre du conflit du Proche-Orient. 5) Le Nil : (doc.7) Il demeure le fleuve le plus long, non seulement dans la région, mais aussi dans le monde après l’Amazonie et le bassin du Mississipi-Missouri. Sa longueur est d’environ 6 700 km, avec un débit de 84 milliards de m3 d’eau/an. Son approvisionnement en eau, provient en grande partie des pluies que reçoivent les hauts plateaux éthiopiens (le Nil bleu) fournissant environ 85 % de son débit ; les 15 % restant trouvent leurs origines dans les pluies tombant dans la région des grands lacs, en Afrique centrale. Au total, le fleuve arrose neuf Etats africains (la République Démocratique du Congo, le Burundi, le Rwanda, la Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda, l’Ethiopie, le Soudan, et l’Egypte). Il traverse les zones arides égyptiennes sur plus de mille kilomètres avant de se jeter finalement en Méditerranée. La région comprend aussi de nombreux bassins versants (rivières, oueds, ruisseaux…) et d’autres cours d’eau éphémères, dont la plupart n’ont qu’un débit faible, dépendant du volume des précipitations qui sont rares. La brève conclusion que l’on peut tirer à la lecture de la carte générale des cours d’eau intéressant plusieurs Etats, montre bien que le découpage géopolitique subi par les systèmes fluviaux du Moyen-Orient, à la veille de la Seconde guerre mondiale, consistait, semble t-il, à retrouver une raison de plus afin de ré alimenter les rivalités politico-historiques dans la région, surtout entre les Arabes et leurs voisins. Les tracés des frontières ne correspondaient pas le plus souvent aux limites hydrographiques des bassins, dont l’unité physique n’était pas généralement respectée ou bien se trouvait parfois singulièrement partagée en fragments brisés. Ainsi, on s’aperçoit toujours que des puissances régionales comme la Turquie, l’Iran ou l’Ethiopie, disposent à elles seules 85 % des sources d’eau alimentant les pays arabes, bien que ces derniers renferment plus de 60 % de la totalité des populations de la région. Par exemple, les trois quarts des eaux fluviales coulant en territoires irakiens trouvent viii leurs sources en Turquie (70 %) et en Iran (7 %) ; de même 85 % du débit du Nil, proviennent des seules sources, situées en Ethiopie. Celle-ci peut donc facilement menacer la sécurité hydraulique et alimentaire de l’Egypte et du Soudan, qui dépendent largement du fleuve pour satisfaire leurs besoins en eau. De surcroît, le fait qu’Israël et ses voisins arabes se trouvent ensemble sur les mêmes rives du Jourdain et de ses affluents n’était jusqu’aujourd’hui, qu’un autre facteur d’inquiétude, voire même d’aggravation dans le cadre du conflit du ProcheOrient. On peut aussi constater pour les nappes phréatiques, un découpage plus ou moins arbitraire. SECTION 3 : LA REPARTITION INEGALITAIRE DES NAPPES D’EAU SOUTERRAINES Bien que leurs quantités disponibles ne soient pas encore exactement déterminées, les eaux souterraines demeurent toutefois la seule source d’approvisionnement en eau pour certaines sous-régions au Moyen-Orient. Celui ci comprend, dans son sous-sol, de vastes aquifères, dont la quasi-totalité se trouve répartie entre deux ou plusieurs Etats. 1°) les nappes aquifères Dans lesquelles les eaux sont renouvelables par l’infiltration des eaux provenant des fleuves ou des précipitations. Elles sont généralement dispersées dans les lits des fleuves ou dans les zones faiblement arrosées, comme celles situées au nord-est de la Syrie et de la Jordanie, où de grandes quantités d’eau douce sont stockées dans les roches endogènes ou sédimentaires de ravins asséchés, mais ces eaux souterraines sont souvent de mauvaise qualité due principalement au contact avec des eaux usées. Elles ont parfois une véritable dimension régionale lorsque : «certaines nappes phréatiques situées dans les zones arides s’étendant jusqu’à des zones plus arrosées et s’y alimentent pour se prolonger vers d’autres zones arides». Il existe aussi d’autres nappes phréatiques qui reposent au-dessus du niveau de l’eau de mer salée, mais leur exploitation excessive entraîne parfois l’intrusion de l’eau saumâtre. Ces types d’aquifères, se trouve en Libye, sur la chaîne côtière égyptienne, dans le littoral occidental de l’Arabie Saoudite, au Bahreïn, au Qatar, au Koweït, aux 4 Emirats Arabes Unis, et surtout sur les côtes de la Méditerranée orientale où se trouvent les nappes phréatiques de la Cisjordanie et de Gaza. Dans ces derniers territoires «convoités», les eaux souterraines s’écoulent en direction de quatre aquifères, dont : Yarkoun/Tanimin, avec une capacité totale de 335 millions de m3/an; celle localisée dans le nord-est de la Galilée, qui fournit environ 140 millions de m3/an ; celle s’écoulant vers le Jourdain, d’une valeur de 105 à 125 millions de m3 d’eau/an ; et enfin, l’aquifère de Gaza, dont la capacité est estimée de 50 à 80 millions de m3 d’eau / an. 2°) Les nappes d’eaux souterraines fossiles ou captives Elles sont relativement profondes et non renouvelables. Or, l’alimentation de ces sources furent tarie depuis au moins cinq mille années. Ces eaux, souvent saumâtres ou amères, se trouvent essentiellement en Afrique du Nord et en Péninsule arabique. Le problème majeur qui se pose en matière des eaux souterraines est celui relatif à leur surexploitation, qui conduit ensuite à une augmentation du taux de salinité, résultant de la baisse considérable du niveau des aquifères par rapport à celui de la mer. L’intrusion des eaux salées entraîne par conséquent, la dégradation progressive de la qualité des eaux qui se trouvent de plus en plus polluées, et finalement épuisées. C’est exactement le cas en ce qui concerne les eaux souterraines en territoires palestiniens, autonomes et occupés. Pour l’instant, il faut souligner que, depuis un certain temps, plusieurs Etats du Moyen-Orient ont systématiquement recours à l’eau des nappes fossiles : «Sait-on, par exemple, qu’en 1990, l’Arabie Saoudite a extrait de son sous-sol près de trente fois plus d’eau que de pétrole, et la Libye, trente-cinq fois plus ?». SECTION 4 : DEFICIT DES RESSOURCES EN EAU DES ETATS DU MOYEN-ORIENT (doc.8, 9 et 10) A l’heure actuelle, les Etats de la région sont généralement regroupés en trois catégories : (doc.11 et 12) - Tout d'abord : les pays où les disponibilités en eau sont excédentaires : la Turquie (doc.13), l’Irak et l’Iran. Mais, ces Etats risquent de voir leurs potentiels hydrauliques diminuer plus de la moitié, et même jusqu’aux deux tiers en Irak, ce qui signifie que l’apparition des difficultés d’approvisionnement en eau, sera certaine à moyen terme. - D'autre part : les pays étant déjà menacés de pénurie : la Syrie, le Liban (doc.14, 15 et 16), l’Egypte et l’Oman. Leurs situations hydrauliques seront assez critiques à court terme. - Et enfin : les pays où les disponibilités en eau sont aujourd’hui fortement déficitaires : Israël, la Jordanie, la Cisjordanie et Gaza. La pénurie est déjà là, et parfois s’impose de façon, plus ou moins dramatique. ix Sans aucune exception, tous les Etats du Moyen-Orient trouvent d’ors et déjà que leurs disponibilités en eau diminuent rapidement, alors que l’inverse est probablement difficile à supposer. De nos jours, seulement trois pays, la Turquie, l’Irak et le Liban, disposent encore des ressources en eau abondantes, tandis que deux autres Etats, la Syrie et l’Egypte, sont actuellement très proches du seuil de pénurie, évalué à 1 000 m3 par an et par habitant. En revanche, la Jordanie (doc.17), Israël, la Cisjordanie et Gaza, ainsi que tous les Etats de la Péninsule arabique, ont déjà largement dépassé, dans le mauvais sens, la tranche critique de 500 m3 par an et par habitant. Ces disparités cruciales trouvent également leurs origines dans le facteur de l’interdépendance. En effet, certains Etats de la région, comme l’Egypte, le Soudan, l’Irak et la Syrie, sont surtout dépendants des ressources en eau renouvelables, provenant des pays voisins (la Turquie, l’Iran et l’Ethiopie). Par contre, il y a ceux qui disposent de leur propre «capital eau» (les Etats de la Péninsule arabique), mais le problème vient du fait que leur potentiel hydraulique est insuffisant et non renouvelable ; ou bien d’une mauvaise qualité, ce qui a nécessité le recours à des ressources conventionnelles, et donc coûteuses, comme le dessalement de l’eau de mer et le traitement des eaux usées. x Si l’on prend en considération le potentiel hydraulique du Moyen Orient, autant les ressources disponibles sont en pleine raréfaction, autant les besoins en eau connaissent une progression exponentielle (doc.18). CHAPITRE 2 : DES BESOINS CROISSANTS : QUELQUES FACTEURS SOCIO-ECONOMIQUES AGGRAVANT LA SITUATION DE PENURIE Si les besoins en eau sont aujourd’hui énormes (doc.19), et sans commune mesure avec ceux des siècles passés, cela n’est pas dû seulement aux aléas climatiques, géographiques et politico-historiques. Mais d’autres facteurs se sont aussi conjugués pour provoquer une accélération spectaculaire de la demande en eau, tel que l’accroissement de la population, le développement rapide de l’industrialisation et de l’urbanisation, la croissance continue des surfaces irriguées, les progrès des techniques agricoles, et surtout le souhait exprimé par les Etats d’améliorer le niveau de vie de leur population respective.(doc.20) 5 SECTION 1 : LE CONTRASTE ENTRE UNE DEMOGRAPHIE CROISSANTE ET UNE QUANTITE D’EAU DECROISSANTE (doc.21) 1) Une croissance démographique spectaculaire (doc.22) Considérant qu’une augmentation de leurs populations signifierait un accroissement proportionnel de leur puissance, la plupart des Etats du Moyen Orient ont longtemps encouragé un taux de natalité élevé, tandis que le taux de mortalité continuait de diminuer en raison de l’amélioration progressive des conditions sanitaires. Le fardeau du doublement des populations, en moyenne tous les trente ans : «(…)pèse déjà et pèsera de plus en plus lourd dans la consommation en eau des différents pays? Inévitablement, les Etats auront à résoudre à brève échéance une équation d’une simplicité dramatique : Comment satisfaire la consommation en eau d’une population en pleine expansion avec des ressources hydraulique limitées et parfois non renouvelables ?». xi 2) Un taux d'urbanisation élevé Ainsi, le taux d’urbanisation qui ne dépasse pas, en 1992, le pourcentage de 35% parmi l’ensemble des populations des pays en voie de développement, se trouve estimé à 63% au Moyen-Orient, ce qui est d’ailleurs plutôt proche de celui des 73% enregistré dans les pays développés. Ces derniers semblent pourtant plus capables, du fait de leur potentiel hydraulique et de leurs capacités économiques considérables, de satisfaire, plus ou moins pleinement, les besoins en eau de leurs populations urbaines. Mais en plus, le taux annuel de croissance urbaine est, au Moyen-Orient, évalué à 4,5% durant la période 1990-1995, ce qui dépasse largement les taux manifestés aussi bien dans les pays développés (0.9%) que dans les pays en voie de développement (3.7%). Cela rend encore plus difficile le problème de la pénurie et de la pollution des eaux dans les grandes zones urbaines. 