Mémoire de la Dordogne - Archives départementales de la Dordogne

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ÉDITORIAL
Clclllde MaHé,
ProfeHelir hOl/oretire à/a Frlwlté cie l'vlédecinl: cie BorcleclII.\'.
Présiclent e/'honnellr cllI Cet/tre Généa!ogiqm
clli .Slie/-Ollest.
1). 1
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LOI
du
1"' juil/et
1901
1,]
:::,C::~~o:,: d, Gi"éolog"
du Périgord.
Patrick Esclafer de ICI Rode
["';3[
J~
-
PAROLE DE LECTEUR
Entretien avec Florence Vachia et
Nathalène Mouillac.
p. 51
~ ~~~'~:d'dWM;
101
p. 3
1'· 54
SONOTHÈQUE
C' cst un garçon
Sylt'clin ROIIX
1
p. 54
DOSSIER HYGIÈNE ET SANTÉ
A PROPOS D'HYGIÈNE EN
PÉRIGORD À LA FIN DU MOYEN AGE
p.11
Bel1lrlrcl FOl!l7ziollx
LE SORT DES HÔPITAUX DE
PÉRIGUEUX AUX XVeET XVIe SIÈCLES
p.13
LOl/is Grilloll
LA PESTE
EN SARLADAIS
p.17
Lottis-Frallçois Gibert
UNE ÉPIDÉMIE OUBLIÉE: LA SUETTE
MILIAIRE
QUELQUES REMÈDES ANCIENS
CONTRE LA RAGE
FmI/fOis Bordes et Christiane NeftO/IX
';[
f!
~
p.45
Pierre lYlm'tÎtd
B'OGRAPHIES
Quelques médecins périgordins des
XVIe et XVIIe siècles.
p.27
FI~mfOis
BIBLIOTHÈQUE
1
p. 41
LE MUSÉE DE L'HISTOIRE DE LA
MÉDECINE ET LES MÉDECINS
PÉRIGORDINS A PARIS
PESTES ET ÉPIDÉMIES
EN PÉRIGOIJ.D
AU xvue SIECLE
ClaNde Lrlcombe
p.38
Alberte Sadollillet-Perrin
Bordes
p. 47
INÉDIT
~
,
1
!
;
Bibliographie sur l'hygiène et la
santé.
Fretllfois Borcles
p. 36
De l'intendant au comte
!Il
de Vergennes,
lvficbel Combet
p.50
A L'ÉCOLE
PALÉOGRAPHIE
L'abandon d'enfant cn Dordogne
dans la première moitié du XIX'
siècle.
Pierre Pageot
p.5
Un texte ancien et sa transcription.
Rayll/o!lde Sel/·ICI/
p. 56
DERNIÈRES ENTRÉES
Dons et acquisitions récentes.
jacqlie/ùl!: FClllre
EXPOSITIONS/
ANIMATIONS
p. 7
LE DISCOURS
DE LA MÉTHODE
L'ancien cadastre au service du public
(1 '" partie: les documents cadastraux).
GbiJltlùze Ra/llonas
p. 8
Mélanges offerts à Noël Becquart.
A voir du 17 juillet au 15 septembre:
le secret des terres.
p. 58
RÉCAPITULATIf
DES PRINCIPAUX ARTICLES
DES NUMÉROS PRÉCÉDENTS
p. 59
111é1110i,"e cie III Do,.dog'lle
Revue semestrielle éditée
par les Archives départementales de la Dordogne
!V'6 / JWN 1<J<J;')
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION
François BORDES
REDACTEUR EN CHEF
Bernard REVIRIEGO
COMITÉ DE LECTURE
François BORDES, Joëlle CHEVÉ, Michel
COMBET, Patrick ESCLAFER de la RODE,
Jacqueline FAURE, Bernard FOURNIOUX,
Dominique GRAND COIN, Claude LACOMBE, Bernard REVIRIEGo.
REDACTION
François BORDES, Patrick ESCLAFER de la
RODE, Jacqueline FAURE, Bernard FOURNIOUX, Louis-François GlBERT, Louis
GRILLON, Claude LACOMBE, Pierre
MARTIAL, Christiane NECTOUX, Ghislaine
RAMONAS, Sylvain ROUX, Alberte
SADOUlLLET-PERRIN, Raymonde SARLAT.
TRAVAUX PHOTOGRAPHIQUES
Denis BORDAS et Renée HASSE (atelier
photographique des Archives départementales)
MAQUETTE, MISE EN PAGE
Thierry BOISVERT
ct Cathy FRELAND
PHOTOGRAVURE
Imprimerie FANLAC
IMPRESSION
Imprimerie Fanlac
ZAC Pm'eau Avenue Winston-Churchill
24661 Coulounieix-Chamiers
ABONNEMENTS
Deux numéros par an : 70 F
Prix à l'unité: 35 F
Bulletin d'abonnement à l'intérieur de la
revue.
Diffusé par D.C.P. 90 l3
Clio et Hygie ne sont pas sœurs. Leur intérêt commun pour les hommes, l'une dans ce qu'ils firent, ou furent, l'autre dans ce qu'ils
endurent du fait de la maladie, aurait logiquement dû les rapprocher depuis
longtemps. Ce ne fut pas le cas.
Campant chacune sur son territoire, dont les limites
paraissaient définitivement fixées, elles tournaient leurs regards dans des directions différentes, inconscientes, semble-t-il, des services mutuels qu'elles auraient
pu se rendre. Ainsi de vastes territoires sont-ils restés inexplorés, les médecins
centrant leur intérêt sur l'évolution des idées et les biographies des monstres
sacrés, voire des personnages seulement pittoresques, les historiens sous-estimant
la place du fait pathologique dans le déterminisme des événements.
Mais, depuis quelques décennies, les choses ont bien
changé. Les territoires se sont hypertrophiés, interpénétrés, les frontières ont
éclaté.
Les historiens ont découvert des axes nouveaux de
recherches riches de fructueuses promesses. Quant aux médecins ils sont désormais acquis à la nécessité d'explorer les antécédents de leur discipline. Ils y sensibilisent les étudiants dès leur première approche des études médicales.
Le regard jeté sur cet aspect du passé se modifie,
devient plus exigeant, suivant en cela une orientation générale du mouvement
culturel contemporain, soucieux d'une anthropologie plus complète, scrutant
l'homme dans la totalité de ses composantes.
Vaste est le domaine qui reste à explorer, en collaboration peut-être. Riche est la moisson que l'on peut espérer trouver dans les
dépôts d'archives.
Ce dossier spécial de "Mémoire de la Dordogne" en
porte témoignage.
ISSN l ~-i 1-2221-)
DépÔt légal ù parution
Le contenu des articles n'engage
que la responsabilité de leurs auteurs.
Claude ALASSÉ
Professwr bOllorc/ire
CI lel Fc/wlté cie AIéclecim dt Bordeallx.
Présidem cl'bollizellr
dll Celltre Gélléalogiql!e dl! Sl!d-O/teJt.
_____ ALAUNE ____________~
La presse périgourdine du 8 mai 1945 annonce la capitulation de
l'Allemagne et la proclamation officielle de la fin des hostilités.
2
----;1 ,~~~,II-_______
ASSOCIATION
le Cercle d'Histoire et de Généalogie du Périgord.
! - Cf. "G/nÙt!f)gÙ/Cl
jlt:";golfldim" par P Es-
cbli::r de la Rode in
gel'lte dL! d}yhiré') dtjh/rh'JlIm!a/ej, ne;; .j, pp. 505S.
:2 - Règkm<:nt inrt.:ril'ur du 2}i mai l YO:,
article /j
"aucun<:
,!..!:(·1l0alogic de familh:
nt: sera admise. cc
genre de travail étant
d'uB intérêt trop n:5treint."
Disposition
reprise textuellement
dans h: règl<:ll1ellt
inr0rieur du l·j jUill
1')')0, article 19.
L'intérêt pour la généalogie est ancien en
Périgord III ; mais, paradoxalement, les généalogistes sont restés longtemps sans organe d'expression et de liaison, la Société Historique et
Archéologique du Périgord proscrivant expressément leurs travaux 1'1. Les contacts personnels
directs, ou les rencontres fortuites dans le cadre
des archives départementales, demeurèrent ainsi
leur seul moyen de se reconnaître. Puis vinrent,
dans les années 1950-1960, les premières associations nationales comme le "Centre d'entraide
généalogique", ou régionales, comme le "Centre
généalogique du Sud-Ouest", qui prirent en
quelque sorte le relais de la revue "l'intermédiaire des chercheurs et des curieux", restée, des
décennies durant, l'unique organe d'échanges
d'informations généalogiques.
Ce n'est qu'en 1984 que l'idée d'une structure purement départementale prit corps : le
mérite de cette initiative revient à M. Xavier
Pazat de Lys, qui fonda un "Cercle d'histoire des
familles périgourdines", dont l'existence fut
annoncée en mai 1985, et qui publia un premier
bulletin dès l'été suivant. Le succès fut immédiat, et M. Pazat de Lys, en se plaçant délibérément, au-delà de la simple généalogie, dans
"l'histoire des familles", a ainsi ouvert une voie;
à la fois plus large et plus exigeante, dans la
ligne des suggestions que M. Jean Favier, directeur général des archives de France, venait luimême de formuler.
Le groupement constitué devint en 1987
"Cercle de généalogie du Périgord" sous la direction de M. et Mme Michel Rateau, et prit la
forme d'une association régie par la loi de 1901 ;
il a été en 1991 mis en conformité avec les obligations légales, et est désormais "Cercle d'histoire et de généalogie du Périgord".
Cette réorganisation a entraîné un développement remarquable de l'association: de 120
membres en 1991, elle en compte aujourd'hui
plus de 550 ...
Membre de l'Union généalogique
Aquitaine-Pyrénées, qui appartient à la
Fédération Française de Généalogie, le Cercle
d'Histoire et de Généalogie du Périgord en a
assuré la présidence pendant trois années : il a
ainsi pu participer de façon décisive à la mise en
place d'une structure régionale efficace et organiser la première journée régionale de généalogie, à Périgueux en 1994.
Dirigé par Mme Joëlle Chevé, universitaire et historienne, vice-présidente, le bulletin,
organe de liaison, publie aussi des études historiques variées et des hommages à des compatriotes trop oubliés, comme l'abbé Audierne et le
comte J ay de Beaufort. On y trouve des
rubriques de formation à la paléographie, dues à
Mmes Sarlat et Duhamel, d'héraldique, animée
par M. Jean-René Bousquet, une bibliographie
périgourdine,
sUIvie
par
M. Philippe
Deladerrière, et des signatures appréciées,
comme celles de MM. Louis Grillon, LouisFrancois
Gibert , Marcel Berthier, Georges
o
Ladevie et de combien d'autres.
Cette publication, paraissant trimestriellement depuis 1990, en est à son 3ge numéro, et
est devenue une référence essentielle ; les
"Cahiers du cercle", numéros spéciaux hors série,
sont consacrés aux communications présentées
lors de la "journée d'histoire et de généalogie".
Pour les travaux généalogiques, le bulletin
spécial "les patronymes des adhérents du cercle",
paru en 1993 grâce à M. Jean Saint-Christophe,
est un outil essentiel: vite épuisé, il est en cours
de refonte, et sa nouvelle édition, largement
augmentée, permettra encore à beaucoup de
chercheurs de trouver des personnes partageant
les mêmes centres d'intérêt.
Au fil des années, le cercle a pu constituer une bibliothèque qui n'est pas négligeable;
à côté d'ouvrages locaux, on y conserve des travaux des membres, ainsi que d'importantes col3
lections de bulletins publiés par d'autres associations généalogiques ; ces bulletins sont,
chaque année, déposés aux Archives départementales afin d'en faciliter la consultation.
M. Marcel Normand, actuellement vice-président honoraire, et M. Jean-René Bousquet,
actuel bibliothécaire, ont grande part dans la
constitution de ce noyau documentaire, enrichi
par la générosité de beaucoup.
Les relevés systématiques des actes d'état
civil permettent, on le sait, d'aborder facilement
les données contenues dans nos vieux registres,
sans en multiplier les manipulations, fastidieuses et difficiles pour beaucoup et toujours
nuisibles à la conservation de ces documents. La
Dordogne ne dispose pas encore en nombre de
tels instruments ; dans le cadre du Cercle,
Mme Roy avait réalisé ceux des anciennes
paroisses formant l'actuelle commune de
Ribérac, et de quelques paroisses du canton
d'Eymet. M. Max Jardon, trésorier du cercle, a
entrepris les relevés des communes du canton de
Thenon; plusieurs sont déjà réalisés et en vente
(Azerat, Gabillou, Brouchaud, la Boissièred'Ans). L'accueil réservé à ces instruments de
travail par les municipalités et par le public incite à continuer. L'exemple de M. Jardon a déjà
été suivi par d'autres membres du Cercle.
Mais de tels travaux ne peuvent être totalement individuels; aussi M. Jardon dirige-t-il
une équipe composée de personnes en C.E.S. et
de bénévoles et en suit-il toutes les étapes,
depuis les relevés jusqu'au tirage, en passant par
la mise sur ordinateur.
D'une façon plus générale et ponctuelle,
pour ses correspondants éloignés du département, le cercle a mis en place une "commission
d'entraide" qui s'efforce de diriger dans de
bonnes directions ceux qui en font la demande.
Animée par Mlle Larue, secrétaire général, assistée de Mmes Fileyssant et Nabli, cette commission effectue des recherches ponctuelles dans
l'état civil entre 1802 et 1882, qui se limitent
néanmoins à des relevés d'actes déterminés. Elle
ne se substitue en rien aux initiatives personnelles, et ne dresse pas de généalogies, qui relèvent de l'initiative individuelle. Cette structure
rend de très utiles services, généralement appréciés. Par ailleurs, le Cercle a entamé un autre
travail d'intérêt général: le classement et le
dépouillement des papiers politiques du
ministre Oscar Bardi de Fourtou (Ribérac,
1836-Paris, 1897) ; cet ensemble totalement
inédit et conservé par ses descendants, a été
confié à l'un d'eux, signataire de ces lignes, en
vue d'un dépôt aux archives départementales de
4
la Dordogne. Il concerne principalement le
"ministère du 16 mai" (1877) dans lequel O. de
Fourtou fut chargé du portefeuille de l'Intérieur.
Tout le personnel politique et administratif
d'une époque charnière, des républicains aux
monarchistes, revit à travers des dossiers individuels très fouillés, alors que, par les rapports de
la sûreté générale et les dépêches télégraphiques
c'est l'histoire au quotidien du dernier gouvernement de "la république des ducs" qui peut
s'écrire; l'inventaire sommaire que publiera le
cercle sera un instrument de travail d'un intérêt
général.
Rien de tout cela n'aurait pu être et ne
serait possible, sans le concours des Archives
départementales; l'appui de M. Bordes et de ses
collaborateurs en a grandement favorisé la mise
en place; une généreuse subvention des archives
de France a permis une première "informatisation" de l'association.
Ainsi, traditionnellement maintenant, se
déroule à l'automne une "journée d'initiation
aux recherches en archives", ponctuée d'une
visite des lieux, et pendant laquelle principes
généraux comme points particuliers peuvent
être traités; toute l'année, pour ceux qui en font
la demande, un accueil personnalisé peut être
assuré par les membres du conseil d'administration afin de faciliter la connaissance des documents accessibles aux Archives départementales. Le Cercle organise aussi des conférences,
des réunions de travail et réunit ses membres
pour une "journée de généalogie", à l'occasion
de son assemblée générale, ainsi que pour deux
promenades estivales ; en évoquant sur les lieux
mêmes l'histoire des monuments et des
"anciens", le Cercle entend rester fidèle au
caractère "familial" qui a toujours été le sien et
qu'il conserve jalousement malgré sa constante
croissance. Notre association, modestement,
laborieusement, loin du battage et des ambitions personnelles, contr!.!"lUe de son mieux, et
selon sa spécificité dans l'objectif qu'elle s'est
tracée; tous ceux, qui, avec honnêteté intellectuelle et altruisme partagent ces vues peuvent
rejoindre la grande famille des généalogistes
périgourdins.
Patrick ESCLAFER DE LA RODE
Coordonnées: Cercle d'Histoire et de Généalogie du Périgord
2, Cours Fénélon - 24000 Périgueux
Président: M. Patrick Esdafer de la Rode.
Tél. 538241 34 - Télécopieur: 53 82 41 41
Trésorier: M. Max Jardon - Tél. 53 532167
Secrétaire général: Mlle Larue - Tél. 53 5463 12
1
t - - - - - - - - - A L'ECOLE _ _
l'abandon d'enfant en Dordogne dans la première moitié du XIXe
siècle (1).
Ce n'est pas par hasard que le romancier
périgordin Eugène Le Roy choisit deux enfants
trouvés, la Petite Nicette et le Grand Milou,
comme principaux personnages de deux nouvelles dont l'action se situe dans la Dordogne du
début du XIX' siècle. En effet, à cette époque,
dans toute la France, l'abandon d'enfant était
loin d'être, comme aujourd'hui, un phénomène
limité; c'était une pratique sinon bien acceptée
et jugée, du moins courante et elle constituait un
élément caractéristique de la société.
breuses que les féminines ; le taux de masculinité varie en général entre 1,04 et 1,06, ce qui
signifie que les naissances de garçons sont de 4 à
6 % plus nombreuses que celles de filles. Si les
mères s'étaient défaites de manière égale des
bébés des deux sexes, nous devrions trouver dans
les registres d'admission des hospices un léger
excédent de garçons. Or, tel n'est pas le cas. Par
exemple, de 1820 à 1835, les établissements ont
recueilli 8 255 bambins, 49, 5 % de sexe masculin et 50,5 % de sexe féminin. Il est donc évi-
TABLEAU STATISTIQUE
DES ABANDONS D'ENFANT EN DORDOGNE
Année
Garçons abandonnés
Filles abandonnées
lH21
1822
1823
1824
1825
lH26
1827
1828
1830
1831
2.37
222
246
216
263
228
264
242
376
296
.?D7
IB3·1
215
230
200
201
250
254
257
222
379
295
300
425
295
1835
327
IH32
1833
Tri:s prochaint'ment. les éditions de
Iï larmatran doivt'!1t
faire !)araÎtrc !'()uvragt'
dl' Pinrt' Pagl'ot, L~J
Ul/:IJ/IJ IrfJlIl'~'~' clt/ilJ li
ri;JJIi!!,';',l tf
JI/X/Xvi./"
!f
P/ri<~f",/
De 1816 à 1841, on dénombre un
enfant trouvé pour 27 naissances, alors que la
moyenne nationale s'établit à un pour trente. A
la fin du règne de Louis-Philipppe, en 1845, le
service de ces enfants assistés pèse lourdement
sur le budget du département, qui se classe au
neuvième rang national pour le rapport élèves
des hospices/population départementale.
Dans une population donnée, les naIssances masculines sont sensiblement plus nom-
1:1)
290
278
Enfants trouvés de moins
12 ans, à la charge
des hospices au
31 décembre de l'année
1735
1831
1930
2070
2212
2.319
1238
1451
1173
1317
1551
1357
1594
1427
dent que]' on abandonnait un peu plus les filles
que les garçons. Lorsqu'une fille-mère décidait
de ne pas garder l'enfant qu'elle venait de
mettre au monde, la considération du sexe n'intervenait pas. Ce sont donc les abandons d'enfants légitimes qui expliquent la supériorité
numérique des filles. Dans une famille pauvre,
]' arrivée d'un enfant mâle signifiait la certitude
d'avoir plus tard des bras pour travailler la terre,
pour subvenir aux besoins des parents âgés ; au
lkaucoup ,k
parents connaissaient
le: lieu de placc::ment de
leur ent"ant, certaines
mères arrivaient mc:rne
il prendre en qualité de
nourricji:n: le bébé
qu'elles
venaient
d'abandonner.
POlir
mettre fIn il ce typl' dl'
t"raude, la circulaire
ministérielle du 21
juillet 1Xl: prévut de
déplacer les enfants,
dc: les transporter vers
dt's destinations inconnues ù l'intérieur du
déparrt'mt'nt ou mêm<.:
C:11 dehors. Avant l'application
dt'
cet!<.:
mesuré, il était possibl<.: al/X parents de
d·c1amt'f kur enfant.
L'annollc<': de c<.: proj<.:t
am<.:na plus d<.: 1 000
rt'tr:llts.
5
contraire, la venue d'une fille annonçait des
dépenses supplémentaires, et particulièrement
la constitution d'une dot. Les couples dans la
misère se séparaient donc plus facilement des
nouveau-nés filles que garçons.
Certaines mères se défaisaient de leur bébé
en l'exposant, c'est-à-dire en le déposant en
plein air en un lieu où, espéraient-elles, une personne ne tarderait pas à le découvrir et à le
recueillir. Ce pouvait être une place, une rue, un
bâtiment religieux, l'entrée d'une mairie ou
d'une maison. Ce type d'abandon mettait en
péril la vie du nourrisson soumis aux intempéries, mais aussi à la férocité des animaux domestiques, chiens, porcs et volailles qui, à cette
époque, se déplaçaient en toute liberté aussi
bien dans les chemins des campagnes que dans
les rues des villes. Aussi, pour épargner à leur
petit l'éventualité d'une fin atroce, certaines
femmes préféraient le déposer dans un établissement charitable chargé de recueillir les enfants
abandonnés. Le décret du 19 janvier 1811, qui
ne fut vraiment abrogé que par la loi du 27 juin
1904, donnait à chaque arrondissement la possibilité de se doter d'un hospice dépositaire,
mais cette existence n'avait rien d'obligatoire.
Suite à la directive impériale, cinq dépôts fonctionnèrent à Périgueux, Bergerac, Sarlat,
Ribérac et Nontron. En 1829, année où cessait
l'activité de Ribérac, un dépôt s'ouvrait à
Mussidan, mais pour une brève durée. Dès
1835, le pouvoir décidait de le supprimer
comme ceux de Bergerac, Nontron et Sarlat.
Désormais, le département ne possédait plus
qu'un seul hospice dépositaire installé au cheflieu.
L'instruction de 1811 obligeait chaque
établissement qui recevait des enfants trouvés à
installer un tour, près de la porte d'entrée. Il
s'agissait d'un cylindre de bois creux, dans la
paroi duquel on avait pratiqué une ouverture et
qui tournait sur lui-même avec une grande facilité. La femme qui voulait y déposer son enfant
agitait la sonnette qui se trouvait à l'extérieur
pour avertir la personne de garde. Celle-ci faisait
alors accomplir au cylindre un demi-tour qui
présentait au dehors son côté concave, puis il
achevait son évolution et apportait le bébé à
l'intérieur du bâtiment. Pour ses défenseurs, la
«boîte de l'hospice», nom que l'on donnait fréquemment au tour, offrait deux grands avan6
tages : assurer la sécurité de l'enfant et garantir
le secret le plus total de l'abandon. Si l'établissement de Sarlat n'installa pas d'emblée un tour,
l'hospice de Hautefort, qui n'était pourtant pas
un hospice dépositaire, en mit un en service jusqu'en 1835.
Il
Tour de
l'hospice de Hautefort.
Photographié avec
l'aimable autorisation de M. Clergerie, maire de Hautefort.
Photo Denis Bordas.
Avant d'exposer leur bébé ou de le poser
dans un tour, certaines mères épinglaient un
billet sur ses langes. Ces billets sont de toutes
tailles et de toutes formes. Certains expriment
des inquiétudes quant au sort qui sera réservé à
l'enfant, d'autres tentent de justifier l'abandon,
beaucoup précisent la situation du nourrisson
par rapport au baptême, l'affirment ou, au
contraire, indiquent son absence. Quelques
enfants portaient aussi un petit objet, signe de
reconnaissance qui devait permettre à sa
maman de le retrouver lorsque, le mauvais cap
passé, elle viendrait le chercher. Rubans, morceaux de tissu ou de cartes à jouer, médailles,
sont ainsi attachés sur les vêtements. Ce fut en
aoùt 1852 que le Conseil général décida de supprimer le tour de l'hospice de Périgueux et de le
remplacer par un bureau d'admission qui commença à fonctionner à partir de février 1853.
P
ris en charge par l'hospice, l'enfant
abandonné était le plus rapidement possible
placé chez une nourrice, mis en pension chez des
particuliers. Commençait alors pour lui une vie
de souffrances, d'humiliations, que, très souvent, la mort venait rapidement interrompre (l).
Pierre PAGEOT
Service éducatif des Archives
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gord,
)05.
11)7~,
pp. 291-
1------
1) DONS
- Papiers des familles Gueydon et alliées de Vergt
et environs. (1790 - 1924). [Don de M.
Gueydon}. J 2186/1 - 3.
- Procès verbaux des certificats d'études primaires de l'arrondissement de Sarlat. (19351955). [Don de M. Guichard}. intégré dans 3 T
211 et 1335 W
- Papiers divers concernant les élections cantonales des 20 et 27 mars 1994, canton d'Eymet.
[Don anonyme}. J 2197.
- Cahier du conseil de fabrique de l'église de
Saint-Laurent-de-Monestier. (1858 - 19(5).
[Don de M. Vircoulon}. J 2198.
- Papiers concernant des familles de la RocheChalais et environs. (1750-1811). [Don de M.
Pommarède}. J 2203.
- Livret de la Caisse nationale d'épargne. (920).
[Don de Mme Leroy}. J 2204.
- Petit carton publicitaire encadré, pour la
"Pharmacie du docteur» à Périgueux. Carnet de
16 cartes postales concernant la grotte du
Grand-Roc aux Eyzies. [Don de M. Bordes}.
- 6 photographies du monument aux morts de
Sainte-Alvère. [Don de Mme Chevallier}.
- 40 cartes postales anciennes de communes de la
Dordogne. [Don de diverses Archives départementales}.
2) ACHATS
- Renseignements statistIques concernant la
commune de Siorac. (1838). J 2183.
DERNIÈRES ENTRÉES _ _
- Rôle d'impositions de la paroisse de
Bigarroque. (785). J 2184.
4 documents concernant la famille
Chantegreilh de la région de Vergt. (1624 1787). J 2185.
- Parchemins concernant la famille de Bourdeille. 0322 - 1687). J 2187.
- Création du Directoire de la Ville de Sarlat.
(1792).J 2199.
- Programme, menu du banquet, invitation, correspondance pour la venue de Félix Faure à
Périgueux. (1895).
- Papiers divers concernant Saint-Cyprien et le
Sarladais. (1700 - 1789). J 2202.
3) DOCUMENTATION III
Dossiers constitués sur des sujets divers:
- Bibliographie concernant les abbayes du
Périgord. Doc. Arch. 92.
- Protestantisme en Périgord. Doc. Arch. 93.
- Cartes des anciens diocèses et sénéchaussées du
Périgord. Liste des sénéchaux. Doc. Arch. 94.
- Liste des polytechniciens de la période révolutionnaire originaires de la Dordogne. Doc. Arch.
95.
- Liste des préfets et des présidents du Conseil
général. Doc. Arch. 96.
- Cahier du Tiers-Etat. Liste des cahiers de
doléances. Doc. Arch. 97.
- La Dordogne militaire: rattachement à la subdivision de Limoges en 1957. Doc. Arch. 99.
- Composition du Ministère Pléven (951); gouvernement M. Rocard (988). Doc. Arch. 100.
- Démographie de la Dordogne. Doc. Arch. 10 l.
- Notes sur les Préfectures et sous-préfectures
(cotes de documents). Doc. Arch. 102.- Compte-rendu de recherches par radiesthésie
dans les départements de la Seine-Maritime et
des Hautes-Pyrénées. [Don de M. de la
Clergerie}. Doc. Arch. 105.
- Statuts de l'Union scolaire «Les petits mutualistes», musique et paroles de la chanson de cette
association. [Don de M. Pommarède}. Doc.
Arch. 112.
- Monographies des communes du canton de La
Force. [Don de M. Jayle}. Doc. Arch. 113.
- Manuscrit autographe de Brantôme. [Don de
la bibliothèque municipale de Périgueux}. Doc.
Arch. 114.
}tlcqllelùze FAURE
1 - Serie lonstiwt<: par
les dons dl' documents
sous forme de photo(()pic~.
7
_ _ LE DISCOURS DE LA MÉTHODE __
L'ancien cadastre au service du public (1 ère partie
cadastraux).
les documents
E
III
Extrait du
plan "Napoléon"
de la commune de
Saint-Michel-deMontaigne. 1814,
AD. 24, 55 P 10.
Photo Denis Bordas.
F
1 - En 1H07, au [('tour
dc Tilsit, l'cmpcrem
Napoléon déclarait à
Mollien, son ministre
du Trésor: "Les t/elll;IlICJIlJï:J
fimt
1()/~i(}lIrs
jJerdre cl" lellljJJ et de
l'ilIXelll. Le self/lIIoyen de
JOrl;r d'emuarrm est de
fr/ire jJrocéder JIl1' le
(!Jalll/' (Ill déJlolJlbrement
gélléral deJ lerreJ dam
tOI/ft.'! leJ (()lllIlIllIlCS de
l'EmjJire rlrec (//1J(!ll/rlge
el
h'a/lldtion de c/Ytlqm
fJtlrcel/e de jJropriété. Un
bon (t/dastre parcel/dire
Jrrd le mm/délllent de IllO/l
Code. en ce {f/Ii (()!Jterl/e
/(/ jHJ.LfI.'SJÎrJll du StJ/.
Il
JUIl q/{(: kr Jllrms Jf)ielll
tlJJez fxac1.\ et (/5J('Z déz'e!op!JéJ jJOl/r ser!'i,- cl fixer
les limiteJ des jJmjJriùéJ et
clIIjJÎ!cher ln procès»,
2 - Cc tableau, établi
plus souvent ù
le
l'échelle de 1II 0 000,
tient généralement sur
une (c:uillc unique. Il
(ait apparaître le tracé
dcs principales voies
de communication, le
chef-lieu
et
les
hameaux, les noms des
communes limitrophes
ct, parfl)is, un aperç-u
du relief.
8
C'est par la loi du 15 septembre 1807
que le cadastre a été officiellement établi en
France. Près de 40 ans de travail ont été nécessaires pour cadastrer l'ensemble du territoire
nationaL
Le cadastre est l'inventaire exhaustif, permanent, descriptif et évaluatif du sol : en quelque
sorte l'état civil de la propriété foncière, Il est,
par essence, un outil fiscaL Il peut être utile aux
notaires ou aux particuliers en cas de recherche
d'origine de propriété, à l'occasion d'une vente,
d'une succession ou d'un partage de biens familiaux. Il est aussi devenu une source d'information précieuse pour l'historien soucieux de
reconstituer l'histoire des structures foncières et
des paysages,
La consultation du cadastre apparaît pour le
néophyte d'une grande complexité, mais son
maniement s'avère pourtant aisé à l'usage. Pour
chaque commune, la documentation cadastrale
comprend trois documents principaux: le plan
cadastral, les états de section et la matrice cadastrale,
Le plan cadastral
dit plan « Napoléon » (1)
Le plan cadastral, de format «grand
aigle» (68 cm x 104 cm environ) est composé:
- d'un tableau d'assemblage représentant
l'ensemble de la commune et indiquant, par des
liserés de couleur, la division en sections (section
A, section B,.,,) et, à l'intérieur des sections, en
feuilles parcellaires (lère feuille, 2e feuille,,,. ou
1ère division, 2e division, etc.) CI.
- de feuilles parcellaires, sur lesquelles sont
représentées les parcelles numérotées de 1 à n.
Ces parcelles, ainsi que les routes et les chemins
publics, sont figurées par des traits pleins, les
chemins particuliers par des lignes ponctuées; la
surface des bâtiments est teintée de carmin; les
eaux sont coloriées de bleu pâle; une flèche
indique le cours des rivières et des ruisseaux.
Les contours de la commune, des sections
et des lieux-dits sont soulignés comme précédemment par des liserés de couleurs différentes.
Les noms des lieux-dits sont portés de manière
apparente ainsi que ceux des communes, sections ou feuilles limitrophes.
Un carrouche signale le nom de la commune et du département, la désignation de la
feuille (ex: section A, 2e division), son échelle (le
plus souvent de 1/2 500), le nom du géomètre
qui l'a dressée et, parfois, l'année de son établissement. La direction du nord est donnée par une
flèche.
Lorsque le plan cadastral est relié, le
tableau d'assemblage est placé en tête, suivi par
les feuilles parcellaires classées dans l'ordre
alphabétique des sections ct, pour une même
section, dans l'ordre des numéros de division.
Les états de section
Les registres des états de section sont, en
quelque sorte, la légende du plan. Ils donnent la
situation des parcelles telles qu'elles se présentaient au moment de l'établissement de l'ancien
cadastre.
Les états de section contiennent la nomenclature des parcelles imposables ou non imposables, bâties ou non bâties, rangées dans l'ordre
de leur numérotation, les sections elles-mêmes
classées par ordre alphabétique. Chaque parcelle
occupe une ligne sur laquelle sont mentionnés le
numéro du plan et le lieu-dit, le nom de son propriétaire, sa nature de culture, sa contenance,
son classement et son revenu imposable.
La présentation de ces états de section diffère quelque peu suivant l'état de la législation
lors de l'établissement du cadastre pour chaque
commune. Ainsi apparaît le nombre des portes
et des fenêtres à l'époque où celles-ci ont été
imposables.
Les contenances et les revenus sont additionnés par page et récapitulés par section et
pour l'ensemble de la commune. Cette récapitulation, complétée par un tableau, fait apparaître
distinctement la contenance et le revenu des
propriétés imposables d'une part, la contenance
des terrains non imposables d'autre part.
Les matrices cadastrales
La première matrice cadastrale établie
lors de la confection du cadastre est, à partir de
1821, d'un modèle unique. Elle contient indistinctement les désignations relatives tant aux
propriétés bâties qu'aux propriétés non bâties.
Suivant l'importance de la commune, elle
se compose d'un ou plusieurs volumes foliotés en
numérotation continue.
Chaque folio de la matrice, divisé en
colonnes, indique:
-les noms, prénoms, demeures et professions des
propriétaires,
- les mutations (années, folios d'où sont tirés et
Oll sont passés les articles vendus ou acquis),
- la désignation des parcelles (section, numéro
du plan, lieu-dit, contenance),
-l'évaluation (nature de culture ou de propriété,
classe, revenu imposable),
- la récapitulation des superficies des propriétés.
Cette première matrice se termine invariablement en 1912.
•
Extrait
de la première
matrice de la commune de Sadillac.
1829.
AD. 24, 63 P 604.
Photo Denis Bordas.
La matrice des propriétés bâties
La loi du 29 juillet 1881 ayant prescrit
d'opérer la séparation des propriétés bâties et
non bâties, une matrice spéciale aux propriétés
bâties a été mise en place en 1882 ; elle se termine en 1910. A l'inverse de la matrice précédente, elle n'est pas foliotée. Chaque page est
divisée en deux cases comportant chacune des
lignes numérotées de 1 à 10 pour y porter les
comptes attribués aux différents propriétaires.
