Feuille n° 1

Transcription

Feuille n° 1
Textes sur l’idéologie nazie
1) L’inégalité des races
« Tout ce que nous avons aujourd’hui devant nous
de civilisation humaine, de produits de l’art, de la
science,
de
la
technique
est
presque
exclusivement le fruit de l’activité créatrice des
Aryens. (…). La conception raciale ne croit
nullement à l’égalité des races, mais reconnaît au
contraire leur diversité et leur valeur plus ou
moins élevée. (…) Les Aryens ont été les seuls
fondateurs d’une humanité supérieure, celle qui a
créé la civilisation ».
Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925
2) L’antisémitisme
« Le jeune Juif aux cheveux noirs épie pendant
des heures, le visage illuminé d’une joie satanique,
la jeune fille qu’il souille de son sang (…). Ainsi
cherche-t-il à abaisser systématiquement le
niveau des races en empoisonnant constamment
les individus (…). La perte de la pureté du sang
abaisse l’homme pour toujours. Les peuples qui se
métissent ou se laissent métisser pèchent contre
la volonté de l’éternelle Providence et leur chute
n’est pas imméritée. »
Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925
3) Le Juif, ennemi absolu
« L’ennemi mortel, impitoyable, du peuple
allemand est et reste la France. Car la
contamination provoquée par l’afflux de sang
nègre sur le Rhin répond aussi bien à la soif de
vengeance de cet ennemi héréditaire de notre
peuple qu’au froid calcul du Juif. Le Juif y voit le
moyen de commencer le métissage du continent
européen en infectant la race blanche avec le
sang d’une basse humanité ».
Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925
4) L’espace vital
« La politique extérieure de l’Etat raciste doit
assurer les moyens d’existence sur cette planète
de la race (…). Seul un espace suffisant sur cette
terre assure à un peuple la liberté d’existence. Le
mouvement national-socialiste doit alors trouver
le courage de rassembler notre peuple pour le
lancer sur la voie qui le sortira de son étroit
habitat actuel et le mènera vers de nouveaux
territoires (…). L’avenir de notre politique
extérieure se trouve dans une politique de l’Est,
dans le sens de l’acquisition de la terre
nécessaire à notre peuple allemand. »
Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925
Affiche du Front du travail 1936 : « aujourd’hui comme hier, nous restons camarades »
Iannis Roder Page 1
La Première Guerre mondiale vue par un enfant allemand
Enfant, j’étais vraiment un fan de guerre. Je noircirais le tableau en prétendant que je fus une
authentique victime de la propagande de haine qui, dans les années 1915 à 1918, était censée ranimer
l’enthousiasme défaillant […]. Ce qui comptait, c’était la fascination exercée par ce jeu belliqueux […]. Je ne
me lassais pas d’établir mentalement le score. Je lisais avec passion les communiqués du front et refaisais
les calculs suivant des règles elles aussi mystérieuses, irrationnelles, qui stipulaient par exemple que dix
prisonniers russes équivalaient à un prisonnier français, ou cinquante avions un cuirassé. S’il avait existé des
statistiques concernant les tués, je n’aurais certainement eu aucun scrupule à « recalculer » les morts, sans
me représenter la réalité que recouvraient les chiffres. C’était un jeu sinistre, énigmatique, dont l’attrait
pervers ne s’épuisait jamais et qui annihilait tout le reste, réduisait à rien la vie réelle, c’était une drogue
comme la roulette ou l’opium. Mes camarades et moi avons joué à ce jeu tout a long de la guerre, quatre
années durant, impunément, en toute tranquillité – et c’est ce jeu là […] qui nous a tous marqués de son
empreinte redoutable […]. Bien des éléments ont contribué bien plus tard à la victoire du nazisme et en ont
modifié l’essence. Mais c’est là que se trouvent ses racines. Non, comme on pourrait le croire, dans
l’expérience des tranchées mais dans la guerre telle que l’ont vécue les écoliers allemands. La génération des
tranchées dans son ensemble a fourni peu de véritables nazis […]. Cela est facile à comprendre car
quiconque a éprouvé la réalité de la guerre porte le plus souvent sur elle un jugement différent […]. La
génération nazie proprement dite est née entre 1900 et 1910. Ce sont les enfants qui ont vécu la guerre
comme un grand jeu, sans être le moins du monde perturbés par sa réalité.
Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand, Actes Sud, Babel, 2002 p. 32-33
« L’esprit de camaraderie » vu par un jeune magistrat allemand.
Jeune magistrat dans l’Allemagne des années trente, Sebastian Haffner doit effectuer un stage
obligatoire de plusieurs semaines dans un camp d’entraînement avec des dizaines de jeunes universitaires et
intellectuels, futurs juges, encadrés par les nazis. Il y découvre « l’esprit de camaraderie ».
Pendant la journée, on n’avait jamais le temps de penser, jamais l’occasion d’être un « moi ». Pendant la
journée, la camaraderie était un bonheur. Aucun doute : une espèce de bonheur s’épanouit dans ces camps,
qui est le bonheur de la camaraderie. Bonheur matinal de courir ensemble en plein air […], de partager
ensemble les paquets que tantôt l’un, tantôt l’autre recevait de sa famille, de partager ensemble la
responsabilité d’une bévue commise par l’un ou l’autre, de se prêter mutuellement aide et assistance pur
mille détails, de se faire une confiance mutuelle absolue dans toutes les occasions de la vie quotidienne, de
se battre et de se colleter ensemble comme des gamins, de ne plus se distinguer les uns des autres […]. Qui
niera que tout cela est un bonheur? Qui niera qu’il existe dans la nature humaine une aspiration à ce bonheur
que la vie civile, normale et pacifique ne peut combler? […] C’est précisément ce bonheur, précisément cette
camaraderie qui peut devenir un des plus terribles instruments de la déshumanisation – et qu’ils le sont
devenus entre les mains des nazis. […] Ils sont submergé les Allemands de cet alcool de la camaraderie […].
Ils les y ont noyé jusqu’au delirium tremens. Partout, ils ont transformé les Allemands en camarades, les
accoutumant à cette drogue depuis l’âge le plus malléable : dans les Jeunesses hitlériennes, la SA, la
Reichswehr, dans des milliers de camps et d’associations. […] La camaraderie est parie intégrante de la
guerre. […] Elle rend supportable l’insupportable.
Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand, Actes Sud, Babel, 2002 p. 416 à 418
Iannis Roder Page 2
Le programme T4
Affiche des années 30
La Gestapo, médecin du corps allemand, vue par un de ses cadres.
Le principe politique national-socialiste de totalité, qui correspond à notre vision organique et
indivisible de l’unité du peuple allemand, ne souffre la formation d’aucune volonté politique en-dehors de
notre propre volonté politique. Toute tentative d’imposer – voire de préserver – une autre conception des
choses sera éradiquée comme un symptôme pathologique qui menace l’unité et la santé de l’organisme
national […]. C’est à partir de ces principes que le national-socialisme a, pour la première fois en Allemagne,
développé une police politique que nous concevons comme moderne, c’est-à-dire comme répondant aux
besoins de notre temps. Nous la concevons comme une institution qui surveille avec soin l’état de santé
politique du corps allemand, qui repère à temps tout symptôme de maladie et qui situe et élimine les germes
de destruction, qu’ils soient issus d’une dégénérescence interne ou d’une contamination volontaire par
l’étranger. Voilà l’idée et l’éthique de la police politique dans l’Etat raciste de notre temps, conduit par le
Führer.
Werner Best, lieutenant-colonel SS, « Die Geheime Staatspolizei », in Deutsches Recht, avril 1936,
pp. 125-128.
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Lois « pour la défense du sang et de l’honneur allemands » , Nuremberg 1935 (extrait)
« Pénétré de la conscience que la pureté du sang allemand est la prémisse de la perpétuation du peuple
allemand, et inspiré de la volonté indomptable d’assurer l’avenir de la nation allemande, le Reichstag a adopté à
l’unanimité la loi suivante, qui est proclamée par les présentes :
1- Les mariages entre Juifs et sujets de sang allemand ou assimilés sont interdits.
2- Le rapport extra-marital entre Juifs et sujets de sang allemand ou assimilés est interdit.
3- Les Juifs ne peuvent pas utiliser au service de leur ménage des femmes de sang allemand ou
assimilées, âgées de moins de quarante-cinq ans.
