Coucheslavables: lacontrerévolutionestenmarche

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Coucheslavables: lacontrerévolutionestenmarche
L ' I N D E P E N D A N T
S A M E D I
2 1
M A R S
2 0 0 9
SAMEDI MAGAZINE
16
Coucheslavables:
lacontrerévolutionest enmarche
Les mamies ne vont pas en revenir. Alors qu’elles ont jeté au rebus, sans l’ombre d’un regret, les langes à l’ancienne, la couche
lavable est aujourd’hui furieusement tendance. Plusieurs éléments expliquent ce retour en force. Focus sur la couche new age.
vec la pilule et la machine
à laver, la couche jetable
est l’une des grandes révolutions qui ont accompagné la libération de la femme entre les années 60 et 80. Trois piliers de la
vie moderne aussi inébranlables
que le colosse de Rhodes… qui
tomba à genoux. D’accord, on
n’a pas encore vu de jeunes femmes en groupe retourner battre le
linge à la rivière. Pourtant leurs
aînées ne vont pas en croire leurs
yeux : le retour aux couches lavables, c’est du sérieux.
Comme ce fut le cas quand on a
troqué les langes pliés en triangle
et tenus par des épingles à nourrice contre les premières couches jetables, le mouvement nous vient
des pays anglo-saxons.
Au départ, un constat : les couches en papier, c’est une tonne de
déchets par enfant. Recyclage, tri
sélectif, réduction des emballages
ou encore préservation des ressources naturelles sont par excellence des préoccupations de notre siècle. Celles là-même qui
conduisent aujourd’hui les
constructeurs automobiles à
concevoir des véhicules de plus
en plus propres, et non plus rapides. Les priorités changent. Mais
savamment allié les technologies
anti-fuite mises au point par leurs
concurrents aux matières dernier
cri.
A
Un vêtement
à part entière
de là à revenir en arrière, il y a un
grand pas, que peu encore
consentent à franchir, au sacrifice
d’un gain de temps inestimable.
Seuls les écolos purs et durs, de la
race de ceux qui résistent au
chant du téléphone portable
pour cause d’ondes électromagné-
tiques peuvent se le permettre.
Bio et naturel
C’est donc que la couche lavable
moderne a plus d’un tour dans sa
manche. Elle convainc désormais
les victimes d’allergies. Car les fesses des bébés supportent de
Tissuou papier: lebudget
Côté finances, les comptes ne
sont pas faciles à faire, cependant, voici quelques éléments
pour se faire une idée :
On établit qu’il faut en moyenne 5 changes par jour pour un
bébé de la naissance jusqu’à environ 2 ans et demi, âge moyen
de la propreté diurne. Il reste en
général une année avant l’acquisition de la propreté nocturne.
Ceci nous amène à un total,
moyen de 5 000 changes pour
un enfant.
Côté couches jetables, les prix
varient entre 17 et 50 centimes
d’euros. La moyenne s’établit à
0,34 €, soit un budget total de
1 700 €. On peut éventuellement ajouter les sacs à couches,
compter environ 2 € les 50.
Côté couches lavables, c’est un
peu plus compliqué. Il existe 4
tailles, deux seulement si l’on
considère que les "tailles uniques", réglables par pression,
sont utilisables dès 5 kg. Ensuite, on a le choix entre la basique
(12 à 15 €), qui s’assortit d’une
culotte de protection pour 3 à 5
couches, ou la "tout-en-un" (15
à 25 €). Pour faire une lessive
tous les deux jours, et attendre
que ça sèche, il faut disposer de
moins en moins les produits aux
parabens et autres substances issues de la pétrochimie. Résultats :
irritations, allergies, érythèmes
voire même eczémas… qui mènent tout droit aux cotons bio, fibres bambou etc. Et là, on surfe
sur la vague bio, écolo, éthique.
Et on découvre que le produit
"couche lavable" est décliné en
une variété infinie de matières
plus naturelles les unes que les
autres, offrant aux fesses des bébés une douceur et un confort incomparables. Les fabricants ont
Textes et photos Sophie Babey
Illustrations Pampers fournies
par Procter and Gamble
Modèles de couches extraits
du site Maman naturelle.
Ça donne des couches en microfibre, en micropolaire, à l’aspect peluche qui font craquer les mamans. Surtout -et c’est LA touche
finale qui finira d’emballer les récalcitrantes- quand la mode s’en
mêle. Car la couche devient un vêtement à part entière. Matières,
motifs et coloris font la place à
une créativité débordante. Puisqu’elle ne se jette pas, la couche
ne se cache plus ! Le camouflage
rose ou bleu, aspect peluche, assorti aux jambières en laine fait
un vrai tabac. Idem pour la couche bleue à étoiles, à porter avec
le t-shirt idoine sur la plage.
Bingo : on a un produit écolo,
économique (lire ci-dessous), paré des vertus médicales du naturel, et en plus très mode !
Curieusement, il est encore très
difficile de connaître les chiffres
des ventes. Le fabricant français
P’tit Dessous ne communique
pas. Pampers de son côté estime
que "les parts de marché des couches lavables se situent en France
autour de 4 ou 5 %". En conséquence, les responsables de la
marque se concentrent sur les
messages habituels : "excellente
compréhension des besoins et du
bien-être du bébé, performance du
produit". Tant que la grande distribution n’aura pas ouvert ses portes aux couches lavables, et qu’elles seront cantonnées aux magasins spécialisés et à la vente par internet, les fabricants de couches jetables n’afficheront pas d’inquiétude. Mais la révolution est en
marche.