La table alphabétique de ces derniers ne renverra donc pas à un numéro de folio mais à un
numéro de case.
Elle débute par une récapitulation des
revenus imposables à l'époque du cadastre en
9
distinguant: la nature des propriétés, les classes,
le nombre (par rapport aux classes), le tarif des
évaluations, le revenu imposable par classe et
IL
III
Extrait
de la matrice des
propriétés bâties
de la commune de
Urval. 1882.
A.D.24, ne.
Photo Denis Bordas.
.-) - Ces matrices sont
appt.Jécs ainsi paf les
employés du service
du cadastre car elles
possèdent une reliure
noire.
10
par nature de propriété. A la suite, se trouvent
les augmentations et les diminutions.
Chaque case indique :
- les noms , prénoms et adresses des propriétaires,
- l'indication de la section, du numéro du plan,
du lieu-dit, quartier, rue, nature de propriété,
- la classe,
- le revenu par propriété et le total,
- les cases de la matrice d'où sont tirées et où
sont portées les propriétés acquises ou vendues
(tiré de ; porté à),
- l'année de la mutation (entrée, sortie),
- le nombre d'ouvertures imposables (portes
cochères, charretières et de magasin; autres
catégories).
A la fin du registre, un état-balance fait
apparaître la séparation des revenus cadastraux
afférents, pour l'année 1882, aux propriétés
bâties et non bâties. Il comporte un numéro
d'ordre, l'article de la matrice générale, le folio
de la matrice cadastrale ancienne, la case de la
matrice des propriétés bâties, les noms et prénoms des propriétaires, le revenu total (celui de
la nouvelle matrice), le revenu des propriétés
non bâties (celui de l'ancienne matrice), le
nombre de propriétés bâties retranscrites, le
résumé de l'état-balance et, enfin, le résumé
général.
les matrices noires
(3)
partir de 1911, de nouv~lles matrices
cadastrales dites «matrices noires» sont établies,
faisant suite à celles décrites ci-dessus. Elles dis-
A
tinguent de la même manière les propriétés
bâties et non bâties et ont, à quelques détails
près, la même présentation.
1 - La matrice des propriétés non bâties
commence en 1913 et, comme la précédente,
peut être formée d'un ou plusieurs volumes
foliotés en numérotation continue, suivant l'importance de la commune. Le folio est divisé en
lignes, numérotées de 1 à 35 où est individualisée chaque parcelle, et en colonnes. Deux
colonnes supplémentaires mentionnent l'évaluation (nature de culture ou de propriété, classe, revenu imposable) lors des première et
deuxième révisions éventuelles. En bas et à
gauche, on trouve l'indication du folio de l'ancienne matrice. En bas et à droite, est indiqué le
folio où se poursuit le compte, s'il y a lieu.
2 - La matrice des propriétés bâties prend,
elle aussi, la suite de la précédente. Elle commence invariablement en 1911. En tête du
registre se trouve un tableau présentant, par
année, la valeur locative réelle, le revenu net
imposable et le nombre de propriétés bâties de
la commune. Le revenu net est récapitulé par
case. La table alphabétique des propriétaires
renvoie aux numéros des cases concernées. Les
cases indiquent les mêmes renseignements que
sur la matrice des propriétés bâties de 1882
avec, en plus, les changements de revenu net
imposable lors des révisions successives.
Cependant, une innovation importante
apparaît par rapport aux matrices précédentes.
La date de mutation est indiquée en regard des
noms des propriétaires successifs du compte.
Sous chaque numéro de case figure également
celui de la case de l'ancienne matrice.
Il n'est pas possible d'attribuer à ces
matrices noires une date terminale. En effet,
cette dernière sera à retenir en fonction de la
révision ordonnée par la loi du 16 avril 1930
qui, en Dordogne, peut varier entre 1930 et
1980.
Dans la deuxième partie, nous étudierons,
à partir d'un cas concret, la façon d'établir une
origine de propriété.
Ghislaine RAMONAS
BIBLIOGRAPHIE
- HERBIN (R.) et PEBEREAU (A.), Le
cadastre français, Paris, les Editions Françis
Lefebvre, 1953.
_ _ _ _ _ _ _ _ _ HYGIÈNE ET SANTÉ _ _
A propos d'hygiène en Périgord à la fin du Moyen Age.
A déLlUt d'un apport substantiel de don-
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GIIRRIC;OLJ
G RA N J) Cil AM P
(Pierre), f),'lJIam':J
11/(:-
t/ià',,!o, Paris. /9<)1, p.
90.
2 - Document original
conservé par Emile
Gayelle, Din.'((Cllf dc
l'école des Beaux-Arts
de Lille, \'oir B.S.l-I.AI~,
r. 62, 19.15, p. !.l0.
). Arch. dép. du
Maine-ct-Loin:, 50 J ,
liasse l, n() i, donati'on
de
la
c1ùltelknic
d'llaurcforr par Marguerite de Born, Yl'un;
d'Adémar de Faye, il
(';1
leur fIls Gùaud
J'an
12()Y. Liasse 1, n 20,
Ç
Gùaud dl' Faye, tif/will/fi
d'Hautefort en
12:-;). Liasse l, n" (J,
partage l'ner<: Géraud
et hier de Fayl' fils
d'Adémar de Faye er
de Mar-gunire de
Born, en 127ù.
nées il est encore prématuré de vouloir aborder
ce problème de l'hygiène des Périgordins, à la fin
du Moyen Age, Aussi faut-il s'accommoder d'informations ponctuelles livrées, hélas, avec parcimonie par les fonds d'archives et se satisfaire
d'une vision réductrice de la réalité, L'extrême
rareté des sources en ce domaine a dù , sans
doute, dissuader bon nombre d'érudits locaux de
disserter sur un tel sujet, freinés de surcroît par
le souhait d'esquiver un discours aussi trivial.
L'absence totale de publication de cette nature
dans le BlIlIetill cie ICI Société Historiqm et
Archéologiqlle clii Périgord (B,S,H,A.P.) en
témoigne, Nous proposons donc ici à la curiosité du chercheur deux indicateurs de ce souci
d'hygiène qui émane de l'homme de cette
époque, à savoir deux actes de concession qui
ont trait à l'édification de lieux d'aisance et
autres éléments sanitaires en milieu urbanisé :
l'un de l'année 1295, dicté par le maître du CClStm/J/ d'Hautefort, l'autre de 1323, établi par les
consuls de la ville du Puy Saint-Front,
Ces refuges momentanés, passages obligés
de la vie quotidienne, sont encore perceptibles
dans l'architecture monumentale de notre province, Le plus souvent intégrés en surplomb d'un
mur aux abords peu fréquentés (fossés, douves
ou autres), ils représentaient alors l'élément
majeur du dispositif d'hygiène mis en place dans
la plupart des édifices médiévaux, En fournissent
le plus bel exemple de conservation ces latrines
superposées en quinconce desservant les niveaux
d'habitat de certaines tours seigneuriales, ou
bien encore cette superbe batterie de latrines à
cinq compartiments réservées aux moniales du
monastère de Coyroux près d'Aubazine Ill,
L'existence de ces structures désignées
dans les écrits par le terme latrilltl en latin ou
encore /0 CClgcldor en dialecte occitan nécessitait
l'accord des autorités locales, après consultation
de la collectivité, De telles initiatives pouvaient
provoquer, notamment en agglomération, des
nuisances susceptibles de déclencher de vives
réactions, C'est le cas en particulier à Hautefort,
OLt le seigneur du lieu fit appel aux conseils et
consentement de tous les gens concernés,
OIlIllÙ/ll/ gemùIIIl de Alto Forti,
Le premier accord de ce type remonte au
mois de janvier 1295 12', Il concerne l'un de ces
II/ilites détenteurs d'une assise dans le cclstmll/
dlHautefort, Il s'agit de Geoffroy de MOlleS, fils
de Pierre de MOlleS lIliles, qualifié de dOllze/f1fJ du
lieu, en 1292 et 1296, et mentionné comme
étant décédé avant 1326,
Il
Vue d'une
latrine extérieure,
suspendue en encorbellement sur
des corbeaux en
surplomb dei rio de
Bonbarrau, en connexion avec un
hostal du barri de
la Place (ancienne
demeure, aujourd'hui disparue, d'un
notaire de Montignac, à la fin du
Moyen Age).
Dessin de l'auteur,
d'après un document de l'iconothèque de la Société
Historique et Archéologique du Périgord
(B. S, H.A. P., 1893, p.
147).
Dans cet acte Marguerite de Born, dOIl/Îlw
d'Hautefort et son fils ili, après avoir sollicité
l'avis des gens d'Hautefort et obtenu leur
consentement, accordent à Geoffroy cie jHIJJlcs
l'autorisation d'édifier des latrines dans sa dOIl///j
crHautefort, Aux fins d'assurer à Geoffroy et aux
A : tour de l'enceinte du bourg castrai
de Montignac.
B : latrine en encorbellement.
C : hostal du barri de
la Place.
D : ruisseau du Bonbarrau délimitant les
faubourgs de Bonbarrau et de la Piace.
11
Bibl. nationalt:,
t.1 Yi, (La Faye), f"OtVi
(II ~ 1), rD B7 (l2Ôô).
HUET (paul), Géllt;dlop)e de L(/ [~lJe. Bergerac, 1')00, p . .l9, 1;'0,
l-il,I"H.
CUi\lOND (Marquist:
de), Géllé{"fJ,~ie (1 I-!{lI/leJI)"I. Niort, IB9B, p.-10,
;'7, M, 75.
SAI NT-ALLAIS,
Nobiliaire
Illliz'fI'.rt!.
p. I(iB, 2(iô.
Le ((/Jlmll! d'Hautefort
donc Il est question i<.:i
indirectement (ur implanté sur te versant
oriental d'une hauteur
oITrant un vasrc tour
d'horizon sur le pays agt: t:nvironnanr. Les
tt:xtes désignent cette
butte narurclk, en
1192, 11101;.1 jl/Xlt!
11"11111
d'/ll/ta}r)!'1
«(/.1-
ou
de
en 13(i7 t:t
llÎIÎB. Ct: château,
érigé au XIe sit-c!e au
cours de la révolution
castrale,
était,
t:n
12(i(i, entouré d'un
rossé, comme le suggt-re l'exprt:ssion iJ~/I'({
J"ÎlVf ql/Î cÎJ'(lf11ll1 dia/1Il1
(tfJflïflll,
Cet espace
castrai constiruait au
XIlIe siècle le lieu dt:
résidence de ses seigneurs (les Born ct
Faye), mais également
le point d'ancrage des
simples 11IÎ/iteJ qui évoluaient dans leur orbite. Les textes mentionnent irnpliciternellt la
présence de ces chevaliers de garnison dans
l'évocation de leurs
structures d'habitat:
la porte d'Adémar de
la Faye, en I1Bl, tI/md
encore
10/1
Pllf)'
}-/rlllli.foJ"1
/lllla}()rl
(!Ille
po/'ltll1l
Ilde1lltlrÎ de réd , la
tour de Bernard dei
Luc lJIile.r du 1ieu Cil
mars 127(i, la tour de
la Palme en 127(i ct la
tour longue citée en
13HO, dont on ignore
les affectations précises
ct, enfin, la dom us de
Geoffroy de MoneJ en
1295.
5 - Arch. dép. Dordogne, DD 19, (1323).
12
siens la propriété perpétuelle de ces latrines et
de tout ce qui les concerne la dame d'Hautefort
et son fils s'engageaient sur tous leurs biens.
La maison de Geoffroy de Mones, sise dans
!e castrllm d'Hautefort r ", était comprise entre
celle de Gérard Vidal et la maison des héritiers
de feu Jean Reynal. Elle n'était séparée en définitive de la tour longue, citée en 1380, que par
l'une ou l'autre de ces deux maisons contigües.
c'est dans la maçonnerie de l'une des façades de
cette maison, bordant le chemin qui reliait la
maison de Gérard Vidal à celle d'Hélie Reynal,
que Geoffroy cie Mones envisageait d'incorporer
ses latrines,
Le second acte faisant l'objet de ce propos
date de l'année 1323, précisément du samedi
suivant la fête du Bienheureux Mathieu
apôtre Iil. Il concerne deux habitants du Puy
Saint-Front de Périgueux dont la résidence se
situait probablement non loin de l'une des
portes de cette ville, en l'occurence celle des
Plantiers dite portetle clam P!alltiers. Il s'agit de
Nicolas cie! jallest et de son épouse A)'lla. Les
représentants de la communauté du Puy SaintFront, comltles ville Poclii SalZcti Frontonis, les
autorisaient alors à utiliser le mur d'enceinte de
la ville dans la partie la plus proche de leur
demeure, afin d'y installer latrine et évier, !atriIZis et aygiems (e)'vière en 1569-1570) .
Néanmoins, il incombait aux deux bénéficiaires
de s'engager auprès des autorités municipales à
ne pas dégrader la muraille de la ville dans le
secteur qui leur était alloué. Aucune allusion
n'était faite sur le type de dommage proscrit ou
redouté. L'acte stipulait, toutefois, qu'en temps
d'hostilité, les consuls se réservaient le droit de
réquisitionner les installations sanitaires projetées, ce qui démontrait d'une certaine façon le
rôle stratégique de ces lieux en toutes circonstances. Il est vrai qu'en raison de leur conception
architecturale, latrine ménagée en encorbellement et bretèches peuvent se confondre, En fait,
leur différence résidait dans le pouvoir de dissuasion de leurs occupants, assiégés ou non, ce
qui n'est pas explicité dans l'acte de concession.
En échange du bon vouloir de la municipalité,
les acquéreurs, Nicolas cie! jalZest et son épouse,
devaient s'acquitter une fois pour toute de la
somme de 20 livres tournois et, dès lors, pouvaient oeuvrer en toute quiétude.
En milieu urbanisé plus qu'en milieu rural
l'entretien des latrines en encorbellement pouvait soulever un problème crucial. Aussi,
confiait-on à certaines personnes la charge d'y
veiller et de remédier à l'état de saturation des
fosses. Les registres du consulat de Périgueux, à
I11III
Vestiges
de latrine encore
visibles sur la
paroi de la tour du
dominus de Carbonnières
(XIII"
siècle), commune
de Goulle. Les
corbeaux subsistent, l'édicule de
pierre et de bois a
disparu.
Dessin de l'auteur,
(d'après ses relevés effectués lors
de fouilles archéologiques, en 1980).
ce propos, nous rapportent une anecdote qui ne
manque pas de saveur. En effet, en l'année
1342, une sentence fut rendue par les consuls de
la ville à l'encontre de Pierre Chapsey mj1lS offiCÙIJII sell ministerùllll erat plt1'gare sell mmzclare latryne/s, qui, au cours de charrois nocturnes, avait
répandu malencontreusement sur la voie
publique, in viis et carreriis Pllbliris, une partie du
contenu indésirable de son tombereau. Il fut
immédiatement appréhendé au corps et incarcéré par les autorités ((,'.
!
V
oilà donc quelques repères chronologiques précieux qui, inscrits dans le programme
d'une vaste enquête architecturale sur les
latrines en Périgord pourraient trouver toute
leur dimension historique (7,.
Benzard FOURNIOUX
Pièces justificatives
Ulliz'miJ presell/es li/lems illJpecll/ris. M(/IXI/arila de 801"11, dOlllù/{/ de /llta For/i, e/ IldelllarIIJ de Fagic/. dOllzellIIJ, ej!lS filiIIJ, mlt//ell/ e/ fidell/jmJell/ibl/S adbibere. NI!l'eritiJ ql/od /IOS, {lieri lIIaler el jili!lS. de l'o!t/llia/s el COIlJWSI/ el collciùo O/IIIIi11111 gell/ill/II de Alto Forli, dedill/I/s el alllcedùlII/S
C{lIIfrido de MoneJ ùcellcialll eljlO/es/a/ell/ /clâwdi sel/ edific(l/ldi ql/alld{1II1 IrI/rillfllII ill dOll/o JI/{! de Illto For/i, sila ill/er d01l1l1il1 Cemrdi Vitalis ex
1/11/1 p(trle e/ d01l/1I/1I bemllllil ql/olldall/ jo!JmllliJ l?eyll(tI ex (tl/ml, l-iclelice/ ill pariete cOIl/igl/a Cil/II ilillm ql/od dl/cit de dOll/o dieli Cer{mli Vil/di!"
ad d01l1ll1l/ HeI)'e l?eJ'lla!. El l'O!ttll/I/S ql/od dÙ!l/s C{lI/fridl/s el .mi !Jflhul/ll el lellet/1I1 dd jle/lit/I/II/II el jlossie/e{1II1 predieldll/ lalrillall/ et perli/lelleim
ejllSdell/ pacifiee e/ ql/iete eljlroll/iJi/llllJ pro lIobiJ et /!lJs/riJ eidell/ C{lI/friclo P/"!) se e/ sl/is JI/b obligaciolle Olllllitlili hO/lli/"llil1 1l0Slrol"lllll die/all/ !dlrill{1/I1
e/ per/ilie/icietS ej!lSdelll ab olllllihllS bOlllillibl/s g//{{rell/ire. III Cl/jl/s rei leJlùlIOIi/1iI1 eie/elll C{lI/frie/o dedilllllS et coilcedilill/J preJeliles Iitems .l"igillis 1l0SIris projlriis Jigi!/aleJ.
De/III/II lI/ellJe jmlllarii {I/l/!IJ DOII/ilii MO cC' III11/{/gesill/o ql/illio.
Au verso en écriture du XIV' siècle: COlicredilllIIJ ediffic{lIIdi ql/{lIIde/1I/ /f//rillcllll ill dOll/o C{lIIfridi de l'vlosnes.
6 - Arch. dép. Dordogne, FF 52, (1.)42) ;
CCI02, (15ô')-1571l).
7 - ENLART (Cami!le), Mtlllllel t/(!n)J(!Ologie Fr({I!(Jùe. t. I,
Paris, 1929, p. 91 ct
Ilô.
HIGOUNE1C NA[)AL
(Arlettt:), [-!ygÎèlle ..ft/II/brÎ/é. pol/mir)/{ rll/ J\lo)'e/!
/lge. Paris, 1975, p. B5.
MESQUI (jean), FAUC!-IERE (Nicolas), "L'hy!!;it-ne dans les chàteaux
(ortS au Moyen Age",
dans "La vic de châ(cau", PI/b/ica!ÎoII deJ 111:
/{e/l(()lltreJ [Jllemat;ol!cllr:J
el d'/lrcbéode Crmlllltll'fJlle. Le
Bugue, 1992.
(/[fùloÎrf
logÎe
HYGIÈNE ET SANTÉ _ _
Le sort des hôpitaux de Périgueux aux XVe et XVIe siècles.
Aux siècles précédents, Périgueux avait
possédé plusieurs petits établissements charitables dont le rôle était d'accueillir, selon les
occurences ou les urgences, pèlerins, malades ou
lépreux 'l'. De temps immémorial aussi, la collégiale Saint-Front avait compris parmi ses offices
celui d'aumônier qui était chargé de nourrir
quotidiennement cinq pauvres et qui jouissait, à
cet effet, d'une dotation prélevée sur les revenus
collégiaux.
L'hôpital de Brunet
ou de Sainte-Marthe
III
Façade
de l'ancien hôpital Sainte-Marthe.
Situé
rue
du
Niveau, il a été
détruit il y a
quelques années.
Dessiné et relevé
par Guy Ponceau.
A.D. 24, 2 J 1272.
Au début du quatorzième siècle, le titulaire de l'aumônerie de Saint-Front était un personnage haut en couleurs, le chanoine Pierre
Brunet, qui, vers la fin de sa vie, fit une très
généreuse donation en faveur des pauvres. Afin
de pouvoir mieux les accueillir, il légua une maison qu'il avait faite construire près du moulin de
Saint-Front. Il céda, en outre, d'importants revenus personnels permettant d'augmenter la capacité d'accueil de cinq à treize personnes.
L'hôpital, ainsi établi, porta longtemps le nom
de son fondateur. Mais on l'appelait aussi hôpital de Sainte-Marthe, car Pierre Brunet avait
encore fondé, dans la collégiale, une vicairie de
ce nom dont le titulaire, obligatoirement désigné par le chapitre, devrait être prêtre, acquitter
certaines charges pieuses et diriger, l'établissement hospitalier. Il résiderait dans la maison
appelée de Saint-Chamassy"', cédée auparavant
par le chapitre et voisine de celle de Brunet. Il
serait aidé, pour le service des pauvres, par une
matrone de réputation irréprochable. Le premier
aumônier, postulé par le fondateur lui-même
pour lui succéder et agréé par ses confrères,
serait Ademar de Quatremalia "'.
Le geste du chanoine eut des imitateurs.
Guillaume de Grimoard, damoiseau de
Grignols, légua, le vendredi avant la fête de la
chaire de saint Pierre, 1382 (vieux style), deux
sols à chacun des quatre hôpitaux de Périgueux,
à savoir l'Arsaul, saint-Sil ai n, Brunet et
Charroux '''. De même l'hôpital de Brunet reçut
une rente de deux setiers de froment que reconnurent devoir quatre habitants de Sorges devant
le notaire de l'officialité, le 4 décembre 1485 ,j,.
Et ne serait-ce pas aussi le cas de cette dame
Marie Le Letier qui fut sans doute ensevelie à
Brunet et dont la pierre tombale rappelle son
attention aux pauvres?
Mais les documents de cette sorte sont
trop rares pour que l'on puisse même simplement esquisser la vie de ces institutions à cette
époque. Il nous faut attendre le 31 mars 1472
pour rencontrer Jean Laborie, prêtre et vicaire
de Sainte-Marthe, qui accnsa deux pièces de
! Voir A. HigouncrNadal, Ph';glIUIS ,,/IX
Xfl~ ri
XV .Iùdo.
Bordeaux, ff)78 ct M.
Hardy,
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Périgueux, 1:-:97.
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gourdine que j'{yolu-
tion phon{tique,
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le
Homo,
vendredi
après la [c'te de SainrBarthé'lem)',
! 33<)
(vieux style), I.e donlment original a dispa-
J
CF.
ru,
Roux,
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Il. 1j I-l.
Hlliiditl
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1S:(), p. ') 13, Cc sont
!cs quatre établissements dom il va 0tre
question.
Nous con-
servons la graphie traditio1lnelle de Charroux
((:1 !cs
relllOlî-
tr{es. De m0111l' nous
privikgÎcrons ccllc de
l'Arsau]t plus prochc
du
nom
latin
(de
I\rduo sai tu), tnêrnc si
cclui-ci {rait un jcu dc
mots: il suft!t tic voir
la falaisc-' surplombant
l'Isle
en cct cndroit
pour lomprendre que
n:trc (rym()lo,~ie peut
['[re jusrif!{c.
') - 1\.D. 2·j, Arch.
munilip.
de
Pùi-
,t:llellX, GG 1S().
13
(, - A.t). 21, 91< H 1.
Cc: dO<.:ulll<:nt sc:rvira
de base, trois sii'dl's
plus card, au syndic de
l'Hôpital de SainteMarthe: pour un procès
(:11
rccouvn:m<:nt dl' la
(ondalit~
tic:
c(:tCC
tcrre; cf. A.D, l·i, 9 Î
1-1 5.
7 - A.t). 2i, l E
IB25/151-7
r(,lI
E Ckm<:ntis, notaire;
(opie modnne de la
I1ltt1ll' (Triture que le
n" 3. Cet acte précise
mlC:ux !cs con fronts de
l'hôpiral de:
BrUlll't:
outre CCLIX
qués, c'ùair
dc: la portt'
<lU moulin
déjà indile chemin
du Touin
de Saint-
Front.
A.D. 2/j, Arch.
munieip. de
Périp;ucux, GG 1H().
<J
A.D. 2·i, Arch.
de Pl'fi-
Illunicip.
gLH:UX,
GG
J Bel.
10 - A.t). 2:', Arch.
l11unicip. dc
Périgueux, 138 1B. Dans cc
n:cuc:il
dl' délibéra-
tions du consulat, pour
ne ci(u qu'un exemple, il est <:11 <:fIN très
souvent question des
pauvres dont ['accueil
posait Ull véritable
problème aux élus.
terre aux Darots, confrontant l'Isle au PetitChange, pour deux sols tournois à Pâques et une
acapte de six deniers lOI. Il dut se démettre de ses
fonctions ou décéder peu après puisque, dès
l'année suivante, le 10 mars 1473, on voit Pierre
Guilhon, vicaire de Sainte-Marthe, reconnaître
qu'il tient du chapitre la maison de SaintChamassy, voisine à la fois de la maison de
Brunet et de celle du chantre de Saint-Front,
ainsi que le pré des Chauchières. Il promettait
d'acquitter annuellement vingt-cinq sols pour la
demeure et une hémine de froment pour le pré -'.
Or, le 26 août de l'année suivante, les
maires et consuls commettaient un laïc, Rollet
Doynard? pour régir "l'ospital et maison-dieu
estant en notre ville et nommé l'ospital de bmnet fondé
en l' onnettr de sainte Marthe et faire la quête pottr la
sustentation et l'entretenement d'icelltty et des pauvres
y sttrvenans" (XI.
Le rapprochement de ces deux textes nous
laisse entrevoir que, durant un siècle fertile en
événements désastreux (épidémies, famine et
guerre), le chapitre de la collégiale avait peu à
peu relâché la surveillance qu'il aurait dû exercer sur l'hôpital et sa gestion en vertu de sa
charte de fondation au profit, si l'on peut dire,
des édiles qui avait été forcés de se substituer de
plus en plus à lui, Il existe d'ailleurs plusieurs
autres textes qui viennent confirmer cette hypothèse. En effet, les aumôniers et vicaires de
Sainte-Marthe ne cessèrent de se succéder. On
trouve Guillaume Charbonnel dans ces fonctions en 1503 (YI. Or, l'année précédente, c'était
la municipalité qui parlait de construire un nouvel hôpital car, disait-on, ceux de Saint-Silain et
de Brunet "ne sont en bonliett et sont fort petits (10).
Et, de fait, le premier était enclavé au milieu des
maisons de son quartier; quant au second, son
Il
emplacement dans le quartier de Rue-Neuve et
la proximité de la rivière ne le rendaient pas très
sain, bien qu'il fût mitoyen d'un mur permettant de la protéger des débordements éventuels
de l'Isle (1".
On voit bien encore Jean Geoffroy, aumônier et vicaire de Sainte-Marthe, acenser
quelques biens en 1538 (12', mais il ne paraît
point que cela ait été au bénéfice des pauvres,
puisque l'on voit, dans ces années-là, la municipalité délibérer souvent au sujet des miséreux et
vouloir engager "messieurs de l'esglize" à participer
davantage à cet effort commun (Ill. Et c'est aussi
la municipalité qui dut demander et obtenir
l'ordonnance de François
1cc, datée
d'Angoulême le 8 mars 1542, prescrivant une
enquête sur la possibilité d'une fusion des revenus des hôpitaux de Périgueux en vue, peutêtre, de la construction de ce nouvel hôpital
dont le projet ne cessa de hanter longtemps
encore les esprits périgourdins 1111. Ce fur en
vain, d'ailleurs, car le seul hôpital de SainteMarthe devint bénéficiaire de cette union des
revenus mais, malgré cela, continua son existence sur son même emplacement défectueux. Et
ses syndics eurent toutes les peines du monde à
percevoir les revenus des établissements supprimés. Ceux qui en détenaient les titres de propriété se firent tirer l'oreille pour les remettre.
Certains en retinrent une partie, lien barrèrent Ott
batonnèreJZt d'autres et ce fur la source de procès
dont certains duraient encore deux siècles plus
tard, En effet, Dominique Dupuy de Monferrier
qui fut chargé des affaires de l'hôpital SainteMarthe dans la seconde moitié du dix-huitième
siècle, et qui eut en mains les pièces de procédure aujourd'hui disparues, n'hésitait pas à traiter de parjure l'aumônier contre lequel on avait
1 1 - On pcur sc faire
une: idée de (Ct emplaccment en consultant
les plans de Périgueux
mis en portefeuille
dans le livre de A.
Higounet-Nadal cité
plus haut. Il existe en
outre une description
détailll"c <-1<: j'hôpital
au dix-huitième siècle
Ct mon '-uni regn:tté,
G. Ponceau, a laissé un
plan de sinH\tÎon et le
dessin de quelques
restes, ho' tout déposé
aux Archives départementales.
12 - A.D. 24, 94 H 3
1. On peut voir
!'aumônic:r
Jean
Geoffroy accnscr <.'oeore une maison sise rue
Taillefer.
Ct
13 - A.D. 24, Arch.
municip.
de
Périgueux, BB 1B.
1-1 - A.D. 24, 9'1 H
Iii. Par exemple, le
testament de Cltherine Bouchier, veuve
de
Pierre
Noalis
(Nouailles ?),
bourgeois et marchand de
la ville, lègue aux
pauvres vingt-cinq sols
de rente sur son pré de
la Croix-Ferrade à elle
laissé par sa mère,
Clémence Charpentier.
Il y est précisé il deux
reprises que ce legs est
destiné à l'hôpital
"fonqll 'il Jera eln/ssé";
testament reçu Picon,
le 29 décembre 1587 ;
minute non retrouvée.
Il
Transcription:
II!I
Inscription
du XV, siècle à la
mémoire de Marie
le Letier, provenant
probablement de l'hôpital
Brunet.
AD. 24,
8
Fi
Périgueux 87.
14
FAITE CH(A)NTER
LIBERA ET DE
PROFONDIS
[AUD]EDANSDU
DITCORA[TOIRE]
[FU(S)]T MIS MARIE
LE LETIER LAFAM(E)
QUI DES POUVRES
AEU MEMOIRE
[PRIEZ D]IEU QUIL
EN AIT LAME
Il
Graphique
de la population
de Périgueux aux
XIV' et XV, siècles.
Extrait de Histoire
du Périgord, sous
la
direction
de
HigounetMme
Nadal, 1983.
dù fulminer des censures ecclésiastiques les 20
mai et le premier juillet 1538. Il ajoutait :"". ce
dJtljlJ!elclùl éttlÙ hOJjllt(llier de f'bôjJi!,t! cie Bmmt et
q/IC t,lllt cflle /;Ii qlle ses jJl-édécc.r.rcIIIJ ct Sllccc.r.reltrS
t/)'C/Ilt UOII/;I faire de cet hôjJitct! 1111 bélléfice, le titlllclire, Cil 1550. Jilt COlldCllIlIlé ci ICI relllise de tom les
titre.r". C'est, par conséquent, dans le fonds des
archives de l'hôpital Sainte-Marthe que l'on
peut glaner quelques noms et quelques faits
permettant de compléter un peu l'histoire, hélas
trop fragmentaire, des institutions charitables
périgourdines à cette époque. Il existe notamment un recueil plein d'intérêt, allant de 1563 à
1624 et montrant que la gestion de l'hôpital
Sainte-Marthe devint à cette époque un peu
mieux organisée. Pourtant, tout les anCIens
hôpitaux eurent à souffrir durant ce laps de
temps de l'occupation de Périgueux par les
huguenots 11\1. Le recueil comportait la liste des
chanoines, hommes de loi, bourgeois et marchands de la ville, parmi lesquels devaient être
élus, à tour de rôle, les définircurs et les syndics
dont les fonctions étaient clairement réglementées. Le même document énumérait les legs, les
donations, les rentes constituées, Il mentionnait
notamment dans ses recettes "les rellS rmtes lotz
t'elltô et ellitres debL'oin seiglle!lricll/lx de f'hôsjJitClI
S,lillfe /IIelrthe etlftrelllwt de Bl'IIllCt" ainsi que "le
reL'eJlll dll jlJ'é cie tbôsjJitet! SClillte l'vIC/l'the ell/trelllellt
de BI'II/let", C'est parmi celle-ci que j'ai eu dessein d'extraire celles concernant les hôpitaux
supprimés, afin de ne pas les laisser totalement
dans l'oubli {(l".
FEUX
2500
,
1
2000
1500
1
,
1
1000
500
100
!
1
1300
1320
1340
1360
1380
1400
1420
1440
1460
1480
1500
L'hôpital Saint-Si Iain
Ce recueil nous apprend que "le jJromrellr
et Jcillclie de 1" l'ille de Périglle/!x doibt cÎ tbl)jjJit(!I I{/
JOlllllle de trwte lizll'cJ de }'(Illfe ,//lillielle et jlCJjJetlieffe
rClcbcljJt"ble jJollr 1" SOilllile de qlwtre centz liures Cil
IClqllCiie le sciildie de ICldite L'ille eJt obligé eilms le
Jeilldic cllldif bosjJit,t! cÎ CcII/Je de l'ClcqllisifioJl de It!
lIIC/isOil cie l'hosjJita! Sc/illt Silcliil jJcfr (lmtrClct c111 tCIIlticllle d'clOl/st 1585 l'CCCII jMr Diercls ilote/ire", La
minute n'en existe plus, ce qui nous prive d'en
connaître la teneur, les détails concernant les
confronts de cet ancien établissement, mais
aussi, peut-être, l'usage que les maire et consuls
entendaient faire de cet édifice désaffecté 11'1.
La commanderie de Charroux
U ne supplique adressée au Saint-Siège le
24 mai 1419 nous apprend que, à la suite des
désastres et de la mortalité consécutive à la
guerre, la demeure de Charroux et ses biens
étaient presque réduits à la ruine et que l'on n'y
trouvait plus les lits et le nécessaire pour l'accueil des pauvres qui ne cessaient d'y affluer.
Cette situation ne devait pas aller en s'améliorant puisque, près de vingt ans plus tard, le 3
janvier 1438, une nouvelle supplique signalait
que la chapelle, renfermant les reliques de saint
Cloud, et l'hôpital lui-même, où étaient jadis
hébergés pauvres, pèlerins et voyageurs, étaient
désolés. Même en faisant la part d'une exagération souvent utilisée comme argument lorsque
l'on veut apitoyer, il nous faut bien conclure que
l'état des lieux était loin d'être satisfaisant d".
