Journal N 1
Transcription
Journal N 1
Bi-hebdomadaire officiel d’information du Comité d’Organisation du Magal paraissant les Mardis et Vendredis ISSN 0850-5144 N° 001 Vendredi 24 Déc 2010 - 17 Mouharram 1432 H DISTRIBUTION GRATUITE GRAND MAGAL DE TOUBA 2011/1432 H Page 2 Par Serigne Bassirou Abdoul Khadre MBACKÉ ACTUALITE Porte-parole du Khalife Général Président du Comité d’organisation du Magal Un jour de victoire dans la voie de Dieu Que la paix et la Miséricorde divine soient avec vous, ainsi que la prospérité. Il s’agit d’un rappel pour dire que nous Mourides, nous n’avons que ce jour qui symbolise toute la vie et l’œuvre de Cheikhoul Khadim. L’objet de ce jour est la lutte menée par Cheikhoul Khadim face aux autorités coloniales qui n’avaient d’objectif que d’anéantir l’Islam. Il s’était assigné de mener à bien cette tâche avec l’appui du Bon Dieu, le Seul dont il reconnait le pouvoir. Ceci lui a valu qu’à chaque commémoration, Dieu le comblera de ses bienfaits. Le 05 septembre 1895, l’autorité coloniale décida d’exiler le Cheikh au Gabon lors de son Conseil Privé, pour une durée de 7 ans. La Voix de Touba Bi-hebdomadaire officiel d’information du Comité d’organisation du Magal site web www.magal-touba.org Président : Serigne Bassirou Abdou Khadre MBACKE Directeur de Publication : Serigne Abdoul Ahad MBACKE Cheikh Fatma Conseiller du Comité d’Organisation chargé de la rédaction : Alioune FALL Conception Technique et Graphique : Vision et Communication Sarl Téléphone : +221 33 820 09 59 +221 76 650 39 45 Email : [email protected] Après le Gabon où aucune de leurs intrigues n’a abouti, et ce, malgré toutes les exactions et tentatives de meurtre, les autorités coloniales l’envoyèrent en Mauritanie où le Cheikh passa 5 ans. Ensuite c’est la localité de Thiéyène, dans le Djolof, qui accueillit Serigne Touba en résidence surveillée durant 4 ans. La dernière étape de cette persécution fut Diourbel où il resta, 15 ans durant, en résidence surveillée avec comme dessein de parvenir à un ramolissement de la foi des disciples sous l’effet des facteurs distrayant de la ville. Nous allons nous contenter, par rapport à ce jour, des propos de Cheikhoul Khadim, sur les retombées de sa mission qui se résument par le fait qu’il : « Détienne le statut d’Abdoullahi Wa Khadimou Rassoul », « Soit le Serviteur privilégié du Prophète (PSL) et l’intercesseur des musulmans face aux épreuves divines qui allaient s’abattre sur eux et les amener en enfer, « Soit le sauveur de la Ouma Islamique au service du Prophète (PSL) ». Donc, cet exil du Cheikh est un désir de Dieu dans sa Volonté et sa Force. Ce jour est un jour de victoire et de gloire. C’est au Gabon qu’il avait défini les formes de restitution de cette grâce. Après la fin du jihad et des épreuves, à chaque célébration du départ d’exil, Dieu lui accorde encore des bienfaits. Il dit : « je remercie Dieu qui m’a éloigné de mon pays et m’a octroyé tout ce que je désirais et voulais obtenir» et « à Galwa, chez les bafali, Dieu m’a octroyé le pouvoir de transcender tout l’univers », raison pour laquelle, partout où vous allez, en Amérique, en Australie, en Europe et en Afrique, le message de Cheikhoul Khadim s’est propagé. Il poursuit : « j’ai récolté les fruits du travail que j’ai accompli pour la face de Dieu à tel enseigne que mon retour au pays doit être synonyme d’une grâce que je Lui rends éternellement, notamment à Touba, à Darou Salam et Darou Minane, conformément aux recommandations divines et à l’enseignement du Prophète (PSL) ». Selon le Cheikh il existe trois manières de rendre grâce à Dieu : celle exprimée par le Cœur, par une évaluation des bienfaits que nous a accordés Dieu ; celle exprimée par la langue qui en quelque sorte est une interpellation à ne pas verser dans l’ingratitude face aux bienfaits divins -ce qui a incité Cheikhoul Khadim à travers ses écrits, a magnifié les multiples bienfaits accordés par son Seigneur non pas pour se vanter mais par souci de reconnaissance- ; la dernière est une expression de la grâce par les différents membres du corps via des actes à la face du Monde comme notre Seigneur l’avait demandé au peuple du Prophète Daouda . Cette dernière expression de la grâce n’est pas facile. Ce qui a inspiré Serigne Touba à appeler son peuple à commémorer avec lui ces moments de grâce envers Dieu. Il a exhorté les talibés à lire le Coran qui procure une proximité avec le Créateur. Le Prophète (PSL) a souligné que la lecture du Livre Saint purifie et illumine le cœur. Ce sont donc, les réitérations et recommandations de Serigne Bara MBACKE en ce jour de Magal, comme le faisait Serigne Touba. L’autre fait marquant de ce jour est d’offrir des festins à sa famille et à ses hôtes. Cheikhoul Khadim avait dit : «quant aux bienfaits que Dieu m’a accordés, ma seule et souveraine gratitude ne les couvre plus; par conséquent, j’invite toute personne que mon bonheur personnel réjouirait à s’unir à moi dans la reconnaissance à Dieu, dans la mesure de ses possibilités en sacrifiant des espèces allant de la poule au chameau, chaque fois que l’anniversaire de mon départ en exil le trouvera sur terre» et ce, conformément à la Sunna du prophète Mohamed (PSL) qui a affirmé que les actions les plus nobles dans la religion sont la salutation et le fait de nourrir une personne. Serigne Mouhamadou Lamine Bara MBACKE lance un appel à tout le monde en ce jour qui sera célébré le mardi 18 Safar 1431 Hégire correspondant au 03 février 2010. Chacun de nous sait que tout ce qui se rapporte à Cheikhoul Khadim ne cesse d’évoluer et de se dilater à chaque instant. Il a dit : « Dieu m’a accordé des dons prodigieux qu’IL n’a jamais accordés et qu’IL n’accordera jamais à un contingent » ou « les faveurs que j’ai obtenus en provenance de Dieu ne se comptent pas dans l’univers », orientant tous les bienfaits vers sa demeure, Touba. La grande innovation de cette année consiste à aménager un lieu réservé spécifiquement à la lecture continue du Coran par des milliers de personnes qui vont se relayer, à partir de la veille jusqu’à la fin du Magal. Il y aura une équipe qui aura pour mission de s’occuper constamment et convenablement des personnes assignées à cette tâche. Ensuite, on a initié une grande exposition, dont l’ouverture est prévue le 23 janvier, sur les valeurs culturelles de base du Mouridisme et aura pour cadre un espace de 3500 m2 entre le lieu des prières d’Aïd et la maison d’El Hadji Mouhamadou Lamine Bara MBACKE. L’exposition va retracer dans plusieurs de ses aspects la vie et l’œuvre de Serigne Touba avec des stands sur les valeurs hagiographiques, les valeurs scientifiques et morales, les valeurs littéraires, les valeurs artistiques, les valeurs du travail, les valeurs de solidarité, la ville sainte de Touba et les perspectives de développement, la célébra- La Voix de Touba N°001/ Vendredi 24 Décembre 2010 - 17 Mouharram1432 H tion du Grand Magal de Touba commémorant le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba, la famille du Cheikh et le Khalifat. Nous demandons aux talibés d’aller visiter cette exposition qui aura comme interface de communication des plus modernes des écrans géants disposés dans l’enceinte de la Grande Mosquée et dans d’autres lieux publics de la ville. Le coût de l’exposition est de plus de 100 000 000 de FCFA, entièrement pris en charge par les talibés que nous remercions au passage. Qui plus est, un site officielle du comité d’organisation (www.magal-touba.org) a été ouvert pour beaucoup plus d’informations sur le Magal et des journaux, entièrement pris en charge par les disciples seront publiés et offerts gratuitement. Des journées d’informations sur le Magal, la vie, les enseignements et l’œuvre de Serigne Touba seront organisées à travers les régions du pays et un peu partout dans le monde. Le concept de Magal a été vulgarisé par Cheikhoul Khadim. Serigne Saliou MBACKE nous a rapporté que certains disciples, la considérant comme une seconde fête du mouton (Tabaski) ont été rappelés à l’ordre par le Cheikh qui leur indiqua qu’il s’agissait d’un Magal qui signifie glorifier pour ne pas verser dans le «bid’a». Que tout le monde se garde d’utiliser des mots empruntés comme « pèlerins » pour définir les talibés qui viennent accomplir leur ziar auprès de leur guide. Le Khalife vous rappelle aussi la célébration du Maouloud. Cheikhoul Khadim marquait luimême sa célébration par sa présence et donnait des directives et la manière de se conformer à la tradition. Le khalife Général des Mourides, El Hadji Mouhamadou lamine Bara MBACKE remercie tous les guides religieux du Sénégal, dans le sens de perpétuer tous les actes posés par ses prédécesseurs pour le raffermissement des liens entre frères musulmans. Il s’engage à les accompagner dans tous les actes posés pour le rayonnement de l’islam. Le Khalife remercie profondément toute la famille de Serigne Touba, ses frères pour leur soutien sans