édito Le Théâtre de Guignol

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édito Le Théâtre de Guignol
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Le Théâtre de Guignol :
Par Marie Bouvaist
une postulante répond à nos questions
Flandre
Valérie Leroy a proposé ses services pour animer le théâtre de Guignol que vous trouverez
sur votre droite en passant par l’entrée principale du jardin, rue d’Aubervilliers, juste après
les jardins partagés.
Un bout du monde - Pourquoi avoir
choisi de travailler ici plutôt que sur les
Champs-Élysées ?
Un BdM - Connais-tu déjà les horaires sur
lesquels tu vas travailler ? Quand auront
lieu les représentations ?
Les Champs-Élysées sont un quartier
historique de cette marionnette à Paris.
Cela date d’une époque où c’était un
grand centre populaire et bourgeois de
distractions.
Le Guignol des Champs-Élysées,
c’est là que j’ai appris le métier. C’est le
plus vieux et à mon avis le meilleur
Guignol de Paris. Mais après une
douzaine d’années de compagnonnage,
il me tarde de partir dans ma propre
direction, et le quartier populaire du
Jardin d’Éole est très approprié pour
cette marionnette. Guignol est un
représentant direct d’une très vaste et
très ancienne culture populaire qui va
des fêtes rituelles au théâtre de tréteaux
en passant par les foires et le Carnaval.
Pour l’instant, je pense ouvrir traditionnellement, soit :
• les mercredi, samedi dimanche et
vacances scolaires avec 2 à 4
séances par jour selon les horaires
d’ouverture du parc et les horaires
de fréquentation.
• Probablement séances à 15, 16, 17
et 18h.
• 1 ou 2 périodes de fermeture annuelle
restant à déterminer quant à l’époque
et la durée.
Le reste du temps sera bien occupé
entre le renouvellement du répertoire, les
tournées et à terme, les ateliers. Pour que
la compagnie ne s’enferme pas dans un
système clos, il est important qu’elle sorte
régulièrement de son cadre habituel.
Quoi qu’il en soit, ce ne sont là que
prévisions et tout cela peut bouger en
fonction des caractéristiques du quartier.
Un BdM - Comment vois-tu ton travail
dans le jardin ?
Le quartier autour du Jardin d’Éole
est caractéristique du “populaire” de
notre époque, notamment en ce qui
concerne l’immigration.
Cerise sur le gâteau : une partie de
la population est très impliquée dans la
vie de quartier. Elle prend la parole. Il y
a un très beau réseau associatif. Tout ça
c’est du pain béni pour la marionnette
que j’accompagne. J’attends beaucoup
de la fréquentation du public des 18e et
19e arrondissements, c’est pour cela que
je tiens à mettre en place à moyen terme
des ateliers d’amateurs visant surtout la
population locale. Je vois là une mine
pour élargir, ouvrir, vivifier cette
marionnette.
En ce qui concerne le jardin, il me
paraît intéressant de réunir régulièrement les structures qui s’y côtoient
afin que chacun puisse mener l’action
qu’il vise, sans trop se contredire les uns
les autres. Et puis cela peut donner des
idées et de la force. Cela équivaut peutêtre au comité de pilotage en question
actuellement.
Enfin, je souhaite ardemment que le
l’impact du jardin dépasse le quartier. En
cela, la proximité de la Biennale
Internationale des Arts de la Marionnette
de la Villette est intéressante.
Un BdM - Quel public vises-tu ?
Absolument tous les publics.
À l’origine, Guignol se joue dans la
rue, pour tous, et pour qui s’arrête un
instant. Puis Napoléon III l’a assigné aux
jardins publics où l’on croise surtout des
enfants. Naturellement, l’enfant est
devenu le public de prédilection de
Guignol. Je souhaite garder ce public de
choix et amener un plus grand nombre
d’adultes à venir s’asseoir sur les bancs
sans être nécessairement accompagnés…
Un BdM - As-tu déjà un programme
établi ? Est-ce qu’on peut annoncer un
prochain spectacle ?
L’essentiel du répertoire sera
constitué des farces de Guignol. Lorsque
les liens particuliers qu’il crée avec le
public seront établis, une recherche
allant aussi vers d’autres formes pourra
se développer. Par exemple des
adaptations de textes littéraires ou
l’introduction de personnages d’autres
cultures… D’autres techniques pourront
aussi s’y mêler (ombre, projections…)
car chacune apporte un univers
particulier. Elles seraient choisies en
fonction des pièces à jouer et des
possibilités et limites qu’offrira la
structure physique du théâtre.
