Services sociaux, quelle place pour l`éthique?
Transcription
Services sociaux, quelle place pour l`éthique?
DE BERLHE PIERRE BRUNET GUILLAUME CLERIX SYLVAIN 5ème année– Spécialité Mécanique & Energétique, Option TEAM Travail social, quelle place pour l’éthique ? Remis pour le 6 Décembre 2014 ANNÉE 2014-2015 Encadrant: Mr. Yvernault Services sociaux, quelle place pour l’éthique? 2 Management professionnel Sommaire Présentation de l’essai ............................................................................................................... 3 I. Introduction........................................................................................................................ 4 II. Fondements du travail social et des valeurs éthique en son sein ..................................... 5 II.1 Le travail social ............................................................................................................ 5 II.2 Les valeurs éthiques .................................................................................................... 6 III. Application des valeurs éthiques en situations professionnelles ...................................... 7 III.1 Le facteur religieux ...................................................................................................... 7 III.2 A la frontière du social et du médical : l’euthanasie ................................................... 8 IV. Maintien de l’éveil éthique au sein du travail social .......................................................... 9 IV.1 L’émergence du questionnement éthique .................................................................. 9 IV.2 Élaboration du cadre pour développer le questionnement éthique .......................... 9 IV.3 Pérennisation de la démarche du questionnement éthique .................................... 10 6 décembre 2014 Conclusion ................................................................................................................................ 10 DE BERLHE BRUNET CLERIX Pierre Guillaume Sylvain 3 Services sociaux, quelle place pour l’éthique? Management professionnel Présentation de l’essai Angle d’approche Notre essai porte sur le travail social, nous incluons dans ce secteur l’ensemble des services publics et privés visant à rendre service à la population et plus précisément à un public en situation de difficulté (handicapé, malade de longue date, famille présentant de multiples problèmes, délinquant …). Les structures sur lesquelles porte notre essai peuvent donc être à caractère social mais aussi médico-social. Nous trouvons ce sujet d’actualité car le travailleur social est un acteur important dans le processus d’insertion quelque soit le type de structure où il travaille. Il a pour rôle de conseiller, de guider mais aussi de rompre l’isolement. Le secteur du travail social a un rôle clef à l’heure où les remises en question culturelle au sein de notre société sont fréquentes d’autant plus lors de période économique morose comme celle que nous traversons. Nous allons, en nous imaginant à la place du travailleur social, d’expliquer et de démontrer l’importance de l’éthique au sein de ce secteur. Résumé Dans cet essai, nous abordons la question de l’éthique au sein du travail social. Un premier travail a été d’apporter un sens précis à l’activité et au principe du travail social, là où les définitions sont aussi variées que complexes. Dans un second temps, nous analysons pourquoi et comment peut-on parler d’éthique dans ce domaine ; grâce à une proposition de caractérisation des valeurs éthiques émanant de l’environnement de travail. Ceci à l’aide des supports de réflexions philosophiques et de notre ressenti après un travail de recherche amont effectué sur le sujet. Après ce travail d’encadrement et de précision, nous étudions les applications éventuelles de l’éthique au sein de l’activité professionnelle du personnel social en prenant de façon non exhaustive mais pertinente deux thématiques d’actualité suscitant le questionnement : la religion et l’euthanasie. Cette partie a pour but de mettre en évidence la place et le rôle de l’éthique dans la résolution des problèmes. Enfin, étant essentiel de mettre en place une amélioration continue comme dans toute entité moderne, nous avons jugé nécessaire de proposer un processus de maintien de l’éveil éthique dans ce domaine de travail où l’empathie et le relationnel sont primordiaux. Bibliographie 6 décembre 2014 Agence national de l’évaluation et de la qualité des établissements et service sociaux et médico-sociaux (ANESM). Le questionnement éthique dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux. Saint-Denis : ANESM, 2010. 