Feuille n° 1
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Feuille n° 1
Textes sur l’idéologie nazie 1) L’inégalité des races « Tout ce que nous avons aujourd’hui devant nous de civilisation humaine, de produits de l’art, de la science, de la technique est presque exclusivement le fruit de l’activité créatrice des Aryens. (…). La conception raciale ne croit nullement à l’égalité des races, mais reconnaît au contraire leur diversité et leur valeur plus ou moins élevée. (…) Les Aryens ont été les seuls fondateurs d’une humanité supérieure, celle qui a créé la civilisation ». Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925 2) L’antisémitisme « Le jeune Juif aux cheveux noirs épie pendant des heures, le visage illuminé d’une joie satanique, la jeune fille qu’il souille de son sang (…). Ainsi cherche-t-il à abaisser systématiquement le niveau des races en empoisonnant constamment les individus (…). La perte de la pureté du sang abaisse l’homme pour toujours. Les peuples qui se métissent ou se laissent métisser pèchent contre la volonté de l’éternelle Providence et leur chute n’est pas imméritée. » Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925 3) Le Juif, ennemi absolu « L’ennemi mortel, impitoyable, du peuple allemand est et reste la France. Car la contamination provoquée par l’afflux de sang nègre sur le Rhin répond aussi bien à la soif de vengeance de cet ennemi héréditaire de notre peuple qu’au froid calcul du Juif. Le Juif y voit le moyen de commencer le métissage du continent européen en infectant la race blanche avec le sang d’une basse humanité ». Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925 4) L’espace vital « La politique extérieure de l’Etat raciste doit assurer les moyens d’existence sur cette planète de la race (…). Seul un espace suffisant sur cette terre assure à un peuple la liberté d’existence. Le mouvement national-socialiste doit alors trouver le courage de rassembler notre peuple pour le lancer sur la voie qui le sortira de son étroit habitat actuel et le mènera vers de nouveaux territoires (…). L’avenir de notre politique extérieure se trouve dans une politique de l’Est, dans le sens de l’acquisition de la terre nécessaire à notre peuple allemand. » Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925 Affiche du Front du travail 1936 : « aujourd’hui comme hier, nous restons camarades » Iannis Roder Page 1 La Première Guerre mondiale vue par un enfant allemand Enfant, j’étais vraiment un fan de guerre. Je noircirais le tableau en prétendant que je fus une authentique victime de la propagande de haine qui, dans les années 1915 à 1918, était censée ranimer l’enthousiasme défaillant […]. Ce qui comptait, c’était la fascination exercée par ce jeu belliqueux […]. Je ne me lassais pas d’établir mentalement le score. Je lisais avec passion les communiqués du front et refaisais les calculs suivant des règles elles aussi mystérieuses, irrationnelles, qui stipulaient par exemple que dix prisonniers russes équivalaient à un prisonnier français, ou cinquante avions un cuirassé. S’il avait existé des statistiques concernant les tués, je n’aurais certainement eu aucun scrupule à « recalculer » les morts, sans me représenter la réalité que recouvraient les chiffres. C’était un jeu sinistre, énigmatique, dont l’attrait pervers ne s’épuisait jamais et qui annihilait tout le reste, réduisait à rien la vie réelle, c’était une drogue comme la roulette ou l’opium. Mes camarades et moi avons joué à ce jeu tout a long de la guerre, quatre années durant, impunément, en toute tranquillité – et c’est ce jeu là […] qui nous a tous marqués de son empreinte redoutable […]. Bien des éléments ont contribué bien plus tard à la victoire du nazisme et en ont modifié l’essence. Mais c’est là que se trouvent ses racines. Non, comme on pourrait le croire, dans l’expérience des tranchées mais dans la guerre telle que l’ont vécue les écoliers allemands. La génération des tranchées dans son ensemble a fourni peu de véritables nazis […]. Cela est facile à comprendre car quiconque a éprouvé la réalité de la guerre porte le plus souvent sur elle un jugement différent […]. La génération nazie proprement dite est née entre 1900 et 1910. Ce sont les enfants qui ont vécu la guerre comme un grand jeu, sans être le moins du monde perturbés par sa réalité. Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand, Actes Sud, Babel, 2002 p. 32-33 « L’esprit de camaraderie » vu par un jeune magistrat allemand. Jeune magistrat dans l’Allemagne des années trente, Sebastian Haffner doit effectuer un stage obligatoire de plusieurs semaines dans un camp d’entraînement avec des dizaines de jeunes universitaires et intellectuels, futurs juges, encadrés par les nazis. Il y découvre « l’esprit de camaraderie ». Pendant la journée, on n’avait jamais le temps de penser, jamais l’occasion d’être un « moi ». Pendant la journée, la camaraderie était un bonheur. Aucun doute : une espèce de bonheur s’épanouit dans ces camps, qui est le bonheur de la camaraderie. Bonheur matinal de courir ensemble en plein air […], de partager ensemble les paquets que tantôt l’un, tantôt l’autre recevait de sa famille, de partager ensemble la responsabilité d’une bévue commise par l’un ou l’autre, de se prêter mutuellement aide et assistance pur mille détails, de se faire une confiance mutuelle absolue dans toutes les occasions de la vie quotidienne, de se battre et de se colleter ensemble comme des gamins, de ne plus se distinguer les uns des autres […]. Qui niera que tout cela est un bonheur? Qui niera qu’il existe dans la nature humaine une aspiration à ce bonheur que la vie civile, normale et pacifique ne peut combler? […] C’est précisément ce bonheur, précisément cette camaraderie qui peut devenir un des plus terribles instruments de la déshumanisation – et qu’ils le sont devenus entre les mains des nazis. […] Ils sont submergé les Allemands de cet alcool de la camaraderie […]. Ils les y ont noyé jusqu’au delirium tremens. Partout, ils ont transformé les Allemands en camarades, les accoutumant à cette drogue depuis l’âge le plus malléable : dans les Jeunesses hitlériennes, la SA, la Reichswehr, dans des milliers de camps et d’associations. […] La camaraderie est parie intégrante de la guerre. […] Elle rend supportable l’insupportable. Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand, Actes Sud, Babel, 2002 p. 416 à 418 Iannis Roder Page 2 Le programme T4 Affiche des années 30 La Gestapo, médecin du corps allemand, vue par un de ses cadres. Le principe politique national-socialiste de totalité, qui correspond à notre vision organique et indivisible de l’unité du peuple allemand, ne souffre la formation d’aucune volonté politique en-dehors de notre propre volonté politique. Toute tentative d’imposer – voire de préserver – une autre conception des choses sera éradiquée comme un symptôme pathologique qui menace l’unité et la santé de l’organisme national […]. C’est à partir de ces principes que le national-socialisme a, pour la première fois en Allemagne, développé une police politique que nous concevons comme moderne, c’est-à-dire comme répondant aux besoins de notre temps. Nous la concevons comme une institution qui surveille avec soin l’état de santé politique du corps allemand, qui repère à temps tout symptôme de maladie et qui situe et élimine les germes de destruction, qu’ils soient issus d’une dégénérescence interne ou d’une contamination volontaire par l’étranger. Voilà l’idée et l’éthique de la police politique dans l’Etat raciste de notre temps, conduit par le Führer. Werner