faille et toute la considération qu’ils lui accordent uniquement pour la face de Serigne Touba. Il prie pour que toutes leurs actions soient récompensées. Il remercie par ailleurs tous les Cheikh de Serigne Touba qui sont en train de perpétuer, en lui, l’engagement et la volonté de leurs ancêtres. El hadji Mouhamadou Lamine Bara MBACKE adresse également des remerciements à l’endroit des talibés et de tous les dahira, disséminés à travers le monde, pour leur engagement au service de Serigne Touba. Il arrive que des dahira viennent et éprouvent des difficultés pour accéder à lui. Qu’ils sachent que leurs désirs et vœux ont été exaucés. A ceux là, je les renvois aux talibés qui se déplaçaient jusqu’à Khomack, en Mauritanie sans voir le Cheikh et qui considéraient leurs actes accomplis de par leur foi et conviction en Cheikhoul Khadim. Qu’ils sachent aussi que leurs actions seront versées dans l’œuvre de Serigne Touba. Nous lançons un appel à tous les talibés et prions pour que Serigne El Hadji Mouhamadou Lamine Bara MBACKE, ait une longue vie et beaucoup de santé afin de poursuivre sa mission, en compagnie de tous les disciples, à la tête de la communauté Mouride. Traduit par Abdoulaye DIOP Ndongal Ndongo yi [email protected] et Djibril NDAO Ndongal Daara ji [email protected] GRAND MAGAL DE TOUBA 2011/1432 H Page 3 CICES – 08 JANVIER 2011 ACTUALITE La communauté mouride réfléchit sur l’impact économique du Magal Le 08 janvier prochain sera une journée de forte mobilisation pour la Communauté mouride, en particulier, ceux d’entre les membres de cette communauté vivant à Dakar. En effet, cette date a été retenue pour abriter une journée d’activités intellectuelles s’inscrivant dans le cadre de la préparation de l’édition 2011 du Grand Magal de Touba. Autour du thème : «l’impact économique du Magal sur la société sénégalaise», les disciples du Vénéré Khadimou Rassoul, toutes catégories confondues, se retrouveront à cette date du 08 janvier, durant toute la journée, au CICES. Babacar Mbaye, responsable du comité d’organisation chargé de piloter cet évènement, explique les vrais enjeux des travaux prévus. « Il faut comprendre d’abord que la communauté mouride avait commandité une étude scientifique sur l’impact économique du Magal pour le Sénégal qui a la chance d’abriter chaque année cet évènement grandiose. L’étude a été réalisée par des sommités intellectuelles à l’autorité reconnue chacun dans son domaine. Il est question, le 08 janvier de procéder à la restitution et au partage de cette étude », explique M Mbaye. Selon lui, il est regret- table que certains ne retiennent du Magal que les embouteillages sur les différents axes menant vers la ville sainte de Touba, les difficultés qui frappent le secteur des transports publics dans une ville comme Dakar ou d’autres désagréments de ce genre. M Mbaye poursuit ses explications : « Une telle perception est regrettable, parce qu’outre sa dimension spirituelle, religieuse, le Magal est aussi un évènement rarement égalée, à l’échelle mondiale, du point de vue de la mobilisation humaine qu’il provoque. Et le corollaire évident d’une telle mobilisation chiffrée à plusieurs millions d’individus provenant des quatre coins du globe, c’est bien entendu une intense activité économique sur tous les plans, pendant cette période. Si je considère par exemple le secteur des transports, il est clair que les acteurs de ce secteur ne connaissent pas de période plus faste dans l’année, que la période du Magal. Il serait intéressant d’être informé sur le chiffre d’affaires des différents acteurs de cette filière, du distributeur de carburant jusqu’au transporteur, en passant par le mécanicien et autres. Je me rappelle, dans les années 80, alors que nous quittions régulièrement Abidjan pour ENSEIGNEMENT Serigne Mame Mor Mbacké dote Touba de sa première université venir au Magal, les compagnies aériennes et les agences de voyage avaient l’habitude de produire des billets spécialement pour cet évènement. Ces billets sur lesquels était estampillé la mention « Pèlerinage de Touba », étaient vendus à moitié tarif, avec une réduction de 50% par rapport à leur coût normal ». De l’avis de notre interlocuteur, la communauté mouride ne pouvait pas se désintéresser d’une telle situation, d’où l’idée de faire mener une étude scientifique sur le sujet, au lieu de se limiter à avoir une perception intuitive de la situation. Revenant sur la journée du 08 janvier, Babacar Mbaye explique que la matinée sera Babacar Mbaye consacrée à une séance de validation du rapport d’une esplanade». d’études, puis les responsables de cette Sur les travaux en tant que tels, M Mbaye initiative feront face à la presse, pour partaexplique composé des universitaires ger avec elle les conclusions de l’étude. Lamine Ndiaye, chef du département de Dans l’après-midi, une conférence sera sociologie de l’Ucad et Moubarak Lô, écoorganisée, toujours au CICES, sur le nomiste, avec Serigne Sam Bousso, vont même sujet. « Nous avons choisi le constituer le panel. A côté de ce panel, il CICES parce que l’année dernière, à est prévu l’intervention d’un certain nombre pareille époque, nous avons organisé une de discutants parmi lesquels le sociologue conférence similaire. Pour une salle d’une Khadim Sylla et l’économiste Abo Sall. Il capacité de 200 places, nous nous reviendra au professeur Cheikh Bâ de sommes retrouvés avec un public de plus l’université Cheikh Anta Diop de modérer de 3 500 personnes. Et l’organisation en a les débats. beaucoup souffert. Le CICES présente Pape TOURE l’avantage, en plus de sa salle, de disposer PARIS – 26 DECEMBRE 2010 Journée de conférences pour préparer le Grand Magal de Touba Serigne Mame Mor Mbacké Ce sera une première, et la capitale française aura l’honneur d’accueillir l’innovation. La ville de Paris abritera le 26 décembre prochain une journée de conférences organisée par la fédération nationale des dahiras mourides de France, en prélude au Grand Magal de Touba prévu cette année vers le milieu de la 3ème décade du mois de janvier 2011. La capitale sénégalaise a abrité samedi dernier, la cérémonie de lancement de l’Université Cheikh Ahmadou Bamba (UCAB) de Touba, dont l’initiateur n’est autre que Serigne Mame Mor Mbacké, fils de feu Serigne Mourtada Mbacké Khadimou Rassoul, connu pour son attachement particulier à l’éducation, l’enseignement et la formation. Devant un parterre d’invités, toutes d’éminentes personnalités des mondes institutionnels, politiques, académiques, religieux…, avec notamment la présence remarquée du Président de la République lui-même, Serigne Mame Mor et les membres du Comité scientifique de l’UCAB que le guide religieux a mis sur pied, ont exposé la nouvelle institution académique, implantée dans le quartier de Ndame, à la périphérie de Touba, sous ses différentes facettes. Il est ainsi apparu que les investissements, rien que pour la construction, compte non tenu des équipements, s’élèvent à 7 milliards de francs Cfa, dont 1,4 milliards sur fonds propres du promoteur. L’UCAB, qui va démarrer avec 5 facultés et 6 instituts, comprenant des laboratoires multidisciplinaires et des programmes de recherche, est présentée comme le prolongement naturel des Instituts Al Hazar, créés par feu Serigne Mourtada Mbacké, et qui comptent aujourd’hui plus de 600 écoles disséminées sur les 05 continents. La nouvelle institution a pour objectif de contribuer au renforcement des capacités disponibles en formation aux sciences, aux technologies et aux beaux arts. Une place importante sera accordée à l’enseignement des mathématiques et des sciences islamiques. Le comité scientifique qui a été mis sur pied pour piloter le projet de l’Ucad, sous la présidence du professeur Arona Ndoffène Diouf, enseignant dans une université de Caroline du Sud, comprend des sommités intellectuelles, universitaires à l’autorité reconnue, tel les professeurs Iba Der Thiam, agrégé d’histoire et Souleymane Bachir Diagne, agrégé de philosophie, enseignant dans les universités américaines. P. T Au total, pas moins de 5 conférences seront organisées ce jour-là sur les bords de la Seine, précisément au Palais des congrès de Montreuil, avec l’implication d’intellectuels et de conférenciers de renommée internationale. Serigne Ahmadou Dramé, un des responsables de la communauté mouride en France, désigné pour modérer les débats prévus ce jour-là, explique les raisons ayant guidé la décision d’organiser cette journée à l’étranger et le choix porté sur Paris pour l’abriter. « Dans le contexte actuel, il apparaît nécessaire de porter le message de Khadimou Rassoul au-delà du cercle des seuls musulmans ou des talibés mourides uniquement. Il est important que les non mourides, les non musulmans, les non sénégalais, les non africains, reçoivent ce message dans sa transcription fidèle. C’est comme cela qu’il faudrait comprendre l’organisation, sur la scène internationale, de cette