92 p. Disponible sur : http://www.anesm.sante.gouv.fr/ Bouquet, B. Éthique et travail social - Une recherche du sens. 2ème édition. Dunod, 2012. Durkheim, E. De la division du travail social. Presses universitaires de France, 1960, p. 3578. Karsz, S. POURQUOI LE TRAVAIL SOCIAL ? Nouvelles pratiques sociales. Dunod, 2006, p. 234-237. Lipovetsky, G. Le crépuscule du devoir: l'éthique indolore des nouveaux temps démocratiques. Gallimard, 1993. DE BERLHE BRUNET CLERIX Pierre Guillaume Sylvain Services sociaux, quelle place pour l’éthique? 4 I. Management professionnel Introduction Le domaine des services sociaux ou abusivement appelé travail social est un domaine fortement traversé par le problème éthique. Tout au long de ce document, nous qualifierons de travail social tout métier relatant de l’action sociale. Le manque de formalisations et de supports écrits de ces valeurs éthiques provenant du « bon sens » et de la « bonne tenue » pendant de longues années a généré un certain trouble sur la finalité du travail social. De ce fait, certains parlent même d’absences de réflexions et de pensées éthiques dans ce domaine. Pour éviter une telle banalisation, il est nécessaire d’ancrer l’éthique dans les mœurs en s’appuyant sur tout support de société comme l’indique Gilles Lipovetsky : « L’éthique sans la connaissance, l’action politique et la justice sociale est infirme. Essayons de ne pas faire l’ange pour ne pas faire la bête ; la vraie défense de l’éthique passe par la critique de l’étichisme ». Dans une société française aujourd’hui touchée par d’importants changements économiques, sociaux et culturels, le social est un domaine précurseur de toute situation ou dilemme éthique. Cela en fait un domaine de requestionnement de ces valeurs non pas acquises mais suggérées puis adoptées par défaut les années précédentes. Repenser, préciser, adapter, autant d’actions qu’il faut considérer dans l’action sociale. Ainsi, en réponse à cet effacement et cette vulgarisation des années 1960 à 1980, l’éthique est aujourd’hui sur toutes les bouches. Chaque corps de métier, institution ou association souhaite avoir sa propre éthique. De la forme la plus légère jusqu’au caractère emblématique, l’éthique est aujourd’hui la star des sociétés modernes, considérée comme moyen de progrès moral. Est-elle alors un effet de mode ? Une tendance éphémère ? Toujours en citant le philosophe français Lipovetsky : « l’effet éthique ne cesse de gagner en puissance, en envahissant les médias, nourrissant la réflexion philosophique, juridique et déontologique, générant des institutions, des aspirations et pratiques collectives », nous pouvons constater que l’éthique réalise un retour soudain et populaire. Le travail social connaît aussi sa reconsidération des valeurs éthiques, mais ce, face à tout cas que formule le quotidien. Mais commençons par nous poser les questions de son passé et de son impact actuel. 6 décembre 2014 Pourquoi l’éthique fût pendant de longues années à l’écart de toute considération ? Le besoin éthique d’aujourd’hui peut-il être comblé ? Comment sont appliquées les valeurs éthiques dans le secteur social ? Comment employer l’éthique afin d’en faire un outil propice à la prise de décision ? La réflexion sera axée autour de ces questions clés, tout en restant dans l’optique que ce travail traduit un questionnement, permettant de poser une base de réflexion pour les managers confrontés à ce genre de situation. DE BERLHE BRUNET CLERIX Pierre Guillaume Sylvain Services sociaux, quelle place pour l’éthique? 