Le 10 octobre 1513, le chanoine Jean
Tibbaudi (Thibaud?) junior, licentiatus in
utroque, prébendé des églises cathédrale SaintEtienne et collégiale Saint-Front, hospitalier de
l'hôpital de charroux, recevait, devant J. de
Sud ria, notaire, la reconnaissance d'un cens de
dix-huit deniers tournois payables à Noël et de
l'acapte sur une pièce de terre sis à las
Gregorias 'l'}'. Le 8 aoùt 1538, devant Antoine
Sudrée, notaire, sans doute parent du précédent,
c'était au tour de "Etiellile Gct!ojJiil coli/JllemdCl/r de
!cl COllIIi/clile/erie de Cbc/J'IJI(lx les PérigllCllx" de recevoir la reconnaissance de la même terre et sous
les mêmes conditions "II'. En 1588, le syndic de
l'hôpital Sainte-Marthe déclarait percevoir "les
cellS, rcmteJ. lotz, l'Ciltes et (II/tres droictz et clech-oin
JeigJZeI!l-icllllx de icI cOlllclIlc!erie cie CbmTolix llillJ
Cil/dit bosjJùct! JelilS colilj;re7ldre les li/CIis{)}IS. jJré, jelre/riJlJ et béritclgeJjoigilclIltz felclite colilcmclerie qlli Joll!
mTclllttS". Et ailleurs: "LeJclifs j))·é. jcmlriJlJ, mCliJOliS et UritageJ I)JI! été bClifMI ri rif/erllle et jJCJpétl/el
CIITClitWlwt cÎ Glfilbol/ Slmloll!' et CIl/X siem sOllbJ ICI
rCilte cie l'illgt-ciilq lil'/'eJ eil clellien jMr (Ill jlCl)'elblel
c!Iljollr et/este cie ici N,/tiIÙé cie NOJtre-SeigilwrjJCIr
(IJiI!J'c!e! cllI JejJtieJ/IIe deeclJlbre mil cinq (w! qllel/ru
1') -
J.
Roux, op.
CIL,
n' 60(l.
Il,
A.D. 2î. 91 H
20. Ct: qui précèd<:
conccrnant l'hôpital dc
Saînr<:-marthe
n'est
qu'un résumé. L'nL'
étude plus compli':tl:
èsr
17
(:11
préparation.
A.D. 2î. 9·1 H
20.
1S - Voir Dt: n lfll:.
IX.\f'!,flilii! do «:./il(\.
1lIOlld.\!t'nl. j!lJjJitd/lX Jl
ht!llU un h llIi1iUI dl!
SI' 11er/l...
l,
p. lùl, n" 5')0 ct p.
:;0(\, n' ()()(),
II)
A.D. 21, I)i Il
!, .. pracccplur
lC!,! oriac
flo,.
de
prac-
Carro-
15
vingt et dix recez! pûr Lûpierre Ilotûire, Pûr ce, les
scindicz emplo)'eront chûc/tIZ clil en lellr recepte lû
somme de vingt et cinq livres sepclrement et hors l'ûferme des cens, rûntes, lotz et û/ttres debvoirs de lûdite
comûnderie",
Cette afferme figurait ainsi dans le
recueil: liMe Heliûs Alccmon promrmr ûl! siège presidiûl doibt cf'interetz Olt rente ûJlJutelle lû somme de
dix livres rClchûptûl poftr lû s01llme de cent livres en
lûqztelle il est obligé envers les pûo1lvres à cûme des
restes de l'û/ferme pûr 1ft)' fûicte en l'ûnnée 1587 des
cms, rentes, lotz, vûntes et CIlttres droitz et debvoirs
seigneltriûltlx de lû cOl7lûnderie de Chûrrollx comme
ûppert pûr contrûct pûssé le qllûtorziesme fevrier receu
pûr Dupugne". On concluera donc de ces textes
que le syndic de l'hôpital Sainte-Marthe tirait, à
cette époque, trente-cinq livres en tout de l'ancienne commanderie 1211. Le seul bâtiment de
celle-ci qui subsiste le long de l'Isle est bien
connu des périgourdins. Préceptorie ou commanderie, ces appellations laissent supposer que
l'on doit chercher son origine dans quelque
ordre hospitalier même si, par la suite, la possession en ait appartenu aux prêtres du clergé
séculier. Pourquoi, dès lors, s'obstiner à l'appeler
Maladrerie, alors que celle-ci était, non loin de
là, la maladrerie Saint-Hippolyte? Il est possible que, en temps d'épidémie, Charroux ait
momentanément abrité jadis, comme le fit
d'ailleurs un autre voisin, le prieuré cadunien de
Sainte-Marie de la Daurade, quelques lépreux
ou présumés tels, mais il paraît bien que ce
n'était pas sa destination première.
de l'hôpital de Brunet au Petit-Change.
Quelques semaines plus tard, le 28 décembre
1461, une autre reconnaissance lui était encore
faite devant le notaire Dilectlls Baronis (Aimé
Baron) d'un cens de douze deniers et demi tournois, payable à Noël, et de la moitié de l'acapte
sur une vigne à l'abandon d'un peu plus d'un
journal sise aux Darots. Mais ce fut un autre
notaire, P. Clementis, qui reçut, le 14 décembre
1475, la reconnaissance d'un nouveau tenancier
pour cette même vigne 12l!,
Si l'on tient compte du temps écoulé entre
1461 et 1475, ainsi que l'espace séparant les
feuillets du terrier de l'Arsault disparu dont
furent extraites les copies de ces actes, à savoir
0
0
du folio 3 au folio 72 , il nous est permis de
conclure avec vraisemblance que Arnaud
Mathieu avait dü passer de nombreux autres
actes durant ces quinze années pour gérer les
biens de son établissement. J'ajoute que celui-ci
figure encore sur le Vrû)' pOIl1'trûù1 de lû ville de
Périgttellx de Belleforest daté de 1575. La simplicité de cette figuration n'empêche pas de
constater qu'il devait encore s'agir, à cette date,
L'hôpital de l'Arsault
21 - A.D. 24, 94 H
21l.
22 Dans l'acte du 28
décembre dom il est
qLH:stioll,
Arnaud
Mathicu est en effet
qualité de pracccptor.
23
A.D. 24, 94 H 4
et 5 ; on y trouvera un
plan imércssant le
quartier et dn:ssé sur
parchemin, en 1765,
par
le
géographe
FrcysincL
16
Il semble bien que l'hôpital de l'Arsault a
dü, lui aussi, son origine à un ordre hospitalier
1221. Mais il était, à l'époque qui nous occupe,
dirigé par des prêtres séculiers. Le 21 septembre
1461, Arnaud Mathieu, prêtre, en sa qualité
d'hospitalier de l'hôpital de l'Arsault avec ses
chapelles de la sainte Vierge et des saints Côme
et Damien, acensait, devant le notaire Bertrand
de Domibus (Desmaisons), une terre appelée
Potualo pour quatre sols monnaie courante
payables à la Saint-Michel et la moitié de l'acapte. Le même jour, devant le même tabellion, il
lui était fait reconnaissance de deux sols de cens,
payables à la Pentecôte, et de la moitié de
l'acapte, pour une vigne à l'abandon sise à la
Pochardie, dont un des confronts était le chemin
de Périgueux à Château-Landry, ainsi que sur
une autre terre abandonnée aux Darots, dont les
confronts étaient, entre autres, l'Isle et une terre
d'un édifice de quelque ampleur. Pourtant, dans
les comptes de 1588, le syndic de l'hôpital
Sainte-Marthe ne relevait, contrairement à ce
qu'il avait fait pour Charroux, la location d'aucun bâtiment ou jardin. Il se contentait de noter
"les cens, rcmtes, lotz, vûiltes et ûNtres clroictz et debvoirs
seignettriûllix de l'hospitûl sûint Cosme et Sûiilt
III
Cosmographie de Belleforest. 1575. Gros
plan sur le quartier
de l'hôpital de
l'Arsault, signalé
par un astérisque.
A.D.24,
1
Fi
Périgueux 1.
Photo Jacques.
DCllIIiell Cllltl'elllellt cie l'IIIJC//Iit (fil'e cie Ilrclllo sClltll)
l/IIiJ c//Iclit bOJjJitct! SClillte !\lcll'tbe" et "les l'el'ellllS cllI
/Iré clm/if bOJjlitct! de L(mc//Ilt" qu'il ne chiffrait
d'ailleurs pas. Il est évident que ce pré n'était plus
que le seul témoin d'un passé plus prestigieux "".
L'hôpital de Lacoeuille
2
l\.D. 2 i,
j
t)
Il
j
20.
2'5 ~ I\.D. 2 î, An.h.
de
Pl'ri~
gUl'UX, BB \'7 il l'antlù'
lnditlllù-,. Voir ml-ll1l'
ouvrage, GG(), il la
ll11ll11tip.
date du \2 aOLn \ (),2lJ,
"(/'Ill.l l't \-
b mention
.~II:(
Sdill/-Piu'/'(
tflllli
It .limdit\rt'
Pt l
.Hlt
SI/liN
dllt!tldlllnllÎjJÙdl
Jt
Id CUliI/;,".
2()
LI
Voir F.
Conclusion
COlll;\SSO{,
(;(JII.'.!,I't;.~illitill
;\/'\\Ùil/
.le
Je
Id
P(;J'i,~II(/f.\.
chapirre V, Pn:miè're
in:-.tallatiol1.
-
Un chroniqueur des principaux evenements survenus à Périgueux, au seizième siècle,
signalait en quelques lignes que "Iaclite mlllée
(c'est-à-dire 1584), lIIeJJil'e .Jectll L(mt/lie de
!VIIlIltclllcei.\' fit dOllcltirm c!/IX /IC/o!ll'I'es C/;I dos et jClI'clill et lIIésOll q/li est irmiclllt le cillletière de ICI Cité
flOll1' ell ICI ire 1/11 bOjli/Ct! qlli CI esté tOlljiJ/lIJ ctjljlelé l'bojlifct! cie LClcmlie" . En f~lit, cette propriété ne
devint jamais un hôpital de plein exercice; elle
put servir occasionnellement d'annexe à l'hôpital Sainte-Marthe en cas de besoin jusqu'au jour
où, en 1647, elle fut vendue aux premiers
Missionnaires de Périgueux pour devenir le berceau de leur institut "(".
Malgré de nombreuses traverses
Périgueux avait réussi à mettre en place, à la fin
du seizième siècle, une politique hospitalière
cohérente: union des divers revenus charitables,
participation de tous les notables, constitution
et réglementation d'un définitoire, contrôle de
la gestion ... Mais la ville ne put jamais se procurer des moyens à la hauteur de ses désirs et de
ses besoins en matière d'accueil des miséreux. Il
est notamment regrettable qu'elle n'ait jamais
pu mettre à exécution son projet de création
d'un nouvel hôpital. De ce fait, celui de Brunet,
mal situé, malsain ct insuffisant (il ne dépassait
pas les trente lits), demeura le seul bénéficiaire
des dispositions prises au cours des deux siècles
suivants. Il profita toutefois d'initiatives heureuses : création d'un institut hospitalier propre
qui lui emprunta son nom, union d'anciennes
léproseries devenues sans objet et, surtout, fondation de l'hôpital Général de la Manufacture
qui devait le décharger de l'accueil des mencliants et des orphelins auxquels il serait appris
un métier, ne lui laissant plus que le soin des
malades. Il ne faudrait pas qu'une telle évolution nécessaire nous ait fait oublier le nom de
Pierre Brunet, le généreux initiateur. Pourquoi
ne donnerait-on pas son nom à une rue de la
ville?
Louis GRILLON
,
/
_ _ _ _ _ _ _ _ HyGIENE ET SANTE _ _
La peste en Sarladais.
Ce petit livre de pratique médicale, (cf.
illustration page suivante) selon la méthode de
Riverius, revu et corrigé, édité à Genève en
1688, a appartenu à Guillaume Baggi, professeur royal à l'Université de Médecine de
Montpellier. Il contient notamment un court
Trc/ctcltllJ de Peste qui tient vingt pages. A partir
du milieu de la première page, figure cette définition (traduction très libre) :
" Le 110111 II/èllle de jleJft rejJJ'éJwte. d(IIIJ SI)II
({('(ejJtirJII géllémie. Ce qllt 1'011 jJmt illlc/giller de flire
/IIJI/r le gellre !?/lIIlcIill. LCI jJeSft est eJI eJJét ICI !llCIlcldie
IlIcdiglle ClII jl/;IS bClIIt degré. éjJidéllliql/e. (I)lltclgiwJe.
ICI jl/;IS terriule et ICI jill/J jlcmiciellse jlollr leJ bl/lllc!ill.l.
Elle J//Igit. tCllltôt dCIIIs IlIIe régioll tIItière. !cllltôl el!
jllmie//l:!. !cllltât dc!!ls I/lle Ctrtcll!IC l'i/le 011 jllc!ce-jime.
olÎ de 1l0lllUrel/X bClUÙcllltS lIIe1/rellt et très jlell g;téri.rsellt.
« Ell jlrelllier liel/. tOI/tes les follctiollJ t'ÙctleJ 'l'
JOllt CltteillteJ bmsql/elllelll et bieJItât les lrille/iom (!!lillIC/les. ill(/;/LJCl/lt leJ jill/J JilliftreJ sJ'llIj}/ôllleJ : IlIIe
jèltigm SI/bite. des l'OllIlsJelllwts JOllvmt éllorll/e.r. de.r
dOlllelll:! CCmli(lql/eJ. 1111 ctbC/ttelllwt JOIIC/(fÙI cleJji!J'Ces.
deJ jlct/jlitCitiom. des J)'llmjle.r 01/ él'Cl/lOII isseillellfs (IJ1}{)tbYllIi(fs}. FéqllelltJ. de !'clgù(ltÙJIl cllI clicljlbmglllc (011
de l'eJtOIllC/C : jJme(l)rdiomlII C!eJtl/lll). de !cl soif deJ
IIICIII.\' de tête. des iwolllllies. dl/ clélil'e jÎ'éllétiqlle et
JOIll'ellt ellfill. des (i}II/'1lhioll.l et de /(/ fièzn. P/;lsiclIIJ
de (eJ J)'llIjltlÎllIes SOllt SOIll'ellt préSeIlts ell llIêll/e tell/Jls el
s'{/((I)lIIjlC/gllellt géllél'cdelllelit de dil'mes sorftJ de
tlllllelll'J. de IJ//bom d7t1rbOllllell.\'. de IIIIJtlllô exmltbéIIwtel/.lCJ (émjJtinJJ. et de tcÎcbeJ sMldCiillfJ de ici
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DE AFFECTIBUS ARTICULORU~
DE P EST E, & D li FEil R l il U $.
xve siècle
Tarde cite un acte du 4 janvier 1412
(soit 1413 n.s. - nouveau style -), reçu par
Bernard du Pouget, notaire de Domme, par
lequel Raoul (Radulphus) Viveilhe, curé de
Domme, et Bernard dei Cayre, curé de Caudon,
conviennent que la cure de Caudon sera unie à
celle de Domme, avec l'accord du pape, en raison des guerres et Il mortalités ", Domme
n'ayant plus qu'une centaine de paroissiens,
alors qu'habituellement elle en comptait mille,
et que la paroisse de Caudon était déserte depuis
quinze ans li).
En 1440-1441, citons encore Tarde: La
peste qui rtVflit été grcmdeme/lt eschrtltfée en tOltt ce
prt)'s (de Srtr/rtc!rtis) penc!rtnt l'automne 1440, contiJllie tout le printemps de l'rt1Zlzée 1441 et rend Sarlat
si désolé q!le les collSltlz se trollvent en peine de gemler
la ville, et, à ceste occrtsion acheptent lrt sOllfferte
(trêve) des grtmisonJ angloises de Cuzor (Cllzorn) ,
Belvès, Mo nferrrtJZ , Berbières (Eerbiguières) ,
Castelna/! et Siollrac (SioM!) ».
En juin 1441, le château de Montfort abandonné et vide, les Sarladais y envoient des
hommes pour éviter que les Anglais ne s'en emparent, et ils demandent des renforts pour occuper
les châteaux de Domme également dépourvus de
défenseurs à raison, notamment, de la peste 151.
I(
n Ji NE v ..:;;;,
Aj;ud SAM U E L li M DE TOU R N E ~
Telle était encore, à la fin du XVIII' siècle,
l'image de la terrible maladie.
Dans l'histoire du Sarladais, des épidémies
ont été signalées à maintes reprises. On peut
relever une liste des plus anciennes, certainement non exhaustive, dans les Chroniques de
Jean Tarde.
XW siècle
Le miracle des pains bénits par saint
Bernard, situé par Tarde en 1150, s'applique
peut-être à une épidémie. « Les malades qui sont
entre VOlIS (parmi VOlIS), après qu'ils auront mangé de
ce pain par noliS bény, viendront à convalescence »,
fait-il dire à l'abbé de Clairvaux, et « l'effect suivit ces paroles » 121.
XIve siècle
TARDE.
CbroJliq//l:J.
Paris,
IRH7, p. 59.
:) - ibid. p. ! Il c:r note:
2. Manuscrit perdu
mais
partiellement
repris
par
les
Bollandistes.
18
« L'an 1348 », écrit Tarde, « Hélie Lacroix,
bourgeois de Sarlat, fonde l'hospital qtti est ait fallbOllrg de la Eoucarie ». Et, commente le vicomte
de Gérard, « Cet hôpital dut être fondé pottr secoltrir
les met/heurellx atteints par la peste noire». Il cite le
manuscrit du Livre des miracles de Saint
Sacerdos : « Saint Sacerdos guérit divers hommes et
enfants et fit de nombreux mirelcles ellt temps de cette
grande peste qlli, l'an 1348, ravagea Sarlat de fafon
si effra)'ante » Il).
XVIe siècle
1521-1523
« SlIr la fin dll 7II0)'S d'rtollgst 1521, lme armée
de IrtnJqltenets (mercenrtires et/le7l7ands) prtssa ct
Sarlat, qtti alloit pottr le 1'0)' à Fo7!trtrelbie, laquelle
mit la peste à la ville, delaq!lelle 1flOllmrent trois mille
personnes et l'effroy fltt si grand qtte lrt ville demeura
déserte toute l'année 1522 SrtJZS qtte personne )' osât
entrer» «(,).
Pour cette période, nous disposons de
quelques informations directes: l'analyse d'un
acte, qui semble être de 1522, consigne le
mariage de Jean Bonaffon et de Peyronne la
Blaynesque de Sarlat. Le contrat est passé à Las
Castanedas sive al Rat, village du nord ouest de
Sarlat, à cause de la peste.
Une supplique au roi des consuls de Sarlat
pour faire exempter les habitants de la taille,
décrit ainsi les malheurs de la ville de Sarlat :
« Comme pU)'s lmg ail et ciem)' en çct, Irl peste so)'t surve1Z!Ie en ladite ville, telle et si griesve (gre/ve) qm plltS
cie trois mil personnes en sont trespClsses. Cessrtnf
Il - ibid. pp. !62-!o3.
Cc Bernard du Pouget
est
le:
père
de
Guillaume, jurispérltc,
fondateur dcs Du
Pouget du repaire de
Laval.
5 - ibid. p. 179.
6 - ibid. p. 216.
IClqllelle peste. petr!ortlflle et c/ccidellt. Ollt esté!- bmslés
et COIISIIII/lllés dmx des[cllflx bOllrgs cie lc/dite ~'i!le".
Cela ne fait que précéder d'autres malheurs comme l'inondation de la ville au début
de l'été 1523, Sans doute faut-il faire la part de
l'exagération propre à qui demande exemption
ou subside. Ici, l'exemption demandée par les
habitants de Sarlat doit permettre de « répetrer et
repoplller ICI ville
A Saint-Cyprien, plusieurs actes font état
de la peste qui sévit dans la ville et ses environs:
en 1523, « cl Sctillt-CJPriell est certClim met/ctdie de
jmte CI/I Il/oyell clelctqmlle ICI plllp?lrt des hClbitcwts se
SOllt e/bsentés cie !ctditeville » Deux testaments
du 25 avril 1523, au territoire dei Cazal, paroisse de Saint-Cyprien, mais hors les murs, mentionnent que probus vir Helias Gondou, alias
Litou, et son épouse, honesta mulier Stephana
Stenova, sont tous deux malades de la peste '~'.
J>.
(fille de feu Guillaume Faure), réfugiée au territoire de Granil, paroisse de Saint-Cyprien, dit
que son mari, Jean Boyssel, métayer de Fages,
est décédé étant en sa compagnie, Elle est ellcmême infectée, pense mourir et teste. Son souw::Jll'lle
1-22 OG{) 000
J> (-"
IBI.
- Arch. dép.
Dordogne (1\.D. l,i),
15 Ci 17, f(,1. 30
extrait
dl:'
titres
anciens intc'ress,U1t le
chapirre de Sarlat. IV
E 12.1, piècl:' 1.
1563-1565
Les informations se font un peu plus
abondantes, Ce sont encore des militaires que
Tarde met en cause, « Les clIïllées qlli tft'{liellt COIIJ'/l
et rctvelgé tollt le Périgord l'cm 1562. (g/lerres de religioll) letissèrent, comllie c'est lct costllllle. Ict [c/Illille et let
peste CIl tOlite let provillce. Lc/ diJette ({l'riva es II/oys
cl'etjlVril, IIlC!)' et jllÙZ 1563 et le/jmte etll'CtlltOlllllC ".
/1 Se/r/Clt, les !Je/bÙctIIS qllittèretlt let ville Set/if 1111
COJlJlt! et qllelq/les chimrgiellS qllÎ delllellrèreilt pOlir ICI
j}()/ice et comervcltioll de !cl ville". Le 18 ctOIÎt. décèdeI Estielllle !cl Boétie. » Le Il septembre 1563,
les autorités sar!adaises prirent contre l'épidémie des mesures draconiennes dont nous reparlerons, La contagion continuant, la sénéchaussée
fut transférée de Sarlat à Cadouin puis à SaintCyprien où elle demeura tout le carême 1563
(1564 11.S.), Ce n'est qu'en mai 1564 que sénéchaussée et habitants réintégrèrent la ville de
Sarlat (!O',
- A.D. 21. ) E
Les pestiférés s'éloignent des habitations,
Le 29 décembre 1563, à un jet d'arbalète du village de la Martélie, paroisse de Saint-André
(d'Allas), Jehan Lafargue dit Jehan-Petit, «collsidérctllt ICI grctllcl'mct/ctdie de jmte qlli est si grcmdemellt escbctlfffée etll présellt pct)'s de Périgord et même
efll village de let /vIal'télie». teste. Il dit être luimême infecté 1111,
1905,
Lancepkinc
notaire, fol. ),j.
En juillet 1563, le 22, Valérie Fauresse
H
- A.D. 2'1, 3 E
19HO, GuilJaull1l' lie
Podio alto notaire, f()l.
·i, 22 mai 1523.
9 - ibid. fol. Go et 62.
1() - TARDE, op.cit"
pp.2·H) l't 2·Î J. A.D.
2,î, IVE 12'7/10, voir
infra.
Il
cn 1349
cn 1348
hait serait d'être enterrée dans le cimetière de la
Recluyo où est le tombeau de son père, mais elle
ne pense pas pouvoir y être mise en raison de la
peste. Elle demande que ses héritiers la fassent
désenterrer du lieu où 1'011 aura mis son corps et
le fassent porter audit tombeau « illcolltillellt
ajJrès lill certc!ill temps, les dcmgerJ de peste pC!Jsés cl
Scti71t-CJ1Jriell ». Le lendemain, 23, c'est sa mère,
Marie Laborie, veuve de Guillaume Faure, qui,
infectée, teste à son tour.
Et encore, en octobre 1563, Delfine
Bezangier du village de Rinhac, paroisse de
Saint-Cyprien, teste car « cie jOllr ell jO/ll; 011 VCl de
vie cl trespcIs, de mesJlle CIl ce temps qlle règne l'épidémie cie peste clctlls le pctys et PCl}'oisse cie Sctim-CJPrien,
/ctqllel!e elle dobte et cretint qlle let pomTctit prmdre et
qlle Il 'ctltrait loyzir prollollcer et [clire SOli testct-
en 1350
Il
Propagation de la peste
noire en Europe,
1347-1350.
Extrait de l'Encyclopédie Universalis.
Illent ". »
Le 10 février 1564 (1565 n, s.), Géraud
Chapaud dit Gyrou, mercier de la ville de Saint19
Cyprien, teste « sur ses Pieds ». Il a «concerté» qu'à
cause de la maladie de peste, la mort lui est «fort
prochaine de jotir en jour ». Il semble néanmoins
qu'il s'en soit sorti, car il marie sa fille quelques
temps après. C'était aussi à Saint-Cyprien, en ce
début de 1564, la fin de l'épidémie (12).
12 - A.D. 24, 3 E
1985,
Breilhctons
notaire, foL 34 vo , 39,
165 va.
13
- Vicomte Je
GERARD, «La peste à
Sarlat), in Blllietin de
/(/ Société I-JiJtorÎqm! et
/1 n}Jé%gùjllC dll Périgare! (S. H./1. P). 1900,
p. 281 à 294 Ct 368 à
XVIIe siècle
3HO.
14 - A.D. 24, 3 E
15421, 22 mars 1630.
C'est entre 1629 et 1634 que se situe,
en Sarladais, l'épidémie de peste la mieux
connue. Le vicomte de Gérard l'a étudiée, au
travers des minutes du notaire Cleyrac de
Domme, de celles du notaire Rey de Sarlat et
d'archives familiales (>lI. On peut, cependant,
compléter son étude par quelques autres documents, notamment par les minutes de Daussel,
notaire à Sarlat.
Belvès
C'est ainsi qu'un acte du 22 mars 1630
nous apprend que feu François Duloing, qui
était fermier du prieuré de Belvès appartenant
au chapitre de Sarlat, n'a pu verser le montant
de la ferme au syndic du chapitre « en considération du cas fortuit arrivé en ladite paroisse et prioré de
Belvès, l'an dernier 1629, à raison de la maladie
contagieuse et non jouissance faicte par ledit Duloing
et ses som-fermiers» (Ii).
Sarlat
25
~
~
20
entre juillet 1631 et février 1632, avec un certain sommet en décembre 1631, et une seconde
poussée, plus violente, entre août 1632 et mars
1633, avec un net sommet en octobre 1632.
Dans cette période, la vie de la cité est
perturbée. Une donation, à cause de mort du 10
octobre 1632, par François Campousier et sa
femme Guilherme Blanchesaygues, du village
de Ventojouls, paroisse de Saint-André, se heurte à des difficultés administratives. « La présente
donation est mbjecte à insinuation et l'expédition de
la jmtice a cessé clans la ville de Sarlat à raison cfe la
maladie contagieuse qui afflige ladite ville ... Pour
consentir à l'insinuation et la faire enregistrer au
greffe de M. le sénéchal de Périgord Olt M. son lieutenant audit siège, on ne pOltrra le faire qu'après qlte
ladite maladie contagieuse at/ra cessé» (1)1.
Comme l'a décrit le vicomte de Gérard,
les notaires prennent de grandes précautions
pour recueillir les testaments de pestiférés.
Lorque le malade est encore dans la ville, il se
met avec les témoins dans la rue, sous une
fenêtre, au bout d'un escalier...
Comme le prescrivent les règlements (1(,),
beaucoup de personnes atteintes se réfugient
hors les murs de la ville, souvent dans une terre,
une vigne, un « héritage» possédant une hutte
(cabane en pierre sèche), un fournial, un ayrial
de maison (bâtiment en ruines). Le notaire et les
témoins s'installent à vingt ou trente pas de la
porte où se tient le testateur, en ayant soin de se
mettre dans le bon sens «ayant pris le vent de
notre côté ». C'est tout autour de Sarlat que « sont
logés» les pestiférés.
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Berbiguières
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1631
III
Répartition
dans le temps des
testaments
de
pestiférés déclarés à Sarlat.
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1633
Si l'on distribue dans le temps la soixantaine de testaments reçus, tant par Rey que par
Daussel, émanant de personnes déclarant être
atteintes par l'épidémie, on obtient la répartition suivante :
Si l'échantillon est représentatif, on
constate une première poussée de la maladie
La région qui se trouve entre SaintCyprien et Belvès est également touchée. Le 10
août 1631, sur le grand chemin qui va de
Berbiguières au village de la Rénie, paroisse de
Marnac, le notaire Henri Bausse recueille le testament de Guillaume Séguy. « Puisqu'il a pitt à
Dieu il y ait de l'infection adven?te clans sa maison, il
s'est réfugié avec sa femme et familles (enfants) près de
la grange cie Mermrot » ... Le mois d'après, 22 septembre 1631, la veuve de Guilhou Cosse de
Bézenac, mort depuis dix jours, ainsi qu'un de
leurs enfants, en raison de la maladie contagieu-
15 - A.D. 24, .3 E
! 5422, 10 octobre
1632.
16 - Voir infra, "La
lutte contre: la peste».
1""7
Arch. de M.
EsclaJi:r de la Rode, K
\20
tt
.\62.
IX
S./LI.I~
se, s'est réfugiée avec les quatre enfants qui lui
restent au bord du fleuve de Dordogne ln.
1') - Co1J/ÙUldtiril/ dt"/"
CI.)J'fJllitjilc Je T({rdf.
Notre-Dame,
publiêe
Valette,
la supérieure Honorée de
Briançon, accompagnée de six de ses soeurs, de
BII/kt;n dr /(/
1900 cité, p.
lX"t Les mÎnmes de
Cleyrac (onservc:es aux
A. D. 2iÎ, sous la (ote .=;
E 5731, vont de: 162,i
Ù décembre 1627.
Tarde mentionne le projet de religieuses de
Domme
s'établir à Domme, en février 1630. Mais
Certains documents cités par le vicomte
de Gérard sont perdus ou inaccessibles, comme
J' fllrent amleillies cie mille disgrc2ces
les minutes de Cleyrac pour 1629, qui feraient
état de deux cent quarante décès en quatre
mois IIBI. Le continuateur de la chronique de
1633 à Sarlat <I~I.
»
«
par
Jean
Bergerac,
IYS7, pp. 5 il 5.
elles
dues au
contexte sanitaire et finirent par s'établir en
Par contre, les conséquences financières de
l'épidémie sont aisément déchiffrables. Elles ont
vers
Montignac
vers
Salignac
A
TEMNIAC
B
vers
Saint-Cyprien
ST-A:
C
F
DRÉ
E
H
SARLAT
o
La Maladrerie
R
LA C NEDA
DOMME
Localisation des lieux de séjour des pestiférés dans le
Sarladais lors de la peste de 1631 à 1633..
Le nombre inscrit il côté de la leure désignant le lieu est celui des tesLlnlent5 d'infestés.
Ville de: Sarlat').
A : Pedwuriol, 2
B : Les Cascanèdes si\'e le Rarz. 1
C: MeysseL !
D : Grogeac 1
E : La Poulgue, .2
F : Le Roc mol, 2
G : Faubourg de Lendrcvie, .2
H : Faubourg de la Rüe:. 1
l : Faubourg de la BoucarÎe .
.=;
K : Faubourg de la Rigaudie, .2
L : Las Peyrouges, 1
M : La Trappe, ')
N : Le Mas,:\
o : Les Pcchs, 2
P : La Qucyrie, 1
Q : Vigucyrac 1
R : sur la roure de Carsac, où plusieurs testaments indiquent quc sont
logées "ks personnes infectées».
Trois lie:ux indiqués n'om pas été idelltifÎés par moi
Garanjeac, Le Peyrac
Huit testaments indiquent qu'ils
précision.
SOnt
Bessou,
rct.;lIs "hors la ville .. , sans autre
21
été énormes pour la communauté de Domme et
ont pesé sur la trésorerie de la ville jusqu'à la fin
du XVIII' siècle, Les consuls, pour payer les
dettes contractées au moment de l'épidémie,
ont en effet aliéné un nombre considérable de
droits et de rentes foncières appartenant aux
habitants de la ville: droit de greffe, droit d'entrée de l'huile et du vin, parts du port et passage sur la Dordogne, rentes foncières autrefois
données aux habitants, par Gilbert de Domme,
sur la plaine de Born et les onze bories, ces
droits et rentes vendus à pacte de rachat de toujours et dont un certain nombre put être racheté à la fin du XVIIIe siècle 12111.
Peut-on encore parler de peste
après la grande épidémie dont il
vient d'être question?
20
- Louis-François
GIBERT, Falllill" el
terroirs de Domme el de
CéJwc SOIIS l'ancien régime. Roc de Bourzac,
1990, p. 92. P. de la
CHAPELLE,
"Les
calamités d'une épidémie à Domme au
XVII' siècle et ses
suites», in billie/in de la
S.H.A.?, 1985, p. 207.
21 - DU]ARRICDESCOMBES,
«Journal de Mgr de
Beauvau évêque de
Sarlat», in billie/in de Id
S.HJ1.I~,
1876, p.
204 ; ct CrmtùlIIdtùm de
la Chrouiqlfe de Tt/nie,
p.33.
22 - TARDE, op. cir.,
p. 278. J. VALETTE,
«Une
épidémie
à
Allas-Les-Mines
en
1746>)-, in blliletin de /a
S.H./J.F., 1979, pp.
141 à 147.
22
En 1693, Monseigneur Pierre-François
de Beauvau étant évêque de Sarlat, la peste
désola encore le Sarladais. «Sa violence fut extrême. Il mourut un nombre extraordinaire de personnes, entre autres de distinction. Le curé de
Sarlat, Me Jean de Saint-Clar, tomba lui-même,
victime de son dévouement ... Pendant ces
grandes maladies populaires, on sonna seulement une «agonie» le matin et le soir, après l'angelus, pour exciter les gens à prier Dieu pour
ceux qui mouraient le jour et la nuit» O\).
D'autres épidémies comme la «cocoluche», signalée par Tarde en 1580, l'épidémie
de 1746 à Allas de Berbiguières, étudiée par
Jean Valette, ne semblent pas devoir être assimilées à la peste (22).
La lutte contre la peste
En prenant des exemples sur le terrain,
en divers lieux et moments, nous allons évoquer
quelques moyens de lutte contre la peste.
1523, J ehanne Cantho ni ère guérisseuse
Nous avons vu que, dès avril 1523, des cas
de peste étaient signalés à Saint-Cyprien. Le 22
mai de cette année-là, on vit arriver à la
Sauvetat (vraisemblablement la Sauvetat de
Cadouin), trois notables de Saint-Cyprien: «discrète personne Dom. Jehan Textoris, prêtre, sire
Bozon de Puy la Mousque, marchand, accompagnés de Me Guillaume de Pechaut, notaire».
Ils venaient de la part des manants et habitants
de Saint-Cyprien trouver Jehanne Canthonière,
originaire de cette ville, et que l'on savait habile à lutter contre la maladie. Ils lui dirent que sa
ville natale était déjà désertée par de nombreux
habitants. Elle leur confirma qu'elle avait eu
l'occasion de s'occuper de plusieurs lieux infectés par la maladie, qu'elle avait nettoyé les maisons et confectionné plusieurs remèdes qui
avaient donné satisfaction. Aussitôt, un contrat
est rédigé. Le notaire est venu pour ça. Il est
convenu que Jehanne se rendra à Saint-Cyprien.
Elle s'engage à nettoyer et parfumer les maisons
dans les trois mois, à fournir des breuvages
propres à guérir les malades. Les représentants
des habitants lui versent 30 livres et lui promettent 29 francs bordelais à la fin des trois mois.
Ils lui promettent de la fournir en victuailles, de
la loger et de la faire garder le soir 12ll.
