a. linsart
Transcription
a. linsart
24>26 novembre 2016 LILLE GRAND PALAIS NOUVEAUX ANIMAUX DE COMPAGNIE NUTRITION, ALIMENTATION, DIÉTÉTIQUE PROGRAMME GÉNÉRAL Alimentation des NAC : nouveautés et consensus Alimentation du lapin Adeline LINSART DV, Unité des Nouveaux Animaux de Compagnie - Unité de Médecine Interne et Urgences Centre Hospitalier Vétérinaire Saint-Martin - 275 Route Impériale - 74370 SAINT-MARTIN-BELLEVUE Conseiller les propriétaires d’un animal pour l’alimentation de leur compagnon est un point fondamental, qui doit être abordé à chaque visite du patient. Les besoins nutritionnels de l’animal évoluent, les habitudes du propriétaire changent et rapidement, un déséquilibre peut s’installer. C’est au cours du questionnaire nutritionnel, durant la consultation, que le praticien peut déterminer si la ration est adaptée et apporter les modifications nécessaires. Alimentation physiologique du lapin Le lapin (Oryctolagus cuniculus) est un herbivore strict monogastrique, appartenant à l’ordre des Lagomorphes. Son tube digestif très développé (caecum volumineux) et sa dentition à pousse continue (dentition hypsodonte et élodonte) sont adaptés à la consommation d’une ration très riche en fibres, distribuées sous la forme d’herbe fraîche et de foin. La caecotrophie (consommation des crottes molles issues de la vidange caecale et riches en vitamines B, K et acides aminés) permet au lapin de maximiser les bénéfices de sa ration, composée d’aliments très pauvres (fibres solubles et insolubles, de faible concentration énergétique et densité nutritionnelle). Le lapin passe à l’état sauvage énormément de temps à explorer son environnement, choisir la plante, les jeunes pousses ou le feuillage qu’il va consommer. Son goût et son odorat sont très développés et il choisit avec soin les parties des plantes qu’il grignote. Il ingère de grands volumes de ces aliments, du fait de leur faible densité énergétique. En captivité, le lapin a souvent à disposition pléthore de foins, plantes et aliments industriels, tous plus sucrés et aromatiques. Il surconsomme et trie sa nourriture, développant de nombreux problèmes de santé : obésité, maladie dentaire, troubles de la caecotrophie... L’alimentation constitue donc l’une des activités majeures d’un lapin, même maintenu en captivité. Le lapin doit pouvoir explorer, chercher, sentir, choisir sa nourriture ; cela occupe son temps, le stimule mentalement et contribue donc à améliorer son bien-être. Bien alimenter son lapin, c’est donc recréer un comportement exploratoire physiologique et bénéfique par le choix des aliments proposés et la manière dont ils sont mis à disposition. La ration quotidienne d’un lapin peut se résumer ainsi : FOIN + Végétaux frais variés + Eau à volonté. Des aliments industriels secs choisis avec soins peuvent venir compléter la ration. Les fruits peuvent être proposés ponctuellement comme friandises & aide à l’éducation. Les friandises industrielles sont évitées. La prise de boisson quotidienne est très élevée chez le lapin, à hauteur de 120ml/kg/j. Elle est facilitée par la distribution d’eau dans une gamelle. Si le lapin préfère le biberon, il est tout de même recommandé d’ajouter une gamelle d’eau par sécurité, les billes de biberon pouvant se bloquer. Besoin énergétique du lapin BE en kcalEM = Besoin énergétique journalier P = poids vif en kg BE = k x 100 x P0,75 Maladie : k = 1,2 à 2 ; Croissance : k = 2 ; Lactation : k = 3 Du foin, du foin... et encore du foin ! Le foin est l’aliment de base du lapin. Il doit être choisi avec soin car il constitue la part essentielle de la ration quotidienne et doit donc couvrir la majorité des apports nutritionnels. De mauvaise qualité, il sera refusé ou sousconsommé par le lapin, ce qui est à l’origine de nombreux problèmes de santé. Le foin peut être remplacé/complété par des herbes fraîches variées (graminées principalement) ou un accès à la pelouse du jardin (attention à effectuer une transition alimentaire progressive dans ce cas). Où acheter le foin Les propriétaires ont souvent de grande difficulté à fournir de manière constante un foin de qualité à leurs animaux. Les produits en animalerie peuvent convenir, mais le foin étant un produit naturel, la qualité peut beaucoup varier d’un lot à l’autre, il convient de rester 1 critique. L’achat d’une botte de foin, si l’on dispose d’un lieu de stockage adapté, peut être une solution qualitativement et économiquement plus intéressante. Les foins tassés, en paquets rectangulaires, vendus en grandes surfaces doivent être bannis. Ils sont de mauvaise qualité nutritionnelle et ne seront pas consommés par le lapin. De plus, très poussiéreux, il favorise les affections respiratoires. Les foins vendus sur des sites spécialisés peuvent être de qualité variable, qui n’aura pu être vérifiée avant l’achat. Il faut dans ce cas commander des produits dont la qualité est “garantie” par un cahier des charges (foin de Crau®, gamme Oxbow®). Choisir un foin adapté et de bonne qualité Le foin distribué doit être vert, odorant, non poussiéreux et comprendre les différentes parties de la plante (tige, feuille, fleurs). L’examen attentif du foin permet de s’assurer de sa qualité. La valeur nutritionnelle du foin varie selon l’espèce des plantes récoltées, le stade de maturité au moment de la coupe, les conditions de séchage (ensoleillement, intempéries). Ces éléments doivent être connus par le praticien et le propriétaire afin de choisir un foin adapté aux besoins du lapin aux différentes périodes de sa vie : - La valeur alimentaire des foins diminue avec la maturité de la plante. Les foins de graminées sont plus riches en fibres insolubles s’ils sont récoltés après l’épiaison. - Les foins de graminées sont plus pauvres en protéines et minéraux que les foins de légumineuses. - Les foins de 1° coupe, notamment s’ils sont récoltés après l’épiaison, sont moins riches que les foins de seconde coupe (regain) ou que les foins de printemps, récoltés au stade tige/feuille. (Récolte précoce = récolte avant la floraison = diminution biodiversité et pollinisation.) 