Gériatrie féline Chat

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Gériatrie féline Chat
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Chat
CONGRÈS
Gériatrie féline
Des consultations gratifiantes
Richard Gowan est intervenu lors du pré-Congrès de l’International Society of Feline Medicine (ISFM) à Budapest,
le 14 juin dernier, pour présenter la consultation du chat senior et la prise en charge des polypathologies liées à l’âge.
Un créneau à explorer pour le praticien.
Richard Gowan est un jeune vétérinaire australien qui a
une passion pour les chats, les clients et le marketing
joyeusement contagieuse. Il a ouvert en 2003 sa Cat Clinique, la plus grande structure spécialisée de toute l’Australie avec 5 vétérinaires, 9 ASV et 2 experts. Il se définit lui-même comme un vétérinaire généraliste - de famille
- et il adore les consultations « normales », tout particulièrement celles que nous allons être appelés à faire le plus
souvent, lorsque les chats deviennent seniors.
En tant que vétérinaire pour chats, il ne s’estime pas si
différent que ça de ses confrères humains. « Le médecin
est un véto qui ne s’occupe que d’une seule espèce, l’humain. Qui est un chat, sans le pelage » dit-il en boutade.
Conférencier
Richard Gowan
DVM
www.catdoctor.com.au/staff.php
Prendre le temps en consultation
Les propriétaires de nos patients félins sont souvent
demandeurs de bilan de santé. Leur éducation est plus
facile à réaliser que celles des propriétaires de chiens.
En consultation senior ou gériatrique, Richard Gowan
consacre un minimum d’une demi-heure à chacun de ses
patients, en prévenant au préalable le client sur ce qui
sera fait (prise de tension artérielle systématique, bilans
sanguin et urinaire), afin que ce soit validé par celui-ci.
Dans l’entretien avec le client, il est important de poser les
bonnes questions, notamment en matière d’arthrose, car
le chat, chez son vétérinaire, saute la plupart du temps toujours suffisamment vite pour redescendre de la table de
consultation sans difficulté. Reste qu’à la question, comment votre chat saute-t-il sur le lit, sur la table, ou sur
l’armoire, les réponses donnent une toute autre idée des
capacités motrices du patient, toujours en phase avec la
réalité.
Les urines sont, pour Richard Gowan, la meilleure porte
d’entrée pour mettre en place le plan épargne santé avec
les check-up réguliers à partir de l’âge de 7 ans.
Au cours de la consultation bisannuelle, Richard Gowan
vérifie les 9 grandes entités pathologiques qui frappent
le chat âgé : l’hyperthyroïdie, la maladie rénale chronique (MRC), le diabète, les affections inflammatoires
digestives chroniques (MICI), l’hypertension artérielle,
les affections cardiaques, les cancers, l’arthrose et la
démence sénile.
Fournir des outils parlants
Le propriétaire, comme son chat, est un visuel, et Richard
Gowan lui remet dès l’âge de 7 ans une carte Senior, sur
laquelle sont notés les principaux paramètres (poids,
densité urinaire, tension artérielle, créatinine), matérialisés sur un graphique, rendant visuelle la valeur ajoutée
du suivi du patient félin.
Entre 7 et 10 ans, en l’absence de symptômes évocateurs, Richard Gowan se contente de mesurer la densité
urinaire 2 fois par an. Entre 10 et 12 ans, il ajoute un
bilan sanguin et une évaluation des compétences locomotrices pour dépister l’arthrose, 2 fois par an. A partir de
14 ans, il mesure systématiquement la tension artérielle, fait
un fond d’œil et des bilans urinaires et sanguins à chaque
consultation, de 2 à 4 par an. Il débusque la constipation
chronique, dont le propriétaire n’a pas toujours conscience,
et qui cache souvent une MRC sous-jacente, un mégacôlon ou plus fréquemment des douleurs arthrosiques, responsables aussi parfois de malpropreté urinaire.
Pour aider ses clients à mieux soigner leur chat polypathologique, il reformule et dose de façon précise les
médicaments qu’il prescrit, reconditionnés par un pharmacien en une seule gélule, plus faciles à administrer
au chat en une administration unique que 3 ou 4 comprimés différents. La compliance est très nettement améliorée, et cette activité est loin d’être neutre dans son
résultat puisqu’elle génère 10 à 15 % de son chiffre
d’affaire.
Poser les bonnes questions
Le dépistage de l’arthrose demande une éducation et
une écoute du client importantes. En effet, beaucoup de
propriétaires croient encore que la baisse d’activité de leur
chat senior ou âgé est normale, liée à l’âge. Ils n’envisagent pas que la douleur soit responsable de la résignation silencieuse de leurs chats. Un chien âgé va tenter
de courir derrière la balle qu’on lui lance, sans réfléchir, arrêté net au beau milieu de sa course par une douleur qui le fait alors boiter franchement au point d’apitoyer légitimement son maître. Le chat, lui, réfléchit et
anticipe la douleur que va générer tel ou tel mouvement.
Soit il y renonce, comme ces chats qui restent au sol ou
hésitent longuement devant une marche d’escalier trop
haute, soit il négocie, en faisant des étapes - au lieu de
N°273 du 6 au 12 décembre 2012
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Chat
CONGRÈS
Les signes radiologiques ne sont pas toujours présents
ni proportionnels à la douleur. Par ailleurs, le propriétaire rechigne parfois à investir dans un examen d’imagerie qui peut demander une tranquillisation ou anesthésie générale, et un risque médical perçu négativement
par le propriétaire. Le diagnostic repose donc sur son questionnement méticuleux, une bonne connaissance des habitudes de son chat et la reconnaissance des modifications
apparues, dans la façon de sauter surtout, de manger éventuellement, de dormir, de se toiletter, etc.
