Livret 5-10-2011 version 1 - Mairie du 14e
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Livret 5-10-2011 version 1 - Mairie du 14e
Étrangers célèbres et anonymes du 14e arrondissement « Tous Parisiens, tous citoyens » Mairie du 14e arrondissement Octobre 2011 À l’initiative du Conseil des citoyens parisiens extra communautaires du 14e. Synopsis .....................................................................................................2 Le 14e, arrondissement international ..........................................................4 L’Observatoire de Paris ..............................................................................6 « L’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme » Ionesco .........7 Hommage à un géant de la spiritualité indienne, l’universaliste réformateur indien Swami Vivekananda (1863-1902) ..........9 La révolution bolchévique se prépare… du côté du parc Montsouris .......10 « Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant… Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant » Aragon ......................11 La Cité internationale universitaire et l’Alliance internationale .................13 Hommage à Abdelkaber Khatibi (1938-2009), penseur et écrivain marocain ...................................................................14 Les foyers de travailleurs migrants ...........................................................15 Toute la richesse d’une vie au pluriel ........................................................15 « Je préfère le couscous à la citrouille » .................................................16 d’éligibilité des résidents étrangers ....................16 Pour le droit de vote et d’ Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. -1- 2011 Synopsis À l’heure où l’Europe se replie, « se citadellise »1, Paris et son 14e arrondissement s’affirment encore et toujours « ville ouverte ». « Étrangers célèbres et anonymes du 14e arrondissement », se veut une réponse, un antidote contre ce « désir d’apartheid qui s’est saisi de ce pays et de sa culture… désir... qui repose sur un fantasme… d’une communauté sans étrangers » 1. Oui, au contraire de ce fantasme, Paris est riche d’une très grande diversité de talents, de cultures, de langues, portés par plus d’un habitant sur 7, étranger, soit près de 20 000 personnes dans le 14e. Le chanteur Renaud, citoyen de l’arrondissement, chantait « je suis le séparatiste du 14e arrondissement ». Il ne nous en voudra pas de le paraphraser : tous, soyons « les internationalistes du 14e arrondissement ». Oui l’étranger est une richesse, comme en témoignent les panneaux de cette exposition. La statue de Thomas Paine, dans le parc Montsouris face à la fondation des États-Unis de la Cité internationale, donne le ton. Sur son socle est écrit : « Anglais de naissance, Américain d’adoption et citoyen français par décret de 1792 ». « Mon pays est le monde ». Elle relie le 14e à cette Cité Internationale créée après la première guerre mondiale afin que la connaissance des peuples entre eux soit la voie d’un monde de paix. par Louis XIV avec l'astronome italien Cassini, s’est développée très largement autour des années 1900 quand « les artistes expulsés du vieux Montmartre investissent les bars, cafés et restaurants de Montparnasse » 2, notamment le Dôme, créé en 1897 et la Coupole, inaugurée 30 ans plus tard. Picasso, Modigliani, Soutine, Fujita, Hemingway, Man Ray, Maïakowski, pour ne citer que quelques-uns des étrangers les plus célèbres, sont alors habitants, travaillent ou fréquentent le 14e. Grâce à ces sacrifices des résistants, des soldats français, dont beaucoup venaient d’Afrique, et des puissances alliées étrangères, la France a pu participer à la victoire et se reconstruire dans la liberté. Au-delà des artistes, « Paris est la capitale philosophique du monde » écrit en 1900 le grand penseur religieux hindou, Swami Vivekananda, qui habite alors rue Gazan. « La cathédrale de Chartres estelle française, beauceronne ou turque ? »3 écrivait Jean Genet. Nous pouvons ajouter : la gare Montparnase ou la ZAC Didot est-elle française, parisienne ou internationale ? La longue grève des travailleurs « sans papier », dont plusieurs habitent le 14e, rappelle cette présence nombreuse de travailleurs étrangers sur les chantiers urbains, et dans de nombreux métiers. Quelques années plus tard, dans la rue Beaunier voisine, puis rue Marie-Rose, Lénine séjourne jusqu’en 1912 où « la création de la Pravda le rappelle en Russie »2. Trosky, Zinoviev, Kamenev habitent aussi le 14e. Paris, alors aussi capitale politique ? Pour peu de temps. Viennent les heures sombres de la guerre, du nazisme et de l’Occupation. « Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant, vingt et trois amoureux de vivre à en mourir, vingt et trois qui criaient la France en s’abattant » (Strophes pour se souvenir. Aragon). Cette vocation internationale du 14e, déjà présente depuis la création en 1667 de l'Observatoire Parmi ces « vingt et trois », Missak Manouchian, responsable militaire FTP-MOI, organisation de résistance des étrangers communistes, habitait avec sa femme Mélinée 11 rue de Plaisance, jusqu’à son arrestation et son exécution par les Allemands le 21 février 1944. Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. -2- Elle s’est reconstruite alors avec l’apport d’une multitude de travailleurs migrants, qui continuent à jouer un rôle très important dans la vie économique et sociale française, comme européenne, et notamment dans Paris et le 14e. Un siècle après le Paris « capitale du monde », ce monde a bien changé, et sa « nouvelle géographie… passe par New Delhi, Brasilia, Pékin, Shanghaï… Il y a une créativité qui vient de là-bas qui est tout à fait neuve »1 (A. Mbembe précité). Paris donne et il reçoit. Les étrangers de 2011, anonymes ou célèbres, citoyens du 14e, partagent avec le reste de la ville cette créativité neuve qu’ils apportent des 5 continents. La Cité Internationale, comme la Maison des Étudiantes de la Fondation Robert de Sorbon boulevard Raspail, accueillent des milliers d’étudiants de tous les pays. 2011 De même, le FIAP Jean Monnet, rue Cabanis, Centre international de séjour, ouvert en 1968, accueille en priorité des jeunes de toutes nationalités, la vocation de l’association étant une Europe ouverte sur le monde, luttant contre le racisme et favorisant les échanges culturels entre jeunes du monde entier. Plusieurs foyers de travailleurs migrants rassemblent des hommes qui exercent de nombreux métiers dans la ville et font vivre leur famille restée « au pays ». Des associations proposent l’apprentissage du français, notamment à beaucoup de femmes étrangères. D’autres accompagnent les personnes dans leurs démarches pour l’obtention du bon titre de séjour. Extraits d’un entretien de Médiapart avec A. Mbembe, par Jade Lindgaard, publié le 29 décembre 2010, à l’occasion de la sortie de son livre Sortir de la grande nuit ... J'observe une citadélisation de l'Europe occidentale. Elle est perverse parce qu'à son fondement, se trouve un désir d'apartheid. Je suis désolé, mais j'ai vécu ici un certain nombre d'années, je reviens chaque année, et je sens qu'il y a quelque chose qui change. Je ne peux pas le nommer, mais je sens qu'il y a un gros désir d'apartheid qui s'est saisi de ce pays et de sa culture. Un désir qui n'est pas sans résistance, puisqu'il y a des groupes qui s'y opposent. Ce désir d'apartheid repose sur un fantasme assez primordial qui est celui d'une communauté sans étrangers. L'idée qu'au XXIe siècle on pourrait refonder la cité politique sur la base d'une absence de l'étranger. C'est quand même un fantasme assez particulier. Cela se traduit Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. De nombreux restaurants, enfin, nous invitent au voyage. La vie du 14e est ainsi une vie au pluriel : langues diverses parlées. « Dans Paris, il y a autant de villes que de suggestions… autant de villes que de groupes d’étrangers, autant de quartiers que d’autres quartiers » écrit le romancier marocain Abdelkébir Khatibi, habitant un temps le 14e, dans son livre La mémoire tatouée (1971). Revenons pour finir au temps de Thomas Paine où la Constitution de 1793 donnait le droit de vote « à tout étranger de 21 ans qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail… ou épouse une Française… » par des pratiques dans le domaine du droit, la constitution de sujets qui n'ont pas droit à des droits. Ils sont mis au ban. Et leur bannissement est alimenté par des institutions nouvelles qui sont mises en place pour