édito Le Théâtre de Guignol
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édito Le Théâtre de Guignol
NUMERO5-0307 26/03/07 18:41 Page 1 ’éole d s in d r ja s e d r u o t au Le Théâtre de Guignol : Par Marie Bouvaist une postulante répond à nos questions Flandre Valérie Leroy a proposé ses services pour animer le théâtre de Guignol que vous trouverez sur votre droite en passant par l’entrée principale du jardin, rue d’Aubervilliers, juste après les jardins partagés. Un bout du monde - Pourquoi avoir choisi de travailler ici plutôt que sur les Champs-Élysées ? Un BdM - Connais-tu déjà les horaires sur lesquels tu vas travailler ? Quand auront lieu les représentations ? Les Champs-Élysées sont un quartier historique de cette marionnette à Paris. Cela date d’une époque où c’était un grand centre populaire et bourgeois de distractions. Le Guignol des Champs-Élysées, c’est là que j’ai appris le métier. C’est le plus vieux et à mon avis le meilleur Guignol de Paris. Mais après une douzaine d’années de compagnonnage, il me tarde de partir dans ma propre direction, et le quartier populaire du Jardin d’Éole est très approprié pour cette marionnette. Guignol est un représentant direct d’une très vaste et très ancienne culture populaire qui va des fêtes rituelles au théâtre de tréteaux en passant par les foires et le Carnaval. Pour l’instant, je pense ouvrir traditionnellement, soit : • les mercredi, samedi dimanche et vacances scolaires avec 2 à 4 séances par jour selon les horaires d’ouverture du parc et les horaires de fréquentation. • Probablement séances à 15, 16, 17 et 18h. • 1 ou 2 périodes de fermeture annuelle restant à déterminer quant à l’époque et la durée. Le reste du temps sera bien occupé entre le renouvellement du répertoire, les tournées et à terme, les ateliers. Pour que la compagnie ne s’enferme pas dans un système clos, il est important qu’elle sorte régulièrement de son cadre habituel. Quoi qu’il en soit, ce ne sont là que prévisions et tout cela peut bouger en fonction des caractéristiques du quartier. Un BdM - Comment vois-tu ton travail dans le jardin ? Le quartier autour du Jardin d’Éole est caractéristique du “populaire” de notre époque, notamment en ce qui concerne l’immigration. Cerise sur le gâteau : une partie de la population est très impliquée dans la vie de quartier. Elle prend la parole. Il y a un très beau réseau associatif. Tout ça c’est du pain béni pour la marionnette que j’accompagne. J’attends beaucoup de la fréquentation du public des 18e et 19e arrondissements, c’est pour cela que je tiens à mettre en place à moyen terme des ateliers d’amateurs visant surtout la population locale. Je vois là une mine pour élargir, ouvrir, vivifier cette marionnette. En ce qui concerne le jardin, il me paraît intéressant de réunir régulièrement les structures qui s’y côtoient afin que chacun puisse mener l’action qu’il vise, sans trop se contredire les uns les autres. Et puis cela peut donner des idées et de la force. Cela équivaut peutêtre au comité de pilotage en question actuellement. Enfin, je souhaite ardemment que le l’impact du jardin dépasse le quartier. En cela, la proximité de la Biennale Internationale des Arts de la Marionnette de la Villette est intéressante. Un BdM - Quel public vises-tu ? Absolument tous les publics. À l’origine, Guignol se joue dans la rue, pour tous, et pour qui s’arrête un instant. Puis Napoléon III l’a assigné aux jardins publics où l’on croise surtout des enfants. Naturellement, l’enfant est devenu le public de prédilection de Guignol. Je souhaite garder ce public de choix et amener un plus grand nombre d’adultes à venir s’asseoir sur les bancs sans être nécessairement accompagnés… Un BdM - As-tu déjà un programme établi ? Est-ce qu’on peut annoncer un prochain spectacle ? L’essentiel du répertoire sera constitué des farces de Guignol. Lorsque les liens particuliers qu’il crée avec le public seront établis, une recherche allant aussi vers d’autres formes pourra se développer. Par exemple des adaptations de textes littéraires ou l’introduction de personnages d’autres cultures… D’autres techniques pourront aussi s’y mêler (ombre, projections…) car chacune apporte