Exposé devant le groupe de travail du Conseil économique et social

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Exposé devant le groupe de travail du Conseil économique et social
Lot &Corrèze
Siège Social : 150 Route de Noailhac
19500 Turenne-Corrèze
Pour la correspondance :
L’Hôpital Saint Jean
46600 Sarrazac-Lot
Tel et Fax : 05 65 37 75
20
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[email protected]
La position de Turenne-environnement quant au projet aéroportuaire de Brive-Souillac
Exposé devant le groupe de travail du Conseil .économique et social de la Région Limousin.
Notre association forte de 200 adhérents actifs s’est donnée pour mission de défendre les
habitants et les sites de la Vicomté de Turenne, de la vallée de la Tourmente et du causse de
Martel(corrézien et lotois) contre toutes les pollutions et nuisances qui menacent cet environnement
et de favoriser un développement durable tenant compte des atouts de ce beau terroir : un projet de
liaison routière rapide pour le trafic de camions défigurant Turenne par deux tranchées ouvertes aux
extrémités d’un tunnel sous ce beau village de France et l’aéroport international à NespoulsCressensac avec ses zones d’activités qui sacrifient le causse, ses espaces naturels et son biotope
sont pour nous le signe d’une méconnaissance et d’un mépris de ce terroir et une erreur
économique.
L’aéroport international s’installe plus de 15 ans après la création d’une Zone
d’Aménagement Différée gelant les terrains, une étude d’impact sommaire et une D.U.P que nous
estimons caduque car les changements entre les intérêts privés et publics ont considérablement
changé. Il est situé dans le Causse de Martel dans des paysages sensibles et classés comme tels par
la Diren (Cartographie jointe).
Ce projet porte atteinte à l’environnement naturel
- Il perturbe la faune en anéantissant notamment des espèces rares: le papillon « Azuré du
Serpolet » dont l’espèce est protégée en France et en Europe et dont la destruction est prohibée.
Les espèces de chauves-souris situées à proximité au gouffre de la Fage seront largement
perturbées( un des sites majeurs en France pour la reproduction des chauves-souris et
notamment l’espèce Rhinolophe euryale). L’étude d’impact mentionne également la présence
du « Grand Duc » espèce également protégée
-Il anéantit la flore avec l’abattage déjà réalisé de plusieurs centaines d’hectares de chênes dits
truffiers répertoriés péjorativement dans l’enquête préalable comme étant des « chênes
rabougris ». (page 8 de l’Etude d’impact). Les espèces d’orchidées du causse ( Ophrys-abeille et
Ophrys-bécasse présentes et protégées) vont être éradiquées.
Par son activité propre et les zones satellites constituées, l’aéroport modifie le territoire du Sudcorrézien et du Nord du Lot en le changeant de nature : la classification de territoire rural à
caractère touristique cède la place à la constitution d’une banlieue périphérique urbaine
( Documentation Française- La Datar : Quelle France rurale pour 2020 ? Contribution à une
nouvelle politique de développement rural durable).
L’aéroport est source de graves nuisances
L’aéroport qui est la seule infrastructure de ce type récente à être créée en France depuis de
nombreuses années( plus de cinq ans) sera une importante source de nuisances :
a) Nuisances sur la quantité et la qualité des eaux :
Les surfaces imperméabilisées ( voirie,tarmac,toitures,…)seront très vastes. De plus, on se
situe dans une zone karstique avec présence de deux sources à fort débit , le Blagour et le Sorpt.
Donc, sur ce type de terrain, les polluants seront restitués sans aucune dégradation du fait du
caractère rapide des écoulements et du caractère non-filtrant du sous-sol.
Les polluants constitués par les eaux usées mêlées aux hydrocarbures et éthers de glycol mettent en
péril les eaux de l’aquifère du causse corrézien. Il s’agit du sensible lac du Causse et du bassin
versant de la Doue qui pourraient être pollués et interdits à toutes activités de loisirs. Et notons
qu’ils participent à l’alimentation en eau de Brive.
Nos questions au cabinet de l’hydrogéologue mandaté par le syndicat mixte de l’aéroport sont
restées sans réponse.
b) Nuisances sur la santé des riverains :
-effets sur la santé des rejets polluants : principalement le monoxyde de carbone, poison pour
l’hémoglobine, les oxydes d’azote et de soufre qui sont des gaz irritants pour les voies respiratoires
ainsi que les hydrocarbures imbrûlés et les suies réputés cancérigènes.
Pour exemple : L’avion Airbus A300 relativement moderne crache en une année plus de 900 tonnes
d’un cocktail d’hydrocarbures imbrûlés, de monoxyde de carbone et d’oxyde d’azote.