effectuer ce travail. Une extension des frontières du dicible. Des choses qui étaient réprouvées, il est normal maintenant d'en parler. Plus on est dans l'excès, mieux c'est. Toute cette économie symbolique linguistique institutionnelle qui se met en place et qui banalise les choses qui deviennent ordinaires, qui inoculent la société contre la protestation sur des choses absolument affreuses. C'est ce que j'appelle le désir d'apartheid. On en devient cynique : « On y peut rien. C'est comme ça. » Ça devient normal. Vous parlez de la « provincialisation » de la France… La France et l'Europe ne disparaîtront pas, ce seront de jolis musées. On peut toujours visiter ces beaux musées, mais l'avenir ne se -3- Aujourd’hui, malgré les recommandations du Conseil de l’Europe, et les exemples donnés par 17 pays de l’Union européenne, la France ne reconnaît plus ce droit. Ainsi plus de 10 % de la population ne peuvent pas participer aux choix démocratiques pour la gestion de la ville et de la région. Cette exposition participe au combat politique pour qu’enfin par une citoyenneté de résidence reconnue dans la Constitution, nous puissions dire « Tous Parisiens, tous citoyens ». Paris 14e, le 7 octobre 2011 1 2 3 Achille Mbembe, historien et politiste camerounais dans Interview à Médiapart 3112-2010. dans Le 14e arrondissement D. Simon. Arcadia Editions - 2004. dans Cathédrale de Chartres, vue cavalière Humanité 30-06-1977). construit pas avec eux. La conclusion du livre, et Fanon le disait, c'est que si on veut créer quelque chose de neuf, d'original, qui fasse signe à l'humanité, alors il faut tourner le dos à l'Europe. Si l'Europe veut se fermer sur elle-même, il faut l'encourager à le faire, et se tourner vers autre chose. Le moment est venu, me semble-t-il. Si le désir d'apartheid se confirme comme tendance longue de l'avenir européen, je dirais qu'une des réponses ce serait celle-là : regarder ailleurs, en commençant par soi-même, se constituer soi-même sa propre force. Cela se voit déjà de toute façon. La nouvelle géographie du monde ne passe plus par Paris, Londres ou Berlin... À mon avis, c'est dommage, mais c'est comme ça. Elle passe par New Delhi, Brasilia, Pékin, Shanghai... Il y a une créativité qui vient de là-bas qui est tout à fait neuve… ◀ 2011 Le 14e, arrondissement international Lieux et institutions (non mentionnés ultérieurement) ➤ La Comédie Italienne 17 rue la gaité,« seul théâtre italien en France » ➤ La Fondation Robert de Sorbon et sa Maison des Étudiantes 214 bd Raspail accueillent annuellement des milliers d’étudiants venus du monde entier (135 nations y sont représentées) pour Les Cours de Civilisation Française de la Sorbonne. • Samuel Beckett, 1906-1989, écrivain et dramaturge irlandais, • César Vallejo, 1892-1938, poète péruvien • Julio Cortazar, 1914-1984, écrivain argentin • Constantin Brancusi, 18761957, sculpteur roumain • Tristan Tzara, 1896-1963, poète • Tatiana Rachewskaïa « Tanioucha », jeune étudiante russe, s’est suicidée le 5 décembre 1910 pour un amour malheureux avec un médecin roumain. Celui-ci fit placer sur sa tombe un chef-d’œuvre de on ami Brancusi, Le baiser • Simon Petlura, 1879-1926, président ukrainien • Gyula Brassaï, 1899-1984, photographe d’origine hongroise, « l’œil de Paris » dira de lui Henry Miller ➤ Centre d'accueil International 9, rue du Moulin Vert. Établissement de la Société philanthropique (association laïque à but non lucratif, fondée en 1780), il accueille 85 étudiant(e)s de toutes nationalités, leur permettant de poursuivre des études et de découvrir Paris tout en leur assurant un cadre de vie convivial, rassurant, propre à favoriser les échanges multiculturels. ➤ Les Catacombes « Arrêtes ! C’est ici l’empire de la mort » 257 000 visiteurs par an à 80 % étrangers, place Rol Tanguy et sortie rue Rémy Dumoncel, de ce fait « la rue la plus métaphysique du monde ! » ➤ Le lycée municipal d’adultes 132 rue d’Alésia et ses 450 élèves étrangers • Clara Haskil, 1895-1960, pianiste roumaine et suisse • Jorge Cedron, 1942-1980, cinéaste argentin • Man Ray, 1890-1976, peintre et photographe • Eugène Ionesco, 1912-1994, dramaturge • Jean Seberg, 1938-1979, actrice américaine • Émile Cioran, 1911-1995, philosophe roumain • Pierre Lavrof, 1823-1900, révolutionnaire russe, mathématicien et philosophe • Chaïm Soutine, 1892-1943, peintre né en Russie ➤ Le FIAP Jean Monnet (foyer international d’accueil de Paris) 30 rue Cabanis ouvert en 1968. Sa vocation : participer à la construction d’une Europe ouverte sur le monde, lutter contre le racisme et favoriser les échanges culturels entre jeunes du monde entier. ➤ La Fondation Cartier 261 bd Raspail, construit par Jean Nouvel en 1994, au lieu et place de l’ancien Centre culturel américain, incluant le cèdre du Liban planté en 1823 par Chateaubriand. Plus de 1 000 œuvres d’artistes de tous les continents. Cèdre du Liban Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. ➤ Cimetière du Montparnasse • Alekhine, 1892-1946, champion d’échecs russe Rues, places, jardins, collège, statues et plaques, ayant un nom évoquant un lieu ou un personnage étranger ➤ place de Séoul, ➤ place de Catalogne, • Porfiro Diaz, 1830-1915, président mexicain ➤ Collège Giacometti, • Chapour Bakthiar, 1914-1991, homme politique iranien ➤ Place Pablo Picasso, • Ossip Zadkine, 1890-1967, sculpteur d’origine russe ➤ villa Soutine, • Joris Ivens, 1898-1989, cinéaste néerlandais ➤ allée Samuel Beckett, -4- ➤ jardin Giacometti, ➤ place Brancusi, ➤ terrasse Modigliani, 2011 ➤ square du Cardinal Wyszinsky, ➤ rue Huygens, ➤ rue Cassini, ➤ rue Maurice Loewi, ➤ rue de l’Empereur Julien, ➤ rue de l’Empereur Valentinien, ➤ allée Henri Dunant 1828-1910 Genevois, fondateur de la CroixRouge ➤ rue Giordano Bruno 1548-1600 philosophe italien. Montre la pertinence d’un univers infini. Accusé d’hérésie, il est brûlé vif par L’Inquisition. ➤ place Mohamed Bouazizi ➤ avenue de la Tunisie ➤ allée du Bardo, conduisait au Palais du Bardo, réplique d’une partie du palais du Bey de Tunis, reconstruite dans le Parc Montsouris, après l’exposition universelle de 1867. Détruit par un incendie en 1991. qu'on ait jamais vue ou verra » disait d’elle Ernest Hemingway. Récompensée par la Croix de Guerre et la Rosette de la Résistance pour sa participation à la résistance française pendant la seconde guerre mondiale, nommée Chevalier de la Légion d’honneur par le Général de Gaulle, elle fut aussi un membre actif de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), et la première artiste de scène à dénoncer la ségrégation raciale en Amérique. Les numéros de Baker étaient excentriques, enjoués, courageux et exotiques. Elle devint un des symboles de la libération sexuelle, aussi son influence s’étendit-elle au-delà de la scène : elle était une muse pour les écrivains, les peintres, les créateurs de mode et les sculpteurs, dont Langston Hughes, F. Scott Fitzgerald, Hemingway, Pablo Picasso, Colette et Christian Dior. Née à St Louis dans le Missouri, issue d’une famille pauvre ayant l’esclavage en mémoire, Baker vécut dans les bas quartiers d’un monde ségrégationniste. (source site internet American Center France, extraits) L’arrivée de Josephine Baker à Paris coïncida avec l’Exposition des Arts Décoratifs de 1925 (l’exposition qui donna naissance à l’appellation « Art Déco »). Elle devint citoyenne française en 1937 quand elle épousa son troisième mari, le Français Jean Lion. Ironiquement, sa célébrité lui offrit une sécurité pendant la seconde guerre mondiale. Les Nazis, conscients de sa popularité, hésitèrent à lui nuire. Sa personne publique et privée lui permit de servir la France de plusieurs manières: elle joua pour les troupes, fut une correspondante pour la Résistance Française (elle dissimulait des messages secrets sur des partitions de musique), et fut sous-lieutenant dans le British Women’s Auxiliary Air Force. Josephine Baker (3 juin 190612 avril 1975), Américaine expatriée, s’est fait un nom en France en tant qu’artiste de cabaret et actrice « la femme la plus sensationnelle Lorsque Baker retourna aux ÉtatsUnis, dans les années 1950 et 1960, sa lutte contre le racisme s’intensifia avec force. Elle refusait de jouer devant des publics racia- ➤ rue des Suisses, sentier qui conduisait à Bagneux, où des Gardes Suisses étaient cantonnés au XVIIIe siècle. Au numéro 19, immeuble de la RIVP construit en 1997 par Herzog et de Meuron, architectes suisses, auteurs du Tate Modern Museum à Londres, du Young Museum de San Francisco, du Stade olympique de Pékin. ➤ place Joséphine