journée de réflexions et d’échanges. Et naturellement, l’histoire des relations entre le Cheikh La Voix de Touba N°001/ Vendredi 24 Décembre 2010 - 17 Mouharram1432 H et les français colonisateurs du Sénégal explique grandement qu’on ait choisi la capitale française et non une autre capitale européenne », a déclaré M Dramé, joint au téléphone. Sur le déroulement de la journée, notre interlocuteur explique que 5 thèmes seront traités à l’occasion. Il reviendra d’abord à l’intellectuel d’origine tunisienne Abdallah Sahmi, un disciple mouride, de parler de « La pensée religieuse de Cheikh Ahmadou Bamba ». Abdallah Bennot, un autre intellectuel, écrivain, traducteur et conférencier de renom, exposera ensuite un résumé du célèbre ouvrage de Cheikh Ahmadou Bamba, Mazalikoul Jinann. Aly Amoneau, tout aussi brillant intellectuel, auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et sur Cheikh Ahmadou Bamba, également chef d’une confrérie musulmane bien implantée en France, traitera lui, de « l’islam de paix et de non violence de Cheikh Ahmadou Bamba». Serigne Idrissa Mbacké, fils de feu Serigne Mourtada Mbacké, étudiant en thèse de doctorat en France, travaillera sur «l’aspect spirituel du magal », alors que l’intellectuel et conférencier mouride Mourtala Mboup, basé à Genève, lui aura à parler de «l’aspect temporel du magal». Aly NDIAYE GRAND MAGAL DE TOUBA 2011/1432 H ANALYSE CHEIKH AHMADOU BAMBA Page 4 Par Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud (Relu par A. Aziz Mbacké Majalis) Un modèle de progressisme et de rénovation La plupart des gens retiennent essentiellement de la vie de Cheikh Ahmadou Bamba sa dimension mystique. Cette dimension, certes, ne doit pas être négligée, mais elle n’est sûrement pas la plus importante si l’on considère Cheikh Ahmadou Bamba comme un guide religieux qui avait une mission à remplir et un message à transmettre. Pour nous, la plus importante dimension de sa vie c’est sa capacité d’innovation dans les méthodes tout en restant fidèle aux principes. Autrement dit, il a réussi là où beaucoup de communautés et de nations ont échoué et échouent encore. D’où l’importance pour les africains, ceux du continent comme ceux de la diaspora, pour les sénégalais et les mourides en particulier, de s’inspirer de ses méthodes pour pouvoir relever les défis de la mondialisation et de la modernité… Cheikhouna Mbacké Abdoul Wadoud LE CHEIKH, ENTRE LE TRADITIONALISME ET LE MODERNISME Face à l’héritage des ancêtres, la tendance commune est souvent de céder au choix de la facilité : conserver ou rejeter tout. Le mérite de Cheikh Ahmadou Bamba a été de pouvoir faire la part des choses entre (1) ce qui peut ou doit être rénové et modernisé et (2) ce qui doit rester immuable dans les différents domaines de la vie. Nous allons tenter, dans ce qui suit, d’étudier quelques aspects de cette démarche originale à travers un certain nombre d’exemples tirés de la vie du Serviteur du Prophète. L’enseignement des sciences religieuses à l’époque du Cheikh On enseignait des livres composés à d’autres époques et sous d’autres cieux Dans les daaras[1]de l’époque du Cheikh, l’enseignement religieux était essentiellement basé sur des ouvrages composés ailleurs - dans le monde arabe surtout - et à des époques fort lointaines – aux premiers siècles de l’hégire principalement - sans effort particulier d’adaptation aux réalités locales. Or le fait est que lorsqu’on écrit un livre, on vise la plupart du temps une catégorie de lecteurs ou d’apprenants, en tenant compte généralement du contexte spatio-temporel dans lequel on écrit. Tant que les paramètres initialement pris en compte ne se modifient pas de façon notable, il n’y aura pas de problème majeur pour le lecteur ou l’apprenant à bien appréhender les concepts en jeu. Mais tout changement majeur de l’un de ces paramètres peut entraîner des difficultés plus ou moins sérieuses d’assimilation aux apprenants. Conscient de ces réalités et du fait que les livres doivent être au service des hommes, et non l’inverse, Cheikh Ahmadou Bamba a osé, dès l’époque même où il était encore jeune assistant au daara de son père, toucher à ces sacro-saints ouvrages dans le but de les rendre plus accessibles aux étudiants de son milieu. C’est dans ce cadre qu’il a écrit ses premiers manuels dits scolaires dans les différentes disciplines des sciences religieuses dont il explique la motivation principale dans Les Itinéraires du Paradis [2] : « [Le fait est que les ouvrages des anciens] sont actuellement négligés par la plupart de mes contemporains, à cause, pour une large part, de leur grand volume [ou, de façon plus générale, de leur difficulté d’assimilation]... » (Masâlikal Jinân, v. 24) C’est ainsi qu’il entreprit de versifier un grand nombre d’ouvrages des grands auteurs étudiés à cette époque, en veillant chaque fois à les rendre plus accessibles aux étudiants et en y intégrant ses propres idées et opinions. Il en fut ainsi du Bidâyatul Hidâya (Le Début de la Bonne Direction) de Ghazâli qui devint Mulayyinul Sudûr (Celui qui adoucit les cœurs), du Khâtimatu Tasawuf (Le Sceau du Soufisme) de Al-Yadâli qui devint Masâlikul Jinân, du Ummul Barâhîn (La Source des Preuves) de Al-Sanûsi qui devint Mawâhibul Qudûs (Les Dons du Seigneur Très Saint), du célèbre traité de Al-Akhdarî qu’il résuma dans Jawharu Nafîs (Le Joyau Précieux) etc. Pour clarifier davantage la mission qu’il s’était assignée, et qui entrait dans le cadre du Service qu’il accomplissait pour le Prophète (Khidma), le Cheikh écrivit plus tard : «Il m’incombe de composer des écrits à travers lesquels pourra se diriger sur le Droit Chemin, s’il plaît à Dieu, tout serviteur autre qu’un Prophète. » (Li Mâhin Bashîrin) « J’ai revivifié les écrits des Nobles Anciens en vue de générer du profit [aux créatures] par Amour du Seigneur qui sanctifia mes écrits»… Pour être reconnu comme savant, on était obligé d’aller faire des études en Mauritanie Voyager à la recherche du savoir a été, de tout temps, une pratique commune chez les grands oulémas, une pratique fortement encouragée d’ailleurs par le Prophète lui-même (Paix et Salut sur lui et sur les siens). Mais si le but de ces périples était réellement la quête du savoir, il en allait pas toujours de même avec beaucoup de contemporains noirs de Cheikh Ahmadou Bamba. En effet, la coutume chez ceux-ci voulait que toute personne qui espérait être reconnue comme `âlim (savant) fasse le déplacement de la Mauritanie, même s’il n’y apprenait pas grand chose. Cette logique, même s’il y souscrivit spontanément à ses débuts, Cheikh Ahmadou Bamba cessa plus tard de s’y conformer en se contentant de faire l’essentiel de ses études dans le pays des sûdân (Noirs). Il apprit ainsi l’essentiel de ce qu’il se devait d’apprendre en son pays natal et eut confiance à la science qu’il avait reçue de son père et de ses autres maîtres noirs, car, pour lui, la science n’avait pas ni couleur ni frontière. On manquait d’estime pour les oulémas noirs Si les sénégalais tenaient tant à séjourner en Mauritanie pour valider leur savoir, c’était dû au fait que l’on n’accordait pas aux oulémas noirs le crédit reconnu à leurs pairs maures censés détenir les lumières de la connaissance véritable. Et, là encore, Cheikh Ahmadou Bamba a échappé à l’ordre établi et au complexe culturel de ses concitoyens. Confiant en son savoir et en ses propres capacités intellectuelles, il entreprit, dès son adolescence même, d’écrire des livres dans un grand nombre de domaines, à commenter les opinions des grands oulémas et invita ses contemporains à juger ses avis en fonction de leur pertinence mais non selon des préjugés raciaux ou autres considérations subjectives, comme il eut à le dire dans Les Itinéraires du Paradis : « Ne te laisse pas abuser par ma condition d’homme noir pour ne pas tirer profit de mon ouvrage. Car l’homme le plus honorable auprès de Dieu est, assurément, celui qui le craint le plus, et cela sans discrimination d’aucune sorte ! En effet, la couleur noire de la peau ne saurait, en aucune façon, être le fondement de la bêtise d’un homme ou de son incapacité à comprendre… » (Masâlikal Jinân, v. 47-49) [3] Tout ce qui émanait du passé et des anciens était sacralisé Imiter systématiquement les anciens et estimer leurs opinions au point de les sacraliser sans aucun effort véritable de rénovation ou d’actualisation constitue un dénominateur commun à toutes les sociétés en décadence. L’époque de Cheikh Ahmadou Bamba n’avait pas échappé à cette règle. Ainsi suffisait-il qu’une opinion soit tenue d’un ancien pour être considérée comme correcte et indiscutable. Quant aux contemporains, ils ne se reconnaissaient pour rôle essentiel que d’expliquer les opinions des anciens et de chercher les moyens de les défendre et de les argumenter. Cette attitude ne pouvait convenir à un rénovateur de la stature de Cheikh Ahmadou Bamba. En effet, dans son travail d’adaptation