Signalons que la spécificité des pollutions aéronautiques est de produire des émissions polluantes à
basse altitude en agissant comme un aérosol qui s’étalera sur tout le causse et ses environs. Les
oxydes d’azote se transforment sous l’influence des rayons ultra-violets en Ozone qui a un pouvoir
oxydant et irrite les poumons.
Lorsque l’atmosphère est stagnante et l’ensoleillement intense( ce qui est fréquent sur le causse en
été), la concentration d’Ozone augmente et cause aux riverains d’aéroport des problèmes
respiratoires ( étude du Docteur Jean-Pierre Enjalbert, Président du Collectif Santé contre les
Nuisances Aériennes).
-effets des nuisances sonores particulièrement consécutives aux émergences répétitives de bruit
avec ses conséquences auditives, extra-auditives( il n’y a pas d’habituation auditive à la gêne
sonore : les vols de nuit qui sont autorisés sur ce nouvel aéroport même pour l’aviation de loisirs
ont des conséquences neuropsychiques et des effets sur le sommeil pour les riverains les plus
proches). Notons que dans l’axe immédiat des pistes , existent trois écoles et une crèche , à peine
achevée.
Ce nouvel aéroport sera donc destructeur du cadre de vie et du milieu naturel où il s’installe.
A présent, il faut donc se poser la question du sacrifice de ce terroir appelé, à notre sens à un autre
développement plus harmonieux pour le transformer en un territoire de zones d’activités qui
seraient vitales et nécessaires au développement économique de la communauté d’agglomération de
Brive.
Ce projet est un leurre pour les raisons économiques suivantes
1) Préalablement,son implantation est-elle réellement financée aujourd’hui ?
Après les refus de la région Aquitaine , du département de Dordogne, de la ville de Sarlat,
l’aéroport dit des trois vallées a du mal à faire prévaloir ses ambitions.
Nous n’avons pas réussi à obtenir la certitude du déblocage de l’argent européen (FEDER) pour 3
millions d’euros après la délibération du comité de suivi européen intervenu en 2003. Ce déblocage
est lié à la double condition de l’intérêt pour la compétitivité régionale et le respect du cadre
législatif européen. C’est finalement la Région qui aura le dernier mot.
Le fonds national de l’aménagement du territoire (FNADT) a-t-il confirmé son adhésion au projet ?
Nous retenons que la participation de la région Limousin est toujours suspensive puisque votre
institution est chargée d’en examiner les conditions.
Nous faisons questionner la Région Midi-Pyrénées sur ses intentions. Notre audition nous paraît
devoir faire école sur les instances de cette Région.
La vente des terrains de Brive-Laroche qui concourt au financement pour plus de 4 millions d’euros
ne pourra se faire qu’ultérieurement. Ces terrains situés à proximité d’un site classé Seveso1 à
Tujac et qui aurait justifié en partie le départ de l’aéronautique risquent d’être difficiles à négocier
avec des industriels. Qui va être sollicité pour l’octroi du prêt relais indispensable ?
2) L’aéroport international est disproportionné par rapport aux besoins :
Brive est une ville moyenne dont la situation géographique entre les métropoles de Limoges,
Toulouse, Bordeaux et Clermont-Ferrand lui concède un destin de ville intermédiaire forcément
limité en terme de croissance urbanistique. Cela est loin de représenter un handicap au début du
XXIème siècle pour la qualité de vie et les emplois au regard de la densité de population.
Brive ne changera pas de stature métropolitaine par le seul fait de la proximité d’un nœud
autoroutier : les données historiques et les pesanteurs sociologiques ainsi que les intérêts des
autres régions et départements limiteront Brive dans ses ambitions pour devenir l’épicentre
d’une nouvelle région englobant Bas-limousin, Quercy et Périgord noir.
Il existe un deuxième nœud autoroutier plus central et avec une métropole plus industrialisée à
Clermont-Ferrand efficient dés l’ouverture du viaduc de Millau.
L’aéroport « international » va entrer en concurrence avec Bergerac, Périgueux et Cahors et surtout
avec celui de la capitale de sa propre Région Limousin :Limoges.-Bellegarde. Brive croit-elle
vraiment pérenniser sa structure aéroportuaire en passant de 22 000 passagers à 100 000 dont il est
établi que c’est un seuil insuffisant de rentabilité au moment où Limoges-Bellegarde fait des
travaux pour accueillir 350 000 passagers au lieu des 220 000 actuels ?
Qu’on le veuille ou non, l’aéroport de Limoges-Bellegarde est l’Aéroport Régional : nous faisons
partie de la Région Limousin et nous en acceptons la diversité et la complémentarité.