Baker Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. -5- lement séparés, et lorsque le Stork Club de New York l'interdit de scène, elle provoqua une polémique médiatique dans un face à face avec le journaliste pro-ségrégationniste Walter Winchell. La NAACP choisit le 20 mai comme « Jour de Joséphine Baker » pour honorer ses efforts. En 1963, portant un uniforme décoré de la Légion d’Honneur, elle fut la seule femme à prendre la parole lors de la Marche sur Washington aux côtés de Martin Luther King. Elle adopta 12 enfants qu’elle éleva avec son quatrième mari, le chef d’orchestre Jo Bouillon. Elle appelait sa famille « la Tribu Arc-enciel », parce que ses enfants venaient du monde entier: Finlande, Côté d’Ivoire, Colombie, Japon, Algérie, entre autres. Elle voulait prouver que « des enfants de différentes ethnies et religions pouvaient être frères ». Son dernier show eut lieu le 8 avril 1975 au Théâtre Bobino à Paris. Elle mourut quatre jours plus tard. Le gouvernement français l’honora d’une salve de 21 coups de canon, faisant de Josephine Baker la première Américaine enterrée en France avec les honneurs militaires. ➤ Statue de Thomas Paine 1737-1809 Parc Montsouris face à la Maison des États-Unis de la Cité internationale Auteur de Le sens commun, célèbre pamphlet en faveur de l’indépendance américaine, The crisis, Rights of man 1791, Le siècle de la raison 1793-1794 écrit en prison, où il est emprisonné 10 mois pendant La Terreur (il était soupçonné d’être proche des Girondins), Agrarian Justice où il introduit l’idée d’un revenu minimum. Anglais de naissance, Américain d’adoption, citoyen français par décret du 24 août 1792. Élu à la Convention, opposé à la peine de mort, il ne vote pas la mort du roi. Il propose son exil aux États-Unis. Citations écrites sur le socle de la statue : « Mon pays est le monde » 2011 « Quand les opinions sont libres, qu’il s’agisse de gouvernement ou de religion, la vérité dans sa puissance finit par prévaloir » « L’arme la plus redoutable contre les erreurs de toutes sortes est la raison. Jamais je n’en ai utilisée et n’en utiliserai d'autres. » Cette statue, fondue à Paris par Alexis Rudier, est l’œuvre de John Gutzon Borglum en 1934, sculpteur célèbre pour son œuvre grandiose du Mont Rushmore dans le Dakota du Sud représentant dans la roche les portraits de 4 grands présidents américains. « Don d’un comité international à la nation française, inaugurée le ? 1948, président Édouard Herriot, Secrétaire Joseph Lewis » est-il inscrit sur le socle de la statue. Quel est ce comité international ? Pour quelle raison ce don à la nation française ? La statue placée face à la Fondation des États-Unis fut elle installée dés 1934 (ou peutêtre en 1937, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance ?) ou seulement en 1948 ? avis de recherche lancé sur ces questions. ➤ Statue de José de San Martin, 1778-1850 Parc Montsouris face à la Maison de l’Argentine de la Cité internationale « Libertador de Argentine, Chile y Peru » Homme politique et militaire argentin, José de San Martín est, avec Simon Bolivar, l'un des principaux artisans de l'indépendance de plusieurs pays d'Amérique du Sud, alors possessions espagnoles. Après avoir servi dans l'armée espagnole, il rentre en Argentine en 1812 et intègre le mouvement indépendantiste. Il participe alors en 1816 à l'unification des provinces du Rio de la Plata (future Argentine). En 1817, à la tête d'une armée de 5 000 hommes, il libère le Chili dont l'indépendance est proclamée le 12 février 1818. Fort de cette victoire, le Libertador marche sur Lima en 1820, en ayant sous ses ordres une armée de 4 000 hommes, Argentins et Chiliens. Son combat aboutit à l'indépendance du Pérou le 28 juillet 1821. Nommé "protecteur" du Pérou, il gouverne alors pendant un an. En 1822, il démissionne et s'exile peu après en Europe. ➤ Mouvement Macédonien, plaque 206 boulevard Raspail Ici, le 5 avril 1902 est fondé le 1er journal en français Mouvement macédonien défendant l’idée d’un État indépendant face à l’Empire ottoman. ◀ L’Observatoire de Paris 9 astronomes de l’Observatoire ont donné leur nom à une voie du 14e, dont 3 étrangers : Entouré des jardins des communautés religieuses, l’horizon était dégagé de tous côt é s . M o n tmartre plus élevé n’avait pas été retenu, du fait de sa position au nord de la ville, défavorable aux observations des objets du système solaire aux latitudes de la France. Qui sont les 6 autres ? (réponse en fin de ce chapitre) L’Observatoire de Paris est le berceau de travaux qui marquent l’histoire des sciences, menés par les plus grands astronomes, et parmi eux 3 étrangers qui ont laissé leur nom à une rue du 14e : Vocation à l’échelle de l’univers, l’Observatoire créé dés 1667 par Louis XIV, 2 siècles avant la naissance du 14e. • Jean-Dominique Cassini (1625-1712), Italien, puis Français, son fondateur et directeur pendant 45 ans. J. B. Cassini, C. Huygens, M. Loewi. Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. -6- • Christian Huygens (1629-1695), Hollandais, qui travaille comme lui sur Saturne. La sonde lancée en 1997 vers Saturne et Titan porte leurs 2 noms associés. • Maurice Loewi (1833-1907), de Vienne en Autriche-Hongrie, Français en 1863, qui crée avec Pierre Puiseux « L’Atlas photographique de la Lune ». Un cratère sur la lune porte son nom. Autre astronome étranger célèbre, Olaüs Roemer (1644-1710), Danois. Il met en évidence en 1676 le caractère fini de la vitesse de la lumière, lui donnant 10 minutes (de nos jours 8.5 min) pour venir du soleil. Espace et temps : l’Observatoire s’illustre également avec le Bureau international de l’heure (19191988), la création du temps atomique international (le TAI créé entre 1955 et 1967), le Bureau central de « l’international Earth Rotation Service » créé en 1988. 2011 Aujourd’hui, l’Observatoire participe à un projet d’université de recherche de dimension mondiale. Citons pour la « beauté » du langage scientifique un des domaines retenus, le calcul haute performance qui s’appuiera sur « L’Équipement d’excellence de calcul intensif de Mesocentres coordonnés », tremplin vers le calcul à l’échelle pétaflop ou de l’exaflop, capable d’effectuer un million de milliards, voire un milliard de milliards d’opérations à virgule flottante par seconde ! (Communiqué du 4-7-2011 - Site internet de l’Observatoire) Les 6 astronomes français ayant donné leur nom à une voie du 14e sont : Jérome Lalande, Charles Messier, Pierre Méchain, Joseph Delambre, François Arago, l’Amiral Mouchez. ◀ « L’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme » Ionesco Montparnasse, le « nombril du monde de l'esprit » (Tristan Tzara), lors des années folles Quand le peintre Fujita débarqua du Japon en 1913, il rencontre, pratiquement la même nuit, Soutine que son ami russe Krémègne a fait venir de Lituanie, Modigliani le peintresculpteur italien, Pascin le peintre bulgare, et en quelques semaines, il devient ami avec Pablo Picasso. Tous ces artistes étrangers habitent ou ont leur atelier dans le 14e. Montparnasse, quartier encore relativement en friche, offre des ateliers à loyers modiques et des cafés bon marché. Les « Montparnos » vont rapidement y instaurer une atmosphère créative et libertaire. Dans cette communauté mondialisée qui formera l’école de Paris, chaque nouvelle arrivée est accueillie comme la promesse d'un renouvellement artistique. Le carrefour de l’univers des arts et des lettres est alors au croisement du boulevard Montparnasse et du boulevard Raspail, l’actuelle Place Pablo Picasso, où l’on se retrouve notamment dans les brasseries du Dôme, de la Coupole, rue Delambre également, au Dingo Bar, aujourd’hui « Auberge de Venise ». Ce fut le QG des auteurs américains de la « Lost Generation » : Ernest Hemingway, auteur du roman Paris est une fête, Francis Scott Fitzgerald, Henry Miller, Sinclair Lewis, John Dos Passos, Ezra Pound… À quelques pas, au coin du boulevard Raspail et de la rue Campagne Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. première, l’hôtel Istria accueillit de nombreux artistes et écrivains, Man Ray, Tristan Tzara, Rainer Maria Rilke, Brassaï, Vladimir Maïakovski, Elsa Triolet que Louis Aragon rejoignait là, et bien d’autres. Depuis les années folles, mises à mal par la grande crise puis la guerre, Montparnasse et l’ensemble du 14e restent toujours riches de la présence d’un très grand nombre d’artistes de tous pays. ➤ La Coupole (Georges Viaud, chargé du Patrimoine historique des brasseries Flo) Au Moyen-Âge, Le Mont Parnasse était appelé Les Poulygnys, hauteurs culminant à 64 mètres. Puis au