1563, mesures de police
Le 11 septembre 1563, maître Pierre
Bridat, greffier au siège sénéchal et premier
consul de Sarlat, Gratien de Leygue, avocat et
second consul, Estienne Singlier, marchand et
troisième consul, convoquent « au son de la grand'cloche» dans l'église cathédrale, une assemblée
extraordinaire. Il y a des magistrats dont
Antoine de Salis, lieutenant général, et François
de Manhanac, élu en l'élection de Périgord, des
ecclésiastiques, Pierre de Beynac, official du diocèse et aussi le vicaire général de l'évêque, le
grand prieur, l'archidiacre, le prévôt, l'infirmier
et le « surchantre », tous du chapitre cathédral,
six avocats, un médecin, Me Théron, un chirurgien, J ehan Serres, quatre procureurs, Me
Raymond de Boy t, syndic de la communauté de
Sarlat, huit bourgeois et marchands. Cette
assemblée de trente trois personnes doit comprendre les membres du Conseil de Ville et les
représentants des autorités religieuses. Les
consuls les ont réunis pour délibérer de la maladie de peste qui est en beaucoup de lieux des
environs de Sarlat, et depuis peu, dans la ville.
Depuis quinze jours, sept à huit personnes sont
mortes chez Me Maingault, avocat au siège, le
reste de la maison est malade et on signale que
plusieurs autres maisons commencent à être
infectées. L'assemblée unanime nomme des
« définiteurs ", sorte de cellule de crise, de comité restreint. Ce comité comprend le premier et
le second consul, l'official, l'archidiacre, un procureur et un marchand. Pleins pouvoirs leur
23
A.D. 24, 3 E
1980, fascicule VIII,
fol. 4.
•
Extrait du règlement de police énonçant les mesures prises contre la peste dans la ville de Sarlat,
le 11 septembre 1563.
A.D. 24. IV/E/127-1O.
23
sont donnés pour prendre les mesures propres à
enrayer la contagion.
Ce comité de définiteurs se réunit ensuite
dans la maison du premier consul, maître
Bridat. Outre les personnes nommées, participent aussi à la réunion le troisième consul et le
syndic de la ville.
Les mesures prises par ce comité ont été
publiées, in extenso, dans la plaquette du service éducatif des Archives départementales,
EPidémies en Dordogne 111}. Nous les résumerons ici
succinctement :
1/ - isolement des malades dans « quelque cabane ", hors la ville, où ils ne risqueront pas contaminer d'autres personnes, avec défense de
« vaguer », sous peine de pouvoir être impunément « tirés » (à l'arme à feu). Ils seront pourvus
de vivres et de médicaments. Leurs maisons
seront désinfectées par le feu.
2/ - un contrôle strict sera exercé à l'entrée dans
la ville et dans les faubourgs, notamment dans
les auberges, pour éviter la contagion venue de
l'extérieur.
3/ - les habitants qui le peuvent sont incités à
aller demeurer dans leurs domaines campagnards.
4/ - une police spéciale comprenant un capitaine de guet, un lieutenant et vingt hommes,
veillera à l'application des mesures et empêchera les vols dans la ville.
5/ - un service sanitaire sera créé, comprenant
un médecin, un apothicaire et deux chirurgiens.
De plus, quatre hommes seront chargés des
ensevelissements.
6/ - des mesures seront prises pour supprimer en
ville fumiers, divagation de pourceaux ; rue et
recoins (canthons) seront désinfectés par le feu.
24 - A.D. 24, IVE
127/10, mesures publiées dans la plaquette du Service éducatif
des 1\.D.24, «Epidémies en Dordogne»,
février 1993.
24
Enfin, une cotisation sur tous les habitants est
prévue pour rembourser les dépenses.
25 - A.D. 2", J IOïX,
délibl'ration du 1')
novemhre \(}.1S.
1629-1634,
le personnel sanitaire
cir. p. d()i.
2(i - ïii/(!d/m
dc
pCJ/{'.
Il comprend médecins, apothicaires, chirurgiens et opérateurs. Les médecins sont les
prescripteurs. Comme le remarque le vicomte
de Gérard, on les voit assez peu apparaître dans
les actes concernant la peste. A Domme, cependant, quand une assemblée de la jurade essaie,
en novembre 1635, de régler les dettes contractées par la communauté à l'occasion de l'épidémie, sont ordonnancées 150 livres dues à maître
Annet Garrigou, docteur en médecine, de
Domme mais à présent résidant en la ville de
Belvès (2)1. Il est précisé qu'il sera demandé audit
Garrigou un état des drogues par lui prises et
employées pendant la contagion dernière.
Notre traité de la peste nous apprend que
les médecins soignent cette maladie par des
drogues telles que la poudre et le sel de vipère,
le bezoard, la thériaque de Mithridate, l'elixir de
corail et de perle, et tout ce qui peut servir à
l'expulsion des ferments empoisonnés ou provoquer la coagulation des humeurs. Mais, tout ce
qui concerne le traitement des bubons, ulcères
charbonneux, etc., ad chimrgiam pertineat mratio,
est du ressort de la chirurgie 12(,1.
les apothicaires
La même délibération de la jurade de
Domme fait état de dettes envers Eymeric
Géraud jeune, maître apothicaire de Sarlat (200
livres) et envers le sieur Roques, apothicaire de
la ville de Gourdon, qui a fourni des drogues et
des médicaments à deux consuls de Domme qui
n'ont pas survécu à l'épidémie, maîtres
Guillaume Bars et Léonard Delsaut. D'autre
III
Lettre de
maîtrise délivrée
par Antoine Eyraud, médecin chirurgien et lieutenant du premier
barbier chirurgien
à Jean Pasquy, de
Montagrier.
26 juillet 1677.
Le sceau, inédit,
porte l'empreinte
de saint Côme et
saint Damien, patrons des chirurgiens.
part, ont été achetés deux « caïacs » qui ont
coùté 2.300 livres, pour « le pCllfllll!elllellt de la
ville ». Il doit s'agir de sortes de braseros-brùleparfums, les désinfections se faisant au feu de
soufre, au vinaigre, sels volatils et plantes aromatiques.
lettres de Cicéron, les Sonnets aux prétendus
réformés ou, encore, Les moyens de la réunion
en l'église catholique <291.
Le vicomte de Gérard a noté le triste sort
du maître chirurgien Estienne Massias, accusé, à
cctché le lIlal contagiellx
ctrrivé dalls sa JllctiSOJl » et condamné, par sentence des consuls à 600 livres d'amende, applicables aux réparations des murailles et maison
commune de la ville de Sarlat. C'est une transaction du 30 juillet 1633, avec Jean Saly, marchand, oncle et tuteur de Georges Massias, fils
de feu Estienne, qui nous en informe.
En fait, Estienne Massias a testé deux fois
dans cette périlleuse période. Son premier testament, reçu par Rey, est du 6 juillet 1631, dans
la maison du testateur. Il est certain que l'acte
est muet sur sa santé. Le second testament est
reçu par Daussel, le 6 février 1632, dans le bouriage de Massias, à Las Peyrouges, à la sollicitation, est-il écrit, de Messire Pascal de la Brousse,
curé de l'église paroissiale Sainte-Marie de
Sarlat. Estienne Massias est dit, cette fois « blessé cie let contagion » et le notaire n'a pas voulu
s'approcher de lui pour le faire signer. Il a donc
survécu au moins sept mois à son premier testament.
Un acte du lS juin 1636 fait état d'un
accord de novembre 1631 entre le syndic de la
ville et Pierre Chassain, maître chirurgien, pour
« trclitel; visitel; éPonger» les malades affligés de
peste
titre posthume, d'avoir
Chirurgiens et Opérateurs
Ils sont les principaux acteurs de la lutte
contre la peste. Les opérateurs remplissent les
mêmes fonctions que les chirurgiens mais n'ont
peut-être pas les mêmes qualifications. En effet,
si le titre de chirurgien s'obtient par apprentissage, il n'en est pas moins contrôlé par la
Faculté.
Le 2 juillet 1640, Hélias Vayssière, sieur
deMaillac.chirurgien ordinaire du roi, prend
pour apprenti Jean Combes, fils de Pierre, sergent royal du bourg de Saint-André, pour lui
apprendre le métier de chirurgien. L'apprentissage dure deux ans et pour la pension de l'apprenti, son père devra verser 140 livres. La formation peut comporter des perfectionnements:
le 14 mai 1637, Antoine de Veyssière, chirurgien, confie son testament à Me Daussel, notaire, car il est sur le point de s'en aller en la ville
de Paris pour continuer d'apprendre son
métier ln.
Les lettres de maîtrise en chirurgie font
état de contrôles théoriques et pratiques des
connaissances et des savoir-faire des impétrants
par des professeurs de médecine et par des
maîtres chirurgiens jurés <281.
«
(HI).
Même s'il y a des relations entre les fonctions de chirurgien et celles de barbier, on rencontre des chirurgiens instruits et évolués.
Maître Pierre Vineilhe, maître chirurgien, est
décédé en 1630 à Sarlat, dans sa maison du
quartier de la Mechlogane. Un inventaire de ses
meubles est pratiqué le 16 novembre, par le
notaire Rey. Sa bibliothèque comporte une
soixantaine d'ouvrages dont une quarantaine de
27
A.D. 2,1. .) E
15,i'59, Rey notaire, 2
juillcr 16·10. 3 E
15,i2·1. Dausse! notaire, 1·1 mai 16:)7.
2B
St:
Lettres de maÎtrÎt:n
chirllr~Ît:,
in
BlflklÎn Je Id Société Jes
./lIllÎJ Je Sdr/dl. n ,H,
p.2.
médecine ou chirurgie. Citons « Le magazill
d'AlIlbroise Paré », plusieurs traités de Galien, les
Institutions d'Hippocrate, des ouvrages sur la
peste. Parmi la vingtaine d'autres livres, on peut
trouver un dictionnaire français, couvert de
basane rouge, imprimé à Paris, les déclinaisons
Q
du grec, les chroniques des rois de France, les
les Opérateurs
Il semble que le rôle essentiel dans la
lutte contre la peste, soit dévolu à l'opérateur,
métier mal connu, qui tient du chirurgien et de
l'infirmier. Constamment sur le terrain les opérateurs pansent, soignent et opèrent les
malades, désinfectent ou « palf/l111ellt » les maisons par le feu.
Le 18 novembre 1631, dans sa maison de
Berbiguières, Guillaume Ludier, qui s'intitule
« maître opérateur ", fait son testament, « désil
I,(/Ilt ctller par le pays pOlir le service de SOIl estclt JJ nl .
A Sarlat, pendant toute la période critique
des années 1630, c'est la figure de Pierre
Brettes, maître opérateur, qui domine. Le
29
1\.D. 21, .l E
15"15-1, 16 I1m'en1bre
IGIO.
30 • A.D. 2!J, .l E
15:1')h,
30 juillet
IG",
3
E
15155
(Rey).
3
E
15'122
(Daussd), .l E 15425,
! 5 juin 1656.
31 - Arch. EsclaCef' dt:
la Rode, K 3~5.
25
vicomte de Gérard le cite comme « palfmllell1'
attitré de la ville ». Il a, lui aussi, un contrat avec
le syndic qui date de 1632, reçu par Mondesses,
notaire. Brettes doit « traite!; pamel; médicamellter
les blessés de la maladie colltagieme » et aussi, parfumer et désinfecter les personnes, les maisons
et les meubles. Il a été convenu que Brettes percevrait, pour chaque visite, un demi-écu sol (30
sous) et 40 sous pour le parfum de chaque
chambre ou estage (de maison) m,.
Un incident, qui a peut-être échappé au
vicomte de Gérard, s'est passé dans sa famille.
Le 6 novembre 1632, demoiselle Anne de
Salignac, veuve de Monsieur François de
Gérard, sieur du Barry, en son vivant lieutenant
général de la sénéchaussée, avait demandé à
Pierre Brettes (ici qualifié de maître-chirurgien)
de désinfecter une maison et une grange lui
appartenant au lieu de Peyrinhac. Trop occupé à
Sarlat, Brettes y envoya sa femme et deux de ses
valets, « lesqmls auraient désinfecté ladite maison et
mis le parfum dans ladite grange; après lequel parfio77 (et après le départ des intervenants), la grange se
seroit brûlée ». Pour cet incendie, Anne de
Salignac avait demandé à Brettes un dédommagement. Brettes prétendait que sa femme et ses
valets n'étaient repartis que le feu complètement éteint, ayant laissé la grange à la garde des
métayers. La dame soutenait le contraire. Une
transaction intervint en juin 1633. Brettes versa
120 livres et Anne de Salignac abandonna son
action 1\\'.
32 - Vicomte de
GERARD, arr. cit.,
1'1'.291-292. A.D. 24,
3 E 151t23, transaction
du 23 novembre 1635
entre Pierre Brettes ec
maître Jacques Bausse,
prêtre.
A.D. 24, 3 E
151t34,actedul0juin
1633, Dausse! notaire.
.)3
26
-
La frontière entre les fonctions de l'opérateur et celle du chirurgien est assez ténue. Nous
avons rencontré plusieurs fois, comme c'est le
cas pour Brettes, les deux qualifications appliquées tour à tour au même individu. C est ce
qu'on a vu encore à Sarlat, entre deux pestes, à
la fin du XVII' siècle mais, ce qui est plus rare,
il s'agit d'une femme, chirurgienne ou opératrice.
Marie Bourdin (parfois Bourden ou
Bourdet), « damoyselle de Daubigny», adresse une
plainte au lieutenant criminel de la sénéchaussée
de Sarlat, le 18 juin 1674. Elle dit qu'elle a
ouvert, depuis quelques jours, une boutique
dans la grand' rue qui va de la porte de
Lendrevie à l'église paroissiale Sainte-Marie,
sous la maison du sieur de Puy le Breuil, pour y
professer, conjointement avec Pierre Troussan,
l'ctrt de chirurgie et opé1'cttiOil
qu'elle ct professé ctvec hOllnel!r dam plllsieurs villes du
l'OyctlllJle et même. dam le présent pays (cfe
Périgord). »
maître chirurgien,
«
Néanmoins, «aujourd'hui même, à sept
heures dl! matin», un certain nombre de chirurgiens de la ville, accompagnés de leurs apprentis, sont arrivés armés de marteaux, de pilons de
fer, de « bistoltrtiers » (espèce de pilon de bois à
long manche) et autres instruments chirurgicaux. Ils ont enfoncé la porte de la boutique et
tout cassé à l'intérieur, notamment : « qucttre
bassim, coffres, dJaires et autres 17Zmbles, lm miroir de
deux louis d'or (48 livres), et ils alfraiellt emporté lm
petit cocomart d'estain sonnant » (\i, , une perruque
toute neuve valant quatre louis, un instrument
nommé « Ledanié et poliquan » (?). Avertie de ce
désordre, elle serait accourue et les conjurés se
seraient jetés sur elle, l'auraient menacée et injuriée. Ils auraient même agressé son valet qui
tentait de s'interposer. Elle estime les dégâts à
plus de 150 livres.
Elle demande réparation et protection à la
justice car on menace continuellement de la tuer
ou de la chasser de la ville. Daymerique, lieutenant criminel lui accorde cette protection et se
transporte huit jours après dans la boutique
pour un constat. Il y voit trois petits bassins de
cuivre jaune dont on se sert pour faire la barbe,
tout cassés, un plus grand, ovale, de même
matière cassé et percé, un grand nombre de
plombs cannelés pour tenir les vitres, qui sont
brisées et un pilon de fer abandonné par les
agresseurs 1\5'.
La pauvre fille ne put demeurer à Sarlat.
Elle se réfugia peu de temps après dans la
paroisse d'Allat (Allas-les-Mines), dans le village de Loupsaute (aujourd'hui Loussote). Un acte
du 30 octobre 1675 nous apprend, en effet,
qu'elle a loué à Mongy Villatte, praticien de ce
village, une maison et un petit domaine, par
contrat du 28 novembre 1674, donc cinq mois
après l'affaire de Sarlat. Elle rompt la location et
s'en va encore ailleurs. Dans cet acte, elle se dit
opératrysse de Sa Majesté» (\(,'.
.).1 - Coquemar: récipient avec anse, genre
bouilloire, servant à
faire
chal 'ffer
les
liquides, e/1 étain fin.
.l5
-
ESCANDE,
l-Iù!oire
de St/rld!,
p. 237 de l'édition de
1912, a repris le catalogue de la série B
dressé par 1'\/1. Villepelet. Certains autres
détails méritent d'être
cités. A.D. 24, B
1606, pièce 3.
(1
Louis-François GIBERT
36 - A.D. 24, 3 E
10637, 30 octobre
1675.
HYGIÈNE ET SANTÉ_-
Pestes et épidémies en Périgord au XVW siècle.
1 - PA1{J\T E, fllrt/i dt
qIIJqf(('J litT!.'.! de mi.\(/l/.I
UI P('/'/~l!,MJ.
XVII
X 1X
X \'
X V1
XVIII
1<JK7.
SI(:<:I<:S.
~tallL!scrîr
inédit dépo-
sé, allX Arch. dC:p.
2
Lt\COWlE ( .. I..
lit Tt' dl' r"ùrl1l de Jeb,1J!
de I<aj/;,ilb{/( (! 6l(J{Ô-;"O).
l\nalysc
cr
«)mmcntaircs. f:tudc
en l'ours.
Jdwn dc Raffailhal
v(-cut de [)1)! environ
Ù
10T!. L'original de
son livre de raison
scrnblc
aujourd'hui
l'garé. Nous l1e k
connaissons que par la
rranscription daety]ographilT réalîsC:l: paf
l'ahh0 M. Manièn: ct
détenue par les dl:S(l'OdalllS de la famille
de RafTailhac qui ont
bien voulu nOlis perJlH:ttrc
d'en <:ntrcpn:ndn: ['etude, Nous
;Lvons rCSpl'Ul' l'orthographe de l'l'poque ne
rl'stÎtuam llut: la ponctuarion souvent aléa-
win:.
5 - Nous ne prl'lcndrons pas, d(:s lors,
avoir épuise tolites les
sourct'S d'archives. Les
essais de topochrnno!0,L::ie ct dt' cartographie des épidémies de
peste que nous avons
élaborés sont donc
Il y a quelques années, P. Parat révélait,
au travers d'une ébauche de recensement des
livres de raison périgordins rédigés entre le XVe
et le XIXe siècle, la richesse de ce type de témoignages, véritables mémoires de la famille au travers des générations lil. Nous le vérifierons ici en
ce qui concerne l'histoire des épidémies et des
maladies qui ont sévi en Périgord durant le
XVIIe siècle. Le livre de raison, toujours inédit,
que tint Jehan de Raffailhac, juge de Badefolsd'Ans, entre 1626 et 1676 ,', constituera la
trame de notre évocation. Nous complèterons
les annotations de ce témoin privilégié par une
glane d'observations issues d'autres livres de raison, de témoignages contemporains et par
quelques commentaires pouvant éclairer le propos "'.
De la "peste" entre 1628
et 1693 :
Déjà, au début du XVI' siècle, le livre
terrier du notaire de Sarlat, Pierre Botanelle le
Vieux, sc faisait l'écho d'une épidémie pesteuse
meurtrière pour le Sarladais : "L'e!ll jler e/Vc!ll mi/
LA
PESTE
EN
Vi" XXII (donc 1521) C/VÎcI regllClt !cl jmtc/ ell !cu!.
vi/le cie Sm-!ctt !e.ljlCU)' cie XV mes et)' lIIorirelZ be cie
IlOstre/ III mille Vi" (3500) persollCliges loci. tlll grcllls
011 petÙz "Ii'. Un siècle plus tard, la peste sévit,
cette fois-ci, dans toute l'Europe, essentiellement de 1627 à 1632. C'est la plus violente
épidémie du XVIIe siècle, qui fait près d'un million de victimes en France (\'. Dès 1627, Lyon est
devenue une ville déserte et, la même année, les
''fièvres jJo//lprwses" font 2000 victimes durant le
siège de La Rochelle. Le témoignage de Jehan de
Raffailhac, l'un des plus précis à notre connaissance pour le Périgord, s'insère parfaitement
dans cette chronologie.
- 1628 : ·'Lett!icte élllIlée 1628 el esté grclIlcleII/elllt IIIcl/tvc/ÎJe jlOll1" tlvoir esté Clccomjwigl/ée cie troÎJ
fléel//x cie Die/! COII/Ille ft/Illille, gmrre et jmte, et JlClrtiC/!lièrell/etilt clam ce ptl)'S ,. notent, au début du
mois de novembre, les consuls de Périgueux {(,',
nous rappelant par ces quelques mots la
conjonction et l'imbrication désastreuse de cette
trilogie trop fameuse de maux qui se sont abattus sur les villes comme les campagnes périgordines tout au long du XVII' siècle.
La première annotation de Jehan de
Raffailhac semble avoir été rédigée au lendePÉRIGORD
AU
XVIIe
0; - Cf,R/\RD G. de.
"Li.' livre terrier de
Pierre 13mandk le
Vieux,
noraire
dt:
Sariac>, /311/1. df Id SIiC,
IIi.! 1. cl /1/'(/1.
''t:rigIJrd, {omt:
IKK,i, p. 5.) 1.
Lo
dll
1 1,
IlIRABEN J-N.,
11 Id jh'!!C 0/
/!fJ/lIIJJt'J
"'rdIlC\' d (lm'!
t'flrt1j!àm
d
ln
j!ayJ
m..'dilClTd-
TOllle 1 : La peste dans
lïùsroire;
~loLlton,
1~;5.
Coll.
sations
ct
Civilisocil'(l's,
n') ,)'5, p. 50H-.)()9.
J
Cl
~IAl!llOURGUET
J.
GROUX Ch.,o.
lA
l.irl'e
l:îTI
tir
Pl'riglleux,
S.H.A.P, J9,i2. tome
[>//'ig/IUI."I:.
1, p. No-XG.
SIÈCLE
?
c
~
dédiè~
Ch,~p(:l!e
dediée
à
i~
5~lint !{O';!l
s.tînt Roch
amenés il ùn: (omp10[és
au
,L::r('
du
dépouillement de nou\'ellts sources (n,;',L::istres paroissiaux, minunmariales, délibl'rations lllunicipaks.
[CS
etc).
•
Essai de
topochronologie
des épidémies de
peste en Périgord
entre
1628
et
1635.
27
7 - La pagination déS
citations n:nvoi<: ù la
pagination du manuscrit original tell<: qu'elle est porr~<: dans la
transcription de l'abb~
J\L Mani0r<:.
Arch,
d~p,
Dordogn<:, :2 E 160S;':)
(21 avril 1ô2H),
<) - VIC1I': A .. "Notice
sur Jean Sauret, notaire, officier municipal
de Belv0s et propri~­
taire." H/III. de It! Soc.
lfiJ/.
el
/lrcb.
dll
Périglird.
tome
"1<),
1922, p. 2.11-232.
10
-
Arch.
P~riguc:ux,
comm.
B13 15.
1 1 - Arch. dép.
Dordogne, 1 15 H 1.
28
main du 5 juillet 1628 : "Ell ce lIIesme tamps et
après qmlql!es jOIlJ'J de diJtcmce, il est mort clllX
iVIonarie"y (Lam one rie, cne de Teillot 1) dl/ bestaith et ctprès des jJeJ'Jomles de let peste et eJl fome et/x
endroits" (p.6) 1-'. Au sud du Périgord, Jehan
Sauret, premier consul de Belvès, se fait accompagner du médecin Garrigue pour s'assurer de
la réalité de la maladie dans sa ville. Celui-ci
constate que le malade qu'on lui a signalé, alors
décédé, "Il 'a pets de fctsches sllr le corps, /Ilûis /Ille
petite glûJl(le cl l'aigue et et rendll dll sang par Ilez et
bo//che" iN'. Dans son livre de raison, le même
Jehan Sauret 1')' évoque ainsi les événements:
"Let dicte ctllllée 1628, (. .. ) let colltûgiOJz CO/ll/llellÇet à
let !liaison de iVIidJafrm Let Fetige, leveJl(lredy setint cfe
let dite CIImée (7 avril) et dlllltjl/Sql/ 'ell octobre 1629.
Le trois de JI/in de lûdite ctImée 1629, .10111' de
PwteCOl/Ste, tOIlS les habitemts v!lidèrellt let ville. Je /Ile
retimi etvec /Ilet fetlllille à Let Mothe, dJez Couros, 111011
beûl/-frère, qlli lllOlmit cllI die: lIIetl: le 18 dll dit illOis
de jllill je fl/S coJZtrttim de qllitter et /Ile retirer à Illle
lIIetiSOJI de A metl/Id de la !vIothe 0;1 j'ai demet/ré dix
IllOis". Le 27 octobre, son beau-frère, Jehan
Condamine, qui s'était réfugié dans sa métairie
de la Marquésie, meurt de la peste. Le métayer,
un certain Mathurin, décède le même jour. Tous
ceux de la maison dudit Mathurin étant morts,
la veuve de Jehan Condamine reste avec ses trois
filles mais deux meurent rapidement. Les survivants abandonnent alors la Marquésie. Le village se retrouve désert et J. Sauret doit faire lever
la récolte par des étrangers. Peu après, "lû llwiSOIl de Mûrqllésie fllt Pillée peir les illfeets qlli emportèrent tOIlS les IlIwbles, vivres et pOlllûiller C01Jll7I1IllS".
Quelques cas isolés, notés à Périgueux à la fin de
l'année, sont suffisamment inquiétants pour que
les Jésuites suppriment, par mesure de prudence, la représentation théâtrale qui devait clôturer les travaux de l'année scolaire Iim .
- 1629 : Le registre de la confrérie des
Pénitents Bleus de Périgueux 1111 se fait l'écho de
l'appréhension générale face à l'épidémie: elle
approche de la ville le 29 juin, les Pénitents
font, du 7 au 9 décembre, dans leur chapelle, les
prières des Quarante Heures ''Pal/l'préservation de
la peste " pll/Siel/1'S villes étûnt ettteintes et mêllle les
liellX les plllS voisim", ainsi qu'une procession
générale aux églises de la ville le 8. Le registre
du notaire de Domme, Cleyrac, nous apprend
quant à lui qu"'all 1110)' d'eto1/t, septembre et octobre,
la clissttnterie a esté s)' grûllde en let préJent ville et le
Illet! de pOIII/m, qlle cll/ jOllr cie la St Roeq sexiesllle
{tol/st j//Jqll 'e{ Ste Ccttberim est mort j//Jql/ 'à dOl/ze
L'ingts (240) penomzeJ Sl/ive/lzt les registres de
Gililbetl/llie Tc/ilbefel: reetel/r " 1121.
- 1630 : Entre le 25 avril et le 1er mai,
quarante Pénitents Bleus de Périgueux font un
pélerinage de dévotion et penItence à
Rocamadour pour prier la Vierge de les ''Préserver de peste et cie fe/mille, de lûq//Clle 1101/S elVOllJ esté
j//Jqft'à préselZt déllivrés", passant pour cela par
Fossemagne, Montignac, Sarlat et Saint-Julien à
l'aller, par Souillac, Salignac, Montignac et
Fossemagne au retour Il;,.
En mai, l'inquiétude augmente. La peste
se rapproche de Badefols-d'Ans par le BasLimousin touchant certaine personne de la
connaissance du juge. Après avoir observé "q//Cst
peste et falllille e!l pl//Jiel/rs endroits clfl ro1l)'etl/llle"
(p. 13), J ehan de Raffailhac précise quelques
lignes plus loin: 'Af/ 1110)'.1 cie 111(/)' de lem 163 () est
mort tO//J les bûbitttllS cllI villetige cfe lû ... Il il, petmisse de St Cipriell, ter(r)e d'A)'en, de lû peste. Et le derIZier q/l)' est 17I0rt est fmg nOlllmé 11l11emtoil, bOlllllle de
Illet cognoissûllce. Let première maison 0;1 le Illet! s//ljist
fe//St bmlée. Il se prillct a IIlle filhe en pllllllûnt fille
pOllibalhe qfl)' estait morte. Lec/ie: Illllctlztof/lbors q1/it
se sentist tomhé d1ldiet mal se lIIist à prier ail St cf1l
pet)'s et ûlltres St Siprien q1lil estait !/let! et q//e sil nese
promenoit ell Img telliet! q1lits letlfûssent emepvelir Cetr
il seroit mort et le trollveront entre les rmhes ct miel.
Et Ile le V01l)'ctlzt prOfllllelZer //lzg sien fils qll)' Il)' ... oit
lctllû elZJepvelir fetisctlzt l/llg troll. Et ttpres eivecq Ime
lettte ... beehe le tiret cledallS et ct lIIeSllle imtûllt leclie:
fils fist brllSler ses bctSbits ct fel/ (, il) etllû le pll/S loillgs
qllil pe1lts ctffill de ninfeeter les voisim. Et desp1l)'s en
pl//Jiel/rs a1ltres endroits " (p. 14). On retrouve
déjà là un excellent condensé des idées sur la
propagation de la maladie au XVIIe siècle: par
III
La région de
Badefols-d'Ans,
d'après la carte de
Belleyme, feuille
n' 16. XVIII' siècle.
A.D. 24, Fi.
12
C;ÙRt\RD
Vicomte de, "La peste
ù Sarlat de 1ô29 ~
1()}t" nlt/I. de!a SOl'.
Ili.\/. el
J.\;rigord.
I~IIII,
Il
.-Ire/!.
tome
dl;
27,
[1,l77.
ROUX
J.,
,{ Pé!erinage des Pénitents Bleus de Périgueux il Rocanladour
en 1(\)(), durant la
peSte." 131111. de !d SOl',
Ihl!. i!1 /Ir(b. dll
P,:rip,rml. tollle () l,
I~l
1, [1. l07-116.
1 î - Les poimillés correspondent
il
des
lacunes dans le manuscrit original; les poin(ill~s C:1)([(: parcnrhè.'ses
il des coupures.
un animal de basse-cour mort, par les vêtements, par le toucher du corps d'un pestiféré
mort <1\1. De même sont évoqués les principaux
remèdes: la prière, la destruction par le feu des
objets censés engendrer, receler, attirer ou transmettre la peste (maison, vêtements), l'isolement
des malades, l'établissement d'un lieu de sépulture particulier à l'écart du village. Toujours
pour la même année 1630, le juge de Badefolsd'Ans ajoute: "Let peste règlle fort tlllX liellx dyssClIldes (Yssandon) ellvirollS de lili//. uillac) et
lIIesme !0'e/1 .. , illfdict liell d'ilyell !ct pltlsse gmllcl ...
hctbÙcllls salit II/arts et e!l Ilolllbre de plllS de qlf({tre cent
(.. .) FrclIlco)'s Charles de FerieJ/x cie BClclefol seigllelfr
cie Pe)'rc[/Ix. Badcfol et LclCOllr emeigllé c!CI!lS ICI COIllpelgllie COltl'OllIlf'!le (/;t régilll(lIlt des gûrdes esttlilt
jN/rt)' de ICI II/ctisOIl de fêtllli!(le) est descedé de icI jJeSte
Cllt 1l10)'S de septtllllbre (lIljJréselit 163()" (p. 16).
a
•
A St-Pi errede-Côle, au lieu-dit
"Doumarias", au
pied du château
de Bruzac se trouve la chapelle dont
les
ouvertures
permettaient aux
lépreux
de
la
ladrerie voisine de
suivre les offices
religieux.
Photo
Clotilde
Pottier.
A Périgueux, Pierre de Bessot, avocat en
Parlement, note dans son livre-journal <1(" :
"1630. Périgltellx fllt (tttc!qlté de COlltClgioll et )' fift
clsses esd7clIt/fée d(lIIs le COIIIIIJellcelllellt: II/CIÙ le jm/pie
cl)'Cmt illtercec!é eIIl'er5 /IOJtre Seigllwr et SClilit Rocb et
érigé de IIOIfl'et/l/ 01/ jJ!;/Jtost l'eiel'é scs til/tels t/bbcttl/s.
soit pClr /'ille/euotioll des d71n-:ie/ls. salt jMr !cl 1011gllCIIl' c/;t tellljls. Cil SOli !Jo/llleltl' ell me 1Ie///z'e le 1IIt/1
s'cIPPctÙtl et cesSet i({ II/eS/Ile tllmée" . Pour Pierre de
Bessot, la peste est, à l'évidence, une punition
divine face au fléchissement de la ferveur populaire. D'après le continuateur de la Chrolliqlle de
Tc[rcle WI, l'épidémie de peste semble arriver à
Sarlat en 1630. Elle sévit à Domme à partir du
printemps. En l'espace de dix-huit mois, les religieuses de Notre-Dame qui viennent de s'y établir souffrent en ce lieu de la famine et de la
peste.
- 1631 : Dès le début de l'année, la peste
est toujours meurtrière en Sarladais. Au printemps, le chirurgien Mathias disparaît avec
toute sa famille, à l'exception d'un enfant en bas
âge. Au lendemain du 21 mai, Jehan de
Raffailhac rapporte : "LCI jJeSte regm fort lI/eslI/e a
MaJJe ... , (La Marseille, commune de Badefolsd'Ans) ClI/ BOIISés e))' est II/ort Img Vtt/let .. SIII'jOIfJ'S
jJctSSés eJl 1IIt/)' POlfl' il)'eJl il )' Cl six II/ois qI/il Il)' est
lIIort jle!'solille. Et cll/Jsict se SOlit bc[rriql/tldéJ,
Lill/ogeJ, Bergemc, St Yrieyx. BOlmleclIIx et fome
c/IItreJ sollt illfêctéJ, Périgltel/x, Nc[i!btlc et ieJ jJClrroiJseJ cie Ge ... (nis ?), Peljleule " (p. 25).
L'interdiction d'entrer dans Ayen institue, de
fait, une sorte de quarantaine pour les voyageurs
et étrangers à la ville.
On relève aussi dans le livre de raison de
la famille de Gomondie, dont L. Lapeyre a copié
quelques extraits cités par P. Parat <lOi que "cllI
II/OÙ de II/Cli 1631 jllSql/ '(/II II/OÙ de Ilovembre de !cl
ll/êll/e ClIlIIée, PériglfC/tx jit! Cljjligé d'/[Ile grctllde jieJ'te
géllérctlle". Jean-Baptiste d'Artensec, bourgeois
et consul de la ville de Périgueux, évoque ainsi
l'épidémie ri'), : 'Jl/t COIlIIi/ClIceJilelit c/;t II/OÙ dejl/iiI ie
IIIcd cOlltdgiellx ji/st si grctlld q/[i! IIIOI/Iï/st dCIIIs trois
II/Op de/fx Il/illes jlerJOIlCS cie peJte dû/IS ICI àile et tolft
ie II/ollde se retim {lIIX C!JCfIllPJ. et ll/oi-ll/êll/e et tOI/te
llotre fclll/ille IlOIIS retY}'(/ll/es ell ce lie/[ de GO/[ZO/l et
dell/el/rcl ICI ville déserte ". C'est alors que la ville
fait le voeu cI'accomplir, tous les ans, une procession à saint Roch. Le chapitre de la cathédrale la mène, suivi des compagnies et du peuple.