Le Limousin et le pays de Brive en particulier ont principalement des PME et les plus performantes
de celles-ci sont des firmes à fort caractère de sédentarité( distillerie, négoce et fabrique de pâtés,
peinture-vitrerie, voirie, articles de puériculture, machines agricoles, meubles de bureau et de
magasin…(les champions du Limousin dans le Figaro-magazine du 26 avril 2004)
Le temps est révolu de compter sur les grands groupes industriels : la « mecanic valley » dont Brive
s’enorgueillissait a des problèmes structurels ( voir « Deshors » ). De même la « cosmetic valley »
avec les firmes « Solev » et « Pivaudran » qui licencient dans le Nord du Lot , sans oublier le
premier confiturier européen basé à Biars dans le Nord du Lot « Andros » qui a décidé de
délocaliser son développement en région parisienne : on sait ce que cela veut dire dans un futur
proche.
Que restera t-il alors ?
Pour exemple : L’aéroport de Roanne vient d’être fermé en avril 2004 par la CCI quand GiatIndustries a décidé de restreindre les déplacements de son encadrement. Des navettes routières ont
été mises en place en direction de l’aéroport stéphanois d’Andrézieux-Bouthéon. La CCI a renoncé
à l’exploitation après trois appels d’offre infructueux. La communauté de communes de Roanne a
récupéré les installations et le déficit d’exploitation : la piste avait été rallongée juste avant l’arrêt
de l’exploitation.
D’une manière positive, regardons plutôt des métropoles comme Nantes et Rennes
( agglomérations de plus de 300 000 habitants chacune distante de 100km) examinant en 2004 la
possibilité d’un aéroport commun pour les desservir.
Il est bien certain que pour notre population, le projet ferroviaire POLT représentait une opportunité
complètement en adéquation avec les besoins humains et économiques. Nous nous réjouissons de
voir les présidents des trois régions concernés ainsi que le sénateur-maire de Brive reprendre la lutte
pour imposer ce choix stratégique fondamental que notre association soutient.
3) L’aéroport international ne vivra pas avec un « Hub » ou des liaisons vers un
« Hub » :
L’activité est insuffisante quand on sait que le Limousin représente à peine 1,5% du tourisme
français.Comment pourrait être organisée cette activité d’éclatement aérien alors que toutes les
villes moyennes dotés d’un aéroport doivent maintenir à force de subventions l’activité de leur
propre aéroport en négociant directement avec les compagnies aériennes.
Pourquoi passer par Brive pour aller à Biarritz, Tarbes ou Barcelone ?
En plus, n’oublions pas que Clermont-ferrand dotée d’un hub connaît de grosses difficultés
financières malgré 900 000 passagers soit 9 fois plus que l’objectif de Brive et 40 fois plus que la
fréquentation actuelle. De plus, le tissu industriel clermontois est sans commune mesure (Michelin
et dérivés).
Le seul hub qui fonctionne en France est Roissy-Charles de Gaulle.
Lyon- Saint Exupéry voulant créer un hub, avait fait subventionner une compagnie américaine et le
remplissage n’étant pas assuré, la dite compagnie a dû « plier bagage » après deux ans
d’exploitation.
4) les liaisons touristiques ne seront pas un facteur de rentabilité :
Il n’y a rien de plus aléatoire que ce type d’activités sur les aérodromes régionaux où les
compagnies font payer leurs frais par les contribuables locaux et où l’aéroport est mis en
concurrence avec ses voisins : le « low-cost », c’est la guerre commerciale ouverte entre Limoges,
Bergerac, Cahors et la ruine de tous par la surenchère.
Pour exemple : à Strasbourg, la CCI devait payer en 2003, 150 000 euros par an pour
l’instauration d’une fréquence Ryanair pour Londres, puis 216 000 euros par an pour le
fonctionnement de cette fréquence journalière et les collectivités locales regroupées
492 000 euros par an soit au total 858 000 euros par an pour une seule fréquence quotidienne.
Est-il bien raisonnable que Brive négocie ce type de convention ?
En outre la déplétion irréversible du pétrole à hauteur de 3% par an au minimum à partir de 2010
conduit à une pénurie structurelle qui remettra en cause le tourisme aérien tel que nous le
connaissons aujourd’hui.
L’avion ne fonctionne qu’avec le fluide pétrolier exclusivement et il n’y a pas d’énergie de
substitution.
5) La rentabilité par le fret n’existera pas :
Les mouvements commerciaux seront insuffisants pour assurer un mouvement de fret avec
passagers. Tant mieux pour les riverains.Quant au fret-cargo, il est actuellement assuré en France
par Roissy- Charles de Gaulle à hauteur de 1 600 000 tonnes et les aéroports complémentaires de
Châteauroux-Déols et Châlon-Vatry ne sont pas saturés.