temps du règne d’Henri IV vinrent les « Escholiers » du Quartier Latin et de La Sorbonne qui y lutinaient, y brettaient et y déclamaient des vers. Inspirés, ils nommèrent Les Poulygnys, Le Mont Parnasse. C’est aussi en Grèce, la plus haute montagne de la Phocide dominant à 2 536 mètres d’altitude, le Mont Parnasse était le Nombril de l’Univers dans l’Antiquité. Ces deux sommets sont illustres, l’un dédié à Apollon et aux Neufs Muses et l’autre à Dionysos. Le baptême des « Escholiers » fut judicieux car l’histoire du Montparnasse de Paris est à la fois apollinienne, dionysienne et même dionysiaque incarnant ainsi le rêve de la création, l’ivresse de l’esprit et la fête. Sur l’ancien chantier de charbon Juglar, La Coupole fut inaugurée le 20 décembre 1927, Curnonski, Prince des Gastronomes, dira que la date était de bon augure puisque « le vin dissipe la tristesse ». Deux mille cinq cents invités y vinrent et -7- on y but mille deux cents bouteilles de champagne jusqu’à minuit. Les c r é a t e u r s d e l a m a i s o n , E rnest Fraux et René Lafon, firent aussitôt rechercher des boissons alcoolisées. Au petit matin, le peintre André Warnod est retourné chez lui, à quatre pattes à cause du verglas. Aragon fut, avec d’autres, transporté en car de Police et le 6 novembre 1928 à 18 heures, il rencontrera les « Yeux d’Elsa… un soir au bar de La Coupole ». Dans le courant de l’année suivante, le Curry d’agneau fut servi par un Indien en somptueux costume tamoul, tout comme aujourd’hui. On disait que les gouvernements se faisaient chez Lipp et ce défaisaient à La Coupole et que le dancing était la plus grande agence matrimoniale de France. Haut lieu de la vie artistique et intellectuelle, On y croisa depuis entre autres personnalités : Jane Birkin, Coluche, Giacometti, Ionesco, Yves Klein, Matisse, Mistinguett, Serge Gainsbourg, Sartre, Warhol… La légende raconte que les artistes des peintures des piliers et des pilastres furent payés en « liquide de bar ». En fait, la facture nous rappelle qu’ils se partagèrent 23 000 francs de l’époque, en 1928, de quoi s’acheter une belle Bugatti… Renouant avec la tradition en 2008, La coupole de La Coupole a été peinte par quatre artistes de renommée internationale. Ils ont été placés aux quatre points cardinaux en direction de leur continent d’origine. La Française Carole Benzaken est située plein nord, le Marocain, plein sud, le Chinois Xiao-Fan, plein est, et l’Argentin Ricardo 2011 Mosner, plein ouest. La Coupoleen-Montparnasse demeure « Nombril de L’Univers, Centre du Monde et Tour de Babel » des Arts et des Lettres. Artistes et écrivains Nous ne pouvons citer que quelques artistes et écrivains célèbres d’hier ayant habité ou travaillé dans les 4 quartiers de l’arrondissement. À travers eux hommage est rendu à tous les autres, très nombreux, français et étrangers, d’hier et aujourd’hui. ➤ Edward Munch, 1863-1944, peintre norvégien 32 rue de la Santé ➤ Constantin Brancusi, 1876-1957, sculpteur roumain 47,54 rue du Montparnasse ➤ Alfred Döblin, 1878-1957, écrivain allemand 5 square Delormel (plaque) ➤ Pablo Picasso, 1881-1973, peintre, dessinateur et sculpteur espagnol. Son nom de naissance est Pablo Diego José Francisco de Paula Juan Nepomuceno María de los Remedios Cipriano de la Santísima Trinidad Ruiz y Picasso (source Wikipédia) 242 boulevard Raspail 1912-1913, 5 bis rue Schölcher de 1913 à 1916 ➤ Conrad Kickert, 1882-1965, « le peintre hollandais de Montparnasse » 33 rue Boissonnade ➤ Marie Vassilieff, 1884-1957, peintre russe 37 rue Froidevaux ➤ Jules Pascin, 1885-1930, peintre bulgare puis Américain, « le prince de Montparnasse » (E. Hemingway dans « Paris est une fête » ) 6 rue Sévero ➤ Aquilo Ribeiro, 1885-1963, romancier portugais, élève de Durkheim, photographie la Seine en crue. Il écrit en 1928 sur l'évolution du quartier de Montparnasse. rue Hallé puis rue Dareau (19131914). Il loge ensuite souvent à l'Hôtel Nouvel Orléans, av. du général Leclerc. ➤ Fujita, 1886-1968, peintre japonais 5 rue Delambre, de 1917 à 1924, 3 rue Vercingétorix, puis 3 square Montsouris ➤ Marc Chagall, 1887-1985, peintre né en Biélorussie 110 avenue du Général Leclerc ➤ Alexander Calder, 1888-1976, sculpteur- peintre américain 7 villa Brune , 7 rue Cels ➤ Chana Orloff, 1888-1968, sculptrice, née en Ukraine 7 bis villa Seurat ➤ Pinchus Kremègne, 1890-1981, peintre né en Biélorussie 3 rue Liard ➤ Henry Miller, 1891-1980, romancier américain, a écrit Tropique du Cancer 18 villa Seurat ➤ Max Ernst, 1891-1976 peintre allemand 26 rue des Plantes ➤ Michel Kikoïne 1892-1968 peintre né en Russie 7 rue Brézin ➤ Vladimir Maïakowski, 1893-1930, poète russe hôtel Istria ➤ Chaïm Soutine, 1893-1943, peintre né en Russie 25 av. Gal Leclerc, 26-28 bd Edgar Quinet, 9 bd Edgar Quinet, 35 av. René Coty, rue de l’Aude, 8 rue du St-Gothard, 17 villa Seurat, 26 rue des Plantes ➤ Elsa Triolet, 1896-1970, écrivain née en Russie et résistante française hôtel Istria « Ne s’éteint que ce qui brilla… Lorsque tu descendais de l’hôtel Istria, Tout était différent Rue Campagne Première, En mil neuf cent vingt neuf, vers l’heure de midi...» Louis Aragon (Il ne m’est Paris que d’Elsa). Citation inscrite sur la plaque apposée sur la façade de l’hôtel. ➤ Apel-les Fenosa, 1899-1988, sculpteur catalan 45 rue Boissonnade où autour d’un petit jardin plusieurs artistes espagnols ont leur atelier (source Le peintre Werner Hartmann J. Bouret M. Huggler 1979), 45-47 bd Saint-Jacques ➤ Amedeo Modigliani, 1884-1920, peintre et sculpteur italien 3 rue Campagne-Première ➤ Zinaïda Sérébriakova, 1884-1967, peintre russe 31 rue Campagne première «Peintre juif» photo Archives Ateliers Chana Orloff ➤ Man Ray, 1890-1976, peintre et photographe américain hôtel Istria et 31bis rue Campagne Première ➤ Gyula Brassaï, 1899-1984, photographe d’origine hongroise, « l’œil de Paris » dira de lui Henri Miller 16 rue du Saint-Gothard ➤ Alberto Giacometti, 1901-1966, sculpteur et peintre suisse atelier 46 rue Hyppolite Maindron photo Wikipédia Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. -8- 2011 ➤ Daria Gamsaragan, 1902-1986, sculptrice et romancière égyptienne d’origine arménienne 4 square Delormel ➤ Werner Hartmann 1903-1981, peintre suisse 26 rue des Plantes, 39 rue Boissonnade ➤ Eugène Ionesco, 1909-1994 auteur dramatique et écrivain roumain et français, auteur de la « Cantatrice chauve » 96 boulevard du Montparnasse ➤ Gáll Ferenc 1912-1987, peintre-sculpteur d’origine hongroise 8 villa Brune ➤ Salvador Dali, 1904-1989, peintre, sculpteur espagnol 17 villa Seurat ➤ Carl Walter Liner, 1914-1997 peintre suisse Villa Adrienne (plaque) ➤ Pol Bury, 1922-2005, sculpteur belge « maître de la lenteur » à qui l’on doit Les fontaines à boule du Palais Royal (1985) 236 bd Raspail ➤ Aboud Chafik, 1926-2004, peintre libanais 2 rue du Parc Montsouris ➤ Samuel Beckett, 1906-1989, écrivain, poète et dramaturge irlandais. Résistant-Croix de guerre 38 bd Saint-Jacques ➤ Roy Adzak, 1927-1987 peintre, graveur, photographe et sculpteur britannique 3 rue Jonquoy ➤ Maria Elena Vieira da Silva, 1908-1992, peintre portugaise 34 rue de l'Abbé Carton (atelier) ➤ Kateb Yacine, 1929-1989, écrivain algérien, auteur de Nedjma rue Pernety ◀ Photo Eugénie, Marie-Lize Gall Hommage à un géant de la spiritualité indienne, l’universaliste réformateur indien Swami Vivekananda (1863-1902) bel de littérature 1915, composant son Essai sur la mystique et l’action de l’Inde vivante. Swami Vivekananda propose le message immémorial de l’Inde aux peuples d’occident, message d’ouverture, dans la tradition des Védas « La Vérité est Une, les Sages en parlent de manière différente ». Il s’impose et fait sensation au Parlement Mondial des Religions, réuni à Chicago en 1893. En 1900, il vient à Paris, invité au Congrès de l’Histoire des Religions, tenu à la Sorbonne, dans le cadre de l’Exposition universelle. « Chacun des grands systèmes de foi, « religieuse » ou « laïque », représente une portion de la Vérité Universelle… J’accepte toutes les religions dans le passé, et j’adore Dieu avec toutes. Je laisse mon cœur ouvert à toutes celles de l’avenir… Salut à tous les prophètes du passé, à tous les grands du présent, et à tous ceux qui vont venir ! » extraits de La vie de Vivekananda et l’évangile universel, un des trois livres de Romain Rolland, prix No- Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. Il habite chez l’écrivain, journaliste Jules Bois, dans un immeuble construit 3 ans plus tôt au 19 rue Gazan (devenu 39 rue Gazan après la renumérotation de la rue en 1904), tout près des fortifications, à