On sonne alors la grosse cloche de Saint-Front
trois fois par jour: le matin, à une heure après
midi et le soir, pour prier Dieu de préserver la
ville de la peste, "ll/ct!ctc/ù pojll/lclire et cOlltclgiellSe"
11
!2 '.
Dans son livre de raison, Fournier de
Lacharmie ,211 note la conjonction de phénomènes naturels extraordinaires au moment de
l'épiclémie : "111011 [{ïe/fl Alclt!.1//rill FIJ/[J'Ilier ll/édecill
et Alaric CO/[(/Je (son épouse) JortirC!lt de
1')
tu
IlIRAllEN J-N ..
hm/llIlC1
cl /d j1uh t'II
Ir.!
Frt.!}/(( 1.-'1 tldJ/.l
flll"fljJàllJ
1/ÙW.
tI
lM).!
WÙ/i1UTi/-
1<)J11C Il
hO!11l11cS
L<.:s
ù
l'au:
la
pcSt<:. Paris, i\Iouton.
1975, Co[1.
Civilisa-
rions ct sociétés.
p. 21-27.
5ô,
Il
1(,
TAMI/.EY DE
E.
1-1 li ET I~ ct SAINT
I.,\RROQUE
SAUD Comte de,
«Livre-journal
de
Pierre
dl:
Bcssot
(1(,09-10')1)." /lutf. dt
/d SO(, [hl/. (/ /lnh. dl!
P,:rigonl. tomt.: 20,
lK95, p. ÎK-:9.
17 - VI\I.E1'TE
((JJltÎlIl/d/!fJ1I
J..
dt
/.u
!d
Cbroniqlh (k 7:/n/(
tI625-17(9).
BCfl!crac, Imp. du
Sud-Ouest. 1957. p.
2-6.
1K
PARAT
I~.
Ou\'.
cir., p. 66 .
1')
PEYROUIE L..
UI! lirr( de j:"l//ïlc,
150.}-17<).}.
SaÎnr-
Dizier. Il11p. Henriot
et Godard, 1B91.
20
ROUX Chan . .Jcr 1\IAUBOl;RGUET
J, ! 9-Î2, Ou\'. cit., p.
501 et -ÎOY- i 10.
21 - Arch. d~p. Dor-
dogne, 2 E :')2/1.
29
Périgueux le 4juin 1631 à cctllse de la peste. Avant
la famine, il parllt IlIZe comète Cllt ciel et ont entendit
à mÎ1wi du dimet1ldJe em IUlldy lm gretlul tremblement
de terre" . Si, du 16 avril au 3 juin, sur 44 décès
enregistrés dans la paroisse Saint-Front, 17 sont
attribués à la peste, on note aussi que le nombre
des décès augmente de 83 % durant les six premiers mois de l'année mais qu'aucun décès n'est
enregistré de juillet à décembre, ce qui confirme la fuite de la population (!1).
L'été arrive et, le 29 juin, la peste se rapproche dangereusement de Badefols-d'Ans: "Ce
jotlr à la Bachelerye ont co11Z1IZancé de mOltrir de la
peste". Au point que, Jehan de Raffailhac ne peut
que constater, à la mi-juillet : "La peste règne a
présent presque e72 touttes les parroisses circonvoisines"
(p. 27).
22
Sc:lon la statistique des décès survenus dans
la paroisse Saint-Front.
Document LN.E.D.
d'après les relevés de
Martine
DuhameL
Épidémies en Dordoj!,m.
Présentation
documentaire réalisée par le
Service Éduca(if des
Archives départemL'ntales de la Dordogne.
1993,25 p., multigraphié.
VILLATTE P, Le
de
Sa!ignac
(Dordf)gne) de !a fin dl!
Moyen-fige
à
!a
l?ù'o!;ttùm
(14531789). Vol. Il, Brive,
Chastrusse, Praudel e(
Cie, 1935, p. 102103.
23
Ctmlml
24 - LABAT Abbé,
Nf)tice .fllr !a COJljiùie
dl! '1: S. S(fCremelll é!aMie c!tlllJ l'('{/ife de
Sa!iglldc érigée de nOI/l'edl/ en 16/3. Paris,
Lib. cachoL intern. de
l'Oeuvre de SaintPaul, 1891, p. 70-7l.
30
Durant le même été, l'épidémie sévit aussi
au sud de la Vézère, entre Quercy et Périgord, à
Salignac. Un auteur anonyme, le curé de la
paroisse probablement, fait le récit suivant J2\) : "Les
maladies de pompre vinrent à diverses personnes en ce
liel! cie Salaignac au commencement de juin de la presante année 1631 et le mal cie contagion, peste ou
cwtres maladies contagiemes commencèrent environ à
la Saint-Jean de la dite année, dont chaCtln tâchait de
quitter et sortir de Salaignacpottr aller altx champs et
prendre le large et la plus grande partie des familles y
demeurèrent environ neufOlt dix mois avant de retottrner se retirer en ce lietl. Et avant de se retireJ; il fltt
fait une procession le jour de Notre-Dame, vingt cinqtlième de metrS 1632, et la Sainte-Messe fut dite à
l'église paroissiale et partie des assista17ts demettrèrent
en dehors devcmt icelle église, craignant que parmi les
personnes qui étaient dam icelle, il y eût de l'infection,
d'autant qu'ils étaient partie de ceux qui avaient etl
ce mal et autres qui étaient confinés dam Salaignac,
durant le mal de contagion. Messire Thomas
Puycouyo!tl, vicaire, assista les malades durant le
temps de la contagion sam discontimtel; lequel attrait
mis par dénombrement les personnes qtti sont décédées
durant la dite contagioJl, qui sont atl nombre de 500
personJles eilviron" . Le registre de la Confrérie du
Très Saint Sacrement de Salignac CI) évoque ainsi
l'épidémie : "Les syndics de la Confrérie du Saint
Sacrement n'ont fait de recette ni messe depuis le troisième juillet de l'année 1631 qtte le lJlet! de contagion
étant descendit fort avant dam ce lieu de Salignac, le
saint service fut discontinué, même la plltS grande partie des habitants sortirent du présent liezt et prirent le
large, se logèrent aux champs. De laquelle contagion
et met!c/die, il est 1Ilort 1112 grand nombre de personnes,
et même de cellX et de celles qlli étaient de la Confrérie
du Saim-Sacrement, ce qlti fait que le nombre de cellX
qu'il a plu à Dielf de comerver est bien petit".
Le 21 juin, Raymond J ovel, de Terrasson,
fait son testament "comidérant les maladies contClgieltSes qui règnellt, tcmt en la présente paroisse de
Terrasson qm aille!trJ clcms ce pays, et atttres accidents
qui peuvent survenir"
La vallée de la Dordogne est elle-aussi
touchée, en témoigne le registre du Consulat de
Lalinde : "L'an 1631, la mallaclye contagieme et
pestilentieme fmt grandement e1I la préscmte juridiction, mesmes en la présante ville de La Linde (... ) et
y motlmt beattcoltp de personnes, partimlièremellt en
les paroisses de Pontours, Bourniquel, Sainct-Sllpplice,
Saincte-Collombe et Drayattlx, et ce fltSt la dite mallctdye générale en Périgort, comme Périglteux, Sarlat
et Bergerac, oû il mourttt de mal de peste plltS de dix
mille hommes". Les consuls font alors fermer et
garder les portes de la ville et "ttler tOItS les chiem
et les dJats pottr esviter plltS grand mal
Un peu
plus à l'ouest, les Récollets de Bergerac notent:
"En 1631, la famine fut si grande qm le blé valait
10 éms le boisseau pour le froment. La peste SlIivit, et
il périt à Bergerac et aux environs les deux tiers d"
petit petlple. La peste commença au mois de juillet et
cessa en octobre, et chès les Récolés il motlrtit de la peste
entr'atttres le P. iVIartin Carie1; frère de MI' du ROi;
le frère Antonin Sauvage fitt aussi fraPPé de la peste et
mottmt le 3e jour" (m.
Le témoignage le plus bouleversant reste
celui de Jérome de Veyrel, avocat en la cour de
la sénéchaussée de Périgueux, qui se réfugie, dès
la fin du mois de mai, avec sa famille, dans sa
maison de la Jarthe, paroisse de Trélissac (2~). En
effet, en moins de trois semaines, disparaissent
quatre de ses parents proches. Sa fille Ysabeau,
quatre ans, tombe malade le 2 septembre. 'llprès
l'avoir mise au lief, Ime grande fiebvl'e la prit et de là
à qttelqms hellres tm grand vomissement à deux
diverses fois. Le lendemain après dinée, lille catarre la
saisit", alors que lui apparaît "soubs l'esseZe clroicte
une enflure ou peste grosse comme tme noix, elle eut des
convllisiom à cinq diverses fois qui lui faisoit tordre le
bras et la jambe droicte". Elle meurt le 3 au soir. Le
lendemain, Jérome de Veyrel lui-même "sentit
SOIl mal JOllbs l'essele droicte qui lui étoit sorti la mtict.
(... ) Après avoir pris dfllx potions cordiales et lille certaine drogtte, la fiebvre le quitta et demettra trois
semaines à achever de sortir; petl après on lui appliqua
(2).
Il (!(,l.
25
GÉRARD
Vicomte de, «La peste
à Sarlat de 1629 à
1634.» BII/I. cie !a SOl'.
HiJf. el IIreh. dl!
Périgord, tome 27,
1900, p. 286.
26
GOUSTi\T
Abbé, «La Linde ct les
libertés communales à
La Linde.» BI///. de !a
Soc HiJt. ct Ilreh. dll
Périgord. tome 10,
11'18.), p. 393.
27 - B.F., Coll. PérigO
ord, vol. 41-), r J 96 V
(1 Mi 255 RI):
Histoire des Récolle(s
de Bergerac.
2H
DU)ARRICDESCOMBES A., «La
peste ~t Périgu<:ux e( la
dévotion il Saint-Roch
(1631).»
l.tI Sel!JdÙ1C
ReligiclIJe, nO 1, 22 jan.
IH98, p. 52-57. (Arch.
Dép. Dordogne, REV
">69/29).
2~ ~ L'ancienne paroj~­
sc du Cern a ('u:' remplau:e par cdJc. de l.a
Bacht.:lIerie, L'éf.dise
était située dans le vallon du Cern, au-de~­
sous dcs Fomanelks.
non loin du carrd(Jur
de la i\lule-Blanchc:.
dessiis 1/11 CCllltere j)()tC/ltie!", puis on lui perçe le
bubon qui "delJlellrel llill/lOir OIIVeJ'! (!uec des dOllle/IJ'J
illdici (b) !es". Le 5 septembre, le "II/ClI pcIsse à Sé!
felllme", Marguerite Chatat'd, vingt-quatre ans,
"Clvec 1/11 gralld l'Olliissellleilt et llIle grelilde fiebure. Oll
!lIi dOJlJlel COll/ille eÎ IIli de/Ix portio/ls cordiClles. elle
tctuoit de mesllle sOllbs l'essele clroicte (//JI bllbo/l).
II/(fÙ elle Il'Cllt j}(fS !cl force cie résiJter" et mourut le
8. Une semaine plus tard, le 14, c'est sa grandmère âgée de quatre-vingt ans qui est atteinte
par l'épidémie et qui meurt le 16. Le même jour,
c'est son père, Jean de Vey rel, conseiller au
Sénéchal, qui tombe malade, il décède trois
jours plus tard. Chaque fois, la famille enterre
elle-même ses morts "sollbs le grclIld pOlllmier dll
jlctit jc!rclill" de la propriété. Pendant sa maladie,
Jérome de Veyre! fait le voeu de faire bâtir une
chapelle en l'honneur de saint Roch au lieu de
sépultures des membres de sa famille ''jlollr le
repos de lelm cÎlIleS et pOlir rwdre grâce cl !cl dù'ùle
bonté de ce qll'elle Illi CI eJlcore comerué sC! vie et SCi
sC/IIté". Cette construction est effective dès juin
1632.
Durant l'été 1631, du côté de Badefolsd'Ans, on apprend à vivre avec la peste. Jehan
de Raffailhac et les personnes épargnées par
l'épidémie s'adaptent: "Le dilllcllldJe 27 jllilbet
/63/ je sllis esté rÎ ICI lJlene CI/IX ... (Fontanelles ?)
den bCl/lt jletr demiS lesglise dll Celg (2~' coe!lebrée pelr
messire Frc!Jlco)'s Setrlclt CI cc!!lse de letjjéctioJ! qll)' est CI
!cl BctdJe!erie et c///tres circo/lvoisines. (... ) Lé! pe.rte
reglle cl jJl'eJC/llt J (J jllilbet ell jllllJiCllrs eIldroits lIIe.rlllC
dll be.l'!clil dll coIl.rté des Gre!Jlge.r (Gremges-d';lm) et
de St OnJe et pOlir les penoJllICs CI Nctilbe/c. let
BefdJelelJe, TerctSSOI1. St Cij}J'ÙJl. St Robel: dll cOl/Sté
de ClIbe!s et ell pi/lSiCIII'J e!lltres 1'i!!ages proJcbeJ cliC)'.
Et !1)'e7I JOllt CI PresClilt eXCIJlJ (exelllpt) dl/diet II/ct! et
Je ferll/ellt colllllle silJ 17e!ISJellt jCllJlefis hell de Ille;!. 111/
IIlCIJ cie St RctbieJ: Ollt e.rté tOlliNJ dl/clict II/({! clOll
(clom) il mellrellt etrclllgell/wt dell.>.; petitJ (ClI/cllltr) ,
cbes IIIOll ollcle le i'cfdet ''1''. Lct IIIc;!lcltliei'eJl!/e cie
Gmill" (Génis ?) (p. 28). Mais l'épidémie continue à sévir: "Le siellr de !cl DOllllllCllcbie cie St Robel:
bOII/IIIC biel2 litt)', Jestcmt rettiré Cl ICI Pal/rte/rie ct i'cl/lse
de !CI colltClgiol/ qll)' estait Cf St Rober et dllqlle! i! y
CJtoit lI/ort clC/lX filhes, fe//Jt .rcfùi de ceste IlIct!lculie et
pOl/r lliJlfecter le liC/l elllprll71tct IIllC .... et Je rettirel cl
Leyllleirie 0/1 il IllOlmlst ct limtcmt cie SOli etl'rivée. le
20e 011 2/ elOllSt. (Ce fut un) bOll/llle gl'cl7ldellleJlt
regretté". Puis l'épidémie semble connaître localement une légère accalmie: "Cctlgellt (est) gre!llclement l'ctre et les II/ClIlClclie.r colltClgie//Jes grC!llclelllelllt
ji'eq/IC/lltes, llIC1is 11011 PCIS clctllJ ceste pClmine". Même
si, "le vcmdrecly 12 septell/bre let lI/c;/cfdie mt ... cl/l
Rel!lIC/1 (Le Ramail) presctllte pClroù.re et le 26 .l'est ...
CI ICI Goyrclllclie" (p. 30). Une mort subite peut,
elle-aussi, être attribuée à l'épidémie lorsque le
reste cie la famille est décimé par celle-ci : 'Le
IllClrcly 23 JeptCIIllbre 1631 }mme C!Jctbctlles, II/ct belle
soel/J: /clllllile e/ Pierre LClbolJ'e. bOI/JXeois de fÎ!Iolleli'.
est clescedée ({)'Cmt disllé leclict jOllr bien JC/)'lle et CI
!)'llSte!llt IllOlmlst cll/{/ict IlIct! COIlllllllllg (. .. ) QI/elqlles
50
nKnt
Il s'agit prohablc:dc: Léonard (\(,
RafTailhal, sieur de
Fomenilles, mort en
\ (i5(1.
ÉPIDÉMIES DE PESTE
EN PÉRIGORD
AU XVIIe SIèCLE
" ',"Environs" touchés
\_, par 1.1. pt'ste
1
B.J.defols-d'Ans (1631 : ;'$ mort!>!
S~ülh.l;:
Genis
Cub.ts
Ev::ideuil
6 Granges-d'Am
C:h,1pdk'·Salnt·lc~lO
il-
L..-l
9
5.\iot·R;tbier
10
L;.~
11
Terra.$.'Son
12
)S$.mdon
&lchcllerie
13
Perpezac
14
Saint-Cyprien
15 ;\yen {1630:400morrs}
16 S.1int-Roben
o
17
Juill<:\è
19
Periguèux (163! :2000mor!s)
20
r~!\'C'$
21
Domme i 1629: ]40 mortsJ
_~
S.UI.l1
23
S.lii~;fM(,
(1631 :500morrs!
'\""'~ :'r>il.oolie::.. .\nln1"in '1 b2~·: (>(L ,
l
~ P('knn"t~t'
dt' : ('3~)
•
Essai de
cartographie de la
peste et des épizooties animales
en Périgord entre
1628 et 1667.
31
3! - La croix de Jean
d'Espagne est située
au
Champ
Saint.Martin, sur l'emplacement de J'ancien cimetÎ(>re paroissial, à J'entrée du bourg de
Badefols-d'Ans,
32
COMTE Abbé.,
"Badefols-d'Ans,,,
I3J/II. de 1(/ Soc l-lù/. et
A nh. dlf Pélï~i!,ord, tome
2~, 1901,p,:î:î2.
- SECRET J, "SaintRoch dans l'Art périgourdin.»
Périgord
/lc/lftlli/éJ. nO 570, ()
mai 1972, p. 1 et 1\,
32
jours aprés mort/st (moll) beall père Lc/borye. DCllls
lmr maison y est mort son becl1lpère, belle mère, belle
soellr et qJtelques vallets. Et mOIl beall frère sest saliVé".
Jehan de Raffailhac insiste alors sur les ravages
de l'épidémie dans la paroisse de Badefolsd'Ans: "La peste sest ... e dans la parraisse prelllieremant au Ramai, douze jours aprés c/ la Goyrandie,
Imict jours aprés a la Louge (La Longe) et le
climanche dottsies77le octobre est mort a Badefol dam la
maison de Pecon tlne fame d1lng Fougiesrollas sergent
royal qll)' sestoit reffttgié alldict fim a callSe dit grand
proces entre Charivean et Lacoste comme a)'ant serv)'
lesdicts Lacoste a mode des te)'1JZoings de table. Est
mort 48 personnes a la GO)'l'andye et all Ramai, 30
a la Louge en 1lne maison" (p. 31). Le nombre de
décès en ce dernier lieu confirme l'importance
de la promiscuité dans la propagation de la
maladie.
Comme, un mois après, la "contagion" est
roujours là, la peur s'installe. En témoignent les
réactions suivantes de la population qui espère
trouver dans une pratique religieuse plus intense le moyen d'arrêter l'épidémie : "Le dimamJJe
19 octobre messire He!ies Rc/ffard prêtre vicaire de
Bctdefol est ctlé clire lct messe p01lr la pC/l'misse ct lct
Croix de jean despaigne Iii) a came de lct contagion. A
came de la contagion qll)' est ail Ramai la Go)'rand)'e
et la Longe, il a esté esrigé Ime confrairie par les habitans de la presctnte parraisse a l'honneur de Monsieur
St Roc et dressé lm ctlltel contre la pille cl!t milhie!! de
lesglise qJte jay acisté a porter et faict Veit dy faire dire
des messes le jour de ce selim et faict Img servia a son
honneur 1i2l. Et volo!ltctiremctJZt messire Helies Rctffctrd
a presant vicaire clù)' est chargé d)' dire messe tOllS les
vctlldredys. Et Mathicts Raffctilhctc mon père ct fctict
veu tctnt pOlIr Illy qlte pOlir tom cel/X de sa maison q1le
J)' Die1l noliS faisoit la graa de nOIlJ preserver de a
mctl qllil doneroit pandant sa vie, ct/lJmellemant, Img
picolltin fromallt a lesglise ct l'homZeltr et intalltiolZ de
lvlomeignel/r St Roc. Et mo)' de mon chef ct)' fctict vell
qm sy Die1l 110115 faict lct graa de nOlis preserver qm
pctndctJlt ma vie je fairay dire amme!!emant mze meSJe
ct l'honnef{r cie lct benoiste Vierge JVlctrie et Ime ctlltre
lllesse cl l'holZlZeltr de JVlomeiglZell1' St Roc" (p. 32).
"I! ct esté re1Jlctrqllé qm jectJl Grctsche est do ...
et SCI fct17l171e de lct Go)'rct7zd)'e ct)'ctnt fctict Vell et sestctnt
fcticts e/lfegestrer dctlls lct liste cles confmires ct St Roc
et promis qlte 5)' Diell lellr fctisoit lct grcta de se comerver dlle/ict mctl qllils don(e)ront ctJllwelle1Jlctilt pctndctnt lmr vie lmg picoutin fr017lctllt et lmg picoutin
segle ct IhonJlel!r de lvlomeignellr St Roc. Depuis, tou-
(Ms de ce mal fort sltbinetelllant, en SOlZt guéris 7rlctis
mirr/mlellSemant dallltant qlte toutte leur fct17lilhe,
qllatre en nombre, esto)'eJZt morts de ce 17Ictl et que
presqlte tOllS dam la Goyraildye sont morts le jOllr
quils ont esté tOllchés de ce 771ctl" (p. 33). Ainsi sont
tentées en pays d'Hautefort et Périgord quasiment toutes les solutions à caractère religieux
envisageables pour stopper l'épidémie : les
messes en l'honneur de la Vierge, les prières, les
processions et pélerinages dans les églises de la
ville ou à un sanctuaire réputé pour prier la
Vierge de "les préserver de ICI peste et de la famine",
les voeux et promesses de dons annuels et à vie
de messes mais aussi de parts de récoltes, l' érection d'une confrérie en l'honneur de saint Roch,
le saint le plus invoqué contre la peste.
Cependant, il ne s'agit pas là d'une confrérie
charitable pour aider les pestiférés, mais d'une
confrérie de dévotion envers le saint (Il).
Le 30 octobre, à Sarlat, Pierre Chassain,
maître chirurgien, est engagé pour traiter la
demoiselle du Pouget "malade d'uIle tm77eur coJZtctgieme à la misse gctmhe", jusqu'à ce qu'elle soit
guérie ou décédée, recevant en paiement une
"bctglte d'or dctns laqlte!le est enchctssée une pierre
ctppelée turquoise talhiée en am; ct l'entour de laqmlle il y ct quinze petits dictments emhaSJés" il
- 1632 : La maladie s'éloigne enfin de
Badefols : '1:1 presct7zt 1 711ct)', ne Je pctde point de
lIlaladyes JJI (a) Ilest a St Orsse et jltilhctc" (p. 36).
Mais elle reste dans les mémoires. En témoigne
cette évocation des épidémies à l'occasion de
l'acquisition d'un bien: ilSoiet a callSe de linco7l70ditté de notre gentilhomme Momr de Pe)'mllx de Lon
pctr le moyen de ses grct7zcles qmre!les avecq les Messrs
de jamzeboeltj 011 ils me mesloit sam)' estre, 011 ct cctllse
dll logeman que ctVOIlS reali pre)'s IlIzg rm qltCst trois
plm qlte jct1Jlctis desPllis 1IIct nayssana, Otl CI cctllSe cles
JJZct!laelies q1t)' JOilt esté grctndelllant freqtlctJZtes c!ct7lS le
pct)'s, je !Ile suis efforssé drlVo)'r !IIze repaiete pOlir aste
ter(re)et pour )' pctrvenir ctY ctcsepté le xxe octobre
1632 le bien que Fmncillon Eymoltgiel' r/voit cttl villctige de lct Reilhe pctrroisse de Nailhac moyemzrlllt
100 livres". (p. 40). Cependant, selon G. de
Gérard, les testaments de pestiférés sont très
nombreux jusqu'en novembre dans les minutes
de Rey, notaire de Sarlat qui, pour se protéger
de la contagion, s'arrête chaque fois à bonne distance des malades pour prendre note de leurs
dernières dispositions. Le Livre Vert du Consulat
de Périgueux permet de savoir que la ville
j).
33 - llIRAllEN J.-N.,
1975, Ou\'. cir., tome
II, p. 7H-~O ct ~:j.
31
GÉRARD
Vicomte de, 1900.
OU\'. cit., p ..)70-.=)71,
ROUX Chan. JMAUBOURGUET
j.. 19-Î2. Ou\'. ciL, p.
1.12.
55
ct
_16 - Arch.
DordoglH:.
dép.
E
Ir/lo.
,1~57,
.lS
VJ\Ll'TTI' J.
OU\'. clt .. p. 5.
VALETT!'
J.
19'5 -, Ou\'. CÎL, p. 515.
ENTR/\YGUES
Chan. L.,
l\"o/n-j)(!1Jh
dl/ P,;rigr;rd. 1~'l!fd{' .ll!r /d
Saillie
[~l'(}~:':t
dl
Pt'rigrml.
Périguéux,
Cassard, 192,s, p. 1o~110.
l')
u
J.
ROUX Chan. J
MAUB01'RG1'ET
lSLj2, OU\'.
J'. 2·î;-:-2·j').
CIL,
connaît une "violwte cOllte/gioll" qui a poussé la
population à demander l'établissement d'un
autel dédié à Dieu sous le nom de saint Roch en
reconnaissance des "emistmce5 reee/tes jier l'illterceJSÙJIl cie ce Jctim " ';)'.
- 1633 : La peste semble connaître une
certaine reprise à Sarlat. En témoigne le procèsverbal de visite du corps du chanoine Jehan
Monzie, réalisée le 28 avril par le parfumeur
Pierre Brete pour reconnaître "si! y c!IIroist e!llC/lII
chell'boll JOIlbz ses esse/i!es" et qlli COI/ste/te qll 'il "C!lJoict
trmvé JOllbz les e/isse!kr dlldiet Alollzie. dJc!llOim, des
elllplClstre.r qlt"OIl ill)' Clvoict (/ji!icjllé j}()lIr III)' clicler cl
exjieller le L'ellill. qlli Il 'C/l'OÙlt jMS jml opérer: qll 'il
estoit Illort d'Ill! cbarboll cOlllllIe il C!l/oit fort biell
relllclrqllé et .resvaletz. t!l'ec jililSiell1J t/lltres tClScbes
qlli se trmvoiellt Sllr SOli COljiS: q/le jiollr c!l'CJter le colin
cie ce l'mill. il/cdoist jJl'O/lIjitellle/lt /clire ellterer ce
COIjiS" "1,,. Ce qui fut fait, non pas comme d'habitude dans le caveau des chanoines de la chapelle Saint-Benoît, mais dans le cimetière de l'église Saint-Nicolas-les-Sarlat, au sud de la ville. Et
le continuateur de la Chrolliqm de 7êmle de noter
: "1C/ jieJte S'écbe/llfcl dt/lls le/ ville (tlllle Ji grt/lldeji)}'{C
qlle ell jJe/1 de .101111 elle fellJt jmJqlle déJerte"
- 1634 : La peste continue encore au printemps en Sarladais, les malades infectés étant
isolés à l'écart de la ville. Ainsi, en avril ou mai,
une servante du couvent de Notre-Dame étant
allée voir "dallJ Illle bI/te. SOli frère lilet/cide de lei
jJeJte", fait pénétrer la maladie dans le couvent
où l'une des pensionnaires, atteinte par le mal,
est sauvée par les ferventes prières de la communauté. Les mêmes religieuses de NotreDame évoquent la fin de l'épidémie d'une façon
à la fois curieuse et naïve: "Pe/! cie temps après. l'III'
l'bellre de vesjms. OJlvit paroistre c!II ciel trois étoiles.
011 COllJl/ftef 1111 c/Strologlle Sllr ce prodige et il ell c!IIgl/l'Cf let fill prodJcJim cie la jieste. qlli ewa bielllôt" ,;s'.
- 1647 : En juillet, les consuls de
Périgueux, avisés qu'il y avait "ci Bordeetllx.
Blct)'e. ZefilltOilge et Angollmois de ICf peste", prennent des mesures pour protéger la ville de l'épidémie : netroyage des rues et des maisons, enlèvement des pourceaux, lapins et pigeons, fermeture et garde des portes. "Le JIlet! Cf)'Cllzt cessé cl
BordeClllx et clI/ltres CIIdmiets CIII COIIIIIIWCCII/e/lt de
septell/bre. ICI gemle des portes cessc/ levillgtiesll/e sejJtembre " "'J'.
- 1657 : Après une interruption d'une
vingtaine d'années, Jehan de Raffailhac reparle,
cette année-là, d'épidémie mais sous une appellation bien particulière: "TrJ/ltte ICI Frc/Ilcc est 4fligée e/ jirese/llt cllIllC ta/!).: et dOlllCllr de costé gtlllihe. Il
ell II/ellrt q/IClqllJlg princijJct/lelllemt sifr Ile soll! pas
biell SeCCOII1ïIS. Le simr DlIJlIc/s de St Refbier est deecedé lelill/ùl de II/em!y 1() eljJVril. et le siellr de BeetllliCII
de ICI Cbctpelle est lIIort ICI 1111ùl dll II/ercredy J1 dllcliet
1110)'5. dellx persolliles qm je regrette fort COllllI/e II/es
prodJeJ jJcm/llJ et Clllip. Lei veille cles RcfIIlee!llx 11/011IïISt cllI Illet! j)(}jJ/lletire 011 ell/trelllelilt dll IlIct! cf lei 1II0cle
}ClqllCs Seglly. siCllr de l'vlelets " (p. 170).
- 1669 : La contagion, sous une autre
Saint-Roch
Il
(bas-relief en pierre
polychrome,
daté 1611, portant
l'inscription: ORA
PRO(NO)BIS.SAN
CTE. ROCHE.VT.
Thiviers, quartier
Sazint-Roch.
A.D. 24. 2 J 1280.
appellation encore, touche de nouveau la proche
parenté du juge au travers de sa belle-famille et
de la maisonnée de celle-ci. Jehan de Raffailhac
désigne là une forme particulière de peste,
moins virulente, se manifestant par des taches
pourprées: "Le ge (IOIIJt 1669 est deecedée Frefllco)'se
Bwot 1lIC! belle filbe Cf !cl fle/lr de SOli age. Elle clvOit
demellré Illet/lelde le.rp(tcc de tl'O)'s ems. Ceste lIloil Ille/
fort cif!igé. II/Clis estcmt Illle JIlet/lc/cle illC/lrctble COlllllle
tOIlJ les lIIeclecillS dellleroit dClecorcl. Die/!lct féct grCfsse cie Ile ICf fetire pClttir dClvellltCfge. Elle !let letissé
qll/mg fils et 1Ille filbe et NellJsClc SOli lIIetl)' leq/ICI
tlllllbci lIlet/lcfde le jOllr cie set sePllltllre qll)' fellJt le jOllr
de St L,wrellt dClttClq/IC de pampre et fieb~'re cbe/lldc.
Et .rems le bal! seccomJ qllil bemt, il !lell bemt relepvé.
Leqmllllc/i se COllllll/llliqllCl (/I{ llOllllllé CC/clet qll)' le
serI/oit dc/IIS tOllt SOli Illet! Sc/IlS le qlfittel: Et !le t'Olt/Ielllt lediet CCldet prclildre de lIIedicclllICmts il IllOlllïlSt
dll sllJdict Illet! le 9 sejitelllbre c/pjms. Nostre lIIeti.roll
fe//Jt descriée COlllllle IIIClisol1 011 il)' CI fieste. jiollrtemt
l'vlelde belle fi/be 1II0lm/Jt PO/llllolliJte. Elle jiC/rlcl tOIIj0111J j//Jql/rl/I demie!' sOl/pil' (... ). Lei Illct!lcldie se
COllllll/lllicjllt/ c!II.\' l'tt/letl' et J'fI'UClllteJ qlly CIL'Oit .l'en')'
33
Narsac et encore a/Ix mestayers de COllcmgles, et cel!X
dù)' sans obmettre ma filhe dl! Metgne ql!y ell deme/Ira ct!littée sept moys entiers et les vct/lets cwltcmt Settif
dll cetdet quy JJ70llrttSt dems le 16e jOllr de SOIl 1I!et! "
(p,
254),
- 1693 : Le journal de Mgr de Beauveau,
évêque de Sarlat, et Let contiJZllettion de !ct
Chroniq/le de Tarde, font mention de la dernière
épidémie de peste du XVII' siècle: "Si la gllCrre
civile n'étetit plm à craindre som let ferme etl/torité du
grand roi, la peste, plus terrible encore que la gtterre,
ne désolet que trop le Setrletdetis et tout le reste dtt
Périgord. (..,) Set violence fttt extrême, il mOllmt lm
nombre extraordinaire de personnes, entre autres de
diJtinction (..,) Pendetnt ces gretndes metletdies POpltletires, on sonnet swlement lme etgonie le JIlettin et le
soir après l'A ngellts, pottr exciter les gem à prier Dim
pottr cellX qui mOllretiellt le jOltr et let JZuit. La contetgioiZ finit petr petralyser tOItS les brets à let cetmpetgne
comme à let ville: les champs restèrent iiZCltltes Olt du
7J7oim ne reçurent que des labours iiZSltffisetnts "
Les environs de Périgueux sont aussi rouchés. En témoigne le livre de raison de la famille Morras, de Périgueux, à la date du 1cc septembre : "Il m01tmt cette année plmieurJ personnes
tetllt dans let ville que lû campetgne de certetùzes fièvres
metlignes et pOI!1Prées qlti désoloient le pays et tuèrent
plus du tiers cles persol2nes detns la province".
Gaucher Morras fut atteint dans son enclos de
La Peyrière, proche le bourg de Saint-Georges,
et en mourut (ill.
(Hl).
;'0 - DUj1\RRICDESCOMBES
1\.,
"Journal de Mgr de:
Bcauvcau, ~vêqllC de
Sarlat (l6BB-1701).»
I3lfll. de /(/ Soc, Hirt. el
Il l'cl!. dl! Périgord. come
3, 1H7ô, p. 203-204.
;, 1 - DUj1\RRICDESCOMBES
A.,
«Fièvres malignes ct
pourprées en Périgord
en 1()93.» 131111. de /({
SoC, l-/Ù!. fi Arch, dll
Périgord. (Ume
IHRY, p. 34.
J 6,
12 - VILLE PELET R.,
"Six Jeures de Mgr de
Francheville.» /3/11/. de
Id Soc f-liJ/. et Arch. cl"
Péri(~l)rd.
tome: 31,
1901, p. 190-IYI.