4- Il est interdit aux Juifs de pavoiser aux couleurs allemandes nationales. Par contre, ils peuvent
pavoiser aux couleurs juives : l’exercice de ce droit est protégé par l’Etat.
5- Les infractions au paragraphe 1 seront sanctionnées par des peines de réclusion. Les infractions au
paragraphe 2 seront sanctionnées par une peine d’emprisonnement ou une peine de réclusion. »
La vie quotidienne des Juifs sous le nazisme. Les mesures antisémites vécues par V. Klemperer
« Le garrot se resserre de plus en plus, ils inventent constamment de nouvelles mesures pour nous briser
lentement. Qu’est-ce qu’il a pu y en avoir ces dernières années, des grandes et des petites ! Et le petit coup
d’épingle fait parfois beaucoup plus mal que le grand coup de massue. J’énumère ces ordonnances :
1- Obligation de rester chez soi après huit ou neuf heures du soir. […]
2- Chassés de notre propre maison [obligation de s’installer dans un immeuble où sont regroupés les
juifs de la ville].
3- Interdiction d’écouter la radio, interdiction d’utiliser le téléphone 4- Interdiction d’aller au
théâtre, au cinéma, au concert, au musée. 5- Interdiction de s’abonner aux journaux ou d’en
acheter. 6- Interdiction d’utiliser tout moyen de transport.
7- Interdiction d’acheter des « denrées rares ». […] 8- Interdiction d’acheter des fleurs. […] 9Interdiction d’aller chez le coiffeur. […]
10- Interdiction de posséder une machine à écrire, 11- des fourrures et couvertures en laine, 12- un
vélo, 13- des chaises longues, 14- des chiens, des chats, des oiseaux.
15- Interdiction de quitter la banlieue de Dresde, de pénétrer dans la gare, de passer sur la rive des
ministères et dans les jardins publics. […]
16- 19 septembre 1941 : étoile juive obligatoire sur les vêtements.
17- Interdiction de posséder des réserves alimentaires.
18- Interdiction de fréquenter les bibliothèques et les restaurants.
19- Pas de cartes d’habillement, 20- pas de cartes de poisson, 21- pas de ration spéciale telle que café,
chocolat, fruits, lait concentré.
22- Obligation de payer des impôts spéciaux.
23- Diminution de la retraite des 2/3.
24- Restriction des achats à une heure (de 15h à 16h, le samedi de 12h à13 h).
Voilà, je crois que c’est tout. Mais, pris tous ensembles, ces […] points ne sont rien face au danger
permanent de perquisition, de sévices, de prison, de camp de concentration et de mort violente.
D’après V.Klemperer, Journal 1942-1945, Tome 2, Je veux témoigner jusqu’au bout, Editions du Seuil, 2000
Discours d’A. Hitler au Reichstag, 30 janvier 1939
Discours d’A. Hitler au Reichstag, 30 janvier 1939
« J’aimerais profiter de ce jour, qui n’est pas seulement remarquable pour nous, Allemands : dans ma vie, j’ai
souvent été prophète […]. Je vais à nouveau être prophète, aujourd’hui : si la juiverie financière
internationale, hors d’Europe et en Europe, réussissait à précipiter encore une fois les peuples dans une
guerre mondiale, alors la conséquence n’en serait pas la bolchévisation de la terre et la victoire de la
juiverie, mais l’anéantissement de la race juive en Europe ».
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Carte : Itinéraires des Einsatzgruppen en URSS
Témoignage d’un soldat de la Wehrmacht sur les massacres de masse à l’Est.