3) Une mauvaise répartition de la population (doc.23) Par ailleurs, l’inégale répartition des populations, leur concentration massive et croissante dans les vallées fluviales et les zones pluviales, est un autre phénomène hydro-démographique, fortement observé au Moyen Orient. 4) Quelques cas d'espèces Citons à titre d’exemple le cas de l’Egypte, où 95% de la population vit sur les rives du Nil, qui ne représente que 4% de sa superficie. Malgré une volonté politique de restreindre les naissances, l’accroissement de la population n’a pas cessé (taux annuel de 2.2%). Sa population qui se chiffre à 60 millions d’habitants aujourd’hui, franchira fatalement le nombre critique de 100 million d’habitants en l’an 2030.De plus la densité de la population égyptienne qui est faible (54habitants/Km²), est estimée de 1 500 habitants/Km², dans la vallée du Nil. En 1972, un égyptien disposait d’environ 2 000 m3 d’eau par an; en 1985, on est descendu à 1 240 m3/ an, soit 2,77 m3 par jour et de 792.86 m3/ an en l’an 2000. Autrement dit, la quantité d’eau théorique, disponible par tête, fût diminuée plus de la moitié pendant 30 ans. xii Un autre exemple frappant est celui d’Israël, où la population a quadruplée entre 1949 et 1989, tandis que la superficie des terres irriguées est multipliée par sept durant la même période. xiii Même si le taux de natalité reste modéré (2.1%), le taux d’accroissement annuel reste très élevé (4.7%), du fait des nombreuses vagues d’immigration juive, qui ont apporté depuis 1989, près d’un demi-million d’immigrants, surtout en provenance de l’ex U.R.S.S ;et l’augmentation rapide du peuple palestinien, dont le taux d’accroissement démographique atteint 4.2% à Gaza, et même jusqu’à 7,3% dans les camps de refugiés. xiv En revanche, si la Turquie, le Liban, la Syrie, l’Iran, et l’Irak, se sont échappés, pour l’instant de tomber en dessous du seuil de 1 000 m3 d’eau par an et par habitant, et cela malgré le taux élevé de l’accroissement de leur population, qui dépasse le plus souvent 3%, la part théorique dont chacun de leurs habitants dispose des ressources en eau renouvelables, a été néanmoins réduite à environ une moitié an cours de ces trente dernières années, et diminuerait, peut-être, encore plus rapidement dans les années à venir, ce qui ne fait en réalité que différer l’apparition de forte pénurie. Dans un contexte plus général, le problème de la rareté de l’eau et de son inégale répartition se trouve aussi fortement lié à celui de la concurrence entre les différents usages, dont sont dominants ceux affectés à des fins agricoles et d’irrigation. 6 SECTION 2 : L’ESSOR AGRICOLE ET L’EXTENSION DES SURFACES IRRIGUEES (doc.24 et 25) De tels conditions climatiques au Moyen-Orient, implique largement le recours à l’irrigation pour toute culture. Mais la présence de l’eau étant rare, cela limite la superficie des terres agricoles. Dans les zones arrosées ou irriguées, on pratique une agriculture extensible qui absorbe une grosse quantité d’eau, tandis que beaucoup de terres cultivables restent inexploitées. L’agriculture non irriguée est possible dans les zones humides, grâce aux précipitations suffisantes dans ces zones, ( les côtes méditerranéennes, Caspiennes et au sud du Soudan ), sinon les Etats devront mettre sur pied un système d’irrigation, ou de fertilisation artificielle, plus ou moins coûteux, d’autant plus que : « Le manque d’eau constitue une entrave majeure au développement agricole, en particulier dans les vastes zones tributaires des pluies qui prédominent dans la région ; le problème que pose la faible pluviosité est aggravé par les fluctuations très fortes des précipitations d’une année sur l’autre, ainsi que par une répartition inégale des pluies dans la saison. Ces facteurs expliquent l’instabilité prononcée dans la production agricole dans la région ». Plus de 80 % du potentiel hydraulique et même parfois au-delà est consacré par la plupart des états à leur seule agriculture.(doc.26) Par exemple, l’Egypte utilise pour l’irrigation près de 90 % de ses ressources en eau disponibles, évaluées à environ 55 milliards de m3 par an. En Israël où l’agriculture absorbe plus de deux tiers des deux milliards de m3 d’eau, dont ce pays dispose annuellement, des techniques d’irrigation ont transformé les déserts en terres agricoles productives, tout en amenant de l’eau du nord fertile, vers la région désertique du Néguev, au sud (doc.27). Mais, cela a coûté très cher sur le plan financier, et aussi hydraulique. L’utilisation massive des eaux du Jourdain et le sur pompage excessif des nappes souterraines ont fait d’Israël, un pays où la consommation en eau dépasse largement sa potentialité renouvelable, accusant un déficit hydraulique d’au moins xv 300 millions de m3 par an. Dans d’autres pays, l’intensification des programmes du développement agricole et les réformes agraires, ont permis dès les années soixante, d’une expansion significative des surfaces irriguées, mais les interventions étatiques mal étudiées ont eu des incidences négatives sur la performance de l’agriculture en général, et sur la productivité agricole en particulier. D’une part, la production alimentaire s’est accru moins vite que la population totale ; la contribution de l’agriculture au revenu national s’est affaiblie, et le taux de croissance de la population active agricole marque un retard bien observé par rapport à celui de la population totale. xvi D’autre part, la promotion d’un certain nombre de cultures qui consomment généralement une grande quantité d’eau, a été relativement un mauvais choix dans certaines zones du Moyen-Orient, où le taux d’évaporation est important, et les précipitations sont absentes au cours de la grande partie de l’année. Par exemple, le coton, dont un kilo a besoin d’environ dix mille litres d’eau, domine largement le secteur agricole de l’Egypte, du Soudan et de la Syrie. En outre, chaque hectare de culture irriguée consomme annuellement en moyenne 7 400 m3 d’eau au Liban, et dépasse 13 000 m3 d’eau en Syrie où le potentiel hydraulique est estimé à quelques 9,2 milliards de m3 par an, provenant essentiellement de l’Euphrate et du Tigre. Donc, c’est à nous d’imaginer les quantités d’eau nécessaires pour irriguer toutes les terres cultivables en Arabie Saoudite ( près de 4,5 millions d’hectares) où chaque habitant ne dispose aujourd’hui que d’environ 160 m3 d’eau par an . xvii SECTION 3 : LE DEFAUT DE LA PRODUCTION ALIMENTAIRE, DU AU MANQUE D’EAU (doc.28) L'accumulation de plusieurs facteurs déficitaires tels que le manque d'eau, la difficulté de nourrir une population sans cesse plus nombreuse, et l'impossibilité de la mise en culture de nouvelles terres cultivables sur une vaste échelle, tout cela a rendu la dépendance alimentaire comme un sort inéluctable. A part deux Etats qui sont exportateurs nets de produits alimentaires, à savoir : la Turquie où la balance agricole est toujours positive, et Israël qui subventionne énormément son agriculture, le reste du Moyen-Orient dépend des importations pour couvrir le tiers de son approvisionnement alimentaire. (Atlas géopolitique du moyen orient) La situation de l'Irak est particulière, car ayant pourtant augmenté significativement la productivité de ses terres agricoles, elle aurait dû d'ici cette fin du siècle, atteindre l'autosuffisance alimentaire. Mais en raison des deux guerres du golfe, et de l'embargo économique imposé par l'ONU, elle n'a pu mener à terme son programme d'irrigation, déjà gravement endommagé. Alors que les autres pays de la région se voient contraints soit de développer des industries exportatrices pour financer leurs importations agro-alimentaires, soit de compter sur l’aide internationale. xviii Ce fut le cas, par exemple, de l’Egypte qui se trouve dans l’obligation d’importer, chaque année, plus de 60 % de ses nourritures, et qui se classe au troisième rang mondial, après la Russie et la Chine, pour l’importation du blé : «une situation délicate à gérer, car l’Egypte ne produit que trois millions de tonnes de blé par an et en consomme sept». xix 7 SECTION 4 : LE FARDEAU DE LA POLLUTION ET DE L’APPROVISIONNEMENT EN EAU POTABLE (doc.29) Comme de nombreuses régions du monde, la qualité de l’eau douce ne cesse pas de se dégrader au MoyenOrient. Les origines de la pollution s’expliquent principalement dans l’emploie massif d’engrais chimiques et de pesticides, l’expansion anarchique des zones urbaines et industrielles, le mauvais état des canalisations et des autres systèmes d’approvisionnement, et la surexploitation des nappes d’eau souterraines produisant l’intrusion de l’eau de mer salée. Le taux d’accès à l’eau potable ou salubre tend alors à diminuer au lieu d’augmenter, tandis que le décalage, quant à cet accès, est parfois énorme entre les zones urbaines et rurales. (doc.30 et 31) Dans la vallée du Jourdain, la salinité des eaux du lac de Tibériade reste relativement d’origine naturelle, mais c’est surtout le sur pompage des eaux souterraines qui se pose de véritables problèmes de pollution, notamment à Gaza et en Cisjordanie, où la salinité des eaux atteigne son niveau le plus alarmiste, et dépasse largement les normes édictées par l’OMS. La conséquence de cette situation est extrêmement inquiétante. Ainsi, seulement 50 à 60 % des zones urbaines en territoires autonomes et occupés sont raccordées à des réseaux d’égouts et d’évacuations des eaux usées, tandis que plus de 50 % des foyers palestiniens n’ont pas encore un accès à l’eau courante ou potable. Les Etats multiplient donc les mesures législatives pour assurer la conservation, la protection et la gestion rationnelle des eaux, tout comme sur le plan international on se préoccupe de la mise en valeur équitable et optimale des cours d’eau internationaux. Mais il apparaît de plus en plus clairement que le droit reste jusqu’ici, incapable de trouver des solutions