la place desquelles la Cité Internationale sera édifiée. Du 5e étage, où « comme il n’y a pas d’ascenseur dans ce pays, comme il y en a en Amérique, on devait monter et descendre à -9- pied », écrivait-il le 1er septembre 1900, il voyait « un très joli parc public autour de la maison », le jeune parc Montsouris ouvert 22 années plus tôt en 1878. Il est frappé de l’importance intellectuelle et sociale de Paris : « Paris est le foyer de la liberté, il a infusé une vie nouvelle à l’Europe ». L’Inde commémore actuellement ce grand réformateur, qui a fondé la Mission Ramakrishna, qui dirige hôpitaux, écoles, dispensaires, centres de développement rural, dans toutes les parties de l’Inde. En janvier 2012, à l’initiative de la Maison de l’Inde de la Cité internationale et du Centre védantique Ramakrishna de Gretz, une plaque sera apposée 39 rue Gazan. Portrait (source Centre védantique Ramakrishna) Né en 1863, Vivekananda n’avait que 18 ans lorsqu’il rencontra Ramakrishna pour la première fois. Vivekananda était alors un jeune 2011 Indien de son temps, partagé entre les attraits de la civilisation occidentale de progrès et les attraits de la civilisation ancestrale de l’Inde, entre la nécessité de réformes sociales qui demandait de s’engager dans l’histoire et la nécessité d’une vie intérieure qui demandait de considérer l’éternité comme la seule réalité. Préoccupé par la question de l’existence de Dieu, Vivekananda cherchait quelqu’un qui pût attester de son existence, et il allait vers chacun demandant : « avez-vous vu Dieu ? ». Cette quête s’arrêta lorsqu’à cette question Ramakrishna lui répondit : « oui, je Le vois comme je te vois, mais beaucoup plus intensément », et lorsque, par un simple contact physique, Ramakrishna lui transmit cette vision. Alors Vivekananda ne quitta plus Ramakrishna, et d’autant moins que Ramakrishna avait reconnu aussitôt en lui le disciple qu’il attendait. Avant de quitter ce monde, Ramakrishna confia à Vivekananda la responsabilité des disciples lequel, dans les années qui suivirent ce départ, vécut la vie d’un moine errant et mendiant, traversant toute l’Inde. Cette étape de sa vie, en même temps qu’elle accrut sa conscience spirituelle accrut aussi sa conscience de la misère sociale dans laquelle se trouvaient ses frères indiens ; de tout cela, il tira plusieurs conclusions qu’on peut résumer ainsi : d’abord nul ne peut épanouir sa puissance spirituelle s’il vit dans une misère matérielle – il faut donc travailler à l’élévation sociale du peuple ; ensuite la prospérité matérielle, qui est la grande force de l’Occident, n’est une véritable prospérité que si elle est subordonnée à la prospérité spirituelle – il faut donc travailler à l’élévation spirituelle de toute l’humanité. Tel fut dès lors son but, et lorsque Swami Vivekananda apprit qu’au cours de l’Exposition universelle de Chicago (en 1893) était prévu un Parlement mondial des religions, il vit là une occasion d’y travailler. Ses interventions au Parlement mondial des religions firent une telle impression qu’il fut invité en de multiples points des États-Unis pour donner des conférences. Dans les années qui suivirent, Vivekananda a eu l’occasion de parcourir l’Europe : il a pu séjourner en France, en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, et pour son retour en Inde a traversé le continent en train de Paris à Istanbul. tion spirituelle de l’Orient et de l’Occident. De retour en Inde, Swami Vivekananda, avec d’autres disciples de Ramakrishna, établit les institutions qui allaient permettre de développer ces deux plans. Swami Vivekananda a quitté ce monde le 4 juillet 1902. Enseignements - Jnana-yoga - Albin Michel - 1936 - Les yogas pratiques - A. Michel 1936 - Mon maître - Maisoneuve - 1937 - Entretiens et causeries A. Michel - 1955 - Lève-toi ! Réveille-toi ! L’originel 2011 Biographie - Romain Rolland La vie de Vivekananda - Stock - 1930 - Sœur Nivedita Vivekananda tel que je l’ai vu - A l b i n M i c h e l 1952 - Swami Nikhilananda - La vie de Vivekananda - De Bartillat - 1956 - Collectif Vivekananda - Rencontre avec l’Occident - CVR 2007 Étude Ainsi les deux plans de la Mission Ramakrishna étaient posés : éducation pour élever socialement ; éléva- Collectif Swami Vivekananda, pont entre l’Orient et l’Occident - Collectif La tolérance (Centenaire) 1964 ◀ La révolution bolchévique se prépare… du côté du parc Montsouris (Titre emprunté au site web « Paris Révolutionnaire » d’A. Rustenholz, avec l’aimable autorisation de l’auteur ) Dès le début du XXe siècle, les révolutionnaires russes sont contraints à l’exil par les poursuites qu’exerce contre eux la police politique tsariste. Le 14e devient alors le centre de la fraction bolchevique du parti « socialdémocrate » : Vladimir Illich Oulianov, alias Lénine, habite de 1908 à 1912, avec sa femme et sa mère, 24 rue Beaunier puis 4 rue MarieRose ; Zinoviev, rue Leneveux ; Kamenev, Lounatcharsky, 11 rue Roli. L’imprimerie était 8 rue Antoine Chantin, puis 110 avenue d’Orléans (l’actuelle avenue du Général Leclerc) et les réunions avaient lieu Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. dans les cafés de cette avenue, « aux Manilleurs » au numéro 11, ou au « Puits rouge » en face de l’église Saint-Pierre de Montrouge. Le dimanche, tous se retrouvaient au parc Montsouris. Ils y fêteront en juillet 1912 sur la terrasse du « Pavillon Montsouris » le départ de Lénine, qui écrira « Paris est une ville très incommode pour y vivre avec des moyens modestes, et très fatiguante. Mais pour y passer peu de temps, y faire une visite, il n’y a pas de ville meilleure ni plus gaie » Avant Lénine, d’autres révolutionnaires avaient habité le 14e, Rosa Luxemburg polonaise naturalisée - 10 - allemande, fondatrice de la Ligue Spartakiste en Allemagne, 7 avenue Reille en 1894 ; Léon Trotski, en 1903, et sa compagne Natalia Sedova, rencontrée rue Lalande, 46 rue Gassendi. « Il nous arrivera de contempler ensemble le tombeau de Baudelaire que l’on apercevait derrière le mur du cimetière Montparnasse » écrit-elle dans « Ma vie avec Trotski ». ➤ Autres époques ou autres pays, d’autres dirigeants politiques ont connu le 14e, tels Messali Hadj 1898-1974, père du nationalisme algérien, fondateur de l’Étoile nordafricaine installée 19 rue Daguerre, incarcéré en 1934 à la prison de la Santé, comme le sera Ben Bella, 2011 1er président algérien ; tels Bourguiba 1901-2000, 1er président tunisien, Senghor 1er président sénégalais et son successeur Abdou Diouf, qui habitèrent la Cité internationale. Citons également Ho chi Minh 1890-1969 fondateur de la République démocratique du Viêt Nam. Il tint, le 14 janvier 1920 5 rue du Château, une conférence sur les revendications de l’ancienne nation d’Annam, le Viêt Nam actuel. cénotaphe de Baudelaire ➤ Anecdotes sur « Lénine à Paris » (J. Fréville, éd. sociales 1968) déjà, il y a un siècle, la question du logement 24 rue Beaunier « 840 francs, plus les impôts, environ 60 francs, plus encore à peu près autant à la concierge par an. Ce serait bon marché pour Moscou, mais c’est cher pour ici... C’est aussi calme qu’en province. Le centre est très loin, mais on fera passer bientôt, à deux pas de chez nous, le métro, un chemin de fer électrique souterrain, et d’ailleurs les moyens de transport ne manquent pas. Pour l’instant, Paris nous plaît. » Lénine Oeuvres t. XXXVII p. 415 4 rue Marie-Rose. page 162... Le propriétaire de l’appartement qu’il occupait, craignant sans doute de le voir déguerpir sans payer son terme, lui cherchait de mauvaises querelles. Lénine s’en ouvrit à Vladimirov. Laissez-moi faire, lui répondit le typographe de l’imprimerie du Comité central, un malin doublé d’un psychologue. Vladimirov attendit le propriétaire devant la loge de la concierge et engagea la conversation. Les doléances ne se firent pas attendre… Un drôle de locataire ! il n’a même pas de quoi meubler son appartement. Je n’en veux plus… Ne vous fiez pas aux apparences, rétorqua doucement Vladimirov. Monsieur Oulianov est un gros propriétaire foncier, il possède un solide compte en banque. Renseignez-vous au Crédit Lyonnais, 19 avenue d’Orléans… Agence Z… Près du bureau de poste… L’argent de la fraction bolchévique y était déposé au nom de Lénine. La banque dut rassurer l’incrédule sur la parfaite solvabilité de son locataire. Il changea complètement d’attitude à son égard. Toutes les fois qu’il le croisait dans l’escalier, il le gratifiait d’un coup de chapeau res- pectueux et d’un cordial : « bonjour, Monsieur Oulianov ! ». Les filatures de la police tzariste, l’Okhrana (page 156) En