Les pièces seront renouvelées
régulièrement mais pas trop souvent. La
répétition est très importante dans ce
théâtre. Le public doit connaître la pièce, il
en joue mieux. L’important ici n’est pas
l’histoire mais ce qui se passe entre public,
marionnettes et marionnettiste. C’est une
sorte de rituel. Une représentation qui
fonctionne bien a quelque chose de
magique et de revigorant.
mars
numéro 5 -
à Stalingrad
Pajol
La Chapelle
2007
édito
on a retrouvé Ramzi !
début 1993, il avait alors une dizaine d’années…
l’écran rouge…
ou le mur de Carmen
le parc des jardins d’Éole
pensé par ses concepteurs
histoire :
un jardin voulu et obtenu par les habitants
une guinguette associative
dans les jardins d’Éole
strip “mon voisin…”
un jardin novateur
tourné vers les utilisateurs de demain
préservation des lieux,
accueil et sécurité du public
le théâtre de guignol
une postulante répond à nos questions
Ce samedi 31 mars 2007, l’association Les Jardins d’Éole a la
joie de vous annoncer la naissance des Jardins d’Éole. Cette naissance
marque l’aboutissement des 10 ans de militantisme de l’association.
Pour ce numéro spécial, les deux présidents (l’ancien et l’actuelle) se
sont partagés la plume pour expliquer leur histoire dans l’association
Daniel Keller (président de 1997 à 2005)
Quand je suis arrivé dans ce quartier à la fin des années 80, il
était sympa et plein de vie. Mais au fil du temps la situation s’est
dégradée : trafics de stupéfiants, immeubles laissés à l’abandon,
craintes de démolitions, rumeurs inquiétantes sur l’avenir de la cour
du Maroc, inertie manifeste et silence des pouvoirs publics. Je savais
que dans d’autres quartiers de Paris l’action associative et la
mobilisation des habitants avaient permis de faire bouger les choses.
Dès lors, avec une poignée d’habitants, nous avons décidé de prendre
collectivement notre avenir en main, persuadés que le devenir de ce
terrain de 4 hectares devait être un enjeu et un levier pour vivre mieux
dans ce quartier. De nombreux adhérents et sympathisants sans qui
rien n’aurait été possible nous ont rejoint dans ce combat pour obtenir
un jardin sur la totalité de la surface de la cour du Maroc.
Marie Bouvaist (présidente depuis 2005)
Je suis arrivée dans le quartier en 1992 car ma mère y avait été
nommée directrice d’une école. Les enfants de nombreux membres de
l’association y étaient scolarisés. C’est comme ça que j’ai connu
Daniel Keller et ses acolytes. Mon engagement dans l’association a
d’abord été un engagement dans la vie du quartier. Au fil des actions,
et des fêtes, j’ai appris à connaître le quartier. C’est un sentiment
gratifiant de se dire qu’on est actif pour son environnement, qu’on
participe à la vie du quartier, qu’on y apporte sa pierre.
Maintenant que le jardin est là, la vie intense de nos quartiers y
trouvera son espace, notamment sur l’esplanade. Que ce jardin soit
un miroir pour le quartier, qu’il lui renvoie combien il est riche de
personnes intéressantes et motivées. Qu’il soit aussi une loupe pour
le reste de Paris, que le regard sur ces quartiers souvent dépréciés soit
changé après une visite dans le jardin. C’est mon espoir, c’est mon
pari pour ces tout neufs Jardins d’Éole.
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Le parc des jardins d’éole
Il l’a dit !
Au cours du conseil de quartier Flandre-Aubervilliers consacré au Jardins d’Éole, le 28 novembre, notre député et adjoint au maire Daniel Marcovitch
s’est engagé à ce que soit mis en place un comité de suivi du Jardin rassemblant élus et associations.
On a retrouvé Ramzi !