24>26 novembre 2016 LILLE GRAND PALAIS - Le foin de Crau® est un foin de mélange graminées/légumineuses/plantes diverses. Il est très appétent et digestible, riches en protéines et matières minérales. Répondant à un cahier des charges strict, sa qualité est constante. - La gamme de foin Oxbow® rassemble des foins de graminées, monoplantes. Répondant à un cahier des charges précis, ils sont de qualité constante. Récoltés après l’épiaison, ces foins ont des apports protéiques et minéraux faibles, ils sont riches en fibres non digestibles. - Un foin vert ou légèrement jaune par endroit et très odorant est de bonne qualité nutritionnelle. Un foin bruni indique une mauvaise conservation (perte des qualités nutritionnelles, risque de développement de moisissures). - Les foins jaunis, très rigides et la paille sont trop riches en fibre indigestible. Leur valeur alimentaire est très faible à nulle. Ils ne doivent pas être distribués comme aliment. Chez les lapins à l’entretien, ayant tendance à l’embonpoint ou souffrant de lithiases urinaires ou de troubles de la caecotrophie, le foin de graminées (monoplante ou non) peut être distribué à volonté. Il sera complété en petites quantités par des foins de prairies mélangées ou de Crau® afin de varier les arômes et apports nutritionnels. Chez les lapins en croissance, en reproduction ou en convalescence, les apports énergétiques et nutritionnels du foin doivent être augmentés. Les foins de légumineuses sont distribués en petite quantité. Les foins de prairies mélangées et de Crau® peuvent constituer la base de la ration. Les foins de graminées peuvent être distribués en petite quantité. Distribuer le foin de manière appropriée Le foin doit être mis à disposition en libreservice et à volonté, en différents points. Plusieurs distributions de foin au cours de la journée sont recommandées, afin que le lapin ait toujours à disposition un foin frais et odorant. Le volume de foin consommé par le lapin quotidiennement doit être équivalent à son volume corporel ! Un râtelier à foin, placé au-dessus du bac à litière, est souvent apprécié des lapins. Ils passent ainsi des heures à grignoter dans leur bac. Le foin sera également astucieusement placé dans des petites balles en métal ou en osier, dans des cartons ou boîtes en matières végétales que le lapin pourra aller explorer. Des aliments appréciés (herbes aromatiques, fleurs) peuvent y être cachés pour stimuler la prise alimentaire. Il est recommandé de proposer deux à trois types de foin en permanence au lapin. Un foin de base sera ainsi placé dans les râteliers et renouvelé régulièrement alors que des foins plus riches ou appétents (foin de Crau®, foin avec plantes séchées) seront proposés sous la forme d’une récompense, à raison d’une poignée distribuée dans la journée par exemple. Des végétaux frais variés, à raison de 80 à 150 g/kg/jour Les végétaux frais variés (aussi appelés verdure) sont distribués au lapin sous la forme de deux repas. Une règle simple afin de favoriser la variété et donc l’équilibre alimentaire, est de recommander la consommation de trois végétaux frais différents par jour, chaque jour de la semaine. Les végétaux sont lavés et essuyés avant leur distribution. Le développement d’une cysticercose suite à la consommation de végétaux contaminés est possible. Transition alimentaire L’introduction des végétaux s’effectue uniquement si le lapin consomme déjà très bien son foin et que son transit est très bon (les crottes sont luisantes, rondes et homogènes et produites en grande quantité ; les caecotrophes sont consommées). Il est souvent admis de ne pas introduire de végétaux avant l’âge de 4 mois : ce n’est pas tant l’âge que la stabilité du mode de vie du lapin et la qualité de son transit digestif qui sont importants. Pour introduire la verdure, il convient de proposer très progressivement un petit morceau de feuilles d’endive ou de céleri-branche par exemple, végétaux appréciés et faciles à digérer. Si une petite quantité chaque jour pendant une semaine est tolérée, les doses sont progressivement augmentées puis de nouveaux végétaux sont introduits de la même manière. Si des signes de diarrhée ou inconfort sont observés, il faut arrêter la diversification et proposer exclusivement du foin pendant quelques jours. Choix des végétaux frais Les végétaux frais pouvant être distribués sont très variés et contribuent beaucoup à l’enrichissement et au bien-être du lapin. Ils peuvent s’approcher de l’alimentation du lapin à l’état sauvage : jeunes pousses de plantes, branchages, feuillages d’herbes ou plantes sauvages peuvent ainsi être distribuées. Un site de cueillette “propre” (animaux, pollution) et quelques connaissances botaniques 2 sont alors nécessaires pour cueillir les bonnes espèces : achillée, bourse à pasteur, camomille, fétuque, jeunes pousses d’ortie ou de ronces, laiteron commun, menthe sauvage, mouron des oiseaux, paturin, patte d’ours, pissenlits, plantains, pourpiers, trèfles... Les branchages et feuillages de noisetier, saule, pommier, poirier, hêtre, orme