« Mönnikes et moi allâmes directement vers les fosses. Personne ne nous en empêcha. J'entendis alors des coups de fusil qui
se succédaient rapidement derrière l'une des levées de terre. Les gens descendus des camions, hommes, femmes et enfants de
tous âges, devaient, sur l'ordre d'un SS tenant à la main une cravache de cavalier ou de maître-chien, se déshabiller en posant à
des endroits distincts leurs vêtements, leurs sous-vêtements et leurs chaussures. Je vis un tas de chaussures d'approximativement
800 à 1000 paires, de grands tas de linge et d'habits. Ces gens se déshabillaient sans cris ni larmes, restaient groupés par familles,
s'embrassaient et se faisaient leurs adieux, et attendaient le signe d'un autre SS, debout au bord de la fosse et tenant aussi un
fouet à la main. [...] J'observai une famille de quelque 8 personnes, un homme et une femme, tous deux la cinquantaine, avec leurs
enfants, d'environ un an, huit ans et dix ans, et deux filles adultes de vingt-vingt-quatre ans. Une femme âgée, aux cheveux tout
blancs, tenait dans ses bras l'enfant d'un an et lui faisait des chatouilles. L'enfant couinait de plaisir. Le couple regardait, les
larmes aux yeux. Le père tenait par la main un garçon de dix ans et lui parlait à voix basse. Le garçon s'efforçait de réprimer ses
pleurs. Son père lui montrait du doigt le ciel, lui caressait la tête et semblait lui expliquer quelque chose. Déjà le SS dans la
fosse criait quelque chose à son camarade. Celui-ci sépara des autres une vingtaine de personnes et les fit aller de l'autre
côté de la levée de terre. La famille dont j'ai parlé en était. Je me souviens très bien qu'une des filles, mince, les cheveux
noirs, en passant tout près de moi, fit un geste pour se désigner elle-même en disant : "vingt-trois ans !"
Je contournai la levée de terre et me trouvai devant la gigantesque tombe. Les gens étendus étaient si serrés les uns sur les autres
qu'on ne voyait que leurs têtes. De presque toutes ces têtes, le sang coulait sur les épaules. Une partie des fusillés bougeaient
encore. Quelques-uns levaient les bras et tournaient la tête pour montrer qu'ils vivaient encore. La fosse était déjà pleine aux
trois quarts. J'estime qu'étaient déjà couchées là environ 1000 personnes. Je cherchai des yeux le tireur. C'était un SS, qui était
assis sur le bord du petit côté de la fosse, les jambes pendant dans la fosse, il avait un pistolet-mitrailleur posé sur ses genoux et
fumait une cigarette. Les gens, complètement nus, descendaient par des marches taillées dans la paroi argileuse de la fosse et
glissaient par-dessus les têtes des corps étendus jusqu'à l'endroit que leur indiquait le SS. Ils se couchaient devant les morts ou les
blessés, quelques-uns faisaient une caresse à ceux qui vivaient encore, et leur parlaient doucement. Puis j'entendis une série
de coups de feu. Je regardai dans la fosse et vis les corps tressauter, ou les têtes reposer déjà immobiles sur les corps couchés
auparavant. Des nuques coulait du sang. »
Témoignage d’Hermann Gräbe, 10 novembre 1945, in Douglas K. Hueneke, In Deutschland unerwünsnscht. Hermann GRäbe.
Biograpie eines Judenretters . Lüneburg, 2002, annexe 1
Iannis Roder Page 5
Auschwitz, camp de concentration, centre de mise à mort.
L’histoire de Samuel Adoner
Doc 1.
Mon père est arrivé en France en 1921, ma mère l’année suivante. Je suis le premier Adoner né en France. A la maison, les
parents parlaient yiddish, nous répondions en rançais. (…) Durant l’occupation, il a fallu aller se faire recenser, mon père, comme
bon citoyen français obéissant… Il a ramené la radio, puis on a eu l’étoile et le tampon sur la carte d’identité… Nous marchions
avec l’étoile dans la rue, boulevard Saint-Michel. On la cachait aussi pour nous balader, prendre le métro[1]. Le 16 juillet 1942,
on a raflé nos voisins (…). C’était des flics français (…). Il y a eu 12 ou 15 familles sur 50 [de l’immeuble]. Le 23 septembre 1942,
le soir à 21 h (…), nous étions chez un copain de l’immeuble - après 20 h on n’avait pas le droit de sortir - mon frère Henri est
monté : « il y a la Gestapo en bas ! » (…). Nous sommes partis avec des copains pour nous sauver par les toits mais mon ami Isaac
est revenu : « je peux pas laisser ma mère toute seule avec mes frères et sœurs… » On est tous redescendus (…). Par petits
groupes, nous avons tous été emportés au poste de police du 4ème (…). Le lendemain matin, l’autobus nous emmenait à Drancy
(…). On est restés très peu, sur des paillasses dégueulasses. Nous avons été déportés le 28 septembre 1942, toute notre
maison…
Témoignage de Samuel Adoner, Survivors of the Shoah, 1995
[1] Selon les instructions allemande du 10 juin 1942, les juifs n’étaient
rame.
autorisés à monter que dans le dernier wagon de la
Doc 2.