un univers particulier. Elles seraient choisies en fonction des pièces à jouer et des possibilités et limites qu’offrira la structure physique du théâtre. Les pièces seront renouvelées régulièrement mais pas trop souvent. La répétition est très importante dans ce théâtre. Le public doit connaître la pièce, il en joue mieux. L’important ici n’est pas l’histoire mais ce qui se passe entre public, marionnettes et marionnettiste. C’est une sorte de rituel. Une représentation qui fonctionne bien a quelque chose de magique et de revigorant. mars numéro 5 - à Stalingrad Pajol La Chapelle 2007 édito on a retrouvé Ramzi ! début 1993, il avait alors une dizaine d’années… l’écran rouge… ou le mur de Carmen le parc des jardins d’Éole pensé par ses concepteurs histoire : un jardin voulu et obtenu par les habitants une guinguette associative dans les jardins d’Éole strip “mon voisin…” un jardin novateur tourné vers les utilisateurs de demain préservation des lieux, accueil et sécurité du public le théâtre de guignol une postulante répond à nos questions Ce samedi 31 mars 2007, l’association Les Jardins d’Éole a la joie de vous annoncer la naissance des Jardins d’Éole. Cette naissance marque l’aboutissement des 10 ans de militantisme de l’association. Pour ce numéro spécial, les deux présidents (l’ancien et l’actuelle) se sont partagés la plume pour expliquer leur histoire dans l’association Daniel Keller (président de 1997 à 2005) Quand je suis arrivé dans ce quartier à la fin des années 80, il était sympa et plein de vie. Mais au fil du temps la situation s’est dégradée : trafics de stupéfiants, immeubles laissés à l’abandon, craintes de démolitions, rumeurs inquiétantes sur l’avenir de la cour du Maroc, inertie manifeste et silence des pouvoirs publics. Je savais que dans d’autres quartiers de Paris l’action associative et la mobilisation des habitants avaient permis de faire bouger les choses. Dès lors, avec une poignée d’habitants, nous avons décidé de prendre collectivement notre avenir en main, persuadés que le devenir de ce terrain de 4 hectares devait être un enjeu et un levier pour vivre mieux dans ce quartier. De nombreux adhérents et sympathisants sans qui rien n’aurait été possible nous ont rejoint dans ce combat pour obtenir un jardin sur la totalité de la surface de la cour du Maroc. Marie Bouvaist (présidente depuis 2005) Je suis arrivée dans le quartier en 1992 car ma mère y avait été nommée directrice d’une école. Les enfants de nombreux membres de l’association y étaient scolarisés. C’est comme ça que j’ai connu Daniel Keller et ses acolytes. Mon engagement dans l’association a d’abord été un engagement dans la vie du quartier. Au fil des actions, et des fêtes, j’ai appris à connaître le quartier. C’est un sentiment gratifiant de se dire qu’on est actif pour son environnement, qu’on participe à la vie du quartier, qu’on y apporte sa pierre. Maintenant que le jardin est là, la vie intense de nos quartiers y trouvera son espace, notamment sur l’esplanade. Que ce jardin soit un miroir pour le quartier, qu’il lui renvoie combien il est riche de personnes intéressantes et motivées. Qu’il soit aussi une loupe pour le reste de Paris, que le regard sur ces quartiers souvent dépréciés soit changé après une visite dans le jardin. C’est mon espoir, c’est mon pari pour ces tout neufs Jardins d’Éole. NUMERO5-0307 26/03/07 18:41 Page 3 Le parc des jardins d’éole Il l’a dit ! Au cours du conseil de quartier Flandre-Aubervilliers consacré au Jardins d’Éole, le 28 novembre, notre député et adjoint au maire Daniel Marcovitch s’est engagé à ce que soit mis en place un comité de suivi du Jardin rassemblant élus et associations. On a retrouvé Ramzi ! Propos recueillis par Isabelle Kittel Il n’habite plus le quartier aujourd’hui, mais y revient souvent pour voir ses parents. Début 1993, il avait alors une dizaine d’années… … il jouait dans la rue avec ses copains et, intrigué par l’agitation qui régnait à l’entrée de la cour du Maroc « C’était l’occasion de faire le petit curieux, on s’est dit : on va passer à la télé ! » C’est comme ça qu’il a participé à la fameuse plantation symbolique d’un arbre et qu’il est immortalisé sur