sont également comestibles. Les végétaux frais sont aussi des végétaux que nous consommons au quotidien. Légumes, herbes aromatiques, feuillages et fanes constituent des mets appréciés. Et cela ne se résume pas à un morceau de carotte ! Au contraire, les lapins sont bien plus friands de menthe, basilic, aneth ou persil ! Les fanes de radis, carottes, betteraves, navets, les feuillages du céleri, fenouil, des framboisiers et fraisiers, les parties externes des salades foncées, la mâche, la roquette, l’endive, les choux... sont très appréciés. Il est recommandé de proposer deux parts de feuillages/branchages pour une part de tubercule (carotte, panais, navet...). Ex : branches de noisetiers & céleri + un morceau de panais. En saison chaude ou pour stimuler la diurèse, il est possible de donner du concombre ou des courgettes. Les salades à feuille claire (ex : laitue iceberg) sont par contre évitées. Les aliments industriels secs : indispensables ? Les aliments secs industriels de type extrudés, granulés compressés à chaud ou aliments mono-forage, sont importants pour l’équilibre nutritionnel du lapin, mais ne constituent pas la base de l’alimentation. Si les foins et végétaux frais proposés au lapin sont convenablement variés, ces produits ne sont pas nécessaires. Des produits d’excellente qualité, très riches en fibres (ou cellulose brute > 20-25 %MS) et ne permettant pas le tri, peuvent être proposés deux fois par jour, en temps limité, à raison d’environ 10 à 15g/kg matin et soir. Il est impératif de ne pas laisser les extrudés en libre-service au lapin. Sans quoi il consommera ces aliments en quantité excessive, au détriment du foin, ce qui nuira à une bonne usure dentaire et à son équilibre digestif. Pour faciliter la consommation, il est possible de mettre les nouveaux granulés dans le paquet des anciens. Les extrudés peuvent également être cachés dans le foin ou la verdure pour en stimuler la consommation. 24>26 novembre 2016 LILLE GRAND PALAIS Recommandations aliments industriels secs Matière protéique brute : 12 à Phosphore : 0,3 à 0,4%MS 16%MS Matières grasses : 2,5 à 4% MS Ca/P : 1,5 à 2 Cellulose brute > 20%MS Vitamine D : 600-800 UI/kg d'aliment Calcium : 0,6 à 1%MS Vitamine A : 10 000 à 18 000 UI/kg d'aliment Des friandises ? Les fruits frais, sans noyaux ou pépins, peuvent être proposés ponctuellement (renforcement positif). Les plantes, légumes et fruits séchés peuvent également être utilisés dans cette indication mais il convient de surveiller les apports de sucres cachés et de calcium ou phosphore en excès. Les friandises industrielles telles que biscuits, bâtonnets de graines ou “yoghourt drops” sont interdites. Alimentation du lapin hospitalisé Les aliments habituels sont mis à disposition du lapin hospitalisé. Même s’ils ne conviennent pas parfaitement, cela rend le lapin plus confiant, lui permet de s’alimenter et peut l’inviter à goûter d’autres aliments. Une alimentation riche en fibres est également mise à disposition : - sous la forme de foin de bonne qualité si le lapin présente des crottes molles, voire de la diarrhée, - sous la forme de foin, herbes fraîches, herbes aromatiques, feuillages et fanes s’il convient de stimuler l’appétit d’un patient anorexique. Si une dilatation gastrique est écartée, des nourrissages à la seringue sont entrepris chez tous les lapins dysorexiques, anorexiques et/ ou déshydratés, cela permet de prévenir/traiter un ralentissement de transit, de réhydrater l’animal et de corriger certains désordres électrolytiques mineurs. De nombreux produits de réalimentation dédiés aux lapins et NAC herbivores sont désormais disponibles en centrale vétérinaire (Critical Care et Critical Care Fine Grind Oxbow®, Emeraid Herbivore Lafe- ber®, Herbal Convalescence Cunipic®, Recovery Supreme Petfoods®). Emeraid Herbivore est strictement réservé aux premiers jours de réalimentation, pour couvrir les besoins énergétiques et apporter des fibres solubles indispensables à la flore du caecum. Par contre, il ne contient pas de fibres insolubles, indispensables au bon fonctionnement du péristaltisme intestinal. Emeraid Herbivore et Critical Care Fine Grind peuvent être utilisés dans des sondes naso-oesophagiennes ou d’oesophagostomie, auxquelles il convient de recourir si le nourrissage à la seringue est inefficace. L’aliment est pesé à sec afin de s’assurer de couvrir les besoins énergétiques, la dilution du produit fini pouvant être modulée en fonction des goûts du lapin, de la déshydratation à corriger et de la facilité d’administration du produit. Certains lapins consomment spontanément les aliments de gavages mis à leur disposition dans une gamelle, sous la forme d’une soupe épaisse ou de boulettes. Bibliographie • Clauss M. Clinical technique: feeding hay to rabbits and rodents. JEPM. 2012; 21:80-86. • Desprez I, Volait L et Pignon C. Comment et quand réalimenter un lapin anorexique ? Le Point Vétérinaire. Décembre 2015; 361:38-41. • Harcourt-Brown F. Textbook of rabbit medicine. Chapter 2 : Diet and husbandry. Ed. Butterworth-Heinemann, Oxford, Boston. 2009:19-51. • Proença LM and Mayer J. Prescription diets for rabbits. Vet Clin Exot Anim. 2014; 17:485-502. • Tessier E. Nutrition du lapin de compagnie. Le Point Vétérinaire. Mars 2015. n°353. Les volumes pouvant être administrés par nourrissage à la seringue ou à la sonde sont de 10 à 20 ml/kg/repas, à raison de 60 ml/kg/j au total. Les repas sont généralement espacés de 4 à 6 h entre les prises. Lors d’anorexie, le volume des premiers repas est très réduit afin de ne pas favoriser la survenue d’un syndrome de réalimentation et une météorisation digestive, puis les portions sont progressivement augmentées. La mise en place des sondes naso-oesophagiennes est semblable à ce qui est effectué chez le chat. Une anesthésie locale préalable de la narine est indispensable. Une radiographie permet de confirmer le placement adéquat de la sonde. 