La famille Adoner dans les années 1930. Samuel est au premier rang debout.
Copyright CDJC/ Mémorial de la Shoah.
Iannis Roder Page 6
Doc 3.
Extrait de la liste du convoi n° 38 du 28 septembre 1942 allant de Drancy à Auschwitz.
Drancy le, 27 septembre 1942
Départ du 28 septembre 1942
Escalier 4
1er étage
1- ADONER Henry
2- ADONER Lisette
3- ADONER Marja
née JACOBOVITCH
4- ADONER Mordko
5- ADONER Rebecca
6- ADONER Salomon
7- ADONER Samuel
8- ADONER Zivi
9- AROUS Diament
10- AROUS Esther
née DEJIAH
11- AROUS Prosper
12- AROUS Ninette
13- FAINCHTEIN Adolphe
14- FEIGINOFF Anna
née KAVENATTE
15- FEIGINOFF Isaac Meyer
16- GALOWSKY Georges
Drancy IV
12-01-29 Paris
10-11-31 Paris
1893 Varsovie
nationalité
Française
Française
Française
Adresse
10 rue des Deux Ponts
10 rue des Deux Ponts
10 rue des Deux Ponts
15-08-87 Varsovie
22-12-21 Varsovie
4-05-20 Varsovie
5-05-25 Paris
7-07-37 Paris
29-9-24 Paris
12-01-89 Alger
Française- Maroquinier 10 rue des Deux Ponts
Française- Cartonnière 10 rue des Deux Ponts
Française- Garçon courses10 rue des Deux Ponts
Française
10 rue des Deux Ponts
Française
10 rue des Deux Ponts
Française- Employé
10 rue des Deux Ponts
Française- Tailleuse
10 rue des Deux Ponts
25-01-22 Alger
29-06-28 Paris
21-09-13 Paris
15-05-87 Bressloff
Française- Garçon courses10 rue des Deux Ponts
Française
10 rue des Deux Ponts
Française- Fourreur
10 rue des Deux Ponts
Française
10 rue des Deux Ponts
12-02-10 Drissa
31-07-22 Paris
Français nat ? – Livreur
Française – Manœuvre
10 rue des Deux Ponts
10 rue des Deux Ponts
© CDJC/Mémorial de la Shoah
Iannis Roder Page 7
Doc 4.
Télex du convoi n°38. Copyright CDJC/Mémorial de la Shoah.
Iannis Roder Page 8
Doc 5.
Traduction du télex du convoi n°38
Paris, le 28-9-1942
Urgent, à présenter immédiatement !
AU RSHA, Bureau IV B-4,
Au SS Eichmann.
À Berlin
A l’inspecteur du camp de concentration
A Orianenburg
Au camp de concentration
A Auschwitz
Le 28-9-1942 à 8 heures 55 le transport n° 901/33 a quitté la gare de Le Bourget-Drancy en
direction d’Auschwitz avec 900 juifs.
L’ensemble des personnes correspond aux critères requis.
Le chef du convoi est le sergent Hahn à qui ont été remis deux exemplaires de la liste du
convoi. (...)
Signé : Le général SS Röthke.
© CDJC
Doc 6. Précisions sur le convoi n°38
Le convoi n° 38 a quitté la gare Le Bourget/Drancy pour Auschwitz, le 28 septembre 1942 à 8 h
55, avec 904 Juifs, en direction d’Auschwitz. Tel est le contenu du télex rédigé par le SS
Heinrichsohn et signé par son chef Röthke, adressé à Eichmann et au camp d’Auschwitz.
Sur 904 noms de partants, on compte 468 hommes et 436 femmes. Parmi les 468 hommes, environ
200 étaient âgés de 17 à 45 ans. Le convoi comptait un peu moins de 100 enfants de moins de 17
ans. Les deux tiers des 904 déportés étaient d’origine étrangère.