5 II. Management professionnel Fondements du travail social et des valeurs éthique en son sein II.1 Le travail social Tout d’abord, un éclaircissement de ce qu’est le travail social s’impose de façon logique. A titre littéraire, le travail social se définit comme tel : « Terme générique pour désigner un ensemble de métiers œuvrant dans le domaine de l’action sociale au sens large » (Larousse.fr), plus communément assimilé au secteur tertiaire selon la segmentation simpliste des différents corps de métiers. Il est de ce fait impopulaire, la mondialisation ayant crée une sphère d’importance autour des métiers de la technologie, du commerce et de la finance. Cependant il est important de prendre conscience que les services sociaux sont l’organisme au plus proche de l’humain car sa finalité est de « représenter une espèce de trait d’union, d’interface entre le sujet et le social » d’après Reine Hadjadj, assistante sociale chargée d’enquêtes sociales par les juges aux Affaires Familiales. L’aide sociale est issue d’une longue tradition de la charité qui s’est progressivement professionnalisée et est ainsi devenue le service social. Il fait appel à un personnel maîtrisant les sciences humaines et les techniques du relationnel. Composé de métiers tels que délégué aux prestations familiales, assistant familial ou encore éducateur de jeunes enfants, le travail social est un service à disposition de la société pour aider celle-ci. Il est le socle des relations d’égalité entre hommes. 6 décembre 2014 Cependant, malgré tous les efforts de définition de ce cœur de métier, l'ambiguïté entre l’aide sociale individualisée et la définition du travail social demeure. Selon l’association des écoles de service social, «le travail social cherche à promouvoir le changement social et la libération des personnes afin d’améliorer le bien-être général. Grâce à l’utilisation des théories du comportement et des systèmes sociaux, le travail social intervient au point de rencontre entre les personnes et leur environnement. » (Bilodeau G., 2005). Cette définition crée paradoxalement une indéfinition et afin d’y apporter un sens conventionnel, il est nécessaire de voir que la réalité est souvent plus complexe que les vaines théories sur le sujet. Deux dimensions sont à prendre en compte, le réel et l’intervention. Le réel concerne les différentes situations rencontrées comme la situation de santé, de scolarité, de logement, de chômage etc. Il s’agit du quotidien des individus. L’intervention, donc l’action du service social, est employée là où les moyens classiques de résolution des problèmes à l’aide du droit, de la psychologie etc. sont inefficaces. Quand la situation est complexe, son emploi s’impose de droit. Le travail social est donc un processus qui vise à faciliter l’intégration d’un individu dans la société. C’est un lieu de construction de l’accès au droit caractérisé par la dimension humaine des rapports sociaux et la recherche d’émancipation de l’individu. DE BERLHE BRUNET CLERIX Pierre Guillaume Sylvain 6 Services sociaux, quelle place pour l’éthique? Management professionnel II.2 Les valeurs éthiques Ce domaine a longtemps été animé et dirigé par des idées transmises de génération en génération, dans le même esprit que sa création : tradition de la charité et du volontariat. L'évolution de la société a peu à peu apporté dans ce cercle de bonne volonté une certaine restriction ou juridiquement parlant, une réglementation de l'action sociale. Les travailleurs sociaux sont de plus en plus confrontés, dans les différentes situations au cours desquelles ils établissent une relation d'aide à la personne, à l'expression de souffrances ou de troubles psychiques générés ou aggravés par des difficultés multiples. Ils sont amenés à avoir une certaine empathie obligatoire dans ce travail. Mais quelle est la limite entre l’empathie que doit avoir un travailleur social sur le cas dont il est responsable et l’excès d’empathie pouvant altérer la bonne conduite des dossiers traités ? Dans ce métier, il faut avoir assez de compassion pour inspirer la confiance et la compréhension. Mais il faut aussi aider sans se laisser prendre par les sentiments, ces derniers pouvant influencer son jugement. Le degré d'empathie à garder dans ce métier est une difficulté qui nécessite des bases sociales et morales caractérisées par des valeurs éthiques. En effet comme le souligne Karsz le besoin éthique dans ce domaine à fort caractère relationnel est d'une importance capitale. La pratique du travail social est éthiquement fondée lorsqu’elle se réfère à des critères relevant de la morale et aux fondements même de la profession. En effet, le personnel est amené à fournir des informations aux personnes avec qui il travaille. Des informations sur leurs droits et les possibilités qui s’offrent à eux. Car ces personnes qui se confient, et ont à nouveau espoir, comptent sur le personnel social en qui ils ont confiance pour remédier aux problèmes qui sont à l’origine de leur situation et qui peuvent les mener à l’exclusion. Les professionnels du travail social proposent aux personnes dans le besoin, une protection contre la violence, un abri sûr. Plus généralement, ce travail repose sur une lutte constante contre les inégalités et se base sur la confiance et la considération. Toutes ces valeurs sont exactement en adéquation avec l’essence de la notion d’éthique. Nous pourrions même considérer que ce travail est la manifestation tangible des principes éthiques dont les employés en seraient les prédicateurs. 