des ouvrages des La Voix de Touba N°001/ Vendredi 24 Décembre 2010 - 17 Mouharram1432 H anciens, il n’hésitait pas souvent à discuter certaines opinions et à émettre la sienne chaque fois qu’il le jugeait nécessaire, même s’il va sans dire qu’il le faisait toujours avec beaucoup d’égard pour les anciens et beaucoup d’humilité. Ne se contentant pas d’adopter cette démarche lui-même, Cheikh Ahmadou Bamba invitait ses contemporains à suivre la même démarche. « N’accorde pas l’exclusivité des avantages de Dieu aux seuls anciens car tu tomberais alors dans l’égarement. Car il arrive souvent qu’un homme des Temps Modernes maîtrise des secrets qu’ignoraient les hommes des Temps Anciens… »(Masâlikal Jinân, v.5152)[4] L’enseignement était exclusivement livresque Dans le milieu des doomi soxna (familles religieuses), le seul moyen de transmission du savoir religieux était l’enseignement par les livres. Or le fait est que tout le monde ne peut pas acquérir le savoir par ce moyen pour différentes raisons d’ordres intellectuel, social etc. Ainsi, de facto, la grande majorité des gens se trouvait exclue du champ de la connaissance et condamnée à ignorer les éléments fondamentaux de sa religion. Conscient que l’objectif le plus important consiste à connaître Dieu et Son message puis de le mettre en pratique et que l’enseignement livresque n’est qu’un moyen parmi d’autres pour atteindre cet objectif, Cheikh Ahmadou Bamba entreprit de donner à chaque musulman la possibilité de connaître les principes de sa religion, quels que soient son âge et ses capacités intellectuelles, en introduisant d’autres moyens de connaissance à côté de l’enseignement livresque classique. C’est ainsi qu’il a implanté, à coté des écoles traditionnelles, ce qui devint les daaray tarbiya (centres de formation et d’éducation par la pratique) qu’il confia à des formateurs bien préparés. A ceux qui étaient sous son contrôle direct et qui n’étaient pas aptes à l’enseignement livresque, il donnait une éducation pratique et un enseignement oral dans la langue locale (le wolof), en se servant de différents moyens d’illustration pédagogiques : des signes visuels tracés à même le sol, des paraboles, des analogies etc. Il est très intéressant de noter que cette méthode d’enseignement fait partie de celles qu’utilisait notre Prophète à l’intention des Compagnons – la Paix et le Salut soient sur lui et sur ses derniers [5]. Cependant l’introduction de ces nouvelles méthodes d’enseignement, il est important de le noter, n’a jamais remis en cause l’importance de l’enseignement livresque aux yeux du Cheikh, contrairement à ce que d’aucuns ont voulu insinuer dans leurs travaux. Au contraire, le Cheikh n’a, à aucun moment de sa vie, varié sur la grande GRAND MAGAL DE TOUBA 2011/1432 H ANALYSE CHEIKH AHMADOU BAMBA Page 5 Par Cheikhouna MBACKE Abdoul Wadoud (Relu par A. Aziz Mbacké Majalis) Un modèle de progressisme et de rénovation valeur qu’il a toujours accordée à l’acquisition de la connaissance théorique que démontrent d’ailleurs amplement la profusion des ouvrages dévolus à l’enseignement religieux qu’il a composés. En effet nul n’a, à notre connaissance, autant écrit que le Cheikh dans toute l’histoire du Sénégal et peut être même de l’Afrique, ni en religion, ni dans n’importe quel autre domaine. Un autre élément à même d’étayer cette importance qu’il ne cessa d’attribuer à la science livresque est la permanence des daaras ta’lim (centres de formation théoriques) dans tous les foyers qu’il a implantés tout au long de sa vie à travers le pays, de ses débuts à Mbacké Cayor (1301 h.), jusqu’à sa disparition à Diourbel (1346 h.). A propos de l’importance du savoir, le Cheikh a énormément écrit : « Sache que la science et la pratique constituent les deux moyens pour atteindre la Félicité Eternelle. Soucie-toi en permanence de ces deux principes en te débarrassant de tous tes défauts et en restant dans la pureté la plus absolue » (Masâlikal Jinân, v. 91-93). « Ô frère! Sache que la science est supérieure à l’action, étant son fondement et sa source. Heureux celui qui l’acquiert ! Cependant le savoir ne peut produire des fruits et générer des avantages qu’à travers sa mise en pratique ; persévère donc à toujours combiner théorie et pratique. » (Masâlikal Jinân, v. 103-104) Ainsi beaucoup d’entre nous ont eu la chance de rencontrer dans leur vie des disciples formés dans les daaras tarbiya du Cheikh ou de ceux qu’il a éduqués et qui n’étaient dotés d’aucune véritable connaissance livresque. Ce qui demeurait étonnant pourtant c’était qu’à chaque fois qu’ils parlaient ou agissaient, l’homme instruit pouvait aisément deviner le verset du Coran, le hadith du Prophète (Paix et salut sur lui) ou la référence livresque auxquels cet acte ou cette parole correspondait, bien que lui-même n’en eut pas toujours pleinement conscience ! Et n’est-ce point là le véritable objectif de la connaissance ? Les rapports à la pratique religieuse à l’époque du Cheikh A l’époque du Cheikh, un musulman sénégalais était comme condamné à être qâdirî ou tijjânî, ayant pour ambition suprême de devenir un cheikh dans la Qâdiriyyahou un muqaddam dans la Tijjâniyyah. Ainsi le musulman sénégalais de cette époque ne pouvait imaginer être musulman sans être qâdirî ou tijjânî. D’autre part un qâdirî ne pouvait, et ne peut toujours pas, aspirer à un rang plus élevé que celui d’un cheikh. Pour un tijjânî, le rang le plus élevé était, et reste, celui d’un muqaddam. Quant à Cheikh Ahmadou Bamba, il a toujours reconnu l’utilité des voies soufies et le mérite de leurs fondateurs ou références ; ainsi les a-t-il toutes pratiquées pendant une dizaine d’années. Mais il savait aussi que ces voies n’étaient pas des finalités en soi et que leurs fondateurs ou références, tels que Cheikh Abdul Qâdir al- Jîlânî et Cheikh Ahmad at- Tijjânî, ont accédé au rang qui est le leur par la Grâce Divine et par leur engagement et leur dévouement personnels dans la Voie de Dieu. Partant de ce principe, Cheikh Ahmadou Bamba a pratiqué ces deux voies comme il en a pratiqué d’autres, avec l’ambition d’accéder au rang des deux cheikhs et - pourquoi pas ? – de les dépasser. C’est parce qu’il avait une grande ambition et qu’il ne se fixait pas de limites psychologiques, à l’instar de ses contemporains, qu’il a pu arriver à une étape de sa vie où il ne se reconnaissait pour maître que le Prophète Muhammad - Paix et Salut sur lui - et où il a créé sa propre voie – ce qui représente une première pour un musulman noir. Et même durant la période où il pratiquait les wirds de ces voies soufies, le Cheikh n’hésitait pas outrepasser certaines règles fixées par les maîtres desdites voies, lorsqu’il s’avérait, par exemple, que ces règles soient de nature, à ses yeux, à contrarier ses ambitions spirituelles : par exemple l’interdiction de combiner un wird avec celui d’une autre voie, celle de rendre visite à des maîtres spirituels n’appartenant à sa propre voie etc. Le Cheikh a su ainsi distinguer le caractère non essentiel de certaines de ces dispositions cultuelles qui n’étaient applicables que dans un contexte déterminé et pour des considérations historiques qu’il jugeait ne pas engager tous, en tout temps et en tous lieux. Dans le domaine de la lutte contre l’occupation coloniale Dans sa confrontation avec les occupants français, Cheikh Ahmadou Bamba a choisi d’organiser sa résistance sur le terrain culturel et idéologique. Cette décision, il l’a prise après avoir analysé l’histoire de ses prédécesseurs qui avaient tous opté pour la résistance armée et l’issue de leurs démêlées avec les occupants. En effet, tous ceux qui, avant lui, se sont lancés dans la résistance armée (jihâd ou conflit politique) sont tombés sur le champ de bataille devant les envahisseurs très supérieurs en armement, ce qui se traduisit par l’échec de leur résistance. Il convient, pour mieux juger de la pertinence prospective de sa méthode, de se rappeler que l’objectif de l’occupation française, contrairement à celle des anglais, ne se limitait pas à l’exploitation des richesses des territoires occupés. En effet, la colonisation française visait également à « coloniser les esprits et les cœurs » à travers l’assimilation par les « indigènes » des mœurs et des référents culturels de la métropole considérée comme porteuse du « fardeau de la mission civilisatrice » envers les « peuplades primitives encore restées dans l’enfance de l’humanité ». Complice et associée à cette vaste entreprise de « déculturation coloniale », l’Eglise chrétienne envoyait également ses missionnaires à coté des soldats pour évangéliser et convertir de nouvelles ouailles à travers le monde… Ayant pris conscience de tous ces paramètres, Cheikh Ahmadou Bamba décida de mener son combat contre les occupants sur le terrain culturel et spirituel pour les empêcher de faire une mainmise sur les esprits et les cœurs de ses coreligionnaires. Ainsi, préféra t-il, à