se dirigeant vers l’imprimerie où l’on tirait le Prolétari et le SocialDémocrate, Lénine passait d’habitude chez Zinoviev, qui habitait rue Leneveux. Un agent de l’Okhrana avait loué, pour mieux surveiller les allées et venues des bolchéviks, une chambre dans un hôtel de cette rue. L’homme les suivait jusqu’à l’immeuble du 110 avenue d’Orléans, se postait là et guettait la sortie de Lénine. Quand il pleuvait, Vladimir Ilitch s’attardait à l’imprimerie, laissant l’espion faire le pied de grue sous l’averse. Que notre mouchard se mouille ! disait malicieusement Lénine. Cela lui rafraîchira les idées … Le stipendié de l’Okhrana se gênait de moins en moins. Il finit par braquer son appareil photographique sur ceux qu’il filait. Tout de même, il exagère, gronda Lénine. Il n’a pas le droit d’accomplir en France sa sale besogne… Faudra-t-il que nous le conduisions nous-mêmes au commissariat ? Comme l’amateur photographe continuait sur le trottoir à attendre l’instant d’appuyer sur le déclic, un camarade à la carrure herculéenne, bien décidé à suivre le conseil de Lénine, se précipita pour lui mettre la main au collet. L’autre détala à toutes jambes. Il ne devait plus jamais revenir. » ◀ « Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant… Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant » Aragon De nombreux étrangers combatticombatti rent pour la France pendant la première guerre mondiale, puis dans la Résistance. Au 11 rue de Plaisance habitaient Missak et Mélinée Manouchian, d’origine arménienne. Missak était responsable pour la ré gion par is ien n e d e s F ra n c s Tireurs et Partisans - Main-d’œuvre Immigré, organisation de résistance des étrangers communistes. Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. Il fut fusillé le 21 février 1944 au Mont Valérien avec 21 de ses camarades. Olga Bancic, membre du groupe, ouvrière roumaine habitant 114 rue du Château, fut décapitée à Stuttgart le 10 mai 1944. Entre autres actes de résistance, ils tuèrent, le 25 septembre 1943, une sentinelle allemande dans le restaurant Le Moulin Vert, 34 bis rue des Plantes, restaurant de luxe fréquenté par les officiers allemands et « les gros bonnets » de la collaboration. - 11 - Olga avait rempli sa mission de récupération des armes près du métro Pernety. Le groupe Manouchian devint célèbre par « l’affiche rouge » placardée par les Allemands sur les murs de Paris. Aragon réécrira en poème la dernière lettre de Missak (lui-même poète) à Mélinée, poème chanté ensuite par Léo Ferré : « ...Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre 2011 Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses Adieu la vie adieu la lumière et le vent Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses Quand tout sera fini plus tard en Erivan Un grand soleil d'hiver éclaire la colline Que la nature est belle et que le cœur me fend La justice viendra sur nos pas triomphants Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant... » Paul Eluard également rendra hommage par un poème à « . ..Ces étrangers d’ici qui choisirent le feu Leurs portraits sur les murs sont vivants pour toujours Un soleil de mémoire éclaire leur beauté... » Citons un autre jeune étranger du 5 square Delormel, Wolfgang Döblin (1915-1940), mathématicien allemand, précurseur du calcul des probabilités. Pourchassé par la Wehrmacht, il meurt le 21 juin 1940 à l’âge de 25 ans. Précisions sur Missak Manouchian et Olga Bancic Né en 1906, Missak Manouchian perd son père dans le génocide arménien de 1915, arrive en France en 1925 sans doute clandestinement, devient tourneur aux usines Citroën. Licencié lors de la grande crise, il pose pour des sculpteurs, écrit des poèmes, fonde des revues, traduit en arménien Baudelaire, Verlaine et Rimbaud. Il est arrêté une première fois le 2 septembre 1939 en tant que communiste (il habitait alors au 15 rue des Plantes, en face de la demeure du préfet Jean Moulin au 26 de la même rue). Olga Bancic était arrivée en France en 1938 et elle y faisait des études de lettres. ➤ Lettre de Missak à Mélinée 21 février 1944, Fresne Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. Ma chère Méline, ma petite orpheline bien aimée, dans quelques heures je ne serai plus de ce monde. On va être fusillé cet aprèsmidi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y ne crois pas, mais pourtant, je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je t’écrire, tout est confus en moi et bien clair en même temps. Je m’étais engagé dans l’armée de la Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur ! à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la liberté et de la Paix de demain. J’en suis sûre que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. Chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur ! à tous ! — J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendu heureuse. J’aurais bien voulu avoir un enfant de toi comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre sans faute et avoir un enfant pour mon honneur et pour accomplir ma dernière volonté. Marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je lègue à toi et à ta sœur et pour mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en temps que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l’Armée française de la Libération. Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d’être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible, à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades toute à l’heure avec courage et sérénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fait mal à personne et si je l’ai fait, je l’ai fait sans haine. Aujourd’hui il y a du soleil. C’est en regardant le soleil et la belle nature que j’ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou - 12 - qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t’embrasse bien bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami Ton camarade Ton mari Manouchian Michel P. S. : J’ai quinze mille francs dans la valise de la Rue de Plaisance. Si tu peux les prendre rends mes dettes et donne le reste à Armène. M.M. ➤ Lettre d’Olga Bancic à sa fille Olga Bancic jeta à travers une fenêtre une dernière lettre, datée du 9 mai 1944, adressée à sa fille, pendant son transfert à la prison de Stuttgart, pour y être exécutée. La note jointe précisait : « Chère Madame. Je vous prie de bien vouloir remettre cette lettre à ma petite fille Dolorès Jacob après la guerre. C’est le dernier désir d’une mère qui va vivre encore 12 heures. Merci. » La lettre adressée par Olga Bancic à sa fille Dolores (orthographe corrigée) : « Ma chère petite fille, mon cher petit amour. Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère petite fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus. Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour. J’ai toujours ton image devant moi. Je vais croire que tu verras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cœur. Tous les deux vous m’êtes chers. Ma chère enfant, ton père est, pour toi, une mère aussi. Il t’aime beaucoup. Tu ne sentiras pas le manque de ta mère. Mon cher enfant, je finis ma lettre avec l’espérance que tu seras heureuse pour toute ta vie, avec ton père, avec tout le monde. Je vous embrasse de tout mon cœur, beaucoup, beaucoup. Adieu mon amour. Ta mère » ◀ 2011 La Cité internationale universitaire de Paris La Cité internationale universitaire de Paris est née ➤ dans le contexte pacifiste des années vingt pour favoriser le rapprochement intellectuel et moral entre les peuples, grâce aux échanges entre étudiants du monde entier. Fondation privée reconnue d’utilité publique, elle accueille chaque année 10 000 étudiants, chercheurs, sportifs et artistes étrangers venant de plus de 130 pays différents. Le site compte 40 maisons, créées à l’initiative d’un pays, d’une école ou d’un philanthrope et sont inspirées de courants architecturaux variés. Dans chaque résidence, 20 à 30 nationalités se côtoient, favorisant ainsi la découverte de l’autre. Premier acteur de l’hébergement étudiant de la capitale, la Cité internationale met également à la disposition de ses résidents de nombreux services : une bibliothèque ouverte 7j/7, un restaurant universitaire, une cafétéria, des studios de musique, des installations sportives… À cela s’ajoute une programmation culturelle riche et variée, proposée par le Théâtre et l’ensemble des Maisons. Le parc de la Cité internationale est géré selon les exigences du développement durable, sans produits phytosanitaires ni engrais. Il est ouvert à tous les Parisiens et aux habitants