Propos recueillis par Isabelle Kittel
Il n’habite plus le quartier aujourd’hui, mais y revient souvent pour voir ses parents. Début 1993,
il avait alors une dizaine d’années…
… il jouait dans la rue avec ses
copains et, intrigué par l’agitation qui
régnait à l’entrée de la cour du Maroc
« C’était l’occasion de faire le petit
curieux, on s’est dit : on va passer à la
télé ! » C’est comme ça qu’il a participé
à la fameuse plantation symbolique
d’un arbre et qu’il est immortalisé sur
une photo aux côtés de Daniel Vaillant,
Roger Madec et Ségolène Royal…
« Je n’aurais jamais pensé qu’il y
aurait un grand parc en bas de chez
nous, les gens n’y croyaient pas. Ils
disaient “il y aura une gare, des
entrepôts…” et quand j’ai vu les travaux
pour le RER, des rails partout, là je me
suis dit c’est foutu, il n’y aura jamais de
parc. Il y a quelques mois, je roulais rue
d’Aubervilliers et tout d’un coup j’ai vu
qu’il n’y avait plus de mur et qu’il y avait
des travaux pour un parc, mon petit frère
m’a dit qu’il est allé jouer sur les terrains
de sport. Quinze ans c’est énorme, mais
quand même ça a abouti. »
Mais Ramzi ne garde pas un très bon
souvenir de son quartier, trop mal
fréquenté selon lui et cela l’inquiète un
peu pour l’avenir : « Quand tout le
monde sort s’amuse, prend l’air ce sera
bien, mais il faut que ce soit bien
surveillé, bien gardé, il ne faut pas que
ça devienne une zone de non droit. »
Pessimiste ou lucide Ramzi ? C’est
à nous tous, habitants et usagers du
parc, avec l’aide des pouvoirs publics de
faire en sorte que les craintes de Ramzi
ne deviennent pas réalité.
L’écran rouge ou « le mur de Carmen »
Par Carmen Perrin
Chargée de la conception artistique du mur de briques rouges (conception technique Alain Schambacher),
Carmen Perrin détaille pour « Un bout du monde » les fonctions et les particularités de ce mur.
« Lorsque j’ai été invitée par Michel
Corajoud et Georges Descombes à
proposer une intervention artistique au
moment des premières études, j’ai pensé
à m’approprier un objet qui était prévu et
nécessaire dans le projet architectural et
paysager. C’est une sculpture architectonique réalisée avec deux sortes de
briques industrielles, les une pleines
et les autres perforées.
Sa masse souligne longitudinalement
la première partie du parc et matérialise
la frontière qui le sépare des voies de
chemin de fer de la Gare de l’Est. C’est
un obstacle qui laisse passer le regard,
qui donne à voir autrement ce qu’il
cache et dont la forme et la couleur
évoquent le nom originel du site : La
Cour du Maroc. Mais c’est aussi un
objet creux, orienté vers le sud-est de
Paris, à l’intérieur duquel s’articule un
espace complexe qui devrait progressivement être approprié par les
oiseaux et autres animaux du coin.
La brique industrielle est un matériau
qui a une forte capacité à réfléchir la
lumière. L’assemblage des éléments a
été pensé de façon à ce que d’une ligne
à une autre, le mouvement de la lumière
et des ombres soit perceptible en permanence. La temporalité diurne s’inscrit
dans la transformation de l’intensité
chromatique d’un motif décoratif répétitif
qui s’ouvre et se ferme selon les
points de vue et les déplacements du
promeneur dans le parc. »
Par l’équipe de conception du parc : Michel & Claire Corajoud,
ADR et Georges Descombes (Extraits)
pensé par ses concepteurs
Éloigné d’environ un kilomètre et demi du parc des Buttes-Chaumont et du parc de la Villette, le parc
de la cour du Maroc est un projet vital pour un quartier où il existe peu d’espaces verts.
À grande échelle, le site, implanté
sur la rive droite de la seine, se présente
sous la forme d’un terrain presque plat.
Il constitue cependant un col entre
la butte Montmartre à l’ouest et les
Buttes-Chaumont à l’est.
Le parc de la cour du Maroc
contribuera à compléter le dispositif des
grands parcs de Paris. Les travaux ont
commencés en avril 2005 et se sont
terminés fin mars 2007.
L’identité morphologique du site
Depuis toujours, le site de la cour du
Maroc, aujourd’hui « Jardins d’Éole », est
marqué par sa longueur, sa linéarité, sa
stratification. Des sillons du labour des
champs que montre le plan Roussel de
1731, aux faisceaux de rails de
l’occupation longitudinale du domaine, sa
taille est instruite par la mesure d’un train.
Nous ne voulions pas contredire les
bandes stratifiées, les longues traces
longitudinales du site d’origine que nous
considérons comme les fils de trame
d’un tissu ou les portées de notre
partition. Le maintien dans le sens nordsud des strates continues ou décalées
offre, en de nombreux points du parc,
des perspectives latérales dont les quatre
cent soixante mètres de l’assiette du
terrain fixent, sans véritable obstacle, les
horizons de notre projet.