Le convoi est arrivé à Auschwitz dans la nuit du 29 au 30 septembre. 123 hommes ont été
sélectionnés pour le travail et ont reçu les matricules 66515 à 66637. 48 femmes reçurent les
matricules 21373 à 21394. D’autres hommes, de 17 à 45 ans, valides parmi les 200 qui se
trouvaient dans le convoi ont été immédiatement gazés. On comptait, en 1945, 20 survivants de ce
convoi.
D’après Serge Klarsfeld, Le mémorial de la déportation des Juifs de France, FFDJF, Paris 2002,
1èrer éd. 1978
Doc 7.
Iannis Roder Page 9
La mort à l’arrivée décrite par un survivant du Sonderkommando
Avant chaque « gazage », (…) le crématoire était cerné d’un cordon de SS (…) avec des chiens et des
mitrailleuses (…). Quand ils [les gens] débouchaient dans le vestiaire, (…) aux murs étaient fixées des
patères et chacun portait un numéro. Au dessous, des bancs de bois, afin que les gens puissent se dévêtir
(…). La mort par le gaz durait de dix à quinze minutes. (…) Le gaz, quand il commençait à agir, se
propageait de bas en haut. Et dans l’effroyable combat qui s’engageait alors (…), la lumière était coupée
dans les chambres à gaz, (…) une bataille se livrait. Et c’est pourquoi les enfants et les plus faibles, les
vieux, se trouvaient en dessous. Et les plus forts au dessus (…). C’était un non-sens de dire la vérité à
quiconque franchissait le seuil du crématoire. Là, on ne pouvait sauver personne. Là, il était trop tard.
Témoignage de Filip Müller, in Claude Lanzmann, Shoah, Folio, 2001 p 177-182
Doc 8.
Itinéraire d’un survivant
Au bout de trois jours de voyage, atroces, dans les wagons (…), des cris, des pleurs, nous étions 70-80 ; on a ouvert,
des cris, des chiens : « Los ! Los ! Raus ![1] ». On ne savait pas ce qu’il nous arrivait (…) L’endroit s’appelait Kosel[2].
Mon frère et moi avons sauté du wagon. Mon père est resté avec ma mère, mes frères et sœurs(…). Quand j’ai tourné
la tête, mon père, je crois qu’il m’a béni… Nous sommes descendus à 160 pour un camp de travail. Nous travaillions pour
faire l’autoroute Berlin-Moscou, des travaux durs : soit les rails, soit le béton, soit le ciment, soit le sable… De là,
nous sommes partis à Blechammer (…). L’hiver 42-43 a été le plus dur, il faisait -25° à -30°, nous étions habillés en
petite veste. Je travaillais au béton, je prenais des sacs de ciment et je me mettais le papier sur le corps, on avait
des sabots de bois (…). Le plus dur, le matin, c’était l’appel avant de sortir travailler. On restait deux heures debout
(…). Des gens tombaient de froid, il fallait tenir. En rentrant du travail, le chef de bloc nous faisait courir (…) et nous
tapait dessus. On a eu énormément de décès, par le froid, la faim, les coups… ébut 44, j’ai eu le doigt coupé en
poussant un wagonnet, j’ai glissé, et crevé un sac de ciment. Un Kapo allemand m’a mis un coup, je suis tombé KO…(…).
Je suis resté à l’infirmerie du camp(…). On nous a mis dans un petit camp, c’était un camp de transit pour Birkenau. Un
juif turc qui travaillait là m’a sorti de la baraque. Le lendemain matin, les 400 camarades ont été directement à la
chambre à gaz (…) Dans un nouveau camp, je suis resté malade du typhus 8 à 9 semaines(…). Sur 1200, on est resté
100 à 120 survivants. Là, il n’y avait pas de crématoire ni de chambre à gaz : des trous, on jetait les morts et de la
chaux par-dessus(…). Puis nous sommes arrivés à Birkenau (…) : cette odeur et ce bruit de vent constamment dans la
tête, le crématoire brûlait, ça brûlait, ça brûlait (…). On m’a mis au Scheisskommando, c’était bien car on n’y faisait
pas l’appel et on trouvait pleins de choses à échanger, « à organiser », dans les excréments…
Témoignage de Samuel Adoner, in Survivors of the Shoah, 1995.