Des langes aux changes jetables
15 à 20 couches. Budget : entre
450 et 860 €. Réutilisables pour
plusieurs enfants. Il faut ajouter
l’eau, l’énergie, la lessive, soit
250 €. Budget total, entre 700
et 1 100 €. On peut ajouter les
feuilles de protection, soit 5 €
environ le rouleau de 100.
500nouveauxclients parmois
Sur son site internet Maman naturelle, Aude de Abreu, installée dans l’Hérault, fait un vrai carton.
C
’est à Saint-Georges d’Orques, au fond d’une petite
impasse aux vieilles maisons
de pierre qu’a germé l’esprit d’entreprise d’Aude de Abreu. A peine deux ans plus tard, c’est toujours de là que cette jeune maman, aidée d’une salariée, gère
au quotidien ses quelque 40 fournisseurs et ses commandes, qui
tombent comme à Gravelotte.
"C’est tout de suite parti en flèche,
mais depuis septembre 2008, c’est
de la folie, j’enregistre 500 nouveaux clients tous les mois", s’étonne encore la jeune chef d’entreprise.
Son site internet "Maman naturelle", élaboré grâce à la précieuse collaboration de son informaticien de mari, cache bien son
jeu. D’un côté, un local minuscule et deux personnes à peine
(bientôt trois dans un local plus
grand), de l’autre une vitrine très
fournie. La magie du web. Rien
que sur son produit phare, la
couche lavable, le site propose
une dizaine de marques différen-
tes : des produits canadiens, allemands, britanniques, américains, chinois, français… Le
choix des modèles est vertigineux.
Mais la chef d’entreprise héraultaise privilégie aussi la confection
locale : "Je fais appel à des mamans couseuses, que j’ai rencontrées sur des forums. Ça me permet de proposer des modèles plus
originaux. Je leur commande de
petites séries", explique Aude de
Abreu. Et honnêtement, le
fait-main ne dépareille pas au milieu des autres couches.
En soins bio, en écharpes de portage, autre produit phare du site,
elle vend également des marques
"made in Hérault". Sa particularité, c’est de proposer en permanence des produits nouveaux,
qu’elle n’affiche sur son site que
dès lors qu’elle les a en stock,
afin de ne pas imposer à sa clientèle de délai de livraison qu’elle
ne maîtrise pas. Résultat, le site
est en perpétuelle évolution.
D’autant qu’elle déniche des objets assez inédits. Exemple, le bola mexicain, pendentif en forme
de boule multicolore, pour femme enceinte, contenant un
mini-xylophone à l’intérieur. Il
se porte très bas sur le ventre,
afin de distraire le bébé in utero.
A voir aussi, la baignoire "Shantala", qui s’utilise dès la naissance,
dans laquelle le bébé se tient assis
en bouddha. Au registre des découvertes, rayon féminin exclusi-
vement, la coupelle menstruelle.
Indescriptible. Il faut aller voir
par soi-même sur le site.
Ne vous y méprenez pas pour
autant, Aude n’a pas l"écolo-attitude". "Je ne suis pas du tout baba
ou écolo, les langes à l’ancienne
pliés et repassés, c’est pas mon
truc. Mais j’y suis venue parce que
ma fille faisait beaucoup d’allergies. Elle ne supportait aucune couche jetable qui provoquait sans cesse des irritations et de l’eczéma.
Un jour, un médecin m’a envoyée
acheter des couches en coton à la
pharmacie. Et puis, j’ai découvert
les couches lavables sur internet,
c’était le début, et j’ai trouvé ça génial. Ça a été radical pour les
érythèmes fessiers. A partir de là,
j’ai cherché des produits funs, modernes, sympas. Et j’ai eu l’idée
d’en faire profiter les autres mamans." Aujourd’hui, Aude se félicite d’avoir lancé sa boîte et
conjugue au quotidien la garde
de ses enfants de 3 ans et 4 mois
avec la gestion de sa petite entreprise qui grimpe.
www.maman-naturelle.com
씰 Dans les années 50, sur l’idée de l’un de ses employés ingénieur
chimique, Victor Mills, c’est la firme américaine Procter and
Gamble qui se lance dans la mise au point d’un change complet
jetable. L’inventeur effectue ses tests sur ses petits-enfants.
Les trois premières années sont jalonnées d’échec : fuites,
irritations des fesses, mauvaise tenue des matériaux.
씰 Ce n’est qu’en 1959 qu’est mise au point la fameuse
couche-culotte, faite de plastique à l’extérieur et d’ouate de
cellulose à l’intérieur. Le nouveau produit, loin d’être parfait
(fuites et irritations n’ont pas disparu), est d’abord expérimenté
dans la petite ville où est implantée la firme, sous le nom de
Pampers ("câlins"). Le succès n’est pas immédiat : les couches sont
trop chères, car elles sont encore fabriquées à la main.
Procter and Gamble fait alors le pari que son produit a de l’avenir
et mise sur une production de masse pour réduire les prix.
Effectuant des recherches sur les nouveaux plastiques et de gros
investissements sur les chaînes de production, elle parvient à sortir
des couches meilleur marché et d’une qualité supérieure.
씰 En une dizaine d’années, c’est le succès, aux Etats-Unis d’abord
(en 1976, un bébé sur deux porte des couches Pampers), puis dans
le monde, à partir de 1980.
씰 Dans les années 1990, un bébé français consomme en
moyenne, entre zéro et deux ans, 8 000 couches.
Source : Des bébés et des hommes, traditions et modernité des soins aux
tout-petits, de Catherine Rollet et Marie-France Morel, publié en 2000
chez Albin Michel.