Ce mode de composition magnifie
l’ampleur de la parcelle
Dans le sens est-ouest, le bougé de
nos traits augmente les profondeurs de
champ : de la rue d’Aubervilliers jusqu’au
skyline de la butte Montmartre, de la
promenade basse, par un jeu de terrasses
balancé par des rampes, jusqu’à la ligne
de crête de la terrasse des sports. Peu de
perpendiculaires s’affirment sur la
partition.
Quelques-unes
sont
nécessaires, au centre du projet, pour
établir les plans et paliers successifs qui
règlent l’entrée principale. Elles sont,
alors, décalées ou contrariées pour mieux
distribuer les enchaînements qui
conduisent aux différents lieux du parc.
L’inscription du projet dans la continuité de
l’histoire du site
Le terrain, tel qu’il se présentait, avait
tous les caractères et toutes les déficiences
d’une friche industrielle. Il était, depuis de
longues années, en attente de
reconversion. Dans cette attente, les
riverains ont, partiellement, occupé et
polarisé les lieux. Un bac à sable
ingénieux fut un des espaces pionniers
imaginés par eux qui a inauguré, pour
nous, le futur jardin de la crèche.
“Le jardin de la cour du Maroc est
notre locomotive”, “Nous voulons un
jardin d’usage”.
Entre ces deux propositions, on peut
lire la dynamique qui a engagé notre
projet. En disant cela, les membres de
l’association « Les Jardins d’Éole »
exprimaient le fait que la cour du Maroc
avait et continue de fédérer des enga-
frustrée d’un point de vue. Ce n’est pas
un carrefour mais un passage entre
quartiers. Le projet proposé vise à
restituer aux habitants ce point de vue
sur leur paysage et, en même temps,
traiter les frontières et les interfaces entre
“villages”. Aménager cet espace, c’est
donc faire sa part à une sorte de morale
par provision qui accompagnerait cette
restitution de paysage et inviterait les
associations locales à participer au
travail de couture, pour faire du jardin
un relais de la ville.
gements civiques et des expertises
bénévoles, des populations d’origines
différentes et d’âges différents, dans un
seul et même projet qui est devenu l’arène
publique de débat du quartier. En
réclamant un jardin d’usage, ils
semblaient ne pas vouloir s’échapper de
l’ordinaire. Certains d’entre eux y avaient
déjà pris leurs habitudes. Notre projet, en
ce sens, ne fut pas la première œuvre, il
est entré dans une dynamique dont
l’origine est plus ancienne. Nous estimons
donc, que les sollicitations offertes par le
paysage de la friche, elle-même, ont
suscité du désir, de la revendication, des
négociations, des projets enfin.
Nous devions absolument garder la
richesse de cet état des choses, ne pas
bousculer, accompagner seulement.
Maintenir ces fondations du site, pour que
notre projet continue et opère la mutation
de cette friche en jardin. En effet,
contrairement aux apparences, la cour du
Maroc n’était pas un terrain vague, il était
plein des traces que notre projet a
prolongé. Plutôt que de détruire les signes
de l’imagination des habitants, nous
voulions enrichir la palette des usages
qu’ils ont anticipée. Au lieu de penser à
domestiquer l’espace en comblant un
“délaissé” de l’urbanisme, nous avons
accompagné les riverains dans leur
exploration du paysage en formation.
La cour du Maroc est placée à la fois
au nœud de voies routières, de voies
d’eau et de voies ferrées et à l’écart,
Une conception paysagère qui accepte des
adaptations notables : un parc d’usage…
En cours d’élaboration du projet
d’exécution, pendant sa mise en œuvre,
nous avons ouvert et communiqué notre
travail en cours pour faire de notre projet
un projet partagé. Un sociologue faisant
partie de l’équipe de maîtrise d’œuvre a
diffusé et commenté très largement les
ouvrages en cours auprès d’une partie
significative de la population du quartier.
Il a ainsi préparé, avec elle, la véritable
distribution et les pratiques des lieux dès
l’ouverture du parc. Il a mis en évidence
les opportunités qu’il offre et celles qui
restent à découvrir.
