Feuille de Salle - Le Château d`Eau

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Feuille de Salle - Le Château d`Eau
[Notes biographiques]
Algirdas Šeškus est né à Vilnius le 4 décembre 1945. Entre 1968 et 1970 il fait ses
études à l‘école des Beaux arts de Vilnius. Après des études de cinéma à Moscou,
il travailla pour la Télévision lituanienne en tant qu‘opérateur. Depuis 1979, il est
membre de la Société d‘art photographique lituanien, depuis 1989 – membre de
l‘Union des artistes photographes de Lituanie. En 2005, le titre du créateur d‘art lui
a été attribué.
1980 Début du photographe Algirdas Šeškus dans l‘exposition des œuvres des jeunes photo
graphes, organisée par la Société d’art photographique lituanien, Galerie de photo de Vilnius, Vilnius.
1983 Exposition commune de la peinture et de la photographie de Raimundas Sližys et Algirdas Šeškus,
Galerie de photo de Vilnius.
1984 Cycle de photos de Alfonsas Budvytis et Algirdas Šeškus : «Portraits des acteurs, réalisateurs,
compositeurs et peintres du Théâtre national russe d‘art dramatique», Palais des artistes de Vilnius, Vilnius.
2008 Cycle de photos de Algirdas Šeškus «Drazdauskaité, Budvytis et moi» dans l‘exposition
«Peinture lituanienne 2008. Photographie», «Test: 11 vs 1» (commissaire Margarita Matulyté), Centre d‘art
contemporain, Vilnius
2010 Exposition de photographie et de graphie de Algirdas Šeškus en 1975–1983
«Archives (Pohulianka)» (commissaire Margarita Matulyté), Galerie nationale des Beaux-arts, Vilnius.
2012 Exposition de photographie de Algirdas Šeškus «Paroles de l‘amour» (commissaire Algirdas Šeškus et
Malvina Jelinskaité), Galerie “White Space Gallery“, Londres
2013 Exposition de photographie de Algirdas Šeškus, dédiée à la 55ème biennale d‘art contemporain de
Venise dans le projet «oO» des pavillons de la Lituanie et de Chypre (commissaire Raimundas Malašauskas),
Palais des sports de Venise, Giobatta Gianquinto, Venise.
2013 Des photos de Algirdas Šeškus sont dans l‘exposition de photographie lituanienne «Dialogue des
générations. La vie au quotidien» (Commissaire Gintaras Cesonis), Musée national géorgien, Tbilissi
2013 Exposition de photographie de Algirdas Šeškus (commissaires Algirdas Šeškus et Malvina Jelinskaité),
Galerie des photos de Kaunas, Kaunas
2013 «Variations en nuances de gris» (commissaires Jean-Marc Lacabe et Gintaras Cesonis), Le Château
d’Eau, Toulouse.
Horaires
Le Château d’Eau est ouvert tous les jours de 13 h 00
à 19 h 00 sauf le lundi.
Le centre de documentation est ouvert
du mardi au samedi de 13 h 00 à 18 h 00
Tarifs
Tarif normal : 2,50 €
Tarif réduit : 1,50 €
Groupe (10 personnes et +): 1,50 €
Moins de 18 ans : gratuit
Carte Pass valable un an : 15 € et 9 € pour les étudiants.
Service des publics
> Visites guidées pour les scolaires accompagnées de supports pédagogiques adaptés aux différentes classes d’âge
sur rendez-vous du lundi au vendredi .
> Visites commentées sans réservation tous les mercredis à 15h et à 17h.
Contact : Dominique Roux - T 05 61 77 09 42
Librairie en ligne
Affiches, monographies, livres photo... http://boutique.galeriechateaudeau.org/editions/
Le Château d ’ E au
1, place Laganne 31300 Toulouse
05 61 77 09 40 / www.galeriechateaudeau.org
M° St Cyprien-République / Esquirol
Ligne de bus: 2-10-12-14-52-78-80
Le Château d’Eau reçoit le soutien de la Mairie de Toulouse
Le
Château
d ’Eau
pôle photographique Toulouse
Al girdas S esk us
Variations en nuances de gris
Exposition > 6 novembre 2013 - 19 janvier 2014
Dans le cadre de Graphéine 2013, festival organisé par Pink Pong
en collaboration avec la galerie de Photographie de Kaunas - Union des artistes photographes de
Lituanie et avec le soutien de l’Ambassade de Lituanie en France.
Algirdas Šeškus est un artiste lituanien qui a marqué, dès ses premiers travaux
exposés publiquement, un phénomène nouveau bousculant la culture
photographique de l’époque.
Ses photographies des années 70-80, n’ont pas été comprises durant ces
temps et subirent aussi la censure soviétique lorsqu’il avait eu la possibilité de
montrer son travail à l’extérieur des frontières russes. Il se retira et resta dans
l’ombre pendant trente ans, continuant néanmoins à creuser sa réflexion
sur l’acte photographique et à développer sa démarche parallèlement à la
pratique de son métier d’opérateur pour la télévision.
