GEOPOLITIQUE DES BOURSES D`ETUDES A L`ÉTRANGER
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GEOPOLITIQUE DES BOURSES D`ETUDES A L`ÉTRANGER
LA LETTRE DU NORRAG 45 – NOTE DE SYNTHESE GEOPOLITIQUE DES BOURSES D’ETUDES A L’ÉTRANGER ANCIENS ET NOUVEAUX ACTEURS, EST & OUEST, NORD & SUD Avril 2011 Les bourses d’études font depuis longtemps partie intégrante de l’offre éducative. Dans bon nombre des plus anciennes écoles privées (public schools) en Angleterre, comme Winchester et Eton, les boursiers pauvres et brillants formaient une composante essentielle de l’école, aux côtés des étudiants s’acquittant des frais de scolarité. Dans cette même logique, les nations plus riches ont offert des bourses aux pays plus pauvres dès les débuts de l’aide publique au développement. Il est intéressant de noter que les « donateurs émergents » leur ont par la suite emboîté le pas. Ce numéro spécial de La Lettre du NORRAG s’intéresse à comment les géopolitiques du développement ont influencé la nature et la portée de l’offre de bourses d’études. Les programmes anciens comme Fulbright, Rhodes et le Commonwealth restent très prisés. Mais il existe aujourd’hui un grand nombre de destinations plus récentes, qui attirent des étudiants brillants du monde entier, séduits par les ambitions internationales de ces nouveaux pays hôtes. Les articles de La Lettre du NORRAG 45 mettent en évidence les anciens et nouveaux schémas de bourses d’études, des plus larges aux plus petits, financés par les pays de l’OCDE et par les économies émergentes. Il en résulte un large spectre de différents programmes de bourse. Malgré leur diversité, la plupart d’entre eux ont des traits communs, ce qui s’explique par le fait que le nombre de raisons pour lesquelles les bailleurs proposent des bourses est plutôt limité. Les programmes de bourse d’études visent un ou plusieurs des objectifs suivants : • Contribuer à la diplomatie et à l’influence nationale • Développer la coopération et les échanges dans les domaines de la politique, de l’économie, de la culture, de l’éducation et du commerce • Mettre en valeur la nation en tant que centre d’excellence en matière d’enseignement supérieur • Développer les compétences nationales en envoyant des universitaires à l’étranger • Développer les ressources humaines des pays en développement Diplomatie, coopération et commerce De nombreux pays comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Chine invitent un grand nombre d’étudiants et de stagiaires à se rendre dans la mère patrie dans le cadre de la diplomatie culturelle ou linguistique, commerciale ou politique. L’Office allemand d’échanges universitaires (DAAD) finance pas moins de 57 000 bourses chaque année, dont le coût s’élève à 500 millions de dollars ($US), ce qui en fait le plus grand programme de bourse au monde. Fréquemment, ces motivations diplomatiques sont associées à un réseau mondial de bureaux qui promeut la langue et la culture du pays, comme l’Alliance Française, l’Institut Goethe, British Council et les Instituts Confucius. Le Japon encourage les étudiants internationaux à venir étudier car, d’une part, cela renforce sa compétitivité mondiale. D’autre part, cela favorise la compréhension mutuelle entre le Japon et leur nation d’origine, ce qui pourrait contribuer à la paix et à la stabilité mondiales. La Chine cherche à élever le nombre de bourses du gouvernement chinois à 27 000 en 2013, dans l’objectif de renforcer la compréhension mutuelle et l’amitié, de développer la coopération et les échanges entre la Chine et les autres pays dans les domaines de la politique, de l’économie, de la culture, de l’éducation et du commerce, et dans l’objectif de renforcer la fierté nationale et son image internationale. Les bourses d’études sont un instrument pour profiler le secteur de l’enseignement supérieur du pays hôte et pour promouvoir ses ambitions internationales. L’éducation internationale est devenu un secteur économique important dans de nombreux pays, notamment l’Australie et le Royaume-Uni. Le Programme de bourses d’études Chevening (Royaume-Uni) a, durant de nombreuses années, attiré plusieurs milliers d’étudiants au Royaume-Uni dans l’objectif clair de promouvoir les institutions d’enseignement supérieur de ce pays. En Australie, l’enseignement supérieur représente la troisième source de revenus de l’exportation, ce qui représente 14 milliards de dollars australiens en revenus directs et 12 millions en biens et services