des communes alentour. Grâce à la signature, en 2010, d’un accord avec la Ville de Paris, la Cité internationale va pouvoir construire de nouvelles maisons et accroître ainsi sa capacité d’accueil de près de 20 %. La première opération sera la construction de la Maison de la Région Île-de-France, première maison à énergie positive du site et l’extension de la Maison de l’Inde. D’autres projets sont déjà à l’étude comme les Maisons de la Russie, de la Colombie, de la Corée et de la Chine. ➤ L’Alliance Internationale, l’association des anciens et amis de la Cité internationale universitaire de Paris, est née en 1948 de la volonté des premiers résidents de la Cité internationale de garder contact après leur séjour. Association reconnue d’utilité publique, elle œuvre au rapprochement des généra- Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. tions et des cultures, par l’animation d’un réseau de près de 200 000 anciens résidents de la Cité internationale, répartis dans le monde entier, et occupant pour beaucoup des postes à responsabilités dans leurs pays respectifs. Toute l’année, l’Alliance Internationale propose une programmation de manifestations pour animer le réseau : conférences-débats, concours d’écriture de récits, excursions… Et tous les deux ans, elle organise à la Cité internationale des grandes rencontres internationales entre anciens résidents venus du monde entier. Elle développe également pour les étudiants et chercheurs étrangers des services solidaires, animés bénévolement par des anciens et des amis de la Cité internationale : la relecture des thèses et mémoires en français et l’aide à la recherche d’emploi. L’Alliance Internationale rend régulièrement hommage aux anciens résidents de la Cité internationale qui ont marqué l’Histoire : Léopold Sedar Senghor, Costa Gavras, Abdou Diouf, Abdelkébir Khatibi, Miguel Angel Estrella, Seiji Ozawa, Habib Bourguiba, Aimé Césaire, Nedim Gürsel, Taha Hussein, Sebastio Salgado... Encourager les échanges interculturels au-delà des frontières est un challenge ambitieux. L’Alliance Internationale entend relever ce défi par la coopération entière des anciens, célèbres ou anonymes, ici et ailleurs, et continuer ainsi à porter haut le message à caractère universel « du Donner et du Recevoir ». Précisions sur la naissance de la Cité ➤ (source « La Cité internationale universitaire » Florence Aubray dans Montparnasse et le XIVe arrondissement Action artistique de la Ville de Paris janvier 2000) 19 mars 1919 : André Honnorat, député des Basses-Alpes, lors d’un débat à la Chambre sur le déclassement des fortifications, défend un amendement stipulant que « sur l’ensemble des terrains déclassés, 20 ha seront attribués, en toute propriété, à l’Université de Paris ». L’amendement est repoussé. - 13 - Mai 1920 : Émile Deutsch de la Meurthe, propriétaire des Pétroles Jupiter, offre dix millions de francs au ministère de l’Instruction publique ou à l’Académie de Paris, afin de créer des logements étudiants salubres sur un terrain que l’un ou l’autre mettrait à sa disposition. Il assortit sa proposition de donation d’un ultimatum fixant au 30 juin 1921 l’aboutissement des tractations entre l’État et la Ville. Juin 1921 : une convention « relative à la création d’une cité universitaire… destinée à procurer aux étudiants français et étrangers de l’Université de Paris des logements salubres dans les meilleures conditions de vie matérielle, intellectuelle et morale… » est signée le 7 juin, approuvée le 8 en séance du Conseil municipal. Le projet de loi autorisant une dépense de 13 millions cinq cent mille francs (prix des terrains) afin d’exécuter la convention est adopté le 23 juin à la chambre des Députés, le 28 par le Sénat, soit deux jours avant l’expiration du délai fatidique. Neuf hectares situés à l’emplacement des fortifications et19 ha de terrains zoniers les bordant sont affectés à l’Université.Cet emplacement est jugé par certains trop excentré, le mythe de la Montagne Sainte-Geneviève ayant ses ardents défenseurs. En revanche, les tenants des théories hygiénistes sont favorables à une situation hors les murs... 1925-1937 : la première fondation (Deutsch de la Meurthe) est inaugurée en 1925. La Maison Internationale, financée par J.D. Rockefeller, en 1936. La Cité sera le premier aménagement réalisé sur les terrains délaissés des fortifications. Les bastions choisis présentent l’avantage d’être reliés directement au quartier Latin par la ligne de Sceaux. La station Sceaux-Ceinture (Cité universitaire) entre en fonction en octobre 1931. La Cité comptera 19 pavillons avant la seconde guerre mondiale. 1945-1969 : deuxième cycle de constructions, 12 nouvelles résidences doublent la capacité d’accueil de la Cité internationale. ◀ 2011 Hommage à Abdelkaber Khatibi (1938-2009), penseur et écrivain marocain « Je partais à Paris sans autre histoire que celle d’un étudiant ombrageux, à la recherche d’une autre image des autres et de moimême… Inexorablement, Paris apparaissait comme une inépuisable parole où je devais déchiffrer ma propre énigme » (La mémoire tatouée) Abdelkebir Khatibi écrivit ses premiers poèmes à douze ans, en arabe, puis en français qui demeurera sa langue d'écriture. Il vient à Paris, habitant la Maison du Maroc à la Cité internationale, pour des études en sociologie et soutient sa thèse en 1965, la première sur le roman maghrébin. De retour au Maroc, il mène une intense activité : chercheur, écrivain, enseignant, intellectuel engagé dans la politique. Il fait paraître en 1971 son premier roman, La Mémoire tatouée. Grands Prix de l'Académie française (1994), du Maroc (1998), Prix de la Société des Gens de Lettres (2008) attribué pour la première fois à un auteur arabe... Roland Barthes, en exergue à son œuvre, écrit « L’originalité de Khatibi est éclatante : sa voix est absolument singulière, et par là même absolument solitaire. Car ce qu’il propose, paradoxalement, c’est de retrouver en même temps l’identité et la différence : une identité telle, d’un métal si pur, si incandescent, qu’elle oblige quiconque à la lire comme une différence ». Retenons comme une feuille de route très actuelle, la conclusion de son intervention en décembre 2001, à un Colloque de l’Unesco et de l’École pratique des hautes études sur « Les civilisations dans le regard de l’autre » : Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. « Géopolitiquement, dans le voisinage arabo-européen, naîtrait peutêtre la nouvelle Méditerranée, cet espace où, en utopie, chaque partenaire apporterait sa part d’humanité et de civilisation. Encore faudra-t-il bâtir cet espace sur des lois d’hospitalité qui devraient, au-delà de l’utilitarisme, frayer un chemin vers un universalisme polycentrique. Comme beaucoup d’entre vous, je suis un étranger professionnel, c’est-à-dire une personne qui fait de la question des lieux de passage et de résistance entre civilisations une tâche de tous les jours, dans l’exercice de mon travail, dans mon pays et dans l’ailleurs. Pourquoi ne devrions-nous pas être, comme n’importe quel humain, les hôtes du futur ? » Bibliographie - La Mémoire tatouée, roman, Paris, Denoël, coll. Lettres Nouvelles, 1971 et Poche, Coll.18/18, 1979. - La Blessure du nom propre, essai, Paris, Denoël, coll. Lettres Nouvelles, 1974 et 1986. - Vomito blanco (Le sionisme et la conscience malheureuse), essai, Coll. 10/18, 1974. - Le Lutteur de classe à la manière taoïste, poésie, Paris, Sindbad,1976. - Le Livre du sang, roman, Paris, Gallimard, 1979 et 1986. - Le Prophète voilé, pièce de théâtre, Paris, L’Harmattan, 1979. - Le Roman maghrébin, essai, Paris, Maspéro, 1968, rééd. Rabat,SMER, 1979. - De la mille et troisième nuit, essai, Rabat, SMER, 1980, rééd. dans Ombres japonaises. - Amour bilingue, récit, Montpellier, Fata Morgana, 1983. - Maghreb pluriel, essai, Paris, Denoël, 1983. - Le même livre, Correspondance avec J. Hassoun, Paris, Éditions de l’Éclat, 1985. - Du bilinguisme, Collectif, essai, Paris, Denoël, 1985. - Dédicace à l’année qui vient poésie, Montpellier, Fata Morgana, 1986. - 14 - - Figures de l’étranger (dans la littérature française), essai, Paris, Denoël, 1987. - Par-dessus l'épaule, essai, Paris, Aubier, 1988. - Paradoxes du sionisme, essai, Rabat, Al Kalam, 1989. - Un été à Stockholm, roman, Paris, Flammarion, 1990. - Penser le Maghreb, essai, Rabat, SMER, 1993. - Triptyque de Rabat, roman, Paris, Noël Blandin, 1994. - L'Art calligraphique de l'islam, avec Mohamed Sijelmassi, essai, Paris, Gallimard, 1994. - Du signe à l'image, avec Ali Amahan, livre d'art sur le tapis