Aujourd’hui le Château d’Eau présente sa première exposition en France.
« Un gr i s tout s auf gr is»
Dans la tentative de comprendre le phénomène du photographe lituanien Algirdas
Šeškus, il vaut mieux ne pas se focaliser sur une carrière artistique standard dont la meilleure
définition serait basée sur la liste annuelle des expositions et livres, complétée régulièrement.
La biographie du créateur Šeškus a connu un développement assez compliqué - une ascension imperceptible, suivie de chutes visibles, des interruptions passagères, une pause de
plusieurs années - au rebond inattendu et au progrès constant. Et même si son nom marque
une étape cruciale dans le développement de la photographie lituanienne à l‘époque soviétique, sa première exposition rétrospective n‘a été organisée qu‘en 20101. En dépit du fait
qu‘il est considéré comme un des photographes lituaniens classiques, ses œuvres n‘étaient
pas réellement analysées et connues. Durant plusieurs décennies, tout le monde s‘est contenté de la possibilité de voir seulement quelques pièces remarquables. Toufefois, il apparaît que
ces photographies bien connues sont loin d‘être les plus importantes – en réalité, les immenses archives qui ont été préservées dans les réserves de Šeškus2 sont spectaculaires. Après
des essais infructueux pour entrer dans le champ artistique des photographes, avec son (anti)
esthétique d‘avant-garde, l‘auteur s‘est retiré et a gardé le silence pendant trente ans. Pourtant, une fois revenu dans l‘espace artistique professionnel, il n‘a pas renoncé à ses stratégies
d’expression, mais au contraire les a renforcées.
On pourrait souligner quelques points dans une trajectoire artistique complexe et quelque
peu elliptique. Après des études de cinématographie à Moscou et tout en travaillant pour la
Télévision lituanienne en tant qu’opérateur, Šeškus a affirmé sa création dans le monde de
l‘art photographique où il était entré avec ses idées innovantes en ignorant les traditions stylistiques du modernisme déjà épuisées à cette époque.
En 1980, la possibilité a été donnée à cet artiste atypique de débuter dans l‘exposition des jeunes photographes3, organisée par la Société de l‘art photographique lituanien.
Ses premières œuvres, montrées au grand public et qui dévoilaient un nouveau phénomène
en inadéquation avec la culture soviètique, ont suscité une réaction assez réservée de la part
des uns, voire hostile de la part des autres. Il y a bien eu des tentatives de l‘étudier ou de
l‘analyser, cependant montrer une telle «anomalie» au public, surtout à l‘étranger, où l‘art
photographique lituanien représentait l‘Union Soviètique, était compliqué, pour ne pas dire
impossible.
Par exemple, pour le Salon du livre de Francfort, la Société de l‘art photographique lituanien
avait réuni un ensemble de photographies qui , à côté de celles de photographes renommés,
comprenait des œuvres de Šeškus. Toutefois, toutes ses photographies (17 pièces) ont été
supprimées par le Glavlit - bureau central russe de la censure-, lui seul ayant été exclu de la
longue liste des auteurs5.
Un autre événement frappant de la vie artistique de Šeškus eut lieu à Vilnius en 1983, lors
d‘une exposition de photographie et de peinture, organisée en commun avec Raimundas
Sližys. C‘est là que les deux artistes, partageant presque la même conception du monde, à
l‘aide des moyens différents, ont présenté «tout ce qui n‘est pas si beau, voire banal, gris dans
l‘univers de l‘homme et son environnement»6. Pour la première fois, en Lituanie, la juxtaposition des deux modes d’expression a installé l‘art photographique dans un champ interdisciplinaire.
Alors qu‘en 1984, par la création de la série des portraits d‘acteurs, réalisateurs et peintres du
Théâtre National Russe d‘art dramatique, Šeškus, en commun avec son ancien voisin Alfonsas Budvytis, porta le dernier coup au bastion de l‘art photographique «conventionnel».
Ces auteurs, qui prônaient des idées progressistes, traitèrent d‘une manière innovante la commande de l‘administration qui consistait à faire les portraits des artistes du théâtre.
En dépit des standards admis pour le portrait de personnes publiques, ils expérimentaient
formellement avec la personnalité des protagonistes, leur genre, la composition des photographies. Un ensemble inhabituel de 60 photos en tant que projet artistique a été présenté à
Vilnius, et un an après à Moscou.