une photo aux côtés de Daniel Vaillant, Roger Madec et Ségolène Royal… « Je n’aurais jamais pensé qu’il y aurait un grand parc en bas de chez nous, les gens n’y croyaient pas. Ils disaient “il y aura une gare, des entrepôts…” et quand j’ai vu les travaux pour le RER, des rails partout, là je me suis dit c’est foutu, il n’y aura jamais de parc. Il y a quelques mois, je roulais rue d’Aubervilliers et tout d’un coup j’ai vu qu’il n’y avait plus de mur et qu’il y avait des travaux pour un parc, mon petit frère m’a dit qu’il est allé jouer sur les terrains de sport. Quinze ans c’est énorme, mais quand même ça a abouti. » Mais Ramzi ne garde pas un très bon souvenir de son quartier, trop mal fréquenté selon lui et cela l’inquiète un peu pour l’avenir : « Quand tout le monde sort s’amuse, prend l’air ce sera bien, mais il faut que ce soit bien surveillé, bien gardé, il ne faut pas que ça devienne une zone de non droit. » Pessimiste ou lucide Ramzi ? C’est à nous tous, habitants et usagers du parc, avec l’aide des pouvoirs publics de faire en sorte que les craintes de Ramzi ne deviennent pas réalité. L’écran rouge ou « le mur de Carmen » Par Carmen Perrin Chargée de la conception artistique du mur de briques rouges (conception technique Alain Schambacher), Carmen Perrin détaille pour « Un bout du monde » les fonctions et les particularités de ce mur. « Lorsque j’ai été invitée par Michel Corajoud et Georges Descombes à proposer une intervention artistique au moment des premières études, j’ai pensé à m’approprier un objet qui était prévu et nécessaire dans le projet architectural et paysager. C’est une sculpture architectonique réalisée avec deux sortes de briques industrielles, les une pleines et les autres perforées. Sa masse souligne longitudinalement la première partie du parc et matérialise la frontière qui le sépare des voies de chemin de fer de la Gare de l’Est. C’est un obstacle qui laisse passer le regard, qui donne à voir autrement ce qu’il cache et dont la forme et la couleur évoquent le nom originel du site : La Cour du Maroc. Mais c’est aussi un objet creux, orienté vers le sud-est de Paris, à l’intérieur duquel s’articule un espace complexe qui devrait progressivement être approprié par les oiseaux et autres animaux du coin. La brique industrielle est un matériau qui a une forte capacité à réfléchir la lumière. L’assemblage des éléments a été pensé de façon à ce que d’une ligne à une autre, le mouvement de la lumière et des ombres soit perceptible en permanence. La temporalité diurne s’inscrit dans la transformation de l’intensité chromatique d’un motif décoratif répétitif qui s’ouvre et se ferme selon les points de vue et les déplacements du promeneur dans le parc. » Par l’équipe de conception du parc : Michel & Claire Corajoud, ADR et Georges Descombes (Extraits) pensé par ses concepteurs Éloigné d’environ un kilomètre et demi du parc des Buttes-Chaumont et du parc de la Villette, le parc de la cour du Maroc est un projet vital pour un quartier où il existe peu d’espaces verts. À grande échelle, le site, implanté sur la rive droite de la seine, se présente sous la forme d’un terrain presque plat. Il constitue cependant un col entre la butte Montmartre à l’ouest et les Buttes-Chaumont à l’est. Le parc de la cour du Maroc contribuera à compléter le dispositif des grands parcs de Paris. Les travaux ont commencés en avril 2005 et se sont terminés fin mars 2007. L’identité morphologique du site Depuis toujours, le site de la cour du Maroc, aujourd’hui « Jardins d’Éole », est marqué par sa longueur, sa linéarité, sa stratification. Des sillons du labour des champs que montre le plan Roussel de 1731, aux faisceaux de rails de l’occupation longitudinale du domaine, sa taille est instruite par la mesure d’un train. Nous ne voulions pas contredire les bandes stratifiées, les longues traces longitudinales du site d’origine que nous considérons comme les fils de trame d’un tissu ou les portées de notre partition. Le maintien dans le sens nordsud des strates continues ou décalées offre, en de nombreux points du parc, des perspectives latérales dont les quatre cent soixante mètres de l’assiette du terrain fixent, sans