Par la simplicité et l’évidence de ses
principes d’établissement, par l’ouverture
d’interprétation que l’on peut déceler, sa
composition paysagère acceptera des
adaptations notables. Sur la “partition”
que nous avons organisée, on devrait,
sans peine, faire coïncider l’intégrité et
les exigences de nos propositions avec
les attentes multiples et actualisées du
Maître de l’Ouvrage et des usagers.
La pluralité des usages que le jardin
doit accueillir et leur émergence dans un
environnement urbain en mutation
implique qu’ils soient accompagnés par
des dispositifs et des équipements
interactifs dont le principe consisterait à
offrir aux usagers des “prise“ sur
l’évolution du jardin, à faire du paysage
une “expérience démocratique”, un
cadre de participation.
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Histoire : un jardin voulu et obtenu
par les habitants… quelques points de repères d’un combat de 15 ans !
Par Isabelle Kittel et Daniel Keller
En 1849, le site de la cour du Maroc
est affecté aux ateliers de maintenance
ferroviaire des lignes de la gare de l’Est et
au stockage des marchandises.
La gare de marchandise fonctionnera
ainsi près de 150 ans.
Elle cessera ses activités en 1992, le site devient alors pendant cinq ans la base arrière
du chantier de la ligne E - ÉOLE (acronyme pour Est Ouest Liaison Express).
Un journal de campagne électorale pour les législatives de 1993 évoque alors pour la
première fois l’idée d’un jardin de 6 hectares sur les emprises SNCF de la cour du Maroc
et des terrains Pajol… Un arbre y sera même symboliquement planté par une ministre de
l’environnement et les candidats en campagne électorale pour les législatives !
Mai : réunion de concertation sous la
présidence du préfet de région sur la base
d’un projet de jardin de 30000 m2 et
d’une emprise de 12000 m2 destinée à un
entrepôt pour l’entreprise Tafanel.
L’association s’oppose publiquement à
ce projet.
Août : la SNCF dépose le permis de
construire pour la construction de
l’entrepôt. Protestations multiples de
l’association qui prépare un recours
juridique.
2001 : C’est gagné !
Quatre longues années de « silence radio » suivront jusqu’à la création de l’Association « Les Jardins d’Éole » par une poignée
d’habitants avec un objectif phare : obtenir un jardin sur la totalité de la cour du maroc.
C’était en 1997…
Mars : dans de nombreux immeubles
alentour les banderoles fleurissent :
« NON à l’extension de Tafanel - OUI aux
4 hectares de jardin ».
Puis de longues années de mobilisation, qui seront ponctuées au printemps et à
l’automne par des manifestations à caractère festif, organisées par l’association à proximité
puis à l’intérieur de la Cour du Maroc. Occasions précieuses pour l’information et les
débats mais aussi destinées à montrer la détermination des habitants pour obtenir sinon un
petit coin de paradis, du moins un espace qui contribuerait à une meilleure qualité de vie
dans nos quartiers. On ne retiendra ici que quelques dates et moments clés qui, de notre
point de vue, ont été déterminants pour faire aboutir ce grand projet. Petite rétrospective
pour montrer le chemin parcouru :
1998 : Les hostilités démarrent…
1999 : L’année de tous les dangers…
Octobre : la SNCF présente aux élus
de la ville de Paris son projet pour la cour
du Maroc, il s’agit d’en faire une emprise
ferroviaire de 37000 m2 dédiée à une
plate forme multimodale… et 3085 m2 de
jardin à l’angle de la rue du Département
et de la rue du Maroc. L’association n’est
pas invitée à cette réunion, une
manifestation sera donc organisée devant
la mairie du 18e où se tient la réunion
pour montrer notre total désaccord… Les
élus demanderont à la SNCF de réviser
ses plans.
Août : Une entreprise de traitements
de déchets du BTP installée dans la cour
du Maroc sans autorisation préfectorale
doit quitter le site sous la pression des
associations.
2003 : Lancement du concours de maîtrise
d’œuvre
Les différentes phases du concours se
déroulent entre janvier et septembre.
Après appel public à candidature, 46
équipes déposent un dossier, le jury
présélectionne 6 équipes qui présentent
un projet détaillé conforme au cahier des
charges. Parmi celles-ci, le jury désignera
le 15 septembre, comme équipe lauréate,
l’atelier Corajoud qui sera donc chargé
de l’aménagement du jardin. Un membre
de l’association a participé au jury pour y
représenter les associations du quartier.
En décembre la SNCF annonce
qu’elle renonce à la construction de
l’entrepôt enterré qui était destiné à
l’entreprise Tafanel.