de valeur ajoutée (25.7 milliards de dollars US au total). Les bourses d’études peuvent avoir un objectif politique clair. Entre 1960 et la fin de la Guerre Froide, près de 60 000 étudiants arabes ont bénéficié d’une formation en URSS. Pour les Soviétiques, la coopération en matière d’éducation visait à détacher les pays Arabes de la tutelle de l’Ouest et à former une intelligentsia scientifique. Cuba a également été un acteur important de l’offre de bourses d’études à d’autres pays – majoritairement à faibles revenus – dans le cadre des politiques internationalistes de développement de relations non seulement avec des Etats, mais aussi avec des mouvements sociaux et des organisations inter/non gouvernementales à l’échelle mondiale. Le Programme australien de bourses d’études pour le développement est un exemple d’une approche d’influence régionale plus subtile et sur le long terme, qui opère en sélectionnant des “champs d’étude prioritaires”, notamment la gouvernance, la sécurité et la paix, et la gestion économique. Développement des capacités et partage d’information Les bourses d’études concernent le développement des capacités d’individus et d’organisations dans le pays d’origine ou à l’étranger. La plupart des pays aujourd’hui industrialisés ou en voie d’industrialisation ont développé leurs capacités technologiques en ciblant délibérément leur propre expertise avec l’envoi de leurs étudiants à l’étranger. Si le Japon et la Corée du Sud sont des exemples d’un passé récent, la Chine, le Brésil et le Chili sont aujourd’hui des pays qui envoient un grand nombre d’étudiants à l’étranger pour les 2 mêmes raisons. Mais les pays industrialisés encouragent eux aussi les étudiants à partir à l’étranger par le biais de toutes sortes de mécanismes, dans l’objectif de préparer leur force de travail à une économie internationale, mondialisante et en évolution rapide. A l’autre extrême, de nombreux pays financent des bourses d’études dans le cadre de la coopération au développement. Ces bourses ont pour but de combler les lacunes en termes de capacité dans les pays en développement. La plupart de ces schémas ciblent les professionnels en milieu de carrière dans le but d’articuler le développement des capacités individuelles et les processus de renforcement des organisations (par exemple le programme de bourses des Pays-Bas, les bourses du CRDI et de la DDC). On observe que ces programmes sont de plus en plus liés aux stratégies de partenariat avec des pays et avec les programmes basés dans les pays. L’Agence Japonaise pour le Développement de la Coopération Internationale (JICA), le Danemark et l’Agence Coréenne de Coopération Internationale (KOICA) ont adopté cette approche. Ces schémas ont pour commun dénominateur que la majorité des bourses d’études sont proposées pour étudier dans le pays donateur. Au cours de la dernière décennie, quelques donateurs ont commencé à “délier” leurs programmes de bourses. Par exemple, le programme norvégien NOMA et le CRDI proposent depuis 2006 un soutien direct à des étudiants d’Afrique Subsaharienne pour qu’ils étudient dans leurs propres pays ou régions. Cependant, compte tenu du climat économique et politique en Europe, où la société s’interroge de plus en plus sur comment les différents programmes d’aide apportent des bénéfices aux pays donateurs, il est probable que le processus consistant à “délier” les bourses d’études sera lent. Mouvement perpétuel Lorsque l’on observe l’histoire des bourses d’études et leur rôle dans le monde actuel, il est intéressant de noter qu’en dépit de nombreux changements en faveur des flux de mobilité des étudiants internationaux, les bourses sont toujours là et les motifs qui les sous-tendent n’ont que peu évolué. Le souhait d’internationaliser le système éducatif national est un motif qui s’est ajouté récemment. Il n’y a pas de raison de penser que ces motifs vont changer drastiquement ou que les bourses d’études vont disparaître. Il est en revanche probable que l’aspect physique des bourses évolue. Les développements technologiques rendent de plus en plus possible pour les étudiants d’étudier n’importe où et à leur rythme. Il n’est plus indispensable de parcourir de longues distances si les étudiants peuvent étudier depuis chez eux. L’exposition à un nouvel environnement et à une culture différente – considéré comment un des bénéfices majeurs des études à l’étranger – pourrait se concrétiser par le biais de visites plus courtes. 3