34
Une lettre de M. de Bezons, Intendant à
Bordeaux au Contrôleur général, en date du 29
octobre 1693, fait un bien triste bilan de cette
dernière épidémie : "I! fetudret plusieurs et7ZJzées etlt
Périgord pour le remettre de ce qui est etrrivé (... ) Le
Périgord estoit lm pays très pmplé,. il est mort dans les
Élections de Périgueux et de Setrlett plm de soixetnte
mille personnes, y compris les petits enfetnts, depuù lin
etU" (i21.
sonnier de la maladie (ill est très net lorsque l'on
confronte les dates fournies par les divers témoignages (Fig. 4). En 1628, elle est attestée en
mai à Belvès et en juillet du côté de Badefolsd'Ans. En 1629, en juin, c'est à Belvès ; en août,
septembre et octobre c'est à Domme. En 1630,
en mai du côté d'Ayen et d'Yssandon, et en
septembre aux environs de Badefols-d'Ans. En
1631, on a des informations pour les mois de
mai en Sarladais, à Périgueux, et en divers point
du Limousin, juin à La Bachellerie, autour de
Badefols-d'Ans, à Terrasson et à Salignac, juillet
tout autour de Badefols-d'Ans et en BasLimousin, août à Saint-Robert, septembre et
octobre à Badefols-d'Ans et à Sarlat. En 1632,
une seule notation concerne le mois de mai à
Sainte-Orse et à Juillac, et la peste perdure jusqu'en novembre en Sarladais où elle est encore
présente en avril 1633. En 1657, elle est signalée en avril du côté de Saint-Rabier. En 1669, on
en reparle en aoùt et septembre du côté de
Badefols-d'Ans. En 1693, Périgueux comme
Sarlat ont à souffrir de la dernière épidémie du
siècle.
Si Jehan de Raffailhac ne donne que peu
d'indices cliniques, d'autres témoins contemporains permettent d'identifier avec une quasi certitude les types particuliers de peste dont sont
victimes les Périgordins. Entre 1628 et 1632,
les recoupements des témoignages et des observations actuelles de médecins comme P. Villatte
(il1 à Salignac et surtout J.-N. Biraben (i51, permettent de penser qu'il s'est agi de la peste
bubonique ou hémorragique, éventuellement
du typhus ou de la peste exanthématique. En
1657, les détails cliniques et l'appellation particulière utilisée nous portent à croire qu'il a pu
s'agir, cette année-là, de la forme pneumonique
de la peste.
Quelles pouvaient être
ces "maladyes" qui ont sévi
en Périgord ?
Si Jehan de Raffailhac parle de "peste",
de "contagion" ou de "maladyes", d'autres
témoins l'appellent "maladie de pourpre".
Certains la qualifient même de "maladie populaire" ou "maladie à la mode". Sous toutes ces
appellations, on a toujours affaire à des variantes
cliniques des formes de la peste. Le caractère sai-
Hormis les alertes de 1657 et de 1669,
J eh an de Raffailhac ne parle plus de la peste
durant les quarante années qui suivent la grande poussée épidémique des années 1630-1631,
n - BIRABEN J-N.,
période pendant laquelle il continue à tenir avec
1975, Ouv. cie, tomt:
Il, p. ;'0-11.
autant d'application son livre de raison. Son
ii! - VILLATTE P,
inquiétude transparaît cependant lorsqu'il
1935, OU\'. ciL, p.
I03-J(JIj.
évoque certaines autres maladies épidémiques
dont lui ou son entourage eurent à souffrir.
15 - BIRABEN J-N.,
IY75, OU\'. CiL, (()!l1C
JI, p. 42-:19.
De quelques autres maladies
épidémiques
- La "fièvre quarte" et la "fièvre
double tiers" en 1645 et 1646
U
ne douzaine d'années après la dernière
épidémie de peste, en 1645,Jehan de Raffailhac
nous apprend qu'il a été atteint pendant une
vingtaine de jours par la "fièvre quarte", sorte de
fièvre intermittente dont les accès reviennent
régulièrement tous les trois jours: ''Le dillic/ilcbe
20 e/omt eJlviroll la mÎllllict le prelllier exces de fiebvre
carte llIû prim et mél q!fitté le dilllclIlcbe 12 110VCtllibre
lemdelllélill de lél St AIe/rtil! qlle jCl)' bet! le demier
excès et let fiebvre dOllble tiers IlICi prise le llIelll:!)' etJms
et Il/ct qllitté let veille des ro)'s etpres q/le jct)' bw le dernier exce/' (... ). Quelques lignes plus loin, il fait
un nouveau commentaire sur ces poussées de
fièvre : l'Let fiebvre qllClrte Illet prise ICI llllict de
dilllemebe 20 etomt 1645. Et le demier exces CI esté le
lemdellletùz de let St IvIclrtillle 12 nov. Et le lIIeml)' Il
ICI fiebvre Illet repri.re" (p. 98).
Il rechute en 1646 : "Le jellc/Y de ICI JII)'
laresme 8 JlIem jel)' recogllIl Jletr llilg exces qll)' mél
prim ql/e let fiebvre qllctrte IIlctvois reprim !leJl et)'emt
bw despll)'s le lemde ll/elÎn de ICI St MClrtin c!bivel; ql/e
let dOllble tiers 1I/et prim lctqmlleje gélrdisjmql/es CI let
vigille des roys et despll)'s lee/ict soir de lelvigille des
ra)'s Cly be;; qllelqlles exces SelJlS estre regles et etlct fill
ledietjollr 8 IJ/em lexces sets felict recoglloitre et desPli is
regle a /Ille lIIeSlIIe bellre qll)' est elltre Ictve Jlletriet et le
.10111' fedl)'. petr IlIle froidCllr et etpres Illle gremde ebcdlel/r apres ceste dJctle/ir IlIle sllmr generetlle. PetSSé
ql/eltre exces, je IlCI)' be/! lexces cie froiet lIIetis llJze bellre
et demye ctpres jOllrfctlly Ille vinet Illle gremde ebetlwr
qll)' Ille cllIre eJlviron dellX bel/l'es et e/elll)'e. Ceste
fiebvre Ile llIel tenetilM ql/e dix 01/ dOllze jOllrs (p.
1.
101).
La "dissanterie" en 1661 et 1662
En 1661, c'est la dysenterie qui frappe
les populations aux abords de Badefols-d'Ans :
"Nom etVOllS pûr s/ll'Croist de 1I/et/bwr beûlleollp cie
Illet/etc/es dems tOltt ce pelis prillcipûllelllctJ7t ct let
Metrsetlie, et Cbetlllpûigilete (CbûlllpctgIlClI) Ily etyallt
ûllClllle lIlaison qll)' Ile soyellt estes lilet/iades cie la dissemterie. Et c!ûJlS ce village de Rct/{clilbete presqm
tOllttes eJl sont û}jligées. C'est le 15 septembre".
L'épidémie semble se prolonger en février
1662 : (... ) "Sil/lemt esté cllI bled ~'ie/lx, jûllletis IlOIIJ
llavollS Vell sy llIeSCbClllte (limée cl cclllse qllûvons grellé
les del'lliers trop /op. joillt qlle les bleclJ IZeStO)'CIlt petS
bOilS CI Cetllse cie lei nielle. et lIIeSllleJ qllCi C({IISe cles
!IIctlelclies [reqllellltes CIl llClviollS pell berttll Il)' clllletSSer
clllIClllle noix. nell et)'emt remll)' sceelilS pels IlIle. Et ct
COJlewgle tOIlS llOS lIIetel)'ers lIIc/llûcleJ desqllels ell 11/011mst sept dems troys lIIoys.Il eIl est llIort dam let pctmisse de NC/ilbClc pendetllt leJelicts troys mO)'J e/lviroll de
six vingt (120) persollnes. Et dems ceste pClrroiSJe
e/lVirOil qllelremte" (p. 204).
- La "grosse cloche" en 1681
Le Livre Vert de Périgueux nous apprend
que l'ccste elllnée. il )' bell el! ~1i!le de très gremdes
IIIct/etclies. si bien qll'Oll clict estre mort, clesPliis PC/qlles
jmqlles ct SC/illct SiqllctÎre. des persolZnes cie lei grosse
clocbe (sic) cie JllClnière qll'on emig71)'t qllC ICi colltclgioll
se mist dcms let ville. (. .. ) , ollt fist o1lvrir qllûtre corps
1lI0rts et on fist deffitllce de tmir de POIlI'CeCIllX JI)'
pigeollS d(ms ICi ville et collllllemdelllClllt ele tenir les
mes nettes. elvee clivel'J ellltres règlelllellts, qll)' n'ellrellt
PCIS cie SllÎtte peirce qlle !cl llIetfûclie cesset"
Peutêtre doit-on voir une évocation des bubons, des
"cloques" en patois local, sous cette appellation
imagée de "maladie de la grosse cloche".
Ainsi, à partir du fil conducteur que
constitue le témoignage de Jehan de Raffailhac,
s'esquisse une approche de l'histoire de la peste
en Périgord durant le XVII' siècle. L'année
1631 se révèle celle de tous les dangers pour les
populations de l'est du Périgord et du BasLimousin. On y voit défiler les croyances, les
surperstitions, les coutumes dévotieuses, les
craintes de l'homme face à une maladie que l'on
ne comprend pas et qui décime largement la
population.
Ii(,).
Il est difficile, à partir des documents
cités, d'évaluer l'importance de la mortalité
résultant de l'épidémie et son incidence sur l'occupation du sol ; les données étant par trop
ponctuelles en l'absence d'informations démographiques antérieures. Quelques chiffres donnés en décembre 1634 par les collecteurs de la
taille de paroisses aux environs de Beaumont,
peuvent cependant donner une idée des pertes
humaines dans le secteur et de la relative désertion des campagnes. A Saint-Avit-Rivière, en
1631, il ne "reste pm le sixiesme des babitallS"; à
Saint-Romain de Monpazier, il ne "demellre petS le
dixiesllle cles persollnes et des biem clemellrellt VÛCqlle/IlS". A Lolme, il n'y a en 1634 que 58 feux,
"cinq clesql!els JI)' clellle!ll'e persollne " et il mourut
'pl/lS de ql/ctrties les trois de la population (1"1. De
telles notations caractérisent bien la peste qui ne
sévit pas partout de façon identique, restant
minime par endroits, dépeuplant largement
d'autres lieux. A l'échelle du Périgord, le livre
il
16 - ROUX Chan. J.
MAUBOURGüET
J, 1942, Ou\'. CiL, p.
50().
Ct
. DU)ARRICDESCOMBES A .. "La
misère <':11 Sarladais
(163·1),» H//!!. de la SI)(,
HiJ/. el /Jr(h. dlf
p('l'Ij:,ord. tollle 2:
1900, p. ,1S1-5B2.
t
35
de raison de la famille Morras nous apprend que
l'épidémie de 1693 a tué '~11fS dtl tiers des personnes dam la province". L'Intendant de Bordeaux
donne le chiffre de soixante mille morts, enfants
comme adultes. Pour avoir une idée de l'importance de ces chiffres, nous rappellerons qu'en
1768 la population des deux Élections est estimée à 448.412 habitants par le géographe
Expilly. Il est logique de penser que les famines
du début du XVIII' siècle ont, elles aussi, fait
payer leur tribut à la population périgordine.
Aussi peut-on envisager un chiffre de popula-
tion avoisinant 400.000 habitants au lendemain
de la dernière épidémie qui avait emporté 15 à
30 % de la population. Il dépasse de beaucoup
l'évaluation faite par ].-N. Biraben de 5 à 7 %
au niveau de la France entière pour l'ensemble
du XVII' siècle. Par le dépouillement des
registres paroissiaux, des testaments, des
archives des collectivités religieuses et de certains groupes sociaux ou professionnels, l'étude
statistique approfondie de l'incidence des épidémies en Périgord reste encore à faire.
Claude LACOMBE
_ _ BIBLIOTHÈQUE _ _ _ _ _
--l
Nous vous proposons une sélection d'ouvrages sur l'hygiène et la
santé, consultables aux Archives départementales.
BARDET (Jean-Pierre), BOURDELAIS
(Patrice), GUILLAUME (pierre), LEBRUN
(François), QUETEL (Claude) :
Pellrs et terreurs face à la contagion. Choléra,
Ttlbermlose, syphilis XIXe-XXe siècles. Paris,
Librairie Arthème Fayard, 1988 [A.D. 24, B
l20n
BECQUART-IZAC (Martine) :
L'activité médicale en Dordogne entre 1800 et 1870.
Thèse (Bordeaux 11), Bordeaux, Bergeret, 1979.
[A.D. 24, A 1188}.
BERIAC (Françoise) :
- Des lépretlx allx cagots. Recherches sllr les sociétés
marginales en Aqtlitaine médiévale. Bordeaux,
Collection publiée par la Fédération Historique
du Sud-Ouest sous la direction de R. Etienne,
Imp. La Nef, 1990. [A.D. 24, B 1004}.
- Histoire des lépreux ait Moyen Age; une société
d'excllfS. Paris, Editions Imago. 1988. [A.D. 24,
C 782}.
36
BOUSSEL (Patrice) :
Histoire de la médecine et de la chirtlrgie de la grande Peste à nos j01lrs. Paris, Editions de la Porte
Verte, 1979. [A.D. 24, C 665}.
Comité des travaux historiques et scientifiques. Congrès National des Sociétés
Savantes:
Santé, médecine et assistance au Moyen Age. Paris,
c.T.H.S., 1987, (Coll. Section d'histoire
médiévale et de philologie ; Ministère de
l'Education Nationale, Comité des travaux
historiques et scientifiques). {A.D. 24, B
944/l}.
CROZET (René) :
Guide de France des sOllrces de santé - Guérir en
Aquitaine. Clermont-Ferrand, Editions de
Gergovie, 1991 {A.D. 24, B 903}.
DE SAIVE (Jean-Paul), GOUBERT (JeanPierre) :
Médecim. dill/Ctt et épidémies ci ICl fill dll XVIII'
siècle.
Paris, Mouron, 1972. [A.D. 24 B 989}'
FAUCHERE (Nicolas), MES QUI (Jean) :
L'hygiène dClIlS les cMteClllx forts ClII Moyell Age.
Le Bugue, Edition 01 Contou, 1992 (Coll.
"Les cahiers de Commarque". [A.D.24, A
1764).
MAZET (Achille, Jean-Baptiste) :
Exposé de qllelq!ICS remèdes employés CIl Périgord.
Thèse pour le doctorat en médecine,
Bordeaux, 1931. [A.D. 24, BR 1925}.
ODEND'HAL (Jean-Georges-Patrice) :
Etllde sllr let sorcellerie médicetle ell Dordoglle.
Thèse pour le doctorat en médecine,
Bordeaux, 1923. [A.D. 24, BR 1938}.
PARROT (Dr H.) :
Histoire de l'épidémie de smtte lIIilitetire. qllÎ et
régllé ell 1841 et 1842, dems le dépetrtemeJZt de let
Dordogne ... Paris, Dupont, 1843. [A.D. 24, A
336}.
FAURE (Olivier) (sous la direction de),
NOURRISSON (Didier) (sous la direction
de) :
Metletclies et médeciJles. Lyon,
Presses
universitaires,
FRANÇOISE
1992. (Collection "Cahiers
d'histoire") [A.D. 24, B
...
1046}.
BÉRIAC
ISTOIRE
DES LEPREUX
FAY (Dr H-M) :
Histoire de la lèpre ell
France. Léprellx et cagots dll
SlId-Omst...
Paris,
Champion, 1910. [A.D.
24, B 467}.
AU MOYEN AGE
SAUMANDE
(P.) :
'HClitellleJlt des IIIct/adies in(ectiellSes et
ColltczgiellJes Cl!! débllt
dll XIX' siècle ell
LimollSill. Extrait de
la RevllC d'histoire de
let pbetrmczcie. XXXVII, nO 284, 1" trimestre
1990.
[A.D.24,
BR
GAUSSEN (Jean) :
Activité IJ/édico-chirlllgicetie
dems les forIJ/cztioJZJ lIIilitetires
c/;t secte!fr-wztre de ICI
Dordogne etvcmt ICI libéreltioll. Châteauroux, Imp.
Langlois-Prévost, 1950
[A.D. 24, A 1778}.
HILDESHEIMER (F.) :
Let terrellr et let pitié. L'Ancien Régime cil'éprellve
de let poste, Paris, Publisud, 1990. [A.D. 24, B
994}.
LARIVIERE (Jean-Marc) :
A propos d'Ilne ellqllête ùztéressclilt ICI setllté pllbliqm
ell Périgord ell 1830. Thèse pOlir le doctorett Cil
médecine. Bordeaux, Amicale corporative des
étudiants en médecine, 1977. [A.D. 24, A
1136}.
RUFIE
(J.),
SOURNIA (J.c.) :
Les épidélllies dems
l'bistoire de l'bolilme.
De let Peste ct!! Sida.
Paris, Flammarion,
1995. [A.D.24, B
1206}.
2617}.
SClges femmes d'hier... Sczges femmes ell PAI.!.
et/do!!rd'blli. Traces, éditions Copédit, 1992.
[A.D. 24, BR 1656}.
Service éducatif des Archives départementales de la Dordogne:
Epidélllies CIl Dordogne. Périgueux, Service éducatif des Archives départementales de la
Dordogne, 1993. [A.D. 24, BR 1827}.
François BORDES
37
_ _ HYGIÈNE ET SANTÉ _ _ _ _ _ _ _ __
Une épidémie oubliée: la suette miliaire.
«Un mal qui répand la terrettr» , disait La
Fontaine en parlant de la peste dans l'une de ses
plus célèbres fables.
C'est dans le même esprit que le sous-préfet de Ribérac écrit au préfet de la Dordogne, le
8 juillet 1841:« Devant le fléau qui s'est abattu
sur Celles, la constenzation est générale ». Ou encore
- et cette fois plus explicitement - que le maire
de Bourdeilles écrit au même préfet le 13 août
1841 : «La smtte miliaire fait invasion dans la
comm/me de Bo/trcleille
puis en post-scriptum
de sa lettre : «La elo/deur et l'effroi sont à leur
comble »,
Mais quel est donc ce « fléau », cette suette miliaire signalée de toutes parts au cours de
l'été 1841 dans les arrondissements de Ribérac,
de Nontron, ainsi qu'autour de Périgueux?
(1)>>,
II1II
Buste de
Parrot.
A.D. 24, 2 J 1283.
38
Pour le savoir, nous avons consulté simultanément un gros dossier conservé dans les
archives de notre département et ... un dictionnaire. L'un et l'autre nous ont appris que,
selon son nom descriptif, la suette miliaire se
caractérise par des sueurs très abondantes
accompagnées de l'éruption de vésicules emplies
d'un liquide jaunâtre, pas plus gros qu'un grain
de millet et aussi serrées les unes contre les
autres que le sont ces grains sur les épis de cette
plante. S'y ajoutent de fortes poussées de fièvre
ainsi que des maux de tête. Là se bornent les
indications dans les ouvrages relatifs à la signification des mots.
Par l'érude du dossier concernant cette
maladie, nous apprenons que, brusque dans son
apparition, car rien ne la laisse prévoir, courte
dans sa durée : pas plus d'une semaine, elle est
effrayante par le nombre de ses victimes.
Pendant l'été de 1841, dans les trois arrondissements de Périgueux, Nontron et Ribérac, pour
10805 malades, on a compté 797 décès.
Disparue alors que l'automne saupoudre d'or la
chevelure des platanes, on se croyait affranchi de
sa malfaisance, alors qu'elle n'était qu'endormie.
Et la voilà qui se réveille au printemps suivant.
Mais c'est alors dans le sud du département
qu'elle frappe.
Jusque là demeurés indemnes, les arrondissements de Bergerac et de Sarlat sont touchés
dès le mois de mai. Lorsque les chaleurs furent
devenues excessives, disent en substance plusieurs lettres, la suette réapparaît dans le canton
de Monpazier. En juin, «aIt milieu de chaleltl1
étouffantes, l'épidémie reprend ses ravages et répand la
comternation (dixit le maire) clans le canton de
BealtJ7ZoJlt ». Mais c'est encore le canton de Saint-
nous avons l'habitude.
Cyprien qui est le plus touché. «Dam le seul
2 - A.D 21<,5 M 25.
(1)
1 - Sans l'S final
dOllt
bOllrg, Dll compte, ell jllill. IlIle soiXtliltetine de
lIIet/Cides. dOllt 15 pCIJi:tiSJellt être des CcH mortels ».
écrira un médecin de Périgueux venu au secours
de ses confrères locaux. Non sans préciser que
« l'épidélllie éjlolfVCtIlte d'cmtcmt plils qll'elle s'c/ttclq!le
et ccII/se des victimes dCllls let dClSSe sllpériellre ». sous
entendu, d'après lui, la noblesse et la bourgeoisie auxquelles appartiennent les personnes les
mieux nourries et les mieux logées.
En fait, quand ils additionnent les morts
causées par la suette miliaire pendant ces deux
années, les statisticiens en arrivent à décompter
1.125 décès pour 19.281 malades, soit près de
6%.
Ce que dit et fait le monde
médical
La lecture de l'ouvrage du docteur
Parrot nous conduit tout d'abord à répéter le
fameux adage ironique : Hippocrate dit oui
quand Galien dit non. En effet, L'Histoire de
l'éjlidélllie de slIette miliClire qlli CI régné dczllS le déPctrtelllellt de let Dordogne en 184] et 1842, tel est le
titre de l'ouvrage, commence par un avant-propos de combat. Non sans un certain humour,
l'auteur y conteste l'opinion de fort distingués
collègues parisiens qui, « SOifS l'impérielfSe et violente c!OIllÙZCZtiOll de Broffssctls (un très grand
patron) Ile pelfvent PÙfS voir drillS cette épidémie
qlt'mle forme de gctstro-emérite ». Alors que pour lui
c'est « lme fièvre illsidieffse et ré/llittmte », qui n'a
rien à voir avec les organes de la digestion.
D'où provient-elle et comment la traiter?
Telles sont les deux questions auxquelles il s'efforce de répondre.
(1)
paradoxe: les cas les plus nombreux et les plus
graves se situent « CIl ZOlle élevée» et la bonne
tenue de la maison ne paraît nullement intervenir pour en protéger ses habitants.
La suette est-elle contagieuse? Héroïque,
Parrot a voulu s'en rendre compte par lui-même
en s'inoculant dans un doigt de la main gauche
une goutte du sang d'un cadavre dont il venait
de pratiquer l'autopsie. Quelques heures plus
tard, une plaque rouge très vite recouverte
d'une nuée de petites vésicules apparaît sur son
poignet. Après avoir duré cinq jours, « l'émptioll
tombe en farine ». Une autre fois, en pleine épidémie, alors qu'il va de l'un à l'autre de ses
malades les mains nues et moites, car il fait très
chaud, la même éruption couvre son bras droit.
Au bout de quelques jours, elle disparaît comme
l'avait fait la précédente. De sorte qu'il hésite à
conclure.
t'r:"'Y
cc .....Jf...,..h~ ../
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"'-C"'("Y"':f
-
r.e.>.:.<"~x~.
.
Quelles sont les causes de la
maladie?
.") - Il i..'st alors médecin
des prisons i..'t li..' pré fer
di..' l'époqui..' lui confie
la suryeiHance di..' l'épidl'mii..'.
Après avoir dit que c'est l'interrogation la
plus fréquente, Parrot avoue que c'est aussi la
plus embarrassante et qu'il ne peut que se borner à des constatations. Ainsi a-t-il remarqué
l'influence des vents. « Cest tOlljOllrs Clvec le vellt
dlf slld-ollest qm let slfette fctit SOli czppCllùion et tOIljOllrs le vellt dll IZard-est qlli IIOIfS en délivre. Si, pOlir
les femmes, let grosseSJe. les cOllcbes et l'ctl!etitelllent sont
fretgillscwtes », chez les hommes, « ce sollt Slfrtolft
les slrjetJ ell pleine force de 25 cl 32 etllS qlfi sail!
CltteilZts ». Déroutante suette qui frappe moins
les plus faibles que les plus solides, en apparence!
En examinant la situation des lieux, autre
Il
Lettre du
curé de SaintCyprien au Préfet
et réponse de
celui-ci. 1842.
A.D. 24, 5 M 25/5.
Le traitement
L'accord des médecins qui soignent la
suette est total. Si total que la prévention « des
fidèles dévots de Brolfssais tombe devetllt les fetitJ ». Ils
refusaient l'emploi du quinquina, alors que le
sulfate de quinine se révèle être l'antidote souverain. Pris à doses plus ou moins fortes pendant
les quatre premiers jours de la maladie, et
conforté par de l'azotate de potasse, une saignée
ou bien des sangsues, tous se sont loués de
l'avoir prescrit. Lorsque la tête « pr/l'{tÎt se
39
prendre», il est sage de « mettre de la moutarde allx
pieds dlt patient Olt des vésicatoires attX jambes» pour
la dégager. Afin de compenser la rudesse de ces
remèdes, on donnera quelques douceurs au
malade avec des potions composées d'eau de
mélisse, de laurier-cerise, de fleurs d'oranger, de
sirops d'éther et d'orgeat. Une recommandation
importante est de ne pas surcharger le fiévreux
de couvertures. Car « il ne faltt pas croire qu'en
activant la sueur on guérira pllts vite», c'est le
contraire qui se produit. En revanche, il est
nécessaire de changer les draps et le linge de
corps lorsque la sueur les a trempés.
Disparition et récidives
Après avoir déclaré que, par le canron
d'Eymet, la suette avait rouché quelques communes du Lot-et-Garonne en 1842, Parrot termine son Histoire de l'épidémie en disant que
« vers le 7 ou 8 août (de la même année) elle a quitté les deux départements ».
Mais chat échaudé craint l'eau froide ! Ce
n'est donc pas de sitôt que la surveillance cessera. En 1849, certains cas de fièvre éruptive
ayant provoqué des doutes, la commission du
conseil d'hygiène de la Dordogne fait imprimer
et largement distribuer une notice relative aux
précautions à prendre et soins à donner en cas
d'épidémie.
Ces précautions n'ont -elles pas été bien
observées? Quoi qu'il en soit, le 13 juin 1859,
la gendarmerie de Tocane signale au préfet que
102 cas de suette miliaire, dont 70 en voie de
guérison et 16 encore très graves, doivent être
suivis dans la commune de Montagrier.
Exagération! proteste en substance le sous-préfet de Ribérac, aux yeux de qui la maladie est si
bénigne qu'il n'a pas cru bon d'y aller voir.
Mais voici que, parmi les dernières pièces
du dossier relatif à l'épidémie, nous trouvons
deux grandes affiches qui ne laissent pas que de
nous surprendre. Placardées à Angoulême,
l'une, déclarant la suette miliaire contagieuse,
précise qu'il est dangereux d'aller à toutes
réunions, qu'il s'agisse d'enterrements ou de
fêtes « parce qu'une seule personne qui porte le germe
de la maladie peut trammettre celle-ci » ; l'autre est
un arrêté d'interdiction de rassemblement, pour
cause de suette, dans les arrondissements
d'Angoulême, Barbezieux, Cognac et Ruffec.
Signées du même préfet : Léon Pommeroy, la
première est sans date, mais la seconde porte
celle du Il juin 1906.
Lui font écho en Dordogne, à la même
époque, trois documents dont nous ne résumerons que le plus important. Il s'agit d'une lettre
40
du docteur Bosselet au sous-préfet de Nontron,
au sujet de la foire qui doit se tenir le 14 juin
1906 à Javerlhac. Etant donné que la plupart
des marchands de porcs viennent de la
Charente, le médecin a d'abord demandé au
maire de la commune d'interdire la foire. Ce que
son conseil municipal a refusé en arguant que ce
serait une perte financière dont bénéficieraient
Piégut et Bussières. Pour la paix de sa conscience, Bosselet se rourne alors vers le sous-préfet en
lui demandant cette interdiction. Prudemment,
celui-ci transmet la lettre à son supérieur hiérachique, dont nous ne savons ce qu'il en a dit,
puisque sa réponse n'est pas dans le dossier.
Il faut en arriver au 20 juillet 1912 pour
voir enfin se clore l'hisroire de la suette miliaire
en Périgord. Le dernier document de la série est
le rapport d'un médecin à la signature illisible,
sauf le prénom « Pierre », qui se dit médecin des
épidémies dans l'arrondissement de Bergerac.
« Sur la réquisition de Momieur le Som-Préfet », il
s'est « tramporté le 20 juillet 1912 dam les commImes de Lanquais et de Vctrenne (canton de
Lalinde) à l'effet d'examiner la marche d'une épidémie de rougeole et de suette miliaire ». Sa mission
remplie, il conclut que « c'était la rOltgeole classique chez les enfants » et que, « chez les adttltes, elle
s'est accompagnée de sueurs froides ». Sans plus.
Précisons que le rapport se termine en
insistant, plus qu'il n'avait été fait précédemment, sur l'indispensable désinfection « aIt formol
et au grésil » des chambres que le séjour des
malades a contaminées, ainsi que des locaux scolaires avant la réouverture des classes, lesquelles,
dès les premiers cas de rougeole, avaient obligatoirement fermé leurs portes.
Alberte SADOUILLET-PERRIN
Extrait de la Petite encyclopédie médicale du professeur Jean Hamburger, Edition Flammarion
médecine, 1972 :
Suette miliaire : caractérisée par l'existence de
sueurs profuses, de fièvre, d'une éruption vésiculaire, parfois de gêne respiratoire et de
troubles cardio-vasculaires ayant pu entraîner la
mort. Caractère épidémique localisé possible.
Origine inconnue, parfois attribuée à une rickettsie.
Rickettsie : germes particuliers, intermédiaires
entre les ultra-virus et les bactéries, notamment
responsables du typhus exanthématique (dit
épidémique) transmis par les poux, et du typhus
murin transmis par la puce du rat. (Réf. : les analyses médicales. M. Diesnis)
_ _ _ _ _ _ _ _ _ HYGIÈNE ET SANTÉ _ __
Quelques remèdes anciens contre la rage.
III
Statue de
saint
Côme,
patron, avec son
frère saint Damien, des chirurgiens. Il est coiffé
d'un bonnet universitaire et tient
une fiole à la main.
à
Photographié
l'église de NotreDame de Trélissac,
avec l'aimable autorisation du père
Ventoze.
Photo Denis Bordas.
Le centenaire de la mort de Pasteur nous
fournit l'occasion de publier des recettes inédites
concernant le traitement de la rage, appelée
aussi parfois hydrophobie. Ces textes, pour la
plupart non datés, remontent tous cependant à
une époque antérieure à la découverte du grand
biologiste et nous fournissent d'utiles renseignements sur la pharmacopée traditionnelle des
XVIIIe-XIX' siècles.
«Remède illllllclIlcable contre la }'(Ige.
qllalld 1IIêll/e 011 ell alm/Ù ell clellx Clccès. sçclvoir:
mlCJ pOllgné cl'herbe de la rue,
Illies pOllgné d'églcmtiés ail rosiés seetllVclge. de !cl
secollde pectIf de l'lin 011 de l'ctlfttre.
Iflles POllgllé de pctcrette Olf cie /J/ClIxriette SeCllfl'Clge.
six lIIorcectll cie ficmte cie pOIIl/e. ICI jlllfS blclIldJe et ici
II/eil/elfre.
six gOllCceS d'ctille,
!fil gros de jJ01TOvimx Olf clelfx Il/oyem.
dCllx C1fil/eré de cel.
delfxverre de cClbelret pleillS de villCtigre cie viII rOlfge.
le PÙIS violellt sem le II/eil/Cllr;
f?lire illjlfSsés le tOllt emell/ble dll soi,. ctll !Ile/tin, qlle
tOlft infime qltcttorsse 011 qlfillJe helfre.
011 jmsserci le tOllt clctllS lm linge; OJl ell fe}'(l jJreJ)(/re
ctIf IIIct/etde, l')' c'est 1111 bomllle follt cillq C1filleré ordiIlctire. et le II/circ l'CljJpliqlfé Cf l'elldroit olÎ 011 ct estés
lIIordlfS. Sy le 1IICllcide Il'CI jJclS d'accés (cie fièvre). le
Jelire jmJlllellé et 017 pmt le Jelire IIIclIIgés dellX hCllres
cljJrès.
CeJt bOIl tÎ tOlftes sortte de jlcnolllles. lIIêlllej//Sqlf'cÎ des
jlctifJ elljallJ. ell jJrojJOrtiollllclllS s!!ivallt les .ges leJ
ClIilleré: desJellllllles. 011 Imr ell dOlille qlle/ttres 011 trois
milleré, pOlfr les cbeveclIIx {et les} boeflj les dOlfble cles
bOll/llles.»
AD24, 2 E 1842/167 (6).
«Polfr !clver Illle 1ll0I'JJlre cl'lfIl cbiell ellretgé, villctigre.
os de sècbe, ctllln, sel: jJlfl//érisez le tOllt et. avec Ifil
oignon bletllc, frotter jlfSqlf '(tIf scwg. etprè{s a}//oir
colfpé le permt de le tOltl: Ellslfite. clpliq!fez-s-y de let
tériaqlte et. si l'OlfS Jelife biCll.//olfS CIl fe/irez prelldre
d'abord (Ilf mordll jlfSq!fe tÎ ce qm l'OlfS )' jJOltlclY Jelire
cljJjJliqmr les vellfolfses.
Si l'OlfS volllez cOllllOistre si ICI lIlorslfre est d'ml (/Ililllct!
ell rctgé ail 11011. cljJ!iqlter deJIIJ !C, moitié d'llIle feue: si
elle tiell. c'est IfIZ elliclrqlfé (?) CfI/il eJt. Ji clle Il~)' tiell
41
pas, qu'il ne l'ay pas.»
o
AD24, 2 E 752/1 fol. 20v -21.
"Autre remède pottr la rage:
ayez lm arallg sore, concasser-le bien et apliqltez-le sur
la morsure,' et réytéray 3 011 4fois, c'est-à-dire lme foy
le jours.»
ibid.
"Remède contre les morsures de chiens, chats, loups et
toutes bêtes enragées.
Il faut dettx espèces de simple, que l'on nome morillon
et sèneç01z. On les meillent tOltS les matins, 017 en
braye dans les mains autant de l'ltne que de l'autre, en
sorte qu'elle puisse faire lm cataplasme.
On pille de l'aille ell gouce, et du sel ordinaire, la
même quantité,' on y ajoute lm pell de bon vinaigre
pour l'amolir,' ensuite on le mettera sur les herbes lm
peu plltS éPais qU'lm ém de six livres.
Il fattt appliqtter cela tOltS les jours, le matin. On lui
laisse faire sail effet vingt-quatre heures sam y tom/Jer.
On renouvelle l'emplâtre neuf Ott dix jOltrS de suite.
Quand les playes sont considérable, on le fait dellX Olt
trois jours de plltS. On s'apperfoit le quatrième jours si
l'animal dont on a été mordu Il 'a pas de mal.
L'emplâtre /clit sécher la playe, au lieu qu'il fait sortir des cloques où est renfermé le venain. On doit les
percer et étuver la playe avec du vinaigre bien fort.
Il faltt mettre au feu tOttt linge et emplâtre qui ont
aproché de la playe.