3 Déclaration publique d’intérêts sous la responsabilité du ou des auteurs : • Aucun conflit d'intérêt 24>26 novembre 2016 LILLE GRAND PALAIS NOUVEAUX ANIMAUX DE COMPAGNIE NUTRITION, ALIMENTATION, DIÉTÉTIQUE PROGRAMME GÉNÉRAL Alimentation des NAC : nouveautés et consensus Alimentation du furet Adeline LINSART DV, Unité des Nouveaux Animaux de Compagnie - Unité de Médecine Interne et Urgences Centre Hospitalier Vétérinaire Saint-Martin - 275 Route Impériale - 74370 SAINT-MARTIN-BELLEVUE Conseiller les propriétaires d’un animal pour l’alimentation de leur compagnon est un point fondamental, qui doit être abordé à chaque visite du patient. Les besoins nutritionnels de l’animal évoluent, les habitudes du propriétaire changent et rapidement, un déséquilibre peut s’installer. C’est au cours du questionnaire nutritionnel, durant la consultation, que le praticien peut déterminer si la ration est adaptée et apporter les modifications nécessaires. Alimentation physiologique du furet Le furet (Mustela putorius furo) est un carnivore strict, appartenant à la famille des Mustélidés. Il tend à faire de nombreux petits repas (notamment croquettes). Il est également attiré par les substances grasses, les saveurs sucrées et les matières plastiques, ce qui est à l’origine de nombreux accidents domestiques (occlusions, intoxications) ou de déséquilibres alimentaires (consommation de sucres “cachés”). Les goûts alimentaires du furet sont fixés très tôt (avant 4 à 6 mois en général). Idéalement, le furet devrait être exclusivement nourri avec des produits d’origine animale, protéines et lipides de haute valeur biologique, étant donné les très faibles capacités d’adaptation de son tube digestif (transit digestif 3 à 4 h). Son besoin énergétique est estimé entre 200 et 300 kcalEM/kgPV/j en fonction de l’âge, du statut reproducteur et des conditions de vie (extérieur/intérieur ; chasse). Plus de la moitié des besoins caloriques doit être couvert par les apports lipidiques. De nombreuses solutions d’alimentation sont proposées chez le furet. Pourtant, aucune de ces solutions n’est parfaitement adaptée : quelle que soit le rationnement choisi, les avantages et inconvénients doivent être systématiquement rappelés au propriétaire. Certaines rations sont complètement déséquilibrées et doivent donc être proscrites (consommation de viandes sans compléments, sous-produits animaux constituant des BARF de mauvaise qualité...). Alimentation industrielle Alimentation carnée Les aliments industriels secs et humides peuvent convenir au furet, s’ils sont choisis avec soin. La commodité d’emploi et le rapport qualité-prix de ces aliments ne sont plus à démontrer. Attention, mal choisis, ces aliments peuvent provoquer ou faciliter certaines affections (urolithiases, obésité, troubles digestifs, insulinome...). Le furet est un carnivore strict dont le tube digestif est peu adaptable : il ne pourra tolérer sur le long terme des croquettes chatons bas-de-gamme, des pâtés pour chiens (totalement inadaptées) ; pas plus que des produits estampillés “aliment pour furet” de mauvaise qualité ! La dénomination “carnée” est source de confusion et d’erreurs, tant pour les propriétaires que les praticiens, à cause de la diversité des aliments pouvant y être rattachés. Elle se rattache à l’acronyme BARF, souvent utilisé par les propriétaires, qui peut être traduit par Bones and Raw Food ou par Biologically Appropriate Raw Food. Des aliments industriels premium, à forte teneur en protéines de haute valeur biologique et graisses animales, permettront de couvrir les besoins nutritionnels. La liste des ingrédients et l’analyse nutritionnelle doivent être étudiées attentivement : - privilégier un aliment à formule fixe (détaillée), utilisant majoritairement des protéines animales (premiers ingrédients déshydratés et d’origine animale de préférence). - L’analyse nutritionnelle idéale doit s’approcher de celle-ci MPB 35-65 %MS, MG 2540 %MS, ENA <10 %MS, CB 1-3 %MS, MM 5-9 %MS. Ca/P 1,2 à 1,7. - La densité énergétique des aliments humides industriels doit être proche de 1 kcal/g ou légèrement supérieure. Le principal inconvénient des croquettes est qu’elles apportent des glucides complexes (fibres et amidon) en teneur excessive, ce qui pourrait être préjudiciable pour la santé du furet (implication suspectée dans l’augmentation de fréquence de l’insulinome et des troubles digestifs chroniques). De plus, l’effet bénéfique des croquettes sur l’hygiène dentaire n’est pas retrouvé chez le furet. Au contraire, il semblerait que la consommation de croquettes soit associée à une plus forte fréquence d’abrasions et de fractures dentaires (Church, 2010). 