véritable obstacle, les horizons de notre projet. Ce mode de composition magnifie l’ampleur de la parcelle Dans le sens est-ouest, le bougé de nos traits augmente les profondeurs de champ : de la rue d’Aubervilliers jusqu’au skyline de la butte Montmartre, de la promenade basse, par un jeu de terrasses balancé par des rampes, jusqu’à la ligne de crête de la terrasse des sports. Peu de perpendiculaires s’affirment sur la partition. Quelques-unes sont nécessaires, au centre du projet, pour établir les plans et paliers successifs qui règlent l’entrée principale. Elles sont, alors, décalées ou contrariées pour mieux distribuer les enchaînements qui conduisent aux différents lieux du parc. L’inscription du projet dans la continuité de l’histoire du site Le terrain, tel qu’il se présentait, avait tous les caractères et toutes les déficiences d’une friche industrielle. Il était, depuis de longues années, en attente de reconversion. Dans cette attente, les riverains ont, partiellement, occupé et polarisé les lieux. Un bac à sable ingénieux fut un des espaces pionniers imaginés par eux qui a inauguré, pour nous, le futur jardin de la crèche. “Le jardin de la cour du Maroc est notre locomotive”, “Nous voulons un jardin d’usage”. Entre ces deux propositions, on peut lire la dynamique qui a engagé notre projet. En disant cela, les membres de l’association « Les Jardins d’Éole » exprimaient le fait que la cour du Maroc avait et continue de fédérer des enga- frustrée d’un point de vue. Ce n’est pas un carrefour mais un passage entre quartiers. Le projet proposé vise à restituer aux habitants ce point de vue sur leur paysage et, en même temps, traiter les frontières et les interfaces entre “villages”. Aménager cet espace, c’est donc faire sa part à une sorte de morale par provision qui accompagnerait cette restitution de paysage et inviterait les associations locales à participer au travail de couture, pour faire du jardin un relais de la ville. gements civiques et des expertises bénévoles, des populations d’origines différentes et d’âges différents, dans un seul et même projet qui est devenu l’arène publique de débat du quartier. En réclamant un jardin d’usage, ils semblaient ne pas vouloir s’échapper de l’ordinaire. Certains d’entre eux y avaient déjà pris leurs habitudes. Notre projet, en ce sens, ne fut pas la première œuvre, il est entré dans une dynamique dont l’origine est plus ancienne. Nous estimons donc, que les sollicitations offertes par le paysage de la friche, elle-même, ont suscité du désir, de la revendication, des négociations, des projets enfin. Nous devions absolument garder la richesse de cet état des choses, ne pas bousculer, accompagner seulement. Maintenir ces fondations du site, pour que notre projet continue et opère la mutation de cette friche en jardin. En effet, contrairement aux apparences, la cour du Maroc n’était pas un terrain vague, il était plein des traces que notre projet a prolongé. Plutôt que de détruire les signes de l’imagination des habitants, nous voulions enrichir la palette des usages qu’ils ont anticipée. Au lieu de penser à domestiquer l’espace en comblant un “délaissé” de l’urbanisme, nous avons accompagné les riverains dans leur exploration du paysage en formation. La cour du Maroc est placée à la fois au nœud de voies routières, de voies d’eau et de voies ferrées et à l’écart, Une conception paysagère qui accepte des adaptations notables : un parc d’usage… En cours d’élaboration du projet d’exécution, pendant sa mise en œuvre, nous avons ouvert et communiqué notre travail en cours pour faire de notre projet un projet partagé. Un sociologue faisant partie de l’équipe de maîtrise d’œuvre a diffusé et commenté très largement les ouvrages en cours auprès d’une partie significative de la population du quartier. Il a ainsi préparé, avec elle, la véritable distribution et les pratiques des lieux dès l’ouverture du parc. Il a mis en évidence les opportunités qu’il offre et celles qui restent à découvrir. Par la simplicité et l’évidence de ses principes d’établissement, par l’ouverture d’interprétation que l’on peut déceler, sa composition paysagère acceptera des adaptations notables. Sur la “partition” que nous avons organisée, on devrait, sans peine, faire coïncider l’intégrité et les exigences de nos propositions avec les attentes multiples et actualisées du Maître de l’Ouvrage et des usagers. La pluralité des usages que le jardin doit accueillir et leur émergence dans un environnement urbain en mutation implique qu’ils soient accompagnés par des dispositifs et des équipements interactifs dont le principe consisterait à offrir aux usagers des “prise“ sur l’évolution du jardin, à faire du paysage une “expérience démocratique”, un cadre de participation. NUMERO5-0307 26/03/07 18:41 Page 5 Histoire : un jardin voulu et obtenu par les habitants… quelques points de repères d’un combat de 15 ans ! Par Isabelle Kittel et Daniel Keller En 1849, le site de la cour du Maroc est affecté aux ateliers de maintenance ferroviaire des lignes de la gare de l’Est et au stockage des marchandises. La gare de marchandise fonctionnera ainsi près de 150 ans. Elle cessera ses activités en 1992, le site devient alors pendant cinq ans la base arrière du chantier de la ligne E - ÉOLE (acronyme pour Est Ouest Liaison Express). Un journal de campagne électorale pour les législatives de 1993 évoque alors pour la première fois l’idée d’un jardin de 6 hectares sur les emprises SNCF de la cour du Maroc et des terrains Pajol… Un arbre y sera même symboliquement planté par une ministre de l’environnement et les candidats en campagne électorale pour les législatives ! Mai : réunion de concertation sous la présidence du préfet de région sur la base d’un projet de jardin de 30000 m2 et d’une emprise de 12000 m2 destinée à un entrepôt pour l’entreprise Tafanel. L’association s’oppose publiquement à ce projet. Août : la SNCF dépose le permis de construire pour la construction de l’entrepôt. Protestations multiples de l’association qui prépare un recours juridique. 2001 : C’est gagné ! Quatre longues années de « silence radio » suivront jusqu’à la création de l’Association « Les Jardins d’Éole » par une poignée d’habitants avec un objectif phare : obtenir un jardin sur la totalité de la cour du maroc. C’était en 1997… Mars : dans de nombreux immeubles alentour les banderoles fleurissent : « NON à l’extension de Tafanel - OUI aux 4 hectares de jardin ». Puis de longues années de mobilisation, qui seront ponctuées au printemps et à l’automne par des manifestations à caractère festif, organisées par l’association à proximité puis à l’intérieur de la Cour du Maroc. Occasions précieuses pour l’information et les débats mais aussi destinées à montrer la détermination des habitants pour obtenir sinon un petit coin de paradis, du moins un espace qui contribuerait à une meilleure qualité de vie dans nos quartiers. On ne retiendra ici que quelques dates et moments clés qui, de notre point de vue, ont été déterminants pour faire aboutir ce grand projet. Petite rétrospective pour montrer le chemin parcouru : 1998 : Les hostilités démarrent… 1999 : L’année de tous les dangers… Octobre : la SNCF présente aux élus de la ville de Paris son projet pour la cour du Maroc, il s’agit d’en faire une emprise ferroviaire de 37000 m2 dédiée à une plate forme multimodale… et 3085 m2 de jardin à l’angle de la rue du Département et de la rue du Maroc. L’association n’est pas invitée à cette réunion, une manifestation sera donc organisée devant la mairie du 18e où se tient la réunion pour montrer notre total désaccord… Les élus demanderont à la SNCF de réviser ses plans. Août : Une entreprise de traitements de déchets du BTP installée dans la cour du Maroc sans autorisation préfectorale doit quitter le site sous la pression des associations. 2003 : Lancement du concours de maîtrise d’œuvre Les différentes phases du concours se déroulent entre janvier et septembre. Après appel public à candidature, 46 équipes déposent un dossier, le jury présélectionne 6 équipes qui présentent un projet détaillé conforme au cahier des charges. Parmi celles-ci, le jury désignera le 15 septembre, comme équipe lauréate, l’atelier Corajoud qui sera donc chargé de l’aménagement du jardin. Un membre de l’association a participé au jury pour y représenter les associations du quartier. En décembre la SNCF annonce qu’elle renonce à la construction de l’entrepôt enterré qui était destiné à l’entreprise Tafanel. 