marocain, Casablanca/Milan, Lak International, 1995. - Civilisation marocaine, sous dir. de Mohamed Sijelmassi, essai, Arles, Actes Sud, et Casablan,ca, Éditions Oum, 1996. - L'Alternance et les partis politiques, essai, Casablanca, Eddif, 1999. - La Langue de l'autre, essai, New York, Les Mains secrètes, 1999. - Voœu de silence, essai, Paris, Al Manar, 2000. - L'Art contemporain arabe, essai, Paris, Al Manar, 2001. - Le Corps oriental, essai, Paris, Hazan, 2002. - Pèlerinage d'un artiste amoureux, roman, Paris, Éditions du Rocher, 2003, Poche, Le Serpent à plumes, coll. Motifs, 2006. - Aimance, poésie, Paris, AL Manar, 2004. - Féerie et dissidence, collectif, Rabat, Institut Univ. de recherche scientifique, 2003. - Correspondance ouverte, avec G. EL Khayat, Rabat, Marsam, 2004. - Féerie d'un mutant, récit, La Serpent à plumes, 2005. - Quatuor poétique, essai, Paris, Al Manar, 2006. - Oeuvres de Abdelkébir Khatibi, Tome I : Romans et récits, Tome II : Poésie de l'Aimance, Tome III : Essais, Paris, Éditions de La Différence, 2008. - Le scribe et son ombre, Paris, É d i t i o n s d e L a D i ff é r e n c e , 2008. ◀ 2011 Les foyers de travailleurs migrants Depuis plus de 30 ans, des travailleurs migrants, principalement d’Afrique subsaharienne et du Maghreb, habitent dans notre arrondissement et travaillent dans toute l’Ile-de-France. Nous sommes là pour Nos familles « Je suis arrivé en France et au foyer des Arbustes en mars 1973. Au pays, j’ai 31 personnes à charge, donc avec ma paie, il faut payer ici et là-bas ; c’est cela qu’il faut comprendre. Ici, nous vivons en communauté, tout le monde se connaît ; la communauté c’est un ou plusieurs villages. Mon village c’est Marena Djomboukou (Mali). C’est très important pour nous de ne pas être isolé. On se soutient en famille. On s’entraide. Celui qui arrive, il peut venir manger à la cuisine collective (non commerciale). Lorsqu’il y a un décès, on se cotise entre nous et on fait un don. Au foyer, il y a une bonne ambiance, pas d’histoires, pas de bagarres violentes, grâce aux anciens. Le comité de soutien aussi nous a accompagnés. » Intervention de M. Bathily Bousseye, trésorier de l’association des Résidents du foyer des Arbustes à une réunion le 18 octobre 2010. Le foyer des Arbustes va être réhabilité en 2012-13 et sera transformé en « résidence sociale ». Une nouvelle résidence sociale, rue du Saint Gothard, permettra aussi le relogement dans le 14e de l’ensemble des résidents des Arbustes. Le foyer de Gergovie sera transformé à son tour dans une étape ultérieure. Ville, État, gestionnaires, et comités des résidents se réunissent régulièrement dans un comité de pilotage de cette action. Bibliographie « Pour l’élargissement des droits et l’amélioration de la vie dans les logements-foyers », Proposition de loi présentée par le COPAF, comité pour l’avenir des foyers, lors du Colloque au Sénat du 10 janvier 2010. ◀ Toute la richesse d’une vie au pluriel Des milliers d’étudiants de tous pays, des centaines de travailleurs migrants, des familles et des enfants parlant de multiples langues, 300 mariages entre Français et étranger ou mixtes (40 % des mariages de l’arrondissement), près de 20 000 personnes étrangères résident dans le 14e. « Je m’appelle Claudio. J’ai 10 ans et je viens du Chili. Ce que j’aime beaucoup en France, c’est Disney Land, les centres commerciaux et les Invalides. Ce qui me manque de mon pays, ce sont mes amis, ma famille et la mer. Ce que je n’aime pas en France, c’est le Louvre qui est trop grand. » Le regard des « enfants nouvellement arrivés en France », ceux de Blaise, Claudio, Katariina, Solomiya (école Maurice Rouvier) : Katariina vient de Finlande. Elle fut la 1re Lauréate du concours des Écoles lors du mois de la photo en novembre dernier, dont le thème était la publicité. En fait, ce qui a attiré son attention : « c’est la Tour Eiffel, Notre Dame, l’Arc de triomphe, qui m’ont plu sur le panneau » dit-elle. « Je m’appelle Blaise. Mon pays est le Cameroun et j’ai douze ans. Ce qui me plaît en France, c’est la Tour Eiffel, la piscine. Ce qui compte le plus dans ma vie, ce sont mes amis. Quand j’étais au Cameroun, je n’avais pas beaucoup de copains. Mais ici, en France, j’ai beaucoup de copains. J’aime beaucoup la France. » Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. Solomiya, 2e lauréate, a pris 2 photos dans le métro à Alésia, l’une bien choisie pour un tel concours, celle appelant à venir voir d’autres - 15 - photos, celles de Raymond Depardon montrant la France d’avant… d’avant l’arrivée conquérante du… Coca Cola ! Solomiya a 6 ans, elle vient d’Ukraine, elle n’a pas pensé à tout cela, elle a vu, et utilisé, très bien, l’appareil jetable du concours ! Combien de langues sont parlées dans le 14e : arabe, chinois, soninké, espagnol, anglais, bambara, portugais, bengali, russe, finnois, wolof, italien… ? « Il est beaucoup plus facile d’apprendre une autre langue quand on a appris la sienne propre et sa grammaire » fait remarquer l’ instituteur de Basile, Claudio, Katariina, Solomiya et de leurs camarades. Les langues sont un des plus précieux patrimoines de l’humanité. ◀ 2011 « Je préfère le couscous à la citrouille » (lettre d’A. Khatibi à R. Barthes, citée par Barthes) Les restaurants du 14e permettent de manger : couscous et citrouille, sushi, canard laqué, pizza, moussaka, houmous, tandoori, bacalhau, nem, crumble, churros,kebab, riz gluant, chakchouka, zakousti, empanada, saumon fumé… grâce à 158 enseignes étrangères de très nombreuses régions du monde : Afghanistan, Agadir, Alger, Andes, Angleterre, Argentine, Buenos Aires, Brésil, Bruxelles, Cachemire, Cameroun, Chine, Constantine, Corée, Crète, Espagne, Grèce, Himalaya, Pakistan, Hong-Kong, Inde, Istambul, Italie, Japon, Kurdistan, Maroc, Maurice, Portugal, Rajasthan, Russie, Saïgon, Scandinavie, Syrie, Thaïlande, Tunisie, Turquie, Vietnam. Citons également les autres enseignes évoquant le monde, dans d’autres domaines Artisans du monde, Librairie Tropiques, Tamazgha - Éditions berbères, Office du tourisme de Cuba, Afrique Partenaires Services, Communauté Catholique Coréenne, Desmos Librairie Hellénique, Médecine traditionnelle chinoise, 100 % Brésil. ◀ Pour le droit de vote et d’éligibilité d’ des résidents étrangers Appel des Maires lancé à StrasStras bourg, le 16 octobre 2010 lors du 1er congrès des Conseils des résidents étrangers de France de l’Union européenne, qui peuvent voter aux élections municipales et européennes. Il s’agit maintenant de donner les mêmes droits à tous les étrangers résidents. « Le concept de citoyenneté contient le droit pour toute personne de participer aux prises de décision qui la concernent. Etrangers comme nationaux sont impliqués dans la vie de nos cités et le « vivre ensemble » ils participent à la vie économique, sociale et associative et contribuent déjà à la vie citoyenne en étant responsables d’associations, délégués syndicaux, représentants de parents d’élèves, électeurs pour la désignation des conseils de prud’hommes. Etc… L’extension de cette citoyenneté a déjà eu lieu pour une partie des étrangers résidents, ressortissants Aujourd’hui, l’opinion publique est favorable à l’évolution d’une citoyenneté attachée à la résidence et non pas seulement à la nationalité. Aujourd’hui, les résidents étrangers doivent être considérés comme des citoyens à part entière. Beaucoup de nos communes ont déjà œuvré pour faire avancer ce droit : commission extra-municipale, conseil des résidents étrangers, etc. Il est temps de franchir une étape supplémentaire ! C’est pourquoi, nous, Maires des Villes de : Ajout au chapitre « L’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme » Ionesco (p 9) chanteur et guitariste argentin « ...La terre est vaste comme une peine indienne… » (Aires Indios 1946). 117-119 rue Raymond Losserand. Amiens, Angers, Aubervilliers, BèBè gles, Besançon, Blois, Bourg-lèsValence, Caen Chelles, Clichy-laGarenne, Creil, Dijon, Dunkerque, Erstein, Fontenay-aux-Roses, Grand-Quevilly, Grenoble, IllkirchGraffenstaden, le Quesnoy, Les Ulis, Lille, Metz, Montbéliard, Montreuil, Nantes, Paris, Paris 14e, Paris 19e, Pau, Périgueux, Plérin, Quimper, Reims, Rennes, Rouen, Saint-Affrique, Saint-Denis, SaintFons, Strasbourg et Toulouse, lançons un appel solennel et prenons l’engagement de tout mettre en œuvre pour que le droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers aux élections locales soit reconnu » Tous Parisiens - Tous citoyens ◀ Atahualpa Yupanqui (Héctor Roberto Chavero) 1908-1992 poète, Étrangers célèbres et anonymes du 14e arr. - 16 - 2011