adéquates à certains problèmes, dont l’acuité peut les transformer au MoyenOrient, en conflits caractérisés. Deuxième partie : Les hydro conflits et le droit internationale : l’eau génératrice de conflit devant les lacunes du droit internationale. (doc.32 et 33) Le manque d’eau au moyen orient est un élément essentiel qui se situe au fond même des conflits opposants les différends pays de la région. La question de la maîtrise de cette ressource n’est pas nouvelle. Ainsi l’Etat qui s’octroiera le contrôle sur cette richesse naturelle s’arroge, de fait, un pouvoir incommensurable et réel sur le devenir et les politiques générales, économiques et social des autres Etats de la région. D’ou la convoitise de cette richesse. « L’eau n’est pas politiquement neutre, elle est convoitée, elle est l’objet de luttes politiques et, pour sa possession, des stratégies se dessinent, se cristallisent, se déploient.» C’est ce que nous allons étudier tout au long de cette deuxième partie. Chapitre 1 : L’eau et ses implications sur le conflit israélo arabes Section 1 : le contentieux hydraulique entre Israël et ses voisins arabes. A) Historique : Israël à la conquête de l’eau 1) Le projet sioniste Dès l’origine, la maîtrise de l’eau a constitué dans l’idéologie sioniste, puis dans les fondations d’Israël, l’un des socles essentiel sur lequel s’est articulé le concept de sécurité nationale de l’état hébreu. Les fondateurs du mouvement sioniste s’étaient d’ailleurs vite rendu compte, de l’importance de disposer de ressources hydrauliques suffisantes afin d’enraciner un futur état juif dans la région.(doc.34) Ainsi dès 1919 et 1920, au cours des discussions sur l’avenir de la Palestine, avec la mise en place d’un mandat britannique sous l’égide de la société des nations, le mouvement sioniste aborde déjà la question de l’eau dans une lettre de Chaïm Weizman (président de l’organisme sioniste mondial) adressée au Premier ministre britannique Llyod Georges.(doc.35) Celle-ci explique l’importance vitale du fleuve Litani et des sources du Jourdain pour l’indépendance de la Palestine. Quant à Ben Gourion, en 1941, il réaffirme leur importance pour le futur Etat d’Israël. La position française en 1920, opposée à une cession d’une partie du Liban, et les positions des belligérants en 1949, ont empêché les Israéliens de prendre directement le contrôle de ces ressources aquifères convoitées. 8 Les dirigeants sionistes ont ainsi démontré que du contrôle des ressources en eaux dépendait l’avenir de leur futur Etat. Que l’eau est primordiale, à la base de l’économie car touchant tous les secteurs sans exception. Le mouvement sioniste n’obtint pas la réponse escomptée à sa requête mais n’abandonna pas pour autant. Le 29 novembre 1947, les Nation Unies décidèrent de partager la Palestine en deux Etats ; ainsi naquît l’Etat d’Israël. Il hérita d’une terre en friche dans cette région aride qu’est le Proche Orient. C’est alors le début d’un combat. Aussi dès 1948 les dirigeants du jeune Etat vont placer au rang de leur toute première priorité, le développement agricole du pays. En fait la stratégie agricole israélienne était guidée par deux considérations : tout d’abord endiguer le phénomène de désertification et assurer l’autosuffisance alimentaire du pays, car « si l’Etat ne se débarrasse pas du désert, le désert se débarrassera de l’Etat(…) Le désert est l’allié naturel de nos ennemies; plus le désert est grand, plus grand est le danger», mettait en garde le fondateur d’Israël, David Ben Gourion ; mais au-delà de ces impératifs de sécurité, la colonisation agricole s’inscrivait aussi, dans l’engagement idéologique souscrit par les fondateurs de l’Etat hébreu ( engagement de préserver son agriculture comme fondement et part essentielle de son héritage et de son objectif national de «retour à la terre» dans leur antique patrie). 2) Hydro stratégie a) Convoitise des eaux extérieures par Israël (doc.36) Au début des années 50, Israël met au point un projet de détournement des eaux du Jourdain vers le désert du Neguev (doc.37). Ce projet visait à drainer les marécages autour du lac Huleh vers le lac de Tibériade. Toutefois devant la colère des nations arabes et l’hostilité des Etats Unis et les pressions internationale, ce projet sera abandonné par Israël. Pour autant l’idée de la construction d’un conduit partant de la plaine côtière et qui irriguerait tout le pays jusqu’au désert du Neguev ne sera que provisoirement abandonnée par les dirigeants de l’Etat hébreu. Ainsi, suite à l’échec des tentatives de concertation des parties belligérantes, entre 1953 et 1967, Israël mettra en œuvre de façon unilatérale dans le cadre du «national water carrier project» un plan de pompage des eaux du lac de Tibériade pour irriguer l’ensemble du pays jusqu’au désert du Neguev. Le National Water Carrier verra le jour en 1964(doc.38), long de 130 km il permet à Israël d’acheminer l’eau du lac de Tibériade ( et donc par conséquent du Jourdain) partout où le besoin s’en fait sentir. b) Réaction des nations arabes - Le rejet du plan Johnston Lorsqu’en 1951 les Israéliens décidèrent de réactiver un ancien projet de drainage des marécages du lac Huleh vers le lac de Tibériade, les Etats-Unis, devant l’hostilité des nations arabes, dépêchèrent un ambassadeur (l’ambassadeur Johnston) dans la région afin qu’il élabore un plan de partage des eaux du Jourdain. Le plan élaboré en 1953 par l’ambassadeur Johnston prévoyait l’attribution pour chaque Etat, de quotes-parts dans l’exploitation du Jourdain et de ses affluents : 52 % des eaux pour la Jordanie, 36 % pour Israël, 9 % pour la Syrie et 3 % pour le Liban ( les 4/5 des eaux du Yarmouk étant attribués à la Jordanie, le reste à la Syrie). L’exploitation de ces ressources hydrauliques devait se faire en commun sur le modèle de la Tennesse Authority Valley créée dans les années 30 par F.D.Roosevelt. Toutefois devant l’hostilité des nations arabes, qui voyaient dans l’exploitation en commun des eaux du Jourdain une reconnaissance implicite de l’Etat hébreu, ce plan en restera à l’état de projet. Dès lors chacune des parties développera de manière unilatérale des plans afin de mettre en valeur les eaux du Jourdain (doc.39): la Jordanie en construisant le canal de Ghor ((doc.40)canal longeant le Jourdain sur 120 Km afin d’irriguer la vallée du fleuve et assurer l’approvisionnement en eau potable des agglomérations du Nord-Ouest du pays) ; Israël en construisant le National Water Carrier. - L’élaboration d’un contre-projet arabe (doc.41) Les pays Arabes inquiet de la situation, face à la construction du National Water Carrier, décidèrent au cours de la conférence du Caire en 1964, un contre projet de détournement du Jourdain à leur profit. Ceci avait pour objectif de priver l’Etat hébreu des ressources hydrauliques indispensables à son développement. 9 Ainsi ce contre projet prévoyait le détournement des eaux du Jourdain à leur source : les eaux du Banias vers le Yarmouk ; et celle du Hasbani vers le Litani. Un tel détournement aurait entraîné pour Israël une réduction de 50 % de l’eau disponible à partir du Jourdain. Or, suite aux mises en garde du Premier ministre israélien de l’époque, Levy Eshkol : « toutes tentatives arabes d’empêcher Israël d’utiliser la part qui lui revient des eaux du Jourdain, seraient considérées par nous comme une attaque contre notre territoire. J’espère donc que les Etats arabes n’appliqueront pas les décisions qu’ils ont prises à la conférence du Caire en 1964. Car s’ils les appliquaient une confrontation militaire serait inévitable » xx ; l’Etat hébreu lança par trois fois des raids aériens sur la Syrie pour empêcher la poursuite des travaux sur le Jourdain. Or faute de pouvoir en assurer une protection militaire, la décision fut prise par la Syrie d’en suspendre l’exécution. c) La politique d’extension territoriale d’Israël : la guerre Israélo-arabe : une guerre pour l’eau ? Israël disposait de peu de ressources en eau a la veille de son indépendance. On lui avait accordé le lac Houleh et un accès limité au Jourdain et au lac de Tibériade. Les Etudes prospectives, qu’Israël avait demandés, lui montraient clairement que s’il ne trouvait pas rapidement une solution à la pénurie d’eau, son avenir dans la région serait sérieusement compromis. Nous verrons qu’une seule alternative s’offrait à lui : conquérir les territoires qui lui permettraient de contrôler les ressources en eau nécessaires à son développement économique. En 1948, un premier conflit éclata entre Israël et les pays arabes ne le reconnaissant pas. Celle-ci fut remportée par l’Etat hébreu, qui gagna quelques km² de territoires sur lesquels se trouve la source du Dan. Ce fut le début d’une politique de conquête de la part d’Israël, afin d’acquérir les ressources en eau vitale pour sa survie. - la guerre des 6 jours Les travaux du projet arabe discuté lors de la conférence du Caire débutent en 1965, financés par l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Israël quant à lui renforce le contrôle et la protection du Dan. De multiples escarmouches ponctuent le déroulement des travaux entre 1953 et 1967. (cf document) comme au cours de l’année 66, on assiste à une intensification des actions de sabotage visant les stations de pompage d’Israël. Et en 1967, lorsque la Jordanie entreprit la construction du barrage sur le Yarmouk (l’un des principaux affluents du Jourdain), Israël n’hésita pas à envoyer son aviation afin de détruire les travaux réalisés. Le 5 juin 1967, Israël prend les devants et en six jours de guerre éclair défait la coalition des armées arabes qui se pressait à ses frontières. Ses gains territoriaux sont considérables puisque outre le Sinaï, ils recouvrent : la bande de Gaza, la Cisjordanie et le plateau du Golan. L’eau n’a pas été le seul facteur déterminant du déclenchement de cette guerre. L’antagonisme culturel et religieux entre juifs et arabes, le combat pour une terre retrouvée et convoitée, l’étroitesse de l’espace stratégique israélien, la menace militaire et le complexe d’encerclement suscité par les armées arabes, la volonté d’Israël de rester maître de la situation sur le terrain en lançant une offensive préventive, tous ces paramètre sont rentrés en jeu et expliquent peu ou prou cette deuxième guerre israélo-arabe. Cependant, il est indéniable que les acquisitions territoriales de l’Etat hébreu lui permettent, à l’issue des hostilités, de contrôler la majeure partie des ressources locales de l’eau : (doc.42 et 43) - Le Golan