2004 : L’année du Cirque électrique Ordures Ménagères) soutenu par la ville de Paris envisage d’installer un centre de tri sélectif sur la cour du Maroc. Ce projet sera abandonné quelques mois plus tard face à la pression de l’association et à l’opposition des élus d’arrondissements (18e et 19e). Décembre : L’entreprise de distribution de boisson « Tafanel » annonce publiquement son intention d’étendre son activité sur la cour du Maroc. 2000 : Le dossier avance, mais… Septembre : l’association organise une opération « 1000 cartes postales » adressées au maire du 18e lui rappelant son projet de grand jardin. Novembre : Le SITCOM (Syndicat Intercommunal pour le Traitement des lancer un concours de maîtrise d’œuvre pour la conception et la réalisation du parc. Mars : un vœu adopté par le conseil d’arrondissement du 19e demande l’abandon du projet d’extension de l’entreprise Tafanel, le rachat du terrain par la ville de Paris et une concertation avec les associations. L’association organise une consultation des habitants et une pétition pour un jardin de 40000 m2 qui recueille plus de 1000 signatures. Décembre : la ville de Paris présente un nouveau projet d’aménagement du site : 42000 m2 de jardin et un entrepôt « emmoté » pour l’entreprise Tafanel de 4000 m2 sous le jardin. L’association accepte ce compromis, le projet peut enfin se concrétiser. 2002 : Modification du PLU (Plan Local d’Urbanisme) Mars : l’association demande que le terrain de la cour du Maroc soit inscrit dans la modification du PLU comme « création d’une réserve pour espace vert », ce qui permettrait notamment à la ville de racheter le terrain à RFF. Juin à septembre : enquête publique sur la modification du PLU. Le commissaire enquêteur rend un avis favorable. Dans la foulée, les conseils d’arrondissements du 18e et du 19e ainsi que le conseil de paris votent à l’unanimité une délibération pour la création d’un parc paysager sur la cour du Maroc et autorisant le maire de Paris à C’est une année de transition au cours de laquelle se règlent les multiples questions administratives et techniques (permis de démolir pour les anciens entrepôts, achat par la ville des 4000 m2 que le SNCF avait conservés pour la construction de l’entrepôt, appels d’offres pour la réalisation des travaux, nettoyage et sécurisation du site…). Mais pendant ce temps, il y a de l’animation sur le site, grâce au Cirque Électrique et aux nombreuses compagnies qu’il invite tout au long de l’année. 2005 : Les grands travaux démarrent Les travaux de terrassement sont engagés dès le mois de février, les entrepôts démolis, près de 5000 camions apportent 50000 tonnes de terre… 2006 : Le jardin sort de terre En février les premiers arbres sont plantés dans la grande prairie et sur l’esplanade Maroc. Dès le mois de novembre, les espaces sportifs qui sont achevés sont ouverts au public. 2007 : Le jardin est ouvert Un beau projet, un beau combat, pour un beau résultat fruit de la mobilisation des habitants, du soutien des élus, des choix politiques qu’ils ont su prendre et du travail de toutes les équipes, concepteurs, ouvriers, jardiniers qui, pendant ces trois dernières années n’ont pas ménagé leur peine pour que les délais de réalisation soient respectés. NUMERO5-0307 26/03/07 18:41 Page 7 « Un jardin novateur, Propos recueillis par Marie Bouvaist Pour une guinguette associative tourné vers les utilisateurs de demain » Ça y est, nous avons gagné ! Nous pouvons enfin courir sur les pelouses du jardin, déambuler dans les allées, nous allonger au soleil, papoter entre amis, ou, pour les plus sportifs, jouer au foot ou au basket… Mais que ferons-nous pour étancher notre soif ou grignoter un encas ? Bien sûr, il y a des cafés très sympas dans le quartier, et, de plus, les aménageurs ont prévu deux bâtiments susceptibles d’accueillir des buvettes. Alors tout va bien, non ? Rencontre avec le chef jardinier du jardin, Thierry Dodard, 43 ans, dont 25 passés à jardiner pour la Ville de Paris. Un bout du monde - Racontez-nous votre parcours dans le métier ? Je suis devenu jardinier