4 Seules les alimentations carnées à base de proies entières ou de rations ménagères établies par un vétérinaire spécialiste en nutrition animale conviennent. Les autres alternatives carnées sont déséquilibrées et doivent être proscrites (viande seule, carcasses (éviscérées), abats (foie le plus souvent), “steaks” de volailles broyées, souvent appelés par leur dénomination commerciale (Dogador, Prodia, Poher) distribués tels quels ou au sein d’une recette dite “BARF”). La ration à base de proies entières (poussins de 1 j, éventuellement ratons, souriceaux, proies non éviscérées) couvre les besoins nutritionnels du furet si les proies sont surgelées convenablement. La mastication des chairs et tendons permet une bonne action mécanique limitant le tartre. Le furet rogne plus qu’il ne croque les os. Il en avale donc de petits morceaux, après avoir les avoir mastiqués. L’ingestion des petits fragments d’os et cartilages pourrait théoriquement entraîner une perforation digestive, mais nous n’avons jamais observé cela en pratique. Le véritable inconvénient d’une ration à base de proies entières, hormis les aspects éthiques et pratiques (congélateur dédié car les poussins sont livrés par caisse de 15kg), est un risque hygiénique important lié à la rupture de la chaine du froid. Les poussins distribués doivent provenir d’élevage Salmonella free. La congélation domestique des proies ne permet pas un abaissement de la température suffisamment rapide, ce qui entraîne des proliférations bactériennes au sein du tube digestif. Elle doit être interdite. Les recettes de ration ménagère constituent une alternative très intéressante si elles sont correctement élaborées et respectées. Les 24>26 novembre 2016 LILLE GRAND PALAIS rations ménagères donnent d’excellents résultats dans la gestion des troubles digestifs chroniques, de l’insulinome et de l’obésité. Elles ne doivent pas être confondues avec des recettes de BARF circulant entre passionnées, complétées à grand renfort de crème fraîche, levure de bière et foie, qui ne sont pas équilibrées. Différentes sources de protéines peuvent être utilisées dans la ration ménagère en fonction des possibilités d’approvisionnement des propriétaires, des goûts du furet et des indications médicales (ration très calorique pour la convalescence, la reproduction ou la croissance ; régime d’éviction lors de suspicion d’intolérance alimentaire...). Cependant, même si les résultats cliniques sont très satisfaisants, la motivation du praticien et des propriétaires est essentielle pour que le furet bénéficie de ce type de ration. Pour les propriétaires, la ration ménagère est complexe à mettre en oeuvre (coût, temps passé dans l’approvisionnement, la fabrication, respect de la chaîne du froid, élimination des portions non consommées). Les propriétaires négligent rapidement certains ingrédients de la recette et il est fréquent d’observer des erreurs de rationnement après quelques mois d’utilisation (huile de colza ou complément minéral et vitaminique sont souvent “oubliés”). Il est donc nécessaire de réinterroger à chaque visite le propriétaire sur sa manière de réaliser la ration. Pour les furets, la conversion à la ration ménagère peut être très simple (furet déjà nourri au carné, ou habitué à différents aliments) ou prendre plusieurs mois (furet habitué aux croquettes). La conviction des propriétaires (et du praticien) ainsi que quelques astuces (transition alimentaire très progressive, tiédir la ration, présenter l’aliment sous une forme liquide pour la faire laper) permettent en général de convaincre les plus récalcitrants. Afin de limiter la formation de tartre, importante chez les furets nourris avec une ration humide ne nécessitant pas de mastication (alimentation humide industrielle, ration ménagère), il convient de proposer une à deux fois par semaine 10 à 20 g de cou de volaille cru, distribué sans la peau. Cela oblige le furet à rogner et mastiquer les chairs, limitant mécaniquement le dépôt de plaque dentaire. Rations ménagères à 200 Calories (Cal ou kcal), établies par le Dr Géraldine Blanchard, Dipl ECVCN. Ces rations peuvent être proposées crues ou cuites. Elles peuvent être divisées en trois repas quotidiens surveillés. Il est possible de préparer les portions à l'avance et de les congeler. La décongélation est effectuée au réfrigérateur avant distribution. Tous les ingrédients (nature et quantité) doivent être scrupuleusement respectés et ajoutés. Les portions non consommées sont jetées. RECETTE POULET (ou DINDE) : - 100 grammes de viande de poulet ou de dinde - 20g de cou de poulet, cru, sans la peau - 5 ml d’HUILE DE COLZA - 3 grammes (3/4 de dosette) de Vit’i5 Little Ca®1, - 2 à 4 grammes de SON DE BLE (en paillette) RECETTE BOEUF MAIGRE : - 110 grammes de steak haché BŒUF 5% MG - 5 ml d’HUILE DE COLZA - 3 grammes (3/4 de dosette) de Vit’i5 Little Ca®1, à malaxer avec la portion journalière de viande et le son de blé - 1 à 2 grammes de SON DE BLE (en paillette) Alimentation du furet hospitalisé La bonne conduite de l’alimentation du patient hospitalisé est un point essentiel de la réussite du plan thérapeutique. Sans un rationnement adapté du patient, les durées d’hospitalisations sont prolongées et les complications post-opératoires plus fréquentes. Le furet hospitalisé est généralement un patient dysorexique, amaigri et déshydraté. Il souffre souvent de vomissements, diarrhée ou selles granuleuses. Le plan de réalimentation doit constituer une prescription à part entière du praticien : cette mesure thérapeutique ne doit pas être laissée à la bonne volonté de l’ASV prenant en charge le patient, pas plus que des propriétaires. Certaines affections exigent une prise en charge nutritionnelle évidente : insulinome, troubles digestifs, chirurgie de l’appareil digestif (occlusion, pancréatectomie partielle, biopsies digestives étagées). Pourtant, les patients cancéreux, les furets souffrant d’insuffisance rénale ou les furets simplement affaiblis par une maladie virale bénigne (ex : grippe saisonnière) bénéficieront de corrections nutritionnelles adaptées. Il est