6 décembre 2014 L’éthique est un questionnement permanent et ne peut donc être un état d’esprit ou une morale, immuable. Elle évolue donc, mais uniquement dans le but de l’enrichir. Et tout comme l’éthique, le travailleur social évalue son activité sous l’angle moral et professionnel pour développer les théories et méthodes de sa profession. Le but final étant d’accroître le service social. Ces quelques mots de présentation de ce domaine, très peu connu par une grande partie des citoyens, et de ces valeurs éthiques nous ont permis d’éclaircir le support de notre réflexion et y apporter du sens. Tous les êtres humains ont droit à la satisfaction de leurs besoins existentiels, au respect de leur intégrité personnelle et à leur intégration dans un environnement social. Des hommes et des femmes sont engagés à concrétiser ces droits. Cependant comme bien souvent, la théorie et la pratique ne sont pas toujours corrélées aussi efficacement qu’une loi mathématique. La question de l’application de cette plage de valeurs aussi charitables que bienveillantes dans le milieu professionnel vient de droit se manifester dans cette réflexion. DE BERLHE BRUNET CLERIX Pierre Guillaume Sylvain Services sociaux, quelle place pour l’éthique? 7 III. Management professionnel Application des valeurs éthiques en situations professionnelles III.1 Le facteur religieux Nous aborderons le problème ici en commençant par étudier le facteur vedette de l’actualité, engendré par cette évolution sociétale et culturelle qui touche le travail social. Il s’agit de la religion, qui se révèle parfois être une entrave vis-à-vis des exigences professionnelles. Quelle réponse apporte l’éthique face aux conflits à caractère religieux dans le domaine du service social ? 6 décembre 2014 Aujourd’hui, solidariser religion et travail social n’est pas un hasard. A la croisée des chemins entre les positions politiques, valeurs professionnelles et respect des droits, la question de la religion au travail est sujette à réflexion. Nous pouvons prendre l’exemple de la récente affaire « baby Loup » où une salariée de la crèche, responsable d’un groupe d’enfants, fut licenciée pour faute grave pour avoir refusé d’ôter son voile. En effet, nous avons ici des conflits qui peuvent être défendus avec des arguments issus de principes fondamentaux et ce, par les deux parties. Il s’agit là de conflits normatifs entre droit de non-discrimination et application du principe de laïcité. La non-discrimination incite à ne pas porter de jugement sur une personne en se basant sur certains critères, ici religieux. Tandis que l’application de la laïcité impose un devoir de neutralité religieuse au sein d’un organisme de services publics. Le code éthique serait-il l’outil pour départager les deux principes étatiques ? Ce cas se manifeste comme étant à caractère social, mais avant cette affaire, il n’y avait pas d’intégration des crèches au Code de l’action sociale. Cependant après étude du cas, les valeurs représentées dans cette affaire relevaient essentiellement de l’éthique. Les questions de l’insertion sociale et de l’intégrité individuelle ont amené à reconsidérer l’exclusion des crèches à ce régime d’aide et de soutien. Pour un enfant de la crèche il faut pouvoir obtenir son consentement éclairé en ce qui concerne son accompagnement et le respect de son libre choix, de son autonomie, de sa liberté de conscience ; tous des droits fondamentaux protégés par la norme constitutionnelle. Il s’agit donc là d’un apport qui est venu renforcer une déontologie du travail social qui comprenait déjà une nécessaire réserve du professionnel concernant ses convictions et croyances personnelles, au regard de la place qu'il occupe envers l'usager sur lequel il n'est pas sans pouvoir d'influence. Un exemple parmi d’autres qui sont le quotidien du personnel du travail social et