here - T71
Transcription
here - T71
Repères 30 ans (né le 10 janvier 1986 à Brooklyn, NY) En couple Basketteur pro depuis 2009 au T71 (5 titres de champion, 3 succès en Coupe) Nelly est un passionné de basket... et de mode. Normal qu'il se sente comme un poisson dans l'eau au milieu de toutes ces paires de chaussures, ces casquettes, ces trophées, sans oublier le maillot de Kobe Bryant, son joueur préféré dont il aurait aimé pouvoir aller voir un match avant qu'il ne parte à la retraite. Le portrait du jeudi - DENELL STEPHENS évolue depuis sept ans au T71. Pourtant, le natif de Brooklyn se destinait davantage au foot qu'au basket étant plus jeune. Depuis son arrivée timide, Nelly a su s'imposer comme un pilier de l'équipe. Et un amoureux du Luxembourg... et de la mode. Dont il compte bien faire son métier après sa carrière. Texte : Romain Haas Photo : Julien Garroy D e Brooklyn... à Dudelange. Voilà un itinéraire plutôt singulier. Mais c'est pourtant bien celui de l'homme que tout le monde appelle affectueusement Nelly, depuis qu'il a posé les pieds à Dudelange en septembre 2009 : «Mon agent a été contacté par Misch Engel. Il y avait un Américain à Dudelange qui ne convenait pas à l'équipe. On m'a demandé si ça m'intéresserait, j'ai fait mes affaires et en une semaine, j'atterrissais au Luxembourg.» Ce qui doit n'être qu'une première expérience professionnelle va en fait signer le début d'une véritable histoire d'amour entre Denell Stephens... et le Luxembourg. Et pourtant, quand il grandit du côté de Brooklyn, rien ne prédestine celui que ses cousins appellent D-Nice à devenir une des légendes – n'ayons pas peur des mots – du basket grand-ducal. Alors que ses parents n'ont jamais pratiqué de sport à très haut niveau, lui, entraîné par ses cousins notamment, touche un peu à tout : «J'ai fait du baseball, du soccer...» Mais il a un vrai coup de cœur pour le foot américain. De 10 à 17 ans, il ne pratique quasiment que ce sport. Demandeur, il ne se contente pas de jouer dans une escouade mais il occupe deux postes : «Je jouais wide receiver en attaque et cornerback en défense.» Déjà à l'époque, il se démarquait des autres : «C'est certainement pour cela que j'apprécie autant le travail défensif : quand tu es cornerback, tu dois prendre ton mec et l'empêcher d'attraper la balle. C'est un duel dont tu dois sortir vainqueur.» Cet admirateur de Jerry Rice et fan de la première heure des Jets, l'équipe pro de football américain rêve à l'époque de rejoindre la prestigieuse NFL. Mais le destin va en décider autrement. Alors qu'il a 17 ans, il a l'occasion de faire un test en basket en high school. Ce qui n'était qu'un truc sympa devient une véritable passion. Et dès lors, il sait que son sport sera le basket. Même s'il est parfaitement conscient que la NBA ne passera pas par lui : «J'ai commencé beaucoup trop tard. Bien sûr, on peut toujours rêver de la NBA, mais je savais très bien que c'était utopique. Je n'avais tout simplement pas assez de qualités pour», reconnaît-il avec une humilité non feinte. Son but était plus simple : «Aller à l'université sans que mes parents aient à payer. J'étais leader en high school et j'ai pu recevoir une bourse pour jouer au basket.» Il évoluera deux saisons à Cecil Community College, dans le Maryland, sous les ordres de coach Lewit : «Il m'a appris à toujours vouloir être bon et jouer dur. Sans qu'on se fasse mal ou qu'il nous torture, mais il voulait vraiment que nous réussissions. Il m'a ouvert les yeux sur tous les aspects du basket et je lui en suis très reconnaissant.» Après deux saisons, il tente sa chance à Angelo State, dans le Texas, mais il ne se sent pas à l'aise et décide de jouer sa dernière saison universitaire ailleurs. L'assistant-coach de Cecil a justement rejoint Slippery Rock avec deux joueurs que Nelly a côtoyés plusieurs saisons : il prend donc la direction de la Pennsylvanie, où il sera élu joueur de l'année : «On est même allés en play-offs pour la première fois depuis longtemps. Dès lors, je me sentais prêt pour une expérience à l'étranger.» Et visiblement, le Luxembourg n'était pas une destination qu'il connaissait très bien : «J'ai d'abord annoncé à toute ma famille que j'allais jouer en Allemagne. Et ce n'est qu'une fois que je suis arrivé ici qu'on m'a expliqué que ce n'était pas Luxembourg en Allemagne, mais bien Dudelange, au ses coéquipiers. Au point qu'aujourd'hui, il parle d'eux comme de «frères». En sept ans de présence au Grand-Duché, le jeune garçon est devenu un homme. Et Dudelange, une évidence : «Quand je suis arrivé j'avais 22 ans, j'en ai 30. Et je terminerai ma carrière ici, c'est certain!» Une carrière bien fournie avec déjà cinq titres et trois Coupes... et ce n'est pas fini, puisque le T71 est toujours en lice pour le doublé, cette saison encore : «En changeant de coach, de joueur américain et en incluant Jonesi (NDLR : Chris Jones) à l'équipe, je savais que ça prendrait du temps à se mettre en place. Et même si les gens nous voyaient finis, nous, on savait que ce n'était pas le cas. L'alchimie est de plus en plus en train de se faire, avec Eric (Anderson), ça se passe bien et Will (Hall) est là au cas où. On est en train de grandir tous ensemble, on commence à bien comprendre ce que demande le coach. Je suis confiant pour la suite.» Quand il a mis les pieds au Luxembourg, le choc culturel a