la place de la résistance armée que sollicitaient certains de ses adeptes et qui était la règle à cette époque, de mener une autre forme de combat jusque là inconnue sous nos cieux. Pour expliquer sa démarche, il avait l’habitude de dire à ses disciples que, tôt ou tard, l’occupant partira un jour et que, après son départ, la terre continuera toujours de fournir des richesses dont ils pourraient profiter librement. Mais si par malheur l’occupant réussissait à coloniser également les esprits et les cœurs, « ce sera alors nousmêmes qui nous précipiterions chez lui, même après son départ, pour lui apporter nos richesses sur un plateau d’argent ! » Pour dénoncer le complexe racial et idéologique de ses contemporains envers les ocuupants, le Cheikh écrivit dans Ilhâmu Salâm (Inspirant Emanant du Seigneur qui accorde la Paix) : « Ceux [d’entre les indigènes] qui ne suivent que leurs passions et les ignorants en sont arrivés à penser que les [occupants occidentaux] sont d’un genre supérieur et dotés d’une suprématie naturelle. Aussi les imitent-ils dans la débauche et le vol, de même que dans des habitudes immorales autres que celles-ci. De par la crainte que ceux-ci leur inspirent, certains d’entre ces gens en arrivent à oublier [DIEU], le MAJESTUEUX, et Son Prophète. Dans leur méconnaissance que l’ensemble des destins relève exclusivement de la Volonté du MISERICORDIEUX, le MAÎTRE ABSOLU de la Puissance… » (vers 15, 18, 19). Dans un poème très touchant qu’il adressa à ses persécuteurs, il réaffirma la véritable nature de son combat spirituel et exposa ses armes en des termes très frappants : « Vous m’avez exilé sous prétexte que je suis un adorateur de Dieu qui mène le jihâd. Je vous donne assurément raison car je mène le jihâd pour l’amour de Dieu. Mais mon jihâd se fait à travers la La Voix de Touba N°001/ Vendredi 24 Décembre 2010 - 17 Mouharram1432 H A. Aziz Mbacké Majalis connaissance et la piété, en ma qualité d’adorateur de Dieu et de Serviteur du Prophète; et le Seigneur qui régente toute chose en est Témoin. (…) Et si les ennemis possèdent des armes pour lesquelles ils sont redoutés, mes armes, quant à moi, sont celles dont j’ai parlées ; et c’est ainsi que je mène le jihâd… » L’histoire a amplement démontré l’efficacité de cette méthode au niveau des résultats, surtout si l’on compare l’immense patrimoine spirituel et les valeurs fortes légués aux générations ultérieures et les implications sociales du mouvement qui s’ensuivit jusqu’à nos jours à l’insuccès notoire de ceux qui firent le choix des armes. Car nous pouvons affirmer sans risque majeur de nous tromper que, parmi les sénégalais, les disciples mourides, surtout ceux qui ont reçu une éducation dans les daaras, sont, en règle générale, les moins vulnérables à l’assimilation par la culture occidentale et les plus attachés aux valeurs religieuses et traditionnelles de leur communauté, quels que soient les pays où ils se trouvent… Dans le domaine de l’organisation sociale Sur le plan de l’organisation de la société wolof traditionnelle, le Cheikh a également apporté une rénovation, malgré les multiples résistances jusqu’à nos jours, surtout dans le domaine de la spécialisation du travail alors basée sur la division sociale en castes. Ainsi arrivait-il au Cheikh d’assigner certaines tâches traditionnellement dévolues aux castés (comme la cordonnerie) à un élément appartenant à la classe des doomi sokhna (aristocratique), ou bien qu’il désigne un casté (ñeeño) à une fonction traditionnellement réservée à l’aristocratie religieuse, comme l’enseignement. (à suivre) GRAND MAGAL DE TOUBA 2011/1432 H HOMMAGE Page 6 CHEIKH MOUHAMADOU LAMINE BARA MBACKE FALILOU Hommage au pionnier du nouveau Touba Le 6ème khalife de Cheikh Ahmadou Bamba est décédé le 30 juin 2010, entre 21 heures et 22 heures à Touba Alieu, à l’âge de 86 ans. De tous les coins et recoins du Sénégal et du monde ont retenti des hommages et un tribut de reconnaissance à l’endroit de ce chevalier infatigable du Mouridisme et de l’Islam. Quelques temps avant l’instant de retrouvailles avec notre Seigneur, votre état clinique était sujet à plusieurs commentaires et laissait sceptiques les mourides les plus avertis. Vous comptez désormais parmi les pionniers du « Nouveau Touba » parmi les disparus. Après plus d’un demi-siècle d’activité continue au service de l’islam, du Mouridisme et concernant tous les secteurs de la vie économique et sociale du Sénégal, vous laissez derrière vous un bilan précieux et enviable. Diplômé des hautes écoles de Serigne Bara MBACKE, votre homonyme, et de Serigne Fallou MBACKE, votre père, vous avez démarré très tôt votre vie active au service de Cheikh Ahmadou Bamba. Aux côtés de vos pères et khalifes de Serigne Touba, vous avez acquis une expérience qui forge vos exigences sur l’éthique, la foi et les valeurs du véritable guide religieux que vous n’avez cessé d’afficher tout au long de votre vie de lumière. Devenu khalife de votre illustre père Serigne Fallou, Cheikh Ahmadou Bamba vous confie la destinée du Mouridisme le 28 décembre 2007, après le rappel à Dieu de Serigne Saliou MBACKE. Une place de laquelle vous n’avez certes plus grand-chose à apprendre mais beaucoup à apporter. Un amour et un attachement indéfectible à Serigne Fallou Dans cette activité débordante, tout le Sénégal, l’Afrique et le monde vous a admiré d’avoir toujours su trouver le temps pour cultiver une passion sans borne: l’amour et le legs de Serigne Fallou. Pour cela aussi, vous avez su associer l’utile et l’agréable. Je me souviens d’un ziar chez vous avec un ami artiste, Ousmane SEYE, où l’on vous avait remis un tableau en collage de Serigne Fallou. Vous étiez si touché que vous nous avez donné l’opportunité de tenir entre nos mains la fameuse canne de votre vénéré père. En plus d’une canne, c’était une arme à feu que vous disiez, sur un ton de plaisanterie à l’intention de vos cousins historiques, « bonne pour tirer sur un petit Mboussobé ». Vous avez fait vôtre cette assertion de votre vénéré père qui disait que : « l’homme n’obtient que le fruit de ses efforts ». Votre expérience, votre courage et votre fidélité envers Serigne Fallou étaient connus de tous. Il suffisait de prononcer son nom pour vous voir rentrer dans des états de grâce ou « haal » dignes des grands soufis de notre histoire. Un service assidu au khalifat de Serigne Touba Tout au long de votre parcours, El hadji, vous avez été au service exclusif de votre grand-père Cheikh Ahmadou Bamba par le biais de cette institution symbolique qu’est le khalifat. Votre Cheikh Mouhamadou Lamine Bara Mbacké Falilou, 6e Khalif des mourides empressement à rendre service pour l’unique face de Dieu a fait que vous avez accompagné « l’imam du Mouridisme », Cheikh Abdou Khadr MBACKE durant les 21 ans de son imamat. Chaque vendredi, vous avez été aux premières loges pour assister et servir de « garde du corps » à ce père qui vous a confié beaucoup de secrets entre sa maison et l’enceinte de la Grande Mosquée. Le décor et les éléments physiques de cette dernière se souviendront, sans doute, de vos pas alertes près de Serigne Abdou Khadr pour l’accompagner à vivifier ce désir spirituel ardent de Cheikhoul Khadim : « fais que cette cité soit une demeure de piété, de science et de religion. Qu’elle soit une source d’élévation. Fais que cette cité soit un lieu d’adoration de Dieu le Miséricordieux et de rejet de Satan le Banni… ». Vos relations avec le cinquième khalife du Mouridisme, Serigne Saliou MBACKE, témoignent de ce sacerdoce de serviteur du khalifat. En effet, vous avez conduit, 7 années durant, la voiture du Maitre de Khelcom, à travers les contrées de notre pays, pour des missions qui préparaient le terrain à un khalifat exceptionnel de 17 ans. L’abnégation dans la réalisation du rêve urbain de Serigne Touba Dans la continuité administrative, votre magistère s’est attelé au développement de la ville sainte. L’amélioration des infrastructures de voirie, le complexe socio éducatif d’une capacité de 3000 élèves, la nouvelle résidence Cheikhoul Khadim estimée à près de 2 milliards de francs CFA, l’ouvrage hydraulique de Keur Niang, la cité Serigne Fallou avec près de 2500 habitants, la Grande mosquée Mouride de Dakar en sont une parfaite illustration. En plus de la pose de la première pierre d’édifices religieux à travers la ville sainte, vous n’avez pas dérogé à la règle suivie par vos prédécesseurs en poursuivant les travaux de rénovation et d’embellissement de la Grande Mosquée. En un laps de temps, vous avez imposé votre vision d’une ville futuriste à l’image de la ville mecquoise de Médinatoul Mounawara que vous avez visitée à plusieurs reprises. Votre vœu le plus cher était d’accomplir et d’aligner Touba aux dimensions de ce sanctuaire du Prophète Mohamed (PSL). A ce propos, vos paroles « plus d’espaces dans et autour de la Grande Mosquée, plus de fluidité dans la circulation, sans oublier