Toute l‘œuvre de Šeškus semble n‘avoir aucune direction : elle n‘a pas de thèmes, ni une
démarche d‘auteur clairement définie. Le photographe adopte la position de l‘observateur
passif et considère la représentation métaphorique de la réalité, articulée entre un nihilisme artistique et un fétichisme de l‘acte créatif. Son esthétique «de l‘amateur» se manifeste par des cadres brouillés et une composition aléatoire, de forme minimaliste, optant
pour un sujet banal. Dans ses œuvres, l‘auteur ne montre aucune volonté de représenter la
réalité d‘une manière artistique, au contraire – il la désorganise, en la simplifiant de sorte
qu‘on ne prête plus attention au motif qui est photographié. «En photographiant, c‘est à dire
en participant par réaction, je n‘échappe pas à l’empreinte en retour de l‘image, pourtant
il semble qu‘une représentation exacte est presque inutile à la photographie»7. Par cette
conception, Šeškus révèle son intention de dépasser l‘inertie de la photographie en tant
que simple technique documentaire. Sa méthode est simple – «nul besoin de pratiques
factices ou d‘abuser d‘une profusion de matériel, il suffit d‘écouter attentivement et de
suivre son for intérieur». Il déclare que ce n‘est pas ce qui est photographié qui est immortalisé, mais l‘acte de photographier lui-même.
Pour accentuer la stylistique «amateur» de ses œuvres, l‘auteur ne leur attribue pas de titre,
ni de lieu de création, ni de date. C‘est que son approche n‘est pas celle, naïve, d‘un dilletante mais plutôt une pensée conceptuelle, développée dans une démarche artistique
constante et non par des idées disparates. Son style est proche de celui du journal cinématographique de Jonas Mekas – après tout il voit et pense comme un opérateur.
Toutefois l‘idéologie artistique de Šeškus résonne autrement qu‘il aurait pu le
prévoir. Il est impossible de ne pas remarquer l‘empreinte nostalgique du quotidien - familles ou gens dans la rue - des scènes banales ou étonnantes, parfois provoquant le rire,
scènes du passé dont la réalité et l‘actualité ont été capturées par le photographe. La réalité photographique évoque nos souvenirs. Elle est semblable à notre mémoire. Seulement
accentuée et fixée. Nous ne la trions pas, ne l‘affinons pas, ne l‘embellissons pas, ne la
manions pas – nous la laissons seulement entrer.
Quelles sont les couleurs des souvenirs de nos vies grises? Les photos de Šeškus
sont grises. Parfois assombries, parfois plus claires, parfois éclatantes ou pétillantes. «Le
moment crucial» de l‘artiste n‘a rien de commun avec le fait d‘être «au bon endroit au bon
moment». C‘est parce que ce moment existe toujours qu‘il est «crucial» à n‘importe quel
instant. Ainsi l‘appareil photographique, les révélateurs, la pellicule, le papier sensible, la
saison, le temps, l‘éclairage perdent leur importance pour Šeškus. Il parvient toujours à
saisir cette réalité qui passe, coule, court, échappe. Chemin faisant, il l‘installe dans une
photographie où il neige en hiver et où on peut ressentir la fraîcheur qui vient après une
pluie d‘été.
Margarita Matulyte
1- Exposition de photographie et de graphie de Algirdas Šeškus en 1975-1983. «Archives - (Pohulianka)» exposée dans la Galerie
nationale des Beaux-arts du Musée national des Beaux-arts de Lituanie du 23 avril au 15 août 2010. Commissaire de l‘exposition
– Margarita Matulyte
2 - Ce n‘est qu‘après l‘exposition retrospective et l‘édition de quatre livres sur la base des archives que le panorama de l‘œuvre de
cet auteur a été révélé. Le photographe a offert la collection de ses œuvres renommées au Musée national des Beaux-arts de Lituanie.
3 - Suite à la décision du présidium de l‘administration du 4 décembre 1979, No 31, Algirdas Šeškus a été nommé membre de la
Société de l‘art photographique lituanien, in: Archives de la littérature et de l‘art de Lituanie, f. 503, ap. 1, b. 162, l. 50; b. 177, l. 51.
4Levas Aninskis, «Révolte de Šeškus», in: Saule šakose: (études sur la photographie lituanienne), Vilnius: Union des artistes photographes de Lituanie, 2009, p. 90–94.
5 - La liste de l‘exposition pour la Foire du livre du Francfort-sur-le-Main, fait par la Société de l‘art photographique et visité par le
Glavlit le 3 octobre 1980 (694 photos, auteurs des œuvres transportées: Jonas Kalvelis, Virgilijus Šonta, Rimantas Dichavicius, Aleksandras Macijauskas, Romualdas Rakauskas, Romualdas Požerskis, Valerijus Koreškovas, Vitalijus Butyrinas, Vaclovas Straukas, Vitas
Luckus, Alfonsas Budvytis, Algirdas Šeškus, Antanas Sutkus, Julius Vaicekauskas), in: Archives de la littérature et de l‘art de Lituanie,
f. 503, ap. 1, b. 198, l. 162–170.
6 - Alfonsas Andriuškevicius, «Oeuvre de A. Šeškaus et de R. Sližys – ensemble», in: Kulturos barai, 1983, Nr. 10, p. 79.
7 - Algirdas Šeškus, «Déclaration», in: Algirdas Šeškus, Archives (Pohulianka), fait par Margarita Matulyte, Vilnius: Musée des Beauxarts de Lituanie, 2010, p. 10.