et donc les sources du Jourdain, - La Cisjordanie et donc la rive Ouest du Jourdain ainsi que les nappes phréatiques de cette région, - La bande de Gaza et donc les nappes aquifères côtières. C’est pourquoi s’il est abusif de ne voir dans la guerre des six jours simplement qu’une guerre de l’eau, il est tout aussi restrictif de n’y entrevoir aucun lien avec une volonté de contrôle des ressources aquifère (doc.44) - La guerre de 1973. Les gains obtenus ont même été consolidé et ce, d’autant plus logiquement qu’à cette époque, stratégie territoriale de défense et stratégie territoriale hydraulique d’Israël coïncident. C’est ainsi que pendant la guerre de 1973, après s’être fait bousculer sur le Golan par l’armée Syrienne, les troupes de Tsahal ont regagné leurs positions de 1967 en les élargissant d’environ 500 km². Occupé depuis 1967, le Golan est annexé le 14 décembre 1981.Le point haut qu’est le Golan, domine la Syrie et Israël : on s’accorde donc à dire que ce territoire est stratégique. Son occupation permet de disposer d’un avantage militaire certain sur le voisin. D’où le refus invoqué par Israël de le restituer. Or il a été démontré qu’avec 10 les techniques modernes le danger pouvait venir d’un Etat non frontalier( ex : L’envoie de missiles Scud par l’Irak sur le territoire d’Israël lors de la guerre du golfe) Mais cette occupation entre aussi dans l’hydro stratégie Israélienne, lui permettant ainsi de contrôler une partie des sources du Jourdain. xxi - L’invasion du Sud-Liban En 1978, caressant toujours l’idée de disposer des eaux du Litani, l’Etat hébreu envahit le Sud Liban jusqu’au fleuve. L’opération portera d’ailleurs son nom. Là encore il serait abusif de considérer que l’eau a été l’unique facteur déterminant de cette opération. Des considérations de pure sécurité territoriale sont aussi largement entrées en jeu. En effet, les Palestiniens réfugiés au Liban avaient établi nombre de leurs camps dans le Sud du pays d’où ils harcelaient le Nord d’Israël. L’établissement d’une zone tampon était donc parue nécessaire à l’Etat hébreu. - Le contrôle israélien des eaux extérieures La politique de contrôle des ressources extérieures ne s’est pas cantonnée à ces acquisitions territoriales d’importance. Un regard attentif est aussi porté sur l’utilisation des ressources du bassin par les voisins. L’Etat hébreu a toujours fait pression sur ses voisins en menaçant de représailles leurs canaux de distribution d’eau ou tout autre projet de barrage, tel «l’East Ghor Canal» situé en Jordanie. Or en juin 1969, Israël notant une baisse notable du Jourdain imputé à tord à la Jordanie frappe à deux reprises les installations du canal de la rive est du fleuve entraînant l’exil de 6 000 personnes de la vallée. Grâce à sa puissance militaire, dominante dans la région, et malgré sa position d’Etat aval du Jourdain, Israël a donc su, jusqu’à présent, maintenir un certain statu quo sur l’utilisation des ressources en eau du fleuve. B) LES CONTENTIEUX ACTUELS ENTRE ISRAEL ET SES VOISINS ARABES Le monopole israélien sur l’utilisation des ressources locales en eaux, du fait de son extension territoriale militaire, pose aujourd’hui toujours des problèmes quant à l’instabilité de la région. Pour certains, aucun accord n’est possible tant que les territoires ne sont pas restitués (Syrie, Liban), pour d’autre un accord a été établi bien qu’il ne résous pas tous les problèmes.(doc.45) 1) Le contentieux avec la Syrie : le Golan (doc.46) Depuis 1967 et la guerre des six jours remportée par Israël, l’état hébreu administre le plateau du Golan, portion de territoire anciennement syrienne. Or le plateau du Golan fait figure de véritable château d’eau dans cette partie du monde caractérisée par sa très grande aridité : puisque c’est dans cette région que prend naissance les principales sources du Jourdain, à savoir notamment le Banias qui alimente le Jourdain à hauteur de 117 millions de m3 d’eau par an. En fait d’après un rapport des Nations-Unies, le Golan contribuerait pour 22 % à l’approvisionnement en eau d’Israël. Mais plus important encore, ces eaux rechargent le lac de Tibériade, principal réservoir de l’Etat hébreu. Or pour Monsieur Tzur, directeur de l’administration israélienne de l’eau, «toute remise en cause de l’approvisionnement en eau du lac de Tibériade constituerait un coup critique pour Israël». xxii Aujourd’hui si de nombreuses voix s’élèvent en Israël pour demander la restitution du Golan, portion de territoire qui n’entre pas dans les délimitations des frontières bibliques de l’Etat hébreu. Il semble toutefois qu’une éventuelle restitution ne soit plus véritablement à l’ordre du jour depuis l’accession au pouvoir de Monsieur Ariel Sharon, et la rupture du dialogue engagé par Itzhak Rabin avec la Syrie (ayant voté en 1998, en faveur d’une proposition de loi selon laquelle l’appartenance du Golan à Israël ne saurait être révoquée que par une majorité qualifiée). 2) Le contentieux avec le Liban: les eaux du Litani (doc.16) Dès 1941 les dirigeants sionistes ont mis l’accent sur l’importance des eaux du sud Liban pour le futur Etat d’Israël. David Ben Gourion déclarait alors «pour parvenir à enraciner l’Etat juif, il faudrait que les eaux du Jourdain et du Litani soient comprises à l’intérieur de nos frontières». xxiii De même dans les années cinquante, les Israéliens proposeront plusieurs plans d’exploitation en commun des eaux du Litani, et notamment le plan Cotton qui prévoyait le détournement annuel de 400 millions de m3 d’eau à leur profit, soit 55 % du débit du fleuve. 11 En fait les Israéliens ont toujours justifié leurs prétentions par le fait que le Liban n’utilise que partiellement ces eaux et qu’une bonne partie d’entre elles se jette dans la mer Méditerranée sans être exploitées, ce qui constitue aux yeux des israéliens une grave anomalie qu’il convient d’autant plus de corriger que l’eau est rare au ProcheOrient. A cela les libanais répondent que le Litani est un fleuve 100 % libanais, puisque entièrement situé dans les frontières internationalement reconnus du Liban. Et dès lors les autorités libanaises ont toujours refusé tous plans israéliens d’exploitation en commun de leurs ressources en eau douce. Or quand en 1975, puis en 1982, les Israéliens envahissent le sud Liban en invoquant des considérations de sécurité intérieure, de nombreuses voix s’élèvent alors pour dénoncer les projets israéliens de captation des eaux du sud Liban. Aujourd’hui si la présence israélienne subsiste de manière infime au sud Liban, malgré le retrait de Tsahal ; Israël semble avoir abandonné la volonté de puiser les eaux du Litani. Même si la politique actuel que mène Ariel Sharon reste dubitatif quant au future. 3) Conflit dans la vallée du Jourdain : contentieux et accords avec la Jordanie a) Avant 1994 : l’exploitation presque exclusive du Jourdain par Israël Depuis 1964 et la construction du National Water Carrier, Israël pompe annuellement 500 millions de m3 d’eau dans le lac de Tibériade et donc par voie de conséquence dans le Jourdain. Or en raison de cette utilisation, il en résulte en aval pour la Jordanie une forte diminution du débit du fleuve, mais également une augmentation de sa salinité, ce qui en limite l’utilisation (la Jordanie ne puise qu’un tiers de l’eau puisée chaque année par les deux pays dans le Jourdain). Or cette situation a conduit la Jordanie à une surexploitation de ses nappes souterraines (y compris ses nappes non renouvelables), et ce afin de faire face à ses besoins croissants de consommation en eau douce. En outre des mesures de rationnement de l’eau potable ont également été décrétées, par la mise en place de coupures variant d’un à quatre jours par semaine. En dépit de ces mesures drastiques d’économie, la Jordanie est restée confrontée à un déficit croissant de ses besoins en eau potable. Aussi compte tenu des perspectives à venir, et du réchauffement des relations avec l’Etat hébreu, la Jordanie s’est engagée sur la voie de la coopération, afin de faire face à ces difficultés. b) Après 1994 : l’exploitation en commun du Jourdain par Israël et la Jordanie : La Jordanie prise en étau. (doc.11) Conclu le 26 octobre 1994 le traité de paix entre la Jordanie et Israël s’inscrit dans le processus initié à Oslo quelques années auparavant entre israéliens et palestiniens. Au terme d’une déclaration de principe, chacune des parties s’est accordée à reconnaître mutuellement leur quota légitime des eaux du Jourdain et du Yarmouk, et à s’assurer que la gestion et le développement de leurs ressources respectives n’affectent en aucune façon les ressources en eau de l’autre partie. En outre, par ce traité, israélien et jordanien ont convenu d’un certain nombre de mesures pour régler le problème du partage des eaux du Jourdain. Ainsi, Israël s’est engagé, d’une part à fournir chaque année à la Jordanie 50 millions de m3 d’eau, et d’autre part, à participer à des travaux destinés à lui procurer 100 millions de m3 d’eau supplémentaire. La répartition en faveur d’Israël demeure malgré tout. D’autant plus qu’elle ne respecte pas toujours ses engagements, car fait passer ses intérêts hydrauliques avant tout (exemple en cas de sécheresse). La Jordanie connaissant une forte augmentation de sa population, et le débit du Yarmourk ne cessant de diminuer, de nouveaux engagements sont intervenus. La Jordanie se retrouve dans une situation de dépendance à l’égard d’Israël. Section 2 : Le contentieux hydraulique entre israéliens et palestiniens A) Le partage de l’eau sous administration israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza : une répartition inégale des ressources existantes L’Etat hébreu suit une politique drastique de maîtrise des ressources en eau situé à l’intérieur de ses frontières et des territoires occupés. Celle-ci s’est concrétisée au travers de la politique d’implantation des colonies juives, et de celle de l’aménagement et de la législation de l’eau. 12 1) L’implantation de colonies (doc.47) L’implantation des colonies en territoires occupés procède avant tout d’une stratégie d’occupation du sol qui puisse contrebalancer l’infériorité numérique des juifs par rapport aux arabes dans ces régions. Au lieu donc de concentrer les colons, le gouvernement favorisa l’éparpillement des implantations pour obtenir un maillage continu de présence juive entre les agglomérations à majorité palestinienne afin de contrôler les zones les mieux dotées en ressources hydriques. La stratégie d’implantations des colonies