une meilleure administration de la ville, une bonne gestion de la cité pour le bienêtre des populations de Touba » ont marqué à jamais l’esprit des Toubiens. La personnification de l’humanisme Ce qui ressort le plus de votre personnalité hors du commun, c’est votre attachement à la seule valeur qui en vaille la peine: la relation humaine. Votre noblesse humaine vous a valu d’intercéder pour les plus faibles. Nous retiendrons de vous, cette défense permanente que vous preniez pour l’ensemble des disciples de Cheikh Ahmadou Bamba d’où, votre surnom de khalife de proximité. El Hadji, vous n’avez jamais hésité, malgré le poids de votre mission, à emprunter les nationales de notre pays à notre rencontre. Dakar, Rufisque, Kaolack, Porokhane, Nawel, entre autres vous ont accueilli dans l’allégresse et l’espoir ; prouvant ainsi votre noblesse de caractère. Il sortait de votre cœur, El Hadji, cette assertion qui ponctuait la plupart de vos discours : « rien ne se réalise sans que vous (ndlr : les disciples) ne soyez à la base ». Cet humanisme vous a porté dans le cœur de tous les sénégalais, toutes religions et toutes confréries confondues. Les audiences accordées, en toutes circonstances entre la résidence Serigne Fallou et votre propre demeure, faisaient que tout disciple ayant la volonté de recueillir vos prières bénites vous rencontrait et rentrait satisfait des considérations eues à son égard par un khalife général de la voix de Cheikh Ahmadou Bamba. Des titres de voyage pour la Mecque offerts aux musulmans, les prises en charge des familles nécessiteuses, vos appuis aux porteurs de projet par une mise à disposition d’un capital, vos appuis dans les cérémonies sociales et religieuses en cours dans notre pays, vos aides scolaires aux plus studieux, les plus de 1300 correspondances adressées aux autorités de l’Etat pour soutenir les citoyens désespérés, les 26 tonnes de semences offertes gracieusement au monde rural pour la cam- La Voix de Touba N°001/ Vendredi 24 Décembre 2010 - 17 Mouharram1432 H pagne agricole 2009/2010, sont autant d’exemples de votre mansuétude et de votre qualité d’avocat de vos concitoyens. L’aiguille d’une unité islamique au Sénégal Ayant pris en charge le khalifat en ouvrant l’ère des petits-fils en 2007, vous vous êtes révélé un grand artisan de la réunification des acteurs de l’islam dans notre pays. El Hadji, par vos vertus, votre incomparable érudition, votre volonté de mettre l’islam au service de vos concitoyens, vous avez su manager les rapports entre nos différents foyers religieux. De Thienaba, en passant par Medina Baye, Louga, Diourbel, Bambèye et Dakar vous avez jeté un pont entre les musulmans et semé les germes d’un apaisement social. Le dialogue interreligieux dont vous avez porté les idéaux et vos relations saines et objectives avec les autorités de l’église ont cimenté, au cœur de notre République, les valeurs sublimes de paix et de tolérance que vous avez incarnées. El Hadji, vous avez de fort belle manière véhiculé l’enseignement du guide modèle des musulmans à travers vos communications, vos pratiques quotidiennes et votre vision. Tous vos disciples et vos amis -ils sont nombreux- vous pleurent aujourd’hui aux côtés de votre famille, avec beaucoup d’amertume et d’affection. Adieu Aladji Bara! A.D GRAND MAGAL DE TOUBA 2011/1432 H DOCTEUR KHADIM SYLLA Page 7 MOURIDE DU JOUR La personnification de la quête du savoir Sincèrement convaincu de l’universalité de l’œuvre et des missions historiques de Cheikh Ahmadou Bamba, il est l’un des principaux maîtres d’œuvres des activités culturelles et intellectuelles du Mouridisme. Attaché aux activités de vulgarisation de la pensée de Cheikhoul Khadim, ce sociologue au parcours atypique s’engage dans une croisade pour la recherche et une application de la philosophie de vie de l’un des plus grands guides religieux du vingtième siècle. Dr Khadim Sylla Originaire de Merina SYLLA, communément appelé «Nget Salaw», près de Mbakol, arrondissement de Ndindy, département de Diourbel et région de Diourbel, au centre du Sénégal, Serigne Khadim SYLLA a grandi dans un bourg acquis à Serigne Touba et dont le précurseur fut Taïba Dakhar Ahmadou Ndoumbé Mar. Ce patriarche avait des relations profondes avec la famille du Cheikh. D’ailleurs, c’est lui qui présida la prière mortuaire de Serigne Mame Mor Anta Saly dont il a partagé le même daara, celui de Massamba Anta Thiebo, pour leur formation islamique. Par la suite, ils ont rejoint le daara de Bamba SALL et avaient fini de nouer une amitié sans faille dont sont issus pour chacun un enfant portant, respectivement, les noms de Cheikh Ahmadou Bamba et de Serigne Bamba SYLL, père de Sokhna Khary Mbar, Serigne Abdou Samath et Sokhna Khady Darou la sainte mère de Sokhna Mai. Merina SYLL était un pole d’éducation qui a vu la plupart des membres de la famille MBACKE y accomplir une partie de leur formation. C’est dans cette localité de Merina SYLL que le docteur Khadim SYLLA a grandi et a démarré sa formation coranique, ainsi que son apprentissage des livres de connaissances du Cheikh comme « Tassawudu Cighar », « Jawaru Nafis » et « Lakhdariyou » auprès de Serigne Mouhamadou Khalifa, un fils de Serigne Merina SYLL. Quelques années plus tard, le jeune Khadim rejoint la localité de Darou Salam qui abritait le daara de Serigne Mamadou DIOP Astou, un grand érudit et où il a assimilé des œuvres comme « Rissala », « Moukhadimatoul Cokiyou » et d’autres livres sur la jurisprudence, la grammaire. Pour parfaire et approfondir son cursus religieux, Serigne Khadim SYLL fut accueilli, à Touba, par son grand-père Serigne Habibou MBCAKE qui est le frère de notre grand-père maternel Serigne Amar Fall MBACKE. Il a trouvé dans ce daara des disciples déjà aguerris comme Serigne Abdoul Ahad et Serigne Falilou, deux fils de Serigne Souhaibou, et qui s’occupaient de suivre l’enseignement des plus jeunes comme lui. Cependant la configuration des lieux d’enseignement dans la ville sainte faisait que certaines connaissances étaient prodiguées par Serigne Ass DIAKHATE et Serigne Cheikh SEYE, entre autres. C’est ainsi que Serigne Khadim SYLLA avait atteint un niveau scolaire tel qu’il lui était difficile d’accéder à un autre palier de la formation religieuse islamique. Sa formation terminée et n’ayant pas assez de ressources financières pour migrer vers le Maghreb ou les pays du Golf, Serigne Khadim SYLLA se résolut à emprunter le chemin des écoles de Serigne Cheikh Mbacké Gaindé Fatma comme enseignant. Il passa 2 années entre Guèye - Guèye, dans la région de Thiès, dans le département de Tivaouane entre Pékesse et Merina Dakhar. Ensuite il rejoint un autre village sur la route de Saint-Louis du nom de Cilleu près de Kelle, entre 1978 et 1979. Les années d’aventure entre l’Afrique et le Golf Arabique A la fin de l’année académique 1979- 1980, il décida, avec quelques amis comme Docteur Ahmadou LO et Bassirou SEYE, d’aller à l’aventure en passant par le Mali, la Côte d’ivoire où ils ont vécu trois mois sans ressources financières. Pour survivre, Serigne Khadim SYLLA et ses compagnons rendaient visite aux disciples Mourides et les entretenaient sur la vie et l’œuvre du Cheikh. Ainsi, ils parvenaient à récolter des adiyas qui leurs permettaient de subvenir à leurs besoins primaires et même d’épargner un peu d’argent. Leur premier objectif de voyage était de rallier l’Arabie Saoudite, mais, leur pécule ne leur donnait droit qu’au visa et au billet pour le Caire en Egypte. Mais sans bourse, Serigne Khadim SYLLA et ses compagnons de route n’avaient pas encore vu le bout du tunnel et étaient confrontés aux dures réalités de la vie cairote. En visite dans le quartier général des étudiants sénégalais, on leur signifia que sans bourse, non seulement il était difficile de trouver un logement encore moins de s’inscrire dans une université. Le dahira des étudiants Mourides, sous l’égide de Khassim DIAKHATE et Khadim MBAYE, leurs paya une nuitée dans un hôtel de circonstance. Au lendemain de leur premier séjour en terre égyptienne, ils sont allés à la rencontre de Serigne Khadim MBACKE ibn Serigne Modou Moustapha, au niveau de l’ambassade du Sénégal, pour lui exposer leur situation. Ils sollicitaient un visa étudiant pour le petit pèlerinage à la Mecque mais le consul n’était pas dans les dispositions de régler leur problème du fait d’intervention déjà faites auprès des autorités de l’Arabie Saoudite en Egypte pour d’autres étudiants sénégalais. Coincés dans le pays du Nil, Serigne Khadim SYLLA et ses compagnons d’infortune sont restés encore plus de 20 jours à méditer sur leur sort en attendant une issue heureuse à leur quête d’un sauveur. Après moult péripéties, le diplomate Serigne Khadim MBACKE leurs trouva des visas pour l’Arabie Saoudite. En 1981, Khadim SYLLA et ses compagnons quittent les bords du Nil pour Médinatoul Mounawara. Ils y trouvent d’autres compatriotes comme Serigne Khadim