2004 : L’année du Cirque électrique
Ordures Ménagères) soutenu par la ville
de Paris envisage d’installer un centre
de tri sélectif sur la cour du Maroc.
Ce projet sera abandonné quelques mois
plus tard face à la pression de
l’association et à l’opposition des élus
d’arrondissements (18e et 19e).
Décembre : L’entreprise de distribution de boisson « Tafanel » annonce
publiquement son intention d’étendre son
activité sur la cour du Maroc.
2000 : Le dossier avance, mais…
Septembre : l’association organise
une opération « 1000 cartes postales »
adressées au maire du 18e lui rappelant
son projet de grand jardin.
Novembre : Le SITCOM (Syndicat
Intercommunal pour le Traitement des
lancer un concours de maîtrise d’œuvre
pour la conception et la réalisation du parc.
Mars : un vœu adopté par le conseil
d’arrondissement du 19e demande
l’abandon du projet d’extension de
l’entreprise Tafanel, le rachat du terrain
par la ville de Paris et une concertation
avec les associations. L’association
organise une consultation des habitants et
une pétition pour un jardin de 40000 m2
qui recueille plus de 1000 signatures.
Décembre : la ville de Paris présente
un nouveau projet d’aménagement du
site : 42000 m2 de jardin et un entrepôt
« emmoté » pour l’entreprise Tafanel de
4000 m2 sous le jardin. L’association
accepte ce compromis, le projet peut
enfin se concrétiser.
2002 : Modification du PLU (Plan Local
d’Urbanisme)
Mars : l’association demande que
le terrain de la cour du Maroc soit
inscrit dans la modification du PLU
comme « création d’une réserve pour
espace vert », ce qui permettrait
notamment à la ville de racheter le
terrain à RFF.
Juin à septembre : enquête publique
sur la modification du PLU. Le
commissaire enquêteur rend un avis
favorable. Dans la foulée, les conseils
d’arrondissements du 18e et du 19e ainsi
que le conseil de paris votent à
l’unanimité une délibération pour la
création d’un parc paysager sur la cour
du Maroc et autorisant le maire de Paris à
C’est une année de transition au cours
de laquelle se règlent les multiples
questions administratives et techniques
(permis de démolir pour les anciens
entrepôts, achat par la ville des 4000 m2
que le SNCF avait conservés pour la
construction de l’entrepôt, appels d’offres
pour la réalisation des travaux, nettoyage
et sécurisation du site…).
Mais pendant ce temps, il y a de
l’animation sur le site, grâce au Cirque
Électrique et aux nombreuses compagnies
qu’il invite tout au long de l’année.
2005 : Les grands travaux démarrent
Les travaux de terrassement sont
engagés dès le mois de février, les
entrepôts démolis, près de 5000 camions
apportent 50000 tonnes de terre…
2006 : Le jardin sort de terre
En février les premiers arbres sont
plantés dans la grande prairie et sur
l’esplanade Maroc. Dès le mois de
novembre, les espaces sportifs qui sont
achevés sont ouverts au public.
2007 : Le jardin est ouvert
Un beau projet, un beau combat,
pour un beau résultat fruit de la
mobilisation des habitants, du soutien des
élus, des choix politiques qu’ils ont su
prendre et du travail de toutes les équipes,
concepteurs, ouvriers, jardiniers qui,
pendant ces trois dernières années n’ont
pas ménagé leur peine pour que les
délais de réalisation soient respectés.
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« Un jardin novateur,
Propos recueillis par Marie Bouvaist
Pour une guinguette associative
tourné vers les utilisateurs de demain »
Ça y est, nous avons gagné ! Nous pouvons enfin courir sur les pelouses du jardin, déambuler dans
les allées, nous allonger au soleil, papoter entre amis, ou, pour les plus sportifs, jouer au foot ou au
basket… Mais que ferons-nous pour étancher notre soif ou grignoter un encas ? Bien sûr, il y a des
cafés très sympas dans le quartier, et, de plus, les aménageurs ont prévu deux bâtiments susceptibles
d’accueillir des buvettes. Alors tout va bien, non ?
Rencontre avec le chef jardinier du jardin, Thierry Dodard,
43 ans, dont 25 passés à jardiner pour la Ville de Paris.
Un bout du monde - Racontez-nous votre
parcours dans le métier ?