répondait donc en partie à une stratégie de contrôle des ressources en eau. xxiv 2) Une législation restrictive à l’égard des palestiniens Devant un contexte de raréfaction de ces ressources et dans le cadre de sa politique de gestion des eaux, Israël a adopté une réglementation. Mais celle-ci apparaît contraignante quant aux conditions de vie des palestiniens. a) Nature de la réglementation applicable sous l’administration israélienne (doc.48) Depuis 1967 qui marque le début de l’administration par Israël des territoires de Cisjordanie et de la bande de Gaza, un certain nombre d’ordonnances et de décrets militaires sont venus confier le contrôle et la gestion de l’eau dans ces territoires à l’administration israélienne (ordonnance n°92 du 5 août 1967 et décret n°158 du 1 octobre 1967). Ainsi depuis 1959 la loi israélienne place les ressources hydrauliques sous l’autorité exclusive de l’Etat qui gère l’ensemble du réseau aquifère. Un commissaire général surveille la consommation, la qualité des prix de l’eau. De plus chaque municipalité, colonie, personne privée ou institution se voit accordé chaque année un quota d’eau destiné à couvrir ses besoins. Dans le cadre de cette politique un certain nombre de restrictions ont été, en outre édictées pour limiter l’accès et l’utilisation de l’eau par les Palestiniens : • Interdiction de creuser des puits destinés à une consommation domestique sans autorisation préalable délivrée par les autorités militaires (or ces ressources ne sont délivrées qu’exceptionnellement) ; • Mise en place de compteurs pour limiter la consommation d’eau, et fixation de quota pour le pompage ; • Expropriation de puits des propriétaires absents des territoires arabes occupés qui se voient dépouillés de toute ressource hydraulique ; • Interdiction des plantations d’arbres fruitiers jugées trop dispendieuses en eau, plus destruction d’arbres. (doc.49) b) Conséquence de cette réglementation appliquée par Israël Si les autorités israéliennes estiment que le volume total fourni et la consommation par personne ont augmenté de façon significative sous leur administration (une centaine de systèmes d’adduction d’eau ont été installés par Israël dans les communes rurales depuis la fin de l’administration jordanienne en 1967). Force est de constater qu’un déséquilibre important existait dans la répartition de l’eau entre israéliens et palestiniens que se soit à l’échelle d’Israël ou simplement des territoires de Cisjordanie et de Gaza. Ainsi sur les 650 millions de m3 qui constituent le rendement annuel de l’aquifère situé en Cisjordanie, les Palestiniens n’en percevaient que 160 millions de m3. Ce qui portait la consommation annuelle d’un palestinien à 123 m3, contre 350 m3 pour un israélien et 1 000 m3 pour un colon israélien vivant dans les territoires administrés. xxv Dans la bande de Gaza, les 5 000 colons juifs absorbent 17 % de la consommation totale d’eau de cette région. D’après une étude réalisée au début des années 90 : 37 % de la population des territoires administrés par Israël ne disposaient pas de l’eau courante à la maison. xxvi Or si cette répartition inégalitaire entre les colons israéliens et les Palestiniens s’expliquait en partie par le fait que les colons sont majoritairement des agriculteurs (ce qui augmente leur besoin en eau). Force est de constater qu’un certain nombre de mesures discriminatoires ont été prises par les autorités israéliennes dans la répartition de l’eau entre les habitants de cette région. Ainsi les autorités israéliennes n’autorisaient généralement pas les Palestiniens à creuser des puits dépassant une profondeur de 100 mètres, alors que dans le même temps les puits des colons atteignaient couramment 300 à 500 mètres. Par ailleurs des autorisations de forage étaient parfois délivrées aux agriculteurs israéliens à proximité de puits palestiniens existants. 13 Enfin, par le biais de l’organisation sioniste mondiale, le gouvernement israélien subventionnait l’eau utilisée par les implantations juives dans ces territoires : de sorte qu’un colon payait 15 agorot le mètre cube d’eau destiné à l’agriculture et 23 agorot celui destiné à son usage domestique ; alors que le consommateur palestinien devait payer 70 agorot le mètre cube quelle que soit son utilisation. xxvii Aussi l’ensemble de ces restrictions ont entraîné une diminution de la surface des terres irriguées exploitées en Cisjordanie par les palestiniens (27 % avant 1967 contre 3,7 % aujourd’hui). xxviii B) Le partage de l’eau dans le processus de paix (doc.50) L’accord du Caire du 4 Mai 1994 avait aboutit à la création d’un directorat palestinien de l’eau dont la seule prérogative était de «superviser» les puits situés dans les zones autonomes et de négocier avec Israël la part des ressources hydrauliques qui lui «reviennent». Le partage de l’eau au lendemain des accords intervenus en 1996 dans le cadre du processus d’Oslo ont aboutit à un certains nombre de compromis au sujet de l’eau. 1) Un compromis entre deux positions radicalement opposées (doc.51) Traditionnellement définie comme l’un des points essentiels du processus de normalisation des relations entre israéliens et palestiniens, au même titre que la question de Jérusalem, la question de l’eau aura été très délicate au cours des négociations qui ont abouti au début de l’année 1996. (doc.52) Or même s’il ne s’agissait là que d’un accord provisoire portant sur une période limitée, il n’en demeurait pas moins un premier pas extrêmement important dans la conciliation de deux positions radicalement opposées : o Les Palestiniens revendiquant pour leur part, le contrôle de 80% des eaux de l’aquifère des collines de Cisjordanie, alors qu’ils n’en utilisaient que le cinquième à cette époque. o Les Israéliens faisant valoir pour leur part, des droits historiques de riverain (fondés sur le principe de l’antériorité de l’usage) ; ils craignent par ailleurs une exploitation inconsidérée de l’aquifère montagneux par les Palestiniens de nature à mettre en danger l’avenir de ces gisement. 2) Nature du compromis auquel ont abouti les négociateurs israéliens et palestiniens (doc.53) Pour la première fois l’Etat hébreu reconnaît explicitement «les droits» des palestiniens sur les ressources d’eau de la Cisjordanie. Même si la définition précise de ces droits est repoussée à l’accord sur le statut définitif des territoires, le principe fut énoncé. Outre la promesse d’une quantité d’eau supplémentaire, les Palestiniens se sont vu accordé la possibilité de procéder à des forages pour accroître leurs ressources en eau, dans des quantités qui ne mettront pas en danger l’équilibre global de la région. Une commission mixte devra veiller à ce qu’aucune action contraire aux intérêts de l’autre partie ne soit entreprise. 3) L’échec du processus de paix L’accord de Taba dit d’Oslo 2, signé à Washington le 28 septembre 1995, a reporté aux négociations finales la question de l’eau, qui devait aboutir à un accord avant le 13 septembre 2000. Chose qui n’a pas eu lieu. Au vue de ces accords, Israël souhaite, tout de même garder le contrôle de ressources hydriques palestiniennes, dont la survie en dépend. Avec l’arrivé au pouvoir d’Ariel Sharon, et compte tenu de la situation actuelle, nous pouvons nous interroger, avec la destruction de l’autorité palestinienne, sur les réels intentions de la politique du Premier ministre, quant au devenir de ces accords. Lui-même les a considérés comme nul et non avenu. CHAPITRE 2 : LA FREQUENCE DES LITIGES HYDRAULIQUES SUR LES UTILISATIONS DES RESSOURCES EN EAU INTERESSANT PLUSIEURS ETATS SECTION 1 : LE ROLE DE L’EAU DANS LES CONFLITS DU BASSIN DE L’EUPHRATE/TIGRE A. La position de pays amont comme facteur de puissance Un pays situé en amont d’un cours d’eau a un avantage substantiel sur le ou les pays qui se trouvent en aval. Non seulement ils se servent de la quantité dont ils ont besoin, mais ils décident également de la quantité à octroyer aux autres. Cette position des pays amont est d’autant plus appréciable lorsqu’on est en période de pénurie. 14 C’est dans ce contexte que la Turquie, pays amont entend négocier au prix fort ses gisements «d’or bleu», au même titre que l’a été ou peut l’être «l’or noir». C’est encore là un moyen de pression et stratégique au niveau régional et national au profit du pays qui contrôle cette ressource. La Turquie «château d’eau» de la région compte asseoir sa main mise hydraulique en entreprenant des projets d’aménagements. 1) La Turquie «château d’eau de la région». (doc.53 et 54) En effet, soumise à un régime de précipitations régulières et abondantes, elle est le berceau des deux cours d’eau vitaux pour le développement syrien et irakien, pays situés en aval : le Tigre et l’Euphrate.(cf 1ére partie) Ces deux fleuves prennent essentiellement leur source, au sud du pays, dans les chaînes du Taurus, (qui peut atteindre 4 000 mètres d’altitude ; Les chutes de neige y sont considérable en hiver.). La Syrie et l’Irak pays situé en aval sont dans une situation de faiblesse. Ankara qui contrôle respectivement 98% et 45% du débit de l’Euphrate et du Tigre, et compte tenu de sa richesse hydraulique, est bien décidée à profiter de cette position avantageuse. Pourtant c’est la Syrie qui atout d’abord cherché à contrôlé le débit de l’Euphrate avec la construction en 1974, d’un barrage qui a failli être la cause d’un conflit avec son voisin l’Irak. Chacun va essayer de contrôler cette ressource par la construction de nombreux projets mais le plus impressionnant projet est celui de la Turquie. 