dont les résolutions sont pour la plupart peu évidentes. La réflexion morale portée par les valeurs éthiques, a finalement pu engager les salariés et les dirigeants à une même religion, la foi en l’entreprise. DE BERLHE BRUNET CLERIX Pierre Guillaume Sylvain 8 Services sociaux, quelle place pour l’éthique? Management professionnel III.2 A la frontière du social et du médical : l’euthanasie Plus qu’une simple interrogation médicale, cette question est d’ordre social. Le personnel soignant, les assistants de vie et la famille du malade étant confrontés à cette situation. Si nous revenons à l’essence du travail social nous comprenons qu’il n’est pas facile pour le personnel soignant de laisser un malade décider de son sort. Tout travailleur social a pour but, comme vu précédemment, d’aider une personne en difficulté, de rétablir une situation d’inégalité. Dans le cas d’un patient malade et dont l’état ne peut se rétablir, accepter l’euthanasie est en quelque sorte un aveu d’impuissance et peut effectivement être mal vécu par l’ensemble des travailleurs sociaux. Néanmoins l’acharnement thérapeutique peut aussi être à l’origine d’un profond mal être de la part du patient, ne pas pouvoir décider de son propre sort peut sembler injuste. On voit très rapidement que deux notions s’opposent, d’un côté la durée de vie, que le personnel médical tend à valoriser, et d’un autre côté la qualité de vie, qui semble primordiale pour un patient atteint d’une maladie incurable et en phase terminale. Concrètement le respect de la vie ne doit pas se limiter à la seule dimension de « maintenir en vie ». 6 décembre 2014 Un tout autre aspect de la question se doit également d’être évoqué : l’aspect relationnel. La famille tout comme les travailleurs sociaux entourant le malade vont être influencés par leur ressenti personnel. L’attachement peut conduire à repousser le deuil et donc à refuser l’euthanasie. Alors qu’un sentiment de « ras le bol », par exemple lorsque le patient est ressentit comme un poids pour sa famille, peut inciter à soutenir cette pratique. Positionner l’éthique d’un côté ou de l’autre de la balance est compliqué. On peut voir l’éthique non pas comme la recherche de la meilleure solution mais comme celle de la plus acceptable mais ceci nécessite du recul et un temps de réflexion important. Dans le contexte actuel du travail social, où généralement on attend toujours plus d’actes dans un temps imparti équivalent, la question est alors de savoir si on dispose vraiment du temps nécessaire pour mûrir une réflexion éthiquement correcte. DE BERLHE BRUNET CLERIX Pierre Guillaume Sylvain Services sociaux, quelle place pour l’éthique? 9 IV. Management professionnel Maintien de l’éveil éthique au sein du travail social IV.1 L’émergence du questionnement éthique L’objectif n’est pas de donner des règles mais de maintenir en éveil les valeurs issues de l’éthique. Essayer d’inculquer un « engagement professionnel citoyen » car impliqué dans un travail social nécessite un engagement face aux choix de société. Chaque entreprise peut ainsi définir une stratégie afin de maintenir chez ses salariés le sentiment de faire partie d’un projet qui se veut éthique. Mais avant de penser à mettre cette stratégie en place, il faut pouvoir sensibiliser les salariés en faisant émerger un questionnement collectif sur le sens de l’éthique, en particulier l’orientation éthique désirée par l’entreprise. Par cette réflexion mise en commun peut se dégager l’éthique de l’entreprise. Et inversement, c’est grâce à l’orientation éthique voulue par l’entreprise et à la stratégie mise en place que chaque membre se sentira concerné et impliqué dans la démarche de recherche éthique. IV.2 Élaboration du cadre pour développer le questionnement éthique Une fois que le questionnement éthique a pu émerger, les responsables du projet construisent un cadre pour le développer. Lorsque les conditions seront favorables, un dispositif est mis en place afin de favoriser la méthode d’accompagnement pour que les salariés soient plus soucieux des besoins de l’individu accompagné. Pour ce faire, il faut pouvoir identifier les objectifs opérationnels. On pourra réfléchir sur des thématiques tel que le deuil, la prise en charge de demandeurs d’asile ou encore la sexualité des personnes handicapées. Les objectifs ainsi définis permettront de déterminer la forme organisationnelle que devra prendre le questionnement éthique dans la place de la structure. 