Je suis devenu jardinier grâce à mon
grand-père paternel chez qui j’allais
passer mes vacances. Il était à la retraite,
et ses deux passions étaient la chasse et
le jardinage. J’ai été son assistant. J’ai
travaillé ensuite 15 ans dans le 13e
arrondissement et ces dix dernières
années dans le 18e. Après avoir fait
longtemps un travail en voirie (rondpoints, bacs, plates-bandes de rue…),
j’ai eu envie de retourner à mes
premières activités : les jardins.
Un BdM - Qui va jardiner avec vous ?
Pour entretenir, prévenir, guérir les
jardins, je vais disposer d’une équipe de
jardiniers et de cantonniers. Ensemble,
nous allons nous efforcer de faire vivre,
grandir vos jardins, de les faire vous
ressembler, vous plaire… et en rêvant un
peu, en faire une référence mondiale !
Un BdM - Pourquoi avoir choisi de venir
travailler dans les Jardins d’Éole ?
Au moment de changer de vie
professionnelle, je suis tombé sur tout ce
qui se passait autour des
Jardins d’Éole, sur la cour du Maroc, et
son jardin novateur, tourné vers les
utilisateurs de demain. Je suis très
impliqué dans la vie associative de mon
village de l’Oise (commune du parc
Astérix), et très « Sauvons la planète pour
nos enfants ». Je recycle tout ce qui peut
l’être à la maison, les déchets
compostables, pour mon petit potager.
Ce jardin avait tout pour me plaire.
C’est un jardin où la gestion
différenciée va être intégrée, c’est-à-dire
que chaque strate végétale aura un
entretien le plus respectueux possible de
la nature, tout en visant le rendu le plus
intéressant possible pour l’usager. C’est
pour nous, jardiniers, une toute nouvelle
manière de travailler. Il va nous falloir
penser à nos actions, et à ce que la
nature va en faire, mais aussi penser à la
respecter le plus possible (moins de
chimique, moins de polluant, moins de
contrainte).
Une autre particularité du jardin, une
innovation, c’est le jardin de gravier. Il va
nous falloir gérer un nouveau biotope (1)
inutilisé jusque-là dans les jardins. Nous
n’avons que peu de recul, seule la
parcelle d’essai nous montre les
dans les Jardins d’Éole
Par Lionel Mahier
possibilités de son avenir. Il s’agit pour
nous d’une réflexion à très long terme,
un challenge pour le futur.
Un BdM - Qu’est ce qui fait selon vous
l’intérêt, ou la particularité, de ce jardin ?
Ce qui renforce mon envie de faire
de ce jardin une référence c’est
l’implication des associations du
quartier. Il y a une énergie dans ce
secteur ! La difficulté de la vie dans le
quartier où la grande majorité des
habitants voit ce jardin comme une
chance pour tous, un renouveau. Une
lutte, votre révolution, ensemble nous
allons en faire une réalité.
De nombreux soucis, problèmes, se
mettront sur notre route, mais nous y
arriverons !
(1)
Biotope : Milieu biologique déterminé offrant à
une population végétale et animale déterminée des
conditions d’habitat relativement stables.
L’espace, même aménagé, ne suffit
pas. Il faut l’organiser, le gérer, l’animer,
ou plus précisément, lui donner une
âme… Permettre que se côtoieront des
adolescents en manque d’activité
physique, des mères de familles venant
promener leurs petits, des personnes
âgées
faisant
leur
promenade
quotidienne, des gens de différentes
cultures, parlant différentes langues,
venant seuls ou en groupe.
Dans d’autres quartiers, des
expériences se sont développées : c’est
le cas du « Café Zoïde », près du bassin
de la Villette, ou du « Moulin à Café »,
dans le 14e arrondissement. Ce pourrait
être également le cas dans ces prochains
« Jardins d’Éole ». L’intérêt de telles
créations est de participer autrement que
de façon strictement marchande à
l’économie d’un lieu et d’offrir au public
de passage les prestations qu’il attend :
boissons fraîches ou chaudes, petite
restauration…, tout en favorisant les
initiatives individuelles ou collectives
de ceux qui sont prêts à faire partager
leurs expériences et leurs savoir-faire.
L’espace buvette est déjà prévu sur
l’esplanade. Sous réserve de quelques
petits aménagements, on pourrait créer :
• une cuisine où se côtoiraient
professionnels, semi-professionnels,
stagiaires par exemple, et bénévoles,
habitants du quartier venant
« donner un coup de main » ou
même venant animer régulièrement
un atelier de « cuisines du monde »,
• une pièce de dimension suffisante
pour constituer un espace de
restauration,
• et, selon les cas, un espace de
création culturelle, pour des
spectacles amateurs ou semiprofessionnels.