[1] « Vite ! Vite ! Dehors ! »
[2] Kosel est un « Kommando » d’Auschwitz.
En 1945, Samuel Adoner, dit Milo, était le seul survivant de sa famille. En février 2011, il
vivait à Paris. Il a deux filles et quatre petits-enfants.
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Un exemple de centre de mise à mort : Treblinka
Doc 1. Photographie prise sur l’Umschlagplatz dans le ghetto de Varsovie, été 1942. Copyright Mémorial de la Shoah.
Doc 2. Description du centre de mise à mort par un survivant
Treblinka a été conçu de manière professionnelle. Au premier coup d’œil l’on pourrait croire qu’il s’agit d’une gare
ordinaire. Le quai est suffisamment long pour accueillir un train normal, pouvant compter jusqu’à quarante wagons A
quelques mètres du quai, deux baraques se font face. Dans celle de droite, on emmagasine la nourriture que les gens
ont apportée dans leurs bagages. Dans celle de gauche, les femmes se déshabillent. (…). A droite du quai, le vaste
espace réservé à l’empilement des vêtements : chaussures, habits, draps, couvertures, etc. Des détenus trient les
vêtements et les stockent dans un lieu à part en attendant qu’ils soient expédiés en Allemagne.
L’accès aux chambres à gaz commence face au quai où se trouvent les dortoirs. On l’appelle le « Schlauch ». planté
d’arbustes, il ressemble à l’allée d’un jardin public. Les gens qui l’empruntent doivent courir, nus. Personne n’en revient.
Ils sont violemment matraqués et piqués à coups de baïonnette, si bien qu’une fois qu’ils sont passés, cette allée de
sable blanc est couverte de sang. (…) Au bout du Schlauch, on entre dans un bâtiment blanc marqué d’une grosse étoile
de David. (…). La chambre à gaz mesure sept mètres sur sept. Au milieu de la pièce il y a des pommeaux de douche, par
lesquels le gaz arrive. (…) le bâtiment compte dix chambres à gaz comme celle-ci.(…). A la porte, des SS poussent les
gens vers l’intérieur. (…)
Chil Rajchman, Je suis le dernier juif, Treblinka (1942-1943), éditions des Arènes, 2009, Paris
1. Allée, camouflée par la végétation et à angle droit, débouchant sur les chambres à gaz.
Doc 3. Travail d’un commando de coiffeurs avant un assassinat massif par gazage homicide
Je regarde ces pauvres femmes et je n’en croie pas mes yeux. Chacune d’elles s’assied devant un coiffeur. (…) Une
vieille dame s’assied devant moi ; je coupe ses cheveux et elle me demande une dernière chose avant de mourir :
couper lentement car après elle, devant mon camarade, se trouve sa fille et elle voudrait être avec elle pour aller à la
mort. Je m’efforce de ralentir et je dis à mon voisin d’accélérer la coupe de la demoiselle, pour qu’elles puissent
entrer ensemble dans la chambre à gaz. Je voudrais exaucer la dernière volonté de cette femme mais un assassin se
met à hurler et le fouet cingle au-dessus de ma tête. Je dois me dépêcher et je ne peux pas la retenir plus longtemps.
Elle part sans sa fille…. C’est ainsi qu’ont défilé des centaines de femmes dans un vacarme de cris et de sanglots. (…)
Tout à coup, le flot des victimes s’interrompt : les chambres à gaz sont pleines. L’assassin qui se tient à la
porte des chambres à gaz annonce une pause d’une demi-heure et s’en va. (…) Une demi-heure passe ; un assassin vient
annoncer que le travail reprend. Nous regagnons nos places afin d’accueillir de nouvelles victimes. Cris et pleurs se
font à nouveau entendre et des femmes nues apparaissent ; le travail se poursuit. Au bout d’une heure, le convoi est
expédié. Quelques milliers de personnes ont été gazées.
Chil Rajchman, Je suis le dernier juif, Treblinka (1942-1943), éditions des Arènes, 2009, Paris
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Doc 4. Le centre de mise à mort de Treblinka.
Copyright Yves le Maner/La Coupole.
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