La discussion avec le propriétaire sur les comportements
quotidiens de son chat à la maison est non seulement un
outil diagnostique mais également un élément qui renforce
la relation entre patient et soignant, témoignant de l’attention, de l’écoute et de l’empathie par la prise en charge
d’une douleur quotidienne.
Une approche méthodique
Richard Gowan utilise toujours, dans les premiers stades
de l’arthrose, les chondroprotecteurs, acides gras essentiels,
ou aliments diététiques. S’ils restent sans succès, ou dans
les formes plus sévères, il utilise le méloxicam à la dose
initiale de 0,1mg / kg le premier jour puis 0,05 mg / kg
ensuite, en diminuant jusqu’à 0,01 à 0,03 mg / kg pour les
chats atteints de Maladie Rénale Chronique (MRC). Il effectue systématiquement un bilan sanguin (avec dosage de T4)
et urinaire sur tous ses patients avant prescription. Il insiste
pour calculer la dose thérapeutique à partir du poids idéal
de ses patients (évaluation de la masse maigre), et pour faire
un suivi régulier à 7, puis 14 et 30 jours pour vérifier que
la dose est la bonne et qu’aucun effet indésirable ne se
produit. La dose est ensuite diminuée pour trouver la posologie idéale en termes de résultat. Richard Gowan préfère
prescrire en continu plutôt qu’en intermittence, ce qui lui
permet d’utiliser des doses moindres et de limiter la spirale délétère de l’effet wind-up, consubstantiel de la douleur chronique. Il informe également tous les propriétaires
des informations pertinentes sur l’usage des AINS
chez le Chat, en leur remettant le lien ou le document publié
en 2010 par l’ISFM (disponible en français sur
http://www.isfm.net/toolbox/info_sheets/index.html).
Améliorer la qualité d’une fin de vie
prolongée du patient félin
Après avoir publié une première étude sur l’administration de méloxicam (à la dose moyenne de 0,02 mg / kg,
soit 40 % de la dose recommandée) sur des chats atteints
d’arthrose et de MRC, stabilisés, dont la progression avait
été ralentie, il vient de publier dans le JFMS une étude
rétrospective, de 1998 à 2011, sur le suivi de 82 chats
arthrosiques âgés de plus de 7 ans, traités de façon continue avec du méloxicam pour une période d’au moins
6 mois. Quarante-sept de ces chats étaient atteints de MRC
et 35 simplement âgés. Les chats MRC ont été classés selon
la classification IRIS, en fonction de leur créatininémie,
densité urinaire et signes cliniques. Sont considérés comme
stables, dans cette étude, les chats atteints de MRC sans
évolution clinique notable, dont la créatininémie n’a pas
augmenté de plus de 10 à 15 % dans les 2 derniers mois,
dont l’hypertension, les infections urinaires et les affections
bucco-dentaires, si elles sont présentes, sont contrôlées.
Aucun chat MRC présentant un RPCU > 0,4 n’a été inclus
dans cette étude.
L’âge moyen de la prescription de méloxicam était de 14,4
ans pour les chats MRC et 16,6 pour les non-MRC, la
durée moyenne de prise du méloxicam était respectivement de 852 et 1866 jours. La longévité moyenne a été
de 18,6 ans pour les chats MRC et 22 ans pour les nonMRC. Les causes de décès des deux populations sont
présentées sur la figure 1, soulignant que la prise en charge
conjointe de la MRC et de l’arthrose n’a pas porté préjudice aux chats, bien au contraire puisqu’en améliorant leur
qualité de vie au quotidien, la médiane de longévité après
le diagnostic de MRC est à 1608 jours (soit presque 5 ans).
Comme en médecine humaine, les patients MRC décèdent
souvent d’affections cardiaques. Les néoplasies restent
la première cause de décès dans les deux populations
étudiées ici.
Groupe MRC
Groupe Non-MRC
Adapté et traduit d’après GOWAN & coll. JFMS, 2012, online
July2012
monter d’un saut sur la table, il monte d’abord du sol
sur la chaise, puis de la chaise sur la table.
ICC: insuffisance cardiaque congestive, MRC: maladie rénale chronique, AVP:
accident sur voie publique, GI: gastro-intestinal.
Causes de mortalité des 2 populations de chats, atteints ou non de Maladie Rénale
Chronique au début de la prescription de « méloxicam, qui peut donc faire partie
des molécules aptes à améliorer la qualité de vie et la longévité des chats âgés,
souffrant de douleurs chroniques ».
Sachant les propriétaires de chats plus soucieux de la
qualité de fin de vie de leurs chats que de la durée même,
Richard Gowan a souligné qu’avec une approche attentive,
adaptée et personnalisée pour chaque chat, en cherchant
la dose thérapeutique minimale efficace de méloxicam, on
peut conjuguer qualité et durée de vie pour nos patients
félins. n
Anne-Claire Gagnon
Docteur vétérinaire
Gowan RA, Baral RM, Lingard AE, Catt MJ, Stansen W, Johnston L, Malik R. A retrospective analysis of the effects of meloxicam on the longevity of aged cats with and without
overt chronic kidney disease. J Feline Med Surg. 2012 Jul 20.
N°273 du 6 au 12 décembre 2012
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