LO, l’actuel directeur de l’Institut Al Azhar et son grand frère Bassirou LO, El Hadji LO ibn Serigne Cheikh LO Ngabou, Serigne Mountakha DIATTARA, petit frère de Serigne Moustapha DIATTARA de la bibliothèque de Touba, Cheikhouna MBACKE El Hadji Bara, Cheikh KA, etc. Les conditions d’hébergement et de restauration étaient très difficiles du fait de leur clandestinité. Apres concertation, les amis du Khadim SYLLA décidèrent de se séparer en deux groupes dont l’un resta à Médinatoul Mounawara et l’autre partit pour Ryad, pour être accueilli par des Mourides comme Serigne Moustapha DIAKHATE Khadimoul Khadim, Badara MBAYE, Cheikh MBACKE ibn Serigne Modou Awa Balla et Sahib MBACKE le frère du docteur Khadim MBACKE de l’Ifan. A Ryad, Khadim SYLLA va séjourner chez le mufti Abdou Aziz Ben Bhatt qui prit le soin d’écrire des demandes d’inscription aux universités pour recevoir ses hôtes sénégalais : lui, Mountakha DIATTARA, Bassirou, Khadim et El Hadji LO. Mais l’année académique ayant déjà démarré à leur arrivée à Ryad, le saoudien les orienta vers une de ses écoles privées à la Mecque avec le système d’enseignement traditionnel connu à Touba. Il confia la mission à un de ses représentants yéménite d’assurer leur hébergement et leur nourriture chaque mois, dans l’attente des demandes d’inscription aux universités. N’ayant pu obtenir une bourse, Khadim SYLLA retourna sur ses pas en regagnant le Caire. Une fois en Egypte, en 1982, il s’inscrit à l’Institut Al Azhar de Caire pour obtenir son baccalauréat, avant d’entamer des études supérieures pour obtenir, avec brio, une licence en droit et législation islamique dans la même université, en 1986. Sa volonté et son amour pour les études l’incitèrent à initier une inscription en troisième cycle de législation comparée après une période préparatoire devant déboucher sur mention très bien en maîtrise. L’INALCO : un creuset d’excellence pour un docteur en sociologie Entre temps, Khadim SYLLA voyagea à Paris pour y passer ses vacances. Il y fut habité par le désir de rester en Hexagone pour entamer des études plus poussées, d’autant plus que le 3eme cycle au Caire était extrêmement difficile à décrocher, du fait de conditions difficiles. Comme les années écoulées, Docteur Khadim SYLLA fut, cette fois-ci, confronté à une barrière linguistique. Il ne maitrisait pas le français. Pour résoudre cette équation, notre aventurier partit pour Poitier pour suivre des cours en capacitation, entre 1990 et 1992, avant de s’inscrire dans une université à Paris sur les conseils de son ami Babacar CISSE. Après avoir décroché son Diplôme d’Etudes Approfondies sur « Les Mourides en Europe », option Etudes Méditerranéennes, Babacar le recommanda à un professeur, Guy Nicolas, de l’Institut National des Langues et Civilisation Orientale (INALCO) qui lui proposa de travailler sur l’immigration mouride sans savoir son appartenance confrérique. Le professeur Nicolas, spécialiste de l’Islam au Sud du Sahara, donna son accord pour faire des recherches et publier une thèse intitulée : « Mouridisme et Migration, la communauté mouride en Occident ». En 1999, il devient docteur en sociologie, option Etudes Africaines, avec mention très honorable devant un jury composé de Philippe DECREANE, MM Nicolas, Coulon, Rey, Fall, DIOP et Mme Withol de WENDEL. Son séjour en France le poussa, à partir de 1991, à travailler dans la consultance sur les affaires musulmane et à animer des cours d’apprentissage et de formation dans la science islamique, au Centre Culturel Islamique près de la Porte Clichy à Paris. La Voix de Touba N°001/ Vendredi 24 Décembre 2010 - 17 Mouharram1432 H Au cœur du Ministère de l’Intérieur : les affaires religieuses retrouvent leur lettre de noblesse Promu Conseiller Technique, chargé des Affaires Religieuses, en 2004 au Ministère de l’intérieur du Sénégal, docteur Khadim SYLLA constitue un pont entre l’Etat et les familles religieuses. « J’assiste le Ministre d’Etat à maitriser les foyers religieux et l’aider à suivre tous les dossiers religieux qui lui parviennent » nous a-t-il confié. Véritable chercheur et grand conférencier international, ce fonctionnaire aborde dans leur profondeur toutes les questions d’actualité, l’histoire de l’évolution du Mouridisme et de ses acteurs, les faits migratoires et l’islam entre autres. D’un abord facile et d’une jovialité abondante, ce brillant intellectuel, que tous ceux qui le connaissent s’accordent à trouver attentionné et perspicace, est un héraut infatigable de la vulgarisation de l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba. Une plume avertie au service de sa communauté En Mouride averti et éduqué pour un intellectuel de sa dimension, sa production littéraire ne saurait surprendre. En avril 1999, il publie « La Migration interne des Mourides et son impact dans le domaine économique ». La territorialisation de la confrérie mouride s’est déroulée a travers des mécanismes liés à la trajectoire de son fondateur et à la nécessité de mise en place de structures de fonctionnement et d’expansion. Au Sénégal, elle tire son originalité de la concomitance de logiques urbanisantes et de dissémination. Citant des exemples et pionniers de « l’esprit d’initiation et d’entreprise » chez les mourides de la première génération, Docteur Khadim SYLLA exhorte les jeunes à « se réapproprier la détermination » de cette dernière, pour « faire face aux nouveaux défis qui ont pour dénominateur commun la pauvreté ». Toujours en 1999, il publie, avec la collaboration de Serigne Cheikhouna MBACKE Abdoul Woudod, un ouvrage intitulé : « Etude critique et analyse des écrits du professeur Rawane MBAYE sur le Mouridisme et son fondateur ». Cet ouvrage en français et en arabe est édité par le Collectif des Mourides de France. Il bat en brèche différentes considérations du professeur Mbaye sur le rôle et la place du Cheikh dans l’Islam au Sénégal. En juin 2003, le docteur SYLLA produit une étude en français et en arabe sur la question astrale intitulée : « Thèses et enseignements sur la question de la nouvelle lune ». Fondamental dans le calendrier musulman, cet astre est souvent source d’incompréhension et de non harmonisation de la pratique religieuse. En 2009, avec l’aval de Rawdou Rayahine, le docteur Khadim SYLLA analyse en profondeur le rapport du Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), issu des conclusions de l’International Narcotics Control Strategy Report (INCSR). Le document intitulé : « Les faiblesses du rapport du GIABA sur Touba à la lumière de la vérité des faits » réfute, preuves à l’appui, le fait que la ville sainte soit considérée comme une plaque tournante de l’argent douteux. Très inspiré, l’intellectuel mentionne « l’importance accordée au travail dans le Mouridisme dans sa philosophie et ses principes » pour montrer « les différentes activités des mourides de la diaspora », ainsi que « l’origine, les motifs et la destination de l’argent transféré par les mourides de la diaspora vers la ville sainte de Touba ». Par ailleurs, il a fait un aperçu sur « l’utilisation de l’argent reçu par les guides et responsables mourides » avant de souligner les points faibles du rapport. Au fond, Docteur Khadim SYLLA est la personnification de la réussite d’un musulman. Sa vie religieuse et sa carrière professionnelle sont inextricablement mêlées. A.D GRAND MAGAL DE TOUBA 2011/1432 H ACTUALITE Page 8 JOURNEE NATIONALE DE LANCEMENT D’UN RECUEIL Rawdu Rayahine réactualise l’hagiographie de Cheikh Ahmadou Bamba Le Magal de Touba constitue un moment fort pour la communauté Mouride du Sénégal et de la diaspora. Imbu de la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba et conscient de sa mission, conforté par le 5ème khalife Serigne Saliou MBACKE, Rawdou Rayahine publie un recueil pour booster la dissémination du message universel de Serigne Touba en corrélation avec l’objectif premier que joua ce daara, dans la formation du cercle restreint des premières générations mourides. En prélude à la célébration de la 116ème édition du Grand Magal de Touba, Rawdu Rayahine ou le « Jardin des parfums », en collaboration avec le comité d’organisation du Magal, organise le samedi 1er janvier 2011, à l’Institut Islamique de Dakar, une journée nationale de lancement d’un recueil sur la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba. Ce recueil de 137 pages, édité en langues arabe et française, est « un condensé des différents thèmes traités durant cet événement religieux depuis 2002 » a soutenu le docteur en sociologie Khadim SYLLA. Moment intense de remerciement à Dieu, le Grand Magal de Touba, en plus d’une distribution, à grande échelle, de mets succulents Serigne Cheikh Aliou Mbacké (berndé) pour les hôtes « douyoboul awani » de la ville sainte est aussi « un moment de berndé pour les « douyoboul amani » qui sont des hôtes en quête de connaissances » selon le sociologue. L’histoire de la démarche