forcément été un peu rude : «C'est sûr, Quand je suis arrivé ici, on m'a expliqué que je n'étais pas à Luxembourg, Allemagne, mais à Dudelange, Luxembourg Luxembourg, sourit ce gaillard toujours de bonne humeur. Mon agent m'avait expliqué que ce serait un processus complexe que de jouer en professionnel. J'avais de bonnes stats mais je ne venais pas d'une très grande université et je ne suis pas très grand. Je ne m'attendais pas à grand-chose. Et au moment où on m'a appelé pour me proposer Dudelange, on était fin septembre et je n'avais rien. J'étais à deux doigts de retourner à Slippery Rock pour jouer au foot une saison.» À son arrivée au Luxembourg, le garçon, affable et bien élevé, ne fait pas de vague. Et ses ambitions sont modestes : «Je voulais juste donner mon maximum pour aider l'équipe et espérer pouvoir jouer toute une saison.» Les débuts ont été compliqués : «Comme on avait Frank Muller, on cherchait quelqu'un de sa taille pour faire les tâches ingrates. Au bout de trois matches, plusieurs personnes du club voulaient le virer. Mais Jan Enjebo et moi avons décidé de le garder. Et on a eu raison car Nelly est aujourd'hui bien meilleur qu'il ne l'était en arrivant», confie Marcel Wagener, le président dudelangeois. Vainqueur du premier de ses cinq titres de champion (jusqu'à présent) dès sa première saison, Nelly va tisser de solides liens d'amitié avec c'est beaucoup plus petit que New York, le style de vie est différent. Mais en arrivant, j'avais les yeux grands ouverts. Je voulais explorer l'Europe. Et maintenant, je peux dire que le Luxembourg est ma deuxième maison. J'y ai des amis, qui n'ont pas forcément à voir avec le basket, mes frères du T71. Et tout cela, je ne l'imaginais pas en venant ici.» Nelly s'est tellement bien intégré qu'il a même en tête d'obtenir sa naturalisation luxembourgeoise. C'est d'ailleurs dans cette optique qu'il prend des cours de luxembourgeois depuis deux ans : «Ce n'est pas facile du tout mais c'est sympa de pouvoir comprendre ce dont parlent les gens. Les coéquipiers se moquent un peu de moi, de mon accent mais c'est cool. Et puis c'est bien aussi pour communiquer avec ma petite amie, qui est luxembourgeoise.» Et quand Franck Mériguet, alors coach de l'équipe nationale, lui propose de faire partie de l'aventure des JPEE, il n'hésite pas une seule seconde : «Ça rend mon séjour ici encore cent fois meilleur. Je m'étais dit plusieurs fois que si on faisait appel à moi pour l'équipe nationale, ce serait un immense honneur. Ce fut une superbe expérience.» Il se sent tellement bien ici qu'il a bien l'intention d'y rester après sa carrière. Et même s'il se voit entraîner les jeunes voire même devenir un jour coach du T71, le jeune trentenaire a un autre projet en tête. Passionné de mode depuis des années, c'est lui qui a importé la mode des casquettes dans les salles de basket au Luxembourg, il aimerait bien développer, à terme, son propre business : «J'ai déjà le nom de la marque, j'ai créé le logo il y a deux ans. Mais je ne veux pas y aller aveuglément, je prendrai le temps pour faire les choses bien et rencontrer les bons partenaires.» Son style ne passe pas inaperçu : «Il est toujours très apprêté, il fait toujours attention à ce qu'il porte», note, amusé, Marcel Wagener. Et entre sa collection de casquettes – une cinquantaine accrochée à son mur et plus de soixante-dix au total – et ses cartons de sneakers qui montent jusqu'au plafond, Nelly n'a que l'embarras du choix : «Je ne mets pas deux heures à me préparer mais au moins trois quarts d'heure. J'essaie de réfléchir à l'avance à ce que je vais mettre suivant l'occasion.» D'ailleurs, la première chose que fait ce grand voyageur quand il arrive dans une ville, c'est chercher... les magasins de chaussures. Grand amateur des Air Jordan, il est toujours à l'affût de nouvelles acquisitions. Et les choses sont bien faites puisque généralement, quand il y a des sneakers, on peut également acheter des casquettes. Après avoir fait le tour de l'Europe, Nelly Stephens a particulièrement apprécié Berlin, il a adoré Amsterdam et ses vélos et a goûté avec bonheur à Paris. Mais après la saison, il s'envole vers un autre continent : «Ma copine a envie d'aller en Inde. Ce n'était pas forcément en tête de ma liste mais si ça lui fait plaisir, ça me fait plaisir. Et j'ai très envie de découvrir le Taj-Mahal et une autre culture. Peut-être que je vais adorer», se persuade cet homme toujours prêt à partir à l'aventure. Très croyant, Nelly prie régulièrement. Il sait qu'en venant de Brooklyn, il aurait pu mal tourner. Mais très vite, il a su identifier le bien du mal et rester dans le droit chemin : «Mon éducation et mes cousins m'ont beaucoup aidé à ne jamais basculer du mauvais côté.» Et s'il a envie que ses futurs enfants soient élevés au Grand-Duché, c'est également pour la qualité de vie et pour qu'ils évitent de voir ce à quoi un gamin de Brooklyn New York peut bien sûr assister. Mais en attendant que ses jambes lui disent qu'il n'est plus capable de porter les couleurs du T71, Nelly Stephens n'en a pas fini avec sa carrière de basketteur au Luxembourg. Et avant de devenir, pourquoi pas, une star de la mode au GrandDuché, voire au-delà des frontières, il lui reste encore beaucoup à accomplir pour Dudelange. Persönlich erstellt für: FLBB FLBB FOOTBALL SPORTS 25 jeudi 25 février 2016