couramment admis que les besoins énergétiques des furets hospitalisés doivent être couverts à hauteur de 400 kcal/kgPV/j (contre 200 à 300 kcal/kgPV/j en entretien). C’est bien la part des apports lipidiques de bonne qualité qu’il convient d’augmenter en priorité. Cela peut s’effectuer sous la forme de la distribution d’une ration ménagère basée sur une viande grasse, l’ajout d’huile de colza ou de crème fraîche2 dans les aliments industriels ou ménagers ou le recours à des aliments industriels hypercaloriques. La part des protéines animales est également ajustée de manière à conserver une ration équilibrée. Les furets pouvant être très difficiles à convertir à une nouvelle alimentation, il est toujours raisonnable de disposer des croquettes habituelles, fournies par le propriétaire. Il est possible de les mettre à disposition même si elles ne sont pas parfaitement adaptées, cela limitant également les troubles digestifs liés à un changement alimentaire brutal. Pour en augmenter l’appétence, les croquettes peuvent être humidifiées avec de l’eau chaude puis mixées : cela aboutit à une soupe que les furets aiment laper. Cela augmente les apports hydriques mais la teneur en glucides complexes de la ration reste élevée (trop élevée) et la qualité des apports protéiques et lipidiques est souvent critiquable. D’autres aliments doivent donc être ajoutés (ex : huile de colza, crème fraîche2 ) voire imposés (ex : aliments de réalimentation pour Carnivores). En pratique, la mise à disposition d’une ration calorique, très appétente et hyperdigestible est privilégiée. Théoriquement, le praticien a deux difficultés : - un changement alimentaire brutal pouvant être à l’origine de diarrhée (possible mais rarement observé), - une aversion alimentaire, l’aliment étant associé aux soins et à l’hospitalisation (très rarement observé). Il existe sur le marché différents produits destinés à la réalimentation des carnivores, certains étant spécifiquement conçus pour le furet et les autres NAC carnivores (Carnivore Care Oxbow®, Emeraid Carnivore Lafeber®). Ces aliments industriels liquides sont souvent préférés chez les furets, qui pour la majorité, aiment laper des aliments liquides tiédis. Attention dans ce cas de bien définir et peser le 1 Vit’i5 Little Ca n’a pas d’équivalent sur la marché. Ce produit ne peut être supprimé ou remplacé. Il est disponible en centrale vétérinaire ou sur le site cuisine-à-crocs.fr Afin de ne pas retarder la conversion, la ration doit toujours être proposer au furet avec le complément minéral et vitaminique intimement mélangé à la viande. 2 L’ajout de crème fraîche est courant dans la ration des furets. Elle est généralement très appréciée et améliore efficacement l’appétence de la ration. Cependant, elle n’est pas toujours bien tolérée et certains furets développent une diarrhée. Un interrogatoire préalable du propriétaire est conseillé. 5 24>26 novembre 2016 LILLE GRAND PALAIS volume sec d’aliment à faire avaler pour couvrir les besoins énergétiques du patient, quelle que soit la dilution utilisée. Technique de réalimentation du furet hospitalisé Les gels appétents à base de sucres (Nutri Plus Gel®, Ferret Vite®) sont contre-indiqués chez le furet, sain ou hospitalisé. Ils doivent être réservés à la prise en charge des crises d’hypoglycémie, leur administration per os étant suivie d’un repas riche en protéines et graisses animales pour réduire le risque d’hypoglycémie rebond. Ils peuvent être remplacés facilement par des gels appétents à base de graisses (Beaphar®, Ferretone®) pour un usage ponctuel visant à faciliter la contention ou stimuler l’appétit. L’estomac du furet est très distensible : un furet adulte peut ingurgiter 100ml de liquide en 10 minutes s’il apprécie l’aliment proposé. Il est également possible de nourrir les patients anorexiques avec peu de contraintes, en proposant de nombreux petits repas (10 à 15mL/ kg par repas en moyenne), toutes les deux heures, à la seule condition qu’une personne stimule (réveille) le furet pour consommer l’aliment liquide tiédi, proposé sur le doigt ou à la petite cuillère. Les aliments complémentaires pour chat (ex : Almo Natura®) ou les friandises à base de viande convenablement séchée peuvent également être appréciés de certains furets et stimuler l’appétit (notamment dysorexie lors d’insuffisance rénale). Toutefois, les apports nutritionnels ne sont pas couverts et ces aliments devront donc être complémentés (complément minéral et vitaminique + huile de colza) s’ils sont utilisés en grande quantité. La distribution de petits morceaux de viande (5 à 10g par furet par jour), d’oeufs (oeuf de caille plutôt qu’oeuf de poule ; blanc + jaune mélangés et distribués crus ; limiter les quantités distribuées si le furet est insuffisant rénal ou que l’oeuf est utilisé quotidiennement pour l’administration des médicaments) sont également très stimulants. Le nourrissage à la seringue est également possible, mais le furet peut être stressé par la manipulation : comme le chat, il va se mettre à baver et n’avalera pas le dixième du repas proposé. Si une administration forcée est nécessaire, le recours à une sonde d’oesophagostomie est indispensable. Elle facilitera également l’administration des médicaments. La mise en place est semblable au chien et au chat, elle requiert une anesthésie générale. La sonde d’oesophagostomie peut être facilement arrachée par le furet. Il existe peu de contre-indications mais cette sonde est déconseillée lors d’oesophagite (douleur et aggravation des lésions), une affection fréquente chez