ÉVALUATION FORMATION ADULTES Madagascar
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ÉVALUATION FORMATION ADULTES Madagascar
ÉVALUATION FORMATION ADULTES L’association n’a pas de stand au marché aux fleurs, n’ayant pas de carte professionnelle. Cette carte, délivrée par la commune, est obligatoire pour tenir un stand et coûte 300 000 ariary (120 euros). En plus de la question du coût de la carte, le fait que l’association soit à but non lucratif l’empêche d’en faire la demande. Madagascar Les horticulteurs, qui ont toujours vendu leurs fleurs à la pièce, sans aucune présentation ni mise en valeur particulière, ont émis le souhait à Planète Urgence de suivre une formation en art floral afin d’optimiser leurs bouquets et de les rendre ainsi plus attractifs pour la clientèle de la capitale. PRÉSENTATION Objectifs du projet Intitulé de la mission Formation en art d’Ankadinandriana. floral auprès d’horticulteurs Présentation du partenaire L’objectif de la mission était d’apprendre aux horticulteurs à composer un bouquet avec harmonie, à choisir les fleurs pour la création d’un bouquet en fonction d’un événement particulier (mariage, anniversaire, funérailles…), à présenter les fleurs sur un étal de façon à attirer l’œil du passant, à identifier les fleurs qui peuvent être vendues en pot… L’association Vonona Hiavotra (« prêt à affronter la vie ») a été créée en 2003 par un groupe de 40 horticulteurs de la commune d’Ankadinandriana, à 30 km au sud d’Antananarivo. Leur objectif était de mutualiser leurs moyens et de pouvoir ouvrir un stand sur le célèbre marché aux fleurs d’Antananarivo. Pour être membre de l’association, il faut s’acquitter d’une cotisation de 500 ariary (20 centimes d’euro) par an. Cinq cents familles (représentant 3 000 habitants) à Ankadinandriana vivent de l’horticulture. Être horticulteur à Madagascar se transmet de génération en génération. Première commune sur quatre en quantité de fleurs coupées à approvisionner la capitale Antananarivo, Ankadinandriana est la seule à être spécialisée dans la culture du glaïeul, culture ancienne et ancrée depuis plusieurs générations et perpétrée par les jeunes du village. En plus du glaïeul, les horticulteurs y cultivent également des pics fleurs, des marguerites, des œillets et des alstroemerias. Le revenu mensuel moyen d’un agriculteur horticulteur d’Ankadinandriana est de 150 000 ariary (60 euros). Présentation et justification du projet Les horticulteurs ont toujours vendu leurs fleurs à la pièce. Les 40 horticulteurs de l’association cultivent 50 platesbandes de 2 m² (100 fleurs par plate-bande, représentant un total de 5 000 fleurs produites). Trois fois par semaine (les lundis, mercredis et samedis), 13 personnes (membres de la famille des horticulteurs) se rendent à vélo à Antananarivo afin de vendre en vrac les fleurs coupées aux revendeurs du marché aux fleurs. Le prix de la douzaine, défini par le revendeur, dépend de la fleur proposée, de sa qualité et de la saison : il varie entre 1 000 et 10 000 ariary (entre 40 centimes et 4 euros). Chacun transporte 11 douzaines de fleurs (soit un total de 1 748 fleurs). 62 INTERVENTION Bénéficiaires La formation concerne 13 personnes (9 femmes et 4 hommes), âgées entre 21 et 35 ans, dont le niveau d’étude varie entre le CEPE et le baccalauréat (mais la majorité a le CEPE). Toutes sont dans l’association depuis sa création, en 2003 : • • • • Bernard Balzac, agriculteur, trésorier Nary, agriculteur, Rivosoa, agricultrice, Voahangy Lalao, agricultrice, • • • • • • • • • Haja, gérant point informatique, Antonnie, enseignante, Joséphine, agricultrice, Éliane, agricultrice, Faly, ménagère, Lydia, brodeuse, Hasina, brodeuse, Lanto, agriculteur, Je sais maintenant qu’il faut couper les fleurs en biseau, qu’on ne met pas les feuilles sous l’eau et qu’il faut que l’eau et le récipient soient propres pour garder les fleurs plus longtemps. D’autres idées sur la culture des fleurs, auxquelles on n’avait jamais pensé, nous ont été apportées : le fait de clôturer les champs de fleurs avec des plantes à épines pour rendre l’accès difficile aux petites bêtes qui détruisent les fleurs ; ou de mélanger les feuilles une semaine avec les bouses de vache pour pouvoir ensuite les utiliser comme engrais ! » Nary Jacqueline, ménagère. Volontaires et dates d’intervention La formation a été dispensée en octobre 2010 par Caroline Carbiner, titulaire d’un baccalauréat professionnel en productions florales et légumières. Caroline a travaillé chez un horticulteur spécialisé en potées fleuries et plantes vertes et dans une équipe de fleurissement, et est actuellement responsable d’une équipe « espaces verts ». Intervention des volontaires et réalisations La formation a abordé plusieurs domaines : • l’utilisation des fleurs pour faire des bouquets, des couronnes, des décorations ; • l’apprentissage du bouquet rond et du bouquet allongé (avec un nombre impair de fleurs) ; • la valorisation d’un bouquet : utilité de planter des feuillages verts afin de valoriser la beauté d’un bouquet (« Nous n’avions jamais pensé à faire ça avant que Caroline n’arrive »), bouquets à thème avec des couleurs chaudes (rouge, orange, jaune) et des couleurs froides (rose, mauve, bleu) ; • l’amélioration de la culture des fleurs : les méthodes à appliquer pour éviter la maladie