Pour exemple : En 2002, Limoges a eu 21 tonnes de fret et Clermont-Ferrand 4159 tonnes, ce qui
est très insuffisant pour assurer une quelconque rentabilité.
6) l’aviation de loisirs nécessitera de lourds investissements qui n’aboliront pas les
nuisances :
Elle évolue en toute satisfaction à Brive-Laroche . Son transfert dans la zone quiète et résidentielle
du causse corrézien entraînera des frictions et des exigences de riverains notamment en matière de
bruit : 20 000 mouvements sont annoncés par an( 110 par jour).
Il faudra acheter des treuils pour la traction des planeurs, prévoir le passage à des hélices tripales
moins bruyantes, acheter des simulateurs de vols afin de réduire les vols des écoles de pilotage…
Il restera au détriment des riverains une fréquentation importante pour l’aviation de loisirs( avions
particuliers, voltige, hélicoptères, baptêmes de l’air, meetings aériens…).
Les exigences légitimes des citoyens
-Il faut connaître l’exploitant avant tout engagement :
Qui fera partie de la société d’exploitation ?
Sera-t-elle privée, public ou mixte ?
Il est stupéfiant qu’une structure de cette importance se soit contentée d’avoir pour devis
d’exploitation prévisionnel une simple transposition des mouvements actuels affectés d’un
coefficient de croissance du trafic selon ce que nous a indiqué la DGAC( Direction de l’aviation
civile).
En outre, au mépris de l’environnement et des riverains, le plan d’exposition au bruit est largement
ouvert à toutes les nuisances. Tous les vols de nuit sont autorisés y compris pour la qualification de
nuit des pilotes de l’aviation légère.
-Il faut connaître le budget d’exploitation dans toutes ses composantes :
Comment va- t-on gérer le déficit annoncé ? Le coût actuel pour la collectivité, cette année, en
intégrant la subvention du FIATA est de 101 euros par passager.
Qui va payer avec une nouvelle structure plus onéreuse ?
Est-il exact que les partenaires financiers investissant pour l’implantation aient d’ores et déjà refusé
toute participation à l’exploitation hormis la Communauté d’Agglomérations de Brive et la CCI de
Brive ?
Si non, la Communauté seule sera- t-elle capable de supporter un tel fardeau économique ?
-Il faut connaître aussi les mesures concrètes qui seront prises pour protéger le cadre de vie et
notamment le fragile équilibre du milieu naturel du causse et principalement le problème de l’eau
potable.
Que signifie l’expression « aéroport exemplaire » ? S’agit-il d’un aéroport respectueux du cadre de
vie avec absence de vols nocturnes, maîtrise maximale des nuisances sonores et dépourvu d’
activités estimées indésirables comme la voltige, les entraînements de pilotes avec manœuvres de
« Touch and go » extrêmement polluantes et nuisantes ?
Quelle est notre position face à cette infrastructure aéroportuaire qui nous paraît déraisonnable ?
La Région Limousin est une entité qui doit s’unir en mettant en œuvre tous ses moyens pour assurer
une complémentarité notamment entre ses deux pôles économiques que sont Limoges et Brive.
Un seul aéroport régional suffit et dans les difficultés énergétiques, de mutation industrielle et
commerciale qui se présentent à l’aube des années 2000, nous pensons raisonnable de décider que
Limoges-Bellegarde représente « de facto » l’aéroport régional. Mettez en œuvre toutes les facilités
et navettes pour relier Brive à cet aéroport distant de seulement une heure d’autoroute.( Quel est le
parisien qui rejoint Roissy ou Orly en moins d’une heure ?)
Dans ce contexte, Brive peut maintenir son aérodrome actuel en l’état.
S’il s’avère nécessaire de tenir compte d’un développement briviste plus accentué, il faut alors
reprendre le projet d’un nouvel aéroport régional unique pour Limoges, Tulle et Brive : n’oublions
pas que les études initiales cherchaient un site pour la desserte des bassins de Brive et Tulle. Le
projet a complètement changé de nature. Trente ans plus tard, ne faut-il pas reformuler les besoins à
l’échelle régionale.
De toutes façons, il faut exclure la situation concomitante et ruineuse pour le contribuable de
deux aéroports régionaux forcément concurrents.
Il faut également éviter de sacrifier le magnifique terroir du sud de Brive dont les qualités
touristiques et patrimoniales très attractives( voir nombre de dépôts de permis de construire et de
demandes de locations) ne sont pas délocalisables et sont une source de développement harmonieux
entre la protection de l’environnement et sa valorisation économique.
Turenne, le 10 novembre 2004
Association loi 1901 déclarée le 18 avril 1994 à la Sous-Préfecture de Brive-la-Gaillarde sous le n°
3302