les furets dysorexiques. La distribution d’une ration ménagère adaptée constitue enfin une excellente solution de réalimentation. Elle peut être adaptée aux goûts et besoins spécifiques du furet hospitalisé. Elle est parfaitement indiquée chez les furets souffrant de troubles digestifs, les patients insuffisants rénaux ou cancéreux. NB : En aucun cas, les apports protéiques ne doivent être réduits chez les furets insuffisants rénaux. Cela imposerait d’augmenter les apports lipidiques pour maintenir la couverture énergétique, ce qui n’est pas souhaitable (densité énergétique de la ration trop élevée, absence de satiété) et accentuerait la fonte musculaire. Bibliographie Bodey TW, Bearhop S and Mc Donald RA. The diet of an invasive non native predator, the feral ferret (Mustela furo), and implications for the conservation of ground-nesting birds. Eur J Wild Res. 2011;57:107-117. Church RR. The impact of diet on the dentition of the domesticated ferret. Exotic DVM. 2010;9(2):30-39. Fekete SG et coll. Comparison of feed preference and digestion of three different commercial diets for cats and ferrets. J Anim Physiol Anim Nutr (Berl). 2005;89(3-6):199-202. Linsart A, Blanchard G et Piazza S. Alimentation du furet. Etat des lieux : croquettes vs carné. PASE. 2011;11(3):8-15. Linsart A et Blanchard G. Pathologie nutritionnelle du furet. Le Point Vétérinaire. Nov 2015. n°360. Les sondes naso-oesophagiennes ne sont pas utilisables du fait de l’étroitesse des narines du furet. Les sondes de gastrotomie, nécessitant une mise en place chirurgicale, sont exceptionnellement utilisées. Comme chez les autres Carnivores domestiques, la réalimentation du furet anorexique doit être très progressive3 --> apport énergétique du 1° jour = BE divisé par le nb de jours d’anorexie, proposé en au moins 6 à 10 repas. Les volumes des repas sont progressivement augmentés, puis le nombre des repas est diminué. Déclaration publique d’intérêts sous la responsabilité du ou des auteurs : • Aucun conflit d'intérêt 3 La réalimentation progressive vise à réduire le risque de troubles électrolytiques suite à la réalimentation (potassium, magnésium et phosphore sont étroitement surveillés). 6 24>26 novembre 2016 LILLE GRAND PALAIS NOUVEAUX ANIMAUX DE COMPAGNIE NUTRITION, ALIMENTATION, DIÉTÉTIQUE PROGRAMME GÉNÉRAL Alimentation des NAC : nouveautés et consensus Alimentation des perroquets Minh HUYNH DV, MRCVS, DE Pathologie aviaire, DECZM (avian) Centre Hospitalier Vétérinaire Frégis - 43 avenue Aristide Briand - 94110 ARCUEIL Introduction Les psittaciformes constituent un ordre hétérogène qui a colonisés de nombreux habitats, de la jungle tropicale jusqu’au milieu semi-désertique. On comprend aisément les contraintes de chaque espèce. Si les perruches australiennes sont habituées à des milieux arides et sont principalement granivores, elles sont habituées à parcourir de grande distance et à manger très peu du fait de la rareté en ressource alimentaire dans leur biotope naturel. En revanche les perroquets vivant dans une jungle tropicale ont de nombreuses ressources à base de plantes, d’écorce, mais aussi de fruits et de fleurs. Ajouté à cette grande variété de régime alimentaire, on peut évoquer également les ingérés non alimentaires tel que l’argile ou l’eau, dont les caractéristiques varient selon les régions et qui sont une source importante de minéraux chez certaines espèces. Alimentation en captivité L’un des défauts majeurs de la nutrition des perroquets en captivité est l’utilisation quasi exclusive de graines oléagineuses dont les graines de tournesol. Déséquilibre qualitatif La composition type d’un mélange de graines est de 20 % de protéines, 31,7 % de lipides et 37,5 % de glucides. L’apport énergétique est de 22,4 MJ /kg. C’est plus de 3 à 4 fois les besoins en lipides à l’entretien de la plupart des oiseaux de compagnie. Les graines ont une teneur en éléments essentiels très faible tel que la vitamine A, la vitamine D, la vitamine B12, vitamine K, acide pantothénique, riboflavine, niacine, biotine, choline... Les ions minéraux sont également déficient tel que l’iode, fer, cuivre, manganèse, sélénium, sodium, zinc... et enfin certains acides aminés essentiels sont peu présent tel que la lysine et la méthionine. Les carences en calcium sont fréquentes avec ce régime à deux égards, par la faible teneur intrinsèque du mélange (jusqu’à 7 fois moins que les apports recommandés pour les oiseaux) et aussi par la saponification des graisses qui inhibe l’absorption de calcium. Enfin le concept même de mélange de graine incite les oiseaux au tri de la nourriture. Ils sont naturellement attirés par les graines les plus riches en graisse et délaisse les graines les plus pauvres ce qui aggrave le déséquilibre alimentaire. Lorsque les mélanges de graines sont enrichies en vitamine et minéraux, cela est vrai dans l’absolu, mais le décorticage de la graine laisse de côté tous les suppléments ajoutés au mélange. Déséquilibre quantitatif La graine de tournesol apporte 642 kcal pour 100 g de graines. Un perroquet de 500 g a un besoin énergétique de 50kcal. En théorie un perroquet ne doit donc consommer que 7 g de graines. Cette situation est rarement mise en pratique car les oiseaux sont généralement nourris ad libitum de manière irraisonnée. Les graines obéissent dans la nature à une certaine saisonnalité (cyclicité qui correspond au début de la période de reproduction) mais ne sont pas disponibles en permanence contrairement aux situations couramment rencontrées en captivité. Chez les oiseaux, la consommation de