Best, lieutenant-colonel SS, « Die Geheime Staatspolizei », in Deutsches Recht, avril 1936, pp. 125-128. Iannis Roder Page 3 Lois « pour la défense du sang et de l’honneur allemands » , Nuremberg 1935 (extrait) « Pénétré de la conscience que la pureté du sang allemand est la prémisse de la perpétuation du peuple allemand, et inspiré de la volonté indomptable d’assurer l’avenir de la nation allemande, le Reichstag a adopté à l’unanimité la loi suivante, qui est proclamée par les présentes : 1- Les mariages entre Juifs et sujets de sang allemand ou assimilés sont interdits. 2- Le rapport extra-marital entre Juifs et sujets de sang allemand ou assimilés est interdit. 3- Les Juifs ne peuvent pas utiliser au service de leur ménage des femmes de sang allemand ou assimilées, âgées de moins de quarante-cinq ans. 4- Il est interdit aux Juifs de pavoiser aux couleurs allemandes nationales. Par contre, ils peuvent pavoiser aux couleurs juives : l’exercice de ce droit est protégé par l’Etat. 5- Les infractions au paragraphe 1 seront sanctionnées par des peines de réclusion. Les infractions au paragraphe 2 seront sanctionnées par une peine d’emprisonnement ou une peine de réclusion. » La vie quotidienne des Juifs sous le nazisme. Les mesures antisémites vécues par V. Klemperer « Le garrot se resserre de plus en plus, ils inventent constamment de nouvelles mesures pour nous briser lentement. Qu’est-ce qu’il a pu y en avoir ces dernières années, des grandes et des petites ! Et le petit coup d’épingle fait parfois beaucoup plus mal que le grand coup de massue. J’énumère ces ordonnances : 1- Obligation de rester chez soi après huit ou neuf heures du soir. […] 2- Chassés de notre propre maison [obligation de s’installer dans un immeuble où sont regroupés les juifs de la ville]. 3- Interdiction d’écouter la radio, interdiction d’utiliser le téléphone 4- Interdiction d’aller au théâtre, au cinéma, au concert, au musée. 5- Interdiction de s’abonner aux journaux ou d’en acheter. 6- Interdiction d’utiliser tout moyen de transport. 7- Interdiction d’acheter des « denrées rares ». […] 8- Interdiction d’acheter des fleurs. […] 9Interdiction d’aller chez le coiffeur. […] 10- Interdiction de posséder une machine à écrire, 11- des fourrures et couvertures en laine, 12- un vélo, 13- des chaises longues, 14- des chiens, des chats, des oiseaux. 15- Interdiction de quitter la banlieue de Dresde, de pénétrer dans la gare, de passer sur la rive des ministères et dans les jardins publics. […] 16- 19 septembre 1941 : étoile juive obligatoire sur les vêtements. 17- Interdiction de posséder des réserves alimentaires. 18- Interdiction de fréquenter les bibliothèques et les restaurants. 19- Pas de cartes d’habillement, 20- pas de cartes de poisson, 21- pas de ration spéciale telle que café, chocolat, fruits, lait concentré. 22- Obligation de payer des impôts spéciaux. 23- Diminution de la retraite des 2/3. 24- Restriction des achats à une heure (de 15h à 16h, le samedi de 12h à13 h). Voilà, je crois que c’est tout. Mais, pris tous ensembles, ces […] points ne sont rien face au danger permanent de perquisition, de sévices, de prison, de camp de concentration et de mort violente. D’après V.Klemperer, Journal 1942-1945, Tome 2, Je veux témoigner jusqu’au bout, Editions du Seuil, 2000 Discours d’A. Hitler au Reichstag, 30 janvier 1939 Discours d’A. Hitler au Reichstag, 30 janvier 1939 « J’aimerais profiter de ce jour, qui n’est pas seulement remarquable pour nous, Allemands : dans ma vie, j’ai souvent été prophète […]. Je vais à nouveau être prophète, aujourd’hui : si la juiverie financière internationale, hors d’Europe et en Europe, réussissait à précipiter encore une fois les peuples dans une guerre mondiale, alors la conséquence n’en serait pas la bolchévisation de la terre