des fleurs ; • les conseils sur l’entretien, la cueillette et la coupe des fleurs. Concernant les méthodes à appliquer pour lutter contre la « maladie des fleurs », la formation a évoqué les deux « ennemis » principaux des fleurs, les insectes volants et les insectes rampants : • pour faire face aux insectes volants, les horticulteurs utilisent depuis longtemps des insecticides ; • concernant les insectes rampants, rien n’était entrepris par les horticulteurs pour lutter contre ces insectes. Depuis la formation de Caroline, les horticulteurs mettent en terre des plantes épineuses tout autour des plants de fleurs. Les épines repoussent les insectes rampants. « La mission m’a appris des choses que je ne savais pas avant : la manipulation des fleurs et des feuilles, quelques techniques pour garder les fleurs plus longtemps, comment empêcher les bestioles d’entrer dans les champs et surtout comment faire des bouquets. RÉSULTATS ET IMPACT Cette évaluation s’appuie principalement sur le témoignage de Lalasoa, surnommé Nary, âgé de 27 ans, vivant chez ses parents avec son frère de 15 ans. Agriculteur dans le fokontany d’Ankadilalana de la commune d’Ankadinandriana, il possède 0,5 hectare de terre qu’il cultive en alternance en légumes (tomate, carotte, pomme de terre, petits pois), en fleurs, manioc et maïs. Nary a arrêté ses études après avoir obtenu son Certificat d’Études Primaires Élémentaires (CEPE). Son revenu mensuel varie en fonction des saisons et des périodes de récoltes entre 50 000 ariary et 600 000 ariary (entre 17 et 210 euros). Actions mises en œuvre à la suite de la formation Grâce aux conseils pour lutter contre les insectes rampants, les horticulteurs ne produisent plus 100 fleurs par platebande mais 150, ce qui représente un total de 7 500 fleurs, soit une augmentation de la production de 50 %. Aujourd’hui, grâce à cette augmentation, les 13 personnes transportent chacune 20 douzaines de fleurs (et non plus 11 douzaines) 3 fois par semaine à Antananarivo (ce qui représente un total de 3 120 fleurs coupées). Le prix payé par les revendeurs du marché aux fleurs est toujours le même, entre 1 000 et 10 000 ariary (entre 40 centimes et 4 euros) la douzaine et dépend toujours de la fleur, de sa qualité et de la saison. Néanmoins, les horticulteurs vendent un tiers de fleurs en plus. En l’absence de données précises concernant la répartition des fleurs vendues, 63 les estimations suivantes ont été réalisées pour évaluer l’augmentation du chiffre d’affaires obtenue : • s’ils ne vendent que des fleurs dont le prix d’achat est de 1 000 ariary (40 centimes d’euro) la douzaine, l’augmentation est de 9 000 ariary (3,6 euros) ; • s’ils ne vendent que des fleurs dont le prix d’achat est de 10 000 ariary (4 euros) la douzaine, l’augmentation est de 90 000 ariary (36 euros); • s’ils vendent 50 % de fleurs à 1 000 ariary (40 centimes d’euro) la douzaine et 50 % à 10 000 ariary (4 euros) la douzaine, l’augmentation est de 49 500 ariary (20 euros). Impact au jour le jour Aujourd’hui, l’association a comme principal objectif l’entraide et le partage de savoir, sans contribution financière de la part des adhérents. Chaque horticulteur est donc autonome financièrement et matériellement : chacun achète ses pesticides et a un terrain individuel et l’association n’a ni terrain ni matériel en son nom. Ainsi, l’horticulteur répartit généralement l’augmentation de ses revenus financiers de la manière suivante : un tiers pour l’achat de matériel dans le but d’augmenter et de rentabiliser sa production (pesticides, matériel de plantation, etc.) et les deux tiers restants pour améliorer son quotidien : nouveaux vêtements pour les enfants, fournitures scolaires, économies afin de faire face aux éventuels coups durs (ex. : maladie, réhabilitation du logement, etc.) ou encore pour financer la cérémonie du famadihana1. Nary confie par exemple : « Pour le moment, comme je n’ai pas encore de famille à nourrir, je conserve une partie de mes bénéfices pour faire fonctionner l’agriculture et une partie en épargne au cas où il y aurait des catastrophes sur la culture ou en cas de problème de santé de mes parents ou personnel. » En ce qui concerne la création de bouquets, les horticulteurs formés à la suite de la venue de Caroline créent des bouquets pour des cérémonies spéciales telles que des mariages, baptêmes, généralement pour des gens qu’ils connaissent. Ainsi, depuis la formation en 2010, les horticulteurs ont couvert 14 cérémonies avec la livraison de bouquets et/ou de fleurs coupées. Une cérémonie rapporte en moyenne 110 000 ariary (44 euros). Perspectives Les objectifs du projet ont été atteints suite à la réalisation d’une seconde mission en novembre 2011. Il n’est pour l’instant pas prévu qu’il y ait une suite à ces deux interventions. 1 Le famadihana, ou retournement des morts, est une coutume funéraire que l’on rencontre dans la plupart des communautés de Madagascar. Chaque année, de début juin à fin septembre, de village en village, les tombeaux sont ouverts et les vivants font danser leurs morts lors de grandes fêtes. De nos jours, la pratique du famadihana tend à se raréfier, en raison d’une part du coût souvent élevé de la cérémonie, et d’autre part de l’impact de l’influence occidentale, par l’intermédiaire notamment de l’influence chrétienne. 64