Pour terminer la guérison et manger les maltvaise
chail; ail se sert d'lm ongant composé d'ltne demie livre
d'httile fine, et gros comme lm oeuf de cire neuve, de
poix noire et autant de poix résine,' on met le tout
bouillir dam lm vaisseau de mivre,' quand l'éCltme est
passé, on l'ôte du feu. On ne doit s'en servir que lorsqu'il est froid, et toujours ml' lm cherPi {= de la
chalpie}.
Ce remède a guéri une infinité de personne. On a
jamais ottÏ dire qtt'il soit arrivé almm accident à celle
qui en ont fait usage, et cela depuis plmiettrs siècle. Il
a été envoié à Madame Louise par le chevalier de
Chamborant pattI' le présenter à Sa Majesté,' elle le
refut avec plaisir et désire qu'il soit publié.»
AD24, 22 J 162.
"Pour la rage:
de la passe-rage, de la me, de la pourette, sam
racines, de la racimle de paquerre}tte double, du
sel, une bonne poignée d'ail.
42
On fait bouillir le tout d(ms lme chaudière,' on en fait
sortir le jltS à force de pille!; après quoi on le passe dans
/117 tmllis. Ce remède est fort expérimenté.»
AD24, 2 E 1842/167 (1) [recette na 36}
«Remède éprouvé pour la rage.
Prenés tm'bit minéral et cantre, de chaque lm gros,'
incOJporés le tOltt dans sl/fisante qltantité de sirop de
chicorée composé.
On doit le prendre le matin à jetÎn. Ne manger rien de
deux heures après, et en continuer l'lISage pendant lm
mois, à moim que l'estho172ac ne se trou{ve}ra trop
fatigué. Dam ce cas, il faudra interrompre l'mage
pendant lm ou dettx matin, et y revenir après. Il faut
mettre cette petite masse de tltrbit et de canfre en trente petits bols, lm pour chaque jour.»
o
AD24, 2 J 966 fol.7v .
«A litre 1'eJuède pattI' la rage.
Prenés feuilles de me et de petites marguerites, de
chaqm lIne poignée, fleurs d'hyperiatJlz demi-poignée,
gousse d'ail mu douzaine. Concassés grossièrement le
tOltt et mettés-Ie dam lme bouteille à grand goulot et
d'une contenance sltfisante. Ajoutés-y lme poignée
médiocre de sel commlm et clettx gros de thériaque.
lkrsés clessltS ces drogues tl'Ois choPines de vin blanc.
Laissés-en infuser pendant 24 heures avant l'mage.
On faira bien de prendre avant le gobelet de vin lm
gros de coquille d'huitre calcinée délayée dam du vin.
Il faut prendre tOItS les matim lm verre de ce vin, et,
si le malade avait une playe de la morsure, il faudra
mettre dessus tOItS les jours lm peu de ce qui est dans la
bouteille. »
ibid., fol. 8.
"Ti'aitement de la morsure de chiem e7Zragés.
Il faut mettre ml' la plaie zme compresse d'alkali
volatil fluor p1t1~
Emuite, mettre dans trois bouteilles ou litres d'eau de
fontaine 60 goZ/ttes d'alkali pour chaque litre,' bie7Z
boucher les bouteilles, et que le malade boive lm verre
de cette eau toutes les trois heures dans les premières 24
heures. Ensuite, éloigner jmqu'à ce qtte les trois bouteilles soient finies.
Suivre zm régime doux, manger lm peu moim,' surtout,
point de vin ni de vinaigre.
On humectera la plaie sans la déplier pendant trois
jours avec la même eau qu'on boit.
S'attacher Sttrtout à calmer l'imagination du malade,
et le distraire.
Si ensuite la plaie étant dépliée n'est pas sèche, on la
jJellJere/ CI/'CC 1/11 Imgltellt qmlqlt'IJIlqlle.
ObJervcttioll illljlOI'tclllte: ordiJlairelllellt. ce tmitelllellt
.fII/lit. lIIaiJ il /cll/drél jlo/lr jl/;IS de JIÎreté e.l..'C/Illimr !cl
plc!ie de telllPs eJI tellljls jllJqlt'à réjloqlle de 40jolll'J:
et si la jllelie. ajlrès Clvoir séché. revellait cl se rO/ll'l'iJ:
et m'ai!' q/lelqms jletÙes elllpo/des Cl/ltOIll: 011
lCÛJJ{ellclit sl/illter //IZ pe;; d'eclI! J'O//sse et lefllc/relit
reCOlllllltmcer le traitelllellt.»
AD24, 8 J 190.
«Secret colltre icI rélge. déco/Il'ert eJl 1770 pClr //Ill'ie//x
belger dll colllté de BIiCkillghcllII. eJl IIlIgleterre, et
reCOlIIlll jlol/r le jl/;/J efficclcc colltre ce IIICt! terrible, 101Jqll '011 CI Joill de tClppfiqmr Je/IlS retcm! CljlrèJ ICI 11101'J'lIre.
Eermez cillq cl Jix gOllJJeJ d'ctil élvec jlClreifle q//e/lltité
(à pell jJJù) de !cl relcille de bCIJ'(!c/ile 0/1 g!o/lterrJll:
ctjo/lfez-y Iéll'Cllel/r c/'llIIe gOlfJse c/'él de .l'el COIIIIII/IIl:
lormez dll tOlit /II! ellljlleÎtre à .{rJrce c/'écr(/Jer le tOlit
emelllble. Vû//J !'Clppfiq/lerez Jill' ICI lIIon//re et le
rmolll'e!!erez tOllJ !e.r jOllrs jJCIlclelllt /Ille Jell/CliJle elll
II/OlllS,
Si le II/ctlc/de eJt à jJortée cl'IIII chirlllgiw pOlir Je letire
tirer qmlq/les pet!ettes de setllg, ce !le serel q/le II/ie//x:
II/ais JelllJ cele!. le Illet! doit ceJser à !'effet cI/I relllède cÎdemiS (extmit dll <<}oIlJ'llet! cie PClrÎJ» d/I 8 décembre
1780}.»
AD24, 2 J 966
«Rell/ède cOlltre 1(/ rctge.
011 dit q/t'il cl ell C{ Vieillie, ell J1l1triche, le pl/IJ grellld
.fl/ccès.
Alet/re les vessict/toireJ Jill' les pClrties lIIordl/eJ: prClldre
deJ pil/;lles de cC/ntbctrides ell pOllclre (6 gre/im), de
cCl1zelle (J 2 gmim) , cie sllcre bI,IIlC (42 gmim). le
tOlit IIIÎJ eJ/ pO/ldre fille pa/Ir eIl /clire 30 pi/Mes ,/l'el'
1111 pe;; de cOlIJerve de rose.
FC/ire ell lIIême tellls IIJetge des betùzs tiMes dC/IlJ lei jmlIlière SelllctÙle, tOIlS les soirs, et tOIlS les de;;x jOllrs dellls
les de;;x ctl/tres selllctùzes: IZe dOllllCr CI/I lIIedetde qlle des
léglllJles et des lJïlits mits, (.. .)
{SlIiwmt l'cwiJ d'IIII /clillelix chir/llgiCli de l'Ecole de
Petris,} il/cmt le/ver et dOlliJJer let jNlrtie lIIordlle cl
gretllde eCIII et IOllgtemps: i//clllt qlle l'ee//l soit tiède (il
jJJ'éfere cette II/cmière cl celle de Illettre le, pm'tie de/lIS
l'eCl/I) (c'est CIl'CC liège O/lllIle épollge): il /c//lt /clire cela
10Ilgtelllp.r. Pllis br/Î/er tIl'ec /111 /el' rOilge tOlite 1(/
jllclj'e. (.. ,)
D'cl/ltres jlréjèreJlt cl'c/ji!Ùf/ler !cl uwtollJe sllr le.r jwrties qlli ell SOllt s/IJcejltible,r, et jlllis biell e.rCtlri/ier 011
/clire des téllmleJ ({ l'mdroit I)I[ ladite l'eIltome ({ été
cljlliqllée, Cette Cljl!iCCltÙJII doit être /clife J/lr le cbClIIIP:
et, (IPrès 1(1 prelJlière Cfplicclti071 ail escctrilimtlrJII, 011
Cfppfiql!e lei l'ellfo/fJe jlo/lr /clire sortir le SC/IIg, P/IÙ,
bie/lICl1!er cll'CC l'eClII tiède.»
AD24, 22 J 162
« Remede excellellt pOlir !cl mOJ'J/lre d'IIII chiell eJllëIgé.
Premz cie l'berbe 1IOII/IIlée come de CCI! broyez-ici et
dOlllleZ-e/l lej/IJ C{ boire (//III/(lleule: et ctppliqllez tberbe ,Ivec /111 jle;; de sel .l'III' le II/ct!. Y;'és éProIIVé,»
Extr. de : Le lIIedecill cles-illterrwé, 0;1 1'011 trOlll'er,1
!'élite de jl/;ISie/1J'S J'CIme/es ùl/ctiflibles tres-experimelltez et cl pm de Felis .... Paris, chez P. Aubouyn, P.
Emery et C. Clouzier, 1695, p. 67.
Note sur les principaux remèdes cités
Ail [Allium sativum} : antiseptique populaire,
employé aussi bien en usage interne (fébrifuge,
stimulant) qu'en usage externe (vésicant). La
médecine arabe se sert régulièrement, comme
contre-poison et pour guérir les plaies produites
par des animaux venimeux, d'un onguent d'ail,
graisse et huile.
Alkali volatil fluor [= ammoniaque liquide} :
servait, en usage externe, pour pratiquer des
vésicatoires (= ), comme caustique (= désorganisant les tissus par une action chimique), et
notamment pour cautériser les morsures des
animaux venimeux ou enragés. Avec de l'eau, il
était utilisé en particulier dans les cas de delirium tremens ou de tétanos.
Alun [sulfate double d'alumine et de potasse} :
employé en usage externe et interne comme
astringent contre les hémorragies (= diminue le
calibre des vaisseaux),
Bardane (ou glouteron) [Lappa major} : sa racine était utilisée, en usage interne, dans les maladies de la peau, à cause de son action sudorifique, et ses feuilles étaient appliquées sur les
ulcères; elles passaient pour chasser le venin des
morsures de serpent ou de piqüres d'araignées.
Camphre [Camp ho ra} : huile volatile qui existe dans un grand nombre de végétaux. Ce médicament jouit, à faibles doses, de propriétés sédatives; à hautes doses, c'est un excitant énergique. On l'employait en particulier dans le traitement de l'épilepsie et de l'hystérie.
Cannelle: c'est un excitant, stimulant et antispasmodique.
Cantharide (ou mouche d'Espagne) [Meloe
vesicatorius} : insecte dont le nom latin traduit
43
la fonction médicale. On en tire en effet une
substance, la cantharidine, qui possède une
grande valeur vésicatoire. Les anciens, grecs et
latins, ont connu et employé la cantharide. En
usage interne, comme dans cette recette, c'est
un stimulant dangereux, dont on se servait
notamment dans le traitement de l'épilepsie et
de la rage.
Chicorée (sirop de) (ou sirop de rhubarbe
composé) : très employé dans la médecine infantile comme laxatif.
Corne de cerf [Plantago coronopus} : plantain
dont le suc est considéré comme fébrifuge. L'eau
de plantain passe pour assainir les ulcères et
assécher les plaies suppurantes.
Eglantier (ou rosier sauvage) [Rosa canina} : ses
fleurs sont légèrement purgatives et son fruit
(cynorrhodon ou gratte-cul) est astringent et
styptique (= diminue le calibre des vaisseaux et
stoppe les hémorragies). C'est peut-être son
emploi dans le traitement de la rage qui lui a
donné son nom scientifique latin de «rose des
chiens».
Huitre (coquille d') : la poudre de coquille
d'huitres pilées était employée dans le traitement des troubles hystériques.
Hypericum perforatum [Millepertuis, Chassediable} : vulnéraire; est également employé dans
le traitement des troubles hystériques.
Morillon: il doit s'agir de la morelle noire, dangereuse solanée également appelée herbe attx
magiciens, qui est sudorifique, dépurative et faiblement narcotique.
Oignon blanc [Allium cepa} : de la même
famille que l'ail, se révèle également un stimulant puissant.
Pâquerette (ou marguerite sauvage) : une
des meilleures plantes dépuratives, dont on
emploie également les feuilles comme vulnéraire.
Passerage [Lepidium latifolium} : considérée
parfois comme fébrifuge, cette plante doit peutêtre son nom à un certain succès dans le traitement antirabique.
Poireau [Allium porrum} : de la même famille
que l'ail, est également un stimulant puissant.
Poix: l'onguent de poix et de résine, aussi appelé ong/ient basiliw7lI ou ongttellt royal, était réputé
comme maturatif et suppuratif.
Rue (ou Rhue des jardins) [Ruta graveolens}
: excitant stomachique, nervin (= fait cesser les
44
troubles du système nerveux) et diaphorétique
(= produisant la transpiration cutanée).
Souvent prescrite dans les affections nerveuses,
l'hystérie.
Sèche (os de) [Ossa sepium} : recommandé
comme fébrifuge.
Seneçon [Senecio vulgaris} : c'est l'Erigero1Z des
anciens; cette plante a été parfois réputée pour
prévenir les convulsions hystériques. La variété
Senecio jacobea, ou «herbe de saint Jacques», passait pour résolutive et vulnéraire.
Thériaque (ou électuaire thériaque) : ce médicament, déjà décrit par Galien dans l'Antiquité,
ne se compose de pas moins de 60 extraits végétaux, animaux et minéraux. Venise, pendant de
longues années, détint le monopole de la préparation de ce remède, qui était toujours réalisée
avec un cérémonial particulier. La thériaque,
parfois aussi appelée «opiat», se présentait sous
la forme de pâte molle, composée de poudres
délayées dans un sirop, et dans laquelle on trouvait de l'opium.
sulfate trimercurique} :
Turbith minéral
violent purgatif et émétique (= qui produit des
vomissements).
III
Palette à
saigner et lancettes du XVIII'
siècle.
Coll. Musée d·histoire de la Médecine de Paris.
(Cette note a été réalisée pour l'essentiel grâce
aux ouvrages sUivants:
- DO RVAULT, L'officine 011 réjlertoire géllérct! cie
JJbCllïllûcie jlrcttiqlle.... ge éd., Paris, P. Asselin,
1875.
- FLEURY DE LA ROCHE (A.), Les ji/alites
bien/CI ise/l1tes. Paris, Ed. Gautier-Languereau,
1937.
- NARODETZKI (A.), LCI mée/eeille l'égétctle et
le règne biologiqm, 110' éd., Paris, A. Narodetzki,
s.d).
recherche. Tout d'abord, il semble évident qu'on
assimilait la morsure d'un chien enragé à celle
des animaux venimeux (serpents notamment) et
qu'on lui appliquait donc le même type de traitement, et nombre de ces recettes médicales ne
prennent en compte que la plaie elle-même.
Ensuite, il est important de noter qu'il y a une
deuxième assimilation, qui concerne les troubles
du comportement dus à la rage dans des
moments de crise. L'on voit ainsi apparaître
beaucoup des remèdes traditionnels de l'épilepsie ou de l'hystérie, sédatifs ou stimulants.
Commentaire
Enfin, on ne peut que constater la prédominan-
La lecture de ces recettes, et l'analyse des
principales matières qui rentraient dans la composition des remèdes employés, nous conduisent
à quelques éléments de réflexion ou pistes de
ce, dans ces textes au moins, de l'ail et du sel,
ainsi que, à un moindre degré, de la rue.
François BORDES et Christiaue NECTOUX
HYGIÈNE ET SANTÉ
le musée de l'histoire de la médecine et les médecins périgordins à
Paris.
Situé clans les locaux de l'ancien collège
pelant la légende de Sainte-Anne. Au hasard des
de chirurgie, aujourd'hui siège de l'université
vitrines, le visiteur peut également découvrir des
René Descartes, le musée de l'histoire de la
pièces uniques et d'un intérêt historique certain,
Médecine y est installé depuis 1955. Gravement
comme, par exemple, le bistouri de Félix, qui
incendié en 1992, il renferme encore actuelle-
servit à opérer Louis XlV, la scie de Desault, la
ment les collections d'instruments de chirurgie,
trousse employée pour l'autopsie de Napoléon
de médecine et de physiologie les plus anciennes
d'Europe.
ou celle du Docteur Gachet, médecin de Van
Gogh.
Parmi les objets de provenance et
Cet ensemble, qui témoigne de l'évolution
d'époque diverses (de l'ancienne Egypte jus-
des sciences médicales à travers les âges, est très
qu'au début du XX' siècle), usuels en leur
bien complété par de nombreux documents
temps, souvent fabriqués à l'aide de matériaux
écrits et iconographiques, ainsi que par d'inté-
et bois précieux, richement décorés, on peut
admirer, entre autres, un coffret de pharmacie
portative du XVII' siècle, un mannequin anatomique de 1799, ou un triptyque renaissance rap-
ressants portraits et bustes cie praticiens
célèbres. Parmi eux, celui du périgord in Jules
Parrot attire particulièrement ]' attention.
Réalisé en bronze par le sculpteur Paul Dubois,
45
II
Revers
de la médaille
offerte à Samuel
Pozzi. 1906.
Coll. Musée du
Photo
Périgord.
Denis Bordas.
considéré comme un modèle de "physionomie à
la Florentine», il sera exposé au salon de 1875,
avant de venir orner cette salle réservée à la chaire d'histoire de la médecine où notre compatriote dispensa un enseignement particulièrement
apprécié.
C'est en 1857 que Jules Parrot, né à
Excideuil le 1er novembre 1829, reçoit le titre
de docteur, après de brillantes études à la faculté de Paris. Médecin des hôpitaux, les hasards
d'une mutation le conduisent à l'hospice des
enfants assistés. Il y fera carrière et occupera la
chaire de médecine infantile. Membre de la
société d'anthropologie, passionné de préhistoire, il découvre et prospecte la grotte de l'Eglise
à Excideuil. Chevalier de la Légion d'Honneur,
membre de l'Académie de médecine, il décède le
5 août 1883, à 53 ans, victime à son tour des
maladies qu'il combattait. La ville de Paris lui
rendra hommage en donnant son nom à une rue
du 12' arrondissement. Coïncidence, elle
débouche avenue Daumesnil et Jean Galmot y
habita.
La bibliothèque de médecine, toute proche
du musée, garantit également le souvenir de
médecins du Périgord à Paris, en conservant,
dans ses réserves, oeuvres et ouvrages biographiques les concernant. Outre la description de
la grotte de l'Eglise par son inventeur, le cher
cheur a la possibilité de compulser les rapports
faits à la Chambre des députés par le Dr Elie
Gadaud, en 1888, sur la réorganisation d'une
école du service de santé militaire, et, en 1889,
sur l'alimentation en eau de la capitale par captation de deux sources situées en Eure-et-Loir,
ainsi que la présentation d'importantes propositions de lois relatives à l'organisation de l'administration de la santé publique, avec, pour cosignataires, Waldeck Rousseau, Clémenceau,
Jules Ferry et Félix Faure. Elu sénateur de la
Dordogne, il sera remplacé à la chaise curule par
le bergeracois Samuel Pozzi.
Médecin et gynécologue célèbre, Pozzi
(1846 - 1918) s'attachera à l'hôpital Broca, qu'il
rénove. Grand voyageur, il s'intéresse aux systèmes hospitaliers des pays qu'il visite et publie
ses impressions dans la presse spécialisée ou de
petites brochures, notamment sur les Etats-Unis
et l'Amérique du Sud (Un voyage chimrgical allX
Etats-Unis, Les hôpitaux de BlIeJlos-Aires, etc.). A
l'occasion du Congrès de chirurgie de 1906, ses
élèves lui offrent un livre d'or qu'ils ont écrit en
hommage à leur maître (le premier paru en
France), ainsi qu'une médaille. Celle-ci le représente, sur l'avers, de profil, barbiche en pointe;
sur le revers est gravée une allégorie évoquant
son célèbre traité de gynécologie.
Son condisciple J ean-J oseph Peyrot lui
succède ra au Sénat, et sera porté à la présidence
de la commission d'hygiène publique. Peyrot,
absorbé par son service de Lariboisière, écrira
peu mais participera activement à la rédaction
du manuel dit des quatre agrégés avec Reclus,
Kirmisson et Bouilly. C'est Jean-Louis Faure,
périgordin, ex-membre de l'expédition Charcot,
qUI prononcera son éloge funèbre, édité par
Masson en 1920.
Différents noms familiers apparaissent
également au fichier et retiennent notre attention : Lacombe et J arjavay, amis de Peyrot, Félix
Gadaud, fils d'Elie, Paul Reclus, frère du géographe, Elie Faure, médecin et historien de l'art
et certains autres moins connus.
Pierre .MARTIAL
Le musée de l'histoire de la médecine est situé 12, rue
de l'école de Médecine - Paris 6'. Il sc visite individuellement ou en groupe. Pour tous renseignements,
s'adresser à Mme CLIN Véronique, Conservateur du
Musée. TéL 40 46 1694.
46
I -_ _ _ _ _
Quelques médecins périgordins des XVIe et
Le Périgord d'Ancien Régime a fourni
dans le domaine médical quelques fortes personnalités, dont la curiosité a parfois largement
dépassé le cadre strict du corps humain et de ses
affections.
Ervé Fayard
II
Portrait
d'Ervé
Fayard.
Gravure sur bois.
Vers 1548.
ln Bulletin de la
S.H.A.P., 1907. p.
194.
Photo Denis Bordas.
BIOGRAPHIES _ _
xvue siècles.
moindre pour nous, est de nous offrir son portrait, sous forme d'une gravure sur bois, accompagné d'un quatrain fort savoureux:
«D'Ervé PC/J'cm! Périgorclin
CeJt CIlI vif cllI COljIJ !e liratmyet [sic]
D'ieelbli l'illteriellr engill
lHomtrellt lez ellvreJ qll'il a fe/J'ct».
La deuxième curiosité de cet ouvrage réside dans
l'originalité du style et de l'orthographe qu'Ervé
Fayard emploie pour cette traduction française,
dans une langue donc «vulgaire», et encore peu
codifiée. Enfin, pour en revenir à la médecine, le
dernier intérêt de l'oeuvre du docteur Fayard
concerne le texte et les commentaires sur les
vertus des simples, qui formaient encore, au
XVIe siècle, la base de la pharmacopée aussI
bien traditionnelle que scientifique.
Les médecins d'Henri IV
François Martel
1 - D'après l'abbéAudiernc:, L" Pélï~r.:,(ml
iI/lOIr(, Dupont. 1S'51.
p'r;rvè Fd;Yârd Pel'igorditt
C èfi dU vif du corps lt protr4ycr)
.J').\icèllllÎ tinterÏtmT ing:? .,.'. ,
Mo,n(lre,nt le~ CI/ure> 'lu It If fa.;ycr,:
2 - Entre l·iBO et
ISon, pas moins de .)
Fayard
sont
ainsi
investis des fonctions
de maire de Périgueux.
5-
(;(&J/ .
tic: .iill/l'lcI
.III/'
!a ffmlt/
JJ!ff/ÙttlJJ{!II.l
tll'~(
UI
u
l'dddic/io!l ,h FI/Ot
JOli bU/Jiu: dl: Si/rùo.
d( ptllJÙ/lrJ ,wlru
(,,), Le !/J/II IJI1~j tlllilN-
gel?,f /1'dll(fl)J Iltll'
JI/!-
diu/x lif,]]IC I\LI).!'!!'!; f,l'l'/
lZrydrd.
J/d!JI
dt
P/rigllc/I.\. ;t Limogvs,
cheux (sic) Guilhilllll1è
de La Noalhe, 15· îS.
Né à Périgueux en 1507 il), Ervé Fayard
vint au monde dans une famille de notables,
dont bon nombre de membres, depuis le XIVe
siècle, avaient exercé dans cette ville des charges
municipales ou judiciaires importantes 121. Il est
l'auteur d'une traduction de Galien qui présente un triple intérêt. Le premier, et pas le
On ne connait que peu de choses de ce
chirurgien des rois Henri III puis Henri IV, né à
Périgueux vers 1549 et mort à Paris en 1610,
sinon qu'il écrivit trois ouvrages consacrés à sa
spécialité, dont on a pu mesurer, avec Ambroise
Paré, les progrès qu'elle réalisa lors des guerres
de religion. Le premier, imprimé en 1577, s'intitule Sellfence de clellx belles qlfestioJlJ, Jill' lc/ Cffrcttioll cles arcblfJacieJ et alltres plct)'es. Les deux autres,
plus généraux et plus personnels, furent édités à
Lyon en 1601. Ils ont pour titre: Apologie pOlIr
les dJirlflxiem coJltre ce/IX qlfi plfblient qll'ils Ile cloil'ellt se lIlêler qffe de remettre les os rolllPffJ et démis. et
PClrctcloxes ell forlIIe cl'Clpborlslllfs très Iltiles pOlfr ICI
pmtiqffe cie !cl cbirlflgie.
Guillaume Loyseau
Né à Bergerac dans la seconde moitié du
47
XVIe siècle, le protestant Guillaume Loyseau
fut nommé en 1590 chirurgien ordinaire
d'Henri, alors roi de Navarre, après avoir fait ses
preuves dans les combats acharnés des années
1580. Les soins qu'il lui prodigua avec succès en
1598 lui procurèrent une exemption totale
d'impôts et de taxes, mais, la vieillesse appro- .
chant, il préféra résilier ses fonctions médicales
pour se retirer définitivement à Bergerac. Il profita de ses loisirs pour écrire deux ouvrages
publiés à Bordeaux, chez Gilbert Vernoy, en
1617. Le premier, écrit en latin, est un traité
didactique dédié à son fils : Guillelmi Loiselli
medeci et chirttrgi regii, de intemortlm externorll77zqzte
ferme omnimn ClIratione libelltmz. Le second, rédigé
en français, se révèle beaucoup plus intéressant,
car il apparaît comme un véritable journal des
consultations de Loyseau. On y trouve, en particulier, la relation du traitement du roi Henri
IV, mais surtout celle de l'opération qu'il pratiqua sur Geoffroy de Vivans, atteint de deux
coups de lance à Coutras en 1587 Le succès
fut tel et «ledit sieur Loyseau le traitta si dignement
que le 15ème j01f1' il le fist monter à cheval et faire 7
lieues cie Gascogne, cie Sainte-Fo)' jmques à SainctSem)', près cI'Yssigeac et le lendemain à Gavaudun, le
faisant demeurer huit jours sam boire n)' manger que
des gellées, cles pmneaux et cromtes gluantes». Jean
de Vivans, fils de Geoffroy, ajouta que «ledit
Siettr Lo)'seau et les médecins cie ce temps ont fait lm
traitté cie ceste ClIre qu'ils vantent pottr lm miracle».
Mais il n'en négligea pas pour autant l'art
de la médecine, pour lequel il avait été diplômé
à Montpellier en 1609. On sait ainsi qu'il soigna, en 1623, le baron de Fourquevaux, fils de
l'ancien gouverneur de Narbonne et ambassadeur du roi de France, ce qui démontre, sans
contexte, une certaine réputation. Il exerçait
encore en 1645, lorsqu'il fut appelé au chevet de
Charles d'Abzac, marquis de La Douze, cloué
dans son lit par une fluxion de poitrine doublée
d'une forte fièvre.
ESSAYS
DE IEAN REY
DOCTEVR EN MEDECINE;
LA RECERCHE DE
la cdufè pour laquelle l'Eflain &!G
pb,mb augmentent de poids
qUlf.l1d 011 !cs calâne.
S,vR
(j).
Dcdifs à haut & pui{[ant Seigneur
Frederic Maurice de la Tour,
Duc de Boüillofi)PrincefQu~
ueràin de Sedan) &c.
A EAZAS.
Par GVILLAVME
MrLLANGB,
Imprimeur ordinaire du Roy, l G3o.
Jean Rey
1[ - La relation d'un
proche de Geoffroy de
Vivans et celle qu'en
fit G. Loyseau ont été
éditées dans !cs Fdils
d'drilles de Geoffroy de
Vit'rms JJ/lbliéJ d'dlJrès le
lJlrl1lllscril origifldl lM/'
/ldolpbe Mdgen, Agen,
Michel cr Médan,
1887, 1'.44-47 ct
1'.81-86.
5 - Son ouvrage capital fut publié à Bazas
par
Guillaume
Millanges, t:n 1630,
sous le tirre d'Ent/ys de
jer/Il
Rey, doc/eul' en
médecine, JI//' 1(/ redm'che
de!d ((IIIJe POli/" I({(jm!!e
l'eJ/rlin et le Il!om!; rlllgJJwl1eJl! de poie/r qI/mu!
Oll
IeJ
((I!cine,
Complètement tombé
dans l'oubli, il ne fur
réédité, dans une version augmentée, qu'en
1777, à Paris, par les
soins de M, Gobee.
48
Originaire du Bugue, où il naît vers
1583, Jean Rey est certainement le plus connu
des membres du corps médical périgordin.
Paradoxalement, ce ne sont pas ses talents de
médecin qui lui ont valu sa notoriété, mais ses
recherches sur le changement du poids de
métaux en fusion, qui en ont fait le précurseur
de Lavoisier et le véritable découvreur de la
pesanteur de l'air (5). Esprit curieux, entretenant
une correspondance scientifique suivie avec le
Père Mersenne, l'ami de Galilée, de Descartes et
de Gassendi, il sut mettre à profit l'opportunité
de sa demeure régulière chez son frère, maître
de forge au Bugue, pour s'intéresser à l'action
du feu et se consacrer à l'étude de la vapeur et
des gaz. Il inventa même une arquebuse à air
comprimé et un thermomètre à eau.
II1II
Page de titre
de l'ouvrage de
Jean Rey sur les
métaux en fusion.
1630. D'après la
réédition de 1896.
Photo Denis Bordas.
Le Docteur Deschamps
Le docteur Deschamps, de Bergerac,
chercheur invétéré dont nous ne connaissons pas
le prénom, était l'un des correspondants locaux
de Jean Rey. C'est lui qui lui soumit le problème
de l'augmentation du poids des métaux. Il ne
nous reste de ce médecin que plusieurs lettres,
également écrites au Père Mersenne, qui montrent l'intérêt du savant pour des sciences aussi
variées que les mathématiques ou la chimie. Il
fut également un précurseur dans le domaine de
la météorologie, élaborant, dès 1648, un projet
de «correspondance météorologiqtte» permettant «de
réunir les résultats cles observations faites dans le
pays».
Jean Pascal
une certaine notoriété et d'entrer dans ce
modeste panthéon des médecins périgordins de
qualité.
FUl1lçois BORD ES
BlBU OGRAPHIE
sur "Ervé Fayard."
DUJARRlC-DESCOMBES (A.), "Ervé
Fayard" dans BlIlletill cie ICI Société Historiqlle et
Archéologiqm clii Périgord.. t. XXXIV (907),
p. 193-195.
[MALEVILLE (E. de) }, Bibliogr"phie clii
Périgord. XVi' siècle. Paris, A. Aubry, 1861, p. 5-
6.
III
Portrait
de Jean Pascal.
1681.
A.D. 24, 8 Fi 112.
Photo Denis Bordas.
(1
Imprimée il Paris.
thu d'Houry.
Né vers 1660 à Sarlat, le docteur Jean
Pascal avait fait ses études médicales à Paris, et
non à Montpellier comme l'ensemble de ses prédécesseurs du Périgord. Revenu dans sa ville
natale pour y exercer son art, il y mourut à l'âge
de 82 ans. Il y eut en particulier à soigner, en
1712, le bénédictin de Saint-Maur, Dom
Jacques Boyer, de passage dans la région, et qui
le connaissait pour ses ouvrages sur le thermalisme. Mais le premier livre que Jean Pascal
rédigea, alors qu'il n'avait que 21 ans, traite
d'une autre matière. Il porte sur Let Ilollvefle
clécom'erte et les Clcllllimbles effets des ferlllellS clelils le
COIPS hlllJ/éll, expliql/ez jlctr cles exjlériC/lces et des miSOIZJUtilces très solicles. Paru à Paris, chez Edme
Couterat, en 1681, il nous fournit surtout un
portrait d'une grande qualité gravé par Sauvé.
Ayant par la suite expérimenté avec succès les
bains de la station thermale de Bourbonl'Archambault, il fit paraître en 1698, chez le
même éditeur parisien, un Ti'été des eCl/IX cie
BOllrboll-I'Arcbctmbcmlt selon les prillâpes de lei 1101/t'elle pb)'siqm, suivi, dès l'année suivante, d'une
deuxième édition augmentée d'une planche
représentant une vue des bains «(o(.Tous ces
ouvrages firent l'objet de compte-rendus
détaillés et élogieux dans leJollI"IlC/! des SelVfllltS de
l'époque, ce qui permit à Jean Pascal d'acquérir
sur Guillaume Loyseau.
- LAFON (Dr Ch.), communication dans
B.S.H.A,P', t. LXIII (936), p. 90-91.
[MALEVILLE (E. de)}, Bibliogmphie clii Périgord.
XVI' siècle. Paris, A. Aubry, 1861, p. 39.
MAUBOURGUET (Jean), Périgorcl terre
cI'HiJtoire, Paris, Bordas, 1952, p. 117-121
[«Comment on opérait au temps d'Henri III»}.
sur Jean Rey.
- LAFON (G.), «Le docteur Jean Rey, du
Bugue, et sa découverte de la pesanteur de
l'air», dans B.S.H.A.P., t. XXII (1895), p. 335362 [publié en tiré à part à Périgueux, Impr.
«de la Dordogne, 1896, avec des notes augmentées, des documents et 2 illustrations hors-
texte}.
- LAGATU (M.), «Jean Rey», dans JOlllïlCtl
d'Histoire lIC1tllrelle cie Borclecmx et dl/ S1IcI-Ollest. t.
XIII (1886), p. 416-422.
- LEMAY (Dr P.), «Jean Rey précurseur de
Torricelli, Pascal et Lavoisier», dans BIIIletù, de let
Société frctJZçctise d'histoire cie let lIlédecùze, t. XXXII
(1938), p. 148-163.
- MOUSSON-LANAUZE, «Le docteur Jean
Rey précurseur de Lavoisier», dans BI/lletill de le!
Société frctl'~(liJe d'Histoire de lei médecille, t. XVI
(922), p. 433 et suivants.
- SADOUILLET-PERRlN (A.), Vil llIédeciJ7
chez les mûÎtreJ de forges dll Périgorcl : Jecm Rey.
Périgueux, Fanlac, 1976.
- TEULIE (Henri), Notes biogrûphiql/es sl/r le
llIédecill Jecm Rey dll BlIglte (Dordoglle). Toulouse,
Privat, 1898 [Extr. des AllI/ct/es dit iHidi, t. X
(l898)}.
49
sur Deschamps.
Compte-rendu de séance, dans B.S.H.A.P., t.
uv (1927), p. 116-117.