et la victoire de la juiverie, mais l’anéantissement de la race juive en Europe ». Iannis Roder Page 4 Carte : Itinéraires des Einsatzgruppen en URSS Témoignage d’un soldat de la Wehrmacht sur les massacres de masse à l’Est. « Mönnikes et moi allâmes directement vers les fosses. Personne ne nous en empêcha. J'entendis alors des coups de fusil qui se succédaient rapidement derrière l'une des levées de terre. Les gens descendus des camions, hommes, femmes et enfants de tous âges, devaient, sur l'ordre d'un SS tenant à la main une cravache de cavalier ou de maître-chien, se déshabiller en posant à des endroits distincts leurs vêtements, leurs sous-vêtements et leurs chaussures. Je vis un tas de chaussures d'approximativement 800 à 1000 paires, de grands tas de linge et d'habits. Ces gens se déshabillaient sans cris ni larmes, restaient groupés par familles, s'embrassaient et se faisaient leurs adieux, et attendaient le signe d'un autre SS, debout au bord de la fosse et tenant aussi un fouet à la main. [...] J'observai une famille de quelque 8 personnes, un homme et une femme, tous deux la cinquantaine, avec leurs enfants, d'environ un an, huit ans et dix ans, et deux filles adultes de vingt-vingt-quatre ans. Une femme âgée, aux cheveux tout blancs, tenait dans ses bras l'enfant d'un an et lui faisait des chatouilles. L'enfant couinait de plaisir. Le couple regardait, les larmes aux yeux. Le père tenait par la main un garçon de dix ans et lui parlait à voix basse. Le garçon s'efforçait de réprimer ses pleurs. Son père lui montrait du doigt le ciel, lui caressait la tête et semblait lui expliquer quelque chose. Déjà le SS dans la fosse criait quelque chose à son camarade. Celui-ci sépara des autres une vingtaine de personnes et les fit aller de l'autre côté de la levée de terre. La famille dont j'ai parlé en était. Je me souviens très bien qu'une des filles, mince, les cheveux noirs, en passant tout près de moi, fit un geste pour se désigner elle-même en disant : "vingt-trois ans !" Je contournai la levée de terre et me trouvai devant la gigantesque tombe. Les gens étendus étaient si serrés les uns sur les autres qu'on ne voyait que leurs têtes. De presque toutes ces têtes, le sang coulait sur les épaules. Une partie des fusillés bougeaient encore. Quelques-uns levaient les bras et tournaient la tête pour montrer qu'ils vivaient encore. La fosse était déjà pleine aux trois quarts. J'estime qu'étaient déjà couchées là environ 1000 personnes. Je cherchai des yeux le tireur. C'était un SS, qui était assis sur le bord du petit côté de la fosse, les jambes pendant dans la fosse, il avait un pistolet-mitrailleur posé sur ses genoux et fumait une cigarette. Les gens, complètement nus, descendaient par des marches taillées dans la paroi argileuse de la fosse et glissaient par-dessus les têtes des corps étendus jusqu'à l'endroit que leur indiquait le SS. Ils se couchaient devant les morts ou les blessés, quelques-uns faisaient une caresse à ceux qui vivaient encore, et leur parlaient doucement. Puis j'entendis une série de coups de feu. Je regardai dans la fosse et vis les corps tressauter, ou les têtes reposer déjà immobiles sur les corps couchés auparavant. Des nuques coulait du sang. » Témoignage d’Hermann Gräbe, 10 novembre 1945, in Douglas K. Hueneke, In Deutschland unerwünsnscht. Hermann GRäbe. Biograpie eines Judenretters . Lüneburg, 2002, annexe 1 Iannis Roder Page 5 Auschwitz, camp de concentration, centre de mise à mort. L’histoire de Samuel Adoner Doc 1. Mon père est arrivé en France en 1921, ma mère l’année suivante. Je suis le premier Adoner né en France. A la maison, les parents parlaient yiddish, nous répondions en rançais. (…) Durant l’occupation, il a fallu aller se faire recenser, mon père, comme bon citoyen français obéissant… Il