6 décembre 2014 L’étape suivante consiste en la mise en place d’une instance éthique permettant au plus grand nombre de participer à la réflexion en toute liberté. Afin d’assurer le bien-fondé de la démarche, il est cependant important de valoriser les différences de parcours, d’âge, de sexe et d’autres critères des personnes participant à cette réflexion afin qu’elle puisse atteindre une maturité satisfaisante. L’idée est aussi de mêler professionnels et patients, ou usagers, afin d’avoir un point de vue plus complet. Il faut cependant veiller à ne pas mettre en relation directe les professionnels travaillant avec leurs patients, afin pour que le patient puisse ainsi donner un avis non biaisé. Lorsque ces jalons seront posés, il sera utile de définir les principes de fonctionnement de la démarche de réflexion afin de respecter un code déontologique. Il faudra ainsi veiller à la neutralité, et à la confidentialité des échanges, à l’indépendance de l’instance éthique visà-vis de la structure, à la bienveillance afin que chacun soit respecté, mais également à la régularité des échanges, au volontariat et à l’engagement à titre personnel pour que chacun soit bien investi. De plus, afin de rendre optimale la qualité des échanges verbaux, il est important de choisir un animateur extérieur afin que celui-ci soit objectif et permette d’échanger facilement et de mener la réflexion dans le sens voulu. Celui-ci doit évidemment avoir des connaissances minimales sur le fonctionnement des structures impliquées via les DE BERLHE BRUNET CLERIX Pierre Guillaume Sylvain 10 Services sociaux, quelle place pour l’éthique? Management professionnel personnes participantes, ainsi que des conditions rencontrées par chacun. IV.3 Pérennisation de la démarche du questionnement éthique Afin de rendre la démarche du questionnement éthique efficace, il est important de l’inscrire dans un projet à long terme. Effectivement, tout projet lancé par des membres “fondateurs” peut être mis à mal lorsque ceux-ci se retirent : pour éviter les pires scénarios la mise en place d’un plan pérennise la démarche. Tout d’abord il est nécessaire de développer une communication, afin de comprendre le sens, les objectifs et la méthode de travail et aussi pour définir clairement les lieux de réunions et les détails techniques utiles au bon déroulement des séances. Il faut inscrire la réflexion dans un plan de formation continue, pour permettre à chaque membre de développer ses compétences au fur et à mesure des réunions. Ainsi, si le membre réussit transformer ses questionnements en une capacité réflexive ou encore à accepter le point de vue des autres tout en pesant le pour et le contre sans juger, alors la personne aura mûri en termes de réflexion éthique. De plus, la réflexion éthique doit s’inscrire dans le temps de travail des salariés. C’est important pour leur éviter du travail supplémentaire. L’institut doit également mettre les moyens financiers et logistiques suffisants afin d’assurer le bon déroulement de la démarche. Enfin, l’instance devra mettre en place un suivi afin de connaître le bien-fondé de la démarche, par exemple en faisant un audit interne, en recensant la fréquence des réunions ou en transmettant des questionnaires de satisfaction aux personnes impliquées. Conclusion 6 décembre 2014 Dans cet essai nous aurons abordé l’éthique au sein du travail social sous trois angles, une présentation théorique, deux cas pratiques liés à l’actualité et enfin une proposition visant à pérenniser la culture de l’éthique au sein d’une telle organisation. L’éthique a une place primordiale au sein du secteur social, pour rendre l’usager acteur de sa solution et non simple spectateur. Elle a donc façonné et permis l’évolution des méthodes et théories de façon à s’adapter à la société d’aujourd’hui. Dans le quotidien des citoyens, là où il y a une notion d’injustice, l’emploi de l’action sociale est normatif et l’éthique en est un acteur décisif. Le travailleur social ne peut se mettre dans une position où il impose un choix. Les outils dont il dispose pour apporter une solution restent la communication et la persuasion. Savoir prendre du recul, faire preuve d’un degré d’empathie adéquat et disposer d’un temps de réflexion sont indispensables pour adopter un comportement éthique. DE BERLHE BRUNET CLERIX Pierre Guillaume Sylvain