TAMIZEY DE LARROQUE (Ph.), «Note sur
un correspondant périgourdin du Père
Mersenne», dans B.S.H.A.P., t. XVI (1889), p.
450 - 451.
sur Jean Pascal.
DUJARRIC-DESCOMBES (A.), «Le docteur
Jean Pasca!», dans B.S.H.A.P., t. XXXIV
(1907), p. 367-373.
_ _ INÉDIT _ _ _ _ _ _ _
-l
De l'intendant au comte de Vergennes.
Paris, le 8 juin 1784,
MOJZSieur,
j'ai l'honneur de VOltS renvoyer le Mémoire par lequel le nommé Pradal, exémteltr de la Hattte-]mtice
à Périgueux demande d'être maintenu dans l'usage ou il est de remettre les fractures, dislocatiom et luxations.
VoliS verrez Monsieur par les douze certificats ci-joints tant de M. l'Evêque que des habitants les plm
notables de tom les ordres de la ville de Périgueux que cet exémteur a toujours été appelé avec Sltccès pour ces sortes
d'opératioJZS, même après qm qttelques-ttnes des personnes qui avaient éprouvé qltelqu'tm de ces accidents avaient
été abandonnés des chirtlrgiem. Ceux de Périgueux paraissent avoir bien pett de connaissances dam cette partie et
malgré les titres exclusifs qui semblent militer en leur faveur il est réelle7llent fachettx qtte l'inquiétude et la jalousie les engage à intenter au nommé Pradal lm Procès au Parlement de Paris pour l'emPêcher d'exercer lm talent
utile, après avoir eux mêmes perdlts la confiance publique par les exemples fréqttents des malheureux qu'ils ont estropiés suivant ce que toute la ville semble aSSttrel~
Dans ces circonstances Monsiettr je crois qu'il est intéressant pour l'humanité que VOltS daignez protéger cet exémteur et le faire maimenir, s'il est possible dans l'liSage Ott il est de remettre les dislocations fractures et
luxations (. .. ).
Aimablement communiqué par Michel Combet.
A.D. Gironde, C 3459/96.
50
Entretien avec Florence Vachia et Nathalène Mouillac.
Bernard Reviriego : vous êtes toutes deux étudiantes et vous fréquentez régulièrement la salle
de lecture des Archives. Pouvez-vous vous présenter ?
Florence Vachia : J'avais entreprIs, initialement, une maîtrise en physique appliquée à l'archéologie et étudié la question de la caractérisation des matériaux, particulièrement au travers
des carreaux de pavement médiévaux estampés
et glaçurés provenant du prieuré Saint-Sauveur
de Saint-Macaire et du château de Villandraut.
J'ai décidé, par la suite, de commencer une nouvelle maîtrise sur l'église de Saint-Pierre de
Monbos, dont la sculpture m'avait marquée.
Cette église ne suffisait pas pour faire, à elle
seule, l'objet d'une maîtrise et mon professeur ,
Monsieur Jacques Lacoste, me suggéra de faire
les monographies de toutes I~s églises romanes
du canton de Sigoulès, ce que je fis. Je prépare,
cette année, un D.E.A. à l'Université Michel de
Montaigne, toujours sous la direction de
Monsieur Jacques Lacoste et je travaille actuellement à la rédaction d'une bibliographie sur la
sculpture romane en Périgord, dans le cadre de
la thèse que je pousuivrai l'an prochain.
Nathalène Mouillac : Je me suis inscrite au
doctorat d'histoire de l'art. Arrivée en maîtrise,
je me suis orientée vers le médiéval. J'ai travaillé
un an sur les églises dLi canton de Beaumont,
exceptées celles de Saint-Avit-Sénieur et de la
bastide. L'année suivante, en D.E.A., j'ai commencé des recherches sur la sculpture romane en
Périgord, jusqu'au mois de février, où mon professeur a décidé que je devais changer de sujet et
étudier l'architecture de l'abbatiale Saint-Pierre
de Moissac en Tarn-et-Garonne en vue d'une
thèse. C'est un monument très important pour
l'histoire de l'art, il est surtout connu pour ses
sculptures, mais son architecture a aussi des particularités qui en font un édifice «clé" dans l'apparition de certaines formes architecturales,
comme la vOLIte d'ogive. L'année de D.E.A. a été
surtout consacrée à rassembler toute la documentation écrite et iconographique se rapportant aux bâtiments de cette gigantesque abbaye.
Il a fallu pour cela que je me déplace souvent à
Montauban, Toulouse, Paris et Moissac bien sLIr.
B. R. : Quel sera donc le sujet précis de la
thèse?
N.M. : Elle porte sur les monuments du XI'
siècle en Périgord. Pendant un an et demi, j'ai
recherché les moindres vestiges de cette époque
dans la région, avec seulement trois constructions vraiment importantes : le clocher de
Brantôme, l'église latine de Saint-Front et une
partie également de l'église Saint-Etienne-de-lacité à Périgueux. Le sujet ne me paraissant pas
viable, je souhaiterai désormais travailler sur les
églises de Saint-Front et Saint-Etienne-de-laCité, dans leur intégralité, avec, éventuellement,
une annexe sur les édifices à file de coupoles.
B.R. : Quels sont vos axes de recherche?
EV. : Le Périgord est une région qui a subi les
influences artistiques, au nord, de la Saintonge
et de la Charente, au sud, du Quercy. La sculpture mérite une étude approfondie. Si les scènes
historiées sont relativement rares dans notre
région, celles-ci peuvent toutefois poser des problèmes d'interprétation iconographique. Il existe peut-être un style de sculpture propre au
Périgord, et il serait intéressant de déterminer si
les motifs et les thèmes qui dominent proviennent d'autres régions plus typées et pionnières
51
Il
Florence
Vachia et Nathalène Mouillac sur
la toiture de la
cathédrale SaintFront de Périgueux.
Photo
Gilbert
Boldron.
(Saintonge, Souillac, Moissac). Il faut que j'affine un axe de recherche, car je n'ai pas envie de
dresser un simple inventaire.
N.M. : Mon étude devra préciser la place et la
chronologie de construction de ces bâtiments si
ong1l1aux. Le problème majeur de ces
recherches est la destruction d'une grande partie de ces deux monuments. Saint-Front ayant
été presque entièrement reconstruite au XIXe
siècle, c'est l'oeuvre de l'architecte Abadie qui
est visible aujourd'hui, même si la structure a
été peu modifiée. C'est avec un esprit de médiéviste qu'il conviendrait d'aborder ce bâtiment
maintenant. Quant à Saint-Etienne, c'est un
édifice amputé de sa moitié qu'il faut analyser,
les deux travées occidentales sous coupoles
ayant été détruites à l'époque moderne. Il faut
donc garder toujours une certaine distance face
à l'état actuel, et faire un effort de reconstitution en imagination pour comprendre cette
architecture.
B.R. : Quelle est votre méthodologie?
F.v. : Elle consiste à visiter systématiquement
des églises (canton par canton, par exemple)
avec de nombreuses prises de vue photographiques. Nous prenons des notes sur le terrain,
procédons à la description de l'édifice et vérifions l'orientation de celui-ci. Pour nous faciliter
52
cet inventaire, nous avons établi ensemble un
système de fiches «écclésiamétriques». Nous
pensons ainsi former la base d'un catalogue de
formes en architecture et en sculpture. Sur
place, nous devons également faire le relevé de
l'église si le plan n'apparaît dans aucune autre
archive. Nous passons en outre de longues
heures dans les bibliothèques et les archives.
N.M. : Il nous est aussi possible de découvrir des
pistes de recherches, et de profiter d'autres
points de vue que celui de l'historien d'art. Il
faut rester curieuses et ouvertes face aux édifices
et surtout aux gens que nous rencontrons; certains érudits «locaux» peuvent nous donner des
anecdotes ou des renseignements que nous ne
trouverons pas ailleurs.
B.R. : Quelles sont vos sources?
F.v. : Aux Archives départementales de la
Dordogne, nous consultons les séries G et H
consacrées aux établissements réguliers et séculiers dans lesquelles nous pouvons trouver des
informations précieuses qui nous permettront
de mieux connaître le contexte historique et les
moeurs de cette époque. D'autre part, il nous
faut dépouiller également la série 12 0, concernant les biens communaux et, donc, l'entretien
des églises au XIX' siècle et au début du XX'
siècle. La série des documents figurés (série Fi)
présente des clichés montrant l'état du bâtiment, des dessins de sculpture ou des relevés.
Nous étudions également les microfilms
(comme, par exemple, les écrits de l'abbé
Brugière). Nous examinons la série 2 J (dons
divers aux archives, dons de la S.H.A.P., fonds
Secret, etc.), les plans cadastraux ainsi que les
cartes anciennes de Belleyme et de Cassini. Il ne
faut pas, non plus, oublier des séries tels que les
séries V, C, B ou K, qui peuvent fournir de précieux renseignements. Nous travaillons égaIement à la Bibliothèque de la S.H.A.P. qui possède une iconothèque très importante, des livres
rares en accès libre ainsi que de nombreuses
revues d'autres sociétés savantes et, bien évidemment, son propre bulletin. Nous passons en
revue, à la Bibliothèque Universitaire de
Bordeaux, certaines publications plus générales
d'histoire, d'histoire de l'art (sur l'architecture et
la sculpture) ou même étrangères. Aux
Bâtiments de France à Périgueux se ttouvent
des dossiers contenant le détail des campagnes
de travaux et des interventions récentes qu'ont
subi les édifices classés et inscrits ainsi que des
relevés, des plans, des élévations, etc. Nous rencontrons le même genre de dossiers à la
D.R.A.C. de Bordeaux, mais ceux-ci peuvent se
com pIéter.
Nous devons parcourir les énormes dossiers de restauration des XIXe et XXe siècles des
édifices classés parmi les Monuments
Historiques conservés à la Bibliothèque du
Patrimoine à Paris. A cet endroit sont conservés
une grande quantité de documents iconographiques anciens et plus récents. Mais il reste
encore de nombreux lieux incontournables à
citer, comme le C.R.M.H. (Centre de Recherche
des Monuments Historiques) du Musée des
Monuments Français, l'Inventaire Général au
Ministère de la Culture, la Bibliothèque
Nationale pour les livres introuvables ailleurs et
pour son département des estampes et des
cartes (avec des dessins et des gravures
anciennes) et son département des manuscrits,
les Archives nationales pour l'historique ainsi
que pour certains fonds. Enfin nous savons qu'il
existe des documents concernant le Périgord
aux archives des Pyrénées-Atlantiques dont les
Archives départementales de la Dordogne ont
fait beaucoup de microfilms. Il nous f~lUdra éga-
lement prospecter aux archives départementales
du Lot, du Lot-et-Garonne et de la Charente,
car l'ancien diocèse du Périgord dépassait les
limites du département actuel.
Enfin, nous n'avons pas encore exploré les
archives de l'évêché.
BIBLIOGRAPHIE
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dl! CCllltDlI de Becullllollt-dil-Périgord. excepté cel/es de
let Bmtide et de S?tim-Avit-SéJliell/: T.E.R. en histoire de l'art et archéologie, option médiéval,
Université Michel de Montaigne, Bordeaux III,
1992.
- MOUILLAC (Nathalène), en collaboration à
un travail collectif, Les églises dl! (cmtoll ,iii Bl!glle,
Le Bugue, éditions P.L.B., collection "Les vieilles
églises en Périgord», 1993.
- MOUILLAC (Nat halène), CCltCt/Oglle cie let doC/l-
Jl/elltcttioll re/cttive ?tl/X textes et cIoC/lJlleIlts il/lIStrés
COlicemelllf l'histoire ?trchitectll/,tle de tctMclye SctÎlItPierre de MoiJJC/c, D.E.A. d'histoire, art et civilisation de la fin de l'antiquité à nos jours,
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1993.
-VACHIA (Florence), Participation à E.R.E.,
jumelage Crète - Entre-deux-mers, rapport
annuel d'activités 1990. Chantier de fouille
archéologique,
Basilique
paléochrétienne
d'Almyrida, 1990.
- VACHIA (Florence), Cctrrecl!fx cie pavelllellf
eShlll/pés et glctçl!rés mécliévct/lx d'Aql/itctille.
COllStitl/tioll d'I/ne base de dOIlIlées, 1. SaintMacaire. II. Villandraut, maîtrise en histoire de
[' art et archéologie, Université de Bordeaux Ill,
1993.
- VACHIA (Florence), Les ~~!ises /IIécliél'Ctles dl/
ccnztoll de Sigol/lès, T.E.R. en histoire de l'art et
archéologie, option médiéval, Université Michel
de Montaigne, Bordeaux III, 1994.
53
_____ FORUM ________________~
et courrier des lecteurs
Suite à l'article de B. Reviriego : Les loups
en Dordogne (Mémoire de la Dordogne, n° 2,
1993, p. 3-5), Claude Lacombe a relevé dans le
livre de raison de Jehan de Raffailhac, juge à
Badefols-d'Ans, entre 1626 et 16761' extrait suivant évoquant une attaque par les loups, en
1640, de la population au nord de la forêt
Barade : "La presante année, il sest Vell qllantitté de
I01lps, mesmemant al! ilIoys doctobre dit co/lSté de
FOIISsolllaigne (Fossemagne) y avait IIlle 10llve qlt)'
estait s)' acharnée qztelle blessa a"dict liett de
FoltSsomaigne Olt e7lvirom plm de qllatrevingt per-
SOI71JeS. Oll voùi ql!elle sestoit ainfin ac!Jctrllée dam la
forest o/! il avait esté tué forsse personnes par cellX dl!
pairage qlly sestoyent reffllgiés dans ceste forest, laqltelle a esté collppée la pesante année non sam beaucoup
dincolltoditté ct tOllt le Perigort pOlir les logemallts Olt
s1lbsistallce des gem de gmre qlt)' SOllt vem/s expres POli/"
dJaSser" (p. 72). Un tel nombre de personnes
attaquées par une seule bête paraît surprenant,
aussi est-il quasiment certain qu'une meute de
loups séjournait dans la forêt aux abords de
Fossemagne.
Claude LACOMBE
_ _ SONOTHÈQUE _ _ _ _ _---l
C'est un garçon
En 1991, la Direction Départementale
de la Solidarité et de la Prévention (D.D.S.P.) a
sollicité la Sonothèque des Archives départementales de la Dordogne afin qu'elle participe à
un projet de collecte de témoignages sur l'évolution du métier de sage-femme.
Le questionnaire proposé par la D.D.S.P. a
été soumis à cinq sage-femmes qui avaient commencé leur carrière avant la dernière guerre
mondiale.
54
Exerçant dans un cadre professionnellibéraI pendant de longues années, elles ont aussi
connu le travail en maternité, qui leur a apporté
une plus grande sécurité au niveau de leur statut, mais qui a gommé peu à peu le côté relationnel avec les mères. Nous vous proposons
l'extrait d'un entretien avec Mme Reine RATINAUD, réalisé le Il juin 1991 à Sainte-Foy-LaGrande.
Sylvain ROUX
- Sylvain ROUX: Est-ce qllC Z'O!!S JJOIlt·cz IIOIIS mjJ/)elcr z'otre retyoll d'Clctirm tfli débllt cie 1I0tre cClrrière ?
- Mme RATINAUD : Oû cie do!!ze CI qlllllze
kilomètres cllftol!r cie Sc!illte-Fo)'-leI-Grtlllcle.
- S.R. : Et t'OIIS le fctiJiez ... ?
dit «c'cst jlCl.!" It! llliCIIlIC». illll'Cf expliqllé: «lllcl felllll/e.
c'eJt tom leJ gCll'J qé pmsellt dCIIIJ le j}(I)'J. ilion. VOIIJ
colllprenez. je vellx biell élet'er leJ mlem. II/Clis je Ile
uellx pm éleuer cellX cie.!" cllltl'eJ». ilion. jell Cli jJctrlé
ct!! cloctel!J: et 011 Illi CI fcli! l/Ile ligCftlll'e deJ trollI/leS
...
( ).
- Mme R. : Ell l'êla cie 1937 cl 1948 ! il pClrtir cie
- Mme P. : EJt-ce qlle/'OIIS Clvez tellll IlIle colllptclbiIci. jCli elf Ifile t'oit!!re. Et jétés tellemwt colltente de
lité de tOllteJ leJ dClllleJ qlle VOliS cn'ez C!ccomj)ées ?
1ll01l t,élo qlle JOlfvellt .le repelrtelis Cil dia! Il J' (fl/(tif
- Mme R. : Olli. jc!t'CtÙ II/C/I'qllé cl pm prèJ ...
tOIlS les em'ÎrollS qm VOliS COllllclissez : Le Fleix.
iÎ1ollfcIlfCOIl. N(lstrillgms. PIJ/lchûpt. Fo!!gI!eJrol!es.
- Mme P. : Pczr illois. Z'OIIS sauez ?
Sctlllf-ilmoÎlze-de-Brmilb. il )' Cfl'{IÙ CIlcore E)'lIesse.
- Mme R. : Ob ÇCI cléjJelze/clit. il J' CI ell des IIIOÎJ OIÎ
Sttillt-ilvit-dejûvclis dix ({('COIlSo!!lège. Se/illtchellle/lts. d'cmtres
co,sr;:. (;j'\ER\IIli' 1.\ 1l0R[)()(;\!·
QllemÎlI
de
lliRFCTiO\ IlI:PIRln:E\T\IF DE LI SOLlD·\RIIE
Ill' LI PRI:IT\T10\
qllinze. d·cllltres.
,I:R\ICE flFP.\RiT\IF\T!d
1,\ PROTFCTIO\ \l,\TER:\F!
ET I\F\\TIIJ
C([plollg ....
jell ClUCIlJ uillgt.
1.========================:;1
- Mme PESSIS
: VOlIS clZ'iez deJ
l'elûtiollJ slÎl'elllwt
jJl'i1'ilégiées avec
tOlites les delllies
qlle VOliS elCCIIIIcbiez ?
- Mme R. : Oll
éte/ if Ill! jml
cOllllIIe le lIIédecili.
011 étctù dellls les
jJetits secrets. 011
dOl/lwit
rleJ
comei!J.
- Mme P. : VrJIIS
étiez écolltée. lIIêllle
bol'J clii ce/dl'e de
!'clccomjJelJlwt ?
ui;zgt-cillq. je J/lis
lIIêll/e tillée jllSqll'c!
q Il û l' ct Il te -ci Il q .
qllctIldj'étaÎJ tOlite
sCIlle! Vi)!IJ Scluez .
.le pctrtctis de lei
lIIe/tel'llité. je/rl'ivair dJez 1II0i. je
Il'ell POIIUClÙ plm.
télépbolle : 011 l'aIlS
dell/clllde !
Mme P.
QII'eJt-ce qlle valls
fclisiez des eIIfcmtJ
de petit poids?
- Mme R. :Je II/e
JOIIVlem cn'Oll' m
llil pl'éllltltlll'é de
Jept lI/oÎJ : eh bim.
- Mme R. : ilb
il eJt resté cbez lé.
olli ! Et pllis qllel011 l'cI II/is dttlls Stl
qllefoiJ. je Ille SOIIvoitllre.
dûllS let
t'lem (n'Oll' ell
ailette,
011
Cf
III is dCJ
ct litctIlt
cI'(lpbOlliflotes. Dam le/
jlrocbes cmpl'èJ deJ
Copédit
l/oltllre.
ail l'ct bieJl
felllllles. même des
CCIPlfCboJlllé. ail l'ct
llIûris po!!r certctilzes d70ses qll 'ils ne vo!!l{/iwt jlCfS
fermé
et
il
étellt
là
derrière.
et
1)/{lilltcllcmt
il CI qlfClcollfier cl Imrfelllme.
l'elllte-cillq cms. c'est llile belle fille! Elle s'est biell sor- S.R. : VolIS disiez qlle t'am m'Îez Ifll rôle de comeillètie cl'ezffitire qllclllclmême ! Et p!!is. jer!!ctis tirer d!!
re. est-ce q!!e t'OIIS pelliiez. pdr exemple. cie !({ COlltretIctÎt cl ici mère. et .le I!!i fclùells boire ({t'ec lm colllptecejltioll ?
go!!ttes. j'ell eli ell PClS Illet! q!!i salit liés comlllc ça. ilr
- Mme R. : QlI(lIld il J Cfl'{tit des grossesseJ répétéeJ
Il'ollt j(fl}WÙ CIl IIi o,\J~i!,èlle. Ili rien de tO!!t ÇCl. 011
... jé elf Ifile cliellte qlfe j'cti ClccomjJée cillq Olf six/oÎJ
etlon. 011 fcliselit llIl grefllcl fe!!. ail les metttlÎt d(ms 1111
et là ..le pe!fX L'IJ/IS clire qlle le llIctri est t'ell/{ Ille l'oir Ifil
«bo!!/ï'ùml» (jwnier eJI osieJ) près cl!! fell Cil fcliselllt
.10111' et IIZ'({ dit : « Mille R(ltilltfllcl. .le SlIir wlllI)'é. si çtt
clUelltioi! qll 'il Ile Jcfllte PdJ «('{tilletlles cie/lIS le «bollrcolltÎlllfe. Ilftt felllllle cfllrel cles gOJSes tOllS les ctllJ». j'cli
ricoll».'
dit ,(oû lIIelis ça. (·e.ft!cl /tlllte àqlli ?» ALlis illll'({
55
_ _PALÉOGRAPHIE _ _ _ _ _ _ _ _ __
Quelques indications pour lire.
Les majuscules :
Elles sont assez rares dans ce texte.
- Pas de lettrine au début de l'acte, dont le A est modeste.
- ~ S de Sarlat (ligne 1); scavoir (ligne 10), sont des classiques du XVIIe siècle.
- rIde illec (ligne 10), icelltti (lignes 12 et 13), ne présentent aucune difficulté. Jet C se rapprochent
de la graphie actuelle.
- 1P P de personnellement (ligne 3), plus (ligne 14).
L'emploi des majuscules nous paraît inexplicable. Elles sont à l'intérieur des phrases sur des noms communs ou adverbes, prépositions, et ne sont pas souvent utilisées pour les noms propres.
La graphie:
Les difficultés de lecture de ce texte viennent d'une graphie peu soignée.
- le a : après (ligne 2) est lancé par une haste.
- le t final souvent sans barre: Sarlat, ont (ligne 7). A l'intérieur des mots l'e est bouclé: .r.
- le h reste archaïque 3 plongeant sous la ligne: habitam (ligne 5), hamser (ligne Il),
par exemple.
- le 0, est souvent mal fermé dans royal (ligne 3), massoJZS (ligne 4), Rocholl (ligne 8).
-le r final, encore bouclé, tend à prendre sa forme actuelle à la fin des mots, comme dans sçavoir (ligne
10), grenier (ligne 15).
56
1 - Il Sarlût le premier jOllr dll IIlO)'S cie II/cm /!li!
2 - six tem
!lell! ctpres II/idy etc pClr deVctllt ilia)'
3 - IlOtetire ro)'ûl et teslJ/oim etc. allt estés persollnel/ement
4 - COIlStitllés Jehcm iVlontctrie Jehetll LO/!lbrcw!cllllC/ssollS
5 - hctbitetlls dm/it SC/lie,t lesq//elz /ctiscmt tCtllt pOlir el/Ix
6 - q/le pOlir Pierre Delbos Ctl/ss)' IIIClSSOIl hClbitctlls
7 - dlldit Setrlat lesq/lels de leurs bollS gré etc. allt
8 - prim CI pris /ctict cie iVIC/itre He/ies ROiholl chewoyne
9 - Cil f'esglize cctthedrct/le dlldit Sen'lat et prie!lr
10 - de lct present ville, illec present, sçctvoir est Cl III)'
Il - hetl/sser le pail qlli est ell la maisOll dlldit Rocholl
12 - et dll comté de la cbetp/}e!!e de St Benoit, ice!!lti lIlonter
13 - cie !ct halltellr de hllict piedz et en ice!!lIi /ctire !Ille
14 - dem)' croizee pl//S !lIle porte cUI dess!ls cie la tOllr
15 - pOllr le service d/l grenier et hallsser !ct tOllr (III degré
A.D. 24, 3 E 15441
r
- le s
est en crosse lorsqu'il est initial, six (ligne 2). Final il comporte deux jambages "'Jilcm (li~ne 1), cellS, ctprès (ligne 2).
- le x final est bouclé: ellix (ligne 5).
mo)'s,
Les abréviations :
Par contraction :
- premier (ligne 1), sur le p, tilde pour la syllabe pre. Présent; pm (ligne 10), le scribe n'a pas levé la
main pour faire le tilde.
Par suspension:
- ~ dlldit (lignes 7 et 11), la finale est plongeante. /f.R pOlir (ligne 5 et 15), llotClire (ligne 3), Jl/aître
(ligne 8), l'abréviation est marquée par une finale relevée, sans fracture.
A remarquer :
- etc f (lignes 2 et 7).
-le signe tironien e utilisé pour le mot et plus ou moins bouclé (lignes 3, 9 et 15).
L'orthographe:
- le Z J remplace parfois l' s final: lesqlfClz, piedz. On le trouve aussi dans le mot Cl'oizée (ligne 14).
- Yest employé pour i dans II/O)'S, IlIÙO', cha1lo)'lle, ft!)'.
- ss = ç, dans JllctSSOII.
- le 1est doublé, dans cClthée/ret/le.
- le p est doublé, dans chctppe!!e.
- Certains mots ont encore l'orthographe ancienne: sçctvoil: esglize. /JI'ÙlS.
Raymonde SARLAT
57
_ _EXPOSITIONS/ANIMATIONS
------1
à voir du 17 juillet au 15 septembre - à voir du 17 juillet au 15 septembre
Les Archives départementales présentent une exposition de Francis et Claude Hunzinger : le secret
des terres.
A partir de terres et de roches collectées dans leurs pérégrinations, et après broyage et décantation,
ces artistes extraient des pigments permettant de retrouver un spectre complet de couleurs pures et fournissent ainsi une vision originale du Périgord. Tour leur travail 5' appuie sur de sérieuses recherches documentaires historiques et s'inscrit dans la longue aventure de l'art périgordin, de Lascaux aux fresques des
églises romanes, en passant par les superbes manuscrits de Cadouin.
Chercheurs, Francis et Claude Hunzinger sont aussi des artistes pour qui chaque présentation
devient une œuvre plastique originale.
Mélanges offerts à Noël Becquart.
Le premier nom que rencontre le plus
inexpérimenté des chercheurs en archives est
celui de Noël Becquart.
Archéologique du Périgord a voulu rendre un
hommage à l'homme et à l'oeuvre par l'édition
de JVIélanges
III,
qui lui furent remis au cours
d'une séance exceptionnelle, le 5 avril.
Nous retiendrons plus particulièrement,
parmi eux:
- BORDES (François), «Bibliographie des travaux de M. Noël Becquart».
- AMIET (Robert), «Saint Front dans sa légenNoël
Becquart pendant
l'hommage
du
père Pommarède,
président de la
S.H.A.P.1995.
de».
- FOURNIOUX (Bernard), «La forêt de Born».
- GRILLON (Louis), «Les hommes à Milhac-deNontron».
Photo Renée Hasse.
En effet il mit à profit les nombreuses
années passées à la tête de la direction des
Archives départementales de la Dordogne pour
accomplir un travail remarquable de classement
et d'inventaire. Bon nombre de séries d'archives
lui doivent l'existence d'un répertoire imprimé
sans lequel le chercheur connaîtrait les affres du
Petit Poucet... Les lecteurs plus aguerris lui sont
tout autant redevables pour ses travaux de
recherches. Il réserva la plupart de ses publications au bulletin de la Société Historique et
1 - in
Soriété
B/Illetill de Id
}-liJ/oriqllf et
Ilrc/;éfJ/ogiq//l!
dll
P/n:'.!,liJd. t. CXXII, !~r
trimestre 1995.
58
Archéologique du Périgord, dont il fut longtemps le Secrétaire général.
Cette même Société Historique et
- RATEAU (Michel A.), «Interrogations autour
du port et de la pêcherie de Mauzac-surDordogne du XV' au XX' siècle».
- VALETTE 0ean), «La communauré protestante du Fleix en 1675».
- BONNICHON 0ean-Emmanuel), «L'économie et les classes sociales de Périgueux au
XVIIIe siècle».
- BODDART (Francis A.), «Les fours à chaux de
Dordogne (XIX' - XX' siècle) : un bel exemple
de patrimoine industriel méconnu».
- GIBSON (Ralph), «Les clarisses de Périgueux
au XIX' siècle».
Récapitulatif des principaux articles des numéros précédents.
Numéro 1. Décembre 1992.
Les recherchts généalogiques d'ascendance <lV{lnr 1:))2.
Par Martine Duhamel, p. 25 - 27.
1"92 : déci:s de I-Ienri Bertin.
Par Bernard Reviriego, p. i - 6.
Enquêtes, staristiques et histoire locale a\'ant 1RS2.
Par Michel Combet, p. 29 - 55.
- L'hîsroÎn: dcs sceaux en Périgord: !tur apparition ct leur diffusion
Par Bernard Fournioux, p. 9 - 12.
- Une source iconographique importantc : !es canes postales.
par Thierry Bois,ut, p. 19 - 2.1.
- L'association "Clocher d'or".
Par Jean-René Bousquet, p. 2·i
- Témoignages sur l'activité barcliè:rc en Dordogne.
Par Syh'ain Roux, p. 25 - 26.
- Les recherches dans l'état ci,'il.
Par François Bordes, p. n - 28.
Enquête sur une famille noble: les du Lau, sources Ct méthodolope.
Par Joëlle Ch(\"(:, p. 29 - .i2.
- Le père Antoine li:)'ssandier, chanoine régulier de Chancelade.
Par Louis Grillon, p..16 - ·iO.
Numém 4. Juin 1994. Dossier Généalogie.
- HistOire d'clll bagn;lf(L J\nrhelme Coller.
Par le Pi:re l' Pommarède, p. .\ - 9.
L'A.RAH.
Par Philippe Jayle, p. 1Il -1 1.
- Généalogie:, démographie historique et générique de population,
Par Jean-Noël Biraben, p. 1.\ 15.
- Généalogie ct génétique médicalt:,
Par Stéphane Richard, p. 16 - IH.
Numéro 2. Juin 1993.
Dossier Archives / Archéologie.
L'institution du calendrier républicain.
Par Martine Duhamel, p. 1').
- Le loup en Dordo!,ne.
Par Bernard Revirie!,o, p..) - ';.
- Noble:sse e:t généalogie en Périgord.
Par Joëlle Che\'é, p. 20 .li.
- L'I\.D.R.I\.I-I.I'
Par Claude Lacombe, p. () -.
- La proft:ssion de l'énéalogiste.
- L'appétit ,j'espace des J\la"ne et le déména"emellt de 'li·élissac.
Par J\lichcl Combet, p. B - 9.
- Généalogie et Cùcnciers de Ber!,""lC au XVIII siècle.
Par Claude Lacomhe, p. 21; 2').
Un essai d'écriture it la charnière ùgc du bronze Ilna! ! premier ùgt
du kr.
Par Christian CheYillot, l', 10 12.
- Généalogistes périgourdins,
Par Patrick Esclafer de la Rode, p, .\0 - -'H.
Par IIlartine Duhamel, p. 25.
- L'arché'ologic préhistorique: ulle seÎc!1cc sans archi\'e,
Par Ser!,e IIlaurv, p. 15 - 1("
- Création d'une partith0que.
Par Syls'ain Roux, l'. ·U -i·i.
- l-liswrÎ()graphit dt PériglH:uX antique.
Par Claudine Girardv-Caillat, p. 19 - 19
- CartOgraphie de la Dordogne.
pac François Bordes, p. ci 5 ·1
Le cahier de dessin de Pierre lkauJ11esnil.
Par l'ran\'ois IIlichel. p. 20 - 25.
LéS forges de Sa\'ignac-Lédrîcr ct ItS archiVéS des maîtres dt: l'orges.
Par Ludovic Pizano, p. 2i - 26.
- L'apport des soun.TS ~crites
riques.
Par Yan Lahorit, p. 2C - .;0.
Ù l'arch~{)lo,l!ie:
- Bibliographie généalogique,
Par l'rtlll<;ois Bordes, p. 59 ·iD.
des période:s histo-
Numéro 5. Décembre 1994.
- Périt.:uellx <lU milieu du XIX sit.:c1e ' l'irruption des ingénieurs
dans la ville.
Par Jean-Emmanuel Bunnichon, p..; - 12.
- 1.t.:s dernie:rs musiciens de bal en Dordogne,
Par Svh'ain Roux, p..; S.
- La S,HAl'
Par Jacques Lagf<lfl!,e, l', U - 15.
- Comment débuter une re:chtrche généa!o:;iqut dans l'état c1yiL
Par ~Lu"tinc Duhamel. p..;- .l'J.
- Le bourf! castrai dl' Montignac: seS lettres de franchises,
Par Bernard Fournioux, p. 19 - 25.
Numéro 3. Décembre 1993.
- i\utomne 1995: les p<lllds brùltmt.:nrs d'archi\'\.>s .
Par lkrnard Rev!rit.:,iW. p. .:; - s.
- La Société d'Art et dï·lis[(lir<: de Sarlat er du Périp",l '\oi,.,
Par Louis-Frant;oÎs Gibl'rt. p. 9.
De mémoirc d'institutrice.
Par Syl\'ain Roux, p. 2S - 2').
- Le musée du Ptrigord noir il Domme' .
Par Luc Joudinaud, p. 52 - 55.
- Carro!,raphie de la Dordogne.
Par François Bordes, p..i6
- Opérario!l SCC<lu-\Tgarde . !es sceaux des Archi\'cs déparrcJ11en-
Sur les traces des p01trins.
Par Bernard Res'irieFo. p. II - 12.
talcs.
Par Bernard Rcviriego, p. 10
- Le: conser\"<ttoin: de l'architecture.
Par Cérard Duhamel. p. 1.\ li.
Lt moulin il papin de La
Cassa~ne.
Par Louis-Frant.:ois Gihcrt. p. 20
21.
- De l'héraldique municipale.
p.lt .Ielfl-René Bousquet, p.i;
i2.
i 1.
- Bihliopaphie des travaux de Louis Grillon. p. 15.
59
Un service du Conseil Général
gratuit et ouvert à tous
Photo Daniel Pinel
Renseignements utiles
La salle de lecture est ouverte du lundi au vendredi,
de 9 h il 17 h
Les inscriptions s'effectuent du lundi au vendredi
de 9 h il 12 h et de 14 h il 16 h
Fermeture annuelle: 1'" quinzaine de juillet
Archives départementales
9, rue Littré 24000 PERIGUEUX
Tél. 53.03.33.33
Rue Wilson
En quatrième de couverture:
Diplôme de médecine, délivré par l'université de Montpellier.
à Hélie de Madranges, de Périgueux.
Sceau du procurateur de l'université. 1618.
A.D. 24, 2 E 1850/361-2.