Nous remercions par avance les
responsables municipaux du parc pour leur
soutien à cette initiative et comptons sur la
Régie de quartier La Chapelle, gestionnaire
retenu par la Ville de Paris, pour animer au
mieux cet espace convivial.
Nous avons déjà dit à quel point il
nous semble urgent de créer dans ces
« Jardins d’Éole », les conditions de
réalisation de ce que nos hommes et
femmes politiques qualifient de
« mixité sociale ».
Répondons aux difficultés constatées : renfermements communautaires,
désœuvrement des jeunes, errances des
toxicomanes…, par des propositions
originales. C’est en transformant les
habitants du quartier en acteurs de ce
lieu qu’ils se l’approprieront et le
respecteront, qu’ils créeront eux-mêmes
les conditions de sécurité et de
tranquillité attendues.
Quant à nous, militants de
l’association les Jardins d’Éole, nous
travaillons depuis longtemps à
développer cette idée et à ce qu’elle
soit prise en considération par les
décideurs politiques et administratifs et
par les associations et les habitants du
quartier. Nous continuerons à agir afin
que cet idéal de « buvette associative »
se concrétise.
Surveillance et préservation des lieux,
Propos recueillis par Marie Bouvaist
accueil et sécurité du public
L’Agent-Chef, responsable des Agents composant la brigade de surveillance, est en relation journalière
avec les Agents sur le terrain et recueille auprès d’eux les informations émanant des usagers, ainsi que
les évènements quotidiens se déroulant dans les jardins afin de mettre en place des actions destinées à
améliorer la qualité de vie dans les espaces verts.
Un bout du monde - Présentez-nous
votre équipe : nombre de personnes,
espace de travail…
La brigade de surveillance en charge du
Jardin d’Éole et des autres jardins formant
le périmètre de l’Est de l’arrondissement, se
compose de 17 Agents de surveillance en
charge d’assurer la mission de service
public dans les espaces verts concernés de
cette partie du 18e.
Directrice de publication : Marie Bouvaist - Rédacteur en chef : Philippe Peseux - Création graphique : Virginie Duval et Philippe Peseux - Maquette : Charlotte Faupin - Crédits images : DPJEV (article jardinier ci-dessus) Atelier Corajoud (plan du jardin) - Valérie Leroy (dessin guignol) - Daniel Keller. Un grand merci à Lionel, Isabelle, Carmen, Daniel, l’équipe de conception du parc, et toutes les personnes qui ont participé à ce numéro.
Les adhérents sont la force d’une association. Si notre projet vous intéresse, si vous l’estimez digne de soutien, apportez votre contribution et adhérez à l’association :
ASSOCIATION LES JARDINS D’ÉOLE - 44, rue d’Aubervilliers - 75019 Paris - Tél. / Fax : 01 46 07 17 79 - E-mail : [email protected] - Web : http://kelkit.club.fr
(tarif normal : 16 €, tarif réduit : 8 € pour les chômeurs, étudiants, retraités)
Un BdM - En quoi consiste votre travail ?
À
assurer
l’encadrement
des
Agents affectés à la surveillance placés
sous ma responsabilité. Eux-mêmes
assurent la surveillance et la préservation
des lieux et des locaux ou s’exercent leurs
fonctions et veillent à l’accueil et à la
sécurité du public. Le travail conduit
également à participer à l’exécution
d’autres tâches, comme le suivi du bon
déroulement de manifestations festives au
sein des jardins et la rencontre sur le terrain
avec les organisateurs de ces événements.
Un BdM - Qu’est-ce qui vous paraît
prioritaire dans la façon dont vous allez
faire votre travail ?
Prendre mieux en compte les attentes
des usagers afin d’assurer collectivement
la sécurité de tous et l’accueil dans les
jardins, également participer à l’éducation
du public en terme d’environnement.
Un BdM - Qu’est ce qui fait selon vous
l’intérêt, ou la particularité, de ce jardin ?
La création du Jardin d’Éole était très
attendue par les habitants du quartier,
qui ont contribué à sa naissance. Il va
avoir l’intérêt d’être une vraie et grande
bouffée d’oxygène pour le quartier avec
un bénéfice pour tous.