grâce à mon grand-père paternel chez qui j’allais passer mes vacances. Il était à la retraite, et ses deux passions étaient la chasse et le jardinage. J’ai été son assistant. J’ai travaillé ensuite 15 ans dans le 13e arrondissement et ces dix dernières années dans le 18e. Après avoir fait longtemps un travail en voirie (rondpoints, bacs, plates-bandes de rue…), j’ai eu envie de retourner à mes premières activités : les jardins. Un BdM - Qui va jardiner avec vous ? Pour entretenir, prévenir, guérir les jardins, je vais disposer d’une équipe de jardiniers et de cantonniers. Ensemble, nous allons nous efforcer de faire vivre, grandir vos jardins, de les faire vous ressembler, vous plaire… et en rêvant un peu, en faire une référence mondiale ! Un BdM - Pourquoi avoir choisi de venir travailler dans les Jardins d’Éole ? Au moment de changer de vie professionnelle, je suis tombé sur tout ce qui se passait autour des Jardins d’Éole, sur la cour du Maroc, et son jardin novateur, tourné vers les utilisateurs de demain. Je suis très impliqué dans la vie associative de mon village de l’Oise (commune du parc Astérix), et très « Sauvons la planète pour nos enfants ». Je recycle tout ce qui peut l’être à la maison, les déchets compostables, pour mon petit potager. Ce jardin avait tout pour me plaire. C’est un jardin où la gestion différenciée va être intégrée, c’est-à-dire que chaque strate végétale aura un entretien le plus respectueux possible de la nature, tout en visant le rendu le plus intéressant possible pour l’usager. C’est pour nous, jardiniers, une toute nouvelle manière de travailler. Il va nous falloir penser à nos actions, et à ce que la nature va en faire, mais aussi penser à la respecter le plus possible (moins de chimique, moins de polluant, moins de contrainte). Une autre particularité du jardin, une innovation, c’est le jardin de gravier. Il va nous falloir gérer un nouveau biotope (1) inutilisé jusque-là dans les jardins. Nous n’avons que peu de recul, seule la parcelle d’essai nous montre les dans les Jardins d’Éole Par Lionel Mahier possibilités de son avenir. Il s’agit pour nous d’une réflexion à très long terme, un challenge pour le futur. Un BdM - Qu’est ce qui fait selon vous l’intérêt, ou la particularité, de ce jardin ? Ce qui renforce mon envie de faire de ce jardin une référence c’est l’implication des associations du quartier. Il y a une énergie dans ce secteur ! La difficulté de la vie dans le quartier où la grande majorité des habitants voit ce jardin comme une chance pour tous, un renouveau. Une lutte, votre révolution, ensemble nous allons en faire une réalité. De nombreux soucis, problèmes, se mettront sur notre route, mais nous y arriverons ! (1) Biotope : Milieu biologique déterminé offrant à une population végétale et animale déterminée des conditions d’habitat relativement stables. L’espace, même aménagé, ne suffit pas. Il faut l’organiser, le gérer, l’animer, ou plus précisément, lui donner une âme… Permettre que se côtoieront des adolescents en manque d’activité physique, des mères de familles venant promener leurs petits, des personnes âgées faisant leur promenade quotidienne, des gens de différentes cultures, parlant différentes langues, venant seuls ou en groupe. Dans d’autres quartiers, des expériences se sont développées : c’est le cas du « Café Zoïde », près du bassin de la Villette, ou du « Moulin à Café », dans le 14e arrondissement. Ce pourrait être également le cas dans ces prochains « Jardins d’Éole ». L’intérêt de telles créations est de participer autrement que de façon strictement marchande à l’économie d’un lieu et d’offrir au public de passage les prestations qu’il attend : boissons fraîches ou chaudes, petite restauration…, tout en favorisant les initiatives individuelles ou collectives de ceux qui sont prêts à faire partager leurs expériences et leurs savoir-faire. L’espace buvette est déjà prévu sur l’esplanade. Sous réserve de quelques petits aménagements, on pourrait créer : • une cuisine où se côtoiraient professionnels, semi-professionnels, stagiaires par exemple, et bénévoles, habitants du quartier venant « donner un coup de main » ou même venant animer régulièrement