a ramené la radio, puis on a eu l’étoile et le tampon sur la carte d’identité… Nous marchions avec l’étoile dans la rue, boulevard Saint-Michel. On la cachait aussi pour nous balader, prendre le métro[1]. Le 16 juillet 1942, on a raflé nos voisins (…). C’était des flics français (…). Il y a eu 12 ou 15 familles sur 50 [de l’immeuble]. Le 23 septembre 1942, le soir à 21 h (…), nous étions chez un copain de l’immeuble - après 20 h on n’avait pas le droit de sortir - mon frère Henri est monté : « il y a la Gestapo en bas ! » (…). Nous sommes partis avec des copains pour nous sauver par les toits mais mon ami Isaac est revenu : « je peux pas laisser ma mère toute seule avec mes frères et sœurs… » On est tous redescendus (…). Par petits groupes, nous avons tous été emportés au poste de police du 4ème (…). Le lendemain matin, l’autobus nous emmenait à Drancy (…). On est restés très peu, sur des paillasses dégueulasses. Nous avons été déportés le 28 septembre 1942, toute notre maison… Témoignage de Samuel Adoner, Survivors of the Shoah, 1995 [1] Selon les instructions allemande du 10 juin 1942, les juifs n’étaient rame. autorisés à monter que dans le dernier wagon de la Doc 2. La famille Adoner dans les années 1930. Samuel est au premier rang debout. Copyright CDJC/ Mémorial de la Shoah. Iannis Roder Page 6 Doc 3. Extrait de la liste du convoi n° 38 du 28 septembre 1942 allant de Drancy à Auschwitz. Drancy le, 27 septembre 1942 Départ du 28 septembre 1942 Escalier 4 1er étage 1- ADONER Henry 2- ADONER Lisette 3- ADONER Marja née JACOBOVITCH 4- ADONER Mordko 5- ADONER Rebecca 6- ADONER Salomon 7- ADONER Samuel 8- ADONER Zivi 9- AROUS Diament 10- AROUS Esther née DEJIAH 11- AROUS Prosper 12- AROUS Ninette 13- FAINCHTEIN Adolphe 14- FEIGINOFF Anna née KAVENATTE 15- FEIGINOFF Isaac Meyer 16- GALOWSKY Georges Drancy IV 12-01-29 Paris 10-11-31 Paris 1893 Varsovie nationalité Française Française Française Adresse 10 rue des Deux Ponts 10 rue des Deux Ponts 10 rue des Deux Ponts 15-08-87 Varsovie 22-12-21 Varsovie 4-05-20 Varsovie 5-05-25 Paris 7-07-37 Paris 29-9-24 Paris 12-01-89 Alger Française- Maroquinier 10 rue des Deux Ponts Française- Cartonnière 10 rue des Deux Ponts Française- Garçon courses10 rue des Deux Ponts Française 10 rue des Deux Ponts Française 10 rue des Deux Ponts Française- Employé 10 rue des Deux Ponts Française- Tailleuse 10 rue des Deux Ponts 25-01-22 Alger 29-06-28 Paris 21-09-13 Paris 15-05-87 Bressloff Française- Garçon courses10 rue des Deux Ponts Française 10 rue des Deux Ponts Française- Fourreur 10 rue des Deux Ponts Française 10 rue des Deux Ponts 12-02-10 Drissa 31-07-22 Paris Français nat ? – Livreur Française – Manœuvre 10 rue des Deux Ponts 10 rue des Deux Ponts © CDJC/Mémorial de la Shoah Iannis Roder Page 7 Doc 4. Télex du convoi n°38. Copyright CDJC/Mémorial de la Shoah. Iannis Roder Page 8 Doc 5. Traduction du télex du convoi n°38 Paris, le 28-9-1942 Urgent, à présenter immédiatement ! AU RSHA, Bureau IV B-4, Au SS Eichmann. À Berlin A l’inspecteur du camp de concentration A Orianenburg Au camp de concentration A Auschwitz Le 28-9-1942 à 8 heures 55 le transport n° 901/33 a quitté la gare de Le Bourget-Drancy en direction d’Auschwitz avec 900 juifs. L’ensemble des personnes correspond aux critères requis. Le chef du convoi est le sergent Hahn à qui ont été remis deux exemplaires de la liste du convoi. (...) Signé : Le général SS Röthke. © CDJC Doc 6. Précisions sur le convoi n°38 Le convoi n° 38 a quitté la gare Le Bourget/Drancy pour Auschwitz, le 28 septembre 1942 à 8 h 55, avec 904 Juifs, en direction d’Auschwitz. Tel est le contenu du télex rédigé par le SS Heinrichsohn et signé par son chef Röthke, adressé à Eichmann et au camp d’Auschwitz. Sur 904 noms de partants, on compte 468 hommes et 436 femmes. Parmi les 468 hommes, environ 200 étaient âgés de 17 à 45 ans. Le convoi comptait un peu moins de 100 enfants de moins de 17 ans. Les deux tiers des 904 déportés étaient d’origine étrangère. Le convoi est arrivé à Auschwitz dans la nuit du 29 au 30 septembre. 