2) Les plans d’aménagements de la Turquie : la maîtrise de l’eau a) Le projet d’Anatolie du Sud Est : le G A P (doc 55 et 56) Un vaste programme de développement, qui commence par l’aménagement hydraulique du territoire, à été entrepris par la Turquie au détriment de ses voisins. L’objectif est de développer l’Anatolie du Sud en permettant la population d’accéder à l’eau. Ce projet d’aménagement sur le Tigre et l’Euphrate prévoit, d’ici 2010-2015, l’irrigation de 1,7 millions d’hectares, la construction de 17 centrales hydro-électrique (11 sur l’Euphrate, 6 sur le Tigre), et de 22 barrages 14 sur l’Euphrate, 8 sur le Tigre). Le plus important est le barrage Atatürk. Il possède une retenue de 48,5 km2 qui couvre une superficie de 817 km2 ; sa production d’électricité s’élève à 2400 MW pour une production annuelle de 27 millions de km/h. Lors de la fin de sa mise en eau, du 13 janvier au 13 février 1990, la Turquie réduisit brutalement le flux de l'Euphrate au niveau minimum négocié en 1982 et confirmé en 1987 avec la Syrie. Les protestations syriennes et irakiennes se firent immédiates par le déclenchement d'une violente campagne verbale contre la politique de leur voisin. b) Les désagréments et mécontentements de la Syrie et l'Irak Naturellement, l'Irak et la Syrie dénoncent ce gigantisme projet unilatéral, qui ne manquera pas d'avoir des conséquences certaines sur les débits et la qualité des eaux en aval du Tigre et de l'Euphrate. Cette situation a d'ailleurs entraîné le refus de la Banque Mondiale de participer au financement. La réalisation du projet n'en est pas moins poursuivie, même si elle est plus échelonnée dans le temps. Car, l'ambition de la Turquie est de devenir le premier fournisseur d'eau, d'électricité et de produits agricoles de la région, tout en gardant une parfaite maîtrise des ressources aquifères qui se trouvent sur son territoire. Le couplage des réseaux électriques turcs et syriens est d'ailleurs déjà réalisé. C'est cette dimension de coopération qu'Ankara met en avant, pour légitimer le développement pharaonique du Gap ; alors que les pays arabes y voient d'abord une tentative de domination régionale, mettant en cause leur indépendance et donc leur sécurité. Cependant, la Turquie renvoie Damas au problème de l'Oronte (doc.57) qui arrose d'abord le Liban et la Syrie avant son arrivée en Turquie. Les extractions effectuées par les deux premiers pays font qu'en saison sèche, il ne reste plus d'eau pour le troisième. La situation est inverse de celle de l'Euphrate. Mais la Syrie ne souhaite pas, sur cette question, un accord général, qui selon elle, pourrait être pris par Ankara comme une reconnaissance syrienne, enfin officielle, de l'appartenance à la Turquie de la région de Hatay, où s'écoule l'Oronte. Le problème d'utilisation de ressources en eau risque de réveiller là, celui de la reconnaissance des frontières…. B) L'hydro stratégie Turque Derrière ces programmes à but économique (doc.58 et 59), se cachent, en réalité, des préoccupations politiques.(doc.60) 15 Ce gigantesque projet d'aménagement constitue souvent l'indice de la volonté de tel pays de s'affirmer d'abord au plan national ensuite au plan régional. Politiquement en fait, la Turquie semble poursuivre, grâce à son hydro politique, simultanément plusieurs buts : 1) Stratégie de politique intérieure(doc.61) Sur le plan interne, Ankara a pour but de désamorcer à moyen terme la guérilla armée au Kurdistan permettant le décollage économique de cette région la plus pauvre et la plus instable politiquement xxix . Ainsi elle pense résoudre le problème Kurde. 2) Stratégie de politique régionale(doc.62) Sur le plan régional, profitant d'une position de force résultant de sa situation géographique de riverain amont, elle veut affirmer sa prééminence sur les riverains de l'aval qui prétendent être ses rivaux. En effet, tous les pays qui entourent cette région apparaissent sérieusement déficitaire en produits agro-alimentaire xxx , elle souhaite ainsi exercer une politique économique et culturelle quant à sa position de force. a) Un moyen de pression sur la Syrie et l'Irak La Turquie voulant sortir l'Anatolie du sud de son isolement pour mieux la contrôler, va par la même occasion faire pression sur la Syrie pour l'empêcher de servir de refuge aux rebelles du PKK. En effet, la Turquie, qui peut à tout moment réduire le niveau de l'Euphrate en aval, a prévenu la Syrie que tout soutien à la rébellion Kurde lui sera fatal (d’où l'expulsion du chef du PKK à l'automne 98). L’Irak, du fait de son hydrographie est moins dépendant. Mais subissant les revers des deux guerres du Golfe, et les conséquences économiques de l'embargo, se voit dans une position de faiblesse à l'égard de la Turquie. Cette fracture avec les pays arabes voisins s'explique aussi par le rapprochement avec l'Etat hébreu. (doc.63) b) L'alliance avec Israël (doc.64) La Turquie, en annonçant son alliance avec Israël, a provoqué l'inquiétude des pays arabes. Leur inquiétude est d'autant plus justifiée qu'Israël s'est engagé à fournir du matériel militaire et à mettre en place une coopération dans le domaine du renseignement. Ainsi, la Syrie se retrouve prise en tenailles entre deux Etats avec qui elle est en conflit : conflit israélo-arabe avec l'un et affaire Kurde avec l'autre. L'Irak n'est pas plus en sécurité puisque Israël peut dorénavant garder un œil En définitive, la maîtrise de l'eau et cette alliance mettent Ankara en position de force dans la région. SECTION 2 : LES HYDROCONFLITS DANS LA VALLEE DU NIL (doc.65) Comme dans le cas de la Syrie et de l'Irak, l'Egypte dépend pour 85 % des ressources aquifères extérieurs. C'est la raison pour laquelle ce pays chercha très tôt à se préserver d'une quantité minimum d'eau du Nil. Tous les moyens sont mis en œuvre à cette fin que cela se fasse par des accords ou par des aménagements. L'accord de 1959 fixe la quantité d'eau que le Soudan et l'Egypte pourront puiser dans le Nil : 55,5 milliards m3 en ce qui concerne l'Egypte et 18,5 milliards m3 pour le Soudan. Cet accord est vivement contesté par l'Ethiopie L'Ethiopie, qui se trouve comme eux dans une région aride, a toujours réclamé sa part et refuse ce partage qui réduit ses droits sur le Nil. On peut être surpris d'une telle réaction de la part de l'Ethiopie qui, se situe en amont du fleuve par rapport à l'Egypte et au Soudan. Mais l'Egypte est la première puissance militaire et démographique dans la région et ce constat enlève à l'Ethiopie toute prétention à agir selon ses propres considérations. De plus, les Ethiopiens gardent en mémoire la menace du président Anouar El Sadate qui, en 1978, a déclaré que la vie des égyptiens " dépend à 100 % du Nil ; si quelqu'un, à un moment ou à un autre, fait quelque chose qui puisse attenter à notre vie, nous n'hésiterons jamais à entrer en guerre car c'est une question de vie ou de mort". xxxi Nous verrons que les tensions agitent principalement ces trois Etats. (Pour la configuration du Nil, Cf partie 1) 16 A) La politique d'aménagement de l'Egypte (doc.66 et 67) La situation alarmante de l'Egypte que nous avons vu dans la première partie pousse celui-ci à trouver des solutions quant à la pénurie d'eau. Comme dans les conflits précités, la vallée du Nil se trouve dans le même cas de figure : chaque pays souhaite avoir le contrôle de cette ressource. C'est dans ce contexte que l'Egypte entrevoit son hydro politique, consistant dans l'aménagement: global du bassin (c'est à dire en dehors de ces frontière), et celui directement situées à l'intérieur de son territoire. 1) L'hydro politique égyptienne en dehors de ses frontières. Le Caire tente de favoriser une maîtrise des ressources en amont. Contrairement au cas de la Turquie, là c'est la puissance en aval qui, pour ne pas pâtir de sa position géographique, entend jouer de son leadership économique et politique régional relatif pour contrôler le partage des eaux. Aussi, est-ce par la coopération bilatérale que les autorités du Caire vont plutôt obtenir la réalisation de quelquesuns des aménagements souhaités. Celle-ci s'établira quasiment exclusivement avec le Soudan, pays lui aussi anciennement sous domination britannique et à majorité musulmane, que l'Egypte a toujours tendance à considérer dans sa sphère naturelle d'intérêts et d'influence. L'accord de 1959 qui augmente le débit minimum assuré, stipule qu'en "compensation" l'Egypte construira au Soudan le barrage des Rosières. Cette installation, située sur le Nil bleu et n'ayant que peu d'intérêt direct pour les Egyptiens, ne sera qu'un modeste préliminaire par rapport au grand projet égypto soudanais d'aménagement du sud Soudan. La pièce maîtresse de ce projet est un canal qui devrait traverser la région des marais où la pluviométrie est abondante, et relier le Nil Blanc à la ville de Jonglei. La construction du canal de Jonglei (doc.68 et 69) est souvent interrompu par les combats que se livre les forces gouvernementales et l'Armée Populaire de Libération du Soudan (APLS) du colonel Garang. Si l'Egypte prête une attention toute particulière à la situation chaotique du Sud Soudan, et craint toute initiative éthiopienne dans le domaine de l'eau, en raison des répercussions qu'elles peuvent avoir sur le flux du fleuve en aval, elle n'en a pas moins développé aussi des programmes d'aménagement des ressources directement situées à l'intérieur de ses frontières. C'est là le troisième axe de son hydro politique. 2) Les aménagements à l'intérieur des terres égyptiennes (doc.66) a) Le barrage d'Assouan (doc.70) L'aménagement principal de la partie égyptienne du Nil a été sans conteste la construction du barrage d'Assouan. Cette opération sera le reflet de l'antagonisme Est-Ouest qui façonnait l'ordre international de l'époque. Désiré par Abdel Nasser, cet ouvrage devait permettre de faire face aux besoins en eau d'une production agricole et électrique à décupler. Devant le refus des autorités du Caire de se plier au contrôle de leurs finances par les Etats-Unis en échange d'une participation américaine prépondérante, les autorités soviétiques en furent les bailleurs de fonds. Plus de dix ans de travaux, de janvier 1960 à janvier 1971, une retenue de 157 km3 couvrant une superficie de 6 500 km², 120 000 personnes déplacées, l'eau comme instrument idéologique (doc.71) révélait son visage. Cependant, même si la régulation du Nil ainsi obtenue a permis d'irriguer 650 000 hectares de terres jusque là non cultivables, et a été à l'origine d'une grande partie de l'électrification de l'Egypte, le progrès ne semble pas si durable que prévu. La disparition du limon apporté autrefois par les crues, a entraîné une sur-utilisation d'engrais chimiques, donc une stérilisation des sols par un taux de salinité trop important. Les eaux du delta sont devenues moins poissonneuses, alors que les dépôts sédimentaires s'accumulent derrière le barrage. Si l'observation de la situation est relativement aisée, les perspectives sont plus délicates à tracer. Cependant, sans même considérer une éventuelle dégradation écologique déterminante, la vallée du Nil connaît un phénomène de saturation démographique qui entraîne des besoins en eau non satisfaits. Effectivement, la densité y est de 1 500 habitants au km², alors que pour l'ensemble du pays elle n'est que de 54. b) La «nouvelle vallée» (doc.72) Les autorités égyptiennes vont donc chercher à favoriser le développement d'autres régions moins riches mais où des ressources