un atelier de « cuisines du monde », • une pièce de dimension suffisante pour constituer un espace de restauration, • et, selon les cas, un espace de création culturelle, pour des spectacles amateurs ou semiprofessionnels. Nous remercions par avance les responsables municipaux du parc pour leur soutien à cette initiative et comptons sur la Régie de quartier La Chapelle, gestionnaire retenu par la Ville de Paris, pour animer au mieux cet espace convivial. Nous avons déjà dit à quel point il nous semble urgent de créer dans ces « Jardins d’Éole », les conditions de réalisation de ce que nos hommes et femmes politiques qualifient de « mixité sociale ». Répondons aux difficultés constatées : renfermements communautaires, désœuvrement des jeunes, errances des toxicomanes…, par des propositions originales. C’est en transformant les habitants du quartier en acteurs de ce lieu qu’ils se l’approprieront et le respecteront, qu’ils créeront eux-mêmes les conditions de sécurité et de tranquillité attendues. Quant à nous, militants de l’association les Jardins d’Éole, nous travaillons depuis longtemps à développer cette idée et à ce qu’elle soit prise en considération par les décideurs politiques et administratifs et par les associations et les habitants du quartier. Nous continuerons à agir afin que cet idéal de « buvette associative » se concrétise. Surveillance et préservation des lieux, Propos recueillis par Marie Bouvaist accueil et sécurité du public L’Agent-Chef, responsable des Agents composant la brigade de surveillance, est en relation journalière avec les Agents sur le terrain et recueille auprès d’eux les informations émanant des usagers, ainsi que les évènements quotidiens se déroulant dans les jardins afin de mettre en place des actions destinées à améliorer la qualité de vie dans les espaces verts. Un bout du monde - Présentez-nous votre équipe : nombre de personnes, espace de travail… La brigade de surveillance en charge du Jardin d’Éole et des autres jardins formant le périmètre de l’Est de l’arrondissement, se compose de 17 Agents de surveillance en charge d’assurer la mission de service public dans les espaces verts concernés de cette partie du 18e. Directrice de publication : Marie Bouvaist - Rédacteur en chef : Philippe Peseux - Création graphique : Virginie Duval et Philippe Peseux - Maquette : Charlotte Faupin - Crédits images : DPJEV (article jardinier ci-dessus) Atelier Corajoud (plan du jardin) - Valérie Leroy (dessin guignol) - Daniel Keller. Un grand merci à Lionel, Isabelle, Carmen, Daniel, l’équipe de conception du parc, et toutes les personnes qui ont participé à ce numéro. Les adhérents sont la force d’une association. Si notre projet vous intéresse, si vous l’estimez digne de soutien, apportez votre contribution et adhérez à l’association : ASSOCIATION LES JARDINS D’ÉOLE - 44, rue d’Aubervilliers - 75019 Paris - Tél. / Fax : 01 46 07 17 79 - E-mail : [email protected] - Web : http://kelkit.club.fr (tarif normal : 16 €, tarif réduit : 8 € pour les chômeurs, étudiants, retraités) Un BdM - En quoi consiste votre travail ? À assurer l’encadrement des Agents affectés à la surveillance placés sous ma responsabilité. Eux-mêmes assurent la surveillance et la préservation des lieux et des locaux ou s’exercent leurs fonctions et veillent à l’accueil et à la sécurité du public. Le travail conduit également à participer à l’exécution d’autres tâches, comme le suivi du bon déroulement de manifestations festives au sein des jardins et la rencontre sur le terrain avec les organisateurs de ces événements. Un BdM - Qu’est-ce qui vous paraît prioritaire dans la façon dont vous allez faire votre travail ? Prendre mieux en compte les attentes des usagers afin d’assurer collectivement la sécurité de tous et l’accueil dans les jardins, également participer à l’éducation du public en terme d’environnement. Un BdM - Qu’est ce qui fait selon vous l’intérêt, ou la particularité, de ce jardin ? La création du Jardin d’Éole était très attendue par les habitants du quartier, qui ont contribué à sa naissance. Il va avoir l’intérêt d’être une vraie et grande bouffée d’oxygène pour le quartier avec un bénéfice pour tous.