intellectuelle de ces disciples exemplaires est à chercher dans les différentes localités de la ville sainte et du Mouridisme. Le fief de Serigne Souhaibou, Darou Rahmane, était appelé Darou Naar ou la maison des maures. Ces derniers étaient reçus, sous le ndigël de Serigne Touba, dans des tentes par Serigne Mbacké BOUSSO, Serigne Makhtar Binta LO et d’autres érudits mourides qui discutaient autour de la religion et des sciences. C’est également le cas à Diourbel précise toujours docteur Khadim SYLLA où « Serigne Bassirou MBACKE et Serigne Mouhamadou Lamine DIOP Dagana se retrouvaient autour de Ibn Mou Hala, un chanteur émérite de Cheikhoul Khadim, pour corriger les écrits des disciples qui s’essayaient dans la poésie». Pour cette journée de lancement rentrant dans le cadre des activités générales de Rawdou Rayahin, le directeur de la Bibliothèque de Touba, Serigne Moustapha DIATTARA affirme que leur structure « entend mettre à la disposition des disciples, chercheurs, communica- teurs ainsi que le grand public, un document indispensable au renforcement de l’information sur le Mouridisme ». Le Khalife Général des Mourides, Serigne Sidy Mokhtar MBACKE, a reçu 99 exemplaires de l’ouvrage, ainsi que les khalifes des familles religieuses de Touba, le khalife des Niassène, Serigne Abdou Aziz Sy junior, Thierno Mackiyou TALL, Serigne Mawdo TOURE, Murshid Iyane THIAM, entre autres, ont précisé les organisateurs. Pour le coordonnateur de cette journée nationale, Serigne Cheikh Aliou MBACKE, Cheikhoul Khadim « constitue un terreau, une mine de savoirs et de connaissances », qu’il serait bénéfique de montrer et de vulgariser à travers le monde. Il a lancé un appel aux disciples, sympathisants et les autres confréries à les retrouver pour vivre et découvrir « dans l’unité et la communion » cette « nouvelle référence hagiographique » de Cheikhoul Khadim. A.D RAWDU RAYAHINE Un pôle de connaissances dans une démarche communicationnelle Porter loin la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba est la priorité de ce groupe d’experts mourides. Pour y arriver, la communication de masse occupe une place centrale dans leur continuum d’engagement envers le fondateur du Mouridisme. Collectif d’intellectuels Mourides chargés des questions scientifiques et culturelles, Rawdou Rayahine a été porté sur les fonds baptismaux en 2002 à Touba. L’appellation Rawdou Rayahine fut octroyée l’année suivante par Serigne Saliou MBACKE, après avoir parcouru le contenu des communications faites par les disciples lors de leur premier Magal en tant qu’association. A l’origine, Rawdou Rayahine était un daara où Cheikh Ahmadou Bamba avait envoyé Serigne Modou Moustapha et Serigne Falilou MBACKE pour s’occuper de la formation des adeptes qui auront pour mission de vulgariser la pensée et les écrits de Cheikh Ahmadou Bamba. Les deux premiers khalifes du Mouridisme vont y faire un court séjour avant d’être rappelés par leur père qui leur signifia que le Seigneur lui a fait comprendre que leur mission était terminée et que son vœu de disposer de disciples aptes à vulgariser son œuvre auprès des générations futures était réalisé. L’objectif du Cheikh était d’avoir des formateurs issus de sa famille et des disciples exclusivement formés sur ses écrits et sortis de son daara. En prenant connaissance des précurseurs de ce collectif, de leur parcours et les liens proches de parenté avec le Cheikh, Serigne Saliou MBACKE a jugé nécessaire de leur donner ce nom pour perpétuer l’acte de son père et les exhorter à poursuivre le pas de Cheikh Modou Moustapha et de Serigne Fallou. Inextricablement lié à la célébration du Grand Magal, Rawdou Rayahine a présenté, au cours des années, une diversité de thèmes portant sur Cheikhoul Khadim et le Mouridisme sous l’œil vigilant d’un comité scientifique, et à charge pour un pensionnaire des daaras de la confrérie de faire la communication. Ce concept de communication est au cœur de la démarche de Rawdou Rayahine. Ils ont fait de leur credo l’hypothèse de départ de recherche de l’école américaine de Palo Alto : «on ne peut pas ne pas communiquer». À travers des supports de communication de masse comme les conférences, les débats et les tables rondes en langues nationales mais aussi en français, en anglais et en arabe, ils ont su faire passer leurs messages, et faire de ces moments des instances d’échange entre eux et les musulmans du Sénégal et de la diaspora. Qui plus est, Rawdou Rayahine publie chaque année un magazine retraçant les faits sociaux qui caractérisent le Magal et l’évolution du Mouridisme dans tous ses segments. Par ailleurs, les différentes activités intellectuelles du collectif, ponctuées par des reportages vidéo, ACTIVITES PREPARATOIRES DU MAGAL 2011 Un symposium à l’Ugb de St-Louis les 14 et 15 janvier prochains Saint Louis ne veut pas être en reste dans les activités préparatoires de l’édition 2011 de Touba initiées un peu partout par la communauté mouride et sa diaspora. C’est ainsi que cette ville abritera les 14 et 15 janviers prochains un symposium initié par le Comité d’organisation du magal présidé par Serigne Bassirou Mbacké Abdoul khadir, avec comme maîtresse d’oeuvre la Commission Culture et Communication dirigée par Serigne Abdoul Ahad Mbacké. L’Université Gaston Berger servira de cadre à cette manifestation dont l’organisation a été confiée au dahira Mafaatihul Bichri, agissant de concert avec la communauté mouride de StLouis. C’est ainsi qu’un comité d’organisation a été mise sur pied, divisée en trois sections qui sont respectivement la section coordination, la section scientifique et la section relation extérieure. Des intellectuels de haut niveau, tels que l’écrivain Madické Wade, Ablaye Sène, le président du dahira organisateur, professeur d’anglais préparant un diplôme de 3ème cycle en Langues étrangères appliquées, d’autres universitaires, Abdoulaye Sène enseignants ou chercheurs, appuyés par des étudiants abordant la phase finale de leur cycle, animent ces différentes sections. Les activités débuteront le vendredi 14 janvier, avec une visite guidée sur les sites de Cheikh Ahmadou Bamba à Saint Louis à partir de 16H. Cette visite sera dirigée par Serigne Madické Wade. Le symposium en tant que tel aura lieu le samedi 15 janvier, et aura comme thème général : «Les influences de la Mourridiyya dans les domaines social, politique, économique et culturel» Selon Ablaye Sène, président du Dahira Mafaatihul Bichri, le symposium se veut « un forum où des travaux de recherche et de création dans divers domaines pourront être présentés, discutés et approfondis pour combler les lacunes par rapport aux études sur la Mourridiyya souvent faites par des occidentaux qui ignorent le plus souvent les principes de bases de la Mourridiyya ». Notre interlocuteur explique que les travaux vont s’articuler autour La Voix de Touba N°001/ Vendredi 24 Décembre 2010 - 17 Mouharram1432 H sont relayées grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, par un streaming sur les différents sites mourides. Ce collectif, dirigé aujourd’hui par Serigne Ahmadou MBACKE Badawiyou avec comme membres des sommités intellectuels comme Serigne Cheikh Aliou MBACKE, Serigne Mbacké Abdoul Woudod, Docteur Khadim SYLLA, Serigne Bassirou MBACKE Porokhane, Serigne Moustapha DIATTARA, Serigne Abdou Lahad MBACKE Gaindé Fatma, Serigne Abo SALL, Serigne Abdou Aziz MBACKE Majalis, entre autres a fini de marquer de son empreinte l’un des plus grands rassemblements religieux du Monde : le Grand Magal de Touba. A.D de 5 communications qui seront présentées par des personnes ressources. Mamadou Nguer, enseignant chercheur à l’UGB auteur d’une thèse sur la numérisation des ouvrages et documents écrits de Daray Kamil, traitera de la « Problématique de la numérisation des écrits du Cheikh et leur vulgarisation ». Massahoud Sy, enseignant à l’université de Thiès, chercheur à l’UGB, entrain d’écrire sa thèse de doctorat en arabe sur Serigne Touba, lui, entretiendra l’auditoire du thème : « L’enseignement soufi sunnite du Cheikh Ahmad Bamba, gage d’une société musulmane exemplaire et d’un développement durable » Abdou Aziz Mbacké, administrateur du site Web Majalis, constructeur du projet sur la numérisation du patrimoine de Cheikh Ahmadou Bamba, est chargé de faire une communication sur le thème : « Les NTIC et la mouridiyya ». Khadim SYLLA, Docteur en Sociologie, interviendra quant à lui sur le thème : « L’émigration dans le développement de la Mouridiyya ». Enfin, Serigne Moustapha Diattara, responsable de la Grande bibliothèque de Touba, Daraye Kamil, fera une communication sur « La problématique des Cheikhs ». P.T
Documents pareils
KHOUROU MBACKE honoré de la visite du Khalif Général des
Ce qui fait sa particularité, c'est sans doute le degré de son dévouement au Cheikh et la rigueur avec laquelle il s'est
fait l'écho du principe de l'éducation spirituelle que son maître a réhabili...