en eau sont quand même disponibles. Le projet de développement de la partie Est, Sud-est du pays est défini ; c'est celui de la "Nouvelle Vallée". Mais il passe par l'utilisation de la nappe phréatique qui alimente les oasis de Kharga, Dakhla, Farafra et Bahariya. Or, celle-ci, d'une superficie de 200 000 km² et d'un volume de 50 000 à 60 000 km3, serait commune à la Libye. Et le colonel Kadhafi a lancé un programme pharaonique d'extraction intensive de cette eau probablement majoritairement fossile. La première partie de la "Great Man-made River" ou "Grand Fleuve Artificielle" xxxii est terminée depuis 1992. Lorsqu'elle sera totalement 17 achevée, elle devrait être formée de plus de 4 000 km de canalisations qui amèneront l'eau pompée à Koufra et Sarir, jusqu'aux régions côtières, après neuf jours de transit. La nouvelle vallée et le grand fleuve : deux grands aménagements pour une seule nappe aquifère répartie entre quatre pays (Libye, Egypte, Soudan et Tchad), qui ne pourront pas ne pas être confrontés, à plus ou moins long terme, au problème du partage des ressources. Des plans militaires égyptiens d'intervention dans cette région seraient élaborés et tenus à jour, en vue de s'assurer, si nécessaire, le contrôle des points de pompage. Malgré cette hydro politique tous azimuts, l'Egypte n'a pas considérablement diminué sa dépendance vis à vis du grand détenteur de ressources qu'est l'Ethiopie. B) Les moyens d'expression d'Ethiopie 1) Soutien du SPLA Le sud Soudan s'est trouvé un allié. Un allié qui a de bonnes raisons de l'aider étant donné son passé conflictuel avec Khartoum et le Caire. Un allié qui n'a aucun intérêt à ce que ses adversaires continuent à mener leurs hydropolitiques. Cet allié n'est autre que l'Ethiopie, cet autre Etat de la région que l'Egypte et le Soudan ont toujours écarté de leurs négociations (1929,1959) alors que le Nil bleu fournit 86 % du débit du Nil. xxxiii L'Ethiopie est bien décidée à aider le SPLA (entraînement des rebelles en Ethiopie, soutien logistique…) à saboter tout projet hydro politique que pourraient entreprendre l'Egypte et le Soudan sur le haut Nil tant que ces derniers ne reviendront pas sur l'accord de 1959 et n'accepteront pas de l'intégrer dans les projets concernant l'aménagement du NIL; Aujourd'hui, la situation reste bloquée. Probablement qu'elle le restera encore longtemps, à moins qu'une renégociation ne s'engage entre les Etats riverains du Nil, tout au moins entre l'Egypte, le Soudan, l'Ethiopie et l'Ouganda. 2) L'atout de l'Ethiopie : un accord avec Israël Il semblerait que, depuis 1990, l'Ethiopie soit en relation avec Israël. Un accord aurait été conclu dans lequel l'Ethiopie s'est engagée à autoriser les juifs Falachas à quitter son territoire pour celui d'Israël. En contrepartie, Israël s'est engagé à l'aider à réaliser son plan d'aménagement hydraulique. L'objectif de ce plan étant de permettre l'irrigation et la production d'électricité. Des études (La première étant celle réalisé par le Bureau américain de la bonification des terres agricoles entre 1958 et 1964) ont reconnu ce plan réalisable et la consommation est estimée à 5,4 milliard de mètres cubes d'eau par an. Inutile de préciser que l'Egypte et le Soudan voient ce projet d'un très mauvais œil. D'autant plus que l'Ethiopie ayant remplie sa part de marché, Israël peut à tout moment intervenir et mettre en route les différents chantiers. Addis-Abeba a dorénavant un soutien politique et financier, un atout qui pèsera lourd dans la balance, lors des renégociations qui ne manqueront pas d'avoir lieu. Il est devenu urgent d'apporter des solutions concrètes à tous conflits que nous avons évoqués. CHAPITRE 3 : LE DROIT INTERNATIONAL EN LA MATIERE Le droit international relatif aux eaux internationales a, pendant longtemps, été lacunaire. Et lorsque l'on a commencé à s'y intéresser, c'était pour se focaliser sur la question de la navigation qui apparemment posait le plus de problème, à ce moment là. Donc, jusqu'à une période récente, le droit existant concernait essentiellement la navigation avec un texte clé en la matière, la Convention de Barcelone du 20 avril 1921. Depuis, les utilisations économiques de l'eau se sont multipliées, créant par la même occasion, des conflits d'intérêts. Une convention internationale s'est alors avérée nécessaire pour fixer des règles de bon voisinage. De même a t-il fallu tenir compte de la pollution, devenue préoccupante dans la mesure où elle touchait les ressources hydrauliques, les rendant ainsi impropres à la consommation. SECTION 1 : LES REGLES D'HELSINKI (doc.73) L'International Law Association (Association du droit international), lors de sa conférence d'Helsinki du 20 août 1996(règles d'Helsinki de 1966, ILA, Report of the fifty second conference, Londres 1967), a établit quelques règles au sujet de l'utilisation des eaux internationales. 18 Ces règles sont des sources juridiques pour la Cour Internationale de Justice de La Haye. Cependant, elles n'ont pas de force obligatoire pour les Etats. Elles ont pour fonction d'empêcher un Etat de profiter de sa position de force pour limiter ou supprimer l'accès aux sources d'eau des autres riverains. Dans son article VII, il est prescrit " qu'un Etat du bassin ne peut se voir refuser, à un moment donné, l'utilisation raisonnable des eaux du bassin de drainage international dans le but de réserver ces eaux pour un usage futur par un autre état du bassin.". Ceci reste valable en temps de paix comme en temps de guerre. D'ailleurs, " les dispositions d'un traité de paix ne sauraient avoir pour conséquence de priver une population des ressources en eau, qui sont nécessaires à son économie et conditionnent sa survie. ". xxxiv SECTION 2 : LA CONVENTION DE 1997 En 1970, l'assemblée générale de l'ONU a chargé la Commission du Droit International (CDI) d'entreprendre "l'étude du droit relatif aux utilisations des voies internationales à des fins autres que la navigation, en vue du développement progressif et de la codification de ce droit.". (Résolution 2669 XXV du 8 décembre 1970). Cette commission a élaboré un projet de convention, devenu par la suite la convention de New York du 21 mai 1974. xxxv (NGUYEN Q.D ; DAILLIER P.; PELLET A.; op.cit; p.1178). On peut en dégager trois principes essentiels qui, s'ils sont suivis, pourraient apporter la paix : "Le principe de la souveraineté territoriale limitée et intégrée" ; "Le principe de la communauté d'intérêt" ; "Le principe de l'usage équitable et raisonnable». (sironneau) Le "principe de l'usage équitable et raisonnable" du cours d'eau par les Etats riverains, implique que chaque Etat a le droit de disposer d'une partie des ressources hydrauliques sur lequel il exercera son contrôle. (Article 5 de la convention de New York du 21 mai 1997) Le "principe de la souveraineté territoriale limitée et intégrée" selon lequel chaque Etat doit faire "preuve de toute la diligence voulue pour utiliser le cours international de manière à ne pas causer de dommages significatifs aux autres états du cours d'eau", figure dans l'article 7 de la convention. Enfin le "principe de la communauté d'intérêt" (Article 4 de cette convention)qui attribue à Etat riverain le droit d'être consulté lors des prises de décision concernant le cours d'eau. Mais on ne saurait déduire de ce principe, que l'absence d'une consultation préalable des autres Etats ne permettra pas à un Etat riverain de mettre en œuvre ses projets. En effet, il n'existe pas, à l'heure actuelle, de texte, y compris la convention de 1997, qui oblige les Etats à coopérer. L'obligation de coopérer reste néanmoins un objectif sachant que l'obligation "de ne pas causer des dommages significatifs aux autres états du cours d'eau" (Article 7 chapitre 1 de la convention de New York) pourrait en être le tremplin. En effet, le fait que les Etats soient dans l'obligation d'éviter de nuire aux Etats riverains, par de nouvelles utilisations ou la pollution de l'eau due à son utilisation, doit les amener à se contacter et à négocier. Mais l'obligation de négocier n'impliquera pas l'obligation de conclure un accord. Les règles de droit international sont peu utiles sans la volonté et la coopération des Etats. Aussi, faut-il que les Etats se décident à ratifier la Convention et à l'appliquer. Si les Etats ne prennent pas conscience rapidement de la nécessité de respecter ces principes, la situation ne pourra que dégénérer. La Turquie a d'ores et déjà " refusé de signer les deux dernières conventions internationales (…) à savoir la convention sur les utilisations des cours d'eau internationaux à des fins autres que la navigation ( convention de New York) et la convention sur la protection et l'utilisation des cours d'eau transfrontaliers et des lacs internationaux (convention adoptée le 17 mars 1992, à Helsinki)." xxxvi . TROISIEME PARTIE : VERS UNE HYDROCOOPERATION ? (doc.74) Le sujet développé dans ce 3ème titre ne peut s'envisager que dans une logique de paix, où une partie au moins des Etats Arabes et Israël auront signé la paix. Sans tomber dans une euphorie excessive, car le chemin de la paix est long et parsemé d'embûches, cette région si pauvre en eau peut devenir autosuffisante. L'entreprise est ambitieuse, les moyens à mettre en œuvre colossaux, le courage politique devra être à la mesure de l'entreprise, 19 c'est à dire énorme, mais les mesures techniques pour pallier le manque d'eau existent et les moyens financiers sont disponibles si la paix est au rendez-vous. Pour cela, nous verrons que l'exploitation de l'eau doit être plus efficace afin de mieux répondre à l'offre et à la demande future (I). Quelques projets seront ensuite exposés au cours de ce chapitre qui clôturera la présente étude (II). Depuis fort longtemps, ces projets étaient renvoyés aux calendes grecques en attendant une stabilisation de la région sans cesse repoussée. Ils seront le reflet du niveau de paix qui sera atteint. DES MESURES VISANT A AMELIORER L'EXPLOITATION DES RESSOURCES EN EAU Aucune nouvelle rivière ne risque d'être découverte au Moyen-Orient. Il est possible en revanche, de concentrer ses efforts pour améliorer l'efficacité de l'offre et de la demande en eau afin d'éviter, notamment, un maximum de déperdition. Pour cela des nouvelles technologies (section 1) et de nouvelles politiques devront être mises en place (section 2). SECTION 1 : MISE EN PLACE DE NOUVELLES TECHNOLOGIES A) DESSALEMENT (doc.75 et 76) Le Moyen-Orient est pionnier dans le domaine du dessalement : 35 % des