nourriture est contrôlée par la satisfaction de leur besoin énergétique. En d’autres termes, les oiseaux mangent jusqu’à compenser leur dépense calorique quotidienne. A l’état sauvage, les oiseaux ont une activité bien supérieure à l’inverse de leurs congénères captifs. En conséquence, la demande énergétique est moindre chez nos patients, qui devraient consommer de moins grande quantité de nourriture qu’à l’état sauvage. Défaut dans la recherche de nourriture Les perroquets dans la nature passent environ un tiers de leur temps à rechercher de la nourriture (notion de “foraging” en anglais). Le tra- 7 vail de recherche, décorticage est primordial dans l’équilibre psychologique des oiseaux. Plusieurs travaux corroborent l’importance de cette recherche de nourriture dans la psychologie des perroquets. Notamment les perroquets qui ont des tendances au picage, ont une activité dite de “foraging” réduite par rapport aux perroquets sains. Nutrition raisonnée Il est bien établi que la nutrition rationnelle des psittacidés n’est pas adéquate avec un régime à base de graines 1-3. Il est notable que ce constat avait déja été fait en industrie avicole avec la transition de graines vers des extrudés pour une optimisation de l’alimentation et une quasi-disparition des pathologies nutritionnelles. Il a été démontré que la ration idéale d’un perroquet amazone à front bleu serait de 75 % de granulés extrudés et de 25 % de fruits et légumes frais. Il est possible de rajouter des graines dans la ration mais elle entraine une hausse nette de lipide ingérée et un taux de calcium légèrement déficient chez les oiseaux qui en consommaient 2. Chez les psittacidés, toute la difficulté consiste à permettre la transition des graines vers un régime en extrudés. Plusieurs techniques sont possibles : - Manger les granulés devant son perroquet ou présenter à un perroquet déja converti au granulés. - Laisser les graines pendant 20 minutes le matin, ne laisser que les granulés toute la journée et remettre les graines 20 minutes le soir - Moudre les graines et les granulés ensemble, puis augmenter la proportion de granulés. Un aliment complet à base d’extrudés et de graines est disponible depuis peu en France et dispose d’une excellente palatabilité (Nutriberries). Il constitue un aliment complet en soi ou un outil de transition intéressant vers des granulés. 24>26 novembre 2016 LILLE GRAND PALAIS Prot Lipide Fibres Cendres Glucides Ca P Versele Laga 17,61 Nutribird P15 15 16 3,5 4,5 51 0,9 0,53 0,16 15,42 Harrison Lifetime coarse 15 5,5 4,4 2,9 62,2 0.61 0.4 Zupreem avian 15,27 maintenance 14 4 2,5 3,7 65,8 0,58 0,49 0,14 Hagen tropican 15,89 14 9 4,5 4,5 58 0,7 0,45 0,06 Kaytee Exact 14,9 15 6 5 6 58 0,6 0,5 0,2 17 13 4.9 6 46 1.1 0,5 0,17 >12.5 >8 <5 NC NC NC NC NC Noms Energie (MJ/kg) Beaphar Gris NC du gabon Lafeber Nutriberries NC Na 0.06 Choix des granulés : De nombreux granulés sont disponibles dans le commerce en France d’après 4 - NC : Non communiqué Micro nutriments Vitamine A Aliments à teneur élevée conseillé Luzerne, carotte, patate douce, épinard, persil, pissenlit, poivron rouge Vitamine D3 Oeufs Vitamine E Graines de tournesol Vitamine K Persil, choux, choux de bruxelles, choux fleur, epinard, Thiamine Levure de bière, Son, soja, blé, avoine Riboflavine Levure de bière, oeufs, blé, luzerne Biotine Oeufs, soja, cacahuète, luzerne, B12 Oeufs, levures, Choline levure de bière, blé, graines de tournesol, soja, cacahuète Calcium Os de seiche, coquille d'oeuf, coquille d'huitre, luzerne Selenium Levure de bière, riz, blé, luzerne, avoine, épinard Lysine Soja, persil, levure, blé, pois, Methionine Levure, Soja, Tournesol Légumes et fruits : Listes d’éléments vitaminiques/ minéraux et aliments associés d’après 5 8 24>26 novembre 2016 LILLE GRAND PALAIS Par ailleurs on recommande un mélange avec des fruits et légumes frais tous les jours. Exploration et enrichissement Une fois la ration alimentaire fixée, il est primordial de disperser et de cacher la nourriture. Bien que la tendance naturelle en captivité serait de regrouper les points de distribution de nourriture pour des raisons de commodités, elle n’entraine pas l’oiseaux à rechercher la nourriture. Avec l’utilisation de gamelle, le temps effectif occupé est d’environ 20 minutes par jour.6 Quelques dispositifs simples permettent une nette amélioration du milieu : - Enfermer la nourriture dans des ballotins en papiers - Intercaler la nourriture entre les feuilles d’un légume (salade, artichaud, endives, etc...) - Cacher la nourriture dans un bac rempli de litière ou les oiseaux peuvent creuser - Enfermer la nourriture dans des tubes percés suspendus. L’oiseau secoue ou décortique le tube ce qui fait tomber la nourriture au sol. Le perroquet doit alors se déplacer au sol pour chercher sa nourriture C’est au propriétaire de s’adapter aux exigences alimentaires de l’oiseau et non l’inverse. La pédagogie et la diffusion des principes énoncés ci-dessus devrait permettre une nette amélioration de la santé générale des perroquets. - Utilisation de graines compactées dans les granulés (Nutriberries) - Utilisation de granulés surdimensionnés Conclusion La nutrition des psittacidés intègre des éléments qualitatifs que sont le choix des produits et leur variété mais également des facteurs quantitatifs et psychologique. Trop souvent, ces aspects sont négligés au profit d’une alimentation ad libitum qui n’est pas sans occasionner de multiples carences alimentaires. 9 Déclaration publique d’intérêts sous la responsabilité du ou des auteurs : • non communiquée