123 hommes ont été sélectionnés pour le travail et ont reçu les matricules 66515 à 66637. 48 femmes reçurent les matricules 21373 à 21394. D’autres hommes, de 17 à 45 ans, valides parmi les 200 qui se trouvaient dans le convoi ont été immédiatement gazés. On comptait, en 1945, 20 survivants de ce convoi. D’après Serge Klarsfeld, Le mémorial de la déportation des Juifs de France, FFDJF, Paris 2002, 1èrer éd. 1978 Doc 7. Iannis Roder Page 9 La mort à l’arrivée décrite par un survivant du Sonderkommando Avant chaque « gazage », (…) le crématoire était cerné d’un cordon de SS (…) avec des chiens et des mitrailleuses (…). Quand ils [les gens] débouchaient dans le vestiaire, (…) aux murs étaient fixées des patères et chacun portait un numéro. Au dessous, des bancs de bois, afin que les gens puissent se dévêtir (…). La mort par le gaz durait de dix à quinze minutes. (…) Le gaz, quand il commençait à agir, se propageait de bas en haut. Et dans l’effroyable combat qui s’engageait alors (…), la lumière était coupée dans les chambres à gaz, (…) une bataille se livrait. Et c’est pourquoi les enfants et les plus faibles, les vieux, se trouvaient en dessous. Et les plus forts au dessus (…). C’était un non-sens de dire la vérité à quiconque franchissait le seuil du crématoire. Là, on ne pouvait sauver personne. Là, il était trop tard. Témoignage de Filip Müller, in Claude Lanzmann, Shoah, Folio, 2001 p 177-182 Doc 8. Itinéraire d’un survivant Au bout de trois jours de voyage, atroces, dans les wagons (…), des cris, des pleurs, nous étions 70-80 ; on a ouvert, des cris, des chiens : « Los ! Los ! Raus ![1] ». On ne savait pas ce qu’il nous arrivait (…) L’endroit s’appelait Kosel[2]. Mon frère et moi avons sauté du wagon. Mon père est resté avec ma mère, mes frères et sœurs(…). Quand j’ai tourné la tête, mon père, je crois qu’il m’a béni… Nous sommes descendus à 160 pour un camp de travail. Nous travaillions pour faire l’autoroute Berlin-Moscou, des travaux durs : soit les rails, soit le béton, soit le ciment, soit le sable… De là, nous sommes partis à Blechammer (…). L’hiver 42-43 a été le plus dur, il faisait -25° à -30°, nous étions habillés en petite veste. Je travaillais au béton, je prenais des sacs de ciment et je me mettais le papier sur le corps, on avait des sabots de bois (…). Le plus dur, le matin, c’était l’appel avant de sortir travailler. On restait deux heures debout (…). Des gens tombaient de froid, il fallait tenir. En rentrant du travail, le chef de bloc nous faisait courir (…) et nous tapait dessus. On a eu énormément de décès, par le froid, la faim, les coups… ébut 44, j’ai eu le doigt coupé en poussant un wagonnet, j’ai glissé, et crevé un sac de ciment. Un Kapo allemand m’a mis un coup, je suis tombé KO…(…). Je suis resté à l’infirmerie du camp(…). On nous a mis dans un petit camp, c’était un camp de transit pour Birkenau. Un juif turc qui travaillait là m’a sorti de la baraque. Le lendemain matin, les 400 camarades ont été directement à la chambre à gaz (…) Dans un nouveau camp, je suis resté malade du typhus 8 à 9 semaines(…). Sur 1200, on est resté 100 à 120 survivants. Là, il n’y avait pas de crématoire ni de chambre à gaz : des trous, on jetait les morts et de la chaux par-dessus(…). Puis nous sommes arrivés à Birkenau (…) : cette odeur et ce bruit de vent constamment dans la tête, le crématoire brûlait, ça brûlait, ça brûlait (…). On m’a mis au Scheisskommando, c’était bien car on n’y faisait pas l’appel et on trouvait pleins de choses à échanger, « à organiser », dans les excréments… Témoignage de Samuel Adoner, in Survivors of the Shoah, 1995. [1] « Vite ! Vite ! Dehors ! » [2] Kosel est un « Kommando » d’Auschwitz. En 1945, Samuel Adoner, dit Milo, était le seul survivant de sa famille. En février 2011, il vivait à Paris. Il a deux filles et quatre petits-enfants. Iannis Roder Page 10 Un exemple de centre de mise à mort : Treblinka Doc 1. Photographie prise sur l’Umschlagplatz dans le ghetto de Varsovie, été 1942. Copyright Mémorial de la Shoah. Doc 2. Description du centre de mise à mort par un survivant Treblinka a été conçu de manière professionnelle. Au premier coup d’œil l’on pourrait croire qu’il s’agit d’une gare ordinaire. Le quai est suffisamment long pour accueillir un train normal, pouvant compter jusqu’à quarante wagons A quelques mètres du quai, deux baraques se font face. Dans celle de droite, on emmagasine la nourriture que les gens ont apportée dans leurs bagages. Dans celle de gauche, les femmes se déshabillent. (…). A droite du quai, le vaste espace réservé à l’empilement des vêtements : chaussures, habits, draps, couvertures, etc. Des détenus trient les vêtements et les stockent dans un lieu à part en attendant qu’ils soient expédiés en Allemagne. L’accès aux chambres à gaz commence face au quai où se trouvent les dortoirs. On l’appelle le « Schlauch ». planté d’arbustes, il ressemble à l’allée d’un jardin public. Les gens qui l’empruntent doivent courir, nus. Personne n’en revient. Ils sont violemment matraqués et piqués à coups de baïonnette, si bien qu’une fois qu’ils sont passés, cette allée de sable blanc est couverte de sang. (…) Au bout du Schlauch, on entre dans un bâtiment blanc marqué d’une grosse étoile de David. (…). La chambre à gaz mesure sept mètres sur sept. Au milieu de la pièce il y a des pommeaux de douche, par lesquels le gaz arrive. (…) le bâtiment compte dix chambres à gaz comme celle-ci.(…). A la porte, des SS poussent les gens vers l’intérieur. (…) Chil Rajchman, Je suis le dernier juif, Treblinka (1942-1943), éditions des Arènes, 2009, Paris 1. Allée, camouflée par la végétation et à angle droit, débouchant sur les chambres à gaz. Doc 3. Travail d’un commando de coiffeurs avant un assassinat massif par gazage homicide Je regarde ces pauvres femmes et je n’en croie pas mes yeux. Chacune d’elles s’assied devant un coiffeur. (…) Une vieille dame s’assied devant moi ; je coupe ses cheveux et elle me demande une dernière chose avant de mourir : couper lentement car après elle, devant mon camarade, se trouve sa fille et elle voudrait être avec elle pour aller à la mort. Je m’efforce de ralentir et je dis à mon voisin d’accélérer la coupe de la demoiselle, pour qu’elles puissent entrer ensemble dans la chambre à gaz. Je voudrais exaucer la dernière volonté de cette femme mais un assassin se met à hurler et le fouet cingle au-dessus de ma tête. Je dois me dépêcher et je ne peux pas la retenir plus longtemps. Elle part sans sa fille…. C’est ainsi qu’ont défilé des centaines de femmes dans un vacarme de cris et de sanglots. (…) Tout à coup, le flot des victimes s’interrompt : les chambres à gaz sont pleines. L’assassin qui se tient à la porte des chambres à gaz annonce une pause d’une demi-heure et s’en va. (…) Une demi-heure passe ; un assassin vient annoncer que le travail reprend. Nous regagnons nos places afin d’accueillir de nouvelles victimes. Cris et pleurs se font à nouveau entendre et des femmes nues apparaissent ; le travail se poursuit. Au bout d’une heure, le convoi est expédié. Quelques milliers de personnes ont été gazées. Chil Rajchman, Je suis le dernier juif, Treblinka (1942-1943), éditions des Arènes, 2009, Paris Iannis Roder Page 11 Doc 4. Le centre de mise à mort de Treblinka. Copyright Yves le Maner/La Coupole. Iannis Roder Page 12