usines de dessalement dans le monde se trouvent au Moyen-Orient et 65 % de l'eau dessalée y est produite, particulièrement en Arabie Saoudite, au Koweït et dans les Emirats du Golfe. Eilat et Aqaba ont des équipements de dessalement qui permettent de satisfaire les besoins des populations locales. Mais le coût encore prohibitif entre 0,80 $ et 1,50 $ le m3 pour dessaler l'eau de mer et environ 0,30 le m3 pour les eaux saumâtres empêche de généraliser cette technologie. Le paradoxe veut qu'Israël, qui maîtrise cette technologie en construisant des usines de dessalement à travers le monde, ne puisse pas se l'appliquer, car non encore rentable à son échelle. Des efforts sont faits dans ce sens pour diminuer les prix. Plusieurs solutions sont à l'étude en Israël, notamment un dessalement combiné avec des centrales électriques et également un projet de coopération mené conjointement avec la Jordanie et la Cisjordanie afin d'en faire bénéficier les populations concernées. En tout cas, un effort supplémentaire dans la recherche devra être effectué. B) RECYCLAGE DES EAUX USEES Il est permis de fonder beaucoup d'espoir dans cette technique, qui vise à retraiter les eaux des égouts de manière à pouvoir les réutiliser. C'est à partir des années 60, qu'Israël a commencé à recycler les eaux usées ; en 1990, le total des eaux qui pouvait être réutilisé se chiffrait à 453 mm3. Sur ces 453mm3/a, seuls 160 mm3 ont pu être complètement retraités à des fins d'irrigation, 60 mm3 l'étant partiellement et le reste pas du tout. Ce qui signifie que près de 230 mm3 ont été entièrement perdus. La limite évidente du recyclage correspond au total des eaux utilisées par une population. SECTION 2 : MISE EN PLACE DE NOUVELLES POLITIQUES (doc.77) A) Réorientation des ressources en eau Israël s'est depuis longtemps investie dans l'agriculture de haute technologie, faisant appel au système du goutteà-goutte et de l'irrigation informatisée. Tout comme Israël, la Jordanie a mis en œuvre des politiques de recyclage des eaux usées. Néanmoins, ces deux pays devront procéder à des modifications plus radicales en consacrant à l'avenir, moins d'eau pour le secteur agricole et plus au secteur industriel. Il ne faut pas oublier, tout de même, que dans ces pays l'agriculture ne répond pas uniquement d'une mystique mais également d'un besoin très rationnel : la constante recherche de la sécurité alimentaire. Autrement dit, en procédant à une telle modification dans les répartitions en eau, ces pays deviendraient des importateurs majeurs de produits alimentaires, ce qui signifie comme condition sine qua non une stabilisations de la région. B) Lutte contre le gaspillage Les déperditions dans les réseaux d'adduction sont énormes, cette situation touche la plupart des communautés urbaines et dans certaines grandes villes la perte varie entre 20 et 50 %. Il y a un besoin urgent de remplacer les vieilles canalisations dans un grand nombre d'agglomérations urbaines. En Jordanie, des efforts considérables ont été consentis pour mettre en place des réseaux d'adduction. Le traitement des eaux est effectué par chloration à la source ou dans les réservoirs de distribution. Mais en dépit de 20 ces améliorations, les infrastructures sont encore insuffisantes. Par ailleurs, la vétusté des réseaux existants et une maintenance inadéquate ont pour effet des pertes de l'ordre de 20 % : sur 148 litres d'eau pompée en moyenne par habitant et par jour, 120 seulement sont effectivement consommée. C) Coopération scientifique Améliorer l'exploitation de l'eau, c'est aussi partager les informations et développer des stratégies de recherche conjointes pour le futur. Les ressources en eau de la région peuvent faire l'objet à terme d'une planification au niveau de chaque bassin, les pays les plus développés peuvent apporter leur technique et leur expérience aux autres. D) Transport de l'eau entre les bassins Cela consiste à transférer de l'eau des zones d'abondance aux zones de pénurie et de désertification. Pour ce faire, l'eau peut être acheminée soit directement en utilisant des canaux, soit à ciel couvert. La première méthode est une technique classique, usitée par les pays de la région. Or, la plupart d'entre eux ne disposent pas de ressources abondantes en eau. Celles-ci se trouvent à l'extérieur des frontières des pays qui en ont besoin. Ainsi, il serait préférable de se doter de pipelines internationaux pour transporter l'eau de pays à pays. 1) Les pipelines de la paix Cette idée fut proposée par la Turquie en 1987, sous la dénomination de "pipeline de la paix". L'objectif était de transporter l'eau dont elle n'avait pas besoin vers les pays du Moyen-Orient souffrant de pénurie. Initialement, ce projet prévoyait deux conduites une orientale et une occidentale. Cette dernière, qui aurait délivré selon les estimations 1 200 mm3/a à partir des rivières Ceyhan et Seyhan, devait traverser les Etats du bassin du Jourdain. Ce projet ne fut pas développé. En effet, les relations entre la Turquie et ses voisins arabes ont été que très rarement au beau fixe. Or, ces mêmes Etats se sont inquiétés d'un droit d'ouverture et de fermeture des pipelines au gré des volontés turques. Par ailleurs, la canalisation occidentale devait desservir Israël, ce qui suscita l'opposition arabe, en particulier de la Syrie. Le coût financier prohibitif (on parlait de 20 milliards de $) constitua un frein supplémentaire à une étude plus approfondie du projet. De plus, un tel projet aurait nécessité 10 ou 20 ans de travaux. 2) Les containers géants La Turquie semble être une fois encore, le meilleur fournisseur d'eau pour cette méthode. Le choix d'autres ravitailleurs, plus éloignés, rendraient les coûts de transports trop élevés. Le transport par mer a été envisagé à l'aide de bateaux-citernes ou de citernes du type Méduse, d'une capacité de 1 à 2 million de tonne. L'eau proviendrait de la rivière Manavgat qui se trouve sur la côte méditerranéenne de la Turquie. Dans ce projet, comme dans d'autres, la première considération doit être d'ordre économique. Or, à en croire les experts, l'importation de l'eau reviendrait à coûter juste pour le transport 0,75 dollars/m3. Ce qui en fait un projet d'ultime recours. 3) Le canal de la paix Le président Sadate a proposé, il y a quelques décennies de cela, à Israël d’acheminer une partie des eaux du Nil jusqu’à Jérusalem et au Neguev. Il offrait de l’eau en échange des territoires occupés, l’eau servant à réinstaller les colons juifs dans le Neguev. Mais, M.Begin, le Premier Ministre de l’époque refusa. Israël aurait profité de 840 millions de mètres cubes d’eau par an, c’est-à-dire l’équivalent d’1 % du Nil. Cependant, le Caire aurait eu du mal à mener son projet à terme dans la mesure où une grande frange de la population s’y était opposée ainsi que l’Ethiopie et le Soudan. De son côté, l’Ethiopie réagit vivement au projet. En effet, elle accusa l’Egypte de vouloir transporter les eaux du Nil en dehors du « bassin de drainage international » sans en avoir, au préalable, fait part aux autres Etats riverains comme le prévoyait l’accord de 1897. Aucun des trois projets précités n’a abouti à une réalisation concrète. Pourtant, il faudra bien, un jour qu’une coopération se mette en place afin d’envisager les transferts sans qu’ils ne portent préjudice aux intérêts des autres Etats de la région. En attendant, et devant l’urgence, il reste encore une solution : le dessalement de l’eau. La difficulté de toutes ces solutions ne réside pas dans leur faisabilité, même si certains sont économiquement peu rentables ou extrêmement chers. Ce qui manque au Moyen-Orient c'est avant tout, une bonne dose de confiance et de respect réciproque entre les partenaires, car les avantages indirects qui en découleraient valent la peine de s'y attarder quelque peu. Cela demandera une avancée diplomatique entre les Etats de la région. 21 i Bulletin maintien de la paix : «l’eau pénurie ou coopération». Bulletin n°48, octobre 2000 ii Chesnot : la bataille de l’eau. iii P.Salanville : l’eau au Proche Orient, information géographique volume 60 n°2, juin 96, page 48. iv H.Ayeb, l’eau au Proche Orient, la guerre de l’eau n’aura pas lieu, p.9. v C.Chesnot, la bataille de l’eau, pp17.18). vi ONU : «les eaux souterraines de l’est…», op, cit, pp 176-198. vii Ayeb H. «le bassin du Jourdain…», op, cit p.19. viii Chesnot, «la bataille de l’eau », p.23-24 ix Chesnot C., «la bataille de l’eau, p.25-26. x Ayeb H., «le bassin du Jourdain» xi ibid p19 xii Ayeb h geopolitique de l’eau au proche orient, egypte monde arabe, c.e.d.e.j, le caire, 1992, n) 10, p 14 ; al ahramweekly, 23-29 avril 1992. xiii Mechet ph «l’eau douce…»cit p19 xiv Sironneau j l’eau ressource stratégique p49 xv Sironneau J. « L’eau, ressource stratégique…», op, cit, pp49-52. xvi Chesnot C.: «La bataille de l’eau…», op, cit, pp 55-57; citant F.A.O: «La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture», 1991; et «La sécurité alimentaire dans les pays arabes», Centre International des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes, février 1986. xvii Kheir K. & Akar N. :«la sécurité hydraulique dans les pays arabes», op, cit, p 71 et note 9 xviii ibidp21 xix Chesnot C la bataille de l’eau p57-58 xx Le Monde 14 janvier 1965 xxi Lacoste .y dictionnaire de géopolitique p814 xxii Propos tirés de l’article de Claude Chesnot, «l’eau au cœur des négociations», dans la revue Confluence Méditerranée, été 1996 xxiii Cité dans l’ouvrage de Claude Chesnot, «la bataille de l’eau au Proche-Orient», publié par L’Harmattan, 1993, Paris. xxiv doc. Sironneau p.75, +géo.carte xxv Informations extraites de l’ouvrage de Claude Chesnot, «la bataille de l’eau au Proche-Orient», édition l’Harmattan, Paris, 1993. xxvi Article de C.Chesnot intitulé «l’eau au cœur des négociations», Confluence Méditerranée, l’Harmattan, été 1996). xxvii «the West Bank and Gaza atlas», de M.Benvenisti et S.Khayat, 1988, The Jérusalem Post.cité par j. Sironneau xxviii Le Monde, «l’eau, un enjeu de taille entre israéliens et palestiniens», 22 juillet 1995, article de Claude Patrice, p.3 xxix cf p;30, j.Sironneau xxx cf 1ère partie xxxi Sironneau J.; op.cit., p.46 xxxii C.Chesnot "la bataille de l'eau au Proche Orient", page 151, l'Harmattan, comprendre le Moyen Orient, novembre 1993 xxxiii Ayeb H.1998; op.cit.p.141 xxxiv Ayeb H. 1998, op.cit xxxv NGUYEN Q.D ; DAILLIER P.; PELLET A.; op.cit; p.1183-1184 xxxvi PETRELLAR R. ; op.cit ; p.58 22
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